La « Contribution à l’audiovisuel public » étendue aux ordinateurs… oui mais non.

Notre nouvelle ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, souhaite remettre sur la table un sujet de longue date : l’extension de la contribution à l’audiovisuel public (la fameuse « redevance TV »). Sous l’ancien gouvernement, ce sujet a déjà été abordé de nombreuses fois et s’est même heurté, il me semble, à une Questions Prioritaire de Constitutionnalité (la QPC).

Vous l’aurez compris, le sujet est délicat. Il l’est parce qu’on parle de financement, de taxe, qu’il couvre toute personne équipée d’un ordinateur et qu’on peut s’interroger sur la justification de cette décision.

Pour commencer, la contribution à l’audiovisuel public part du principe qu’on utilise son écran de télévision pour regarder les chaines publiques. Si la présomption d’utilisation d’un écran de télévision pour regarder les chaines publiques est relativement solide et évidente, elle l’est beaucoup moins pour un écran d’ordinateur.

On peut faire énormément de choses avec un écran de PC et, personnellement, je ne regarde pas les chaines publiques, je n’ai donc pas de raison de payer cette nouvelle et énième taxe. D’ailleurs, cette taxe ne s’adresse-t-elle pas qu’aux équipements équipés d’un tuner ? Un écran d’ordinateur n’en est pas équipé, même pour une TV connectée.

Dans un second temps, j’ai l’impression que cette taxe vient combler non pas une perte, mais un manque à gagner pour les chaines publiques, qui se sentent lésées de ne pas recevoir d’argent de ceux qui n’ont pas de télévision.

Un écran d’ordinateur devient de plus en plus important, parfois même quasi obligatoire : pour s’inscrire au pôle emploi, suivre ses enfants dans une école qui est passé au tout numérique et, dans certains cas, pour maintenir un lien social avec des amis ou parents. Cet écran ne sert pas à regarder la télévision, pourquoi ces personnes devraient contribuer à l’audiovisuel ?

Si des personnes (dont je fais partie) ont délibérément choisi de ne pas avoir d’écran de télévision pour des raisons économiques ou culturelles, est-ce normal de les taxer pour un service dont ils ne veulent pas bénéficier ? Selon moi, non.

La liste des arguments est longue pour expliquer que cette extension de taxe n’est pas une bonne idée. Je peux aussi parler des personnes qui passent par une connexion satellite en carton, celles qui reçoivent un débit tellement faible qu’elles ne peuvent pas avoir la TV sur PC, celles qui rencontrent des instabilités de ligne et qui sont donc dans l’incapacité de regarder la TV sur PC … et je suis sûr que vous avez d’autres arguments encore.

Je me demande même si cette taxe est légale (dans le sens du droit, droit fiscal plus précisément) : comment l’état fera-t-il pour récupérer cette redevance sur le prix d’un écran ?

Madame Filippetti, si vous manquez d’idées, n’hésitez pas à nous solliciter, je suis certain que nous pouvons trouver une meilleure idée que celle que vous avez.

Comme quoi, les idées complètement stupides ne viennent pas que de la droite, hein.

Pour l’instant pas d’inquiétude, le débat est prévu pour 2013… (et il fait déjà énormément parler de lui, je n’ose pas imaginer ce que ça sera en 2013).

Chère Madame Nathalie Kosciusko-Morizet, …

140 caractères, c’est parfois trop court pour exprimer ses idées, surtout lorsque l’on y trouve des arguments et un bon gros coup de gueule à votre encontre ainsi qu’à l’encontre de l’UMP et du Président-candidat, Nicolas Sarkozy.

Dans un premier temps, je reviens sur le dépôt de plainte déposée par vous-même ainsi que par M. Copé à l’encontre de M. Baptiste Fluzin.

Le principe n’est pas de remettre en cause cette plainte que j’imagine parfaitement fondée puisque la personne reconnait les faits. Non, le principe c’est de remettre quelques pendules à l’heure. Il semblerait que la vôtre soit détraquée. Je reviens donc sur vos récentes déclarations :

« Mais non, que dis-je, les hémiplégiques de l’indignation ne peuvent concevoir cela. Quand on n’est pas de leur bord, quand on ne tresse pas de lauriers à la Gauche à longueur de tweets, on mérite les bordées d’injures, et ceux qui les profèrent ont droit à des encouragements. Encore un effort, et on me dira que me traiter comme on m’a traitée, c’est faire souffler un vent de fraicheur sur Internet ! »

Je ne tresse pas de lauriers à la Gauche, loin de là, le CM de M. Hollande n’a peut-être pas oublié Botzaris 36 et tout le reste. Vous faites des généralités qui sont à peine acceptables de la part d’une personne « lambda », ça l’est encore moins lorsque ce cliché émane de la porte-parole de Nicolas Sarkozy.

Dans vos déclarations, vous tacliez à demi-mots un twittos « influent », Maître Eolas. Peut-être aurait-il été bon pour vous de suivre ses indications et d’abandonner les charges, vous avez fait un joli bad buzz qui ne fait que mettre un peu d’huile sur le feu.

Bad buzz et point abordé, j’arrive maintenant à l’essentiel : la menace que vous et votre gouvernement représentez.

Un citoyen vous insulte, vous portez plainte. C’est normal, c’est un fait, personne ne peut contredire cela.

Seulement voilà. Pour critiquer quelqu’un qui vous insulte, il faut être propre sur soi et cela ne semble pas être votre cas.

Depuis déjà trop longtemps, ce gouvernement se permet de tirer à vue sur des journalistes, si bien qu’on se demande si vous ne faites pas un concours entre vous.

Dernier acte marquant : la plainte contre le site d’information Médiapart.

« Infamie », « désinformation », « officine » ou encore « organe qui se prétend être de presse », « menteurs » … cela fait maintenant quelques mois que l’UMP et le gouvernement se déchainent contre Médiapart et que vous n’y allez pas franchement de main morte.

Le flot d’insultes s’est amplifié depuis la publication de documents attestant d’un financement de la campagne de N. Sarkozy par Mouammar Kadhafi.

Qu’on remette en cause les conclusions d’un journal, c’est une chose. Qu’on les insulte et qu’on méprise et les journalistes et le travail fourni, s’en est une autre.

Depuis, une journaliste de Médiapart a été insultée et bousculée, lors d’un meeting UMP. Ceci n’est pas acceptable.

Le fait qu’un journal ne vous plaise pas ne vous donne pas pour autant le droit de l’insulter et de le trainer dans la boue. Reporters sans frontières s’inquiète de plus en plus des écarts de conduite du gouvernement lorsque l’on parle de journalisme.

Pour reprendre une de vos idées jusqu’à l’absurde :

« Mais non, que dis-je, les hémiplégiques de l’indignation ne peuvent concevoir cela. Quand on n’est pas de leur bord, quand on ne tresse pas de lauriers à la Droite à longueur d’articles, on mérite les bordées d’injures, et ceux qui les profèrent ont droit à des encouragements. »

Avant de porter plainte et de critiquer, il faut savoir balayer devant sa porte. Celle de ce gouvernement est bien sale.

Le changement ? Ce n’est pas pour demain.

EDIT : le texte est représenté, demain (le 25 janvier 2012) au Sénat et ceci dès 14h30. Plus d’informations ici : http://owni.fr/2012/01/18/le-fichier-des-gens-honnetes-sera-policier/

N’en déplaise à mes chers trolls, je vais casser un peu le mythe : Chérie, ce soir on croque un peu de la gauche.

Pourquoi la gauche et pas la droite ? Bien, parce que la droite ne nous enfume plus, on sait déjà qu’ils se moquent de nous.

La gauche, elle…

La gauche est très attendue pour les prochaines élections et elle le sait.

Ce soir, je vais parler d’un point qui me fait penser qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et, pour se faire, je fais passer un petit billet à destination des députés de gauche.
(attention, billet un peu agressif, réaction à chaud, désolé)

Mesdames & messieurs les députés, vous nous prenez vraiment pour des buses ?

Le projet de loi sur la protection de l’Identité a été voté, les députés ont donc fait le choix d’autoriser le fichage de la population française dès 15 ans.

Je ne m’attarderai pas sur ce point qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Non, je vais me pencher sur un autre point : la présence de vos députés lors de ce vote.

Il y avait 11 députés dans l’hémicycle. Onze. Onze !! Je donne quelques détails supplémentaires, histoire que mes lecteurs ne pensent pas que vous étiez onze :

Gauche. Etaient présents à l’assemblée nationale, pour le vote de ce texte :

–    M. Jean-Paul Lecoq (Gauche Démocrate Républicaine)
–    M. Serge Blisko (socialiste radical, divers gauche)
–    Mme Sandrine Mazetier (socialiste radical, divers gauche)
–    Mme Delphine Batho (socialiste radical, divers gauche)

Vous n’étiez même pas en majorité.

Chère gauche, tu sais Internet a quelque chose de merveilleux : tout le monde peut se renseigner et aller plus loin que les infos que tu laisses passer en public. Le constat fait mal, quatre députés présents pour un texte aussi important, j’ai honte.

A l’heure où tu t’amuses à rappeler au peuple qu’il doit s’intéresser à la politique et qu’il doit aller voter, après t’être emparé du sujet des inscription dans les bureaux de vote – faute d’avoir une communication officielle du gouvernement comme l’an dernier – quatre députés ça fait tache.

Ton candidat, François Hollande… tu sais qu’il se pose comme symbole du changement et de la république exemplaire tant attendue ?

Ce texte n’était pas assez important ? Pas assez intéressant ? Pas assez dangereux pour la démocratie pour qu’on s’y intéresse ?

Chère gauche, tu dis vouloir une république exemplaire ? Commence donc par regarder dans tes rangs car tes députés sont un point clé très important. Il est inadmissible de voir que seulement quatre députés aient pris la peine de se déplacer pour voter ce texte.

Il est d’autant plus inadmissible de voir qu’en public, tu fais beaucoup de bruit et brasse beaucoup de vent pour démontrer au peuple que tu es mieux que la droite et son UMP, alors que tes députés ne valent pas mieux.

Je ne suis pas tendre avec toi, mais est-ce que tu mérites vraiment mieux ? Je crois que non.

Alors, avant de prétendre au pouvoir, il faut que tu saches que nous t’observons et que nous sommes de plus en plus nombreux à le faire et, là où la droite se fait tacler, tu prendras de plus gros tacles.
Tu ne pourras pas berner le peuple indéfiniment, pas avec Internet à notre disposition.

Tu sais ce qui est encore plus inadmissible ?

C’est que ces députés (de gauche comme de droite) soient payés 7100,15 euros par mois. 7100,15 euros (brut) pour ne pas venir voter un texte important, c’est un peu cher payé. 7100,15 euros pour 577 députés, 566 qui ne sont pas venus. Sources : JDN et le site de l’assemblée nationale.

Tu sais, dans ma société, on ne me paye pas lorsque je ne viens pas travailler alors que je devrais.

Tu dois te dire que je suis seul dans mon coin à m’indigner. Tu te trompes. Nous sommes beaucoup, simplement beaucoup ne s’expriment pas.

Je te mets en garde, tu veux le pouvoir ? Tu veux être le symbole du vrai changement ? Tu veux représenter le peuple ? Alors réveille-toi et arrête de brasser de l’air, tes députés ont du travail.

Nous sommes le peuple, nous ne pardonnons pas, nous n’oublions pas (encore que la mémoire politique des français…), souviens toi-en car nous avons quelque chose qui nous donne bien plus de pouvoir que tu ne pourras jamais en avoir :
une carte d’électeur.

MMM&MU : Muriel Marland-Militello et Megaupload.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas croqué du triple M au petit dej’. Pour rappel, triple M c’est pour Muriel Marland-Militello.

Fiche de personnage

Profession : Troll Députée des Alpes-Maritimes, adjointe au maire de Nice et en charge de la politique culturelle de la ville.

A son actif : rapporteuse pour la loi HADOPI, a osé dire que les citoyens étaient importants, pas les internautes, que la neutralité du net était une utopie séduisante, que le piratage tuait les artistes et que nous étions des connards d’anarchistes.

Ps : c’est une groupie de « Notre cher président de la république Nicolas Sarkozy », répété environ 4-5 fois par billet sur son blog lorsqu’elle n’est pas en forme, 8-9 fois sur les gros billets.

Flashback sur d’autres écrits que ceux cités précédemment :

https://pixellibre.net/2011/04/merci-mm/

https://pixellibre.net/2011/04/mmm-neutralite/

Comprenez donc que nous ne sommes pas des citoyens et que nous versons dans le terrorisme cybernétique. Merci Madame Marland-Militello, c’est gentil.

Je réagis au billet “Megaupload enfin condamné” (Non ! Pas de ping sur l’article, je ne fais pas de pub au blog de 3M, c’est contre ma religion).

Premièrement, le titre : Megaupload enfin condamné.

Madame Marland-Militello, MU n’a pas été condamné mais fermé. En effet, aucun passage devant un juge n’a été nécessaire, le F.B.I n’a pas pris cette peine. Merci d’arrêter de raconter des bêtises (pour parler poliment). Bisous.

“Je me réjouis de cette étape importante dans l’histoire de l’internet responsable.”

What the fuck ? Donc, fermer un site sans passage devant un juge, c’est avoir un Internet Responsable ?

Cette phrase en dit long sur votre vision du respect de la loi et d’un procès équitable. Chez moi, ceci porte un nom : « Complete Bullshit ».

“Et c’est grâce aux initiatives de notre Président de la République Nicolas Sarkozy que la communauté internationale est décidée à ne plus céder à un certain fatalisme qui pouvait exister en la matière. Cette décision en est une illustration.”

A nouveau, arrêtez vos bêtises, c’est quand même grave de tomber si bas. Vous croyez sincèrement que c’est grâce à N. Sarkozy que tout ceci est arrivé ?

C’est grâce aux actions de Nicolas Sarkozy que Megaupload a fermé ? Vous le pensez sincèrement ? Si oui, merci de me donner l’adresse de votre dealer, il a l’air de vendre de sacré bons produits et j’ai des amis intéressés. S’il fait des prix de groupe c’est le must.

“L’Histoire de la culture se souviendra de Nicolas Sarkozy comme de « l’homme qui a dit non ».”

Madame, merci, j’ai encore mal aux côtes tellement j’ai ri.

L’homme qui à dit non à quoi ? Au partage de la culture ? Au piratage ? (ou encore celui qui a dit non au “casse-toi pauvre con” ?)

Mais madame, vous comme votre gourou Nicolas, êtes incapables de comprendre un traître mot de ce qu’est vraiment le piratage.

Elle est osée, votre phrase. L’histoire de la culture ne se souviendra pas de Nicolas Sarkozy, ou alors pas en bien avec l’ensemble des décisions prises durant son mandat.

Ne confondez pas les ayants-droits et la culture. Le premier pense au pognon, le second appartient à tout le monde et tout le monde a le droit d’y accéder. La culture n’appartient pas aux ayant-droits, elle existait déjà avant, elle existera encore une fois qu’ils seront morts et qu’on aura tourné la page.

Pour que votre phrase soit exacte, il faudrait dire : “L’Histoire de la culture se souviendra de Nicolas Sarkozy comme de « l’homme qui a dit non à la culture » en instaurant la Hadopi, la carte musique jeune qui est un véritable fiasco, l’homme qui fête le 14 juillet avec Hallyday, l’homme qui, par sa politique, à imposé les échanges commerciaux face à la culture du partage.”

Ah, et l’homme qui a dénaturé la légion d’honneur. (d’ailleurs, remettre la légion d’honneur au Directeur Général d’Amesys, ça en dit long, très long…)

“Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.”

Si vous définissez le piratage comme du hacking, laissez moi vous dire que c’est grâce au piratage que les choses changent. Le hacking existe depuis la nuit des temps, même si son appellation est récente. C’est grâce au hacking que les inventions existent, que des découvertes sont faites et c’est le moteur principal de toute innovation sur cette terre. Demandez à Pasteur pour la pénicilline. Vous croyez qu’il avait prévu ce qui s’est produit ?

“Pirater c’est voler les fruits du travail des artistes…”

Non madame, pirater c’est diffuser la culture le plus massivement possible. L’ensemble du secteur, appuyé par votre politique, à transformé la culture en industrie, où seules quelques personnes gagnent de l’argent… et la culture ce n’est pas ça. Vous parlez argent là ou nous, nous parlons de la culture (la vraie).

“En France, grâce à la majorité présidentielle et à Nicolas Sarkozy, nous sommes en avance sur le monde entier : nous avons depuis 2010 l’Hadopi dont la mission première est justement celle-ci.”

Je dirais bien « LOL », mais je vais argumenter :

La HADOPI n’aide en rien la culture, elle ne contribue pas à la diffusion de cette dernière. J’ai découvert des centaines d’artistes grâce à l’échange et au Peer to Peer. Non madame, la HADOPI n’est pas ce que vous prétendez. Elle se prend la tête avec les ayant-droits, preuve, s’il en faut, que la seule chose recherchée, c’est la préservation d’un système archaïque géré par des gens qui se moquent éperdument de la culture.

“Seul Nicolas Sarkozy a le courage et l’honnêteté de ne pas céder à la facilité et à la démagogie.”

Madame, si votre majorité présidentielle et Nicolas Sarkozy savaient écouter, nous n’en serions pas là. Il existe des alternatives qui auraient vraiment été profitables au monde de la culture.

“Continuons à lutter contre la gangrène idéologique qui tente de justifier le piratage.”

Tant que vous tiendrez cette position, nous resterons dans cet éternel conflit stupide qui consiste à dire que tout est soit blanc, soit noir.

Nous avons des idées, vous avez les moyens de faire changer les choses. Ne serait-il pas plus utile de travailler pour diffuser la culture afin que toue le monde en bénéficie ?

Plutôt que de chercher à satisfaire les ayant-droits, qui vous font croire que sans eux, c’est la fin du monde, réfléchissez un peu, venez à notre rencontre, échangez avec nous. Des alternatives existent, encore faut-il l’accepter.

Dernier point :

“pour rendre pleinement effectif l’internet responsable, il faudra sans doute réfléchir à comment mieux réguler […] les protocoles chiffrés pour concilier sécurité des données et des transactions avec la nécessaire lutte contre la délinquance et la criminalité.”

Ne vous aventurez pas trop sur ce terrain. Sur le chiffrement, vous avez 10 années de retard. A nouveau, venez à notre rencontre, nous sommes capables de vous expliquer ce que c’est et nous avons du temps pour le faire.

Poutine n’aime pas Internet et les Internets le lui rendent bien.

Ce billet n’est pas de moi mais de Tris Acatrinei.

Le Monde publiait dimanche un article sur Vladimir Poutine, qui a enfin ouvert son site Internet, lui qui se vantait de n’avoir jamais écrit un seul email de sa vie. Dans une logique d’ouverture ou de démagogie, allez savoir, il a laissé un espace aux commentaires des internautes.

Commentaires qui laissaient relativement peu de place à l’imagination puisque 75% d’entre eux encourageaient M. Poutine à faire son Jospin. C’est là où on voit les erreurs de débutants puisque les commentaires n’avaient pas fait l’objet d’une modération a priori. Erreur rapidement réparée par un community manager qui a entrepris de faire le ménage dans les commentaires. L’anecdote est savoureuse et a de quoi égayer un dimanche d’hiver.

Mais le plus choquant n’est pas tant l’attitude de Poutine sur laquelle on ne fonderait de toutes façons aucun espoir mais plutôt les commentaires des lecteurs du Monde qui voient dans cet article une vendetta anti-russe et soupçonne le journaliste de partialité.

La Russie et les Internets, c’est une histoire d’amour à base de je t’aime moi non plus, teintée de schizophrénie. La criminalité informatique y est fleurissante : la bonne partie des virus informatique proviennent de Russie, on dénombre du trafic d’armes, de la pédo-pornographie, du blanchiment d’argent sans que les autorités compétentes n’y trouvent rien à redire – et pour cause puisque je les soupçonne fortement d’y trouver leurs comptes – mais les internautes font l’objet d’une surveillance à peine discrète et c’est Reporters Sans Frontières qui le dit. (http://fr.rsf.org/russie.html)

Qu’on se rassure, la plupart des pays de l’ancien Bloc de l’Est sont dans une situation plus ou moins similaire.

Mais c’est la Russie de Poutine qui est dans le collimateur. Peut-être parce que son régime un brin autoritaire cherche à devenir tentaculaire.

Qu’a donc essayé de faire l’aspirant chef du Gouvernement ? A montrer une sorte d’ouverture ? Qu’il était à l’écoute ? Pour cela il faudrait qu’il oublie de se présenter.

Et si c’était trop tard ? Les Révolutions Arabes ont montré qu’un dirigeant qui se réveillait au dernier moment pour essayer de s’allier les internautes pouvait assez mal finir.

Les internautes ne sont pas dupes. Internet est l’espace le plus propice à la contestation, à l’explosion de colère, à la fermentation des germes de la révolte. On ne contrôle pas Internet et encore moins les internautes.

Tout comme la plupart des pays de l’Est, la Russie n’a fondamentalement pas beaucoup changé depuis la chute de l’URSS. La différence notable réside dans le fait que ceux qui s’en mettaient plein les poches de manière très discrète sous le soviétisme le font de manière beaucoup plus ostentatoire maintenant.

Et la liberté d’expression me direz-vous ? Foutaises. Il suffit de voir la carte de Reporters Sans Frontières (http://fr.rsf.org/IMG/pdf/carte-2011-2.pdf ) pour se rendre compte qu’il y a des choses qui continuent à être taboues dans les médias, qu’ils soient mainstream ou confidentiels. Or, à partir du moment où la presse n’est pas libre de s’exprimer, c’est que les personnes ne le sont pas. Ce qui est une raison suffisante pour que la grogne s’intensifie.

Et lorsque les internautes se révoltent, les choses peuvent effectivement devenir difficiles pour les gouvernements en place. Surtout dans un pays avec une superficie et une population importante. Sauf que personne n’a intérêt à ce que les Russes refassent une Révolution.

Car une Révolution Russe ébranle toute cette zone géographique : les pays de l’Est, les anciens Républiques Soviétiques, mais également la Chine. Et personne n’a envie que cette région devienne incontrôlable. Et en disant personne, il faut comprendre les différents gouvernements.

Oui, le silence des Russes arrange bien des gens. Mais il faut se méfier des grognes URL qui peuvent très rapidement devenir IRL. Et lorsque cela arrivera, les choses seront beaucoup plus compliquées.

Le petit guide officieux de l’officiel futur dissident Français. Étape 1.

Trois phases, pas mal de lien, mélangez le tout et vous obtenez un petit billet, décomposé en trois billets. J’espère qu’il seront instructifs.

Première phrase : la constatation. 

Depuis déjà bien longtemps, beaucoup de monde se bat sur Internet. D’un côté, nous avons ceux que j’appellerai les “anti-Internet” : Majors, Ayant-droit, fournisseurs de solutions “de protection” (comprenez solutions d’espionnage à l’échelle d’une nation). Ils portent plein de noms : Universal, la SACEM, la SACD… eux, je vais les laisser jouer dans leur bac à sable ce soir. Ils sont chiants, c’est un fait, mais il va falloir se prémunir contre plus gros si les choses évoluent comme elles sont en train d’évoluer.

Je veux parler d’autres noms, d’un autre contexte, d’autres sociétés : Bull, Amesys (officiellement une filiale de Bull, mais partant du principe que quasi tous les anciens d’Amesys sont maintenant au comité de direction de Bull….) et Qosmos. Vous avez sans doute déjà entendu ces noms, ou peut-être pas. Derrière ces noms se cache une chose pas très jolie jolie : le savoir faire Français.

La France n’est pas que bonne dans la cuisine, elle l’est également dans la fourniture de systèmes d’espionnage à d’autres pays (entre autres, la Libye, le Qatar, le Mexique …), mais ça, elle ne s’en vante pas trop. Juste pour appuyer mes dires sur des faits : le système de DPI installé en Libye est l’œuvre d’Amesys. La tête d’Amesys prétexte que le DPI installé ne devait surveiller qu’une “fraction de connexions”, pour traquer des terroristes et des pédophiles… La réalité est différente.

On pourrait se dire que ce n’est pas en France, que ceci ne nous concerne pas (c’est une connerie, mais je suis certain que beaucoup le pensent) et que, partant de ce principe, il n’y à aucune raison de s’inquiéter. C’est une erreur.

Une erreur parce qu’il faut bien se dire une chose : ceci n’est qu’une question de temps. Plus le temps passe, plus le sujet du DPI revient sur les bancs de l’Assemblée Nationale, dans les textes, dans les vœux pour le noël des Ayant-droits. Une simple question de temps avant que le DPI s’installe en France, rajoutons à cela le “savoir faire Français” où si vous préférez, le simple fait que ces entreprises soient Françaises facilitera le déploiement des choses.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que “je m’en moque, ça ne me concerne pas”, c’est comme “je suis d’accord pour que absolument TOUT ce que je fais sur Internet soit filtré, contrôlé, censuré, bloqué …” (rayez la mention inutile). Tryo le résume merveilleusement bien pour la politique : “les extrêmes, c’est toi, quand tu ne votes pas.”

Le gouvernement se veut rassurant et explique donc la chose suivante, en parlant des solutions d’espionnage de sécurité : c’est pour votre bien, c’est pour vous protéger des méchants vilains des Internets.

Ce dernier utilise d’ailleurs une technique de communication super efficace sur la masse (malgré le fait qu’elle soit vieille comme Windows 3.1, peut-être même plus) : le “tout-blanc-tout-noir”. Démonstration avec une publicité dont vous avez tous entendu parler :

– “T’es malade ?”
– “Oui.”
– “Tu prends des antibiotiques ?”
– “Non.”
– “Donc t’es pas malade.”
– “Si.”
– “Donc, tu prends des antibiotiques.”

Vous voyez la logique complètement débile (d’ailleurs, la campagne d’information le disait : “Les antibiotiques, c’est pas automatique”) ?

Bien, maintenant, second exemple :

– “T’es contre LOPPSI, contre ACTA et contre SOPA ?”
– “Oui.”
– “Donc tu es pour le pillage d’œuvres, pour la pédophilie, pour la mort des artistes” (notez que ces choses sont presque mises sur le même pied d’égalité dans les contre mesures demandées…).
– “Non.”
– “Donc, tu es pour LOPPSI, ACTA, SOPA & Co.”
– “Non.”

Vous imaginez déjà la suite : un dialogue de sourds entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue. C’est exactement ce qui est en train de se produire en ce moment avec le(s) gouvernement(s). Je défend comme beaucoup d’autres la Neutralité du Net, la liberté d’expression, je suis contre LOPPSI, HADOPI, Les-lois-en-i, SOPA & Co et, pour cela, le côté opposé nous classe dans les “pédophiles mangeurs d’artistes et violeurs de petit chats”.

La vérité c’est que ce qui est en train d’arriver, c’est (et le mot est faible) purement et simplement la fin de votre vie privée sur Internet (et même tout cours en fait, souhaitons la bienvenue à la réforme des compteurs EDF, à l’arrivée de la carte d’Identité numérique qui n’est rien de plus qu’un méchant mouchard (pour l’instant facultatif… pour l’instant).

Il ne faut pas tant s’effrayer du fait que le gouvernement vous espionnera que du fait qu’il sera capable de savoir exactement ce que vous faites, à quelle heure, quel jour, avec qui, pourquoi … Il sera également capable de savoir que vous avez parlé avec Pierre, tel jour à telle heure. C’est de la simple possibilité qu’il faut prendre conscience.

Imaginez l’espace d’un seul instant le champ de possibilités que cela permet, imaginez un seul instant l’impact sur les mentalités ?
Ce point est très important. Le fait que le gouvernement puisse voir tout ceci, c’est un peu comme s’il vous disait en permanence “Je te vois, je sais ce que tu fais, fais attention mon petit.”

Viendra ensuite la répression, Pierre aura dit à Paul qu’il a envie de tuer Alice (comme vous pouvez dire j’ai envie de tuer mon patron) et se fera arrêter par anticipation car Big Brother aura tout entendu grâce à l’écoute des communications et aura tout vu grâce au système de vidéo-surveilance protection doucement mis en place un peu partout.

C’est donc ça dont vous voulez ? Un système “propre”, épuré de tout ? Si on persiste dans ce schéma, pourquoi ne pas surveiller les interactions entre humains afin d’éviter la violence ? Pas d’Amour, on ne sait jamais, c’est parfois dangereux. Pas d’art car cela entraîne des appréciations personnelles pouvant entraîner conflit. (Oui, ce dernier paragraphe est une extrapolation jusqu’à l’absurde de tout ceci, vous devriez regarder Equilibrium au passage).

Pour ma part, j’ai un principe :

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin

Et vous, vous-êtes l’autre côté ?

La suite au prochain billet…