Cookie wall : quand vont-ils arrêter de nous prendre pour des abrutis ?

Fin mars 2021, le délai pour mettre en conformité les sites web et les applications mobiles aux nouvelles règles en matière de cookies expirait. Cette expiration s’est manifestée par un changement des pratiques des sites internet, comme vous l’avez sans doute constaté, non sans énervement. Beaucoup de questions découlent de ce changement : est-ce légal ? Est-ce normal de nous faire payer 2€ (ou plus) pour ne pas subir de publicité ciblée ? Et le RGPD dans tout ça, il dit quoi ? Entre malhonnêteté intellectuelle et flou juridique, je vous explique tout ça.  

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RGPD : le constat (amer) du Parlement européen.

Le parlement européen, via la commission LIBE, vient de publier le « Rapport d’évaluation de la Commission sur la mise en œuvre du Règlement général sur la protection des données deux ans après son entrée en application ». Le rapport est plutôt complet et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tire un bilan assez amer de l’application du Règlement. Analyse.

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La Rencontre est tienne, avec le premier ministre Jean Castex : mon point de vue

Dimanche 14 mars 2021, 18h00. Samuel Étienne, journaliste et interviewer politique, présentateur de Question pour un champion et streamer sur la plateforme Twitch, reçoit chez lui Jean Castex, l’actuel Premier ministre.

Souhaité et présenté comme un moment de démocratie directe, le titre du live est évocateur : “Dimanche 18H, #LaRencontreEstTienne, avec le Premier ministre Jean Castex : c’est moi qui invite, c’est vous qui posez les questions“. Assez vite, l’exercice s’avère cependant être une interview avec des réponses convenues, dignes de ce qu’on peut entendre à la télévision.

Pourquoi ? Comment ? Analyse d’un problème de fond.

En parler, est-ce vraiment nécessaire ?

On pourrait s’arrêter à l’introduction de mon propos : convenu, langue de bois, réponses classiques, ennui, voire déception pour certains… Mais j’ai décidé de décortiquer la chose et de vous en parler. Cette interview, et plus globalement l’interview de personnalités politiques sur Twitch, me pose en effet de gros problèmes, encore plus lorsqu’il s’agit d’un membre actuel du gouvernement.

Je vais donc vous présenter mon interprétation et mon ressenti face à tout ceci.

Est-ce que l’interview était fidèle au titre ?

Globalement oui : Samuel Étienne a pris, pendant 90 minutes, un peu plus de 25 questions des viewers (les personnes qui visionnent le contenu). Même si ça peut sembler peu, surtout rapporté aux quelques 85 000 viewers simultanés à certains moments, c’est en réalité beaucoup : les mêmes questions étaient posées des centaines de fois, il fallait trier les celles sérieuses des blagues ou des questions qui sont était davantage des affirmations, etc. N’oublions pas non plus que 85 000 viewers, ça ne fait pas 85 000 personnes disposant d’un compte Twitch et pouvant poser une question, d’ailleurs…

Le gros bémol : au début de l’interview, il était nécessaire d’être abonné (payant) à la chaîne pour pouvoir poser des questions. Par la suite il “suffisait” de suivre la chaîne (c’est gratuit) mais… depuis plus de deux mois.

Certains y ont vu une forme de censure. Je pense cependant que c’était davantage une façon de modérer les messages de 60 000 personnes et de limiter les viewers qui passaient pour lâcher une insulte et repartir.

Les questions étaient-elles neutres ?

Globalement : ça dépend… On peut se dire que les questions étaient effectivement neutres car piochées aléatoirement par Samuel Étienne. On peut également se dire qu’elles étaient choisies car trop nombreuses et que, de facto, ce choix n’était pas neutre, il orientait nécessairement le déroulement de l’interview.

Une chose est sûre, elles avaient le mérite de changer des questions qu’on peut voir dans des interviews plus traditionnelles. Parfois plus précises, souvent plus directes, elles étaient posées des centaines de fois dans le chat, mettant en évidence l’importance de ces dernières pour une partie des viewers, prenons par exemple la question sur les consignes des masques lors du premier confinement, le fait qu’ils soient inutiles, puis utiles, puis obligatoires, …

Les réponses de Jean Castex étaient-elles directes ?

Globalement : absolument pas. J’y reviens juste après mais les réponses du Premier ministre étaient évasives : il répondait plus ou moins au morceau de question auquel il souhaitait répondre, prenait un exemple pour répondre, faisait dévier le sujet pour qu’on parle d’éléments qui lui conviennent plutôt que du sujet initial… C’est une manœuvre de communication fréquemment utilisée par dans le monde politique… mais j’imagine ne rien vous apprendre.

Certaines réponses m’ont fait bondir de mon siège : sur le pseudonymat, Jean Castex revenait sur ses propos, lorsqu’il comparait tout ceci au régime de Vichy. Il déclare comprendre qu’on puisse s’exprimer sous pseudonyme pour poser des questions, mais pas pour prendre position, parti, prendre à parti, critiquer… rajoutant qu’il faut faire ceci avec courage.

Comprenez donc que ceux qui n’osent pas n’ont pas de courage. Je vous laisse apprécier cette énième attaque contre le pseudonymat.

Une absence de contradiction ?

Globalement : « c’est compliqué ». Samuel Étienne a joué le rôle du contradicteur à merveille dès le début de l’interview, rappelant au Premier ministre certaines de ses paroles, lui reprochant d’esquiver les questions, de répondre à côté de la plaque, de pratiquer la langue de bois… Mais je crois qu’il a abandonné, résigné. Jean Castex était précisément dans son rôle et maniait parfaitement le verbe.

Et c’est là tout le problème de ce format…

La politique, c’est de la communication.

Qu’on se le dise : la politique, c’est avant tout une affaire de communication.

Jean Castex, comme François Hollande interviewé la semaine précédente, sont d’excellents communicants. Ils sont capables de répondre à tout, tout le temps, qu’ils sachent ou qu’ils ne sachent pas, qu’ils aient connaissance ou non d’une information.

Pourquoi ? Parce que c’est leur métier, c’est leur formation. Ils ont été formés pour ça. Ils ont été formés pour parler devant des personnes, devant une caméra, que ce soit celle de TF1 ou celle d’un live Twitch.

Ils. Ont. Été. Formés. Pour. Cela.

Partant de ce fait, on comprend aisément qu’une personnalité politique actuellement au « pouvoir », ou candidate à ce dernier, ne sera pas directe, ne répondra qu’à ce qui l’intéresse et l’arrange, de la façon dont cela l’arrangera. Je ne dis pas que ces personnes vont ouvertement mentir, elles vont simplement répondre de manière à orienter les personnes qui écoutent. Je prends pour exemple l’extrait suivant :

Samuel Étienne, à propos du fonctionnement et de l’adoption de l’application Stop Covid : « Les résultats de Stop Covid sont faibles », et le Premier ministre de lui répondre « Non, pas faibles, insuffisants ».

L’extrait est, certes, anecdotique mais il n’en est pas moins extrêmement représentatif de l’ensemble de l’interview. Jean Castex n’a pas menti… il a donné une certaine vision de la vérité, vérité qu’il nous laisse le soin de comprendre et d’interpréter.

On pourrait résumer en disant « typique ». C’est totalement vrai. Un fossé se creuse de plus en plus entre la population et le monde de la politique. Jean Castex, comme bien d’autres, y contribue en ayant une telle maîtrise de son discours. Si la parole politique ne vaut plus rien, c’est peut-être car les citoyens sont fatigués d’entendre les mêmes mots, le même vocabulaire, les mêmes tournures, marre d’entendre des « Je ne dirais pas que c’est un échec, je dirais que ça n’a pas marché. »

Si une vaste majorité des citoyens fait preuve de défiance vis-à-vis du gouvernement, c’est peut-être parce qu’ils ont plus confiance dans quelqu’un déclarant « nous avons fait une erreur » que dans quelqu’un qui arrange la vérité. Non ? Certes, nous nous éloignons du propos initial mais il me semblait nécessaire d’en parler…

La politique, donc. C’est un exercice de communication. Une personne formée comme nos politiciens sont formés aura toujours l’avantage dans une joute verbale. Toujours.

Samuel Étienne est, certes, un excellent journaliste, il n’a pas lâché l’affaire, je pense sincèrement qu’il était déçu de l’interview… mais cela ne change rien. Jean Castex était en opération, en « service commandé ». Il l’a lui-même déclaré à la fin de l’interview, expliquant « je suis là pour dire pourquoi on peut faire ceci, cela, […] c’est un exercice de pédagogie, […] je suis là pour parler à des personnes qui n’écoutent pas nécessairement les conférences de presse, […], je suis là pour expliquer les choses… »

Pour résumer : le premier ministre Jean Castex est venu faire une allocution sur Twitch, comme si c’était une allocution télévisée. Il faut comprendre ici que Twitch n’est pas la télévision, c’est une plateforme qui a ses propres codes, sa propre façon de faire et qui, historiquement, était assez éloignée de la politique. Des viewers s’attendent à quelque chose de différent, peut-être plus “personnel”.

Là où les viewers s’attendaient certainement à quelque chose de différent, peut-être un peu plus Jean Castex et un peu moins premier ministre, ils ont vu un premier ministre “simplement” exposer et expliquer le propos du gouvernement et diffuser la parole de ce dernier sur des médias où, « traditionnellement », nous débattons desdites paroles…

Ce qui me conduit à parler du second problème…

Validation de la politique traditionnelle

Je m’adresse ici directement à Samuel Étienne, si jamais tu me lis : il y a deux problèmes, je sais que ce n’est ni volontaire, ni conscient de ta part, mais :

  • l’utilisation de Twitch pour ce format vient valider la façon dont la politique est faite, et ça vient donner plus de poids aux propos des politiciens,
  • l’entrée de ces derniers sur Twitch vient réduire l’espace de liberté d’expression consacré aux modes d’expression différents de ceux que les politiques souhaitent utiliser et, par la force des choses, imposer.

Le parasocial

Pour vous expliquer, j’ai besoin de parler d’un autre sujet : j’ai pu visionner l’interview de François Hollande. A la fin de l’interview, j’avais presque envie de voter pour lui. Je n’aurais pas la conscience politique que j’ai maintenant, j’aurais vu ce live à mes 18 ans, sans l’expérience politique que j’ai aujourd’hui, j’aurais été largement influencé.

C’est à peu de choses près la même chose pour Jean Castex, qui aurait pu me convaincre sur quelques questions, si je n’avais pas eu la conscience politique que j’ai aujourd’hui.

Samuel, ce n’est certes pas de ta faute, mais c’est le résultat : selon tes propres propos, la grande majorité de tes viewers avait entre 18 et 35 ans, la majorité de ces derniers est plus dans la tranche basse que la tranche haute. Ces personnes « nouvellement » adultes n’ont pas encore eu le temps de se faire une expérience de la politique, elles ont pu voir le sujet de loin et une interview de ce genre, sur Twitch spécifiquement, sera de nature à les influencer bien plus que celles sur un média traditionnel comme la TV, où on « sait » ce que vaut la parole politique.

Le fait d’inviter des politiques sur Twitch vient créer des biais : des biais dans la perception des relations sociales et parasociales en premier lieu. Si vous n’avez jamais entendu ce terme, une « relation » parasociale, ou interaction parasociale, c’est comme une relation sociale… mais unilatérale.

Si le sujet vous intéresse, voici quelques liens pour vous expliquer le phénomène :

Une définition assez complète (en anglais)

Une présentation du concept d’interactions et de relations parasociales sur Wikipedia (en anglais également)

Un article sur les relations parasociales avec les personnages des séries, qui explique lui aussi le concept mais de façon plus détaillée

Un papier de l’Université Catholique de Louvain ici : https://dial.uclouvain.be/downloader/downloader.php?pid=thesis%3A18969&datastream=PDF_01, le passage qui vous intéresse débute en troisième partie, page 18.

Si vous n’avez pas le temps ou l’envie de lire tout ceci : une relation ou une interaction parasociale, c’est ce “truc” qui fait que vous avez l’impression de connaître certaines stars, certains Youtubers, certains streamers Twitch… alors qu’ils ne vous connaissent absolument pas. C’est une fausse impression, en partie due au fait que vous consommiez beaucoup de contenus d’une personne mais aussi liée à la plateforme de diffusion : visionner quelqu’un en live, sur Twitch ou ailleurs, qui s’adresse directement à vous, ça déclenche ce ressenti de « relation ».

Problème : dans la « relation », qui plus est parasociale, les propos de la personne connue ont plus d’importance, leur avis est plus important, comme pourrait l’être celui d’une personne proche, voire amie avec vous. Si vous avez un doute, il vous suffit de voir la capacité d’influence des personnes mentionnées … qu’on présente maintenant comme “influenceurs”, comme l’explique le papier de l’Université Catholique de Louvain d’ailleurs.

Ainsi, si la plateforme Twitch n’est pas forcément responsable de ce sentiment de relation parasociale, la proximité créée par cette dernière contribue au sentiment en question. Autrement dit : il est possible que les propos tenus par un politicien invité à s’exprimer sur une chaîne Twitch soient plus convaincants que s’ils étaient exprimés à la télévision, puisqu’ils s’adressent à nous directement, dans une forme de relation qui se veut “intime”.

« Heureusement », Jean Castex ne comprend absolument pas les “codes”, comme de nombreuses personnes ont pu le signaler dans le chat :

« Il n’a pas compris les codes de Twitch… »

« bon bah pas convaincu par c4stex hein »

« en fait c’est expliquer (ou redire ce qu’on voit à la TV) sans répondre réellement aux questions plus pertinentes ici que certaines journalistes pro. Décevant… le support et l’audience voulait autre chose à mon sens. »

« Merci Samuel d’avoir essayé. Castex n’a pas joué le jeu et n’a pas fait preuve de sincérité, mais je sais que tu as essayé de créer l’échange. C’était vraiment de la langue de bois et tu as bien fait d’insister un peu, même si tu n’as pas réussi à le sortir de son laïus »

Chat de Samuel Etienne, des viewers pendant le live. (republiés tel quels)

Résultats (et message spécial à Jean Castex) : quand on tente de s’exprimer sur Twitch comme on s’exprime à la TV, on se plante.

Les gens voulaient de la proximité (souvenez-vous, parasocial, intimité, etc.), vous n’étiez soit pas en mesure d’en donner, soit ne le souhaitiez pas.

La réduction de la définition de « république », ou de « démocratie »

On a de plus en plus l’occasion de s’exprimer, les citoyens votent beaucoup“.

C’est le second problème que je vois, qui m’a fait bondir de mon siège et que j’ai pu voir également dans la précédente interview avec l’ancien président de la République, François Hollande : la vision de la politique, la République et, plus globalement, de la démocratie, est réductrice.

A titre d’exemple, les deux interviewés ont parlé du vote et des institutions de la République, le premier point étant un devoir de citoyen, le second étant presque sacralisé aux yeux des deux hommes.

Je peux me tromper mais je crois qu’on appelle cela l’institutionnalisme. Les deux personnalités politiques sont républicaines (pas « Les Républicains », juste républicains car ils défendent l’idée de la République, de son fonctionnement et de ses institutions), et je pense que Samuel Étienne l’est également. Ce n’est ni bien ni mal, c’est une façon de penser et de concevoir les choses, tout simplement. Cela ne s’est pas trop remarqué avec Jean Castex, c’était beaucoup plus visible avec François Hollande…

Cependant, cela revient cautionner la vision que la démocratie s’exerce principalement – voire exclusivement – au travers des organes et des institutions de la République, qu’on fait usage de sa capacité d’expression lorsqu’on vote et que ne pas voter, c’est manquer à ses devoirs. C’est aussi, involontairement j’imagine, déclarer que ceux qui ne se conforment pas à cela n’ont pas à s’exprimer sur le sujet… La conscience et la parole politique s’expriment de bien des manières, dans les associations, les manifestations (même lorsqu’elles sont violentes), les discussions, les forums, les réseaux sociaux, même ici sur ce blog elle se manifeste…

Amener cette vision sur Twitch ou plus globalement, sur des nouveaux médias, ce n’est pas un problème, et Twitch n’a pas attendu l’arrivée des politiques pour se politiser.

En revanche, le fait qu’une personne « validée » puisse amener des représentants de cette vision, c’est en partie contribuer à la validation du fait que cette vision soit la bonne, la seule, l’unique. Cela revient, involontairement peut-être, à marginaliser davantage ceux qui n’adhèrent pas à cette vision et donc, in fine, c’est réduire la capacité d’expression de celles et ceux qui peuvent concevoir l’expression de la politique autrement.

Samuel, je ne doute pas une seule seconde de ta conviction et de ta sincérité, ce n’est pas la question… tu auras beau dire que ce n’est pas ton but avec tout ceci, ça ne changera pas le résultat.

Le problème c’est qu’en procédant de la sorte, involontairement, tu contribues à cela… Donner ta vision dans des revues de presse (NDLR : Samuel Étienne a une émission, le matin, où il fait une revue de presse) c’est déjà faire de la politique, tu choisis tes sujets, ils sont orientés car personne n’est neutre et indirectement, tu donnes une certaine vision du monde…

Il y a certes un effet positif car des personnes semblent s’intéresser à la lecture et à l’actualité grâce à cela, mais ça n’en est pas moins problématique.

Les interviews politique, c’est autrement plus « grave ». Si cette pratique tend à se généraliser, le risque devient alors de « formater » une population jeune et qui n’a pratiqué que très peu la politique, de lui donner une définition unique de la démocratie, de son exercice et d’en exclure, de facto, tout ce qui ne s’en approche pas. Je ne pense pas que ce soit le but, c’est en revanche une conséquence fortement probable.

Enfin, l’exercice de la démocratie directe…

Samuel, à nouveau, je ne remets ni en cause tes convictions, ni ta sincérité, ni ta volonté à être le plus neutre possible et encore moins tes compétences excellentes à animer, interviewer, faire vivre tes propos… Je pense que tu as une idée parfaitement louable, un projet noble que d’inviter des politiques à un exercice de démocratie directe. Mais la démocratie directe, encore plus quand l’interviewé est candidat au pouvoir ou est au pouvoir, ça ne peut pas fonctionner, en témoignent les commentaires, à la fin du live :

« comme prévue aucun rapport avec la spontanéité d’hollande, castex était la pour sortir son laius »

« Samuel a vraiment tout tenté mais rien a faire c’était un mur, dommage mais l’expérience valait le coup »

« alors autant hollande a jouer le jeux, autant castex sa évité plein de question malgré la motivation de @samueletienne c’est dommage »

« Aucun naturel de sa part, il n’avais que des idées politiques derrière chaque propos, il répondait à côté de la plaque, bref l’interview de Francois Hollande était bien mieux »

« Triste de voir la politique arriver sur Twitch, et bientôt les sales médias de la tv »

« Merci pour l’effort, mais déçu. Rien à en sortir d’intéressant, aucune franchise, un exercice exclusivement politique, les bonnes questions ont été posées, mais les vraies réponses ont été esquivées. »

« On a eu la preuve ce soir que tous le monde n’est pas en capacité de s’exprimer sur Twitch. »

« Merci samuel d’avoir essayé de ramener le monde politque sur twitch mais il y a un bien trop grand décalage avec cette plateforme qu’est twitch. La participation de Hollande était plus intéressante car hors des enjeux actuels mais des politques actifs qui ne construisent aucunement leurs réponses et reproduisent le même schéma que sur les plateaux tv ce n’est pas ce que l’on souhaite »

Chat de Samuel Etienne, des viewers pendant le live. (republiés tel quels)

Mon propos n’est pas neutre, puisqu’il présente ma vision des choses… mais le monde politique sait la défiance que ressent le peuple envers lui. Il sait qu’il doit changer, évoluer, je pense que ce n’est pas pour rien que Samuel Etienne reçoit des centaines de messages de politiciens qui souhaitent passer dans son live : ils y voient un moyen de mettre un pied dans ce monde, le tout validé par une personne talentueuse qui vient de la TV, qui est « adoubée » par des gros streamers, afin de toucher un public qui globalement est hermétique à la parole politique et aux médias traditionnels… Il serait souhaitable d’éviter tant que possible de leur ouvrir la voie, surtout de cette façon.

Je retiendrai un commentaire, à la fin de l’interview :

« Merci Samuel. On sait maintenant pourquoi les jeunes se désintéressent des politiques. »

Un commentaire, à la fin de l’interview de Jean Castex

Enfin, un dernier message, tout adressé au principal intéressé, qui j’espère, me lira (et si c’est le cas, qui ira jusqu’à là) : Samuel, ton arrivée sur Twitch est partie d’une blague (#TeamRayou forever), tes participations à NDLC, tes débuts étaient un coup de frais, tes revues de presse, bien qu’elles soient parfois problématiques, sont appréciables… Ce qui est en train de se passer l’est beaucoup moins.

Tu as ouvert cette chaîne pour te sentir plus libre, parler des choses que tu aimes, pour parler plus longtemps sans avoir la pression du temps, pour parler d’un sujet pendant plus de trois minutes…

Normalement, c’est ta chaîne, à toi et à toi seul. Tu n’as pas l’obligation d’inviter qui que ce soit, ou d’inviter tout le monde au motif que tu as invité une personne. Ce n’est pas une obligation, c’est un choix éditorial, c’est ton choix.

Tu as déclaré que Marine Le Pen pourrait être invitée, que c’était comme un devoir de donner la parole à tout le monde : non. Sur France Télévision oui, pas sur ta chaîne. Soit c’est ta chaîne et tu fais bien ce que tu veux, soit tu as l’obligation de faire cela ou pire, tu te sens obligé de faire cela, c’est alors un choix éditorial de ta part et c’est bien dommage de se retrouver Cheval de Troie pour cet ancien monde qui ne veut pas s’adapter.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Comment voyez-vous la chose ? N’hésitez pas à donner votre avis, commentez, partagez, venez en discuter, ici ou ailleurs !

Petite réflexion de fin… on pourrait s’interroger sur la nature même de tout ceci : est-ce que ce live était réellement un problème ? Est-ce que ce qu’on appelle « la langue de bois » n’est pas, au final, une posture que chaque membre du gouvernement adopte par la force des choses ? Est-ce qu’on pouvait sincèrement attendre un peu plus de Jean Castex et un peu moins de premier ministre ? Est-ce seulement possible ? Si François Hollande avait été au pouvoir, est-ce que son interview aurait été moins « fun » ? Qu’est-ce qu’on attend d’un homme politique au pouvoir dans une interview ? Est-ce qu’un homme politique « chiant » est mauvais en politique ? Faut-il nécessairement être un homme politique fun pour être un homme politique apprécié ? Si Jean Castex avait répondu directement, sans détours, est-ce que les viewers auraient été satisfaits ? Le rôle d’un membre du gouvernement est-il de plaire quitte à ne pas être lui-même ? Et si c’est le cas, est-ce que ce n’est pas paradoxal face à notre attente d’une politique vraie et sans fausses promesses ?

Je vous laisse vous exprimer…

Des pétitions sur les site de l’Assemblée nationale ou du Sénat ? C’est possible !

« Hein ? Des pétitions à l’Assemblée nationale ? Au Sénat ? » C’est au détour d’une vidéo et de divers échanges que j’ai constaté la chose suivante : peu de personnes semblent être au courant qu’il est possible de signer ou de déposer une pétition sur les sites de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Pourquoi ? Comment ? Est-ce que c’est utile ? J’espère que la suite de ce billet pourra vous éclairer un peu.

NDLR : je ne fais qu’une présentation du site des pétitions de l’Assemblée nationale, mais l’ensemble de mes propos sont applicables au Sénat (exception faite du règlement de l’Assemblée Nationale, logique…)

Des pétitions ? Pourquoi ? Comment ?

Le site de l’Assemblée nationale permet donc de déposer et signer des pétitions.

Pour rappel, une pétition est une demande ou une suggestion qui doit être écrite et qui, dans le cas qui nous intéresse, est transmise par une ou des personnes au Président de l’Assemblée nationale.

Cette pétition peut suggérer ou demander « à peu près tout et n’importe quoi », comprenez par là que si l’objet de votre pétition est manifestement illicite, votre pétition sera très rapidement jetée à la poubelle, nous y reviendrons…

Cette possibilité de déposer une pétition est codifiée au sein du règlement de l’Assemblée nationale, chapitre VIII, articles 147 à 151 et via l’ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, bien que cette dernière renvoie au règlement des assemblées pour la présentation des pétitions (art. 4).

Dès lors qu’une pétition est déposée, elle est attribuée à une commission compétente sur le sujet (on ne va pas attribuer une pétition sur la pêche à la commission spécialisée dans les questions relatives au numérique, par exemple). Un rapporteur est nommé au sein de cette commission et sur proposition de ce dernier, la pétition est soit examinée et débattue, soit non retenue.

A noter que les pétitions ont deux objectifs significatifs, définis dans le règlement de l’Assemblée nationale : si la pétition atteint 100 000 signataires, elle est mise en ligne sur le site de l’assemblée, pour plus de visibilité et, si elle atteint plus de 500 000 signataires, elle est débattue dans l’hémicycle de l’assemblée.

Pour le Sénat, si une pétition atteint plus de 100 000 signataires, elle est transmise à la Conférence des Présidents.

Pour l’histoire, tout ceci est relativement récent : à titre d’exemple, les modifications du fonctionnement des pétitions de l’assemblée datent de la résolution n° 281 du 04 juin 2019 qui modifie le fonctionnement de l’Assemblée nationale au global.

Pour déposer ou signer une pétition, il faudra vous authentifier via FranceConnect, ceci afin de certifier que vous êtes bien une vraie personne, de nationalité française ou résidant en France. Les pétitions des deux assemblées ayant un caractère autrement plus formel qu’une pétition sur un “quelconque” site en ligne, on comprendra aisément ce besoin de vérification.

Il faut se connecter avec FranceConnect

Bonne ou mauvaise idée ?

C’est une question délicate… L’outil utilisé par l’Assemblée nationale et le Sénat est le même, il n’est ni bon, ni mauvais, c’est un outil. Ce sont les pétitions qui vont faire la différence, ainsi, sur le site du Sénat, on pouvait retrouver il y a quelques semaines une pétition pour la désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH). L’objectif de cette pétition est que lorsque l’on calcule les revenus d’une personne en situation de handicap, on n’intègre plus le calcul des revenus du conjoint, mais Nicole Ferroni en parle bien mieux que moi

AAH : handicap ou amour, il faut choisir ! Le billet de Nicole Ferroni

Mais… il y aussi les mauvaises idées, comme cette pétition pour rétablir la peine de mort ou encore celle pour armer le corps enseignant, pour qu’il puisse se défendre en cas d’attaque armée. Si cette dernière est désespérante, la première demande tout simplement l’impossible, c’est illégal.

On peut cependant retenir une chose de l’existence de ces deux pétitions : on peut déposer tout et n’importe quoi sur les pétitions.. et, en soi, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Une forme de démocratie directe ?

Peut-on voir en cette possibilité de déposer une pétition un moyen d’expression de ses droits et devoirs de citoyen ? Après tout, il m’est possible de déposer une pétition, sur le site des deux institutions françaises, qui pourra être directement prise en charge, débattue, voire conduire à une loi, qui sait…

J’ai tendance à penser que cet outil peut représenter un vecteur d’expression de la démocratie, s’il est vraiment adopté par de nombreuses personnes. Il devient possible de “forcer” l’analyse d’une idée, de communiquer ce qui semble être important, directement aux personnes qui fabriquent la loi. Dans un pays où nous avons le sentiment de ne jamais être écoutés, c’est plutôt une bonne chose.

Est-ce efficace ?

Je n’ai pas la réponse à cette question, ce n’est pas parce qu’une pétition va recueillir 700 000 signatures que ce qu’elle demande sera inscrit dans la loi. Elle sera certes analysée, mais pas plus, elle pourra être balayée d’un revers de la main, balayée lors d’un vote, etc.

En revanche, je sais que les choses ne changent pas lorsqu’on ne fait rien pour les changer, lorsque l’on ne tente pas de le faire.

Si cet outil n’est pas énormément adopté, on restera dans des schémas traditionnels : des outils existent, ces outils sont « monopolisés » par des personnes déjà actives, déjà présentes dans la vie politique, voire chez des extrêmes… et rien ne changera.

Un point positif à noter : la pétition dont je parlais tout à l’heure, sur l’AAH, sera examinée à partir du 09 mars 2021, signe que “le peuple” a la capacité de faire bouger les choses, dès qu’il se motive et se mobilise pour une cause.

J’espère vous avoir fait découvrir quelque chose en présentant succinctement cette plateforme. Si c’est le cas, n’hésitez pas à partager l’article sur vos réseaux, pour diffuser l’information !

Les cookies walls : interdits ou autorisés ? Analyse de la décision du Conseil d’État

Le Conseil d’État s’est récemment prononcé sur un différend opposant la CNIL et un groupe d’éditeurs variés autour de point liés au consentement et au dépôt de cookies sur les terminaux des internautes. La décision du Conseil d’État a fait l’objet d’une reprise dans un certain nombre d’articles de presses, ces derniers clament que bloquer un internaute refusant les cookies est légal, que la CNIL a été désavouée, que « le Conseil d’État donne raison aux éditeurs ».

Est-ce vraiment ce que dit la décision rendue par le Conseil d’État ? C’est ce que nous allons voir (spoiler : non).

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Loi Avia : ce qui devait arriver arriva. Feat. le Conseil Constitutionnel.

Il y a un an ou presque, j’écrivais mon dernier papier sur le blog. Il avait pour sujet le projet de loi Avia ou « proposition de loi visant à lutter contre la propagation des propos haineux sur Internet », de son petit nom tout gentil tout mignon.

Un an après, le projet de loi est passé par le Sénat, puis à fait un retour à l’Assemblée Nationale pour être voté définitivement. C’était prévisible, c’est arrivé. Que le texte fasse l’objet d’une saisine au Conseil Constitutionnel après son vote et… sans grande surprise, fasse l’objet d’une non conformité à la constitution, c’était aussi assez prévisible.

Ce qui devait donc arriver arriva, le Conseil Constitutionnel, dans sa décision n°2020-801 DC du 18 juin 2020, a – et c’est peu de le dire – décapité et mis en charpie la loi Avia.

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