L’anonymat et le sénateur Masson, épisode II

D’avance, ce billet sera un peu brutal, bonne lecture.

Ce qu’il y a de tristement drôle dans la stupidité, c’est qu’elle semble chez certains sans limite. C’est le cas du sénateur Masson, qui revient à la charge contre l’anonymat des blogueurs.

Dans une question écrite à Fleur Pellerin, ministre déléguée à l’économie numérique distinguée pour ses… propos justes, nobles et parfaitement censés sur le DPI (attention, ironie inside), M. Masson demande s’il n’est pas possible de lever l’anonymat des blogueurs. Il rajoutera dans sa question une demande de sanction en cas de résistance à cette identification.

Qu’est-ce que M. Masson n’a pas compris la dernière fois qu’il a tenu de tels propos ? M. Masson est-il contre la liberté d’expression ?

Selon moi, soit il l’est soit il est stupide. Dans les deux cas il y a un problème.

Imaginons donc qu’il ne soit “que stupide” puisque c’est sans doute le meilleur cas de figure possible. Il convient alors de lui réexpliquer l’importance de l’anonymat dans la vie numérique.

L’anonymat est, pour certains et même en France, un gilet pare-balles. Des blogueurs activistes aidant des pays à démocratie plus que variable se servent de l’anonymat pour ne pas se faire attraper.

Que se passerait-il si l’anonymat était levé ?

Dans le meilleur des cas, ces blogueurs arrêteraient de travailler. Dans le pire des cas, ils auraient des ennuis dans la vie physique.

Second cas de figure : les blogueurs qui se servent de cette protection qu’est l’anonymat pour parler de choses tirées de leurs vies personnelles ou professionnelles. Parler de sa dernière relation, d’une maladie lourde, d’un conflit … certains ne le feront pas avec leur identité, les points abordés pouvant créer d’éventuels conflits personnels.

Dans la vie professionnelle, c’est la même chose : quid des personnes qui parlent de leur travail avec leur vraie identité, licenciement ?

Nous assistons déjà à des licenciements pour des propos tenus sur une société x ou y, ce phénomène prendrait de l’ampleur si l’anonymat n’était plus garanti.

Certains blogueurs laissent volontairement trainer des données d’identification, comme moi. Mais dans ces cas-là, la décision finale revient au blogueur et il n’est nullement question d’une loi obligeant la levée de l’anonymat.

M. Masson cherche-t-il à réinventer l’eau chaude ?

Manifestement, oui. M. Masson ne sait peut-être pas que des dispositions existent déjà pour l’identification d’un blogueur. La loi de confiance en l’économie numérique (LCEN) permet, dans le cas de propos considérés comme diffamatoires, d’obtenir les données d’identification dudit responsable des propos tenus, sur demande auprès de l’hébergeur.

Résumons donc, si vous le voulez bien.

  1. M. Masson essaye une seconde fois de faire lever l’anonymat des blogueurs pour, je cite, « protéger les éventuelles victimes de propos inexacts, mensongers ou diffamations qui sont, hélas, de plus en plus souvent colportés sur la toile ».
  2. Des dispositions existent déjà pour ces cas de propos inexacts, mensongers ou diffamatoires mais le sénateur Masson n’est manifestement pas au courant de cette loi, comble pour un sénateur.
  3. M. Masson n’a peut-être jamais essayé de contacter un blogueur afin d’obtenir un droit de réponse, qui sait ? C’est pourtant chose aisée.
  4. Pour terminer, il convient de définir ce que signifie blog : un site, une page, sur laquelle on inscrit des données.

C’est vague, nous savons que les blogs visés sont des blogs personnels, les blogs professionnels rentrant dans un autre cadre juridique assez différent. Nous pouvons donc, au hasard, penser à Facebook, Skyblog, Overblog et éventuellement à des blogs vidéo, ce qui fait un nombre considérable de personnes touchées par les envies du sénateur Masson.

Alors, pourquoi M. Masson veut lever cet anonymat ?

Et si la réponse se trouvait dans la vie de ce cher sénateur ?

L’ironie, c’est que M. Masson, lui, se sert de l’anonymat pour des choses assez discutables :

  • 1983, M. Masson fait rédiger des tracts diffamatoires anonymes contre lui-même afin de discréditer son opposant aux élections municipales, Jean-Marie Rausch.
  • 1997, M. Masson est destitué de ses fonctions et condamné à un an d’inéligibilité pour avoir financé la campagne d’un concurrent afin d’affaiblir une rivale.

M. Masson s’est aussi retrouvé victime de propos diffamatoires à son égard et c’est sans doute la raison de sa grosse colère, inconscient de l’importance de l’anonymat.

M. Masson, lorsqu’on se sert de l’anonymat à de mauvaises fins, on ne vient pas faire des leçons par la suite. C’est déplacé, pour rester poli. Vous méprisez ceux qui ont besoin de cet anonymat pour avancer, parler, publier et parfois protéger leur vie.

J’espère que vous lirez ce billet, qu’il vous déplaira et que peut-être, vous comprendrez l’absurdité de vos propos. Si ce n’est pas le cas, nous pouvons en discuter autour d’un café, je suis toujours partant pour expliquer des choses, surtout lorsque les points de vue divergent.

Le blocage des publicités chez Free, pas partout, pas neutre.

Le fournisseur d’accès à Internet Free a décidé de bloquer les publicités nuisibles via sa Freebox V6. Dans une récente mise à jour estampillée 1.1.9, Free a ajouté un bloqueur de publicités, ce dernier fonctionne un peu comme Adblock, à quelques différences près.

Ce sont justement ces différences qui me posent un problème, et pas des moindres.

Si Adblock ou Ghostery (anglais) sont installés et totalement contrôlés par l’utilisateur de la machine, le bloqueur de Free est installé dans le matériel, à savoir la Freebox V6.

Cela sous-entend que l’utilisateur a un contrôle limité sur ce bloqueur : soit il l’active, soit il le désactive.

L’utilisateur ne peut en aucun savoir ce qui est réellement bloqué ou non, il n’a qu’un contrôle très limité de cette option.

Vous allez me dire que c’est une option, que ce n’est pas grave, que ce n’est, comme son nom l’indique, qu’une simple option.

C’est vrai. Seulement Free n’a ni communiqué sur cette option, ni laissé le choix à l’utilisateur d’activer, ou non, cette dernière.

L’opérateur a décidé que cette option serait activée par défaut et, bien qu’il soit possible de la désactiver dans l’interface de gestion de la Freebox V6, je reste perplexe.

Pourquoi ne pas avoir simplement informé de l’arrivée de cette option ? Pourquoi l’avoir activée par défaut ?

Depuis quelques mois, la communication de Free s’est métamorphosée. Free cherche à recruter de l’abonné et ça se sent : bye bye Rodolphe, la publicité ciblée « Geek » et tout le reste. Place à quelque chose de plus large, un spectre de clients bien plus important et parfois plus néophytes.

Partant de ce constat, combien de personnes vont savoir comment modifier cette option ? Pour travailler chez un FAI, je sais que bon nombre de clients ne connaissent même pas l’interface de leurs « ce que vous voulez »_Box. Je reste donc fermement opposé à la décision d’activer cette option par défaut.

Au-delà du blocage de la publicité, de l’impact que cela peut avoir sur des régies ou sur des sites qui ne vivent que sur ces revenus, il semblerait que le filtrage des contenus publicitaires soit à deux vitesses chez l’opérateur :

Tandis que les liens sponsorisés Youtube ne s’affichent plus au chargement des vidéos, le site Dailymotion fonctionne parfaitement bien, tout comme les vidéos publicitaires que le site diffuse.

Ce filtrage me pose déjà problème, apprendre qu’il s’applique à certains sites mais pas à d’autres m’a fait sauter au plafond.

Quels sont les critères que Free a définis pour filtrer du contenu sur un site et pas sur un autre site ? Est-ce que Free a bloqué Youtube car il est en mauvais termes avec Google ? Est-ce que le filtrage ne fonctionne tout simplement pas avec Dailymotion ?

Ce filtrage représente une atteinte à la neutralité d’Internet selon moi, même si c’est une option et même si elle peut être désactivée, c’est une atteinte à la neutralité d’Internet.

Si Free veut bloquer les publicités, qu’il donne des logiciels à installer sur un machine et non quelque chose d’obscur dans un matériel.

L’utilisateur a le droit de ne pas subir de publicités mais en aucun cas le FAI n’a à choisir à la place de ce dernier, l’option activée par défaut est une erreur.

L’utilisateur a également le droit de choisir quelle publicité il décide d’afficher, ou non, le FAI n’a pas à décider du contenu qui sera filtré.

Ces points ne sont pas respectés et c’est, toujours selon moi, un assez mauvais signe.

Ce ne sont que des publicités mais c’est une démonstration de ce qu’un FAI est capable de faire depuis déjà des lustres. Free a peut-être ouvert une très méchante boite de Pandore.

Imaginons la suite : pourquoi ne pas bloquer par défaut les sites qui dérangent ? Les sites porno ? Puis Facebook tiens ? Pourquoi ne pas décider de bloquer ensuite l’ensemble des sites qui ne veulent pas payer Free pour accéder à ses tuyaux ?

C’est sans doute un peu poussé, ou non…l’avenir nous le dira. En attendant, il faut essayer de voir plus loin qu’un blocage de publicités, Free est en train de jouer à un jeu qui me semble dangereux, à vous de juger.

Twitter et l’UEJF, boite de pandore de la censure. [MAJ]

Mise à jour : Twitter accepte le retrait des tweets antisémites, ils annoncent qu’ils se plieront à la loi française en retirant les messages que l’UEJF veut faire disparaitre. Ils ont néanmoins refusé de communiquer l’identité des personnes derrière les tweets.

L’action en justice aura donc lieu.


Depuis le 10 octobre, des tweets antisémites circulent sur Twitter, avec le hashtag suivant : #UnBonJuif.

Certains tweets sont une ode à l’antisémitisme, d’autres à un temps que je croyais révolu depuis la seconde guerre mondiale et d’autres vénèrent explicitement Adolph Hitler.

D’autres sont là pour hurler sur le hashtag, mais je n’en tiens pas compte ici.

Qu’on se le dise, ce qui se passe me donne envie de vomir et me fait un peu peur, la France vire lentement vers l’extrême droite et on retrouve des vestiges du passé comme la haine des juifs ou encore la délation, ce qui sera l’objet d’un second billet.

Pour autant, je ne vais pas vous parler de ce que je ressens, mais de ce que je vois : un grand n’importe quoi.

L’UEJF (l’Union des Etudiants Juifs de France) a contacté Twitter pour lui demander de supprimer les tweets antisémites et pour lui donner l’identité des utilisateurs, les « twittos », responsables de ces actes.

Qu’à fait Twitter ? Rien et quitte à choquer, ils ont raison.

Ils n’ont pas donné suite à la demande de l’UEJF, qui a annoncé ensuite sa volonté de saisir la justice.

L’UEJF a ensuite déclaré :

“Twitter n’a pas pris la mesure du racisme et de l’antisémitisme en France”

La vraie question est : doivent-ils vraiment en prendre conscience ?

Selon moi non, vous allez comprendre.

Je suis d’accord avec ce que Twitter fait et je ne cautionne pas la première réaction de l’UEJF, voici pourquoi …

Demander la suppression d’un contenu sans aucune décision de justice, c’est demander à ce qu’on fasse taire quelqu’un sans que la loi le demande. L’anticipation devient ici de la censure, pure et dure.

Je vais sans doute choquer à nouveau, mais je suis pour la liberté d’expression pour tous, ce qui englobe le fait que mêmes les abrutis ont le droit de s’en servir.

La première réaction de l’UEJF n’est pas mieux que celle d’un ayant droit qui demande un takedown pour faire respecter son droit d’auteur ou que celle d’un militant tendance extrême droite qui aimerait que les autres se taisent.

Il ne faut pas que ce genre de demande soit validé, il ne faut pas que la suppression d’un contenu se décide sans aucune justice, c’est une boite de pandore à moitié ouverte, évitons de l’ouvrir totalement, sous peine de basculer dans un régime que j’imagine très désagréable.

Au-delà de cela, demander la suppression d’un contenu sans décision de justice, c’est également demander à ce que chaque personne s’auto censure, anticipe elle-même le fait qu’elle n’a pas le droit de parler de ceci ou de cela, si bien que plus personne n’en parle à la fin.

Ce billet est donc là pour expliquer que oui, ces tweets sont à vomir et sont antisémites, oui cela ne devrait pas exister, oui, c’est déplorable…

Mais, pour autant, il ne faut pas céder à la tentation d’une censure qui pourrait se généraliser à un ensemble d’autres contenus.

Twitter est déjà un réseau ou les valeurs sont à géométrie variable selon ce qui se dit et comment, par qui, dans quel pays… il s’agit de ne pas aggraver la situation, Twitter sombrant déjà en ce moment.

L’UEJF a donc choisi, ensuite, de passer par la voie de la justice pour faire en sorte que Twitter supprime du contenu.

Cette décision ne me pose aucun problème car la justice interviendra et tranchera, que cela soit en faveur de Twitter ou de l’UEJF.

Dernière précision : le sujet de la levée de boucliers aurait été la maltraitance des poneys ou des licornes, ma réaction aurait été là même. Si le comité de défense des licornes avait demandé ce que l’UEJF a demandé, j’aurais également réagi de la même façon.

C’est la réaction et la façon dont cela se fait qui me pose un sérieux problème, que ça soit clair.

Trolls, pensez à mettre vos genouillères si vous venez commenter.

PS (spécial trolldi et extrême droite): si tu penses que l’extrême droite et l’antisémitisme sont mes passions, je t’invite à lire ce blog en cherchant ‘Front National” ou “Réseau Voltaire”.

Bonne lecture

Internet, cette chose qui bat.

Hier, lundi 27 aout, Laurent Joffrin se fendait d’un éditorial qui a déjà fait couler beaucoup de datas. Dans son éditorial, M. Joffrin s’attaque à la diffamation et au mensonge qui sont diffusés par mail. Malheur, les mails sont incontrôlables, il faut que cela cesse. Vite, un “on-ne-sait-pas-trop-quoi-mais-un-truc-quand-même”

L’attaque, si elle ne demande pas explicitement le contrôle et la censure, nous amène quand même à penser que c’est ce que l’auteur souhaite.

L’auteur rejette la faute sur Internet. Excuse facile et concept classique lorsque l’on ne sait faire que ça, sans faire la part des choses entre Internet et ce qui le compose : nous.

C’est le même schéma de réflexion que celles et ceux qui rejettent la faute des tueries sur les jeux vidéo : c’est de la faute d’Internet et des jeux vidéo, toujours.

Qu’on se le dise : Internet est con, du moins il ne réfléchit pas. Ca n’est pas Internet le fautif. Un tueur est un homme, tout les hommes ne sont pas des tueurs, bien c’est pareil.

Si on parle d’Internet d’un point de vue technique, ce n’est qu’un ensemble de machines, interconnectées les unes avec les autres, par la biais d’équipements, de câbles de différentes tailles, de serveurs qui remplissent différentes fonctions, c’est un ensemble de réseaux qui convergent tous sur une place unique, c’est ce qui forme la toile.

Si on parle d’Internet comme l’outil révolutionnaire, il n’existe que par ses utilisateurs. Si Youtube, Facebook ou Twitter existent, c’est parce qu’il y a des gens pour le remplir et le faire vivre. Ces personnes iront, un jour, ailleurs, sur un autre bout d’Internet, les outils que d’aujourd’hui feront alors partie du passé.

Internet est le résultat d’un ensemble d’interactions entre différentes personnes, à l’échelle de la planète.

Partant de ce point, il est possible d’en tirer deux conclusions :

  • Internet est le reflet d’un ensemble de groupes. Il a différent visages, qui dépendent des personnes qui le composent, nous sommes sur le même réseau mais pas sur le même bout d’Internet et le visage que je vois n’est peut-être pas le même que vous.
  • Internet est composé d’humains, il est donc doté d’intelligence, d’envies et de désirs, de haine et de violence, de paix et d’amour, de bière, de chats, de la vie, l’univers et le reste.

Parce qu’il est composé d’humains, il est également doté de la faculté de s’adapter au danger et de survivre dans des conditions extrêmes. C’est ainsi que le « grand firewall » chinois est criblé de trous, que des informations sont exfiltrées de Syrie, que Barbra Streisand à fait une grosse connerie en souhaitant le censurer et que, de façon générale, il répond à chaque attaque par une adaptation, pour continuer à vivre.

On ne peut pas censurer Internet ou le forcer à faire quelque chose, aucun humain n’est capable de le tuer ou de le faire taire, sauf en détruisant ce qui le compose : nous. Ce n’est pas pour rien que le régime de M. Bachar Hafez al-Assad traque systématiquement les opposants au régime et que la vente d’armes technologiques et de moyens d’espionnage – ce qui revient presque au même – se porte si bien.

Internet fait peur à beaucoup de personnes, comme toute chose qui n’est pas contrôlable dans un monde ou l’inconnu et le non maitrisables font peur. Il faut classer, ranger, définir et maitriser afin d’affirmer que l’homme est maitre absolu.

Les techniques de manipulation de la population sont, par exemple, une parfaite démonstration de tout ceci : un groupe que l’on ne comprend pas sera catégorisé comme « à ne pas prendre au sérieux » ou comme « dangereux ». Il faudra tout faire pour que l’opinion n’ait pas d’autre avis que celui que l’on veut imposer.

Internet n’est cependant pas aussi dupe et l’image que certains essayent de lui donner commence à s’effriter. Il n’est plus le monstre dangereux d’avant où traine la pire raclure de la société, il n’est plus réservé à l’élite, il est ce blog, ce billet, vous, moi, tout le monde. Il est l’envie insatiable de savoir que les choses peuvent se passer différemment, de la façon dont on veut, il est une sorte d’espoir. En cela, le hack est une réponse et c’est devenu ma philosophie, ça l’a sans doute toujours été.

Tout ceci dans un simple câble RJ45, c’est magique. Il est un peu le cordon ombilical qui nous relie nous, enfants d’Internet, à cette chose qui nous protège et que l’on doit protéger.

Alors, monsieur Joffrin, lorsque je lis les inepties que vous osez écrire, j’ai simplement envie de vous répondre : vous n’avez rien compris.

J’ai aussi envie de vous répondre merci : merci pour vos inepties qui font évoluer Internet.

Attaquez Internet et il se défendra, vous contribuez malgré vous à faire d’Internet un enfant qui grandit.

La seule question est : lorsque qu’Internet aura grandi, que les VPN et le chiffrage asymétrique seront la norme et plus l’exception, que ferez-vous ?

Vous aurez le choix d’aller plus loin, quitte à basculer dans la même optique que ces régimes qui tuent pour garder le pouvoir. Vous perdrez, pour toutes les raisons citées plus haut.

Internet n’échappe pas à la théorie de l’évolution : adaptez-vous et avancez ou alors disparaissez.

Frédéric Chatillon-Front National ? Peu importe, Streisand est là.

Manifestement, des choses ont changé depuis mes billets visant Frédéric Chatillon, le Front National ainsi que le réseau Voltaire.

Tout a commencé avec un commentaire sur ce blog :

Merci pour ces détails croustillants. Pour info, les tracts du FN pour l’élection présidentielle sont imprimés par « RCS 400 363 198″ [sic], qui aboutit très vite sur RIWAL.

Ce numéro était présent sur les affiches de campagne du Front National et est directement lié à Frédéric Chatillon ainsi qu’à la société Riwal, qui a été l’imprimeur du FN pour sa campagne présidentielle.

Ensuite, Laure Siegel, pour les Inrocks, a fait un très bon article sur M. Chatillon, je vous conseille de le lire, il est bien écrit et instructif.

Et là, quelques jours après, c’est le drame. Il semblerait que des photos utilisées pour relier le FN à Frédéric Chatillon ne soient plus en ligne et je ne serais qu’à moitié étonné que le photographe ou propriétaire du site ait eu des ennuis avec le Front National pour ces photos.

Heureusement, Internet est là. La photo en question, la voici :

Elle vient d’Internet, je n’ai rien piraté pour l’obtenir, elle était en accès libre (je précise, des fois que le FN soit tenté d’attaquer pour je ne sais quelle raison, qu’elle est sur Internet, elle est publique, je ne viole aucune loi en l’affichant).

La suite, vous la devinez : cette photo à déjà disparu une fois, sans doute parce qu’elle dérange… à nous de faire en sorte qu’elle ne disparaisse pas, si vous le souhaitez bien sûr.

S’il se passe quelque chose (retombées, mails, menaces ou que sais-je), vous serez les premiers informés.

Toulouse et Internet : la reprise d’un drame à des fins politiques.

On pourra reprocher ce que l’on veut au président actuel, d’un manque de respect (casse toi pauvre con ?) à un ensemble de propositions toutes plus répressives les unes que les autres, il faut néanmoins lui reconnaitre quelque chose : sa constance.

Elle réside dans le fait qu’à chaque évènement, c’est une nouvelle loi qui est proposée (et parfois forcée, exemple avec HADOPI). Est-il utile de préciser que ces lois sont, pour la plupart, disproportionnées et répressives ?

Le drame de Toulouse n’échappe pas à cette règle, c’est donc « logique » de voir M. le Président de la République tout fier, proposant son projet : punir les personnes qui naviguent sur des sites violents ou extrémistes.

Ce qui est moins logique, c’est le traitement médiatique qui découle de cette loi. Je vous propose donc de nous pencher sur les récentes déclarations du Président (tant qu’il l’est encore).

Dans un premier temps, observons cela sous l’angle technique : quelles solutions existent pour punir les personnes qui naviguent sur les sites en question ?

  • Il est possible de fermer le site mais c’est long, surtout lorsque le site n’est pas en France, encore plus s’il n’est pas hébergé dans un pays de l’Union Européenne.

  • Il est possible de bloquer le site, sur injonction judiciaire. Là aussi, problème : l’affaire Copwatch a démontré que bloquer un site était inutile, il reviendra autrement, ailleurs, avec une autre adresse. Sans oublier l’effet Streisand, des copies du site en question peuvent exister et ceci à l’infini.
  • Il existe une autre solution. Une solution que M. Sarkozy semble bien aimer et que la France connait déjà. Une solution qu’elle a vendu à l’ex dictateur président, Mouammar Kadhafi via la société Amesys, filiale du groupe Bull, société détenue en partie par le gouvernement.

Si vous ne l’avez pas deviné, cette solution, c’est le DPI. Petit rappel, le DPI c’est une sonde, installée chez votre fournisseur d’accès à Internet, elle permet d’écouter l’ensemble du trafic d’une ligne ou de centaines de lignes, en même temps.

Traduction : vous allez sur Google, sur Facebook, vous entrez un mot de passe, vous envoyez un message d’adulte à votre dulcinée, le DPI le sait. Il est fait pour ça : inspecter en profondeur les données qui circulent, à l’échelle d’un abonné comme à l’échelle d’un pays.

Revenons aux faits : le DPI. Pour pouvoir punir des personnes allant sur des sites « interdits », il faut pouvoir écouter les connexions, pour savoir qui sont les méchants internautes qui osent se rendre sur de tels sites.

Problème à nouveau : il n’est pas possible d’écouter uniquement les accès à ces sites, il faut tout écouter et poser un filtre, ou faire le tri dans les centaines de Go qui seront capturés (ce qui nécessite beaucoup de matériel, d’argent et potentiellement beaucoup de personnel).

Vous vous dites « je n’ai rien à cacher, ce n’est pas grave » ? Si vous estimez que votre vie privée vaut si peu, c’est votre problème, ce n’est pas celui d’un ensemble de gens qui voudraient pouvoir dire quelque chose sans que la moitié de la planète soit au courant.

La solution proposée par Nicolas Sarkozy est disproportionnée (pour changer), au-delà de cette disproportion, c’est une violation de la vie privée et il est fort possible que ce DPI serve d’arme d’anticipation par la suite, ce qui évite la longue et fastidieuse démarche judiciaire. ACTA voulait le faire, pourquoi pas le président ?

Dans un second temps, voyons les déclarations de Nicolas Sarkozy sous un autre angle : depuis l’œil d’un journaliste.

Par nature, un journaliste se doit de faire des vérifications, de croiser ses sources, d’aller justement sur ce genre de sites afin de savoir ce qui se dit vraiment. Il doit analyser le contenu afin d’obtenir des preuves, nécessaires à la construction d’un article ou d’un reportage.

L’envie de Nicolas Sarkozy rend ces journalistes coupables. Coupables d’avoir fait leur travail, elle menace directement celles et ceux qui travaillent sur des dossiers sensibles ou l’on parle de terrorisme, de groupes intégristes …

Allons encore plus loin, il sera possible de savoir qui fait quoi, quand, où et avec qui. Dans ma vie, ça me dérange déjà, dans la vie d’un journaliste, c’est un risque aussi : celui de ne pas pouvoir couvrir ses sources.

La reprise médiatique du drame de Toulouse est déjà puante, les propos de Nicolas Sarkozy, résumés sous la forme : un drame = une loi, le sont encore plus. Son rôle de Président ne lui donne même pas la légitimité de proposer une telle loi.

Pour terminer, je ne sais pas si c’est moi mais, plus le temps passe, plus j’ai l’impression que l’on bascule véritablement dans un régime totalitaire.