GoLeaks : les leaks de l’Ouest.

J’ai décidé de vous parler de GoLeaks, une plateforme de leaks comme son nom l’indique, suite à une conférence très intéressante lors du festival « Pas Sage en Seine 2015 », où j’ai rencontré @Datapulte, hacker en charge de la partie technique du projet.

Le projet semble bien parti, solide et pas décidé sur un coup de tête. Les personnes qui vont s’occuper du projet sont fiables et de confiance.

La première plateforme régionale de récolte et de diffusion d’information, de « leaks », par des sources anonymes, va donc prochainement voir le jour.

Petit tour d’horizon de GOLeaks.

Le GO, c’est pour Grand Ouest, les leaks porteront sur l’ensemble de la Bretagne et on peut déjà imaginer des leaks en lien avec Notre-Dame-des-Landes par exemple, mais pas que. De la fuite très locale, du village à la ville, de l’élu local à beaucoup plus, il y a là, à mon avis, beaucoup de choses à récupérer.

Ce sont ces raisons qui ont entrainé la création de GOLeaks.

Le projet

Le besoin est le suivant : partager une information sensible ou compromettante, une information qui mérite d’être connue du grand public. Cette information, en raison de son caractère sensible, ne peut pas être partagée via des outils « classiques », par mail, SMS, au téléphone …

Il faut être capable de protéger et d’anonymiser au maximum la source de l’information, clef de la réussite des sites de leaks. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin dans le billet.

Protection des sources, travail avec les journalistes et les maisons de presse, gestion des échanges entre source et journaliste pour sécuriser au maximum la source, telles sont les ambitions du projet.

Techniquement

La plateforme est découpée en deux parties, l’une servant de vitrine, l’autre étant la réelle plateforme d’échange.

« Les deux sites sont séparés et hébergés à des endroits différents, chez un opérateur de confiance, afin de sécuriser au maximum les plateformes. S’il y a une faille de sécurité sur un site, elle ne permettra pas de remonter jusqu’à l’autre », m’explique @Datapulte, hacker en charge du projet.

Sur le site web « classique », on découvre les raisons du projet ainsi que ses ambitions. D’ici à son lancement, la vitrine de Goleaks changera, pour indiquer aux utilisateurs qu’il faut un protocole de connexion et de contact spécifique pour déposer une information sur la plateforme.

La plateforme centrale sera un service caché dans le réseau TOR (avec une adresse qui se termine en .onion pour faire plus clair). De facto, il faudra obligatoirement utiliser TOR afin de pouvoir envoyer une information au site, @Datapulte m’explique…

« on ne veut pas mettre en danger une source, nous allons donc forcer l’utilisation de TOR pour sécuriser un peu plus les échanges. Notre but est de servir de plateforme de leaks mais pas n’importe comment et surtout pas en compromettant des sources désireuses d’échanger des informations sensibles ».

Qu’on se le dise, @Datapulte sait où il veut mener le projet, ce qui est très rassurant aux vues du projet.

Une fois un leaks déposé sur le site, il sera mis à disposition de journalistes afin qu’ils puissent traiter l’information, nous y reviendrons. Les échanges avec les journalistes exigeront le même protocole de connexion que celui des sources : TOR.

GOleaks permettra aussi l’envoi de mails chiffrés, à la source et au journaliste, en servant d’intermédiaire. « Nous avons choisi d’être l’intermédiaire entre une source et un journaliste pour sécuriser au maximum les échanges. Une source souhaite contacter un journaliste, un mail chiffré est envoyé par Goleaks au journaliste, qui doit passer par la plateforme d’échange afin de pouvoir répondre à la source. ».

Pourquoi servir de plateforme centrale et incontournable ?

A cette question, @Datapulte me répond « nous pensons qu’il est préférable qu’un journaliste et une source ne soient pas directement en contact. En procédant ainsi, s’il y a un problème, la source ne met pas en danger le journaliste et vice-versa. Dans le pire des cas, si une source est grillée ça ne pourra remonter que jusqu’à Goleaks, idem si c’est un journaliste, la piste ne pourra remonter que jusqu’à Goleaks. Nous sommes conscients de notre rôle de fusible ».

Je trouve ce point très positif, dans les explications fournies, je sens réellement la volonté de minimiser les risques et dangers, « le risque zéro n’existe pas, mais on cherche à s’en approcher le plus possible ».

Rajoutons que Goleaks tourne sous Globaleaks, une plateforme open-source dédiée aux leaks. Globaleaks est développé par “Hermes Center for Transparency and Digital Human Rights”, Globaleaks est, par exemple, utilisé par « Le Monde » via https://secure.sourcesure.eu.

C’est un projet très suivi, régulièrement mis à jour et assez sécurisé, considéré comme une excellente initiative par de nombreux journalistes et hackers, comme ceux du CCC ou Jacob Applebaum par exemple.

Serveurs séparés, hébergés chez un acteur de confiance, passage par TOR requis, mails chiffrés, plateforme qui s’impose un niveau de sécurité élevé… les outils ne manquent pas pour faire de Goleaks une réussite.

Reste le problème des sources et de l’utilisation des outils, parfois compliquée pour des utilisateurs néophites.

A nouveau, @Datapulte a les idées claires sur le sujet : « concernant les leaks, nous pensons qu’il peut y avoir beaucoup d’informations, si nous arrivons à faire connaître le projet, clef de notre réussite. Côté formation, nous avons déjà des contacts avec des journaux locaux pour les former à utiliser TOR et nous allons mettre, sur la vitrine publique du site, des informations et explications claires pour pouvoir déposer un leak ».

Le traitement de l’information sera assuré par les journalistes, « nous travaillons déjà avec des journalistes afin d’établir des partenariats. Lors du dépôt d’un leak, le lanceur d’alerte pourra choisir à qui envoyer l’information. Goleak enverra une alerte aux journalistes choisis, qui devront passer par TOR et un lien à usage unique afin de récupérer l’information transmise. »

On s’y met ?

« Pour l’instant, tout n’est pas encore prêt et nous avons besoin de soutiens et de visibilité avant de nous lancer. »

Je ne sais pas de quoi l’avenir est fait, mais Goleaks possède les clefs pour qu’il soit bon.

En revanche, je sais qu’ils auront prochainement besoin d’un financement pour faire tourner la plateforme, @Datapulte m’informe « qu’une campagne de financement verra prochainement le jour, d’ici septembre. »

Souhaitons-leur bon courage.

Vous pouvez retrouver toutes les informations de Goleaks à cette adresse https://goleaks.org/, @Datapulte sur Twitter et @R0aming_, un rédacteur en chef Web, lui aussi impliqué dans le projet Goleaks.

Vous pouvez également retrouver GOLeaks sur Twitter : http://twitter.com/goleaks_

Loi sur le renseignement : et maintenant ?

Si vous me suivez ou lisez ce blog, vous savez que le projet de loi sur le renseignement a, hier dans l’après-midi, franchi une première étape : celle de l’Assemblée Nationale.

Ils étaient 438 pour, 86 contre et 42 abstentions. Je ne reviendrai pas sur les raisons qui font que je trouve cette adoption parfaitement inadmissible.

…que vais-je faire …

C’est simple : surtout, ne pas perdre sa motivation. Si vous arrêtez de vous battre pour des causes qui vous semblent justes, c’est perdu d’avance car personne ne le fera pour vous. Certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent.

La vraie question est : où vous plaçez-vous, du côté de celles et ceux qui attendent que les choses changent « comme ça, par magie », où du côté de ceux qui essayent, encore et encore, même si cela ne fonctionne pas ou pas toujours ?

de tout ce temps…

Car c’est le seul véritable problème : le temps.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Pour commencer, le texte va filer au Sénat, où les sénateurs et sénatrices seront mené.e.s à se positionner sur le texte.

La suite des évènements dépendra des décisions du Sénat, s’il vote le texte parfaitement identique à la version de l’Assemblée Nationale ou non.

Ce qui veut dire que nous disposons encore de temps pour agir, il faut donc agir, continuer le travail de fond avec les sénateurs et leur expliquer les réels dangers de cette loi et les enjeux techniques, parfois bien compliqués à comprendre pour des personnes dont ce n’est pas le coeur de métier.

que sera ma vie ?

Personnellement, j’ai déjà commencé à alerter les sénateurs, depuis quelques semaines.

Comme dit, certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent.

Moi j’ai décidé d’agir. Et vous ?

Lettre ouverte à vous, mes représentants.

Chers représentants, représentantes, députés,

D’ici quelques jours, vous serez amenés à vous prononcer sur le projet de loi sur le renseignement et je souhaite, avant l’ouverture des débats, que vous preniez la mesure de ce que vous allez voter.

Pour commencer, j’ai conscience de n’être qu’un « simple citoyen », de ne pas disposer de la science infuse, d’être peut-être « à côté de la plaque ».

Eux en revanche, ils ne le sont pas :

  1. Amnesty International
  2. La Quadrature du Net
  3. Alain Marsaud, ancien juge du terrorisme
  4. Le Conseil National du Numérique
  5. La CGT Police
  6. Reporters Sans Frontières
  7. Le Syndicat de la Magistrature, qui estime que ce projet de loi « « installe un dispositif pérenne de contrôle occulte des citoyens dont il confie au pouvoir exécutif un usage quasi illimité. Il est à ce titre inacceptable. Seul un véritable contrôle a priori de techniques de renseignement proportionnées et visant un objectif strictement défini relevant de la sécurité nationale, restera respectueux des droits fondamentaux. »
  8. Marc Trevidic, l’actuel juge antiterrorisme
  9. Le président de la CNCIS lui-même
  10. La CNCDH (Commission consultative en charge des droits de l’Homme)
  11. La Ligue des Droits de l’Homme
  12. L’Union des Syndicats de la Magistrature
  13. La Fédération Syntec
  14. Le commissaire des droits de l’Homme du Conseil de l’Europe
  15. La CNIL
  16. Human Rights Watch

Que faites-vous de ces avis ? Considérez-vous ces gens comme des « paranos » ?

Pour continuer, je ne suis ni votre ennemi ni celui de la protection de la nation, de ses intérêts, du peuple, de ses enjeux et j’en passe. S’il vous plaît, ne tombez pas dans la logique binaire actuelle : ce n’est pas parce que je m’oppose au projet de loi du renseignement que je suis pour le terrorisme, ce sont deux choses différentes, la vie n’est pas blanche ou noire. Vous le savez j’imagine…

Vous êtes des représentants de la nation et, à ce titre, vous avez choisi de représenter le peuple français, quelles que soient vos convictions, vos couleurs et votre appartenance politique, je ne vous demande qu’une chose : représenter le peuple français. J’ai aussi conscience qu’ici, je ne m’exprime qu’en mon nom, rassurez-vous, j’ai les pieds sur terre.

Nous sommes tous d’accord : ce qui s’est passé au mois de janvier est horrible, immonde, inhumain… faut-il pour autant céder à la dérive sécuritaire actuelle ?

Mesdames et messieurs les députés, notre pays repose sur deux piliers : la séparation des pouvoirs et une devise, inscrite partout : Liberté, Egalité, Fraternité.

Le projet de loi sur le renseignement est diamétralement opposé à cette liberté, c’est une menace pour nos libertés individuelles. Mesdames et messieurs les députés, ce projet de loi sur le renseignement est une boite de Pandore que je vous invite à ne pas activer, à ne surtout pas ouvrir.

Ce projet de loi s’oppose à la séparation des pouvoirs, véritable socle de nos démocraties occidentales. Cette séparation des pouvoirs, vous savez, cette chose théorisée par Montesquieu, ce qui est devenu par la suite le socle absolu de notre démocratie. Montesquieu a simplement déclaré qu’il n’était pas possible de laisser tous les pouvoirs entre les mêmes mains.

En choisissant de se passer totalement de l’autorité judiciaire, le projet de loi sur le renseignement détruit le fragile équilibre entre ces pouvoirs. Vous pourrez rétorquer qu’un juge est prévu, mais c’est un juge administratif et non un juge judiciaire, seul garant des libertés individuelles.

Mesdames et messieurs les députés, généraliser le recours administratif, c’est tuer les fondements de notre démocratie. De la même manière, l’instauration de « boites noires », vous le savez, vous l’avez forcément lu, vu, entendu quelque part, c’est se doter d’un système de surveillance généralisée, ce qui va à l’encontre de la démocratie et, d’un point de vue légal, des dispositions européennes.

Vous déclarerez ne pas vouloir l’utiliser ainsi. Vous déclarerez vouloir nous protéger, comme la NSA l’a fait aux Etats-Unis d’Amérique.

Je pense que vous connaissez la suite…

Mesdames et messieurs les députés, je pense que, quoi que je dise dans cette lettre, cela ne changera pas votre décision.

Souvenez-vous seulement que, lorsque vous voterez ce texte, ce sera en votre âme et conscience.

Malgré l’avis des ONG.

Malgré les nombreux avis d’experts.

Malgré les avis de deux juges de l’antiterrorisme.

Malgré l’avis de la CNCIS.

Malgré l’avis de la Ligue des Droits de l’Homme

Malgré les avis de nombreux citoyens.

Malgré l’avis de tant d’autres….

Mesdames et messieurs les députés, n’ouvrez pas cette boite de Pandore.

Obsession sécuritaire, l’état est-il son propre ennemi ?

Posons-nous la question suivante : sommes-nous en train de basculer dans un état sécuritaire ? Y sommes nous déjà depuis bien longtemps ?

Si oui, quelles sont les conséquences futures de cette bascule ?

Si non, en sommes-nous éloignés ?

Afin de répondre à cette question, il faut déjà se demander « c’est quoi un état sécuritaire ? ».

Un état sécuritaire, c’est un des pouvoirs qui donne la priorité, de façon excessive, à la sécurité. Il bascule peu à peu dans une logique d’augmentation des moyens de surveillance, de contrôle et de répression. Dans les pires situations, cette dérive vers un état sécuritaire mène à la dictature, nous verrons ensemble pourquoi.

Attention, mettre en place des mesures ou des lois qui répondent à un réel besoin de sécurité, ce n’est pas aberrant. Tout miser sur la sécurité au motif d’un prétendu danger permanent, ça l’est déjà un peu plus, et c’est très dangereux.

Un bon exemple d’état sécuritaire se trouve de l’autre côté de la Manche : l’Angleterre. Au nom d’une menace invisible, David Cameron souhaite inviter la sécurité à votre table, dans votre vie privée…. Et que dire des Etats-Unis d’Amérique et du traumatisme qu’est le 11 septembre ?

Alors, sommes-nous en train de basculer dans un état sécuritaire ?

Depuis les attentats récents, dont celui de Charlie Hebdo, la poigne du gouvernement est devenue plus sèche, plus dure.

Les forces de l’ordre sont en alerte, nous avons atteint le plus haut niveau du plan Vigipirate jamais atteint depuis sa création.

Les juges et tribunaux également, le pouvoir exécutif a donné des consignes de fermeté dans une circulaire datée du 12 janvier 2015. Il l’emporte donc sur le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif.

Les juges ont un rôle important dans ce pouvoir judiciaire : ils sont dans la mesure, ils doivent arrêter le bras de l’état qui frappe fort et s’assurer que la réponse soit mesurée, proportionnelle.

Moins d’un mois après les attentats, c’est la passion et le dégoût qui animent les cœurs de beaucoup de cesjuges, en témoignent les 234 procédures initiées pour apologie du terrorisme depuis les attentats….

Avant ces actes, le bilan était de 20 condamnations en 20 ans pour apologie du terrorisme. En moins d’un mois, nous sommes presque au record.

Maintenant, on juge un homme ivre qui ne savait pas ce qu’il disaitet un enfant de 8 ans passe devant la police, alors qu’il ne sait pas ce que terrorisme veut dire.

La justice doit être froide, mener des actions sans peine, ni douleur, ni passion. Elle ne le fait pas dans ces dossiers actuellement.

Au-delà de l’idiotie de la chose, j’interprète ceci comme un signal d’alarme : la justice n’a plus la tête froide, l’exécutif prend le dessus sur les autres pouvoir, ce sont des signes alarmants d’une dangereuse bascule.

Mon second indicateur de cette bascule, c’est Internet. Plus on cherche à censurer Internet, plus on bascule dans une politique sécuritaire. Le raccourci est osé mais je vais m’expliquer.

Je ne parle pas des ayants-droits et de la Hadopi. Je parle de la LPM, de la loi contre le terrorisme, des prochaines mesures « exceptionnelles » qui sont tellement fréquentes qu’elles n’ont d’exceptionnelles que le nom.

Bernard Cazeneuve déclarait, il y a quelques jours – 90% de ceux qui s’engagent dans des opérations terroristes s’engagent après avoir consulté des sites sur Internet. Un bel effet cigogne dans l’optique de venir taper sur Internet sans retenue.

De nombreux politiques appellent à un « Patriot Act » à la française. Même si le gouvernement n’est pas pour, il proposera des réformes de la loi, il doit montrer qu’il fait quelque chose et ce même si c’est stupide.

Pour l’état et pour éviter la critique, il vaut mieux faire quelque chose d’inadapté et inefficace que d’être vu comme un gouvernement laxiste.

L’état souhaite également rendre responsable les intermédiaires et les hébergeurs (Twitter, Facebook & Co) des contenus publiés sur leurs plateformes respectives, et balaye d’un revers de la main les dangers que font peser ces décisions sur notre capacité à nous exprimer.

L’état compte également sur vous, sur nous. Sur notre capacité à ne pas se sentir concernés, à ne pas garder la tête froide, pour faire passer ce qu’il pense bon. Nous en revenons toujours à

« Souhaitez-vous protéger vos enfants* contre le terrorisme** ?
– Oui totalement.
– Donc, il faut sévir et censurer.
– Non, je pense qu’il existe d’autres solutions
– Si vous dites non, alors vous êtes pour le terrorisme. »

* : Amis/proches/élèves/employés, ça marche avec tout le monde.
** : pédophilie/violence/rajoutez un truc tant que c’est négatif ça fonctionne

La capacité du gouvernement à entendre la critique est au point mort et se résume à 0 ou à 1. Et c’est dangereux. Un gouvernement avec lequel il n’est plus possible de parler n’est plus représentatif des idées majoritaires de son peuple et bascule dans une logique sécuritaire qui va à l’encontre même de ses intérêts, malgré tout ce qu’il pense.

Pourquoi ?

Parce qu’en combattant « le mal » de cette façon, on crée « le mal ».

En faisant passer de plus en plus de lois qui portent atteinte à l’ensemble des libertés individuelles, les gouvernements successifs poussent des citoyens soucieux de ces libertés à se protéger, à savoir chiffrer des communications, utiliser des outils de protection d’un peu d’intimité, comme un VPN…

Plus l’état sécuritaire se rapproche, moins il y a de différences entre les outils qu’un terroriste et moi utilisons.

Je chiffre certains mails, refuse explicitement d’utiliser Skype au profit de solutions plus respectueuses de mon intimité, parle avec des gens qui font pareil, chiffre mes sms, parfois mes appels et je suis soucieux de mon intimité.

Qu’est-ce qui, aux yeux d’un état devenu incapable de lire mes communications, me différencie d’un terroriste ?

Quelles sont les conséquences de tout ceci ?

Une politique de plus en plus sécuritaire, « pour votre sécurité ».

Les différents gouvernements ne sont pas stupides : ils savent que la loi vient punir des actes, des délits, des crimes… la loi n’empêche en aucun cas que ces actes arrivent.

Alors, que faire ?

C’est là que tout se joue. L’état, conscient que la loi n’empêche rien, souhaite pouvoir anticiper et… pour anticiper, il faut aller fouiller dans la vie de tout le monde. Cette façon de faire rend tout le monde méfiant vis à vis de tout, et de tout le monde.

Et cette attitude mène à quelque chose de bien pire que la censure : l’autocensure. Par peur de peut-être dire quelque chose d’interdit, par peur de peut-être se sentir observés, nous nous taisons. Nous sacrifions notre liberté d’expression pour une prétendue sécurité qui n’a toujours pas montré le bout de son nez et qui ne le montrera jamais. Un acte terroriste, par nature, est imprévisible. Rajoutons à cela que plus on observe tout le monde et plus on censure, plus les vrais terroristes se cachent, sur Internet comme ailleurs.

C’est donc ça, la leçon des attentats de Charlie Hebdo, icône de la liberté d’expression malgré lui ? Plus de censure ?

Nous basculons dans un système qui ressemble de plus en plus à une adaptation de « Minority Report », bien plus dangereux que le « Big Brother » que nous avons l’habitude de croiser dans quelques articles çà et là.

Un terroriste, quelqu’un qui a déjà basculé, sait très bien ce qu’il fait ou va faire. Il est pleinement conscient de ses envies et de ses actes, ce n’est pas un arsenal législatif qui va l’arrêter. La seule conséquence directe de tout ceci, c’est qu’il parlera là où il n’est pas observé. L’état aura perdu, et proposera alors un nouvel arsenal législatif encore plus poussé, et ainsi de suite… et pourquoi ne pas proposer d’interdire tout simplement le chiffrement de l’ensemble des communications ?

A forcer dans cette direction, l’état devient lui-même son ennemi et tout ce qu’il combat : un dictateur en herbe, ennemi de la liberté d’expression et potentiel ennemi d’Internet.

Alors, est-ce que l’état devient un état sécuritaire ?

Selon moi, c’est bien parti pour. Tout est là. L’exécutif qui prend le pas dans le difficile équilibre entre les pouvoirs, le législatif qui réagit à coup de mesures d’urgences et exceptionnelles qui deviennent la norme et judiciaire qui perd son sang froid. Tout y est.

Bien évidemment, tout ceci n’est que mon avis de simple citoyen. Et vous, quel est le votre ?

.@Bcazeneuve, l’effet cigogne et la cybersurveillance

« 90% de ceux qui s’engagent dans des opérations terroristes s’engagent après avoir consulté des sites sur Internet »

Bernard Cazeneuve, Ministre de l’intérieur.

Ainsi s’exprimait M. Cazeneuve lors des dernières « QAG », la séance des questions au gouvernement. La réponse est faite suite à une question du député Galut sur les dispositif de cybersurveillance dans la lutte anti-terroriste et anti-criminalité. Si vous avez un doute sur la citation, vous pouvez la retrouver ici (à partir de 41 minutes 55 secondes), difficile de faire plus officiel comme source.

Mais, M. Cazeneuve, malgré tout le respect que je me dois de lui porter… qu’est-ce qui lui passe par la tête bordel !?

Étudions sa déclaration.

Il a raison. 90% de ceux qui s’engagent dans des opérations terroristes s’engagent après avoir consulté des sites sur Internet.

Sinon :

  • 90% des étudiants se servent d’Internet pour faire leurs recherches.
  • Plus de 50% de la population s’en sert pour simplement communiquer.
  • Plus de 80% des administrations françaises se servent d’Internet au quotidien.

Au mieux, sa déclaration est l’expression d’un raccourci douteux, au pire, elle est la représentation d’une mauvaise foi doublée d’une incompréhension totale sur le sujet, ce dont je doute, cet homme est intelligent, il sait parfaitement ce qu’il déclare. Ce qui est pire.

Oui, les terroristes utilisent Internet. Comme lui, moi, ou même vous qui lisez ce blog. Comment ne pas le faire ? C’est un média incontournable, même pour un terroriste en puissance.

Cette déclaration est donc vide de sens.

C’est « un effet cigogne » : elle mélange volontairement corrélation et causalité. Pour celles et ceux qui se demandent ce que c’est, démonstration :

Dans les communes qui abritent des cigognes, le taux de natalité est plus élevé qu’ailleurs. Les cigognes apportent donc les bébés…

En réalité, les cigognes sont généralement en campagne et dans les petits villages, où le taux de natalité est plus élevé qu’en ville. Il y a donc une corrélation entre deux phénomènes, sans que l’un ne soit responsable de l’autre. Donc, pas de causalité

Bernard Cazeneuve à décidé de prendre ce chemin dans ses déclarations et c’est bien dommage, car il sous entend à demi-mots qu’Internet est plus ou moins responsable du terrorisme. C’est ainsi qu’il compte, lui aussi, diaboliser Internet pour pouvoir proposer un nouvel arsenal législatif. Arsenal dont il parlera, à la fin de la réponse au député Galut.

M. Cazeneuve déclarera d’ailleurs « nous avons également sur Internet énormément de propos qui sont tenus, notamment sur des réseaux sociaux, qui sont  des propos racistes, antisémites qui sont tenus d’ailleurs sans qu’il n’y ait de régulation » …

Oublions un peu le discours à deux ronds et analysons-le : régulation de l’ensemble des communications afin qu’il n’y ait plus de propos racistes ou antisémites. Techniquement, Cazeneuve exprime cela, non ? Puisqu’il semble s’étonner qu’il n’y ait pas de régulation de ces propos.

D’ailleurs, cette déclaration, c’est faux. Il existe une régulation de ces propos et la loi les concerne aussi. Elle s’applique simplement après les faits. La scène de théâtre jouée par Cazeneuve lui permettra, le moment venu, de demander un contrôle a priori des propos tenus sur Internet, ce qui est tout bonnement impossible, sauf à basculer dans un système où la liberté d’expression n’est plus tant une liberté que ça.

Moins d’un mois après les attentats que nous avons tous en tête, c’est osé, pour ne pas dire déplacé.

Vous n’avez peut-être « rien à cacher » mais vous avez quelque chose à craindre.

L’article original provient du site MSNBC.com.

Au vu des récentes informations sur la NSA et l’espionnage des américains, j’ai été particulièrement choqué par l’argument « si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre. »

Au premier abord, cet argument semble solide – après tout, si le gouvernement ne fait que mener une surveillance antiterroriste, les « non-terroristes » ne devraient pas être concernés non ? Mais si vous regardez de plus près, vous allez vous rendre compte que cette idée n’est pas sans failles.

Le « je n’ai rien à cacher » suggère, à tort, que la vie privée, l’intimité, ne sont les désirs que des seuls criminels. En fait, nous faisons énormément de choses en privé – chanter sous la douche, faire l’amour, se confier à sa famille, à ses amis – qui ne sont ni mauvaises, ni illégales. Qui ne serait pas gêné par l’exposition de ces détails les plus intimes de nos vies privées?

Les barrières et les rideaux sont des manières de conserver son intimité et non des choses révélatrices d’un comportement criminel. L’intimité est une chose fondamentale dans toute vie.

Ce « je n’ai rien à cacher » est aussi un grand pas en arrière lorsque ce dernier suggère que nous sommes tous suspects, jusqu’à preuve du contraire. Notre système judiciaire nous considère innocents jusqu’à ce que la culpabilité soit établie. Ceci s’applique chaque jour – autant qu’il s’applique dans une cour de justice. La tâche de démontrer qu’il existe une bonne raison d’être suspect incombe au gouvernement et non l’inverse. La rengaine « rien à cacher » ne devrait être ni l’excuse ni le prétexte des gouvernements pour justifier la surveillance de masse.

Même si vous pensez que vous n’avez rien à cacher, vous avez, en fait, quelque chose à craindre. Vous devriez vous inquiéter pour vous-même. Avec une façon de présenter les choses qui fait froid dans le dos, Kafka illustre ce problème dans « Le Procès« , la perspective d’un gouvernement vous poursuivant sans justifications est terrifiante.

Vous devriez également vous inquiéter pour notre société. Vivre sous l’œil permanent d’une surveillance de masse peut entrainer des préjudices sociaux durables : si les citoyens sont un peu plus craintifs, un peu moins enclins à collaborer les uns avec les autres, un peu moins rebelles – tout ceci peut refermer ce qui était autrefois une société ouverte.

La surveillance par nos gouvernements porte directement préjudice à d’autres – pensez aux militants des droits de l’Homme ou aux journalistes qui doivent travailler avec des personnes qui ont peur de cette surveillance, non pas à cause de quelque chose qu’ils auraient pu mal faire, mais pour des raisons politiques. Imaginez un groupe libéral qui déclare qu’au vu du récent scandale de l’IRS, ils n’ont rien à craindre car l’IRS ne s’intéresse qu’aux conservateurs. Cet argument serait imprécis et ignorerait totalement les risques évidents d’un gouvernement qui va trop loin. (Besoin de preuves ? l’IRS a admis qu’ils observaient aussi les libéraux.)

Vous êtes peut-être dubitatifs, pas convaincus. Vous êtes certains que vous n’avez et n’aurez jamais rien à cacher. Vous pensez que mes inquiétudes sur ces carcans qui entravent la liberté d’expression et nos principes démocratiques sont exagérées et vous êtes convaincus que ces problèmes d’intimité sont également exagérés, aucune chance que cela vous affecte vous ou notre société de toute façon.

Mais – et c’est la plus importante faille dans ce « rien à craindre, rien à cacher » – comment pouvez-vous en être certains ?

En fait, vous ne savez pas si vous avez quelque chose à craindre ou non parce que vous ne savez pas ce que le gouvernement fait des données qu’il collecte. Si ce gouvernement garde secret ce qu’il collecte sur vous et pourquoi, vous êtes dans l’incapacité de corriger les erreurs potentielles. Et si vous connaissez un tant soit peu notre système judiciaire, vous savez que les erreurs ne sont pas rares.

La transparence est en partie là pour s’assurer que les actions du gouvernement – ses résultats – sont évaluables, mais la transparence, c’est aussi s’assurer que les informations dont dispose le gouvernement – ses sources – sont exactes.

Lorsque ce gouvernement opère en secret, il devient compliqué de savoir quoi que ce soit et d’en être convaincu.

Cependant, il y a bien une chose dont nous pouvons être convaincus : nous avons besoin d’en savoir plus.

Nous avons besoin d’en savoir plus sur les informations que le gouvernement collecte sur des millions d’américains innocents. Nous avons besoin d’en savoir plus sur ces interprétations juridiques secrètes sur lesquelles notre gouvernement se base pour surveiller nos communications. Et nous avons besoin d’en savoir plus sur ce que le gouvernement fait de ces milliards et ces milliards de bits de données qu’il amasse dans ses fichiers. Nous avons besoin de ces réponses car, même si nous n’avons rien à cacher, ça ne signifie pas que nous voulons vivre dans une société ou rien n’est privé.

Traduction faite depuis http://www.aclu.org/blog/national-security/you-may-have-nothing-hide-you-still-have-something-fear

Je précise qu’aucune autorisation n’a été demandée et que cette traduction est de moi, le texte ne l’est pas, j’ai donc désactivé Flattr sur ce post, le principe étant de diffuser l’information.

PS : si vous êtes en train de vous dire « ce n’est pas nous, ça se passe aux États-Unis d’Amérique », alors c’est que vous n’avez pas tout compris.