De la dépendance des GAFA((M)…BCDEF)

Il y a quelques jours, Microsoft présentait ses excuses pour l’énorme panne de son service Skype. La firme réalisait de grosses mises à jour qui ont pris plus de temps que prévu et ont entrainé un arrêt quasi complet de Skype.

Peu de temps avant, Amazon Web Service connaissait une panne partielle d’environ 5 heures, entrainant dans sa chute des services comme Netflix

Il y a quelques temps, certains services de Google tombaient en panne eux aussi…

La liste est longue, les exemples ne manquent pas pour expliquer à quel point la dépendance aux GAFA est parfois problématique.

Ces interruptions de services devraient nous faire réfléchir quant à celle dépendance dont il est question.

Qu’arrivera-t-il si, un jour, Amazon Web Service s’effondre pendant des jours ? Qu’arrivera-t-il si Google tombe en panne pendant toute une journée ?

Nous ne nous en rendons peut-être pas compte mais cela pourrait avoir des conséquences catastrophiques et pas uniquement dans la sphère numérique.

  • Les sites et appareils électroniques reliés au « cloud » ne pourraient peut-être plus récupérer leurs données
  • Certains sites seraient totalement injoignables pendant une durée indéterminée
  • Des entreprises cesseraient de fonctionner parce que leurs infrastructures seraient en panne
  • Certains secteurs sont entièrement dépendants de Google, ils deviendraient invisibles et / ou seraient coupés d’une source de revenus phénoménale
  • D’autres ne pourraient plus communiquer car leur système repose sur du Gmail

Lorsqu’on sait que de nombreuses entreprises disparaissent lorsqu’elles n’apparaissent pas dans les premiers résultats de Google, on imagine aisément le dépôt de bilan si le moteur venait à tomber en panne ne serait-ce qu’une semaine…

Et on imagine mal notre vie sans toutes ces choses que l’on ne voit pas forcément mais qui font que « le monde » tourne.

Comme le dirait Bruce Benamran, « prenez le temps d’e-penser… »

Lettre ouverte à Bernard Cazeneuve, M. le ministre de l’Intérieur.

Cher M. Cazeneuve, dans votre discours de clôture du colloque des Attachés de Sécurité Intérieure, vous avez tenu les propos suivants :

« Tous ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue, comme s’il y avait une corrélation entre le nombre de décibels qu’on utilise et l’incongruité des propos que l’on tient sur ces sujets, ont été contre toutes les décisions législatives que nous avons arrêtées : contre le blocage administratif des sites, contre l’entreprise individuelle terroriste, contre la loi Renseignement, contre l’interdiction administrative de sortie du territoire… Comme si toute la stratégie consistait à rendre impossible le travail des services, par des mesures législatives opportunes, pour mieux constater la difficulté dans laquelle les services se trouvent d’accomplir leurs missions et mieux pouvoir ensuite théoriser qu’il n’y a qu’une seule et unique solution, qui consiste à organiser la suspicion autour des musulmans de France de telle sorte à pouvoir les stigmatiser, les accuser alors que l’immense majorité d’entre eux, sur le territoire national, pratiquent leur religion dans le respect profond des principes et des valeurs de la République. »

Afin de mettre au clair un certain nombre de points qui me semblent importants, je me permets de vous écrire cette lettre et j’invite chaque internaute qui lira cette lettre et partagera mes idées à vous la faire suivre également.

Tout d’abord, j’imagine que vous visez la Quadrature du Net lorsque vous parlez de « ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue ». Permettez-moi de vous signaler que cette remarque est au mieux inexacte et au pire, qu’elle est la manifestation de la plus mauvaise foi possible.

Prenons par exemple les débats de la loi sur le renseignement, puisque vous y faites vous-même référence : la Quadrature du Net n’était pas seule mais suivie par de nombreuses organisations, des avocats, des juristes, des ONG connues et reconnues pour leurs compétences et leur travail depuis de nombreuses années et ce dans le monde entier.

Lorsque vous vous exprimez ainsi, vous ne « tapez pas » uniquement sur la Quadrature, vous méprisez également le Syndicats de Magistrats, l’ordre des avocats, Reporters Sans Frontières, la Fédération Internationale de la ligue des Droits de l’Homme et bien d’autres encore, vos propos sont indignes d’un ministre, indignes d’une démocratie, indignes d’une république.

Est-ce là l’estime que vous portez à ces associations, à ce contre-pouvoir fondamental dans toute démocratie ?

Doit-on considérer que vous aimeriez qu’il n’y ait aucune critique, aucune inquiétude, aucune remarque ?

Monsieur le ministre, un pays dans lequel la contestation n’existe pas n’est pas une démocratie, mais la pire des dictatures.

Doit-on considérer que ces propos sont dignes d’un tyran, dérangé par des citoyens et des associations inquiétées par un certain nombre de lois qui touchent aux libertés individuelles ?

Vous déclarez ensuite « comme s’il y avait une corrélation entre le nombre de décibels qu’on utilise et l’incongruité des propos que l’on tient sur ces sujets ».

Monsieur le ministre, entre nous, qui espérez-vous berner ?

Votre déclaration suggère que nos propos sont déplacés et que c’est pour cette raison que nous hurlons. Vous jouez avec l’imaginaire collectif qui imagine alors que quelqu’un qui hurle est quelqu’un qui se trompe ou qui utilise l’agressivité comme arme pour asseoir des propos.

Non, monsieur le ministre. Si certains finissent par perdre patience, c’est simplement parce qu’ils sont humains.

Comment ne pas perdre patience face à un ministre qui témoigne aussi peu de respect à des organisations citoyennes ?

Comment ne pas perdre patience face à un ministre qui refuse tout dialogue constructif, tout échange, qui rejette toute idée contraire à sa propre vision des choses ?

A nouveau, pensez-vous que votre posture soit digne d’un ministre ? Je comprends votre désir de faire partie des « grands » de la cinquième république en ayant d’excellents discours, mais je suis au regret de vous dire que cela n’arrivera pas.

La maîtrise du verbe ne fait pas tout, le mépris que vous nous témoignez finira par avoir raison du respect que nous vous témoignons. Pour autant, rassurez-vous, jamais nous n’irons jusqu’à tenir vos propos.

Ce que nous souhaitons et qui semble vous déplaire au plus haut point, c’est débattre. Simplement débattre et avancer, ce que vous refusez de faire.

Si parfois, nous finissons par perdre patience, c’est parce que votre comportement est tout simplement inadmissible, que vous refusez tout dialogue, que vous jouez avec le verbe.

Je ne suis d’ailleurs pas certain que nous reléguer au rôle de «ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue » soit une réelle invitation à apaiser le « débat ».

Monsieur le ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas vos ennemis, il serait peut-être temps de le comprendre.

Nous sommes des citoyens, des informaticiens, des « civils », des juristes, des avocats, des charpentiers, des plombiers, des joueurs, des techniciens, des conseillers, des vendeurs, des commerciaux, nous sommes la société civile et sommes simplement inquiets de la tournure que vous faites prendre à la loi.

Nous ne sommes pas vos ennemis, ni formellement opposés à toutes ces lois dont vous parlez, nous souhaitons simplement qu’elles soient bien rédigées, équilibrées, qu’elles conjuguent liberté et sécurité que vous vous efforcez à opposer. Nous pensons qu’une autre solution est possible, nous pensons qu’instaurer des « boites noires » extrêmement critiquées par « ceux qui savent » ne sont pas la bonne solution, nous pensons qu’un juste milieu existe et souhaitons simplement trouver ce juste milieu.

En guise de réponse, nous obtenons de vous des moqueries, des critiques, nous n’obtenons aucun débat constructif et, monsieur le ministre, je trouve ça extrêmement dommage, tant pour vous que pour votre carrière, que pour nous, la société civile, la démocratie en souffre et vous en êtes au moins partiellement responsable.

C’est par vos attitudes et votre comportement que beaucoup baissent les bras, que « le peuple » s’intéresse de moins en moins à la politique, qu’il vote de moins en moins.

A quoi bon puisque vous n’écoutez rien, ni personne ?

Face à votre déclaration, je m’interroge. Votre parcours professionnel dénote une sensibilité au droit et une intelligence certaine, vous sortez de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, êtes ancien juriste, ancien conseiller de secrétaires d’Etat, avocat au barreau de Cherbourg en 2003, vous êtes une personne que j’imagine intelligente.

C’est encore plus effrayant, en fait. J’aurais aimé vous imaginer sot, dénué de toute réflexion, j’aurais pu vous pardonner vos écarts, vos discours anxiogènes, vos critiques infondées… mais non. Vous êtes intelligent, vous êtes pleinement conscient de ce que vous déclarez, cela en devient presque une circonstance aggravante, tant d’intelligence pour un si piètre résultat, c’est tout de même dommage.

Revenons à l’essentiel, monsieur le ministre : nous ne sommes pas vos ennemis, ni fermement opposés au fond des textes dont vous parlez, nous sommes opposés à la forme de ces textes, au fait qu’ils soient votés dans l’urgence, au fait qu’ils souffrent de failles et de lacunes, notamment lorsqu’il s’agit de protection des libertés individuelles.

Enfin, monsieur, parlons brièvement de ceci :

« qui consiste à organiser la suspicion autour des musulmans de France de telle sorte à pouvoir les stigmatiser, les accuser alors que l’immense majorité d’entre eux, sur le territoire national, pratiquent leur religion dans le respect profond des principes et des valeurs de la République. »

Seriez-vous en train de sous-entendre que, si nous sommes contre vos textes, alors nous sommes racistes et vouons une profonde haine autour des musulmans de France ?

D’ailleurs, mes excuses, mais comment ces musulmans sont arrivés ici, dans votre discours ? Etes-vous en train de vous servir de ces musulmans comme d’un faux prétexte, un « bouclier » ?

J’ose espérer que ce n’est pas un argument fallacieux pour faire taire tout débat et jeter l’opprobre sur quiconque oserait à nouveau critiquer le moindre texte estampillé « made in Bernard Cazeneuve » ? Ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ?

Je reconnais cependant là votre style : faire d’une chose éminemment complexe un débat absolument binaire où d’un côté il y a les gentils dont vous faires partie et, de l’autre, les méchants.

C’est la même ligne de défense que lors des débats sur la loi sur le renseignement.

Monsieur Cazeneuve, la vie n’est pas binaire, elle est composée d’une multitude d’éléments qui font que vous ne pouvez ni ne devez adopter de tels comportements.

Pensez-vous que nous faire passer pour des racistes soit une chose saine ? Utile au débat ?

Finalement, j’ai l’impression que la seule personne à parler fort et de façon incongrue, ici, c’est vous.

Vous parlez tellement de nous, tellement souvent, vous nous critiquez tellement souvent que j’en viens à me demander si, secrètement, vous ne nous aimez pas.

Nous citer aussi souvent, c’est flatteur. Je vous remercie donc de penser aussi souvent à nous.

En revanche, la prochaine fois, ayez la décence de ne plus tenir de tels propos en parlant de la société civile, elle ne demande qu’à vous aider, ne la méprisez pas.

En vous remerciant du temps que vous ne consacrerez certainement pas à lire cette lettre ouverte.

Résistance.

Les lumières qui guident le peuple, éveillent les consciences, chérissent la réflexion et la raison à tout autre chose, prônent la tolérance, l’esprit critique, la réflexion politique, celles opposées à toute forme d’obscurantisme.

Ces lumières qui guident le peuple, celles dont nous devrions être fiers, que sont-elles devenues, qu’avons-nous fait ?

« La liberté, ce bien qui fait jouir des autres biens », disait Montesquieu. A la lumière des récents évènements politiques, Montesquieu serait certainement abasourdi.

La liberté, c’est la pierre angulaire de cette notion que bien trop de personnes oublient : le respect de la vie privée.

La liberté devrait être au cœur de tout, c’est une condition nécessaire à la démocratie, à l’État de droit, tant applaudi par nos élites politiques.

Mais, la liberté, ce n’est pas un bien acquis, il faut constamment être vigilant, constamment surveiller les conditions actuelles de son exercice.

Oui, la liberté s’exerce, mais pas sans vigilance, pas sans efforts, pas sans peine parfois.

Dans une période où les atteintes à la liberté sont multiples et détournées, masquées, il serait bon de s’en souvenir.

Il est de notre liberté d’utiliser notre liberté, il est de notre devoir, à tous, de la protéger lorsqu’elle est menacée.

Et elle l’est.

La décision du Conseil constitutionnel sur la loi relative au renseignement aurait pu être majestueuse, révolutionnaire, en consacrant certains éléments qu’il a préféré laisser passer. Sans doute, dans des années, nous parlerons d’une occasion manquée, nous en parlons déjà…

Le Conseil a préféré laisser passer un texte portant gravement atteinte aux libertés publiques, portant gravement atteinte à la liberté. Ce n’est pas la première fois que cela se produit, au début des années 80, la loi Sécurité et Liberté a subit le même traitement. Le texte était hautement sécuritaire, le Conseil amené à rendre un Décision Constitutionnelle et validait, alors, la quasi totalité de la loi.

Comme avec la loi sur le renseignement.

L’article 66 de la Constitution.

Nul ne peut être arbitrairement détenu.

L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi.

La Constitution du 4 octobre 1958, où est-elle, dans cette loi sur le renseignement ?

Cet article annonce que l’autorité judiciaire est gardienne de la liberté individuelle et pourtant, ladite autorité n’existe tout simplement pas dans la loi relative au renseignement.

On nous répondra qu’il existe des décisions du même Conseil qui donnent des compétences supplémentaires au juge administratif, ce qui est vrai, mais pas vrai à la sauce Jean Jacques Urvoas ou Bernard Cazeneuve.

Ce que dit le Conseil constitutionnel dans certaines décisions transférant un bloc de compétences au juge administratif se résume en une phrase, extrêmement importante : tout doit être fait « dans une bonne administration de la justice » :

16. Considérant cependant que, dans la mise en oeuvre de ce principe, lorsque l’application d’une législation ou d’une réglementation spécifique pourrait engendrer des contestations contentieuses diverses qui se répartiraient, selon les règles habituelles de compétence, entre la juridiction administrative et la juridiction judiciaire, il est loisible au législateur, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice, d’unifier les règles de compétence juridictionnelle au sein de l’ordre juridictionnel principalement intéressé ; (source)

Le législateur pouvait inclure le juge judiciaire, il a refusé de le faire.

Le Conseil constitutionnel pouvait agir, il ne l’a pas fait, préférant faire une lecture extensive de sa jurisprudence de 1987, préférant confirmer l’élimination de l’autorité judiciaire, préférant piétiner la Constitution sur un texte extrêmement sensible et important, la loi sur le renseignement. Démontrant, s’il le fallait encore, qu’il ne protège pas l’État de droit ni la Constitution, que ses décisions sont politiques et pas juridiques.

Je ne peux me résoudre à cette décision, je ne me reconnais plus dans cet état, je ne reconnais pas mon pays dans cette décision constitutionnelle. Qu’ont-ils fait ?

Il faut se battre

Je ne veux pas du pays qui est en train de voir le jour, je veux un pays qui crée, qui ose, qui n’a pas peur.

Je veux un état qui soit garant de trois choses qu’il semble avoir oublié… trois choses qui devraient représenter bien plus de simples mots : Liberté – Égalité – Fraternité.

Liberté, parce que sans liberté, rien ne peut exister.

Je veux un peuple qui se décide enfin à assumer son rôle de protecteur de cette Liberté, qui prend conscience que la Liberté, ça se protège, ça se gagne, que ça ne tombe pas « comme ça », cadeau.

Je ne veux pas vivre dans un pays où il devient dangereux de sortir de la norme, où il devient dangereux de réfléchir, de penser. Je ne veux pas d’un pays qui considère que savoir utiliser un clavier, c’est dangereux. Je ne veux pas d’un pays qui considère que chérir la Liberté d’expression c’est mal et dangereux.

Allez-vous laisser passer ça ? Allez-vous continuer à dépenser votre énergie à vous plaindre d’un gouvernement, sans plus ?

Arrêtons de nous résigner et prenons enfin conscience qu’ensemble, une nation est bien plus puissante qu’un gouvernement injuste.

Restons-nous des individus résignés, à se dire « toutes façons, c’est ainsi, qu’est-ce que tu veux que j’y fasse … » ?

Devenons-nous un peuple, uni face à l’injustice et au mépris des fondations de notre République, ensemble, conscients que l’union fait la force ?

Lecteurs, français, vous allez devoir, à un moment ou à un autre, choisir.

En ce qui me concerne, j’ai choisi: résister. Et j’assume le prix de mon choix, qui ne m’arrache que quelques larmes, pour l’instant.

[En bref] Le lièvre et la tortue.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

Que faut-il comprendre du premiers vers de cette fable de La Fontaine ?

La réponse me semble évidente : il est inutile de courir lorsqu’il est déjà trop tard, il faut simplement partir à temps. Ce sont les efforts continus de la tortue qui gagnent à la fin, et non l’agilité du lapin, présomptueux. La fable nous apprend que la détermination d’une tortue, symbole du lent, finit toujours par payer et ce même face à la légendaire rapidité du lapin.

Cette fable, je l’ai apprise il y a bien des années et j’imagine ne pas être le seul dans ce cas. J’imagine, d’ailleurs, que nos élus l’ont appris également.

Ont-ils seulement compris le sens de la fable ?

A de nombreuses reprises, ces élus nous ont démontré que non, sans doute pas. Notre gouvernement est tel le lièvre de La Fontaine : présomptueux, presque insouciant, convaincu d’avoir les compétences et la capacité nécessaire pour gagner et tenir ses engagements.

Et pourtant, c’est la tortue qui gagne.

La vraie question est : qui est la tortue ?

Vous devinerez aisément que la réponse n’est pas unique.

N’y voyez aucune critique, ne vous y trompez pas, il fait bon d’être une tortue parfois.

[NDLR : je me retiens généralement de publier ces petits billets. Ils ne tiennent pas dans un tweet mais je souhaite les partager. J’ai d’abord eu l’idée de les publier sur un pastebin mais, après réflexion, quoi de mieux que mon petit espace pour ma liberté d’expression ?

Mon intention n’est pas de détailler le propos, mais de vous amener à réfléchir dessus.]

[Humeur] Propagande et loi renseignement.

Hourra ! Encore un énième attentat terroriste déjoué pas plus tard que le 13 juillet 2015. Le cinquième depuis le début de l’année nous dit-on.

Le hasard fait bien les choses tout de même, un attentat déjoué le 13 juillet, à la veille d’une fête nationale, moins d’une semaine avant la décision du Conseil Constitutionnel sur la loi renseignement, quel superbe coup médiatique.

Attention, chers lecteurs, je ne remets pas en question la véracité des actes déjoués, je n’ai d’ailleurs pas assez d’éléments pour savoir s’ils sont réels ou non.

Non. Ce qui me dérange, c’est une série de coïncidences assez étranges pour que j’arrête de les considérer comme de simples coïncidences.

La loi sur le terrorisme, d’abord. A l’époque, lors de la présentation du projet de loi sur le terrorisme, on apprenait qu’un présumé terroriste avait été arrêté. Quoi de mieux qu’un évènement de ce type pour justifier l’impérieuse nécessité de la loi sur le terrorisme ?

« La loi n’est pas parfaite ? Elle ne respecte potentiellement pas la constitution ? Que nenni, citoyen ! Regardez, nous venons d’arrêter un vilain méchant, cela démontre que cette loi est nécessaire. »

A cette époque, j’ai trouvé la coïncidence étrange, mais je n’ai rien dit, me pensant trop parano.

Puis est arrivé le projet de loi sur le renseignement qui, n’en déplaise à certains, a déclenché de vifs et nombreux échanges moins fermés que d’habitude, où seul notre petit monde d’(h)ac(k)tiviste s’agite.

L’arrivée du projet de loi était accompagnée de l’attaque du site TV5 Monde, à l’époque revendiquée par un groupe se revendiquant proche de l’Etat Islamique. La représentation nationale et la scène politique dans son ensemble n’a pas raté l’occasion, offerte sur un plateau d’argent. Manuel Valls déclarant que la loi sur le renseignement est nécessaire, Bernard Cazeneuve lui emboitant le pas, Eric Ciotti pas loin derrière…

Etrangement, après les débats de la loi sur le renseignement, d’autres pistes que celles initialement annoncées sont apparues, certains parlant d’une attaque russe, d’autres d’une attaque venant d’Asie. Si les points de vue divergeaient sur la source de l’attaque, tous s’accordaient sur un point : le mot terroriste n’était plus dans les bouches.

A cette étape, j’ai déjà eu plus de mal. Deux fois en moins de deux ans qu’un projet de loi est accompagné d’une bien étrange coïncidence, ça commence à faire beaucoup.

Mais ce n’était pas tout. Dans la suite des débats sur ladite « loi renseignement », nous avons eu d’autres « attentats déjoués », toujours au bon moment, toujours à la veille d’un sujet sensible, toujours de la même manière :

  1. Bernard Cazeneuve, Manuel Valls ou le Président Hollande lâchent une petite phrase qui fait mouche,
  2. s’en suit un communiqué ou une réunion de presse officielle qui donne beaucoup d’informations et, évidemment,
  3. viennent les « cela démontre, s’il le faut encore, la nécessité de la loi sur le renseignement. »,
  4. fin.

Mon esprit, à cette étape, sent que quelque chose cloche :

Un attentat déjoué sous-entend un travail de recherches, de collectes d’informations, l’ouverture d’une information judiciaire et pourtant, la justice n’a jamais entendu parler des présumés terroristes avant les attentats déjoués.

Bernard Cazeneuve est assez intelligent pour savoir que tout ce qui touche au terrorisme est protégé par le secret défense, il l’a lui-même dit de nombreuses fois, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, lors des débats sur la loi renseignement. Cela ne l’a pourtant pas empêché de tenir des conférences de presse sur le sujet de de donner de très nombreuses informations, normalement protégées par ce secret.

Pourquoi procéder de la sorte, si ce n’est pas pour tenter de justifier un projet de loi injustifiable ?

Et vient enfin le très récent attentat déjoué, énième « coup de pub » géré avec la finesse d’un 38 tonnes. Même façon de procéder, outils et vecteurs de communication identiques, organisation similaire : une petite phrase lâchée, une conférence de presse qui donne à « manger » aux journalistes, un communiqué officiel et une mécanique bien huilée sur les réseaux sociaux, comme Marc Coatanea, du PS :

Menaces terroristes élevées #france justifie s’il en était besoin #pjlrenseignement que le Gouvernement a fait adopter. Fermeté sans faille.

Et là, ce n’est plus possible, autant de coïncidences ? Non. Je n’y crois pas.

La communication du gouvernement et du corps politique s’articule sur des évènements sans lien de causalité (la loi renseignement et des attaques terroriste déjouées), elle donne un sens à ceux qui s’expriment ou à ceux à qui l’information est destinée, nous.

Pour faire plus clair et un peu plus « cliché », on tente de vous vendre de la magie : « des attentats arriveront ? Ah bah ça alors tenez, voici le remède : la loi sur le renseignement. »

Lorsqu’un ennemi de l’état qui communique ainsi, arrange la vérité à sa guise, on dit de lui qu’il fait de la propagande.

Lorsque c’est le gouvernement qui utilise cette technique, on parle de « communication », appelons un chat un chat.

Notre gouvernement est dans une vaste campagne de propagande avec la loi sur le renseignement – et pas que et pas que ce gouvernement d’ailleurs – et , sans aller verser dans les théories complotistes, je ne peux que vous recommander de faire extrêmement attention à la communication du gouvernement.

Ne vous laissez pas avoir par des techniques qui jouent sur l’inconscient collectif ou la notion d’archétype.

Le fait que ces « attentats déjoués » arrivent au bon moment est une stratégie de communication, ils arrivent sans doute, il se passe sans doute quelque chose, mais on attend le bon moment pour donner l’information, la crier haut et fort, pour appuyer une envie, une idée, un projet.

Actuellement, ceux qui doutent du projet de loi sur le renseignement, qui s’élèvent contre les révélations de certains éléments placés sous le sceau du secret, sont catégorisés comme douteux, suspects, exégètes amateurs pour reprendre Bernard Cazeneuve. Cette communication « binaire » où être contre le projet de loi sur le renseignement revient à être pour le terrorisme est néfaste et dangereuse et j’espère sincèrement que nous réussirons à sortir de ce jeu malsain.

L’histoire et la loi sur le renseignement.

1782. Dans le canton suisse de Galris, Anna Göldin est accusée de sorcellerie. Elle sera exécutée le 18 juin de la même année.

Son crime ?

Avoir toutes les caractéristiques d’une sorcière. Anna s’occupait à cette époque des filles de son employeur, le médecin Tschudi. La légende raconte qu’une petite dudit médecin fut ensorcelée par Anna, un puissant sort de magie noire.

Les faits sont formels quant à ce puissant sort : la petite crachait du sang et ont affirmé à l’époque qu’elle crachait également des aiguilles. Fait accablant pour les juges de l’époque, la preuve de la sorcellerie : Anna aurait donné à la petite une sucrerie. Le jugement d’Anna fut rapide puisqu’à son procès, elle fut incapable d’expliquer la présence de corps étrangers dans le corps de la petite.

C’est ainsi que, le 18 juin 1782, Anna Göldin fut exécutée sur la place publique de Galris, ses restes furent enfouis au pied de l’échafaud.

Il faudra attendre le 27 août 2008, soit 226 ans après, pour voir Anna Göldin réhabilitée, non sans mal d’ailleurs.


Ad Sinistra en latin, qui donne senestre en vieux français, qui a donné le mot sinistre au passage, désigne la gauche.

On dit d’une personne qui ne sait pas se servir de ses mains qu’elle est maladroite : mal adroite, qu’elle n’est pas « à droite », donc à gauche. D’ailleurs, quelqu’un de maladroit est une personne gauche, ou qui a deux mains gauche.

90 % des gens sont droitiers, les 10 % restants sont donc hors norme et s’ils sont hors norme, ils sont suspects.

On retrouve des stéréotypes de la gauche et de la droite jusqu’à dans le nouveau testament, ou les brebis sont installées à la droite de Jésus, allant vers le Paradis.

L’acceptation des gauchers n’est pas ancienne, les personnes qui approchent la cinquantaine et qui me lisent le savent, il était très mal vu d’être gaucher à l’école, car c’était « la mauvaise main ». Il fut un temps où les gauchers étaient persécutés, responsables de nombreux maux de la population, on leur imputant toutes les tares, vices, méchanceté et lâcheté, crimes.

On part donc d’une caractéristique – l’utilisation de la main gauche – pour arriver à une réaction : s’ils sont gauchers, alors ils sont suspects.

Si ce temps est révolu, il n’en reste pas moins qu’il a quand même existé très longtemps.

J’aurais pu choisir de parler de ceux qu’on présente souvent comment ayant un grand nez crochu, une tête identifiable et tout le reste, mais nous allons vite arriver sur une période très sombre de l’histoire.

Quel est le point commun entre Anna Göldin, les gauchers et les juifs ?

La réponse est simple : l’exécution d’une décision subjective, arbitraire, liée à un profil et non à des faits établis.

C’est parce qu’Anna Göldin présentait les « caractéristiques » d’une sorcière qu’elle était considérée comme telle.

C’est parce que l’histoire, les cultures et les religions disent que l’utilisation de la main gauche est une « caractéristique » suspecte que cette partie de la population était malmenée il y a encore 50 ans, même moins.

Vos cours d’histoire devraient suffire pour le peuple juif.

Et le rapport avec la loi sur le renseignement ?

Le profil, la caractéristique.

Le projet de loi sur le renseignement, adopté aujourd’hui par le Sénat, rapproche la France de son passé, au moins en partie.

Afin de lutter contre un certain nombre de menaces dont les limites sont plus ou moins bien définies (terroriste, menaces économiques…), on autorise les services du renseignement à analyser « Internet », à analyser la population et comme à l’époque d’Anna Göldin ou de la traque aux gauchers, à analyser des caractéristiques ou des profils au lieu d’analyser des personnes.

Ainsi, l’utilisateur du réseau TOR actuel n’est ni plus ni moins que la personnes présentant les caractéristiques de la sorcière d’autrefois et celui chiffrant ses communications, l’exception.

Comme les gauchers, en somme.

Le seul hic dans tout ceci, c’est que ces périodes ne sont pas les plus glorieuses de notre histoire…

Je vous laisse tirer vos potentielles conclusions.