« analyse » d’un discours de Marine Le Pen



Nous continuons l’analyse, cette fois d’un discours de Marine Le Pen, présidente du Front National et évidemment candidate à la présidence de la République.

L’échange choisi est disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=rqHg8HrX_3s

Je l’ai choisi car on y parle de son programme et que son format, court sans pour autant être trop court, convenait à mes recherches.

Tout commence par la question d’une des deux journalistes présentes sur le plateau, qui la plonge dans l’optique d’être présidente de la république française. Dans cette optique, elle lui demande ce qu’elle ferait si, après avoir tenté de négocier une sortie de l’Europe et un référendum, la réponse était non.

A 1’19, Marine Le Pen répond « oui mais moi j’ai confiance dans la cohérence des français. ».

Comprenez par-là que ce scénario est inconcevable pour elle. Marqueur typiquement FN, Marine Le Pen s’exprime « au nom des français ». Ainsi, dans de nombreux discours, il n’est pas rare d’entendre « les français », « le peuple », « le peuple français ». Marine Le Pen s’autoproclame porte-parole de l’ensemble des français, elle dit représenter leur avis. Dès lors, critiquer son avis c’est aussi critiquer celui des français, il est donc délicat de remettre en cause son avis lorsqu’on part avec cette configuration de départ.

D’ailleurs, c’est comme ça que Sarkozy ou d’autres politiques actuellement en campagne s’expriment pour aller « chasser » sur les terres de l’extrême droite, en parlant « au nom du peuple français ».

A 1’53, on retrouve une citation commune aux trois discours analysés, avec Valls et Fillon puis ce dernier.

« moi je le dis car je suis la candidate de la vérité ». Les autres sont des menteurs, ils déclarent dire la vérité mais il n’en est  rien, c’est à peu près comme cela qu’il faut comprendre ce passage. C’est une tournure que j’ai pu voir chez la quasi totalité des « gros » candidats (Valls, Fillon, Le Pen).

A 2’20, elle déclare […] « j’aimerais souligner encore une fois que retrouver cette indépendance de la France » […], soit un marqueur de droite, donc c’est raccord, rien d’étonnant. La droite est conservatrice, l’extrême droite l’est également. On suggère au citoyen que le pays a « perdu quelque chose », le fameux « c’était mieux avant » qu’on retrouve dans les partis de droite en général.

A 3’36, on arrive dans la caractéristique principale du Front National : le parti « antisystème »…

…avec la phrase suivante : « ils peuvent choisir n’importe quel autre candidat du système qui se soumettra ou qui est soumis à l’Union Européenne ». Au moins, la référence est claire, à la différence de Valls ou de Fillon qui se déclarent aussi antisystème sans réellement le crier haut et fort.

Bref, comme je l’ai déjà dit précédemment, puisque nous saturons du système actuel, l’ensemble des candidats se déclare antisystème, buzzword de l’année 2017 et de cette campagne. Parfaitement logique, même si parfaitement faux. Ils étaient, sont et seront le système, Marine Le Pen n’échappe pas à cette règle.

Son parcours politique n’a strictement rien à envier aux autres, il est comme les autres d’ailleurs, la seule différence étant sur les convictions et les idées. Conseillère régionale, puis municipale, députée européenne. Elle a suivi de grandes études, comme les autres. Elle a souvent été favorisée par les relations de son père, que ce soit au début de sa carrière d’avocate, aussi brève fût-elle. Bref, il n’y a absolument rien d’antisystème ici et son désir de sortir de l’Europe est assez paradoxal.

Le fait de quitter l’Union Européenne donc , c’est un écran de fumée. Si Marine Le Pen est effectivement pour une sortie de la France de l’Europe, elle y travaille, dans cette Europe, puisqu’elle est eurodéputée. Elle a placé de nombreux « pions » du parti çà et là en Europe. Si publiquement, elle déclare qu’en sortir lui donnerait la souveraineté nécessaire, en privé, quelque chose me laisse penser que ce n’est pas aussi tranché que ça.

Marine le Pen ne répondant pas à la question de savoir si oui ou non elle serait démissionnaire de ses fonctions en cas d’impossibilité et de refus du peuple français de sortir de l’Europe, la question revient sur la table, elle répond :

« Je verrais, je verrais mais je pourrais le faire oui, si je n’ai pas les moyens, si encore une fois je ne peux pas respecter mon programme, si je ne peux pas respecter mes promesses, les français me mettraient alors dans une situation intenable »

Observez attentivement la responsabilité qu’elle « nous » ferait porter. Selon elle nous sommes les décideurs, nous sommes souverains, nos décisions sont les bonnes… mais pas toutes manifestement, puisqu’elle nous tiendrait pour responsable si elle devait quitter son poste.

Elle oppose donc « le peuple » à elle, comme d’habitude avec le FN, le « seul contre tous ».

Même si le fond est donc partiellement vrai, nous nous intéressons ici à la forme.

Elle aurait pu dire que le résultat du référendum la mettrait dans une situation intenable, ou que l’avis du peuple la mettrait dans une situation intenable, s’adressant alors au choix plutôt qu’au coupable.

Elle décide cependant de dire « les français », de rejeter la faute directement sur « le peuple » et les personnes du peuple, comme pour montrer du doigt « regardez c’est de leur faute à eux ».

Malin, mais évidemment discutable.

A 4’34, Marine Le Pen enchaîne

« encore une fois moi je prends les français pour des adultes, arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants, des enfants capricieux qui changeraient d’avis d’un mois à l’autre, moi je ne le crois pas, je les crois intelligents, je les crois rationnels, je les crois cohérents, je les crois politiques … »

Nous sommes dans un discours plus que manipulatoire, puisqu’elle nous dit qu’elle a confiance dans la cohérence des français, elle rajoute que ce sont des adultes et non des enfants, tout en disant, juste avant, « les français me mettraient alors dans une situation intenable. »

Les idées de ce passage sont les suivantes :

  • ceux qui vont voter pour elles sont des adultes
  • ceux qui vont voter pour elles sont cohérent
  • s’ils sont cohérents alors ils sortiront également de l’Europe
  • s’ils ne sortent pas de l’Europe ce ne sont pas des adultes, mais des enfants.

Tout dans la nuance donc… Ce qui est merveilleux, c’est qu’ici, c’est Marine Le Pen qui nous prend pour des enfants.

Initialement, la journaliste demande à Marine Le Pen si elle compte démissionner en cas de référendum contraire à ses envies, il n’est donc nullement question d’infantilisation du discours. Elle va, alors, renverser la vapeur et faire croire que c’est la journaliste qui a tenu ces propos, qui nous prend pour des enfants, puisqu’elle l’accuse (« arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants ») et qu’elle déclare elle, nous prendre pour des adultes.

L’argument, l’attaque, est faite pour dévier du sujet et pour permettre à Marine Le Pen de reprendre un peu de hauteur sur le débat.

Arrive ensuite une question sur les réfugiés : la jungle de calais a été démontée, l’action a été validée par la justice, la journaliste demande donc à Marine Le Pen que faire de ces réfugiés, la réponse :

« Eh bien on les renvoie chez eux. »

Eh ouais, c’est aussi simple que ça. Et Marine Le Pen de rajouter « cela représente un coût faramineux, je crois qu’on atteint presque les deux milliards.« 

Le chiffre annoncé ne sort pas de nulle part. Il y a quelques temps, un rapport de la cour des comptes établissait que le coût total des « migrants » était aux alentours des deux milliards (en prenant en compte le plus de paramètres évaluables possibles). Cependant, ce qu’elle oublie de préciser, c’est que ce coût de deux milliards ne peux pas tenir compte des richesses crées par ces mêmes personnes. En effet, il n’est pas possible, avec les données mises à disposition, de dire ce que créent ces migrants, la valeur du travail effectué, les ressources crées… et n’oublions pas qu’ils payent aussi des impôts et des cotisations…

Marine Le Pen n’en parlera pas, volontairement car le propos ne sert pas ses intêrets… dommage lorsqu’on sait que la cour des comptes elle-même mettait en garde contre une « lecture partielle et partiale de ses observations provisoires, qui portent en l’espèce sur la période 2009-2014 ». Mais non, Marine Le Pen se jette dedans à corps perdu… et si on ne va pas vérifier ce qu’elle raconte, qu’on se contente de ce niveau d’information, alors ça semble crédible.

Arrivée à 5’50, Marine Le Pen déclare, toujours sur les migrants : « la réalité est que l’immense majorité d’entre eux ne remplissent pas les critères pour obtenir le droit d’asile »

Ah, donc, Marine Le Pen a vérifié l’ensemble des dossiers ? Quelle est sa source pour déclarer de tels propos ? S’il apparaît évident que des gens ne répondront pas à ces critères, on se demande d’où tombe cette « immense majorité »

Elle appuiera ses propos à partir de 5’59  » Je rappelle à ceux qui nous écoutent que le droit d’asile on peut l’obtenir lorsque l’on est persécuté par le GOU-VER-NE-MENT, par le Gou-Ver-Ne-Ment de son pays. Il faut démontrer qu’à titre personnel on est l’objet d’une persécution politique de la part de son gouvernement. On voit bien qu’il s’agit là, et je ne leur jette pas la pierre, mais d’immigrants économiques, de gens qui euh, qui cherchent à ailleurs une situation plus positive pour eux que dans leurs propre pays.« 

Alors, oui… mais non. C’est tentant, et facile aussi, de penser que ces personnes migrent pour des raisons économiques mais que disent les faits sur le sujet ?

Premièrement, on va rappeler les conditions du droit d’Asile, les bonnes, les vraies, celles de l’OPFRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), tirées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que de la convention de Genève.

La qualité de réfugié est accordée :

  • à l’étranger persécuté dans son pays et qui ne peut pas ou ne veut pas se réclamer de la protection de ce pays. Il doit s’agir de persécutions fondées sur la race, la religion, la nationalité, l’appartenance à un certain groupe social (y compris pour des considérations liées au genre et à l’orientation sexuelle, au risque d’excision pour les femmes) ou les opinions politiques. On parle d’asile conventionnel en référence à la Convention de Genève du 28 juillet 1951,
  • ou à l’étranger persécuté dans son pays en raison de son action en faveur de la liberté. Il peut s’agir, par exemple, de militants politiques ou syndicalistes, d’artistes ou d’intellectuels menacés pour leur engagement en faveur de la démocratie dans leur pays. On parle d’asile constitutionnel,
    ou à l’étranger qui a obtenu dans son pays la protection du Haut-Commissariat des Nations unies, mais ne peut plus y rester.

Je ne parle ici que de la qualité de réfugié, il existe d’autres types de protections, la protection subsidiaire ou la protection temporaire par exemple. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur le sujet à l’adresse suivante : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F299

Ensuite, observons quelques chiffres. En 2014, les principales nationalités candidates à l’asile étaient :

  1. La « république démocratique » du Congo
  2. La Russie
  3. Le Bengladesh
  4. La Syrie
  5. L’albanie

Je parle ici des candidats, hein. Il suffit d’observer la situation politique de ces pays pour comprendre que ce n’est peut-être pas que pour des raisons économiques. Allez dire aux syriens, au hasard, qu’ils migrent pour des raisons économiques tiens. Non… ils partent pour éviter de se prendre des bombes sur la gueule, pour parler clairement.

Toujours en 2014, observons les principales nationalités admises à l’asile avec, en lien, la situation politique de chaque pays :

  1. Syrie
  2. Russie
  3. Sri Lanka
  4. Guinée
  5. République Démocratique du Congo

Bien que la situation politique se soit « améliorée » dans certains pays, comme la Guinée, autant être clair, tout n’est pas tout beau tout rose, prenez le temps de lire un peu pour comprendre.

Bref, comme de nombreuses personnes à droite, Marine Le Pen joue avec la définition de réfugié et jongle avec les chiffres, tout en niant à demi mots la réalité des demandeurs d’asile. Un constat factuel un peu éloigné des propos de Marine Le Pen, donc.

Avançons…

La journaliste lui dit que l’Allemagne va accueillir 1 million de migrants, la France 30 000, elle lui demande donc si la France n’a pas la capacité d’intégrer 30 000 migrants.

Voici sa réponse à 7’25 :

« oui, 30 000, ça c’est ce que l’on nous dit, plus 200 000 légaux, plus  à peu près l’équivalent, 200 000 illégaux par an, ce qui fait évidemment des chiffres qui sont tout à fait spectaculaires »

Faisons un rapide calcul : 30 000 + 200 000 * 2 = 430 000, soit même pas la moitié de la capacité à accueillir de  l’Allemagne. Cela n’a donc de spectaculaire que le fait qu’elle annonce une série de chiffres qui semblent importants pour faire oublier le million de l’Allemagne.

Le fait de donner des chiffres précis a tendance à diminuer l’impact du million, le fait d’en donner plusieurs nous force à faire un calcul rapide, que beaucoup ne font pas. Virtuellement donc, elle « réduit » le million et fait croire que nos chiffres, à nous, sont énormes… alors qu’ils sont en deçà de ce que les autres pays connaissent. Nous passerons, sur les évolutions de ces chiffres au fil des années. Si nous avons plus de demandes que les cinq dernières années précédentes, nous ne revenons quand-même pas au niveau d’avant ces cinq dernières années, nous sommes toujours en dessous. Donc nous accueillons certes plus de personnes, mais toujours moins qu’avant.

Elle rajoute, à 7’41 :

« Alors la dimension humanitaire oui bien sûr, je partage cet avis de monsieur Toubon mais dans les pays d’origine avec des organisation internationales dont c’est le travail avec un financement de la part des nations pour que des campements humanitaires puissent être mis en place et puissent préserver des populations civiles notamment dans les pays en guerre, mais pas, euh, pas chez nous car nous n’en avons plus les moyens. »

Bien, prenons le temps de bien comprendre ce passage, c’est une figure très, très, très souvent utilisée par les politiques pour dégommer un avis tout en disant qu’on est d’accord avec cet avis.

La construction de sa phrase est la suivante : « Je suis d’accord avec X, mais laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec X« 

Voici la déclaration de Jacques Toubon, défenseur des droits, notre X dans cette réponse :

« Est-ce que dans un pays comme la France aujourd’hui, on est capables de faire coincider la réalité des droits avec les droits qui sont proclamés, nous sommes le pays de la déclaration des droits de l’Homme, il faudrait, de temps en temps, s’en souvenir. »

Revenons à nos moutons… Marine Le Pen utilise donc la tournure : je suis d’accord simplement je ne suis pas d’accord. Elle s’appuie sur un propos initial, qui n’est pas le sien, pour y insérer son idée.

Ce passage pourrait s’apparenter à ce que l’on appelle une épanorthose, c’est à dire au fait de revenir sur ce que l’on dit pour renforcer, adoucir ou modifier complètement ce que l’ont dit.

C’est en trois phases :

  • je suis d’accord, phase 1
  • mais, phase 2
  • idées contraires, phase 3

Je fais une avance rapide jusqu’à 13’18 :

« les français depuis très longtemps ne sont pas d’accord et les dirigeants savent que les français ne sont pas d’accord et c’est peut-être la raison pour laquelle ils ne leur posent pas la question parce que la réponse leur déplairait .»

Encore un appui des propos sur les souhaits des français, classique en politique. Mais heureusement faux car tous les français ne sont pas de cet avis. Mais bon, dire que ce sont les français qui souhaitent cela, c’est porter la voix desdits français, donc c’est asseoir son propos, le critiquer revenant à critiquer celui des français.

A partir de 13’50, Marine Le Pen va insister 9 fois sur la « loi de 2004 sur les signes ostentatoires ».

On cite et on martèle la loi de 2004 sur les signes ostentatoires comme appui « scientifique » et, puisqu’on ne connait pas cette loi-là dans le détail on va se remettre à la bonne parole de Marine Le Pen.

C’est un truc de politique, discutable certes, mais qui fonctionne plus ou moins bien. On vient vous citer un texte de loi. On pense que cette personne, de par ses fonctions, connait la loi. Donc, par défaut, on va plus facilement avoir tendance à croire ses propos. Si un ami ou un inconnu venait vous dire la même chose, vous auriez plus de doutes. Le cerveau est comme ça. C’est un biais cognitif, vous n’en êtes généralement pas  conscient.

Ce biais là est un biais de conformité, on a tendance à aligner son avis sur celui du plus grand nombre. Le plus grand nombre pense que les politiques savent de quoi ils parlent, donc indirectement, vous avez plus tendance à vous aligner sur cet avis, même s’il est faux.

Je vous invite à vous renseigner sur ce biais cognitif là, la lecture des nombreuses études sur le sujet est extrêmement intéressante pour comprendre comment fonctionne votre cerveau. Mais passons et revenons à notre sujet.

Ses propos sont très efficaces. Elle y dit que la croix religieuse est, par exemple, « pas interdite », vérifications :

Voici ce que dit la loi sur les signes en question : « Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive ». Donc, la croix peut également être interdite.

Sa déclaration est donc fausse. Mais de nombreuses personnes penseront, suite à sa déclaration, qu’elle est vraie, parce qu’ils n’iront pas vérifier ce que disent les textes, par fainéantise (pas au sens péjoratif) intellectuelle. Le cerveau n’aime pas faire des efforts, il s’en remet donc généralement aux informations qu’on lui apporte et n’a pas pour principe d’avoir une approche scientifique, de chercher, recouper, croiser des informations et des sources.

Comme vous pouvez vous en douter, elle vise plus une religion qu’une autre dans ce passage là, et ne manquera pas de le souligner explicitement par la suite, en parlant de la religion musulmane, qu’elle vient mélanger à sa guise avec l’intégrisme islamique, décrié et montré du doigt par de nombreuses personnes musulmanes qui galèrent, soyons clairs, avec cette responsabilité qu’on veut leur faire porter.

A 16’00, une journaliste aborde un texte, rédigé par les évêques de France. Ce texte dit qu’il ne faut pas interdire les signes religieux car cela encourage les courants fondamentalistes, les courants les plus durs ressentis comme une négation d’une foi personnelle. Elle demande à Marine Le Pen, ensuite, si elle fait fi de ce texte.

Réponse, à 16’22 : « Oui mais je crois que ces évêques qui ne sont pas tous les évêques ne doivent pas prendre de position politique, voilà. » Elle justifiera ses propos en expliquant, ensuite, que c’est aussi cela, la laïcité, c’est le fait que la religion et la politique soient séparées.

Il est amusant d’observer ses premières paroles : « qui ne sont pas tous les évêques », c’est révélateur. Elle ne le dit pas « comme ça », comme tout le reste de son discours. Elle le dit pour minimiser cette déclaration, minimiser les signataires de cette déclaration et faire naître l’idée, quelque part, que tous n’étaient pas en phase avec les propos tenus. C’est un tout petit passage mais sans efforts, il discrédite la déclaration et l’envoie balader d’un revers de la main.

France laïque, donc… pourtant, Marine Le Pen déclarera, juste après, vers 16’49 :

« et si on conçoit que la France a été modelée quand-même, par euh euh, son héritage chrétien, je ne comprends pas qu’un certain nombre de membres du clergé défendent, euh, ne défendent pas cet héritage chrétien et en réalité, au motif d’une prétendue solidarité des religions, eh bien, euh euh, facilitent le travail des fondamentalistes islamistes. »

En réalité, ce qui la dérange, ce n’est pas que le clergé déclare quelque chose en politique non, ce qui la dérange, c’est qu’il déclare quelque chose qui la dérange. Elle s’appuiera alors sur le fameux héritage chrétien pour dégommer assez brutalement ledit clergé qui a osé attaquer les racines chrétiennes françaises.

Je ne suis pas un expert religieux, ni un expert tout court d’ailleurs, mais la religion, n’est-ce pas l’amour du prochain ? Le respect et la tolérance ? L’acceptation de l’autre ?

La tournure de sa phrase permet de « renverser » les propos tenus au début de la question. Cela lui permet d’accuser le clergé d’une facilitation du travail des fondamentalistes islamistes… alors que, personnellement, j’en doute.

Le fait de préciser « un certain nombre de membres du clergé » permet aussi de se protéger des potentielles réponses dudit clergé. Il n’est pas visé, ce sont certains de ses membres qui le sont. Ou comment taper sur quelque chose sans réellement taper sur quelque chose. Habile déclaration que cette dernière.

De nombreuses études tendent à montrer que le fait d’être seul, isolé ou rejeté par les autres fragilise des personnes et que ces dernières, sous certaines conditions, sont « repérées » ou « tombent » dans l’intégrisme car elles ne sont plus seules désormais, elles appartiennent à une communauté, aussi discutable soit cette dernière hein.

A titre strictement personnel, j’ai trouvé que cette déclaration était une excellente chose, qu’elle ne touchait pas aux racines chrétiennes mais qu’au contraire, elle venait les renforcer, elle venait exprimer le respect, l’ouverture et la tolérance nécessaires pour que des personnes de croyances différentes puissent quand-même vivre en paix et en harmonie.

En y regardant de plus près, son discours est un discours de haine, de rejet, d’exclusion. Discours qui devrait vous faire réagir. Ce n’est pas en rejetant une partie de ses citoyens qu’on les rassemble. Réfléchissez à cela si vous vous dites que voter Le Pen ce n’est pas une mauvaise idée…

Je n’ai pas continué plus loin l’analyse, il reste quelques minutes dessus, qui parlent de la campagne présidentielle, sujet où j’avoue faire une overdose.

Le seul point positif avec le Front National et les têtes du parti, père, fille ou autre, c’est qu’on sait à quoi s’attendre : un discours très brutal, des marqueurs d’extrême droite, un profond et dangereux conservatisme et un rejet de toute différence, surtout si elle est religieuse.

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