Vie privée et infidélité : mariage consumé.



Le site AshleyMadison.com s’est fait pirater ses bases de données, plus de 37 millions de clients risquent de voir leur vie intime exposée. Le compteur « plus de 37.565.000 membres » prend un tout autre sens maintenant.

Qu’on se le dise, votre serviteur n’est pas pour les pratiques du site AshleyMadison.com, qui offre une solution aux hommes et femmes mariés en recherche d’une liaison adultère. Pour autant, comme toute fuite de données privées, nous allons en parler.

Que s’est-il passé exactement ?

Il semblerait que les bases de données du site se baladent dans la nature et que certaines menaces apparaissent avec, notamment celle de publier toutes les données « in the wild ».

The Impact Team – qui n’a rien à voir avec Next Inpact, espérons-le – revendique le piratage et exige la fermeture de l’ensemble des sites gérés par Avid Life Media, le groupe qui gère AshleyMadison.com ainsi que deux autres sites du même acabit.

La société déclare avoir déjà identifié le ou les membres de The Impact Team, déclarant qu’il pourrait s’agir d’un ancien employé de la société.

Les raisons de la colère?

Selon un message de The Impact Team, l’action fait suite à un « faux droit à l’oubli », payant de surcroit. Le site propose en effet de supprimer toutes vos données personnelles (résultats de recherche, contenus, photos, messages…) pour 19 dollars, mais ne le fait pas, ce que la team est en capacité de démontrer.

En résumé, l’éditeur du site masque simplement les données pour qu’elles n’apparaissent plus. Si on ne les voit plus sur le site, elles n’en restent pas moins présentes sur les serveurs dudit éditeur.

Pour le reste des explications, allez lire l’article de Guillaume Champeau, dont je me suis fortement inspiré.

Une action collective ?

La question mérite d’être posée : si les données sont publiées, est-ce que les clients du site peuvent se retourner contre l’éditeur ?

Si ce dernier n’est pas l’auteur du piratage, il n’en reste pas moins qu’il a vendu une prestation – la suppression des données personnelles – sans l’honorer, puisque les données fuitent maintenant dans la nature. Les clients de ce site sont peut-être dispersés aux quatre coins du globe, envisagent-t-ils d’attaquer Avid Life Media pour manquement à ses obligations ?

Une question de confiance. (Encore.)

L’éternelle question de la confiance revient sur la table : « Doit-on accorder notre confiance à un site lorsqu’on sait qu’un jour il sera peut-être piraté ? » .C’est un problème complexe où la réponse ne peut se résumer à un simple « oui » ou « non », le oui revenant à ne pas prendre en compte ces dangers, le non revenant à ne plus rien faire sur Internet.

La question est d’autant plus importante que les données de ce site sont très particulières, on ne parle pas de bisounours mais d’adultères, de désirs et souhaits sexuels, d’orientation sexuelle aussi, de choses qui touchent globalement à la sphère très intime de ce qui définit la vie privée.

La divulgation de ces données pourrait porter préjudice à l’ensemble des clients, dans de nombreux domaines de ces derniers. On pourra me répondre « ils n’avaient qu’à pas tromper » mais c’est une réponse à une action sans doute composée d’énormément de paramètres dont nous n’avons pas forcément connaissance, c’est trop simple, c’est un ressenti que tout le monde ne partage pas. La simple existence de ce genre de sites en est la preuve.

Bref, la confiance, revenons-y. Comme j’en parlais très récemment au sujet de Google, lorsque je demande la suppression des données, qu’est-ce qui me garantit que la demande est prise en compte et effective ?

Google n’est pas en reste, puisque ce problème existait déjà avec Facebook, quand vous supprimiez une donnée, elle restait stockée sur les serveurs de Facebook, la société désactivait simplement son affichage, comme Google, comme AshleyMadison…

Cliquer sur le bouton supprimer revient donc à croire un simple « faites-moi confiance », sans garanties supplémentaires.


edit : je me permets un petit ajout suite à divers tweets que j’ai pu voir passer, qui se « réjouissent » de cette nouvelle, en condamnant les clients et surtout les clientes dudit site…

Premièrement, il n’y a aucune différence entre un homme qui trompe son ou sa partenaire et une femme qui trompe son ou sa partenaire. Non. A ce titre, un « homme à femmes » n’est pas un Don Juan et une « femme à homme » n’est pas une….

Pour terminer : saviez-vous que certaines personnes (très très très largement des hommes) frappent, battent et parfois tuent leur femme lorsqu’ils apprennent qu’elle a commis l’adultère ?

Alors, que vous soyez d’accord ou non avec la pratique, de grâce, réfléchissez.

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Un commentaire to “Vie privée et infidélité : mariage consumé.”

  1. avatar

    Et ça soulève encore l’importance du pseudonymat lors de l’inscription sur ce genre de sites (authentification avec des emails bidons sans nom de famille) pour utiliser des services.
    Tout le monde faisait ça sur tous les sites webs à l’époque de caramail (même quand on avait 12 ans), la confiance n’était pas du tout établie et personne ne dévoilait son identitée à n’importe qui.

    J’ai remarqué que la confiance aveugle aux sites web est arrivée avec les banques, le paiement en ligne puis facebook ou là, tout le monde s’est foutu à poil…
    Le petit cadenas (cert SSL) sur les navigateurs qui rassure encore plus l’utilisateur parce que :
    – on connait pas la techno au début
    – ce sont les banques qui font donc on peut avoir confiance, ils sont censés être surdiplômés et faire des math super balezes (gros fails : on s’aperçoit que certaines banques utilisent encore flash pour l’authentification).

    Bon, j’écris ça maintenant mais :
    – c’est n-ième base de données d’utilisateurs dérobée avec des infos sensibles (bdd d’user de sites pron)
    – il y a des gens qui alertent depuis plus de 10 ans (kitetoa, reflets, pcINpact, LQDN)
    – mes potes sont encore sur facebook (bouuuuh)

    Bon après, on arrive à sensibiliser de plus en plus (famille, certains potes), mais il y encore du boulot.

    Et non, ce piratage n’est pas drôle en effet.

    PS: J’ai ri pour
    « The Impact Team – qui n’a rien à voir avec Next Inpact, espérons-le – »