Chers nous…



Récemment, Barbayellow sortait un (bon) billet de blog qui a démarré un bon « débat » dans la « twittosphère » : pourquoi, la sécurité, bah… ça marche pas.

Dans ce billet, il explique que la communauté des développeurs et des experts doit s’adapter au besoin et non l’inverse. Dans son cas, ce sont ces communautés qui doivent s’adapter au journalisme et non aux journalistes de devenir des experts en sécurité et des administrateurs réseau en puissance.

Il rajoute d’ailleurs que ça n’arrivera jamais, et, non sans un certain regret, je dois admettre qu’il a raison.

Je voulais détailler mon point de vue, d’où ce billet. D’avance, je vais m’inclure dans ces communautés, mon intention n’étant pas de tirer sur des gens et de m’en exclure, puisque cette adaptation me concerne également.

Notre communauté a un problème : elle reste dans un petit monde, un petit cercle qui, bien qu’il soit extrêmement ouvert d’esprit, est relativement fermé, et ce pour plusieurs raisons.

La première est assez légitime : la méfiance. Quelqu’un qui débarque « comme ça » sera forcément observé, ce qui ne plait pas à tout le monde. Dans l’univers du hacking, de la sécurité informatique ou de l’(h)ac(k)tivisme, il y a toujours de la paranoïa, plus ou moins présente selon les groupes de ces communautés, plus ou moins justifiée, mais toujours.

La seconde est déjà moins sympathique : la fierté, l’élitisme, je considère que c’est une plaie. Et c’est principalement de ça que nous allons parler.

Nous sommes curieux, exigeants, nous avons l’envie d’apprendre, nous avons la motivation, chacun à notre rythme, à notre niveau. Nous avons parfois le temps pour nous planter. Nous avons le luxe de nous le permettre car, à de rares exceptions, cela ne met pas en péril une personne, une vie, une information sensible. Nous pouvons recommencer encore et encore puis réussir, créer, nous documenter sur des manuels tellement intelligibles qu’un profane aurait l’impression de voir un programme de Canal+ ou un écran de la Matrice. Rien que le fait de voir un terminal, ça fait peur à beaucoup. D’ailleurs, rien que de prononcer le terme terminal, mine de rien, c’est déjà quelque chose.

Allez, sérieusement, allez voir des gens « au hasard » et demandez-leur ce que c’est. Voilà. Bref, revenons-en à nos octets…

L’élitisme, donc. « Je sais que je sais, et toi, je sais que tu ne sais pas. Je t’explique, et si tu ne comprends pas alors t’es un N00b », « J’ai eu personne pour apprendre, RTFM » sont des réponses qui calment les gens, sérieusement.

On ne peut pas rester ainsi éternellement si on veut qu’un jour, les efforts que nous faisons marchent. On ne peut pas rester dans notre petit milieu, à envoyer promener les gens parce qu’ils ne comprennent pas assez vite, ou pas du tout.

Des personnes, peut-être pas vous hein, ne vous sentez pas pris pour cible, ont ce comportement-là. Et les conséquences de ce comportement sont nombreuses, l’information reste dans un cercle de gens qui « savent », les autres peuvent se sentir rejetés, ou pris de haut, méprisés, démotivés, ce comportement, c’est un répulsif efficace.

Bref, si nous sommes une communauté ouverte, nous sommes une réelle communauté ouverte, pas uniquement sur le papier. Cela demande du temps, de l’implication, de l’adaptation de la pédagogie et de l’andragogie, les gens doivent se questionner pour comprendre, leur servir la connaissance, ça ne fonctionne pas.

Revenons-en au cas de Barbayellow : la protection de la vie privée, de l’intimité, le contournement de la censure, est freiné par les exigences demandées pour y arriver, qui se résument à la chose suivante dans l’exemple : être administrateur système.

Ça fait mal à lire, mais c’est vrai, nous accusons un cruel manque de pédagogie, de volonté, de capacité à transmettre l’information…

Nous manquons de pédagogie pour les points cités juste avant, je ne reviendrai pas dessus.

Nous manquons de volonté car entre utiliser un programme et expliquer un programme, il y a un gouffre énorme.

Enfin, nous manquons réellement de capacités d’adaptation. Tous, ou presque. Il y a une différence phénoménale entre comprendre quelque chose et être capable d’expliquer quelque chose et, désolé d’avance, si beaucoup comprennent comment fonctionne telle ou telle chose, les gens capables d’expliquer comment ça fonctionne, à n’importe qui, je les compte sur les doigts d’une seule main.

Il faut s’adapter en permanence, accepter que la personne ne comprenne pas, faire l’effort d’aller vers elle, de reprendre ses termes, son cadre de référence, pour la comprendre et pour réussir à transmettre le savoir.

L’exemple est parlant, n’est-ce pas ? (Merci à fo0_ pour l’exemple bien trouvé)

Pour Barbayellow, ça passe par une simplification de ce qu’on appelle l’interface utilisateur. Il faut qu’elle soit claire, simple, compréhensible afin de toucher un public large.

C’est là où le bât blesse, pour l’instant et selon moi. Utiliser GPG, TOR, Jitsi ou LinPhone, c’est tout sauf aisé pour un utilisateur Lambda. Les interfaces s’améliorent certes, mais il reste énormément de travail à faire.

Il en reste beaucoup en partant de la même base : les interfaces doivent s’adapter aux utilisateurs et non l’inverse. Si, pour « nous », c’est ce qui s’est passé, c’est parce que nous le voulions bien et parce que des choses nous semblent évidentes, sauf que nos évidences ne sont pas celles des autres.

Oui, il y a des gens qui refusent d’apprendre, et d’autres qui ont juste besoin que le programme fonctionne, et qu’il fonctionne bien parce qu’il va gérer des données sensibles, il y a des gens qui ne veulent qu’utiliser un programme, sans forcément chercher à savoir comment il fonctionne parce qu’ils n’en ont tout simplement pas besoin. Les journalistes sont journalistes, pas administrateurs réseau, c’est vrai. A ce titre, il faut leur fournir des outils quasiment « clefs en main », sans pour autant oublier celles et ceux qui veulent comprendre. Il faut donc de la documentation, claire et adaptée, dans plein de langues car tout le monde ne parle pas anglais, tout le monde ne comprend pas forcément un manuel, tout le monde n’a pas « la bonne » logique.

L’interface doit donc être simplifiée, sans induire un manque de réflexion, sans induire une infantilisation de l’utilisateur : TextSecure, une application qui permet d’envoyer des SMS chiffrés, est une bonne démonstration : elle protège vos SMS, l’envoi et la réception de ces messages-là dans certains cas et, pour autant, elle n’infantilise personne, les menus de configuration sont assez poussés et pourtant, le programme est très simple d’utilisation, ce qui contribue d’ailleurs à une adoption plus rapide et plus massive de cette solution.

Nous ne pouvons pas demander aux journalistes d’être des administrateurs réseau et, quitte à pousser la réflexion jusqu’au bout, si nous leur demandons de l’être, alors nous devons être des « formateurs-communicants-développeurs-rédacteurs-whatever », sauf que c’est pas le cas. Comment demander quelque chose à quelqu’un alors que nous même ne remplissons pas le critère ?

Chacun a son propre métier, son propre cadre de référence et refuser de l’admettre, c’est se condamner à un flagrant manque d’adaptation. Je parle en connaissance de cause, mon métier consiste à s’adapter à n’importe quel profil, technique ou non, intéressé ou non, avec des gens qui n’ont pas le choix et qui doivent être capables de se servir de tel, tel ou tel logiciel très rapidement.

Au final, c’est un tout, dont Okhin a déjà parlé à Pas Sage En Seine : nous devons sortir de notre petit monde, arrêter d’espérer qu’un jour les utilisateurs s’adapteront à nos technologies, prendre les devants et aller « sur le terrain », au contact des utilisateurs, adapter nos ressources, documents, manuels x ou y, interfaces, nous ouvrir vers l’extérieur…

Ça me tue de l’écrire mais, si Skype est énormément présent et qu’il est très difficile de motiver quelqu’un à le quitter, c’est parce qu’il est facile à configurer, que l’interface est assez « sexy » et que « ça marche », au mépris des dangers, de la surveillance, de tout plein de choses que je connais déjà, pas la peine de me les rappeler ici.

Encore une fois, ceci n’est que mon point de vue. Cependant, pour voir et entendre chaque jour des centaines de personnes, je peux affirmer qu’il n’est pas totalement à côté de la plaque. Tout le monde n’a pas envie d’apprendre, de passer des heures interminables à configurer un logiciel qui fait ce qu’un autre fait en trois clics. D’autres ont besoin de solutions sans forcément avoir le niveau technique requis pour les comprendre… qu’allons-nous répondre ? De revenir dans trois ans, une fois le niveau nécessaire acquis ?

Evidemment, il y a aussi des aspects négatifs : la diffusion massive d’un logiciel l’expose à plus de dangers parce que le logiciel devient une cible plus intéressante, plus une interface est simplifiée et plus le travail pour la simplifier est énorme, plus il y aura donc de développement, et c’est un facteur à prendre en compte.

J’arrête là, mais nous pouvons en parler (oubliez Twitter, c’est hors de question, on ne débat pas sur Twitter). Le débat peut s’installer dans les commentaires si vous voulez, mais ne vous tapez pas dessus, ça serait bien.

Bien sûr, le problème ne vient pas que des administrateurs et des développeurs et de nos communautés, mais il est en grande partie lié à tout ceci et au narcissisme dont nous faisons preuve.

Les utilisateurs finaux devront toujours chercher, se renseigner, ça ne changera jamais, vraiment pas. Pour autant, ils le feront avec des outils adaptés à eux, ce qui sera beaucoup plus efficace. Il va sans dire que si ces utilisateurs ne font aucune démarche, cela ne changera rien, jamais rien.

La folie c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent… Einstein

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21 commentaires to “Chers nous…”

  1. avatar

    Il est certes regrettable que la logique marchande d’adaptabilité prédomine sur l’humain mais il est a noté que cela ne date pas d’hier mais bien depuis des siècles et plus singulièrement depuis les prémices de la révolution industrielle de masse.

  2. avatar

    Bonjour, je fais justement partis de ces gens « au hasard » et je ne pourrais donc pas participer au « débat » sur la révision de votre communauté.
    En revanche je peux apporter le point de vue d’un type qui n’y connais rien : je m’intéresse de plus en plus à la protection de mes donnés : j’ai textesecure, j’ai mis pgp sur thunderbird, j’utilise plein de plugin pour mon navigateur… et déjà j’ai du pas mal me forcer. Pour PGP par exemple : la configuration est chiante au début, même si nécessaire, et puis virer le html de tout les mail c’est aussi plutôt handicapant (surtout que pgp me sert à rien j’ai aucun de mes contacts qui l’utilise).
    D’ailleurs je vais rebondir là dessus : le nombre d’utilisateur. Skype est bien évidement facile à utiliser et « sexy » pour reprendre tes mots mais il a aussi un autre argument de taille : tout le monde est dessus. Comment convaincre beaucoup de gens à utiliser jitsi en sachant que premièrement c’est moins simple d’utilisation mais en plus il vont devoir demander à tout leurs contact de venir utiliser ce logiciel à la place de skype « juste » pour se protéger d’un truc qu’ils ont pas forcement conscience.
    C’est le même principe que le jeu call of duty : pourquoi tout le monde l’achète ? parce que les gosses qui y jouent savent que leur copain.e.s vont passer à la version suivante et du coup achète le nouveau jeu pour pas se retrouver seul.e

    J’ai déjà du mal à convertir des gens à textsecure, alors pour le reste c’est pas encore tout de suite ^^

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      Pour PGP, normalement, il existe une option « PGP/MIME » lors de l’envoi du mail. Ca permet de garder le HTML et chiffrer correctement les pieces jointes. La encore, « un truc de geek » (avec 42 couches de guillemets sur le dernier mot).

  3. avatar

    Une interface grand public pour PGP.

    Pour ce point, je pense que c’est la technologie qui n’est pas adaptée. Serveurs de clefs, signer des clefs, les révoquer… C’est un système certes qui marche, mais qui est loin d’être intuitif.

    J’ai pensé plusieurs fois à forker Enigmail, ou séparer le backend d’Enigmail du reste pour faire une nouvelle interface, mais…

    Le problème, c’est que si l’on veut simplifier l’interface de PGP, on se heurte tout de suite à des « Et comment je simplifie les serveurs de clef ? Un seul serveur centralisé ? ».

    Si qqun a des idées, je serais pas mal motivé pour les mettre en œuvre au possible. J’ai pensé aussi alternativement à une sorte de webmail PGP (ça n’existe pas pour l’instant).

    Sinon, il existe pas mal de nouveaux protocoles en cours de dev pour remplacer PGP, mais rien ne m’a semblé sortir du lot, en tout cas pas assez.

  4. avatar

    Quand on voit que l’on parle de « modèle de menace », de NSA etc. alors que le grand public veut juste parler sur Facebook avec ses amis, on voit qu’il y a un fossé monstre entre nous et leurs besoins. Les geeks les plus libristes/hactivistes etc. qui critiquent la nécessité de simplifié les interfaces voient leurs problématiques à eux. Mais faudrait déjà expliquer le problème, de pourquoi il faut apprendre à se protéger, chiffrer etc.

    Peu veulent apprendre/comprendre, il faut déjà leur faire comprendre la nécessité d’apprendre/de comprendre. Pas de devenir admin, mais d’avoir des notions de base.

    Si je suis journaliste et j’ai le permis. Je sais conduire ma voiture. Est-ce que je peux dire que j’ai autant de notions en informatique que j’en ai pour la conduite? Pour beaucoup, non. Et autant on est forcé de passer le permis, autant l’informatique…. Et quand on voit ce que le gouvernement appelle « apprendre l’informatique »…

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      Je ne suis pas d’accord Genma, désolé 🙂

      Un journaliste ayant le permis et utilisant quotidiennement son mac, gmail et skype, a autant de notions d’informatique que de conduite : il utilise un outil (la voiture / l’ordinateur) sans avoir besoin de savoir comment il fonctionne, sans bidouille.

      « L’informatique » commence par l’utilisation des logiciels et des interfaces en général, pas « la programmation » ou « l’administration systeme » ni « le shell ou l’installation d’enigmail et toutes les douleurs que cela comporte »

      La comparaison consisterait à croire que « la conduite » recouvre « comment fonctionne un moteur », « la réparation auto », ou « la conduite dans des conditions extrêmes », bref, tout un tas de domaines où 97% des personnes qui ont le permis sont incompétentes, mais notre monde fonctionne très bien ainsi… les 3% de geeks de la conduite sont notre communauté de libristes / hackeuses / admin-réseau 🙂

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        Je rejoins Benjamin.Et je rajouterai ceci: Je constate de plus en plus de personne veulent apprendre. Mais ce qu’il faut, c’est apprendre à vulgariser correctement déjà. La plupart des billets que je lis ne sont pas accessibles à des « non geeks » en raison des termes utilisés et les rebutent. J’aime bien lire tes billets Genma, mais pour quelqu’un qui n’y connait rien, je ne les recommande pas, les gens se perdent en quelques minutes, parce que trop savant ou techniques.

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        Genma soulève pourtant quelquechose d’important dans son premier paragraphe : Si les gens ne ressentent pas le BESOIN d’utiliser ces technologies, ils ne trouveront ni la motivation, ni le temps, ni l’énergie de changer leurs habitudes.

        Le processus doit sans doute se faire des deux côtés :
        – Responsabiliser les utilisateurs sur les conséquences liées à l’utilisation de leurs outils quotidiens.
        – Faciliter la transition en adaptant les solutions (ergonomies, etc)

        L’un ne sert à rien sans l’autre.

        Un début de piste est de commencer avec un « cercle » fermé de proches, en leur expliquant d’abord les conséquences liées à l’utilisation de Facebook, Gmail (des exemples), etc… puis en soulevant le fait que ces conséquences sont subies par « vous » lorsque vous apparaissez par exemple sur une photo, ou que vous correspondez avec une personne Gmail. L’argument intrinsèque est donc : « D’après mon pote geek, je remet en question ma vie privée, mais aussi celle de mes proches en utilisant Facebook et Gmail ». Ensuite – et seulement ensuite – une personne qui se sent réellement responsable cherchera à obtenir davantage d’informations, et finira par en parler à ses amis, etc…
        Peut-être faut-il aller jusqu’à démontrer les informations qui « fuitent » via l’utilisation de ces services (il est aisé de faire la liste des sites pour lesquels Facebook « sait » que vous êtes passés par exemple).

        Ça ne contredit pas tout ce qui est expliqué dans l’article, mais il faut garder à l’esprit que parler d’un problème (sécurité, vie privée) qui n’en est pas un pour la plupart des gens est déjà un manque de pédagogie en soi.

        L’un ne fonctionnera pas sans l’autre.

  5. avatar

    Cette discussion rejoint le thème de l’arrivée des messageries grand public sécurisées.
    C’est un bon début, cela pourrait titiller la curiosité de tous, les connaisseurs et les utilisateurs basiques.
    http://blog-libre.org/index.php/?p=15819

  6. avatar

    Heu ouverts à tous ? L’informatique reste désespérément très andro-centrée, un exemple récent : http://listes.arn-fai.net/pipermail/discussion/2014-April/thread.html (concernant un FAI type FFDN)

    Et ce n’est pas un petit monde, vous êtes les 1%… au sens de l’aisance informatique (et les UN POUR MILLE concernant la crypto)

  7. avatar

    Il faut arrêter de parler d’interface utilisateur « simple », je pense qu’il y’a un malentendu.
    Il n’y a que des bonnes et des mauvaises interfaces utilisateurs.
    Les interfaces des outils de crypto sont mauvaises, ou inexistantes, parce que le développeur ne fait pas appel à un designer ou n’a même pas conscience de l’intérêt d’une interface puisque lui même se targue de n’en utiliser qu’une seule : vim.
    Une UI simple mais qui castre 90% des fonctions d’une technologie ou qui masque des notions importantes pour la sécurité de l’utilisateur est aussi mauvaise qu’une UI qui présente 1000 boutons en vrac écrits petits avec des labels abscons.

    J’ai lu hier certaines personnes nier l’intérêt d’améliorer les interfaces, parce que pour eux la seule solution est que les gens apprennent.
    Ok, mais je pense qu’on apprend plus facilement dans une salle de classe bien chauffée et un bon prof. De même qu’on apprend pas aussi vite dans les livres mal écrits que dans ceux bien construits, pédagogiques.

    L’UI ne remplace pas l’apprentissage car finalement l’utilisateur devra comprendre l’outil pour bien l’utiliser, mais pourquoi vouloir les condamner à des salles de classes froides, avec des profs taciturnes et sans vie ?

  8. avatar

    J’ai passé pour un mec qui se répète, mais tant pis :]
    Il y a 2 problèmes, et tout le monde ne se focalise que sur un seul à mon avis :

    – diffuser *massivement* un logiciel *standard*, et effectivement, là on est très loin d’y parvenir avec nos CLI et notre très pauvre UX. C’est essentiellement sur ce débat que tout le monde se focalise.

    – diffusser *correctement* un logiciel *sécuritaire*. Et ça plus ou moins tout le monde l’occulte. Skype est joli et massivement diffusé, mais n’est pas sécuritaire. Gmail est joli et massivement diffusé, mais n’est pas sécuritaire. Pratiquement tout ce qui est massivement diffusé est aujourd’hui non sécuritaire.

    Toute tentative de simplifier un protocole sécuritaire pour le rendre accessible à un « nOOb » (avec 42 couches de guillemets aussi) s’est soldé par un échec cuisant.
    Cf TLS qui me semble le parfait bon exemple avec ses CA toutes moisies « pour pas que l’utilisateur lambda n’ait à vérifier des empreintes SHA1 à la main ».
    Avec GPG, virez la moindre portion du protocole (génération des clefs privées, stockage des clefs privées, web-of-trust avec validation par rencontre physique, signature/chiffrement côté client, gestion de la révocation…) et vous n’avez plus aucune sécu (au mieux très/trop peu).
    À la limite, il y a OTR qui s’en tire avec une mention plus honorable que la moyenne, mais qui reste somme toute assez éloigner de ce qu’on peut appeler une UX correcte…

    Quand on parle de sécurité où c’est ta vie même qui est menacée, et c’est l’objet du post initial de Barbayellow, il faut toujours mettre en face le modèle de menace auquel on s’expose. La sécurité à utiliser est à choisir en fonction de ce modèle, et ne peut donc en aucun cas être généralisée et encore moins simplifiée « pour le tout venant », puisque chaque morceau de la chaîne sécuritaire répond à ce modèle de menace *personnel* et non standard.
    Et donc dans le cas d’une appli *sécuritaire*, sauf à pousser une analyse personnelle, on est incapable de proposer un modèle « qui marche(ra) » pour une personne donnée soumis à un modèle de menace donnée.
    Sauf à
    – avoir les compétences techniques pour trouver soi-même quoi mettre en face de chaque menace — et ça aucune IHM aussi bien foutue soit-elle ne pourra le proposer — et pour implémenter correctement cette solution technique (pas faisable par de la bonne UX non plus)
    – trouver quelqu’un de confiance qui pourra le faire pour toi, et actuellement très peu de journaliste/dissident/whatever ne s’entoure d’un geek ascendant cryptologue avant de partir en zone de conflit, parce que ça coûte cher et/ou que c’est compliqué en logistique.

    Donc, faire de l’UX pour massivement diffuser nos logiciels classiques, type LibreOffice, Jitsi ou LinPhone, à 100% oui et plus que oui, mais à condition de les vendre exactement comme leur équivalent privateur tout pourri, ie. un logiciel bureautique standard pour utilisateur standard.
    Si c’est pour mettre en place des systèmes sécuritaires, à 100% non, l’UX ne sera pas le 1er maillon pour mettre en sécurité quelqu’un, mais uniquement une hygiène informatique minimale (qui devrait être obligatoire pour avoir le droit d’approcher tout PC à moins de 100m soit dit en passant) et une connaissance minimale voire approfondie des menaces technologiques actuellement en cours.

    Exemple à la con, t’auras beau avoir toutes les UX du monde à ta portée, tu resteras toujours vulnérable si tu continues à ouvrir tes pièces-jointes sans plus de précaution.
    Et ouvrir des pièces-jointes de manière sécurisée, c’est presque totalement incompatible avec une utilisation normale de ta machine (ne serait-ce que parce que ça prend 20min par pièce-jointe et/ou que ça réclame du matos spécifique comme une machine 100% offline dédiée à cette tache du genre une raspberry pi).

  9. avatar

    Puisque j’ai été pris dans cet article comme l’exemple typique de l’ours barbu, arrogant et orgueilleux, qui mange trois n00bs à son petit déjeuner, j’ai hesité entre demander un duel sur le pré et écrire moi-même un article. J’ai finalement choisi la deuxième solution : http://www.bortzmeyer.org/securite-facilite.html

    • avatar

      Stéphane,

      Manifestement, le message passé a un peu été mal compris, ou pris à titre personnel alors que ce n’était pas le principe. Je reste en désaccord avec toi des éléments, j’ai lu ton billet, il est évident que les développeurs/bidouilleurs/hackers ne sont pas à 100% responsables de tout ceci, ça va de soi. Cependant, à te lire, j’ai l’impression que tu penses l’exact inverse, à savoir que c’est l’utilisateur final qui est responsable de tout ceci.

      Quand j’ai travaillé avec des activistes dont la situation était plus que critique, j’aurais aimé avoir des outils plus simples pour leur expliquer. Et eux aussi, parce qu’il faut produire un effort monstrueux pour que ça marche un tout petit peu, et si nous, nous avons potentiellement la capacité de le faire, ce n’est pas le cas de tout le monde. Tu dis ensuite que les divers corps de métier, comme les journalistes, doivent quand-même être un peu des administrateurs réseaux, je reste en profond désaccord avec toi sur ce point, au même titre qu’on ne nous demande pas d’être des journalistes, d’ailleurs, beaucoup n’en ont tout simplement pas la capacité. Si tout le monde pouvait faire tout, il n’y aurait pas de spécialisations, d’écoles de ceci ou cela, d’experts …

      Si tu demandes à des journalistes d’être un peu administrateur réseau, alors deviens un peu journaliste, dans un pays en guerre ou dans un pays où la censure est monnaie courante. Échangez vos vies.

  10. avatar

    Bonjour,

    C’est bien beau de parler de cryptage, VPN and co mais personnellement je connais très très très peu de personnes qui s’intéressent à tout cela, alors je fais quoi ? J’envois un mail crypé ? ben non, lorsque je répond à des offres d’emploi j’envois un mail crypté ? ben non.
    Lorsque je propose à quelqu’un d’installer Linux on me répond toujours « Oh non trop compliqué ».

    L’espionnage de masse est une réalité, nous sommes tous surveillés, d’autres plus que d’autres, alors pour finir je me dis : « S’ils ont du temps à perdre, qu’ils me surveillent, je m’en fous ».

    Quand je vois/pense ce qu’est devenu internet je dois me retenir pour ne pas jeter mon Pc par la fenêtre.

    Pour finir, je n’envois plus de mail à mes amis, je ne les mets même plus dans mes contacts, je supprime mes comptes G+ and co, j’évite le chat, je n’arrive plus à faire confiance à personne sur le net, lorsque je m’inscrit à un Forum je ne me présente même plus, je me demande bien pourquoi je m’inscrit d’ailleurs 🙂

    Internet m’a rendu parano, alors qu’avant je ne l’était pas du tout.

    Dans ces cas là où personnes ne veut utiliser le cryptage, quelle solutions existent ? Aucune… le net est bel et bien mort…la vie privée n’est plus qu’une illusion.

    Je n’ai rien à cacher ? Bien sûr que oui, ma vie privée est par définition privée.

    En conclusion si vous tenez à votre vie privée, virer internet…

    • avatar

      C’est un peu trop noir comme tableau, à mon sens. Je comprends l’exaspération, pour autant, des choses changent et évoluent, pas toujours dans le bon sens certes, mais de plus en plus de gens ont au moins conscience qu’il faut se protéger…

Rétroliens/Pings

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  2. [de chez Pixellibre] | Sharedwanderlust's Blog - 28 août 2014

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