Watch_dogs, partie 2 : point de vue d’un hacker



Comme promis, voici le second volet de mon impression sur Watch_Dogs. Cette fois, vu sous l’œil d’un hacker, puisque les gens aiment dire que j’en suis un (ça fait plus sexy que bidouilleur sans doute, même si bidouilleur serait plus adapté dans mon cas).

Bref, hacker donc. Nous allons voir ça en deux temps, un pour le personnage et l’autre pour ctOS, le système de traitement automatique des données de la ville de Chicago inventé pour le jeu.

Premier temps.

Le personnage, Aiden Pearce, nous est présenté comme un hacker par Ubisoft. La majorité de la campagne de communication d’Ubisoft repose d’ailleurs sur ce simple fait. Il faut croire que des histoires avec des hackers, ça devient sexy et si c’est sexy, ça se vend.

En se basant sur la stratégie de communication d’Ubisoft, j’avais imaginé Watch_Dogs comme un jeu qui gravitait autour du hacking, que c’était une composante essentielle du jeu, que c’était développé.

J’imaginais mon personnage s’infiltrer dans un système informatique pour y injecter des programmes, tout en évitant de se faire numériquement repérer grâce à une panoplie d’outils. J’imaginais aussi avoir besoin de mettre réellement les mains dans un CLI à la recherche de fichiers, taper quelques lignes de commande imaginées par Ubisoft, me servir de quelques programmes underground imaginaires pour faire tomber tout un système en deux secondes.

J’ai pris une claque.

Ce qui était annoncé par Ubisoft comme l’évènement majeur de ce jeu, à savoir le hacking, n’est qu’une fonction assez « banale » du jeu, quelque chose classé au même rang que l’utilisation d’une arme ou que la conduite des voitures. Bien sur le hacking est nécessaire, mais il est résumé à trop peu pour en faire l’axe principal du jeu.

En gros, Watch_Dogs met à disposition des joueurs une panoplie d’outils présentés comme des hacks (hacking de la signalisation, des feux tricolores, des bornes, de téléphone …) en appuyant sur un simple bouton. Puis c’est tout.

A aucun moment vous n’avez à mettre vos mains sur une ligne de code, il suffit d’appuyer sur « pirater ». De facto, ça relègue tout ce pan du jeu au statut de simple fonction. Pas de programme pirate à installer, pas de galères pour prendre la main sur un équipement, pas d’infiltration numérique, tout passe par un simple bouton magique.

Exemple concret : si vous vous en souvenez, hier, je parlais des points de contrôle de ctOS dans la ville, j’expliquais qu’il fallait faire un parkour pour y arriver … une fois que vous êtes devant le point de contrôle, il vous suffit juste d’appuyer sur le bouton magique, votre personnage pose son smartphone devant l’appareil et magie, vous venez de pirater le système ctOS du quartier.

J’aurais aimé voir un peu plus que ça, par exemple, tomber dans une interface de commande lorsque je tente de pirater ce point ctOS, avoir besoin de rentrer deux trois commandes présentées par un tutorial, enfin, quelque chose de plus développé que « piratez en appuyant sur a » quoi.

Watch_Dogs est un jeu grand public et je sais donc que l’on ne peut pas demander à ce type de jeu de proposer une expérience de hacking développée, de réelles commandes à taper, un niveau de complexité supérieur et tout ceci, mais quand même, je pense que ce n’est pas assez mis en valeur, il aurait été possible d’exploiter ça d’une bien meilleure manière.

Je ne demande pas un jeu comme Uplink, bien trop complexe pour finir grand public, mais j’aurais aimé voir un peu de hacking, comme Ubisoft l’annonçait.

Ensuite, au-delà du bouton magique, parlons de ce qu’il fait : des miracles.

Votre téléphone dispose d’un mode, le mode profiler, qui vous permet de pirater n’importe quel téléphone à proximité, vous récupérez ainsi des appels, sms, vous pouvez prendre la main sur le téléphone et faire tout un tas de choses. C’est assez magique, mais ça reste de la magie.

Qu’on se rassure, cet aspect du jeu n’existe pas dans la vie réelle, même si nous n’en sommes pas loin.

Dans le jeu, lorsque vous arrivez près d’un équipement piratable, il vous suffit d’appuyer sur le bouton magique et d’attendre deux à trois secondes, et le tour est joué : c’est tout sauf réaliste.

Dans notre monde, il est possible de faire ce qui se fait dans Watch_Dogs, mais pas aussi aisément. Il faut être à une faible distance de sa cible, réussir à obtenir un signal de son téléphone, injecter un virus dedans, prier pour que la liaison ne saute pas, une fois le virus injecté, prier pour qu’un antivirus mobile ne le repère pas et à ce moment-là, oui, il devient possible de prendre la main sur le téléphone.

Le jeu nous offre un raccourci, à nouveau, j’aurais aimé une sorte de barre de téléchargement, indiquant que l’opération est en cours, qu’il faut maintenir une liaison stable, histoire d’avoir quelque chose de plus immersif.

Pitié, n’allez pas croire que ce qui se fait dans Watch_Dogs est vrai, pitié.

Pour conclure sur cette première partie, le hacking dans Watch_Dogs n’est, pour moi, absolument pas au rendez-vous, il diffuse une idée préconçue du truc, la même que celle qu’on peut voir dans les films où un hacker de 11 ans pirate en deux clics le site de la NSA.

Second temps

ctOS. Ah, ctOS, là, il y a du neuf, du beau, du flippant et quelque chose de parfaitement réaliste. Il faut savoir qu’Ubisoft travaillait depuis deux ans sur le projet, bien avant les révélations de Snowden donc, et ce qu’il a révélé renforce encore plus le réalisme du jeu : Big Brother vous observe.

ctOS, pour Central Operating System, est un système de traitement automatisé de données à l’échelle de toute une ville, Chicago. Tout, absolument tout est connecté à ce ctOS. Dans le jeu, ce ctOS sert à de nombreuses choses, comme la gestion de la circulation routière, la détection d’infractions, il réduit le taux de criminalité en effectuant une analyse comportementale des individus, il sait tout, absolument tout. Et c’est ce truc-là que vous piratez, lui qui vous ouvre la porte de n’importe quel système informatique du Chicago de Watch_Dogs.

Ce système repose en partie sur des données publiques et ouvertes, il se sert également des téléphones, des connexions des opérateurs, des données médicales, mails, bref, tout ce qui existe au format numérique est connu de ctOS.

Ainsi, lorsque vous activez le profiler, sur votre smartphone, ça donne ça :

ctOS, le système de données de Chicago dans Watch_Dogs

ctOS, le système de données de Chicago dans Watch_Dogs

ctOS, le système de données de Chicago dans Watch_Dogs

ctOS, le système de données de Chicago dans Watch_Dogs

ctOs peut connaitre votre métier, nom et prénom mais aussi vos habitudes de navigation, j’ai croisé des personnes qui aimaient télécharger deux films pornographiques, par exemple. D’autres qui avaient des impayés, d’autres qui ceci ou cela…

C’est très bien fait, extrêmement précis et ce qui fait un peu mal, c’est que ça existe plus ou moins. ctOS fait de l’agrégation des données comme le font nos services de renseignements, la NSA ou d’autres.

Watch_Dogs devrait nous laisser perplexes face à ctOS, il devrait susciter des questions de vie privée, de traitement des données, de protection de ces dernière, de tout ce qu’il est possible de savoir grâce à l’agrégation et de toutes les dérives que cela peut engendrer.

D’ailleurs, Ubisoft oriente le jeu de cette manière selon moi. Dans de nombreux endroits, les habitants parlent en mal de ctOS, craignent pour leur vie privée, des « 1984 » sont présents sur quelques murs, des caméras omniscientes également …

Je ne connais pas la position d’Ubisoft sur la question, mais je pense qu’ils ont souhaité sensibiliser les joueurs aux dérives de la surveillance de masse, et sur ce point, ctOS fait parfaitement bien le travail.

D’ailleurs, le jeu continue sur… non, pas de spoiler…

J’en ai terminé de ma présentation de Watch_Dogs, pour conclure, je dirai que c’est un assez bon jeu d’action, assez immersif tout de même, que le piratage et le hacking ne sont pas à la hauteur de mes espérances, j’ai même envie de déclarer que ce n’est pas ça, le hacking… et que ctOS est largement à la hauteur de mes craintes

D’ailleurs, si vous voulez avoir un aperçu d’un ctOS dans le monde physique, rendez-vous sur http://wearedata.watchdogs.com et essayez, c’est très loin de ce qu’il y a dans le jeu, mais ça donne un bon aperçu de ce qu’il est déjà possible de faire.

Je vous invite à lire les sources, présentes dans les mentions légales du site, pour savoir comment fonctionne le site.

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4 commentaires to “Watch_dogs, partie 2 : point de vue d’un hacker”

  1. avatar

    Finalement compte tenu du fait que le « hack » de Ct OS à déjà été fait. Il ne reste plus que à presser une touche. Vue que de faite tout à déjà été hacké (d’un seul coup via le réseau ultra centralisée) Une domotique à l’échelle de la ville d’ont le héros à la télécommande maintenant.

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      C’est déjà plus réaliste qu’un hacker, en effet, le problème est qu’Ubisoft à axé toute sa campagne de communication sur le côté hack, donc c’est un poil exagéré 🙂

  2. avatar

    Utiliser une arme à feu pour atteindre une cible est extrêmement difficile et demande de la compétence. Conduire un véhicule à grande vitesse dans un milieux urbain sans accident relève de l’expérience d’un chauffeur sur-entraîner. Dans les jeux vidéo nous sommes tous des tireurs d’élites et des pilotes hors paire. Alors pourquoi pas des hackers élégants ?
    Mais effectivement, quelques CLI auraient été plus fun.

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      Parce que pour tirer, il faut presser une détente, viser avec précision, recharger et même si nous n’avons pas à faire l’action de remplir chaque chargeur balle après balle, il y a quand même quelque chose à faire.
      Il en va de même pour la conduite qui demande de faire attention, de regarder les autres voitures, où aller, que faire, éviter de foncer dans les autres voitures & co

      Là, ça ne demande pas de visée, pas de précision, ça ne demande même pas quoi faire puisque ça pirate un compte / un sms / un appel sans donner le choix de l’action au joueur.

      Quelques CLI, même à la sauce les experts, auraient été un plus, je trouve. Comme le fait d’avoir plus à faire qu’appuyer sur un bouton, sans avoir le choix de ce qui va passer après.