Toulouse et Internet : la reprise d’un drame à des fins politiques.

On pourra reprocher ce que l’on veut au président actuel, d’un manque de respect (casse toi pauvre con ?) à un ensemble de propositions toutes plus répressives les unes que les autres, il faut néanmoins lui reconnaitre quelque chose : sa constance.

Elle réside dans le fait qu’à chaque évènement, c’est une nouvelle loi qui est proposée (et parfois forcée, exemple avec HADOPI). Est-il utile de préciser que ces lois sont, pour la plupart, disproportionnées et répressives ?

Le drame de Toulouse n’échappe pas à cette règle, c’est donc « logique » de voir M. le Président de la République tout fier, proposant son projet : punir les personnes qui naviguent sur des sites violents ou extrémistes.

Ce qui est moins logique, c’est le traitement médiatique qui découle de cette loi. Je vous propose donc de nous pencher sur les récentes déclarations du Président (tant qu’il l’est encore).

Dans un premier temps, observons cela sous l’angle technique : quelles solutions existent pour punir les personnes qui naviguent sur les sites en question ?

  • Il est possible de fermer le site mais c’est long, surtout lorsque le site n’est pas en France, encore plus s’il n’est pas hébergé dans un pays de l’Union Européenne.

  • Il est possible de bloquer le site, sur injonction judiciaire. Là aussi, problème : l’affaire Copwatch a démontré que bloquer un site était inutile, il reviendra autrement, ailleurs, avec une autre adresse. Sans oublier l’effet Streisand, des copies du site en question peuvent exister et ceci à l’infini.
  • Il existe une autre solution. Une solution que M. Sarkozy semble bien aimer et que la France connait déjà. Une solution qu’elle a vendu à l’ex dictateur président, Mouammar Kadhafi via la société Amesys, filiale du groupe Bull, société détenue en partie par le gouvernement.

Si vous ne l’avez pas deviné, cette solution, c’est le DPI. Petit rappel, le DPI c’est une sonde, installée chez votre fournisseur d’accès à Internet, elle permet d’écouter l’ensemble du trafic d’une ligne ou de centaines de lignes, en même temps.

Traduction : vous allez sur Google, sur Facebook, vous entrez un mot de passe, vous envoyez un message d’adulte à votre dulcinée, le DPI le sait. Il est fait pour ça : inspecter en profondeur les données qui circulent, à l’échelle d’un abonné comme à l’échelle d’un pays.

Revenons aux faits : le DPI. Pour pouvoir punir des personnes allant sur des sites « interdits », il faut pouvoir écouter les connexions, pour savoir qui sont les méchants internautes qui osent se rendre sur de tels sites.

Problème à nouveau : il n’est pas possible d’écouter uniquement les accès à ces sites, il faut tout écouter et poser un filtre, ou faire le tri dans les centaines de Go qui seront capturés (ce qui nécessite beaucoup de matériel, d’argent et potentiellement beaucoup de personnel).

Vous vous dites « je n’ai rien à cacher, ce n’est pas grave » ? Si vous estimez que votre vie privée vaut si peu, c’est votre problème, ce n’est pas celui d’un ensemble de gens qui voudraient pouvoir dire quelque chose sans que la moitié de la planète soit au courant.

La solution proposée par Nicolas Sarkozy est disproportionnée (pour changer), au-delà de cette disproportion, c’est une violation de la vie privée et il est fort possible que ce DPI serve d’arme d’anticipation par la suite, ce qui évite la longue et fastidieuse démarche judiciaire. ACTA voulait le faire, pourquoi pas le président ?

Dans un second temps, voyons les déclarations de Nicolas Sarkozy sous un autre angle : depuis l’œil d’un journaliste.

Par nature, un journaliste se doit de faire des vérifications, de croiser ses sources, d’aller justement sur ce genre de sites afin de savoir ce qui se dit vraiment. Il doit analyser le contenu afin d’obtenir des preuves, nécessaires à la construction d’un article ou d’un reportage.

L’envie de Nicolas Sarkozy rend ces journalistes coupables. Coupables d’avoir fait leur travail, elle menace directement celles et ceux qui travaillent sur des dossiers sensibles ou l’on parle de terrorisme, de groupes intégristes …

Allons encore plus loin, il sera possible de savoir qui fait quoi, quand, où et avec qui. Dans ma vie, ça me dérange déjà, dans la vie d’un journaliste, c’est un risque aussi : celui de ne pas pouvoir couvrir ses sources.

La reprise médiatique du drame de Toulouse est déjà puante, les propos de Nicolas Sarkozy, résumés sous la forme : un drame = une loi, le sont encore plus. Son rôle de Président ne lui donne même pas la légitimité de proposer une telle loi.

Pour terminer, je ne sais pas si c’est moi mais, plus le temps passe, plus j’ai l’impression que l’on bascule véritablement dans un régime totalitaire.

8 thoughts on “Toulouse et Internet : la reprise d’un drame à des fins politiques.”

  1. sans oublier que l’on paye les FAI pour utiliser internet et que c’est eux qui divulguent nos infos aux autorités c’est comme si notre pompiste nous pistait!

  2. Non ça c’est normal, les infos divulguées se bornent à des IPs, après tout la police a le droit d’accéder A POSTERIORI à ces données. Ce qui devient problématique c’est de donner ce droit d’accès aux données personnelles A PRIORI…
    (Ceci dit joli formule, le « pompiste qui piste » ^^)

  3. D’où l’urgence de changer de gouvernement. En choisir un qui prône la défense des libertés individuelles, de la neutralité du net… Bref, le Front National. Je sais que beaucoup pensent (sans le début d’un commencement de départ de preuve) que le FN serait un parti fasciste : il n’en est rien, c’est le seul qui propose des référendums depuis très longtemps (donc la réelle démocratie), par exemple. Faut juste arrêter de regarder TF1, chaîne gouvernementale certifiée, et écouter le premier concerné plutôt que les ragots gauchistes mensongers.

    1. Comment dire… comment dire… bien : je t’invite à revoir les déclarations aberrantes de Madame Le Pen sur le cas de Toulouse, jusqu’a parler du meurtrier qui était arrivé par bateau, alors qu’il est français.

      Second point : côté neutralité, non. Marine Le Pen à défendu vouloir la censure d’Internet, dans une interview consacrée à une association ultra catholique.

      Question neutralité, on repassera donc : http://www.numerama.com/magazine/21992-marine-le-pen-veut-censurer-internet.html

  4. AH AH !
    Citizen pense que le F N défend les libertés individuelles…Rigolo…

    Je regarde pourtant très rarement TF1 et j’aime beaucoup m’informer par moi même…Et quand je le fais sois je remarque que les lepen n’arretent pas de dire tout et son contraire et que partout ou ils ont un mandat ils ne font quasi Rien…

    Après si tu trouves que donner plus de pouvoir à la police et moins aux associations voir même de rendre difficile les femmes d’avoir le contrôle de leur propre corps…Si pour toi ça va dans le sens des libertés individuelles ok !sinon tu devrais prendre un peu de recul avant d’affirmer des choses…

    Tu peux vouloir voter LEPEN parce que tu trouves qu’il y a trop d’arabe en France mais surement pas pour défendre nos libertés…!

  5. « Pour terminer, je ne sais pas si c’est moi mais, plus le temps passe, plus j’ai l’impression que l’on bascule véritablement dans un régime totalitaire. »

    Bien vu, je m’interroge aussi. En tout cas, les bases légales, les outils et les pratiques n’ont qu’un pas à faire pour basculer.

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