Analyse des propos de M. Malek Boutih à propos d’Internet.

Lors de l’audition de M. Pierre Lescure à l’assemblée nationale, ce mercredi 12 juin 2013, le député socialiste Malek Boutih s’est montré favorable à une régulation d’Internet par le CSA. Il a également souhaité que la France « reprenne le contrôle d’Internet ».

Parce que de tels propos doivent être compris de différentes façons, je vous propose un « bref » retour sur le sujet.

Pour commencer, M. Boutih ne croit pas en « la légende des pirates du Net, au geeks qui diffusent gratuitement la culture. »

M. Boutih, si c’est votre droit le plus strict de croire ou non en quelque chose, sachez que ce sont souvent ces « pirates du Net, ces geeks » qui forgent et construisent Internet tel que vous le connaissez.

Nier le rôle de ces personnes revient à considérer qu’ils ne sont d’aucune utilité et en ce sens, M. Boutih est dans l’erreur la plus totale.

Celles et ceux qui ont fait d’Internet ce qu’il est, ce sont bel et bien ces geeks, barbus ou non, qui échangent des informations, apprennent, transmettent le savoir et la connaissance au plus grand nombre possible.

Dans ces personnes, nous pouvons par exemple parler de M. Stallman, je doute fortement que le rôle de M. Stallman puisse-t-être remis en question dans le monde technologique que nous connaissons.

Il faut également remarquer que M. Boutih n’est pas connaisseur des Internets, le mot pirate n’étant sans doute pas le plus adapté ici.

Comme d’autres députés, M. Boutih tombe dans l’amalgame du hacker pirate, sous-entendant que ces choses-là sont mauvaises. Pour le bien de tous et pour être un peu plus crédible, M. Boutih, vous devriez éviter l’amalgame fait par tant de vos collègues des bancs de l’assemblée nationale.

Attardons-nous sur la libre diffusion de la culture si vous le voulez bien.

La culture est universelle, tout le monde devrait pouvoir y accéder, quel que soit son pays d’origine, son âge, son appartenance à un groupe ou à une classe socio professionnelle.

La culture est un bien universel car elle élève les personnes, de nombreuses études soutiennent que l’accès à la culture entraine un effet positif pour sa population. L’illettrisme régresse, la santé également, le niveau général de l’éducation d’autant plus.

Si nous parlons de la culture comme nous parlons d’un bien matériel, c’est une autre paire de manche.

Depuis les moines copistes, ceux qui détiennent le savoir et maintenant l’argent qui va avec ce dernier ne semblent avoir qu’une idée en tête : garder de savoir et le monétiser.

Depuis ce temps, beaucoup cherchent à maintenir l’équilibre des choses : il faut faire de la culture un bien précieux, rare, il faut montrer que l’obtenir n’est pas une chose aisée bref, il faut la verrouiller.

Internet change la donne et permet de remettre la culture à sa place, à savoir celle d’un bien universel.

La question qui se pose maintenant est la suivante : doit-on aider à verrouiller cette culture comme les moines copistes et M. Boutih le souhaitent ?

Ou doit-on croire en la possibilité d’un accès universel ?

La question qui se pose est celle de l’intérêt général face à l’intérêt privé et, dans ce genre de situation, mon choix est déjà fait : si le choix porte entre l’intérêt de tous et un intérêt privé, c’est alors l’intérêt de tous qui primera.

C’est une vision idéaliste, j’en conviens, mais c’est une vision en laquelle je crois. Il semble que M. Boutih et moi ne soyons pas spécialement d’accord sur ce point.

M. Boutih a ensuite déclaré que la reprise du contrôle d’Internet était « une question plus large de souveraineté ».

J’estime que ces propos-là sont dangereux, vraiment. Je m’interroge également sur la définition du mot souveraineté pour M. Boutih. La souveraineté sous-entend le contrôle sans partage.

La souveraineté, c’est un droit exclusif d’exercer une autorité sur quelque chose. Nous parlons donc bel et bien d’exclusivité de contrôle.

Le contrôle d’Internet est donc une question de souveraineté pourrait s’interpréter de la manière suivante : « la France doit avoir un contrôle exclusif et total sur l’Internet. »

Que ça soit clair : exercer un contrôle exclusif et total sur Internet aurait des conséquences, forcément… et une conséquence directe serait la censure.

Si le gouvernement contrôle de façon exclusive et totale Internet, comment lui faire confiance ? Comment être certain que ce que je suis en train de lire est bien ce que le site affiche, et pas un message modifié à la volée ? Comment être certain que, si je n’ai pas accès à un site, ce n’est pas à cause d’une censure dudit site, en France ?

La souveraineté sous-entend ceci ainsi que, bien trop souvent, une absence totale de transparence, ce qui ne changera pas spécialement de ce que nous connaissons déjà.

Si j’ai le pouvoir et que je décide comme bon me semble, pourquoi aurais-je à rendre des comptes à quelqu’un ?

Il est possible préférer le mot « nationalisation » à celui de souveraineté, puisque c’est bel et bien de ça dont il est question.

Nationaliser Internet, une idée qui n’est pas sans rappeler les propos tenus et appuyés (sic!) par le député Myard lorsqu’il demandait à nationaliser Internet.

A nouveau, il faut comprendre ce que nationaliser Internet veut dire : il s’agit de faire un Internet « national », français et de facto, de ne pas faire Internet, mais un produit fermé, verrouillé et bien français.

Les questions précédentes peuvent s’appliquer ici aussi alors pour résumer, nous retiendrons la chose suivante : un Internet « insérez-ici-le-pays-de-votre-choix » n’est pas Internet, puisque l’utilisateur d’un Internet français n’aura peut-être pas la même page qu’un utilisateur d’Internet, un réseau de réseaux.

Des pays font bel et bien un Internet national, le plus connu étant la Chine. Je n’ai pas besoin de vous expliquer que ce que donne la Chine, ce n’est pas Internet. Je ne pense pas non plus avoir besoin de rappeler que la Chine n’est pas connue pour sa défense des droits de l’Homme, ni pour la défense de la liberté d’expression.

M. Boutih déclarera ensuite que « contrôler les tuyaux c’est contrôler les contenus ».

Nous pouvons également nous demander ce que M. le député cherche à dire ici.

Si contrôler les tuyaux c’est contrôler les contenus et donc une partie d’Internet, c’est aussi assumer parfaitement un rôle de filtre, de censeur, dans la gestion de ce contrôle.

De quelles garanties disposons-nous pour être certains que ce contrôle n’engendrera pas une censure ?

Qu’est-ce qui garantit que la censure ne s’étendra pas un jour à des propos tenus, des journalistes, des sites d’opposition, des manifestants qui dérangent ou des dissidents politiques ?

Contrôler ces tuyaux c’est également représenter une menace pour la liberté d’expression. Il suffit de regarder les pays qui contrôlent et font de « l’Internet nationalisé » pour s’en rendre compte.

Regardez du côté de la Chine à nouveau, vous pouvez également observer la Syrie, la Turquie, le Maroc et bien d’autres encore – aidés par le gouvernement français au passage – qui censurent à différents niveaux, à différentes échelles.

Pour terminer, allons plus loin : être souverain d’Internet, c’est chercher à être souverain d’un outil qui n’a pas de frontière, qui est censé être le même partout. Encore que ces points sont discutables car il existe de fortes restrictions selon le pays d’origine de votre adresse IP .

Un état ne peut pas se déclarer souverain d’Internet, c’est un non-sens total.

C’est au moins aussi absurde que de chercher à nationaliser l’air d’un pays, pour reprendre le contrôle de l’oxygène français.

Qu’un gouvernement légifère en national ou à l’international sur Internet, c’est un fait. Même si je suis perplexe à ce sujet, il me semble normal qu’un ou plusieurs gouvernements puissent légiférer sur Internet.

De là à vouloir en être souverain, non.

On peut, pour terminer, se dire que le discours de M. Boutih est très cohérent avec ce que souhaite faire le CSA, en appliquant ce qu’il fait déjà aux autres médias. Seulement voilà, Internet n’est pas qu’un média et il ne se gère pas de la même façon, il n’est pas figé et se transforme chaque jour, il est même capable de s’autoréguler.

M. Boutih cherche peut-être un poste au CSA, qui sait… où alors cette déclaration annonce en filigrane les prochaines orientations du CSA et si c’est le cas, c’est assez inquiétant.

Enfin, M. Boutih, permettez-moi donc de donner un conseil: arrêtez de raconter n’importe quoi, bossez vos sujets et vos interventions avant de sortir des inepties, dangereuses de surcroit.

[MAJ] La reconnaissance faciale de la RATP est une très mauvaise idée…

Mise à jour importante : la RATP vient d’annoncer la chose suivante : « c’est une erreur de notre part, cela n’a pas été validé et ne correspond pas à l’esprit de l’entreprise. On ne travaille pas dans ce sens-là. » (source)

Il faut donc croire que le projet est abandonné, l’article restera tout de même ici, on ne sait jamais. Ce qu’il faut en comprendre, là, c’est qu’ils ont fait une boulette et que la prochaine fois, ils feront ça plus discrètement.


Article original : 

…et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

J’ai appris aujourd’hui, sur Numérama, que la RATP envisageait d’installer un système de reconnaissance faciale dans le métro.

C’est Jujusete qui a trouvé l’information d’ailleurs, reprise ensuite sur Numérama, PcInpact et d’autres.

La raison : « facturer automatiquement les usagers identifiés par les caméras du métro, et repérer les fraudeurs »

Présenté ainsi, le projet semble prometteur :

  • Il permettra de faciliter le paiement, de faciliter le passage aux bornes également et donc de fluidifier les entrées et sorties de métro. Ce projet pourrait permettre également de ne plus avoir besoin de sortir sa carte.
  • Dans un second temps, cela pourrait également permettre de repérer les fraudeurs dans le métro, aubaine, miracle, automatiser le travail des agents RATP qui sont humainement incapables de le faire. Ce n’est pas un reproche mais un constat, le trafic est trop dense pour rendre la chose possible.

Bref, que des avantages comme vous pouvez le constater. Alors pourquoi je trouve que cette idée est mauvaise ?

Bien, parce que l’histoire me donne presque raison. Rien que ça.

Parce que ce n’est pas un argument valable, passons aux explications « un peu » plus détaillées.

Premièrement, l’éternel problème de l’automatisme : l’erreur. Ce système n’échappera pas à une erreur survenue dans la reconnaissance d’une personne, parce que le visage de Pierre est proche de celui de Paul.

Si ce système est implanté, il devra obligatoirement être rapide, ce qui sous-entend deux choses : soit le système à un seuil d’acceptation, soit les données sont traitées après.

Par seuil d’acceptation, on entend une marge d’erreur. Imaginons que pour reconnaitre un visage, il soit nécessaire d’avoir 20 points du visage mais, que pour être sûr et certain du visage, ça soit 40. Si le système doit aller vite sans couter des milliards, il me semble alors probable qu’on ira vers le « moins » de contrôle et donc, vers une plus grande marge d’erreur.

Vient ensuite un autre problème, et pas des moindres : la surveillance.

Je vais vous raconter une histoire, pour bien comprendre la chose. « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

Il était une fois une société qui, pour protéger ses locaux, installa des caméras de surveillance partout. A l’époque, la société déclarait « nous faisons ceci pour votre bien et pour être certains que les portes se ferment bien derrière vous. »

Et pour un temps, c’était bien.

Puis un jour, cette société déclara « nous allons nous servir des caméras pour surveiller les entrées et sorties afin que toute personne étrangère au service ne puisse pas rentrer dans les locaux. »

Et pour un temps, c’était bien.

Puis un jour, cette société utilisa les caméras installées pour sanctionner une personne, en retard de 14 minutes sur son horaire initial.

Et les gens se disaient « bien ce système, c’est égalitaire, tout le monde au même régime. »

Un autre jour, la société a utilisé les caméras afin de surveiller une personne « à risques », des rumeurs laissaient entendre que cette personne était surveillée par la police, alors la société a préféré la surveiller, chaque geste étant enregistré.

Et là, les gens ont commencé à se dire « ce n’est pas normal, quelque chose me dérange. »

Puis un jour, la société a utilisé les caméras pour détecter chaque action étrange, chaque parole qui dérange, chaque geste contre la société, chaque tentative d’avoir une vie privée, a filmé chaque rédaction de mail, de sms, a détecté chaque possible enfreinte au règlement avant qu’elle n’arrive.

Et là, les gens se sont révoltés, mais il était bien trop tard pour se révolter, le système était déjà en place.

Le patron de la société a répondu : « dans ce monde, il y a un ordre et cet ordre est fait pour rester en place et perdurer et quiconque s’oppose à cet ordre est condamné à l’échec. »

Bien sûr, beaucoup vont se dire (comme d’habitude) que j’abuse, que je vais sans doute trop loin mais pourtant, la RATP n’en est pas à son premier coup dans l’utilisation détournée d’un outil de chez eux, je vous invite à vous renseigner sur les pass navigos et carte imaginai’r, qui sont des espions de la RATP dans votre poche.

Initialement, les trajets de ces cartes devaient servir à des fins statistiques et uniquement statistiques, ces cartes servent maintenant d’espion pour la RATP (à ce titre, vous pouvez lire ceci, ceci[PDF] ou bien cela) qui sait exactement ce que vous faites. Je n’ai pas de sources pour appuyer la suite du propos, mais m’est d’avis que les forces de l’ordre doivent pouvoir obtenir tout une partie de ces enregistrements.

Cet outil sera, et j’en suis convaincu, détourné de son but premier et servira à filmer tout le monde, ce qui, pour moi, est une atteinte à aux libertés publiques dont nous bénéficions encore.

Il sera possible de savoir où vous êtes, avec qui, ce que vous dites ou écrivez puisqu’il sera sans doute possible de filmer vos écrans, là où vous êtes entrés, là où vous êtes sortis, si vous avez oublié quelque chose dans tel métro, telle rame, à telle heure.

Cela ne vous dérange pas ?

Vous-vous dites peut-être que c’est pour le bien ? C’est fait pour.

Depuis déjà trop longtemps, on invoque une noble cause pour justifier l’injustifiable. On invoque la pédopornographie pour faire fermer des hébergeurs, on invoque la protection pour légitimer les drones…

On invoque la sécurité pour l’amendement numéro 2 de la constitution des états unis d’Amérique … et je vous laisse comprendre la suite.

Alors non, ce projet de reconnaissance faciale n’est pas une bonne idée et c’est à nous, à vous, de le faire savoir.

[EDIT] : Pour des raisons inconnues, les documents dont nous disposions se sont évaporés alors, parce que nous n’aimons pas trop voir des documents s’envoler, voici le document [PDF] qui parle du projet.

[EDIT N°2] : Manhack nous informe, via un tweet, que ce projet n’est pas validé et qu’aucun déploiement est prévu. Je préfère tout de même conserver ces informations là, m’est d’avis que tout ceci arrivera.

Billet du soir, désespoir.

Je ne sais pas si sortir ce billet est une bonne idée, nous verrons bien.

Ce matin, j’ai lu que plus de 70% des français ne voyaient pas de problème à la vidéo-surveillance effectuée par des sociétés privées.

J’ai aussi lu, entendu, vu que la majorité des gens se moquaient de leur vie privée, de cette vidéo-surveillance, de leurs données personnelles, du fait qu’Internet soit de plus en plus repris et verrouillé par des géants de la vie physique. Ils ont mis du temps mais il faut admettre qu’ils ont des milliards de fois plus de puissance que 5 gus dans un garage. Ils ont du temps et de l’argent à donner en échange d’une décision qui va dans leur sens.

C’est ce qu’on appelle un petit service entre amis, également connu sous le nom de corruption ou pression, infiltrée dans les différentes strates des différents pouvoirs en place. Ici et ailleurs, en France, dans l’union européenne ou dans d’autres pays, on fait pression pour façonner Internet de la « bonne façon ».

Cette façon, qu’on se le dise, ce n’est pas celle que vous attendez. Ou alors vous vous en moquez complètement, ce qui n’est pas impossible. Reprenons si le voulez bien.

Celle qui vous attend, c’est un Internet verrouillé, fermé de partout. Un Internet où vous aurez le droit de parler si vous payez et si tout ce que vous dites n’entre pas en conflit avec une marque ou une société privée. C’est un espace qui ne ressemblera en rien à celui que vous connaissez, ça sera une vitrine commerciale pour se faire encore plus d’argent.

Cet Internet ça sera un espace où le DPI sera l’outil de référence, la Neutralité du net une connerie de ces anarchistes qui n’ont décidément rien compris au monde. Laissons place au flicage de chacun de vos paquets, de chaque échange de données numériques, place à l’écoute de toute la population par des sociétés privées, juste au cas où…

Ça ne sera pas une voie ouverte à tout ceci, mais un boulevard qui sera offert sans aucune résistance car… car tout le monde s’en tape. Ces sociétés seront capables de faire ce qu’elles veulent jusqu’à votre ordinateur et ceci sans votre consentement.

Vous avez le droit de ne pas croire à tout ceci, c’est trop gros pour être vrai, n’est-ce pas. C’est pourtant la triste réalité, que vous l’acceptiez ou non.

Ici, deux choses sont importantes à souligner. La première, c’est que je parle de vous, pas de moi ou des gens qui cherchent à comprendre, nous aurons trouvé un autre espace pour pouvoir nous exprimer sans avoir une armée d’espions collés sur nos connexions.

Nous savons créer des fournisseurs d’accès à Internet, nous savons parler en privé « privé », c’est-à-dire sans que des intermédiaires viennent mettre le nez dans un échange entre deux personnes. Nous aurons réussi à trouver des alternatives et, comme d’habitude, nous aurons toujours un temps d’avance face à des sociétés et des gouvernements qui ne comprennent pas un monde qui leur échappe totalement.

Est-ce prétentieux ? Si ça semble l’être, ce n’est absolument pas le cas. Non, c’est une réalité. Celles et ceux qui cherchent à comprendre comment ça fonctionne auront toujours une longueur d’avance et s’adapteront.

Donc, deux choses. La première c’est accepter ça. Après tout, pourquoi aider des personnes qui s’en moquent ? Pourquoi puisque nous n’allons pas avoir de problèmes, nous ?

Il est vrai que beaucoup (trop) de personnes se moquent de tout ceci. Ces derniers ne se sentent pas concernés car ils n’ont pas conscience de tout ce qui arrive, trop occupés par la vie quotidienne, déjà assez compliquée à gérer. Je peux comprendre, nous sommes tous ainsi avec nos problèmes et nous arrivons tous au même constat : les problèmes ne sont pas résolus même en essayant très très fort.

Une partie de ces personnes est désabusée, blasée, elle n’attend plus rien. L’autre partie se moque en bloc de tout ceci, préférant écouter ailleurs et parler de gens malades, de « truc de geek-qui-ne-parlent-qu’ à-des-ordinateurs ».

Donc, la liberté d’expression et la vie privée sont des trucs de geeks, je crois que j’ai dû rater quelque chose.

Ce soir, j’ai envie de tout claquer, de me dire « laisse tomber, les gens s’en tapent, les politiques tiennent un double discours et c’est l’argent qui dirige le monde et non la politique. Ça ne sert à rien du tout, arrête d’être naïf et crédule ».

Et puis là, je repense à une phrase que l’on m’a répondu, un jour : « à la fin, on gagne. Ça prendra du temps, beaucoup de temps, mais à la fin, on gagnera ».

Si des personnes passent des heures, des jours et parfois encore plus à décortiquer des lignes de codes, à analyser des textes de lois et à aller parler partout pour expliquer ce qu’il se passe, ce n’est pas pour eux : c’est pour l’intérêt collectif.

Je ne peux pas vous forcer à être d’accord avec moi, je ne peux pas non plus vous forcer à m’écouter. Je ne peux que vous présenter un petit état des lieux un peu alarmiste et très très édulcoré, histoire qu’il ne soit pas trop acide.

Seulement, si ces gens effectuent un travail colossal, cela ne représente pas la totalité du travail à effectuer. Ils font 50% du travail. Pour le reste, c’est à vous de faire l’effort et sans cela, vous vous condamnez vous-même à manger mon bilan alarmiste en plein dans les dents.

Les choses peuvent changer, la vraie question c’est : est-ce que vous avez vraiment envie que ces choses changent ?

Si oui, alors agissez. Sensibilisez votre entourage, renseignez-vous, diffusez de l’information. La plus petite action est déjà une action importante. Reprenez ce billet de blog, partagez-le, copiez-le, envoyez-le par mail… bref, vous pouvez faire quelque chose…

…encore faut-il le vouloir, et là, j’ai de plus en plus un énorme doute.

Intercepter des données sur de la fibre optique, c’est possible.

Le mois dernier, nous parlions ici même de certaines façons de fonctionnement de la fibre optique. Il était question de différentes technologies, de différents fonctionnements et j’avais promis un second billet sur un problème de sécurité qui existe sur la fibre optique.

L’attente est donc terminée, j’ai un peu de temps pour écrire. Promis, j’ai encore plein de choses à dire, mais les journées ne font que 24 heures et c’est bien dommage. Bref.

Tout d’abord, il faut préciser ce que je vais définir par interception. Interception ici définit le fait de récupérer des données, nous allons nous pencher sur l’interception « à l’arrache », non déclarée, illégale pour être plus clair.

L’interception légale ne sera donc pas abordée, des méthodes existent déjà, un cadre légal strict existe également. De plus, cette interception légale ne fait généralement pas de la façon présentée dans le billet.

Néanmoins, il faut savoir qu’il n’existait pas de système d’interception de données sur de la fibre avant.

Bref, passons aux explications. Tout commence en novembre 2012 lorsque Senetas, une entreprise australienne, annonce qu’elle a trouvé le moyen de lire et de copier des données transportées par de la fibre optique [PDF en anglais], le tout sans se faire repérer.

Je n’ai pas testé l’appareil mais il semble être assez petit, ressemble à une sorte de pince et, plus grave, et complètement indétectable par votre opérateur. En effet, Senetas annonce que la communication n’est pas interrompue et que la fibre n’est pas « coupée », partant de ce constat et des explications du précédent billet, vous comprenez pourquoi il n’est pas possible de détecter ce type d’interception.

Le risque ?

Il me semble assez évident : l’utilisation de cet outil dans des écoutes non déclarées, une mauvaise utilisation de cet outil ou encore un pirate en herbe qui essaye de jouer aux espions sont autant de risques possible liés à cet outil.

Faut-il devenir parano pour autant ?

La réponse dépend de votre définition de « vie privée » et sécurité. Ces deux choses sont parfois radicalement différentes selon les personnes cependant, il faut relativiser la découverte.

Premièrement, l’outil n’est pas utilisable partout, il doit se connecter à un point de branchement de fibre, que ce point soit sur le réseau ou dans l’entrée de votre bâtiment. Cela sous-entend qu’il faut d’abord avoir accès aux infrastructures qui accueillent la fibre. Ce n’est pas simple mais ce n’est pas non plus mission impossible.

Après, l’outil, il faut se le procurer. C’est une étape obligatoire et il faudra débourser une somme non négligeable qui va calmer pas mal de pirates en herbe. J’espère aussi que la société fait attention à ce qu’elle vend et encore plus à qui souhaite acheter.

Pour terminer, Senetas propose un outil de chiffrement pour éviter l’interception de ces données. D’autres solutions existent d’ailleurs, celles qui permettent de chiffrer vos communications, ou de passer vos données dans un tunnel qui, pour résumer, va chiffrer vos données.

Encore faut-il être curieux et savoir que des solutions de chiffrement existent afin d’éviter, qu’un jour, un éventuel pirate récupère vos données en venant se brancher sur votre fibre…

Skype remplace Messenger. Il est temps de désinstaller Skype.

Ou de ne pas l’installer tout court. C’est officiel, Skype sera bientôt proposé forcé en lieu et place de l’ex logiciel de communication MSN Messenger, renommé Windows Live Messenger depuis quelques temps déjà.

Je ne vais pas m’éterniser sur les raisons qui font que je vous recommande de ne pas utiliser Skype tant elles sont nombreuses. Entre la géolocalisation d’une adresse IP, le fait qu’il soit propriétaire et que son code source soit fermé et qu’il existe donc de fausses versions de Skype sans communauté pour vérifier le code, que l’outil soit assez dangereux pour mettre en danger la vie d’opposants (le site est de confiance, promis) à un régime comme celui en Syrie , le fait que Skype soit un nid à failles de sécurité … bref, je vous invite à lire car le billet ne va pas parler de cette « chose » qu’est Skype, mais des alternatives qui libres qui existent.

De façon générale, il est possible d’utiliser un logiciel fonctionnant avec XMPP, comme Google Talk par exemple.

La configuration d’un compte est à votre guise, j’évite Google personnellement car côté privée, j’ai quelques doutes. Je ne vais pas parler de ce qu’on peut configurer dessus, simplement expliquer que beaucoup de systèmes de communications gèrent le XMPP (Google, Facebook et même Skype en partie), passons à la partie logiciels :

Je n’en présente qu’une infime partie :

Pidgin : c’est un client de messagerie instantanée multi-protocoles, vous pourrez y paramétrer, entre autres AIM (AOL Instant Messenger, Facebook pour sa messagerie, Google Talk, IRC, un service de communication basé sur XMPP comme Jabber et bien d’autres. Le site officiel donne la liste complète.

Ce logiciel est libre, s’installe sans soucis sous Windows ou GNU/Linux, gère la vidéo et la VOIP (la voix à travers l’IP) et, avec des plugins supplémentaires comme OTR par exemple, il permet le chiffrement de vos communications.

Jitsi est un client qui fonctionne un peu de la même façon que Skype, en SIP. Il gère différents services de messagerie instantanée ainsi que de la téléphonie par IP et est multi-plateforme également.

Mumble est un logiciel libre de voix sur IP, il peut remplacer vos conversations sur des salons et ne permet pas, à la différence de Skype, de passer un appel direct à une personne ou un numéro. Le logiciel est également multi-plateformes.

Linphone, pour finir, est un logiciel similaire à Skype, libre et open source et multi-plateforme, je précise qu’il existe également sous Android et iOS. Il gère la voix, la vidéo et est gratuit. Il suffira juste de créer un compte SIP ou d’en paramétrer un déjà existant. Si vous n’en avez pas, il est possible d’en créer un depuis le site officiel.

La liste est tellement longue et les envies et usages de chacun tellement variés que je vous invite à faire vos recherches et vos choix pour trouver le logiciel XMPP qui vous plaira .

Vous pouvez également vous rendre sur le merveilleux site de Framasoft. Vous trouverez alors des rubriques détaillées sur chaque usages et par la suite, une série de logiciels libres.

Il est temps de tester l’alternative. L’avantage ici est que ces logiciels sont libres et que le code de ces logiciels est ouvert. Une communauté existe et elle observe le code des applications, ce qui garantit une bonne sécurité, des mises à jour en cas de problèmes et surtout, une absence de mauvaises surprises pour votre vie privée.

On teh Internets, nobody knows you’re a dog.

Ce billet fait suite à un début de coup de gueule sur Twitter.

Pour replacer les choses dans leur contexte, tout est parti d’un énorme coup de gueule d’un ensemble de personnes contre le magazine Joystick, spécialisé dans les jeux vidéo. Il était question de Lara Croft, personnage de la mythique saga Tomb Raider, elle incarne une aventurière archéologue qui lutte contre les méchants, dans différents pays du monde, dans la jungle comme au sein d’un tombeau viking au Groenland.

Joystick présente Lara Croft comme un morceau de viande, utilise un ensemble de mots qui se rapprochent de près ou de loin au viol et à la violence sexuelle, non consentie.

S’en suit un autre départ sur le fait de rire ou non à des blagues sur les femmes, ce qui me semble réducteur car on stigmatise une partie de la population, même si on peut rire de tout, on ne peut pas le faire n’importe comment.
Le rapport avec le titre dans tout ça ? Le débat que ça a déclenché. Un mélange de paroles toutes aussi stupides que les propos tenus par Joystick et… je dois avouer que ça m’a gonflé, donc j’en parle.

Le débat tournait autour d’un « voilà pourquoi il faut des féministes, les mecs réfléchissent avec leur queue, il faut leur faire comprendre qu’ils sont débiles. », de mémoire, il y avait aussi un « les mecs devraient défendre les filles plutôt que de baver devant le cul de Croft ».

En lisant ces propos (et d’autres), la seule chose qui m’est venue à l’idée, c’est que ces féministes-là sont aussi stupides que les certains hommes machos qui bossent chez Joystick.

Nous sommes dans la vie numérique, elle est réelle mais elle est ce que l’on veut : sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien.

Je m’explique : dans la vie physique, nous sommes liés à un ensemble de paramètres que l’on ne maîtrise pas : voix, âge, sexe et bien d’autres points sont autant de facteurs qui déterminent, pour beaucoup, la façon de parler à quelqu’un.

Ainsi, une femme pourra peut-être plus facilement parler à un homme qu’elle trouve mignon et un homme à une femme, juste parce qu’elle a des boobs. Fort heureusement, nous ne sommes pas tout d’accord pour rentrer dans ce modèle qui ressemble plus à de l’attirance sexuelle qu’autre chose.

La vie numérique est différente, le cyberspace permet de se passer de ces contraintes : vous êtes un(e) internaute. Vous n’êtes ni un homme, ni une femme, ni même un chien, vous êtes ce que vous décidez d’être.

On va sans doute me traiter de misogyne avec ce qui suit. Faites-vous plaisir, vous rentrez pile dans le moule de la société, félicitations. Je suis antiféministe, pas misogyne. Je suis également anti-« la même chose pour les mecs ». Seul l’Humain compte. Ou l’octet, au choix.

Si vous vous faites draguer, ennuyer, que vous tombez sur un(e) lourd(e) qui vient vous parler en query, en DM et j’en passe, la seule personne fautive, c’est vous.

Un homme ou une femme n’existe que parce que vous décidez que cela doit exister, que parce que vous décidez, consciemment ou non, de vous identifier à l’un ou l’autre. Selon vos propos et la conjugaison, il devient facile de savoir si vous êtes un homme ou une femme : « je suis fatigué », « je suis sportive » … ces mots permettent aux autres de savoir si vous êtes un homme ou une femme.

Il y a également les gens qui se plaignent du sexe opposé mais qui annoncent le leur (ex : je suis une femme qui code. Réponse : non, les codeurs codent, les filles ne codent pas, les garçons non plus d’ailleurs.). Si quelqu’un vient vous gonfler suite à cette annonce, c’est presque normal. Presque parce que on devrait être libre de dire ce que l’on veut, que l’on est un homme ou une femme sans que personne ne vienne vous faire chier directement après, mais bon, le monde parfait n’est pas encore pour demain, la société fonctionne quasi uniquement aux apparences.

Vous êtes un ensemble d’informations, un ou plusieurs pseudonymes, un éventuel avatar, une éventuelle adresse. Dès lors que vous annoncez que vous êtes une femme ou un homme, vous n’êtes plus neutre, vous apportez un bout de vie physique et de codes dans la vie numérique et fatalement, les mêmes schémas se reproduisent alors.

Il existe des sites dédiés ou le but est que des internautes annoncent de point afin de se rencontrer dans la vie physique, uniquement dans ce but : meetic. Internet n’est pas meetic (et c’est tant mieux).
Je serais presque tenté(e) de faire un lien avec les blancs et les noirs, comme on en parlait il y a une éternité. C’est exactement la même chose.

Lorsque j’étais plus jeune, je regardais un dessin animé qui parlait d’une souris super intelligente. Elle était capable de tout un tas de choses et elle travaillait souvent mieux que les Hommes. Seule obligation, elle travaillait toujours lorsque les autres n’étaient pas là. Tout le monde était content de la qualité de son travail dans le dessin animé.

Est-ce que ça aurait été pareil en sachant dès le départ que c’était une petite souris ? Non, je ne pense pas. C’est (malheureusement) pareil pour une majorité de la population, dès qu’on sait que vous êtes un homme ou une femme, la société part du principe qu’il ne faudra pas parler des mêmes sujets, de la même manière. Selon cette société, certaines choses ne se font pas de la même manière selon que l’on soit un homme ou une femme.

Bullshit. Internet vous donne la possibilité de vous affranchir de ces contraintes.

Ce n’est pas Internet qui fait que vous êtes un homme ou une femme, Internet ne décide pas, Internet est con. C’est vous qui transposez la façon dont vous fonctionnez sur Internet. Laissez la vie physique là où elle est, et celle numérique en paix.

Focalisez sur les idées, sans toujours chercher à savoir si vous vous adressez à un homme ou à une femme. Rien que pour ça, Internet est un outil démocratique, il permet l’égal à égal entre une femme, un homme, un chien et même un poulpe.

Je ne dis pas ça pour affirmer mon côté homme, hein. D’ailleurs, ce texte ne prouve en rien que j’en suis un, ni que je suis une femme d’ailleurs.