« L’effet Dieudo » version Filippetti ?



J’ai appris aujourd’hui que la ministre de l’inculture la Culture, Aurélie Filippetti, souhaitait faire supprimer d’Internet toutes les « attaques contre la dignité humaine ». Dans une interview accordée à BFMTV, la ministre explique qu’elle souhaite engager un combat contre toute atteinte à ladite dignité.

De là à parler de censure, il n’y a qu’un pas… mais je ne vais pas le franchir, pour l’instant.

En revanche, Madame Filippetti est en train d’ouvrir une boite de pandore que je n’aime pas spécialement : celle de la définition de la dignité humaine. Pas celle définie dans le cadre strict de la loi, la respecter serait bien trop simple, mais plutôt celle que Madame Filippetti pourrait donner à ces mots.

Pour certains, la pornographie est une atteinte à cette dignité, pour d’autres non. Pour d’autres, des vidéos de syriens exécutés sont des éléments de dénonciation des meurtres perpétrés en Syrie et, si elles représentent en effet des atteintes à la dignité humaine, les faire retirer c’est taire le massacre ou la voix de celles et ceux qui font la mémoire de ces évènements.

L’effet secondaire que j’entrevois dans certains cas est quasi le même qu’un effet Streisand : on fait retirer une vidéo, des propos ou des images et boum, elle se retrouve partout, amplifiant le contenu du message, qui terminera sur plus d’écrans avec ce blocage que sans. A titre d’exemple, faire retirer du contenu pédophile d’Internet n’a jamais, je pense, fait disparaitre des pédophiles. Ils sont juste cachés sur un autre Internet, plus sombre, plus profond, coincés entre des activistes qui luttent pour la liberté d’expression, d’autres qui luttent pour exfiltrer des informations sans se faire tuer… et des vendeurs d’armes.

J’en viens donc à penser que lancer ce combat contre ces contenus est dangereux car il ne fait que masquer le problème et ne le supprime pas. Il faut dire qu’en matière d’Internet, nos « élites » n’ont toujours pas compris que ce n’était pas en faisant disparaitre des photos pédophiles qu’on protégeait les enfants, donc je ne suis qu’à moitié étonné.

Je ne suis pas non plus d’accord avec les propos de la ministre pour une raison assez simple : les cons, ceux qui racontent n’importe quoi et se permettent de remettre en cause des évènements dramatiques de l’histoire de l’Homme, il faut les laisser parler. Il faut les laisser parler pour comprendre qu’ils sont dangereux et pour s’en souvenir, et pas les bloquer à un endroit… ils auront toujours moyen de s’exprimer ailleurs.

« Le combat est long, il est compliqué, mais il doit avoir lieu » – Aurélie Filippetti

Cette phrase de la ministre me laisse perplexe quant à la suite des évènements. A croire que la fameuse règle « un évènement, une loi » du gouvernement Sarkozy fait des adeptes. Si le combat a lieu, qu’est-ce qui sera retiré ? Les hébergeurs de contenus vont-ils devoir faire de la prévention pour bloquer la mise en ligne de ces contenus ? Est-ce que ça sera du retrait de contenu ou de la censure « à priori » ?

Enfin, quels sont les éléments qui nous certifient que ce combat ne va pas s’étendre à d’autres choses ? Si ce sont les déclarations d’une ministre au moins autant capable de comprendre Internet que moi d’enfanter – oui, à un moment, il faut dire ce qui est -, je ne suis pas spécialement rassuré.

« Il faut continuer avec la même détermination », déclarera Aurélie Filippetti à Apoline de Malherbe, la journaliste de BFM, à propos des projets et actions engagées par le gouvernement pour reprendre la main sur Internet. Je vous laisse méditer sur cette déclaration

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