Le petit guide officieux de l’officiel futur dissident Français. Étape 1.



Trois phases, pas mal de lien, mélangez le tout et vous obtenez un petit billet, décomposé en trois billets. J’espère qu’il seront instructifs.

Première phrase : la constatation. 

Depuis déjà bien longtemps, beaucoup de monde se bat sur Internet. D’un côté, nous avons ceux que j’appellerai les « anti-Internet » : Majors, Ayant-droit, fournisseurs de solutions « de protection » (comprenez solutions d’espionnage à l’échelle d’une nation). Ils portent plein de noms : Universal, la SACEM, la SACD… eux, je vais les laisser jouer dans leur bac à sable ce soir. Ils sont chiants, c’est un fait, mais il va falloir se prémunir contre plus gros si les choses évoluent comme elles sont en train d’évoluer.

Je veux parler d’autres noms, d’un autre contexte, d’autres sociétés : Bull, Amesys (officiellement une filiale de Bull, mais partant du principe que quasi tous les anciens d’Amesys sont maintenant au comité de direction de Bull….) et Qosmos. Vous avez sans doute déjà entendu ces noms, ou peut-être pas. Derrière ces noms se cache une chose pas très jolie jolie : le savoir faire Français.

La France n’est pas que bonne dans la cuisine, elle l’est également dans la fourniture de systèmes d’espionnage à d’autres pays (entre autres, la Libye, le Qatar, le Mexique …), mais ça, elle ne s’en vante pas trop. Juste pour appuyer mes dires sur des faits : le système de DPI installé en Libye est l’œuvre d’Amesys. La tête d’Amesys prétexte que le DPI installé ne devait surveiller qu’une « fraction de connexions », pour traquer des terroristes et des pédophiles… La réalité est différente.

On pourrait se dire que ce n’est pas en France, que ceci ne nous concerne pas (c’est une connerie, mais je suis certain que beaucoup le pensent) et que, partant de ce principe, il n’y à aucune raison de s’inquiéter. C’est une erreur.

Une erreur parce qu’il faut bien se dire une chose : ceci n’est qu’une question de temps. Plus le temps passe, plus le sujet du DPI revient sur les bancs de l’Assemblée Nationale, dans les textes, dans les vœux pour le noël des Ayant-droits. Une simple question de temps avant que le DPI s’installe en France, rajoutons à cela le « savoir faire Français » où si vous préférez, le simple fait que ces entreprises soient Françaises facilitera le déploiement des choses.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que « je m’en moque, ça ne me concerne pas », c’est comme « je suis d’accord pour que absolument TOUT ce que je fais sur Internet soit filtré, contrôlé, censuré, bloqué … » (rayez la mention inutile). Tryo le résume merveilleusement bien pour la politique : « les extrêmes, c’est toi, quand tu ne votes pas. »

Le gouvernement se veut rassurant et explique donc la chose suivante, en parlant des solutions d’espionnage de sécurité : c’est pour votre bien, c’est pour vous protéger des méchants vilains des Internets.

Ce dernier utilise d’ailleurs une technique de communication super efficace sur la masse (malgré le fait qu’elle soit vieille comme Windows 3.1, peut-être même plus) : le « tout-blanc-tout-noir ». Démonstration avec une publicité dont vous avez tous entendu parler :

– « T’es malade ? »
– « Oui. »
– « Tu prends des antibiotiques ? »
– « Non. »
– « Donc t’es pas malade. »
– « Si. »
– « Donc, tu prends des antibiotiques. »

Vous voyez la logique complètement débile (d’ailleurs, la campagne d’information le disait : « Les antibiotiques, c’est pas automatique ») ?

Bien, maintenant, second exemple :

– « T’es contre LOPPSI, contre ACTA et contre SOPA ? »
– « Oui. »
– « Donc tu es pour le pillage d’œuvres, pour la pédophilie, pour la mort des artistes » (notez que ces choses sont presque mises sur le même pied d’égalité dans les contre mesures demandées…).
– « Non. »
– « Donc, tu es pour LOPPSI, ACTA, SOPA & Co. »
– « Non. »

Vous imaginez déjà la suite : un dialogue de sourds entre deux personnes qui ne parlent pas la même langue. C’est exactement ce qui est en train de se produire en ce moment avec le(s) gouvernement(s). Je défend comme beaucoup d’autres la Neutralité du Net, la liberté d’expression, je suis contre LOPPSI, HADOPI, Les-lois-en-i, SOPA & Co et, pour cela, le côté opposé nous classe dans les « pédophiles mangeurs d’artistes et violeurs de petit chats ».

La vérité c’est que ce qui est en train d’arriver, c’est (et le mot est faible) purement et simplement la fin de votre vie privée sur Internet (et même tout cours en fait, souhaitons la bienvenue à la réforme des compteurs EDF, à l’arrivée de la carte d’Identité numérique qui n’est rien de plus qu’un méchant mouchard (pour l’instant facultatif… pour l’instant).

Il ne faut pas tant s’effrayer du fait que le gouvernement vous espionnera que du fait qu’il sera capable de savoir exactement ce que vous faites, à quelle heure, quel jour, avec qui, pourquoi … Il sera également capable de savoir que vous avez parlé avec Pierre, tel jour à telle heure. C’est de la simple possibilité qu’il faut prendre conscience.

Imaginez l’espace d’un seul instant le champ de possibilités que cela permet, imaginez un seul instant l’impact sur les mentalités ?
Ce point est très important. Le fait que le gouvernement puisse voir tout ceci, c’est un peu comme s’il vous disait en permanence « Je te vois, je sais ce que tu fais, fais attention mon petit. »

Viendra ensuite la répression, Pierre aura dit à Paul qu’il a envie de tuer Alice (comme vous pouvez dire j’ai envie de tuer mon patron) et se fera arrêter par anticipation car Big Brother aura tout entendu grâce à l’écoute des communications et aura tout vu grâce au système de vidéo-surveilance protection doucement mis en place un peu partout.

C’est donc ça dont vous voulez ? Un système « propre », épuré de tout ? Si on persiste dans ce schéma, pourquoi ne pas surveiller les interactions entre humains afin d’éviter la violence ? Pas d’Amour, on ne sait jamais, c’est parfois dangereux. Pas d’art car cela entraîne des appréciations personnelles pouvant entraîner conflit. (Oui, ce dernier paragraphe est une extrapolation jusqu’à l’absurde de tout ceci, vous devriez regarder Equilibrium au passage).

Pour ma part, j’ai un principe :

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin

Et vous, vous-êtes l’autre côté ?

La suite au prochain billet…

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3 commentaires to “Le petit guide officieux de l’officiel futur dissident Français. Étape 1.”

  1. avatar

    Bonjour Numendil, suite à ton billet je vais me permettre un commentaire.

    Je ne reprendrais pas l’ensemble de l’article car je suis d’accord avec l’ensemble, même si je trouve que tu passe un peu trop vite sur certains points (il faudrait faire un livre je sais).

    Par contre je vais m’autoriser de développer la partie sur ce qu’il va se passer au cas où nous nous ferions enc*ler profond :

    Commençons par un « si » vu qu’il reste un maigre espoir :

    Si des textes de lois comme ACTA et SOPA arrivent à terme dans nos belles démocraties c’est une immense boite de pandore qui va s’ouvrir, avec HADOPI et LOPPSI ont avait déjà fait sauter le cadenas, je vous promets qu’a côté de ce qui nous attend c’est de la rigolade.

    A que le terrain est préparé depuis longtemps, il y a un aspect culturel à tout cela il faut dire, en démocratie le plus grand danger, instauré par nos pères fondateurs, c’est la prise de pouvoir, le putsch, le coup d’état.

    Notre histoire regorge de films et de livres qui traitent du sujet d’un vaste complot ourdi contre le peuple, qui mettent en relief une démocratie qui n’en est pas une et une caste de grands méchants qui veulent sa peau. De très nombreux films et séries d’origine américaine (mais pas tous) mettent en scène des agents secrets qui sauvent la démocratie à grand renfort d’explosions, des centaines de livre, roman, nouvelle traitent du sujet, toujours un groupe qui veut le pouvoir etc.

    Oui mais voilà, à trop lire ça on en viendrait presque à croire que tout ceci n’est qu’un film de plus, qu’on n’en veut pas à nos libertés, que c’est pour notre bien ou juste pour faire de l’argent et tant mieux s’ils font de l’argents non ? On est capitaliste et on à le droit de faire du pognon, c’est une liberté ça non ?

    Certes, mais non, ce n’est pas un film, ce n’est pas une fiction et si de plus en plus de monde s’élèvent contre les dérives de nos élus corrompus c’est que ça sent mauvais. Je t’explique lecteur :

    Vidéosurveillance, vidéo-verbalisation, carte d’identité biométrique, DPI, écoute téléphonique hors de tout contrôle, immunité parlementaire, immunité présidentielle, fiche de renseignement des manifestants, fichiers numérique des étudiants, des chômeurs, des étrangers.
    Vous me direz ce que vous voudrez, pour moi un état où les dirigeants peuvent surveiller leurs populations tout en étant protégés de la justice j’appel pas ça une démocratie mais une oligarchie…

    Mais il y a encore pire et c’est bien là le problème.

    Surveiller, oui mais pourquoi faire ?
    Bah oui c’est bien beau de surveiller mais ça sert à quoi ?

    Et bien dans un premier temps ça sert à faire du pognon, beaucoup de pognon, on surveille vos communication pour définir vos gouts et vous proposer les bonnes offres, histoires que vous soyez bien gorgés de publicités ciblé quoi, que croyez vous que fait Google ?
    On surveille plus facilement les tendances, on estime votre pouvoir d’achat, on définie le prix de vente d’un produit en dehors de tout critère de prix de production.
    Vous voyez, au début c’est soft.

    Mais ça sert aussi (HADOPI par exemple) à être sur que vous utilisiez bien les bon canaux de consommation, histoire d’être sur de faire du fric.

    Bon il y a l’aspect marchand, déjà bien dégueulasse en soit, cependant il y a aussi l’aspect conservation du système.

    Bah oui, pour être sur de faire du fric sur du long terme il vaut mieux s’assurer que tout vas continuer comme ça.
    Exit donc tout ce qui pourrait gripper le système, licence libre, P2P, cryptage (il est interdit de crypter au delà du RSA128 en France…), réseaux mesh, pour ne citer que ces petits grains de sables.
    C’est aussi l’objectif de toutes ces lois liberticides, être sur de bien vous contrôler pour mieux vous vendre des choses au prix fort, c’est toujours sympa le capitalisme ?

    Mais il y a aussi quelque chose d’encore plus sournois : le lavage de cerveau de masse…
    Non ne rigolez pas, je ne déraille pas encore, laissez moi vous expliquer.
    Je n’ai plus la TV depuis au moins 8 ans et croyez moi quand j’en vois une je reste bloqué devant l’écran et … je ne pense plus.
    C’est flippant.
    Alors (vu que j’ai quand même accès à des télévisions) j’ai regardé la TV, zappant de chaine en chaine, essayant de sortir des trucs intéressants de tout de foutoir, et bien croyez moi ou non, mais je n’ai rien trouvé.
    En quelques instants, sur le net, j’ai accès à des informations pertinentes, du savoir intéressant alors qu’en une heure de TV je n’ai… rien appris.
    Désolant et encore plus flippant.
    faites le test, débranchez la TV pendant un mois et vadrouillez sur internet, faites les curieux pour voir, je suis prêt à parier que vous ne rebrancherez pas la TV de sitôt. 😉

    Outre ce constat simple, c’est aussi le signe qu’on vous noie sous une masse d’information qui ne vous apporte rien, ça occupe votre temps de cerveaux comme dirait TF1.
    Et puis en plus c’est super pratique pour vous enfoncer dans le crâne des codes sociaux artificiels ou des émotions que vous n’auriez pas eu en temps normal.
    Vous trouvez logique que vous aillez peur du groupe de jeune dans la rue alors que globalement la violence baisse depuis des années et que nos élus sont obligés de maquiller leur chiffres un coup dans un sens, un coup dans l’autre pour justifier des campagnes sécuritaires sans queue ni tête ?

    Perso je n’ai pas ce problème, quand on me parle d’insécurité je ne comprends pas, je n’ai pas eu droit au TF1 avec madame michu qui s’est fait voler son auto. Perso je fais attention à mes affaires, je ne laisse pas les clefs sur le contact par exemple, mais sans entrer dans la psychose.

    Bref, ce n’est pas un hasard si tout les grand média hors internet sont contrôlés par des gros groupes qui ont tous un truc à vendre (fatalement) ou par l’état (qui à aussi un truc à vous vendre remarquez).
    Tout ces gens riches et puissant copinent, définissant l’avenir du pays en quelques sortes et s’arrangent au passage pour vous embrumer suffisamment, histoire que vous n’y trouviez rien à redire…

    Vous voyez mieux maintenant où ont en est et ou on va ?

    Enjoy vous vivrez tous heureux et privés de liberté, mais c’est pour Votre bien. 😉

  2. avatar

    @cabusar

    je vois très bien ce que tu veux dire. Ca fait des lustres que la TV est coincée entre 2 étagères de livres. Je n’ai pas le temps de la regarder, je recherche de l’info sur internet tout mes temps libres

    Je refuse de lâcher un iota de liberté pour une pseudo sécurité à la 1984 🙂

    L’internet libre existait bien avant l’internet marchand, le business case d’internet est un oxymore stupide, c’est donc au business dématérialisé à s’adapter à Internet et non le contraire

Rétroliens/Pings

  1. Flattr: rapport pour décembre 2011 | Blog à part: troisième époque - 7 mars 2012

    […] Le petit guide de l’officiel futur dissident français, lu sur le blog Pixel Libre En regardant cette liste et celle des mois précédents, je constate que j’ai quand même beaucoup de sources qui se retrouvent. Certes, Reflets.info fait souvent de très bons articles, mais j’ai un peu peur d’un syndrome de vase clos. D’ailleurs, je me suis fixé une nouvelle résolution: systématiquement contacter les photographes dont j’utilise les œuvres sous licence CC pour les inviter à passer sur Flattr (et les flattrer dans la foulée, bien sûr). […]