a:460:{s:15:"20260505_174532";a:7:{s:5:"title";s:111:"Notre génération continuera à résister aux restrictions imposées par les Talibans aux femmes et aux filles";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/05/05/301067/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=301067";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 May 2026 15:45:32 +0000";s:11:"description";s:179:"Les années 2020 et 2021 figurent parmi les plus accomplies de ma vie, car j’avais trouvé ma voie et j’étais à l’aube de la réalisation de l’ensemble de mes objectifs.";s:7:"content";s:24821:"
En Afghanistan, l’éducation est devenue une forme de résistance face à l’oppression.
Cet article, rédigé par Fareshtah en 2025, est publié avec son consentement dans le cadre d’une couverture spéciale consacrée aux témoignages de jeunes femmes et de jeunes filles afghanes depuis la prise de pouvoir des Talibans en août 2021.
Je suis parfaitement familière avec l’expression « guerre entre les Talibans et le gouvernement », ayant été témoin, depuis mon enfance, des affrontements et des compromis entre les deux parties. Notre destin n’a cessé d’être tributaire de leurs actions et de leurs décisions.
Je suis née la dernière année du premier régime taliban (1996–2001), dans la province centrale de Ghor, en Afghanistan. J’ai eu la chance d’accéder à l’éducation après la chute de ce premier régime. Je me souviens encore de l’enthousiasme de mon premier jour d’école, vêtue d’un uniforme noir et d’un foulard blanc. C’était un moment particulièrement marquant.
Je n’avais pas encore intégré l’université lorsque nous avons appris les informations concernant les négociations de paix entre les États-Unis et les Talibans en février 2020. Nous avions alors espéré l’avènement de la paix et d’un avenir meilleur.
Finalement, après avoir réussi le concours d’entrée, j’ai intégré l’université. Les années 2020 et 2021 comptent parmi les plus abouties de ma vie : j’avais trouvé ma voie et j’étais sur le point de concrétiser l’ensemble de mes objectifs.
J’étudiais la charia et les sciences islamiques, avec pour objectif de devenir une avocate accomplie. Dans cette perspective, je me suis inscrite au programme de compétences juridiques de deux ans, mis en place par la Fondation Asia en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur.
En même temps, la guerre entre les forces talibanes et gouvernementales s’intensifiait. La situation sécuritaire se dégradait, et en raison de vagues de chaleur extrêmes, les cours universitaires ainsi que les formations en compétences juridiques étaient dispensés à la fois en présentiel et en ligne.
J’ai vu aux informations que les provinces tombaient les unes après les autres, mais je continuais à penser à mes objectifs et à les poursuivre. Le 13 août 2021, la guerre est arrivée aux portes de notre ville, Herat. Le lendemain, j'ai essayé de me connecter à mon cours en ligne dans ma chambre quand mon frère a ouvert la porte et a dit : « Laisse, c’est fini. »
La fin des rêves
Avec la chute de Herat, il n’y a plus eu d’examen, ni de présentation, ni aucune nouvelle du cours ou de sa continuation. Tous mes espoirs se sont soudainement envolés, comme si j’étais dans un très beau rêve et que quelqu’un m’avait réveillé brutalement.
Un choc si violent qu’il m’a coupé la parole et même les larmes. J’ai eu l’impression que mon âme s’était séparée de mon corps, et qu’il ne restait plus qu’un corps sans vie.
Mon cœur brûlait du désir de continuer l’université et le cours de compétences juridiques, mais dans un désespoir total, je ne pouvais rien faire d’autre que pleurer.
Après quelques mois, les universités privées ont rouvert, tandis que les universités publiques restaient fermées. Ce n’est que six mois plus tard qu’elles ont finalement repris leurs activités. J’ai alors étudié de manière intensive durant les trois derniers semestres et achevé la rédaction de mon mémoire. Sa soutenance était prévue un samedi (24 décembre), suivie de la cérémonie de remise des diplômes de ma promotion le lundi (26 décembre).
Cependant, le mardi 20 décembre 2022, un décret a été publié interdisant aux filles de fréquenter les universités.
J’ai contacté mon professeur, et il a dit : « Venez soutenir votre mémoire, puisque vous avez validé votre cursus. »
Un samedi matin, je me suis rendue à l’université, heureuse d’avoir obtenu l’autorisation de soutenir mon mémoire, mais également attristée par le fait que de nombreuses autres étudiantes avaient dû abandonner leurs études.
À mon arrivée à l’entrée de l’université, un membre des Talibans a bloqué le passage et m’a empêché de descendre du rickshaw qui m’y avait conduit.
Je suis finalement descendue et je me suis dirigée rapidement vers le portail de l’université, mais il s’est interposé devant moi, arme à la main.
J’ai ignoré ses paroles et je me suis approchée du portail. Il a saisi la bandoulière de mon sac d’ordinateur, l’a tirée violemment et m’a dit : « Tu ne comprends pas ce que je te dis ? Ou je dois te tirer une balle dans la tête ? »
Il a tiré en l’air, et un sifflement étrange et désagréable a rempli mes oreilles.
Un passant s’est approché de moi et m’a dit : « Ma chère, s’il vous plaît, partez. » C’était l’un des agents de sécurité de l’université que je connaissais. Je suis alors partie et me suis rendue à la maison d’édition Shame Danesh. Dès mon entrée, ma colère a éclaté et les larmes ont coulé sur mon visage. Mes yeux étaient devenus comme la mer, impossible à assécher.
Je ne me préoccupais plus du regard des autres en me voyant pleurer en quittant les lieux. Je rentrais chez moi en larmes lorsqu’il m’a semblé entendre mon téléphone portable sonner.
C’était mon père. Il m’a demandé : « As-tu terminé ta soutenance, et comment cela s’est-il passé ? » En pleurs et d’une seule traite, je lui ai raconté ce qui s’était passé. Il m’a réconforté(e), m’a parlé des difficultés et des épreuves qu’il avait lui-même traversées, et m’a conseillé de faire preuve de patience et de persévérance.
D’un objectif à d'autres.
Je suis rentrée chez moi, j’ai dormi un moment, puis j’ai commencé à rechercher des cours en ligne et des opportunités de formation. Ne trouvant pas d’opportunité adaptée, je me suis tournée vers la lecture.
Je participais deux fois par semaine à un groupe de lecture pour femmes. Nous lisions différents ouvrages, mais cette fois, j’avais particulièrement besoin d’un livre de motivation et de développement personnel.
Lors de ma participation au groupe, j’ai découvert le livre Wuthering Heights. Sa lecture m’a apporté la motivation nécessaire pour reprendre le chemin de mes études et m’a permis de me reconstruire progressivement. Près d’un an après l’obtention de ma licence, j’ai finalement pu soutenir mon mémoire en ligne.
Cependant, je ne ressentais plus le même enthousiasme, car mes objectifs avaient profondément dévié de leur trajectoire initiale. J’ai donc dû redéfinir mes priorités. J’ai repris mes études, mes recherches et ma participation à des programmes de formation en ligne.
J’ai commencé des cours en ligne d’informatique et d’anglais, mais après quelques mois, ils ont de nouveau été suspendus en raison des restrictions imposées par les Talibans, et aucune reprise n’a été annoncée depuis.
Un décret a été publié autorisant les filles à suivre des cours de formation, et je me suis inscrite à un cours en présentiel. Toutefois, cette décision a rapidement été remise en cause et ces cours ont de nouveau été interdits.
Au cours des trois dernières années, j’ai participé à divers programmes en ligne, formations et conférences, mon projet professionnel n’étant pas, à ce jour, accessible.
J’ai compris que l’origine de ces difficultés réside en grande partie dans le manque de sensibilisation et d’accès au savoir. J’enseigne actuellement dans des écoles en ligne destinées aux filles privées d’éducation depuis près de deux ans, et j’ai également commencé à dispenser des cours de culture islamique à l’université.
Je souhaite contribuer, à mon niveau, à la lutte contre l’ignorance et l’injustice. Que ce soit en transmettant le peu de connaissances que je possède à travers la lecture d’une ligne d’un livre, par l’écriture, ou encore en entretenant l’espoir et en ravivant les possibilités de reconstruction dans mon cœur et celui des autres.
J’espère un avenir meilleur et plus lumineux pour mon pays. Notre génération, qui a été confrontée à cette injustice et à cette ignorance, ne formera pas une génération qui se soumettra à l’oppression et à l’ignorance. Elle ne permettra pas que l’histoire se répète une troisième fois avec une expérience aussi douloureuse.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260505_174532";}s:15:"20260505_173641";a:7:{s:5:"title";s:108:"Les syndicats queers ouvrent la voix pour les travailleur·euse·s du sexe en Espagne et en Amérique Latine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/05/05/300791/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300791";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 May 2026 15:36:41 +0000";s:11:"description";s:122:"Dans un monde où le travail du sexe est rarement reconnu et souvent incriminé, le travail des syndicats reste essentiel.";s:7:"content";s:13756:"
Célébration des syndicats des travailleur·euse·s du sexe lors de la Journée Internationale des Travailleur·euse·s du Sexe
Les travailleur·euse·s du sexe de l'OTRAS mènent une manifestation en Espagne pour célébrer les droits des travailleur·euse·s LGBTQIA. Crédit d'image : OTRAS, utilisé avec permission.
Dans le monde entier, être un·e travailleur·euse du sexe est souvent assimilé à un manque de sécurité, mais de nos jours, les travailleur·euse·s du sexe organisent des mouvements pour renforcer leurs droits. Iels réalisent des progrès constants qui peuvent être reconnus aujourd'hui, à l'occasion de la Journée Internationale des travailleur·euse·s du sexe.
En Amérique latine, 14 pays ont légalisé le travail du sexe tout en criminalisant la gestion et l'organisation de celui-ci, tandis que d'autres pays ont adopté des lois locales qui le criminalisent. Mais même dans les pays où il est légalisé, les droits du travail n'ont pas été étendus aux travailleur·euse·s du sexe, et le travail du sexe n'est toujours pas reconnu comme un travail. Cette situation expose les travailleur·euse·s du sexe à des risques d'agressions, limite leur accès à la justice et les rend plus dépendants des intermédiaires. Nombreux·ses sont celleux qui, par exemple, désignent les forces de l'ordre et la police comme les principaux agresseurs et auteurs de violences sexuelles. De nombreuses personnes émigrent vers l'Europe, où elles sont confrontées à des régimes encore plus sévères face au travail du sexe. En Espagne, par exemple, où l'on compte environ 200 000 travailleur·euse·s du sexe, le gouvernement actuel a présenté en 2022 un projet de loi organique pour l'abolition de la prostitution. Si elle est adoptée, cette loi accentuera la clandestinité des migrant·e·s travailleur·euse·s du sexe sans papiers. En outre, les travailleur·euse·s du sexe migrant·e·s, transgenres et queers courent un risque accru d'être stigmatisé·e·s en raison de leur genre et leur sexualité, de leur statut de migrant·e·s et de leur travail.
Les travailleur·euse·s du sexe migrant·e·s queers n'ont eu d'autre choix que de s'organiser et de créer des alternatives autonomes pour survivre. Cela a conduit à la naissance de syndicats et de collectifs de travailleur·euse·s qui luttent pour leurs droits, leur dignité et la décriminalisation du métier.
Il ne s'agit pas seulement d'histoires de résistance queer, mais également d'histoires de ré-existence. Les personnes LGBTQIA+ transforment les paradigmes, redéfinissent la vie et les économies avec attention, dignité et autodétermination.
OTRAS, le premier syndicat de travailleur·euse·s du sexe en Espagne
L'OTRAS (Organización de Trabajadorxs Sexuales, l'Organisation des Travailleur·euse·s du Sexe) a obtenu son statut juridique en 2021 après des années de lutte. Aujourd'hui, elle soutient plus de 600 membres, dont la majorité sont des migrant·e·s, des personnes queers et/ou transgenres. L'OTRAS travaille de manière transparente, horizontale et intersectionnelle, en mettant l'accent sur la lutte contre le racisme, les droits humains et l'éducation populaire.
Concernant leurs succès sur le terrain, Sabrina Sanchez, l'une des fondatrices d'OTRAS, a déclaré à l’AWID (Association for Women's Rights in Development) :
La mayor victoria del sindicato OTRAS es que el Tribunal Supremo de España haya reconocido nuestra existencia, no se obligó a que se desescribiera, no anuló el registro. Gracias a esto tenemos herramientas para luchar contra las violaciones de los derechos laborales …Otro de los logros fue el poder co-organizar con otras organizaciones un crowdfunding para fondos de emergencia durante la pandemia. También reparto de comida durante los 3 primeros meses de confinamiento total donde además vimos atropellos por las fuerzas de seguridad principalmente contra las compañeras trans. Servir a nuestras compañeras en un momento de emergencia fue lo que había que hacer, lo que nos pedían las compañeras.
La plus grande victoire du syndicat OTRAS est que la Cour suprême d'Espagne reconnaisse notre existence, elle ne nous a pas forcés à nous désinscrire, elle n'a pas annulé l'enregistrement. Cela nous permet de disposer d'outils pour lutter contre les violations des droits du travail… Une autre victoire est la possibilité d'organiser un financement participatif avec d'autres organisations pour obtenir des fonds d'urgence pendant la pandémie. Nous avons également distribué de la nourriture pendant les trois premiers mois de confinement total, période au cours de laquelle nous avons enregistré des agressions de la part des forces de l’ordre visant principalement les femmes transgenres. Venir en aide à nos sœurs dans un moment d'urgence était la chose à faire, ce qu’elles attendaient de nous.
Un réseau latino-américain pour les droits
Des représentant·e·s de RedTraSex assistent à une réunion politique à l'Asamblea General en Colombie, 2019. Crédit d'image : RedTraSex, utilisé avec permission
Carlos Héctor Mesa, coordinateur politique de RedTraSex, a déclaré à l’AWID :
Nuestra Red se conformo con mujeres cis, en estos 25 años logramos que compañeras trans, lesbianas, varones gay e identidades diversas logren sumarse a la lucha para que no se criminalice el ejercicio del trabajo sexual que es una problemática trasversal a cualquier persona que decida ejercerlo.
Notre réseau a été créé avec des femmes cis, et au cours de ces 25 années, nous avons réussi à engager des femmes trans, des lesbiennes, des homosexuels et des personnes aux identités diverses dans la lutte pour que le travail du sexe ne soit pas criminalisé, ce qui est un problème commun à toutes les personnes du milieu.
Lucy Esquivel, présidente de RedTraSex, explique que ce travail fonctionne avec très peu de soutien, car les principaux syndicats dirigés par des hommes cis ne les reconnaissent pas en tant que travailleur·euse·s, et les groupes anti-travail du sexe (dont beaucoup sont regroupés sous le nom de « féministes abolitionnistes ») collaborent avec les gouvernements pour saboter leur travail et leurs actions.
Des chef·fe·s de file queers guident le mouvement
L'OTRAS et RedTraSex travaillent dans des régions qui, suite au colonialisme historique et actuel, accueillent un flux important de travailleur·euse·s migrant·e·s latino-américain·e·s exerçant un travail non-déclaré en Espagne. Iels partagent des tactiques communes — comme la négociation avec les employeurs, l'organisation de campagnes juridiques et la politisation des travailleur·euse·s pour qu'iels rejoignent la lutte contre l'exploitation sur le lieu de travail — afin de contrer les attaques des féministes radicales trans-exclusives et des abolitionnistes.
Les dirigeant·e·s queers des syndicats luttent contre toute forme de discrimination sur le lieu de travail, pour éliminer l’écart racial ou de genre, pour garantir l’accès aux soins, aux droits du travail, aux droits économiques, à la santé sexuelle et aux droits reproductifs pour chacun·e, ainsi que pour garantir de meilleures conditions de travail aux travailleur·euse·s queers et marginalisé·e·s.
Mesa, de RedTraSex, explique la stigmatisation intersectionnelle à laquelle sont confronté·e·s les travailleur·euse·s non binaires et transgenres :
El estigma que vivimos quienes ejercemos el trabajo sexual es acentuado cuando provenimos de identidades no binarias y machistas patriarcales, es necesario poder despojarnos de conductas discriminadoras que no segregan y aíslan dejándonos expuestos a violencias y maltratos por no cumplir los requisitos que el sistema nos impone como ideales.
La stigmatisation subie par celleux d'entre nous qui exercent un travail du sexe est accentuée pour les personnes non binaires dont l’identité entre en conflit avec des normes sexistes et patriarcales. Il est nécessaire d’éliminer nos comportements discriminatoires qui nous ségrèguent et nous isolent, nous exposant à la violence et aux agressions parce que nous ne répondons pas aux exigences que le système nous impose en tant qu'idéaux.
Sanchez a ajouté :
El segundo anhelo es la decriminalización del trabajo sexual conforme a las trabajadoras, poniendo en el centro nuestras necesitdades y problemas. Que se legisle para que lo podamos resolver. Quizás nos tome muche tiempo, pero estamos ahí.
Nous luttons également pour la décriminalisation du travail du sexe en accord avec les travailleur·euse·s du sexe, en plaçant nos besoins et nos soucis au centre du débat. Nous savons que cela peut prendre beaucoup de temps, mais nous n'abandonnons pas.
Les syndicats jouent un rôle clé dans la garantie de conditions de travail plus sûres pour les travailleur·euse·s du sexe, ils luttent pour une dépénalisation du travail du sexe et combattent la stigmatisation, la discrimination et l'exclusion auxquelles les travailleur·euse·s sont confronté·e·s au quotidien. Les luttes et les victoires des syndicats de travailleur·euse·s du sexe ouvrent la voie à la protection des droits de chaque travailleur·euse·s marginalisé·e·s et persécuté·e·s dans le monde.
Remarque : Pour en savoir plus sur les actions des mouvements féministes qui donnent vie à des modèles économiques alternatifs, voir la série de l'AWID sur les « Économies féministes que nous aimons ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20260505_173641";}s:15:"20260505_172739";a:7:{s:5:"title";s:99:"Seize jours d'activisme en marge de la recrudescence des violences numériques à travers l'Afrique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/05/05/300144/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300144";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 May 2026 15:27:39 +0000";s:11:"description";s:206:"Les abus numériques constituent-ils un nouvel obstacle à la liberté de la presse en Afrique de l'Ouest ? Reporters Sans Frontières a documenté le harcèlement en ligne constant des femmes journalistes.";s:7:"content";s:14569:"
Les violences numériques subies en ligne affectent la vie publique autant que celles subies hors ligne.
Pour Kgomotso Modise, une journaliste sud-africaine spécialisée dans les affaires judiciaires et la justice pénale, le harcèlement en ligne est devenu une réalité quotidienne. « Les insultes sont clairement à caractère sexuel », explique-t-elle à Global Voices dans un entretien, soulignant que ses confrères masculins exprimant des opinions similaires ne sont jamais confrontés à de telles attaques. Ses opinions sont systématiquement sexualisées et discréditées. Après avoir publié un contenu critiquant les exécutions extrajudiciaires dans son pays, elle a subi certaines réactions hostiles qui ont débouché sur une violation de sa vie privée : des internautes malveillants ont récupéré ses photos d'enfance sur son compte Facebook et les ont publiées accompagnées de menaces de violences sexuelles dirigées contre elle et contre sa nièce mineure.
Mais les dommages s'étendent bien au-delà des journalistes eux-mêmes. La cybercriminalité représente plus de 30 % de l'ensemble des délits signalés en Afrique de l'Ouest et de l'Est, selon le rapport 2025 d'Interpol sur l'évaluation des cybermenaces en Afrique. Les deux tiers des pays africains membres interrogés ont indiqué que les délits liés à la cybercriminalité représentaient une part moyenne à élevée de l'ensemble des délits. Les escroqueries en ligne, les rançongiciels, les attaques par piratage des e-mails professionnels et la sextorsion numérique figurent parmi les menaces les plus fréquemment signalées. Les menaces numériques touchent désormais les utilisateurs lambda, les institutions publiques et les services essentiels, créant ainsi un contexte propice à la diffusion d'intimidations et de contenus malveillants.
Partout en Afrique, Reporters sans frontières a constaté un harcèlement et une surveillance en ligne constants visant les femmes journalistes, soulignant que les attaques numériques constituent désormais un obstacle émergent à la liberté de la presse. Les « 16 jours d’activisme » (du 25 novembre au 10 décembre) de cette année contre la violence basée sur le genre (VBG) interviennent à un moment où les atteintes en ligne façonnent la vie publique tout autant que la violence hors ligne. Les femmes qui s’expriment sur des questions d’intérêt public, travaillent dans le journalisme ou s’engagent dans la vie civique sont confrontées à une hostilité croissante qui a pour conséquence de limiter leur niveau d'implication.
La technologie facilite la violence dans le cadre des VBG
Lorsque j’ai lancé le podcast Digital Dada, je souhaitais créer un espace où les femmes journalistes pourraient s’exprimer librement sur leurs expériences. Ce que j’ai découvert en interviewant des dizaines de collègues, c’est que la violence en ligne est devenue l’une des formes de violence basée sur le genre qui connaît la plus forte croissance au Kenya et dans toute l’Afrique. Elle se manifeste par des menaces, du cyberharcèlement, de l’usurpation d’identité, une surveillance intrusive et la diffusion de contenus manipulés visant à humilier ou à réduire les femmes au silence.
Chacune des journalistes que j’ai interviewées a été victime d’agressions en ligne. Ces attaques vont du harcèlement ciblé et du cyberharcèlement aux campagnes de dénigrement coordonnées, en passant par des agressions profondément basées sur le genre. Leur visibilité en tant que femmes dans les médias les rend particulièrement vulnérables, transformant leur présence en ligne en terreau fertile pour l’hostilité et la misogynie.
Cette escalade est terrifiante. L'ONU Femmes met en garde contre le fait que ce qui commence modestement sur les écrans – un message, un commentaire ou une publication – peut dégénérer en un torrent de menaces et de violences dans la vraie vie. Des photos personnelles sont prises sans consentement, de fausses allégations se propagent en quelques secondes, les déplacements sont suivis, et des outils d’intelligence artificielle sont utilisés pour produire des « deepfakes » visant à humilier et à réduire les femmes au silence.
J'ai documenté les conséquences de cette situation. Une présentatrice de journal télévisé a confié qu'elle avait commencé à s'autocensurer par crainte d'être à nouveau prise pour cible. Une autre a révélé avoir suivi une thérapie après avoir été victime de harcèlement en ligne extrême. Une autre encore a rapporté que les attaques s'étaient étendues au-delà de sa personne, visant désormais son mari et ses enfants. Plusieurs journalistes ont pris la difficile décision de désactiver complètement leurs comptes sur les réseaux sociaux afin de préserver leur équilibre mental.
Lorsque les journalistes s'autocensurent, c'est la société qui en pâtit. La liberté d'information est mise en péril. Il ne s'agit pas d'incidents isolés, mais d'attaques systématiques visant à écarter les femmes du débat public.
Des témoignages du sommet de Luanda
La sécurité numérique a occupé une place prépondérante lors du récent sommet Union africaine-Union européenne qui s'est tenu à Luanda, en Zambie. Dans une interview accordée pendant la rencontre, l'ambassadrice Liberata Mulamula, envoyée spéciale auprès de la présidente de la Commission de l'Union africaine sur les femmes, la paix et la sécurité, a qualifié la violence numérique de nouvelle menace pour la paix et la sécurité, soulignant que les espaces en ligne peuvent être particulièrement hostiles pour les femmes occupant des postes de direction. Parlant ouvertement de la charge émotionnelle causée par les attaques persistantes, elle a encouragé les femmes à rester visibles en ligne. Elle a déclaré : « Nous avons mobilisé les femmes pour qu’elles utilisent les médias sans les craindre, car nos voix doivent être entendues. » Elle a ajouté que l’Union africaine avait créé un réseau de femmes professionnelles des médias pour lutter contre la désinformation et soutenir les victimes de harcèlement en ligne.
Elle a également souligné l'adoption par l'Union africaine de sa première convention visant à mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles. Elle a déclaré que la mise en œuvre de cette convention devait placer la cybersécurité au cœur des préoccupations et a indiqué que le Forum de l'Union africaine sur les femmes, la paix et la sécurité, qui s'est tenu en Tunisie les 9 et 10 décembre, aborderait directement la question de la violence numérique.
L'ambassadrice Henriette Geiger, ambassadrice de l’Union européenne au Kenya et représentante permanente auprès du PNUE et d'ONU-Habitat, a souligné la nécessité de renforcer les moyens d'action en matière de cybersécurité au fur et à mesure que les pays numérisent leurs services essentiels. Elle a indiqué que l'Union européenne et le Kenya menaient actuellement un dialogue sur l'adéquation des données afin d'aligner les normes kenyanes de protection des données sur celles de l'UE. Si ce dialogue aboutit, a-t-elle ajouté, le Kenya pourrait devenir un pôle numérique de confiance capable de traiter des données sensibles en toute sécurité. Dans l'ensemble, ces interventions ont montré une reconnaissance commune du fait que des espaces numériques plus sûrs sont essentiels pour la participation des femmes, l'égalité et l'avenir de la coopération numérique entre l'Afrique et l'Europe.
Pourquoi la crise s'aggrave-t-elle et que faut-il changer ?
L'expansion rapide de l'accès à Internet a accru notre exposition à des contenus malveillants. Interpol met en garde contre le fait que les menaces en ligne visent désormais les utilisateurs lambda et les institutions publiques, rendant difficile le contrôle des discours haineux. Les reportages locaux font état de tendances similaires. Au Kenya, un rapport récent a révélé que de nombreuses Kenyanes se sont retirées des plateformes numériques après avoir été victimes de harcèlement lié à des débats politiques et sociaux. Les victimes ont déclaré ne pas se sentir en sécurité, même hors ligne, soulignant que le harcèlement numérique les suivait souvent jusque chez elles. Les femmes briguant un mandat politique sont confrontées aux mêmes pressions. Un rapport de la Westminster Foundation for Democracy a révélé que les candidates sont victimes d’usurpation d’identité, de divulgation d’informations personnelles, de harcèlement en ligne et de manipulation d’images visant à les dissuader de se lancer dans la vie publique.
La faiblesse des systèmes de signalement et l'application inégale des politiques aggravent le problème. Bien que le Kenya dispose de lois sur la protection des données et la cybercriminalité, de nombreuses victimes ne bénéficient pas d'un soutien rapide, une situation courante dans la plupart des pays d'Afrique. Les plateformes mettent souvent du temps à supprimer les contenus malveillants, et les procédures de signalement claires restent limitées. Ces lacunes favorisent la propagation de la violence en ligne, alors même que de plus en plus de services se déplacent vers Internet.
Pour améliorer la cybersécurité, il faut renforcer les structures de soutien, améliorer les mesures prises par les plateformes et mettre en place des mécanismes plus clairs pour signaler les incidents. Les programmes de culture numérique peuvent aider les utilisateurs à adopter des pratiques plus sûres, en particulier dans les communautés rurales et à faibles revenus. Les plateformes doivent renforcer leurs outils permettant d'identifier les abus et d'y répondre plus efficacement. Les cadres réglementaires en vigueur dans la plupart des pays africains fournissent les bases nécessaires, mais une application cohérente de ces réglementations et des ressources adéquates doivent être mises en place. La coopération régionale peut également contribuer à l'amélioration des normes de cybersécurité et au partage des connaissances sur les cybermenaces émergentes.
Cette année, les « 16 jours d'activisme » ont mis en avant la nécessité de reconnaître la violence numérique comme une forme de violence à part entière et ont rappelé au public qu'il n'y avait #PasDExcuse pour les abus en ligne.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260505_172739";}s:15:"20260504_161453";a:7:{s:5:"title";s:102:"Guérir une région : comment les soins de santé deviennent un vecteur de paix à Arauca, en Colombie";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/05/04/301326/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=301326";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 04 May 2026 14:14:53 +0000";s:11:"description";s:173:"Des soins de santé fiables et inclusifs ne se limitent pas à soigner : ils apaisent les tensions et transforment les structures de soins en espaces sûrs, ouverts à tous.";s:7:"content";s:10523:"
À Arauca comme dans d’autres régions marquées par la violence, l’accès aux soins reste extrêmement difficile.
Médecins Sans Frontières a mis en place des cliniques mobiles dans les villages touchés par le conflit et où l’accès aux soins de santé est insuffisant. Sur cette photo, une clinique a été installée dans le village de Laureles II, dans le département d’Arauca. Photo : Santiago Valenzuela – MSF, utilisée avec autorisation.
Cet article de Samir Jones a été initialement publié par Peace News Network le 18 février 2026. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d’un accord de partage de contenu.
Mariocy, une mère vénézuélienne de 39 ans vivant dans une zone rurale à la périphérie de la capitale d’Arauca, explique se heurter en permanence à des obstacles lorsqu’il s’agit de trouver un emploi correctement rémunéré et d’accéder aux soins de santé de base pour sa famille. « Pour nous, Vénézuéliens, il est difficile de trouver du travail ici », déclare-t-elle dans un entretien avec Médecins Sans Frontières (MSF). « À Arauca, nous n’avons eu accès aux soins de santé que grâce aux cliniques mobiles des organisations [humanitaires]. »
Arauca se situe dans le nord-est de la Colombie, à la frontière avec le Venezuela, et accueille de nombreux migrants et réfugiés vénézuéliens. Depuis 2022, la région fait régulièrement la une de l’actualité en raison des affrontements entre l’Armée de libération nationale (ELN) et des factions dissidentes de l’État-major central (EMC). Les expériences indirectes des civils touchés par ce conflit, en revanche, sont rarement évoquées dans les médias. Pour de nombreux habitants, la « paix » ne se résume pas à des cessez-le-feu ou à des négociations, mais à l’accès aux besoins essentiels. Une famille peut-elle se déplacer librement ?Une mère peut-elle emmener son enfant malade dans une clinique sans devoir traverser une zone dangereuse ?
À Arauca, la crise ne se résume pas aux affrontements et aux armes. Elle se manifeste surtout dans la vie de tous les jours. Une analyse récente du Global Protection Cluster souligne des risques majeurs : restrictions illégales de la liberté de circulation, confinement des populations et déplacements forcés. Le rapport précise également qu’en 2023, 34 % des habitants du département étaient reconnus comme victimes du conflit armé — des milliers de personnes privées d’accès à l’éducation, à l’alimentation et, surtout, aux soins essentiels. Comme l’explique Siham Hajaj, cheffe de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) en Colombie, à Peace News Network (PNN), « pour les communautés prises entre les groupes armés, ainsi que pour des milliers de migrants, l’accès aux soins est entravé par les multiples conséquences du conflit ».
À Laureles II, les équipes de MSF ont pris en charge des femmes portant leur bébé dans les bras, dont les enfants n’avaient pas reçu tous leurs vaccins ou souffraient de troubles digestifs liés à la mauvaise qualité de l’eau. Photo : Santiago Valenzuela – MSF, utilisée avec autorisation.
Alors, où exactement la santé et la paix se croisent-elles ? Lorsque les familles ne peuvent plus circuler librement et que l’accès aux soins de santé primaires est limité, la santé devient une ligne de fracture, qui accroît le stress et la défiance. Les services se dégradent, les rumeurs se propagent et, surtout, les communautés se fragmentent. Dans une région qui compte une forte proportion de familles vénézuéliennes déplacées, beaucoup sont tenues pour responsables des difficultés rencontrées par les communautés et se retrouvent marginalisées. Selon le Global Protection Cluster, les familles vénézuéliennes à Arauca se voient souvent refuser l’accès à des services et sont confrontées à des discriminations, notamment à des risques de violences fondées sur le genre et de recrutement d’enfants.
Des services de santé fiables et accessibles à tous ne se limitent pas à traiter les maladies. Ils peuvent aussi jouer un rôle de ciment social, en atténuant les tensions au sein des communautés et en faisant des structures de soins des espaces sûrs pour chacun. C’est précisément l’approche adoptée par Médecins Sans Frontières (MSF) depuis mars 2025. Au lieu d’imposer aux patients de longs déplacements à travers des zones dangereuses, MSF va à leur rencontre dans les municipalités rurales, isolées et touchées par le conflit du département, notamment à Tame, Arauquita et Puerto Rondón. Comme l’explique Siham Hajaj : « Entre le 3 mars et le 13 novembre 2025, [MSF] a réalisé 4 899 consultations de médecine générale, 801 consultations en santé sexuelle et reproductive, 65 consultations prénatales et 314 consultations individuelles en santé mentale. »
Entre mars et novembre 2025, MSF a mené un projet médical dans le département d’Arauca, situé dans le nord-est de la Colombie, à la frontière avec le Venezuela. Ses équipes y ont dispensé des soins médicaux et une aide humanitaire. Photo : Guzmán Botella — MSF, utilisée avec autorisation.
Au-delà des chiffres, ce sont les témoignages des patients de MSF qui donnent la mesure de leur impact. « Les enfants tombent malades tout le temps », confie à MSF une mère vénézuélienne enceinte installée à Arauca. « Je n’ai ni permis de protection temporaire ni carte, mais Dieu merci, une fondation m’a prise en charge et c’est grâce à elle que je peux consulter. »
Une clinique mobile, pas plus que l’accès aux soins, ne peut mettre fin à un conflit armé. En revanche, elle peut créer un terrain commun. Populations locales et nouveaux arrivants partagent les mêmes salles d’attente, s’en remettent aux mêmes équipes et font l’expérience, rare, d’un traitement fondé uniquement sur les besoins médicaux. « La neutralité et l’indépendance, explique Hajaj, nous ont permis d’atteindre des milliers de patients dans des zones touchées par le conflit armé. »
Cette approche des soins, à la fois constante et impartiale, renforce la cohésion sociale, atténue la peur et les mécanismes d’exclusion, et contribue à restaurer la confiance entre des communautés divisées. Comme le souligne le Dr Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « Il ne peut y avoir de santé sans paix, ni de paix sans santé. » À Arauca, MSF montre que l’accès aux soins va au-delà d’un simple service : c’est un outil de paix, qui repose sur l’idée que chacun doit être soigné.
À Arauca comme dans d’autres régions éprouvées par la violence, assurer l’accès aux soins reste particulièrement difficile. Un rapport de l’OMS sur la reconstruction des systèmes de santé en contexte de conflit souligne que les violences endommagent souvent les infrastructures et désorganisent l’approvisionnement en médicaments. Elles poussent aussi les soignants à partir et empêchent les patients de se faire soigner en toute sécurité, faute de pouvoir se déplacer ou par crainte de traverser des zones dangereuses. Lorsque les routes sont bloquées ou fermées sans préavis, même les services les plus élémentaires deviennent inaccessibles. Dans certains endroits, une clinique peut interrompre ses activités au moindre coup de feu. Dans ces conditions, la neutralité des soins reste ce qui permet, malgré tout, d’assurer une continuité minimale de la prise en charge.
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Comment une guerre lointaine a plongé le Bangladesh dans un rationnement du carburant, des fermetures d’usines et une crise budgétaire
Files d'attente de motocyclistes et automobilistes dans une station-service de Dhaka le 9 mars 2026, durant le rationnement imposé par le gouvernement, contraignant les livreurs et usagers à attendre des heures pour acheter une quantité limitée de carburant. Photo de Zulker Naeen. Utilisée avec autorisation.
Le 10 mars dernier, Rashid ahmed a patienté pendant deux heures dans une station d'essence de Dhaka dans le district de Mirpur, dans la file de motocyclettes qui s’étendait jusqu’à la rue d’à côté alors que le pompiste refoulait client après client. Ce livreur âgé de 42 ans s’était déjà rendu dans trois stations-service depuis l’aube, pour à chaque fois se retrouver face soit à des citernes vides ou soit à des files d’attente trop longues pour pouvoir attendre avant ses premières livraisons. Sa motocyclette tournait au ralenti alors les revenus de sa famille partaient en fumée avec chaque heure écoulée.
Des centaines de milliers de bangladais, confrontées à des difficultés quotidiennes pour survivre depuis le rationnement imposé par le gouvernement, partagent la même frustration. Cette mesure a été mise en place en raison des tensions qui règnent dans le Golfe persique, à des milliers de kilomètres.
À la mi-mars, le gouvernement a levé le système temporaire de rationnement des ventes de carburant ; néanmoins, les pénuries, longues files d’attente, et irrégularités à la plupart des stations-service rendent difficile l’approvisionnement en essence.
Depuis l’intensification de la crise entre l’Iran, Israël et les États-Unis en guerre ouverte, le Bangladesh s’est retrouvé plongé dans une situation d’urgence malgré la distance géographique. Le pays, qui compte 175 millions d’habitants, importe près de 95 % de son énergie, le rendant presque totalement dépendant des marchés du carburant mondiaux.
Les réserves de pétrole mondiales ont chuté lorsque le détroit d’Ormuz est devenu un champ de bataille, l’étroite voie navigable représentant un point de passage stratégique pour près du tiers des navires pétroliers mondiaux. L’impact s’est tout de suite fait sentir au Bangladesh.
Carte du détroit d'Ormuz. Image sur Wikipedia de Goran_tek-en. CC BY-SA 4.0.
Effet domino provoqué par la perturbation des chaînes d’approvisionnement
Début mars, la crise s’est intensifiée à une vitesse catastrophique.
Qatar Energy, depuis longtemps l’un des trois fournisseurs de gaz naturel liquéfié (GNL) du Bangladesh, a stoppé ses livraisons, invoquant le cas de force majeure, à la suite de l’arrêt de la production provoquée par les attaques iraniennes sur les infrastructures énergétiques. Le Qatar représente 20 % de l'offre mondiale de GNL. En l’espace de quelques jours, les deux autres fournisseurs ont emboité le pas et suspendu leurs engagements contractuels.
Au mois de janvier, le Bangladesh achetait des cargaisons de GNL au comptant à environ 10 dollars par million de BTU, contre 28,28 dollars par MMBtu (million de BTU métriques) à la mi-mars pour des livraisons en urgence.
« Nous achetons du GNL à un prix exorbitant sur le marché spot, soit pratiquement 2,5 fois plus qu’il y a quatre ans », explique à des journalistes Saiful Islam, le ministre chargé de l’énergie.
La flambée des prix a engendré un cercle vicieux. Un premier appel d’offre lancé le 1er mars sur le marché spot par Petrobangla fut un échec total, les négociants considérant le Bangladesh trop risqué et instable. Ce n'est qu'après avoir proposé des prix encore plus élevés que le pays a pu obtenir des livraisons de Gunvor au coût de 28,28 USD par MMBtu et de Vitol à 23,08 USD.
« Nous cherchons maintenant d’autres solutions sur le marché spot pour combler le vide laissé par nos trois fournisseurs, », admet Md Arfanul Hoque, le président de Petrobangla.
Le Bangladesh devait recevoir en tout 115 commandes de GNL en 2026. Selon les prévisions des autorités, quarante d'entre elles ne seront pas honorées en raison des disruptions en Asie occidentale.
À qui le gaz est-il destiné ?
La priorité a été donnée à la production d’énergie et à la consommation énergétique des ménages au détriment des industries. En conséquence, quatre sur les cinq entreprises publiques d’engrais à base d’urée ont été contraintes de fermer pour au moins 15 jours. Seule Shahjalal Fertilizer Company est restée opérationnelle, ainsi qu’une usine privée.
La saison du riz Boro battait son plein au Bangladesh, nécessitant une irrigation et une fertilisation régulières des rizières. Selon les autorités, les stocks existants permettraient d’éviter une crise imminente. Mais les agriculteurs et experts agronomes craignent des pénuries à moyen terme.
Par ailleurs, l’approvisionnement en gaz du secteur de l’énergie est passé de 870 millions de pieds cubes par jour à 820, une réduction qui, selon les autorités, serait susceptible d’augmenter le délestage d’électricité à travers le pays et de provoquer des coupures d’électricité.
« Tant que le problème des chaînes d’approvisionnement n’est pas résolu, les réserves dont nous disposons doivent être utilisées à bon escient », explique aux journalistes Iqbal Hassan Mahmood Tuku, ministre de l’Énergie. « Il est important de ménager nos ressources. Si la population coopère, nous pourrons surmonter cette crise. »
Fermeture des universités et rationnement du carburant
Le 8 mars, le gouvernement a annoncé la fermeture prématurée des universités, en avançant la date des vacances de l’Aïd afin de réduire la consommation d’électricité.
Les dortoirs, salles de cours, laboratoires, et la climatisation des campus consomment de grandes quantités d’énergie. Leur fermeture a immédiatement soulagé le réseau électrique déjà sous tension. Les étudiants ignoraient quand les cours allaient pouvoir reprendre.
« Nous faisons tout notre possible afin de réduire la consommation d’énergie et assurer la continuité de l'approvisionnement en électricité, en carburant et en produits importés », explique un haut fonctionnaire du ministère de l’Énergie, de l’Électricité et des Ressources minérales.
Au même moment, le gouvernement a demandé aux stations-service de réduire de 10 % leurs ventes journalières en vue de préserver les stocks de carburant du pays. Le rationnement a déclenché la panique dans les grandes villes. Des files d’attente interminables se sont formées aux stations d'essence lorsque les automobilistes s’y sont précipités pour faire le plein.
Certains ont déclaré avoir attendu des heures pour acheter du carburant. Des stations étaient déjà à sec dès le milieu de la journée.
Impact sur l’industrie
L’industrie textile représente 84 % des exportations du Bangladesh et emploie des millions de personnes.
Les usines se sont retrouvées face à des choix impossibles, à la suite de l’implémentation de coupures d’électricité d’une durée d’au moins cinq heures par jour. Les leaders de l’industrie ont parlé de situation cauchemardesque depuis le début du conflit fin février. Faire tourner des groupes électrogènes durant des pannes prolongées augmente considérablement les coûts d’exploitation.
Ces derniers mois, de nombreuses usines de vêtements et de textile n’ont fonctionné qu’à seulement 40-50 % de leur capacité, et ces pertes de production menacent les commandes à l'exportation.
Au début du mois mars, les réserves de diesel représentaient seulement 9 jours d’approvisionnement, à savoir 115 473 tonnes au 4 mars.
Le gouvernement s’est empressé d’organiser des livraisons en urgence et 5 000 tonnes de carburant provenant de la raffinerie indienne de Numaligarh ont été acheminées vers le Bangladesh via un oléoduc transfrontalier. Les autorités ont également négocié avec Indian Oil Corporation en vue d’obtenir un supplément de 30 000 tonnes.
Les ménages face à des difficultés quotidiennes
La crise énergétique a été particulièrement douloureuse pour les familles bangladaises ordinaires en raison de la hausse des prix des combustibles de cuisson.
Le prix d’une bouteille de gaz de pétrole liquéfié (GPL) de 12,5 kg, utilisé par la plupart des ménages pour alimenter les cuisinières et les brûleurs, est passé de 900 à 1 500 takas (BDT) (l’équivalent de 7,3 à 12,2 USD), soit une hausse entre 500 et 800 BDT (4 à 6,5 USD) des dépenses ménagères mensuelles. Le salaire minimum au Bangladesh est de l’ordre de 12 500 BDT par mois (environ 101 USD). Les familles à faible revenu, déjà aux prises avec l’inflation, ont alors été obligées de prendre des décisions drastiques. Afin d’économiser du gaz, certaines ont commencé à limiter la cuisson de leurs aliments. D’autres ont eu recours de nouveau aux combustibles traditionnels, tels que le bois et le fumier.
« Le conflit au Moyen-Orient rend très difficile l'importation de GPL », explique Abdur Razzaq, directeur général de JMI Group. « Les coûts de transport sont en hausse, les routes maritimes peu fiables, et les négociants de plus en plus prudents. »
Les coûts de transport du GPL ont atteint 275 USD par tonne, alors que la Commission de régulation de l'énergie du Bangladesh les avait estimés à 120 dollars par tonne.
« Le secteur privé avait déjà importé suffisamment de GPL pour éviter toute pénurie jusqu'au mois de mars », a déclaré Mostafa Kamal, directeur de Meghna Group of Industries. « C’est en avril que nous avons commencé à nous inquiéter. »
L'entreprise était à la recherche de fournisseurs de GPL au Vietnam, en Taïwan, Malaisie et Chine, pour remplacer ceux situés au Moyen-Orient.
Une bombe à retardement budgétaire : le coût de la crise
Selon des estimations, le coût d’achat de GNL au comptant entre 2022 et 2024 s’élèverait à 11 milliards. Ces énormes dépenses ont mis à rude épreuve les réserves de change et nécessité des compromis difficiles dans les budgets publics.
« Si la situation ne s’améliore pas, nous serons de plus en plus forcés d’acheter du GNL sur le marché spot, un coût supplémentaire qui alourdira le fardeau des importations et limitera les approvisionnements destinés au secteur de l'énergie et à l'industrie », a déclaré à Reuters un représentant du ministère de l’Énergie, qui a préféré garder l’anonymat.
Chaque mois qui passe, la hausse des prix aggrave la vulnérabilité du Bangladesh.
Petrobangla a sollicité auprès du gouvernement des subventions supplémentaires afin de combler l’écart entre les prix sur les marchés internationaux et les prix de détail à l’échelle nationale. Mais la situation des finances publiques reste fragile, laissant peu de place pour une augmentation des aides énergétiques.
« Pour le moment, il n’y a pas de pénurie de carburant. En fait, les approvisionnements sont en hausse par rapport à l’an dernier », avait récemment affirmé le ministre Tuku. Mais, au début du mois de mars, il a expliqué : « Maîtriser la consommation d’énergie nous permettra de traverser convenablement la crise durant le mois de mars. Si les commandes prévues sont livrées, la pression retombera. »
Les prix du carburant sont restés inchangés pour le troisième mois consécutif grâce aux importantes subventions qui ont été accordées afin d’absorber les coûts d’importation.
Rien qu’au mois de mars, 5 000 crore BDT (soit environ 407,4 millions USD) ont été consacrés aux subventions, alourdissant encore plus le budget et creusant l’écart avec les prix du marché international.
Le litre de diesel est vendu au prix subventionné de 100 BDT (0,82 USD), et celui de l’essence à indice d'octane 95 reste inchangé à 120 BDT par litre (0.98 USD), alors que les prix du marché ont été fixés respectivement à 180 BDT (1,61 USD) et 150,72 BDT (1,22 USD).
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Le challenge aujourd'hui est d'avoir des sessions continues sans coupure alliant streaming, téléversement et interactions instantanément.
À rebours des discours enchanteurs sur le « saut technologique » africain, Folli Herbert Amouzougan pose une question simple. Dans le contexte actuel, peut-on parler d'intelligence artificielle là où l'on ne peut pas encore garantir l'électricité ? Car avant les algorithmes, la connectivité, et même la data, il y a l’absence de fil électrique. C'est à partir de cette réalité fondamentale, trop souvent éludée, qu'il déconstruit méthodiquement le récit techno optimisme ambiant, en cartographiant les fractures énergétique, numérique, économique, linguistique qui conditionnent l'accès réel à l'IA sur le continent.
Dans cet entretien sans détour, Folli Herbert Amouzougan interroge les responsabilités de chaque acteur : États, opérateurs télécoms, entreprises technologiques et sociétés civiles locales.
Jean Sovon (JS): Les gouvernements africains et les grandes entreprises tech annoncent des stratégies nationales d'IA, des hubs d'innovation, des partenariats avec Google ou Microsoft, pendant qu'une large partie de la population subit des coupures d'électricité quotidiennes. Comment qualifieriez-vous ce décalage entre le discours politique sur l'IA et la réalité des infrastructures de base en Afrique subsaharienne ?
Folli Herbert Amouzougan (FHA): Je qualifierai d'aberrant ce décalage entre les discours politiques sur l'IA et la réalité des infrastructures de base en Afrique subsaharienne. Je pense que ces déclarations sont semblables à un saut dans le vide et qu'il ne sert à rien de mettre la charrue avant les bœufs. Il m'est inconcevable de réaliser n'importe quelle prouesse technologique dans un pays sans assainir et stabiliser le secteur énergétique prioritairement et doter le pays en question d'infrastructures de base (en exemple un réseau électrique efficace, efficient et opérationnel couvrant au moins 95% du territoire). L'on ne peut construire une tour (IA) sans la bonne fondation (infrastructure énergétique et de connectivité).
JS : Dans quelle mesure la fracture énergétique constitue le premier verrou à une adoption réelle de l'IA dans la région ?
FHA : Votre question elle-même pose déjà les bases de la compréhension de la fracture énergétique. J'ai l'habitude de dire qu'il y a des africains entiers jouissant normalement des mêmes droits que vous et moi mais qui n'ont jamais allumé une ampoule électrique toute leur vie et sont morts sans connaître l'électricité. Or utiliser un outil d'IA générative suppose un appareil chargé, une connexion stable, souvent un abonnement payant. Le manque d'accès à l'électricité est le premier verrou puisque toute l'infrastructure de l'IA (si locale) ainsi que les terminaux d'interaction (Smartphones, PC, etc) ainsi que les moyens d'accès (SAT, Internet) sont électricité dépendants! Sans électricité, il n'y a pas d'Internet, pas de routeurs allumés, pas d'antennes de télécommunications fonctionnelles, …., impossibilité de charger même un seul Smartphone.
JS : L'Afrique subsaharienne est souvent citée comme un succès story du mobile. Mais naviguer sur Facebook en 3G est très différent d'utiliser un LLM qui nécessite une faible latence et un débit soutenu. Où se situe concrètement la frontière entre “connecté” et “connecté pour l'IA” et combien de personnes franchissent réellement ce seuil aujourd'hui sur le continent ?
FHA : Généralement les “connectés” sont en 2G ou 3G et même en ADSL et sont caractérisés par un faible débit et donc des temps de latence élevés et l'utilisation des réseaux sociaux tandis que les “connectés pour l'IA” sont en 4G stable et plus voire en 6G ou encore la fibre optique, la vraie, caractérisés par des débits élevés et des temps de latence faibles, … allant avec la puissance qu'il faut. La frontière n'est pas un seuil technique unique que je peux juste vous donner en guise de réponse mais plutôt la combinaison de plusieurs conditions devant être réunies au même moment. Avant l'IA générative, “nous” (il y a toujours des exclus) jouissions tous du SMS/voix, Web mobile et du Streaming/Vidéo. Mais le challenge aujourd'hui est d'avoir des sessions continues sans coupure alliant streaming, téléversement et possibilité d'interactions en temps réel. Pour ce faire, cette frontière constitue l'ensemble de critères indissociables suivants: débit, latence, stabilité de la connexion (difficile de faire de l'IA générative via ADSL), qualité du terminal utilisé (un vieux Smartphone est un frein), la langue, compte requis ou non et le coût par session. L'on comprend la raison pour laquelle cette frontière est donc contraignante et exclusive! La langue est un autre facteur important car un utilisateur lambda bien nanti et disposant de tout mais ne parlant que le Guin (langue parlée par le peuple Guin au sud du Togo) de chez moi, se retrouvera face un outil Large Language Model (LLM) qui ne comprend pas son registre de langue et l'on ne peut parler de dialogue ou de communication lorsque le registre de l'un est différent de celui de l'autre. La frontière n'est donc pas une ligne tracée mais un filtre à mailles. Ce qu'il faut retenir dans le contexte Africain est que cette frontière est simultanément technique, économique et linguistique.
Je suis tenté de dire que le taux d'Africains qui franchissent réellement ce seuil aujourd'hui sera en dessous de 12% à voir toutes les mailles du filtre à réunir pour passer. Il sera très difficile d'avoir 2 personnes sur 10.
JS : Face aux coupures et au coût des données, on voit émerger des adaptations, usage hors ligne, modèles légers, IA embarquée sur appareil, accès via feature phones. Ces approches vous semblent-elles des solutions durables ou de simples palliatifs qui ne s'attaquent pas aux causes structurelles du problème ?
FHA : Solutions durables ou palliatives, tout dépend de l'angle choisi et surtout de la finalité. D'entrée, il faut reconnaître que la durabilité dépend totalement de l'entité qui finance ces adaptations et l'intérêt visé. Dans une démarche évolutive, les approches adaptées (leur utilisation) apportent une valeur ajoutée à leur cible, dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture et de la santé par exemple, dans un contexte local sans dépendance d'une infrastructure inexistante. Mais le danger réside en le fait d'avoir une IA appauvrie en capacité pour les moins nantis alors que les mieux connectés profiteront des pleines capacités et donc des usages plus puissants. Cela met en exergue un accès de second rang. Et cet état de choses ne permet pas ou n'oblige pas les gouvernements qui ne s'inscrivent pas dans une démarche évolutive à s'attaquer aux causes structurelles.
JS : A qui incombe la responsabilité de rendre l'IA accessible en Afrique subsaharienne, et quelles actions concrètes attendez-vous de chaque acteur ?
FHA : La responsabilité au sens large est partagée et c'est effectivement ce qui permet à chaque acteur de se dédouaner et de s'accuser mutuellement permettant d'entretenir le statu quo. En réalité, les États ont la pleine responsabilité de l'électrification, de la régulation et de l'institutionnel. Les opérateurs télécoms maintiennent des tarifs data élevés dans des marchés peu concurrentiels, le Togo en est un exemple avec uniquement deux opérateurs de téléphonie mobile. Ils gagneraient en investissant dans les infrastructures en zones rurales et ont pour responsabilité l'accessibilité réseau avec des mécanismes de haute disponibilité alors que les Entreprises d'IA se doivent d'adapter leurs technologies. Elles peuvent par exemple investir dans des modèles multilingues et nouer des partenariats avec des acteurs locaux qui comprennent les enjeux et qui sont capables d'exprimer les contraintes d'usage, au lieu de signer des accords de façades avec des gouvernements pour des “hubs” qui ne profitent réellement qu'à une minorité: les élites et les expatriés. Les acteurs locaux quant à eux doivent continuer d'innover selon les réalités de terrain et les contextes en proposant des solutions SMART aux problèmes réels.
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la connectivité n’est plus une question de confort, c’est une question d’équité et de droits fondamentaux.
Capture d'écran de la chaîne YouTube Afrique en 365 jours ; montée avec Canva pro
Cet article s’inscrit dans le cadre de la série « Spotlight » d’avril 2026 de Global Voices, intitulée « Perspectives humaines sur l’IA ». Cette série offrira un éclairage sur la manière dont l’IA est utilisée dans les pays de la majorité mondiale, sur l’impact de son usage et de sa mise en œuvre sur les différentes communautés, sur ce que cette expérimentation de l’IA pourrait signifier pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.
Dans la course mondiale à l'Intelligence Artificielle (IA), une réalité très fondamentale frappe une grande partie de l’Afrique subsaharienne : l’alimentation d’un ordinateur quand le courant s’interrompt plusieurs fois par jour ; l’accès à un modèle d’IA en ligne quand la connexion internet coûte l’équivalent plus d’un quart de salaire mensuel.
L’avènement de l’IA bouleverse les sociétés établies et propulse le monde dans une nouvelle ère technologique. Mais la révolution affiche une double vitesse puisque cette transformation qu’elle est censée insuffler au monde reste plus visible dans le nord que dans le sud global. Chaque jour, de grandes industries technologiques annoncent la sortie de nouveaux modèles toujours plus puissants et les gouvernements des pays occidentaux débattent de régulations complexes. Ce monde que l’IA veut transformer reste, dans les discours dominants, étrangement occidental.
L’Afrique, de son côté, peine à suivre le rythme ou à adopter cette révolution. Le continent compte plus de 1,5 milliard d’habitants dont la moitié vit dans des zones rurales, souvent confronté au manque d’énergie électrique. L'adoption de l’IA se heurte donc à deux murs structurels qui précèdent toute question d’algorithme ou de données : l’accès à l’électricité et l’accès à internet.
Electricité, le prérequis invisible qui freine
Au 21è siècle, des populations vivent encore sans électricité. Selon des données de l’Agence internationale de l’Énergie, près de 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité en 2025. Alors que ce chiffre représente presque 43 % de la population africaine, 85 % de ces personnes se retrouvent en Afrique subsaharienne. Un décalage qui montre qu’en dépit des efforts consentis, la couverture électrique reste insuffisante face à une croissance démographique qui dépasse le rythme d’électrification.
L’inégal accès à l'électrification rend les disparités encore plus frappantes. Si des pays comme l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya affichent des taux d’électrification plus élevés, d’autres comme le Niger, le Tchad, le Soudan du Sud montrent des taux d’électrification très bas. Dans ces pays, plus de 80% de la population vit dans des zones sans accès fiable à l’électricité. Même dans ces pays qui connaissent un niveau un plus avancé, la qualité de l’approvisionnement reste aléatoire : les coupures de courant, en Afrique du Sud ou en Côte d’Ivoire, sont une réalité quotidienne qui affecte entreprises, hôpitaux et ménages.
Interrogé sur la question, Walid Sheta, président de Schneider Electric Moyen-Orient & Afrique, lors du Sommet mondial des gouvernements en février 2026 à Dubaï, explique à Africanews:
Le vrai défi est de coordonner gouvernements, entreprises et partenaires financiers pour électrifier chaque territoire avec une solution adaptée.
Le fait que l'Intelligence artificielle propose un gamme varié de pistes de solutions aux nombreux défis qui s’imposent à l’Afrique alors que le continent n’en profite pas pose alors un vrai problème. Une profonde ironie qui tient dans un paradoxe: les pays qui auraient le plus à gagner de l’IA sont souvent ceux qui disposent le moins d’infrastructures pour y accéder.
Les nombreux outils d’IA ou les plateformes spécialisées dans l’agriculture, médecine, finance, tech et bien d’autres requièrent des appareils connectés fonctionnant en continu, des serveurs accessibles toutes les heures de la journée, et des réseaux stables. Autant de prérequis qui font défaut dans de nombreuses régions.
A côté de ces lacunes, pourtant existentielles, les gouvernements africains et les grandes entreprises tech continuent d’annoncer des stratégies nationales d'IA, des hubs d'innovation, des partenariats avec Google ou Microsoft, pendant qu'une large partie de la population subit des coupures d'électricité quotidiennes. Folli Herbert Amouzougan, spécialiste en informatique et praticien de la gouvernance de l'Internet et des politiques numériques au Togo, décrit ce décalage entre la rhétorique politique entourant l'IA et la réalité des infrastructures de base en Afrique subsaharienne :
Je qualifierai d'aberrant ce décalage entre les discours politiques sur l'IA et la réalité des infrastructures de base en Afrique subsaharienne. Je pense que ces déclarations sont semblables à un saut dans le vide et qu'il ne sert à rien de mettre la charrue avant les bœufs. Il m'est inconcevable de réaliser n'importe quelle prouesse technologique dans un pays sans assainir et stabiliser le secteur énergétique prioritairement et doter le pays en question d'infrastructures de base: un réseau électrique efficace, efficient et opérationnel couvrant au moins 95% du territoire. L'on ne peut construire une tour (IA) sans la bonne fondation (infrastructure énergétique et de connectivité).
Une connectivité à internet coûteuse et très lente
Si l’électricité est le premier verrou sous lequel ploient les projets innovants, l’accès à une mauvaise qualité de l’internet porte le coup fatal aux innovations. Ces deux éléments sont intimement liés. Alors que la pénétration de l’internet en Afrique connaît une évolution, la qualité et la vitesse du débit reste l’autre casse-tête auquel font face les populations africaines.
En 2024, l’Afrique subsaharienne a concentré 75 % de l’expansion mondiale en terme de couverture d’internet mobile, mais le taux de pénétration d’internet en zones rurales sur le continent reste parmi les plus faibles au monde. La qualité de l’internet pose des problèmes spécifiques pour les usages d’IA et cette latence élevée rend l’expérience utilisateur frustrante, voire inutilisable pour des applications temps réel.
La fiabilité de la connexion devient un autre facteur critique. Une session de travail avec un outil d’IA qui se coupe toutes les dix minutes faute de signal stable n’est pas viable pour un usage professionnel sérieux. Or, dans les zones péri-urbaines et rurales, ce type d’interruption reste la norme plutôt que l’exception.
Mais au-delà du taux d’accès brut, le coût relatif de la connectivité est un gros souci. Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, 1 Go de données mobiles peut représenter entre 2 % et 10 % du revenu mensuel moyen, ce qui rend l’usage intensif d’applications IA basées sur le cloud totalement prohibitif pour la majorité des habitants.
Des conséquences concrètes
Pour les startups et PME d’Afrique subsaharienne qui souhaiteraient intégrer l’IA dans leurs processus, les contraintes infrastructurelles créent un désavantage compétitif structurel. Il faut d’abord résoudre des problèmes d’accès à l’API d’OpenAI avant de penser à la prochaine étape. Ce handicap se traduit concrètement par des coûts plus élevés : connexions via VPN, utilisation de données mobiles coûteuses, des délais plus longs, et parfois une impossibilité totale d’accéder aux outils les plus avancés disponibles sur le marché mondial.
Si l’IA est également appelée à transformer l’éducation : personnalisation des parcours d’apprentissage, tuteurs virtuels, évaluation automatique, génération de ressources pédagogiques. Mais toutes ces promesses supposent un accès fiable à internet dans les établissements scolaires.
L’énergie solaire, une solution prometteuse mais partielle
Face à l’insuffisance des réseaux électriques centralisés, l’énergie solaire hors réseau s’est imposée comme une solution alternative dans de nombreuses communautés rurales. Des entreprises comme M-Kopa au Kenya, ou Bboxx dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, permettent à des ménages sans accès au réseau de bénéficier d’électricité solaire via des panneaux photovoltaïques et des systèmes de paiement à la carte.
Cependant, ces solutions ont leurs limites dans le contexte de l’IA. Les petits panneaux solaires alimentent efficacement des lampes, des téléphones portables, voire des petits appareils électroménagers. Mais ils ne suffisent pas nécessairement à alimenter en continu des ordinateurs performants, des routeurs Wi-Fi ou les serveurs locaux qui seraient nécessaires pour faire tourner des modèles d’IA en local.
Si l’IA s’apprête à redéfinir l’accès au savoir, à la santé, à l’emploi et à la gouvernance, la connectivité n’est plus seulement une question de confort : c’est une question d’équité et de droits fondamentaux.
Tant que des millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont pas accès à une électricité fiable et à internet à un coût raisonnable, le discours sur “l’IA pour tous” restera creux. Les solutions existent : énergie solaire, câbles sous-marins, modèles d’IA hors ligne, investissements publics et privés ciblés. Ce qui manque, c’est une volonté politique et économique à la hauteur des enjeux.
L’avenir de l’IA ne se jouera pas seulement dans les laboratoires de Google DeepMind ou d’Anthropic. Il se jouera aussi dans les salles de classe sans électricité du Niger, dans les centres de santé ruraux du Congo, et dans les startups de Nairobi qui innovent malgré tout vec les contraintes et la créativité que cela implique.
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La plupart des jeunes négligents doivent faire face à des études ou à une charge de travail très exigeantes sans bénéficier d'un soutien social ni de la présence de leur famille.
Capture d'écran de la boutique d'applications Chrome. Utilisée avec permission.
Une nouvelle application chinoise « Are You Dead Yet ? » a contre toute attente atteint le top de l'Apple store chinois en janvier 2026, conçue pour les personnes vivant seules afin de notifier leurs contacts d'urgence régulièrement.
Au vu du caractère direct de l'expression chinoise et du fait que la majorité des personnes qui téléchargent sont des jeunes, les analystes en affaires actuels ont souligné que le phénomène reflète l'anxiété croissante chez les jeunes que l'on nomme « “nids vides », un terme utilisé pour les jeunes citoyens vivant seuls. Ils sont une clé démographique dans le développement de ce que les experts appellent « l'économie solitaire ».
La créativité de l'application vient plus de son nom que de sa technologie. Il a été rapporté qu'il a fallu moins d'un mois aux trois personnes de l'équipe technologique pour concevoir et écrire le programme, comme la fonction de l'application est simple : les utilisateurs doivent soumettre au moins un contact d'urgence, enregistré comme alarme de vérification et doivent se manifester. Une fois qu'ils ont manqué deux pointages consécutifs, l'application alerte automatiquement les contacts d'urgence, et leur suggère de les contacter. Comme d'autres produits similaires sur le marché, l'application était est sortie pendant 6 mois avec peu de téléchargements jusqu'à ce que son nom accrocheur attire l'attention des utilisateurs des réseaux sociaux et fasse le buzz début janvier. Le 10 janvier, elle est entrée dans le top 10 des applications les plus téléchargées sur l'Apple store chinois.
La mort est toujours considérée comme tabou dans les conversations quotidiennes parmi les chinois, surtout au sein de l'ancienne génération. Cependant, pour la plus jeune génération, au lieu de demander « est-ce que tu vas bien ? », les amis peuvent se saluer avec un « es-tu mort ? » en particulier lorsque les temps sont difficiles.
Durant les jours, les développeurs ont dit que le nombre massif de nouveaux utilisateurs enregistrés a poussé la valeur de l'application à s'élever à 100 millions de yuans (environ 14,5 millions de dollars américains), alors que le coût du développement s'élevait à environ 1 000 RMB (145 USD). Les utilisateurs doivent payer 8 RMB (1,2 USD) pour le téléchargement.
Malgré sa popularité, le 13 janvier, le nom officiel de l'application a changé en « Demumu », pour avoir une connotation moins négative, un mouvement qui pourrait aider à empêcher un avis de retrait émis par les autorités chargées de la cyberadministration.
Les jeunes dont les parents sont partis
Mis à part le nom, à la différence des autres applications de sécurité conçues pour aider les personnes plus âgées qui vivent seules à se connecter aux services d'urgences médicales, « Es tu mort ? » cible la jeune génération. Il a été rapporté qu'en 2021, il y avait 125 millions de foyers solitaires en Chine, représentant 1/4 des 494 millions de foyers. Il a été estimé que le nombre total de foyers de personnes seules a augmenté de 92 millions, bien plus importante que celle des personnes âgées vivant seules.
Le nombre croissant de jeunes vivant seuls a conduit à l'émergence et à la propagation du terme en ligne « jeunes des nids vides » , sur les réseaux sociaux ces dernières années. Cela était le résultat d'une division urbaine-rurale dans le développement économique et social, de nombreux jeunes doivent déménager dans des villes de premier ou de deuxième rang pour leurs études ou leur travail, loin de leurs villes d'origine. La plupart doivent vivre seul dans des petits appartements et endurer la pression des études ou de la charge de travail, sans l'accompagnement familial ou un soutien social.
La société chinoise attend des jeunes qu'ils construisent leur propre nid et famille; cependant, de nombreux nids de jeunes restent vides, sans un.e conjoint.e et de descendants. Le nombre de mariages enregistrés en 2024 a chuté de 20 pour cent (6,1 millions). Bien qu'il y ait eu un rebond de 8,5 pour cent en 2025 dû à une série de politiques pro-familiales, la tendance à la baisse risque difficilement de s'inverser. Les dernières statistiques du gouvernement chinois montre que le taux de naissance dans le pays en 2025 a chuté de 5,63 pour cent pour 1 000 personnes, un bas record depuis l'établissement de la République populaire de Chine, pendant que le taux de mortalité a augmenté de 8,04 pour 1000 personnes, ce qui dépasse le taux de mortalité connu durant la pandémie de Covid-19.
L'économie de la solitude
Le fait que les jeunes s'abstiennent de construire une famille traditionnelle, est un phénomène mondial. Dans un commentaire sur l'application, a psychiatre chinois, Shi Yuxin, a expliqué sur Weibo que l'aspiration à l'autonomie de la jeune génération a atteint un niveau sans précédent, et que le mariage implique des compromis, responsabilités et la suppression du choix individuel ainsi que de la liberté. La vie en solo permet aux individus de contrôler leurs modes de vie, comment ils dépensent l'argent, le temps et l'énergie.
De plus, une particularité de la Chine, la culture de l'enfant unique dans les familles et le pessimisme suite à la crise sanitaire déclenché par le confinement et la récession de l'économie, dissuadent la jeune génération de fonder un foyer. Le psychiatre chinois a dit :
高压生活让人们害怕亲密关系中的冲突、内耗与承诺压力,选择独处成了规避情感风险的“安全策略”。
Le rythme effréné de la vie rend les gens craintifs face aux conflits, à l'épuisement émotionnel et aux contraintes liées à l'engagement dans les relations intimes, ce qui conduit nombre d'entre eux à choisir la solitude comme « stratégie de sécurité » pour éviter les risques émotionnels.
Au même moment, les jeunes dans les nids vides ont toujours besoin de compagnie, de soin et de soutien social. Une étude de 2022 a montré que parmi les jeunes femmes vivant seules , 42,9 pour cent ne se sentaient pas en sécurité la nuit, car elles sentaient que la sécurité dans les zones résidentielles était inadéquate. Pendant que 17,8 pour cent des jeunes vivant seuls se retrouvaient sans un grand soutien quand ils avaient des accidents ou étaient malades.
Un blogueur chinois, Wen Xiujia, a aussi fait remarquer que « Es déjà tu mort? » a fait appel à la psychologie des jeunes insécures, qui ne veulent pas perturber les autres, mais souhaitent que quelqu'un fasse attention à eux quand ils en ont besoin. Il a déclaré que les familles chinoises conventionnelles ne répondent pas à ces besoins affectifs :
La fonctionnalité de « check-in » quotidien de « Are You Dead Yet ? » offre une forme de « garantie de sécurité sans interruption » : pas de contacts fréquents ni de salutations polies et rituelles, juste un simple clic pour ajouter une couche de sécurité numérique à la vie en solitaire. Cette conception, qui permet aux utilisateurs d’« être vus sans déranger les autres », répond précisément aux difficultés rencontrées par les jeunes d’aujourd’hui dans leur vie sociale. Le prix de 8 RMB correspond à une dépense émotionnelle pour la « tranquillité d’esprit ».
De telles anxiétés et de tels besoins chez la population vivant seule a conduit l'expansion de l'économie de la solitude, comprenant le commerce animalier, les services d'escorte, les conseils en ligne, des appartements avec services hôteliers et autre. D'après les rapports des médias locaux, le secteur de l'économie de la solitude a contribué à hauteur de 7 920 milliards de yuans (1 130 milliards de dollars) au PIB du pays en 2025.
Cependant, comme certaines critiques ont souligné, ce genre de « solitude » est une forme d'aliénation causée par les politiques qui réduisent les espaces publics, les longues heures de travail, et la technologie et les médias qui crée un sentiment superficiel de sociabilité qui connecte les gens à la consommation et à des clans idéologiques plutôt que de véritables liens humains. La Chine est connue pour son système de travail 996 : 9 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, 6 jours par semaine, et il est courant que les employeurs utilisent des applications de messagerie pour attribuer des tâches professionnelles en dehors des heures de travail et pendant les jours fériés.
Un blogueur vidéo sur Weibo, Pi Xiu’s Perspective a exhorté son public à ne pas considérer l’application comme une plaisanterie de mauvais goût, mais à voir ses utilisateurs comme de vraies personnes :
你以为下载的人都是猎奇?其实他们的心态复杂到离谱
有人用荒诞对抗焦虑,加班到深夜打开APP,看到“熬夜可能活不过60”的预警,吓得立刻预约体检
有人在写十年后给家人的留言时,边写边哭,突然反思自己是不是太忙了,忙到忘了好好生活
还有人更扎心,连紧急联系人都不知道填谁,下载只是为了求个“至少有人知晓”的心理慰藉
Pensez-vous que les gens téléchargent l'application par simple curiosité ? En réalité, leur état d'esprit est très complexe :
Certains combattent leur anxiété par l'absurdité : alors qu'ils travaillent tard dans la nuit, ils ouvrent l'application et voient un avertissement : « Rester éveillé tard peut réduire votre espérance de vie à moins de 60 ans. » Terrifiés, ils prennent immédiatement rendez-vous pour un bilan de santé.
D'autres pleurent en écrivant des lettres à leur famille dans dix ans, alors qu'ils commencent à se demander : « Suis-je tellement occupé que j'en ai oublié de profiter de la vie ? »
D'autres sont confrontés à une douleur plus profonde — ayant du mal à désigner un contact d'urgence, ils téléchargent l'application simplement pour le réconfort psychologique de savoir qu'« au moins quelqu'un sera au courant ».
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Les outils d’IA rendent les campagnes plus efficaces pour tous les candidats
Illustration réalisée par Tactical Tech, avec des éléments visuels de Yiorgos Bagakis et Alessandro Cripsta, utilisés avec autorisation.
Ce billet fait partie de la série « Coup de projecteur » d’avril 2026 de Global Voices, intitulée « Human perspectives on AI ». Cette série propose un éclairage sur la manière dont l’intelligence artificielle est utilisée dans les pays du Sud global, sur les effets de son usage et de sa mise en œuvre sur les communautés locales, ainsi que sur ce que cette expérimentation de l’IA pourrait signifier pour les générations futures, entre autres. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.
Cet article a été rédigé par Safa Ghnaim en collaboration avec le Goethe-Institut Brésil et a été initialement publié sur DataDetoxKit.org. Une version éditée est republiée par Global Voices dans le cadre d’un accord de partenariat.
Pendant une élection, on peut avoir l’impression que les candidats politiques sont partout, tout le temps, s’exprimant sur tous les sujets qui vous concernent. Mais comment les politiciens et autres influenceurs semblent-ils savoir quels messages vous voulez voir et entendre — et même quand et où vous souhaitez les voir ?
Le smartphone que vous tenez dans la paume de votre main peut parfois ressembler à une boule de cristal. Mais, tout comme un faux voyant habile utilise des indices vous concernant pour vous dire ce que vous voulez entendre, les partis politiques peuvent exploiter vos données personnelles pour vous cibler avec les messages les plus susceptibles de vous convaincre. Les données personnelles ont été utilisées lors d’élections dans le monde entier, notamment au Chili, en Georgie, en Inde, en Italie, au Kenya, en Malaisie, au Nigéria, et aux États-Unis.
Aujourd’hui, des entreprises expérimentent des outils d’intelligence artificielle (IA) pour aider les campagnes à rendre leurs messages et leur ciblage encore plus efficaces, convaincants et omniprésents — pour les candidats que vous soutenez comme pour ceux que vous n’appréciez pas.
Qui a le pouvoir d’influencer ?
Nous recevons en permanence des messages directs et indirects, des incitations et des suggestions, en ligne comme hors ligne, qui peuvent influencer nos opinions, nos comportements et nos actions. En réalité, l’influence peut s’exercer de multiples façons et par divers moyens ; elle n’est pas nécessairement négative, mais il est important d’en être conscient.
Si le terme « influenceur » désigne généralement des personnalités des réseaux sociaux ayant un grand nombre d’abonnés (sur Instagram, TikTok ou YouTube, par exemple), beaucoup d’autres personnes ont aussi le pouvoir d’influencer. Les influenceurs peuvent également être des figures publiques, comme des célébrités ou des présentateurs de journaux télévisés. Leur influence se manifeste à travers leurs choix de mots, leurs vêtements et leurs images, ainsi que par les sujets qu’ils mettent en avant et auxquels ils accordent de l’attention.
L’« influence » ne se manifeste pas uniquement sur des applications de réseaux sociaux comme Instagram et TikTok, mais aussi à travers l’affichage des premiers résultats sur des moteurs de recherche comme Google, les systèmes de recommandation qui suggèrent la prochaine vidéo ou publication, ainsi que par l’angle choisi dans certains titres d’actualité dans les médias. Des messages influents peuvent également être diffusés via des applications de messagerie populaires comme WhatsApp.
Un homme ou une femme politique constitue aussi un type d’« influenceur » capable d’exercer une influence considérable, y compris en période électorale. Les campagnes politiques investissent des sommes importantes pour atteindre des électeurs potentiels, au point qu’il existe toute une industrie dédiée à l’identification et au ciblage de groupes spécifiques. En réalité, plus de 500 entreprises spécialisées dans la persuasion politique fondée sur les technologies ont été recensées. Cela signifie qu’elles vendent leurs services à des responsables politiques et à des campagnes électorales, en affirmant pouvoir influencer vos opinions — et votre vote.
Les entreprises actives dans la persuasion politique expérimentent l’intelligence artificielle à grande échelle afin de rendre les méthodes d’influence traditionnelles encore moins coûteuses, plus rapides, plus convaincantes et davantage automatisées. Cela rend ces pratiques encore plus opaques, moins transparentes et plus difficiles à encadrer. Le secteur est en plein essor et les gains financiers sont considérables.
Utiliser l’intelligence artificielle pour capter l’attention
Il ne vous surprendra sans doute pas d’apprendre que les mêmes techniques utilisées pour vous vendre des produits servent aussi à obtenir votre vote. Mais vous pourriez être étonné de voir à quel point les méthodes numériques employées sont nombreuses, d’autant plus qu’elles sont difficiles à reconnaître. Des informations peuvent être collectées à partir des termes que vous saisissez dans un moteur de recherche comme Google ou Bing. Avec des outils comme ChatGPT, des requêtes encore plus avancées et détaillées peuvent révéler davantage d’éléments sur qui vous êtes et sur ce qui vous importe.
Les entreprises spécialisées dans l’influence politique développent de nouvelles techniques pour convaincre les électeurs, collecter des fonds et encourager la participation électorale, et avec l’IA, les possibilités d’optimisation sont encore plus vastes. « L’industrie de l’influence » dispose d’innombrables outils de persuasion reposant sur l’intelligence artificielle, qui deviennent de plus en plus efficaces et nombreux au fil du temps, atteignant des millions de personnes. En vous exposant à certaines de ces méthodes et en vous y familiarisant, vous pourrez mieux comprendre comment cette industrie agit à grande échelle.
Les méthodes de persuasion politique évoluent et se développent au rythme des avancées technologiques. Voici quelques-unes de ces méthodes à découvrir.
L’IA peut être utilisée pour créer un contenu ciblé : plutôt que de s’adresser à de larges groupes de personnes sur la base de caractéristiques générales communes, les outils alimentés par l’IA permettent de micro-cibler automatiquement des individus d’une manière qui correspond le mieux à chacun.
L’IA peut aussi être utilisée pour effectuer le travail des partis politiques : certaines entreprises proposent aux partis politiques des outils d’IA capables de rédiger des discours pour les candidats, des messages aux électeurs, voire de concevoir des stratégies de campagne complètes. Si cela peut rendre la production de messages plus « efficace », cela soulève aussi des questions, notamment sur le degré de supervision humaine de ces nouveaux outils et sur les risques d’ingérence.
L’IA peut également servir à rendre un candidat politique plus séduisant, plus jeune et plus dynamique : des « avatars numériques » d’un candidat peuvent être générés à partir d’un simple échantillon de sa voix et de son image, puis utilisés pour créer des messages personnalisés s’adressant à un électeur potentiel par son nom ou dans sa langue ou son dialecte. Ces messages générés par IA peuvent être si convaincants qu’ils brouillent la frontière entre le « vrai » politicien et son avatar.
Que pensez-vous de l’utilisation de l’IA par les responsables politiques pour accomplir leur travail et atteindre les électeurs ? Quel type d’informations ou d’étiquettes aimeriez-vous voir pour pouvoir distinguer ce qui est réel de ce qui est produit par l’IA ?
Persu(IA)sion en performance
L’utilisation des réseaux sociaux et des outils d’IA par les candidats politiques ou leurs équipes dans leurs campagnes n’est pas seulement une vision futuriste — c’est une pratique actuelle. L’année 2024 a été une année politique majeure, marquée par de nombreuses élections à travers le monde, et l’usage de l’IA dans les campagnes électorales a fait la une des médias. En 2024, plusieurs cas ont été observés.
Un candidat au Congrès américain a publié sur ses réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on entendait ce qui semblait être la voix du défunt Dr Martin Luther King Jr. lui apportant son soutien — mais il s’agissait en réalité d’un clone vocal généré par IA, ce qui a suscité de vives réactions négatives. Des images générées par IA de la chanteuse américaine populaire Taylor Swift soutenant la candidature de Donald Trump à l’élection présidentielle ont été diffusées, et partagées par Donald Trump lui-même. Un appel automatisé généré par IA aux États-Unis, imitant le président Joe Biden, a également conseillé à des milliers d’électeurs de ne pas participer aux élections primaires. Cela a provoqué une grande confusion jusqu’à ce qu’il soit révélé qu’il s’agissait d’une supercherie.
Bien que le politicien pakistanais Imran Khan soit en prison et interdit de se présenter aux élections, son équipe de campagne a pu utiliser de vieilles images et des enregistrements vocaux clonés pour donner l’impression qu’il prononçait des discours. Les vidéos étaient étiquetées « voix IA autorisée ». Il n’est pas clairement établi s’il a participé à la rédaction ou à la validation de ces discours. Lors des élections de 2024 en Indonésie, l’utilisation d’avatars numériques générés par IA a occupé une place centrale, notamment pour capter l’attention des jeunes électeurs. Le candidat Prabowo Subianto a utilisé un avatar numérique attachant sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, et a réussi à complètement reconfigurer son image publique pour remporter la présidence ; rien ne laissait deviner qu’il avait été accusé de graves violations des droits humains.
Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont l’IA façonne l’influence politique dans le monde. Votre responsable politique local a-t-il utilisé l’IA dans ses campagnes ?
Un regard dans les coulisses
Ce n’est pas parce qu’un contenu généré par l’IA semble réaliste et convaincant qu’il l’est forcément. Si vous voyez en ligne ou dans votre fil d’actualité quelque chose de choquant, étrange ou particulièrement inhabituel, il est possible que des outils d’IA générative aient été utilisés pour le créer ou le modifier, même si cela reste difficile à détecter à l’œil nu.
Les images, vidéos et textes en ligne qui suscitent des émotions intenses comme la peur, le dégoût, la surprise, la colère ou l’anxiété sont ceux qui ont le plus de chances de devenir viraux. Ce type de contenu fortement émotionnel est aussi un moyen efficace d’obtenir des clics et de diffuser de la désinformation — et les outils d’IA peuvent contribuer à amplifier cette viralité. Soyez attentif à vos réactions et considérez ces émotions comme un signal indiquant qu’il est nécessaire de prendre davantage de temps pour vérifier si ce que vous voyez ou lisez est fiable. Par exemple, si vous voyez une vidéo d’un candidat politique disant ou faisant quelque chose qui vous alerte, faites des recherches supplémentaires pour vérifier son authenticité ou pour voir si elle a déjà été identifiée comme une désinformation générée par IA.
Vous pouvez vous appuyer sur certaines organisations internationales, comme le International Fact-Checking Network, pour identifier les sources qui prennent un soin particulier à vérifier les informations qu’elles publient. Sur la page des signataires, recherchez votre pays pour voir quelles sources figurent dans la liste.
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À Minneapolis, l’augmentation des attaques visant les populations latino perturbe l’accès aux soins liés au VIH.
Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
Par Sam Donndelinger et Cameron Oakes
Cet article de Uncloseted Media a été rédigé en collaboration avec Rewire News Group, un média à but non lucratif spécialisé dans le journalisme d'investigation sur la santé sexuelle et reproductive, les droits et la justice. Il est republié ici dans le cadre d’un partenariat de partage de contenu avec Global Voices.
Pendant deux semaines, Albé Sanchez n’a pas quitté son domicile, situé dans le sud de Minneapolis.
« [J’ai été] contraint·e de passer en mode survie », a déclaré Sanchez à Uncloseted Media et Rewire News Group (RNG). « J’avais l’impression qu’un mur invisible me séparait [du monde extérieur], que je ne pouvais franchir qu’au prix d’un risque réel : celui de ne peut-être pas pouvoir revenir. »
Queer et mexicano-américain·e, Sanchez redoutait d’être pris·e pour cible par les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) présents dans son quartier, bien qu’iel soit citoyen·ne américain·e.
Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
« Chaque jour représente un risque », explique-t-iel, ajoutant que même avec des papiers en règle, correspondre à un certain profil suffit à faire de vous une cible, au point de rendre angoissant le simple fait d’aller travailler ou faire des courses.
Sanchez, professionnel·le de la santé sexuelle de 30 ans, prend depuis plus de dix ans une PrEP orale, un traitement préventif quotidien contre le VIH. Mais le stress croissant lié aux opérations de l’ICE a rendu plus difficile le suivi de ce traitement.
« Une dose oubliée ci et là m’a poussé à prendre rendez-vous [pour trouver une solution plus durable] », explique-t-iel.
Sanchez indique s’être senti·e soutenu·e par le personnel de sa clinique locale. Située à seulement dix minutes en voiture de son lieu de travail, celle-ci lui était familière grâce à de précédentes consultations et actions communautaires. Iel savait pouvoir y trouver du personnel hispanophone ainsi que des professionnel·le·s de santé d’origine latino-américaine. Cependant, tout le monde n’a pas eu la même facilité d’accès aux soins.
Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
Début décembre, l’ICE a lancé l’opération Metro Surge, une vaste campagne au cours de laquelle plus de 3 000 agents ont investi les rues du Minnesota, supposément pour atteindre les objectifs de déportation fixés par le président des États-Unis, Donald Trump. L’opération a été marquée par la controverse, des erreurs flagrantes, un manque de contrôle et des violences à l’encontre des civils, souvent avec des conséquences terrifiantes, voire mortelles.
Depuis lors, de plus en plus de patients latino-américains du Minnesota retardent ou annulent des soins essentiels, qu’il s’agisse de prévention ou de traitement du VIH.
Ces constats sont particulièrement préoccupants pour les communautés latines. En effet, depuis 2023, celles-ci ont 72 % plus de risques que la population générale des États-Unis d’être diagnostiquées séropositives. Et si le nombre global d’infections a diminué, les cas chez les Latinos ont augmenté de 24 % entre 2010 et 2022.
« Je crains fortement qu’il y ait une forte recrudescence de la transmission », déclare Alex Palacios, spécialiste de la santé communautaire dans la région de Minneapolis.
Dans une déclaration de janvier 2026, dans le cadre d’un procès visant à mettre fin à l’opération Metro Surge après qu’un agent de l’ICE ait tué Renee Nicole Good, une passante non armée, le commissaire du Minnesota Department of Health a indiqué que le dépistage du VIH au sein des populations latinos a « chuté de manière drastique » et que « bien que le personnel des subventions continue de se rendre dans la communauté pour promouvoir et réaliser les tests, les habitants ne se présentent pas ».
Les cliniques locales font état de la même situation. The Aliveness Project, un centre de bien-être communautaire de Minneapolis spécialisé dans les soins liés au VIH, a déclaré à Uncloseted Media et RNG avoir constaté une baisse de plus de 50 % du nombre de nouveaux patients. La clinique accueille un grand nombre de patients latino-américains, ainsi que des patients sans papiers. Alors qu’elle accueille habituellement 750 personnes chaque semaine, elle a enregistré 100 personnes de moins par semaine depuis décembre, selon le personnel.
Red Door, la plus grande clinique spécialisée dans les IST et le VIH du Minnesota, a constaté une « légère augmentation » des absences et des rendez-vous manqués depuis décembre.
Sanchez reçoit des soins à Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
Que se passe-t-il en cas d'arrêt du traitement ?
Aujourd’hui, il existe de nombreux médicaments permettant de prévenir le VIH, ainsi que des dizaines d’autres pour le traiter une fois qu’une personne est testée positive. De nombreuses personnes qui prennent leur traitement de manière régulière présentent des charges virales si faibles qu’elles ne peuvent pas transmettrele virus par voie sexuelle. Mais pour atteindre une charge virale indétectable, les patients doivent poursuivre leur traitement ; sinon, le virus se réplique et mute, affaiblissant le système immunitaire et augmentant le risqued’infections potentiellement mortelles.
« Si les patients ne prennent pas leurs médicaments de manière régulière, le VIH peut s'adapter au traitement et y devenir résistant. Si cela se produit, le médicament n'aura plus d'effet sur le patient, et le nouveau virus résistant pourrait potentiellement être transmis à d'autres personnes », explique George Froehle, assistant médical et prestataire de soins chez Aliveness Project. « L'observance thérapeutique est l'un des aspects les plus importants de la prise en charge du VIH. »
Pour maintenir les soins et empêcher la propagation de souches dangereuses et incontrôlables dans le Minnesota, les équipes d’Aliveness Project ont commencé à livrer les médicaments aux patients quand c’est possible, à proposer la téléconsultation, et à mettre en pause certains examens de routine afin de limiter les rendez-vous en présentiel.
« Du point de vue de la santé publique, notre priorité est de maintenir les personnes infectées à un niveau de charge virale indétectable afin qu’elles ne transmettent pas le virus », ajoute Froehle, précisant que les professionnels de santé dans d’autres villes ciblées par l’ICE devront prévoir des solutions pour les rendez-vous d’injection manqués, basculer vers la téléconsultation et préparer leurs équipes au « traumatisme qui pourrait en résulter ».
Sanchez reçoit des soins à Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
Connaissant les risques liés à une prise irrégulière, Sanchez a opté pour le traitement préventif injectable.
« Je suis très exposé·e [au VIH dans ma communauté] », explique Sanchez. « Avec tant d’incertitudes quant à l’avenir et à la stabilité des soins contre le VIH, j’ai réalisé que je ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. »
Cependant, les traitements injectables contre le VIH sont généralement administrés à des intervalles de deux semaines à six mois, et le médicament doit être injecté en clinique, un cadre que de nombreux patients évitent, selon les professionnels de santé.
« Ils disposent d’une fenêtre de deux semaines pour recevoir leur injection », précise Froehle. Il ajoute que, par crainte de se rendre en consultation, les patients ont dû être retirés des traitements injectables contre le VIH. En conséquence, certains sont revenus à des traitements oraux, sans bénéficier du suivi médical habituellement assuré en l’absence de l’ICE à Minneapolis. « [Les traitements oraux] n’étaient pas très efficaces [pour ces patients] au départ, et c’est pourquoi ils sont passés aux médicaments injectables. »
Les médicaments oraux contre le VIH doivent eux aussi être pris de manière régulière pour être efficaces. Face à cette situation, les professionnels de santé ont exhorté les patients à garder leurs médicaments sur eux en permanence, au cas où ils seraient expulsés ou placés en détention.
Cette mise en garde n'est pas infondée. Les centres de détention fédéraux pour migrants des États-Unis sont connus pour refuser des soins médicaux adéquats aux personnes vivant avec le VIH, malgré des normes internes qui les obligent à s’y conformer. Depuis 2025, au moins deux hommes séropositifs ont été privés d’accès à leur traitement dans une prison de Brooklyn, selon des recours judiciaires obtenus par THE CITY. L’un d’eux affirme n’avoir reçu ses médicaments qu’après l’apparition de lésions graves, notamment des fissures aux lèvres et une pustule ouverte à la jambe. En janvier 2025, un autre homme est décédé de complications liées au VIH alors qu’il était détenu par l’ICE en Arizona.
Outre le fait d’être détenus sans traitement médical approprié, les patients encourent le risque d’être expulsés vers des pays où l’accès aux soins liés au VIH est limité, comme le Honduras et le Venezuela, soulignent les experts.
« Beaucoup d’hommes [originaires du Venezuela] ont déclaré avoir quitté leur pays en raison de l’insécurité liée à leur homosexualité et de leurs difficultés à accéder aux soins contre le VIH », explique Froehle. « C’est quelque peu déchirant de voir ces nouveaux arrivants confrontés non seulement au risque d’expulsion, mais aussi à un retour vers des lieux où ils ne se sentaient pas en sécurité, ni sur le plan médical ni sur celui de leur identité. »
« Certains de ces patients mourront dans leur pays d’origine », déclare Anna Person, présidente de la HIV Medicine Association. « C’est une condamnation à mort. »
Une « catastrophe en cascade »
Alors que la présence de l’ICE fragilise le système de prise en charge du VIH mis en place à Minneapolis au fil des décennies, les experts rappellent que les communautés latino ont toujours été ignorées par ce dispositif dans la ville.
Vincent Guilamo-Ramos, directeur exécutif de l’Institute for Policy Solutions à la Johns Hopkins University School of Nursing, décrit la situation du VIH dans ces communautés comme une « catastrophe en cascade », résultat d’inégalités accumulées au fil des années.
« Il existe une crise invisible chez les Latinos qui n’a jamais vraiment été prise en compte », explique-t-il. « Le nombre de nouvelles infections n’a cessé d’augmenter, alors qu’il diminue à l’échelle nationale… Cela devrait constituer un signal d’alarme majeur. »
Cette hausse s’explique par des obstacles structurels, ainsi que par une stigmatisation qui empêche les Latinos d’accéder aux soins. Un rapport de 2022 des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a révélé qu’entre 2018 et 2020, près d’un Hispanique sur quatre vivant avec le VIH a déclaré avoir été victime de discrimination dans les établissements de santé. Selon Guilamo-Ramos, le manque de diversité parmi les soignants, les barrières linguistiques et une méfiance profondément enracinée envers le système médical compliquent davantage l’accès aux soins.
Au-delà du système médical, la stigmatisation au sein des communautés latino peut être tout aussi préjudiciable. D'après les données de la Human Rights Campaign, plus de 78 % des jeunes LGBTQ latinos ont déclaré avoir été victimes d’homophobie ou de transphobie au sein de leur communauté en 2024.
Sanchez devant les locaux de l’Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
Sanchez affirme que la stigmatisation et les préjugés constituent de réels obstacles à l’accès aux soins, en évoquant les normes de genre strictes et les croyances catholiques qui prévalent dans de nombreuses communautés latino. Iel estime que la présence de l’ICE fragilise encore plus un accès aux soins du VIH déjà précaire.
« Cela a causé énormément de tort », explique Sanchez. « Ne pas pouvoir se rendre à ses rendez-vous médicaux, c’est un véritable coup de poignard dans le dos. … Gérer toutes ces situations dans des circonstances normales est déjà extrêmement difficile. »
Palacios, une personne afro-latine vivant avec le VIH, affirme que la présence accrue de l’ICE aggrave les obstacles qui, depuis longtemps, compromettent l’accès de la communauté latino aux soins liés au VIH.
« L’avenir a toujours été sombre et incertain », dit Palacios. « Cela s’ajoute à une liste déjà longue de combats à mener. »
Retour en arrière
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, l’accès aux soins liés au VIH s’est considérablement compliqué, le gouvernement fédéral ayant fortement réduit les financements consacrés à la lutte contre le virus, compromettant ainsi des décennies de progrès dans ce domaine.
En février 2026, trois mois après le lancement de l’opération Metro Surge, l’administration Trump a proposé de réduire de 600 millions de dollars les subventions liées au VIH, ciblant quatre États démocrates, dont 42 millions de dollars pour les programmes du Minnesota. Un juge fédéral a temporairement bloqué ces coupes budgétaires.
« Cette mesure anéantirait tous nos efforts de prévention du VIH », déclare Dylan Boyer, directeur du développement à Aliveness Project. « C'est la réalité dans laquelle nous vivons. »
« Nous disposons de tous les outils nécessaires, et pourtant nous assistons à un démantèlement des infrastructures, des financements alloués à la recherche, des efforts de prévention et de traitement, qui vont nous ramener carrément dans les années 1980 », déclare Person, spécialiste du VIH reconnu au niveau national, originaire du Minnesota. « Franchement, [il] n’y a aucune autre explication que la cruauté, puisqu’il n’existe aucune justification scientifique. »
Réparation et représentativité
Selon Jenny Harding, directrice du développement d’un programme de logement accompagné pour les personnes vivant avec le VIH dans la région de Minneapolis, même si la présence de l’ICE s’atténue dans les Twin Cities, « le mal est déjà fait ».
Selon Person, il faudra du temps pour réparer la situation, notamment entre le corps médical et les patients, la relation étant souvent « très fragile ».
« Il faut parfois des années pour instaurer ce niveau de confiance. Et je crains que certains, se sentant vulnérables face à un système qui ne les défend pas, n’abandonnent l’idée de revenir, » explique-t-elle. « Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que tout revienne à la normale. »
« Nous devons demander des comptes au gouvernement fédéral, en particulier au HHS [Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis]. Il est essentiel de garantir le maintien des financements dédiés à la lutte contre le VIH », déclare Guilamo-Ramos. Il souligne que la réduction des taux d’infection dans les communautés latines passe par des actions ciblées : la mise en place de professionnels de santé bilingues et sensibilisés aux spécificités de la culture locale, des programmes sociaux ciblant les zones les plus à risque, des initiatives visant à restaurer la confiance envers le système médical, des cliniques mobiles, ainsi que des dispositifs spécifiques pour réengager les patients ayant interrompu leur suivi.
Au cours des dernières semaines, le nombre de patients d’Aliveness Project a commencé à augmenter à mesure que les opérations de l’ICE diminuaient. Cependant, le personnel de la clinique reste « vigilant » et signale qu’il est « difficile d’entrer en contact avec des personnes naturellement effrayées par les opérations en cours ».
« Notre priorité absolue en ce moment est de renouer le contact avec les patients grâce à nos actions de sensibilisation, afin que personne ne subisse d’interruption de traitement ou de prévention », explique Boyer
Sanchez dans les locaux d’Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.
La présence de professionnels de santé hispanophones et d’origine latine à l’Aliveness Project a permis à Sanchez de se sentir en confiance, de prendre contact et de fixer un rendez-vous malgré les risques.
« Il existe de nombreux endroits, ici dans les Twin Cities, où l’on peut recevoir des soins sans jamais voir quelqu’un qui nous ressemble. … Beaucoup de professionnels de santé ont encore, malheureusement, des préjugés. … Aliveness, c’est tout le contraire », explique Sanchez. « Voir cette diversité et savoir que quelqu'un comprend votre contexte culturel, surtout dans ces moments délicats, c’est crucial. »
Cet article a été rédigé avec le soutien de MISTR, une plateforme de téléconsultation offrant un accès gratuit en ligne à la PrEP, au DoxyPEP, aux tests de dépistage des IST, au dépistage et au traitement de l’hépatite C, ainsi qu’à un suivi à long terme du VIH aux États-Unis. MISTR n’a exercé aucune influence éditoriale sur le contenu de cet article.
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Son cas a suscité un débat public sur les conditions d'accès des détenus aux soins médicaux
Ekachai Hongkangwan. Photo de Yostorn Triyos (Realframe). Source: Prachatai, partenaire de contenu de Global Voices. Utilisée avec permission.
Cet article a été publié par Prachatai, un site d'information indépendant thaïlandais. Une version éditée a été republiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu.
Ekachai Hongkangwan est un citoyen ordinaire qui a soudain émergé comme une “figure secrète” sur la scène politique thaïlandaise après le coup d'Etat de 2006, lequel a non seulement remodelé le cours de la politique thaïlandaise, mais a aussi bouleversé sa vie de manière irréversible. Bien qu'il ait été arrêté à plusieurs reprises et confronté à de nombreuses menaces de mort pour ses actes symboliques de résistance, Ekachai est resté infatigable dans la poursuite de son activisme.
La détérioration de son état de santé en détention met en lumière un débat plus large: l'accès aux soins médicaux — un droit humain fondamental — trop souvent inaccessible aux prisonniers en Thaïlande. La situation est d'autant plus critique pour les “prisonniers d'opinion,” emprisonnés simplement pour avoir critiqué ou défié les autorités.
20 ans de parcours d'Ekachai
Après avoir obtenu son diplôme dans une université privée, Ekachai gagnait sa vie en vendant des tickets de loterie sur internet, mais le coup d'Etat de 2006 a bouleversé son existence. Sa seule source de revenus a disparu lorsque le projet de loterie en ligne a été annulé.
Auparavant peu intéressé par la politique, Ekachai s'est progressivement engagé et a commencé à s'y former, tant en thaï qu'en anglais.
Il a attiré l'attention pour la première fois le 11 mars 2011, après avoir été arrêté lors d'une manifestation organisée par les “Daeng Siam” (les Chemises rouges), un groupe dirigé par le critique politique thaïlandais Surachai Sae-dan, aujourd'hui porté disparu.
Cet incident a conduit à sa première inculpation en vertu de loi thaïlandaise draconienne sur la diffamation royale, qui interdit aux citoyens de critiquer la famille royale. Cette inculpation reposait sur deux éléments qu'il vendait lors de la manifestation : le DVD d'un documentaire réalisé par le média australien ABC traitant de la politique thaïlandaise, évoquant des rumeurs concernant le prince héritier, aujourd'hui le roi Vajiralongkorn, ainsi qu'un ensemble de documents WikiLeaks .
Ekachai a révélé que son intention été simplement de diffuser aux Thaïlandais des informations présentées sous la perspective des médias étrangers, afin qu'ils puissent comprendre comment la Thaïlande était perçue à l'international. De plus, à l'époque, la société thaïlandaise était profondément divisée, et il estimait que les médias ne remplissaient pas leur devoir.
Ekachai a passé deux ans à se battre dans sa première affaire de diffamation envers la royauté. Il a obtenu une libération provisoire pendant la durée du procès. Cependant, le 28 mars 2013, il a été condamné à deux ans et quatre mois de prison ferme. En 2015, La Court suprême a annulé le verdict initial et prolongé sa peine de quatre mois supplémentaires.
Après sa libération, Ekachai est resté actif à travers ses écrits. Son travail allait de recherches historiques à une série de propositions de réformes militaires, ainsi qu'à des mémoires sur sa vie en prison.
Il n'a pas abandonné son engagement, même alors que la répression politique s'intensifiait sous le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), la junte militaire qui a dirigé la Thaïlande de mai 2014 à juillet 2019, à la suite du coup d’État de 2014. Pendant une grande partie de son règne, le NCPO a instauré la loi martiale et cherché à faire taire les critiques et les opposants. Au cours de cette période, la campagne la plus marquante d'Ekachai fut son combat pour l'ouverture d'une enquête sur le scandale des montres de luxe impliquant Prawit Wongsuwan, ancien ministre de la Défense et Vice-président du NCPO. Il menait son militantisme avec un style personnel bien à lui.
Entre 2017 et 2019, il a été physiquement agressé et menacé de mort à six reprises, sa voiture a également été incendiait à deux reprises. Selon des avocats thaïlandais défenseurs des droits humains, Ekachai a été inculpé dans 30 affaires, dont la plupart ont été jugées. Il a été incarcéré sept fois.
Il a révélé en 2019 que son approche du militantisme différait de celle des mouvements de protestation traditionnels. L'ancienne méthode, consistant à mobiliser des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, s'est soldée par une répression violente. Selon lui, les grandes manifestations étaient difficiles à contrôler.
“Donc l'activisme ne doit pas se limiter uniquement aux rassemblements. Les résultats des élections ont déjà clairement montré que les gens ne soutiennent plus les manifestations de grande envergure qui implique la fermeture des rues. Nous devons trouver d'autres moyens. Je préfère agir seul et faire la une de l'actualité,” a déclaré Ekachai.
Sa dernière arrestation, en 2020, a mis en lumière un autre problème majeur. Ekachai a été inculpé en vertu de l'article 110 du Code pénal, réprimant tout acte de violence portant atteinte à la liberté de la Reine. Les procureurs n'avaient pas retenu cette accusation contre quiconque depuis des décennies — elle a été “appliquée pour la première fois dans l'histoire moderne,” selon des avocats thaïlandais défenseurs des droits humains (TLHR). La peine est très lourde et peut aller de 16 à 20 ans de prison jusqu'à la réclusion à perpétuité, que l'infraction ait été commise ou simplement tentée.
Cette affaire repose sur une manifestation qui s'est déroulée le 14 octobre 2020, alors qu'une mobilisation massive pro-démocratique, menée pas des jeunes, éclatait à travers le pays. Ce jour-là, les manifestants se sont rassemblés devant l'emblématique Monument de la Démocratie à Bangkok avant de marcher vers le siège du gouvernement.
Certains manifestants, arrivés plutôt, attendaient aux abords du bâtiment gouvernemental. Le cortège de la Reine passait au même moment. Ils n'ont ni bloqué le cortège ni lancé d'objets sur les véhicules, et sont pourtant inculpés d'actes de violence portant atteinte à la liberté de la Reine.
Selon la police, cette route ne faisait pas partie de l'itinéraire habituel du cortège, mais celui-ci l'a choisi en dépit des recommandations d'emprunter des voies alternatives, la manifestation se déroulant à proximité du siège du gouvernement.
Aucune annonce n'a été faite. Les informations dont disposaient les responsables, à travers les différentes agences et niveaux opérationnels, variaient considérablement. Un officier chargé du contrôle de la foule a même témoigné qu'il avait été informé moins de cinq minutes avant l'arrivée du cortège royal.
Le 28 juin 2023, le tribunal de première instance a acquitté Ekachai et les autres militants, estimant que l'incident résultait d'un malentendu causé par la police. Deux ans plus tard, cependant, la cour d'appel a annulé le verdict initial, jugeant que les manifestants étaient conscients du passage du cortège royal et entendaient le bloquer.
Quatre accusés ont été condamnés à 16 ans de prison, tandis qu’ Ekachai a écopé de 21 ans et quatre mois en raison de sa précédente condamnation pour diffamation royale. Il est désormais détenu depuis six mois.
La santé d'Ekachai s'est détériorée en prison. Il souffre d'une hypertrophie de la prostate et d'intenses douleurs abdominales dans la zone où il a précédemment subi une intervention pour un abcès hépatique. Il a été rapporté qu'il pourrait avoir besoin d'une nouvelle opération majeure.
Son avocat a demandé son transfert à l’hôpital pénitentiaire, mais cette requête a d'abord été rejetée. L'administration pénitentiaire a déclaré qu'il serait transféré le mercredi 11 mars.
A la suite de cette affaire, les conditions d'accès aux soins médicaux pour les détenus dans les prisons thaïlandaises ont été largement remises enquestion.
L'année dernière, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui purge une peine d'un an de prison pour abus de pouvoir, a été transféré à l'hôpital dès sa première nuit de détention en raison d'une maladie qui aurait été grave, après son exil volontaire.
Il a ensuite été transféré à l'hôpital de la police plutôt que de recevoir des soins à l'hôpital pénitentiaire, où les détenus ordinaires sont généralement envoyés. Cet incident a suscité le mécontentement de l'opinion publique à l'égard de Thaksin ainsi que du système judiciaire et pénitentiaire, dans un contexte où beaucoup pensaient qu'il avait bénéficié d'un traitement de faveur dans le cadre d'un accord politique avec les dirigeants au pouvoir. Certains ont estimé que Thaksin avait simulé sa maladie pour éviter d'être incarcéré.
La vie d'Ekachai ne tient plus qu'à un fil. Deux “prisonniers d'opinion” thaïlandais sont morts en détention après que leur état de santé s'est dégradé en attendant de recevoir des soins médicaux appropriés.
Son cas représente désormais un nouveau défi de taille pour l'administration pénitentiaire.
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Du Kenya rural au nord du Nigeria, l'intelligence artificielle transforme les smartphones en laboratoires médicaux
En 2024, un cultivateur de maïs âgé de 28 ans, originaire du comté de Siaya, dans l’ouest du Kenya, s'est rendu dans une petite clinique publique parce qu'il souffrait de fièvre. Dix ans plus tôt, il aurait patienté plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d’obtenir un diagnostic du paludisme, de la typhoïde ou de la dengue. En 2024, il a obtenu un résultat en quatre-vingt-dix secondes. En effet, un agent de santé communautaire a photographié une goutte épaisse à l'aide d'un simple smartphone relié à un microscope portable coûtant 50 dollars américains. Un algorithme d’intelligence artificielle a ensuite analysé l'image et indiqué avec une précision de 98,5 % qu’il était atteint de « Plasmodium falciparum ++ », une précision supérieure à celle de la plupart des techniciens de laboratoire non spécialisés du pays. Le cultivateur est reparti avec un traitement antipaludique adapté le jour même.
Ce projet pilote, mené par le ministère kenyan de la Santé avec le soutien technique de la start-up Ubenytics, est désormais actif dans plus de 420 établissements répartis dans huit comtés. Les premiers résultats de l’étude pilote publiés dans The Lancet Digital Health en mars 2025 font état d’une réduction de 31 % des prescriptions inappropriées d’antibiotiques et une baisse de 19 % des complications graves liées au paludisme dans les zones d’intervention.
Il est important d’apporter quelques précisions terminologiques. Bien que le terme « intelligence artificielle » soit largement utilisé, tant dans les milieux académiques que dans l’espace public, les systèmes évoqués ici correspondent plus précisément à des modèles de langage de grande taille. Ces modèles sont dépourvus d'intelligence générale ; ils effectuent plutôt une reconnaissance statistique rapide des modèles et une génération probabiliste de textes à partir d’énormes quantités de données d'apprentissage. Cet article utilise, lorsque cela est approprié, le terme « LLM » pour refléter cette distinction, tout en reconnaissant que l’IA reste le terme générique sous lequel ces technologies sont souvent classées.
Le Kenya n'est pas un cas isolé
En Afrique de l'Ouest, la start-up ghanéenne Chestify AI, fondée en 2020, utilise des algorithmes d’intelligence artificielle pour aider les cliniciens à interpréter les radiographies pulmonaires et d'autres imageries dans les centres de santé qui manquent de ressources. Elle génère des cartes thermiques visuelles et des scores d'anomalie, qui permettent de détecter des maladies telles que la tuberculose et la pneumonie, accélérant ainsi le diagnostic dans les endroits où les radiologues sont peu nombreux. Déployé dans 25 établissements de santé, Chestify a permis de réduire les délais de diagnostic d'environ 40 %, les rapports d’imagerie étant désormais délivrés en moins de 3 heures au lieu de plusieurs jours.
Des études de validation supervisées par l'OMS sur la détection assistée par ordinateur de la tuberculose à partir de radiographies thoraciques ont démontré des performances élevées et constantes dans les milieux à faibles ressources, avec une sensibilité globale d'environ 94,7 %, souvent équivalente ou supérieure à la précision diagnostique moyenne observée dans les milieux où les capacités en radiologie spécialisée sont limitées.
Il ne s’agit pas de promesses pour l’avenir, mais de déploiements documentés et évalués par des pairs, déjà en cours.
Les chiffres qui justifient l'urgence de la situation sont bien connus, mais méritent d'être rappelés : l'Afrique subsaharienne représente 11 % de la population mondiale et 24 % de la charge mondiale de morbidité, mais ne dispose que de 3 % du personnel de santé mondial et de moins de 1 % des dépenses de santé mondiales. Le déficit en spécialistes est encore plus marqué : au Nigeria, par exemple, on compte environ un pathologiste pour 500 000 habitants, contre une moyenne mondiale d’un pour 25 000.
L’intelligence artificielle n’augmentera pas miraculeusement le nombre de médecins, mais son impact se fait déjà sentir dans les régions déficitaires en ressources médicales.
Elle améliore la précision des professionnels non spécialistes. En Ouganda,l’AI Health Lab de l’université Makerere et ses partenaires, dont l’Institut des maladies infectieuses et le NAAMII, utilisent des outils d’échographie obstétrique guidés par l’IA,permettant à des non-spécialistes, y compris des agents de santé communautaires, de capturer et d’interpréter des images fœtales de base.
Ces programmes permettent aux professionnels de santé de détecter les maladies à un stade précoce, lorsque leur traitement est moins coûteux et plus facile. En 2019, The Lancet a publié une étude de validation clinique d’un modèle d'apprentissage approfondi dans le cadre d'un programme de dépistage rétinien en Zambie, qui a montré une performance diagnostique excellente et plus précoce pour la rétinopathie diabétique nécessitant une prise en charge, la rétinopathie diabétique menaçant la vision et l’œdème maculaire diabétique, par rapport aux évaluations humaines.
Il ne s'agit pas là de théorie. Les coûts baissent plus rapidement que ne le réalisent la plupart des décideurs politiques. En 2022, l’entraînement et l’exploitation d’un modèle LLM performant en microscopie du paludisme coûtaient environ 180 000 dollars. Fin 2025, le coût marginal par test dans des déploiements à grande échelle est inférieur à 0,30 dollar, ce qui est moins cher que le test de diagnostic rapide actuellement utilisé dans de nombreux endroits, une fois les coûts de distribution et de la chaîne du froid pris en compte.
Les implications sanitaires pour l'Afrique
Tout d'abord, la réglementation doit suivre le rythme. Au cours des 18 derniers mois, le Conseil kenyan de la pharmacie et des poisons, et l’Agence nationale nigériane pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments ont tous deux publié au cours des 18 derniers mois des lignes directrices pragmatiques concernant l'IA en tant que dispositif médical, une mesure discrète mais cruciale avec laquelle de nombreuses grandes économies ont encore du mal à se conformer.
Ensuite, les données locales doivent rester locales lorsque cela s’avère nécessaire. Les algorithmes les plus performants pour la drépanocytose, le dépistage précoce du cancer du col de l’utérus ou la pneumonie pédiatrique chez les enfants africains sont entraînés à partir d'ensembles de données issus d’Afrique. Les fondateurs et les gouvernements qui insistent sur la conservation des données et la propriété locale des modèles construisent des atouts stratégiques, et pas seulement des outils de santé.
Enfin, les modèles de financement doivent passer de projets pilotes perpétuellement financés par des donateurs à une intégration pérenne dans les dispositifs nationaux de santé. Le Rwanda et le Ghana intègrent déjà les diagnostics assistés par IA dans leurs régimes nationaux d’assurance maladie. Lorsqu’un service est remboursé entre 1 et 2 dollars par test au lieu de dépendre de subventions ponctuelles, son déploiement à grande échelle devient quasi immédiat.
Risques et limites des LLM
Malgré le potentiel transformateur des grands modèles linguistiques dans le domaine de la santé, leur déploiement comporte des risques et limites importants. L’une des préoccupations les plus fréquemment évoquées est celle des hallucinations, lorsque les modèles génèrent des résultats convaincants mais erronés ou inventés. Dans des contextes cliniques ou para-cliniques, de telles erreurs peuvent avoir des conséquences graves : mauvaise interprétation d’informations médicales, recommandations inappropriées ou atteinte à la confiance dans les processus de prise de décision clinique.
Les LLM dépendent aussi fortement de la qualité, de la portée et de la représentativité de leurs données d'entraînement. Les biais inhérents aux données historiques sur les soins de santé, tels que la sous-représentation de certaines populations, peuvent être assimilés et amplifiés par ces systèmes, ce qui peut conduire à des résultats inéquitables. En outre, les LLM ne disposent ni d’une compréhension contextuelle réelle ni d’un raisonnement clinique ; ils n’ont ni intention, ni conscience, ni responsabilité, et ne doivent donc pas être considérés comme des décideurs autonomes.
Par ailleurs, les questions relatives à la protection des données, à la sécurité et à la conformité réglementaire demeurent non résolues dans de nombreuses implémentations. En l’absence de cadres de gouvernance robustes, l’intégration des LLM dans les systèmes de santé risque de compromettre la confidentialité des patients et les normes éthiques en vigueur.
Cependant, ces avancées signifient que, d’ici 2030, un enfant né dans un village aux abords de Kisumu ou de Kumasi n’aura plus à parcourir 200 kilomètres pour savoir si une lésion cutanée est cancéreuse ou si une toux est liée à la tuberculose. Un agent de santé communautaire formé, un smartphone à 120 dollars et un modèle LLM continuellement mis à jour via la 5G fourniront une réponse en quelques minutes, et non en plusieurs mois.
Nous n'attendons pas une singularité lointaine. Dans certaines régions d’Afrique, l'avenir des soins de santé est déjà en marche, discrètement, progressivement et à une vitesse que la plupart des observateurs mondiaux sous-estiment encore.
Chukwudi Anthony Okolue est un pharmacien formé au Nigeria et le directeur général de Paraclete Pharmacy & Stores LTD, à Port Harcourt, au Nigeria. Il est également le cofondateur de Bellsbag Pharmaceutical Ltd à Lagos. Actuellement basé à Chicago, où il travaille à la croisée de l'innovation en matière d'IA et de marketing commercial pour une entreprise de soins de santé classée au Fortune 500, il est l'auteur de onze articles de recherche et d'un article de conférence sur l'intégration de l'IA.
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Selon les militants pro-choix, la suspension d'une résolution au Congrès contribuerait à une mésinformation concernant l'accès à l'avortement
Dans une vidéo diffusée sur Instagram au début du mois de novembre, Chris Tonietto, affiliée à l’un des partis conservateurs brésiliens et membre de la Chambre des députés, célèbre la suspension d’une résolution qui selon elle « permettait aux mineures victimes de violence sexuelle d’avorter jusqu’au neuvième mois de grossesse, à l’insu de leurs parents ».
Chris Tonietto, auteure du projet de décret législatif visant à annuler la résolution, insiste dans la vidéo que la bloquer amènerait à « protéger la vie » et « défendre la démocratie au Brésil ».
« Nous venons d’éviter le déclin de civilisation qu'elle tentait d’encourager, » a-t-elle déclaré à ces abonnés après le veto.
Malgré l’exaltation des politiciens de droite, le texte doit d’abord être approuvé par le Sénat afin que la suspension soit applicable ; la plupart des députés sont soit de droite, soit de centre-droite. En 2023, un front parlementaire mixte « anti-avortement et pro-vie » a été créé, composé de 172 députés et 10 sénateurs, et dont le rôle de coordinatrice fût confié à Chris Tonietto.
Dans un courriel adressé à Global Voices, elle explique que sa motion était « une critique légitime du point de vue juridique d’un acte intra légal qui outrepasse sa compétence ».
Selon le site de la Chambre des députés, la motion, entre autres, porte sur le fait que la résolution exclue l’obligation d’un rapport de police pour les mineures souhaitant mettre fin à une grossesse attribuée à un acte de violence sexuelle. Au Brésil, les jeunes filles de moins de 14 ans, l’âge légal de consentement, ont le droit d’interrompre leur grossesse. Toutefois, des obstacles tels que la stigmatisation, le manque d’information, une quantité limitée de services, et une formation insuffisante des professionnels de la santé empêchent souvent l’accès à un avortement médicalisé.
D’après Deila Martins, présidente de Conanda, la résolution faisait suite aux taux élevés de grossesse chez les jeunes filles de moins de 14 ans, et au faible recours légal à l’IVG. Agência Brasil souligne qu’en 2023, près de 14 000 jeunes filles, âgées entre 10 et 14 ans, sont tombées enceintes, mais seulement 154 d’entre elles ont pu bénéficier d’un avortement en toute légalité, soit 1,1 %.
Les politiciens opposés à la résolution ont également critiqué le protocole envisagé dans les cas où la victime et son tuteur légal sont en désaccord sur la décision d’interrompre la grossesse. Soutenant que la résolution crée « un mécanisme décisionnel qui n’est pas prévu par la loi brésilienne », Tonietto explique à Global Voices qu’elle « remplace la règle générale de l’autonomie familiale ».
Mais Deila Martins défend le protocole visant à protéger l’autonomie des mineures enceintes qui sont victimes d’agression sexuelle. Décrivant les pères, les mères, les oncles et les beaux-pères comme étant à la fois des agresseurs et des facilitateurs, elle explique à Global Voices que « la plupart du temps, 60 % des auteurs de violence sexuelle, voire près de 80 % dans certaines régions, font partie de la famille de la victime ». « Exiger le consentement parental équivaut à faire subir à la victime une nouvelle agression, et empêche souvent l'enfant d'exercer son droit à l'avortement ce qui est inacceptable. »
Sur ce sujet, Tonietto n’a pas répondu à une question de Global Voices concernant la prédominance d’agresseurs au sein du cercle familial et le principe de revictimisation.
Ainsi l'extrême droite brésilienne utilise une fois de plus l'avortement pour faire avancer son agenda. Par le biais d’instruments démocratiques, tels les projets de loi et les blocages législatifs, utilisés pour défendre leur position, les politiciens d’extrême-droite, lors des dix dernières années, ont plaidé pour accorder au fœtus le statut de personne, ont répandu de fausses informations à propos d’une condition médicale non-reconnue appelée le « syndrome post avortement », et ont menacé de criminalisation les victimes de violence sexuelle souhaitant exercer leur droit à l’avortement.
L'impact de la désinformation sur l'électorat
Lors d'une manifestation à Rio de Janeiro, des femmes brandissent des photos des politiciens qui ont voté contre la résolution de Conanda. Photo de Nicole Froio, utilisée avec autorisation.
Même si au Brésil, avorter légalement a longtemps fait l'objet d'attaques, l’objection actuelle remonte au mois à 2007, lorsque des députés fédéraux ont proposé une loi afin de modifier le Code pénal brésilien, qualifiant l’IVG de crime odieux, l’interdisant en toutes circonstances, et en prohibant la congélation, la destruction ou le commerce d’embryons humains.
Bien qu’il n’ait pas été approuvé, le projet est devenu un modèle de référence pour les lois anti-IVG et les mouvements politiques qui veulent limiter les droits à l’avortement. Aujourd’hui, la loi au Brésil autorise l’avortement dans trois cas : lorsque la grossesse résulte d’un viol, lorsqu’elle présente un risque pour la santé de la mère, ou en cas d’anencéphalie.
Sous le gouvernement d’extrême droite du président Jair Bolsonaro, des fonctionnaires fédéraux ont été soupçonnés d’avoir empêché l’accès à l’IVG à une enfant âgée de dix, alors que Conanda enregistrait une baisse du nombre de ses membres et était confronté à des mesures visant à perturber son travail. « Il a supprimé les financements destinés aux réunions en présentiel [durant l’épidémie] », se souvient Martins.
Pour influencer les électeurs chrétiens, les adversaires de Lula ont exploité la fausse information selon laquelle il était favorable à l'avortement, qui dès lors est devenu un enjeu majeur de la campagne. Néanmoins, plusieurs mois avant l’élection, il exprima son soutien à l’IVG en tant que question de santé publique. Par ailleurs, Silas Malafaia , un influent pasteur évangélique, le traita « de demeuré et d’imbécile », tout en plaidant, sur sa chaîne YouTube, d'accorder au foetus le statut de personne. Quelques semaines avant les élections, Lula a publié une lettre ouverte s’engageant à ne pas renforcer les droits à l’avortement afin d’apaiser les évangélistes.
Selon un rapport publié en 2024 par AzMinas (une agence de presse), les projets de loi visant à restreindre les droits à l’IVG au Brésil sont de plus en plus fréquents aux niveaux municipal, fédéral et de l’État. En 2025, une autre de ses publications indique que 103 d’entre eux ont été proposés à travers tout le pays entre 2017 et 2024.
Maria Paula Monteiro, journaliste pour AzMinas, avait alors écrit : « Souvent, ces propositions de lois sont une source d’incertitude juridique pour les professionnels de la santé, perturbent leur travail et aggravent la stigmatisation liée à l’IVG. » « Leur objectif est de porter atteinte aux droits reproductifs. »
Selon un rapport publié en mai 2025 par NetLab, un centre de recherche de l’École de Communication de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, l'avortement, sujet de nombreuses « campagnes de désinformation et prétexte pour mener des attaques envers les institutions, le pouvoir législatif et l’opinion publique », a joué un rôle déterminant dans l'intensification de la polarisation politique au Brésil en 2024, une année marquée par des élections municipales. Le rapport donne l’exemple notamment de messages sur WhatsApp affirmant que l’IVG et ses partisans ont des liens étroits avec le diable, et conclut « qu’il est perçu comme le symbole d’une lutte spirituelle et politique qui menace les valeurs chrétiennes ».
Selon la loi au Brésil, les maires et législateurs municipaux n’ont pas le pouvoir de légiférer sur le droit à l’avortement, mais le condamner aide les candidats à obtenir des voix.
Le texte présenté par Tonietto allègue que les protocoles de Conanda imposent un consentement quasi obligatoire à l’IVG, et remet en cause le consensus médical concernant les risques pour la santé liés à une grossesse précoce qui suggère que l’avortement « mettrait gravement en danger la femme enceinte, laquelle, selon la législation actuelle, ne serait pas en mesure de prendre ses propres décisions. »
Bien qu’elle utilise le terme de « femme » dans sa proposition, la résolution de Conanda concerne les jeunes filles enceintes. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les mères adolescentes âgées entre 10 et 19 ans sont exposées à des risques plus élevés d’éclampsie, d’endométrite post-partum et d’infections systémiques, en comparaison avec les femmes âgées entre 20 et 24 ans. Par ailleurs, toujours d’après l’OMS, les nouveau-nés de mères adolescentes encourent un risque plus élevé d’insuffisance pondérale, de naissance prématurée et de conditions néonatales sévères.
Selon la présidente de Conanda, la suspension mènerait à un manque de protection pour les enfants victimes de violence sexuelle, en faveur des agresseurs et pédophiles : « Son objectif est de perpétuer une culture du silence et d’invisibilité autour de ce problème. »
Impacts sur le terrain
Des manifestants brandissent une pancarte : « Les évangéliques défendent la vie des filles et des femmes : un enfant n'est pas une mère. » Photo de Nicole Froio, utilisée avec autorisation.
Les défenseurs des droits craignent que le chaos provoqué par les partisans du veto n’entraîne une baisse du nombre de jeunes filles ayant recours aux services dont elles ont besoin. Laura Molinari, directrice générale de Nem Presa Nem Morta, une campagne préconisant la décriminalisation de l’IVG, a déclaré à Global Voices : « Nous recevons déjà des messages de professionnels de la santé qui pensent que la pratique légale de l’avortement sur les mineures est maintenant interdite. »
La mésinformation est précisément le type d’obstacle que la résolution de Conanda visait à surmonter. Selon Molinari, la propagation de fausses informations par le biais d’actes politiques est une tactique courante de l’extrême-droite : « La confusion est en soi un avantage pour elle. »
Au brésil, l’accès à l’IVG pour les victimes de viol est précaire en raison d’un nombre réduit de personnels de santé habilités, et de l’absence de lignes directrices unifiées. Selon des chiffres communiqués à la Cour Suprême par l’Institut O’Neill, seulement 4% des municipalités au Brésil possèdent les infrastructures capables d’assurer des services d’interruption de grossesse (soit 88 établissements publics de santé pour 55 cités), constituant une barrière géographique majeure pour une grande partie de la population.
Selon Lígia Maria, infirmière praticienne spécialisée en interruption de grossesse dans un hôpital de Brasilia, en 2024 de nombreuses patientes craignaient d’être tenues criminellement responsables après qu’un projet de loi proposa un amendement au Code pénal afin de classifier l’avortement de meurtre, si pratiqué au-delà de 22 semaines de grossesse.
Par ailleurs, l’hôpital où travaille Maria avait déjà été la cible d’harcèlement et de menaces. « Nous craignons à présent que ces fausses informations poussent les patientes à ne pas recourir aux services d’avortement, ou encore à ne pas oser venir nous poser des questions », explique-t-elle.
La décision l’an dernier de bloquer la résolution a suscité des manifestations dans plusieurs régions du pays. Les manifestants ont accusé les politiciens qui soutenaient cette mesure d'être des « pédophiles » et des « ennemis des enfants », réinterprétant ses effets comme étant préjudiciables aux droits de l'enfant.
Néanmoins, Lígia Maria pense que cette réaction pourrait occulter l'échec de la tentative de suspension. De plus, elle devrait être considérée comme un appel à reconnaitre le rôle de Conanda dans la défense des droits de l’enfant, plutôt que comme une victoire pour les conservateurs. « C’est comme si valider la revendication de victoire de l’extrême-droite revenait à lui donner raison », ajoute-t-elle.
Feminist Justice Fellowship
Cet article, réalisé dans le cadre du programme Feminist Journalist Fellowship, fait partie d'une série mettant en avant le travail de nos boursières, élaborée en collaboration avec Global Voices et Noor.
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Les enseignements tirés des militants mapuches à la tête de la Convention constitutionnelle au Chili
Illustration de Gianni Llanquiray Nahuelhual Tornini pour Rising Voices
Cette article est également disponible en mapundungun
Écrit par Simona Mayo et María Alvarez, et basé sur l’étude de cas de Simona Mayo, Poyewvn and Mapudungun as intercultural political practices: The case of the Mapuche language in the Constitutional Convention of Chile (« Poyewvn et mapudungun en tant que pratiques politiques interculturelles : le cas de la langue mapuche dans la Convention constitutionnelle du Chili »)
La rédaction d’une nouvelle Constitution au Chili en 2022 a offert au peuple mapuche la possibilité d’imaginer une relation nouvelle avec l’État, qui, jusqu'alors, l’avait toujours ignoré et cherché à effacer son existence. Elisa Loncon Antileo, femme mapuche, universitaire et linguiste élue présidente de la Convention constitutionnelle, a également utilisé ce processus de rédaction comme une occasion de positionner le mapudungun dans les espaces institutionnels en tant qu’« acte politique de poyewvn », ou acte d’amour. De cette stratégie, plusieurs enseignements ont été tirés et de nouvelles perspectives sur la manière de promouvoir et de préserver la diversité linguistique sont nées. Ces enseignements servent d’ailleurs désormais d’inspirations pour de nouvelles façons de penser les stratégies dans d’autres espaces tels que les réseaux sociaux.
Lors d’une des séances de la Convention constitutionnelle, Loncon a expliqué que le mot « poyewvn » en mapudungun signifiait « amour » et qu’il pouvait servir de point de départ pour se comprendre et s’écouter les uns les autres. Ainsi, parler de poyewvn n’était pas seulement un acte politique visant à aider le mapudungun à occuper les espaces institutionnels, y compris les espaces numériques qui favorisent généralement l’espagnol, cela représentait aussi un acte politique de positionnement par le biais de la langue, de l’amour et de la ternura, ou tendresse, pour faire face aux réactions violentes et racistes qui s’amplifiaient avec sa voix et son discours.
J’appelle les membres de la Convention à parler sous le signe du poyewvn, c'est-à-dire avec amour. Nous sommes des êtres humains, nous avons tous les mêmes droits et, grâce à cet amour, nous accepterons nos différences. Car chaque foyer est composé d’identités multiples.
En dépit du rejet ultérieur de la nouvelle Constitution chilienne lors du référendum du 4 septembre 2022, la présence d’Elisa et de son cabinet à la Convention constitutionnelle du Chili a marqué le début d’une nouvelle ère dans l’histoire du pays et dans ses relations avec le peuple mapuche et sa langue. Elle a également mis en évidence le racisme structurel existant au sein de la société chilienne, qui privilégie la langue, la culture et l’organisation politique espagnoles et occidentales au détriment de toutes les autres. Elisa Loncon a su positionner sa langue dans les espaces institutionnels et numériques. Pour mieux comprendre l’importance et le courage d’Elisa en sa qualité de femme mapuche à la tête de la rédaction d’une nouvelle constitution, il est important d’examiner son rôle dans le contexte plus large du Chili et de la lutte persistante du peuple mapuche pour ses droits linguistiques.
Le mythe d’un Chili « monolingue »
Comme la plupart des pays d’Amérique latine ayant connu la colonisation, le Chili s’est construit autour d’une tradition monoculturelle et monolingue, marquée par l’empreinte coloniale sur la population autochtone préexistante. Au XIXe siècle, cette stratégie s’est traduite par la mise en place d’un système éducatif centré sur l’espagnol, favorisant l'homogénéisation et l'assimilation de ces peuples autochtones à travers diverses politiques publiques, dans l’objectif de les « civiliser ». Malgré une dépossession territoriale, sociale, culturelle et linguistique systématique de ces derniers, il existe actuellement au Chili six langues outre l’espagnol : l’aymara, le quechua, le rapa nui, le kawésqar, le yagan, le mapudungun, ainsi que le ckunza, que certains considèrent comme disparu, mais qui fait actuellement l’objet d’un processus de revitalisation.
Face à la persistance de l’État chilien à se définir comme monolingue, les mouvements autochtones du Chili et leurs différentes organisations se sont concentrés sur la revitalisation, le maintien et la diffusion de leurs langues, en particulier au cours des deux dernières décennies. En 2010, le « Réseau pour les droits éducatifs et linguistiques des peuples autochtones du Chili » a commencé à travailler sur le projet de « loi sur les droits linguistiques des peuples autochtones », dans le but de mettre en place un cadre juridique constitutionnel pour la reconnaissance de ces langues et des droits de ceux qui les parlent. Bien qu’aucun progrès n’ait encore été réalisé en matière de reconnaissance officielle et juridique de la diversité linguistique, les organisations poursuivent néanmoins leur travail dans différents domaines, afin de maintenir et de continuer à transmettre les langues aux nouvelles générations.
La diversité et le processus constitutionnel
La révolte populaire du 18 octobre 2019 et le récent débat constitutionnel ont remis au centre des discussions la reconnaissance des peuples autochtones et de leurs droits. Par ailleurs, les droits culturels et linguistiques ont été placés au premier plan des discussions constitutionnelles, un fait sans précédent dans l’histoire du Chili. La mobilisation qui a eu lieu ces deux dernières années reflétait le mécontentement d’une société insatisfaite des institutions politiques chiliennes, mais aussi la profonde crise sociale résultant du système néolibéral mis en place pendant la dictature militaire de 1973 à 1989.
Cette insurrection populaire a donné lieu à deux grands blocs stratégiques : d’une part, les mouvements populaires dans les rues et les organisations extérieures à toute institution politique hégémonique ; d’autre part, le dialogue entre l’État, les partis politiques et les différentes organisations des mouvements sociaux de la société civile, qui a permis la mise en place de la Convention constitutionnelle du Chili. Au sein de ce second bloc, à travers un ensemble de débats et de propositions qui se sont déroulés entre juillet 2021 et juillet 2022, la convention avait pour objectif principal la rédaction d’une proposition de nouvelle constitution destinée à remplacer celle imposée par la dictature militaire d’Augusto Pinochet.
Dans ce contexte, la convention a débuté par l’élection de Loncon à la présidence : une femme mapuche, universitaire et militante engagée dans la revitalisation des langues autochtones, dans un espace traditionnellement patriarcal et profondément marqué par le déni de l’existence des peuples autochtones par l’État. Profitant des opportunités offertes par sa nomination et du pouvoir de sa position, Elisa a inauguré sa direction de l’entité destinée à réécrire la Constitution politique du Chili par un discours en mapudungun. Depuis lors, son cabinet et elle-même ont intégré des mots de la langue mapuche dans le processus, ce qui a entraîné des changements dans les relations établies au cours de ce processus, comme le fait d’appeler lamgen (ou sœurs) tant les personnes mapuches que les Winka (non-Mapuches, en mapudungun). Comme le souligne Marta Yáñez Queupumil, l’une des conseillères juridiques du cabinet d’Elisa :
L’utilisation du mapudungun a été révolutionnaire, car les éditions des journaux du 5 juillet ont inclus en première page la salutation en mapudungun « mari mari kom pu che » (bonjour à tous). Après avoir été élue présidente, Elisa est apparue, souriante, avec un drapeau mapuche à la main. L’utilisation des langues autochtones ou le fait que le premier discours d’Elisa en tant que présidente ait été prononcé en mapudungun nous a permis d’ouvrir la voie à un changement historique et culturel au Chili.
Comme l’a déclaré Rayen Cariman, membre du cabinet, dans une interview, « c’était très agréable de voir notre langue occuper la place qu’elle aurait toujours dû occuper, c’est-à-dire celle de langue et d'instrument de communication, et non de pièce de musée ». En ce sens, à travers l’utilisation du mapudungun, ce qui peut être compris comme une leçon de poyewvn a permis la concrétisation de la diversité et de l’interculturalité au-delà des discours politiques.
Online violence
Ainsi, alors que la diversité culturelle au Chili est devenue visible avec Elisa à la tête du débat constitutionnel, les perceptions et attitudes racistes et discriminatoires latentes dans la société, les médias et les réseaux sociaux à l’égard des peuples autochtones sont également apparues au grand jour. Un exemple très clair en est donné dans les déclarations de la constituante Teresa Marinovic, qui a accusé sur Twitter la machi (autorité traditionnelle et spirituelle mapuche) Francisca Linconao de « ne pas rater une occasion de se donner en spectacle », et ce, pour avoir prononcé un discours dans un espace institutionnel dans sa langue maternelle, le mapudungun. Ce type de déclarations illustre parfaitement le fait que les langues autochtones ne semblent acceptables que lorsqu’elles sont utilisées de manière exotique, c’est-à-dire lorsqu’elles n’affectent ni ne critiquent les structures hégémoniques. En revanche, lorsque ces langues servent à se positionner et à s’identifier dans les espaces de pouvoir, à revendiquer ses droits fondamentaux et à mener des activités politiques, elles mettent mal à l’aise ceux qui ont toujours occupé ces espaces de pouvoir.
L’utilisation du mapudungun comme acte de politique et de poyewvn implique une série de risques, tant dans les espaces institutionnels et publics, que sur les réseaux sociaux qui reproduisent les mêmes normes hégémoniques et monolingues se traduisant notamment par un recours à la violence numérique. Pour commencer, il existe une menace pour les droits linguistiques et culturels : à tel point que l’utilisation de la langue et sa présence dans les espaces de pouvoir ont été remises en question par divers secteurs sur les réseaux sociaux hautement interactifs, ce qui porte atteinte aux droits fondamentaux des personnes qui ont choisi de s’exprimer et d'exister dans la langue qui reflète le mieux leur identité.
Un second risque consistait, et consiste toujours, en la matérialisation potentielle de la violence numérique. Twitter a été le réseau social le plus utilisé pour harceler et menacer les membres de la Convention qui parlent le mapudungun, comme Loncon. Des informations personnelles sensibles, telles que son adresse personnelle, ont même été publiées. Les menaces les plus graves contre le cabinet ont été celles reçues et exprimées sur le compte Twitter de l’Assemblée constituante. Faisant référence à cette situation, Loncon commente dans une interview : « Nous pouvons tous nous unir dans notre diversité, mais en nous respectant les uns les autres et sans nous homogénéiser. Un Chili homogénéisé est très néfaste car il n’accepte pas que nous puissions être différents. »
Dans ses discours, Loncon a réaffirmé que les langues ne sont pas des accessoires ou des ornements, mais des éléments épistémiques qui fournissent à celles et ceux qui les parlent un cadre spirituel, culturel, politique et philosophique. Elle a également mis en évidence l’absence de stratégies numériques visant à protéger la dignité et l’intégrité des personnes telles qu’Elisa : celles qui se servent des réseaux sociaux comme d’un espace politique pour mettre en avant des langues qui ont historiquement été victimes de discrimination.
De ces constatations découle une série de recommandations visant à faire d'Internet un espace d'interaction fondé sur le poyewvn, tout en encourageant la diversité linguistique et l’utilisation d’outils numériques déjà existants au service de l’activisme et de la revitalisation au Chili :
Concevoir et mettre en œuvre un travail de sensibilisation sur l’utilisation de la langue dans les espaces institutionnels et numériques. Inclure des stratégies de diffusion des droits des locuteurs de langues autochtones qui ciblent les secteurs les considérant comme une menace et réagissant par des expressions de haine et de violence dans les médias et sur les plateformes numériques.
Concevoir des outils et des stratégies numériques à la fois issus et destinés aux expériences des militants linguistiques.
La participation de Loncon et de son cabinet au projet de Convention constitutionnelle au Chili marque une nouvelle ère dans les relations historiques entre l’État et les peuples autochtones, mais aussi avec la société en général. Tout en mettant en évidence le racisme systémique qui a rendu invisible l’existence des peuples dans le pays, cette participation a également permis la création d’espaces fondés sur la langue, le dialogue et la mémoire du mapudungun. Ces espaces ont permis de rappeler la force du Wallmapu (le territoire ancestral du peuple mapuche) et sa volonté de dialoguer dans le respect de la diversité des langues et des territoires qui coexistent (et préexistaient) dans ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Chili.
Comment s’inspirer de ces enseignements pour imaginer des espaces numériques sûrs et diversifiés ? Comment promouvoir l’utilisation de la langue tout en garantissant la sécurité de ceux qui la parlent ? La stratégie de la convention consistant à reconnaître le poyewvn comme une pratique politique interculturelle au service des relations entre les peuples dans les espaces institutionnels et numériques peut constituer un point de départ pour continuer à promouvoir la diversité linguistique sur Internet.
Pour plus d’histoires et d’informations provenant des communautés linguistiques participantes, veuillez consulter la page du projet « Sécurité numérique + Langue »
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Le cadre légal de protection des travailleurs du clic reste embryonnaire
Le même rapport révèle que six créateurs africains sur dix gagnent moins de 100 dollars américains par mois pour leur travail numérique. Cinquante-quatre pour cent perçoivent moins de 62 dollars américains par mois. Il s'agit par ailleurs d'individus qui produisent les Afrobeats que la plateforme de musique Spotify propulse en tête des charts mondiaux, les visuels qui circulent sur Instagram jusqu'aux agences de tendances parisiennes, les contenus courts qui cartonnent sur TikTok avant d'être répliqués ailleurs sans attribution ni compensation.
Une seule casquette ne suffit plus
Kofi Dotse est un écrivain de voyage, créateur de contenu et producteur créatif basé au Ghana. Il a grandi à Accra en voulant être producteur, ce qu'il est devenu, tout comme créateur de contenu, monteur, négociateur commercial, et, depuis 2025, formateur.
Dans un épisode de son podcast Hors Script enregistré en anglais début 2026, il décrit avec précision le mécanisme qui l'a transformé:
Looking at the current ecosystem, you cannot appear to have just one hat, so a lot of creatives have had to take on several roles within the space.
Au vu de l'écosystème actuel, il semble impossible de se cantonner à une seule casquette ; c'est pourquoi de nombreux créatifs ont dû endosser plusieurs rôles au sein de ce milieu.
Ce modèle offre une réponse à des opportunités professionnelles qui exigent désormais la maîtrise de plusieurs compétences distinctes pour valider un profil.
Mais malgré l'accumulation de toutes ces compétences, les plateformes ne versent que des rémunérations algorithmiques imprévisibles et déconnectées de l'effort réel. Les marques locales, elles-mêmes sous pression budgétaire, cherchent également à obtenir un maximum pour le moins cher possible. En ce qui concerne les consommateurs, l'Africa Creator Economy Report documente que 78 % des jeunes Africains déclarent dépenser très peu pour les expériences culturelles numériques, non par désintérêt, mais par manque de pouvoir d'achat conséquent. La création circule donc librement mais ne se monétise pas à hauteur de sa diffusion. Les créateurs les plus stables tirent aujourd'hui 25 % de leurs revenus de produits numériques, de formations en ligne, de e-books et 14 % du merchandising, selon le même rapport. Ceci représente bien davantage que des paiements directs des plateformes comme Spotify ou YouTube
Par ailleurs, cette montée en compétences a un coût. Chaque heure passée à apprendre la gestion des droits ou la comptabilité est une heure soustraite à la création elle-même. La polyvalence fonctionne comme une taxe invisible prélevée sur le talent. Elle épuise et pour la majorité de ceux qui n'y parviennent pas, elle installe une précarité permanente, sans contrat, et sans protection sociale.
Quand l'argent ne traverse pas les frontières
Stripe, une plateforme de service financier, est indisponible dans la quasi-totalité des pays d'Afrique subsaharienne francophone. La plate-forme de paiement PayPal est partiellement accessible, avec des restrictions sur les retraits. Pour un créateur basé à Cotonou, Dakar ou Lomé, encaisser un paiement d'un client américain ou européen relève d'un parcours d'obstacles que ses homologues de Berlin ou de Toronto n'imaginent même pas. Cette réalité constitue un point d'étranglement structurel qui annule, dans les faits, une part importante de l'accès au marché mondial.
Au final, cette économie parallèle évolue en dehors de tout cadre institutionnel, palliant l’absence d’un écosystème structuré et viable. À l'image des réseaux commerciaux informels qui irriguent le continent par-delà les frontières nationales, elle trace sa propre voie là où l'État et le marché global ont échoué à bâtir des infrastructures de connexion. C’est une architecture de la nécessité, aussi résiliente que spontanée.
Données culturelles, profits ailleurs
Une cartographie de la chaîne d'approvisionnement des données africaines révèle que des milliers de travailleurs, principalement en Afrique subsaharienne, filtrent des contenus traumatisants, annotant des jeux de données pour entraîner les intelligences artificielles des grandes plateformes, et contribuent à des systèmes qui ne leur reconnaissent aucun droit. Les auteurs utilisent le terme d’ ‘apartheid numérique’ pour décrire une architecture où l'accès aux outils, aux marchés et à la rémunération reste structurellement inégal selon la géographie.
L'IA générative a ajouté une nouvelle couche d'ironie au tableau. Des initiatives comme Waxal, lancée par Google pour documenter des langues africaines, sollicitent des milliers de contributeurs africains. Mais le piège est structurel car une fois la machine nourrie de ces données open source, elle génère des contenus qui circulent et se monétisent sans que les gardiens originels de la langue n’en perçoivent le moindre dividende. C’est le passage d’une inclusion numérique à un nouvel extractivisme culturel.
La réalité, documentée dans une étude intitulée Data Flows and Colonial Regimes in Africa: A Critical Analysis of the Colonial Futurities Embedded in AI Recommendation Algorithms in Africa ( Flux de données et régimes coloniaux en Afrique : une analyse critique des perspectives coloniales inhérentes aux algorithmes de recommandation basés sur l'IA en Afrique ) montre que ces mêmes modèles servent ensuite à générer des contenus culturels africains — avatars, musiques, visuels qui concurrencent directement les créateurs humains dont le travail a constitué la matière première. Le circuit est fermé car la valeur circule dans un seul sens.
Le cas de Shudu Gram est exemplaire: cette mannequin entièrement numérique, dont l'esthétique reproduit celle d'une femme noire sud-africaine, a été créée et commercialisée par un photographe britannique blanc. Elle a capté des budgets publicitaires substantiels en imitant une culture dont elle ne partage aucune origine.
Construire à côté du système
Sedo Tossou, créatif Béninois,a fondé Sedo+, une plateforme de streaming africaine, sans levée de fonds auprès d'investisseurs extérieurs. Dans un secteur obsédé par les métriques de croissance, ce choix est en réalité une position politique. Dans un entretien accordé au podcast Hors Script et lors d'une table ronde à Lomé, il en explicite la logique avec une clarté qui dérange les récits dominants de la tech africaine:
Si tu n'as pas le pouvoir de l'argent, il faut que tu développes le pouvoir de la communauté. Le capital étranger cherche rarement à financer les récits africains et cherche à en contrôler le cadre. Cette distinction est fondamentale.
Son diagnostic sur l'écosystème porte sur la structure, notamment la rigueur contractuelle, la maîtrise des droits, la capacité institutionnelle à protéger ce qu'on crée. Cette structure se construit souvent contre un environnement qui décourage l'informalité sans offrir de véritable passerelle vers le secteur formel. Au cœur de cette mutation, les spécialistes de l’éducation par le divertissement occupent désormais une place stratégique. Leur succès repose sur la capacité à hybrider le savoir et le récit pour protéger leur valeur, la rendant illisible aux yeux d'un marché qui cherche pourtant à tout prix à la quantifier.
Trois chantiers sont régulièrement identifiés comme non négociables par les acteurs du secteur. D'abord, une souveraineté des données culturelles car lorsque du contenu africain sert à entraîner des modèles d'IA, les créateurs originaux doivent être identifiés, tracés, rémunérés. Ensuite, une protection des travailleurs du clic puisque la modération de contenu est un travail qui mérite un salaire décent, une couverture sociale, une reconnaissance légale, pas un accord de sous-traitance dissimulé derrière trois couches de prestataires. Enfin, une équité salariale internationale en ce qui concerne le différentiel géographique de rémunération est un choix structurel.
Sans ces trois changements en profondeur, les créatifs africains continueront de voir le fruit de leur travail leur échapper au profit d'autres acteurs non-africains.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260408_131449";}s:15:"20260403_082054";a:7:{s:5:"title";s:140:"Un roman dit ce que le journalisme contourne: “Le Sang du Pouvoir” du togolais Hubert Kolani plonge dans les abysses du pouvoir africain";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/04/03/301057/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=301057";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 03 Apr 2026 06:20:54 +0000";s:11:"description";s:179:"Dans un monde où la parole critique se fait rare, où journalistes et essayistes s'exposent à des risques réels en abordant les arcanes du pouvoir, la fiction devient une arme.";s:7:"content";s:10630:"
Dans la politique africaine le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache.
Dans un monde où la liberté d’expression est menacée, la parole critique se fait rare. Et quand les journalistes et essayistes s'exposent à des risques réels en abordant les arcanes du pouvoir, la fiction devient une solution alternative.
C'est le pari qu'a fait Hubert Kolani, juriste de formation et jeune écrivain togolais dans sa première œuvre, Le Sang du Pouvoir. Dans ce roman, il explore sans détour les rouages inquiétants de la politique africaine qu'il nomme la « Dark-politique » : les luttes d'influence, les sacrifices humains, et les liens troubles entre pouvoir et spiritualité.
L'auteur revendique le roman comme un espace de liberté où des vérités inavouables s'incarnent dans des personnages de fiction. Premier tome d’une série, Le Sang du Pouvoir est centré sur une figure féminine forte et complexe qui refuse pourtant le misérabilisme trop souvent accolé aux récits africains, comme il l'explique à Global Voices.
Jean Sovon (JS): Pourquoi faire le choix du roman pour parler du pouvoir politique en Afrique?
Hubert Kolani (HK): Je pense que le roman reste un excellent moyen de parler de sujets aussi sensibles que le pouvoir politique en Afrique. Il laisse à l’auteur une liberté de parole que l’essai ou le journalisme ne donnent pas. Je peux dire que la fiction est pour beaucoup d’auteurs un bouclier. Elle permet de dire des vérités sans désigner nommément des acteurs et de raconter des réalités que les gens vivent sans oser forcément les formuler. Le romancier est dans ce cadre-là, un peu plus protégé. Le journaliste doit quant à lui toujours se référer à des faits vérifiables. L’essayiste doit prendre clairement position sur son sujet. Le roman fait appel à des personnages imaginaires dont les douleurs, les peurs, les aventures sont pourtant bien réelles. La fiction permet d’aller là où ni le journaliste ni l’essayiste ne peuvent aller, surtout lorsque qu'on essaie de décrire le côté un peu sombre du pouvoir politique en Afrique, sujet alambiqué dont le roman peut plus facilement capter la complexité.
JS: Votre livre dit-il des choses qu’un autre format n’aurait pas pu dire ?
HK : Oui, absolument. Et c’est pour cette raison en particulier que j’ai choisi de devenir romancier. Parler de sujets politiques sous certains cieux c’est se dessiner une cible dans le dos. Dans nos sociétés africaines, la parole publique est souvent surveillée, canalisée. Un journaliste qui enquête sur les arcanes du pouvoir prend des risques, un essayiste qui parle de ce genre de sujets peut se voir censurer. Le roman reste une histoire qui peut être lue et discutée sans que personne ne soit directement mis en cause. Ce que la parole contrainte a empêché de dire hier, la fiction peut le dire aujourd’hui.
En image, Hubert Kolani : Photo utilisée avec permission
JS : Quelles sont les thématiques abordées dans votre roman ?
HK : Au-delà, des intrigues politiques, des amitiés brisées et des choix déchirants, vous trouverez dans ce roman la résilience féminine. C'est un clin d’œil à la femme africaine, forte et déterminée capable de surmonter les pires épreuves pour sauver sa vie et celle de sa famille. Je parle aussi du mysticisme dans sa forme la plus noire et la plus horrible. Il s’agit d’une réalité vécue, et très souvent tue, et loin d'un folklore pittoresque. Dans la politique africaine le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache. J'ai abordé également l’amour, un puissant amour maternel et un fort amour charnel. Que serions-nous dans ce monde de brutes sans un peu d’amour ?
JS : Votre génération perçoit-elle le pouvoir politique différemment de celle qui l’a précédée ?
HK : Ma génération s’intéresse déjà bien plus au sujet politique et le conçoit dans une approche bien différente de la génération passée. La génération de nos pères a longtemps pensé la politique comme une affaire de fidélité communautaire. Ils ont grandi dans un système où la parole critique se faisait rare et où le silence était une forme de protection. Notre génération, grâce à l’avènement d’internet et des réseaux sociaux voit ce qui se passe ailleurs, compare et questionne et n’est plus dans l’acceptation silencieuse. Dans ce roman, je définis la politique de deux manières: concrètement en terme d’organisation de la société et de recherche de l’intérêt commun, et de façon plus abstraite, en y décrivant les luttes d’influence, les douleurs, les sacrifices, les peurs, et les liens que la politique a avec la spiritualité en Afrique. En un mot: la Dark-politique: ce sujet est souvent évoqué tel des murmures dans des vases clos, j’ai voulu à travers cette œuvre , m’en faire l’écho.
JS: Quel portrait tirez-vous de l’Afrique?
HK : Beaucoup font l’erreur de ne décrire à propos de l’Afrique que du misérabilisme, des crises, du sous-développement, de la pauvreté, du pessimisme, de la noirceur. Ces maux, certes, minent le quotidien de la plupart des Africains, mais notre génération rêve d’une Afrique nouvelle, riche et prospère. Une Afrique dans laquelle chaque Africain pourra vivre ses rêves – un rêve qui ne soit pas une vie en Occident, fusse-t-elle médiocre. J'évite donc de décrire cette Afrique pauvre et enrhumée de douleur. Je reste convaincu que l’Afrique est un continent de vie. C’est pour cela qu’à travers cette œuvre, vous découvrirez des personnages qui rient, qui aiment, qui doutent, qui rêvent. Vous y trouverez des familles, des amitiés, de la complicité, de l’amour. La dame de fer qui donne son titre à ce premier tome n’est pas seulement une figure de force et de détermination, c’est une femme avec ses fragilités, ses blessures, ses contradictions. A travers elle, je montre également que le pouvoir ne transforme pas forcément en monstres ceux qui le détiennent comme beaucoup le pensent, mais plutôt que le pouvoir fait naître en certains de ceux qui l’exercent, de nouvelles personnes perverties par des systèmes. J’ai toujours voulu être cet écrivain qui cherche à comprendre avant de juger, qui veut montrer la complexité avant de condamner.
JS : Votre roman a-t-il ambition de changer les lectrices et lecteurs?
HK : Si ce roman a vocation à changer une chose dans l’esprit des lecteurs, c’est tout d’abord leur mentalité ; notre façon à nous tous de concevoir la politique. L'ouvrage n’a pas vocation à donner de leçon mais de transformer notre société pour la rendre plus juste, plus libre, plus fraternelle. La Dark-politique est un univers de violence, de massacres, de tueries, de peines et de douleurs mais en même temps, le lecteur y trouve les aspirations enfouies d’un homme profondément amoureux de l’Afrique. Ce livre espère toucher les cœurs pour que tous ensemble nous essayons de redonner un peu d’humanité au paysage politique en général et africain en particulier. La politique doit rester un débat d’idées dans la construction du destin collectif. Il s'agit donc d’un livre qui décrit la réalité crue du pouvoir, le côté sombre de la politique africaine, dans un univers romanesque enivrant et haletant. Une merveilleuse histoire qui tient en haleine de la première à la dernière page. Le roman invite à la réflexion, au débat et peut-être à une forme de guérison par la parole.
Quelqu’un m’a dit un jour que “le pouvoir se paie toujours d’un prix”, “Qu’on ne fait pas de la politique pour aller au paradis”: que chacun y comprenne ce qu’il peut. Pour moi, Le sang du pouvoir reste simplement une histoire, et à chacun d’y trouver sa propre vérité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260403_082054";}s:15:"20260331_172419";a:7:{s:5:"title";s:121:"La culture populaire japonaise contient beaucoup de contenu sexuel, alors que l’éducation sexuelle reste insuffisante.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/03/31/300382/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300382";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 31 Mar 2026 15:24:19 +0000";s:11:"description";s:224:"Le défi du Japon consiste à concilier le souhait de préserver l’expression créative et érotique avec la nécessité de garantir que les espaces publics respectent la diversité et les différences entre les individus.";s:7:"content";s:18014:"
Alors que les images sexuelles sont partout, les écoles japonaises considèrent toujours le sexe comme un problème de reproduction biologique
Des magazines pour adultes sont exposés à l’extérieur d’une librairie à Tokyo, au Japon. Photo prise par Jo Carter. Utilisée avec permission.
Des images sexualisées mettant en scène des corps féminins saturent les espaces publics au Japon, des couvertures de magazines dans les supérettes aux panneaux publicitaires dans les rues et sont devenues largement banalisées.
En octobre 2025, une pétition sur Change.org intitulée « Protégeons l’avenir de nos enfants — Dites non aux magazines sexuellement explicites dans les supérettes » a recueilli plus de 5 000 signatures, appelant les magasins à retirer ces magazines pour adultes afin de protéger les mineurs. Elle soutient que ce contenu explicite constitue une forme de harcèlement sexuel et aura un impact négatif sur les enfants dans la construction de leur identité.
À peu près à la même époque, l’écrivaine Emi S. a partagé ses réflexions sur son blog Medium :
When I was a child, I remember seeing billboards with women’s faces and prices displayed beside them. And yet, I don’t recall feeling any discomfort at the time. Because it was simply there — treated as something normal.
Quand j’étais enfant, je me souviens avoir vu des panneaux publicitaires avec des visages de femmes et des prix affichés à côté. Et pourtant, je ne me rappelle pas avoir été gênée à l’époque. Parce que c’était simplement là — considéré comme quelque chose de normal.
Emi S. a souligné un point important concernant la normalisation de l’objectivation des femmes dans la culture populaire japonaise. Beaucoup de femmes acceptent les images sexualisées comme si elles étaient normales, au point de ne pas remettre en question cette norme, et lorsque certaines expriment leur malaise, leurs voix sont écartées comme étant une exagération.
Images sexualisées et culture populaire japonaise
Mais d’où vient cette norme ? Après la guerre, l’essor des médias et de la culture populaire au Japon a favorisé le développement d’un environnement visuel dominé par les mangas, les animés et la presse écrite. Par ailleurs, l’expansion des supérettes dans les années 1980 et 1990 a facilité l’accès aux magazines, y compris aux publications à caractère pornographique, dans la vie quotidienne.
Selon une enquête de 1989 citée par Nippon.com, 92,3 % des supérettes vendaient des magazines pornographiques. Par la suite, l’essor de l’esthétique moe dans les animés et les mangas a davantage perturbé la frontière entre divertissement et érotisme. Cela se manifeste notamment dans le développement du contenu « lolicon », où des personnages féminins jeunes ou d’apparence enfantine sont sexualisés.
Le profit a été le principal moteur du marché de l’érotisme, les magazines pour adultes assurant des revenus réguliers à de nombreux magasins. Cependant, avant les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020, les grandes chaînes de supérettes japonaises — 7-Eleven, Lawson et FamilyMart — ont annoncé l’arrêt de la vente de ces magazines dans tout le pays. Cette décision, visant à rendre les magasins plus accueillants pour les femmes et les enfants et à préserver l’image du Japon auprès des touristes, a marqué un changement symbolique important.
Cette décision a suscité des réactions partagées en ligne. Les partisans y ont vu un progrès attendu depuis longtemps vers une meilleure prise en compte de la sensibilité de genre dans l’espace public. Les critiques, en revanche, l’ont jugée symbolique, estimant que le Japon n’avait agi que sous la pression d'un examen étranger. Un utilisateur, @asitafukukazen, a écrit sur X en réaction à ce changement en 2019 :
Women have been complaining for years, but nothing changed until the Olympics. That shows how little this country values women’s voices.
Depuis des années, les femmes se plaignent, mais rien n'a changé avant les Jeux olympiques. Cela montre à quel point ce pays accorde peu d'importance à la parole des femmes.
Bien que les images sexuelles soient devenues moins visibles dans les principales supérettes, elles restent des éléments importants de la culture populaire et des espaces publics au Japon. Ces dernières années, des inquiétudes ont également été soulevées concernant la présence de publicités à caractère suggestif sur des sites non destinés aux adultes, ainsi que l’exposition des enfants à des contenus sexualisés dans les jeux, les mangas et d’autres médias communautaires.
Cependant, les appels ont davantage des restrictions comme la mise en place de zones dédiées ou le contrôle de l’âge pour l’accès aux contenus sexuels, en ligne comme hors ligne ont souvent suscité des réactions négatives, certains critiques estimant que ces mesures relèvent de la censure.
Le sexe reste un tabou à l'école et dans la Société
Le débat sur la liberté d’expression et le droit de ne pas être déshumanisé, autour de l’exposition publique d’images érotiques et sexuelles, se poursuit depuis des années sans parvenir à une entente.
Pourtant, même si la sexualisation reste courante, les discussions éducatives sur la sexualité et le consentement sont insuffisantes dans le système scolaire japonais. Aujourd’hui, les cours considèrent encore le sexe principalement comme un phénomène biologique lié à la reproduction. Les cours d’éducation sexuelle sont souvent séparés par genre : les filles étudient la menstruation, tandis que les garçons assistent à des cours de santé générale ou de sport. Les sujets tels que le consentement, les pratiques sexuelles sûres, les relations saines ou les orientations sexuelles sont très peu abordés.
Le programme éducatif séparé par genre renforce l’idée que le savoir sur la sexualité est quelque chose de genré, privé, honteux, voire inutile. Comme l’explique le blogueur Musashi sur Medium :
Japanese sexual education tends to reinforce old norms and stereotypes regarding gender roles. […] The narrative often emphasizes the differences between genders and underscores that men and women are to fulfill distinct roles.
L’éducation sexuelle au Japon tend à renforcer les anciens normes et stéréotypes liés aux rôles de genre. […] Le discours met souvent en avant les différences entre les sexes et souligne que les hommes et les femmes doivent remplir des rôles distincts.
En conséquence, encore aujourd’hui, certaines personnes au Japon considèrent les menstruations comme privé et embarrassant plutôt que comme un enjeu de santé publique, comme l’a souligné la députée Ayaka Yoshida.
Les autorités affirment toutefois que ces directives laissent aux établissements scolaires une certaine liberté pour décider de la profondeur à donner à leurs cours d’éducation sexuelle.
En effet, dans une société où les images à caractère sexuel font désormais partie du quotidien, une éducation sexuelle plus complète s’impose afin de limiter les stéréotypes liés au genre et à la sexualité. Comme le suggèrent les études en psychologie des médias, l'exposition répétée à des contenus sexuellement objectivants peut façonner la vision qu'ont les spectateurs des rôles de genre et des relations.
Au Japon, les blagues sexuelles mal placées, les commentaires sur l'apparence et les préjugés sur le comportement des femmes sont fréquents sur les lieux de travail et dans les écoles. Chez les adolescents, l’exposition répétée à des contenus érotisés dans l’espace public peut atténuer leur sensibilité à ce qui relève d’un comportement respectueux ou inapproprié. Cela contribue à renforcer les stéréotypes et peut même banaliser, dès le plus jeune âge, le harcèlement sexuel et la stigmatisation liée au corps.
Ces agissements sont fréquents. Par exemple, une jeune fille de 14 ans s'est plainte sur un forum en ligne pour adolescents que les garçons commentaient souvent sa poitrine, lui demandant : « Tu n'as pas honte de ta forte poitrine? » et que même les professeurs semblaient regarder sa poitrine avant son visage. Ses messages ont eu largement des conséquences de la part de ses camarades, mais ont également suscité plusieurs blagues sexistes surtout de la part des garçons.
Dans un tel environnement, les femmes sont plus susceptibles de se considérer comme un objet en considérant l’attractivité sexuelle comme un critère principal de leur valeur.
Le défi pour le Japon est de concilier le désir de préserver la liberté d’expression créative et érotique avec la nécessité de garantir que les espaces publics respectent la diversité des individus. Une première étape pourrait consister à introduire un programme d’éducation sexuelle plus ouvert, plus complet et plus inclusif.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260331_172419";}s:15:"20260327_162103";a:7:{s:5:"title";s:125:"« Les réfugiés sont-ils échangés? » L'ONU s'interroge sur l'accord d'échange d'asile entre le Royaume-Uni et la France";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/03/27/300920/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300920";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 27 Mar 2026 15:21:03 +0000";s:11:"description";s:194:"Un accord « un qui entre, un qui sort » liant les expulsions aux admissions légales suscite des critiques en ce qui concerne les expulsions, l'usage de la force et les risques de refoulement.";s:7:"content";s:12133:"
Les experts mettent en garde contre le fait que cet échange bilatéral pourrait compromettre la protection des réfugiés
Capture d'écran de la video ‘Le Parlement britannique débat du projet de loi sur l’immigration illégale‘ mise en ligne sur YouTube par Al Jazeera English. Utilisée avec permission.
Un accord controversé de type « un qui entre, un qui sort » entre le Royaume-Uni et la France, liant les renvois forcés de personnes arrivant par petites embarcations à des admissions légales équivalentes, a suscité de vives critiques de la part d'experts des droits humains. Dans une lettre publiée début février 2026, les experts ont mis en lumière des cas documentés dans lesquels des personnes ayant fui la guerre, la torture et la traite des êtres humains (notamment depuis le Soudan and Gaza) ont été placées en détention et soumises à l'usage de la force avant d'être renvoyées en France en vertu de cet accord.
Les défenseurs des droits humains affirment que le projet pilote, destiné a réduire l'immigration clandestine à travers la Manche, traite les demandeurs d'asile « comme des paquets et non comme des personnes » et risque de transformer un droit humain individuel en une marchandise échangée entre États pour des raisons de convenance politique.
Un accord fondé sur l'échange, et non sur la protection
Dans le cadre du dispositif « un qui entre, un qui sort » entre le Royaume-Uni et la France, les personnes qui arrivent sur le territoire britannique par petites embarcations et qui sont sélectionnées pour un renvoi peuvent être renvoyées en France. En contre-partie, le Royaume-Uni accepte d'accueillir un nombre équivalent de personnes venant de France par des voies sûres désignées.
Le droit international des réfugiés reconnaît le droit de demander l'asile comme un droit individuel fondé sur le risque personnel et la persécution, et non pas comme quota négociable ou un exercice comptable. Les critiques affirment qu'en liant chaque admission légale à une expulsion, cet accord transforme les personnes en quête de protection en simple marchandise.
Les préoccupations formulées par écrit par les neuf experts des droits humains de l'ONU — dont des rapporteurs spéciaux — décrivent des cas où des personnes en attente d'être renvoyées ont été placées en détention avant d'être expulsées et soulèvent des questions quant aux critères de sélection arbitraires et aux conditions d'éligibilité. Cette lettre met en garde contre le fait que ce processus peut en soit constituer un traitement cruel, inhumain and dégradant.”
Allégations de recours à la force lors des expulsions
Des organisations de défenses des droits humains ont également documenté des traitements éprouvants lors de la détention et des expulsions. Une déclaration conjointe de groupes de soutien de réfugiés souligne que des personnes ayant été victimes de torture, de traite ou de violences graves ont été détenues dans des centres semblables à des prisons, soumises à des contraintes, à l'isolement et à l'usage de la force lors de leur préparation à l'expulsion. Pour les survivants de traumatismes, de telles pratiques risquent de provoquer une retraumatisation et d'aggraver leurs troubles de santé mentale.
Un rapport publié par l'une de ces organisations fait état de cas où des victimes de torture et de violences extrêmes ont été soumises à des procédures d'expulsion sans aucune protection appropriée. Parmi elles des personnes originaires de zones de conflit comme le Soudan et la bande de Gaza, où la guerre et le génocide ont contraint des millions de personnes à fuir.
Appel de la société civile
Des organisations de la société civile au Royaume-Uni et en France ont exhorté les compagnies aériennes et les entreprises participant aux vols d'expulsion à reconsidérer leur rôle dans ce dispositif. Dans des lettres coordonnées, 28 ONG ont appelé les transporteurs à ne plus coopérer aux expulsions, qu'elles qualifient de « cruelles et forcées » soulignant que des victimes de la traite des êtres humains et de l'esclavage moderne figurent parmi les personnes concernées.
Un porte-parole d'une coalition de défense des droits a déclaré que cette politique « est une manière déshumanisante de traiter des personnes venues chercher refuge contre la guerre et les persécutions, » affirmant que ce système revient en fait à échanger des individus afin d'atteindre des objectifs politiques plutôt que de protéger leurs droits.
Questions juridiques et éthiques
Les gouvernements ayant adopté cet accord affirment qu'il est conforme au droit national et international et qu'il peut contribuer à réduire les traversées maritimes dangereuses. Cependant, des défenseurs des droits humains s'interrogent sur le respect des garanties essentielles, ainsi que sur l'existence d'une évaluation adéquate des besoins de protection avant les expulsions.
Des experts de l'ONU ont posé aux deux gouvernements des questions détaillées sur des aspects non rendus publics du projet pilot, notamment sur la manière dont est décidé qui est renvoyé et sur les garanties mises en place pour prévenir le refoulement en chaîne — c'est-à-dire le renvoi de personnes vers un lieu où elles pourraient être exposées à un danger.
Ce que cela signifie pour les droits universels
Quand les politiques d'asile sont construites autour d'un échange bilatéral plutôt que sur les besoins de protection individuels, le concept même des droits humains universels en est affaiblit, affirment les critiques. Les mises en garde des experts de l'ONU et les réactions de la société civile soulèvent un débat plus large, quant à savoir si de tels projets pilots respectent l'esprit de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et les obligations en matière de droits humains qui y sont associées.
Alors que cet accord entre le Royaume-Uni et la France perdure, il reste à savoir jusqu'où les États peuvent concilier contrôle des migrations et protection de la dignité et des droits des personnes en quête de refuge. Si la protection venait à dépendre d'échanges politiques, le droit à l'asile pourrait être réduit à une simple opération comptable plutôt qu'à un droit individuel inviolable.
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Aperçu de la situation de la liberté de la presse au Cambodge, Malaisie, Philippines et Indonésie
Les journalistes philippins de Manille ont organisé une cérémonie d'allumage de bougies pour dénoncer les assassinats de journalistes et autres attaques contre la presse. Photo tirée du post Facebook de Lito Ocampo. Utilisée avec permission.
Les groupes de presse et les défenseurs des droits humains de toute l'Asie du Sud-Est ont célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse (JMLP) en mettant en lumière les menaces qui pèsent sur la liberté d'expression dans leurs pays respectifs.
Le thème de la JMLP 2025, « Reportage dans le meilleur des mondes – L'impact de l'intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias, » a mis en lumière les opportunités et les défis posés par les nouvelles technologies numériques sur la manière dont les journalistes accomplissent leur travail dans un paysage médiatique en pleine mutation.
Protéger les médias indépendants du Cambodge
Au Cambodge, plus de 10 organisations de la société civile (OSC) et réseaux ont rassemblé une centaine de participants dans le cadre d'un forum où diverses parties prenantes ont discuté de la situation de la liberté de la presse dans le pays.
Ils ont notamment cité le rapport de 2024 de l’Association de l'Alliance des Journalistes cambodgiens qui a documenté 41 cas de harcèlement impliquant au moins 64 journalistes. Le rapport indique également que trois licences médiatiques ont été révoquées au cours de l'année écoulée.
Dans une déclaration commune, les OSC ont averti que « l'érosion continue de la liberté de la presse étouffe non seulement nos voix et celles du peuple cambodgien, mais porte également atteinte à l'essence même de notre démocratie ». Ils ont publié une liste de recommandations, incluant notamment la protection des médias indépendants. Leur déclaration disait :
Garantir un environnement libre, sur et sécurisé — tant en ligne que hors ligne — afin que les journalistes et les médias puissent exercer leur métier sans restriction ni crainte.
Mettre fin à toutes les formes de harcèlement contre les journalistes et les médias qui traitent des questions d'intérêts publics — telles que les droits fonciers, l'accès aux ressources naturelles et la responsabilité du gouvernement — qui sont souvent injustement qualifiées de « sensibles ».
Le Centre cambodgien pour les droits de l'homme a mis en ligne une vidéo mettant en scène le journaliste Sam Oudom, qui exhorte les autorités à cesser de harceler les journalistes indépendants et à écouter la voix des citoyens ordinaires.
Malaisie : IA et le « contrôle autoritaire des médias »
En Malaisie, le Centre pour le Journalisme Indépendant (CJI) s'est penché sur l'impact de l'IA sur les médias locaux, mais a également souligné l'héritage dangereux du « contrôle autoritaire des médias ».
Lorsque des considérations économiques conduisent à utiliser l'IA comme un substitut plutôt que comme un soutien au journalisme humain, le public subit la perte d'un reportage contextuel et de terrain essentiel à la démocratie participative.
Néanmoins, l'IA n'est pas l'unique cause des problèmes qui affligent le paysage médiatique malaisien. Ceux-ci trouvent leur origine dans des décennies de contrôle autoritaire des médias, des structures de propriété opaques, ainsi que des harcèlements et intimidations juridiques.
Le CIJ a insisté pour que soient révisées et réformées les lois souvent utilisées comme armes contre les détracteurs et les journalistes critiques, telles que la loi de 1948 sur la sédition, l'article 233 de la loi modifiée de 1998 sur les communications et le multimédia, et la loi récemment adoptée de 2024 sur la sécurité en ligne.
La CIJ a exprimé de l'espoir que l'adoption du projet de loi sur le Conseil Malaisien des Médias (MMC) « marque un potentiel tournant » dans l'amélioration de la situation des médias.
La Journée mondiale de la liberté de la presse 2025 est un appel à l'action. La Malaisie doit aller au-delà des améliorations symboliques et investir dans un changement structurel réel. L'intelligence artificielle doit être exploitée de manière éthique, non pas comme un substitut permettant de réduire les coûts, mais comme un outil qui complète et valorise le journalisme d'intérêt public. Le Conseil Malaisien des Médias doit être habilité à protéger la liberté des médias, et les journalistes doivent être soutenus, et non réduits au silence.
Dans une déclaration, Vilasini Vijandran, directrice exécutive par intérim d'Amnesty International Malaisie, a critiqué le gouvernement Madani en place pour avoir renié sa promesse de mettre fin à la censure des artistes et des journalistes.
Amnesty International Malaysie met en garde contre la montée de l'autoritarisme et de la répression dans le pays.
« Les mesures prises par le gouvernement Madani en 2024 n'ont pas seulement échoué à lever les restrictions de longue date sur la liberté d'expression, mais ont aussi activement aggravé les menaces qui pèsent sur ces droits. »
Philippines : une « culture de l’impunité qui perdure »
Aux Philippines, le nombre d’assassinats de professionnels des médias a diminué, mais les agressions contre les journalistes se sont aggravées selon les observations du Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (CMFR) et de l’Union nationale des Journalistes des Philippines (UNJP). Dans un rapport récent, ils ont enregistré 184 incidents liés à la liberté de la presse au cours des trois premières années du mandat de l’actuel gouvernement Marcos. Cela représente une augmentation par rapport aux 128 cas enregistrés au cours de la première moitié du mandat du gouvernement précédent.
Le CMFR a affirmé que « la liberté de la presse et son plein exercice doivent pouvoir s’exercer dans un environnement exempt de toute crainte de représailles ». En ce qui concerne la baisse du nombre d’assassinats de journalistes sous la présidence de Marcos, le rapport indique que le faible taux de condamnation et le nombre restreints d’affaires portées devant les tribunaux « sont des signes évidents d’une culture de l’impunité qui perdure ».
L’assassinat récent d’un journaliste et éditeur âgé de 89 ans a été signalé comme sujet de préoccupation par des organismes de surveillance des médias, notamment le Comité pour la protection des journalistes.
Le meurtre par balle de Juan Dayang, l’un des éditeurs de presse les plus en vue des Philippines, montre que le gouvernement du Président Ferdinand Marcos Jr. n’a pas pris les mesures nécessaires pour mettre fin aux meurtres de journalistes. Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour identifier ses assassines, découvrir leurs motivations et les traduire en justice.
L’UNJP a ajouté que « les incidents récents montrent que notre combat pour la liberté de la presse, la sécurité des médias ainsi que la sécurité de l’emploi et les droits économiques de notre secteur se poursuit. ». La déclaration du CMFR résume ainsi le rôle des médias dans la société : « Sans une presse libre et sans crainte, la démocratie meurt en silence. »
Indonésie : Attaques contre la presse étudiante
En Indonésie, l'Alliance des journalistes indépendants (AJI) a recensé 38 cas de violences à l'encontre de journalistes au cours des cinq premiers mois de l'année, soit plus de la moitié des 73 incidents signalés en 2024.
Dans une interview accordée au Jakarta Post, Bayu Wardhana, secrétaire général de l'AJI, a évoqué les difficultés auxquelles les journalistes sont souvent confrontés dans le cadre de leur travail en Indonésie.
Les médias se heurtent souvent à des obstacles lorsqu’ils cherchent à obtenir des informations ; on leur impose de ne couvrir que ce que souhaitent les dirigeants ; on leur interdit de rendre compte des actes de violence commis par les forces de l’ordre lors de la dispersion des manifestants ; et on les pousse à servir d’outil de relations publiques pour le gouvernement.
Par ailleurs, l’Association indonésienne de la presse étudiante (PPMI) a révélé qu’entre 2013 et 2021, 331 cas de violences contre la presse étudiante avaient été commis par les autorités universitaires et locales.
La présidente de l’AJI, Nani Afrida, a déclaré lors d’un séminaire organisé par la PPMI que, contrairement au rapport du Conseil de la presse, « la réalité sur le terrain dresse un tableau bien plus sombre ». Elle a ajouté que la presse estudiantine était également la cible d’attaques constantes.
Les défis à venir gagnent en complexité. D'une part, nous sommes confrontés à des contenus préjudiciables, à des canulars, à la désinformation, à la mésinformation, aux discours de haine et à bien d'autres phénomènes ; d'autre part, la presse étudiante est également la cible de la censure, de pressions institutionnelles et même d'attaques informatiques.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260327_160318";}s:15:"20260327_151101";a:7:{s:5:"title";s:45:"Un jour dans la vie d'une tortue de Horsfield";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/03/27/300780/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300780";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 27 Mar 2026 14:11:01 +0000";s:11:"description";s:103:"Elle s’éveille fin mars, s'accouple et se nourrit, puis retourne à un stade d’hibernation en mai.";s:7:"content";s:9885:"
Le nouveau documentaire TASBAQA nous plonge dans l'écosystème centenaire du plateau d'Oust-Ourt.
Une tortue de Horsfield. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.
Un article écrit par Albert Otkjaer pour Vlast.kz ; publié le 19 août 2025. Une version éditée de l'article est diffusée sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat médiatique.
Le vaste plateau d'Oust-Ourt ; un désert transfrontalier au sol argileux qui s'étend sur le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan occidental ; abrite la tortue de Horsfield, connue sous le nom de Tasbaqa en kazakh.
Dans cette région, l'activité humaine représente la principale menace pour cette espèce ainsi que pour d’autres. Les tortues sont vendues, accidentellement tuées ou encore piégées dans les fosses à bétail.
Le plateau D’Oust-Ourt au Kazakhstan occidental. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.
Le réalisateur britannique Saxon Bosworth a récemment achevé son dernier film, TASBAQA, un court métrage documentaire sur la vie de la tortue de Horsfield, une espèce menacée.
Yuliya Zaugg, directrice du Fonds Tasbaqa ; une association de protection de l'environnement consacrée aux tortues de Horsfield ; estime que le film donne une voix aux tortues.
Une tortue de Horsfield. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.
« Le film de Saxon montre comment est censée être la vie d’une tortue, un mode de vie menacé par l'activité humaine dans son écosystème » a déclaré Zaugg à Vlast.
En juillet, Bosworth a présenté TASBAQA à la Royal Geographical Society de Londres. Vlast a interviewé Bosworth au sujet du film et de son importance.
Albert Otkjaer (AO) : Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce film ?
Saxon Bosworth (SB) : Il y a peu de films ou de médias qui ont pour sujet la biodiversité du plateau. Je n'ai découvert le plateau d'Oust-Ourt qu’en 2020 lors d’un voyage. Je me trouvais au Karakalpakstan, conduisant le long des crêtes escarpées qui mènent à la mer d'Aral pour documenter la dernière espèce vivante de la Grande Aral, l’artémie.
J'ai été époustouflé par les couches de roche vieilles de 21 à 23 millions d'années qui composent les « chinks » (falaises) et les « sors » (vallées) du majestueux Oust-Ourt. Quelques années plus tard, j'ai commencé à imaginer un projet d’étude de la biodiversité du plateau. Suite à de longs échanges avec des chercheurs locaux, j'ai découvert la tortue de Horsfield sauvage et j’ai fait de son histoire unique mon sujet principal.
AO : De quoi parle le film ?
SB : Le spectateur suit une journée dans la vie de la tortue, cette journée est représentative des deux à trois mois d’activité annuels d’une tortue de l’Oust-Ourt. Elle s’éveille fin mars, s'accouple et se nourrit, puis retourne à un stade d’hibernation en mai. Je voulais montrer la tortue de Horsfield vivant sa vie téméraire, sauvage et réelle ; parce que c'est quelque chose qui n'est pas communément compris, ou peut-être difficile à imaginer pour tout le monde, moi compris. À quoi ressemble le quotidien dans la vie d'une tortue sauvage ? Comment ont-elles adapté leur mode de vie à un milieu si extrême et vaste que le plateau d'Oust-Ourt ?
Il y a là une relation ancestrale entre les espèces et l'écosystème. C'est un thème que je trouve vraiment envoûtant. Le sujet du film est cette symbiose entre le plateau et la tortue, une relation vieille de plus d'un million d'années. C’est pour moi le sujet principal de ce film. Nous savons que les tortues hibernent sur de longues périodes, mais la Tasbaqa de l'Oust-Ourt dort jusqu'à 10 mois. Sa capacité d’adaptation est exceptionnelle.
AO : Comment s’intègre la dombra, instrument de musique national du Kazakhstan, dans ce projet ?
SB : J’ai toujours voulu une bande originale composée de musique Kazakhe pour ce film. Des amis m’ont fait découvrir Kosaman Saparbayev et Ali Akyltai, le reste a suivi tout naturellement.
La dombra a une profondeur émotionnelle immense. Bien qu’elle ait une apparence simple avec seulement deux cordes, c’est un instrument puissant grâce à une combinaison de technique, d’intelligence émotionnelle et de profondeur. Cet album est réalisé par deux virtuoses de la dombra ; Kosaman de Janaozen dans la région du Mangystau à l’ouest et Ali de Almaty à l’est ; je n’en suis que le curateur. Ces deux artistes apportent leur style régional de dombra à l’album.
Kosaman joue du Tokpe kuy et Ali joue du Shertpe kuy. Ces deux styles différents se complètent à merveille. Dans le film, les scènes douces comme celle de la tortue qui s’éveille et vit sa vie sont accompagnées par la dombra d’Ali et les scènes dramatiques, comme la scène de combat, sont accompagnées par la musique épique de Kosaman. L'union de leurs forces et de leurs styles couvre le paysage émotionnel du court métrage.
AO : Qu'espérez-vous que les gens retiennent du film ?
SB : J'aime l'idée qu'un spectateur puisse se faire sa propre opinion lors du visionnage, qu'il puisse voir et comprendre des éléments que même moi, en tant que créateur, je ne peux peut-être pas voir.
Yuliya, du Fonds Tasbaqa, a déclaré : « Ces humbles tortues n'ont pas la parole dans le monde que nous sommes en train de construire. Mais grâce à ce film, elles gagnent en visibilité pendant un instant, pas seulement pour leur espèce, mais pour d’autres également. »
Je serais ravie que ce film puisse donner la parole à des créatures sans voix. Je recommande aux gens de s’informer sur le Fonds Tasbaqa dont l’un des objectifs principaux est de faire connaître cette tortue. Le film réalise un savant mélange entre narration et effort de conservation en faisant découvrir le mode de vie téméraire d’une tortue de Horsfield.
J’espère sincèrement que ce film et sa campagne permettront à la tortue et au Fonds Tasbaqa de rallier des alliés et des amis à leur cause pour les soutenir et les défendre dans les années à venir.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260327_151101";}s:15:"20260327_114416";a:7:{s:5:"title";s:72:"Quand le changement climatique met à mal les ruches d’abeilles en RDC";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/03/27/300983/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300983";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 27 Mar 2026 10:44:16 +0000";s:11:"description";s:205:"Le changement climatique impacte négativement les espèces humaine, animale et végétale: en RDC les ruches d’abeilles, qui jouent un rôle vital pour la sécurité alimentaire sont mises sont à sec.";s:7:"content";s:8583:"
Le litre de miel se vend entre 10 à 12 dollars américains en 2026 contre 7 dollars américains en 2025.
Des apiculteurs auprès d'une ruche d'aabeille ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de Groupe Academia RD Congo
Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.icicongo.net. L'article original, écrit par Elisha Kindy, est à retrouver sur le site Icicongo.
Le changement climatique impacte négativement les espèces humaine, animale et végétale partout dans le monde: c'est le cas en République Démocratique du Congo (RDC) où les ruches d’abeilles sont mises à sec; alors qu'elles jouent un rôle vital pour la sécurité alimentaire non seulemnt dans ce pays mais aussi sur le continent.
Au Nord-Kivu, région située à l'est de la RDC, dans la ville de Butembo, le dérèglement climatique affecte directement le secteur de l’apiculture: les ruches ne produisent presque plus et la production de miel s’effondre. De plus, les arbres ne fleurissent pas. Cette situation place les apiculteurs dans une précarité inquiétante.
À Ndando, à une dizaine de kilomètres au sud de Butembo, aucun bruit ne provient plus des ruches. Vêtu d'une combinaison qui le couvre de la tête aux pieds, machette et seau d’un côté, fumoir de l’autre, Mwanzi Zephanie, apiculteur reconnu dans la région, offre une visite guidée de ses ruches. Mais la première est vide, tout comme la deuxième et les autres. L'apiculteur est amer:
C’est la première année que cela se produit, à cause du dérèglement climatique. Avant, le miel était abondant, surtout à partir du quatrième mois de l’année jusqu’au mois de juillet. Mais cette année, tout a changé. Des insectes inconnus attaquent les ruches et certaines abeilles finissent par s’en aller. Conséquences : le miel devient de plus en plus rare.
Depuis plus de trois décennies, Mwanzi Zephanie entretient une dizaine de ruches. Il vit de ce métier, qui fait sa fierté, et son identité. Mais maintenant, il n'y a rien pour encourager les colonies d’abeilles: ni fleurs, ni nectar – seulement les séquelles visibles de pluies irrégulières, de sécheresses prolongées et d’un climat devenu imprévisible.
L’apiculture en danger
La chute de la production du miel a des répercussions directes sur les marchés des environs de Butembo. Le litre de miel qui se vendait à sept dollars américains au premier semestre de l’année 2025, se négocie ce premier semestre de 2026 entre 10 à 12 dollars américains selon les revendeurs. Cette inflation fragilise les consommateurs: le miel, apprécié pour ses vertus nutritives et thérapeutiques, devient un produit de luxe.
Vutsapu Michaël, président du conseil d’administration de l’ONG Academia Group, une organisation qui intervient dans la promotion de l’apiculture et la protection de l’environnement dans la région se plaint :
Nous assistons à la disparition progressive des fleurs mellifères. Si rien n’est fait, l’apiculture va disparaître. Il est urgent de repenser nos pratiques et de préparer les producteurs aux exigences du climat actuel.
Selon lui, les organisations et ONG qui pourraient intervenir peinent à accompagner les communautés. Il explique :
Aujourd’hui les pépinières forestières sont aussi affectées. Mais les formations sur le changement climatique coûtent de plus en plus cher, et les sensibilisations sur cette question demeurent insuffisantes.
Se conformer aux cycles climatiques
Malgré cette crise, Vustapu Michaël conseille le reboisement ciblé en arbres mellifères, notamment le calliandra, le grevillea et l’eucalyptus mellifère. Selon lui:
Ces arbres résistent mieux aux variations climatiques et fournissent un nectar régulier.
Cet environnementaliste encourage ainsi les apiculteurs locaux à suivre une formation en apiculture moderne et soutient que les ruches traditionnelles sont moins résistantes aux perturbations du climat:
Les ruches modernes protègent mieux les colonies d’abeilles et améliorent la production. Les apiculteurs doivent se conformer aux cycles climatiques plutôt qu’aux saisons habituelles, afin d’éviter des pertes inutiles.
Ainsi, il propose de freiner la déforestation, de limiter la culture sur brûlis, et restaurer les zones humides et protéger les essences locales.
Or pour répondre aux besoins en bois de chauffe, bois d’œuvre et en matériaux de construction, les plantations d’eucalyptus, très répandues dans la région, sont de plus en plus abattues.
L’aménagiste Gloire Mulondi, enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben à Butembo (Nord-Kivu), déplore :
Cette coupe massive prive également les abeilles d’une ressource essentielle : le nectar.
Outre les effets du dérèglement climatique, les conflits armés dans le Nord-Kivu ont occasionné une insécurité grandissante dans les zones de production de miel et favorisé des déplacements massifs de populations. Ceci constitue également un facteur déterminant, note un producteur: la poursuite des hostilités empêche les producteurs, qui craignent pour leur sécurité, à accéder librement aux zones de production.
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Le riz représente plus de la moitié des approvisionnements extérieurs en céréales du Cameroun.
Des paysans en train de récolter les riz dans une rizière au Cameroun ; capture d'écran de la chaîne YouTube de My Agric Pro
Le gouvernement camerounais annonce en janvier 2023 une politique d'autosuffisance en riz, un aliment de base de la population. Dans la région du Nord-Ouest du pays, les riziculteurs allient courage et détermination pour concrétiser ces promesses nationales.
Au Cameroun, dans les villes comme dans les campagnes, le riz est l'un des aliments les plus consommés, comme en témoigne la demande nationale dans ce pays de plus de 30 millions d'habitants. En 2023, la consommation du riz au Cameroun est de 25 kg par habitant tandis que la demande nationale est estimé à plus de 600 000 tonnes par an.
Dans ce contexte, le riz représente plus de la moitié des approvisionnements extérieurs en céréales, venant essentiellement de l’Inde et de Thaïlande. En mai 2023, le gouvernement adopte donc la stratégie d'autosuffisance en riz avec un but précis: rehausser le taux de production à l ‘aide d'un budget de 385 milliards de FCFA (677 millions de dollars américains). L'objectif est ambitieux : tripler la production nationale pour atteindre 460 000 tonnes d'ici 2027, puis 750 000 tonnes d'ici 2030. Selon les projections, ce volume devrait permettre d'atteindre un taux d'autosuffisance de 97 %.
Ces objectifs ambitieux sont accueillis avec un sentiment mitigé par les riziculteurs qui font face à un quotidien de routes défoncées, de semences insuffisantes, et de marchés désorganisés. Felix Mangwa, Ayong Odette et Tanchia Ngwendoline sont des cultivateurs de riz et propriétaire de vastes espaces rizicoles. Interviewés par Global Voices, ils partagent leurs espoirs et leurs difficultés pour atteindre la sécurité alimentaire de leur pays.
La réforme comme point de bascule
Dans les plaines humides du Nord-Ouest camerounais, la saison des pluies – qui a lieu de mars/avril à octobre et qui est toutefois sous l'influence du changement climatique – rythme les existences. Les cultures, principalment – le café, la pomme de terre, le maïs, le haricot, l'igname, le taro, le riz et l'huile de palme – suivent le rythme de la saison des pluies. Depuis l'annonce de la politique nationale d'autosuffisance en riz, un changement notoire s’est opéré dans le quotidien des exploitations de la région. Félix Mangwa explique que la riziculture est devenue sa priorité absolue :
Depuis la mise en place de cette politique, la riziculture est devenue l'activité principale de mes journées, avant toute autre tâche agricole. Davantage de membres de ma famille y participent désormais, ce qui allège la charge de travail.
Ce dynamisme familial autour du riz illustre une transformation plus profonde. Pour Ayong Odette, cultivatrice de profession de très longue durée, cela représente une validation de son choix de vie, car elle s’est engagée dans la culture du riz bien avant l'annonce gouvernementale. Elle explique :
La politique a eu un effet positif sur mes activités. Elle m'a encouragée à continuer de miser sur la riziculture comme source de revenus durable.
Pour Tanchia Ngwendoline, une autre rizicultrice, la mesure la plus concrète se lit directement dans le porte-monnaie familial. L'amélioration modeste mais réelle de ses revenus a eu des répercussions tangibles:
Cette politique a amélioré mes revenus, ce qui a contribué à améliorer les conditions de vie de ma famille.
Un quotidien entre pénuries et routes impraticables
Mais derrière cet enthousiasme, les trois agriculteurs décrivent un environnement de production semé d'embûches. Les défis sont à la fois techniques, logistiques et économiques, et se recoupent de manière frappante d'une exploitation à l'autre.
Felix Mangwa dresse un tableau détaillé des obstacles. Le prix du paddy trop bas pour maintenir la motivation, un accès insuffisant aux semences certifiées et aux tracteurs, une gestion de l'eau défaillante faute de parcelles aménagées. L’état des routes est ce qui l'inquiète le plus:
En saison des pluies, les routes qui relient nos champs aux marchés deviennent impraticables. Transporter la récolte relève alors du défi. Et quand on finit par trouver une décortiqueuse (machine utilisée pour enlever les enveloppes des grains de riz paddy), la qualité du riz blanc obtenu est souvent médiocre, loin des standards du riz importé.
Ayong Odette, de son côté, souligne deux problèmes fondamentaux:
La pénurie d'eau affecte la production. Et il n'existe pratiquement aucun système de commercialisation organisé, ce qui rend très difficile la vente du riz à un prix juste et stable.
La main-d'œuvre est un autre casse-tête. Ssans mécanisation, la production reste prisonnière du travail manuel. Les pertes post-récolte, aggravées par une infrastructure de stockage défaillante, engloutissent une partie significative des efforts consentis. Tanchia Ngwendoline résume ainsi les défis :
L'accès limité aux intrants agricoles améliorés (engrais ou produits phytosanitaires), une infrastructure médiocre qui entraîne d'importantes pertes après récolte, la dépendance à la main-d'œuvre manuelle et l'état dégradé des routes.
Présence d’un appui institutionnel encore insuffisant
Depuis l'annonce de la nouvelle politique du riz, les riziculteurs camerounais bénéficient d'un soutien via des programmes d'associations et d'organisations non gouvernementales qui opèrent dans le domaine agricole. Si cette initiative est à saluer, l'accompagnement reste partiel. La Société de développement de la haute vallée du Noun (UNVDA) qui fournit des semences certifiées aux agriculteurs de cette région Nord-Ouest et le Projet d'appui au développement des filières agricoles (PADFA II) qui offre des accompagnements techniques et dispense régulièrement des formations.
Au-delà de ces appuis, les questions environnementales liées à l'utilisation de l'eau et des terres sont de tailles. En effet, la riziculture hydrovore alors que dans le Nord-Ouest camerounais, la gestion de l'eau constitue un enjeu quotidien qui mobilise les agriculteurs bien au-delà de leurs parcelles individuelles. Une stratégie préventive s’impose alors à ces exploitants agricoles dans le but de gérer les questions environnementales, et d’assurer par-dessus tout une bonne culture. Félix Mangwa explique :
Je commence les cultures tôt afin de réduire les problèmes liés à l'eau. Je participe également aux activités locales d'entretien des ressources en eau organisées par le comité de gestion agricole et la coopérative rizicole. De plus, nous renforçons les berges des champs avec de l’herbe à éléphant afin de prévenir l'érosion.
Tanchia Ngwendoline adopte une vision plus prospective, tournée vers la résilience climatique. Elle plaide pour la construction de canaux d'irrigation formels, la diffusion de variétés résistantes comme le Nerica L56 (une variété de riz hybride interspécifique, spécifiquement développée pour les bas-fonds pluviaux et irrigués en Afrique).
Ce qu’il faut pour que la politique tienne ses promesses
Interrogés sur les mesures concrètes qui pourraient transformer durablement leur situation, les trois riziculteurs formulent des propositions qui s’inscrivent dans une vision similaire. Felix Mangwa appelle à un investissement dans les infrastructures de base : développement de nouvelles parcelles rizicoles, subvention des intrants, construction d'entrepôts de stockage, bitumage des routes rurales. Il insiste particulièrement sur la nécessité d'un marché structuré et de prix planchers protecteurs, ainsi que sur la modernisation des unités de transformation.
Ayong Odette met l'accent sur la commercialisation. Elle plaide pour des marchés plus accessibles, et des circuits de vente structurés pour une viabilité économique à long terme de la filière.
Pour Tanchia Ngwendoline, l'autosuffisance ne se décrète pas, elle se construit:
Le gouvernement doit prendre des mesures fortes pour réduire les importations de riz et encourager la consommation du riz local. Il faut aussi promouvoir la mécanisation pour améliorer la productivité. Pour moi, la durabilité, c'est garantir de la nourriture en permanence et créer des emplois.
Les témoignages de ces riculteurs dessinent les contours d'une filière rizicole camerounaise en mouvement, portée par une volonté politique mais encore fragilisée par des décennies de sous-investissement dans les infrastructures rurales.
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La dimension artistique du cinéma a été effacée au profit d’une idéologie politique
Cet article a été écrit par Elina Qalam pour Hasht-e Subh Daily et publié le 29 octobre 2025. Une version éditée est parue sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Au cours des cinq dernières années, les autorités talibanes ont interdit les activités cinématographiques en Afghanistan et démoli une salle de cinéma dans la capitale, Kaboul. Depuis leur prise de pouvoir en août 2021, elles ont progressivement supprimé films et séries télévisées des chaînes nationales, avant de fermer l’ensemble des salles de cinéma au public. En utilisant des politiques systématiques, ils ont exclu les femmes des productions cinématographiques.
Cet article repose sur une enquête menée par Hasht-e Subh Daily ainsi que sur des entretiens avec plusieurs cinéastes et anciens employés d’Afghan Film, en Afghanistan et à l’étranger. Les talibans ont dissous Afghan Film, unique institution publique dédiée à la production, au soutien et à la conservation du cinéma afghan. En exil, plusieurs professionnels du secteur redoutent désormais la disparition définitive des archives d’Afghan Film.
L’importance d’Afghan Film dépasse largement le cadre des arts et du cinéma : l’institution constituait également le dépôt majeur de l’histoire visuelle de l’Afghanistan. Ses archives conservent des films documentaires datant du début du XXᵉ siècle, retraçant les grands événements politiques de l’histoire moderne du pays.
La disparition du cinéma afghan
Avec le retour au pouvoir des talibans, le champ culturel et artistique afghan a été soumis à des restrictions d’une ampleur inédite. Dès les premiers jours de leur prise de contrôle de Kaboul, les talibans ont progressivement étouffé l’expression artistique, notamment le cinéma.
Le 21 novembre 2021, le ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice a publié une directive en huit articles, entraînant l’exclusion généralisée des femmes des médias.
Le 22 mars 2023, la municipalité de Kaboul administrée par les talibans a annoncé la démolition du cinéma historique de Khairkhana afin de permettre la construction d’un marché commercial, d’une mosquée et d’immeubles d’habitation. Ce cinéma figurait parmi les plus anciens et les plus emblématiques de la capitale.
Le 26 septembre 2023, les autorités talibanes ont décidé de louer le bâtiment du cinéma historique Aryub. Bien qu’il ait été reconverti en parking, ce lieu restait un symbole important du cinéma afghan en raison de son architecture caractéristique.
Enfin, le 13 mai 2025, les talibans ont officiellement dissous Afghan Film, seule institution cinématographique publique du pays. Cette dissolution a définitivement mis fin aux espoirs de renaissance du cinéma institutionnel en Afghanistan, reléguant l’une des principales structures de l’industrie cinématographique nationale au rang de vestige du passé.
La vidéo ci-dessous documente la démolition de la salle du cinéma Ariana à Kaboul.
Les contradictions de la politique culturelle des talibans
Les talibans cherchent à se présenter comme des promoteurs de la culture et de l’art, notamment par l’organisation du festival de cinéma Did-e Naw. Des spécialistes du cinéma estiment toutefois que ces initiatives servent principalement des objectifs de propagande et ne traduisent aucun changement réel dans la vision culturelle du régime.
Depuis quatre ans, le régime a produit neuf films et une série télévisée, tous dépourvus de personnages féminins. Le contenu de ces œuvres promeut l’idéologie talibane, dénigre l’ancien gouvernement, condamne les valeurs démocratiques et glorifie les attentats-suicides ainsi que les combats du régime.
Selon les enquêtes de Hasht-e Subh Daily, des films tels que Bagram Prison, Pul-e Company, Kabul Retaining Walls, State Gardener, A Working Day of a Police Commander et Ninth of Sunbula ne constituent qu’une fraction des œuvres produites avec des fonds publics.
Ces productions visent à légitimer le régime taliban et à mettre en avant les défaillances du gouvernement précédent. Elles relèvent davantage de la propagande que d’une démarche artistique et ont été largement réalisées par des cinéastes peu expérimentés ou des étudiants novices.
Sayed Ahmad Shekab Mousavi, professeur au département de cinéma de la faculté des Beaux-Arts de l’université de Kaboul et actuellement chercheur invité à l’université Columbia à New York, souligne :
Sous leur premier régime [1996–2001], les talibans brûlaient films et séries, excluaient les actrices, interdisaient la musique et n’autorisaient que les chants religieux. Aujourd’hui, la même politique perdure, mais sous une autre forme. Une chose est certaine : les talibans sont désormais en train de façonner leur propre histoire visuelle, une histoire marquée par la censure, l’exclusion et la déformation, mais appelée à devenir leur héritage.
Réaliser un film en exil
Bien que des cinéastes afghans en exil qualifient le cinéma de « meilleure forme de revanche » contre les talibans, ils soulignent également les nombreux obstacles auxquels ils se heurtent dans leurs pays d’accueil.
Les contraintes financières, l’accès limité aux équipements techniques, les difficultés liées au statut de résidence et le manque d’opportunités professionnelles compromettent la production de leurs œuvres.
La migration forcée a rompu leur lien avec le public national, rendant l’espace culturel du pays hors de portée. Ahmad Aryubi, ancien directeur du cinéma Aryub, déclare :
Lorsque la jeune génération n’a accès qu’à ces films pauvres et limités [produits par les talibans], elle en retire l’image d’un pays arriéré, incapable de produire des œuvres cinématographiques ou de s’inscrire sur la scène mondiale.
Marinan, cinéaste afghan résidant en France, ajoute :
La vie en exil est un défi majeur. Certains parviennent à s’imposer par leur travail, mais pour beaucoup, c’est une lutte permanente. Je connais des personnes talentueuses qui, tout en vivant en Europe, n’ont aucune place dans le cinéma afghan.
Le quotidien éprouvant des cinéastes en Afghanistan
Selon les conclusions de Hasht-e Subh Daily, la situation des cinéastes et des salles de cinéma en Afghanistan sous le régime taliban s’est considérablement détériorée. La censure, les contraintes idéologiques et l’interdiction pure et simple du cinéma ont rendu toute création cinématographique impossible.
Sabera Sadat, actrice, décrit la dureté de sa situation :
Après l’instauration des restrictions et la perte de mon emploi à la direction du théâtre, où j’exerçais comme actrice, mes conditions de vie sont devenues extrêmement difficiles. Étant le principal soutien financier de ma famille, cette situation a eu un impact négatif sur mon moral et sur mon identité artistique. Je n’ai pas pu quitter l’Afghanistan à cause de mes enfants, car ma vie dépend d’eux.
Mme Sadat livre une perspective sombre : « La situation est très grave. Dans les circonstances actuelles, il n’y a aucun espoir que le cinéma renaisse. »
Selon Hasht-e Subh Daily, les talibans n’autorisent les cinéastes à travailler que sous des conditions extrêmement strictes. La première exigence consiste à soumettre le scénario du film aux talibans avant toute production, puis à faire réexaminer l’œuvre une fois terminée.
L’autorisation de diffusion n’est accordée que si le film est entièrement conforme aux exigences du régime. Toute participation féminine y est formellement interdite.
Dans ces conditions, l’industrie cinématographique afghane est totalement paralysée, sans perspective de reprise ni de retour à une activité artistique libre. De nombreux cinéastes ont quitté l’Afghanistan, et ceux qui y demeurent vivent dans l’ombre de la pauvreté et du désespoir.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260317_163353";}s:15:"20260317_152317";a:7:{s:5:"title";s:82:"Coopération nucléaire Sino-kazakhstanaise : de gros risques pour des petits prix";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/03/17/299973/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299973";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 17 Mar 2026 14:23:17 +0000";s:11:"description";s:171:"La participation chinoise dans le developpement de l'industrie nucléaire kazakhstanaise est un autre jalon dans la coopération globale et croissante entre les deux pays.";s:7:"content";s:20471:"
La Chine cherche à ‘globaliser’ son industrie nucléaire
Cet article a été retenu dans le cadre du Programme Global Voices Climate Justice fellowship, qui met en relation des journalistes de pays sinophones et ceux d'autres pays de la sphère mondiale pour étudier les impacts des projets de développement chinois à l'étranger. Découvrez d'autres articles ici.
Le Kazakhstan prévoit de former un partenariat avec la Chine pour la construction de ses deuxième et troisième centrales nucléaires, qui sont estimées de produire 2.4GW d'électricité afin de répondre au déficit énergétique croissant. Pourtant, les impacts de cette coopération s'étalent au-delà de l'énergétique et mènent des influences sur la situation environnementale ainsi que le paysage politique kazakhstanais sur le long terme.
La construction de ces centrales par la Chine sert aussi à contrebalancer l'influence de la Russie, qui construira la première centrale nucléaire au Kazakhstan et qui maintient un rôle important dans le secteur énergétique du Pays. Sur le plan environnemental, des centrales nucléaires peuvent accélérer la transition vers l'énergie propre et peuvent aussi aider le pays à aborder son problème national de la pollution de l'air ainsi que les issues de santé que cela provoque. Pourtant, les traumatismes passés liés aux essais nucléaires et des inquiétudes par rapport à la possibilité d'un désastre nucléaire sont aussi des considérations importantes.
Pour la Chine, cette coopération marque le début des projets nucléaires en Asie centrale ainsi qu'une autre étape historique dans la coopération avec le Kazakhstan et la région élargie. Il symbolise l'engagement de la Chine à la fois d'étendre et diversifier sa présence régionale et de renforcer sa relation avec le Kazakhstan au travers de nouvelles formes de coopération technologiques et énergétiques. Le processus de la construction, l'opération et le démantèlement de ces centrales peut facilement durer plus que 60 ans, ce qui souligne que cet engagement bilatéral est à long terme.
Le développement nucléaire conduit par un déficit énergétique et la pollution de l'air
Même après une expansion des capacités, la production énergétique n'arrive toujours pas à couvrir la demande augmentée par une croissance de la population et l'industrialisation, qui motivent en partie les ambitions nucléaires au Kazakhstan. Durant les mois les plus élevés, la demande énergétique a atteint 17,2 GW, qui dépassent la capacité de génération maximale de 16,6 GW. Alors le pays a dû importer ces 0,6 GW restants des États voisins. Par 2030, ce déficit pourrait atteindre 6,2 GW qui poussent les autorités à élargir les capacités et à moderniser les infrastructures.
La production d'énergie propre par les centrales nucléaires est particulièrement importante pour le Kazakhstan où la source primaire d'énergie est le charbon, qui est polluant. En 2024, la production d'électricité par le charbon était responsable de 66% de l'électricité du pays. Par conséquent, selon le Service national d'hydrométéorologie du Kazakhstan, 35 villes à travers le pays sont confrontées à un niveau de pollution de l'air majeur.
Selon le médecin kazakhstanais Denis Vinnikov qui recherche les impacts de la pollution de l'air sur la santé, être exposé à l'air pollué pendant une longue période augmente les risques de développer des maladies cardiovasculaires ou respiratoires, comme la Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Almaty, qui est une des villes les plus polluées au Kazakhstan, est aussi une des villes avec le plus de cas de BPCO.
Une histoire nucléaire tragique et des peurs d'un nouveau désastre
En tant que le plus grand producteur d'uranium, le Kazakhstan est bien parti pour avoir lui-même des centrales nucléaires. Une des raisons pour lesquelles il n'a toujours pas exploité son potentiel d'énergie nucléaire est due à la sensitivité publique liée à son histoire tragique d'essais nucléaires.
Jusqu'à 1991, le Kazakhstan faisait partie de l'Union soviétique. Entre 1949 et 1989 cette dernière a exploité le Polygone nucléaire de Semipalatinsk au nord du pays, pour effectuer 456 essais nucléaires, ce qui a exposé plus que 1,5 million de personnes à des rayonnements nocifs et qui a pollué l'environnement. Pour recentrer le débat, ces essais représentent 25 pourcent de toutes les explosions nucléaires dans le monde durant cette même période.
En octobre 2024, pour dépasser cette sensitivité, le gouvernement a mené un référendum nucléaire dans lequel 72 pourcent de la population a voté en faveur de la construction d'une centrale. Pourtant, dès le début, le Gouvernement a penché en faveur du « oui » et a essayé de limiter l'influence de l'opposition, qui constate que les points négatifs surpassent les points positifs et que les désastres potentiels pourraient avoir un impact dévastateur sur des millions de personnes et sur l'environnement.
L'entreprise du nucléaire russe, Rosatom, a gagné la compétition pour construire la première centrale nucléaire au Kazakhstan, contre des concurrents Chinois, Coréens et Français. La construction a déjà commencé au village d'Ulken, qui se trouve au bord du lac Balkhash dans la province d'Almaty, qui se trouve au sud du pays. La centrale de Rosatom a un coût estimé à 15 milliards de dollars américains. Elle prévoit générer 2,4 GW d'énergie quand elle sera achevée en 2035.
Le 14 juin, quand Rosatom fut désigné gagnant de la compétition pour construire la première centrale, les autorités kazakhstanaises ont aussi annoncé que ce sera la Compagnie nationale nucléaire chinoise (CNNC) qui construira la deuxième centrale. Le 31 juillet, le Vice-premier Ministre, Roman Skylar, a déclaré que la CNNC construira en plus la troisième centrale nucléaire. Les localisations exactes de la deuxième et troisième centrales n'ont pas encore été révélées.
CNNC a déclaré qu'elle peut construire deux réacteurs de type Hualong-1, aussi appelé HPR-1000, capables de générer ensemble 2,4 GW. Comme celles-ci coûteraient 5,5 milliards de dollars américains et seraient prétendument construites en cinq ans, le coût et le délai de construction estimés sont nettement moins chers et plus rapides que les estimations des compagnies russes, françaises et sud-coréennes,
Coopération multilatérale nucléaire
L'Usine métallurgique d'Oulba de Kazatomprom est l'opérateur national pour l'industrie nucléaire au Kazakhstan. Capture d'écran de YouTube.
La coopération nucléaire entre le Kazakhstan et la Chine sert à témoigner que les liens d'investissement et d'échange entre les deux pays sont toujours en croissance. Cette coopération bilatérale comprend l'énergie traditionnelle et renouvelable, l'agriculture, la machinerie, l'exploitation minière, parmi d'autres secteurs. La Chine est désormais un des partenaires d'échange et d'investissement les plus importants pour le Kazakhstan.
En 2022, les deux pays ont signé un partenariat stratégique global et permanent. Entre 2005 et 2023, la Chine a investi plus que 25 milliards au Kazakhstan. Les deux pays tissent des relations proches lors de l'initiative la Nouvelle route de la soie, un projet d'infrastructure de connexion internationale proposé par la Chine, qui focalisera sur l'énergie, l'échange et le transport dans les pays de la majorité mondiale.
De son côté, la Chine formule sa coopération avec le Kazakhstan comme une « coopération stratégique » qui combine la Nouvelle route de la soie avec le programme de relance économique « Nurly Jol (Chemin lumineux) » dans la vision que les deux pays sont des « communautés qui partagent un destin ». Dans les médias chinois qui sont sous les mains de l'État, les politiciens kazakhstanais, comme le Président Kassym-Jomart Tokaïev, sont présentés en faisant l'éloge à la prouesse technologique chinoise grâce à sa sophistication.
Le développement nucléaire de la Chine au Kazakhstan se passe en parallèle avec un renforcement massif de son industrie nucléaire, avec 19 centrales qui sont sous construction et 150 de plus qui prévues d'ici 2035. Au Kazakhstan la qualité « verte » de l'énergie nucléaire est utilisée pour promouvoir les projets. Pareil pour la Chine, le message autour de l'énergie nucléaire focalise sur la baisse de dépendance sur le charbon qui est un polluant.
L'entrée de la Chine dans l'industrie nucléaire kazakhstanaise a pour but de concurrencer la Russie, sachant que l'entreprise de ressources d'uranium kazakhstanais, Kazatomprom, vend ses ressources aux entreprises chinoises depuis la fin de 2024 alors que par le passé, ces ressources étaient développées en coopération avec Rosatom. Selon certaines sources, la vente a eu lieu à cause de la pression mise par le capital Astana. En même temps, le fait que le Kazakhstan maintienne que sa première centrale nucléaire serait construite par la Russie montre que le pays essaie de garder un équilibre sur ses partenariats avec la Russie et la Chine.
« Seulement la Russie et la Chine peuvent offrir de façon indépendante une gamme complète de services : du financement à la localisation des conversions du cycle du combustible nucléaire, avec l'entraînement d'effectifs, le design, la construction, la gestion et traitement de combustible nucléaire usagé tout compris » a déclaré l'agence nucléaire kazakhstanaise.
Bien que la Chine représente généralement ses efforts dans l'industrie nucléaire dans le cadre de la réduction de la pollution de l'air qui est provoquée par d'autres sources d'énergie, ce cadre est aussi compris avec la globalisation de son industrie nucléaire. Comme le Kazakhstan est « le berceau de la Nouvelle route de la soie » et également un pays avec de larges réserves d'hydrocarbures et du gaz naturel parmi ses autres ressources naturelles, il est souvent placé comme un partenaire dans ces initiatives. Ce qui inscrit un « nouveau chapitre dans une amitié qui dure depuis deux millénaires » et ce qui peut apporter « la technologie et la sagesse chinoises à l'Asie centrale ».
La participation chinoise dans le développement de l'industrie nucléaire kazakhstanaise est un autre jalon dans la coopération universelle et croissante entre les deux pays. C'est une situation avantageuse pour les deux, pourtant, pour le pays hôte de ces centrales, à cause de la possibilité de désastres et la dépendance technologique d'un secteur nucléaire émergent et critique, le Kazakhstan se voit confronté à des risques économiques et politiques plus importants.
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Les bandes dessinées et illustrations sont une forme d'expression artistique alliant humour, critique culturelle et imagination.
« Maintenant, je vais te dessiner! » — un auto portrait . Photo prise par Art of Nejra Turcinovic sur Facebook avec l'accord de l'auteur.
Cet article d'Elma Hasanspahić a été publié pour la première fois sur Balkan Diskurs le 13 février 2026. Une nouvelle version est rééditée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu avec le Post-Conflict Research Center (PCRC).
La flamme de la professeure bosniaque Nejra Turčinović pour le dessin remonte à sa jeunesse. Elle s'est depuis tournée vers la bande dessinée et les illustrations comme mode d'expression artistique, associant humour, critique culturelle et imaginaire pour convoyer ses messages vers son public cible préféré — les enfants. Ayant illustré plus d'une vingtaine de livres pour enfants pour le marché local et international, son style unique d'illustration est devenu si populaire qu'il est maintenant immédiatement reconnaissable.
Durant son enfance, Turčinović lisait tous les livres illustrés lui tombant sur la main. Ses préférés étaient ceux des collections Bambi et Vjeverica — des marques sous lesquelles certaines séries de livres illustrés étaient publiés dans l'ancienne Yougoslavie — et qu'elle collectionne encore aujourd'hui.
Couverture de plusieurs livres pour enfants de la collection the « Biblioteka Bambi », par Oslobođenje de Sarajevo (la rangée supérieure présente des ouvrages de O. Župančić, D. Maksimović, A. Stevenson, D. Šćekić), et de la collection « Biblioteka Vjerverica » , par Mladost de Zagreb (la basse rangée présente de V. Colin, M. Aymé, H. Lofting, M. Lovrak), publiée en Yougoslavie des années 1950 aux années 1990. Collage par Global Voices à partir des photos du domaine public, usage équitable.
« Je pense que nous devrions offrir aux enfants autant d'illustrations que possible, y compris des dessins neufs faits à la main, leur montrant ainsi des perspectives différentes sur les contes de fées et les histoires susceptibles de les motiver à dessiner et réussir, » disait Turčinović.
Caricature et illustration
Les premières caricatures sont apparues au 16e siècle en Italie et elles sont devenues populaires en France et en Angleterre. Elles étaient souvent insérées dans la presse écrite , où elles servaient de moyens d'expression politique, de satire, et de divertissement. À travers des portraits déformés et des scènes humoristiques, les dessinateurs pouvaient critiquer les dirigeants politiques, les autorités et les normes sociales. À cette époque, les dessinateurs risquaient souvent d'être persécutés pour leurs créations controversées.
L’illustration est une forme d'art encore plus ancienne, utilisée pour raconter des histoires visuelles dans des livres, des articles, des publicités et d'autres médias. Le rôle clé qu’elle joue dans l'enrichissement des textes, nous aide à mieux comprendre les personnages, les événements et les décors des histoires.
Dans les livres pour enfants, les illustrations constituent souvent le principal vecteur narratif, créant un lien entre le texte et les jeunes lecteurs. Les illustrations peuvent créer un lien émotionnel avec le public, en facilitant la transmission d’ informations complexes et en enrichissant l'expérience visuelle , quand elles sont utilisées dans d'autres médias, notamment les bandes dessinées, les romans graphiques et les publicités.
Illustrations humoristiques et informatives
Titulaire d'une maîtrise en génie civil et travaillant comme enseignante au lycée et assistante à l'université, Turčinović se consacre aussi avec passion à ses loisirs. Elle collectionne les illustrations, mais son plus grand plaisir est de dessiner elle-même, dans des carnets de croquis, sur du papier et du carton.
En plus des livres pour enfants, elle crée des illustrations sur de petites cartes de vœux , qu'elle décrit comme « des illustrations principalement humoristiques contenant des messages subtils ». Elle conçoit aussi des réalisations personnalisées dans son « style bande dessinée »
« Je recommanderais sans hésiter aux gens d'éviter de se consacrer à une seule chose, » expliqua Turčinović. « La situation dans le pays n'est pas un conte de fées et nécessite de naviguer entre plusieurs champs de bataille différents ». N'abandonnez surtout pas vos rêves et essayez de ne jamais vous laisser aller au désespoir, car je crois que lorsqu'une personne n'est plus motivée, tout perd son sens.
Durant ses études, Turčinović n'accordait pas au dessin autant d'importance que maintenant . Cependant, après avoir assisté à une rencontre avec les artistes renommés Sabina et Cvjetković, Zdravko Cvjetković, elle a pris conscience du potentiel inhérent aux illustrations, les considérant comme « de la matière première pour de grandes réalisations ». Cette expérience a réveillé sa passion latente pour le dessin, après quoi elle a déclaré : « Il n'a pas été difficile de renouer avec mon ancien amour.»
Aujourd'hui, elle dessine pratiquement tous les jours. « En tant que professeure de lycée et assistante universitaire, le dessin est ma source de relaxation », explique Turčinović. « C'est une forme de médiation thérapeutique me permettant d’échapper à la réalité. C'est mon univers à moi, où je peux être seule et vivre une catharsis et atteindre le nirvana, où je trouve des idées et des solutions à mes questions et dilemmes personnels.
Caricatures autoportraits de Nejra Turčinović. En bas, on peut lire, « J'ai perdu un demi-point et Délais, délais, délais ». Photo tirée de la page Facebook de Art of Nejra Turcinovic avec son autorisation.
« C'est mon rêve, et je suis déjà devenue assez connue pour mon style », a confié Turčinović. « Je peux affirmer que c'est le désir et l'objectif de tout illustrateur et dessinateur : être reconnu par ses œuvres.»
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Une histoire tendre et bouleversante sur l'amitié, la marginalisation et les rêves fragiles façonnés par un système immuable.
Dans la modernité urbaine du 21e siècle, dont les conversations tournent essentiellement autour de l'égalité, la santé mentale, la liberté personnelle et une société sans discrimination, quelle partie de la vie des marginalisés reste-t-il au monde moderne? Certains films parlent de cette question et résonnent comme une gifle en plein visage. « Homebound » (retour à la maison) est un de ces films, dans lequel la promesse de l'Inde moderne entre en collision frontale avec les vies de ceux qu'on ignore en général.
L'histoire commence en pleine nuit, avec deux jeunes qui voyagent en camion pour se présenter à un examen, poursuivant le modeste mais lumineux rêve de devenir policiers. Un rêve qui leur apporterait un peu de dignité, un peu de stabilité, leur propre toit, et peut-être de quoi s'élever au dessus des lignes invisibles de pauvreté qui marque leurs vies.
« Homebound » aurait pu être une histoire familiale sur l'amitié, mais sous la vision émouvante du réalisateur Neeraj Ghaywan cela s'est transformé en portrait d'une génération piégée entre la survie, la trahison et l'espérance. Ghaywan, connu pour son cinéma de conscience sociale et pour son premier succès « Masaan » (2006),
a créé une oeuvre distincte au cinéma et la transmission à long terme, qui souvent centre ses histoires sur le caste, la classe, le genre et l'identité. Le film s ebase sur un reportage du journaliste Basharat Peer publié dans le New York Times et intitulé « Une amitié, une pandémie et un décés ensemble près de l'autoroute », qui racontait une histoire déchirante d'amitié et qui a été publié en 2020, durant l'apogée de la pandémie de COVID-19.
Ce qui distingue « Homebound » des autres histoires sur la transition vers l'âge adulte est son refus d'assouplir les limites de la discrimination religieuse et motivée par la différence de castes. Bien que la constitution de l'Inde garantisse l'égalité, le système de castes continue d'exister comme une structure sociale profondémment enracinée qui détermine l'accès aux opportunités et à la justice. En Inde, la violence pour le caste est une des manifestations la plus brutale de la stratification sociale, qui adopte plusieurs formes, parfois appelés abus qui comprennent un discours influencé par le caste, des boycotts économiques et, dans certains cas, la violation systématique, des linchages et des atrocités massives.
Le film montre de façon brillante la nature profondemment liée de comment le caste, la religion et la classe sociale façonnent la vie et le destin d'une personne, et comment ces forces définissent les limites de ce que ces jeunes peuvent imaginer. Il recueille le poids de générations écrasées par la discrimination, lesquelles se murmurent à elles-mêmes : « Demain sera un jour meilleur », bien que la réalité trace un chemin plus compliqué, révélé avec une clarté devastatrice dans les moments finaux du film.
L'histoire se déroule dans un village indien isolé, et suit Chandan et Shoaib, deux amis d'enfance unis par l'affect, les difficultés partagées et un accord tacite des hiérarchies sociales qui assombrissent leurs vies.
Chandan et Shoaib sont nés dans un monde dans lequel les mérites comptent peu et dans lequel le caste et la foi définissent la valeur d'une personne.
Qui appartient à la « caste supérieure » ? Qui est paria (la caste inférieure) ? Qui est musulman ? Et, plus important encore, pourquoi le fait d'être musulman suscite-t-il automatiquement la méfiance ? Chaque fois que le destin semble tourner en sa faveur, une nouvelle épreuve surgit, silencieuse, impitoyable, inévitable. Chandan, qui est paria, réussit l'examen de la police. Shoaib, musulman, échoue. La divergence n'est ni dramatique ni exagérée ; elle se présente avec la cruauté objective que connaît quiconque a vécu ce type d'inégalités systémiques.
Lorsque Shoaib accepte un emploi comme vendeur de filtres à eau, les humiliations sont silencieuses et persistantes : les clients refusent l'eau qu'il a touchée, ses collègues font des blagues lassantes sur le Pakistan. Rien de tout cela n'est présenté comme exceptionnel. C'est monnaie courante. C'est là tout le problème. Chandan est confronté à un fardeau différent : son propre refus d'accepter la caste qui lui a été attribuée et sa décision de concourir dans la catégorie générale dans une tentative douloureuse de se distancier d'un stigmate qu'il n'a jamais souhaité. Mais le film montre clairement que dépasser la caste est rarement une option pour ceux qui sont nés dans les échelons les plus bas.
Alors que le spectateur est submergé par le poids de leur souffrance, une brève scène provoque un nouveau choc : la sœur de Chandan, brillante élève désireuse de poursuivre ses études, se voit refuser l'accès à l'université parce que la famille doit donner la priorité à l'avenir du garçon. La discrimination sexuelle, suggère le film, prospère même dans les foyers fracturés par d'autres formes d'injustice.
Les talons fissurés de la mère de Chandan deviennent un motif inquiétant de l'héritage générationnel des épreuves. Pendant ce temps, Shoaib porte le poids de la jambe estropiée de son père et rêve du jour où il pourra se permettre de le soigner. Leurs aspirations brûlent comme de petites flammes obstinées : une maison à eux, un uniforme qui inspire le respect, une vie qui leur permette de se tenir debout. Au milieu de ces tempêtes, un amour calme et tendre fleurit dans le cœur de Chandan, doux comme un secret, fragile comme l'espoir.
Ghaywan complète ces ruptures intimes par des paysages visuels dépouillés de tout artifice. Trains locaux, quartiers ouvriers surpeuplés, travailleurs trempés de sueur… rien n'est embelli ni exagéré pour donner un attrait cinématographique. La pandémie de COVID-19, représentée avec modération, entre dans l'histoire non pas comme un mélodrame, mais comme un contexte sombre, capturant le déplacement massif des travailleurs migrants et la précarité de la vie parmi les pauvres du pays.
« Homebound » parle d'espoir, mais rejette toute consolation facile. Il reste fidèle aux dures réalités du temps, du désespoir et des systèmes défaillants. Cependant, même dans cette obscurité, le réalisateur laisse une lueur d'espoir chez Shoaib. Le rêve que Chandan n'a pas pu réaliser devient le flambeau de Shoaib. Les interprétations ancrent le registre émotionnel du film. Vishal Jethwa est profondément convaincant dans le rôle de Chandan, transmettant l'ambition et la vulnérabilité avec une précision silencieuse. Ishaan Khatter apporte une douceur palpable à Shoaib, un jeune homme dont la résilience ne se transforme jamais en amertume. La distribution secondaire est uniformément solide, même si Jahnvi Kapoor, dans le rôle de Sudha Bharti, semble légèrement décalée par rapport à la palette naturaliste du film. Son raffinement inhérent, même lorsqu'elle se déshabille, est difficile à camoufler.
Le film a été présélectionné pour les Oscars (2026), mais son importance dépasse largement la saison des récompenses. « Homebound » est une réussite, non pas parce qu'il tente de parler au nom des opprimés, mais parce qu'il écoute les silences, les concessions et les négociations privées qui façonnent la survie quotidienne. Le film s'intéresse moins au triomphe qu'à la persévérance silencieuse nécessaire pour simplement survivre, pour garder espoir, pour rentrer chez soi. En fin de compte, tout le monde cherche un chemin vers chez soi, quelle que soit sa définition. « Homebound » comprend ce désir. Le film n'offre pas de conclusion définitive, seulement une reconnaissance. Et parfois, c'est le choix le plus honnête.
Dans ses derniers instants, le film revient à Shoaib, qui s'accroche au rêve que Chandan n'a pas pu réaliser. Le rêve de Chandan devient l'héritage de Shoaib, un témoignage de la façon dont les rêves se transmettent, se partagent et, parfois, se sauvent.
Certains films arrivent en fanfare, avec un spectacle et une campagne publicitaire tonitruante. D'autres se glissent doucement, comme une brise à travers une fenêtre entrouverte, et laissent une empreinte qui perdure longtemps après. Après avoir vu « Homebound », une phrase du célèbre poète bangladais Daud Haider ne cessait de résonner dans mon esprit : « Ma propre naissance est mon péché éternel ». Peu de phrases capturent avec plus de concision le terrain émotionnel du film.
Cet article est une traduction en anglais d'une critique cinématographique en bengali de Shakila Zerin, initialement publiée dans Bonik Barta, l'un des journaux nationaux les plus respectés du Bangladesh, le 5 décembre 2025. Shakila Zerin occupe actuellement le poste de rédactrice en chef adjointe de cette publication.
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Les touristes bangladais et les voyageurs médicaux choisissent d'autres pays voisins en raison des restrictions sévères de l'Inde en matière de visas.
Rencontre entre le Premier ministre Modi et le Conseiller en chef de la République populaire du Bangladesh, Mr. Muhammad Yunus à Bangkok, en Thaïlande le 4 avril 2025. Image issue de Wikipédia, fournie par le bureau de presse de la République indienne. Domaine public.
Alors que le Haut-Commissariat de l'Inde à Dhaka traitait autrefois 8,000 visas par jour, aujourd'hui seuls les visas médicaux d'urgence et les visas étudiants sont désormais délivrés en nombre limité.
Les chiffres témoignent d'une réalité d'interdépendance. D'avril 2023 à mars 2024, plus de 2.1 millions de Bangladais se sont rendus en Inde, représentant 22% de l'ensemble des arrivées de touristes étrangers. Ils sont venus pour des soins médicaux, faire des achats, assister à des fêtes culturelles ou rendre visite à leur famille. Ils ont rempli les hôtels, les restaurants, et permis à des milliers de petites entreprises de rester à flot. L'Inde délivrait chaque année plus de 2 millions de visas aux Bangladais, la plupart à des fins médicales. Puis, presque du jour au lendemain, ce flux s'est arrêté.
Le « Mini Bangladesh » de Kolkata sombre dans l'obscurité
En se promenant aujourd'hui dans des rues telles que Free School Street, Marquis Street, or Sudder Street à Kolkata, les visiteurs découvrent une ville fantôme là où se trouvait autrefois un centre commercial florissant. Cette zone de deux kilomètres carrés, surnommée « Mini Bangladesh, » était le centre névralgique de l'activité économique bangladaise en Inde. Selon des estimations prudentes les pertes s'élèvent à 10 milliards de roupies indiennes (110,8 millions USD), mais les pertes réelles à New Market et Burrabazar dépassent probablement les 50 milliards de roupies indiennes (554 millions USD).
Chaque jour, 30 millions de roupies indiennes (332,400 USD) d'activité commerciale s'évaporent tout simplement. Les bureaux de change qui autrefois regorgeaient de clients venant échanger des takas bangladais sont désormais déserts, leur matériel électronique couvert de poussière. Les agences de voyages, qui réservaient des centaines de chambres d'hôtel chaque semaine, déclarent ne plus voir le moindre client depuis des jours. Les hôtels qui affichaient autrefois un taux d'occupation de 80 à 90% peinent désormais à remplir 5% de leurs chambres.
En novembre 2024, quatre entreprises avaient définitivement fermé leurs portes, et d'autres fermetures étaient attendues. L'existence d'environ 150 hôtels est menacée. Près de 3,000 magasins de cette zone sont confrontés à la même sombre réalité. Environ 40% des petits et moyens restaurants ont fermé boutique, incapables de survivre sans leur clientèle principale.
Environ 15,000 familles dépendent directement de cet écosystème touristique. Les exploitants de chambres d'hôtes qui louent des chambres aux familles en visitant ne gagnent rien. Les guides touristiques parlant couramment le bengali ne trouvent personne à guider. Les chauffeurs de taxis et d'auto-rickshaw spécialisés dans les transferts depuis l'aéroport et les visites guidées de la ville restent inactifs. Les vendeurs de street food, qui prospéraient grâce à l'engouement des clients bangladais pour la cuisine de rue indienne, voient leur activité dépérir.
Le dramatique déclin du tourisme médical
Le secteur de la santé indienne fait face à une réalité encore plus alarmante. Le Bangladesh représentait 69% des touristes médicaux en Inde, créant une dépendance excessive qui menace aujourd'hui l'ensemble de l'industrie du tourisme médical indien. Cette concentration rendait l'Inde vulnérable aux perturbations diplomatiques.
La baisse d'une année sur l'autre est éloquente: 43% en novembre 2024, puis 59% en décembre. Malgré les restrictions, environ 482,000 Bangladais ont tout de même réussi à se rendre en Inde pour y recevoir des traitements médicaux en 2024, contre 500,000 en 2023. Il ne s'agit toutefois que de patients munis de visas médicaux d'urgence — le marché plus large du tourisme médical s'est, lui, effondré.
Ces patients généraient des milliards de revenus. Ils choisissaient des hôpitaux à Kolkata, Chennai, Mumbai, et Bengaluru pour des traitements allant de la chirurgie cardiaque aux soins contre le cancer. Aujourd'hui ces lits d'hôpitaux restent vides.
Les infrastructures qui soutenaient ce circuit touristique médical sont aujourd'hui à l'arrêt. Les trains Maitree Express, Bandhan Express, et Mitali Express, qui reliaient l'Inde et le Bangladesh, ont suspendu leur activité depuis août 2024. Les patients qui pouvaient autrefois se rendre confortablement en train dans les hôpitaux indiens se heurtent désormais à des obstacles insurmontables.
L'impact des restrictions s'étend au-delà du secteur touristique et des services de santé. Les restrictions imposées aux voyages d'affaires transfrontaliers compliquent les relations commerciales, ralentissent la conclusion d'accords et créent des frictions dans les chaînes d'approvisionnement.
Les infrastructures de transport ont été durement touchées. Les services de bus entre les deux pays sont passés de sept trajets quotidiens à seulement un ou deux, transportant chacun 28 passagers. Les répercussions touchent les tours-opérateurs, les compagnies de bus et l'ensemble de l'écosystème logistique qui soutient les déplacements transfrontaliers.
Le tourisme commercial, qui était autrefois une attraction majeure à New Market et Burrabazar, a pratiquement disparu. Les consommateurs bangladais ne venaient pas seulement pour des produits indisponibles chez eux, mais aussi pour l'expérience du shopping lui-même. Cet écosystème commercial lutte désormais pour sa survie.
Nouvelles destinations pour le tourisme médical
Les patients bangladais n'ont pas cessé de se faire soigner à l'étranger. Ils ont simplement changé de destination. La Thaïlande s'est imposée comme le leader, enregistrant une hausse de 200% des demandes émanant de patients bangladais. Les hôpitaux thaïlandais proposent des procédures de visa simplifiées, les établissements médicaux aidant directement les patients dans leurs démarches.
En 2019 seulement, les Bangladais ont dépensé plus de 6.7 milliards de bahts thaïlandais (212.9 millions USD ) en soins médicaux en Thaïlande. Ce chiffre a probablement augmenté de manière substantielle depuis le renforcement des restrictions en Inde.
La Chine a repéré cette opportunité stratégique. Le Bangladesh a organisé des conférences sur le tourisme médical avec des responsables chinois dans la province du Yunnan, afin d'explorer des partenariats avant le 50e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et le Bangladesh en 2025. Des projets autour d'un « hôpital de l'amitié » à Dhaka témoignent de l'engagement à long terme de la Chine à conquérir ce marché.
Les tensions politiques, les retards dans la délivrance des visas et ce que les patients décrivent comme un « environnement peu accueillant » en Inde continuent de pousser les Bangladais vers d'autres solutions. Chaque mois de restrictions renforce ces nouvelles dynamiques. Chaque expérience positive en Thaïlande ou en Malaisie rend un retour en Inde moins probable.
Les touristes se tournent vers les pays voisins
Le tourisme de loisirs connaît des changements encore plus spectaculaires. Le Sri Lanka a enregistré une augmentation de 121.6% du nombre d'arrivées en provenance du Bangladesh en 2024, accueillant 39,555 touristes. Le Bangladesh est devenu le deuxième marché touristique en termes de croissance au Sri Lanka, remplissant les hôtels et les attractions qui ont profité des restrictions imposées par l'Inde.
Les Maldives ont enregistré une augmentation de 52%, accueillant 33,295 de visiteurs bangladais. Ces voyageurs sont généralement aisés et recherchent souvent des stations balnéaires et des expériences luxueuses. Le Népal a accueilli 48,848 visiteurs bangladais en 2024, contre 36,483 en 2023 — soit une augmentation de 34%.
L'Inde attirait auparavant 40 à 45% de tous les touristes bangladais à l'étranger. Les liens culturels, la proximité, ainsi que les attaches familiales et historiques faisaient naturellement de l'Inde le premier choix. Aujourd'hui cette position dominante s'effrite. D'août à octobre 2024, le nombre de visiteurs bangladais en Inde a chuté de 28.44% par rapport à l'année précédente.
Le paradoxe diplomatique
Le Premier ministre Modi parle de maintenir des relations « entre les peuples » avec le Bangladesh. Cette expression apparaît dans les déclarations diplomatiques et les communications officielles. Mais comment les relations entre les peuples peuvent-elles survivre alors que les gens ne peuvent pas se rencontrer.
Les familles ne peuvent pas rendre visite à leurs proches pour les mariages, les funérailles ou les fêtes culturelles. Les partenaires commerciaux peinent à maintenir leur collaboration sans réunion en face à face. Le Professeur Imtiaz Ahmed qualifie ces restrictions d'« inhumaines et indignes d'un pays voisin, » soulignant la contradiction entre la volonté affichée de développer des liens de peuple à peuple et des mesures qui empêchent concrètement les gens de se rencontrer.
Chaque mois de restrictions rend la réconciliation plus difficile. Les jeunes gens des deux pays grandissent en considérant les frontières comme des barrières plutôt que comme des ponts.
Le véritable coût de la fermeture des frontières
Les chiffres ne mentent pas. L'Inde a perdu 50 milliards de roupies (554 millions USD) de recette rien qu'à Kolkata. Au moins 69% des touristes médicaux ont été redirigés vers d'autres destinations. Et en Inde, 15,000 familles font face à la ruine financière en raison des restrictions sévères en matière de visa. Pendant ce temps, les pays voisins de l'Inde profitent de la situation, alors qu'un réalignement régional se dessine en temps réel.
Les relations de « peuple à peuple » peuvent-elles survivre lorsque les gens ne peuvent en réalité pas se rencontrer? Les jeunes professionnels développent des réseaux à Bangkok plutôt qu'à Kolkata. Les patients deviennent fidèles aux hôpitaux thaïlandais plutôt qu'aux hôpitaux indiens. Les touristes découvrent les plages sri-lankaises au lieu des sites patrimoniaux indiens. Il ne s'agit pas de changements temporaires — mais de transformations permanentes.
Tant que les restrictions en matière de visas et de voyages persistent, l'Inde perd des revenus, de l'influence et du capital sympathie. Quant au Bangladesh, il perd un accès pratique à des soins de santé de qualité et à des liens culturels. Combien de temps les deux nations peuvent-elles tolérer cette situation perdant – perdant avant que les pertes ne deviennent irréversibles?
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Africa Wiki Women renforce la visibilité des femmes africaines dans l’écosystème Wikimedia et Wikipédia
Plusieurs initiatives à travers l’Afrique œuvrent pour renforcer la visibilité des femmes dans les espaces numériques de connaissance. Africa Wiki Women fait partie de ces projets qui s'engagent dans la promotion de la participation des femmes africaines à la création et au partage des savoirs en ligne.
En Afrique, les femmes rencontrent encore de nombreux obstacles pour accéder aux technologies et participer aux espaces numériques de savoir. Selon un article de Global Voices, les violences en ligne et le harcèlement ciblant les femmes constituent des barrières importantes qui limitent leur présence et leur contribution sur les plateformes collaboratives et les réseaux d’information. Ces obstacles entraînent un biais de représentation, où les réalisations des femmes africaines restent souvent invisibles et peu documentées dans les connaissances numériques.
C'est dans ce contexte de barrières à l'accès qu'est né Afrika Wiki women, un projet de collaboration de trois femmes: Ruby Damenshie-Brown du Ghana, Bukola James du Nigeria et Pellagia Njau de Tanzanie qui se sont associées pour accompagner les femmes à travers des formations, des campagnes de contribution et des programmes de mentorat. L’organisation encourage les femmes à contribuer à la documentation des réalisations de femmes africaines notables et à enrichir les contenus liés aux femmes et aux initiatives portées par elles sur les plateformes de connaissance collaborative.
L'objectif d'Africa Wiki Women est de réduire le fossé de représentation des femmes dans l’écosystème Wikimedia et à renforcer la présence des femmes africaines sur des plateformes en ligne. En favorisant l’apprentissage, la collaboration et le leadership, Africa Wiki Women contribue à faire émerger davantage de voix féminines dans la production de connaissances ouvertes.
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Global Voices a interviewé Ruby Damenshie-Brown pour expliquer la démarche de ce groupe et son impact à travers le continent.
Mamisoa Raveloaritiana (MR): Quel a été le moment déclic qui vous a poussée à fonder Africa Wiki Women ?
Ruby Brown (RB): Lorsque j’ai rejoint la communauté Wikimedia en 2019, j’ai remarqué un écart frappant: la majorité des contributeurs étaient des hommes, et moins de 20 % des biographies sur la version anglophone de Wikipedia étaient consacrées à des femmes. Un grand nombre de ces articles ne comporte même pas d’images. Cela signifie que les histoires et les réalisations des femmes africaines étaient largement absentes sur Wikipedia. Cet écart est devenu encore plus évident lors d’un Edit-a-thon de 24 heures de Wiki Women in Red, où j’ai eu du mal à trouver suffisamment d’informations publiées pour écrire sur des femmes africaines notables. C’était frustrant, mais aussi révélateur: il ne s’agissait pas seulement d’un problème de représentation, mais d’un problème systémique.
La campagne Sheroes of Africa, une initiative qui met en lumière et valorise le rôle des femmes africaines, en avril 2022 a été un moment déterminé dans le développement, la culture, la politique et la transformation sociale du continent durant lequel les hommes dominaient la participation et la reconnaissance. Nous avons même dû réviser les critères du concours afin de pouvoir célébrer la contribution exceptionnelle d’une seule femme. Cette expérience a clairement montré la nécessité de créer un espace dédié où les femmes africaines pourraient être visibles, soutenues et valorisées.
Partant d’expériences similaires dans le mouvement Wikimedia et d’un profond désir de créer un espace qui relie les femmes africaines au-delà des simples campagnes ponctuelles, mes cofondatrices et moi avons créé Africa Wiki Women: une communauté par et pour les femmes africaines, centrée sur le mentorat, la collaboration et une représentation équitable dans tous les aspects de l’écosystème Wikimedia, de la contribution éditoriale à la gouvernance.
L'objectif est de permettre aux femmes africaines de raconter leurs propres histoires, de développer des compétences de leadership grâce au mentorat et de participer activement, en tant que contributrices et dirigeantes, au mouvement Wikimedia. Il s’agit de transformer un manque de visibilité en un changement durable.
RM: Pourquoi est-il important que les femmes africaines soient représentées sur des plateformes comme Wikipedia ?
RB: La représentation est essentielle, car la connaissance façonne le pouvoir. Wikipedia est souvent le premier point de référence pour des millions de personnes à travers le monde. Lorsque les femmes africaines sont absentes, cela envoie un message implicite: leurs expériences, leurs contributions et leur leadership seraient moins importants.
La représentation sur Wikipedia permet de corriger les déséquilibres historiques en documentant les réalisations de femmes qui ont souvent été négligées, et inspire les jeunes générations.
Elle joue aussi un rôle important dans l’information des décisions et des politiques publiques. Lorsque les contributions des femmes sont visibles et documentées, elles peuvent être utilisées par les chercheurs, les journalistes et les décideurs. En somme, la représentation n’est pas seulement symbolique, elle est structurelle: elle garantit que le récit mondial reflète la réalité et que l’expertise et le leadership des femmes africaines soient reconnus et valorisés.
RM: Quel impact Africa Wiki Women a-t-elle eu jusqu’à présent?
RB: Depuis sa création, Africa Wiki Women a commencé à réduire l’écart de visibilité de manière significative. Plus de 500 femmes provenant de plusieurs pays africains ont été formées à la contribution sur Wikipedia et aux plateformes Wikimedia.
Elles ont créé et amélioré des centaines d’articles, des profils de femmes leaders, des pages consacrées à des organisations et initiatives dirigées par des femmes.
Au-delà des chiffres, l’impact est aussi personnel et transformateur. Nombreuses d'entre elles témoignent que leur implication leur a permis d'avoir une confiance en elles, de se reconnaître comme expertes dans leurs domaines et de défendre les histoires de leurs communautés.
L'initiative ne se limite pas à produire du contenu: elle vise aussi le renforcement des capacités et l’autonomisation. Chaque contribution représente à la fois un enrichissement du savoir et un pas vers plus de visibilité et de reconnaissance.
RM: Quels sont les principaux obstacles qui empêchent les femmes africaines de contribuer aux plateformes de connaissance en ligne ?
RB: Plusieurs obstacles rendent la participation des femmes africaines à la création de savoir numérique plus difficile. L’un des premiers est l’accès à la technologie: toutes les femmes ne disposent pas d’un accès fiable à Internet ou à des appareils adaptés pour contribuer efficacement en ligne.
Il y a également la question de la littérature numérique. Même lorsque l’accès existe, certaines femmes manquent de confiance ou de compétences pour naviguer sur les plateformes comme Wikipedia ou Wikimedia Commons.
Les contraintes de temps constituent un autre défi important. Beaucoup de femmes doivent concilier responsabilités familiales et travail, ce qui leur laisse peu de temps pour contribuer à des projets de connaissance ouverte.
À cela s’ajoute le manque de représentation et de mentorat. Sans modèles visibles ou accompagnement, il peut être difficile pour les femmes de se percevoir comme contributrices ou expertes. Enfin, des barrières culturelles et systémiques persistent dans certaines communautés où le travail et le savoir des femmes sont moins reconnus ou moins documentés, ce qui complique la recherche de sources fiables nécessaires pour créer des articles.
Pour lever ces obstacles, nous combinons formation, mentorat, mise à disposition de ressources et plaidoyer afin de rendre la participation plus accessible et significative. Dans cette optique, nous avons lancé plusieurs programmes communautaires visant à renforcer les compétences et à accroître la participation des femmes.
RM: À l’avenir, quels changements sont nécessaires pour combler le fossé numérique de genre en Afrique?
RB: Réduire l’écart numérique entre les genres en Afrique nécessite des interventions structurelles et systémiques, et pas seulement une prise de conscience. Le soutien institutionnel et politique est essentiel : l’intégration de la participation numérique et de la contribution au savoir ouvert dans les programmes éducatifs, les initiatives d’ONG et les projets civiques peut contribuer à ancrer durablement ces pratiques. Il s’agit de s’assurer que les voix des femmes africaines soient documentées, amplifiées et valorisées, afin que les générations futures héritent d’un écosystème de connaissance plus inclusif, plus juste et plus représentatif.
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Jusqu’au bout, elles n’ont pas abandonné les personnes dont elles avaient la charge.
De nombreux aidants encore en vie sont déjà de retour au travail, avec presque aucun temps pour faire leur deuil. Photo prise par Kelly Yu. Utilisée avec autorisation.
Quand les secouristes ont atteint l’appartement du quatrième étage de Wang Fuk Court, ils ont découvert Sri Wahyuni encore en train d’étreindre son employeur âgé de 93 ans. La femme de ménage, âgée de 42 ans, faisait partie des dix travailleurs migrants qui ont péri dans ce qui est devenu l’incendie le plus meurtrier à Hong Kong depuis des décennies.
Le brasier a ravagé le lotissement de Tai Po le 26 novembre, consumant sept de ses huit immeubles résidentiels. Au moins 160 personnes ont péri, et six sont toujours portées disparues. Parmi les victimes figuraient neuf aides ménagères indonésiennes et une Philippine.
Les premières investigations ont mis en évidence des panneaux en mousse et des filets d’échafaudage de qualité inférieure provenant d’un chantier de rénovation qui s’était prolongé pendant plus d’un an — des matériaux que les enquêteurs estiment avoir accéléré la propagation mortelle de l’incendie.
« Jusqu’au bout, même au prix de leur propre vie, elles n’ont pas abandonné les personnes dont elles avaient la charge », a commenté Esther Tse, de l’Association pour les droits des victimes d’accidents du travail.
Tse a accompagné Yayuk, la sœur de Wahyuni, à travers les hôpitaux et les centres communautaires pendant les quatre jours d’angoisse qu’a duré la recherche de sa sœur. Wahyuni était la seule source de revenus pour une famille de trois enfants en Indonésie, le plus jeune n’ayant que six ans.
Les barrières linguistiques, les obstacles administratifs et les escrocs promettant faussement de l’aide ont rendu l’attente insupportable. Quatre jours se sont écoulés avant qu’un test ADN ne confirme que Wahyuni avait péri dans l’enfer. Tse a déclaré :
The emotional toll is devastating… It's already hard enough to leave everything behind to work abroad. And then what comes back isn't your loved one, but a body. For the family, that pain is unbearable.
« Le traumatisme émotionnel est dévastateur… Il est déjà extrêmement difficile de tout quitter pour travailler à l’étranger. Et ensuite, ce qui revient n’est pas votre proche, mais un corps. Pour la famille, cette douleur est insoutenable. »
Cette tragédie, a déclaré Tse, a mis en lumière la vulnérabilité des travailleurs domestiques migrants à Hong Kong et a souligné la nécessité d’un soutien et d’une compréhension accrus de la part de la société. Elle a ajouté :
Even local workers who are injured or killed on the job face enormous difficulties. But for migrant workers, the challenges are ten times worse. Many people assume domestic workers are just at home doing housework, how dangerous could it be? But that's simply not the case.
« Même les travailleurs locaux blessés ou tués au travail rencontrent d’énormes difficultés. Mais pour les travailleurs migrants, les obstacles sont dix fois plus lourds. Beaucoup de gens supposent que les employés domestiques restent simplement à la maison à faire le ménage : quel danger pourrait-il y avoir ? Mais ce n’est tout simplement pas le cas. »
Des bénévoles trient l’eau, les désinfectants et les vêtements donnés pour les aides domestiques déplacées à Tai Po. Photo prise par Kelly Yu. Utilisée avec permission.
On veut que leurs corps soient rapatriés avant Noël
Pour les familles musulmanes, le deuil est d’autant plus lourd qu’il se heurte à des contraintes culturelles et logistiques. La tradition islamique exige une inhumation le plus tôt possible après le décès, mais de nombreux corps ont été tellement mutilés par l’incendie que leur identification a été difficile, retardant ainsi la procédure.
Les frais de transport et les coûts funéraires, qui peuvent nécessiter jusqu’à quatre semaines de préparation, représentent un fardeau financier supplémentaire. Certaines familles se démènent désormais pour demander une aide d’urgence afin de rapatrier leurs proches.
Le gouvernement de Hong Kong a annoncé que les familles des travailleurs migrants décédés dans l’incendie recevront une compensation totale d’environ 800 000 HKD, comprenant plus de 500 000 HKD d’indemnités légales et 250 000 HKD d’aide.
Mais Johannie Tong, travailleuse sociale à la Mission pour les travailleurs migrants(MFMW), a exprimé son inquiétude face à la longueur du processus d’approbation et à la manière dont l’argent parviendra aux familles à l’étranger. Elle a déclaré :
We know migrant workers who worked here may be supporting not just one family. They may be supporting extended family, and multiple family members depend on their remittances. So we hope the money will really be able to support the children's education and the daily needs of family members.
« On sait que les travailleurs migrants qui ont travaillé ici ne soutiennent pas seulement une seule famille. Ils peuvent subvenir aux besoins de leur famille élargie, et plusieurs membres dépendent de leurs envois d’argent. Nous espérons donc que cet argent pourra réellement soutenir l’éducation des enfants et les besoins quotidiens des membres de la famille. »
« De nombreuses familles sont profondément préoccupées, souhaitant que les corps soient rapatriés avant Noël ou dans les plus brefs délais », a indiqué Tong, précisant que les consulats d’Indonésie et des Philippines à Hong Kong œuvrent actuellement au rapatriement des dépouilles des victimes de l’incendie.
Un espace commémoratif de grues en papier a été aménagé pour permettre au public de rendre hommage aux 160 victimes de l’incendie de Wang Fuk Court. Photo prise par Kelly Yu, utilisée avec permission.
Pas de temps pour faire le deuil
Alors que Hong Kong est en deuil, les aides domestiques survivantes ont eu très peu de temps pour faire leur deuil. La plupart ont déjà repris le travail ou bien subissent des pressions pour reprendre leurs fonctions en quelques jours, malgré la perte de leurs proches, de leurs passeports et de leurs effets personnels du jour au lendemain.
Fita, une aide domestique indonésienne de 49 ans, raconte le chaos de sa fuite face à l’incendie. Entre les sirènes hurlantes, les débris qui s’effondraient et l’odeur âcre de la fumée, elle a tenté d’avertir son employeur que l’immeuble brûlait, mais celui-ci a d’abord balayé l’alerte d’un revers de main. Elle a déclaré à Global Voices :
I heard a lot of sirens. After my employer opened the window, we smelled something burning. I was so panicked because so many people were running, and I was going to cry.
« J’entendais beaucoup de sirènes. Lorsque mon employeur a ouvert la fenêtre, nous avons senti une odeur de brûlé. J’étais paniquée en voyant tant de personnes courir partout, j’avais envie de pleurer. »
Lorsque toutes les deux ont réussi à s’en sortir indemnes, Fita s’inquiétait pour ses voisins et ses collègues aides domestiques, qui n’avaient pas conscience des flammes, l’alarme incendie n’ayant pas retenti :
That's what makes me regret… we didn't hear anything. Not even something that could give us some warning. There's something they have to tell us, a dangerous situation, but there’s nothing. Because if so, we could just help others, right?
« Ce que je regrette… c'est que nous n’avons rien entendu. Même pas un petit avertissement. Il y a des choses qu’ils auraient dû nous dire, une situation dangereuse, mais il n’y avait rien. Sinon, nous aurions pu aider les autres, n’est-ce pas? »
L’entretien s’est terminé brusquement, Fita devait se rendre en urgence dans une maison de retraite pour s’occuper de son employeur âgé.
Tong, dont l’organisation aide environ 90 aides domestiques touchées par l’incendie, a déclaré que beaucoup ont été replongées dans le travail alors qu’elles n’avaient pas encore surmonté le traumatisme :
They find it difficult to focus on their work because sometimes they remember what happened in the fire. They're also working hard to pull themselves together because they're still caregivers and they need to help calm the elderly, calm the children that are with them.
« Elles ont du mal à se concentrer sur leur travail, car elles se remémorent quelques fois ce qui s’est passé lors de l’incendie. Elles s’efforcent également de se ressaisir, car elles restent des aides aux personnes âgées et doivent aider à calmer les plus âgé(es) et les enfants dont elles s’occupent. »
Des défenseurs demandent la prolongation du séjour pour les aides dont le contrat a été résilié après l’incendie. Photo prise par Kelly Yu, utilisée avec permission.
Le double coup dur
Vame Mariz Wayas Verador, une travailleuse philippine de Wang Fuk Court qui a sauvé un tout-petit et sa grand-mère lors de l’incendie des tours, a vu son contrat résilié en raison des difficultés financières de son employeur.
Vame, une mère célibataire de quatre enfants, n’a maintenant nulle part où aller et séjourne dans un refuge mis à disposition par l’organisation de Tong. Tong a expliqué :
After her contract was terminated, she was worried about where to stay. And beyond that, whether she can still stay here in Hong Kong for recovery and to look for work.
« Après la résiliation de son contrat, elle s’inquiétait de savoir où elle pourrait se loger. En plus de cela, elle se demandait si elle pourrait encore rester à Hong Kong pour se rétablir et chercher du travail. »
Selon les règles en vigueur, les aides domestiques étrangères doivent quitter Hong Kong dans les deux semaines suivant la résiliation de leur contrat. Tong aide Vame à obtenir une prolongation de son séjour et espère que le Département du Travail traitera son dossier avec souplesse.
Edwina Antonio, de Bethune House, organise des stands d’aide éphémères à Tai Po. Photo prise par Kelly Yu, utilisée avec permission.
Edwina Antonio, executive director of Bethune House Migrant Women's Refuge, who has been running pop-up aid booths at the site, urged employers not to abandon their workers during this crisis. She said:
Edwina Antonio, directrice exécutive du Bethune House Migrant Women's Refuge, qui organise des stands d’aide éphémères sur le site, a exhorté les employeurs à ne pas abandonner leurs employés durant cette crise. Elle a déclaré :
« C’est un double coup dur. Elles ont déjà tout perdu, et ensuite elles ont perdu leur emploi. Cela les place vraiment dans une situation très difficile. Espérons que les employeurs comprendront et les laisseront continuer à travailler. »
Un soutien à long terme nécessaire
À l’approche de Noël, les survivants et les familles endeuillées réclament une rapatriation plus rapide, des arrangements de travail en dehors du domicile et la fin de la règle des deux semaines après résiliation de contrat. Tong a expliqué :
We understand that in temporary shelters or housing where employers are staying, there may not be enough space for the domestic workers. So some of them have to sleep on the kitchen floor, in spaces that are unsuitable as accommodation.
« On comprend que dans les abris temporaires ou les logements où séjournent les employeurs, l’espace peut être insuffisant pour les aides domestiques. Certaines doivent donc dormir par terre dans la cuisine, dans des espaces inadaptés à l’hébergement. »
Avril Rodrigues, de HELP for Domestic Workers, a souligné que, si les besoins d’urgence immédiats sont pris en charge, un soutien à long terme reste essentiel.
Des inquiétudes persistent concernant les retards dans les indemnisations, le manque de clarté sur les contrats de travail, les demandes d’indemnisation pour blessures et l’assurance médicale. Rodrigues a déclaré :
Right now we don't have a lot of clarity on the legal situation. The quicker the information is passed on to us, the better we know how to act.
« Pour l’instant, nous n’avons pas une grande clarté sur la situation juridique. Plus l’information nous sera transmise rapidement, mieux nous saurons comment agir. »
Elle a souligné l’importance d’une coordination continue avec le Département du Travail de Hong Kong et les autorités de l’immigration afin de garantir que les aides domestiques touchées par l’incendie reçoivent les soutiens et les protections légales dont elles auront besoin dans les semaines et les mois à venir.
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« Mon travail m'aide à comprendre le sens de mon existence. Le partager, c'est entamer un dialogue. »
Joana Choumali, « The Day Dreamer », Collection Alba’hian, 2025, technique mixte : photographie numérique imprimée sur toiles de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et laine, triptyque, 100 x 150 cm (39,4 x 59,1 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. Photographie réalisée par Hussein Makke.
L'art de Joana Choumali [sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais] s'apparente à une méditation murmurée : il est stratifié, lumineux et profondément personnel. Son travail s'inspire de photographies prises à l'aube, qu'elle saisit à Abidjan [fr] et dans d'autres villes, quand tout est silencieux. Puis, l'artiste réalise une broderie directement sur ces images, en superposant des couches de tulle, d'organza et des fils de laine. Ce procédé concret, que Joana Choumali compare à de l'écriture automatique, lui permet d'explorer des thématiques liées à la mémoire, à la résilience et à l'interaction entre le rêve et la réalité. Chaque point de broderie devient un acte contemplatif, qui transforme des instants fugaces en récits structurés, c'est-à-dire un pont entre le monde physique et le monde spirituel.
Née en 1974 à Abidjan, en Côte d'Ivoire [fr], Joana Choumali a suivi des études de graphisme à Casablanca avant de travailler en tant que directrice artistique dans le secteur publicitaire.
L'artiste s'est ensuite tournée vers la photographie, plus précisément dans le portrait conceptuel et la technique mixte. Son travail porte sur l'identité culturelle et la complexité des traditions africaines dans un contexte contemporain. Sa collection « Hââbré, The Last Generation» documente notamment le déclin de la pratique de la scarification faciale chez les Burkinabés vivant en Côte d'Ivoire. En 2019, elle fut la première Africaine à recevoir le Prix Pictet pour sa collection « Ça va aller », une combinaison de photographie et de cochet qui aborde le thème du traumatisme collectif et de la guérison.
Joana Choumali, « New Growth », Collection Alba’hian, 2024, photographie numérique imprimée sur toiles de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et de laine, 80 x 80 cm (31,5 x 31,5 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. Photographie réalisée par Hussein Makke.
En mars 2025, l'œuvre de Joana Choumali a été présentée lors de l'exposition « La Terre n'a qu'un soleil » à la galerie Farah Fakhri, à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Cette exposition a mis en évidence son exploration pour des narrations structurées, en démontrant son habileté à entrelacer les histoires personnelles et collectives à travers son approche distinctive de la technique mixte.
Dans une interview accordée à Global Voices, Joana Choumali parle de l'évolution de sa pratique artistique, du sens intrinsèque qu'elle donne à ses matériaux et ses techniques, et de la façon dont son travail artistique sert de guide pour l'introspection et le dialogue.
En voici quelques extraits.
Omid Memarian (OM) : Ta collection « Ça va aller » (2016) est connue pour son utilisation innovante de la broderie sur des photographies. Pourrais-tu nous expliquer comment cette technique est apparue dans ta pratique et quelles émotions ou narrations spécifiques entends-tu transmettre par le biais de ce procédé tactile ?
Joana Choumali (JC): J'ai commencé à broder sur mes photos en 2015, poussée par le besoin de passer plus de temps avec elles. J'adore la façon dont une photo numérique capture l'instant, alors qu'il m'arrive de passer des mois, voire des années, avec une photo imprimée sur une toile de coton. Je superpose plusieurs couches de tissus pour faire ressortir les couleurs du ciel, puis je couds le personnage à la main, comme un collage manuel, mais sans utiliser de colle. Ensuite, j'ajoute d'autres couches de tulle, d'organza ou de mousseline, ce qui ne représente pas une seule couche physique, mais différentes manières d'observer des réalités distinctes.
Les tissus transparents ajoutés en dernier évoquent l'humidité et la souplesse de l'aube, la rosée, le léger brouillard. Ils me procurent un sentiment de réconfort et d'accueil lorsque la ville est encore endormie.
Les couches successives me permettent d'exprimer les différents aspects de la vie, aussi bien physiques que spirituels. Elles rassemblent la réalité et l'imagination, la lumière matinale et la vision intérieure. Pour moi, coudre du fil et du tissu, c'est comme une écriture automatique. C'est ainsi que je crée de la beauté : à partir de ce que j'observe et de ce que je sens autour de moi.
Joana Choumali. Photo avec l'aimable autorisation de Pimii Pango.
OM: Le cœur de ton travail s'est déplacé de la photographie à la technique mixte. Quelles expériences ont influencé cette transformation, et comment perçois-tu le lien entre la photographie et ces nouveaux matériaux ?
JC: Je pense que mon œuvre s'est affirmée autant que moi. Je n'ai plus peur de dire ce dont j'ai besoin. Je le dis gentiment, mais fermement. Quand on grandit, on apprend à exprimer ses désirs, ses refus et ses attentes de façon plus claire. Les mots et les images deviennent plus précis.
Mon travail artistique se développe de manière instinctive, tout comme moi. Il n'est pas programmé. Je ne crée que ce que je suis et ce que je ressens. Cette sincérité est essentielle et j'espère qu'elle sera perçue.
Quand j'ai commencé « Alba’hian », je travaillais sur de petites surfaces en utilisant beaucoup de tissu transparent. J'aime à dire que, jusqu'alors, mon travail murmurait : je n'avais pas encore osé. Les couleurs étaient pastel, les ciels étaient vastes, les personnages petits et les paysages éthérés.
Au fil du temps, j'ai eu la sensation que mon objectif s'était étendu. Ce qui était en moi, dans mon esprit, dans mon cœur, dans mon âme et dans les profondeurs de mon œuvre devenait plus évident. Les images sont devenues plus nettes et plus riches de sens. Je suis passée d'œuvres de 50 cm sur 50 cm à des œuvres de quatre mètres. Je travaille aujourd'hui sur une pièce de 2,40 m sur 1,60 m, où le personnage s'étend sur plusieurs tableaux, hauts de plus d'un mètre.
Joana Choumali, « I Would Do Anything For You », Collection Alba’hian, 2025, technique mixte : photographie imprimée sur toile de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et de laine, 50 x 50 cm (19,7 x 19,7 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. GALERIE FARAH FAKHRI. Photographie réalisée par Hussein Makke.
OM:Tu as grandi à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Comment ton éducation et ton riche paysage culturel ont-ils influencé ta vision artistique et tes thèmes de prédilection ?
JC:Avoir grandi en Côte d'Ivoire dans les années 1960, c'est avoir été bercé par la paix, non seulement comme parole, mais aussi comme une philosophie de vie. La paix était partout, à la télévision, dans la vie quotidienne, jusqu'à ce qu'elle devienne partie intégrante de notre ADN. Je ne parle pas uniquement de la paix sociale, mais aussi de la paix intérieure : la liberté d'être soi-même, surtout pour une femme, une femme africaine, une femme noire, qui accueille la vie à bras ouverts, qui laisse tomber ce qu'elle ne peut pas maîtriser et qui accueille ce qu'elle reçoit.
L'une de mes œuvres, présentée à la galerie Farah Fakhri à Abidjan (du 16 mai au 25 juillet 2025), explore en profondeur ce concept. Pour moi, elle revêt une grande importance spirituelle, car je crois que c'est ce que Dieu attend de nous : se laisser aller et accepter notre destin, en devenant pleinement qui nous sommes. C'est de cela que parle mon œuvre.
Joana Choumali, « Va, vis, deviens ! », Collection Alba’hian, 2025, technique mixte : photographie numérique imprimée sur toiles de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et de laine, 35 x 35 cm (13,8 x 13,8 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. Photographie réalisée par Hussein Makke.
OM: Tes œuvres sont souvent liées à des thématiques comme l'identité, la mémoire et la résilience. Pourrais-tu nous parler des expériences à l'origine de tes créations et de la façon de les retranscrire dans les arts visuels ?
JC: Quand je crée, je ne décide pas, c'est ce qui vient spontanément de moi. J'ai réalisé des portraits nés pour être des premiers plans et qui ont évolué en paysages panoramiques. Chaque collection apporte quelque chose de différent. Je ne parviens pas à faire plusieurs choses à la fois ; j'ai besoin d'aller en profondeur. Je continue à travailler sur une œuvre tant que l'inspiration est présente. Quand le processus de création s'interrompt, je m'arrête. Même lorsque j'ai eu des demandes pour « Ça va aller », j'étais déjà ailleurs. Je n'arrive pas à continuer mon travail si je ne le ressens plus intérieurement.
Mon travail m'aide à comprendre le sens de mon existence. En le partageant, le dialogue peut commencer. Mais ce travail n'aurait aucun sens si je n'étais pas honnête avec moi-même. Si je ne crée pas avec mon intégrité, mes œuvres se transformeraient en actes commerciaux, et ce n'est pas comme ça que je fonctionne. Pour cette raison, j'alterne entre différentes collections. Parfois, je travaille sur quelque chose que je ne montre pas immédiatement. C'est une question d'instinct, qui se révèle progressivement. Je le dévoile quand je me sens prête.
Prenons l'exemple de « Alba’hian », qui a été exposée à Abidjan en mai 2025. Tout a commencé à cinq heures, lors de mes promenades matinales, et souvent quand je traversais le pont. J'observais le réveil de la ville : le soleil, les nuages, la lueur du jour. Tout cela m'a donné de la force pendant une période difficile. La collection « Alba’hian » a été créée à Abidjan et, à partir de là, elle s'est diffusée dans le monde entier.
Joana Choumali, « Your Hair Smells like Love and Sunshine », Collection Alba’hian, 2025, techniques mixtes : photographie numérique imprimée sur toiles de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et de laine, 35 x 35 cm (13,8 x 13,8 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. Photographie réalisée par Pimii Pango.
OM: Comment ton exposition à la Biennale de Venise [it] en 2017 a-t-elle influencé ton expression artistique et ta relation avec un public international ?
JC: Je pourrais continuer à créer, même sans expositions. Cependant, c’est grâce au regard de l’observateur que mon œuvre prend vie. L'étape finale, c'est l'émotion et la réaction de la personne qui l'observe. Il peut s'agir de l'acheteur qui vit avec l'œuvre, ou juste d'une personne touchée par elle, emportant avec elle la sensation que ma création a éveillée. C'est précisément à ce moment que mon œuvre devient complète. Son énergie et son amour s'en vont avec le spectateur.
Je crée pour me connecter à autrui et à moi-même, pour ensuite me connecter à d'autres. L'œuvre devient un pont.
OM: Si tu réfléchis à ton parcours, comment tes techniques et tes thématiques ont-elles évolué au fil des ans, et quels sont tes projets artistiques pour l'avenir ?
JC: Je travaille de manière instinctive. Quand je commence à travailler sur une pièce, je ne sais jamais où elle me mènera. Je peux parfois avoir une idée générale, mais, souvent, mes œuvres révèlent des choses auxquelles je ne m'attendais pas. C'est le meilleur cadeau que cette pratique peut offrir. Je ne sais pas toujours quand mon travail est achevé. Parfois, je le reprends, je le défais, j'y ajoute un autre matériau, je le détruis et je le refais à nouveau. Tout cela fait partie intégrante du processus créatif.
Mon travail ne suit qu'un seul programme : celui d'être multiple. Je me laisse guider par mon inspiration. Elle me permet de ressentir la présence de Dieu, qui me guide et m'accompagne. C'est pour cela que je ne me soucie pas de savoir s'il y a une évolution, un changement ou une progression. Mon travail m'amène là où j'ai besoin d'aller, et c'est cela qui importe.
Joana Choumali, « If you want, we can catch the moon too », Collection Alba’hian, 2025, techniques mixtes : photographie numérique imprimée sur toiles de coton, collage manuel, broderie, peinture, tissu transparent et mousseline, fils de coton lurex métallisé et de laine, 35 x 35 cm (13,8 x 13,8 in), utilisée avec l’autorisation de l’artiste et de la galerie Farah Fakhri. Photographie réalisée par Hussein Makke.
OM: En quoi l'acte méditatif de la couture influence-t-il ton processus créatif et entre en relation avec ton public ?
JC: Pour ma part, la chose la plus importante est la manière dont je me sens quand je crée et la façon dont cela ouvre un dialogue non verbal avec les autres. L'art me permet de me connecter avec les personnes et de mieux me connaître, et, si possible, de mieux comprendre les autres également.
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1759 tonnes de biomasse aérienne stockées par les arbres urbains de Bunia.
La ville de Bunia vue d'en haut ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de HK Today TV
Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.greenafia.com. L'article original est à retrouver sur le site de GreenAfia.
Une partie des solutions au changement climatique provient des arbres plantés dans les grandes villes. Souvent moins considérés que les arbres des forêts, ils jouent pourtant un très grand rôle qui suscite l'intérêt des scientifiques, y compris en République démocratique du Congo (RDC).
Une étude scientifique réalisée en octobre 2025 à Bunia, dans la province de l’Ituri au nord-est de la RDC, démontre que les arbres urbains ne sont pas de simples éléments paysagers : ils constituent de véritables réservoirs de carbone, capables de compenser une part significative des émissions de CO₂ liées aux activités humaines.
Une recherche scientifique au cœur de la ville
Contrairement aux forêts naturelles souvent étudiées, les milieux urbains africains restent largement absents des politiques climatiques, faute de données chiffrées fiables. Pour combler ce vide, des chercheurs de l’Université de Bunia ont inventorié 2311 arbres répartis dans 21 parcelles d’un hectare, couvrant trois communes de la ville de Bunia: Mbunya, Nyakasanza et Shari.
À l’aide de méthodes non destructives basées sur le diamètre, la hauteur des arbres et la densité du bois, l’équipe a estimé la biomasse aérienne et le stock de carbone sans abattre un seul arbre.
Des résultats chiffrés qui changent la perception des villes
Les chiffres issus de cette étude sont sans équivoque : 1,759 tonnes de biomasse aérienne stockées par les arbres urbains de Bunia ; 8,795 tonnes de carbone séquestrées, soit 2,374 tonnes équivalent CO₂ retirées de l’atmosphère.
En moyenne, un seul arbre urbain à Bunia stocke 380 kg de carbone, ce qui équivaut à environ 124 kg de CO₂ absorbé. À l’échelle d’un hectare urbain, le stock moyen atteint 47,6 tonnes de carbone, un chiffre comparable à certaines zones forestières dégradées.
À Bunia, si un seul arbre urbain peut compenser jusqu’à 124 kg de CO₂, il acquiert une valeur carbone pouvant atteindre 1 à 4 dollars sur le marché volontaire du carbone (un mécanisme d'échange de crédits-carbone qui permet aux entreprises et aux particuliers la compensation leur empreinte carbone de manière volontaire), preuve que les villes congolaises peuvent transformer leurs arbres en véritables actifs climatiques.
Ce résultat montre que le choix des espèces est déterminant. Certaines essences, en raison de la densité de leur bois et de leur croissance rapide, jouent un rôle climatique disproportionné par rapport à leur nombre.
Cette étude change beaucoup de choses, notamment dans la conception des politiques urbaines où les villes congolaises peuvent désormais intégrer l’arbre urbain comme infrastructure climatique, au même titre que les routes ou l’assainissement. Planter ou préserver certains arbres devient ainsi une stratégie d’atténuation climatique mesurable.
En ce qui concerne l’aménagement et le reboisement, l’étude fournit une base scientifique pour choisir les espèces à planter en priorité, éviter les plantations décoratives à faible impact carbone, et orienter les programmes de verdissement urbain vers des essences à fort rendement climatique.
Bunia peut également attirer l’attention des décideurs dans le cadre des financements climatiques. Avec des données chiffrées locales, les villes comme Bunia peuvent prétendre à des projets pilotes de crédits carbone urbains, des financements liés à l’adaptation et à l’atténuation climatique, et une meilleure valorisation écologique de leurs espaces verts.
Cette étude montre que le combat climatique ne se joue pas uniquement dans les grandes forêts du bassin du Congo, mais aussi dans les rues, les parcelles, les écoles et les quartiers urbains où chaque arbre compte. Mais surtout, chaque choix d’espèce, chaque politique de préservation ou de destruction a un coût climatique mesurable.
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Le Nord-Kivi dispose de quatre saisons : deux longues saisons humides et deux saisons sèches très courtes.
Exposition d'une variété de maïs , Photo de Hervé Mukulu de GreenAfia, utilisée avec permission
Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.icicongo.net. L'article original, écrit par Hervé Mukulu avec l’appui de Pulitzer center, est à retrouver sur le site Icicongo.
Le dérèglement climatique touche le Nord-Kivu, une région à l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), où les paysans doivent adapter leurs pratiques agricoles pour survivre.
Saisons raccourcies, sécheresses prolongées, pluies diluviennes, : tel est le quotidien des agriculteurs face à un climat désormais imprévisible dans lequel les averses violentes accentuent les risques d’inondation et d’érosion. En effet, des données de 2012 de la revue Geo-Eco-Trop montrent que la pluviométrie annuelle reste proche de 1 500 millimètres dans la zone alors que l’intensité moyenne des jours pluvieux progresse légèrement (+0,1 mm/jour). Ainsi, les jours avec plus de 10 millimètres de pluie augmentent d’environ trois par an. En même temps, le dérèglement climatique réduit la saison des pluies de 9 à 7 mois, ce qui menace d'autant plus la sécurité alimentaire.
D’après l'étude mentionnée, les inondations croissantes sont surtout dues à une urbanisation rapide et non maîtrisée. Une planification urbaine et des infrastructures adaptées est donc essentielle. Dans ce contexte, des scientifiques proposent des techniques agricoles adaptées, des semences résiliantes et une plus grande place à l’agroforesterie.
Selon la Cellule d'analyse des indicateurs de développemnet (CAID), le Nord-Kivu dispose de quatre saisons : deux saisons humides (de mi-août à mi-janvier; et de mi-février à mi-juillet) et deux saisons sèches très courtes ( entre mi-janvier et mi-février ; et entre mi-juillet et mi-août ).
Mulondi Gloire, ingénieur agronome et expert en aménagement du territoire, deux saisons culturales rythment l’année: une courte saison qui s’étend entre le mois de mars et de mai, et une longue saison entre août et novembre. Mulondi Gloire explique que la réussite d’une récolte dépend directement de la régularité des jours pluvieux :
Notre agriculture reste familiale, de petite échelle, et dépend entièrement des saisons de pluie.
En effet, l’irrigation qui devrait permettre de contourner cette dépendance, reste rare. Faute de moyens financiers et techniques, mais aussi à cause du relief accidenté, plusieurs paysans cultivent encore « au rythme du ciel ».
Charles Valimunzigha, Professeur d’université en sciences agronomiques et directeur du Centre de recherche agronomique et vétérinaire du graben ( CERAVEG), indique que le paradoxe est criant :
L’eau n’est pas absente : rivières, ruisseaux et nappes souterraines abondent. Le problème, c’est notre incapacité à la capter et à la gérer.
La quantité annuelle évolue peu, mais leur intensité augmente. Des épisodes extrêmes (grêle, orages violents) frappent plus souvent, parfois en pleine période censée être sèche et détruisent les semis cultures.
À cette instabilité pluviométrique s’ajoute un autre obstacle : des semences souvent vieillies, peu productives, travaillées avec des méthodes qui semblent figées dans le temps. Mais la riposte s’organise. Paysans, ONG, centres de recherche et autorités multiplient les efforts pour mettre au point des variétés capables de résister aux chocs climatiques.
La météo instable favorise aussi l’apparition des maladies comme le mildiou (maladie cryptogamiques qui touchent nombreux espèces de plantes) ou certaines attaques fongiques. Elle fragilise ainsi les rendements de plusieurs cultures. Gloire Mulondi explique :
Nous assistons à des manifestations locales du changement climatique global liées à l’augmentation des gaz à effet de serre.
Privilégier l’agriculture durable
Héritier Mbusa, chercheur en phytotechnie, indique que la voie à suivre est claire :
…planifier, irriguer et diversifier. Passer d’une agriculture de survie à un système capable d’anticiper et de s’adapter, grâce à la technologie, à la reforestation et à des variétés mieux armées face aux aléas climatiques.
Pour le professeur Sahani Walere, expert en gestion des catastrophes naturelles, l’agriculture locale est face à une impasse:
Nous ne pouvons garantir une agriculture durable si nous n’envisageons pas des mécanismes d’adaptation au changement climatique.
Il plaide pour un réseau régional de stations climatologiques afin d’établir un calendrier agricole fiable.
Ce chercheur explique que des données montrent une hausse moyenne de 1,8 °C en 50 ans et des perturbations accrues pendant les petites saisons de pluie.
Si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent, même la petite agriculture, colonne vertébrale de l’économie locale, pourrait disparaître.
Il appelle ainsi les décideurs à intégrer les données climatiques dans les stratégies agricoles afin de sécuriser la production.
Face à ces défis, le chef des travaux Gloire Mulondi prône une transition vers une agriculture résiliente, basée sur l’agroforesterie et l’agroécologie. Il affirme :
Nous devons adopter des nouvelles pratiques adaptées aux nouvelles réalités climatiques.
Gloire Mulondi insiste aussi sur la préservation de la fertilité des sols et la réduction des émissions issues de la déforestation et des brûlis. Pour lui, la technologie, imagerie satellitaire, cartographie des sols, outils numériques, doivent aussi être mise à profit surtout que « L’agroécologie repose sur l’équilibre entre les plantes, le sol et l’environnement, limite les intrants chimiques et en favorise la biodiversité ».
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Les arbres et les forêts ont commencé à se régénérer, ce qui a réduit les conflits et les inondations
Un paysage désertique à Bamako, au Mali. Crédit : Banque mondiale Flickr. License d'exploitation : CC BY-NC-ND 2.0
Cet article, écrit par Tara Abhasakun, a été publié en premier lieu par Peace News Network, le 13 janvier 2026. Global Voices publie ici une version modifiée, dans le cadre d'un partenariat de publication.
Le Mali est l'un des pays au monde les plus vulnérables au dérèglement climatique. Entre 1970 et 2020, le territoire a connu au moins 40 chocs climatiques majeurs. Chaque année, la sécheresse y affecte environ 400 000 personnes et réduit les bénéfices agricoles de 9,5 millions de dollars, d'après la Banque mondiale.
D'après un rapport du Groupe des Nations Unies pour le développement durable (GNUDD), publié en août 2025, le dérèglement climatique constitue en outre un facteur majeur de conflit au Mali. Selon ce même rapport, à cause de la dégradation des pâturages, dont le sol est de moins en moins fertile, les fermiers étendent leur culture sur les routes traditionnelles de transhumance, ce qui provoque de violents conflits avec les bergers.
Afin de recruter leurs membres, de violents groupes extrémistes ont exploité ces tensions, tirant avantage des différences ethniques et religieuses, ainsi que des rivalités pour l'usage des terres. Cette méthode de recrutement est particulièrement efficace auprès des jeunes.
Parce que le travail des femmes de cette région est essentiel dans l'agriculture ou la survie du foyer, la crise climatique les impacte souvent de manière disproportionnée : elles sont forcées de réaliser de plus longues distances pour trouver du bois de chauffage ou de l'eau. Avec l'intensification des conflits, elles se trouvent donc de plus en plus menacées par les violences de genre.
Dans son rapport, le GNUDD cite des exemples de projets qui ont contribué à développer la résilience des communautés face au dérèglement climatique et à diminuer les conflits. Dans le même temps, cette organisation ainsi que d'autres recommandent au gouvernement malien et à ses partenaires internationaux de nouvelles mesures afin de résoudre les conflits liés au climat et de favoriser une paix durable au Mali.
Parmi les actions possibles, les autorités locales et les communautés peuvent améliorer leurs systèmes de prévention, qui fournissent des informations précises sur les aléas climatiques imminents, comme les sécheresses ou les inondations. Ces systèmes, d'après le GNUDD, se sont déjà révélés utiles en permettant d'évacuer à temps les populations et, pour les fermiers, de prendre des mesures pour protéger leurs champs.
Autre action efficace : des programmes d'entraînement qui combinent science et savoirs traditionnels. Ils se focalisent sur la régénération naturelle assistée ainsi que sur la gestion de l'eau et des terres. Ils aident également les fermiers et les bergers à s'adapter aux variations des conditions climatiques.
Remettre au goût du jour les lois traditionnelles sur la conservation de l'environnement compte également parmi les solutions. Salif Aly Guindo, présidente de Barahogon, une institution traditionnelle du peuple Dogon, a annoncé que le groupe ethnique avait rétabli ses lois traditionnelles pour un usage soutenable des forêts. Depuis lors, « les arbres et les forêts ont commencé à se régénérer, ce qui a réduit les conflits et les inondations », affirme-t-elle, ajoutant que les habitants de Djénné et Mopti, dans le Mali central, suivent cet exemple.
Maliki Hamadoun Sankaré est un jeune entrepreneur malien, à l'origine de l'entreprise Socco-Agro-Business, qui vise à développer la production locale de riz et de légumes. Il entend améliorer l'emploi des jeunes. « D'ici 2030, nous voulons créer plusieurs postes dans le secteur agricole, en particulier pour les jeunes des zones rurales, afin de réduire l'exode rural », explique-t-il.
L'Institut international de recherche de Stockholm sur la paix (SIPRI) recommande quant à lui dans un rapport de 2021 des « stratégies de développement à long terme sur les problématiques pour lesquelles les conséquences du dérèglement climatique peuvent susciter des conflits : la garantie des moyens d'existence, les relations entre fermiers et bergers, les rivalités de ressources, les tensions communautaires, la marginalisation sociale et l'exclusion. »
Le SIPRI encourage également la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à travailler avec le Programme des Nations Unies pour l'environnement afin de désigner un conseiller à la sécurité environnementale. Un tel conseiller hiérarchiserait les risques liés au climat, à la paix et à la sécurité au sein de la MINUSMA et coordonnerait « les réponses apportées avec le reste des instances des Nations Unies, le gouvernement malien, la société civile, les partenaires régionaux et internationaux ».
Le SIPRI suggère aussi au gouvernement malien de renforcer la participation des femmes dans le processus de prise de décision concernant les problématiques qui pourraient mener à des conflits, telles que la gestion des ressources, l'adaptation climatique et la réponse aux risques sécuritaires et climatiques.
Enfin, le SIPRI recommande que le gouvernement malien et ses partenaires — parmi lesquels l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations Unies — de se mettre d'accord sur une stratégie de stabilisation qui tienne compte de l'enjeu climatique. L'institut de Stockholm précise que cette stratégie devra combiner la sécurité avec le besoin de développement, des réformes dans la gouvernance et un dialogue politique, afin de s'attaquer aux causes de conflit dans les dix régions du pays, ainsi que dans les zones transfrontalières telles que la région historique de Liptako-Gourma, entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso.
Dans le même temps, la recherche se poursuit. Un rapport du groupe consultatif pour la recherche internationale sur l'agriculture (CGIAR), publié en mars 2025, reprend le discours de parties prenantes maliennes qui appellent à « concevoir des programmes améliorant la capacité des communautés locales à faire face aux conséquences du dérèglement climatique et aux menaces sécuritaires ». D'après le rapport, ces recommandations, basées sur la recherche, doivent guider un comité technique chargé d'établir la première stratégie nationale de sécurité climatique du pays.
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L'histoire récente du déplacement d'une famille et de la perte de son domicile dans la campagne syrienne.
Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais.
Cet article a été publié initialement par SyriaUntold le 21 janvier 2026. Une version éditée est republiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
La première fois, c’était en 2013, lorsque notre immeuble a été touché lors de bombardements entre l’« Armée syrienne libre » et les forces du régime dans les quartiers d’Al-Ashrafiya et de Sheikh Maqsoud, causant d’importants dégâts à notre domicile. Nous sommes restés coincés dans le sous-sol pendant quatre jours jusqu’à l’ouverture d’un passage sécurisé, par lequel nous avons fui vers la ville d’Afrine.
Je suis Rima (un pseudonyme), une jeune femme kurde originaire d'Afrine, en Syrie. Je vis actuellement dans la ville de Qamishli pour le travail, mais ma famille résidait auparavant dans le quartier d’Al-Ashrafiya à Alep avant d’être déplacée pour la troisième fois. La première fois, c’était en 2013, lorsque notre immeuble a été touché lors de bombardements entre l’« Armée syrienne libre » et les forces du régime dans les quartiers d’Al-Ashrafiya et de Sheikh Maqsoud, causant d’importants dégâts à notre domicile. Nous sommes restés coincés dans le sous-sol pendant quatre jours jusqu’à l’ouverture d’un passage sécurisé, par lequel nous avons fui vers la ville d’Afrine.
Entre déplacement et expropriation
Une grande partie de la population d'Afrine possédait deux logements — l'un à Afrine et l'autre à Alep — pour le travail et les études. Après le premier déplacement, nous nous sommes dirigés vers notre maison à Jindires, à la campagne, et y avons vécu jusqu'en 2018. C'est alors que l'opération turque « Operation Olive Branch » (Rameau d'olivier) a débuté, provoquant notre second déplacement. Nous nous sommes retrouvés bloqués, sans toit pour nous abriter ; notre maison à Al-Ashrafiya était détruite et nous manquions de fonds pour la réparer ou la rénover. À cette époque, ma famille a loué une maison dans le quartier des Syriaques, mais notre profond attachement à Al-Ashrafiya nous a poussés à retourner dans le quartier et à louer une autre maison près de notre domicile en ruine.
Au même moment, notre maison à Afrine a été saisie. En 2018, mon père a reçu un appel téléphonique d'une personne originaire de Daraya, l'informant qu'il vivait dans notre maison, laquelle avait subi des dommages dus à des tirs d'obus à proximité. L'homme demandait de l'argent pour la réparer. Mon père a rejeté sa demande et a refusé de lui accorder la permission ou « l'absolution » (samah) pour l'occupation de notre foyer.
Une de nos connaissances a inspecté la maison après le séisme de 2023, qui a causé des dégâts considérables à Jindires et entraîné une augmentation des mouvements vers et depuis Afrine. Il nous a assuré que la maison n'était pas endommagée, car elle était entourée d'oliviers, mais qu'elle avait été entièrement clôturée et surveillée par des caméras à chaque coin ; un chef de faction d’« Ahrar al-Sharqiya », un groupe rebelle armé syrien fondé en 2016, y avait élu domicile.
Après la chute du régime fin 2024, beaucoup ont pu se rendre à Afrine pour vérifier leurs propriétés, et mon père était parmi eux. Il s'y est rendu des mois après l'effondrement du régime, accompagné d'un des notables locaux. Lorsqu'il a atteint notre maison, l'occupant est sorti et a agressé verbalement mon père, le traitant de « porc » et de « membre des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) » (« Qasd-i »). Mon père ne pouvait qu'essayer de le calmer, expliquant qu'il était un civil qui n'avait jamais porté d'arme et voulait simplement retourner chez lui après avoir passé des années en location. La réponse de l'occupant fut d'exiger plus de 5 000 USD pour libérer la maison.
Ma famille n'est pas aisée et ne pouvait se permettre de payer une somme aussi massive. Après l'intervention du notable local, l'occupant a réduit le montant de moitié, mais cela restait bien au-delà de nos moyens. Mon frère et moi avons rassemblé près de 1 000 $ et avons demandé à mon père de l'approcher à nouveau pour le persuader de libérer les lieux. Cependant, il a pris l'argent et n'est pas parti ; au lieu de cela, il a commencé à contacter mon père périodiquement, demandant s'il avait réuni le montant requis, jusqu'à ce que mon père soit contraint d'éteindre son téléphone pendant deux mois.
Cet homme, originaire de la ville de Deir ez-Zor, a dit à mon père qu'il ne quitterait pas la maison tant que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) ne se retireraient pas de sa propre ville. Dans sa dernière menace — qu'il n'a pas encore mise à exécution — l'homme, qui appartient désormais au service de la « Sécurité Générale », nous a donné deux options : soit payer la totalité du montant ; soit il ne quitterait la maison qu'après l'avoir fait exploser.
Vivre dans la peur
Lors de la récente attaque sur les quartiers d'Al-Ashrafiya et de Cheikh Maqsoud, ma famille a été déplacée de son domicile pour la troisième fois, accompagnée de la famille de ma sœur. Une fois de plus, ils ont été forcés de se diriger vers Afrine car la route vers la région de la Djézireh était coupée à ce moment-là. J'attendais avec anxiété leur arrivée à Qamishli ; j'avais même préparé ma modeste maison pour les accueillir, mais le chauffeur m'a dit que c'était impossible. L'embouteillage était immense, et le trajet — qui prend habituellement moins d'une heure — a duré près de sept heures.
Aujourd'hui, ma famille vit chez ma sœur, qui a également perdu plus d'une maison. Elle n'a pu en récupérer qu'une seule avec une extrême difficulté après avoir payé des centaines de dollars américains. Désormais, chaque jour, elle croise la personne même qui a pillé ses foyers.
Ma mère me supplie de ne rien écrire sur leur souffrance sur les réseaux sociaux, craignant pour mes deux frères. Lors de notre dernière conversation, elle m'a dit que lorsqu'ils ont quitté le quartier, elle leur tenait la main tout le long du chemin — comme si elle tenait la main de jeunes enfants — redoutant que quelqu'un ne leur fasse du mal. Pourtant, elle a tout de même entendu un résident non kurde du quartier dire : « Bon débarras ; puissiez-vous ne jamais revenir. »
Aujourd'hui, deux membres de ma famille sont retournés chez eux à Al-Ashrafiya. Ma mère, cependant, refuse catégoriquement d'y retourner par peur pour mes frères ; elle vit avec le chagrin de ne pas pouvoir vivre dans notre propre maison à Afrine. Pendant ce temps, mes sœurs me disent que la situation dans le quartier est correcte, bien que de nombreux « visages étrangers » soient présents, aux côtés de services publics médiocres et de décombres d'immeubles jonchant encore le sol. Cela s'accompagne d'un sentiment de peur qui plane sur tout le monde ; quiconque entre dans le quartier est soumis à un examen minutieux, en particulier les jeunes hommes dans la force de l'âge.
Au milieu de tout ce qui se passe, nous — les habitants d'Afrine — sentons aujourd'hui que nous avons été transformés en monnaie d'échange entre les mains de tous. Ce qui nous donne le plus grand sentiment de trahison est la perte de nos propriétés à Afrine, car personne ne traite cette question avec sérieux.
Pendant la période de l'attaque sur le quartier, j'avais l'impression de sombrer dans l'inconscience et d'en revenir ; il m'est encore difficile de traiter ce qui s'est passé. Mon téléphone ne quittait pas ma main, et la ligne restait ouverte entre moi et ma famille. Je ressentais un lourd fardeau de responsabilité, car ils attendaient que je leur apporte de bonnes nouvelles et que je les rassure sur le fait qu'ils ne seraient pas forcés de quitter leur maison. Ma conscience me tourmentait d'être si loin d'eux, au point que j'ai contacté plusieurs parties pour tenter de trouver un moyen d'atteindre Alep.
Lors de ma dernière visite à Alep, j'ai accompagné ma sœur au point culminant de la ville — dans la partie est du quartier Cheikh Maqsoud — pour boire un café. Bien que je n'aie pas l'habitude de documenter de tels moments avec des photos, un sentiment intérieur m'a poussée à capturer la scène devant moi. Aujourd'hui, je regarde cette photo et je sens qu'il s'écoulera beaucoup de temps avant que je ne la revoie, et que ce sera douloureux. En tant que jeune femme kurde, je reviendrai brisée.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260228_221747";}s:15:"20260228_215909";a:7:{s:5:"title";s:88:"Népal : le poète Mani Lohani évoque la vie, la littérature et le monde de la poésie";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/28/300538/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300538";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 28 Feb 2026 20:59:09 +0000";s:11:"description";s:253:"Sangita Swechcha, de *Global Voices*, a interviewé Mani Lohani au sujet de sa longue carrière dans l’écriture et le journalisme télévisé, de son influence sur la poésie et la fiction népalaises, ainsi que des thèmes qui façonnent son œuvre.";s:7:"content";s:11854:"
« Puisque la mort est inévitable, pourquoi la redouter ?
Mani Lohani est un écrivain et journaliste de télévision népalais qui est actif depuis plus de trois décennies dans les domaines de la poésie et de la fiction. Originaire de la ville de Nuwakot, dans la province de Bagmati, au centre du Népal, il est largement reconnu pour explorer dans ses écrits des thèmes tels que l’amour, la vie, les relations humaines et les profonds mystères entourant la mort. Parmi ses œuvres notables figurent le recueil de poésie Malami Saajh ainsi que les recueils de nouvelles Parast Prem et Nirbastra Man. Son ouvrage Mrityuko Aghiltir a reçu un grand prix national récompensant une création littéraire exceptionnelle.
Lohani a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, dont le prix Bhanumati, le prix Sarbottam Katha, le prix de poésie Banitashree Byathit et le prix national de la jeunesse Sasiddhi Rastriy KalaShree. Ses poèmes et ses nouvelles ont été traduits en plusieurs langues et figurent dans les programmes scolaires au Népal.
Sangita Swechcha, de Global Voices, a interviewé Mani Lohani par courriel afin d’en apprendre davantage sur son parcours de plusieurs décennies en tant qu’écrivain et journaliste de télévision, sur ses contributions à la poésie et à la fiction népalaises, ainsi que sur son exploration de thèmes tels que l’amour, les relations humaines et les mystères de la mort.
Sangita Swechcha (SS) : Au cours de votre carrière qui s’étend sur plusieurs décennies, comment votre vision de l’amour, des mystères de la mort et des relations humaines a-t-elle évolué dans votre écriture ?
Mani Lohani (ML) : La relation entre les êtres humains, avec ses hauts et ses bas, est un sujet qui m’intéresse particulièrement. Si les gens partout dans le monde sont stressés, c’est à cause des relations. L’amour est la principale force qui rend la vie humaine énergique et heureuse. Mais l’amour n’échoit pas à tout le monde. En raison de personnes insatisfaites dans l’amour et les relations, diverses activités anarchiques se sont accrues dans la société. Pour rendre la société plus belle, chacun doit vivre avec amour. Tout le monde mérite une relation épanouissante. C’est avec cette idée que j’écris. L’amour est à la fois une quête humaine et un accomplissement.
Ces derniers temps, les gens sont tourmentés par la peur de la mort. La mort n’est pas une peur, c’est un aspect naturel de la vie humaine. Une personne qui accepte la mort naturellement peut rester joyeuse. Dans l’optique de construire une société heureuse, j’écris aussi sur la mort et ses mystères. Pour trouver des réponses, je lis des ouvrages sur la mort issus de la philosophie orientale, ce qui m’a aidé à comprendre la mort non comme une peur, mais comme un processus naturel. Après être né, un être humain doit mourir. Si la mort est inévitable, pourquoi la craindre ? Dès la naissance, la mort est avec nous. Mais cette certitude ne signifie pas le désespoir. On peut vivre avec joie et amour, être utile aux autres et fier de soi. C’est précisément ce que je défends dans mes écrits.
Sangita Swechcha (SS) : Vos œuvres vont de la poésie à la fiction. Comment abordez-vous ces genres différemment et quelles possibilités uniques chacun offre-t-il ?
Mani Lohani (ML) : La poésie et la nouvelle sont différentes. En poésie, les expériences profondes de la vie s’expriment en peu de mots, tandis que la nouvelle est liée à la société. En termes simples, la poésie concerne l’esprit individuel, alors que la nouvelle touche à la psychologie collective. La poésie est comme un mantra et peut relier une personne à la méditation, tandis que la nouvelle est une pratique de transformation de la société. Cependant, les lecteurs n’ont pas à comprendre la poésie et la nouvelle comme moi je les comprends. Ils sont libres d’interpréter les récits et les poèmes selon leur propre compréhension et le plaisir qu’ils ressentent à la lecture.
J’écris à la fois des nouvelles et des poèmes avec l’objectif de communiquer facilement avec l’esprit humain. Lorsque j’écris, je garde à l’esprit des lecteurs remplis de savoir et d’expérience mais incapables de l’exprimer. J’aime écrire leurs émotions d’une manière qu’ils puissent eux-mêmes comprendre.
Sangita Swechcha (SS) : Comment percevez-vous l’interaction entre la poésie népalaise contemporaine et les tendances littéraires mondiales, et quelles influences internationales résonnent dans votre travail ?
Mani Lohani (ML) : Ces derniers temps, la société est devenue un village planétaire. Un poème écrit dans un coin du monde peut facilement être accessible ailleurs. Pour cette raison, non seulement la poésie, mais toute activité humaine se mondialise. Nous, poètes au Népal, accordons une grande importance à la traduction afin de faire connaître nos œuvres sur la scène internationale. Nous nous efforçons sérieusement de faire parvenir de bons poèmes à un public mondial et avons entrepris diverses initiatives en ce sens. Grâce à la traduction et aux activités littéraires, des échanges avec la littérature mondiale ont lieu.
En ce qui concerne l’influence internationale sur ma poésie, comme je suis lié au domaine de la communication, je me tiens informé de l’actualité nationale et internationale et je suis influencé par les événements liés à la sensibilité humaine. En lisant de grands auteurs de la littérature mondiale, j’ai trouvé des occasions d’apprendre de leur écriture et de me perfectionner. Récemment, j’ai été enrichi par les styles d’écrivains émergents de la littérature mondiale.
Mani Lohani récitant un poème et prenant la parole lors de la Journée littéraire internationale 2023 à Katmandou. Image fournie par Mani Lohani.
Sangita Swechcha (SS) : Bon nombre de vos œuvres ont été traduites et figurent dans des programmes scolaires. Comment parvenez-vous à trouver l’équilibre entre la spécificité culturelle locale et la portée universelle ?
Mani Lohani (ML) : Comme je l’ai dit plus tôt, à mesure que le monde avance en tant que village planétaire, la traduction a rendu la littérature mondiale accessible dans chaque pays et dans chaque langue. Je suis né dans un village près de Katmandou et j’ai passé mon enfance ainsi que les années suivantes dans la vallée de Katmandou. La vallée de Katmandou est une cité culturelle. Son architecture et sa culture peuvent devenir une matière significative pour la littérature mondiale. J’essaie d’intégrer la singularité culturelle locale dans mon écriture et d’expérimenter avec mon style.
Même au milieu de la diversité culturelle locale, l’esprit humain et sa solitude restent les mêmes partout. Les gens sont devenus solitaires. J’utilise la culture locale et l’amour pour relier cette solitude au collectif. Je crois que mes créations peuvent aider à combler le vide du cœur humain. La solitude est universelle, mais lorsqu’elle est comprise, elle peut se transformer en joie.
À l’échelle mondiale, nous faisons face à des souffrances — le changement climatique, le coronavirus, le terrorisme et les frustrations liées à l’usage croissant de la technologie. L’amélioration ne peut pas venir d’un effort individuel seul. Une coopération à l’échelle de la société est nécessaire. Le sport, la littérature et l’expression créative peuvent aider à relier les gens et à favoriser la compréhension à travers le monde.
Sangita Swechcha (SS) : Qu’espérez-vous que vos lecteurs, au Népal comme à l’étranger, retiennent de vos poèmes et de vos récits, notamment en ce qui concerne les questions profondes de l’existence ?
Mani Lohani (ML) : J’espère que les lecteurs, au Népal comme à l’étranger, acquerront une compréhension plus profonde de la vie grâce à mon exploration de l’amour et de la mort, ces deux forces qui façonnent nos expériences humaines les plus intenses. À travers le monde émotionnel des relations — leur beauté, leur fragilité et leurs luttes — je souhaite rappeler que beaucoup de souffrances humaines naissent de l’amour et de son absence, et qu’une société harmonieuse ne peut exister que lorsque l’amour est cultivé.
Dans le même temps, je réfléchis à la mort afin d’encourager une acceptation plus paisible de son caractère inévitable. Plutôt que le désespoir, j’espère que les lecteurs choisiront la conscience, la bienveillance, la joie et le désir d’aider les autres. En fin de compte, je veux que mon œuvre inspire chacun à vivre de manière plus consciente, plus aimante et plus riche de sens.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260228_215909";}s:15:"20260228_215009";a:7:{s:5:"title";s:80:"20 ans de prison à l'encontre de Jimmy Lai, le géant de la presse hongkongaise";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/28/300535/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300535";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 28 Feb 2026 20:50:09 +0000";s:11:"description";s:178:"Le verdict contre Jimmy Lai marque la peine la plus sévère parmi celles prononcées en vertu de la loi sur la sécurité nationale en 2020, promulguée à Hong Kong par Pékin.";s:7:"content";s:12550:"
Pour cet éditeur âgé de 78 ans, 20 ans d'emprisonnement s'apparentent en réalité à une condamnation à mort.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]
La Haute Cour de Hong Kong a condamné le magnat des médias pro-démocratie, Jimmy Lai, fondateur du désormais feu Apple Daily, à 20 années de prison le 9 février 2026, faisant suite à sa condamnation en décembre dernier sous les chefs d'accusation de collusion avec l'étranger et de sédition. La condamnation de Jimmy Lai marque la peine la plus sévère parmi toutes les poursuites engagées, en vertu de la loi sur la sécurité nationale de 2020 promulguée par Pékin à Hong Kong.
John Lee, chef de l'exécutif de la ville d'Hong Kong, a salué cette peine sévère comme une illustration de l'état de droit, tandis que Claire Lai, la fille de Jimmy Lai, elle, l'a jugée « cruelle et déchirante », estimant qu'elle condamnerait son père à « mourir en martyr derrière les barreaux ».
Étant donné que Jimmy Lai est un ressortissant britannique, la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvelle Cooper, a qualifié, dans une déclaration officielle, que les actions en justice intentées contre Jimmy Lai constituaient une « persécution à caractère politique » dans le but de « réduire au silence les détracteurs de la Chine » et, soulignant ainsi que le gouvernement britannique se rapprocherait des plus hautes instances du gouvernement chinois afin de discuter du procès de Jimmy Lai.
La Commission exécutive du Congrès américain sur la Chine a exigé la libération immédiate de Jimmy Lai, comparant la situation des droits humains à Hong Kong à celle du Myanmar et du Venezuela, deux pays où les détentions arbitraires d'opposants politiques sont monnaie courante.
Des organisations internationales de défense des droits humains ont aussi pris la parole en faveur de Jimmy Lai. Volker Turk, commissaire des Nations unies, chargé des droits humains, a déclaré que le verdict du tribunal devrait être « annulé », dans la mesure où les accusations sont « incompatibles avec le droit international ». Il a souligné que l'accusation de collusion avec des puissances étrangères « risquait de compromettre les activités légitimes des organisations de la société civile et des journalistes, y compris leur engagement auprès des instances internationales de défense des droits humains ».
Elaine Pearson, responsable Asie auprès de Human Rights Watch, a dénoncé ce verdict, estimant que 20 ans de prison constituaient une condamnation à mort pour ce directeur de publication âgé de 78 ans. En effet, Jimmy Lai atteindra l'âge de 95 ans s'il purge l'intégralité de sa peine. S'exprimant au nom d’Amnesty International, Sarah Brooks, directrice régionale adjointe, a fustigé cette condamnation, la qualifiant d'« attaque sanglante contre la liberté d'expression », tandis que Jodie Ginsberg, membre du Comité pour la protection des journalistes (Committee to Protect Journalists), a estimé que la décision du tribunal marquait « le coup de grâce porté à la liberté de la presse à Hong Kong ».
Lin Jian, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a fait valoir que Jimmy Lai était un « acteur clé » à l'origine d'une série « d'activités anti-chinoises et perturbatrices » à Hong Kong, et ajoutant qu'il n'y avait « aucune place pour la discussion » quant à la décision du tribunal.
Jimmy Lai a été interpellé lors d'une descente de police dans les locaux du quotidien, Apple Daily, le 10 août 2020, quelques semaines après l'adoption de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, en réponse à une série de manifestations massives organisées en 2019 contre la modification d'une loi autorisant l'extradition de suspects vers la Chine. L'éditeur de presse a été officiellement inculpé de collusion avec des forces étrangères le 11 décembre 2020. Quelques mois plus tard, le 17 juin 2021, la police a procédé à une deuxième descente dans les locaux du journal et procédé à l'arrestation de cinq cadres supérieurs. Le 22 novembre 2022, six cadres supérieurs d’Apple Daily et de sa société mère, Next Digital, ont reconnu leur culpabilité pour collusion internationale.
Jimmy Lai a notamment été accusé de se servir de son tabloïd comme d'un moyen de pression pour contraindre des gouvernements étrangers de prendre des sanctions ou autres mesures hostiles à l'égard de la Chine et de Hong Kong. La publication de ses opinions a été retenue comme preuve d'incitation à la haine contre les autorités. Son procès a été reporté à plusieurs reprises, puisque le Comité municipal, pour la sauvegarde de la sécurité nationale, a empêché Timothy Owen, un avocat britannique, d'assurer la défense de Jimmy Lai.
Le 15 décembre 2025, Jimmy Lai a été reconnu coupable de deux chefs d'accusation visant une collusion avec des forces étrangères et un troisième chef d'accusation pour sédition en vertu d'une législation remontant à l'époque coloniale. Cet activiste pro-démocratie âgé de 78 ans est derrière les barreaux depuis plus de cinq ans, et ce, depuis le 31 décembre 2020, date à laquelle sa demande de libération sous caution a été déboutée, puis, alors même qu'il était en détention provisoire, il a fait l'objet de multiples condamnations relatives à des rassemblements illégaux et à des fraudes.
Ses avocats ont demandé la clémence, invoquant son âge et ses problèmes de santé, lors d'une audience préliminaire le 12 janvier 2026.
Dans un document présentant les motifs de la condamnation, les trois juges désignés en matière de sécurité nationale — Alex Lee, Esther Toh et Susana Maria D'Almada Remedios — ont estimé que Jimmy Lai était « sans aucun doute le cerveau » des conspirations.
Ils ont précisé que, certes, l'espérance de vie, l'âge, l'état de santé et la perspective de mourir derrière les barreaux constituaient des facteurs à prendre en considération, il fallait toutefois « les mettre en balance avec la gravité de l'infraction et l'intérêt public d'une sanction adéquate pour les crimes graves ».
S'exprimant au sujet de la sévérité de la peine prononcée par le tribunal, Steve Li, commissaire principal du département de la sécurité nationale de la police, a estimé les problèmes de santé de Jimmy Lai « exagérés ». Il a souligné que la dureté de la peine, infligée par le tribunal, traduisait la gravité de son crime et a ajouté devant les journalistes :
Obviously, he [Lai] has done nothing good for Hong Kong that could serve as a basis for his mitigation… As for whether he will live out the rest of his years behind bars, none of us would know. But what I can say is that his sentence is certainly deserved.
À l'évidence, il [Jimmy Lai] a fait du tort à Hong Kong, et rien ne peut justifier une réduction de peine… Quant à savoir s'il restera derrière les barreaux jusqu'à la fin de ses jours, nul ne peut le dire. En revanche, je peux confirmer que sa peine est tout à fait appropriée.
John Lee, le gouverneur de la ville, a déclaré que les crimes commis par Jimmy Lai relevaient « d'actes diaboliques sans précédent », ajoutant que ce dernier avait utilisé son quotidien Apple Daily dans le but « d'empoisonner les esprits » des citoyens hongkongais. Il a souligné que la peine de 20 ans d'emprisonnement était « un grand soulagement pour tous ».
Parmi les huit co-accusés dans le procès de Jimmy Lai, trois anciens membres du personnel (Ryan Law, ancien rédacteur en chef du quotidien Apple Daily ; Lam Man-chung, ancien rédacteur en chef exécutif du quotidien ; et Fung Wai-kong, ancien directeur de la rédaction de la version anglaise de Apple Daily), ont été condamnés à 10 ans de prison alors qu'ils n'avaient pas comparu devant le tribunal.
Quant aux trois autres (l'éditeur Cheung Kim-hung, l'ancien éditeur associé Chan Pui-man et le rédacteur en chef Yeung Ching-kee), les peines prononcées ont été plus courtes, oscillant entre 6 ans et 9 mois et 7 ans et 3 mois.
Deux autres militants, Wayland Chan et Andy Li, impliqués dans la publication d'annonces « Stand with Hong Kong » dans des médias internationaux, ont été condamnés respectivement à 6 ans et 3 mois et 7 ans et 3 mois de prison.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260228_215009";}s:15:"20260228_214535";a:7:{s:5:"title";s:64:"Du hashtag #GîkûyûTwitter, ou l’amour pour la langue kikuyu";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/28/300611/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300611";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 28 Feb 2026 20:45:35 +0000";s:11:"description";s:202:"Dans le cadre du projet « Sécurité numérique et Langue », Njeri Wangarî examine les défis et stratégies de sécurité des militants gîkûyû qui luttent pour la diversité linguistique en ligne";s:7:"content";s:22938:"
Activisme numérique et défis de sécurité liés à la promotion de la diversité linguistique en ligne
Écrit par María Alvarez Malvido et Njeri Wangarî, basé sur les travaux de Njeri : A Case Study: Technology use, Digital Activism and The challenges encountered by Gîkûyû language activists and advocates online (« Étude de cas : utilisation des technologies, activisme numérique et défis rencontrés par les militants et défenseurs de la langue kikuyu en ligne »).
Aperçu de la langue
Le kikuyu ou gikuyu (Gikuyu : Gĩkũyũ) est une langue bantoue parlée par les Gĩkũyũ (Agĩkũyũ) du Kenya. Le kikuyu est principalement parlé dans la région située entre Nyeri et Nairobi. Le peuple kikuyu identifie généralement ses terres par les chaînes de montagnes environnantes du centre du Kenya, qu'il appelle Kĩrĩnyaga. La langue gikuyu est très similaire à celles de ses voisins, les Meru et les Embu. – Wikipedia
Recognition: Not recognized by the State
Statut de la langue : 5 (en développement) – “ La langue est largement utilisée. Il existe une forme littéraire standardisée, mais son utilisation n’est pas encore très répandue ni pérenne. La langue est utilisée dans l’éducation, le travail, les médias, et au sein du gouvernement dans les principales subdivisions administratives d’une nation.” – EGIDS scale, Ethnologue
Ressources en matière de sécurité digitale dans cette langue :
Aucune identifiée
Outils de sécurité numérique dans cette langue :
Signal
TOR
Psiphon
Pour Njeri Wangarî, le fait de parler et écrire en kiyuku (qui s’écrit « gĩkũyũ » en kiyuku) sur le web est une façon de montrer son amour et son profond sentiment de responsabilité envers sa langue et sa culture. C’est également cette passion qui l’a poussée à devenir écrivaine, poétesse, podcasteuse et militante numérique. Cependant, cet engagement en faveur de sa langue n’est pas une tâche facile dans un monde numérique intolérant, où l’intimidation est monnaie courante, et où d’autres langues sont privilégiées. S’inspirant de son propre parcours mais aussi des expériences d’autres personnes, Njeri a exploré les engagements, les défis et les idées d’activistes œuvrant pour un monde numérique qui respecte et promeut la diversité linguistique.
Pour ce faire, Njeri a mené un projet de recherche consistant à interagir, et à observer et comprendre les expériences, les motivations, les défis et la vie numérique de cinq locuteurs natifs du kikuyu. Ces derniers enseignent, utilisent, divertissent, informent ou communiquent activement sur les réseaux sociaux dans leur langue maternelle, le kikuyu. Au moment de cette étude, quatre des personnes interrogées vivaient dans la banlieue de Nairobi, la capitale du Kenya, et la dernière aux États-Unis. La plupart partageaient alors un environnement numérique commun : Twitter. Selon Data Reportal, en janvier 2022, cette plateforme comptait plus de 1,35 million d’utilisateurs au Kenya. Ainsi, elle s’est imposée comme une source d’information et d’actualités essentielle, mais aussi comme un outil indispensable pour s’exprimer, protester et militer sur les questions politiques, culturelles et spirituelles d’intérêt public.
Les Kikuyus (dont la langue maternelle est le kikuyu) constituent le groupe ethnique le plus important du Kenya, et le kikuyu est la troisième langue la plus parlée après l’anglais et le kiswahili, les deux langues officielles du pays. Grâce à ses recherches, Njeri nous rappelle que le kikuyu est une langue bantoue parlée par 22 % de la population kenyane (soit environ 7 millions de personnes), et comprend trois dialectes principaux : le ndia (parlé dans la région de Kiambu), le gichugu (parlé dans la région de Muranga) et le mathira (parlé dans la région de Nyeri).
Pour Njeri, également appelée « The Kenyan Poet » (la poétesse kenyane), il est en outre important de souligner que le monde numérique n’est pas le premier canal ou outil médiatique utilisé et adapté par ceux qui parlent le kikuyu. Selon elle en effet,
« La libéralisation des ondes kenyanes à la fin des années 1980 et au début des années 1990 a apporté un grand dynamisme au paysage médiatique. À mesure que le nombre de chaînes de télévision et de stations de radio augmentait, les médias en langues indigènes se sont développés et répandus. Cela a eu un impact considérable sur la croissance des langues indigènes les plus parlées, notamment le kikuyu, non seulement pour les habitants du pays, mais aussi pour ceux de la diaspora. »
Le kikuyu s’est imposé sur les ondes au Kenya grâce à des stations telles que Kameme FM, Inooro FM, Gukeny FM et Coro FM, ainsi que sur la télévision kenyane via, entre autres, Inooro TV, Kameme TV et Njata TV. En 1992, les premières connexions privées ont été établies, fournissant ainsi l’accès à Internet pour la première fois dans le pays. Il a fallu ensuite attendre 2009 pour que la transformation numérique du pays ne commence, c’est-à-dire après l’arrivée du système marin est africain (TEAMS, The East African Marine System). Au cours de la dernière décennie, Njeri ajoute :
« Grâce à l’accès à l’électricité, à des smartphones bon marché et à Internet parmi les Kikuyus vivant en ville, la langue kikuyu a été promue en ligne par le biais de sites web, de blogs, de forums en ligne, de plateformes de médias sociaux, et plus récemment, de podcasts. »
Ainsi,
« Malgré la prédominance de l’anglais et du kiswahili dans les espaces sociaux médiatiques du Kenya, un groupe d’activistes et de défenseurs de la langue kikuyu utilise cet espace pour enseigner la langue ou la culture des Kikuyus, converser et interagir avec d’autres, divertir les gens, ou encore former des communautés linguistiques en ligne. »
Un travail d’amour : engagements et défis
Par le biais d’une enquête numérique et d’une analyse de publications sur les réseaux sociaux, Njeri a examiné les expériences, les réflexions et l’inspiration qui nourrissent les propos de cinq militants numériques kikuyus. L’un des principaux enseignements tirés de ces résultats est que, pour la plupart des participants, la défense de la langue en ligne est un travail sans profit, entrepris par amour et par souci de responsabilité envers leur culture. La plupart d’entre eux le font à titre individuel, mais leur action s’inscrit dans un sentiment de responsabilité collective envers la préservation de la langue et de la culture. Car, comme l’affirme Njeri, « en défendant notre langue, nous défendons notre culture », en particulier dans un environnement numérique où la culture occidentale est si présente.
Pour l’un des participants : « C’est la langue qui correspond le mieux à mes pensées, mes croyances et ma culture. C’est ce qui m’identifie. » Des personnes parlant d’autres langues, mais qui adhèrent à cette réflexion et la défendent individuellement sur Twitter, ont stratégiquement créé des espaces communs sur des plateformes telles que Twitter en utilisant des espaces et des hashtags : #Kikuyutwitter / #gikuyutwitter / #Kikuyu / #kikuyudictionary / #shagzchronicles / #kikuyupodcast / #Kikuyulanguage / #kikuyutweets / #Kikuyuculture
Malheureusement, l’environnement numérique dans lequel ces actions sont menées comporte de nombreux défis. D’après l’enquête, les cinq locuteurs natifs du kikuyu interrogés estiment que les canaux numériques ne sont pas des lieux sûrs par défaut. Njeri s’est penchée sur la perception de la sécurité par les participants, et a constaté que ceux-ci avaient tous reçu des menaces au cours de leur parcours en tant que militants linguistiques. Pourtant, bien que conscients du risque de menaces et de discours haineux à leur encontre, ils continuent à faire preuve d’assurance et de détermination, notamment en faisant face à ces dangers.
De plus, Njeri précise que le contexte politique de ses recherches, et donc des échanges, est particulièrement intéressant. Les dernières élections générales au Kenya ont eu lieu en août 2022, c'est-à-dire peu après la rédaction de cet article ; or, à l’approche des précédentes élections générales en 2017, l’une des principales préoccupations des observateurs était que les réseaux sociaux soient utilisés pour inciter à la violence si les résultats ne correspondaient pas aux attentes de la population. Selon des chercheurs, les discours haineux sont généralement l’un des principaux facteurs à l’origine des conflits communautaires qui éclatent lors des cycles électoraux. En 2017, les réseaux sociaux étaient devenus un terrain fertile où les politiciens et leurs alliés utilisaient des discours haineux pour créer de l’hostilité entre les groupes, ce qui a accru le risque de violence dans certaines régions du pays.
Cet environnement contribue à alimenter l’intolérance envers les autres langues du fait de la politisation des communautés linguistiques. Outre le fait que le kikuyu soit la langue la plus parlée après l’anglais et le kiswahili, la communauté kikuyu domine la politique kenyane depuis l’indépendance, ce qui lui confère le pouvoir et l’accès à la richesse, au détriment des autres communautés. Ce climat favorise la haine et la méfiance envers les Kikuyus et leur langue.
L’un des participants raconte comment il a été menacé pour son engagement pour sa langue :
« Quelqu’un trouvait que mon utilisation du kikuyu pour m’exprimer était tribale et primitive et m’a menacé de violences physiques. »
Bien qu’inoffensive pendant une année électorale, l’utilisation des langues locales sur les réseaux sociaux kenyans est perçue comme nuisible à l’unité nationale, sous prétexte qu’elle favoriserait l’esprit tribal. Au Kenya, la politique se résume souvent à une rivalité entre tribus et clans, plutôt qu’à des questions de programmes, d’idéologies ou de manifestes. Ainsi, lors d’une année électorale, lorsque la politique occupe le devant de la scène, elle s’accompagne d’une vague d’intolérance linguistique.
De tels exemples révèlent une intolérance sous-jacente à l’égard de la diversité linguistique en ligne. En effet, les questions ou commentaires adressés aux tweets et contenus en kikuyu, (« Êtes-vous vraiment obligés d’utiliser votre langue ? »), ne sont pas des réactions que susciteraient des langues telles que l’anglais ou le swahili. Pour Njeri, ces réactions « laissent toujours le sentiment que notre langue est inférieure. Comme si nous souillions un lieu sacré. »
Les principales stratégies de sécurité utilisées par ces militants consistent à garder leur identité secrète et à utiliser des réseaux privés virtuels (VPN). Parallèlement, leurs réponses et déclarations publiques sensibilisent l’opinion publique et créent un sentiment de solidarité face à ces menaces.
Traduction du tweet : Vous voulez que nous parlions votre langue maternelle, mais alors qui parlera la nôtre ? (capture d’écran prise le 18 juin 2022)
Un autre défi réside dans les limites techniques, à savoir la reconnaissance et la représentation de la langue en ligne. Premièrement, l’accès aux claviers adaptés au kikuyu est limité, car les claviers standard ne disposent pas des combinaisons de touches nécessaires pour écrire dans cette langue, et ceux qui peuvent être téléchargés sont uniquement conçus pour les téléphones mobiles. Deuxièmement, il existe très peu de traductions disponibles.
Comme l’explique Njeri :
« Les services de traduction sur les réseaux sociaux ne proposent pas de traduction en kikuyu. Cela contribue fortement au manque de tolérance des autres utilisateurs qui ne parlent pas cette langue, car ceux-ci ne peuvent pas en comprendre les contenus et se sentent donc exclus des conversations. »
Vers un environnement sûr pour la diversité
À partir de ces réflexions et des limites identifiées auxquelles sont confrontés ceux qui parlent le kikuyu, Njeri insiste sur la nécessité fondamentale pour ces derniers de pouvoir utiliser leur langue dans un environnement numérique plus sûr :
« Il est nécessaire d’accorder davantage de reconnaissance et de tolérance non seulement à ceux qui parlent le kikuyu, mais aussi à l’utilisation des langues africaines sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter ».
Lorsqu’on leur a demandé leur avis sur la manière dont Internet et les réseaux sociaux pourraient être améliorés et rendus plus sûrs pour les militants de la langue kikuyu, l’un des répondants a déclaré :
« En faisant prendre conscience aux internautes que le kikuyu est une langue comme les autres et qu’aucune langue n’est supérieure à une autre. »
Njeri formule également deux recommandations spécifiques et lance un appel à l’action pour répondre à ces besoins :
Le développement de claviers permettant d’écrire et d’utiliser cette langue, tant sur les ordinateurs de bureau que sur les téléphones mobiles.
La création et l’amélioration des outils et des services de traduction visant à rendre cette langue accessible à ses locuteurs, mais aussi à d’autres utilisateurs : si un service de traduction était mis en place, les publications sur les réseaux sociaux seraient mieux tolérées et les personnes parlant le kikuyu seraient moins victimes de propos virulents sur ces mêmes réseaux.
Pour surmonter ces limites et ces menaces en ligne, des militants comme Njeri et les participants à cette étude poursuivent leur combat pour préserver la langue qui incarne leur culture. Car, comme l’a dit la poétesse kényane, « la langue est le fleuve par lequel coule notre culture, et lorsque la langue disparaît, la culture disparaît aussi ».
Ĩĩ nĩũĩ Gĩkũyũ kĩrĩ cama
Gĩa kabete, Kĩambu
kana Rware Nyĩrĩ
cai, cukari na cabi
kana
chukuru, chabi na chibu
gĩothe gũtirĩ gĩtarĩ wega wakĩo
gũtirĩ rĩtwa rĩtakũria mwana
Nĩũĩ cama wa kwaria Gĩkũyũ
atĩ ũngĩenda no uuge
kũraata kana gũtuma
kũhe kana gũtanaha
mbaara kana haaro
mũtwe kana kĩongo
mũrĩo kana cama
Nĩũĩ cama wa kwaria Gĩkũyũ
ta kuuga
Cũcũ curia cuba hau
Ciana ciaku nĩcioka ciothe
Cukuru nĩ ciahingwo
Waceke tiga ciira rehe cabi
La douceur du gikûyû
Saviez-vous combien le kikuyu est doux
écoutez ces mots
cai, cukari na cabi (thé, sucre, clés)
chukuru, chabi na chibu (école, clés, chef)
Que ce soit à Kabete, Kiambu
ou à Rware, Nyĩrĩ
ces mots sont si agréables
quand ils glissent sur la langue
et que les oreilles les absorbent
Savez-vous combien il est doux de parler le kikuyu
que si vous le souhaitez, vous pouvez dire
coudre ou broder
donner ou offrir
querelle ou dispute
tête ou en haut
douceur ou plaisir
Savez-vous combien il fait bon parler kikuyu
comme pour dire
grand-mère, range tes bouteilles là-bas
tes enfants sont tous là
les écoles sont fermées
Waceke, arrête de te chamailler et apporte les clés
Pour plus d’histoires et d’informations provenant des communautés linguistiques participantes, veuillez consulter la page du projet « Sécurité numérique + Langue »
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Le lieu le plus ancien date de 1376, année du premier procès pour homosexualité recensé
Capture d'écran de la carte interactive queer de Prague du site Teplá Praha.
En République tchèque, sur le thème des droits des personnes LGBTQI+ , le débat oscille entre un discours tolérant envers la communauté, et une instrumentalisation par les politiques en majorité de droite. Ces derniers considèrent la thématique du genre comme un élément étranger, voire contraire aux traditions locales. Pourtant, comme le montre une carte interactive de la ville de Prague qui recense les personnalités et lieux historiques associés à cette communauté, les personnes LGBTQI+ ont toujours fait partie de la culture tchèque.
Une homophobie des discours sous couvert de protectionnisme politique
Dans une Europe centrale et orientale qui reste marquée par une homophobie plus marquée qu’en Europe occidentale où l’activisme LGBTQI+ a permis de faire changer les mentalités et les lois dès les années 80, la République tchèque est perçue comme un pays comparativement plus tolérant. Ceci peut en partie s’expliquer par des traditions progressistes sur les questions de genre dans l’entre deux-guerres, et un des plus faibles taux de religiosité en Europe (autour de 20% de croyants).
Cela ne signifie pas pour autant que les personnes LGBTQI+ tchèques soient protégées à égalité par la loi, ou dans la rue. En effet, si les relations homosexuelles, condamnables à l'époque communiste, ont été dépénalisées en 1961 et si une forme de PACS [registrované partnerství] a été votée en 2006, le parlement refuse d'entériner le projet de mariage pour tous et toutes, malgré des changements positifs dans le domaine de l’héritage adoptés en 2024. Pourtant, près de deux tiers des Tchèques sont pour l'adoption du mariage pour tous et toutes.
D’autre part, selon une enquête réalisée en 2024, plus de 40% de Tchèques appartenant à la communauté relèvent des instances d’attaques verbales ou physiques tout en notant que dans plus de 90% des cas, les victimes ne portent pas plainte.
Mais l’homophobie la plus dangereuse vient probablement de personnalités politiques qui n’hésitent pas à tenir en public des propos entièrement homophobes dans un pays pourtant membre de l’Union Européenne et donc tenu à une législation anti-discriminatoire selon l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
Comme l’indique cet article de Global Voices, des personnalités de haut rang, comme l’ancien président Miloš Zeman ou l’ex-Premier ministre Petr Fiala, le sénateur et candidat à la présidence Pavel Fischer ont tenu des propos discriminatoires en public sans pour autant être inquiétés. Ils présentent souvent la diversité de genre comme une “importation culturelle” émanant de Bruxelles ou des Etats-Unis.
Un épisode récent renforce ce sentiment impunité de certains politiques: le Ministre des Affaires étrangères Petr Macinka du parti des Motoristes, considéré comme un parti d'extrême-droite, invité à la Conférence de Munich sur la sécurité de février 2026 s’est pris à partie avec l’ancienne Ministre des Affaires étrangères étasunienne Hillary Clinton sur la question du genre en disant en anglais:
“There is male, and female, and the rest, probably, is a social construct.This [the issue of gender] is something that went too far.”
Il y a les hommes, et les femmes, et le reste, probablement est juste un construit social. Cette question [du genre] est allée trop loin.
Un rappel historique: Prague comme lieu queer depuis le Moyen-Âge
C'est dans ce contexte d'invisibilisation qu'une initiative émanant d'un groupe d'activistes LGBTQI+ tchèques, l'ONG Společnost pro Queer pamět’ [Société pour la mémoire queer] propose un rappel de la présence historique des personnes LGBTQI+ dans la culture tchèque.
L'ONG vient de mettre en ligne en février 2022 une carte interactive de Prague appelée Teplá Praha [Prague queer] qui recense des lieux où ont vécu et oeuvré des personnalités LGBTQI+, et des endroits où se trouvent des monuments associés à la communauté. Ce guide, publié une première fois en 2014 sous forme papier, contient 160 points à cliquer qui se déroulent en fiche explicative expliquant le contexte culturel et historique d'une personne ou d'un lieu LGBTQI+.
Ainsi la fameuse place de la République [Náměstí Republiky] aujourd'hui en plein centre historique de la ville, mais dénommée place Josef à l'époque de l'Empire austro-hongrois jusqu'en 1918 était connue comme une ‘cruising area’ un lieu de rencontre public pour hommes gays:
Global Voices a interviewé Dr. Ladislav Jackson, représentant de l'ONG pour comprendre l'origine et le cheminement du projet:
Všechno začalo v roce 2009, kdy se konala vůbec první mezioborová konference Homosexualita v české vědě, kde se setkalo významné množství historiků, historiček, historiků a historiček kultury, umění a literatury. Výsledkem byly tři akademické knihy, které pak historik Jan Seidl navrhl přetvořit v praktický průvodce po Praze s názvem Teplá Praha (anglicky Queer Prague). Kniha se záhy vyprodala, tak jsme přistoupili k vytvoření on-line verze. Místa jsou tedy jakákoli místa, o kterých víme, že byla nějakým způsobem spojena s minulostí queer osob, historií queer emancipace a queer kultury. Nejstarší místo je z roku 1376, kdy je zaznamenán vůbec první soudní případ homosexuálního chování, šlo ale o násilné, zavrženíhodné akty. Pak je tam několik příběhů z dob novověku, většina událostí je ale z první poloviny 20. století.
Tout a commencé en 2009, à l'occasionde la première conférence interdisciplinaire sur l'homosexualité dans les sciences tchèques, qui a réuni de nombreux historiens de la culture, de l'art et de la littérature. Il en a résulté trois ouvrages universitaires, que l'historien Jan Seidl a ensuite proposé de transformer en un guide pratique de Prague intitulé « Prague queer ». Le livre ayant rapidement été épuisé, nous avons créé une version en ligne. Les lieux mentionnés sont tous ceux dont nous savons qu'ils sont liés d'une manière ou d'une autre à l'histoire des personnes LGBTQI+, à l'histoire de leur émancipation et à la culture queer. Le lieu le plus ancien date de 1376, année du premier procès pour homosexualité recensé, impliquant des actes violents et répréhensibles. On trouve ensuite quelques récits de l'époque moderne, mais la plupart des événements se déroulent durant la première moitié du XXe siècle.
Pour Jackson, les points les plus intéressants sur la carte sont ceux liés à deux peintres majeurs tchèques, Jan Zrzavý et Toyen car:
Ukazují totiž, že queer minulost nejsou jen tragické příběhy a příběh ze soudních spisů, ale velmi komplexní svědectví o tom, jak lidi v minulosti dokázali svou jinakost předávat prostřednictvím umění a současně nacházet strategie, jak žít relativně šťastné životy.
Ils montrent que le passé queer ne se résume pas à des histoires tragiques et à des archives judiciaires, mais constitue un témoignage très complexe de la manière dont les personnes ont pu exprimer dans le passé leur altérité à travers l'art tout en trouvant des stratégies pour mener une vie relativement heureuse.
Quant à la visibilité de l'histoire LGBTQI+, Jackson pense qu'elle reste très limitée:
Bohužel už pak ale lidé neznají konkrétní příběhy, významné osobnosti, které se o to odtrestnění a další narovnávání práv zasloužili, jak se queer lidem žilo, čemu čelili v Rakousku-Uhersku, za tzv. první republiky, během druhé světové války, za státního socialismu. Jak se narovnávala práva hned po revoluci v roce 1989. Co všechno to pro queer lidi znamenalo. I v dnešní době je queer historie zásadní, protože je instrumentální v udržování a rozšiřování/narovnávání občanských a lidských práv LGBTIQ+ osob. Ukazuje totiž, že queer lidé tu byli vždycky a jsou všude, nejde o žádnou novinku a rozmařilost zkažené doby. Bez queer historie, muzeálního a archivního uchovávání se žádná vyspělá společnost neobejde.
Malheureusement, les gens ignorent souvent les détails de la vie des personnalités marquantes qui ont œuvré pour la dépénalisation et l'égalité des droits, sur leur quotidien et les épreuves qu'elles ont traversées à l'époque de l'Autriche-Hongrie, sous la Première République [1918-1948], pendant la Seconde Guerre mondiale et sous le régime socialiste [1948-1989]. Les gens savent peu de choses sur la mise à jour des droits après la révolution [de velours] de 1989 et ce que cela a représenté. Aujourd'hui encore, l'histoire queer est essentielle car elle joue un rôle déterminant dans le maintien et l'extension des droits civiques et humains des personnes LGBTQI+. Elle montre que les personnes queer ont toujours été présentes et le sont partout ; il ne s'agit pas d'un phénomène nouveau ni d'un vestige d'une époque corrompue. Aucune société développée ne peut se passer de l'histoire queer, de sa préservation dans les musées et les archives.
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La lutte de l'influence en Afrique semble porter autant sur les discours que sur le pouvoir.
Affiche du 7ème sommet UA-UE à Luanda, 24 et 25 novembre 2025. Photo de Adesewa Olofinko. Utilisée avec autorisation.
Dirigeants africains et européens se sont rencontrés lors du 7èmeSommet Union Européenne-Union Africaine (EU-UA), qui s’est tenu le 25 novembre 2025 à Luanda, dans le but de renforcer des liens rendus nécessaires par une géopolitique en pleine évolution et une intensification de la concurrence internationale. Le sommet était aussi l’occasion de célébrer le 25ème anniversaire de la création du partenariat entre l'UE et l'UA.
Contrairement aux sommets précédents, les dirigeants des deux côtés de la Méditerranée étaient cette fois-ci confrontés à un monde qui a subi de profonds changements depuis leur dernière Vision Commune au début de l’année 2022. À l’époque, la guerre en Ukraine et une série de coups d’État à travers le Sahel n’avaient pas encore entièrement réajusté les priorités mondiales. En 2025, l’Europe semblait de plus en plus préoccupée par des questions de sécurité la touchant plus particulièrement, alors que l’Afrique continuait d’être en proie avec de violents conflits dans certaines de ses régions.
Par ailleurs, pour beaucoup d’africains, et en particulier pour la jeunesse en pleine croissance démographique, il ne s’agit plus seulement de savoir pourquoi ces sommets continuent d’avoir lieu, mais de comprendre la manière dont les engagements annoncés se traduisent dans leur vie quotidienne.
Comprendre l'impact de la concurrence mondiale sur l'Afrique
Aujourd’hui l’Afrique se trouve au cœur de partenariats bilatéraux et trilatéraux à double emploi. Depuis le début des années 2010, le continent est devenu le site d’une nouvelle bataille géopolitique. Le premier sommet entre l’Afrique et l’Union européenne s’est tenu au Caire, au mois d’avril 2000, suivi par celui à Lisbonne, en 2007. Les sommets UE-UA suivants ont reflété les nouvelles réalités mondiales, notamment à travers des engagements communs en matière de climat en 2010, du lancement de la Feuille de route Afrique-UE en 2014, de la reconnaissance de l’Agenda 20230 des Nations Unies, de l’Accord de Paris, et de l’Agenda 2063 de l’Afrique en 2017.
En parallèle, l’Afrique a participé à des conférences bilatérales impliquant d’autres pays, telles que le Forum sur la coopération sino-africaine et des sommets avec la Russie, la Turquie et les EAU, marquant une compétition de plus en plus intense à la recherche de marchés, ressources et influence sur le continent. Dans une vidéo publiée sur YouTube, Comfort Ero, présidente-directrice générale de International Crisis Group, a qualifié l’Afrique de « centre de gravité défaillant, qui ne dispose pas de l'architecture de gouvernance dont elle a besoin ».
Dans la pratique, ces coopérations ont donné lieu à un paysage d'engagement fragmenté, où les puissances étrangères négocient et exercent leur influence pays par pays, et les états africains forment des alliances afin de répondre aux pressions internes et géopolitiques.
L’évolution des rapports de force en Afrique
Les retombées sont mitigées pour les acteurs internationaux, telles que l’effondrement de l’influence de la France à travers une grande partie du Sahel, provoqué par un renforcement de relations bilatérales du Mali, Burkina Faso et Niger avec la Russie, à la suite d’une succession de coups d’État militaires.
D'autres puissances présentent des tendances similaires. La présence de longue date de la Chine en Afrique rivalise à présent plus ouvertement avec les moyennes puissances et des États du Golfe tels que l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), qui étendent leur pouvoir financier dans des pays comme la République de Djibouti et le Soudan, à un niveau généralement comparable à celui des superpuissances mondiales traditionnelles.
Les EAU, l’un des acteurs internationaux les plus engagés en Afrique de l’Est, travaillent actuellement sur des projets évalués à environ 59,4 milliards de dollars américains, devenant ainsi la quatrième source de capital en Afrique, après l’Union européenne, la Chine et les États-Unis. Néanmoins, des experts ont relié l’émergence de conflits en Libye et au Soudan à certains aspects de la présence des Émirats, laquelle, comme il est précisé dans Space Journal, risque de prolonger l’instabilité dans la région.
Par ailleurs, l’Inde a aussi renforcé son rôle économique en Afrique, tout en suivant une trajectoire différente. Depuis 2003, les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique atteignent en moyenne 18 % par an, soit environ 103 milliard de dollars américains en 2023, la positionnant parmi les plus importants partenaires commerciaux de l’Afrique avec l’Union européenne et la Chine.
Les États-Unis quant à eux ont adopté une approche plus sélective en matière d'engagement bilatéral, en particulier concernant l’accès à des minéraux de grande importance, comme notamment l’accord d’un prêt de 553 millions de dollars pour le développement d’un corridor de transport entre la ceinture cuprifère congolaise et le port angolais de Lobito.
L'importance de l'Afrique
L’Afrique détient 60 % du potentiel solaire mondial et près de 30 % des réserves minérales. Avec 70 % de ses habitants âgés de moins de 30 ans, elle est aussi le continent le plus jeune au monde.
Selon les projections démographiques mondiales publiées par les Nations Unies, la population africaine devrait doubler entre 2020 et 2050, passant de 1,3 à 2,5 milliards d’habitants. Elle devrait aussi augmenter de plus de la moitié durant la seconde moitié de ce siècle pour atteindre près de 3,9 milliards d’ici 2100, lorsque le continent comptera à peu près le même nombre d’habitants que l’Asie, et sera équivalent à la population mondiale recensée en 1975. Plus d’une personne sur trois vivant sur la Terre en 2100 sera d'origine africaine.
Le reste du monde ne convoite pas seulement les ressources minérales et marchés de l’Afrique, mais aussi ses espaces informationnels. Les médias d’État chinois et russes, tels que CGTN, Xinhua, Russia Today, et Sputnik se disputent les auditoires africains aux côtés de chaînes occidentales telles que la BBC et CNN, Al Jazeera (financée par le Qatar), Hausa TV,(iranienne), Deutsche Welle, (allemande) et TRT Afrika (turque et diffusée en plusieurs langues).
La lutte de l'influence en Afrique semble porter autant sur les discours que sur le pouvoir.
Alma Jokinen, envoyée spéciale de la Finlande auprès de l'Union européenne pour la jeunesse, lors du 7ème sommet UA-UE à Luanda, le 25 novembre 2025. Photo de Adesewa Olofinko. Utilisée avec autorisation.
Représentation des jeunes et omissions au sommet 2025
Malgré de grands discours concernant une vision commune de l’avenir lors du sommet, l’Union européenne et l’Union africaine divergent encore sur certains points. Bien que, selon l’UA, 2025 devait être l’Année des Réparations, l’engagement de l’Europe est resté en grande partie cantonné à une prise de conscience au lieu d’actions. L'appel de l'Afrique en faveur d’une justice historique semble manquer de la clarté institutionnelle et du sérieux politique nécessaires pour susciter un engagement significatif, tandis que son homologue européen continue d'aborder les questions de responsabilité historique avec prudence et hésitation.
Cette disparité était également visible dans la participation politique du sommet.
Lors d’une discussion avec Global Voices en marge du sommet, Alma Jokinen, jeune envoyée spéciale de la Finlande auprès de l’Union européenne, s’est interrogée sur les personnes présentes à la table des négociations
As far as I know, I am the only youth delegate within any national delegation, the only official youth representative here. Even some of those reporting from the youth summit are not young people… I do wish that in the future there would be many more present.
À ma connaissance, je suis la seule jeune déléguée faisant partie d’une délégation nationale, la seule représentante officielle des jeunes. Par ailleurs certaines des personnes qui couvrent le sommet de la jeunesse sont plus âgées… Je souhaite qu'à l'avenir, il y ait beaucoup plus de jeunes présents.
Ce manque de représentation illustre une tendance générale au sein des relations entre l’UE et l’UA, dont les paroles ambitieuses autour de l’intégration et de partenariat intergénérationnel sont encore inconciliables avec les pratiques institutionnelles qui marginalisent ceux-là mêmes censés bénéficier des retombées de ces accords.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260220_144335";}s:15:"20260218_022427";a:7:{s:5:"title";s:123:"“Pour que la honte change de camp”: l'immense message d’espoir et de courage de Gisèle Pelicot conquiert la planète";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/18/300555/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300555";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 18 Feb 2026 01:24:27 +0000";s:11:"description";s:189:"Après une décennie de viols organisés par son mari alors qu'elle était sans connaissance, Gisèle Pelicot signe un livre témoignage qui raconte son combat et son état d'esprit actuel.";s:7:"content";s:12187:"
‘Il fallait penser à toutes les victimes de viols qui n'osent pas s'opposer parce qu'elles ont honte’
Après une décennie de viols par une cinquantaine d’hommes organisés par son mari alors qu'elle était sans connaissance; et un procès retentissant, Gisèle Pelicot signe un livre témoignage qui raconte son combat, son état d'esprit actuel dans un geste désormais international. Ceci, grâce aux traductions de son livre et aux multiples interviews dans la presse internationale qui en font une icône de la résistance des femmes face aux pires violences sexuelles.
L’affaire Pelicot- aussi connue en France sous le nom des procès de Mazan, petite ville de résidence de la famille Pelicot dans le Sud-est de la France, – débute en 2020 suite à une convocation du mari de Gisèle Pelicot au commissariat local pour délit de prises de photos indécentes en public de femmes sans leur consentement. L’enquête découvre ensuite que Dominique Pelicot plaçait sa femme de 2011 à 2020 dans un état de sommeil artificiel par soumission chimique pour la violer, mais aussi pour la faire violer par une cinquantaine d’hommes allant d’un âge de 21 à 68 ans, tout en filmant les faits, ce qui a permis à l’enquête d’aboutir.
Dans de telles affaires, il est possible de demander un procès à huis-clos afin de protéger l’anonymat des victimes. Mais contrairement à la pratique habituelle, Gisèle Pelicot décide de lever le huis-clos afin d’alerter l’ensemble de la société française sur l’ampleur des violences sexuelles et d’exposer au grand jour les conséquences de la toxicité masculine.
J'ai traversé la honte au moment de la révélation des faits, c'est-à-dire le 2 novembre 2020, quand je me suis rendue compte de toute l'horreur qu'on m'avait fait subir. J'ai mis du temps […] il m'a fallu quatre ans. Je me suis dit qu'il fallait penser à toutes les victimes de viols qui n'osent pas s'opposer au huis clos parce qu'elles ont cette honte, qui pour nous est une double peine, une souffrance que nous nous infligeons. Je n'imaginais pas que ma parole trouverait un écho aussi large, y compris au-delà de nos frontières.
En effet en France, une femme subit un viol ou une tentative de viol toutes les 2 minutes trente, et ce chiffre est probablement une sous-estimation car de nombreuses victimes ne portent pas plainte. De plus, ces actes sont souvent commis par des proches.
En octobre 2025, le parlement et le Sénat français adoptent une modification de la loi définissant le viol afin d'y ajouter la notion de non-consentement de toute victime d'agression sexuelle. Ainsi, l'article 222-22 du code pénal indique désormais que:
Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur […].
Le procès Mazan qui a secoué la société française se termine en décembre 2024 par des condamnations de tous les accusés, et a probablement joué un rôle dans le changement de la définition du viol dans le code pénal de 2025.
De par sa décision, Gisèle Pelicot ouvre donc le débat dès 2020 et l’étend à l’échelle mondiale, car elle est immédiatement reconnue comme un symbole de la violence faite aux femmes mais surtout de l’impunité des hommes qui commettent ces violences, y compris dans les sociétés libérales où l’égalité des sexes est protégée par la loi et reconnue comme une valeur dans le discours social et politique.
Suite à la fin de son procès, Gisèle fait paraître le 17 février 2026 son livre Et la joie de vivre qu’elle co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon. Elle le présente d'abord dans une émission télévisée littéraire sur la chaîne publique, La Grande Librairie, à une heure de grande écoute, le 11 février 2026 et qui recueille plus d'un demi-million de taux d'écoute. Dans cette longue interview de près de 50 minutes, elle réitère son message principal: que la honte change de camp, c'est à dire que ce ne soit plus les victimes qui aient honte de dénoncer les agressions sexuelles, mais ceux qui les commettent:
Capture d'écran de l'émission La Grande Librairie sur la chaîne YouTube de La Grande Librairie, avec Gisèle Pelicot sur la gauche et Judith Perrignon sur la droite.
Elle raconte aussi comment plusieurs visites chez le médecin n'a pas permis de détecter la soumission chimique malgré certains soupçons, et comment aujourd'hui elle refuse d'être une “victime brisée”, comment le soutien de milliers de femmes l'a aidée et comment elle reconstruit sa vie à 73 ans. Comme le dit l'historienne du féminisme français Michelle Perrot dans la même émission “Gisèle Pelicot est une éveilleuse”.
Depuis cette première interview qu'elle donne depuis le début des procès, elle est interviewée dans le monde entier, de El País au New York Times, de la BBC, en passant par le magazine Vogue ou Der Spiegel, et son livre sera publié dans 22 langues, ce qui confirmera son statut d'icône féministe mondiale dont l'image est déjà présente dans de nombreuses manifestations et oeuvres d'art engagé comme cette fresque murale de l'artiste Maca:
";s:7:"dateiso";s:15:"20260218_022427";}s:15:"20260212_174353";a:7:{s:5:"title";s:147:"« L'identité n'est jamais définitive. Elle est complexe et en constante évolution » : entretien avec Soraya Sharghi, artiste irano-américaine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/12/299952/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299952";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 Feb 2026 16:43:53 +0000";s:11:"description";s:176:"« Ma forme de résistance consiste à transformer les espaces, autrefois soumis au contrôle ou à la restriction, en lieux empreints de beauté, de force et d'imagination. »";s:7:"content";s:30524:"
L'histoire de Soraya Sharghi est un dialogue incessant entre discipline et rébellion
Soraya Sharghi, « Rising with the Song of Nymphs » (S'élever avec le Chant des Nymphes), 2021. Acrylique sur toile, 152,4 x 236,2 cm (60 x 93 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]
Lors de sa dernière exposition, « Sculpture and Painting » (Sculpture et Peinture), organisée au 24 avenue Matignon à Paris à l'occasion de la semaine Art Basel en octobre 2025 [fr], l'artiste irano-américaine Soraya Sharghi a regroupé ses dernières œuvres en bronze, en céramique ainsi que ses peintures au sein d'un environnement immersif unique.
À travers cette œuvre, Soraya Sharghi dévoile un univers lumineux où se côtoient mythologie, mémoire et matière. Grâce à des figures hybrides, semblant jaillir du feu et de la couleur, elle aborde la féminité, non pas comme une muse, mais comme une force créatrice. Des œuvres telles que « Rising with the Song of Nymphs » (S'élever avec le Chant des Nymphes) et sa série de figures protectrices en céramique, façonnées à la main, tissent un lien entre peinture et sculpture, où le mythe est revisité comme un langage de survie et de renaissance.
Née en 1988 à Téhéran, et désormais installée à New York, Soraya Sharghi a suivi des études au San Francisco Art Institute, au cours desquelles elle s'est lancée dans la peinture, la sculpture et la création de montages artistiques. Enfant, elle imaginait des histoires complexes et des personnages fictifs pour sa petite sœur, récits dont elle s'inspire aujourd'hui pour créer son univers visuel. « L'imagination est naturelle chez les enfants, dit-elle, et je me suis attachée à ne jamais la perdre. Elle influence encore aujourd'hui ma façon de travailler. »
Soraya Sharghi à l'œuvre sur sa sculpture en bronze en Chine, 2025. Photographie de Lei Jianzhong, reproduite avec autorisation.
Son art, explique-t-elle, est une forme de reconquête et de défense : « Ayant grandi en Iran, l'imagination est devenue mon refuge. Le surréalisme était plus qu'une influence artistique, c'était un moyen de surmonter la réalité. » Dans son vocabulaire visuel, le mythe devient un récit autobiographique ; chaque héroïne hybride est une figure protectrice de la résilience, façonnée par les restrictions, l'évolution et la lutte permanente pour affirmer sa féminité.
Le cheminement de Soraya Sharghi témoigne d'un dialogue constant entre discipline et rébellion. Ses textures complexes, sa palette chromatique lumineuse et ses compositions très travaillées font écho, sur le plan spirituel, à la création figurative riche en émotions d'artistes telles que Niki de Saint Phalle, Hayv Kahraman et Emma Talbot, lesquelles intègrent également le mythe, les motifs structurels et la subjectivité féminine dans leurs récits contemporains. Pourtant, la voix de Soraya Sharghi demeure indéniablement la sienne : résolument personnelle, ancrée dans l'intellect et imprégnée de spiritualité.
Soraya Sharghi, « Rising Nymphs » (Nymphes émergentes), 2025. Peint sur de la porcelaine émaillée, cuite à haute température à 1280 °C. 37 x 34 x 34 cm (14,57 x 13,39 x 13,39 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
Évoquant son approche multi-matière, Soraya Sharghi confie : « Chaque matériau possède sa propre énergie et m'apprend quelque chose de nouveau… Ensemble, ils dessinent la carte de mon évolution spirituelle. » Lors de cet entretien avec Global Voices, elle nous livre ses réflexions sur l'imagination, l'hybridité, la création de mythes, la politique et la poétique du corps féminin, ainsi que l'alchimie de l'argile, du feu et de la couleur continuant à façonner son univers, sans cesse en expansion.
Quelques extraits de cet entretien :
Omid Memarian (OM) : Vous décrivez souvent votre art comme la continuation des mondes imaginaires que vous avez créés durant votre enfance. Pourriez-vous nous parler de vos premières expériences en Iran, des raisons qui vous ont poussée vers la narration et l'expression visuelle, et de l'influence de ces moments précoces sur votre univers créatif aujourd'hui ?
Soraya Sharghi (SS) : Enfant, j'ai passé mon temps à inventer des univers. Je donnais vie à des personnages imaginaires et racontais des histoires à ma petite sœur, avec tant de réalisme, qu'elle les croyait vraies. À bien des égards, je suis restée la même personne, à ceci près que je maîtrise désormais davantage d'outils et de langages permettant d'exprimer ces idées. L'imagination est innée chez les enfants, et je me suis attachée à ne jamais perdre cette facette de ma personnalité. Elle guide encore aujourd'hui ma manière de travailler.
Quand j'ai découvert les arts visuels, ce fut pour moi le moyen le plus sûr de m'exprimer sans être totalement comprise. Je pouvais coder mes sentiments et mes histoires, sous forme de symboles et de gestes, en communiquant par des images plutôt que par des mots.
Ayant grandi en Iran, au sein d'une culture dans laquelle on disait souvent aux filles comment elles devaient s'habiller, parler ou rêver, l'imagination est devenue mon refuge. Le surréalisme n'était pas seulement une influence artistique, c'était une façon d'échapper à la réalité.
Soraya Sharghi, « Out of Realm » (En dehors du Réel), 2017. Acrylique sur toile, 137,16 × 137,16 cm (54 x 54 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : En quoi votre expérience, au San Francisco Art Institute, a-t-elle influencé ou transformé votre démarche artistique ? Avec le recul, après des années consacrées à l'exploration personnelle, que feriez-vous différemment aujourd'hui ?
SS : Mes études au San Francisco Art Institute m'ont ouvert les yeux sur moi-même. C'était la première fois que quelqu'un me posait des questions telles que « Qui es-tu ? Comment s'est passée ton enfance ? ». J'ai alors dû me définir au-delà de la géographie, de la langue et des attentes. Ce processus m'a conduit à observer ma culture avec un regard neuf, à prendre du recul par rapport à sa poésie, ses lieux et ses complexités, et à la redécouvrir avec une curiosité renouvelée.
Au San Francisco Art Institute, on me connaissait pour mon ambition. Même lorsque les devoirs étaient simples, je cherchais à repousser les limites du possible en expérimentant des formes complexes, en mélangeant les matériaux et en exigeant toujours plus de moi-même. J'ai exploré simultanément la peinture, la sculpture et la composition artistique, sans savoir encore de quelle manière elles allaient fusionner. Cet esprit expérimental continue aujourd'hui encore de nourrir ma créativité.
À cette époque, je me suis mise à explorer le corps féminin dans mon travail, non pas comme un sujet de nudité ou de provocation, mais comme un espace d'émotion et de guérison. Il s'agissait de retrouver une présence et une voix, de transformer les expériences de restriction en liberté. Mon art est devenu un processus de cicatrisation et de découverte de soi, un moyen de convertir le silence en puissance.
Soraya Sharghi, « The Resolution of Eve (Eve 15) » (La Détermination d'Eve), 2020. Acrylique sur toile, 198,12 × 114,30 cm (78 x 45 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : Votre travail oscille librement entre peinture, dessin, sculpture et céramique. Comment cette transition vers différents supports a-t-elle commencé, et quelles nouvelles perspectives vous ont-ils ouvertes en termes de forme, de narration et de résonance spirituelle ?
SS : J'ai été élevée dans un environnement très restrictif, c'est pourquoi je m'y rebelle naturellement. Traverser les frontières entre les moyens d'expression, c'est comme voyager entre deux mondes, c'est un acte de liberté. Chaque matériau est porteur d'énergie et m'apprend quelque chose de nouveau.
L'argile m'a enseignée la patience et le lâcher-prise. On ne peut pas contrôler le feu ; c'est lui qui décide ce qui survit. Travailler l'argile m'a appris que la perfection est fragile et que la destruction peut aussi être source de beauté. La peinture, en revanche, c'est comme se regarder en face ; elle exige de l'honnêteté. Je suis convaincue qu'un peintre talentueux est capable de tout, car la peinture vous apprend à voir et à écouter en profondeur.
Quand je sculpte, je raisonne comme un peintre. Je me sers des glaçures comme des pigments, les superposant comme si je peignais à l'aide du feu. J'adore transgresser les règles ; les chimistes pourraient me dire ce qu'il ne faut pas faire, je le ferais quand même, préférant mon intuition aux formules. Ce sont ces tensions entre discipline et rébellion qui insufflent la vie à mon travail.
Chaque matériau exprime une émotion différente ; ensemble, ils forment une représentation de mon évolution spirituelle.
Soraya Sharghi, « The Thinker » (Le Penseur), 2023-2024, acrylique sur toile, 226,6 x 183 cm (89,21 × 72,05 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : Vous avez séjourné plusieurs mois en Chine cette année, et vous avez approfondi vos connaissances en céramique en expérimentant différents procédés et influences interculturelles. En quoi ce contexte a-t-il façonné votre compréhension de l'argile et de l'artisanat ?
SS : À mon arrivée à Jingdezhen, en Chine, l'ancienne ville de la porcelaine, j'étais submergée par diverses émotions, d'autant plus que la guerre et les troubles faisaient rage en Iran. J'ai passé mes premières semaines dans le silence, laissant mes mains s'exprimer à travers l'argile. Les textures rugueuses et brutes de mes figures féminines reflétaient directement cet état d'esprit, façonnant, modelant, presque sculptant mes émotions jusqu'à leur donner forme.
La ville de Jingdezhen fut pour moi une révélation. Elle respire l'argile ; chaque famille, chaque rue est imprégnée de cette énergie créatrice. Les habitants y font preuve d'une grande humilité et d'un dévouement sans faille à leur art. Chaque artisan maîtrise chaque geste à la perfection ; c'est une expérience profondément spirituelle.
Ce n'était pas seulement une question d'apprentissage technique, mais aussi celle de prêter attention à l'argile, au silence, au rythme de la création. En Chine, j'ai appris à prendre mon temps, à me laisser guider par la matière. L'énergie des gens, pure, généreuse, terre-à-terre, m'a rappelée que la maîtrise n'est pas une question de contrôle, mais d'harmonie.
« I », 2025. Bronze. Soraya Sharghi : « Un matériau que je rêvais depuis longtemps de travailler pour sa permanence, son poids et son histoire. Cette sculpture porte le nom de « I », autoportrait sous de multiples formes, incarnant tous les personnages, toutes les émotions et tous les êtres imaginaires que je porte en moi. Une archive de ma voix intérieure, forgée dans le feu. » Photographie de Lei Jianzhong, reproduite avec autorisation.
OM : Vos œuvres dépeignent des figures féminines hybrides mêlant des attributs humains, animaliers et mythologiques. Comment êtes-vous tombée sur ce langage visuel, poétique et mythologique, et comment reflète-t-il votre expérience de vie en tant que femme iranienne naviguant entre plusieurs mondes ?
SS : La mythologie me touche depuis toujours. J'ai grandi en Iran où les mythes sont omniprésents : histoires d'anges, de héros et de dieux, qui façonnent notre vision du monde. Cependant, en tant que femme, j'ai toujours été conditionnée sur le rôle que je devais jouer dans ces récits. J'ai donc entrepris de les réécrire.
Mes personnages sont des mythes issus de mon imagination, des gardiens hybrides dont le rôle est de protéger, de transformer et d'évoluer. Ils incarnent souvent beauté et souffrance à la fois, car la survie est ainsi faite. En grandissant, j'ai appris à changer d'apparence afin de m'adapter, de me dissimuler, de survivre. Cette métamorphose est devenue mon langage visuel.
L'Iran est un pays surréaliste, un lieu de contradictions où coexistent rêves et entraves. Mon travail canalise ce paradoxe, donnant naissance à de nouveaux êtres qui n'appartiennent à aucune nation ni à aucune époque. Ils incarnent toutes les femmes ayant dû revêtir de multiples identités afin de pouvoir exister librement.
Soraya Sharghi, « She holds, she continues » (Elle s'accroche, elle persévère) 2025. Peint sur de la porcelaine émaillée, cuite à haute température à 1280 °C. 37 x 34 x 34 cm (14,57 x 13,39 x 13,39 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : Vos dernières œuvres en céramique sont une réinterprétation de la Sofal-e Berjasteh, ancienne technique persane de la poterie émaillée en relief. Comment avez-vous fait pour faire revivre et transformer cette technique et l'adapter à votre propre méthode ?
SS : En céramique, j'explore plusieurs techniques différentes. L'une d'elles s'inspire du Sofal-e Berjasteh, un procédé complètement nouveau et distinct de mes autres créations en argile. Une autre concerne mes sculptures, des têtes et des torses féminins modelés à la main, sur lesquels je laisse apparentes les textures rugueuses et mes empreintes digitales. J'expérimente également la peinture sur des vases et des objets, à l'aide de glaçures semblables à des aquarelles, afin d'obtenir des surfaces fluides et stratifiées. Chaque méthode engage un dialogue différent entre la tradition, le corps et les émotions.
Quelques années auparavant, à Ispahan, j'avais découvert de simples tasses en céramique anciennes qui m'étaient, enfant, familières, mais auxquelles je n'avais jamais vraiment prêté attention. Cette fois-ci, elles m'ont captivée. Je me suis passionnée pour leur glaçure en relief, « Sofal-e Berjasteh », et j'ai imaginé transposer mes peintures à travers cet artisanat ancestral. Depuis lors, je nourrissais le rêve de créer une telle œuvre, et j'ai fini par y parvenir.
J'ai peint avec des émaux aux couleurs façon mosaïque, construisant l'image à partir de formes, entièrement à la main, et la création de cette œuvre m'a procuré un pur bonheur.
L'argile se souvient de votre toucher ; elle retient votre présence longtemps après votre départ. Les craquelures, les marques de pression, voire les morceaux cassés, tout cela fait partie intégrante de l'histoire. Travailler l'argile, c'est comme travailler la vie elle-même : vous la modelez, elle résiste, et ensemble, vous donnez naissance à quelque chose de nouveau.
Soraya Sharghi, « The Story of a Triumph » (L'histoire d'un Triomphe), 2020. Acrylique sur toile, 121,92 × 187,96 cm (48 x 74 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : Votre dernière exposition présente des sculptures en céramiques gigantesques et des visages façonnés à la main, semblant surgir du feu et lui survivre. Que représente pour vous cette nouvelle série d'œuvres à travers le prisme du courage, de la vulnérabilité et du risque créatif ?
SS : Cette série d'œuvres a vu le jour grâce au feu. L'argile ne peut trouver sa force autrement qu'en étant cuite. Ce processus reflète mon propre parcours en tant que femme et artiste, confrontée au stress, à la déception et à la transformation jusqu'à ce que quelque chose de nouveau émerge.
Ces sculptures incarnent une volonté de survivre. Ce sont des esprits jaillissant de la destruction et continuant à célébrer la vie. Chaque craquelure ou coulée de glaçure témoigne de leur résistance. Je les vois comme des autoportraits de résilience, vulnérables, mais indestructibles.
Créer ces œuvres m'a demandé beaucoup de courage, car j'ai dû lâcher prise et faire confiance aux éléments. Le feu est devenu mon collaborateur. Il mettait à l'épreuve ma patience, mon ego, mon sens de la perfection. Ce qui restait après la cuisson, c'était l'essence, la vérité dépouillée de toute prétention. C'est le thème de cette série : renaître, non pas intact, mais régénéré.
Soraya Sharghi, « Rise of the Rainbow From the Marsh » (Naissance de l'Arc-en-ciel depuis le Marais), 2022. Acrylique sur toile, 139,7 x 223,52 cm (55 x 88 pouces). Photographie reproduite avec autorisation.
OM : À travers « Rising with the Song of Nymphs » (2022), mémoire, mythe et enfance se confondent dans un tableau cosmique. Comment cette œuvre a-t-elle évolué, et que révèle son lien avec « Ode : Intimations of Immortality » (Ode : Prémonitions d'Immortalité) de William Wordsworth au sujet de votre relation au temps, à l'imagination et à la renaissance ?
SS : « Rising with the Song of Nymphs » évoque le souvenir du langage de l'âme. Lorsque j'ai lu « Ode : Intimations of Immortality » de William Wordsworth, je me suis sentie profondément connectée avec son idée selon laquelle l'enfance constitue un souvenir sacré, un lieu où nous avons autrefois clairement perçu le divin, pour ensuite l'oublier.
L'idée de cette peinture vient en fait d'un ancien jeu traditionnel iranien que je pratiquais enfant. Dans ce jeu, les enfants formaient un cercle tandis qu'une fille était assise au milieu, feignant souvent de pleurer, et les autres lui chantaient une chanson pour qu'elle se lève et rejoigne le groupe. Ce jeu existe sous de nombreuses variantes locales dans tout l'Iran et remonte à d'anciens rituels et traditions théâtrales, à mi-chemin entre le jeu et la mise en scène symbolique des émotions, de la séparation et des retrouvailles. Le cercle représente la communauté ; la figure centrale incarne le désir, la perte ou la transformation; et lorsqu'elle se lève enfin, c'est un moment de guérison et de renaissance.
Longtemps après avoir réalisé cette peinture, j'ai découvert le poème de William Wordsworth, et il m'a profondément touchée. Il exprimait exactement ce que la peinture m'avait déjà révélée : l'imagination est un pont qui nous relie à cette connexion divine et primitive que nous ressentions autrefois dans notre enfance.
À travers cette œuvre, les Nymphes incarnent à la fois l'innocence et la sagesse ; elles surgissent de la mémoire telles des gardiennes de la lumière. Le tableau s'est transformé en un dialogue entre mon être passé et mon être présent, entre le mythe et la renaissance.
Certaines des céramiques, présentées lors de l'exposition, s'inscrivent dans cette même veine ; leurs surfaces peintes s'inspirent de « Rising with the Song of Nymphs », dont elles reprennent l'imagerie et le rythme sous une nouvelle forme matérielle. Grâce à l'argile et au feu, ces visions deviennent tangibles, comme si des fragments du tableau trouvaient une seconde vie dans l'espace tridimensionnel.
Soraya Sharghi dans son atelier à New York, travaillant sur « Rise of the Rainbow from the Marsh » (Naissance de l'Arc-en-ciel depuis le Marais), 2023. Photographie reproduite avec autorisation.
OM : À travers l'oeuvre, « She Holds, She Continues » (2025), le personnage apparaît à la fois comme protecteur et créateur. Comment évoque-t-elle la persévérance, la transformation et la féminité dans sa dimension créatrice ?
SS : Dans « She Holds, She Continues », la figure féminine ne se montre pas passive ; elle est la source. Elle porte le poids de la création et la tendresse des soins apportés. Son geste est à la fois une étreinte et un acte de pouvoir.
L'imagerie et les personnages ont évolué depuis « Rising with the Song of Nymphs », où des jeunes filles se tiennent par la main en cercle, symbolisant l'unité, la renaissance et la force féminine. Aujourd'hui, ces thèmes se déclinent sous une nouvelle forme grâce à une technique céramique que je viens de mettre au point. Cette technique consiste à assembler des milliers de petits éléments façonnés à la main, chacun ressemblant à un coup de pinceau, une cellule ou un battement de cœur, et qui se fondent pour donner vie à une surface vibrante.
Le déclic initial m'est venu de la tradition persane, Naghsh-e Berjasteh, technique de gravure en relief, que j'ai transposée dans mon propre univers. Si je me suis inspirée du relief et de la texture stratifiée, la technique et le langage visuel sont nouveaux.
Au cours de ce processus, les silhouettes se relèvent, transformées par le feu, tout en restant reliées par l'effleurement. L'œuvre évoque la force génératrice du féminin, comment la création poursuit son œuvre silencieusement et avec puissance à travers la répétition, l'attention et la persévérance.
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La sécurité numérique passe par les langues locales et la prise en compte de la diversité des castes et de genre
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Au cours de la dernière décennie, l’Inde a connu une forte croissance en termes de nombre d’utilisateurs de téléphones mobiles et d’Internet. En octobre 2021, le pays comptait 700 millions d’utilisateurs d’Internet, 600 millions de smartphones, et le taux de consommation de données mobiles le plus élevé au monde. En 2020, l’Inde était également classée au deuxième rang des pays les plus touchés par les cyberattaques dans la région Asie-Pacifique. Ainsi, ces technologies utilisées à grande échelle sont-elles adaptées à la diversité des utilisateurs et aux centaines de langues parlées dans le pays ? Comment les utilisateurs autochtones parviennent-ils à se sentir en sécurité dans le monde numérique, ou même à s’informer sur la sécurité numérique ? Voici quelques-unes des questions que j’ai décidé d’approfondir en ma qualité de locutrice native angika.
Aperçu de la langue
« L’angika est principalement parlé dans la région Anga qui comprend les districts de Munger, de Bhagalpur et Banka du Bihar et la division de Santhal Pargana du Jharkhand. Ses locuteurs s’élèvent à environ quinze millions de personnes[7]. Outre les États indiens du Bihar et du Jharkhand, il est également parlé comme langue minoritaire au Népal, dans le district de Morang, dans le Terraï. » — Wikipedia
Reconnaissance : Second language status in Jharkhand state in India
Statut de la langue : 5 (en développement) – “La langue est largement utilisée. Il existe une forme littéraire standardisée, mais son utilisation n’est pas encore très répandue ni pérenne. La langue est utilisée dans l’éducation, le travail, les médias, et au sein du gouvernement dans les principales subdivisions administratives d’une nation.” — Échelle EGIDS, Ethnologue
Ressources en matière de sécurité digitale dans cette langue :
Aucune identifiée
Outils de sécurité numérique dans cette langue :
Signal
TOR
Psiphon
Née et élevée dans l’État du Bihar, je suis de langue maternelle angika. Pendant mon enfance, j’ai été témoin des changements sociaux, linguistiques et technologiques qui ont eu lieu dans ce hameau. Il y a une vingtaine d’années en effet, seules quelques personnes possédaient des appareils numériques à la maison, rares étaient celles qui parlaient l’hindi, et pour parler des jeunes qui émigraient vers les grandes villes à la recherche d’un travail plus rémunérateur, on employait le terme « fuir ». De nos jours, presque tous les foyers possèdent un téléphone portable, les gens (en particulier les jeunes) préfèrent parler en hindi en dehors de leur foyer, et l’émigration vers une autre région à l’âge adulte est devenue la norme.
D’après ce que j’ai pu observer, c’est la disponibilité des téléphones portables et d’Internet qui a entraîné ces changements, puisqu’elle a permis à cette région isolée d’être davantage connectée au monde extérieur. L’utilisation des téléphones portables pour la communication et les loisirs est notable, notamment car elle fait nettement contraste avec le manque d’infrastructures de la région telles que l’eau courante, l’électricité, les possibilités d’accès à l’enseignement supérieur, ou encore les emplois stables. Les cybercrimes sont également assez fréquents, et les gens sont souvent victimes de piratage et d’appels frauduleux provenant de numéros intraçables qui les convainquent de divulguer leurs mots de passe à usage unique (OTP). Les efforts déployés par les institutions pour lutter contre ces crimes semblent insuffisants. Aussi, dans un pays où le nombre d’utilisateurs de téléphones portables et d’Internet augmente si rapidement, que faut-il donc changer pour rendre l’espace numérique accueillant pour l'ensemble de la population ?
Avec cette question à l’esprit, j’ai décidé de mener une étude auprès de jeunes agriculteurs originaires des villages de Tonapathar et Katoria, dans l’État du Bihar, afin d’en savoir plus sur le sujet. Mon objectif était de comprendre comment une petite communauté fait face à la sécurité numérique ou à son absence, en me concentrant sur des facteurs tels que les langues, la culture numérique et la présence en ligne des jeunes parlant l’angika. Avec le soutien de l’équipe Rising Voices, ce travail de recherche m’a permis de consacrer du temps à l’observation, aux entretiens et à la collecte de faits, d’expériences et de perceptions dans le but d’étudier les hypothèses concernant leur activité numérique. Ce que j’ai appris grâce à ces recherches m’a aidée à comprendre les besoins des locuteurs natifs angika en matière de sécurité numérique directement du point de vue des personnes concernées.
À l’écoute des jeunes locuteurs natifs angika
J’ai interrogé 13 jeunes parlant l’angika (âgés de 17 à 30 ans), afin de mieux comprendre ce qui pourrait être fait différemment pour rendre les installations numériques sûres et inclusives à leur égard. Je souhaitais également comprendre les raisons pour lesquelles ils utilisaient Internet et leurs priorités en matière de sécurité numérique, mais aussi la manière dont ils naviguaient dans l’espace numérique avec la langue et les installations dont ils disposent.
L’économie du village dépendant de l’agriculture, tous les participants étaient des agriculteurs ou issus de familles d’agriculteurs, ce qui rend cette étude bien représentative de la région. Le terme « agriculteur » désigne ici une personne qui vit de l’agriculture, qu’elle soit propriétaire d’une petite parcelle de terre ou sans terre. Toutes les personnes interrogées vivaient en dessous du seuil de pauvreté, et appartenaient à la communauté Bahujan, un groupe de personnes composé de « Castes répertoriées, tribus répertoriées, autres castes défavorisées, musulmans et minorités en Inde » (tous les participants appartenaient à l’une des trois premières catégories). Ces précisions ont leur importance, car en Inde, le droit de propriété foncière a toujours été dicté par les castes et l’origine sociale. Bien que le « zamindari » (propriété foncière collective) ait été aboli en Inde en 1951, les privilèges des castes propriétaires terriennes ont perduré sous la forme de privilèges sociaux et culturels, dont les Dalits et les Bahujans ont été systématiquement privés.
Un autre facteur que j’ai pris en compte lors de mes recherches est celui du sexe des individus, car les normes de genre dans cette région sont très orthodoxes. Ainsi, il est d’usage que les femmes se voilent la tête devant les hommes plus âgés de la famille ; et les femmes mariées sont appelées par le nom de leur mari ou de leur enfant, plutôt que par leur propre nom. Par exemple, une femme mariée à un homme nommé Shankar sera appelée « Shankarok janani » (femme de Shankar), tandis que la mère d’un garçon nommé Rupesh se fera appeler « Rupesh maay » (mère de Rupesh), l’utilisation de leurs noms réels étant généralement évitée, sauf pour les documents. De plus, les femmes sont censées devenir invisibles dans les lieux publics et sont également dissuadées de travailler en dehors du foyer. Le cadre des castes et du genre est important, car il a également un impact sur la présence et l’activité d'un individu en matière de pratiques numériques, comme je vais l’expliquer ci-dessous.
La sécurité numérique, un luxe réservé aux anglophones
Lors de mes conversations avec les participants, j’ai découvert que les jeunes locuteurs natifs de l’angika avaient commencé à abandonner leur langue. L’absence de contenu écrit, qu’il soit à des fins d’information ou de divertissement, dans leur langue maternelle, en est la principale raison, et nuit à la fois à la langue et à la communauté. En outre, il s’avère que le bouche-à-oreille représente un moyen de diffusion d’informations majeur au sein de cette communauté, en raison de la distance géographique, de la barrière linguistique et du faible niveau d’éducation, mais aussi du manque d’accès de la population à la plupart des médias d’information. Par exemple, la situation géographique isolée des villages signifie que les journaux ne sont généralement pas accessibles, de sorte que la lecture du journal n’est pas une habitude pour ces habitants. Les gens sont également peu enclins à faire confiance aux informations en ligne, car ils n’accordent du crédit qu’aux informations provenant de leurs proches. En tant que militante linguistique, j’ai réalisé, au cours de mes entretiens, que l’une des raisons pour lesquelles les jeunes abandonnaient leur langue était qu’ils ne pouvaient pas l’utiliser sur les plateformes numériques.
Si les travailleurs des villages ont accès aux téléphones portables et à Internet, la sécurité numérique reste un luxe. Le manque d’accès à l’éducation et à l’information sur la sécurité numérique dans la langue locale est un obstacle majeur, qui les rend encore plus vulnérables aux menaces numériques. Le simple fait que les participants perçoivent la sécurité numérique comme un concept abstrait qu’ils ne comprennent pas bien est très révélateur du manque de culture numérique dans cette région. Comme l’admet un jeune agriculteur : « Je n’y connais pas grand-chose aux règles des réseaux sociaux. Je ne les connais pas bien, car ça ne m’intéresse pas trop. Ici, on survit au jour le jour, on n’a pas le temps de se soucier de ce genre de choses. »
Sur les treize personnes qui ont participé à cette étude, sept ont déclaré avoir déjà été victimes d’escroqueries par téléphone portable et/ou de piratage sur les réseaux sociaux. Parmi les méthodes utilisées par les escrocs, on peut citer le fait de se faire passer pour des banquiers ou des télévendeurs, et le piratage de numéros WhatsApp dans le but d’extorquer de l’argent aux contacts. Les victimes ignorent généralement comment réagir face à ces escroqueries, principalement parce que les méthodes actuelles de sensibilisation à la sécurité numérique ne sont disponibles que dans les langues dominantes. Cela vaut également pour le piratage des réseaux sociaux : les personnes touchées sont généralement incapables de récupérer leur compte. Cela n’a rien de surprenant lorsqu’on sait que ce que les participants savent de la sécurité numérique leur vient de leur famille et de leurs connaissances, à l’instar de leurs connaissances sur l’utilisation du téléphone, qui, pour reprendre les paroles d’une des personnes interrogées, sont kaamchaltau (rudimentaires).
De plus, l’imposition de l’hindi dans l’État du Bihar, qui se distingue pourtant par sa diversité linguistique, a eu un impact négatif sur nous, les minorités. Il existe plusieurs croyances erronées concernant nos langues, notamment que celles-ci sont inférieures et qu’il ne s’agit que de « dialectes de l’hindi ». La dernière National Education Policy 2020 (« politique nationale en matière d’éducation 2020 ») illustre bien l’origine de cette croyance. Elle considère les langues autochtones comme des « langues passerelles » à enseigner au niveau primaire, après quoi les élèves devraient apprendre les langues socio-économiquement dominantes, à savoir l’hindi et l’anglais. Un autre facteur de taille est le fait que les jeunes doivent généralement émigrer vers d’autres régions, où les langues locales sont méprisées. Par exemple, mes parents ont émigré pendant plusieurs années au Jharkhand. C’est là que j’ai été scolarisée, et j’y ai moi-même été confrontée aux préjugés contre l’angika et les autres langues indigènes, à l’école et dans le milieu social.
Actuellement, il n’existe aucune ressource disponible en ligne en angika sur la sécurité numérique, ce qui désavantage clairement ceux qui ne parlent que cette langue. De mon point de vue, il est évident que les gens auraient une meilleure compréhension de l’espace numérique et pourraient y naviguer en toute sécurité, s’ils disposaient des outils nécessaires pour le comprendre. La langue joue donc ici un rôle essentiel. Lorsqu’on lui a demandé dans quelle langue les programmes de sensibilisation devraient être dispensés, un participant a répondu : « L’angika serait préférable (pour les formations sur la sécurité numérique). L’anglais et l'hindi ne seraient compris que par ceux qui maîtrisent ces langues. Si la formation était dispensée dans la langue locale, tout le monde pourrait la comprendre. »
Il convient également de noter que les voix des personnes marginalisées, qu’il s’agisse de la communauté Bahujan en général ou des femmes, ne sont généralement pas audibles, et qu’elles sont exclues de toute participation, en ligne comme hors ligne. Les gens issus du milieu agricole, à l’instar des personnes interrogées pour cette étude, ont très peu d’opportunités en matière d’emploi et d’éducation, ce qui a un impact négatif sur leur accès à l’information relative à la sécurité numérique. Par ailleurs, les femmes sont doublement marginalisées. L’espace numérique s’avère être ici le reflet de la société, et l’activité des femmes en ligne est influencée par leur genre. Voici quelques observations issues de cette étude de cas concernant les femmes utilisatrices d’Internet : elles sont moins nombreuses, et elles n’utilisent pas leur propre nom sur les réseaux sociaux, non pas parce qu’elles préfèrent utiliser des pseudonymes, mais pour garantir leur invisibilité. De plus, elles sont plus facilement blâmées si leur compte est piraté, et elles dépendent des hommes de la maison pour obtenir des informations relatives à la sécurité numérique.
Recommandations
Pour qu’une campagne en faveur d’un espace numérique sûr soit couronnée de succès dans la région d’Anga, dans l’État du Bihar, et plus généralement en Inde, nous avons besoin de stratégies inclusives. Alors que les connexions mobiles et Internet se développent rapidement en Inde, le gouvernement doit prendre ses responsabilités en protégeant les citoyens contre les dangers liés à la généralisation de l’utilisation d’Internet. Pour ce faire, je pense que le changement majeur qui s’impose est la reconnaissance par les décideurs politiques indiens de la diversité linguistique du pays.
Selon moi, pour éviter que le Bihar, où 88,82 % des ménages vivent en milieu rural (et ont donc moins accès aux infrastructures), ne soit davantage victime des inégalités numériques, il convient de suivre les recommandations suivantes :
Sensibilisation à la sécurité numérique en priorité dans la langue locale et à l’aide d’outils locaux.
Création et mise en œuvre de programmes de sensibilisation par le biais des moyens de communication préférés par la population. Par exemple, la majorité des participants affirment préférer une formation en présentiel dans la langue locale à une formation vidéo pour les programmes de sensibilisation. Les moyens généralement utilisés pour sensibiliser la population, tels que les SMS et le programme Pradhan Mantri Digital Suraksha Abhiyan, n’ont pas donné les résultats escomptés.
Prise en compte des castes et du genre des individus dans les efforts en faveur de la sécurité numérique, car ces facteurs ont une incidence sur les habitudes et la sensibilité des personnes en matière de sécurité numérique.
Modification des politiques en évitant l’utilisation de solutions homogènes pour toute l’Inde, qui tendent à exclure les populations défavorisées.
Tout le monde devrait pouvoir avoir recours aux technologies numériques de manière sûre et sécurisée par le biais de sa langue maternelle, notamment à une époque où les gens utilisent de plus en plus Internet et les téléphones portables pour communiquer et socialiser. Enfin, il en va également de la responsabilité des militants linguistiques de comprendre les besoins des personnes dans le domaine numérique, et de sensibiliser les gens au fait que les droits linguistiques et la sécurité numérique doivent être défendus.
Pour plus d’informations et d’histoires issues des communautés linguistiques participantes, veuillez consulter la page du projet Sécurité numérique et Langue
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Un animateur réclamant que des autochtones cachent leurs téléphones portables et les tenues traditionnelles à mis la lumière sur des perceptions biaisées
L'animateur de télévision Luciano Huck demandant aux populations autochtones du parc indigène du Xingu de « faire le ménage dans leur culture » pour une photo. Illustration réalisée par Global Voices sur Canva à partir d'une capture d'écran d’Instagram @txaigibran's et d'une carte de l'ISA (Institut socio-environnemental). Utilisée avec permission.
En août dernier, Luciano Huck, un animateur de télévision qui a par le passé envisagé de se présenter à la présidence du Brésil, s'est rendu au Parque Indígena do Xingu (Parc indigène du Xingu), une des principales réserves indigènes et le premier territoire autochtone officiellement délimité par le gouvernement fédéral dans le pays, pour tourner un épisode de son émission dominicale.
Près de quatre mois plus tard, une vidéo tournée en coulisses et publiée sur Instagram, le montrant assis à côté dela chanteuse Anitta, est devenue virale sur les réseaux sociaux, déclenchant des réactions négatives et mettant en lumière les problèmes liés à la perception qu'ont les non autochtones des communautés autochtones.
Dans la vidéo, qui dure environ 1 minute 20, alors que les gens prennent des photos et se préparent à enregistrer, on peut apercevoir certains autochtones tenir des téléphones portables pour immortaliser ce moment. L'un d'entre eux, se trouvant devant l'animateur, a également son téléphone en main. Huck les interpelle — « Téléphones portables! » — et demande à ceux qui ne portent pas de « vêtements traditionnels » de reculer. Il poursuit ensuite: « Ouais, nettoyez un peu votre culture », expliquant plus en détail :
É o seguinte, a gente está cheio de câmera. Quanto mais celular de vocês aparece, eu acho que menos é a cultura de vocês. Quanto mais a gente conseguir preservar as nossas cenas, sem celular…Porque assim, quando aparece celular, mexe na cultura originária. Quando a gente estiver gravando, se puder segurar o celular, eu acho que quem tiver que ver valoriza mais vocês. Se você puder falar isso para o povo é bom.
Le truc c'est que, nous avons beaucoup de caméras ici. Le plus on vous voit avec des téléphones portables, et moins c'est représentatif de votre culture je suppose. Nous voulons préserver autant que possible nos scènes sans portable…car lorsque l'on aperçoit un téléphone ça met le bazar avec la culture d'origine. Quand nous enregistrons, si vous pouviez vous abstenir d'utiliser vos téléphones, je pense que tous ceux qui regarderont apprécieront. Ça serait bien que vous passiez le message.
L'homme autochtone va alors traduire le message à sa communauté.
Ces commentaires ont conduit des organisations autochtones brésiliennes, telles que Apib (Articulation des peuples autochtones du Brésil) et d'autres associations régionales qui lui sont liées, à publier une déclaration commune sur leurs pages Instagram.
capture d'écran d'une publication de @coiabamazonia sur Instagram. Utilisée avec permission.
Les cultures autochtones n'ont pas besoin d'être “nettoyées.”
Notre présence est politique, historique, actuelle, et ne s’inscrit pas dans votre racisme anti-autochtone.
Dans cette déclaration, ils soulignent que les peuples autochtones n'existent pas uniquement pour poser sur de « jolies photos, » telles des pièces de musée répondant à certaines attentes, et que la phrase « nettoyer votre culture » renforce une vision erronée et dangereuse de leurs peuples. Dans la légende ils ont également écrit :
O acesso à tecnologia deve ser um direito garantido a todos os cidadãos brasileiros. Possuir um celular não torna um parente menos indígena.
A tecnologia e a internet têm sido fundamentais para os povos indígenas na luta por seus territórios, auxiliando no monitoramento e gestão ambiental, no acesso a oportunidades de educação e trabalho, na comunicação entre comunidades, organizações e o Estado, além de possibilitar denúncias de violações de direitos indígenas que foram historicamente invisibilizadas.
L'accès à la technologie devrait être un droit garanti à tous les citoyens brésiliens. Posséder un téléphone portable ne rend pas un parent (terme utilisé pour désigner d'autres personnes autochtones) moins autochtones.
La technologie et internet ont joué un rôle fondamental dans la lutte des peuples autochtones pour leurs territoires, ils ont permis d'en assurer la surveillance et la gestion environnementale, d’accéder à des opportunités éducatives et professionnelles, de faciliter la communication entre les communautés, les organisations et l'état, ainsi que de dénoncer les violations des droits autochtones qui, historiquement, étaient passés sous silence.
Apib a republié la déclaration quelques jours plus tard, exprimant de l'« indignation » face aux propos de Huck. L'image publiée sur leur compte Instagram mentionne également :
Podemos usar o que vocês usam, sem deixar de ser quem somos.
Ser indígena nunca foi sobre negar o presente, mas sobre existir com dignidade em qualquer tempo até nas telas que insistem em nos enxergar errado.
Nous pouvons utiliser ce que vous utiliser sans cesser d'être qui nous sommes.
Être autochtone n'a jamais consisté à renier le présent, mais à exister avec dignité à tout moment même sur les écrans qui persistent à nous voir injustement.
Après ces réactions négatives, Huck a publié sur son compte Instagram des stories expliquant qu'il avait été mal compris et mettant en avant sa relation de longue date avec les peuples autochtones, comme l'a rapporté le portail d'informations Terra :
Sobre a imagem em questão, registrada nos bastidores de uma gravação, é importante esclarecer: não se tratou de impor qualquer tipo de limitação cultural ou de consumo. Foi apenas uma decisão de direção de arte, um ajuste pontual dentro do contexto de um set de filmagem, nada além disso.
Concernant l'image en question, prise dans les coulisses pendant un tournage, il est important de clarifier qu'il ne s'agissait pas d'imposer une quelconque restriction culturelle ou de consommation. Il s'agissait juste d'une directive artistique, d'un ajustement ponctuel dans le contexte d'un plateau de tournage, rien de plus.
Aujourd'hui, le parc du Xingu abrite une population de 6,177 individus appartenant à 16 ethnies, selon la page d'information de Terras Indígenas do Brasil : Aweti, Ikpeng, Kalapalo, Kamaiurá, Kawaiwete, Kisêdjê, Kuikuro, Matipu, Mehinako, Nahukuá, Naruvotu, Tapayuna, Trumai, Waurá, Yawalapiti et Yudja. Sa préservation est gérée par le gouvernement fédéral.
Le dernier recensement, réalisé par l’ IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistiques) en 2022, a montré que le pays compte désormais une population de 1,694,836 (moins de 1% de la population totale du Brésil) et 391 groupes ethniques; trois autochtones sur quatre ont déclaré leur appartenance ethnique.
Deux ans après que la Cour suprême ait jugé inconstitutionnelle la proposition d'un repère temporel pour la délimitation des terres autochtones, le congrès national essaie de renverser cette décision au cours d'un vote qui pourrait avoir lieu ce mois-ci. S'il est approuvé que le repère temporel soit inscrit dans la constitution, les autochtones n'auront alors le droit de réclamer que les terres qu'ils occupaient ou qui faisaient l'objet d'un litige au moment de l'adoption de la constitution actuelle, en octobre 1988.
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« Rien n'est comparable au fait de se réveiller au son des bombes qui tombent dans l'obscurité près de chez soi. »
Collage réalisé via Canva à partir de captures d'écran d'une vidéo YouTube diffusée sur la chaîne Diario El Comercio, Caracas, Venezuela, 3 janvier 2026. Utilisée avec permission.
A 2h précises du matin, ce 3 janvier 2026, nous avons été réveillés en sursaut par une explosion. Il n'y avait aucun doute: nous étions bombardés. Caracas, certainement la ville la plus bruyante du Venezuela, était étrangement silencieuse en ce mois de décembre. Les familles restaient chez elles, s'accrochant à l'espoir d'un Noël et d'un nouvel an calmes et harmonieux avant ce que tout le monde savait inévitable : la chute du président Nicolás Maduro, le dictateur qui dirigeait le pays d'une main de fer depuis 2013, après la mort de son prédécesseur, Hugo Chávez.
Les explosions ont duré près de 2h, sans aucune information officielle de la part du gouvernement vénézuélien. Pendant ce temps, des centaines de vidéos ont envahi les réseaux sociaux : pour la première fois dans son histoire moderne, la capitale Caracas était attaquée par l'armée américaine. Au total, 12 installations militaires ont été touchées — huit à Caracas et les autres dans les états voisins de La Guaira et d'Aragua.
Trois heures plus tard, la confirmation est arrivée via un message publié sur Truth Social par le président américain Donald Trump : Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, avaient été arrêtés et étaient emmenés aux Etats-Unis pour y être jugés pour narcoterrorisme et trafic de drogue. Après cela, la ville est tombée dans un silence de mort qui a duré toute la journée. Il n'y a eu ni manifestation ni célébration; seulement le silence, l'évaluation des dégâts et l'attente.
Au cours des 13 dernières années, nous avons entendu toutes sortes de bruits: des milliers de « cacerolazos, » des gens tapant sur des casseroles vides dans la nuit, protestant secrètement depuis la sécurité de leur foyer; la police et les forces militaires brutalisant les manifestants; des grenades lacrymogènes s'écrasant contre les fenêtres; les menaces bruyantes des colectivos’; des voix criant des insultes à Maduro — « Maduro, coño de tu madre » (« Maduro, con de ta mère »). Nous avons entendu des coups de feu, des appels à l'aide pendant les moments de répression, et enduré d'innombrables nuits silencieuses et sans sommeil après des événements particulièrement choquants. Mais rien n'est comparable au fait de se réveiller au son des bombes qui tombent dans l'obscurité près de chez soi.
Je n'aurais jamais imaginé que je finirais par redouter un bruit comme celui d'une bombe. J'avais l'impression que le temps ralentissait : la perturbation dans l'air au-dessus de moi, le lancement d'une arme conçue pour détruire, sa trajectoire dans le ciel, et enfin l'explosion dévastatrice qu'elle laissait derrière elle.
Je pensais que les Vénézuéliens avaient déjà entendu tous les sons que la violence de ce pays pouvait offrir. Mais celui-ci était nouveau — terrifiant par son caractère inhabituel.
Plus tard dans la journée, les gens ne sont sortis que pour acheter des produits de première nécessité : nourriture, médicaments, eau et essence. Les transports publics ont été suspendus pour la journée, et seuls quelques supermarchés et pharmacies ont osé ouvrir, la plupart sous protection policière afin d'éviter ce que les « caraqueños » redoutent le plus : des vagues de pillages. Dans des files d'attente qui duraient des heures, les gens chuchotaient les dernières nouvelles et partager leurs nombreuses questions restées sans réponse: Que va-t-il se passer maintenant? Delcy va-t-elle prendre le pouvoir? Combien de gens sont morts? La vie en sera-t-elle meilleure ou pire? Et si les civils étaient les prochains à être bombardés? Devrions-nous nous réjouir? Y aura-t-il de quoi nourrir nos familles au supermarché aujourd'hui?
Si je devais le décrire, je dirais que c'était le son de l'incertitude — de la peur et de la contradiction.
A l'étranger, particulièrement dans les villes où la diaspora vénézuélienne est importante, comme New York, Madrid, et Santiago du Chili, les Vénézuéliens célèbrent publiquement l'arrestation de Maduro. Pour beaucoup, c'est comme si justice était enfin rendue. A l'intérieur du Venezuela, les choses sont différentes. Les gens font face à l'incertitude et luttent pour leur survie. Cela ne signifie pas qu'ils désapprouvent; mais simplement qu'ils essaient de rester en vie.
Il était également difficile de se réjouir alors que nous ne connaissions pas encore le bilan humain de ce que nous venions de traverser : notre ville avait été bombardée. Nous avons désormais une image plus claire de la situation. Selon les chiffres annoncés par les médias locaux, 18 militaires ont été confirmés morts, ainsi qu'une civile — une femme à La Guaira — et au moins 80 personnes ont été blessées. Malgré tout, l'impact global sur les infrastructures reste inconnu, tout comme les conséquences que cela aura sur notre vie quotidienne.
Les frappes aériennes ont bien sûr été violentes, comme tous les chocs le sont. Depuis août 2024, les tensions militaires croissantes nous ont amenés à anticiper la possibilité d'un renversement de Maduro. De nombreuses frappes aériennes contre des bateaux vénézuéliens dans les Caraïbes ont fait plus de 100 morts, sans aucune transparence, sans preuve de trafic de drogue, ni même d'explication quant à la raison pour laquelle les trafiquants présumés n'ont pas pu être arrêtés et jugés devant un tribunal.
Nous ne connaissons toujours pas les noms complets d'un grand nombre de ceux morts dans les Caraïbes. Alors que beaucoup affirment que les dangereux criminels doivent être traités comme tels, et que cette stratégie est essentielle pour étouffer le régime de Maduro, la vérité est qu'il s'agit d'un nouvel exemple de la manière dont la souffrance du peuple vénézuélien a été normalisée, minimisée et instrumentalisée au service d'une cause sur laquelle aucune information fiable ne nous a jamais été fournie.
J'ai été contraint de revoir les vidéos des frappes aériennes dans les Caraïbes qui ont commencé à affluer dans notre suivi hebdomadaire en août — des fragments muets de bateaux détruits en mer. C'étaient des images terrifiantes, et je me surprends maintenant à imaginer les sons qui devaient les accompagner : les vagues, les hélicoptères, le moment du lancement, les derniers mots et les dernières prières. Le son de la peur, je suppose.
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de réaliser que la guerre se rapproche de vous. Les images, les émotions, les sons, même les odeurs. La manière dont nous nous habituons peu à peu à de nouvelles formes de violence, de répression et d'exploitation.
Le paysage sonore de la guerre — un son de plus ajouté à un pays déjà meurtri, une nouvelle entrée terrifiante dans notre glossaire de la violence.
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Des inégalités structurelles qui touchent tant l’accès à Internet qu’à l’information sur la sécurité numérique
Illustration de David Mauricio Gramal Conejo pour Rising Voices
Une version de cet article est également disponible en kichwa
Basé sur l’étude « Accès à Internet, pratiques de sécurité numérique et utilisation du kichwa sur Facebook et WhatsApp chez le peuple kichwa d’Otavalo », menée par Alliwa Pazmiño en collaboration avec Rising Voices.
L’Équateur est un pays composé de 13 « nationalités », qui possèdent toutes leur propre langue, identité, forme d’organisation, territorialité et autonomie. Le peuple kichwa constitue l’une de ces nationalités ; toutefois, notre langue, le kichwa équatorien, est en danger d’extinction : sa transmission intergénérationnelle a cessé, et les nouvelles générations ne l’utilisent plus. À une époque où les outils numériques sont largement utilisés sur le territoire, comment cette langue est-elle utilisée sur les réseaux sociaux ? Comment la sécurité numérique est-elle perçue dans les zones rurales et autochtones du canton d’Otavalo ? Et quel est l’impact des inégalités sur l’accès à Internet ?
Aperçu de la langue
Le kichwa est une langue quechua qui comprend toutes les variétés quechuas de l'Équateur et de la Colombie (Inga), ainsi que des extensions au Pérou. On estime qu'il est parlé par environ un demi-million de personnes. Les dialectes les plus répandus sont le chimborazo, l'imbabura et le quechua des hauts plateaux de Cañar, qui constituent la majorité des locuteurs natifs. — Wikipedia
Reconnaissance : la Constitution équatorienne reconnaît le kichwa comme langue officielle des relations interculturelles
Statut de la langue : concernant la variante d'Imbabura, en développement (5), “la langue est largement utilisée. Il existe une forme littéraire standardisée, mais son utilisation n'est pas encore très répandue ni pérenne.” — Échelle EGIDS, Ethnologue
Ressources en matière de sécurité digitale dans cette langue :
Dans cet article, je présente plusieurs des conclusions de l’étude que j’ai menée en collaboration avec Rising Voices en qualité de chercheuse kichwa. Le canton d’Otavalo comprend la ville du même nom et 11 parroquias (communes), deux urbaines et neuf rurales. À travers mes recherches, j’ai tenté de répondre aux questions citées précédemment, pour en savoir plus sur l’accès à Internet, la sécurité numérique et l’utilisation de la langue kichwa sur Facebook et WhatsApp dans ce canton, en me concentrant sur l’expérience des autorités de langue kichwa, élues au vote populaire, de ces communes.
Je parle le kichwa ; aussi le travail que je propose ici est basé sur mon propre rapport à ma langue et à mon territoire. C’est en tant que chercheuse kichwa que j’ai abordé l’étude, la méthodologie et les participants, et que j’ai interrogé notamment deux responsables locaux âgés d’environ 35 ans. Je les ai choisis, car il me semblait important de comprendre la réalité des zones rurales en matière d’accès à Internet et d’utilisation des réseaux sociaux dans leur langue maternelle, mais aussi les défis auxquels ces gens sont confrontés en termes de sécurité numérique. Ces questions n’avaient encore jamais été examinées, a fortiori en prenant le kichwa comme point de départ de l’ensemble du processus d’investigation.
La langue kichwa à Otavalo
Otavalo est l’un des six cantons de la province d’Imbabura, située au nord de Quito, la capitale de l’Équateur. Parfois décrit comme « région interculturelle » du fait de sa diversité culturelle et identitaire, il est aussi connu sous le nom de « vallée de l’aube ». Otavalo compte 110 000 habitants, dont la majorité travaille dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de l’agriculture, de l’élevage et du commerce.
En raison de la longue histoire de colonisation de la région, les langues d’origine ont été largement remplacées par l’espagnol, qui est devenue la langue dominante. À Otavalo, la langue kichwa se trouve dans une situation alarmante, car elle n’est plus transmise. Selon une étude sociolinguistique géoréférencée sur les langues autochtones de l’Équateur, réalisée par Marleen Haboud (2017), 70 % de la population kichwa ont cessé de transmettre leur langue. Seules trois familles kichwa sur dix parlent désormais cette langue au sein de leur foyer.
Comment les outils numériques sont-ils utilisés dans ce contexte ? Pourraient-ils servir à revitaliser la langue ?
L’accès Internet à Otavalo
La plupart des communautés rurales bénéficient d’une couverture Internet, notamment grâce à des liaisons radio point à point. Toutefois, cet accès à Internet n’est pas garanti lorsqu’il dépend de ressources économiques, c’est-à-dire lorsqu’il faut payer pour ce service. Ainsi, dans les zones éloignées des centres urbains, peu de foyers disposent d’un service Internet, soit en raison des limites de couverture, soit en raison du coût. Les familles qui vivent de l’agriculture ne disposent pas de revenus suffisants pour payer une connexion stable, et utilisent donc des forfaits prépayés fournis par les opérateurs de téléphonie mobile.
Selon les indicateurs relatifs aux technologies de l'information et de la communication de l’Institut national de statistique et de recensement de l’Équateur, 61,7 % des ménages des zones urbaines ont accès à Internet, contre seulement 34,7 % des ménages, par câble ou modem, dans les zones rurales. En effet, les politiques publiques ont toujours été axées sur la mise en œuvre de projets destinés à répondre aux besoins des zones urbaines. C’est le cas par exemple des « infocentres », des espaces qui offrent un accès gratuit à Internet et des formations élémentaires à l’utilisation d’un ordinateur. Situés dans le centre-ville de chaque parroquia, ces infocentres sont accessibles à toute personne qui ne possède pas d’accès Internet à domicile ou sur son téléphone portable.
Les participants à cette étude de cas s’accordent à dire qu’Internet est devenu un besoin fondamental. Pendant la pandémie de COVID-19 notamment, l’enseignement est passé entièrement à la forme virtuelle. Les infocentres sont alors devenus les seuls endroits où les élèves pouvaient se rendre pour faire leurs devoirs ; pourtant, le nombre de ces centres ne suffisait pas à couvrir les besoins des communautés les plus éloignées des zones densément peuplées. Cette inégalité est devenue encore plus flagrante au vu du nombre de foyers qui ne disposaient pas d’Internet, et encore moins de plusieurs ordinateurs pour que chaque enfant puisse suivre ses cours en ligne. Comme l’a mentionné l’une des personnes interrogées, alors qu’Internet était auparavant essentiellement utilisé pour effectuer des recherches et faire ses devoirs, la crise sanitaire en a fait un outil indispensable dans ce cadre d’enseignement entièrement virtuel.
L’utilisation du Kichwa sur Facebook et WhatsApp
Au-delà du domaine éducatif, l’accès à Internet est désormais devenu indispensable pour de nombreuses activités du quotidien, notamment pour communiquer avec ses proches, rechercher des informations ou accéder à divers services. Cela a d’ailleurs donné naissance à de nouvelles façons de communiquer, basées sur une interaction directe et immédiate via les réseaux sociaux. À Otavalo, le réseau social le plus utilisé est WhatsApp, suivi de Facebook.
Au cours de mes recherches, j’ai constaté que le kichwa était peu utilisé dans les publications et les commentaires sur les réseaux sociaux, soit en raison de l’absence de personnes parlant le kichwa dans les réseaux d’amis, soit parce que ces personnes parlant le kichwa ne savaient pas l’écrire. Néanmoins, il existe des groupes privés qui encouragent son utilisation, c’est le cas notamment d’un des participants, qui fait partie d’un groupe de jeunes de l’église de sa communauté, et qui communique avec eux principalement en kichwa, bien que ce soit par le biais de messages vocaux.
Pendant cette étude, j’ai également observé que les autorités locales de la parroquia communiquaient avec la communauté uniquement en espagnol sur leurs pages Facebook, et que même dans les conversations privées, l’espagnol était la langue la plus utilisée, avec un peu de kichwa. Sur WhatsApp, c’est également l’espagnol qui domine, le kichwa n’étant employé que dans des discussions spécifiques entre locuteurs natifs kichwa au moyen de messages vocaux. De manière générale, en me basant sur mon travail, j’en conclus que le kichwa est peu utilisé dans sa forme écrite, ce qui, selon moi, est lié à deux facteurs : le fait que le développement de l’écriture dans la langue d’origine fasse défaut, et la perception selon laquelle l’écriture en kichwa est difficile, même pour ceux dont c’est la langue maternelle.
Sécurité numérique et accès à l’information
Bien que l’accès à Internet soit limité en raison des conditions évoquées ci-dessus, les réseaux sociaux sont bel et bien utilisés dans les foyers kichwa d’Otavalo. En revanche, les pratiques de sécurité numérique sont peu développées parmi les membres de la communauté, principalement à cause du manque d’accès à l’information. Certains ont commencé à comprendre intuitivement le fonctionnement des outils et plateformes, mais les participants admettent ne pas en savoir beaucoup sur le sujet.
Par exemple, les personnes interrogées affirment connaître vaguement l’existence des antivirus, mais ne les utilisent pas. De plus, la nécessité de créer des mots de passe forts est peu connue. L’un des participants m’explique qu’il utilise le même mot de passe pour différentes plateformes et qu’il ne l’a pas changé récemment. D'un autre côté, une autre m’indique, au contraire, que son mot de passe est en kichwa, qu'il comporte de nombreux caractères et chiffres, et qu’elle le change chaque année.
En ce qui concerne les sauvegardes de fichiers, les deux personnes interrogées confirment : « Oui, nous avons des sauvegardes ailleurs, nous en avons aussi dans le cloud» (« Ari, charinchikmi respaldota shuk ladupi y shinallata nubepi ». En outre, « les photos sont stockées dans le cloud, elles y sont en sécurité » (« Fotokunaka rin shuk nube nishkaman chayka seguromi kapan »). Enfin, un autre participant précise qu’il utilise un téléphone portable qui dispose d’un service permettant de sauvegarder des photos dans le cloud.
Les opinions concernant la sécurité numérique divergent au sein des responsables de la parroquia, mais tous s’accordent sur la nécessité d’en savoir plus sur le sujet et les stratégies possibles. Les réseaux sociaux sont des espaces sur Internet où les gens publient et partagent toutes sortes d’informations personnelles et professionnelles avec des tiers, qu’il s’agisse de connaissances ou de parfaits inconnus. Cet outil est indispensable, car il facilite le quotidien et offre de nombreux avantages. Dans la société actuelle, il est devenu indispensable d’être « connecté » ; pourtant, la plupart du temps, cela se fait sans bien comprendre les politiques internes, et en permettant l’accès à ses informations personnelles pour accéder aux plateformes. Quelles implications cela peut-il avoir sur la sécurité des utilisateurs kichwa ?
Recommandations d’une locutrice native kichwa
Dans des pays comme l’Équateur, les inégalités structurelles tant en matière d’accès à Internet que d’accès à l’information sur la sécurité numérique sont manifestes, et le coût est l’un des principaux facteurs limitant l’accès à Internet. Il est important de reconnaître cette réalité, pour comprendre que l’accès ne se résume pas à la présence d’une antenne sur le territoire, mais qu’il s’agit aussi de la possibilité concrète pour les habitants de l’utiliser et de s’en approprier.
Parallèlement, il est essentiel de noter que les outils numériques sont déjà présents sur le territoire, ce qui pourrait justement être l’occasion de promouvoir leur utilisation à des fins de préservation et de revitalisation de la langue. Pour ce faire, il est nécessaire de réfléchir à la manière dont les personnes pourraient accéder à l’information en toute sécurité.
Au vu des conclusions mentionnées ci-dessus, je propose les recommandations suivantes pour coordonner l’accès à Internet et la revitalisation de la langue, dans le contexte rural autochtone tel que celui d’Otavalo :
S’attaquer au manque de connaissances en matière de sécurité numérique, en mettant en œuvre des projets pertinents sur le plan culturel et linguistique à ce sujet.
Mettre en œuvre des projets qui contribuent à la revitalisation de la langue kichwa à travers l’utilisation d’outils numériques.
Créer des projets visant à réduire la fracture numérique dans les communautés éloignées du centre urbain. Par exemple, établir des espaces tels que des « infocentres », où la population pourrait avoir accès gratuitement à Internet, dans les zones rurales éloignées des centres urbains.
La langue kichwa est en danger d’extinction. Pour inverser ce processus de disparition, il est essentiel que cette langue puisse s’épanouir dans tous les espaces, y compris sur Internet. Pour trouver des solutions et élaborer des politiques visant à garantir l’accès à l’information, il est important de connaître la réalité de la fracture numérique dans les zones rurales.
Références
Haboud, Marleen (2017). Estudio sociolingüístico georreferenciado de las lenguas indígenas del Ecuador. Representación cartográfica del estado de las lenguas indígenas. GeolingüísticaEcuador.
Pour plus d’informations et d’histoires issues des communautés linguistiques participantes, veuillez consulter la page du projet Sécurité numérique et Langue
Merci à Teodora C. Hasegan pour son aide dans la traduction de l’espagnol vers l’anglais pendant la phase d’édition de cet article.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260206_131444";}s:15:"20260204_101853";a:7:{s:5:"title";s:81:"Au Burundi, les plantations de thé en conflit avec la protection des chimpanzés";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/02/04/300355/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300355";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 04 Feb 2026 09:18:53 +0000";s:11:"description";s:129:"En République du Burundi, la production de thé entre en conflit avec la protection d'espèces menacées, comme les chimpanzés.";s:7:"content";s:12774:"
Certains travailleurs du parc cueillent la nourriture des chimpanzés notamment les fraises sauvages.
Capture d'écran de la chaîne YouTube de OBPE Burundi
Cet article, initialement publié sur Ibihe.org par Arthur Bizimana fait partie d'une série de quatre enquêtes réalisées avec le soutien du Pulitzer Center. Il est republié dans le cadre d'un accord avec Global Voices.
On rencontrait des chimpanzés, des gorilles, des phacochères quand la forêt était encore dense, mais maintenant, ils ont disparu. On peut traverser le secteur Rwegura du parc national de Kibira sans rencontrer un seul chimpanzé.
Que ce soit à Teza ou à Rwegura, deux secteurs du parc national de Kibira, les chimpanzés restent des animaux rares. Pascal, un habitant qui vit près du parc, raconte :
La dernière fois que j’ai vu un chimpanzé dans le parc de Kibira, c’était en 2018. Depuis, nous les rencontrons occasionnellement.
En octobre 2019, la troisième Communication nationale sur les changements climatiques a alerté sur la perte de cet habitat de chimpanzés de 2009 à 2019, estimant la perte de la superficie de Kibira à entre 10 000 et 12 000 hectares. Six ans après sa publication, la superficie du parc n’est pas bien connue, lit-on dans le même rapport.
Leur habitat étant menacé, certains chimpanzés y ont laissé la vie et les rescapés ont déserté les secteurs de Kibira notamment Rwegura, Teza et Musigati. Ils se sont réfugiés dans le secteur Mabayi directement contigu au Parc National de Nyungwe/National Nyungwe Park (NNP) au Rwanda où ils recherchent la sécurité alimentaire et physique.
Une présence humaine nuisible
La filière thé de l’Office du Thé du Burundi, installée sur les hauts plateaux de cette région, emploie plus de 1 000 salariés et 7 500 à 8 000 travailleurs journaliers dans la cueillette de la feuille verte, à l’usine, dans l’entretien des plantations théicoles, dans les pistes de communication et dans l’exploitation des boisements. Léonidas Nzigiyimpa, écologiste, remarque que :
Ces ouvriers produisent un grand bruit sonore nuisant à l’habitat des chimpanzés, espèce phare de Kibira. Ils jettent les restes des nourritures, les sachets… En gros, ils polluent l’habitat des chimpanzés.
Pendant l'entretien des champs, certains ouvriers entrent illégalement à l’intérieur du parc. Nzigiyimpa souligne :
Les entrées et sorties ne sont pas régulées et restent largement incontrôlées. Ils cueillent la nourriture des chimpanzés, notamment les fraises sauvages.
Au bord de la route numéro un qui longe le parc national, la population locale exerce le commerce ds fruits comestibles sauvages, comme les fraises, pour nouer les fins de mois. Pascal, un habitant vivant près du parc cité plus haut précise :
Nous avions atteint un stade où nous cueillions des fruits qui ne sont pas mûrs. Nous les conservions dans un lieu sûr et attendions qu’ils soient mûrs. Maintenant, ce commerce est quasi-inexistant. Les fraises sauvages ont presque disparu. Même les arbousiers ne portent plus leurs fruits.
Les habitants riverains pratiquent également la chasse et tendent des pièges pour attraper les animaux dans le parc, dénonce l’écologiste Nzigiyimpa. Selon le Professeur Richard Habonayo, chargé de cours à l'Université de Burundi, cette situation fait que les chimpanzés craignent la présence des êtres humains et s’en éloignent.
Nous avons des employés qui gardent le parc de Kibira 24 heures sur 24 pendant toute l’année. S’il advient qu’un ouvrier entre illégalement dans le parc et outrepasse les lois de la protection du parc, il est arrêté et livré à la société qui l’emploie pour qu’il soit puni conformément à la loi.
Une étude menée par l’ONG Conservation et Changement de Communauté (3C), cité par son représentant légal Léonidas Nzigiyimpa, indique que le nombre de pièges a augmenté au fur et à mesure que les activités de développement se sont intensifiées et que la population s’est accrue autour du parc. Il explique :
Outre les activités humaines, les plantations de thé constituent une barrière pour les chimpanzés dans leurs mouvements quotidiens de recherche de nourriture, car elles sont serrées et enchevêtrées. Elles coupent également la communication entre elles (différentes familles de chimpanzé) et limitent les femelles à retrouver les mâles issus d’une autre famille afin de s’accoupler et de se reproduire. Or, la reproduction des chimpanzés est lente. Cela limite la multiplication de la population des chimpanzés et contribue à réduire les effectifs.
Nzigiyimpa indique que les chimpanzés sont des constructeurs de forêts et contribuent à maintenir l’équilibre écologique. Il prévient que si les chimpanzés disparaissent, d’autres types de végétations suivront.
Associer les communautés locales
Selon Pr. Habonayo, la pauvreté fait partie des facteurs qui poussent la communauté locale, en particulier la communauté des Batwa, très présente dans la région des Grands Lacs à exploiter les ressources forestières.
Afin d’améliorer leurs conditions de vie et de ne plus compter sur les forêts pour leur survie, le gouvernement devrait mettre en place des projets générateurs de revenus aux communautés locales.
En outre, Pr. Habonayo recommande d'investir dans la formation et le développement des capacités locales dans la gestion des ressources forestières. Il soutient :
Il est impossible de protéger le parc de Kibira sans associer les communautés locales. On doit leur faire comprendre qu’elles ont une grande place dans la protection de sa biodiversité, qu’elle soit faunique ou florique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260204_101853";}s:15:"20260130_163842";a:7:{s:5:"title";s:115:"De Kingston au monde entier : Jimmy Cliff, la légende jamaïcaine de la musique et du cinéma, s'éteint à 81 ans";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/30/299655/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299655";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 30 Jan 2026 15:38:42 +0000";s:11:"description";s:240:"Cliff a enregistré plus de 30 albums au total, mais sa popularité a explosé après la sortie en 1972 du film théâtral jamaïcain à petit budget « The Harder They Come », qui l'a propulsé au rang de figure culturelle incontournable.";s:7:"content";s:19717:"
« Sa musique a servi de réconfort aux gens dans des moments difficiles, elle a inspiré des générations et forgé le respect mondial pour] la culture jamaïcaine. »
Un microphone apparaît sur un fond craquelé peint dans les couleurs rouge, or et vert du mouvement rastafari. Image principale créée à l'aide d'éléments Canva Pro.
L'icône du Reggae jamaïcain Jimmy Cliff est décédé le 24 novembre 2025 à l'âge de 81 ans. Sa femme Latifa a annoncé sur les réseaux sociaux qu'il est décédé d'une d'une pneumonie, à la suite d'une crise. Elle a remercié toutes les personnes qui ont partagé son voyage incroyable durant son vivant avec lui, comprenant artistes et fans, dont « le soutien a été sa force pendant toute sa carrière ».
Le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a rendu hommage à X :
Aujourd'hui la Jamaïque, s'arrête pour honorer la vie de l'honorable Jimmy Cliff, OM, a un vrai géant culturel dont la musique a transporté le coeur de notre nation vers le monde. Via des musiques intemporelles comme Many Rivers to Cross, The Harder They Come, You can Get It If You Really Want, et Sitting in.. pic.twitter.com/nav8Qoxm6g
Né sous le nom de James Chambers le 30 juillet 1944, à Somerton, Saint James- une région qui était impactée sérieusement par l'ouragan Melissa cette année- Cliff était dans une famille de 10 enfants. Comme de nombreux musiciens jamaïcains des années 70 et au-delà, il a laissé ses racines rurales et a déménagé vers la ville avec son père à l'âge de 14 ans, espérant trouver sa fortune dans le business de la musique. Durant ce temps, le jeune Jimmy avait déjà montré son intérêt pour la musique, écrivant des chansons et chantant pendant ses années à l'école primaire. En tant que garçon, il était fortement influencé par la musique d'église (il chantait dans la chorale), tout comme la soul, le rock'n roll et la musique jamaïcaine.
A Kingston, Cliff a écrit des chansons et a participé à des compétitions de talents durant son adolescence, améliorant sa voix de soul et ses compétences d'écriture. Il a été à l'école technique de Kingston, où il a étudié la radio et la télévision. D'après Jamaica Gleaner, sa première opportunité dans la ville s'est présentée lors de l'émission « Vere Johns Opportunity Hour » au palace théâtre. Il a également performé lors de nombreuses occasions avec le groupe populaire Bryon Lee Il a encouragé le producteur Leslie Kong à le prendre sous son aile, et sa chanson « Hurricane Hattie » a connu un succès local alors qu'il n'avait que 17 ans.
Bientôt le travail de Cliff a attiré l'intérêt de Chris Blackwell, le PDG du label révolutionnaire Island Records, qui l'a amené en Angleterre où il a finalement capté une audience plus large parmi de nombreux secteurs de la société. Assez à l'écart et différente de la génération Windrush, la musique jamaïcaine était très populaire parmi les skinheads, une classe ouvrière jeune et une sous-culture de la fin des années 60. Son premier album international, « Hard Road to Travel, » est sorti en 1967 et a été accueilli chaleureusement. Cela a compris une reprise de la chanson « Waterfall, » qui est devenue un hit au Brésil et a gagné le festival international de la musique. En 1969, « Wonderful World, Beautiful People, » suivi de « Vietnam » en 1970 sont devenus des hits internationaux. Cliff a également enregistré sa propre version du son de Cat Stevens « Wild World », ce qui a atteint le top 10 au Royaume-Uni.
Cliff a enregistré plus de 30 albums au total, son dernier en date est celui de 2022 « Refugees », inspiré par les crises humanitaires dans différentes parties du monde. Il a gagné le Grammy Awards du Reggae pour « Cliff Hanger » en 1985 et « Rebirth » en 2012. Jusqu'à récemment, il a continué d'apprécier les tournées mondiales. Bien que plusieurs de ses hits étaient repris par plusieurs chanteurs dans différents genres, la popularité de Cliff a décollé après le film théâtral jamaïcain au petit budget dénommé « The Harder They Come », sorti en 1972, ce qui l'a mis sur la carte en tant que puissance culturelle. Dans le film, réalisé par le Jamaïcain Perry Henzell et co-écrit avec Trevor Rhone, Cliff joue le rôle de Ivan, a jeune homme en difficulté dans le pays qui cherche à se faire un nom dans la ville. Les expériences négatives avec la police et les autres figures d'autorité ont transformé Ivan en tireur, « Rhygin », qui est ensuite devenu un hors-la-loi.
Encore plus impactant que le script, la bande-son du film, qui est devenue un classique culte. La chanson principale, ainsi que les autres de Cliff, comprenait des morceaux de Desmond Dekker et Toots and the Maytals. En 2021, l'album était considéré comme « culturellement historique, ou significatif » par la bibliothèque du Congrès et sélectionné pour être conservé dans le Registre national des enregistrements. En 2024, Rolling Stone a nommé celle-ci la troisième meilleure bande-son de tous les temps.
Autre lien important avec le cinéma, la reprise par Cliff de « I Can See Clearly Now » de Johnny Nash, qui figure sur la bande originale du film à succès Rasta Rocket sorti en 1993, est également devenue un tube mondial. En 2011, l'album complet de Cliff, « Rebirth », a remporté le Grammy Award du meilleur album reggae et a été inclus dans la liste des « 50 meilleurs albums de 2012 » du magazine Rolling Stone.
Dans une série de messages publiés sur X, Justine, la fille de Henzell, a partagé des souvenirs émouvants, notamment celui de Cliff appréciant une représentation de la comédie musicale « The Harder They Come » dans un théâtre londonien en 2006.
Barbara Blake Hannah, militante dans le domaine des médias et du cinéma, a évoqué son implication personnelle auprès de Cliff et dans le film :
J'ai rencontré JIMMY CLIFF lorsque je travaillais comme PRO pour le lancement de THE HARDER THEY COME à Londres. En organisant la promotion du film et de son acteur principal, j'ai fait la connaissance de Jimmy et nous sommes devenus amis pour la vie. Sa musique exceptionnelle et le film l'ont rendu immortel. Repose en paix, Jimmy. pic.twitter.com/NElLYME09R
— Barbara Blake Hannah, O.D., O.S.E. (@BBlakeHannah) 24 novembre 2025
L'ambassade des États-Unis en Jamaïque lui a rendu hommage, soulignant que Cliff avait été intronisé au Rock & Roll Hall of Fame en 2010 par son ami et collègue musicien Wyclef Jean :
Aujourd'hui, nous rendons hommage à Jimmy Cliff, une légende dont la musique a façonné la culture mondiale et fait entendre la voix de la Jamaïque sur la scène internationale. Artiste visionnaire et membre du Rock & Roll Hall of Fame, son œuvre laisse un héritage culturel durable reconnu dans le monde entier.
Cliff’s songs of struggle and social justice influenced many other musicians. In the late 1960s, Bob Dylan called his song “Vietnam” the greatest protest song of all time, while veteran musician Bruce Springsteen, still on the tour circuit, has incorporated Cliff’s song “Trapped” into his dynamic live repertoire.
American singer Tracy Chapman, meanwhile, shared an on-stage memory:
Les chansons de Cliff sur la lutte et la justice sociale ont influencé de nombreux autres musiciens. À la fin des années 1960, Bob Dylan a qualifié sa chanson « Vietnam » de plus grande chanson contestataire de tous les temps, tandis que le musicien chevronné Bruce Springsteen, toujours en tournée, a intégré la chanson « Trapped » de Cliff à son répertoire dynamique de concerts.
La chanteuse américaine Tracy Chapman, quant à elle, a partagé un souvenir sur scène :
La musique de Jimmy Cliff a transmis espoir, résistance et joie à travers les générations. De « The Harder They Come » à « Many Rivers to Cross », il a changé à jamais la musique, et pas seulement le reggae. Ses chansons continueront à nous guider pour traverser de nombreux fleuves à venir.
Selon une nécrologie publiée dans le Washington Post, Cliff n'aimait pas être catalogué. Il avait déclaré au journal dans une interview en 2004 : « Je ne voulais pas vraiment être connu uniquement comme le roi du reggae ; je voulais en fait être connu comme le roi de la musique ! » Et à bien des égards, c'est ce qu'il était. Tout en faisant découvrir au monde entier la musique jamaïcaine, notamment le reggae — Bob Marley a rapidement suivi ses traces sous le label Island Records —, c'est l'attrait universel de sa musique qui a distingué Jimmy Cliff.
L'économiste jamaïcain Keenan Falconer a fait remarquer :
Jimmy Cliff était une figure tellement monumentale dans le domaine musical et culturel que le titre de « légende » ne semble pas lui rendre justice. Il faudrait quelque chose de plus grand.
Ayant grandi dans une région instable, Cliff, avec son humour pince-sans-rire caractéristique, a un jour admis qu'il aurait très bien pu suivre une carrière similaire à celle d'Ivan, l'anti-héros de « The Harder They Come », si sa famille ne lui avait pas jamais pardonné. La Jamaïque et le monde entier lui sont reconnaissants d'avoir choisi une autre voie dans sa vie.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260130_163842";}s:15:"20260130_154312";a:7:{s:5:"title";s:137:"Sly Dunbar, l'un des deux membres du duo «Riddim Twins», précurseur de la musique jamaïcaine, tire sa révérence à l'âge de 73 ans";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/30/300255/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=300255";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 30 Jan 2026 14:43:12 +0000";s:11:"description";s:149:"« Sly était un architecte du son. Aux côtés de Robbie Shakespeare, il a posé les fondations qui ont défini l'ère du reggae et du dancehall. »";s:7:"content";s:19410:"
« L'un des plus grands batteurs de tous les temps »
« Sly » Dunbar, batteur de reggae, en tournée avec Peter Tosh au Top Rank à Cardiff, au Pays de Galles, le 20 juin 1979. Photo de Tim Duncan via Wikimedia Commons, utilisée sous licence CC BY-SA 3.0.
Lowell « Sly » Dunbar, batteur et producteur musical exceptionnellement innovateur, et l'un des célèbres membres du groupe reggae «Riddim Twins», est décédé à son domicile le matin du 26 janvier, à l'âge de 73 ans. La cause de son décès n'a pas été révélée, mais il était malade depuis un certain temps. Son décès était néanmoins inattendu, d'autant plus qu'il survient une semaine seulement après celui d'une autre icône du reggae, Stephen «Cat» Coore.
Thelma, la compagne de toujours de Dunbar, bouleversée, a rapporté que Dunbar avait passé un dimanche tranquille : « Il a passé une très belle journée, hier. Il avait invité des amis à lui rendre visite et nous avons tous passé un très bon moment. Il a bien mangé hier… parfois, il n'avait pas très faim. Je savais qu'il était malade… mais je ne savais pas qu'il était aussi malade. »
Le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a rendu hommage à Dunbar et à son héritage remarquable, aux côtés du bassiste Robbie Shakespeare, décédé en décembre 2021. Les deux musiciens étaient simplement connus sous le nom de «Sly and Robbie» ou les Riddim Twins:
Je suis profondément attristé par le décès du légendaire Lowell « Sly » Dunbar. La Jamaïque, et le monde entier ont perdu un géant de la musique.
Sly était un architecte du son. Aux côtés de Robbie Shakespeare, il a créé une fondation qui a marqué l'époque dlu reggae et du dancehall. Depuis le… pic.twitter.com/iMVtlghsvQ
Nekeisha Burchell, porte-parole de la culture du parti d'opposition jamaïcain, a déclaré : « Sly Dunbar incarnait le rythme, l'innovation et l'excellence en mouvement. Il incarnait le meilleur de la créativité jamaïcaine : audacieux, original et intransigeant sur la qualité. Sa contribution à notre industrie musicale a permis de positionner la Jamaïque comme une superpuissance culturelle bien avant que ce terme ne devienne à la mode. »
Au cours de cette période, la musique dub — expérimentale, utilisant diverses techniques électroniques et des effets innovants — était très en vogue, mais Dunbar a commencé à développer son propre style « rockers », caractérisé par un rythme plus agressif que le « roots reggae », similaire à la musique rock. Les Revolutionaries ont également accompagné plusieurs grands artistes reggae des années 1970, notamment Gregory Isaacs et The Mighty Diamonds.
Sly et Robbie ont officiellement fait équipe pour la première fois en 1975 au sein de Word, Sound and Power, le groupe accompagnant l'ancien membre des Wailers Peter Tosh. L'année suivante, le groupe est parti en tournée avec Tosh aux États-Unis, puis en Europe de 1978 à 1979, après avoir également joué lors du concert One Love Peace de Bob Marley à Kingston en 1978. Cependant, le duo a quitté le groupe en 1981 pour partir en tournée avec Black Uhuru, qui avait signé avec Island Records. Dans ce groupe très populaire, Sly et Robbie ont eu, comme toujours, une influence considérable, se complétant mutuellement avec un son de batterie précis et entraînant et une ligne de basse puissante.
Le duo était toujours à la recherche de nouveaux horizons et de nouvelles collaborations musicales. En 1980, ils ont créé leur propre maison de disques, Taxi Records, afin d'assurer leur indépendance créative et financière. Sous cette bannière, ils ont produit et interprété une série de tubes pour Gregory Isaacs, Black Uhuru, Ini Kamoze et bien d'autres.
Au fil des ans, Sly et Robbie ont joué avec une incroyable variété de musiciens, collaborant notamment avec Bob Dylan (sur deux de ses albums), leur compatriote Grace Jones (sur trois de ses albums) et les Rolling Stones. Ils étaient très demandés en tant que section rythmique dans presque tous les genres musicaux, explorant sans cesse de nouveaux horizons musicaux. Ils ont ainsi contribué à lancer des innovations technologiques dans la musique reggae, la faisant évoluer vers le dancehall et de nouveaux sons. Leurs productions pour le groupe punk No Doubt, par exemple, ont donné lieu à plusieurs disques à succès.
Selon un site web musical, « Sly et Robbie sont sans doute les artistes les plus prolifiques de tous les temps. Selon une estimation, ils auraient joué ou produit quelque 200 000 chansons, si l'on considère que certains de leurs riddims, tels que « Revolution » , ont été utilisés dans plus de 100 chansons. »
Un fan a dressé une liste non exhaustive de certaines collaborations du duo :
Au cas où vous ne le sauriez pas :
•Black Uhuru
•Grace Jones
•Bob Dylan
•Serge Gainsbourg
•Serge Gainsbourg
•Herbie Hancock
•Jimmy Cliff
•Peter Tosh
•Bob Marley & The Wailers
•Ini Kamoze
•The Rolling Stones
Dunbar aurait choisi son surnom Sly en hommage au musicien funk et soul des années 1970 Sly Stone, dont il appréciait la musique. Il a mentionné certaines de ses influences musicales dans une interview accordée en 2008 : « Mon mentor était Lloyd Knibb, le batteur des Skatalites. Et j'écoutais beaucoup le batteur de Booker T. & the M.G.s, Al Jackson Jr., et beaucoup de musique de Philadelphie. Il y a aussi d'autres batteurs en Jamaïque, comme Santa et Carly de The Wailers, Winston Bennett, Paul Douglas, Mikey Boo. Je respecte tous ces batteurs et j'ai beaucoup appris d'eux. Inspiré par eux, j'ai écouté et créé mon propre style. Ils ont joué certaines choses que j'ai copiées, d'autres que j'ai recréées. »
Le journaliste musical Hopewell Chin'ono lui a rendu hommage sur X :
Vous vous souvenez que la semaine dernière, j'ai publié un article sur les musiciens les plus influents de la section rythmique reggae. J'ai évoqué Carlton Barrett, qui jouait de la batterie pour Bob Marley, et de son frère, Aston Barrett, qui jouait de la basse. J'ai également mentionné Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, du groupe Sly… pic.twitter.com/hhIhTEb3aF
Il a ensuite publié des images d'un concert mémorable avec Black Uhuru :
Il s'agit d'un concert spécial qui a eu lieu en Allemagne en 1981. Black Uhuru était accompagné par Sly Dunbar, décédé aujourd'hui, à la batterie, et Robbie Shakespeare à la basse. Les membres de Black Uhuru présents ce soir-là étaient Michael Rose, Puma Jones et Duckie Simpson.
De même, la commentatrice culturelle jamaïcaine Sonjah Stanley a partagé sur X :
Reposez en paix , #SlyDunbar. Vous avez rejoint #RobbieShakespeare et tous les grands noms de la musique pour créer encore plus de morceaux intemporels. Vous avez eu un parcours exceptionnel, car vous avez fait ce que vous aimez. Va en paix ! #Jamaica
Sur X, BlackHistoryStudies a publié une photo classique du duo :
Le duo reggae jamaïcain Sly and Robbie, vers 1981. Il s'agit du batteur Lowell Dunbar (alias Sly) et du bassiste Robert Shakespeare. (Photo de David Montgomery/Getty Images) pic.twitter.com/ghZmP4fBtr
Sly & Robbie.
Pour moi, les véritables architectes de l’évolution du reggae : Le dancehall et ses sons dub instrumentaux créatifs.
Sly à la batterie, Robbie à la guitare basse.
Repose en paix Sly Dunbar. Tu as retrouvé ton ami musicien Robbie Shakespeare au paradis.pic.twitter.com/WMj29JJ9vV
— 𝓜𝓲𝓼𝓼 𝓢𝓸𝓬𝓪 𝓒𝓪𝓷𝓭𝔂®|Queen Majesty (@MissSocaCandy) 26 janvier 2026
Tout au long de sa vie, Dunbar a reçu de nombreuses distinctions. Tout comme Shakespeare, il a reçu l'Ordre de distinction de la Jamaïque ; en 2015, il a également reçu la médaille d'or Musgrave de l'Institut de la Jamaïque. En 2025, il a reçu un prix pour l'ensemble de sa carrière de l'université du Minnesota. Dunbar a reçu pas moins de 13 nominations aux Grammy Awards et en a remporté deux : pour « Anthem » de Black Uhuru en 1985 et pour « Friends » de Sly & Robbie en 1999.
Pour résumer l’exceptionnelle contribution de Dunbar à la musique — à au moins trois genres de reggae, voire plus —, un fan a déclaré :
Incontestablement le meilleur. Ce qu'il a accompli au cours de sa carrière est sans précédent ; il a laissé une empreinte considérable sur trois styles distincts : le roots, le dub et le dancehall. Décennie après décennie, il n'a cessé d'innover, sa source d'inspiration n'a jamais tari. https://t.co/Xd1zue4gUM
";s:7:"dateiso";s:15:"20260130_154312";}s:15:"20260130_152620";a:7:{s:5:"title";s:73:"La vie à la frontière américano-méxicaine sous l'administration Trump";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/30/299844/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299844";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 30 Jan 2026 14:26:20 +0000";s:11:"description";s:306:"L'administration Trump a réintroduit certaines de ses mesures les plus controversées, entraînant un regain de ciblage, de détentions et d'expulsions à l'encontre des communautés migrantes, et laissant des milliers de personnes en quête de sécurité dans des conditions de plus en plus périlleuses.";s:7:"content";s:16304:"
Les difficultés rencontrées par les femmes et les jeunes filles — particulièrement vulnérables à la violence et à l'exploitation — sont fréquemment ignorées
Cet article de Tania Roa en partenariat avec Border Kindness, a été publié pour la première fois dans la presse des femmes immigrées – Migrant Women Press – le 26 octobre 2025. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Tous les jours, des migrants pleins d'espoir traversent les déserts inhospitaliers, les régions montagneuses dangereuses du sud des États-Unis à la recherche de sécurité, d'un refuge et de nouvelles opportunités. Alors que ces voyages périlleux font souvent l'objet de reportages dans les médias, les épreuves endurées par les femmes et les jeunes filles — particulièrement vulnérables à la violence et à l'exploitation — sont souvent négligées.
Trump et ses partisans utilisent souvent une rhétorique incendiaire pour présenter les migrants comme des criminels, des membres de gangs, voire même des prédateurs sexuels, galvanisant ainsi le soutien du public pour renforcer les mesures punitives aux frontières. De telles étiquettes les déshumanisent, suscitent la peur, et justifient des pratiques de contrôle agressives ou des reculs en matière de protection les concernant.
Le président a insulté les femmes à plusieurs reprises — dont des journalistes et son adversaire démocrate pour 2024, Kamala Harris — son administration a adopté des lois mettant en danger la santé des femmes et leurs droits en matière de reproduction. Le croisement de ces récits affecte de manière disproportionnée les femmes immigrées, dont beaucoup n'ont pas de protection juridique aux États-Unis, les rendant particulièrement vulnérables à la discrimination.
Malgré des promesses visant à se concentrer sur les immigrés en situation irrégulière ayant de lourdes condamnations pénales, les données de l'immigration et des douanes – U.S. Immigration Customs Enforcement (ICE) – illustrent la réalité: des personnes ayant contribué à la société et à l'économie américaines sont ciblées, détenues et expulsées illégalement. Parmi les 435,000 immigrants sans papier identifiés par l'ICE et ayant un casier judiciaire, moins de 3,000 avaient été arrêtés en mai 2025.
Les témoignages de ceux qui ont été détenus et expulsés sans procès décrivent de graves violations des droits humains commises par l'ICE. Beaucoup de gens, ayant été arrêtés par des agents de l'ICE en civil, le visage masqué et sans mandat en règle, racontent avoir eu l'impression de se faire kidnapper. Les détenus se sont vus refuser un procès équitable et ont ensuite été renvoyés dans des pays qu'ils connaissaient à peine, voire où ils n'avaient jamais vécu.
Suspension des programmes d'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés
La demande d'asile aux États-Unis est légale depuis 1980. Conformément au droit international et américain, les migrants fuyant la violence et la persécution sont en droit de demander l'entrée sur le territoire. En suspendant les programmes d'asile et d'admission des réfugiés, l'administration Trump a efficacement fermé deux des rares voies légales d'accès à la résidence et à la citoyenneté américaine.
Selon le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, en 2024, sous l'administration Biden-Harris , « l'âge médian des femmes réfugiées était plus élevé. » Les admissions ont augmenté chaque année entre 2022 et 2024, atteignant 100,060 réfugiés — soit le nombre le plus élevé en 30 ans — ce qui souligne le besoin mondial de protection humanitaire.
La fermeture de CBP One
CBP One est une application du gouvernement américain permettant aux migrants d'organiser leurs rendez-vous avec les agents de l'immigration. Quelques heures seulement après son retour à la présidence, Donald Trump a ordonné la fermeture de l'application dans le cadre de sa stratégie globale visant à restreindre l'immigration régulière. Des dizaines de milliers de migrants ayant pris rendez-vous ont été informés que leur comparution devant le tribunal avait été annulée. Dans le passé, CBP One avait permis à près d'un million de personnes d'entrer légalement aux États-Unis et de demander un permis de travail. Cet arrêt brutal a mis fin à une autre voie légale essentielle pour des milliers de familles.
Avant la fermeture, environ 280,000 personnes ont tenté d'accéder à l'application chaque jour. Nombre d'entre eux avaient déjà passé des semaines, voire des mois à la frontière américano-mexicaine – dans l'espoir d'obtenir un rendez-vous – une attente prolongée qui faisait suite à un long et périlleux voyage, souvent accompagné de risques sanitaires importants.
l'application n'étant plus opérationnelle, les migrants se retrouvent avec très peu d'options: rester à la frontière sans abri ni protection, chercher un refuge précaire dans des zones du Mexique qu'ils ne connaissent pas, ou retourner dans les pays qu'ils ont fuis, où les dangers à l'origine de leur exode persistent. Toutes ses options comportent des risques graves, en particulier pour les femmes et les enfants, qui sont particulièrement vulnérables aux vols, à l'exploitation et aux violences en l'absence de logement sûr ou de soutien.
La politique du « Remain in Mexico »
Officiellement connu sous le nom de Protocoles de protection des migrants (MPP), le programme « Remain in Mexico » a été introduit pour la première fois en 2019 sous l'administration Trump-Pence. Il contraint les demandeurs d'asile à attendre au Mexique leurs audiences devant les tribunaux, souvent pendant des mois, voire des années.
L'administration Biden-Harris a mis fin au programme, invoquant de graves violations des droits humains; Trump l'a désormais rétabli, suscitant de nouvelles inquiétudes.
Une crise humanitaire, non pas une crise migratoire
Le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique est une représentation physique de la division, de l'exclusion, et de la peur que cela a engendré entre les différentes ethnies et nationalités. Malgré les nombreuses tentatives de l'administration Trump pour dissuader les migrants, de multiples facteurs poussent les gens à chercher refuge, moyens de subsistance et sécurité. La dégradation de l'environnement, notamment les sécheresses, les ouragans et la désertification, provoque le déplacement de familles à travers le monde.
Bien que les migrants soient conscients des risques liés au voyage et de la position intransigeante du gouvernement américain, beaucoup choisissent malgré tout de prendre ce risque, car ne rien faire signifie souvent la mort, l'instabilité ou la poursuite des violences. La migration est souvent le dernier recours pour se construire une nouvelle vie avec un avenir plus stable.
Le rôle de l'entraide
Depuis 2018, Border Kindness apporte une aide vitale le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Cette organisation à but non lucratif fournit de la nourriture, de l'eau, des soins médicaux, une aide juridique et des vêtements, répondant ainsi aux besoins des migrants que les systèmes officiels ont laissés pour compte.
« Les personnes de couleur sont contrôlées en raison de leur couleur de peau ou de leur accent, et les femmes sont particulièrement vulnérables en cette période, » explique Kelly Overton, fondateur de Border Kindness. « Parallèlement, les donateurs ont cessé de soutenir les organisations comme la nôtre qui viennent en aide aux migrants et militent pour une réforme de l'immigration. Ils craignent d'être accusés de financer des activités antiaméricaines ou illégales. »
L'organisation s'appuie depuis peu davantage sur des collectes de fonds menées par la communauté, principalement auprès d'artistes et de petits donateurs. Selon Mr Overton, ce type d'initiative est plus nécessaire que jamais: « L'entraide est simple. Vous n'avez pas besoin d'avoir beaucoup, mais vous pouvez partager ce que vous avez. Chez Border Kindness, nous facilitons l'entraide en redistribuant les ressources là où elles sont le plus nécessaires. Cela nous expose à des risques, mais nous sommes honorés de le faire. »
La redistribution, affirme-t-il, « c'est quand une femme à Chicago, Los Angeles, ou Austin aide une femme à la frontière à obtenir du lait maternisé pour son jeune enfant. Elles offrent ce qu'elles ont, même si ce n'est pas grand-chose. L'importance de l'entraide réside dans le fait de continuer à donner à celles et à ceux qui ont besoin, et c'est ce que nous sommes en mesure de faire grâce à celles et à ceux qui sont prêts à partager ce qu'ils ont, quelle que soit la quantité. »
Résistance et solidarité
La lutte pour la justice envers les migrants ne s'arrête pas à la frontière. Partout aux États-Unis, des individus et des organisations comme le Centre national du droit de l'immigration, Freedom for Migrants, et The Bridge (Alliance haïtienne de soutien aux migrants), résistent aux politiques d'immigration de l'administration Trump, tout en continuant à informer et à fournir des services directs.
A Los Angeles, les membres de la communauté ont protesté pendant des semaines contre les tactiques de l'ICE. Sur internet, deux femmes ont créé une base de données pour suivre leurs raids afin d'informer les communautés concernées. A travers le pays, des voisins se sont interposés entre l'ICE et leurs communautés, forçant les agents à partir. De nombreux Américains s'expriment, montrant que la solidarité est plus forte que la peur. Alors que le gouvernement fédéral durcit sa position en matière d'immigration, la résistance populaire continue de s'intensifier.
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Plus de 191.000 personnes ont perdu l'accès à la protection essentielle (VBG), et les services de SSR.
Selon le Mali Situation Report de mai 2025 du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), les attaques des groupes armés mènent aussi à des mariages forcés et limitent considérablement l'accès aux services essentiels de santé sexuelle, reproductive et de protection. Dans le rapport de mars 2025, l'UNFPA explique :
In March 2025, armed groups intensified their activities, resulting in violent clashes, which led to significant population displacement. Women and girls continue to bear the brunt of this violence, with their rights and safety increasingly at risk.
En mars 2025, les groupes armés ont intensifié leurs activités, entraînant de violents affrontements, ce qui a entraîné d'importants déplacements de population. Les femmes et les filles continuent de supporter le plus gros de cette violence, avec leurs droits et leur sécurité de plus en plus en danger.
De plus, l'impact des coupes budgetaires imposé par les Etats-Unis renforce la vulnérabilté des femmes et filles. Le rapport poursuit :
However, the sudden termination of U.S. funding has caused the cessation of key humanitarian programmes, leaving thousands stranded without critical life-saving assistance, further exacerbating the vulnerabilities of populations already affected by ongoing conflicts. The impact has been particularly severe on GBV services, with over 191,000 people losing access to essential protection, and SRH services, including maternal care and family planning, which has left over 200,000 people at risk.
Cependant, la fin soudaine du financement américain a provoqué la cessation des principaux programmes humanitaires, laissant des milliers de personnes bloquées sans une aide vitale critique, exacerbant encore les vulnérabilités des populations déjà touchées par les conflits en cours. L'impact a été particulièrement grave sur les services de VBG [Violence basée sur le genre] , avec plus de 191.000 personnes qui ont perdu l'accès à la protection essentielle, et les services de SSR [Santé sexuelle et reproductive], y compris les soins maternels et la planification familiale, ce qui met plus de 200.000 personnes en situation de risques.
En plus des attaques, le Mali fait face à un profond bouleversement socio-économique dû en partie au déplacement massif de populations. Ces défis se répercutent sur les femmes et les enfants, mais sont souvent peu visibles dans les rapports officiels.
Les violences sexuelles se vivent dans le silence
En juin 2025, plus de 402 000 personnes étaient déplacées au Mali, dont 58 % de femmes et de filles . Le rapport annuel 2024 du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle en période de conflit documente des cas de viols, de mariages forcés, d’enlèvements et d’esclavage sexuel perpétrés par des acteurs armés dans les régions de Gao et Ménaka (centre-est), Kayes (sud-ouest), Mopti et Ségou (centre-sud), et Tombouctou (nord) du pays, illustrant l’ampleur et la gravité de ces violations.
Dans les zones rurales et les camps de personnes déplacés internes, les témoignages s’accumulent sur les cas d’exploitations sexuelles, de harcèlements et de mariages forcés. Les groupes armés non étatiques, profitant de la vulnérabilité des communautés, imposent un climat de peur et de soumission. Les institutions internationales observent que la crise humanitaire affecte fortement les femmes et les filles.
En 2025, Amadou, membre de la société civile malienne, est victime de braquage et temoin de viol commis par les bandits armés sur des femmes. Il témoigne à Global Voices :
C'était un vendredi soir, vers 19h, des bandits armés ont pris d’assaut notre bus, sans qu’aucun secours n’arrive. Nous avons tout de suite compris qu’il s’agissait d’un braquage. Nous avons été tous dépouillés, et une dizaine de femmes ont été violées. La terreur et le désespoir de cette nuit resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Je n’oublierai jamais leurs cris, leurs larmes, et ce sentiment d’impuissance totale. Cette nuit m’a montré combien il est urgent de protéger les femmes et de briser le silence face à la violence.
Le mariage forcé est d'autant plus une pratique courante, car il est implanté dans les traditions, particulièrement dans les zones où la pauvreté et l’insécurité limitent les perspectives. Dans le pays, une fille sur deux est mariée avant l’âge de 18 ans. Ce phénomène entraîne des conséquences lourdes : interruption de la scolarité, grossesses précoces, violences domestiques accrues et atteinte à la santé physique et mentale de la jeune fille.
Malgré ce contexte difficile, de nombreuses femmes maliennes s’organisent localement pour briser le silence. Des associations communautaires de femmes mettent en place des espaces sûrs, mènent des campagnes de sensibilisation et soutiennent les survivantes. Ces initiatives incarnent une forme de résistance et de résilience face à la violence systémique.
Les femmes restent le premier groupe social discriminé. Elles ont moins accès à la représentation politique, aux postes de pouvoir économique, à l’éducation et elles sont surtout les premières victimes de la pauvreté.
Les femmes et les filles du Mali se trouvent à la croisée des crises : victimes d’un conflit qu’elles n’ont pas choisi, mais aussi porteuses d’espoir et de changement. Amadou, cité plus haut, ajoute :
Certes, nous avons été dépouillés, mais ce sont les femmes qui ont survécu à l’horreur et dont la sécurité et la dignité restent profondément mises en péril. Il est urgent que les initiatives locales soient soutenues, et que les autorités écoutent les voix des femmes et leur donne les moyens d’agir pour se protéger.
La protection des femmes et des filles ne devrait pas être une option, mais une priorité absolue pour la paix durable au Mali.
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« Leurs profits ont été bâtis sur notre souffrance »
La conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 30, se tiendra à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre. Cet événement permettra de poursuivre les discussions mondiales sur la crise climatique. Les Caraïbes, composés de petits États insulaires en développement (PEID), se sont fait entendre sur la question de la justice climatique, en particulier en ce qui concerne le programme Pertes et Dégâts. Alors que la conference approche, les Caraïbes ont adopté une attitude attentiste concernant les discussions.
Les pays de la région sont de plus en plus sceptiques quant aux perturbations environnementales provoquées par ces réunions de la COP, qui semblent donner peu de résultats tangibles. Dans le sillage d'impacts climatiques toujours plus intenses et disproportionnés subis par les PEID — alors qu'ils contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre — et malgré les promesses formulées par la COP 28 concernant les Pertes et les Dégâts, la réalité demeure que des dispositifs encore trop faibles créent un fossé entre les engagements et les actions concrètes.
AccuWeather estime qu'à la suite du passage de l'ouragan Mélissa, la région aura subi entre 48 et 52 milliards de dollars de dégâts. Son estimation prend en compte bien plus que les pertes assurées, elle inclut les pertes à long terme du secteur touristique, les perturbations liées aux affaires et à l'agriculture, ainsi que les coûts élevés liés aux dommages aux infrastructures, aux évacuations et aux opérations de nettoyage.
Pour des pays insulaires comme la Jamaïque, Cuba, Haiti, la République dominicaine, les Bahamas et les Bermudes, tous touchés par l'ouragan, le traumatisme ne réside pas seulement dans l'attente de l'arrivée de la tempête, sans savoir ce qu'elle va apporter. Il ne s'agit même pas de la traverser dans l'incertitude. Les dégâts apparaissent après que l'orage soit passé, lorsque l'on prend conscience de l'ampleur des pertes: des personnes tuées, des maisons détruites, des moyens de subsistance réduits à néant.
Selon Theresa Rodriguez-Moodie, directrice de la Jamaica Environment Trust (JET), la Jamaïque a été « ébranlée » par la violence de l'ouragan, déclarant à Al Jazeera dans une interview télévisée, « Ces tempêtes deviennent malheureusement la norme, un phénomène amplifié par la crise climatique. »
Lorsqu'on lui a demandé ce qu'elle pensait du fait que les organisateurs de la COP30 aient déclaré n'avoir pas l'intention de dévoiler de nouvelles mesures à la conférence de Belém, Rodriguez-Moodie a répondu, « Ce dont nous avons besoin maintenant est un changement radical. Nous avons besoin d'engagements. Nous avons besoin d'un financement d'adaptation. Nous avons besoin d'argent pour les Pertes et les Dégâts […] ce n'est pas le moment de faire une pause. »
La directrice de la JET a poursuivi en expliquant que selon les premières estimations les dégâts attendraient 6-7 milliards de dollars rien que pour la Jamaïque. « Nous ne pouvons pas nous permettre de, continuellement, payer ce genre de factures années après années, » « et laisser les grands pollueurs s'en tirer à bon compte, » a-t-elle ajouté.
Nombre de grands émetteurs de GES ne participent même pas à la conférence COP30, parmi lesquels les dirigeants des États Unis, de la Chine, de l'Inde et de la Russie qui en sont visiblement absents, mais Roadriguez-Moodie n'en était pas le moins du monde déconcertée: « Même quand ils étaient présents, ils ne se passait pas grand chose, mais le fait est que nous ne pouvons pas avoir ces énormes émetteurs revendiquer la direction alors qu'ils abandonnent leurs responsabilités, car leurs profits ont été bâtis sur notre souffrance. »
Elle a fait remarquer que l'absence des 4 Grands à la COP30 « n'est pas une preuve de neutralité; mais plutôt de lâcheté. » Ce que les PEID demandent, a-t-elle expliqué, ce n'est pas la charité: « Ce que nous réclamons c'est que des comptes soient rendus — et nous n'attendrons pas la permission de survivre […] nous demandons que ces grands pollueurs paient ce qu'ils doivent [et] démantèlent ces systèmes qui les ont enrichis et nous ont rendu vulnérables. »
Cette région « ne peut pas continuer à rester les bras croisés, » a-t-elle ajouté, « mais doit plutôt trouver des moyens créatifs pour renforcer sa résilience et financer sa reconstruction après les Pertes et les Dégâts. »
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De nombreuses femmes journalistes et militantes sont inlassablement victimes d'attaques numériques.
Cet article fait partie du projet « Abondance de l'information en Asie du Sud Est » de l'université nationale australienne. Irma Garnesia est une assistante de recherche travaillant du côté indonésien.
En Indonésie, les femmes journalistes et les militantes sont inlassablement confrontées à des attaques numériques. De nombreuses femmes signalent des cas de harcèlement de la part d'influenceurs politiques rémunérés et de « wibu » (fanatiques de dessins animés), au communauté de fans de K-pop et de personnes ayant des opinions politiques opposées. Journalistes, éditeurs, activistes, avocats, et défenseurs des droits numériques expliquent comment cette violence s'est développée au cours des cinq dernières années et pourquoi elle reste un problème très répandue.
Bunga (un pseudonyme) ne s'était jamais imaginée que sa conférence au festival culturel japonais aurait pu faire d'elle une cible. Sa présentation explorait la façon dont les bandes dessinées japonaises représentent souvent les femmes de manière dégradante et comment ce portrait reflète les normes patriarcales du Japon. Mais ensuite, sa conférence est devenue virale, et des fans d'animés ont inondé ses réseaux sociaux, l'accusant d'être une « féministe hardcore » qui ne comprenait rien à la culture japonaise.
Bientôt, ses informations personnelles se sont répandues en ligne. Son identité en tant que journaliste d'un magasine féminin a été divulguée, ses photos ont été diffusées et modifiées sur des groupes Discord. « Les attaques ne critiquaient pas seulement mon travail », se rappelle-t-elle. « Elles s'en prenaient à moi personnellement. »
Le harcèlement l'a traumatisé et elle avait peur d'être reconnu en public. « Et s'ils me poignardaient dans les transports en commun? » plaisantait-elle à moitié, bien que derrière ses mots l'anxiété était bien réelle.
L'expérience de Bunga est loin d'être isolée. Kania, une journaliste indépendante et activiste, est régulièrement confrontée au harcèlement en ligne de la part d'influenceurs politiques de l'ancien président indonésien Joko Widodo. Pipit a été attaquée sur Internet après avoir critiqué l'agence nationale d'assurance maladie indonésienne. Pendant que Nala, une vérificatrice de faits, a été ciblée par des groupes antivax en Indonésie.
Ces cas révèlent un schéma de violence numérique sexiste où les critiques professionnelles ont été voilées par des attaques personnelles fondées sur la misogynie.
L'ampleur cachée des abus
Une grande partie de cette violence demeure invisible. Une enquête menée en 2021 par le groupe de réflexion PR2Media, auprès de 1,256 femmes journalistes, a révélé que 85.7 % avaient subi une forme de violence, et 70.1 % ont déclaré que cela s'était produit à la fois en ligne et hors ligne.
Le réseau de liberté d'expression d'Asie du Sud Est (SAFEnet) a répertorié les types de violences numériques qui ciblent principalement les femmes journalistes et activistes. Cela peut inclure le doxing, la divulgation forcée de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre, la surveillance en ligne, la manipulation de photos, le piratage de comptes, des attaques DDoS, où des utilisateurs surchargent intentionnellement un serveur afin de rendre le site indisponible, et de perpétuels harcèlements en ligne.
Les victimes ne décrivent pas seulement ces attaques, mais aussi la façon dont leurs collègues ou éditeurs leur ont reproché d'être « trop réactives » ou « trop émotives » sur les réseaux sociaux. Ainsi qu'elles l'ont déclaré, la protection institutionnelle est minime.
« Ils m'ont simplement dit de rester à l'écart des réseaux sociaux pendant un certain temps, » explique Bunga. Pourtant le harcèlement dont elle était victime s'était déjà propagé sur chacune des plateformes qu'elle utilisait.
Les institutions sur la défensive
Pourtant, ce n'est pas que les institutions ne veulent pas protéger leurs employés. Même les médias qui défendent l'égalité des sexes ne sont pas à l'abri. Magdalene, une revue en ligne axée sur les droits des femmes et la diversité, fait face quotidiennement à des réactions négatives sur Internet, en mai 2020, elle a été victime d'une attaque DDoS massive qui a rendu son site Web indisponible.
Selon le rédacteur en chef Purnama Ayu Rizky, la salle de rédaction continue de développer des protocoles de sécurité pour les reportages sur le terrain, bien qu'elle dispose déjà de protocoles en matière de sécurité numérique. « Nous collaborons avec des groupes tels que l'Alliance des Journalistes Indépendants (AJI) et l'Institut d'aide juridique à la presse (LBH Pers) si nous rencontrons des réactions négatives liées à nos reportages. »
Des groupes de défenses des droits humains tels que KONTRAS, qui traitent les cas d'impunité et de violence nationale, sont confrontés à des intimidations similaires, allant de la surveillance numérique à des harcèlements anonymes. Vebrina Monicha, qui travaille dans la division juridique de KONTRAS, a expliqué que l'exposition à une telle pression a conduit certains membres du personnel à la normaliser.
De nombreuses institutions en Indonésie ont privilégié les réponses réactives plutôt que les mesures de protection à long terme, même après cinq ans d'attaques numériques soutenues. Plus encore, la violence est en train de se normaliser, et la sécurité numérique des journalistes et des activistes dépend souvent d'organisations externes telles que AJI, LBH Pers, ou SAFEnet.
Un travail juridique éparpillé
Selon Siti Aminah Tardi, directrice exécutive du Centre de Ressources Juridiques indonésien et ancienne responsable de la Commission nationale sur les violences envers les femmes (Komnas Perempuan), la violence à l'égard des femmes mêle de plus en plus des éléments en ligne et hors ligne. « La [COVID-19] pandémie a changé la façon dont les abus se déroulent, » explique-t-elle. « Les auteurs et les victimes ne se rencontrent peut-être jamais en personne, mais le préjudice est bien réel. »
Le rapport CATAHU de 2024 réalisé par Komnas Perempuan a recensé 330,097 cas de violences sexistes à l'encontre des femmes, une augmentation de 14% par rapport à l'année précédente. Cependant ces données sont probablement inférieures à la réalité. « Ceci est la partie visible de l'iceberg, » a déclaré Bahrul Fuad, le responsable actuel de Komnas Perempuan.
L'Indonésie a adopté plusieurs lois visant à lutter contre la violence numérique et sexiste, pourtant l'application de ses mesures reste faible. Le pays a approuvé la loi sur les crimes sexuels (TPKS Law) en 2022. Elle reconnaît formellement la violence sexuelle en ligne (KBSE), y compris le partage non consensuel de contenus à caractère sexuel et le harcèlement numérique. Cette loi garantit également le droit aux victimes de faire disparaître toutes traces les concernant sur Internet, bien que sa mise en œuvre soit au point mort.
Pendant ce temps, la loi sur la protection des données personnelles (PDP), visant à protéger la vie privée, ne traite toujours pas le corps et l'image des femmes comme des données personnelles. Siti Tardi a mentionné que lorsque la PDP était en cours d'élaboration, la violence numérique, telle que les deepfakes, les photos où vidéos artificielles dans lesquelles l'image d'une personne est superposée à un contenu fictif n'était pas très connue. Bien que Komnas ait continué à plaider pour que le corps des femmes soit considéré comme des données personnelles, cette demande n'a pas été prise en compte.
L'ancienne loi sur l'information et les transactions électroniques reste problématique, car elle se concentre sur la transmission d'informations plutôt que sur la protection des victimes et la violence elle-même. « Les forces de l'ordre refusent souvent d'appliquer la loi TPKS, » a expliqué Siti, « invoquant, et si la distribution était consensuelle? Mais comment pourrions-nous le savoir lorsque l'image a déjà été diffusée? »
Siti a également souligné qu'un mécanisme gouvernemental promis depuis longtemps pour supprimer les contenus préjudiciables n'existe toujours pas. « L’élément clé de la violence en ligne est sa rapidité, » a-t-elle déclaré. « Sans réponse rapide, les victimes restent exposées. »
Des Plateformes qui ne rendent aucun compte
Parce que la violence digitale se déroule en ligne, les plateformes technologiques jouent un rôle crucial, mais leur responsabilité reste difficile à établir. Selon la directrice exécutive de SAFEnet, Nenden S. Arum, les entreprises de technologies mondiales se déchargent souvent de leurs responsabilités en déléguant les tâches liées à la sécurité à des groupes de la société civile. « Les procédures de transmission sont lentes et inefficaces, » a-t-elle déclaré. C'est dangereux, car le contenu continue à se propager, tandis que sa modération pourrait prendre du temps.
La modération des plateformes reflète également la politique mondiale. Après la récente prise de fonction de Donald Trump, des entreprises comme Meta et Twitter (aujourd'hui X) ont assoupli les règles de modération au nom de la « liberté d'expression. » Nenden explique que ce changement a favorisé le harcèlement en ligne dans le monde entier.
En ce qui concerne l'Asie du Sud Est, le problème est encore plus sérieux. La plateforme manque peut-être de compréhension culturelle du contexte local. De nombreuses équipes de modération ne parviennent pas à comprendre que les femmes d'Asie du Sud Est vivent différemment la honte, la pudeur et l'exposition. « Regardez, je porte un foulard, » a déclaré Siti Tardi. « Lorsque quelqu'un a retouché ma photo où je ne portais pas de hijab, je me suis sentie mise à nue. »
Yuri Muktia de la coalition de la société civile contre la violence sexuelle (KOMPAKS) a décrit des mois de tentatives infructueuses pour supprimer du contenu divulguant des données personnelles sur Instagram. « Meta a répondu qu'il n’ y avait pas assez de preuves, » se rappelle-t-elle. « Même après de nombreux signalements, les messages sont restés en ligne. »
KOMPAKS et SAFEnet continuent à rencontrer les représentants des plateformes, les pressant à adopter des systèmes de modération plus rapides et adaptés à la culture locale, mais les progrès restent lents. « Les règles des plateformes reflètent souvent le peu de sérieux avec lequel les régulateurs nationaux traitent ces questions, » a déclaré Yuri. « Si notre gouvernement ne fait pas de la sécurité numérique une priorité, elles ne le feront pas non plus. »
Le paradoxe mondial de la sécurité
La violence numérique à l'encontre des femmes journalistes et militantes n'est pas propre à l'Indonésie, mais le vécu de ce pays révèle un paradoxe mondial plus large. Alors que les lois, les organismes de contrôle et les réseaux de défense des droits se sont multipliés, l'architecture des espaces en ligne continue de reproduire la misogynie et l'impunité.
Malgré un nouveau cadre juridique tel que les lois TPKS et PDP, la mise en œuvre accuse du retard. Les médias et les ONG, qui manquent de ressources ou de compétences numériques, comptent sur des supports extérieurs, alors que les plateformes, ces espaces mêmes où les violences prennent place, continuent à ne rendre aucun compte.
Il n'y a pas encore en Indonésie de réglementation qui tienne pleinement et explicitement les plateformes technologiques responsables de la violence numérique (telle que le harcèlement, le doxing ou la violence en ligne fondée sur le genre) d'une manière qui reflète leur responsabilité en matière de modération de contenus. La loi sur les technologies de l'information (ITE) est souvent utilisée pour punir des individus pour leur contenu plutôt que d'exiger des plateformes qu'elles empêchent ou suppriment activement des contenus préjudiciables. Par exemple, une étude a montré que « l'absence de normes juridiques nationales réglementant explicitement la responsabilité des plateformes affaiblit également la protection juridique des victimes. »
Ainsi que Siti Tardi l'a déclaré, « Sans réponse rapide, les victimes restent exposées. » La lutte de l'Indonésie reflète celle de nombreux pays à travers le Sud global, où les normes patriarcales, la faiblesse des institutions, et l'indifférence des entreprises technologiques se croisent.
Après 5 ans de plaidoyer, de rapports et d'enquêtes, des survivants comme Bunga en ont assez d'attendre que justice soit faite et que la sécurité soit assurée en ligne. Dans l'espace numérique indonésien, le silence et l'inaction continuent de parler le plus fort.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260122_135349";}s:15:"20260122_132838";a:7:{s:5:"title";s:125:"Népal : les communautés autochtones paient le prix fort pour leur implication dans le commerce illégal d'espèces sauvages";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/22/299870/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299870";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 22 Jan 2026 12:28:38 +0000";s:11:"description";s:139:"Le Népal est à la fois le lieu d’origine et de transit d’animaux sauvages dont le commerce illégal profite depuis longtemps au pays.";s:7:"content";s:18700:"
La plupart des animaux victimes de trafic dans le monde sont transportés clandestinement en Chine et en Asie du Sud-Est
Cet article a été soumis dans le cadre de la Bourse Global Voices pour la justice climatique, qui associe deux journalistes issus de pays sinophones et du Sud global afin d'examiner les effets de projets de développement chinois à l'étranger. Retrouvez d'autres articles ici.
Le commerce illégal d’espèces sauvages, estimé en 2023 par INTERPOL à 20 milliards de dollars USD par an, occupe la quatrième place parmi les activités criminelles et les trafics les plus lucratifs au monde, derrière la drogue, les armes et la traite des êtres humains. La plupart des animaux sauvages sont transportés vers la Chine ou l’Asie du Sud-Est où ils sont principalement utilisés dans la médecine traditionnelle ou vendus comme viande de brousse.
Le Népal est à la fois le lieu d’origine et de transit d’animaux sauvages dont le commerce illégal profite depuis longtemps au pays. Bien que les autorités aient en grande partie réussi à protéger les espèces phares de mammifères charismatiques tels que les tigres, rhinocéros et léopards, le pays continue de servir de zone de transit majeure pour d’autres animaux sauvages moins prisés.
À ce titre, les lois népalaises relatives aux actes criminels commis contre la faune sauvage sont parmi les plus sévères au monde. Par exemple, quiconque reconnu coupable de la mort, du braconnage, du transport, de la vente ou de l’achat de pangolins, qui figurent sur la liste des espèces protégées du pays, est passible d’une amende d’un million de roupies et/ou d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison.
Un pangolin, une espèce rare menacée d'extinction native du sous-continent indien. Image de Animalia.com. Licence CC BY 4.0.
Mais le plus souvent, ce sont les membres de communautés autochtones, souvent recrutés pour le braconnage de diverses espèces animales et de plantes en voie de disparition, qui sont arrêtés et poursuivis, tandis que les principaux coupables et chefs de réseaux sont rarement appréhendés. Un bon nombre de ceux qui sont mêlés à ce type de commerce ne sont pas des criminels endurcis, mais juste des citoyens ordinaires espérant se faire un peu d’argent afin de subsister.
Lors d’un entretien avec Nepali Times en 2019, Bishnu Adhikari, alors âgé de 24 ans et purgeant une peine de prison à la maison centrale de Katmandou, explique :
My friend came to me with the package and suggested we go together to sell it, and split the money. I knew it was pangolin scales but didn’t know that punishment was so harsh if we were caught. I was doing it for money, anyone would — it is difficult raising a family.
Mon copain est venu me voir avec un paquet, puis m’a suggéré de le vendre avec lui et de partager l’argent. Je savais qu’il contenait des écailles de pangolins mais j'ignorais la sévérité de la peine encourue. Je l’ai fait pour l’argent, comme n’importe qui d’autre l’aurait fait ; élever une famille est très dur.
Bikash Chhetri, un lycéen de 17 ans, a également été accusé de trafic de pangolins. Il circulait à moto avec des copains étudiants lorsqu’ils ont été interceptés par des agents du bureau central d’enquête (CIB) du Népal, lesquels ont découvert des écailles de pangolin dans le sac de l’un d’entre eux.
Chhetri explique lors d’un entretien : « J'étais au courant que la contrebande de pangolins était illégale, mais je ne savais pas que mon ami en transportait. Je n’aurais jamais imaginé fouiller dans ses affaires. Je lui faisais confiance. Je ne sais pas si je vais pouvoir payer ma caution, mais j’espère que l’État prendra soin de moi et tiendra compte de ma situation. »
Adhikari et Chettri ont tous les deux été condamnés à cinq ans de prison. Mais contrairement à eux, la plupart des populations locales et indigènes ignorent le statut de conservation des pangolins ou l’importance des animaux sauvages qu’elles font passer en contrebande, manipulent ou transportent.
Kumar Paudel, chercheur spécialisé dans l’étude de la faune sauvage pour Greenhood Nepal, explique lors d’un entretien avec Global Voices : « La majorité des autochtones qui se livrent au commerce d'espèces sauvages ne sont pas des criminels, mais cherchent simplement à gagner leur vie ou à obtenir une source de revenus supplémentaire, et il s'agit souvent de meurtres opportunistes. La plupart du temps, ils sont exploités par des personnes haut placées dans les réseaux de criminalité organisée, et sont originaires de communautés pauvres vivant à proximité de la faune ou de régions frontalières. »
En 2018, à la suite d’entrevues avec plus de 150 personnes condamnées pour crimes envers la faune sauvage au Népal, et au cours desquelles il constata que la plupart étaient pauvres, analphabètes et appartenaient à des groupes marginalisés, Kumar Paudel déposa une requête auprès de la Cour Suprême pour dénoncer la possession de parties d’animaux sauvages et leur exposition publique par des membres éminents de la société. Au bout de cinq ans, la Cour Suprême statua en sa faveur et ordonna au gouvernement de faire appliquer pleinement la loi, de manière équitable et cohérente.
Les peuples autochtones et la faune sauvage
Une plage dans le parc national de Chitwan, où les communautés autochtones locales ont été recrutées pour aider à protéger la faune sauvage et encourager le tourisme. Image de Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 4.0.
Les Chepangs, un peuple indigène semi-nomade qui vit dans les collines de l’ouest du Népal, se nourrit depuis longtemps de petites chauves-souris frugivores. Dibesh Karmacharya, qui travaille pour le Center of Molecular Dynamics à Katmandou, étudie depuis une quinzaine d’années les maladies émergentes et ré-émergentes, et s’est plus particulièrement intéressé à cette communauté du district de Makwanpur, proche du parc national de Chitwan, en raison de ses comportements à risque.
Il explique lors d’un entretien avec Global Voices : « Les chauves-souris sont connues pour héberger un nombre élevé de virus et de bactéries inoffensifs pour elles mais qui peuvent subir des mutations et devenir potentiellement dangereux lorsque des humains y sont exposés. De plus, certains présentent une forte transmissibilité. C’était précisément le cas pour de nombreuses épidémies et pandémies telles que le virus Ébola, le Sida, diverses grippes et coronavirus. »
Le dépistage de la communauté pour différents virus et microbes a également révélé un nombre élevé de peines de prison pour braconnage parmi les Chepangs.
« Les peuples autochtones, souvent marginalisés et refoulés au bas de l’échelle socioéconomique, ont besoin d’une source de revenus. Et leurs compétences en matière de chasse et de cueillette, ainsi que leur connaissance du terrain et de la faune sauvage, les conduisent à être embauchés comme braconnier, » ajoute-t-il. « Mais la plupart du temps, ce sont eux qui sont arrêtés et accusés, mettant en évidence les limites de notre système judiciaire. »
Par ailleurs, la hausse des températures provoque la fonte de glaciers et des zones alpines par le passé arides se transforment en paysages verdoyants. Pour cette raison, de nombreux mammifères, comme les léopards, que l’on trouve habituellement dans les collines moyennes du Népal, se déplacent vers la montagne où ils se mélangent, éventuellement, avec les léopards des neiges et partagent leurs habitats.
D’un point de vue épidémiologique, ces interactions introduisent un risque élevé d’émergence et réémergence de maladies contagieuses. Ainsi, en raison de l’aggravation de la crise climatique, les populations cherchent de nouvelles zones à cultiver. Mais lors de la conversion des terres, y compris le défrichement de forêts, elles ont plus de chance d’être en contact avec différents animaux sauvages. Un risque de propagation est alors possible, dans le cas de transmission de virus entre l’animal et l’homme, qui peut potentiellement avoir un effet pathogène et provoquer des maladies.
Il en va de même pour le braconnage et le commerce d’animaux sauvages. Il existe déjà des signalements confirmant la présence de nombreux animaux, notamment des tigres, dans les montagnes. « Les tigres et rhinocéros sont principalement destinés à être utilisés dans la médecine tibétaine, mais dans la chaîne de valeur du crime organisé, le risque de contracter des maladies est plus élevé pour ceux qui tuent, manipulent les animaux, et prélèvent leurs organes, » ajoute Karmacharya. « En pratique, les communautés autochtones ont un accès limité aux soins de santé et à la nourriture, les rendant plus vulnérables aux infections. »
Au début de la pandémie de COVID-19, beaucoup ont émis l’hypothèse que le nouveau coronavirus avait été transmis aux humains par des pangolins, ce qui depuis s’est avéré être infondé.
Le pangolin est le mammifère le plus trafiqué au monde. Les écailles de ce fourmilier sont censées posséder des propriétés médicinales et sont utilisées en Chine dans la médecine traditionnelle ; sa chair est aussi considérée comme un mets délicat dans certaines régions d’Asie.
Selon Tulshi Laxmi Suwal de la Fondation pour la conservation et la recherche sur les petits mammifères (SMCRF) (dont la thèse de son doctorat portait sur le pangolin de Taiwan), il existerait un lien entre le climat, les contacts plus fréquents des êtres humains avec la faune sauvage, et l’émergence de nouvelles maladies.
« Les changements climatiques ont une incidence directe sur l’alimentation ainsi que sur l’habitat du pangolin. Il a besoin de beaucoup d’eau pour se nettoyer, sans quoi les ectoparasites présents sous ses écailles peuvent être plus facilement libérés au sein de son environnement. De même, il peut également les excréter s’il n’a pas suffisamment d’eau à boire, » explique Suwal.
La prochaine étape
Selon le chercheur Kumar Paudel, les forces de l’ordre, dont l’objectif devrait être de dissuader la population de participer à ce genre de commerce, et non pas à effectuer un maximum d’arrestations, doivent être réformées. Cela implique que la loi soit appliquée de manière équitable et responsable, de sorte que l’impact sur les populations pauvres et autochtones ne soit pas disproportionné, d’autant plus que les chefs de file de ces crimes organisés bénéficient souvent d'une protection politique.
Selon Paudel : « Il est nécessaire d’enquêter sur les personnes à la tête du trafic, plus difficiles à remplacer que celles au bas de l’échelon. » « Et bien que les communautés pauvres et autochtones soient mêlées à la criminalité liée aux espèces sauvages, leur objectif est de gagner un revenu supplémentaire et non de pouvoir se nourrir ou se procurer des produits de première nécessité. Pour résoudre ce problème, il faut changer les comportements et sensibiliser à la conservation, ce qui prend du temps. »
Le manque d’éducation et de sensibilisation sur les espèces menacées, et de meilleures opportunités d’emploi, sont considérés comme quelques-uns des facteurs expliquant la participation des communautés indigènes dans le commerce illégal d’espèces sauvages. Il en résulte un nombre élevé de récidivistes, car beaucoup reprennent leurs anciennes activités après leur sortie de prison.
Des initiatives au niveau local, comme le sentier des pangolins dans la forêt communautaire Bagh Bhairav, située à Kirtipur dans le district de Katmandou, pourraient aider les communautés à prendre conscience de l'importance de la conservation et à acquérir une autonomie sociale et économique.
Après qu’une étude ait démontré la présence de pangolins et d’oiseaux protégés au sein de la forêt Communautaire, la SMCRF y construit un sentier de randonnée en 2019, dont la responsabilité fût confiée à la population locale qui, par ailleurs, gère les revenus générés par les touristes et étudiants amateurs d’excursions éco-responsables. Les autorités locales ont apporté des améliorations au sentier, créé un centre d'information et mènent des campagnes de nettoyage.
Le projet donne un sentiment de contrôle et d’appartenance aux membres des 100 familles indigènes de la communauté Tamang, tels que Sun Laxmi, la première citoyenne scientifique de la région. Bien que n’ayant pas reçu d’éducation formelle, son travail consiste à protéger le pangolin à l’aide de traceurs GPS et systèmes de suivi de données, et elle apprend actuellement comment installer des pièges photographiques grâce au soutien technique de la SMRCF.
La communauté, autrefois réputée pour des délits de vols, de trafic de drogue et de braconnage, s'est transformée. Par ailleurs, de petites entreprises dans divers secteurs tels que la volaille se sont développées.
Selon Suwal : « Les femmes participent maintenant aux prises de décision et sont les gardiennes de la faune et de la flore. Mais compte tenu de la profonde injustice dont sont victimes ces communautés pour la simple raison de vouloir protéger les animaux utilisés dans la médecine traditionnelle en Chine et ailleurs, celle-ci pourrait leur venir en aide en leur offrant des formations et la possibilité d’autres sources de revenus. »
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Les exploitants artisanaux font partie intégrante des acteurs impliqués dans les activités minières en RDC
Monument du creuseur artisanal (ceux qui creusent la terre à la main ou avec des moyens basiques) au rond point Mwangeji à Kolwezi, Lualaba en RDC ; Photo de Simplice Bambe, utlisée avec permission
Cette ressource minière revèle aujourd'hui d'une importante capitale pour ses multiples fonctions et sa particularité: performance énergétique, résistance à la chaleur et durabilité, propriétés magnétiques. Le cobalt est très prisé dans les industries de fabrication de voitures électriques, l'aéronautique et dans le secteur médical. Il s'agit d'un secteur clef en RDC car il regroupe actuellement plus de trois millions d'individus et contribue à plus 90% de l'économie du pays.
Le code minier congolais, dans l'article 109 alinéa 1 et 2 reconnaît les exploitants artisanaux comme faisant partie intégrante des acteurs impliqués dans les activités minières. Cependant, ces exploitants n'ont pas de Zones d'Exploitation Artisanale (ZEA) alors qu'ils représentent plus de trois millions d'individus, selon des chiffres donnés par Louis Watum le 25 novembre 2025 au forum Makutano à Kinshasa. Le secteur minier souffre d'une mauvaise organisation, en partie parce que les autorités congolaises ont préféré vendre la quasi-totalité des carrières minières du Grand Katanga (Sud-Est du pays) à des investisseurs étrangers.
Au final, les creuseurs sont ainsi souvent délogés de force au profit d'entreprises industrielles. Sur le terrain, certaines mines opèrent dans le cadre d'une cohabitation volatile entre creuseurs artisanaux et industriels.
Le manque de ZEA officielles conduit les creuseurs des provinces du Lualaba à s'introduire par effraction dans les sites miniers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ces infiltrations causent de nombreux dégâts et conduisent à des conflits parfois mortels. Des témoignages de cas de meurtres et de blessures graves sont enregistrés auprès des travailleurs officiels des entreprises industrielles. Ce sont souvent des opérateurs ou des transporteurs de produits des sites miniers vers les usines. Déplorant cette situation, Junior Biane, chauffeur d'engin dit à Global Voices:
Nous sommes toujours attaqués dans les mines par les creuseurs artisanaux de Musonoie. Hier par exemple, nous avons été tabassés par les creuseurs et un collègue est touché à l'œil gauche.
Les entreprises de leur côté accusent l'État congolais de ne pas prendre sa responsabilité pour protéger leurs investissements face à l'exploitation clandestine des creuseurs.
Les industriels exigent la protection de l'Etat
L’entreprise Kamoto copper company (KCC) une filiale de Glencore, entreprise anglo-suisse, cite par exemple des cas d'invasions de creuseurs en manque de ZEA. Actuellement les mines de T17, KOV et Mashamba situées dans la province du Lualaba, où ce géant exploite le cuivre sont souvent victimes dépouillement de camions, d'attaque du personnel. La concession de l'entreprise chinoise COMMUS connaît une situation similaire.
Aucune solution définitive n'est prise par les autorités, or le secteur minier est le socle de l’économie congolaise. Il est le poumon du PIB et s'impose comme principal pourvoyeur de recettes publiques car il représente plus de 30% du budget national. Le gouvernement devrait donc répondre aux préoccupations des entreprises.
En dépit de sa richesse en ressources minières, la pauvreté touche plus de la moitié de la population en RDC. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en octobre 2025, 85,3% de la population de la RDC vit dans une situation d'extrême pauvreté. Le taux de chomage est estimé à 84% tandis que le revenu moyen annuel par habitant est de 1,600 dollars américains soit 134 dollars américains mensuellement.
La politique actuelle du gouvernement ne propose donc aucune solution durable, ni pour les censeurs, ni pour les entreprises.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260122_081354";}s:15:"20260114_080547";a:7:{s:5:"title";s:114:"Au-delà du wax et du boubou, comment le média Africa Fashion Tour change le regard sur la créativité africaine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/14/299955/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299955";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 14 Jan 2026 07:05:47 +0000";s:11:"description";s:190:"La mode africaine a longtemps été réduite au wax, au boubou, à l'artisanat. Mais sur le continent, une autre histoire se dessine. Des créateurs africains habillent des stars mondiales.";s:7:"content";s:12068:"
La mode afrcaine a ses propres tendances et ne doit pas s’adapter au marché occidental
C'est cette Afrique créative et florissante que Ramata Diallo, ancienne diplômée en Management de la mode à Kedge school business, s'est donnée pour mission de documenter. Ceci, à travers son initiative Africa Fashion Tour, une plateforme médiatique dédiée aux professionnels de la mode du continent. Loin des clichés, elle raconte des success stories économiques, des modèles éthiques et performants, des savoir-faire luxueux qui rivalisent avec les plus grandes maisons internationales. Dans cet entretien accordé à Global Voices réalisé via mail, elle explique comment la visibilité culturelle se traduit en viabilité économique, pourquoi l'authenticité africaine n'a pas besoin de s'adapter au marché occidental, et comment le continent pourrait bien devenir le leader d'une mode plus durable et inclusive demain.
Joel Hevi (JH) : En parcourant le continent pour Africa Fashion Tour, quels types de savoir-faire ou d’esthétiques vous ont le plus marquée ? Pourquoi restent-ils encore si peu visibles à l’international ?
Ramata Diallo (RD): Mes voyages à travers les capitales de la mode en Afrique et mes interviews de professionnels de la mode m’ont permis de comprendre les spécificités des savoir-faire uniques du continent africain. Le caractère luxueux des tissus tels que le Leppi de Guinée ou le Kente du Ghana qui nécessitent plusieurs heures de travail manuel comptent parmis les éléments qui m’ont le plus marquée. Le relation particulière entre le créateur de mode et ses clients qui jouent à la fois le rôle de designer et de styliste est un autre élément qui place l’écosystème de la mode en Afrique dans le segment haut de gamme.
JH: L'image de la mode africaine est souvent réduite au boubou et au wax. Est-ce une démarche délibérée de votre part d'aller au-delà de ces symboles ? Conservent-ils malgré tout une valeur stratégique pour le branding du continent ?
RD: L’Afrique est composée de 54 pays et ne saurait être réduite au boubou, au wax et à la djellaba (longue robe ample répandue comme vêtement traditionnel au Maghreb). L’ambition du média Africa Fashion Tour est d’aller à la rencontre de ceux qui font la mode et de présenter leur travail. Le vestiaire de la femme africaine est multiple. Loin d’être uniforme, la mode africaine est tantôt traditionnelle, tantôt occidentale, tantôt hybride. Inclassable si on utilise une grille de lecture occidentale. Le consommateur de mode africain est volatile, son style évolue au gré des cérémonies. Tous les excès sont permis et chacun peut utiliser la mode comme moyen d’expression du plus classique au plus extravagant.
Photo de Ramata Diallo, utilisée avec permission
JH: Le storytelling occupe une place importante dans votre approche, notamment à travers les articles et podcasts que vous publiez sur votre plateforme. Comment choisissez-vous les récits à mettre en avant, quels critères privilégiez-vous pour raconter ces histoires ?
RD: L’objectif du média est de donner la parole à des professionnels du secteur de la mode basé en Afrique afin de leur donner l'opportunité de raconter leur propre histoire. L'idée est de raconter des success story africaines, de montrer à quel point les modèles économiques sont à la fois éthiques et performants, de sortir des clichés et des idées reçues pour montrer à quel point le business de la mode en Afrique est florissant.
JH: L’industrie de la mode est aussi un terrain économique. Comment voyez-vous le lien entre visibilité culturelle et viabilité économique pour les créateur·rices africain·es ? Avez-vous identifié des modèles économiques particulièrement inspirants ?
RD : Les professionnels de la mode en Afrique ont parfaitement compris le jeu de l'influence et des collaborations. Récemment Ciara, artiste américaine a défilé à la Lagos Fashion Week pour la marque Fruche. Tongoro et Sisters of Afrika ont habillé Beyoncé une star internationale que l'on ne présente plus. La visibilité des marques africaines sur les podiums et les médias internationaux est un enjeu majeur pour changer le regard sur la mode africaine et placer les designers du continent africain au même niveau que les autres. Cette visibilité sur les réseaux sociaux a un impact direct sur les commandes et la viabilité des marques.
JH : Le marché occidental valorise l’authenticité et le fait-main, mais il exige aussi des standards de production, de livraison et de volume qui peuvent être difficiles à atteindre. Comment Africa Fashion Tour aide-t-il les créateur·rices à naviguer cet écart ? Existe-t-il des marques qui ont réussi à trouver un équilibre parfait entre leur identité artisanale et les exigences du marché mondial ?
RD : L'authenticité et le fait-main sont des valeurs totalement africaines. En 2025, la réussite du Pop up Africa now aux Galeries Lafayette a été une réussite. Il a réunit 15 créateurs sur un espace dédié pendant trois semaines. C'est un exemple concret de la capacité des professionnels de la mode la mode en Afrique à présenter des collections et atteindre les standards occidentaux. Le marché mondial est déréglé avec des acteurs qui produisent des quantités en masse qu’ils ne parviennent pas à vendre. Le temps est à la rationalisation et à la production de collections en éditions limitées, ce qui correspond totalement aux modes de fonctionnement des marques africaines.
JH: Au-delà de votre plateforme, comment la perception de la mode africaine pourrait-elle être transformée par les médias, en particulier sur les réseaux sociaux et dans les productions visuelles comme les films et les séries ?
RD : L’explosion de l’influence africaine au-delà des frontières du continent à travers Nollywood, Marodi TV ( une société de production de contenus audiovisuels), l’afrobeat notamment n’est plus à prouver. En 2025, la marque ghanéenne Boyedoe a été démi-finaliste du concours LVMH. Le succès de la Foire Akaa (Also Known As Africa) à Paris qui a fêté ses 10 ans en 2025 est une autre preuve de l’attrait grandissant pour les industries culturelles et créatives africaines qui ne se limitent pas à des likes sur les réseaux sociaux, mais se traduit concrètement par des films et des événements tels, que les fashion week à Dakar ou Lagos.
JH: La mode africaine est souvent perçue comme un secteur émergent ou une source d'inspiration pour le reste du monde. Le continent a-t-il le potentiel de devenir un véritable pôle d'innovation et de leadership qui dicterait les tendances mondiales de demain, notamment en matière de durabilité et d'inclusion ?
RD: Sur le continent à travers les Fashion Week à Dakar, à Lagos, à Casablanca, la mode afrcaine a déjà ses propres tendances, ses propres codes et ne doit pas chercher à s’adapter à un marché occidental. Il y a un fort intéret pour les créateurs du continent et des consommateurs issus de la diaspora, du marché local et du reste du monde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260114_080547";}s:15:"20260113_133605";a:7:{s:5:"title";s:97:"Comment transformer le potentiel démographique de la jeunesse africaine en puissance collective?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/13/299636/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299636";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 13 Jan 2026 12:36:05 +0000";s:11:"description";s:147:"La jeunesse africaine, en pleine explosion démographique a besoin de soutien et de programmes pour transformer son potentiel en force économique.";s:7:"content";s:12944:"
D’ici 2050, l'Afrique comptabilisera 41 % de toutes les naissances mondiales.
Il y a quelques semaines, lors de mon voyage au Japon, j'ai vérifié de mes propres yeux que le vieillissement de la population n'est pas juste une statistique abstraite : dans les espaces publics, les transports, les médias, on peut noter les défis posés par une population de plus en plus âgée: l’augmentation des besoins en soins sanitaires, la non- adaptation des transports publics, des logements pour favoriser le maintien de l’autonomie ou encore des infrastructures.
En 2023, la population japonaise était composée de 29% de plus de 65 ans pour 11% de moins de 15 ans avec une espérance de vie de plus de 80 ans aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Comparativement au Sénégal à la même période, les plus de 65 ans représentaient 3,8% de la population, et les moins de 15 ans 39,1%.
Au-delà de ce constat, j’observe au Japon une véritable adaptation sociale et spatiale des infrastructures et des services pour accompagner cette classe d’âge : infrastructures pensées pour la mobilité réduite, dispositifs de santé, emplois dédiés au soin des aînés ou encore usage du digital pour soutenir leur quotidien.
Mais en Afrique, on a plutôt tendance à parler du boom démographique. En effet, le continent porte aujourd’hui la jeunesse du monde. Selon un rapport de l’UNICEF publié en 2023, d’ici 2050, l'Afrique représentera environ 41% de toutes les naissances mondiales, près de 40% des enfants de moins de cinq ans, et 35% des adolescents. Cette jeunesse est une vraie force de transformation potentielle.
Initiatives prometteuses face à de vrais défis
Quand la jeunesse est accompagnée, elle fait preuve d'indépendance et d'innovation. C'est le cas au Kénya, où les hubs technologiques de Nairobi propulsent la “Silicon Savannah”, en Tunisie, où l’écosystème des startups s’ancre dans les politiques publiques de l’emploi. Au Rwanda, la politique d’investissement dans le numérique et les services a permis de réduire le chômage des jeunes diplômés de près de 10% en une décennie.
Pourtant, ce potentiel est largement sous-utilisé car l'accès à l'éducation reste un privilège. Plus de 98 millions d’enfants et jeunes d’âge scolaire sont hors de l’école en Afrique subsaharienne, selon l’UNESCO. Pour les adolescents de 15 à 17 ans, le pourcentage de non-scolarisation dépasse les 50% ; y compris dans les filières techniques ; et d'autant plus pour les filles. Ansi, des millions de jeunes quittent le système sans compétences nécessaires pour être acteurs du développement.
Seule une volonté politique forte peut inverser les tendances, comme le montre le cas du Ghana, où le programme Free Senior High School , combinant gratuité, politique de bourses et amélioration des infrastructures, a permis d’accroître de 69% l’inscription dans l’enseignement secondaire entre 2017 et 2022.
Problème caché: inadéquation entre formation et emploi
Toutefois, le développement durable ne peut se limiter à l'accès à l'instruction : encore faut-il que les compétences acquises soient utiles. De nombreux systèmes éducatifs africains restent déconnectés des besoins du marché du travail. La formation technique, professionnelle ou numérique demeure insuffisante, et souvent peu valorisée.
Les conséquences sont visibles : 10 à 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail africain, mais seulement 3,7 millions d’emplois formels sont créés. Beaucoup se tournent vers l’informel, avec des revenus précaires et sans protection sociale. Cette non-productivité freine la croissance, fragilise la cohésion sociale et alimente souvent l’émigration.
En Afrique du Sud, l’informel représente un segment non négligeable de l’économie : selon les syndicats, ce secteur représente environ 27% de la main-d’œuvre.
Pourtant des alternatives existent. En Somalie, l’entrepreneur social Mohamed Ali Dini, membre de l’Aspen Institute, a fondé IFTIN Foundation : un programme qui forme et emploie des jeunes tout en leur offrant un accompagnement en santé mentale pour surmonter les traumatismes de la guerre et se réinsérer dans la société. Ce type d’approche intégrée – emploi, santé et résilience – illustre parfaitement la manière dont l’Afrique peut transformer sa jeunesse en acteur de reconstruction.
Parmi les jeunes, les filles subissent des discriminations multiples : accès à l’école limité, mariages précoces, grossesses adolescentes, violences sexuelles. Selon l’UNICEF, plus d’une fille sur huit en Afrique subsaharienne a subi une forme de violence sexuelle pendant l’enfance.
Or les jeunes femmes sont des vecteurs puissants de transformation. Au Sénégal, des initiatives comme Senegaleses in Tech ou Jokalante forment des centaines de jeunes femmes aux métiers du numérique et du codage. Ces programmes, portés souvent par la société civile, démontrent qu’investir dans l’éducation et l’autonomie économique des femmes produit des effets multiplicateurs sur l’ensemble de la société : hausse des revenus, réduction des inégalités, amélioration de la santé et de la stabilité familiale. Autonomiser les jeunes femmes est donc une question de stratégie de développement durable.
Les projections de la Banque Africaine de Développement (BAD) montrent que la population active d’Afrique passera d’environ 56% à 63% d’ici 2050. Si cette transition est bien gérée, elle peut devenir une source de prospérité. Mais sans investissements massifs dans l’éducation, la santé, la formation et l’emploi formel, ce levier peut se transformer en piège : celui d’une jeunesse nombreuse mais marginalisée.
Des pays ont montré la voie. En Éthiopie, le Youth Revolving Fund a permis de financer plus de 200 000 projets de jeunes entrepreneurs depuis 2019. Ces programmes, quand ils s’appuient sur une vision nationale cohérente, peuvent réduire durablement le chômage des jeunes et renforcer la confiance sociale.
Bien définir les priorités de développement
Pour transformer ce potentiel en force, plusieurs leviers sont essentiels. Il s’agit d’abord de réformer en profondeur les systèmes éducatifs afin qu’ils répondent mieux aux besoins réels des économies locales. Les programmes doivent intégrer les compétences numériques, les métiers verts, l’agriculture durable, l’artisanat et la gestion des petites entreprises. Garantir un accès universel à l’enseignement secondaire, en particulier pour les filles, passe par des bourses ciblées, des infrastructures adaptées et des politiques éducatives de proximité.
Ensuite, il est essentiel de créer des emplois décents pour offrir des perspectives concrètes aux jeunes. Cela implique de soutenir l’entrepreneuriat à travers des mécanismes de financement accessibles, du mentorat et une meilleure intégration dans les marchés locaux et régionaux. Les gouvernements et partenaires doivent également encourager les investissements dans les secteurs porteurs tels que la technologie, l’industrie légère et les énergies renouvelables.
La santé et la protection sociale constituent un autre pilier incontournable. Les politiques en faveur des jeunes doivent inclure la santé reproductive, la santé mentale et la sécurité sociale. Une attention particulière doit être accordée à la protection des jeunes femmes contre les violences et les discriminations, qui freinent leur participation économique et sociale.
Enfin, la participation et le leadership des jeunes doivent être placés au cœur de l’action publique. Les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, doivent être intégrées dans les espaces de décision à tous les niveaux : local, national et régional. Encourager un leadership inclusif, ancré dans les réalités communautaires, est une condition essentielle pour bâtir des sociétés résilientes et équitables.
Je repense souvent à ce que j’ai vu au Japon : une société vieillissante qui, paradoxalement, valorise la jeunesse comme une denrée rare. Là-bas, on veut plus de jeunes, on les attire, on les forme, on les écoute. En Afrique, nous avons l’inverse : une abondance de jeunesse, mais une rareté de valorisation. Nous possédons le plus grand trésor démographique du monde, et pourtant nous n’en faisons pas une priorité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260113_133605";}s:15:"20260112_231631";a:7:{s:5:"title";s:116:"Ouganda: les droits des femmes sous la menace d'une campagne de désinformation menée par des groupes conservateurs";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/13/294775/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=294775";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 12 Jan 2026 22:16:31 +0000";s:11:"description";s:199:"La montée en puissance des groupes conservateurs hostiles aux droits de l'homme en Ouganda et dans le monde entier a engendré une désinformation sexiste qui menace la démocratie et les libertés.";s:7:"content";s:19291:"
La désinformation sexiste est utilisée comme une arme contre les femmes et les groupes minoritaires.
La montée en puissance des groupes conservateurs anti-droits en Ouganda et dans le monde a engendré une désinformation sexiste qui menace la démocratie et les libertés dans ce pays d'Afrique de l'Est. La désinformation est instrumentalisée contre les femmes et les minorités qui exercent leur liberté d'expression.
Montée du mouvement féministe
Entre 2016 et 2019, la voix des femmes est devenue prépondérante et puissante sur les espaces numériques ougandais. Des hashtags comme #WomensLivesMatterUG sont devenus viraux et ont suscité un large intérêt. Durant cette période, les misogynes savaient qu'il valait mieux ne pas croiser celles qu'ils avaient qualifiées de « féministes de Twitter ». Ces féministes ont sensibilisé les Ougandaises sur X (anciennement Twitter) à des notions telles que la capacité d'agir, le choix et l'intégrité corporelle. Cette époque a vu l'ascension de l'activiste Stella Nyanzi, dont la manifestation nue contre son patron a été accueillie à la fois par des huées et des acclamations pour son courage.
En 2018, les féministes avaient déplacé le combat des claviers vers la rue, amplifiant leur voix contre le féminicide endémique dans le pays. Stella Nyanzi, aux côtés d'autres féministes de premier plan, a incarné ce changement, utilisant à la fois les plateformes en ligne et les manifestations physiques pour exiger justice et responsabilité. Entre 2015 et 2018, plus de 42 Ougandaises ont été enlevées, mutilées et assassinées à Kampala, la capitale ougandaise, et dans ses environs. La moitié de ces meurtres atroces ont eu lieu en trois mois en 2017. Les corps de ces femmes portaient souvent des traces de violences sexuelles brutales, laissant la nation horrifiée et exigeant des réponses.
En 2018, des femmes ont manifesté dans les rues de Kampala, exigeant que la police prenne des mesures décisives contre les auteurs de féminicides. La police a réagi et, pendant un certain temps, les meurtres endémiques de femmes ont cessé. Montée des voix misogynes et conservatrices.
Montée en puissance des voix misogynes et conservatrices
Cependant, à mesure que ces dynamiques se développaient, une dangereuse montée des voix misogynes et conservatrices a commencé à façonner l'environnement politique et social, amplifiant les difficultés rencontrées par les militantes, en particulier les femmes, qui s'exprimaient contre le statu quo. En 2020, alors que les espaces en ligne devenaient plus critiques en raison des confinements, les défis de la pandémie ont encore façonné la trajectoire du mouvement féministe ougandais, le poussant à s'adapter et à amplifier ses efforts face aux nouvelles inégalités.
Avec l'arrivée au pouvoir du président Donald Trump aux États-Unis, le mouvement conservateur ougandais a également gagné en audace. Open Democracy a rapporté que des groupes conservateurs américains avaient investi plus de 50 millions de dollars en Afrique depuis 2007 pour saper les droits LGBTQ+, promouvoir les valeurs conservatrices et restreindre l'accès à l'avortement médicalisé, aux contraceptifs et à une éducation sexuelle complète. Cet afflux de financement a alimenté la montée des voix conservatrices en Ouganda, des voix qui ont défendu des programmes régressifs sous couvert de « préservation culturelle ».
On assiste également à une montée en puissance des militants des droits des hommes, des « incels » (célibataires involontaires) et des hommes poussés par la misogynie à maintenir le patriarcat comme ordre mondial. Bien qu’Andrew Tate, influenceur américano-britannique et kickboxeur professionnel connu pour ses propos misogynes choquants, ait été banni des principales plateformes sociales, il a laissé derrière lui des clones de lui-même sur les réseaux sociaux ougandais. Ces voix misogynes, alimentées par des idéologies patriarcales, ont donné de l'importance à des personnalités comme Godfrey Kuteesa, connu pour diffuser la haine et la désinformation sur les femmes en Ouganda. On peut entendre quotidiennement des tweets tels que « Ton mari te gouvernera !»
Alors que les voix misogynes se faisaient de plus en plus fortes, amplifiées par les changements algorithmiques après le rachat de Twitter par Elon Musk et son rebranding en X, de nombreuses femmes ont choisi de se retirer. Certaines ont supprimé leur compte Twitter, préférant se concentrer sur leurs projets personnels, comme l'écriture de livres ou la poursuite d'études supérieures. Beaucoup ont fait de leur bien-être et de leur santé mentale une priorité, tandis que d’autres ont trouvé refuge dans des espaces alternatifs tels que Telegram et les stories Instagram, où elles se sentaient plus en sécurité et plus en contrôle de leurs interactions.
Lutte contre la corruption en Ouganda
Malgré le rétrécissement des espaces en ligne réservés aux femmes, Agather Atuhaire, journaliste et avocate ougandaise, s'est fait connaître en organisant avec ses collègues des expositions en ligne pour dénoncer la corruption dans divers secteurs du pays.
Elles ont commencé par les #KampalaPotholeExhibition et #UgandaHealthExhibition. Les Ougandais sur X se sont mobilisés pour ces expositions afin de dénoncer la mauvaise gestion des fonds par le gouvernement actuel et ses conséquences pour les Ougandais ordinaires. L’#UgandaParliamentExhibition a suscité le plus grand tollé, révélant que la présidente du Parlement, Anita Among, versait chaque semaine des milliards de shillings ougandais sur son compte privé.
Dear Opposition,
This is a revolutionary moment. You don’t have to miss it. You have all the information you need – plus public support – to move a motion to censor Speaker Anita Among. #CensorAnitaAmong
C'est un moment révolutionnaire. Ne le manquez pas. Vous disposez de toutes les informations nécessaires, ainsi que du soutien du public, pour déposer une motion de censure à l'encontre de la présidente du Parlement, Anita Among.
Depuis lors, Agather Atuhaire a été la cible d'attaques de désinformation, bien qu'elle ait mené les campagnes avec une équipe majoritairement masculine. En tant que femme et mère célibataire, elle est devenue la cible de discours de haine et de violences en ligne.
Discours de haine et attaques de désinformation contre les femmes
Lors de deux entretiens distincts, Global Voices s'est entretenu avec Atuhaire, puis avec Aloikin Praise Opoloje, une jeune femme qui, avec ses deux collègues, a organisé une manifestation nue contre la corruption au Parlement ougandais. Elles ont évoqué la haine en ligne à laquelle elles sont confrontées depuis que leurs campagnes ont pris de l'ampleur. Atuhaire a déclaré :
They claim that I have four children by four different men. I find it ridiculous for two reasons; how they think that is supposed to be something outrageous and of concern to Ugandans at the same level with their criminality, but also how they can’t even establish facts as basic as the number of children a woman has. If I was a man it would be understandable.
Ils prétendent que j'ai quatre enfants de quatre hommes différents. Je trouve cela ridicule pour deux raisons : Comment ils pensent que cela est censé être scandaleux et préoccupant pour les Ougandais, au même titre que leur criminalité, mais aussi comment ils ne peuvent même pas établir des faits aussi élémentaires que le nombre d'enfants qu'une femme a. Si j'étais un homme, ce serait compréhensible.
La plupart des attaques contre Atuhaire sont sexistes, vilipendant ses choix et niant son pouvoir d'action. Elle a partagé son opinion sur les causes de ce phénomène.
It is so because of the patriarchal, archaic society we still live in where people think that a woman not being married is some sort of failure, that a woman shouldn’t have free will to choose a sexual partner or partners, and that a woman having sex is some abominable, shameful act whereas for a man, having many sexual partners is commendable and demonstrates sexual prowess! I saw some ridiculous comments about how my colleague Spire is sleeping with three women. the comments from men were that it would enhance his ‘market value.
Cela est dû à la société patriarcale et archaïque dans laquelle nous vivons encore, où les gens pensent qu'une femme célibataire est un échec, qu'une femme ne devrait pas avoir le libre arbitre de choisir un ou plusieurs partenaires sexuels, et qu'avoir des relations sexuelles est un acte abominable et honteux, alors que pour un homme, avoir plusieurs partenaires sexuels est louable et témoigne de prouesses sexuelles ! J'ai lu des commentaires ridicules sur le fait que mon collègue Spire couche avec trois femmes. Les hommes disaient que cela augmenterait sa « valeur marchande ».
Mais quel est le but de ceux qui propagent cette désinformation ?
They aim to discredit me. Either because someone is paying them to do so — our good reputations give us credibility, and people we have exposed need to undermine that to turn people against us — or because they think discrediting me will give them the limelight that I have.
Ils cherchent à me discréditer. Soit parce que quelqu'un les paie pour cela — notre bonne réputation nous donne de la crédibilité, et les personnes que nous avons dénoncées doivent la saper pour retourner les gens contre nous —, soit parce qu'ils pensent que me discréditer leur donnera la même visibilité que moi.
Ces commentaires ont parfois découragé Atuhaire.
Many times, I wonder how people I have never even met hate me so much as to write outrageous and false things about me, without concern for the consequences on my reputation or on my loved ones.
Je me demande souvent comment des gens que je n'ai jamais rencontrés peuvent me détester au point d'écrire des choses scandaleuses et fausses sur moi, sans se soucier des conséquences sur ma réputation ou sur mes proches.
En cours de route, elle a développé une carapace et a appris à ignorer la haine en ligne et à se concentrer sur l'essentiel.
Atuhaire n'est pas la seule cible de la désinformation instrumentalisée. Le 12 septembre 2024, trois jeunes femmes — Norah Kobusingye, Praise Aloikin et Kemitoma Kyenzibo — toutes âgées d'environ 24 ans, sont descendues dans les rues de Kampala pour protester contre la corruption au Parlement ougandais. Les trois jeunes femmes ont été placées en détention provisoire à la prison de Luzira, puis libérées. Les manifestations nues sont traditionnellement utilisées comme forme de résistance. Durant cette période, de nombreuses informations erronées ont circulé, la plupart infondées, et, comme pour Agatha Atuhaire, elles visaient à discréditer les manifestantes par des attaques sexistes. Praise AloikinOpoloje a raconté à Global Voices les informations erronées qui ont circulé concernant leur manifestation nue.
They said that my choice of protest, being a nude protest, was because I wanted a visa out of the country. They claimed we were paid by foreign agents to stage the protests. They also called us prostitutes. They pointed at my armpits and said I have black armpits for a woman, to which I laughed and asked, ‘Which Black woman doesn't have black armpits?’ They also said we hadn’t had sex in a long time, so men were offering to give me sex because I was obviously sexually starved.
Ils ont affirmé que mon choix de manifester nue était motivé par le désir d'obtenir un visa pour quitter le pays. Ils ont affirmé que nous étions payées par des agents étrangers pour organiser ces manifestations. Ils nous ont également traitées de prostituées. Ils ont pointé du doigt mes aisselles et ont dit que j'avais des aisselles noires pour une femme. J'ai ri et demandé : « Quelle femme noire n'a pas d'aisselles noires ? » Ils ont également ajouté que nous n'avions pas eu de relations sexuelles depuis longtemps, et que des hommes me proposaient donc des relations sexuelles parce que j'étais manifestement en manque de relations sexuelles.
Les attaques contre Agather et les trois jeunes manifestantes illustrent comment la désinformation genrée est utilisée pour réduire les femmes au silence et renforcer les discours patriarcaux en Ouganda. À l'ère de la surinformation, nous sommes tous susceptibles de croire et de propager de fausses informations. Cependant, nous pouvons lutter contre ce phénomène en étant plus attentifs et plus intentionnels quant aux contenus que nous consommons et partageons.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260112_231631";}s:15:"20260112_230328";a:7:{s:5:"title";s:88:"Vietnam : des groupes sociaux et des activistes tentent de reconquérir l'espace civique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/13/299075/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299075";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 12 Jan 2026 22:03:28 +0000";s:11:"description";s:169:"Au sein de la communauté internationale, le statut autoritaire du Vietnam est assez peu connu par rapport à celui d'autres pays tels que la Chine et la Corée du Nord.";s:7:"content";s:10297:"
Une grande partie de la communauté internationale est ignorante du caractère autoritaire du régime vietnamien.
Photo d'une activité de groupe de Vietnam Rise, utilisée avec autorisation.
Les restrictions imposées à l'espace civique au Vietnam ont rendu la tâche plus difficile pour les groupes et les militants des droits humains d'accomplir leur travail sans être pris pour cible par les autorités. Malgré les risques, plusieurs initiatives et campagnes visent à donner à davantage de personnes les moyens d'exercer leurs droits et de contribuer à un changement positif dans leurs communautés. Certains membres de la diaspora vietnamienne, soucieux de leur pays d'origine et désireux d'étudier leur patrimoine, font partie des personnes qui militent activement en faveur de réformes.
Vietnam Rise, dont les trois fondateurs sont issus de la diaspora, publie des études, met en avant des programmes de bourses et collabore avec des réseaux basés en Asie du Sud-Est afin de mettre en lumière la détérioration de l'espace civique au Vietnam. Elle fait également la promotion des approches innovantes visant à soutenir les militants locaux et à aider les citoyens à lutter contre les politiques draconiennes.
Global Voices a interviewé Vietnam Rise sur sa mission, les défis auxquels la plateforme est confrontée dans son travail et le rôle de la collaboration régionale dans la reconquête de l'espace civique.
Global Voices (GV) : Quels sont les objectifs de Vietnam Rise ? Comment comptez-vous accomplir votre mission ?
Vietnam Rise (VR) : L'objectif principal de Vietnam Rise est de donner les moyens d'agir aux militants sur le terrain et à la société civile au Vietnam. Nous visons à remplir cette mission avant tout grâce à nos programmes semestriels d'incubation et de bourses. Le programme de bourses sélectionne des militants vietnamiens et les forme au leadership. Le programme d'incubation fournit des subventions initiales et un soutien à la gestion de projets pour les groupes militants sur le terrain. Les boursiers et les groupes d'incubation travaillent dans des domaines très variés tels que les droits du travail, l'accès à l'éducation et des thématiques en lien avec les groupes LGBT. Nous organisons des formations en présentiel et des voyages d'étude pour permettre aux militants de rencontrer et de partager leurs bonnes pratiques avec des membres de mouvements partageant les mêmes idées en Asie du Sud-Est. L'objectif de ces programmes est de créer des communautés autonomes dotées de moyens d'action au Vietnam.
GV : Quels sont les défis que vous rencontrez dans vos activités et comment les surmontez-vous ?
VR : Les défis auxquels nous sommes confrontés au Vietnam comprennent la diffusion par les médias d'état de fausses informations sur l'objectif de Vietnam Rise et le risque de sanctions politiques. Le Vietnam est un état à parti unique qui restreint l'espace juridique de la société civile, une mesure marquée par des accusations d'évasion fiscale, de propagande anti-étatique et d'« abus des libertés démocratiques » à l'encontre des militants. Les organisations non enregistrées qui encouragent la population à douter de l'autorité sont qualifiées de réactionnaires ou, dans les cas extrêmes, de terroristes. Les sanctions infligées pour déviance politique sont sévères, ce qui oblige de nombreux militants sur le terrain à agir dans la discrétion et la clandestinité, voire à garder le silence.
Au sein de la communauté internationale, la relative obscurité qui entoure l'État autoritaire vietnamien par rapport à des pays comme la Chine et la Corée du Nord constitue un autre défi. L'une des raisons qui expliquent sans doute l'ignorance des étrangers à l'égard de la société politique fermée du Vietnam est l'image que renvoie ce pays, celle d'une économie florissante et d'une destination touristique prisée. Le manque d'informations fiables et accessibles en anglais sur l'activisme vietnamien rend également difficile la diffusion d'informations sur la société civile vietnamienne auprès d'un public qui ne parle pas le vietnamien.
GV : Quel rôle jouent la collaboration régionale et la solidarité lorsqu'on veut protéger et se réapproprier l'espace civique au Vietnam ?
VR : Alors que les ressources financières se raréfient, la collaboration régionale et la solidarité entre les militants déjà marginalisés d'Asie du Sud-Est sont plus cruciales que jamais. L'une des façons de reconquérir l'espace civique consiste à mettre en commun les compétences, les données et les connaissances régionales approfondies de chacun afin de résoudre les problèmes. Pour prendre un exemple tiré de notre organisation, Vietnam Rise fait partie du projet Terali, un service d'assistance destiné aux défenseurs des droits humains d'Asie de l'Est et du Sud-Est afin de lutter contre les problèmes de cybersécurité. Les prestataires de services d'assistance impliqués sont TibCert (Tibet), Vietnam Rise (Vietnam) et Security Matters (Thaïlande, Hong Kong, Cambodge et Malaisie). Nos services visent à répondre aux besoins spécifiques de nos communautés tout en créant une base de données commune sur les menaces et les problèmes liés aux données, ce qui nous permettra de mieux comprendre les menaces qui pèsent sur les droits numériques en Asie du Sud-Est.
Photo d'une activité de groupe de Vietnam Rise, utilisée avec autorisation.
Vietnam Rise participe à des dialogues régionaux tels que l'Assemblée Asie-Pacifique sur les droits numériques 2025 (DRAPAC) afin de promouvoir son travail et de tirer des enseignements de l'expérience d'autres militants. Le responsable du programme a partagé les conclusions suivantes tirées de leur participation à la DRAPAC :
« Même dans un contexte géopolitique difficile, nous ne pouvons pas partir du principe que les ressources sont aussi rares que nous le laissons entendre. Il existe clairement de nombreux jeunes militants motivés qui continuent à participer au DRAPAC et à partager leurs expériences les uns avec les autres. Grâce à une réaffectation stratégique des ressources et à de la collaboration, nous serons en mesure de nous adapter et de prospérer dans des environnements hostiles. Cette attitude d'optimisme mesuré et cet engagement en faveur de relations mutuellement bénéfiques permettront aux organisations de la société civile d'aller de l'avant. »
Vietnam Rise organise en novembre le Social Movement Festival qui devrait rassembler et célébrer les communautés, les groupes et les militants à la tête de mouvements vietnamiens et d'initiatives menées par des jeunes. Il comprendra également une table ronde régionale réunissant des ONG en présentiel afin de recueillir les points de vue des jeunes militants régionaux sur la manière d'impliquer efficacement les communautés marginalisées en Asie du Sud-Est.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260112_230328";}s:15:"20260108_152944";a:7:{s:5:"title";s:51:"Guérir par la musique : briser la glace au Myanmar";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/08/299800/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299800";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 08 Jan 2026 14:29:44 +0000";s:11:"description";s:175:""Pour moi, être féministe, c’est faire preuve de bienveillance. Si je reste silencieuse lorsque les autres souffrent, un jour viendra où ce sera à mon tour de souffrir."";s:7:"content";s:12611:"
Célébration de la résilience et de la créativité des femmes du Myanmar en exil à travers la musique
Même en exil, Dr Elizabeth poursuit son cheminement vers la guérison grâce au rythme, à la résistance et à un espoir radical. Photo d'Exile Hub, utilisée avec autorisation.
Exile Hub est l’un des partenaires de Global Voices en Asie du Sud-Est. Il a été créé en réponse au coup d’État de 2021 au Myanmar et se concentre sur le renforcement des capacités des journalistes et des défenseurs des droits humains. Cet article édité, est republié dans le cadre d’un accord de partenariat de contenu.
Dès son plus jeune âge, Elizabeth était connue pour son imagination, une jeune fille vivant dans le centre du Myanmar, elle aimait se plonger dans des romans de fantasy chinois et des récits de courage. La petite boutique de location de livres de sa tante est devenue son refuge : elle y passait d’innombrables heures à imaginer ses propres mondes et à écrire ses propres histoires. Durant ses études de médecine, elle a créé un blog sur lequel elle publiait des poèmes d’amour ainsi que des contenus créatifs d’« éducation ludique », par exemple sur l’importance du lavage des mains ou du port du casque à moto. Déjà à cette époque, sa voix alliait à a fois compassion et conviction.
Devenir médecin était sa propre motivation : elle n’était ni dictée par la pression sociale ni par les attentes parentales, mais par le rêve de signer un jour ses livres « Dr Elizabeth, Université de médecine ». À l’époque, de nombreux auteurs renommés du Myanmar faisaient figurer avec fierté le nom de leur université après leur nom de plume, et elle souhaitait faire de même. Après avoir obtenu son diplôme en 2012 à l’Université de médecine, elle a poursuivi une spécialisation en cardiologie interventionnelle.
Lorsque l’armée du Myanmar a pris le pouvoir en 2021, elle a été l’une des premières médecins à refuser de travailler sous la junte. Elle est allée plus loin encore en prenant publiquement la parole et en diffusant en direct des messages appelant d’autres professionnels de santé à résister à l’oppression. Son courage a eu un prix. Elle a été inculpée en vertu de l’article 505(a) du Code pénal pour « diffusion de fausses informations » et « incitation au trouble ». Pendant un an, elle s’est cachée dans des villages reculés avant de franchir la frontière et d’entrer à Mae Sot, en Thaïlande, en 2022.
Malgré les épreuves, l’exil est devenu pour elle un nouveau départ. À travers la réflexion, elle a pris conscience de l’influence profonde du patriarcat sur son pays et sur ses propres sentiments de limitation. Le féminisme, dit-elle, lui a « ouvert les yeux » : ça a révélé les systèmes invisibles qui enferment les femmes et lui a donné les mots pour nommer la justice pour laquelle elle se battait depuis toujours.
Lorsqu’elle travaillait comme interne, elle dénonçait souvent les injustices sur son lieu de travail, signalant les traitements inéquitables et nommant les responsables. À l’époque, elle ne connaissait pas le terme « féminisme », mais elle ne pouvait tout simplement pas rester silencieuse. En riant, elle se souvient : « C’est peut-être à cause de tous les romans chinois que j’ai lus en grandissant : les héroïnes trouvaient toujours un moyen de lutter contre l’injustice. »
Lorsqu’on lui a demandé ce que le féminisme signifiait pour elle, elle a partagé: « Pour moi, le féminisme signifie solidarité et bienveillance. Garder le silence face à la souffrance des autres, c’est accepter qu’un jour cette injustice puisse aussi nous atteindre à notre tour. C’est pourquoi je choisis de m’engager, non seulement pour me défendre moi-même, mais aussi pour prévenir la répétition de telles situations et protéger chacun de nous. »
En exil, la musique s’est de nouveau imposée dans sa vie. Ce qui avait d’abord été un moyen intime de reconstruction est rapidement devenu un vecteur de mouvement. Elle s’est mise à composer des chansons — des textes façonnés par la douleur, portés par des mélodies exprimant la force, la résistance et l’espoir. L’une de ses compositions à caractère révolutionnaire a été intégrée à la « Blood Money Campaign », devenant un hymne de protestation largement relayé au sein des réseaux de la résistance au Myanmar. Une autre chanson, « Tattoo Revolution », a été diffusée sur NUG Radio, renforçant ainsi la portée de son engagement artistique et politique.
Plus tôt cette année, à Mae Sot, elle a participé à une session de bien-être au cours de laquelle elle est entrée pour la première fois en contact avec une communauté de femmes en exil, soutenue par Exile Hub. Par la suite, lors d’une Résidence féministe, elle a découvert un profond sentiment de sororité et de solidarité auprès d’autres femmes ayant fui la répression au Myanmar. Grâce au soutien d’une bourse de narration féministe (Feminist Storytelling Grant), elle développe aujourd’hui The Phoenixes, une série de clips musicaux qui célèbre la force, la résilience et la créativité des femmes du Myanmar en exil.
Évoquant son parcours, elle a confié « Ce projet m’a permis de trouver l’espace pour chanter mes propres compositions, perfectionner mon art et soutenir mes amies dans la poursuite de leurs rêves aussi. »
Actuellement, Elizabeth poursuit son parcours de guérison, porté par le rythme, la résistance et un espoir radical. Son histoire nous rappelle que, même lorsqu’elles sont réduites au silence, les voix des femmes peuvent s’élever en musique, en courage et en lumière — pour inspirer et accompagner celles et ceux qui traversent l’obscurité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260108_152944";}s:15:"20260108_145252";a:7:{s:5:"title";s:85:"En Iran, des joueurs de tennis luttent contre la sécheresse en plantant des arbres.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2026/01/08/299963/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299963";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 08 Jan 2026 13:52:52 +0000";s:11:"description";s:208:"Alors que le pays est confronté à la sécheresse et à des tensions écologiques, une modeste association sportive iranienne démontre que le sport peut être un vecteur de responsabilité environnementale.";s:7:"content";s:9189:"
« Les mêmes enfants qui s’affrontaient jadis autour du ping-pong rivalisent aujourd'hui pour planter davantage d’arbres. »
Jeunes membres de l'association de tennis de table de la région de Khorrambid lors d'une journée de plantation d'arbres.
Par Hosein Gharibnavaz
Safashahr, une petite ville située dans les montagnes du nord de la province de Fars en Iran, est confrontée aux mêmes difficultés que de nombreuses autres régions du pays : une accentuation de la crise de pénurie d'eau et une dégradation progressive de l'environnement.
À mesure que la sécheresse s'intensifie et que les écosystèmes locaux subissent des pressions, les espaces publics deviennent plus secs et plus fragiles, surtout dans les zones rurales voisines.
Jeunes membres de l'association de tennis de table de la région de Khorrambid, en Iran. Image utilisée avec la permission de l'auteur.
Deux ans auparavant, lorsque j'accédais à la présidence de l'association de tennis de table de la région de Khorrambid, mon objectif principal était la mise sur pied d'infrastructures sportives de base et le développement de ce sport de manière professionnelle.
Dans le même temps, nous avons décidé que l'association ne se contenterait pas uniquement de former des athlètes, mais qu'elle allait aussi encourager les joueurs et leurs familles à s'investir avec la communauté dans des activités environnementales.
Depuis lors, nous avons organisé plusieurs activités bénévoles associant le tennis de table à la préservation de l'environnement. Parmi celles-ci, citons les campagnes « couloirs sans plastiques » dans nos centres d'entrainement et la construction de petits abreuvoirs périurbains pour la faune sauvage.
Semences d'amandes et de pistaches sauvages préparées pour être plantées dans la région de Nobekuh. Image utilisée avec la permission de l'auteur.
Notre dernière rencontre s'est tenue dans la région de Nobekuh, prés du village de Dehbid, où nous nous sommes concentrés sur la plantation d'arbres. En collaboration avec le département local des ressources naturelles, plus de 200 habitants ont participé à cet évènement , parmi lesquels plusieurs de nos jeunes joueurs de tennis de table et leurs familles.
Un bénévole préparant le sol pour les semis. Image utilisée avec la permission de l'auteur.
Ensemble, nous avons planté 400 arbres résistants à la sécheresse, surtout des amandiers sauvages et des arjans, des espèces capables de survivre à la rareté de l'eau et aux conditions climatiques difficiles caractérisant la région. Pour beaucoup d'enfants, c'était la première fois qu'ils plantaient un arbre de leurs propres mains dans les montagnes qu'ils ne voyaient d'habitude que de loin.
« Les mêmes enfants qui s’affrontaient jadis autour du ping-pong rivalisent aujourd'hui pour planter davantage d’arbres » a déclaré en riant la mère d'un enfant de la localité, tandis qu'elle regardait son fils transporter un jeune arbre en haut de la colline. « Cela a changé leur perception de notre terre, » ajouta t-elle.
Des bénévoles au moment de commencer l'activité de plantation de semence dans la région de Khorrambid, province de Fars
L'atmosphère était joyeuse et émouvante. Les familles nous ont dit qu'elles ressentaient de la « gratitude » pour la terre, et beaucoup de jeunes joueurs ont déclaré qu'ils considéraient désormais les collines et les forêts environnantes comme faisant partie de leur responsabilité, et non plus seulement comme un décor.
Plusieurs participants ont voulu connaitre la date prévue pour la prochaine séance, tout en suggérant la création d'une petite communauté forestière au cours des prochaines années à venir. Ces activités environnementales se poursuivront avec la hausse du nombre de pratiquants de tennis de table.
Un bénévole semant des graines dans le sol sec de la région de Nobekuh. Image utilisée avec la permission de l'auteur.
Dans les futures semaines, notre association s'apprête à signer un protocole d'accord officiel avec le ministère local de l'environnement pour pérenniser ces activités conjointes et illustrer que même une modeste association sportive d'une région éloignée pouvait contribuer à la préservation de la nature tout en renforçant la cohésion communautaire.
";s:7:"dateiso";s:15:"20260108_145252";}s:15:"20251219_015143";a:7:{s:5:"title";s:122:"Réinventer la beauté et l'humour : Marc Dennis explique comment transformer des chefs-d'œuvre en conversations vivantes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/12/19/299796/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299796";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 19 Dec 2025 00:51:43 +0000";s:11:"description";s:146:"« J'insuffle souvent mon sens de l'humour dans mes peintures, ou comme d'autres le diraient, mon sens du sarcasme, de l'esprit ou de l'ironie. »";s:7:"content";s:29294:"
« Mon credo en tant que peintre a toujours été de frapper l'œil et de séduire l'esprit »
Marc Dennis, « He Loves Me, He Loves Me Not » (Il m'aime, il ne m'aime pas) (La transfiguration de Blanche-Neige), 2019. Huile sur toile de lin, 142 × 187 cm (56 × 74 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
L'été dernier, lors d'une visite chez un ami à Savannah, en Géorgie, mon attention a immédiatement été attirée par ce qui semblait être l'emblématique Betty de Gerhard Richter, à la différence près que dans cette version, un chat était en train de bondir au milieu de la composition. L'œuvre, réalisée par l'artiste américain Marc Dennis, se distinguait parmi une remarquable collection d'art contemporain par son étrange subtilité et sa provocation discrète.
Cette découverte a éveillé mon intérêt pour le travail de Dennis et a donné lieu au présent entretien, lors de ma rencontre avec cet artiste qui, en célébrant l'acte de voir, nous rappelle que la plus haute vocation de l'art est peut-être d'éveiller l'émerveillement dans le quotidien.
Né en 1974 à Danvers, dans le Massachusetts, Marc Dennis a obtenu une licence en beaux-arts à la Tyler School of Art and Architecture de la Temple University à Philadelphie, puis une maîtrise à l’university of Texas à Austin. Basé à Manhattan, avec un atelier également à Montclair, dans le New Jersey, Dennis s'est forgé une carrière unique qui allie maîtrise classique et esprit contemporain. Ses peintures ont été présentées dans ArtNews, Art in America, Vulture et Whitehot Magazine of ContemporaryArt, entre autres. Dans de précédents interviews, il a expliqué comment ses souvenirs d'enfance, ses voyages et sa fascination précoce pour la nature ont façonné sa vision artistique.
Marc Dennis, Richter’s Cat » (Le chat de Richter), 2021. Huile sur toile de lin, 86 × 68 cm (34 × 27 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
Le travail de Dennis s'inscrit dans le courant de l'hyperréalisme : des peintures à l'huile méticuleusement réalisées qui font référence aux maîtres anciens tout en y insufflant humour, ironie et tension moderne. Dans son art, l'humour sert à la fois de critique et de charme ; des animaux, des fleurs et des gestes espiègles, comme un chat bondissant sur un Caravage, insufflent une vitalité nouvelle aux icônes solennelles de l'histoire de l'art.
Les peintures de Dennis sont accessibles tout en étant intimes, invitant les spectateurs à un dialogue entre maîtrise et joie. Dans un monde de l'art contemporain souvent éloigné des émotions du public, son appréciation de la vie, de la nature, des animaux et du rire donne naissance à des œuvres à la fois sophistiquées et profondément humaines. En fusionnant des chefs-d'œuvre avec de nouveaux éléments fantaisistes, il donne au public une raison de faire une pause, de sourire et de réimaginer ce que l'histoire de l'art peut signifier aujourd'hui.
Dans cet entretien avec Global Voices, Dennis revient sur sa dernière exposition, l'évolution de sa série Flower, son approche de l'hyperréalisme et de l'humour, la manière dont l'actualité influence sa créativité, ainsi que sa réflexion sur le succès et le rôle de l'art à l'ère de l'IA.
Ci-dessous, extrait de l'interview :
Marc Dennis, « Three Jews Walk Into a Bar » (Trois Juifs entrent dans un bar), 2023. Huile sur toile de lin, 203 × 152 cm (80 x 60 pouces), photo gracieusement fournie par l'artiste.
Omid Memarian (OM) : Jerry Saltz a écrit que dans « Three Jews Walk Into a Bar » (Trois juifs entrent dans un bar), vos personnages hassidiques « envahissent le tableau… comme s'ils ne regardaient pas le passé, mais l'avenir ». Quelle est votre philosophie lorsque vous reprenez des œuvres célèbres telles que « Un bar aux Folies Bergère » de Manet, et quel dialogue espérez-vous susciter entre vos peintures, l'histoire de l'art occidental et les questions d'identité ?
Marc Dennis (MD) : En tant qu'artiste, j'ai presque toujours eu pour intention de créer un espace dans la peinture où les spectateurs puissent s'intégrer, afin qu'ils ne se contentent pas de regarder l'œuvre, mais qu'ils participent activement à l'expérience, en quelque sorte. J'appelle cela le « premier plan invisible ». Quant au canon de l'art occidental, mon travail intègre les maîtres anciens dans des décors contemporains afin de détailler la relation entre l'art classique et l'environnement et le climat dans lesquels nous vivons aujourd'hui. Mon intention générale est de repenser le passé et le présent ensemble afin de créer quelque chose de nouveau.
Marc Dennis, « Three Jews Walk Into a Bar » (Trois Juifs entrent dans un bar), 2023. Huile sur toile de lin, 152 × 147 cm (60 × 58 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Votre enfance, vos voyages et vos expériences de vie ont certainement façonné votre sensibilité visuelle et les histoires que vous racontez.
MD : Mes souvenirs d'enfance, tout comme ceux que je fabrique avec mes enfants (aujourd'hui adolescents), sont essentiels à mon développement continu en tant qu'artiste. Je m'appuie beaucoup sur mes souvenirs, car ils font partie intégrante de ma personnalité. Je me souviens d'une multitude de leçons et d'expériences vécues à l'école d'art, de mon intérêt intense et passionné pour les maîtres anciens alors que la plupart de mes camarades de classe ne s'intéressaient qu'à l'art contemporain, à mes expériences avec une grande variété de médiums, qui m'ont finalement conduit à la peinture à l'huile et aux méthodes des maîtres anciens.
J'ai également vécu à Rome dans le cadre d'un programme à l'étranger organisé par la Tyler School of Art de la Temple University, et j'ai été époustouflé par toutes ces œuvres qui m'ont marqué visuellement et séduit intellectuellement. Cette expérience m'a poussé à comprendre non seulement les techniques picturales du Caravage, de Raphaël et du Titien (lors de mon séjour d'un mois à Venise), mais aussi comment interpréter un récit ancien pour en tirer des concepts nouveaux.
Marc, Dennis, « This Must Be the Place » (Ce doit être ici), 2025. Huile sur toile de lin, 131 × 104 cm (51,75 × 41 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : L'hyperréalisme exige une précision, un contrôle et une attention aux détails étonnants. Pourquoi avez-vous choisi cette technique plutôt que d'autres (abstraction, expressionnisme, etc.) ?
MD : Depuis mon enfance, j'ai toujours été fasciné par les animaux, les arbres, les plantes, les fleurs, etc., en gros par toutes les formes de la nature. Je voulais dessiner beaucoup de choses, des lézards et des crapauds aux plantes et aux fleurs, en passant par les tamias et les zèbres, et mon objectif était de les représenter de la manière la plus authentique et réaliste possible afin que les spectateurs puissent immédiatement reconnaître et s'identifier à mon sujet. J'ai beaucoup travaillé sur les formes, les valeurs, les tons, etc., afin de capturer tout ce que je voyais, ce qui m'a naturellement conduit à l'hyperréalisme comme style permettant d'exprimer avec précision la beauté de la nature dans mon travail. Il est toujours important pour moi de bien rendre les choses avant de prendre des libertés. Après tout, je ne suis pas un photoréaliste et je ne me fie pas entièrement aux photographies comme référence ou source d'inspiration. Pour moi, il est très important de prendre des libertés créatives et de repousser les limites.
OM : Plus précisément, pour la série « Three Jews Walk Into a Bar » (Trois Juifs entrent dans un bar), quelle était votre idée derrière la juxtaposition de personnages hassidiques avec « Un bar aux Folies-Bergères » de Manet? Comment avez-vous conçu les compositions ? Comment voyez-vous la tension entre les codes rituels/religieux des personnages hassidiques et la modernité laïque représentée par Manet, et quelles réactions espérez-vous susciter ?
MD : Je fais des recherches et j'enseigne sur l'Holocauste depuis plus de 20 ans, en me concentrant sur les œuvres d'art réalisées par les prisonniers dans les camps de concentration nazis. Au cours de mes recherches, j'ai découvert l'humour juif, qui existait avant la Seconde Guerre mondiale et après l'Holocauste, lorsque de nombreux Juifs sont venus en Amérique et ont fait carrière comme humoristes ou comédiens à Hollywood. L'humour est ancré dans notre ADN. Et pour être honnête, je pense que je peux moi aussi être drôle, enfin, parfois, c'est sûr ! Je voulais créer une œuvre qui soit, à tous égards, une plongée profonde dans mon ascendance et mon arbre généalogique, et l'humour en est une partie importante.
Je pensais que le postulat ou l'infrastructure de mon idée serait la plus vieille blague du monde : un rabbin, un prêtre et un moine bouddhiste entrent dans un bar… ou un rabbin, un pasteur et un imam entrent dans un bar… ou, enfin, vous voyez l'idée : trois personnes, quelles qu'elles soient, entrent dans un bar. J'ai choisi trois Juifs, car l'œuvre parle de moi, et j'ai choisi le tableau le plus célèbre représentant un bar comme décor ! C'est de l'or comique ! « De l'or, Jerry, de l'or ! » (citation célèbre de la série Seinfeld ( NDT)). Vous voyez ce que je veux dire ? Je dirais que cette série intitulée « Trois Juifs entrent dans un bar » est « plutôt, plutôt, plutôt bonne ». Si vous voyez ce que je veux dire, encore une fois.
Marc Dennis, « Giotto’s Fly » (Oiseaux et papillons de Giotto), 2024, huile sur toile de lin, 182,88 × 243,84 cm. Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Jerry Saltz commente l'exposition : « une blague, d'accord. Mais est-ce drôle ? » Il affirme également qu'il n'aime pas nécessairement les peintures, mais qu'il ne peut s'empêcher d'y penser. Quelle est votre réaction face à une telle ambivalence dans la critique ? Comment gérez-vous les éloges, les critiques ou les réactions mitigées, principalement lorsqu'elles portent sur les dimensions esthétiques par opposition aux dimensions idéologiques ?
MD : Je respecte tous les commentaires ; après tout, aucun artiste ne peut contrôler les réactions à son œuvre, mais simplement guider ou suggérer une réponse spécifique — et même cela est difficile. Mon travail est largement ouvert à l'interprétation, et la réaction de Jerry était authentique et sincère. C'est un mensch, comme moi, et il n'a pas besoin d'« aimer » l'oeuvre ; le fait qu'il admette qu'il ne peut s'empêcher d'y penser est vraiment génial et, indirectement, un éloge — une façon très juive de voir les choses, d'ailleurs. Pour répondre à votre question de manière plus générale, j’aime les compliments et j'apprécie tous ceux qui prennent le temps de s'arrêter devant ma peinture. De manière générale, comme nous l’avons appris en grandissant, de nos parents ou de nos grands-parents… si vous n'avez rien de gentil à dire, ne dites rien du tout. Passez simplement à autre chose.
OM : Compte tenu de l'actualité sociale, politique, religieuse et culturelle, y a-t-il quelque chose qui influence directement votre travail en ce moment ? Comment voyez-vous votre processus créatif réagir ou résister à ces événements ?
MD : Nous vivons une époque de plus en plus controversée, et en tant qu'artiste juif, il est important pour moi de représenter non seulement mon héritage, mais aussi ma compréhension contemporaine du judaïsme, car ce n'est pas quelque chose que je vois reflété. En ce qui concerne le changement climatique, un sujet auquel je pense beaucoup, certaines de mes œuvres abordent la destruction progressive de notre belle planète. Je ne sais pas toujours ce qui va ressortir de mon travail, remarquez. Souvent, la plupart du temps, les gens voient des choses qui ne m'ont pas effleuré l'esprit, et c'est un élément très important et amusant dans les réactions à mon art. J'adore entendre ce que les autres voient et ressentent dans mon oeuvre.
Marc Dennis, « Ever After » (pour toujours), 2025. Huile sur toile de lin, 128 × 106 cm (50,75 × 41,75 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Que signifie pour vous, en tant qu'artiste, « réussir » ? Est-ce la visibilité, la reconnaissance, la récompense financière ou quelque chose de plus profond ? Et dans votre cas, après « deux décennies en marge du monde de l'art », pour citer un critique, comment votre conception du succès a-t-elle évolué ?
MD : Pour moi, le succès a toujours été relatif, à chaque étape de ma carrière, même lorsque j'étais enfant et que je dessinais des oiseaux et des lézards au bord de ma piscine pendant les quatre années que j'ai passées à Porto Rico. Si j'avais un objectif en tête, je le poursuivais et faisais de mon mieux pour l'atteindre. Dans ma vie, j'ai créé beaucoup d'œuvres d'art qui n'ont pas connu le succès. J'ai également créé beaucoup d'œuvres d'art qui ont connu le succès, et je suis aujourd'hui la même personne que lorsque j'étais enfant. Je fais de mon mieux dans le temps qui m'est imparti et j'ai le sentiment que je n'ai pas encore réalisé ma meilleure œuvre. J'aborde chaque peinture avec la détermination de la rendre meilleure que la précédente. Jusqu’ici, tout va bien.
OM : La question de l'IA dans l’art est de plus en plus d’actualité. Comment voyez-vous les progrès de l'IA (dans la génération d'images, dans les outils qui simulent le style ou la composition) influencer les artistes qui travaillent avec l'hyperréalisme, l'artisanat et une technique magistrale ?
MD : Ma réponse à cette question est simple, et je n'y ai pas beaucoup réfléchi, mais je suis presque certain, étant donné ce que je sais des maîtres anciens, que si Léonard de Vinci, le Caravage et Vermeer étaient encore en vie aujourd'hui, ils utiliseraient l'IA. Et si je ne me trompe pas, Vermeer et Léonard de Vinci avaient en fait plus de 300 croquis dans leurs archives sur la façon de construire une camera obscura. En résumé, la technologie a toujours été adoptée par les créatifs ! Donc voilà.
Marc Dennis, « In Our World » (Notre monde), 2024. Huile sur toile de lin, 132 × 96 cm (52 x 38 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Parmi vos œuvres les plus célèbres, on trouve vos natures mortes hyperréalistes, vos bouquets de fleurs et vos œuvres plus figuratives/portraits. Pouvez-vous choisir quelques-unes de vos œuvres préférées (passées ou présentes) et nous dire ce qui les rend spéciales à vos yeux ?
MD : Ah ! Question intéressante ! C’est comme si on me demandait quel est mon enfant préféré ; j'aime tous mes enfants de la même façon, mais certaines de mes œuvres me touchent différemment. Dans l'ensemble, mes œuvres préférées sont celles que je crée dans mon atelier, qui reprennent mes thèmes classiques de natures mortes, de bouquets floraux et de références à l'histoire de l'art d'une manière fraîche et passionnante. Ces nouvelles œuvres pourront être admirées lors des prochains salons : Art Basel Miami Beach et Untitled à South Beach, Miami, en décembre 2025, et Art Singapore en janvier 2026. En parlant de 2026, mes dernières œuvres feront également partie de deux expositions individuelles à venir : Anat Ebgi Gallery à Los Angeles, dont l'ouverture est prévue en février 2026 pour coïncider avec Frieze, LA, et Harper's Gallery, New York, dont l'ouverture est prévue la première semaine de septembre 2026 pour coïncider avec The Armory Show à New York. Notez bien ces dates.
Marc Dennis, « Where the Sun Hits the Water » (Là où le soleil touche l'eau), 2021. Huile sur toile de lin, 152 × 144 cm (60 × 57 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Le portrait incarne depuis longtemps à la fois la beauté et le pouvoir. Dans vos portraits, comment équilibrez-vous ou créez-vous une tension entre ces deux notions ? Comment la beauté sert-elle le pouvoir, ou comment le pouvoir subvertit-il la beauté ?
MD : Mon credo en tant que peintre a toujours été de frapper l'œil et de séduire l'esprit. Je ne réfléchis pas trop à la beauté et au pouvoir ; je fais confiance à mon instinct. Les découvertes médicales concernant les biosphères intestinales et l'idée que l'intestin possède son propre cerveau ou esprit sont valides, du moins à mon avis. C'était censé être drôle, mais c'est en grande partie vrai, car je me fie beaucoup à mon instinct pour guider ma production créative.
OM : Votre série Flower (Fleur) est saisissante par sa luxuriance et son charme presque hypnotique. Qu'est-ce qui vous attire vers les fleurs en tant que sujet ?
MD : L'universalité des fleurs en tant que lien avec les moments importants de la vie humaine m'intéresse depuis toujours, depuis la première fois où j'ai épinglé une fleur sur la robe de ma cavalière de prom, jusqu’aux fleurs lors de mariages, funérailles, bar-mitsvahs, baptêmes, Saint-Valentin, naissances, décès, etc. — la liste est infinie. En tant qu'artiste qui fréquente les musées depuis mes études d'art, j'ai toujours été attiré par les peintures de « Memento Mori » et « Vanitas », et cet intérêt ne fait que croître. Du fond du cœur, je crois que le monde a besoin de plus de fleurs.
Marc Dennis, « Caravaggio's Cat » (Le chat du Caravage), 2021. Huile sur toile de lin, 81 × 86 cm (32 x 34 pouces). Photo gracieusement fournie par l'artiste.
OM : Dans l'une de vos œuvres détournées les plus connues, vous avez peint un chat bondissant sur le tableau du Caravage intitulé « Corbeille de fruits ». Quelle était l'idée derrière ce geste de perturbation ludique ? Que pensez-vous qu'il se passe lorsque vous ajoutez de l'humour, de l'ironie ou même une touche de chaos dans la conversation avec des chefs-d'œuvre canoniques ?
MD : Encore une fois, je peux être drôle, et j'insuffle souvent mon sens de l'humour dans mes peintures, ou comme d'autres le diraient, mon sens du sarcasme, de l'esprit ou de l'ironie. Quoi qu'il en soit, j'aime mon sens de l'humour et j'aime le laisser s'exprimer de temps en temps. Pour cette peinture en particulier, j'ai imaginé un chat qui gênait le Caravage pendant qu'il travaillait, probablement dans un sous-sol, et qui, tombant sur lui, a décidé de faire ce que font les chats. Le résultat a été ma peinture du chat qui saute.
C'est un instant fugace qui fait sourire. Quelque chose de très important pour moi en tant qu'être humain. Il n'y a pas de force plus grande que l'amour, qui s'accompagne toujours de sourires et de rires.
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Rendre Gaza à nouveau habitable nécessitera un effort mondial d’une ampleur sans précédent
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers de pages Web en anglais]
Par Masum Mahbub
Un cessez-le-feu a enfin été signé [fr]. Les organisations humanitaires intensifient [fr] leurs opérations pour venir en aide aux familles confrontées à la famine, après près de deux années de bombardements et de blocus incessants. Le monde tourne désormais son attention vers la reconstruction [fr].
Mais la destruction de Gaza n’est pas seulement une tragédie humanitaire. Elle a déclenché l’une des catastrophes environnementales les plus graves du XXIᵉ siècle. Deux années de bombardements ininterrompus ont rasé des quartiers, empoisonné les sols et contaminé l’eau et l’air. Alors que le monde se prépare à reconstruire, il est essentiel de comprendre que le défi à venir n’est pas seulement humanitaire ou politique.
En tant que dirigeant d’une organisation qui œuvre depuis des décennies dans l’aide humanitaire d’urgence et la lutte contre le changement climatique, j’ai vu comment la dégradation de l’environnement peut briser une communauté. Cependant, ce que nous observons à Gaza est tout autre. Il ne s’agit pas simplement de dommages collatéraux : c’est la destruction délibérée et systématique d’un environnement tout entier.
Il s’agit d’un écocide, utilisé comme arme pour rendre la terre inhabitable et condamner toute possibilité future de société palestinienne autosuffisante.
Destruction systématique
Au cours de la dernière décennie, les Palestiniens de Gaza avaient accompli des progrès remarquables en matière de résilience climatique, et ce malgré un blocus étouffant. La ville avait développé l’une des plus grandes concentrations de panneaux solaires en toiture au monde, une solution communautaire à une crise énergétique fabriquée de toutes pièces. Ils développaient des plans pour gérer la rareté de l’eau et s’adapter au réchauffement climatique. Ces efforts témoignaient de leur persévérance, mais la campagne militaire israélienne a systématiquement effacé ces avancées.
Il ne s’agit pas d’actes de guerre aléatoires. L’anéantissement de près de 70 % des terres agricoles de Gaza, le déracinement d’oliveraies ancestrales, la destruction des conduites d’eau et l’élimination des cinq stations d’épuration sont autant de coups calculés portés aux fondements mêmes de la vie.
Lorsque les forces israéliennes pompent de l’eau de mer dans les tunnels souterrains, elles risquent d’empoisonner de manière permanente l’unique aquifère significatif de Gaza, principale source d’eau potable pour plus de deux millions de personnes. Lorsque les bombes détruisent les panneaux solaires installés sur les toits, elles coupent une source vitale d’électricité indépendante pour les foyers et les hôpitaux.
Un événement carbone monumental
Le coût environnemental dépasse largement les frontières de Gaza, créant une « empreinte carbone militaire » aux conséquences mondiales. Rien que durant les 60 premiers jours, le conflit a généré quelques 281 000 tonnes de CO₂, soit plus que l’empreinte annuelle combinée de plus de 20 des pays les plus exposés au dérèglement climatique.
Plus de 99 % de ces émissions proviennent des opérations aériennes et terrestres d’Israël. Et la facture climatique, elle, continuera de s’alourdir bien après la dernière explosion.
La reconstruction de Gaza s’annonce comme un événement carbone monumental. Rebâtir les quelque 100 000 bâtiments détruits pourrait libérer 30 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires, soit l’équivalent des émissions annuelles d’un pays comme la Nouvelle-Zélande.
La famine qui se déroule à Gaza est une conséquence directe de cette guerre environnementale. Elle n’est pas qu’un effet secondaire du conflit : c’est un outil. Détruire les exploitations agricoles, anéantir 70 % de la flotte de pêche [fr], et contaminer les ressources en eau avec 130 000 m³ d’eaux usées non traitées par jour, c’est créer la famine. Lorsque l’on recouvre le territoire de 37 millions de tonnes de décombres toxiques et d’engins non explosés, la terre elle-même devient une menace pour ses habitants. L’air est saturé de béton pulvérisé, d’amiante et de métaux lourds. Avec des dizaines de milliers de corps en décomposition sous les décombres, les agents pathogènes continueront de s’infiltrer dans les sols et les nappes phréatiques pendant des années.
Comment rendre Gaza de nouveau habitable ?
Le coût de la reconstruction de Gaza est inédit. Il ne se limite pas à la pose de briques et de béton. Comment décontaminer un aquifère entier ? Comment restaurer une terre arable systématiquement rasée et empoisonnée au phosphore blanc ? Comment déblayer des millions de tonnes de débris saturés de substances cancérigènes ?
Rendre Gaza à nouveau vivable exigera un effort mondial d’une ampleur sans précédent, axé non seulement sur les infrastructures mais aussi sur une véritable restauration écologique en profondeur.
Reconstruire Gaza mettra à l’épreuve notre compassion, et notre conscience collective. Le cessez-le-feu a pu faire taire les bombes, mais il n’a pas mis fin aux dégâts infligés à la terre, à l’eau ou à l’atmosphère que nous partageons tous. Ce qui se passera ensuite montrera si le monde a tiré la moindre leçon de cette catastrophe.
Nous pouvons reconstruire des murs et des routes, ou nous pouvons reconstruire de manière responsable, en soignant l’environnement de Gaza et en tenant pour responsables ceux qui ont commis cet écocide et ce génocide.
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Dans toute société, la première responsabilité du journalisme est d’informer, et non de prendre part à des négociations politiques complexes
Cet article rédigé par Meagan Doll a été publié pour la première fois par Peace News Network le 8 septembre 2025. Une version révisée est reproduite par Global Voices dans le cadre d’un accord de partenariat médiatique.
Face aux nombreux conflits prolongés dans le monde — comme au Soudan du Sud, en Ukraine ou à Gaza — la couverture médiatique des crises reste une préoccupation majeure pour les professionnels de l’information et les acteurs du maintien de la paix. Le journalisme est depuis longtemps reconnu pour sa capacité à dévoiler des vérités cachées, à responsabiliser les détenteurs du pouvoir et à raconter des histoires d’intérêt public. Pourtant, malgré ces atouts, les recherches sur le rôle des médias en période de conflit présentent un constat moins positif. Elles montrent en grande partie que ce type de couverture tend à attiser les tensions et à verser dans le sensationnalisme, alimentant parfois le cynisme et les attitudes négatives envers les groupes marginalisés.
Certains ont proposé le journalisme de paix comme approche alternative de reportage. Développé par le sociologue et chercheur en paix norvégien Johan Galtung, le journalisme de paix met l’accent sur les causes structurelles des conflits, les interactions entre multiples parties et les possibilités de construction de la paix, notamment grâce à une attention minutieuse portée au choix des mots et aux cadres narratifs adoptés. Bien entendu, ces principes ne sont généralement ni enseignés de manière uniforme dans les formations en journalisme, ni systématiquement acquis sur le terrain.
Plutôt, les principes du journalisme de paix sont souvent transmis aux professionnels des médias par le biais de formations ou d’ateliers spécialisés, dont un grand nombre sont organisés en Afrique de l’Est et au-delà. Mais que retirent réellement les journalistes qui participent à ces formations, et quelles en sont les implications pour la couverture des conflits ?
Ce que le journalisme de paix signifie pour les journalistes de paix en Afrique de l’Est
En Afrique de l’Est, la signification du journalisme de paix pour les journalistes de paix varie selon les contextes. Une étude basée sur des entretiens avec des praticiens ayant suivi des formations en journalisme de paix au Kenya, au Rwanda, au Soudan du Sud et en Ouganda a montré que ces journalistes percevaient le journalisme de paix de deux manières principales : soit comme un reportage centré sur les communautés affectées par le conflit, soit comme une analyse axée sur les politiques visant à résoudre ce conflit. Ces perceptions étaient étroitement liées à la stabilité de leur situation professionnelle. Ainsi, les journalistes débutants ou ceux exerçant dans des zones isolées et peu dotées en ressources privilégiaient une approche mettant l’accent sur les victimes de la violence et sur la promotion de la réconciliation. En revanche, les professionnels expérimentés et ceux travaillant au sein d’organisations médiatiques mieux dotées en moyens concentraient leurs reportages sur des recommandations politiques destinées à des publics d’élite, incluant souvent des interventions de tiers.
Perceptions du journalisme de paix
Que signifient ces différentes perceptions du journalisme de paix pour le reportage sur les conflits et le maintien de la paix ?
Tout d’abord, il convient de souligner que le journalisme de paix comprend plus d’une dizaine de pratiques largement reconnues, et que des interprétations variées doivent être reconnues, voire anticipées. Les reportages mettant en avant des solutions politiques et ceux centrés sur l’impact au niveau des communautés contribuent tous deux à la narration propre au journalisme de paix, sans que l’un soit nécessairement supérieur à l’autre. Ces différentes compréhensions mettent plutôt en évidence la nécessité de formations et de lignes directrices tenant compte des contraintes professionnelles des journalistes.
Les ateliers de reportage sur les conflits les plus appropriés ou efficaces devraient, par exemple, adapter leur contenu au type de poste occupé par les professionnels des médias, en tenant compte des réalités spécifiques de leur travail. Cela pourrait inclure, par exemple, des ateliers de journalisme de paix destinés aux superviseurs chargés principalement de l’encadrement du travail des autres, tandis que les journalistes sur le terrain bénéficieraient davantage d’outils concrets liés au journalisme de paix, tels que des guides de sécurité ou des formations à l’entretien. Ces considérations peuvent également être étendues aux identités sociales et culturelles des journalistes, certaines pratiques pouvant revêtir de nouvelles significations ou poser des défis particuliers pour les femmes ou dans certains environnements religieux.
Implications plus larges pour le maintien de la paix
En ce qui concerne les implications plus larges pour le maintien de la paix, la diversité des compréhensions du journalisme de paix parmi les journalistes souligne une vérité fondamentale dans les études sur la paix et la gestion des conflits : le journalisme n’est qu’un élément du puzzle.
Pour parvenir à une paix durable et transformative, les acteurs de nombreux secteurs doivent s’engager en faveur de la non-violence et de la justice. Certains ont critiqué le journalisme de paix en partant de l’idée erronée que les médias devraient, à eux seuls, gérer les conflits. La diversité des perceptions et des pratiques des journalistes en matière de journalisme de paix rappelle qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle capable, à elle seule, d’instaurer la paix ou de mettre fin aux conflits.
La première responsabilité du journalisme dans toute société est d’informer — et non de participer à des négociations politiques complexes ou d’élaborer des plans de paix — même si la manière dont les professionnels des médias traitent ces sujets peut indéniablement influencer la perception qu’a le public de leur importance et de leur faisabilité.
La diversité des perceptions et des expériences que les journalistes apportent au reportage sur les conflits ne doit pas être perçue comme un obstacle à un journalisme de paix complet et éthique. Au contraire, ces perspectives constituent un atout pour présenter les faits sous différents angles et points de vue, contribuant ainsi à soutenir les forces de maintien de la paix, les responsables publics et les organisations multilatérales dans l’élaboration de solutions créatives en matière de résolution des conflits.
À l’extrême, pour autant de journalistes couvrant un conflit donné, autant d’histoires et de cadrages uniques peuvent être produits, permettant ainsi d’éviter les pièges courants du journalisme de guerre traditionnel. En réalité, très peu de conflits ont été résolus grâce à des solutions uniques et miracles ; cette diversité de perceptions et de compréhensions pourrait donc s’avérer essentielle pour résoudre des conflits qui semblent par ailleurs insolubles à travers le monde.
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Une grande partie des informations auxquelles les modèles ont accès concernant la communauté LGBTQ+ est façonnée par des stéréotypes.
Au fil des années, l’intelligence artificielle (IA) semble s’imposer toujours davantage dans notre quotidien. À travers le monde, les populations se familiarisent progressivement avec les rouages de cette innovation et commencent à en percevoir les bénéfices potentiels. Une enquête mondiale récente menée par l’institut d’études de marché Ipsos révèle ainsi que 55 % des personnes interrogées estiment que les solutions reposant sur l’IA présentent davantage d’avantages que d’inconvénients. De tels résultats montrent clairement que, malgré les inquiétudes qu’elle suscite, cette technologie continue de fasciner le grand public. Les entreprises ne s’y sont pas trompées, mettant en avant l’efficacité et la facilité d’utilisation de leurs produits pour séduire les consommateurs. Et au regard de l’essor spectaculaire des investissements privés dans l’IA au cours de la dernière décennie, tout porte à croire que ce discours a trouvé un écho favorable.
Cependant, tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Les membres de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et queer+ (LGBTQ+) se montrent notamment plus attentifs aux dérives associées à l’intelligence artificielle. Nombre de ces problématiques trouvent leur origine dans les données utilisées pour entraîner les modèles, souvent imprégnées de stéréotypes et d’idées reçues sur les personnes LGBTQ+. Mais les effets « hors ligne » de l’IA se révèlent tout aussi préoccupants. L’intégration de ces technologies dans des systèmes spécifiquement conçus pour identifier et surveiller les membres de la communauté suscite, par exemple, de vives inquiétudes. De la conception à la mise en œuvre, ces enjeux illustrent la manière dont les outils dopés à l’IA s’avèrent bien souvent plus nuisibles que bénéfiques pour les personnes LGBTQ+. En l’absence de garde-fous stricts encadrant l’usage de ces technologies, beaucoup risquent de les percevoir comme bien plus dangereuses qu’utiles.
La numérisation des stéréotypes existants
Pour comprendre comment l’intelligence artificielle peut nuire aux personnes LGBTQ+, il faut d’abord s’intéresser aux données sur lesquelles les modèles sont entraînés. Le média Wired a ainsi mis en lumière le fait que, lorsqu’on leur demande de représenter des membres de cette communauté, des outils populaires de génération d’images produisent des résultats réducteurs. À titre d’exemple, Midjourney dépeint régulièrement les femmes lesbiennes comme des figures austères, couvertes de tatouages. Ces représentations simplistes (et souvent offensantes) trouvent en grande partie leur origine dans les données collectées sur Internet. Une grande partie des informations accessibles aux modèles concernant la communauté LGBTQ+ est en effet imprégnée de stéréotypes. Dès lors, des solutions comme Midjourney ont de fortes chances de reproduire, voire d’amplifier, ces biais dans leurs productions visuelles. Si certaines pistes, comme une meilleure labellisation des données, peuvent améliorer la précision des modèles, elles risquent toutefois de se heurter à un obstacle de taille : l’ampleur considérable des contenus stigmatisants et dénigrants disponibles en ligne.
Les représentations biaisées de la communauté LGBTQ+ produites par les modèles d’IA ne constituent pas un phénomène isolé. Bien au contraire, de nombreux outils d’intelligence artificielle aujourd’hui dominant sur le marché génèrent des contenus défavorables à ce groupe. Dans un rapport consacré à l’analyse des postulats qui sous-tendent les grands modèles de langage (LLM), l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a mis en évidence l’influence marquée de normes hétéronormatives sur des outils largement utilisés, tels que Llama 2 de Meta ou GPT-2 d’OpenAI. Selon cette étude, ces modèles ont produit des contenus négatifs à l’égard des personnes homosexuelles dans plus de la moitié des simulations menées. Les conclusions de l’UNESCO ne se contentent pas de souligner l’homophobie omniprésente dans les données d’entraînement des principales solutions d’IA générative : elles révèlent également l’incapacité des grands développeurs à apporter des réponses efficaces à un problème aussi profond que systémique.
L'essor des technologies de surveillance
Les préjudices que l’intelligence artificielle peut infliger aux personnes LGBTQ+ ne se limitent pas au seul espace numérique. Des systèmes d’IA prétendant détecter le genre des individus dans les lieux publics suscitent ainsi de vives inquiétudes. L’association belge Forbidden Colours, engagée dans la défense des droits LGBTQ+, a mis en lumière les implications alarmantes des outils dits de « reconnaissance automatique du genre » (Automatic Gender Recognition, AGR). Ces solutions analysent des contenus audiovisuels (notamment des images issues de caméras de surveillance) afin de déterminer le genre d’une personne à partir d’éléments tels que les traits du visage ou les caractéristiques vocales. Présentés comme des technologies de pointe, ces dispositifs posent pourtant des problèmes fondamentaux. Comme le souligne l’organisation, il est impossible de déterminer la manière dont une personne comprend ou vit son genre en se fondant uniquement sur son apparence ou sa façon de s’exprimer. Concevoir des outils qui classent les individus selon ces critères arbitraires relève ainsi, au mieux, d’une approche erronée et, au pire, d’une dérive dangereuse.
Malgré ces lacunes manifestes, les systèmes de reconnaissance automatique du genre (AGR) comptent des défenseurs particulièrement virulents. Ce sont notamment des gouvernements ouvertement hostiles à la communauté LGBTQ+ qui ont choisi d’y recourir, justifiant souvent leur décision au nom de la sécurité publique. À ce titre, Politico Europe a rapporté que le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a autorisé l’utilisation de dispositifs biométriques reposant sur l’IA lors des événements Pride organisés dans le pays. Le dirigeant d’extrême droite a affirmé que ces mesures visaient à protéger les enfants de ce qu’il qualifie « d’agenda LGBTQ+ ». En pratique, cette décision offre surtout au gouvernement et aux forces de l’ordre les moyens de surveiller artistes, militants et simples citoyens participant à ces rassemblements. Si cette politique fait actuellement l’objet d’un examen par plusieurs institutions de l’Union européenne, sa mise en œuvre constitue d’ores et déjà un rappel saisissant de la manière dont l’intelligence artificielle peut être instrumentalisée pour intimider les figures LGBTQ+ engagées dans des dynamiques de mobilisation et de changement.
Pour un nouveau cadre technologique
Pour les membres de la communauté LGBTQ+, les compromis liés à l’intelligence artificielle sont particulièrement lourds. Si cette technologie innovante peut constituer un progrès global pour une large partie de la population, elle soulève des enjeux spécifiques susceptibles d’affecter de manière disproportionnée les personnes queers. Des outils courants, tels que les générateurs d’images et de textes, ont ainsi été identifiés comme véhiculant (et recyclant) des stéréotypes préjudiciables sur les réalités LGBTQ+, difficiles à éradiquer totalement. Au-delà de l’espace numérique, le déploiement de l’IA dans le monde « hors ligne » fait également peser des risques majeurs. Son intégration dans des dispositifs de surveillance, souvent avec pour objectif explicite d’assigner un genre aux personnes prises dans ces filets technologiques, constitue une atteinte directe à la vie privée. Pris dans leur ensemble, ces exemples montrent que nombre de solutions d’IA qui ont transformé notre quotidien n’ont tout simplement pas été conçues en tenant compte de l’ensemble des individus.
Face à cette dynamique préoccupante, les responsables de tous les secteurs doivent agir pour inverser la tendance. Cela passe d’abord par la mise en place de partenariats étroits entre les développeurs et les parties prenantes issues de la communauté LGBTQ+. Une collaboration constructive permettrait de s’assurer que les données utilisées pour entraîner les modèles d’IA reflètent plus fidèlement les réalités vécues par les personnes queer. Elle devrait également s’accompagner de garde-fous solides afin d’empêcher l’utilisation abusive de l’IA à des fins de surveillance ciblant cette communauté. Les systèmes intégrant des capacités de détection du genre devraient, à ce titre, être strictement interdits, dans la mesure où ils portent atteinte au droit fondamental à la vie privée. Enfin, il est essentiel que les personnes LGBTQ+ soient consultées à toutes les étapes du cycle de développement des outils, de la conception au déploiement. Une telle coopération contribuerait non seulement à réduire les multiples risques associés à l’IA, mais aussi à renforcer la probabilité que cette technologie soit perçue, par les membres de la communauté, comme une véritable valeur ajoutée plutôt que comme une menace.
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Pour certain(e)s Guadeloupéen(ne)s, l’acte de création est aussi un acte de résistance écologique
L’Admérane, en Guadeloupe, transforme les déchets en matériaux créatifs. Photo d'Olivia Lobar, utilisée avec autorisation.
Grâce à des initiatives citoyennes, un engagement artistique et des politiques publiques, la Guadeloupe se réinvente et transforme les déchets en ressources. Qu’il s’agisse d’ateliers de couture ou de festivals éco-responsables, l’archipel tout entier se mobilise pour un avenir plus durable.
Selon les dernières données publiées en 2023 par l’ORDEC, l’Observatoire Régional des déchets et de l’Économie circulaire de la Guadeloupe, le pays aurait produit 346 720 tonnes de déchets. Un quart a été recyclé et les 60 % restants ont été enfouis dans deux installations de stockage de déchets non-dangereux. Bien que la production de déchets soit restée stable depuis 2019, il est urgent d’améliorer les filières de récupération de déchets.
Lorsque la création devient résistance écologique
Vêtements de mode recyclés, l’Admérane. Photo d'Olivia Lobar, utilisée avec autorisation.
Pour certain(e)s guadeloupéen(ne)s, l’acte de création est aussi un acte de résistance écologique. Artistes et artisans ont décidé de transformer les déchets en matériaux créatifs, même si d'autres n’y voient que des rebuts. De nouveaux espaces hybrides font leur apparition et réutilisent de manière délibérée des matériaux destinés à la poubelle, à travers une démarche à la fois esthétique, sociale et durable.
Ainsi, lorsque vous arrivez à l’Admérane , un espace créatif situé dans l’ancien réfectoire d’Ilet Pérou, dans la commune de Capesterre-Bele-Eau, vous êtes tout de suite immergé dans un univers créatif de fresques, de meubles recyclés, de rangées de machines à coudre et d’étagères remplies de vêtements fabriqués à partir de modèles et motifs originaux.
Photo de Béatrice Souillet par JP Volet. Image d'Olivia Lobar, utilisée avec autorisation.
« Les gens nous apportent leurs vêtements. Nous les lavons et les trions. Certains terminent dans notre petite friperie, mais le recyclage, l’aspect créatif, est notre premier objectif. Nous sensibilisons le public en lui montrant tout ce que l’on peut fabriquer à partir de ces « déchets » textiles, » explique Béatrice Souillet, présidente de Le Nouveau Mode, l’association à l’origine de cet espace dédié à l’économie circulaire. « Soit nous leur apprenons comment recycler leurs vêtements, ou soit nous nous en occupons nous-mêmes. Notre but est de faire du neuf avec du vieux. »
L'Admérane accueille des créateurs de mode et des bénéficiaires du revenu de solidarité (RSO) qui y apprennent la couture, et propose aussi des ateliers de sensibilisation aux écoliers et professionnels. Le tiers-lieu a même conclu un partenariat avec un important opérateur de télécommunications : Orange Caraïbe. L’association récupère des objets jetés, tels que des vieilles bannières publicitaires, et leur redonne une seconde vie ; elle organise aussi des ateliers pour le personnel de la compagnie en Guadeloupe, Martinique, et Guyane française.
Selon Béatrice Souillet : « La mode est le deuxième secteur le plus polluant au monde. Par conséquent, il est crucial d’adopter des habitudes de consommation responsable. En Guadeloupe, des initiatives ont été mises en œuvre afin de récupérer les déchets textiles, mais bien qu’une partie soit transformée dans l’archipel, la majorité est encore envoyée en France métropolitaine ou en Afrique. Il est nécessaire que nous gérions nous-mêmes nos déchets textiles ; par ailleurs leur récupération génère des emplois. »
La lutte contre la mode rapide
Coussins, fabriqués à partir de bannières publicitaires, dispersés sur le sol de l’Admérane. Photo d'Olivia Lobar, utilisée avec autorisation.
Mais les concepteurs de produits recyclés font face à un autre problème : la fast fashion (ou mode rapide). « Il n’est pas possible de recycler des matériaux de mauvaise qualité. L'essor de sites tels que Shein et Temu a conduit à la mode ultra-rapide (variation de la mode rapide), réputée pour ses matériaux de mauvaise qualité parfois nuisibles à la santé et à l’environnement, » ajoute Béatrice Souillet. Pour elle, une meilleure communication avec le public est primordiale, et au lieu d’acheter plusieurs vêtements de mauvaise qualité à bas prix, il vaut mieux investir un peu plus dans un seul qui durera plus longtemps.
L’Admérane, soutenu par le Conseil Départemental de la Guadeloupe et lauréat de plusieurs prix, est devenu depuis peu un pôle territorial de coopération économique (PTCE). Parallèlement, le ferme engagement de Béatrice Souillet envers la sensibilisation à l’environnement a conduit à la création de sa propre marque, Cyrikaë.
L'art comme réponse à la surconsommation
Photo de l’artiste Guy Gabon, utilisée avec la permission d’Olivia Losbar.
Par ailleurs, le travail de l’artiste et éco-conceptrice Guy Gabon, est basé sur la récupération et la transformation. Selon elle, être éco-conceptrice signifie rejeter l’utilisation de matières premières au profit de matières secondaires, à savoir celles qui ont déjà eu une première vie. C'est une décision qui lui est apparue comme une évidence après avoir constaté la détérioration rapide de l’environnement autour d’elle. Face à la prolifération des déchets et de l’engrenage de la surconsommation, elle a pris conscience de l’urgence d’agir contre un système produisant des objets jetables fabriqués le plus souvent à partir de matériaux qui ont une durée de vie beaucoup plus longue que celle initialement estimée.
Gabon suit une méthode où aucun matériau n’est prédéfini. Elle utilise du métal, du plastique ou du textile en fonction du message ou de la forme qu'elle souhaite exprimer. Selon elle, cette contrainte qu’elle s’impose est nécessaire afin de réduire la production de déchets. « On ne peut pas tout avoir, » explique-t-elle, persuadée que la transition écologique comportera un certain degré d’inconfort et de sacrifices.
Près de 20 ans après s’être engagée sur cette voie, Guy Gabon a remarqué un changement d’attitude, même si elle considère que son évolution est encore beaucoup trop lente. Malgré une résistance opiniâtre, une prise de conscience écologique progresse partout dans le monde. « Nous devons changer la manière dont nous vivons, » insiste-t-elle, appelant à être patient et déterminé afin d’apporter des changements durables.
Davantage de festivals écoresponsables
Des efforts sont également déployés dans le secteur événementiel afin d’améliorer la gestion des déchets. Certains festivals peuvent générer des douzaines de tonnes de détritus, d’où la volonté de la part de plus en plus d’organisateurs d’adopter des mesures de réduction et de triage des déchets. L’objectif est d’éviter le gaspillage à la source en réduisant la consommation de produits jetables ou à usage unique, en mettant en place une politique d’achats responsables, en sensibilisant les divers intervenants, et en facilitant le tri sélectif.
Avant et durant chaque évènement, les organisateurs mènent des campagnes de sensibilisation auprès du personnel et des festivaliers afin de les encourager à consommer autrement, sous la forme notamment de gobelets réutilisables et de vaisselle lavable, de récipients en verre ou de fûts, d’utilisation limitée de bouteilles en plastique et de compostage des déchets alimentaires. Par ailleurs, les villages d’exposants aménagent des espaces dédiés à la sensibilisation du public.
Les organisateurs évènementiels prennent des mesures pour instaurer davantage de politiques responsables de gestion des déchets. Photo de Mouvances Caraïbes par Olivia Lobar, utilisée avec autorisation.
La gestion des déchets durant les festivals est souvent confiée à des associations telles que Mouvances Caraïbes, spécialisée dans l’éducation à l’environnement et au développement durable, et qui œuvre à sensibiliser la population. L’association, à travers des initiatives écologiques, a pour but d’informer le public sur un nouveau mode de vie plus équitable, gratifiant, respectueux de l’environnement, et plus collaboratif.
François Vatin travaille depuis sept ans avec ce type d’associations comme responsable de la gestion des déchets évènementiels, et a rejoint Mouvances Caraïbes l’an dernier. Il coordonne le traitement des déchets et la communication entre les organismes publics, les organisateurs, les exposants et les prestataires de services lors de festivals. Toutefois, en près de dix ans, l’ingénieur n'a constaté aucune amélioration des pratiques. Selon lui, bien que beaucoup de gens souhaitent adopter une démarche écoresponsable, les coûts demeurent un obstacle, notamment pour les petits organisateurs évènementiels disposant de moyens financiers limités.
Dans un secteur où les budgets varient d’un évènement à un autre, en fonction de subventions et divers partenariats, la moindre réduction de financement entraîne toujours une diminution des prestations qui, selon Vatin, se fait souvent au détriment de mesures visant à préserver l’environnement. Par ailleurs, il déplore certains stéréotypes tenaces : « Les gens nous disent qu’ils ne trient plus leurs déchets. Ils pensent que ça ne sert à rien. Mais la présence de plus en plus de poubelles en Guadeloupe est un signe de progrès. » « Dans l’ensemble, de plus en plus de secteurs sont concernés par cette évolution et de plus en plus de personnes sont impliquées. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière cet argument. Tout dépend désormais de la volonté des gens. »
Vers un archipel zéro déchet
La gestion des déchets est une priorité pour le secteur public. Le Conseil régional de la Guadeloupe s’est fixé comme objectif de faire de l’archipel un territoire zéro déchet d’ici 2035.
Depuis 2016, toutes les municipalités guadeloupéennes ont transféré leurs responsabilités en matière de gestion des déchets à un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), c’est-à-dire un syndicat mixte à travers lequel de nouveaux centres de traitement et de récupération ont été créés.
Dans cette optique, une usine de valorisation énergétique devrait ouvrir ses portes en 2028. Le projet, estimé à 96 millions d’euros (soit un peu plus de 111 millions de USD), devrait permettre l’incinération des déchets et contribuer à la production d’électricité. Néanmoins, il reste encore beaucoup à faire.
Il s’agit d’un effort collectif qui concerne toute la région, et c’est pourquoi, au mois de septembre 2024, un accord a été signé à la suite d’une réunion entre les représentants des territoires français des Caraïbes, de la République dominicaine, de la Dominique et de Sainte Lucie. Le projet « Zéro déchet dans les Caraïbes » mené par le Syndicat de Valorisation des Déchets (Syvade) et financé par INTERREG Caribbean, a pour but le partage de connaissances et le développement d’industries de valorisation des déchets dans les Caraïbes.
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La mine de Mulondo regorge a elle seule plus de six mille creuseurs artisanaux.
Les creuseurs artisanaux dans la carrière minière de Mulondo. Photo magazinelaguardia.info , utilisée avec autorisation
Grâce à son sous-sol riche en minéraux rares nécessaires pour les véhicules électriques, la République Démocratique du Congo (RDC) joue un rôle crucial dans la transition énergétique mondiale. Mais l'exploitation des mines, parfois sauvage ou artisanale, est aussi source de profonds problèmes socio-économiques.
Dans la province du Lualaba au sud-est du pays, à proximité de la ville de Kolwezi, une mine de cobalt et de cuivre, appelée Mulondo, est le lieu de travail de plus de six mille creuseurs artisanaux. Le terme de ‘creuseur’ décrit des mineurs artisanaux qui travaillent à titre individuel avec très peu d'équipement et aucune garantie de sécurité dans des mines africaines.
A Mulondo, ces exploitants cohabitent avec une entreprise chinoise, Pajeclem, qui est placée sous la protection de militaire de la garde républicaine, l'entité officielle qui s'occupe également de la protection du Président de la République et de sa famille.
La Chine est le premier partenaire économique de la RDC, en témoigne le volume des échanges commerciaux entre les deux pays. Le 28 avril 2025, lors d'un point de presse tenu, Zhao Bin, ambassadeur de Chine en RDC affirme :
La République populaire de Chine a importé de la République démocratique du Congo des produits d'une valeur de plus de 21 milliards USD contre des exportations de marchandises d'une valeur de plus de 4 milliards USD en 2024.
L'entreprise chinoise exploite le site minier de Mulondo du lundi au vendredi; pendant les week-ends, les creuseurs sont autorisés à travailler à leur compte. Mais le week-end du 15 novembre 2025, un incident coûte la vie à plusieurs personnes.
Un week-end meurtrier
Le 15 novembre, comme d'habitude, les creuseurs accèdent à la mine, mais, chose inhabituelle, ils rencontrent la résistance des militaires de la garde républicaine. Des tumultes sont suivis de coups de feu de sommation des militaires. C'est dans ce climat de tension – les coups de feu font des blessés et suscitent un mouvement de panique – qu'un petit pont de fortune installé au-dessus d'une tranchée boueuse de deux mètres s'effondre.
[…] déplore quarante-quatre cas de décès survenus au site minier de Mulondo […] ces décès sont directement attribués aux Militaires appartenant à la Garde Républicaine et travaillant pour le compte de l'entreprise chinoise PAJECLEM.
Le gouvernement fait marche arrière
Cet incident malheureux n'est pas un événement isolé dans la province du Lualaba. Selon un article du média congolais Actualité.cd, le 27 juillet 2021, un éboulement a entraîné la mort de deux creuseurs artisanaux dans une carrière de la Mutoshi, dans la ville de Kolwezi. La même source indique que des cas similaires se produisent régulièrement dans des carrières du Lualaba. Il s’agit donc d’une pratique courante à l'échelle de toute la RDC, tout comme dans les mines de l'or et qui démontre un manque de bonne gouvernance dans le secteur minier.
A ce sujet, Roy Kaumba, ministre de l'Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières du Lualaba rebondit en faveur de l'entreprise chinoise, en qualifiant les creuseurs artisanaux de clandestins :
Cette décision est fustigée par Ngombe Petit Petit, président des creuseurs artisanaux et coopératives minières qui souligne à Global Voices :
on ne peut pas interdire à une personne affamée de manger. Nous fustigeons cette décision car elle ne résout en rien le problème. Il faut d'abord trouver des zones d'exploitation viables aux creuseurs avant de prendre une telle décision.
Par ailleurs, l’ONG IPDHOR qualifie d'irrespectueuse la communication des autorités locales. Elle exige une enquête qui permettra d'établir les responsabilités et de passer aux arrestations de ceux qui ont causé la mort de plusieurs dizaines de creuseurs.
Pour apaiser la situation, le Ministre des mines, Louis Watum déclare dans une réunion tenue le 18 novembre au gouvernorat du Lualaba, qu'il fait une promesse aux représentants des creuseurs:
Nous allons finalement vers la présentation des zones d'exploitations artisanales viables dont vous avez besoin. Je dois vous dire vraisemblablement aujourd'hui que nous avons 64 zones identifiées et disponibles pour les creuseurs artisanaux.
Les victimes du drame de Mulondo sont inhumées le 19 novembre 2025 à Kolwezi en présence des proches et des familles, ainsi que des autorités provinciales.
Une source anonyme indique à Global Voices que depuis le drame, les employés de Pajeclem et les militaires ont déserté la mine. Désormais, la mine est entièrement entre les mains des exploitants artisanaux. Zoro Yav, creuseur de 19 ans, déclare à Global Voices :
Après la vie, c'est la mort. Les amis sont morts, mais nous les vivants nous devons vivre.
Cette situation reflète la réalité économique de trois millions de creuseurs qui ne disposent pas de zones d'exploitations officielles. Au Lualaba où le ministre Louis Watum est venu de promettre 64 zones aux creuseurs, peu croient aux paroles du gouvernement: lors de son dernier passage dans la ville de Kolwezi au mois de juin 2025, le président de la république, Félix Tshisekedi avait fait la même promesse.
Aujourd'hui, les creuseurs continuent de risquer leur vie chaque jour dans un pays où environ 73% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Si la transition écologique est nécessaire et urgente pour le monde, elle ne peut se faire au mépris des vies africaines.
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Dans le Cône Sud, les gouvernements sont divisés entre critiques et soutien total au gouvernement israélien concernant la guerre.
Lors d’une conférence de presse le 3 juin 2025, le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a été interrogé par un journaliste au sujet d’une déclaration de l’ambassade d’Israël dans le pays, affirmant que le groupe palestinien nationaliste Hamas ment sur la situation actuelle à Gaza « pour alimenter l’antisémitisme dans le monde ». Cette déclaration a été publiée après que Lula a qualifié ce qui se passe dans la région de génocide.
Vem dizer que é antissemitismo? Precisa parar com esse vitimismo e saber o seguinte: o que está acontecendo na Faixa de Gaza é um genocídio. É a morte de mulheres e crianças que não estão participando de guerra. É a decisão de um governo que nem o povo judeu quer. Não dá para, como ser humano, não é nem como presidente do Brasil, mas como ser humano, aceitar isso como se fosse uma guerra normal.
Vous venez me dire que c'est de l'antisémitisme ? Ils doivent arrêter de jouer les victimes et comprendre ceci : ce qui se passe à Gaza est un génocide. C’est la mort de femmes et d’enfants qui ne font pas partie de la guerre. C’est la décision d’un gouvernement que même le peuple juif ne veut pas. Je ne peux pas, en tant qu’être humain, pas même en tant que président du Brésil, mais en tant qu’être humain, accepter cela comme si c’était une guerre normale. »
La critique de Lula à propos de la guerre à Gaza, suite aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023, n’est pas nouvelle. Avec Gabriel Boric du Chili, il s’est exprimé de manière très critique concernant les actions menées par le gouvernement de Benjamin Netanyahu depuis les premiers jours du conflit, une position qui n’est pas partagée par tous leurs voisins dans le cône Sud et qui contribue à nourrir des récits de polarisation politique dans la région.
Voici comment les pays de la région se positionnent sur la guerre à Gaza :
Brésil
En 2010, durant le second mandat de Lula, le Brésil a reconnu l’État palestinien avec les frontières établies jusqu’en 1967. Idevenant ainsi l’un des premiers pays d’Amérique latine à le faire. Tout en critiquant ce qui se passe actuellement à Gaza, affirmant « ce n’est pas une guerre, mais une armée qui tue des femmes et des enfants », il a continué de soutenir une solution à deux États.
Le gouvernement s’est également officiellement prononcé le 1er juin, lorsqu’il a publié une déclaration contre la création de 22 nouvelles colonies en Cisjordanie, annoncée par Israël quelques jours auparavant.
O Brasil repudia as recorrentes medidas unilaterais tomadas pelo governo israelense, que, ao imporem situação equivalente a anexação do território palestino ocupado, comprometem a implementação da solução de dois Estados.
Reafirma, ainda, seu histórico compromisso com um Estado da Palestina independente e viável, convivendo em paz e segurança ao lado de Israel, nas fronteiras de 1967, incluindo a Cisjordânia e a Faixa de Gaza, com capital em Jerusalém Oriental.
Le Brésil rejette les mesures unilatérales répétées prises par le gouvernement israélien qui, en imposant une situation équivalente à l’annexion du territoire palestinien occupé, compromettent la mise en œuvre de la solution à deux États.
Le Brésil réaffirme également son engagement historique en faveur d’un État de Palestine indépendant et viable, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël, selon les frontières de 1967, incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale.
L’organisation Conib (Confédération israélite du Brésil) a déclaré que le président attaquait une fois de plus le peuple juif et mettait en danger leur sécurité.
Chili
Le président Gabriel Boric, tout comme Lula, s’est montré un critique ouvert de la guerre d’Israël à Gaza. Le 1er juin, lors de son discours annuel, il a également qualifié le gouvernement israélien de « génocidaire » etannoncé qu’il soumettrait un projet de loi au Parlement visant à interdire toute importation provenant des territoires occupés par Israël.
Considerando la permanente violación del derecho internacional por parte de Israel, mediante asentamientos ilegales en territorio palestino, y el reciente anuncio de expansión de esta política, he decidido que es de toda justicia patrocinar y poner urgencia al proyecto de ley que prohíbe la importación de productos producidos en territorios ilegalmente ocupados.
Compte tenu de la violation permanente du droit international par Israël, à travers l’implantation de colonies illégales sur le territoire palestinien, et de l’annonce récente de l’expansion de cette politique, j’ai décidé qu’il est tout à fait juste de parrainer et de donner priorité au projet de loi qui interdit l’importation de produits fabriqués dans des territoires occupés illégalement.
Comme le rapporte Reuters, le président chilien a récemment « rappelé le personnel militaire de l’ambassade du Chili dans le pays et convoqué l’ambassadeur pour un entretien ».
Uruguay
e 15 mai 2025, des centaines de personnes ont manifesté à Montevideo, la capitale de l’Uruguay, pour commémorer l’anniversaire de la Nakba — une date marquant le déplacement violent des Palestiniens de leurs terres. Outre leurs appels à la fin de la guerre, les manifestants ont exigé que le nouveau gouvernement du président Yamandú Orsi cesse ses relations avec Israël, rapportes le journal La Diaria.
Quelques jours plus tard, le 19 mai, la ministre de la Défense, Sandra Lazo, a rencontré l’ambassadeur israélien, Michal Hershkovitz. La rencontre a été rendue publique par le représentant israélien sur les réseaux sociaux, tandis que Lazo a declaré avoir décidé de ne pas prendre la photo protocolaire aux côtés de Hershkovitz, sachant que cela pourrait « blesser les sensibilités ».
Elle a également affirmé avoir rappelé qu’Uruguay reconnaît l’indépendance de l’État palestinien depuis 2011 et n’est pas d’accord avec ce « conflit complètement asymétrique ».
Estas acciones comprenderán la movilización articulada con organizaciones sociales, culturales y de derechos humanos (…) y todas aquellas que de forma pacífica y organizada contribuyan a respaldar a nuestro gobierno nacional en la toma de medidas que aboguen por el fin de la masacre, el ingreso de ayuda humanitaria sin restricciones, el respeto de los Derechos Humanos.
These actions will encompass the articulated mobilization with social, cultural and human rights organizations (…) and all those that, in a pacific and organized way, contribute to support our national government in all their measures advocating for the end of the massacre, the entering of humanitarian aid without restriction, the respect for human rights.
La position prise a également suscité des critiques de l’opposition, notamment du Parti Colorado, qui a publié un communiqué affirmant que la position du FA pouvait encourager la haine et la diabolisation d’Israël et du peuple juif. Le Parti Blanco, lui aussi dans l’opposition, a déclaré qu’Israël avait le droit à l’autodéfense, tout en appelant au respect des principes humanitaires afin d’éviter de nuire aux personnes qui ne participent pas au conflit.
Orsi a lui-même déclaré, le 5 juin que cette déclaration provenait d’une force politique, « et que le gouvernement est autre chose ». Il a également dit aux journalistes que les habitants de Gaza ont besoin de plus que des discours, et qu’il prévoit de leur envoyer du lait en poudre, du riz et d’autres produits.
Argentine
Javier Milei, le président ultralibertaire de l’Argentine, est le plus fervent soutien d’Israël dans la région. Le NY Times l’a décrit comme « un président catholique qui consulte un rabbin », soulignant que son attachement à la foi juive influence sa politique nationale.
En juillet dernier, le gouvernement de Milei a publié une déclaration officielle qualifiant le Hamas « d’organisation terroriste internationale » :
El Presidente Javier Milei tiene el compromiso inquebrantable de reconocer a los terroristas por lo que son. Es la primera vez que existe voluntad política de hacerlo.
Le président Javier Milei s'est engagé sans réserve à reconnaître les terroristes pour ce qu'ils sont. C’est la première fois qu’il existe une volonté politique de le faire.
Selon l’AP news,les organisateurs du prix ont expliqué leur choix en soulignant leur reconnaissance envers Milei pour avoir rompu avec l’histoire argentine de votes anti-israéliens aux Nations unies, avoir désigné le Hamas et le Hezbollah comme organisations terroristes, et avoir rouvert les enquêtes sur les attentats contre des cibles juives et israéliennes en Argentine dans les années 1990.
L’année dernière, lors d’une interview accordée à Ben Shapiro sur sa chaîne YouTube, Milei a déclaré :
Es muy importante entender el vínculo de la libertad con Israel. Es fundamental porque es un pueblo que además ha logrado la conjunción entre lo espiritual y lo material. Y esa armonía espiritual y material genera progreso.
Il est très important de comprendre le lien entre la liberté et Israël. C’est fondamental, car c’est un peuple qui a en plus réussi à unir le spirituel et le matériel. Et cette harmonie entre le spirituel et le matériel génère du progrès.
Paraguay
En décembre dernier, le pays a rouvert son ambassade à Jérusalem, reconnaissant ainsi la ville comme capitale d’Israël. Il est devenu le premier pays à le faire depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. Selon l’AP news, cette décision du président Santiago Peña, qui a assisté personnellement à la réouverture, a constitué « une rare victoire diplomatique » pour Israël.
Comme l’a rapporté Reuters, Peña n’a pas évoqué la guerre à Gaza lors de cet événement, mais a déclaré :« Cette étape symbolise notre engagement envers des valeurs communes et le renforcement de liens qui construisent un avenir de paix, de développement et de compréhension mutuelle. »
Auparavant, l’ambassade paraguayenne se trouvait à Tel-Aviv. Elle a été déplacée à plusieurs reprises depuis 2018 au gré des changements de gouvernement selon la même source.
En mai, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a qualifié ce geste d’« acte d’amitié dans le moment le plus difficile » pour son pays.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251214_154510";}s:15:"20251208_191847";a:7:{s:5:"title";s:82:"Sénégal: quand les corps des femmes appartiennent à tout le monde sauf à elles";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/12/08/299709/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299709";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 08 Dec 2025 18:18:47 +0000";s:11:"description";s:163:"Au Sénégal, une femme violée peut être condamnée pour avoir voulu reprendre le contrôle de sa vie. La société décide ainsi de ce qui est bon pour la femme";s:7:"content";s:9160:"
L’argument religieux est très utilisé pour justifier le contrôle sur les femmes
Manifestations des femmes au Sénégal contre le viol en 2021 ; capture d'écran de la chaîne YouTube de Le Dakarois 221
Par Bowel Diop
Au Sénégal, une femme victime d'un viol peut être condamnée pour avoir voulu reprendre le contrôle de sa vie si elle décide d'avorter.
Comme beaucoup d’autres pays africains, le Sénégal a ratifié le 27 décembre 2004 le Protocole de Maputo, traité juridique de l’Union africaine destiné à promouvoir et à protéger les droits des femmes et des filles en Afrique. Selon les dispositions de son article 14, les États signataires doivent :
(…) autoriser l’avortement médicalisé en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste, ou lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la santé mentale ou physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus.
Pourtant, au Sénégal, ce droit reste largement lettre morte. Des organisations de défense des droits humains telles que la Fédération internationale des droits humains (FIDH), la Ligue sénégalaise des droits humains (LSDH) et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), une ONG nationale basée à Dakar dénoncent le non-respect de l’État vis-à-vis de ses engagements internationaux. Dans leur rapport Double peine, publié en 2024, ces trois organisations alertent sur le fait que l’article 14 du Protocole de Maputo n’est pas transposé dans la législation nationale, et que par conséquent, les femmes victimes de viol ou d’inceste sont contraintes de mener leur grossesse à terme.
L’avortement est interdit au Sénégal par le Code pénal en ses articles 305 à 305 bis, sauf dans de très rares cas thérapeutiques visant à sauver la vie de la mère. Cette situation pousse de nombreuses femmes, y compris les victimes de viol ou d’inceste vers des pratiques clandestines, dangereuses et souvent mortelles.
Selon Prison-Insider, une plateforme de production et de diffusion d’informations sur les prisons dans le monde basée en France, jusqu’à 46 % des femmes détenues à la prison Liberté VI au Sénégal sont condamnées pour infanticide, ce qui démontre l'ampleur du phénomène.
Si le droit à l’avortement peine à être reconnu, les raisons ne sont pas seulement juridiques, mais aussi socio-culturelles.
L’argument religieux
L'argument religieux est le plus souvent invoqué pour justifier l'interdication de l'avortement: plus de 95% de la population sénégalaise est musulmane; pourtant le pays est une république laïque, comme le stipule son article premier :
La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.
Dans un cadre laïque, le débat devrait donc rester dans le domaine médical et juridique. En médecine, on distingue tout d'abord un fœtus. Il est à noter que certaines traditions musulmanes estiment que l’âme est insufflée après 120 jours de l'apparition d'un embryon, donc une interruption de grossesse avant cette date dans n’équivaut pas à mettre fin à une vie.
Quoiqu'il en soit, chaque femme a le droit de décider pour son propre corps en dehors de toute contrainte religieuse collective. L'argument selon lequel l'enfant à naître n'a pas voix au chapitre doit-il effacer le droit d'une femme à qui on n'a pas demandé son consentement?
Pourquoi sacrifier une vie consciente, déjà blessée, pour une vie potentielle ? Ce raisonnement ne tient pas quand on considère la dignité, la santé mentale et physique de la femme. Le droit à l’autonomie corporelle doit primer. Demander à une victime de viol ou d’inceste de mener une grossesse non désirée à terme au nom d’une “valeur sociétale” est hypocrite, violent et profondément injuste.
La préservation des mœurs
L'autre argument souvent cité à l'encontre du droit à l'avortement est celui de la tradition. Quels “mœurs” essaye-t-on de protéger ? Si préserver les “mœurs” signifie contrôler les corps des femmes, alors ces mœurs sont dépassées. Le véritable “mœurs” à préserver, c’est la dignité et la liberté des femmes, pas un conservatisme patriarcal.
La vraie question est celle du patriarcat, qui continue de décider de ce que les femmes doivent faire de leur corps. La force de cette idéologie est telle que certains femmes, y compris celles qui sont éduquées, la défendent. Cela prouve à quel point les normes patriarcales sont intériorisées, même par celles qui devraient le plus les déconstruire.
En Afrique, les arguments contre l’avortement sont étonnamment similaires et directement reliés à trois domaines: religion, traditions, et “valeurs africaines”. Ils se déclinent autour de l’interdiction de tuer qui se retrouve dans les 3 religions monothéistes, autour de l'idée que l’avortement est une pratique importée, étrangère à la culture locale et menaçant l’ordre moral traditionnel qui lui valorise la maternité, considérée comme une bénédiction. Un autre argument courant est que le fœtus, innocent et sans défense, ne doit pas payer pour les circonstances de la grossesse.
Mais ces discours s’appuient principalement sur des émotions, des tabous, une forme de conservatisme, et rarement sur la science, les droits fondamentaux ou la réalité des violences sexuelles. Au Sénégal JGEN, une ONG engagée dans la lutte contre les violences basées sur le genre multiplie les plaidoyers pour que la loi cesse de criminaliser les victimes de viol et d’inceste, et respecte enfin le Protocole de Maputo.
En tant que femme, je suis pour un droit à l’avortement sans conditions. Parce que chaque femme doit pouvoir décider librement ce qui est le mieux pour son corps, sa vie, sa santé et son avenir. Et particulièrement dans les cas de viol ou d’inceste : le choix ne devrait pas être un luxe mais un droit.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251208_191847";}s:15:"20251204_130526";a:7:{s:5:"title";s:82:"« Difficile de rester neutre » : les médias népalais face à la génération Z";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/12/04/299482/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299482";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 04 Dec 2025 12:05:26 +0000";s:11:"description";s:182:"À Katmandou, les protestations de la génération Z ont causé morts et violences, tandis que les journalistes, ciblés par incendies et foules, peinaient à couvrir l’actualité.";s:7:"content";s:11963:"
Que devrait faire une journaliste lorsque de jeunes manifestants sont abattus sous ses yeux ?
Image de Gaurav Pokharel via Nepali Times. Utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais]
Ce rapport du Dart Centre Asia Pacific par Arun Karki a été initialement publié dans le Nepali Times, et une version éditée a été republiée sur Global Voices dans le cadre d’un accord de partage de contenu.
Que devrait faire une journaliste lorsque de jeunes manifestants sont abattus sous ses yeux ? Faut-il faire son travail et rester neutre ? Peut-on vraiment rester neutre ?
Alors que les manifestations de la génération Z [fr] secouaient Katmandou, les journalistes népalais se sont retrouvés à couvrir une histoire qui leur était personnelle. En faisant leur travail, certains d’entre eux ont même été pris pour cible par des foules en colère.
Arun Karki, membre du Dart Asia Pacific, a visité leurs rédactions et a échangé avec ses collègues sur leur expérience de reportage des manifestations de la génération Z qui ont éclaté le 8 septembre. Voici les témoignages de journalistes ayant été témoins des troubles dans leur propre ville.
Sunita Karki assistait à un atelier dans un hôtel le 8 septembre. Elle a vu les premières vagues de manifestations à travers les fenêtres de l’hôtel. Les alertes de couvre-feu inondaient son téléphone, un véhicule appartenant à un groupe de défense des droits humains brûlait de l’autre côté de la route, de jeunes garçons transportaient leurs amis blessés à moto vers les hôpitaux locaux, et la police rouait de coups un adolescent qui avait pourtant les mains en l’air.
« J’ai beaucoup pleuré », confie-t-elle. Ce n’était pas la peur qui la submergeait, mais la culpabilité. « J’étais incapable de rédiger quoi que ce soit. Nous assistions à ces scènes depuis un hôtel cinq étoiles ». Le soir même, le bilan était déjà de 19 morts. Le 9 septembre, vers 15 h 35, le bureau de son média, Annapurna Post, situé à Tinkune, à Katmandou, fut incendié. Le personnel fut contraint d'évacuer le bâtiment alors que certaines parties de la rédaction brûlaient encore.
Image de Gaurav Pokharel via Nepali Times. Utilisée avec permission.
Lorsqu’elle apprit que son bureau était en flammes, elle confia à son mari, avec angoisse, qu’elle comptait démissionner : « Si je dois cacher ma carte de presse à chaque manifestation, quel genre de journaliste suis-je vraiment ? », s’est-elle interrogée.
Elle rédigea un article le lendemain, mais se sentit partagée entre son rôle de journaliste soucieuse de son devoir et son état de civile sous le choc. Elle explique que, c’est dans des moments comme celui-ci qu’il est difficile de se sentir vraiment neutre.
C’est en voyant la police s’acharner sur la population qu’elle sentit une forte envie d’intervenir, plutôt que de simplement rester en retrait et rapporter les faits. Le premier vrai moment de répit arriva plus tard, lorsque les gens descendirent dans la rue et allumèrent des bougies en hommage aux victimes. « C’était une sorte de marche victorieuse. Après tant de journées de violence, j’ai enfin pu ressentir un certain soulagement », confie-t-elle.
Angad Dhakal, journaliste-photographe travaillant pour Kantipur National Daily, se tenait devant son bâtiment lorsque des manifestants y entrèrent par effraction pour y mettre le feu. Il avait déjà été informé que des manifestants prévoyaient d’incendier son bureau et s’y était précipité, dans l’espoir de sauver ses disques durs contenant dix ans de travail photographique, en vain.
Il leva alors son appareil photo et appuya « fermement » sur le déclencheur, surtout pour documenter la scène plutôt que par « enthousiasme ou devoir professionnel ».
Image de Gaurav Pokharel via Nepali Times. Utilisée avec permission.
« Mon bureau brûlait. Que devais-je photographier ? » se souvient-il. Quelques instants plus tard, un manifestant remarqua l’inscription « PHOTO » sur sa veste jaune de presse. Pour se défendre, il expliqua qu’il était un freelance débutant et YouTubeur, puis se réfugia dans un coin pour retirer sa veste afin de ne pas être pris pour cible par les manifestants.
Pour couvrir les manifestations dans la rue, Angad se tient habituellement près de la police, pour être plus en sécurité. Mais le 8 septembre, les incendies et les coups de feu rendaient même cette zone dangereuse. Une balle de flash-ball toucha son ami Dipendra Dhungana, le blessant gravement.
Il pensa : « Où allons-nous maintenant ? Si nous restons ici, nous serons touchés ». Après avoir assisté à deux jours de manifestations, de violences et de morts, et avoir vu son propre bureau brûler, il n’a pas dormi pendant plusieurs jours.
Le même après-midi, alors que les bâtiments gouvernementaux brûlaient et que le média Kantipur était attaqué, un message sur un forum Discord de manifestants parlait ouvertement d’« attaquer Kantipur ».
Les rumeurs se sont propagées à d’autres médias. Devant le bureau de OnlineKhabar, où travaille Gaurav Pokharel, le responsable de la rédaction déclara : « Des gens très suspects se promenaient ». Les stores furent baissés, les fenêtres évitées, la porte d’entrée verrouillée et le personnel dispersé dans différents endroits de la ville. Le média fut menacé et mis en confinement effectif, mais ne fut pas incendié.
Gaurav Pokharel cacha sa carte de presse. « Je n’ai jamais montré ma carte. Parfois, je devais entrer dans la foule en criant des slogans, juste pour me fondre parmi les manifestants », raconte-t-il. Il voyait des gens tomber sous les balles et aida à sortir un journaliste encerclé par une foule hostile.
Image de Gaurav Pokharel via Nepali Times. Utilisée avec permission
Gaurav a également contribué en tant que freelance à des médias internationaux. Plus tard, alors qu’il retranscrivait l’interview d’un jeune organisateur de manifestations, il écrivit à son rédacteur d’un média international : « C’était très difficile à écrire. J’ai pleuré plusieurs fois en le faisant ». Il travaillait sans relâche depuis plusieurs jours, luttant contre la fatigue et une pression artérielle basse.
Des manifestants ont vandalisé et incendié le complexe Singha Darbar, abritant Nepal Television et Radio Nepal, dans le but de perturber la radiodiffusion publique.
Surendra Paudyal avait commencé la journée avec sa carte de presse autour du cou, pensant qu’elle lui permettrait de se déplacer librement. Mais lorsqu’il arriva à Singha Darbar vers 15 h 30, la situation lui parut dangereuse.
Il glissa alors sa carte dans sa poche. Lorsqu’il fût interrogé sur ce qui comptait le plus, il répondit sans hésiter : la vie avant tout. À ce moment-là, il ressentit une peur réelle et un fort devoir de protéger son équipe.
Il se concentra sur l’essentiel : rester calme, trouver des sorties et faire évacuer tout le monde en sécurité. Plus tard, ils réussirent à maintenir le journal télévisé de 20 h grâce à un lien régional. Il était partagé. D’un côté, il était soulagé que la diffusion ait continué, mais de l’autre, il était triste et furieux que leur propre studio ait été attaqué.
Republié avec l’autorisation du Dart Centre Asia Pacific, un centre régional qui accompagne les journalistes en leur fournissant soutien et conseils adaptés aux situations traumatisantes.
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Sabar Bonda s’écarte des récits traditionnels en donnant une voix aux expériences queer dans l’Inde rurale.
L’équipe du film Sabar Bonda (Cactus Pears) lors de la cérémonie du festival du film de Sundance de 2025. Image via Wikimedia Commons by Bryan Berlin. CC BY-SA 4.0.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais]
Sabar Bonda (2025) [fr] est un film en langue marathi qui offre un regard intime sur les personnes queers (LGBTQIA+) dans l’Inde rurale. Il explore les thèmes de l’amour, de la famille et du sentiment d’appartenance au-delà du prisme urbain. En mettant en lumière les expériences de ses protagonistes dans un contexte de classe, de genre, de sexualité et de vie rurale, le film remet en question les récits conventionnels et réinvente les possibles pour la vie des personnes queers en Inde en dehors des grandes villes. Son succès lors du festival du film de Sundance 2025 et son portrait délicat d’un amour homosexuel en contexte de campagne lui ont valu des critiques élogieuses, mais aussi des attaques issues des débats des guerres culturelles.
Contexte
En 2023, alors que la Cour suprême de l’Inde examinait une série de pétitions visant à obtenir la reconnaissance légale des mariages queers en Inde (dans l’affaireSupriyo v. Union of India, dite « Supriyo »), le gouvernement indien, dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), s’est opposé à ces pétitions, et a même déclaré que l’identité queer était un phénomène « élitiste et urbain ». Ces arguments ont été vigoureusement contredits par les requérants, ce qui a conduit la Cour à affirmer clairement que le gouvernement indien s’était trompé dans son évaluation : l’identité queer ne peut être considérée ni comme exclusivement urbaine ni comme élitiste.
Dans son opinion minoritaire, l’ancien président de la Cour suprême indienne, D.Y. Chandrachud, écrivait :
The discussion in this segment has not scratched the surface of the rich history of the lives of LGBTQ persons in India, which continue into the present. Yet, even the limited exploration of the literature and reportage on the subject makes it abundantly clear that homosexuality or queerness is not solely an urban concept, nor is it restricted to the upper classes or privileged communities.
La discussion présentée ici n’a fait qu’effleurer la riche histoire des vies des personnes LGBTQ en Inde, qui se poursuit aujourd’hui. Pourtant, même cet examen limité de la littérature et des reportages sur le sujet montre clairement que l’homosexualité ou l’identité queer n’est ni un concept uniquement urbain ni réservé aux classes supérieures ou aux communautés privilégiées.
Même si, en fin de compte, la Cour a refusé [fr] de reconnaître légalement les couples queers en Inde, elle a confirmé l’authenticité et la légitimité de leurs vies, et a même demandé au gouvernement de constituer un comité chargé d’examiner la création d’un cadre juridique pour reconnaître ces relations. Ainsi, bien qu’il n’ait pas accordé le droit au mariage aux couples homosexuels, l’arrêt Supriyo a élargi le cadre juridique en confirmant que les personnes transgenres engagées dans des relations hétérosexuelles avaient bien le droit de se marier selon la législation existante, y compris dans le cadre des lois personnelles. La décision a également clarifié un point important du droit au mariage : il n’est pas un droit fondamental en Inde, et la reconnaissance des couples homosexuels relève exclusivement du législateur, et non du pouvoir judiciaire.
Deux ans plus tard, même si peu de progrès ont été réalisés pour traduire cette demande en loi, on observe sur le terrain une reconnaissance accrue de la validité et de la complexité des vies des couples queers.
C’est dans ce contexte qu’un film en marathi comme Sabar Bonda (Cactus Pears) émerge comme une bouffée d’air frais, parmi les productions hindies souvent figées dans des codes romantiques stéréotypés qui répondent aux normes hétéropatriarcales conventionnelles. Certes, Bollywood [fr] s’est déjà aventuré sur des terrains queers auparavant, parfois avec des films assez radicaux pour l’époque, tels que Fire (1996) de Deepa Mehta, Nikhil, mon frère (2005), ou encore Geeli Pucchi (2021). Mais ce genre de films reste bien trop rare.
Sabar Bonda va plus loin en invitant les spectateurs à imaginer les possibles radicaux de l’identité queer dans l’ère post-Supriyo. Le film invite notamment les spectateurs à se poser les questions suivantes : que signifie être queer dans l’Inde rurale d’aujourd’hui ? Comment la condition queer peut-elle s’exprimer lorsque les responsables politiques, les juges et la société civile continuent de la reléguer aux marges ? Comment les couples queers affrontent-ils les obstacles familiaux et matrimoniaux en l’absence de soutien social, légal ou religieux ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions audacieuses auxquelles le film invite les spectateurs à réfléchir, offrant ainsi un aperçu intime de certaines vies rurales queers jusqu’ici ignorées par le cinéma grand public.
Quelle est la particularité de Sabar Bonda ?
C’est sans surprise que son réalisateur, Rohan, est non seulement queer, mais aussi façonné, dans sa vision du monde et sa sensibilité artistique, par son éducation populaire. C’est dans une maison d’une seule pièce, au cœur d’un bidonville de Mumbai, qu’il a grandi, élevé par un père chauffeur et une mère au foyer. Rohan Kanawade est un véritable cinéaste autodidacte, doté d’un passé de décorateur d’intérieur. Le film reflète sa perspective personnelle et son vécu. Dans une interview donnée à The Polis Project, il explique :
Look, the film is based on my experience, and this is how things unfolded for me. Everyone’s experience is so different, but when they start making films, it is always the same. There are too many rules. Where is the joy then of telling a story?
Le film est basé sur mon expérience, et voilà comment les choses se sont déroulées pour moi. Chacun a sa propre expérience, mais quand on fait des films, c’est toujours pareil : il y a bien trop de règles. Alors, quel plaisir reste-t-il à raconter une histoire ?
C’est précisément cette volonté de briser les conventions du cinéma et de défier les normes narratives qui rend Sabar Bonda subversif. Inspiré du parcours de Rohan, marqué par la mort de son père, la quête de son identité queer et son retour à ses racines, le film mêle histoire personnelle et fiction pour créer un récit profondément émouvant. On y suit Anand (Bhushan Manoj), employé d’un centre d’appel à Mumbai, qui retourne dans le village familial du Maharashtra rural pour les dix jours de deuil traditionnel après la mort de son père. Là-bas, il retrouve son ami d’enfance Balya (Suraaj Suman), un agriculteur local. Alors qu’Anand affronte le deuil et la pression familiale du mariage, une relation tendre se tisse entre les deux hommes, leur offrant un refuge et un sentiment d’appartenance.
Le titre du film, qui signifie « poires cactus » en marathi, sert de métaphore au parcours des protagonistes. Tout comme le fruit du cactus est recouvert d’épines à l’extérieur, mais est doux et juteux à l’intérieur, les protagonistes traversent des épreuves et naviguent dans les méandres de l’amour dans leur environnement rural hostile, mais parviennent à se créer un refuge intime et réconfortant. Un autre aspect notable du film est l’usage de la langue marathi. Trop longtemps, les récits queers en Inde ont été dominés par le cinéma hindi, avec seulement une poignée de films proposés dans d’autres langues vernaculaires, comme le malayalam ou le bengali. Rares sont les films en langue marathi qui abordent ces thématiques, ce qui fait de Sabar Bonda une contribution rare et significative au récit queer vernaculaire en Inde.
Sabar Bonda bouleverse les récits queers traditionnels en s’éloignant des stéréotypes centrés sur les traumatismes liés au coming out et à la violence familiale, pour se concentrer plutôt sur la richesse intérieure de ses personnages. Dans le film, la mère d’Anand connaît la sexualité de son fils et le soutient discrètement. Vers la fin du film, elle « devine » également celle de Balya et crée, sans un mot, l’espace nécessaire pour que les deux puissent vivre ensemble. De tels actes de solidarité discrète sont rarement représentés dans les récits grand public. Le film remet également en question l’idée selon laquelle le soutien à la communauté queer ne viendrait que des personnes « éduquées » vivant en milieu urbain. Il souligne au contraire que l’empathie peut transcender les classes sociales, le niveau d’éducation et le milieu social. Même si les mots « gay », « queer » ou « homosexuel » ne sont jamais explicitement utilisés, les thèmes liés à la communauté queer sont indéniablement présents tout au long du film.
En mettant en avant la vie intime que Balya et Anand parviennent à construire dans un environnement par ailleurs hostile, Sabar Bonda sert de miroir subtil, mais incisif à la société, invitant les spectateurs à revenir sur les questions posées au début du film : comment les couples queers peuvent-ils affronter les épreuves familiales et matrimoniales en l’absence (ou presque) de soutien social, légal ou religieux ? Et pourquoi devraient-ils rester cantonnés aux marges alors que les personnes non queers évoluent en toute sécurité dans la société, en gardant leurs privilèges intacts ?
Largement salué, à juste titre
Le film a été largement salué et a remporté le Grand Prix du jury du cinéma mondial au Festival du film de Sundance. Le Film Critics Guild lui a attribué la note de 8,6/10, sa présidente Anupama Chopra le qualifiant de « voyage lyrique et languissant vers la découverte de soi et l’appartenance, qui offre de l’espoir même dans les situations difficiles ».
Rohan Kanawade's Marathi debut feature film, Sabar Bonda (Cactus Pears), is currently rated 8.6/10 on FCGR!
The film released today in select theatres across India.
Le premier long métrage en marathi de Rohan Kanawade, Sabar Bonda (Cactus Pears), est actuellement noté 8,6/10 sur le site FCGR (Film Critics Guild Ratings) !
Le film est sorti aujourd’hui dans plusieurs salles en Inde.
Lisez les critiques ci-dessous #SabarBondaReview#CactusPearsReview pic.twitter.com/B14SDZcR7n
— Film Critics Guild (@theFCGofficial) le 19 septembre 2025
D’autres critiques ont été tout aussi élogieuses : Prathyush Parasuraman, du Hollywood Reporter India, compare le film à « du pain tout juste sorti du four », offrant « quelque chose de croustillant ». Mihir Bhanage, du Times of India, l’a qualifié de « film magnifique et simple qui se dévoile comme une douce histoire d’amour, de perte et d’amitié ». Tatsam Mukherjee, qui écrit pour The Wire, évoque une « révolution silencieuse dans les salons de la classe moyenne, non par l’hystérie, mais par la grâce et la ténacité ».
En effet, la force du film réside dans son rythme lent et délibéré et sa narration subtile. Il explore avec délicatesse les thèmes du deuil, de l’appartenance, de la sexualité et de la famille, tout en mettant en avant la situation sociale des protagonistes, en particulier la manière dont la caste, le genre, l’orientation sexuelle et la localisation rurale façonnent les expériences de chacun.
Rohan parvient à équilibrer émotion et nuance sans paraître moralisateur, offrant ainsi une vision rare et intime des possibilités radicales de l’amour queer dans l’Inde rurale. Sabar Bonda est un chef-d’œuvre de cinéma nuancé et devrait s’imposer comme une œuvre incontournable pour quiconque s’intéresse aux récits situés à l’intersection de la classe sociale, de la sexualité et de la vie familiale en Inde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251204_124859";}s:15:"20251204_123840";a:7:{s:5:"title";s:158:"L'objectif du Couloir vert Kivu-Kinshasa en RDC est la création d'une nouvelle économie verte en vue de la promotion de la paix et du développement durable";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/12/04/299339/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299339";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 04 Dec 2025 11:38:40 +0000";s:11:"description";s:277:"Selon les autorités, le couloir va créer des centaines de milliers d’emplois pour les habitants, notamment les jeunes, et leur donnera accès à davantage de débouchés économiques afin d’éviter qu’ils ne rejoignent des groupes armés pour échapper à la pauvreté.";s:7:"content";s:12459:"
Des conflits armés dans l’est de la RDC exacerbent la pauvreté et accélèrent la détérioration de l’environnement.
Le Couloir vert Kivu-Kinshasa, RDC. Image d'Anicet Kimonyo. Utilisée avec permission.
Cet article d'Anicet Kimoyo a été initialement publié par Peace News Network le 29 octobre 2025. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat médiatique.
Des conflits armés dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) exacerbent la pauvreté et accélèrent la détérioration de l’environnement.
La province du Nord-Kivu abrite l’un des plus vieux parcs d’Afrique, le Parc national des Virunga. Selon une étude, réalisée en avril 2025 par la direction provinciale de Nord-Kivu agissant pour l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), presque 50 % de sa superficie sont à présent sous le contrôle de groupes armés. En font partie des rebelles du groupe Mouvement du 23 mars (qui appartient à la coalition Alliance Fleuve Congo), des groupes islamistes, et diverses petites milices locales, ainsi que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont certains membres ont participé au génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
Toujours selon le rapport, la présence armée dans le parc fait perdre à l’économie verte près de 30 millions de dollars américains en revenus annuels, lesquels sont détournés au profit de groupes rebelles. Il en résulte un cycle de violence qui nuit à la fois à la biodiversité et au développement local.
La RDC a officiellement lancé, par décret, le « Couloir vert Kivu-Kinshasa » (CVKK), un projet ambitieux visant à allier le reboisement, le développement économique et la stabilité des régions ravagées par les conflits. L'initiative, que les autorités ont décrite comme une contribution majeure à la lutte contre les changements climatiques, exigera néanmoins que le gouvernement surmonte de nombreux obstacles d’ordre structurel et politique.
Signé le 15 janvier 2025 par la Première ministre Judith Suminwa, le décret n° 25/01 donne forme à l’un des plus importants projets écologiques jamais élaborés en Afrique centrale. Couvrant près de 550 000 kilomètres carrés, dont 285 000 kilomètres carrés de forêts vierges et 60 000 de tourbières, le Couloir vert Kivu-Kinshasa a pour objectif de transformer des régions affaiblies par des décennies de violence en pôles de développement durable. Selon Emmanuel de Mérode, directeur de l’ICCN :
The CVKK project is considered one of the largest initiatives [in the world] on the climate issue. The Congo is providing good news, and this will continue to be noticed.
Le projet CVKK est considéré comme l’une des plus importantes initiatives [au monde] en matière de crise climatique. Le Congo est porteur de nouvelles positives, et cette tendance devrait se poursuivre.
Outre la protection des forêts tropicales du Bassin du Congo, décrit comme le « puits de carbone le plus vaste au monde », le couloir vert devrait permettre l’acheminement de Kivu à Kinshasa d’un million de tonnes de nourriture par an, permettant, dans un premier temps, de nourrir les populations touchées par les conflits, puis le pays tout entier grâce au potentiel agricole de la région. Un fonds dédié sera créé pour le développement, le long du CVKK, d’entreprises dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’agriculture et de la logistique. Selon le gouvernement, le coût de financement du projet est estimé à au moins 1 milliard de dollars américains au cours des trois ou quatre prochaines années.
Le couloir vert est structuré autour de plusieurs axes : l’agriculture durable, l’écotourisme, la foresterie communautaire, et la restauration des écosystèmes. L’objectif déclaré du projet est la création de centaines de milliers d’emplois « verts » pour ainsi offrir des alternatives légales au braconnage et à l’exploitation illicite de ressources. Emmanuel de Mérode explique :
The corridor provides economic benefits that do not depend on forest destruction, but on sustainable production methods. Hundreds of thousands of jobs [will be] created thanks to the preservation of species and forests. The communities themselves become conservation agents.
Le couloir offre des avantages économiques qui dépendent non pas de la destruction des forêts mais de systèmes de production durables. Des centaines de milliers d’emplois seront créés à travers la préservation de la faune et de la flore. Les communautés assumeront elles-mêmes le rôle de garde forestier.
Justin Tshipopo, gestionnaire forestier dans la province de Bas-Uélé, salue « l’opportunité de renforcer la foresterie communautaire, » et souligne le besoin de prendre en compte les savoir-faire traditionnels :
Communities have preserved their forests for centuries. These practices must not be forgotten.
Les communautés protègent leurs forêts depuis des siècles. Ces pratiques ne doivent pas tomber dans l’oubli.
Selon lui, il est essentiel que le couloir devienne un outil réel de développement pour les territoires vulnérables, capable d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques et de renforcer la cohésion sociale.
Un succès à long terme dépendra de la capacité des autorités à impliquer les populations locales de manière responsable, d’intégrer leur expertise ancestrale, et d’assurer une gouvernance irréprochable. Le Couloir vert Kivu-Kinshasa est considéré comme un test décisif pour la transition écologique et économique de la RDC, un défi à la hauteur de ses vastes ressources naturelles.
Malgré l’optimisme autour des objectifs ambitieux du couloir, les militants locaux exigent aussi que sa mise en œuvre soit inclusive et transparente. Fanny Minesi, directrice de Amis des Bonobos du Congo (ABC), une ONG engagée dans la protection d’animaux sauvages, met en garde contre une approche exclusivement technocratique du projet :
Our concern is to ensure that communities are not only informed, but also that they consent to the projects and become active participants. We must ensure that projects are not designed without the communities, and that the private sector, often preoccupied with profit, is not the only one guiding the decisions.
Notre souci est de veiller à ce que les communautés soient non seulement informées de l'évolution du programme, mais qu’elles donnent aussi leur consentement aux projets et y participent activement. Nous devons nous assurer qu’ils ne soient pas élaborés sans la collaboration des communautés, et que le secteur privé, souvent guidé par le profit, ne soit pas le seul à influencer les décisions.
Le succès du CVKK dépend de l’étroite collaboration entre le gouvernement, les organismes de conservation, le secteur privé, et les communautés. Néanmoins, des tensions foncières, une insuffisance des infrastructures, et un manque de confiance profondément ancré subsistent encore. Certaines communautés locales se méfient du projet car elles pensent que le gouvernement veut saisir leurs terres.
Cependant, des projets pilotes dans l’est de la RDC et Tshopo montrent des résultats encourageants grâce à une réduction notable de la violence envers les civils de la part de groupes armés, à l’échelon local, et une meilleure protection du Parc national des Virunga. Selon les autorités, le couloir va créer des centaines de milliers d’emplois pour les habitants, notamment les jeunes, et leur donnera accès à davantage de débouchés économiques afin d’éviter qu’ils ne rejoignent des groupes armés pour échapper à la pauvreté.
Par ailleurs, le 27 octobre dernier, la RDC a lancé la Semaine nationale du climat dans le but de réunir les acteurs du secteur de l’environnement, afin de réfléchir ensemble aux enjeux soulevés par la crise climatique. Marie Nyange Ndambo, la ministre congolaise de l'Environnement, et de l’Économie du Climat, a déclaré lors d’une conférence de presse :
Without the DRC, there are no sustainable solutions to the global climate crisis, which we have not created elsewhere.
Sans la RDC, il n’existe pas de solution durable à la crise climatique mondiale.
Lors de son discours adressé aux participants de la Semaine nationale congolaise du climat, Ndambo a également précisé que la RDC souhaitait, par le biais de cet évènement, unir les voix de la société civile, des populations autochtones, et autres acteurs locaux et internationaux afin de se préparer à la COP30 (qui se tiendra à Bélem au Brésil à partir du 10 novembre) sur la base d’une conviction ferme et crédible qui « reflète nos priorités et réalités pour que le Congo et les congolais(es) parlent d’une seule voix à la conférence et confirme la volonté du pays à assumer son rôle de leader en matière de climat. » Elle a également ajouté :
We want every Congolese to understand that the climate is not a distant issue, it affects our daily realities and therefore protecting the environment is protecting our future.
Nous voulons que toute la population congolaise comprenne l'urgence de la crise climatique ; elle affecte notre vie quotidienne et par conséquent protéger l'environnement est essentiel pour préserver notre avenir.
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Symptômes d'une économie de l'attention où la fraude avance plus vite que les dispositifs de contrôle.
Capture d'écran prise sur la chaîne Youtube Eyoha Media, montrant deux invités cagoulés tournant le dos à la caméra lors d'un passage consacré aux dons en ligne controversés. Utilisée avec permission.
Un acte de « gentillesse » viral
Une vidéo TikTok a commencé à circuler, filmée dans une voiture garée près du quartier de Bole, à Addis Abeba. La caméra braquée vers l'intérieur. Un homme du nom de Tamru est assis sur le siège passager, les épaules voûtées, la voix basse, décrivant maladie et lutte quotidienne. L'homme derrière la caméra ne montrant jamais son visage. Quand Tamru a fini, une main entre dans le champ et glisse une liasse de billets pliés dans le creux de sa main.
Le clip est apparu pour la première fois sur@melektegnaw_ (environ 1.7 million d'abonnés), un compte TikTok populaire qui semble encourager les actions caritatives. Il en existe d'innombrables construis sur le même schéma: l'émotion comme accroche, le témoignage comme vignette, une petite somme d'argent remise en guise de « preuve », et des clics qui se convertissent en engagement et en revenus.
Sur l'enregistrement, Tamru demande s'il existerait une aide à plus long terme qui pourrait l'aider à se remettre sur pied. Les deux échangent numéros de téléphone et un numéro de compte. L'homme lui dit de continuer à prier — que l'argent venait par la prière, et qu'il était simplement un messager reliant les donateurs et les personnes dans le besoin.
La scène suggérait un changement.
L'argent a été transféré, mais les promesses n'ont pas été tenues
Après que la vidéo TikTok soit devenue virale, les gens se sont mobilisés — tout comme l'argent. En quelques semaines, plus de 1576 USD (environ 260000 ETB) ont été transférés sur un compte bancaire au nom de Tamru, alors qu'une somme estimée entre 2120 à 2425 USD(environ 350 000 à 400 000 ETB ) a été versée sur des comptes, explique-t-il, liés aux associés de l'organisateur masqué. Une grande partie venait des membres de la diaspora éthiopienne qui croyaient aider un inconnu à sortir de la misère. Les fonds devaient servir à acheter un Baja à Tamru, un taxi à 3 roues qui aurait pu lui permettre de reprendre le travail.
Au lieu de cela, Tamru se souvient être informé par téléphone par le même homme qu'il avait rencontré en personne — la silhouette sans visage de la vidéo qui l'a filmé recevant la liasse de billets, montrée sur TikTok — d'envoyer plus d'argent pour le ‘quitus fiscal,’ les ‘frais de transport,’ le ‘traitement,’ et même les pénalités de ‘compte gelé’. Au final, il estime avoir transféré 1212 USD (environ 200 000 ETB) provenant des fonds déposés sur son propre compte. Ce n'est qu'après que les promesses ont commencé a changer qu'il a rendu son histoire publique, accordant une interview de près de trois heures sur Eyoha Media, une chaîne YouTube avec une large audience, dans l'espoir que cette exposition puisse forcer des réponses.
Les hommes derrière les masques
Dans cette interview, Tamru n'a jamais mentionné @melektegnaw_, même si la vidéo y a fait sa première apparition. Au lieu de cela, il a dit que l'homme derrière la caméra était ‘Baladeraw’ — de la chaîne TikTok @baladeraw — et a ajouté que lorsque l'animateur lui a téléphoné, il a cru reconnaître la voix.
L’œuvre caritative de Baladeraw mêle foi, émotion — et opacité. Capture d'écran issue de la page TikTok de Baladeraw. Utilisée avec permission.
D'après mon analyse, les deux chaînes utilisent la même mise en scène: capuches relevées, la caméra fixée derrière le « donateur » et des slogans imprimés sur leurs sweat-shirts — « le fiduciaire » (ባለአደራው) et « le messager » (መልክተኛው). Ils justifient l'anonymat comme une forme d'humilité religieuse. On ignore encore s'il s'agissait de deux hommes, d'un groupe coordonné ou d'un seul opérateur utilisant plusieurs identités.
Capture d'écran de @melektegnaw_ sur TikTok, dont les vidéos « caritatives » virales transforment la compassion en clics, dans un contexte de surveillance accrue sur le traitement des donations. Utilisée avec permission.
Ce qui est clair, c'est le schéma. Les deux comptes suivent le même modèle: une personnalité humanitaire sur Facebook, YouTube, et TikTok qui apparaît sans visage, altruiste, et dévoué. Chaque vidéo suit le même parcours émotionnel — un individu vulnérable, un « bienfaiteur » anonyme, et une petite remise d'argent devant la caméra — conçu pour ressembler à un geste de charité spontané tout en échappant à la surveillance.
Foi, vues, et profit
Sur Facebook et TikTok, une série de clips émouvants tournés à la main suffit largement à légitimer le tout. Les plateformes récompensent le nombre de vues; le public les considère comme une preuve. Un rapide coup d’œil à Baladeraw révèle une page Facebook intitulée « Organisation Caritative » et un site Web — qui inspire confiance mais qui semble peu contrôlé.
Cette crédibilité se transforme en argent. Baladeraw déclarerécolter plus de 10 958,96 USD (plus de 1,5 million ETB) à travers Chapa, une passerelle de paiement éthiopienne sous licence, réglementée par la Banque Nationale d’Éthiopie comme un « opérateur de système de paiement. »
Pendant ce temps-là, la présence des deux hommes sur TikTok brouille les pistes entre contenu personnel et collecte de fonds. Les propres règles de TikTok stipulent que les collectes de dons doivent être menées par des organisations reconnues — avec immatriculation, un site web, et au moins 1000 abonnés — et, dans certaines régions, des documents fiscaux supplémentaires. Pourtant ces derniers sollicitent des dons en tant qu'utilisateurs privés, en dehors des outils de collecte de fonds vérifiés de TikTok, soulevant des questions fondamentales de conformité et de transparence que la plateforme n'a pas abordées.
Sur Facebook, la page de l’« Organisation Caritative » de Baladeraw est toujours active, même si la réglementation de Meta interdit explicitement une telle fraude, ainsi que les escroqueries. Comment un opérateur masqué sans comptabilité publique peut-il se présenter comme organisme de bienfaisance reste incertain.
Anatomie d'une confession qui n'en était pas une
Dans un second volet, Eyoha Media a interrogé @melektegnaw _ et « Baladeraw, » dans l'espoir de régler cette affaire. Mais au lieu d'exiger des documents et des reçus, l'animateur a incité Tamru à revenir sur ses accusations. Les identités étaient cachées: aucun nom, ni identifiant n’apparaissait à l'écran; les deux collecteurs de dons étaient cagoulés, tournaient le dos à la caméra, et seules leurs voix étaient audibles. Aucun document n'a été présenté ou examiné. Ces derniers sont partis sans révéler combien avaient été collectés, qui s'en occupait, où si même une partie était parvenue au bénéficiaire.
Sur son site web, Baladeraw diffuse également une vidéo de son interview avec EBS, l'un des plus grands médias privés d’Éthiopie — cagoulé, tournant le dos à la caméra, seule sa voix étant dévoilée. L'animateur n'a jamais abordé le sujet évident: l'anonymat peut être défendable lorsqu'on donne son propre argent, mais pas lorsqu'on sollicite celui du public. La loi éthiopienne exige que les organisations caritatives enregistrées divulguent leurs finances, conservent des archives et déposent des rapports. Des collecteurs de fonds masqués avec des liens de dons ne peuvent prétendre à une exemption. Pourtant personne n'a posé de question. Le spectacle a continué : le bienfaiteur invisible, le regard imperturbable, la souffrance exhibée.
Le démasquage
Dans un rebondissement tardif, la personne derrière @melektegnaw_ a retiré son masque dans Seifu sur EBS, une des émissions de fin de soirée les plus regardées en Éthiopie, qualifiant son travail d'« Œuvre Divine. » Il a accusé des imposteurs d'utiliser des comptes similaires, expliquant qu'il postait les numéros de compte bancaire des bénéficiaires afin que l'argent leur soit ‘directement’ versé, et a mentionné un détournement de 20 000 ETB (environ 120 USD) qu'il attribue à un intermédiaire. Il a nié prendre la moindre commission, se décrivant comme un messager qui partage des cas vérifiés et organise des petites campagnes comme le ‘défi des 100 birr (environ 0,6 USD).
Comme dans les apparitions sur Eyoha Media et EBS, Seifu l'a laissé parler sans contestation, évitant les questions fondamentales de responsabilité et de transparence. Aucune de ses déclarations n'a été indépendamment vérifiée, et les questions clés restent sans réponse: qui vérifie ces cas, quelles archives existent, et qui est responsable quand des fonds disparaissent.
L'histoire dans son ensemble : plateformes, pauvreté, et profit
La crise des réseaux sociaux en Éthiopie est souvent présentée comme un problème lié aux discours haineux et à la désinformation. Mais les escroqueries prospèrent aussi — en particulier dans les langues peu répandues. En avril 2023, l'AFP, le bureau éthiopien de vérification des faits a exposé une publication Facebook virale, en Oromo, qui promettait des « voyages gratuits vers les États-Unis » pour deux millions d'Africains; l'ambassade américaine a confirmé qu'il s'agissait d'une escroquerie, et que le lien renvoyait vers une application de recherche d'emploi et non vers l'obtention d'un visa.
Globalement, le même schéma persiste. L'examen par Reuters de documents internes à Meta, a révélé qu'environ 10% de ses revenus en 2024 semblaient provenir de publicités liées à des escroqueries ou des marchandises interdites. L'entreprise a estimé que les utilisateurs voyaient 15 milliards de publicités frauduleuses par jour. En 2023, les autorités britanniques ont signalé que 54% de toutes les escroqueries liées aux paiements impliquaient les plateformes Meta.
Ce ne sont pas des incidents isolés. Ce sont les symptômes d'une économie de l'attention où la fraude avance plus vite que les dispositifs de contrôle — et où les plateformes qui tirent un profit de l'engagement manifestent peu de volonté d'agir.
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Équipe de Los Pericos, à laquelle Mariano appartenait. Photo utilisée avec la permission de Connectas.
Ce texte a été rédigé par Flavia Morales pour AVC Noticias et a été republié par CONNECTAS et Global Voices grâce à un accord de diffusion de contenu.
Dix immigrants ont perdu la vie et vingt-neuf ont été secourus le 23 juillet 2017 dans une semi-remorque qui les transportait de l’autre côté de la frontière dans des conditions inhumaines et qui a été retrouvée stationnée sur le parking d’un Walmart à San Antonio, au Texas. Voici l’histoire de deux frères qui voyageaient à bord de ce véhicule.
Mariano et Humberto López Cano gagnaient 120 pesos pour une journée de six heures de travail dans les champs de leur communauté à José María Morelos, à environ quarante minutes de Papantla, dans le nord de l’État de Veracruz. Là-bas, bien que les écoles et les routes aient été construites par l’entreprise publique Petróleos Mexicanos et que les chemins soient envahis par des puits de pétrole, la seule possibilité d’emploi est dans les champs, à semer du maïs et des haricots sur des terres propres ou louées.
C’est pour cette raison que, lorsque l’occasion de partir aux États-Unis s’est présentée, Humberto n’a pas hésité. Pour la première fois, il pourrait quitter sa communauté à la recherche d’une vie meilleure. Quelques jours avant son départ pour le pays voisin, une autre opportunité s’est présentée : une place s’était libérée. Il a alors invité Mariano, son frère aîné.
Les deux frères ont quitté leur communauté le dimanche 16 juillet. Seulement sept jours plus tard, la tragédie a endeuillé le village. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre : dix migrants étaient morts asphyxiés après avoir été abandonnés à l’intérieur d’une semi-remorque à San Antonio, au Texas. Vingt-neuf autres ont survécu. Leur famille a appris, incrédule, que les deux frères se trouvaient bien parmi les passagers.
Mariano, 27 ans, père de trois enfants, est mort asphyxié dans la semi-remorque qui se rendait de McAllen à Houston et dans laquelle la température a atteint 65 degrés Celsius. Humberto, 24 ans, père de deux enfants, a été hospitalisé et est témoin des faits. Il se trouvait encore aux États-Unis.
Le cimetière où Mariano a été enterré. Photo utilisée avec la permission de Connectas.
Mariano López, le père des deux jeunes, explique qu’ils avaient l’intention d’aller dans un autre pays pour avoir une vie meilleure : « Ils voulaient s’en sortir, monter un commerce. »
Ellos quisieron irse, de la noche a la mañana, no tardaron ni dos días, hicieron planes, iban con la ilusión de hacer algo, no eran chicos maleados, y pues uno no sabe cuándo sale que destino llevamos, nunca pensé que iba a pasar esto.
Ils ont voulu partir du jour au lendemain, ça ne leur a même pas pris deux jours. Ils ont fait des projets, ils sont partis avec l’espoir de réussir quelque chose. Ce n’étaient pas des délinquants, et on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Je n’aurais jamais imaginé que ça arriverait.
Les frères imaginaient déjà combien ils gagneraient en un mois, en un an. Mariano rêvait de s’acheter une voiture. Leur père a déclaré :
A mí me pidieron prestado, me dijeron que consiguiera dinero, estaban seguros que les iba a ir bien e iban a pagar rápido, los planes era ganar en dólares, en dos o tres años conseguir una mejor vida, un mejor futuro para los niños.
Ils m’ont demandé de leur prêter de l’argent, de trouver de quoi les aider. Ils étaient sûrs que tout se passerait bien et qu’ils me rembourseraient rapidement. Ils comptaient gagner des dollars américains, avoir une vie meilleure dans deux ou trois ans et offrir un avenir meilleur à leurs enfants.
« Je lui ai demandé de ne pas partir, mais il avait déjà pris sa décision »
Un jour après le départ de Mariano López Cano pour les États-Unis, Beatriz, son épouse, a donné naissance à leur troisième enfant, mais Mariano n’a jamais pu le rencontrer.
Bien que la décision de partir avec son frère, Humberto, ait été prise plus tôt, ce n’est que deux jours avant son départ qu’il a fait ses adieux à sa femme, à ses enfants et au reste de sa famille.
« Il ne va rien m’arriver, tout ira bien », ont été les derniers mots qu’il a adressés à sa femme, qui a, elle aussi, été surprise par sa décision.
Beatriz López Paredes a rencontré Mariano à l’école primaire de leur village, ils ont entamé une relation au lycée et se sont mariés en 2012. Ils ont eu trois enfants. Le troisième, âgé de seulement quelques jours au moment des faits, a été une surprise pour le jeune couple.
C’est peut-être cette grossesse imprévue qui a motivé la décision de Mariano de partir :
Le pedí que no se fuera, pero dijo que era algo decidido, dijo que se iba por sus hijos para que no les faltara nada.
Je lui ai demandé de ne pas partir, mais il m’a dit que sa décision était prise et qu’il y allait pour les enfants, pour qu’ils ne manquent de rien.
Beatriz, 24 ans, serre dans ses mains un T-shirt jaune appartenant à l’un de ses bébés. Dans la cuisine où elle accorde l’entretien se tiennent ses enfants de trois ans et un an.
El sábado en la noche me dijo, me voy mañana, se despidió de nosotros el domingo, no pude hacer nada más.
Le samedi soir, il m’a dit qu’il partait le lendemain. Il nous a fait ses adieux le dimanche. Je n’ai rien pu faire d’autre.
Certains jeunes du village ont émigré aux États-Unis, mais la plupart partent chercher du travail à Guadalajara ou à Mexico. Selon Beatriz, Mariano n’avait jamais quitté sa communauté.
Mariano a reçu un dernier hommage de son équipe de football
Après plusieurs jours d’attente, le corps de Mariano est arrivé le 4 août dans sa communauté, en provenance de San Antonio au Texas.
Ses amis ont revêtu l’uniforme de son équipe, Los Pericos, et ont porté son corps autour du terrain pour qu’il puisse faire ses adieux à sa passion : le football.
Les deux frères jouaient au football depuis l’enfance. Mariano était milieu défensif et portait le numéro 10. D’après les témoignages, il était très bon, l’un des meilleurs de son équipe. Son frère, Humberto, portait le numéro 9 et était avant-centre.
Mariano et Humberto ne sont pas les seuls du village à avoir été victimes d’un tel drame. Deux ans plus tôt, un jeune homme est mort alors qu’il traversait le Río Grande, lui aussi à la recherche du « rêve américain ».
L’un des jeunes du village raconte qu’il a migré aux États-Unis dix-sept ans plus tôt. À l’époque, il s’est endetté d’environ 1 400 dollars pour traverser le désert et le Río Grande. Il a marché pendant trois jours jusqu’à Houston, où il est resté quatre ans, avant d’être expulsé.
Il explique que la sécurité offerte par le coyote (la personne chargée du transport des migrants sans papiers) dépend du montant payé, et que l’on peut le contacter par l’intermédiaire de membres de la famille ou de connaissances dans les communautés voisines.
Le jeune homme habite juste en face du terrain de football et voyait souvent les frères après les matchs. Il en sait peu, mais il raconte que c’est Humberto qui avait l’intention de partir. En fin de compte, il semblerait qu’une place se soit libérée et qu’il ait encouragé son frère à l’accompagner.
D’autres affirment que Mariano avait pris sa décision depuis longtemps.
La famille et les amis des deux frères ignorent les contacts et les ressources utilisés pour effectuer le voyage.
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En 2004, j'étais stagiaire du centre Berkam pour Internet et la société de Harvard, et j'ai vu comment s'est développé un nouveau chapitre dans l'histoire des médias. De nombreux commençaient à diffuser leurs opinions et leurs pensées via des blogs en ligne, des journaux personnels qui contenaient un mélange de liens de sites web intéressants trouvés en ligne, des données personnelles, des opinions politiques et des observations concernant le monde. Facebook était en plein développement, dans un dortoir de l'autre côté de Harvard, donc, les blogs étaient le premier espace sur Internet où de nombreuses personnes ont vécu dans le but de diffuser leurs opinions sans filtre. A l'époque, avant l'augmentation des influenceurs qui ont gagné des sous avec leur présence en ligne ou que nos algorithmes filtrent notre contenu pour réussir notre engagement maximum-c'était un espace d'émotion et d'espoir.
Pour certains, l'espoir était d'écrire en ligne relâcherait le contrôle des médias traditionnels. Les blogueurs pouvaient écrire sur ce qu'ils souhaitaient, quand ils le voulaient et pouvaient informer directement comme des témoins présents. Pour d'autres, la promesse de bloguer était que les voix pouvaient s'écouter; un groupe de blogueurs libéraux se délectait avec l'idée selon laquelle le gouverneur de Vermont, Howard Dean, écouterait les suggestions publiées par les blogueurs pour leur programme électoral comme candidat à la présidence des États-Unis.
Rebecca Mackinnon et moi étions intéressés à bloguer pour une raison différente. Nous étions tous les deux allés à Berkam après différentes expériences dans d'autres parties du monde. Rebecca avait été cheffe du bureau de la CNN en Asie, d'où sa fluidité en chinois et sa vaste expérience dans la région qui signifiaient qu'elle a vu des histoires invisibles pour la majorité des reporters américains. J'ai passé les cinq années précédentes à voyager entre l'ouest du Massachusetts et l'Afrique occidentale, pour créer une organisation sans but lucratif dédiée à la formation technologique, et apprendre que l'Afrique, comme la dépeignent les nouvelles américaines, n'a rien à voir avec le continent que j'ai visité régulièrement.
Aussi bien pour Rebecca que pour moi, la phase la plus passionnante d'Internet en 2004 était la possibilité de tout savoir sur le monde entier. Cela signifiait que non seulement les partisans de Dean et les habituels « futurs de l'information » américains, mais aussi des poètes pakistanais, des entrepreneurs ghanéens, des hackers égyptiens et des linguistes boliviens. Nous avons tous deux commencé à diffuser des liens vers des blogs d'un monde plus large qui apparaissait dans les espaces technologiques centrés sur les États-Unis, et de notre liste croissante de blogueurs internationaux que nous admirions et qui s'est convertie en une liste d'invitations à Bloggercon, réunion d'experts de technologie et littérature à Harvard qui était mondialement plus significative grâce à notre intervention.
Global Voices est né de cette réunion, dans un monde qui était majoritairement optimiste et passionné face au potentiel d'Internet. Nous ne vivons plus dans ce monde.
Le blogging a fait place aux réseaux sociaux, il est devenu plus inclusif, mais privilégiait les images, les vidéos, la fréquence et l'émotion plutôt que les longs formats de journal intime qui caractérisaient « l'âge d'or » des blogs. Certains blogueurs sont devenus des journalistes ou des écrivains d'articles d'opinion, bien que d'autres sont restés silencieux. Les réseaux sociaux ont créé une nouvelle économie d'influenceurs, ce qui a généré une vague de panique sur la désinformation et l'information erronée (certaines légitimes, d'autres exagérées), et les autres sur la sécurité infantile en ligne. Maintenant, les réseaux sociaux alimentent des systèmes d'intelligence artificielle, qui prévoient un futur dans lequel les voix des personnes se substituent à des voix génériques faisant autorité qui savent tout, mais qui ne parviennent pas à créditer les personnes qui ont réellement la connaissance.
Sommet Global Voices, Nairobi, Kenya, 2012. Utilisée avec permission.
Tout au long de ceci, Global Voices a été présent, présentant un monde plus large pour qui souhaite apprendre le respect. Il y a eu des moments – le printemps arabe, par exemple- dans lesquels les audiences américaines et européennes se sont aidées de notre travail pour comprendre la transformation du moment historique (ce reportage de 2011 dans le New York Times de Jennifer Preston sur notre travail sur le Moyen-Orient guidé par la dernière éditrice régionale Amira al-Hussaini, a été un de ces moments dans lesquels une grande audience savait ce que nous faisions).
Les histoires que nous couvrons ne se voient pas régulièrement, à moins que vous ne soyez en train de naviguer largement. Notre équipe de Chine aide à expliquer “Sister Hong”, scandale impliquant le travail du sexe, enregistrement de vidéos clandestines, problèmes avec la communauté LGBTQ+, et la marque particulière de Chine sur la répression sexuelle et la solitude masculine.
Il y a une incroyable série de réflexions d'Ukrainiens qui ont fui la guerre et ont laissé un morceau de leur pays, à travers des montagnes de livres et de nouvelles bibliothèques ukrainiennes dans les villes comme Innsbruck, en Autriche. En attendant, la Russie prend des méthodes avec les “activités extrémistes”, rendant la navigation sur Internet dangereuse.
Lire Global Voices est un rappel d'à quel point le monde est grand et complexe. Assister à une réunion d'auteurs et de traducteurs de Global Voices est un rappel de notre petitesse et notre connexion. J'ai assisté à la réunion de nos 20 ans à Katmandu au Népal en décembre 2024 quasiment une semaine après que j'ai commencé la rencontre, j'ai dû ajuster le voyage entre mes deux cours finaux du semestre. Quand je suis arrivé, les centaines de participants des six continents ont construit un lien durable, et j'ai senti comme si j'étais arrivé au lycée en pleine année scolaire. Jusqu'à ce que je prenne une petite pause pour décider où j'allais m'asseoir pour le déjeuner et ils m'ont trainé affectueusement à une table remplie d'écrivains que je ne connaissais pas et que ni me connaissaient pas non plus. Pendant deux décennies où nous nous sommes forcés à nous écouter les uns les autres, nous avons créé une culture qui est notablement accueillante, d'un cofondateur avec des horaires décalées, à notre nouvelle directrice exécutive, Malka Older, et aux nombreux auteurs, journalistes et étudiants népalais qui se sont joints à nous.
Réaliser ce travail n'a pas toujours été facile. Global Voices existe uniquement grâce à la majorité du travail réalisé par des bénévoles. Une petite part du personnel finance via des donations, mais la majorité des financements viennent des subventions. Ivan Sigal et Georgia Popplewell, qui ont pris les rênes après Rebecca et moi, ont maintenu l'organisation durant 15 années, et ils ont été très bons dans l'aide des fondateurs comme MacArthur, Open Society Foundation, Omidyar, Ford, Knight, Kellogg, et d'autres qui ont compris l'importance de notre travail, directement et indirectement. Ces financeurs ont valorisé les histoires et podcasts que nous produisons, mais nous ont vus littéralement former des générations d'écrivains, traducteurs, et éditeurs entraînés de notre communauté ( nombreux se sont consacrés à être des journalistes dans leurs pays d'origine ou dans des organismes de nouvelles internationales).
Photo du sommet Global Voices 2024 à Katmandou, au Népal. Photo utilisée avec permission.
Nous avons fait face à des moments difficiles financièrement, mais nous n'avons jamais vu un contexte comparable à celui que nous vivons. La coupure de l'aide internationale de l'administration de Trump nous a affectés directement et indirectement. Directement, les fonds de plusieurs des organisations avec lesquelles nous travaillons, comme Open Technology Fund, ont été retenus par la Maison Blanche, et ont entrepris des actions judiciaires pour continuer de fonctionner. S'ils n'obtiennent pas de fonds, nous non plus. Mais les effets secondaires ont été profonds de façon similaire. Les coupures de l'aide internationale, diffusion publique et la santé publique ont fait que des centaines d'organisations ont cherché de l'aide auprès de peu de fondations, qui maintenant ont augmenté les demandes pour leurs ressources limitées.
Heureusement, nous sommes une organisation authentiquement internationale; GV a été fondée par des citoyens américains comme une organisation sans but lucratif de Pays-Bas, et notre conseil d'administration représenté par l'Egypte, le Nigeria, le Royaume-Uni, l'Indonésie, le Pérou, les Pays-Bas et Hong-Kong. Comme de nombreuses organisations internationales, nous cherchons l'aide financière des Européens… Mais nous avons appris via nos membres européens que le nationalisme fait que des travaux comme le nôtre sont compliqués dans leurs pays.
C'est un temps obscur et difficile dans notre monde. Le travail que nous avons réalisé sur Global Voices a représenté la vision de comment le monde peut tourner différemment. Nous pourrions nous écouter attentivement les uns les autres, pour comprendre notre monde via plusieurs points de vue. Nous pourrions travailler ensemble sur un projet très grand pour une personne, ou un groupe de personnes du même pays. Nous pouvons lutter pour un Internet qui nous connecte et construit la compréhension, en vue de nous séparer en catégories comme les consommateurs facilement commerçables.
Nous sommes face à un grand problème, et nous pourrions nous entraider. Si tu es en mesure de faire une donation à GlobalVoices, cela serait siginifiant. Je fais confiance à Malka Older, Eddie Ávila, et Krittika Vishwanath, nos directeurs, qui ont pris le gouvernail de notre bateau sur les mers les plus tumultueuses que nous ayons vues. Nous avons besoin d'aide pour continuer les mois prochains, et déterminer qui pourrait soutenir le travail ardu des connexions internationales dans un moment dans lequel le monde est face à un danger de rester fragmenté et désolé.
Si GlobalVoices est ou a été une inspiration, s'il vous plaît, aidez-nous. Et n'oublie pas de jeter un coup d'oeil à l'Everest virtuel qu'a complété Nate Matias, un ami chéri et membre américain de Global Voices, un voyage en bicyclette qui comprend une ascencion verticale au plus haut sommet de l'Everest, pour collecter des fonds pour Global Voices.
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Le débat sur l’authenticité est une réaction à l’intrusion culturelle
Expressions et mots cantonais couramment utilisés qu’on ne trouve pas dans les dictionnaires de mandarin standard. Image d’Inmediahk.net (CC: AT-NC).
Comme expliqué dans un précédent article, il n’existe pas qu’une seule langue chinoise, mais de nombreux dialectes et variantes. Ce n’est qu’après la fondation de la République de Chine en 1912 que le mandarin, une langue parlée dans le nord-est du pays et au sein de la cour impériale de la dynastie Qing, est devenu la langue nationale de la Chine.
La décision a été prise le 15 février 1913, à la suite d’un processus de vote arbitraire mené par le « Comité de standardisation de la prononciation », sous la République de Chine nouvellement fondée. Le comité comptait 44 représentants, mais son président, Cai Yuanpei, alors recteur de l’Université de Pékin, détenait 29 voix, tandis que le vice-président en détenait 5.
En raison de l’absence de consensus et de la montée du régionalisme durant l’époque des seigneurs de la guerre de la République de Chine (1916-1928), le mouvement en faveur du mandarin comme langue nationale s’est heurté à des résistances locales. Le gouvernement central de la République de Chine a alors dû appeler à une « révolution culturelle » afin de « sauver le pays ».
Le mandarin, appelé plus tard putonghua, a servi de lingua franca en Chine, permettant aux locuteurs de différentes langues chinoises de communiquer entre eux. La diversité linguistique du pays a perduré jusqu’aux années 1990, période à laquelle le putonghua a été officiellement promu comme langue d’enseignement principale dans les écoles.
Beaucoup ont dénoncé la décision arbitraire de 1913 qui faisait du mandarin la langue officielle, et des défenseurs locaux se sont opposés à la suppression des langues maternelles.
Dans la province du Guangdong, où l’on parle cantonais, beaucoup estiment que leur langue locale est plus authentique que le mandarin, et certains pensent même que le cantonais a failli être choisi comme langue officielle de la Chine.
Beaucoup de révolutionnaires chinois ayant renversé la dynastie Qing dirigée par les Mandchous sont nés dans le Guangdong. C’est le cas, par exemple, du père fondateur de la République de Chine, Sun Yatsen, locuteur natif du cantonais et du hakka. Il a commencé à élaborer des plans pour renverser la dynastie Qing à Hong Kong en tant que membre du groupe de locuteurs cantonais appelé les Quatre Bandits. Après avoir fondé la Société de l’Alliance de Chine au Japon, Sun a collecté des fonds auprès des Chinois d’outre-mer de Nanyang (terme désignant des pays d’Asie du Sud-Est, dont la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines) pour financer la Révolution chinoise. Les Chinois d’outre-mer du Nanyang parlent en majorité le cantonais et le hokkien.
Le cantonais ou d’autres langues du sud de la Chine étaient ainsi considérés comme des choix plus corrects politiquement, le mandarin étant la langue parlée par la cour impériale des Qing, contre laquelle les révolutionnaires chinois prévoyaient de se révolter. C’est probablement la raison pour laquelle le « Comité de standardisation de la prononciation » de la République de Chine n’a pas réussi à atteindre un consensus concernant la langue officielle, la décision ayant finalement été largement influencée par son président.
Outre les considérations politiques, du point de vue de nombreux Chinois du sud de la Chine, le mandarin est considéré comme une « langue han étrangérisée » (胡化漢語), la partie nord de la Chine ayant été sous la domination de peuples étrangers tout au long de l’histoire chinoise.
D’après Yuan Tengfei, célèbre historien et professeur d’histoire chinois, le mandarin était une langue créole parlée par des tribus étrangères dans le nord de la Chine, autour de Pékin. L’historien souligne dans l’un de ses ouvrages sur l’histoire de la Chine :
Pékin est l’ancienne capitale de cinq dynasties : la dynastie Liao dirigée par les Khitans (916-1125), la dynastie Jin dirigée par lesJurchens (1115-1234), la dynastie Yuan dirigée par les Mongols (1271-1368), la dynastie Ming dirigée par les Han (1368-1644) et la dynastie Qing dirigée par les Mandchous (1636-1912). À l’exception de la dynastie Ming, les dynasties Liao, Jin, Yuan et Qing étaient toutes gouvernées par des minorités ethniques non han. Ainsi, Pékin a toujours été un lieu de cohabitation entre Han et peuples étrangers, et la période de domination des peuples étrangers y a sûrement été plus longue que celle des Han.
En revanche, d’autres langues du sud de la Chine, en particulier le cantonais, sont considérées comme plus authentiques.
Le mythe autour du cantonais veut que cette langue ait été parlée dès la dynastie Tang et conservée dans le sud de la Chine après la révolte d’An Lushan (755-763), lorsque l’empereur s’enfuit au Sichuan et qu’un grand nombre de lettrés se réfugièrent également dans le sud du pays.
Bien qu’il soit impossible de retracer avec précision les prononciations du chinois à l’époque de la dynastie Tang, le mythe du cantonais est étayé par de nombreux exemples montrant que les expressions de cette langue s’appuient sur la littérature classique chinoise. Par exemple, le terme « amour » se dit « jung1-yi3 » (鍾意) en cantonais, et non « xi huan » (喜歡) comme en mandarin, terme reflété dans le roman Au bord de l’eau de la dynastie des Song du Nord. De même, « combien » se dit « gei2-do1 » (幾多) en cantonais, au lieu de « duo shao » (多少) comme en mandarin, expression reflétée dans le poème « 虞美人 » (« Lady Yu, la belle impériale ») écrit par Li Yu (李煜, 937-978), empereur de la dynastie des Tang du Sud.
Les poèmes de la dynastie Tang rimeraient également mieux en cantonais. Un exemple souvent cité est le poème « Monter sur la tour des cigognes » (登鸛雀樓) de Wang Zhihuan (688-742). La transcription ci-dessous illustre la manière dont le poème rime en putonghua et en cantonais :
白日依山盡 | Le soleil blanc se couche derrière les montagnes 黃河入海流 | Le fleuve Jaune se jette dans la mer 欲窮千里目 | Si vous souhaitez une vue plus vaste 更上一層樓 | Montez encore d’un étage
En ce qui concerne Hong Kong, depuis 1999, le gouvernement de la ville a élaboré un plan visant à mettre en œuvre la politique d’enseignement du programme de chinois en putonghua plutôt qu’en cantonais, en complément du programme de putonghua dans l’enseignement primaire et secondaire. Néanmoins, ce plan a rencontré une forte opposition dans le secteur de l’éducation, car des recherches ont montré que les enfants auraient des difficultés à comprendre les expressions écrites en chinois si elles étaient expliquées en putonghua. L’authenticité du cantonais a également été avancée comme un argument majeur contre la politique de standardisation linguistique. Ce plan est resté suspendu jusqu’en 2008.
En 2020, plus de 70 % des écoles primaires et environ 30 % des établissements secondaires de Hong Kong avaient adopté le putonghua pour l’enseignement du programme de chinois.
Après la répression des manifestations de 2019 contre l’extradition vers la Chine et la mise en œuvre de la Loi sur la sécurité nationale en 2020, la volonté d’imposer pleinement l’enseignement en putonghua dans le cursus d’enseignement du chinois s’est renforcée. Wong Ching-yung, un intellectuel favorable au gouvernement, a par exemple défendu dans le magazine Bauhinia l’idée selon laquelle le remplacement du cantonais par le putonghua comme langue chinoise standard à Hong Kong devrait constituer un élément central de « l’éducation nationale » de la ville, en appuyant son argument sur le statut international du putonghua, reconnu comme langue officielle parlée à l’ONU.
La Journée de la langue chinoise des Nations Unies, le 20 avril, pourrait devenir une nouvelle occasion de promouvoir la standardisation du chinois parlé à Hong Kong. L’ironie est que ce jour est à l’origine consacré à la célébration de la diversité linguistique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251124_170558";}s:15:"20251124_165641";a:7:{s:5:"title";s:91:"Ce n'est pas le tai-chi de grand-mère : Maître Sun révèle la vérité derrière le flux";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/24/299554/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299554";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Nov 2025 15:56:41 +0000";s:11:"description";s:190:"L'apprentissage du tai-chi se fait en plusieurs étapes. Vous pratiquez les formes. Une fois maîtrisées, vous vous concentrez sur la force et les mouvements. Enfin, vous cultivez l'esprit.";s:7:"content";s:19782:"
Le Qi est une énergie convertie de l'air que nous respirons en puissance explosive.
En général, quand les gens pensent au Taijiquan, mieux connu sous le nom de Tai- Chi (太极拳), deux images contrastées leur viennent généralement à l'esprit. La première est celle d'une routine lente pratiquée par des personnes âgées dans les parcs tôt le matin, souvent comparée à du yoga en mouvement. L'autre est une scène d'arts martiaux spectaculaire et rapide, telle qu'on la voit dans les films d'action chinois, toute en sauts périlleux et mouvements puissants. Bien que les deux évoquent la même tradition, cette pratique séculaire est en réalité beaucoup plus complexe — et spirituelle — que ne le suggèrent ces deux stéréotypes.
Curieux de connaître la vérité qui se cache derrière ce flux, Jo Carter (JC), contributeur de GV, a interviewé en personne Maître Sun Peiqiang (孙佩强), héritier de quatrième génération du Xiaojia Taijiquan de style Chen, afin d'explorer ce que signifie réellement le Tai-Chi au-delà des clichés.
Le tai-chi est largement pratiqué dans la Chine contemporaine et dans le monde entier, et on le voit couramment dans les parcs, les cours de fitness et autres lieux similaires. Cependant, au-delà de ces formes familières, le tai-chi a une autre méthode de transmission conventionnelle : par le biais du système maître-élève ou au sein des familles, transmis de génération en génération, mais non pas aux étrangers. Ces pratiquants commencent généralement leur formation dès leur plus jeune âge, en mettant l'accent sur la culture interne et les compétences pratiques de combat.
Maître Sun, l'un de ces pratiquants, est né dans une famille qui s'est transmis le Wuxing Quan (五行拳/Boxe des cinq éléments) depuis des générations. Il a commencé à s'entraîner aux arts martiaux à l'âge de huit ans sous la supervision stricte de son grand-père. Aujourd'hui, il dirige une école de Taijiquan à Changchun, dans la province de Jilin, où il enseigne à plus d'un millier d'élèves de tous âges, originaires du pays et de l'étranger, perpétuant ainsi l'héritage des arts martiaux traditionnels grâce à un enseignement pratique et à un engagement communautaire.
Jo Carter (JC) : Comment avez-vous découvert le tai-chi ?
J'ai commencé à apprendre le Wuxing Quan et le Xiaojia Taijiquan de style Chen avec mon grand-père quand j'avais huit ans. J'ai appris les styles Chen, Yang et Sun. Le Taijiquan est essentiellement un art martial. Mais si vous pratiquez le Tai- Chi dans un parc, uniquement pour rester en forme, vous ne pourrez pas vous battre. Alors que la manière dont nous le pratiquons, telle qu'elle a été transmise dans notre famille, accorde une grande importance au combat réel.
Mon arrière-grand-père était un prêtre taoïste. Notre famille a transmis un ensemble d'arts martiaux appelés « Pratique de la longévité des cinq éléments», une forme de Qigong, d'exercices de respiration et de boxe. Lorsque celle-ci est pratiquée en complément du tai-chi, elle est favoriserait la longévité. Le tai-chi se concentre sur les reins, qui, selon la médecine traditionnelle chinoise, sont le fondement de la vie humaine. L'état des reins détermine le rythme du vieillissement, donc travailler sur les reins aide à stimuler la circulation sanguine. La boxe des cinq éléments correspond aux cinq organes principaux (cœur, foie, rate, estomac et reins); pratiquer cette forme revient à masser les organes internes, ce qui peut aider à prolonger la vie. Les membres de ma famille ont tendance à être minces, car la pratique de cette forme brûle les graisses et élimine l'excès de graisse. Si l'on atteint un certain niveau de pratique, en maintenant un qi et un sang abondants et dynamiques, il n'est pas rare de vivre jusqu'à 90 ans. Mon arrière-grand-père a vécu jusqu'à 94 ans et mon grand-père jusqu'à 97 ans ; aujourd'hui, à près de 40 ans, je ne souffre d'aucune maladie ou douleur.
JC: Les formes de taichiquan les plus pratiquées dans le monde sont probablement le style Yang et le style Chen. Quelles sont les différences entre les deux ?
SP: L'origine du taichiquan de style Chen trouve ses racines dans le double objectif du combat pratique et de la forme physique. À l'époque, à Chenjiagou [son village natal], Chen s'appuyait sur cette pratique pour rester en forme et soulager la fatigue physique résultant du travail agricole quotidien. Plus tard, Wang Zongyue, dans son ouvrage « Traités sur le tai-chi », a développé le style original de Chenjiagou, composé de 108 mouvements d’entraînement, pour en faire le taichiquan, plus adapté à des fins de santé et de remise en forme.
Le style Yang a été créé par Yang Luchan. Lorsqu'il a commencé à enseigner à Pékin, les descendants des nobles et des fonctionnaires étaient incapables de maîtriser les mouvements puissants, il a donc adouci l’entraînement. Le style Chen met l'accent sur l'équilibre entre le Yin et le Yang et, comparativement, il est plus difficile que celui de Yang, car la forme consiste à trouver l'équilibre entre la libération et la non-libération d'une puissance explosive. Le style Yang est doux, sans puissance explosive, adapté à certaines personnes d'âge moyen et âgées, et plus facile à apprendre.
En fait, toutes les formes de tai-chi ont des bienfaits pour la santé, malgré les différences entre écoles. Cependant, pour optimiser ces bienfaits, il est nécessaire de pratiquer à la fois les mouvements doux et les mouvements puissants.
Les êtres humains se détériorent avec l'âge. Si l'on ne pratique que le style doux, les muscles s'affaiblissent avec l'âge et les mouvements deviennent moins agiles. C'est pourquoi le Taichiquan de style Chen doit intégrer à la fois des mouvements puissants et non puissants ; ce n'est qu'en combinant les deux que l'on peut rester en bonne santé et en forme. Après tout, le Tai-Chi a été initialement développé pour le combat, l'autodéfense ou l'attaque. Même s'il a maintenant évolué à des fins de remise en forme, il est toujours nécessaire de pratiquer les deux aspects simultanément. Cela permet de garantir que vos muscles et votre circulation sanguine restent dans un état de jeunesse et que leur dégénérescence soit plus lente.
JC: Quelle est la différence entre le yoga et le taijiquan ?
SP: Le yoga et le taijiquan sont similaires. Les débutants peuvent se contenter de pratiquer le yoga, c'est-à-dire des étirements, etc., mais le yoga implique également la pratique du Qi, qui est interne. Il comprend à la fois des exercices dynamiques et statiques, et s'apparente au Brocart chinois en huit sections ou Baduanjin, aux Cinq postures d'animaux, et au Yijin Jing. Tous ces exercices visent à étirer les tendons et à pratiquer le Qi afin de garder vos tendons et vos fascias souples et flexibles. Un vieux proverbe chinois dit : « Un tendon plus long d'un pouce signifie dix ans de vie en plus. »
Le taijiquan et le yoga ont donc des bienfaits similaires, la principale différence étant que les mouvements du yoga consistent principalement en des étirements, tandis que le taijiquan est à l'origine un art martial, en particulier celui de style Chen, qui met l'accent à la fois sur l'attaque et la défense, et équilibre toujours le yin et le yang.
SP: Il s'agit de la force intérieure. C'est une sorte de force qui peut absorber les forces extérieures (forces physiques incontrôlées et non coordonnées) et les transformer en puissance interne. Lorsque nous pratiquons le Qi interne, une énergie est dérivée de l'air que nous respirons, convertie en puissance explosive. Ce processus nécessite un entraînement intense, car l'air que nous respirons n'entre que dans nos poumons, et non directement dans notre dantian (ou centre énergétique situé sous le nombril, où se produit la conversion de l'air en Qi).
La différence entre les arts martiaux transmis au sein d'une famille et ceux enseignés à des étrangers réside dans le fait que les premiers disposent d'un système conventionnel et complet. De nos jours, la plupart des écoles d'arts martiaux, à moins d'être familiales, n'enseignent pas le Qi. Le souffle doit être converti en Qi, puis en énergie interne capable d'absorber la force externe. Ce n'est qu'après avoir appris à utiliser l'énergie interne pour propulser le corps et lui permettre de bouger avec force que l'on peut véritablement saisir l'essence de l'« énergie ».
La force externe est une force non maîtrisée ou une utilisation non coordonnée de la force. Par exemple, utiliser un bâton pour frapper quelque chose est une force externe. Par contre, utiliser la force interne revient à tirer une balle, ce qui peut libérer une puissance immense en un instant.
JC:Quel conseil donneriez-vous aux débutants en taijiquan ?
(SP) : Les arts martiaux, comme tout art, sont sans frontières, tout le monde peut les pratiquer. Il n'y a pas de différence entre les sexes, il suffit simplement d'aimer sincèrement cette pratique.
Au début, vous pratiquez les formes. Une fois que vous les maîtrisez, vous vous concentrez sur la force et les mouvements. Enfin, vous cultivez l'esprit, c'est-à-dire l'élévation de votre état mental. Au début, vous pratiquez peut-être pour votre santé et votre forme physique, puis peut-être pour l'autodéfense, mais finalement, vous réalisez que vous cultivez votre état mental. Essayez également de lire davantage. Je lis généralement des ouvrages sur l'histoire et la culture chinoises (comme le I Ching). Un proverbe chinois dit : « Les arts martiaux et la littérature sont indissociables. »
Enfin, vous pouvez dire que cet art vous appartient véritablement lorsque vous revenez aux bases sans être conscient des formes.
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5 000 employées de première ligne travaillent actuellement dans les forêts en Inde
Les Van Durgas : Priyanka Bharali, Rashmi Bora, Dipanjali Boraik, et Mitali Boruah, de gauche à droite. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Article co-écrit par Tanuj Dhar.
Alors que l'aube pointe en un froid matin d'automne dans les jungles du district de Sonitpur, dans l'État d’Assam, au nord-est de l'Inde, un léger bruit venant de dehors réveille Priyanka de son sommeil agité. Elle distingue à peine au loin les appels de détresse des langurs apeurés. N’étant pas habituée à vivre au cœur d’un parc national, elle ouvre soigneusement la porte pour éviter de réveiller ses collègues.
Priyanka devant le camp de « King Cobra » situé dans les collines d'Agoratoli, au sein du parc national de Kaziranga. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Dans la faible lumière du matin, elle est surprise de voir deux tigres sur la colline tout proche de leur campement, où ils avaient probablement passé la nuit. « Voici à quoi ressemble la vie dans la jungle, » déclare la jeune femme de 23 ans, lorsqu’elle rencontre Global Voices dans le parc national de Kaziranga, juste deux mois après l’incident. Priyanka Bharali est originaire du village de Garbhanga, dans le district de Sivasagar qui fait partie de l’État d’Assam.
Mitali, avant de partir en patrouille dans la jungle. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Lorsque dans un journal local Mitali Boruah remarque une annonce de recrutement pour des femmes gardes forestiers, elle s’empresse de postuler, aspirant depuis toujours à une carrière qui lui permettrait d’être proche de la nature. « Le processus de sélection était très rigoureux, mais j’étais prête à surmonter tous les défis qui se présenteraient, » explique la jeune femme de 27 ans, originaire du village de Gharmara, dans le district de Lakhimpur. Mitali fût par la suite sélectionnée pour devenir l’une des 5 000 employées de première ligne qui travaillent actuellement dans les forêts indiennes.
Rashmi au poste de contrôle central d'Agoratoli. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Travailler pour le parc national de Kaziranga
Le parc national de Kaziranga couvre 430 kilomètres carrés et s’étend des collines de Karbi Anglong dans le sud jusqu’au fleuve Brahmapoutre dans le nord. La route nationale 37 traverse ses cinq massifs montagneux (Burhapahar, Bagori, Kohora, Agoratoli, et Biswanath), résultant en de fréquents affrontements entre humains et animaux.
Rhinocéros Indien à une corne dans les prairies du parc national de Kaziranga. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Le dernier cas de braconnage recensé à Kaziranga, habitat naturel du rhinocéros indien à une corne, remonte à 2021.
« Ces jeunes femmes ne sont pas recrutées spécifiquement pour attraper des braconniers, mais si elles remarquent tout personne suspecte dans le parc pendant la journée, elles doivent informer tout de suite le bureau des rangers, » explique Suniya Pegu.
Selon Dipanjali, « les rondes commencent à 5 heures du matin, durant lesquelles nous inspectons des endroits spécifiques à la recherche d’indices d’animaux morts ou de braconnage. Plus tard, nous patrouillons, armées de mitrailleuses, le long des clôtures jusqu’à parfois 22 heures. »
Sonali Ghosh, directrice de terrain du parc, explique à Global Voices : « Elles sont affectées aux camps les plus vulnérables et reçoivent la même formation que les hommes. Par ailleurs, elles contribuent à la prévention du braconnage auprès des villageoises, qui sont souvent impliquées dans les réseaux de braconniers. »
Bidyut Borah ajoute : « Bien qu’elles ne se soient pas encore retrouvées face à face à des braconniers, elles mènent des opérations de surveillance à l’intérieur du parc afin de les empêcher d’y pénétrer. »
Rashmi Borah, 27 ans, devenue garde forestier peu après s’être mariée à Jorhat, témoigne : « Je ne me serais jamais imaginée patrouiller dans la jungle avec un fusil. Au début, l’arme était lourde et mes mains tremblaient lorsque je tirais car je craignais de manquer ma cible. Mais je m'y suis finalement habituée. »
Dipanjoli, devant le camp « King Cobra », au coeur de la jungle et où les gardes résident. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
« Lorsque que j’ai postulé pour cet emploi, ma famille s’y est tout de suite opposée, disant que c’était un travail d’homme et il a été difficile de la convaincre, » déclare à son tour Dipanjali Boraik, 21 ans et originaire du district de Jorhat. Mais au final, sa famille lui a donné leur soutien total.
Filles de paysans, Priyanka Bharali, Mitali Boruah, Rashmi Borah, et Dipanjali Boraik ont rejoint le groupe des « Van Durgas » (ou « Déesses de la forêts ») du parc national de Kaziranga au mois d’août 2023.
L'attrait de la forêt
« Les bruits de la jungle me fascinaient, alors je me suis fixée comme objectif de relever tous les défis liés à la vie dans la forêt et à mon travail, » explique Mitali.
« Elles ont été formées au 11ème bataillon de police d’Assam à Dergaon, mais elles n’étaient pas habituées à vivre dans la jungle, » explique Suniya Pegu, responsable des « Van Durgas » de la zone d’Agoratoli situé à l’est du parc, qui s’étend entre des districts de Golaghat et Nagaon dans l’État d’Assam. Elle ajoute qu’elles ont été entraînées au combat, aux situations d’urgence, à rester en bonne condition physique, à l’utilisation d’armes, au tir, et à effectuer des exercices de nuit.
Les femmes discutent de la répartition des zones de patrouille. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Affectée au camp « King Cobra », Dipanjali était terrorisée par les serpents : « Ils sont partout, sauf en hiver. En été et durant la saison des pluies, nous faisons très attention lorsque nous nous déplaçons. Notre campement est construit sur pilotis, mais l’aire de baignade, prisée par les jeunes serpents, est à même le sol. » Au départ, elle était terrifiée, mais s’est peu à peu habituée.
« Elles sont très courageuses. Vivre dans la jungle était une expérience entièrement nouvelle pour elles, » déclare Bidyut Bikash Borah, officier des opérations du champ de tir d’Agoratoli. « Au début, elles étaient très nerveuses, mais elles se sont vite adaptées et exercent maintenant leurs missions sans problème. »
Elle ajoute qu’en plus de les former à différentes méthodes de conservation, « nous leur enseignons régulièrement de nouvelles techniques telles que la manipulation de serpents, l’observation des oiseaux, et l’identification d’arbres et de plantes. »
Mitali et Dipanjoli sur le terrain. Image d'Arpita Das Choudhury. Utilisée avec autorisation.
Pour Rashmi, quitter son mari et sa famille à Jorhat pour venir travailler à Kaziranga n’a pas été facile : « J'ai sélectionné garde forestier comme premier choix sur mon dossier de candidature. Ce fût une décision difficile à prendre après m’être mariée, mais j’ai finalement décidé d’intégrer les Van Durgas. »
Reconnaissant leur courage, Sonali Ghosh, directrice de terrain du parc, explique à Global voices lors d’un entretien téléphonique : « La plupart viennent de régions rurales et d’autres de villages situés près du parc. Elles possèdent donc déjà une certaine connaissance du terrain et grâce à un entraînement rigoureux, elles ont pris davantage confiance en elles. »
Les camps du parc sont équipés de panneaux solaires, et le personnel doit rationner leur consommation d’énergie afin d’éviter les coupures d’électricité. « La nuit, nous entendons les animaux s’approcher de nos chambres mais nous ne pouvons pas allumer les lumières de peur de les effrayer, alors nous restons silencieuses. Nous gardons toujours nos torches avec nous en cas d’urgence, » raconte Priyanka.
Le devoir au-delà des obstacles
Sur le dos d'un éléphant, dans la jungle. Image de Mitali Boruah. Utilisée avec autorisation.
Rashmi et Priyanka, qui ont été poursuivies de nombreuses fois par des rhinocéros et des éléphants lors de leurs patrouilles à bord de véhicules, témoignent : « Des intrusions fréquentes peuvent rendre les animaux agressifs. Nous restons donc très vigilantes dans la jungle et parfois tirons des balles à blancs pour les effrayer. »
Kaziranga est réputé pour ses pluies torrentielles qui provoquent des dégâts importants lors de presque chaque mousson.
D’après Mitali, « pendant les inondations, les routes menant aux camps sont impraticables, l’électricité est coupée, et l’eau potable se fait rare. Même les animaux comme les tigres se mettent à l’abri dans les hauts-plateaux, près de notre camp. »
« Nous marchons pieds nus à travers les zones inondées pour aider les mamans rhinocéros et leurs petits à traverser les routes immergées, » explique Dipanjali. « Nous demandons aussi aux conducteurs de ralentir pour éviter de graves accidents. »
Les gardes utilisent des canots pneumatiques pour naviguer à travers la jungle inondée. « Si un animal est en détresse, nous essayons de le guider en maintenant nos distances, » dit Suniya.
Les Van Durgas accompagnées d'un garde forestier durant une patrouille nocturne. Image prise à l'aide d'une caméra GPS. Utilisée avec autorisation.
Ghosh fait l’éloge de leur détermination : « Elles doivent faire face à des conditions difficiles lors d'inondations. »
Durant les pluies diluviennes, les hauts-plateaux sont submergés, et les rhinocéros, ainsi que d’autres animaux, se déplacent vers des zones plus élevées dans les collines de Karbi Anglon, de l’autre côté de la route nationale.
Ghosh explique que « lors des inondations du mois de Juillet 2024, la circulation sur la route nationale 715, qui longe la partie sud du parc, est devenue chaotique. Les efforts des gardes forestières pour contrôler la circulation, guider les animaux en toute sécurité à travers les neuf corridors du parc, sauver des animaux en détresse, tout en poursuivant leur lutte contre le braconnage, ont permis d'atteindre le nombre le plus bas jamais enregistré de décès d'animaux provoqués par l'homme. »
Les agents et les communautés locales couvrent d'éloges les jeunes femmes pour surmonter tous les obstacles qui se présentent à elles. « Elles sont des rôles modèles. Travailler dans ces conditions est très difficile, et nous devrions tous nous inspirer de leur courage, » termine Bidyut Borah.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251124_164933";}s:15:"20251124_164559";a:7:{s:5:"title";s:124:"Une révolte mondiale de la Génération Z : la jeunesse africaine se mobilise contre la corruption et le néocolonialisme ";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/24/299089/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299089";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Nov 2025 15:45:59 +0000";s:11:"description";s:187:"A travers le continent africain, de Madagascar jusqu'au Maroc, les jeunes de la Génération Z, descendent dans les rues pour réclamer une justice sociale, et faire entendre leurs voix.";s:7:"content";s:22487:"
Les jeunes se voient de plus en plus victimes d'injustice à l'égard des puissances coloniales qui exploitent les ressources sans reconnaître les crimes passés.
Manifestants à Madagascar brandissant la tête de mort du dessin animé ‘One Piece’, personnalisé d'un chapeau malgache. Capture d'écran de la video ‘Le président de Madagascar fuit le pays alors que la génération Z manifeste’ téléchargée sur YouTube par Channel 4 News. Utilisée avec permission.
Par Jessica Northey et Narda Natioranomena
A travers le continent africain, de Madagascar jusqu'au Maroc, les jeunes gens nés entre la fin des années 90 et le début des années 2000, connues sous le nom de Génération Z, descendent dans les rues pour réclamer une justice sociale et se faireentendre.
Au début du mois de septembre 2025, des manifestations de la génération Z ont éclaté à Madagascar, initialement axées sur les coupures de courant persistantes et les pénuries d'eau qui ont frappé le pays pendant des mois. Cela s'est rapidement étendu à un ciblage de la corruption, des inégalités galopantes, du manque de sécurité alimentaire et plus tard des appels à la destitution du président. Le 12 octobre, quand il est devenu clair que la colère à son égard mettait sa vie en danger, le Président Andry Rajoelina a disparu. Il aurait ensuite voyagé via l’île de La Réunion pour se rendre à Dubaï.
Les mobilisations pacifistes, organisées sur les réseaux sociaux, ont été violemment réprimées par les autorités, entraînant la mort de 22 personnes, selon l'ONU. Un conseillé proche du président, ayant parlé à TV5 Monde, réfute le fait qu'il y ait eu le moindre décès, au grand désarroi des manifestants, qui ont accusé le gouvernement de mentir.
Inspiré par des manifestations similaires menées par des jeunes au Népal, le mouvement génération Z de la jeunesse malgache utilise le même symbole de la tête de mort issue du manga japonais « One Piece », personnalisé d'un chapeau malgache. Les contestataires ont défilé en masse dans la capitale, les grandes villes et en diaspora à travers le monde.
Des besoins réels
Simultanément, au Maroc de nombreuses manifestations de jeunes gens ont éclaté mi-septembre, centrées sur les services de santé inadéquats et négligents, un manque d'enseignement et la corruption. Pourquoi ces mouvements révolutionnaires de la génération Z se sont-ils enflammés maintenant ? Et ont-ils un lien?
A Madagascar, il existe depuis longtemps un mécontentement à l'égard du président et de son cercle d'élites extrêmement riches. Richesse apparente et croissance économique sont évidentes partout dans le pays, avec de nouvelles constructions, des gratte-ciel, et de gros SUV encombrant les rues de la capitale, là où la majorité des gens marche sur des trottoirs inexistants. Les jeunes ont critiqué un nouveau stade de foot et ce qui est largement considéré comme un téléphérique mal conçu et très coûteux dans la capitale, malgré une pénurie importante d'eau et d’électricité.
La découverte de minéraux essentiels, de nouvelles mines et de nouvelles ressources à travers le pays atteste des richesses dans les eaux et les sols malgaches. Des saphirs, de l'or, du granite et du cobalt à la vanille, aux litchis, au cacao et au café, Madagascar est de plus en plus riche en ressources naturelles.
Pourtant le malgachemoyen est plus pauvre aujourd'hui qu'il y a 20 ans. Soixante quinze pour cent de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, et les compagnies internationales qui exploitent ces ressources semblent souvent peu se soucier de l’environnement naturel de Madagascar. Le president a provoqué encore plus d'indignation en raison de son décalage avec la vie de la majorité lorsqu'il a justifié des inégalités flagrantes dans son interview avec TV5 Monde Journal Afrique, déclarant que les pauvres des zones rurales de Madagascar étaient « néanmoins heureux. »
Dans le cas du Maroc, le récent décès de huit femmes lors de leur accouchement a déclenché les premières manifestations. S’organisant également via les réseaux sociaux, les jeunes ont manifesté pendant plusieurs jours, pointant du doigt l'énorme expansion des stades de foot, alors que les femmes et les jeunes sont marginalisés, et leurs parents privés de soins de santé décents.
Ils réclament des services de base, notamment dans le domaine de la santé et l'éducation, et la fin de la corruption, qui selon eux touche tous les niveaux de l'administration publique. Tout comme à Madagascar, ils expriment leur amour pour leur patrie et leur profond attachement à la liberté d'expression.
Refusant d'être sacrifiés pour des infrastructures footballistiques, ils protestent dans les rues, tout en se soutenant les uns les autres. Les médecins bénévoles soignent les manifestants blessés, les avocats représentent les victimes gratuitement, et les communautés fournissent de la nourriture, dans un contexte de risques graves de représailles et de violence de la part de l'état. Les manifestations aux deux extrémités du continent africain présentent des similarités frappantes.
Passés coloniaux
Une des causes majeures à Madagascar est certainement évidente. Bien que les médias français et internationaux puissent négliger la question, l'aborder de façon transparente pourrait avoir un impact significatif à travers l'Afrique et au-delà. En 2009, quand Andry Rajoelina, alors maire de la capitale, a lancé son premier coup d'Etat, il l'a fait tout en se réfugiant à l’ambassade de France. En 2014, cinq ans plus tard, il a été naturalisé citoyen français. Depuis son putsch en 2009 et son arrivée à la présidence de Madagascar en 2018, il y a eu un afflux d'entreprises et d'influence françaises sur l'ancienne colonie française.
Outre de nombreuses irrégularités lors des élections présidentielles de 2023, avec des manifestants emprisonnés et l'opposition harcelée, Rajoelina, en tant que président de Madagascar, n'est pas autorisé à avoir la nationalité française, selon l'article 46 de la constitution. Qu’une ancienne puissance coloniale puisse être de retour dans un pays indépendant est insoutenable pour la jeunesse africaine.
Le sang a coulé à Madagascar en 1947 quand une rébellion anticoloniale a conduit à une répression brutale à travers le pays. Similaire aux atrocités commissent en Algérie à la fin des années 50, l'armée française a perpétré des violences de masses à Madagascar entre 1947 et 1949. Ce qui inclut exécutions, torture, viols, la destruction de villages entiers, et la pratique horrible consistant à jeter d'un avion des prisonniers malgaches vivants, connue sous le nom de « vols de la mort. »
Le nombre de victimes est difficile à confirmer, mais selon certaines estimations 100,000 Malgaches auraient été tués, contre quelques centaines de ressortissants français. Cette brutalité et ces cicatrices indélébiles sont documentées dans des films tels que « Tabataba » de Raymond Rajaonarivelo et des romans tels que « Mitaraina ny tany, » (« The Earth is Lamenting »), de Andry Andraina et dans le cas de l'Afrique du Nord, dans le film de Gillo Pontecorvo « The Battle of Algiers. »
Aujourd'hui, 65 ans après l'indépendance, la population malgache a demandé, bien que respectueusement et pacifiquement, que la France reprenne son président français, juste avant qu'il ne quitte le pays à bord d’un avion militaire français. La France porte sa part de responsabilité en ce qui concerne la crise malgache de 2009, et pour celle-ci. Prendre le temps de la réflexion sur ce sujet pourrait amener les pays européens à une introspection plus profonde.
L'échec des systèmes éducatifs français et européens d'aborder honnêtement les passés coloniaux fait parti d'un problème systémique d'injustice internationale et d'un contrôle oligarchique sur nos médias et les ressources mondiales. Cette amnésie alimente, aujourd'hui, la montée en puissance de l’extrême droite européenne, perpétue l'exploitation et la destruction d'anciennes colonies, et accentue nos inégalités collectives mondiales et les crises écologiques.
Bien que des points communs aient été identifiés, le facteur colonial a été largement ignoré. A travers l'Afrique, les jeunes gens ressentent un sentiment grandissant d'injustice, alors que d'anciennes puissances coloniales continuent d'exploiter les ressources, l'économie et les populations sans aucune reconnaissance des crimes passés et aucune prise de responsabilité pour ceux qui perpétuent cet héritage. Cela ne nuit pas seulement à l'Afrique et aux anciennes colonies à travers le monde, mais sous-estime le malaise constant, ce qu'Alistair Horne a décrit comme un héritage « empoisonné » par la violence et les inégalités en Europe et chez ses partenaires coloniaux.
La majorité de la jeunesse africaine et mondiale, de Madagascar jusqu'au Maroc, des Philippines jusqu'au Népal, s'est soulevée contre ces inégalités criantes et réclame une justice sociale. Alors qu'ils nous ouvrent les yeux sur une réflexion beaucoup plus profonde sur les effets persistants du colonialisme au 21e siècle, et quelques soient les phases de transition qui suivront, ils méritent notre soutient le plus total.
Jessica Northey est chercheuse en études de la paix à l'université de Coventry en Angleterre. Narda Natioranomena est une chercheuse indépendante et enseignante basée à Madagascar.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251124_164559";}s:15:"20251124_092712";a:7:{s:5:"title";s:79:"En RDC, une pollution des eaux attribuée à une exploitation minière chinoise";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/24/299392/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299392";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Nov 2025 08:27:12 +0000";s:11:"description";s:180:"Un territoire riche en minerais rares peut être une aubaine pour l'économie d'un pays. Mais cela peut aussi être une malédiction pour les populations locales qui vivent en RDC.";s:7:"content";s:12774:"
Plusieurs entreprises minières en majorité chinoises exploitent les mines sans prendre en compte les normes environnementales.
Une partie des eaux polluées qui sont déversées dans la ville ; Capture d”écran de la chaîne YouTube de Triomphe TV
Un territoire riche en minerais rares peut être une aubaine pour l'économie d'un pays, comme c'est le cas de la RDC. Mais cela peut aussi être une malédiction pour les populations locales qui vivent sur de tels territoires qui attisent les convoitises de groupes rebelles, ou d'investisseurs étrangers qui ne respectent pas toujours les normes de protection de l'environnement.
Suite à la rupture du bassin, les tranchées longeant les avenues des banlieues de la ville se sont remplies d'eau acidulée, puis ont débordé et inondé les maisons voisines de l'entreprise minière et les artères. Les inondations ont atteint ensuite le marché appelé “Moïse Katumbi” forçant certains commerçants à cesser leurs activités. La circulation est devenue quasiment impossible. Alain Kozongo, habitant du quartier Kasapa près de l'usine, raconte à Global Voices.
La société chinoise profite souvent de la pluie pour nous vider ses eaux. Mais c'était étonnant de constater les inondations des routes dans une journée sans pluie.
Dans les heures qui ont suivi cet incident, des espèces aquatiques mortes sont apparues sur les rives de la rivière Lubumbashi. Suite à ce scandale environnemental, des ONG comme Resource Matters ont appelé à des sanctions sévères contre un acte qualifié de crime contre la population et l'environnement:
Le Consortium « Mazingira pour Tous » et Resource Matters expriment leur profonde préoccupation suite à la contamination de la rivière Lubumbashi, ayant tué des espèces aquatiques et exposant la population à des risques sanitaires majeurs.
Selon des témoignages des populations, l'entreprise chinoise aurait créé plusieurs canaux qui traversent les murs de la partie sud de sa concession pour se débarrasser de grandes quantités d’eaux de rétention qui regorgent de bassins d'acides. Ces quantités d'eaux se répandent dans les communautés voisines et créent souvent des dégâts que l’entreprise semble ignorer totalement. Sous anonymat, un habitant témoigne :
Depuis 2012 à chaque saison pluvieuse les populations des quartiers Kasapa, Kamisepe et Kamatete dans la commune annexe (commune rurale de Lubumbashi) ont toujours été victimes des inondations et des effondrements de leurs maisons suite aux débordements des eaux. Elles ont toujours pointé du doigt l'Entreprise minière en l'accusant de s'appuyer sur le moment des pluies pour dégager les eaux de ses rétentions et souvent pendant les pluies nocturnes.
En 2020, l'ONG Afrewatch avait alerté plusieurs fois l'entreprise minière et les autorités afin qu'elles prennent leurs responsabilités pour protéger l'environnement et les communautés voisines de l'entreprise chinoise.
Cependant, l'entreprise chinoise réfute toute responsabilité. A ce jour, aucune solution préalable de la part des autorités politiques n'a été proposée pour résoudre le conflit entre l'exploitant chinois et les communautés voisines.
Une ville en alerte
Cet incident technique a libéré une eau contenant plusieurs millions d’électrolytes. Plusieurs autorités provinciales, à l'exemple de Matin Kazembe Shula, gouverneur intérimaire de la province du haut Katanga et Lucien Lumano, ministre des mines, tout comme le maire de la ville Patrick Kafwimbi se sont aussitôt empressés chacun à leur tour à l'entreprise CDM pour s'enquérir de la situation sur place.
Le constat est sans appel: les populations sont exposées à de graves risques sanitaires liés à la contamination du sol, du sous-sol et des eaux souterraines.
Les eaux de puits dont se servent ces populations sont remplies de nappes d'eau polluées. Quatre jours après le passage des eaux d'acide dans sa parcelle, Aziza Muna, une sexagénaire, affirme à Global Voices :
Le puits que j'ai dans ma parcelle, c'est une survie pour moi et ma famille, car je suis pauvre et je n'ai pas le moyen de m'offrir l'eau du robinet. Maintenant mon puits est inondé d'eaux d'acide de l'entreprise. Que dois-je faire?
Des conséquences environnementales sur le long terme
Pour Dickson Kabange, expert et chercheur en environnement, cet incident a de graves conséquences, comme il l'explique à Global voices:
C'est un crime environnemental parce que ces eaux toxiques sont chargées de masses de métaux lourds, notamment de plomb et d’arsenic. Il y a donc érosion des écosystèmes et disparition d'espèces aquatiques, de plus les populations sont exposées à diverses maladies […] dans les jours à venir si l'état ne prend pas les dispositions préventives, il y aura des morts.
À cause de la pauvreté qui touche les riverains, certains avouent manger des plats cuisinés sur la base de poissons ramassés morts dans le lit de la rivière. Patrick Tshimanga se confie à Global Voices:
J'ai ramassé au bord de la rivière environ septante tilapias et quarante-cinq poissons-chats. J'ai mangé avec ma famille une partie et j'ai vendu aussi l'autre partie […] oui on nous a dit que c'est toxique, mais ce jour-là je n'avais rien à nourrir la famille.
Dickson Kabange indique que ce qui a fait mourir le poisson peut aussi tuer l'homme qui mange de tels poissons.
Pour prévenir le danger, les appels se sont multipliés dans la ville pour inciter les populations à se méfier de la consommation ds poissons des rivières de Lubumbashi, allant jusqu'à interdire la consommation des eaux de ces rivières. De plus, l’impact de cette inondation toxique des eaux polluées n’épargne pas les activités agricoles et atteint les cultures vivrières.
Les ONG réclament des sanctions sévères
Plusieurs organisations de la société civile ont tour à tour dénoncé cette pollution dans leurs communiqués de presse. Elles exigent de la part des autorités congolaises des sanctions sévères contre l'entreprise CDM afin de servir d'exemple aux entreprises polluantes dans les provinces du haut Katanga et du Lualaba (situé au sud du pays) où se confine la majorité des sociétés minières.
L’ONG Ressource Matters regrette que des cas similaires soient déjà documentés dans la région: “malheureusement sous l'œil impuissante des services étatiques environnementaux et des négligences avérées des entreprises minières”.
De même, l'ONG Justicia Asbl sollicite une intervention du procureur général de la République pour engager des poursuites contre les responsables de CDM pour négligence et déversement de substances toxiques dans la nature.
Par ailleurs, le ministre national des mines Louis Wantum qui s'est dépêché de la capitale Kinshasa à Lubumbashi, a tenu, le 6 novembre 2025, une réunion dite de clarification avec les services techniques provinciaux de son ministère et les responsables de l’entreprise CDM, et annonce que:
« J'ai pris ma décision de suspendre toutes les activités minières de la société CDM, pour une durée de trois mois dans un premier temps. Et si c'est nécessaire, nous allons prolonger cette période ».
Le drame de DCM n’est donc pas unique, car dans les provinces du Lualaba, du Haut Katanga ou du Tanganyika, les communautés sont prises entre l’appétit minier et l’indifférence des autorités. Dans ce contexte de transition énergétique, l'exploitation des ressources devrait s'accompagner d'un mécanisme effectif de justice environnementale.
Le 22 novembre 2025, Guillaume Ngefa, Ministre de la justice et garde des sceaux, annonce l'ouveture d'une enquête pour identifier les responsabilités et engager des poursuites prévues par la loi.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251124_092712";}s:15:"20251117_221812";a:7:{s:5:"title";s:78:"COP 30: le RADD porte haut la voix des femmes camerounaises depuis les forêts";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/17/299398/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299398";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 17 Nov 2025 21:18:12 +0000";s:11:"description";s:223:"Loin des grandes rencontres sur le changement climatique, des couches vulnérables paient le prix fort des impacts climatiques. Elles sont en première ligne, alliant innovation et détermination pour pouvoir s'adapter. ";s:7:"content";s:13252:"
La COP 30 met un accent particulier sur la forêt qui constitue le poumon de la terre.
Loin des grandes rencontres et conférences mondiales sur le changement climatique, certaines communautés vulnérables paient le prix fort des impacts climatiques. Elles allient souvent innovation et détermination pour pouvoir s'adapter.
Du 10 au 21 novembre 2025, différents acteurs impliqués dans la lutte contre le changement climatique participent à la trentième édition de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 30) à Belém au Brésil. Ils se sont réunis pour discuter de l’avenir climatique du monde. Plusieurs initiatives qui peinent toujours à voir le jour seront encore annoncées lors de grands discours et débats. Sur le terrain, ce sont les populations pauvres qui luttent et jouent la carte de leur survie face aux manifestations quotidiennes du changement climatique.
Tandis que la COP 30 se tient aux portes de la forêt d'Amazonie, l'importance de la préservation des forêts mérite d'être mise en avant. Dans ce contexte, le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD), une organisation basée au Cameroun fait vivre, le 17 novembre 2025, une expérience unique aux femmes au travers d’une immersion en forêt dans ce pays où la couverture forestiere occupe plus de 40% du territoire. Marie Crescence Ngobo, Secrétaire exécutive de ce réseau qui œuvre pour un développement inclusif et durable, et lutte pour la souveraineté des peuples dans la gestion de leurs ressources, explique à Global Voices les motivations derrière cette initiative.
Jean Sovon (JS): Qu’est-ce qui a inspiré le RADD à organiser cette immersion en forêt, et comment cette expérience s’inscrit-elle dans votre vision du développement durable et de la préservation de la nature ?
Marie Crescence Ngobo (MCN) : Pour comprendre ce qui nous a inspiré à organiser cette immersion en forêt, il faut aller chercher dans les origines du RADD et son parcours. Le RADD naît de la volonté des jeunes de pérenniser le projet ‘Kids For Forest’, initié dans le Bassin du Congo par Greenpeace International en 2009. ‘Kids For Forest’ a été un projet de plaidoyer qui permettait aux jeunes de se mobiliser dans leur payspour demander aux décideurs de protéger etde gérer les forêts tout en pensant aux générations futures. Au terme du projet, les jeunes ont créé le Réseau des Acteurs du Développement Durable (RADD) pour continuer à promouvoir les idéaux du fondés sur la gestion durable, équitable et inclusive des ressources naturelles et particulièrement des forêts. Sur la base de cette vision, le RADD devait trouver des acteurs stratégiques capables de porter et d'incarner des missions de développement durable et inclusif. Les femmes, de part leur relation avec la nature, la terre et la forêt, sont les plus indiquées pour jouer ce rôle.
A travers l'imprégnation dans la forêt, le RADD revient à ses missions originelles qui consiste à s’investir pour garder et protéger les forêts. Nous sommes dans le bassin du fleuve Congo, et cette année la COP 30 a mis un accent particulier sur la forêt qui constitue le poumon de la terre. La nécessité de préserver les forêts est encore plus pressante. Malheureusement, la modernité, le colonialisme, les industries extractives, les agroindustries, l’extraction de mines, les barrages et autres grands projets qui dévastent les forêts travaillent à éloigner la femme, et les jeunes de toute la richesse que regorge la forêt en leur ôtant toute volonté de contribuer à sa conservation. Cette immersion va renouveler l’alliance des femmes du bassin du Congo avec la forêt et inspirer leur volonté de conserver cet écosystème. On va rappeler les rôles que la forêt a toujours joué pour l’homme, et insister sur la nécessité de la préserver pour les générations présentes et futures afin d'atténuer les changements climatiques.
JS : En quoi cette activité d’imprégnation contribue-t-elle concrètement aux objectifs de la COP 30 et à la mobilisation du Cameroun pour le climat ?
MCN : En prélude à cette immersion, nous avons eu deux panels où nous avons discuté de “l’avenir du monde sans la forêt et les eaux” et du “Genre et finance climatique”. Il y a eu une soirée en forêt, une foire d’exposition des semences paysannes agroécologiques, des objets artisanaux de la forêt, marche sportive, une rencontre virtuelle avec l'équipe à Belém, une plantation de quelques arbres pour marquer notre passage à la Sanaga Beach, une projection de films documentaires et une rencontre avec les seigneurs de la Forêt.
Cette imprégnation renforce les capacités des femmes dans la compréhension et l’intégration des enjeux du climat en lien avec les forêts et forme ces femmes à s’investir dans les dynamiques d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques. Les femmes qui subissent les effets des changements climatiques peuvent proposer des solutions pertinentes qui doivent être capitalisées à la COP 30. L’Amazonie et le bassin du Congo représentent des solutions aux changements climatiques et il faut les préserver. Une bonne préservation des ces écosystèmes ne doit pas se faire sans ces femmes. Ce sont elles qui doivent apporter les solutions et non l’inverse.
Pour le Cameroun, c’est une main tendue aux décideurs afin qu’elles prêtent une oreille attentive à ce qui est fait par les femmes et les considèrent comme des acteurs de premier plan dans la rédaction et l'implémentation des plans nationaux de lutte contre les changements climatiques.
Image de Marie Crescence Ngobo ; utilisée avec permission
JS : Qui sont les personnes sélectionnées pour vivre cette expérience en forêt, et quels changements espérez-vous observer en elles après cette immersion ?
MCN : Plus de six catégories de personnes sont sélectionnées. Les femmes riveraines des agro-industries parce que les plantations de monoculture de palmier à huile, de canne à sucre ou d’hévéa ont littéralement détruit la forêt et ces femmes sont en première ligne de lutte pour l’accès à leur terre ou les forêts leur donnaient tous les moyens de vivres. Mais également les femmes des cases communautaires de semences paysannes qui sont les gardiennes de la semence locale, car sinon la forêt ne se maintient pas. Les Africains doivent renforcer leur souveraineté semencière et éloigner les semences hybrides qui sont accompagnées d'engrais chimiques de synthèse qui sont aussi une cause de changement climatique.
De même, les transformatrices de produits agricoles pastoraux et produits forestiers non ligneux (les produits issus des forêts, à l'exception du bois) qui donnent de la valeur à nos produits locaux pour concurrencer les produits manufacturés qui envahissent nos marchés et nous éloignent de nos valeurs culturelles, cultuelles et traditionnelles.
Aussi, les femmes urbaines qui ont besoin de se ressourcer afin de reprendre contact avec la mère forêt source de valeurs sur le plan alimentaire, de la santé et de l'environnement.
Les peuples autochtones ou les premiers habitants de la forêt, habiles conservateurs gardiens de cette forêt et de toute sa richesse.
Enfin, les “seigneurs de la forêt” soit un groupe de jeunes issus des forêts qui s'investissent pour sa valorisation.
JS : Comment le RADD compte-t-il capitaliser sur cette expérience ? Envisagez-vous de créer des ambassadeurs de la nature ou de nouvelles initiatives locales à partir de cette dynamique ?
MCN : Nous allons agir à plusieurs niveaux à travers le renforcement du groupe des seigneurs de la forêt qui sera présent au Hub COP 30 pour les doter de ressources afin de continuer à oeuvrer pour la protection et la valorisation des forêts. Nous prévoyons aussi d'intégrer les semences forestières dans le programme de promotion des systèmes semenciers gérés par le RADD.
JS : Quels sont les institutions qui vous soutiennent dans cet engagement ?
MCN : Au niveau local, nous avons la Convergence des Femmes Camerounaises contre les Changement Climatique (COFECCC); le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable ; et l’Office National sur le Changement. A l'international, il y a l’AWID qui est le principal partenaire nous apporte un appui financier, technique et dans la communication; l’Africa Climate Justice Movement (ACJM), un mouvement des femmes africaines soutenu par le Global Fund for Women (GWF). Nous avons aussi à nos côtés l’Agroecology Fund et Global Voices.
Nous voulons solliciter plus d’appui pour soutenir nos initiatives et continuer par renforcer les capacités des femmes dans la compréhension des enjeux climatiques au niveau mondial. Il existe des solutions endogènes que les femmes camerounaises ont proposé, elles cherchent des partenaires pour les accompagner dans la réalisation des ces actions.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251117_221812";}s:15:"20251116_224127";a:7:{s:5:"title";s:69:"A l'Est de la RDC, les mines financent en partie les groupes rebelles";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/16/299298/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299298";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 16 Nov 2025 21:41:27 +0000";s:11:"description";s:173:"La crise sécuritaire s'amplifie dans les provinces de l’Est de la RDC, suite à un rapprochement qui réunit deux groupes rebelles qui luttent contre le pouvoir en place.";s:7:"content";s:14742:"
La quasi-totalité des zones importantes et riches en minerais sont sous contrôle de la rébellion
Image des tentes installés sur le site de mine d'or de Kamituga dans le Sud-Kivu à l'Est de la RDC ; capture d'écran de la chaîne YouTube de Tv5monde Info
L’AFC qui est un groupe politico-militaire inclut en son sein d'anciennes figures du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de l’ancien président de la RDC Joseph Kabila, au pouvoir de 2001 à 2019. Tandis que le M23 demeure le principal groupe rebelle.
L'union de ces deux groupes rebelles constitue un défi d'autant plus grand pour les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) car l'AFC vient augmenter les capacités militaires et logistiques de cette rebellion qui se renforce.
En janvier 2025, l’AFC/M23 s'empare de la ville de Goma et de Bukavu dans l'Est du pays et forme un gouvernement parallèle à celui de Kinshasa en faisant de la ville de Goma au Nord Kivu sa capitale. Ce gouvernement est chapeauté par Corneille Nangaa (ancien président de la commission électorale nationale indépendante), Bertrand Bisimwa et pour la branche militaire chargée des opérations dirigée par Sultani Makenga. Pour se suffire financièrement et répondre aux besoins de la guerre contre les FARDC, ce mouvement priorise l’exploitation minière.
Selon un rapport publié le 21 octobre 2025 par Oakland Institute (groupe de réflexion basé à Oakland, en Californie) l'objectif des rebelles du groupe AFC/M23 est d’obtenir la mainmise sur les mines afin d’assurer le financement en logistique et armement. Cette stratégie est soutenue par le Rwanda qui continue de fournir un soutien militaire et logistique.
Ledit rapport invoque plus de six millions de morts, de viols, de massacres, d'actes de tortures, de déplacés qui se comptent aussi en millions. L'Oakland institute poursuit dans son rapport que le Rwanda et les groupes rebelles qu’il contrôle ont pris d'assaut plusieurs territoires riches en minerais dans les provinces du Nord et Sud Kivu imposant avec des déplacements massifs des populations locales.
Les rebelles de l’AFC/M23 prétendent ne pas lier leurs aspirations de guerre à la cause minière, comme en témoigne leur coordinateur Corneille Nangaa, dans un point de presse tenu à Goma dans le Nord Kivu:
nous on ne cherche pas de l'or ni moins encore d'autres minerais. Nous nous combattons pour le pays.
Cependant, la guerre sur le front démontre le contraire. Le rapport de l’Oakland Institute insiste :
Le Rwanda commande et contrôle le M23 et lui a apporté un soutien crucial. L’objectif était bien le contrôle de sites miniers stratégiques. Le contrôle de l’AFC/M23 sur l’est de la RDC a assuré l’accès du Rwanda aux territoires riches en minéraux et en terres fertiles.
Des sources des Forces de défense rwandaises RDF et des sources proches du gouvernement rwandais ont rapporté que l’objectif final de Kigali était de contrôler le territoire de la RDC et ses ressources naturelles […] Les experts ont identifié le Rwanda comme un important point de transit et d’exportation pour l’étain, le tantale et le tungstène congolais.
Selon le même rapport, l’AFC/M23 s’est assuré le monopole de l’exportation de coltan de Rubaya vers le Rwanda. Un rapport du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation de l'Est du Congo, publié en décembre 2024, dénonce :
« (…) collectant environ 800 000 dollars par mois grâce à la taxation de la production et du commerce de Coltan. Une augmentation sans précédent de la contrebande de coltan a été signalée et depuis le M23 a exporté frauduleusement au moins 150 tonnes vers le Rwanda en 2024 et jusqu’à 120 tonnes par mois en 2025.
Pour contrer leur source de financements, dans la nuit du 23 octobre 2025, les FARDC larguent des bombes à l’aide de drones dans une partie de l’usine de production d’or sur le site minier de Twangiza Mining placé sous le contrôle des rebelles. Cette usine produit environ 100 kg par mois.
En même temps, l’AFC/M23 est accusée d'avoir pillé plus de 500 kilos d’or dans la concession aurifère de Twangiza. La mine de Twangiza Mining était au depart détenue par un consortium canadien avant d’être rachetée par des investisseurs chinois qui ont quitté les lieux en mai 2025 à l’arrivée des rebelles. Selon l'entreprise, près de 500 kilos d'or auraient été dérobés en cinq mois par les rebelles, représentant une perte estimée à environ 70 millions de dollars américains.
L’échec des autorités congolaises sur le front diplomatique
Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda auprès des organisations internationales dont les Nations Unies, et lancent des appels à la cessation de son soutien aux groupes rebelles, notamment par le biais de l'Union Européenne.
Mais l‘accord de paix signé aux États-Unis le 27 Juin 2025 entre la RDC et le Rwanda se solde par un échec car il est boycotté par l’AFC/M23. Mais Washington ne perd pas son temps pour autant: entre mai et juillet 2025, l’Américain KoBold Métal annonce l’acquisition de droits sur le gisement de lithium de Manono (au Sud-Est du pays) grâce à un accord d’un milliard de dollars américains avec l’australien AVZ Minerals. Le même KoBold Metal explore des ressources minérales critiques du pays avec l'aval du gouvernement de la RDC. Ces accords représentent une plus-value au nom de la facilitation de l’accord de l’administration Trump sur la guerre de l'est de la RDC.
Pourtant, et malgré l'intervention de Washington, Félix Tshisekedi, président de la RDC, reconnaît son incapacité à éradiquer la guerre. Dans son discours à la tribune des Nations unies (page 8) du 23 septembre 2025, il dit :
Je demande aux Nations Unies de veiller à la stricte application de cet Accord, désormais indissociable de la mise en œuvre de la résolution susmentionnée. Tant que ces décisions ne seront pas exécutées, le sang des innocents continuera de couler.
Dans un article du média congolais Actualité CD, Félix Tshisekedi affirme ouvertement qu'il soutiendrait la candidature de Donald Trump au Prix Nobel de la paix si le président américain parvient mettre fin à la guerre dans son pays. Il avoue :
(…) si le président Trump parvient à mettre fin à cette guerre grâce à sa médiation, il mériterait ce prix Nobel. Je serais le premier à voter pour lui.
Selon un article du média qatari Aljazeera, publié le 15 novembre 2025, les rebelles du M23 ont signé un accord cadre de paix avec le gouvernement de la RDC à Doha au Qatar. Ceci dans le but mettre fin à plusieurs années de conflits.
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Les manifestants de la génération Z héritiés de la démocratie durement acquise par leurs grands-parents, ont assisté à sa dégradation.
Manifestants de la génération Z devant les bureaux de la municipalité de Bharatpur, au Népal. Septembre 2025. Photo de Himal Subedi, via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Plusieurs semaines après que la police ait tiré sur une foule d’étudiants en septembre, faisant au moins 19 morts, Katmandou, la capitale du Népal, restait sous le signe de la fumée. Les rues, autrefois animées par les écoliers, étaient désormais envahies par des soldats armés.
Ce qui avait débuté comme une contestation contre l’interdiction des réseaux sociaux ne se limitait pas à TikTok ou Facebook. C’était l’expression de frustrations accumulées depuis longtemps et un face-à-face avec un siècle d’instabilité et de corruption.
Les manifestants de la génération Z au Népal ont hérité d’une démocratie pour laquelle leurs grands-parents se sont battus et ont vu, aux côtés de leurs parents, cette démocratie se défaire. Pour comprendre la colère de 2025, il faut ressasser une histoire marquée par des rois, des révolutions et des demandes incessantes de responsabilité.
Pendant une grande partie de l’histoire moderne, le Népal a été dirigé par des rois. La dynastie Rana s’empara du pouvoir en 1848, instaurant une oligarchie qui maintint le pays isolé pendant plus d’un siècle. L’accès à l’éducation était réservé à une élite, et la population népalaise n’avait que peu d’influence sur les affaires gouvernementales.
L’autocratie et le système Panchayat
Après la Seconde Guerre mondiale, inspirés par l’indépendance de l’Inde, des exilés népalais commencèrent à constituer des partis d’opposition. Une révolte en 1951, appuyée par le roi Tribhuvan, mit fin au régime des Rana et ouvrit les frontières du Népal.
En moins d’un an, le roi Mahendra dissout le parlement, interdit les partis politiques et instaure le système autocratique du Panchayat. Pendant trois décennies, le Népal fut gouverné par une hiérarchie complexe de conseils subordonnés directement à la couronne. Les opposants politiques ou toute personne contestant l’autorité royale étaient emprisonnés ou exilés. Les médias étaient strictement censurés, mais une forme de contestation subsistait néanmoins dans la clandestinité.
À la fin des années 1980, l’économie était stagnante, la corruption gouvernementale omniprésente, et une nouvelle génération d’étudiants réclamait le changement. Après plusieurs semaines de mobilisations massives en 1990, dans le cadre du Mouvement populaire, ou Jana Andolan I, le roi Birendra accepta le retour à une démocratie multipartite.
Une nouvelle constitution institua une monarchie constitutionnelle et garantissait les libertés civiles.
Instabilité politique et insurrection maoïste
Cependant, l’euphorie céda rapidement la place à la déception. Les gouvernements se succédaient avec une grande régularité : entre 1991 et 2001, plus d’une douzaine de Premiers ministres furent nommés puis destitués. Les partis politiques se divisèrent en factions davantage soucieuses de conserver le pouvoir que d’élaborer des politiques publiques.
À mesure que les inégalités se creusaient et que les communautés rurales perdaient confiance dans des politiciens incapables d’apporter routes, électricité ou emplois, un espace s’ouvrit pour une alternative radicale. En 1996, le Parti communiste du Népal (maoïste) lança une rébellion armée réclamant la fin de la monarchie, ainsi que des réformes agraires et la justice sociale. Le conflit déclencha une grande partie des campagnes, faisant plus de 17 000 morts au début des années 2000.
Le massacre royal de 2001 et le règne de Gyanendra
Le pays fut alors confronté à un traumatisme national lorsqu'en 2001, un massacre royal a eu lieu. Le prince héritier Dipendra aurait tiré sur le roi Birendra, la reine Aishwarya et neuf autres membres de la famille royale avant de retourner l’arme contre lui-même ; il aurait été sous l’emprise de l’alcool au moment des faits.
Le roi Gynandre monta sur le trône et, en 2005, dissout le parlement en déclarant l’état d’urgence, ce qui rassembla les partis politiques d’opposition, la société civile et les maoïstes.
En 2006, lors de manifestations massives connues sous le nom de Jana Andolan II, Gynandre fut contraint d’abdiquer. En 2008, la monarchie fut définitivement abolie. Le Népal devint une République démocratique fédérale, et les anciens dirigeants maoïstes devinrent parlementaires.
La nouvelle république suscita de grands espoirs. La première assemblée constituante fut mise en place pour rédiger une constitution garantissant la représentation des femmes, des Dalits, des peuples indigènes et des Madhesi.
Cependant, le processus dura sept ans, marqué par des conflits au sein des élites. Ce n’est qu’après deux dissolutions de l’assemblée qu’une nouvelle constitution fut finalement adoptée en 2015.
Le nouveau texte institua un régime fédéral divisant le Népal en sept provinces et prévoyait également des droits et l’inclusion. Cependant, il fut élaboré dans un contexte contesté, et de nombreux groupes marginalisés affirmèrent avoir été exclus.
Corruption politique et inégalités croissantes
Au cours des années suivantes, le pays connut une succession de coalitions composées des mêmes personnalités, dont K.P. Sharma Oli, Sher Bahadur Deuba et Pushpa Kamal Dahal, connu sous le nom de « Prachanda », qui occupèrent tour à tour le poste de Premier ministre. Tous, sans exception, affirmaient qu’ils mèneraient des réformes, mais leurs biens furent contestés ou leurs actions entachées de favoritisme et de corruption.
Avec l’augmentation de la migration, près de 14 % de la population travaillait désormais à l’étranger, et les envois de fonds étaient devenus le pilier économique du pays. Cependant, l’écart entre riches et pauvres se creusait. Les écoles et les hôpitaux des zones rurales se dégradaient, tandis que l’élite affichait de façon manifeste sa richesse.
Les réseaux sociaux devinrent à la fois une échappatoire et un miroir, un lieu où se concentraient les frustrations, alors que des hashtags tels que #NepoKids et #YouthsAgainstCorruption mettaient en lumière les privilèges de l’élite.
En 2024, l’économie népalaise était étranglée par l’inflation, le chômage des jeunes et la stagnation politique. La réponse du gouvernement ne fut pas d’améliorer la situation par des réformes, mais d’imposer de nouvelles réglementations limitant les plateformes en ligne et les éditeurs numériques.
Les manifestations estudiantines de 2025
Au début du mois de septembre, des groupes d’étudiants commencèrent à s’organiser via des applications cryptées et des réseaux hors ligne. En l’espace de quelques jours, des milliers d’étudiants défilèrent à Katmandou, Pokhara et Lalitpur.
Ils brandissaient des pancartes, telles que « Stop à la corruption, pas aux réseaux sociaux ». Beaucoup étaient des adolescents élevés avec les récits du mouvement pour la démocratie, mais n’ayant connu que d'anomalies.
Lorsque les foules se rassemblèrent devant le parlement, la police tira des gaz lacrymogènes, puis des balles réelles. Les hôpitaux furent submergés d’étudiants en uniforme scolaire. Selon les médias locaux et les organisations de défense des droits humains, au moins 19 personnes perdirent la vie. Le gouvernement instaura un couvre-feu, interrompit les réseaux mobiles et déploya l’armée.
Cette nuit-là, alors que la colère publique éclatait, le ministre de l’Intérieur démissionna. Le cabinet fit marche arrière sur l’interdiction, mais les manifestations dépassèrent rapidement Katmandou, la colère s’enflammant contre les inégalités et la corruption.
Dans le désordre qui s’ensuivit, des foules attaquèrent des bâtiments gouvernementaux et les domiciles de responsables politiques. L’ancien Premier ministre Deuba et son épouse, Arzu Rana Deuba, furent secourus par l’armée après que des manifestants eurent pris d’assaut leur résidence.
Leadership intérimaire et appels à la responsabilité
Sushila Karki lors du Sommet pour la démocratie États-Unis–Népal, 2021. Photo de l’ambassade des États-Unis à Katmandou, par Wikimedia Commons (domaine public).
Alors que la capitale était placée sous verrouillage militaire, le président Ram Chandra Poudel nomma l’ancienne juge en chef Sushila Karki Première ministre par intérim, faisant d’elle la première femme à occuper ce poste au Népal.
Âgée de 73 ans, Karki est une ancienne juge de la Cour suprême réputée pour ses décisions anti-corruption. Sa nomination bénéficiait du soutien des représentants des jeunes ayant contribué à diriger les manifestations.
Le gouvernement intérimaire de Karki s’est félicité de son engagement à enquêter sur les tueries, à rétablir l’ordre et à organiser de nouvelles élections en mars 2026 ; reste à savoir si cela suffira à instaurer la confiance, ce qui est une toute autre question.
Continuité et espoirs : leçons de l’histoire
L’histoire du Népal a été faite de poussées suivies de stagnation : révolution, espoirs, paralysie. À chaque fois, de 1951 à 1990 puis 2006, la révolution a renversé un ancien ordre mais n’a pas su produire de changements durables.
Pour la génération Z, le défi est de savoir si ce moment pourra aboutir à une percée réelle. Le mouvement a déjà marqué l’histoire : en tenant les responsables pour compte, en plaçant une femme à la plus haute fonction du pays, et en démontrant que l’action civique reste possible dans un système fragilisé.
Les rues de Katmandou sont silencieuses, mais la tension demeure. Les étudiants continuent de veiller chaque soir en mémoire des victimes. Les murs de l’université sont couverts de graffiti proclamant : “ Si ce n’est pas maintenant, c'est pour quand? ”
Human Rights Watch et Amnesty International ont appelé à des enquêtes indépendantes sur les actions de la police et de l’armée. L’armée affirme avoir agi pour protéger l’ordre public, soulignant que de nombreux participants étaient des mineurs.
Dans ses premières déclarations en tant que Premier ministre par intérim, Karki a appelé au calme en cette période de troubles. “Le changement doit passer par les institutions, et non par le feu”, a-t-elle déclaré. Elle a toutefois reconnu que les jeunes Népalis avaient “raison d’exiger dignités et opportunités”.
Il reste à voir si ces manifestations marqueront le début d’un chemin vers la réforme ou si elles ne constitueront que le dernier chapitre de la longue histoire du Népal, faite d'espoirs et de déceptions.
Mais il y a une constante : chacun de nos mouvements depuis la chute des Rana a été mené par des étudiants convaincus que leur pays pouvait être meilleur. À cette aune, les manifestations de 2025 ne constituent en aucun cas une rupture avec l’histoire ; elles en sont au contraire une continuité.
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L'Afrique pourrait devenir le prochain centre de distribution et de consommation de véhicules électriques le plus important au monde.
Une route à Casablanca, au Maroc. Le Maroc pourrait jouer un rôle crucial dans la transition vers les véhicules électriques en Afrique. Image provenant de Wikimedia Commons. License CC BY 3.0.
Cet article a été retenu dans le cadre du Programme Global Voices Climate Justice fellowship, qui met en relation des journalistes de pays sinophones et ceux d'autres pays de la sphère mondiale pour étudier les impacts des projets de développement chinois à l'étranger. Découvrez d'autres articles ici.
Durant la dernière décennie, les constructeurs automobiles chinois comme BYD, Xpeng, Chery, Wuling, et d'autres se sont déployés de manière agressive aux Etats-Unis et en Europe. En effet il est devenu difficile pour eux d'être rentables à cause, en partie, d'une saturation excessive de leur marché intérieur et d'une féroce ambiance de guerre des prix. Dans ce contexte, Pékin a incité les entreprises chinoises à s'implanter à l'étranger et à investir les marchés internationaux par une stratégie d'innovation et de prix attractifs — notamment grâce à des produits écologiques comme les véhicules électriques (EVs).
Cependant, ces marchés ne font plus rêver les constructeurs chinois à la recherche de clients étrangers. En septembre 2024, l'ancien Président américain Joe Biden avait imposé des droits de douane de 100% sur les véhicules électriques chinois, que l'actuel Président Donald Trump a hissé à 154% en juin 2025. Dans le même temps, l'Union européenne a ouvert une enquête pour déceler d'éventuelles pratiques de subventions déloyales dans l'industrie du fait de la stratégie nationale de Pékin. De Washington à Bruxelles, les constructeurs chinois sont accusés de pratiquer le dumping sur les véhicules électriques avec des prix cassés qui déstabilisent le marché mondial. L'Union européenne a mis en place des barrières commerciales depuis octobre 2024 pour lutter contre ce phénomène.
Confrontées à une forte résistance des marchés automobiles établis, plusieurs entreprises chinoises spécialisées dans les voitures électriques se tournent vers les pays du Sud et réorientent leurs stratégies commerciales vers les pays à revenus faibles ou intermédiaires.
L'Afrique est la future frontière des véhicules électriques
Dans le nouveau paysage commercial mondial, l’ Afrique n'est plus seulement qu'une pourvoyeuse de matières premières telles que le cobalt, le lithium, et les terres rares — ces minéraux convoités qui alimentent la production mondiale de batteries. C'est un marché juteux de consommation pour les constructeurs à la recherche de nouveaux clients, un marché qui émerge comme site de production et d'assemblage dans la chaine d'approvisionnement des véhicules électriques en Chine.
Le premier constructeur automobile en Chine, BYD, a annoncé son intention de presque tripler son réseau de concessionnaires en Afrique du Sud d'ici 2026. Les analystes ont qualifié cette décision de mutation rapide visant à consolider ses parts de marché alors que les concurrents hésitent. Un autre mastodonte automobile chinois, Chery, connait aussi une expansion rapide en Afrique du Sud et au Kenya, ciblant les acheteurs de la classe moyenne avec des modèles relativement abordables.
Selon RFI, Tony Liu PDG de Chery Afrique du Sud a déclaré :
L'Afrique du Sud est une porte d'entrée de premier plan sur le continent africain. Elle dispose d'un système de financement automobile très développé et de consommateurs avertis ayant de fortes attentes en service après vente. De ce fait, pour nous, l'Afrique du Sud est considéré comme un pays et un marché très stratégique.
Le Président de l’ Afrique du Sud Cyril Ramaphosa visite les sièges sociaux de BYD et Huawei dans la province de Guangdong lors d'un voyage en Chine en septembre 2024 et prend une photo avec un prototype de véhicule de BYD. Image tirée GovernmentZA du compte Flickr officiel du gouvernement d'Afrique du Sud. CC BY-ND 2.0
Cet investissement stratégique majeur, qui porte sur la réalisation d'un écosystème industriel complet de fabrication de batteries électriques à Kenitra, est non seulement la première « méga-usine » qui sera réalisée au Maroc, mais également la première du genre de toute la région du Moyen-Orient et de L'Afrique, consolidant ainsi la position de leader régional du Royaume dans l’industrie automobile et la transition énergétique.
Cet investissement stratégique majeur, qui porte sur la réalisation d'un écosystème industriel complet de fabrication de batteries électriques à Kenitra, est non seulement la première ‘méga usine’ réalisée au Maroc, mais aussi la première du genre dans toute la région du Moyen-Orient et de l'Afrique , consolidant ainsi la position du Royaume en tant que leader régional dans l'industrie automobile et la transition énergétique.
L'ouverture de l'usine géante The Gotion High Tech est prévue pour juin 2026, et son emplacement pourrait en faire une base d'exportation importante pour les marchés européens et africains.
Dans les pays qui ont traditionnellement entretenu des relations cordiales avec la Chine, comme le Ghana et le Kenya, les ministères chinois et les associations liées à l'État organisent activement des salons sur l'automobile avec les gouvernements africains. Les nouveaux investissements dans les usines d'assemblages et les infrastructures de recharge sont regroupés dans le cadre des « partenariats pour la mobilité verte. »
Ensemble, ces mesures témoignent d'une volonté délibérée d'intégrer l'Afrique dans la stratégie mondiale de la Chine en matière de véhicules électriques — non seulement en tant que fournisseur, mais aussi en tant que centre de distribution et base de consommateurs.
La dynamique propre à l'Afrique en matière de véhicules électriques
Pour appréhender l'ampleur de ce changement, il est important de noter que les États africains ne sont pas de simples bénéficiaires passifs de capitaux chinois. Plusieurs pays adoptent de manière proactive la transition vers les véhicules électriques.
Les résultats d'une étude régionale conduite par WowAfrica, un site d'information en langue chinoise consacré à l'investissement en Afrique , montrent que les pays africains peuvent être classés en deux catégories en fonction de leur approche vis-à-vis des véhicules électriques:
Tout d'abord, les constructeurs automobiles établis comme l'Afrique du Sud, le Maroc et l'Égypte considèrent les véhicules électriques comme un prolongement naturel de leurs secteurs actuels. Ces discours s'inscrivent parfaitement dans l'objectif de la Chine de s'imposer sur le marché africain. Ensuite, viennent les nouveaux constructeurs dans le secteur automobile, comme le Kenya, le Rwanda, et l'Ouganda. Ces pays ne disposent pas d'industries traditionnelles, mais considèrent les véhicules électriques comme une opportunité de passer directement à une production de plus haute technologie et respectueuse de l'environnement.
Bien que chaque gouvernement ait son programme spécifique, tous tentent de tirer parti de la transition vers les véhicules électriques et de l'intégrer dans leurs plans nationaux de développement économique.
Par exemple, le Kenya est devenu l'un des pôles les plus dynamiques d'Afrique en matière de véhicules électriques, grâce à des incitations fiscales , au déploiement rapide de stations de recharge, et grâce au soutien et à la politique gouvernementale d'intégration du développement des véhicules électriques dans la stratégie énergétique nationale. La capitale, Nairobi, a mis en service une flotte de bus électriques afin de rendre son réseau de transport public plus écologique.
Un bus électrique en cours de recharge à Nairobi, Kenya. Capture d'écran tirée d'une vidéo YouTube. Usage autorisé.
Une start-up vedette, Roam Motors au Kenya, a obtenu un financement de l'institution financière de développement (DFC) du gouvernement américain pour développer des bus et des motos électriques , tandis que l'agence allemande de développement GIZ travaille avec le gouvernement pour l'amélioration de l'efficacité des transports.
Un autre exemple est l'introduction par l'Ouganda d'une politique nationale de mobilité électrique en 2018. Elle consiste à accorder des exonérations avantageuses sur la TVA, les droits d'importations, et des réductions d'impôts sur les véhicules électriques, les batteries, et les équipements de recharge. EV24.Africa, un groupe qui promeut l'adoption de véhicules électriques sur le continent, a présenté les ambitions à long terme du gouvernement: « Le gouvernement vise à encourager l'adoption des véhicules électriques malgré leurs prix plus élevés, en visant l'électrification complète des transports publics d'ici 2030 et celle des véhicules particuliers d'ici 2040. »
Par ailleurs, le Maroc occupe vraiment une position spéciale sur le continent, en tant que porte d'entrée potentielle vers les marchés africain, européen, et américain. Le pourcentage de la production marocaine de véhicules exportés vers l'Europe est approximativement chiffré entre 80 et 90%, juste derrière la Chine. Le gouvernement marocain a annoncé son intention de tirer parti de son solide réseau manufacturier pour s'assurer que 60 % de ses véhicules exportés soient électriques . Les responsables marocains ont mis en exergue leur statut de pays de libre concurrence , un pays partenaire commercial disposant de fournisseurs de matières premières et de clients européens, devenu de fait une plaque tournante logique pour les méga usines de batteries.
La Chine a très favorablement accueilli ces mesures. Depuis des années, le Maroc est présenté comme l'un des maillons essentiels de l'initiative chinoise « Belt and Road » (BRI), son projet mondial d'infrastructures, de transport, et de connectivité énergétique. Du fait des dernières mesures tarifaires appliquées par l'Union européenne contre les véhicules électriques chinois, l'attractivité du Maroc est revenue à nouveau au cœur des débats des entreprises chinoises. Basé à Shanghai, Global Exhibition, un groupe d'affaires facilitateur des expansions en l'Asie de l'Ouest et en Afrique du Nord, a expliqué la stratégie qui justifie son implantation au Maroc:
Pour la Chine, le Maroc est non seulement un choix important d'externalisation offshore pour son industrie des véhicules électriques mais surtout un pion stratégique de son plan d'action mondial. En établissant une forte présence au Maroc, la Chine peut contourner les politiques protectionnistes américaines et européennes afin de maintenir la commercialisation de ses produits dans les marchés occidentaux, tout en étendant son influence sur l'Afrique et la scène internationale.
Mais ce n'est pas le seul acteur à vouloir se lancer dans la production de véhicules électriques. Le gouvernement sud africain a annoncé en mars 2025 qu'il comptait investir 1 milliard de rands (54,27 millions de dollars ) pour stimuler la production de véhicules électriques d'ici 2035. L'objectif de cet investissement est de transformer l'industrie automobile du pays en mettant l'accent sur les véhicules électriques, les batteries, et les infrastructures de maintenance. Le gouvernement local pense « que ce plan s'inscrit dans les objectifs mondiaux de développement durable et vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en préservant la position de l'Afrique du Sud comme pôle automobile de premier plan en Afrique subsaharienne. »
Compte tenu de cette dynamique, nous pouvons affirmer sans nous tromper que l'Afrique ne se contente pas d'être « un maillon » de la chaine d'approvisionnement chinoise, mais elle essaie aussi d'imposer ses conditions dans cette course planétaire aux véhicules électriques.
Un point de vente de BYD. Capture d'écran de YouTube.
La promesse et le piège
En Chine, les discours officiels, les entreprises, et les décideurs politiques nationaux considèrent que l'intégration de l'Afrique au marché chinois des véhicules électriques est un partenariat « gagnant-gagnant » — L'Afrique bénéficie de la création d'emplois, des infrastructures, et d'une intégration rapide dans la mobilité propre, tandis que la Chine maintient ses volumes de production et sa portée mondiale. Mais la réalité est plus complexe que cela.
De nombreuxanalystes ont averti que l'Afrique risquait d'être cantonnée au bas de l'échelle de la chaine de valeurs des véhicules électriques . Selon un rapport d'Africa Confidential les usines d'assemblages et les concessionnaires automobiles font rarement le saut vers les systèmes de fabrication de pointe et la haute technologie..
Un autre risque subsiste dans la différence des niveaux de bénéfices. Même la méga usine marocaine, bien qu'ambitieuse, est étroitement liée aux réseaux contrôlés par la Chine, ce qui constitue un problème de souveraineté et de pouvoir de négociation.
Le risque à long terme est désigné par Le Paradoxe Vert — Les véhicules électriques sont indéniablement plus respectueux de la nature que les voitures à essence à long terme, mais l'extraction initiale du cobalt, du lithium, et des terres rares nécessaires à leur fabrication entraine souvent des dommages environnementaux et sociaux si l'exploitation minière est non réglementée, négligente et abusive. Sans une gouvernance plus forte, l'Afrique risque de reproduire les anciens modèles extractifs sous une « bannière verte ».
Le résultat probable est une dépendance camouflée sous le terme de durabilité: l'Afrique deviendrait un fournisseur périphérique et un marché de consommation à bas prix dominé par la Chine. Pour éviter cela, les défenseurs de l'environnement insistent sur le fait que les voix locales soient entendues et associées aux processus décisionnels. La transition écologique ne sera juste et équitable qu'avec une participation inclusive et égalitaire des populations africaines.
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« L'ironie c'est que ces concours ont été initialement conçus comme l'opposé de la politique »
Capture d'écran d'une video de la performance du Vietnam, qui a remporté l'Intervision 2025, avec la chanson ‘Phù Đổng Thiên Vương’ interprétée par Đức Phúc, issue de la chaîne YouTube deKieran Edmunds. Utilisée avec permission.
Les concours de chant sont devenus fortement politisés. De l’Eurovision à l’Intervision, presque tous les concours de musique internationaux, tel que le Festival ABU TV ou Viña del Mar le Festival international de la Chanson, finissent par devenir le reflet de la géopolitique. Les juges, le public, même les artistes se retrouvent entraînés dans un jeu de symboles, où mélodie et paroles cessent d'exister par elles-mêmes et deviennent une façon de faire passer un message entre les lignes.
En septembre 2025, la Russie a annoncé le retour de l'Intervision, qui semble se présenter comme une alternative à l'Eurovision, dont la Russie a été exclue depuis le début de la guerre totale en Ukraine en 2022.
Les responsables du pays organisateur insistent, bien-sûr, sur le fait que le concours est « apolitique. » Alexander Alimov, un responsable au sein du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré dans une interview avec TASS que « l'Intervision n'avait pas été conçu dans le but de faire contrepoids à l'Eurovision, même s'il existe certainement des différences entre les deux. Notre concours n'a aucune connotation politique. Nous recherchons une langue unificatrice basée sur des valeurs telles que le respect mutuel, la souveraineté culturelle et l'égalité. »
En même temps, ce projet indépendant, décrit dans les médias russes comme ayant son propre concept distinct, ressemble — tout à fait par hazard — étonnamment à l'Eurovision: par son nom, sa sélection de présentateurs, son style visuel et par sa conception générale.
L'ironie, c'est que ces concours ont été initialement conçus pour être le contraire de la politique. L'Eurovision est née dans les années 50 avec l'idée d'unir l'Europe à travers la culture, alors que l'Intervision est apparu dans les années 1970 comme son homologue socialiste. Des artistes de l'Europe de l'Est, de l'URSS et de nations alliées ont participé, visant à montrer que le Rideau de Fer ne bloquait pas les échanges culturels. Organisé à Sopot, en Pologne, le concours — malgré une diffusion limitée — est devenu l'une des scènes musicales les plus reconnues du bloc de l'Est. En 1981, l'Intervision de Sopot a été annulé en raison de la montée en puissance du mouvement syndical indépendant, qui était considéré par d'autres gouvernements communistes du bloc de l'Est comme « contre-révolutionnaire. »
Aujourd'hui, alors que le monde est encore une fois divisé en camps rivaux, cette histoire semble à nouveau d'actualité. Plus le climat politique est tendu, moins la musique a de chances de rester épargnée. Les votes des jurés et du public sont de plus en plus considérés non pas comme des évaluations de talents, mais comme des déclarations d'allégeance.
Les réseaux sociaux ont amplifié cet effet. Il n'est guère surprenant que sous les articles consacrés à l'Intervision, on trouve des commentaires tels que : « Je l'ai regardé hier. C'était merveilleux. Aucune nudité, tout le monde était vêtu de façon décente. Aucun drapeau arc-en-ciel. » Le fait même que les téléspectateurs jugent l'idéologie plutôt que les performances montre à quel point la conversation s'est éloignée de la musique elle-même.
Le Centre Carnegie de Berlin a mis en évidence un moment intéressant pendant le spectacle : alors que le présentateur a demandé au chanteur, qui représentait l'Inde, le sujet de sa chanson, ce dernier a répondu en anglais, « Elle parle d'amour — peu importe qui tu aimes. »
En Russe, cependant, cela a été traduit comme suit : « Habituellement, quand les gens parlent d'amour, ils désignent l'amour entre un homme et une femme. Mais ma chanson parle d'un autre genre d'amour — l'amour pour ses parents. » Ceci a été perçu comme une tentative d'éviter le genre de « vulgarité » que certains responsables russes ont attribué à l'Eurovision.
Il fût un temps, au cours du siècle dernier, où l'Intervision offrait à cette partie du monde des chansons inoubliables et des artistes remarquables.
La renaissance de l'Intervision, qui fait actuellement l'objet de discussions animées, s'inscrira inévitablement dans ce contexte. Il ne peut pas exister en dehors de la politique, mais il peut offrir une perspective différente — non pas une rivalité, mais un dialogue entre les cultures. Après tout, la musique reste la seule langue que le monde peut encore parler sans traduction.
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Ces catastrophes constituent une sérieuse menace pour les habitants des régions montagneuses en Chine, au Pakistan, en Inde et au Népal.
Le glacier et le lac Gangapurna constituent l'une des principales attractions touristiques de la vallée de Manang, au Népal. Image de Wikimedia Commons. License CC BY-SA 4.0.
Cet article a été soumis dans le cadre de la Bourse Global Voices pour la justice climatique, qui associe deux journalistes issus de pays sinophones et du Sud global afin d'examiner les effets de projets de développement chinois à l'étranger. Retrouvez d'autres articles ici.
Au sein de l’immense région montagneuse d’Hindou Kouch-Himalaya, souvent qualifiée de « Troisième pôle », les glaciers fondent à une vitesse alarmante et menacent les vies et les moyens de subsistance de millions de personnes. Selon des estimations scientifiques, 75 % du volume des glaciers de la région pourraient disparaitre d’ici la fin du siècle.
La chaîne de montagnes d’Hindou Kouch-Himalaya s'étend sur plus de 3 500 kilomètres à travers huit pays, dont le Népal et la Chine.. Image de Flickr. License CC BY-NC-SA 2.0.
Avec le recul des glaciers apparaissent souvent de profondes cavités que la glace autrefois recouvrait. Les eaux de fonte s’accumulent dans ces dépressions pour former de nouveaux lacs glaciaires. Dans d’autres cas, des mares de glace fondue émergent à la surface de glaciers recouverts de débris et finissent par se transformer en lacs. Non seulement ces masses d'eau résultent de la fonte, mais elles peuvent également augmenter de manière significative le taux de perte de glace. L'expansion des lacs est causée par l’éboulement et la fonte accélérée des bords des glaciers à mesure qu'ils s'élargissent. Depuis 1990, la formation de lacs glaciaires à travers le monde a fortement augmenté, que ce soit au niveau de leur nombre (environ 53 %), de leur superficie (51 %) ou de leur volume (48 %), une tendance qui risque de se poursuivre tout au long du 21e siècle.
Lacs glaciaires font partie intégrante de l’hydrologie régionale en haute montagne, et contribuent de manière considérable au flux de fleuves vitaux tels que l’Indus et le Brahmapoutre, lesquels soutiennent les populations, l’agriculture, l’économie, et les services écosystémiques des régions à la fois en amont et en aval. Néanmoins, ils peuvent aussi être extrêmement dangereux.
La rupture des barrages naturels (souvent formés à partir de roches instables ou de glace) qui retiennent les lacs peut conduire à une vidange brutale et dévastatrice, provoquant d’importants dégâts aux propriétés, infrastructures et terres agricoles, et de nombreuses pertes humaines. Néanmoins, l’impact varie sensiblement d’un continent à l’autre. Par exemple, au cours du dernier millénaire, seulement 393 décès ont été attribués à des vidanges de lacs glaciaires en Europe, dans les Alpes, contre respectivement 5 745 en Amérique du Sud et 6 300 en Asie centrale.
Le glacier Thulagi, situé au sud-ouest du mont Manaslu, dans la chaîne de montagnes Manang dans l'Himalaya, fond lentement, transformant la glace en lac. Image de Flickr.CC BY-NC-ND 2.0.
Hindou Kouch-Karakoram-Himalaya : une région extrêmement vulnérable
La chaîne de montagnes d’Indou Kouch, de Karakoram et de l’Himalaya est l’un des systèmes montagneux les plus vulnérables aux vidanges brutales au monde, non seulement en raison de la fréquence et de la taille de ses lacs glaciaires, mais aussi des nombreuses populations qui vivent en aval dans des zones à haut risque.
Selon des études récentes, les hautes montagnes d’Asie, qui comprennent la chaîne d’Indou Kouch, de Karakoram et de l’Himalaya, sont les plus prônes aux vidanges et représentent un danger pour près de 9,3 millions d’habitants, soit environ 62 % des populations les plus à risque sur l’échelle mondiale.
Trois des quatre pays à forte densité démographique, qui représentent plus de la moitié de ces populations, sont situés dans la région de la chaîne montagneuse, à savoir l’Inde, le Pakistan et la Chine. Le risque de vidange brutale le plus élevé au monde se trouve en Inde et au Pakistan, non seulement en raison du nombre et de la taille des lacs glaciaires, mais aussi du surpeuplement de ces pays.
Lors des dernières décennies, des chercheurs ont enregistré plus de 500 phénomènes de vidange dans la région, qui pour la plupart ont eu des conséquences dévastatrices. En 2020, un tel incident s’est produit à Jinwuco, en Chine, entraînant un déversement d’environ 10 millions de mètres cubes d’eau en aval et détruisant des villages, des infrastructures et près de 25,5 hectares de terres agricoles. Wang Shijin, chercheur à l’Académie des Sciences de Chine, explique sur ScienceNet.com.cn, une revue scientifique chinoise :
En ce qui concerne l’augmentation de vidanges brutales causées par le débordement de lacs glaciaires sur le plateau tibétain…l’intensification du réchauffement climatique et de phénomènes extrêmes a provoqué une déstabilisation de la cryosphère et une fréquence accrue, entre autres, d’avalanches de neige/glace et de crues et inondations, qui sont à l’origine de ces vidanges.
D’autres inondations, telles que la vidange brutale du lac glaciaire de Chorabari en Inde en 2013, et du lac Lhonak Sud situé dans d’état de Sikkim, ont gravement endommagé les infrastructures et communautés environnantes.
L’incident de 2023 a déclenché une série de catastrophes, à commencer par l’écoulement de 14,7 millions de mètres cubes de pergélisol dans le lac Lhonak, situé à 5 200 mètres au-dessus du niveau de la mer dans l’État de Sikkim, en Inde. Selon des chercheurs, le glissement de terrain a entrainé « un raz-de-marée de 20 mètres de haut semblable à un tsunami » provoquant la rupture du barrage naturel et le déversement de 50 millions de mètres cubes d’eau vers l’aval. On estime que 270 millions de mètres cubes de sédiments et de débris ont été emportés par les crues qui s’ensuivirent, laissant derrière elles une traînée de destruction de 385 kilomètres le long de la rivière Teesta, pour finalement atteindre le Bangladesh. Le sinistre a fait 55 victimes, provoqué le déplacement de milliers de personnes, et détruit des routes, bâtiments et infrastructures d’une valeur de plusieurs millions de dollars, notamment le barrage hydroélectrique de Teesta III et plusieurs autres barrages le long de la rivière Tista.
Étant donné l’exploitation intensive de barrages et de l’énergie hydroélectrique dans la région, les risques encourus par les centrales constituent une menace sérieuse, et onéreuse. En 1985, la vidange d’un lac glaciaire a détruit la petite centrale hydroélectrique de Namche (dont la construction était pratiquement achevée), coûtant au gouvernement du Népal environ 1,5 million de dollars et retardant l’accès tant attendu de l’énergie aux habitants.
Une bombe à retardement
Alors que le réchauffement de la planète engendre une instabilité grandissante des régions glaciaires, les risques posés par les vidanges brutales augmentent. Selon des experts, les catastrophes en haute montagne résultent souvent de réactions en chaîne. Zhang Qianggong, responsable de l’unité d’évaluation des risques liés au climat et à l’environnement du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), explique lors d’un entretien avec Global Voices :
Maybe upstream, because of melting glaciers, a piece of ice fell into the glacial lake, causing waves, which eventually damaged the dam, triggering a GLOF. Then, along the way down, it triggers landslides, so it affects all areas within 10 kilometers. Mountain areas are very sensitive.
Il est possible qu’en amont, en raison de la fonte des glaciers, un morceau de glace tombe dans le lac glaciaire et déclenche des vagues qui alors endommagent son barrage naturel et provoquent une vidange brutale. Par la suite, celle-ci entraîne des glissements de terrain sur sa trajectoire touchant toutes les régions sur une distance de 10 kilomètres. Les zones de montagne sont très fragiles.
Il ajoute : « Il est très difficile d’anticiper une vidange brutale de lac glaciaire. » Les facteurs déclenchants sont complexes. Des crues peuvent se produire lorsque des éboulements ou morceaux de glace tombent dans un lac et déclenchent d’énormes vagues, lorsque de fortes précipitations ou une fonte rapide de neige et de glaciers provoquent un débordement du lac, ou lorsque le barrage naturel (formé de glace et roches instables) est fragilisé. Par ailleurs, ces phénomènes étant fortement tributaires de circonstances locales, il est très difficile de prédire de manière précise quand et où une vidange peut survenir sans effectuer des recherches approfondies, sur le terrain.
Pourtant les impacts se font ressentir au-delà des frontières et ne sont pas le résultat de problèmes d’un seul pays. Selon Xu Baiqing, expert de renom de l’Institut de recherche sur le plateau tibétain à l’Académie des sciences de Chine :
Whether in terms of water resource management or scientific and technological efforts, international cooperation is essential. It’s extremely difficult to carry out this kind of work unilaterally.
Que ce soit en termes de gestion des ressources en eau, ou d’efforts scientifiques et technologiques, une coopération internationale est essentielle. Il est très difficile d’effectuer ce genre de travaux unilatéralement.
Afin de lutter contre les risques croissants de vidanges brutales, des instituts de recherche, comme l’Institut de recherche sur le plateau tibétain, ont adopté une approche à plusieurs niveaux. Selon le professeur Xu Baiqing, directeur adjoint de l’institut : « La première étape consiste à établir un inventaire complet des lacs glaciaires. »
Cet objectif a été atteint grâce au soutien de scientifiques européens et à l’aide de réseaux d’observation intégrés (espace-air-sol) qui maintenant couvrent presque toute la région de l’Himalaya. Une fois le répertoire compilé, la phase suivante consistait à identifier les risques. Déterminer si un lac présente un danger dépend de plusieurs facteurs : son volume d’eau, la stabilité du barrage morainique, et les éventuels dommages en cas de rupture.
« Autrement dit, il est nécessaire de procéder à une évaluation approfondie des risques multidimensionnels, » explique-t-il. Mettre en place une chaîne de systèmes complète et ciblée est essentiel pour les zones à haut risque : observation, alerte précoce, mesures préventives pour protéger les infrastructures. À l'ère de l'information, tout cela implique l'accès à une ressource essentielle : des données.
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L'impact de cette initiative sur la santé est tout aussi important
Les collines du Burundi sont devenues de plus en plus difficiles à cultiver car les sols sont déstabilisés et érodés par la déforestation et les impacts du changement climatique (Image : Hemis / Alamy)
Cet article initialement écrit en anglais a été publié par Dialogue.earth et sur Ibihe.org. Il est republié dans le cadre d'un accord avec Global Voices.
Au Burundi, des scientifiques et des agriculteurs ont recours à des techniques d’ingénierie bio-inspirées pour restaurer et protéger des terres menacées par l’érosion.
Situé en Afrique de l'Est, le Burundi est un pays densément peuplé qui compte plus de 14 milions d'habitants. Sa géographie vallonnée le rend particulièrement vulnérable à l'érosion des sols. Ses pentes abruptes et étendues sont souvent sujettes aux glissements de terrain, notamment en raison de la disparition du couvert végétal liée à la recherche de bois de chauffage et de terres agricoles. Le changement climatique déstabilise davantage les sols en exacerbant la sécheresse et les fortes pluies.
En conséquence, 1,2 % des terres du Burundi ont subi une dégradation aiguë entre 2017 et 2020, et l'érosion des sols devrait continuer de s'aggraver, selon une étude de la Banque mondiale de 2023.
L’érosion et les glissements de terrain sont particulièrement dévastateurs pour les zones rurales, où vit la majorité des Burundais. Ces phénomènes endommagent les routes isolées qui desservent les villages de montagne, appelés collines au Burundi, ce qui complique l’acheminement de l’aide alimentaire et humanitaire. La perte de terres cultivables et de moyens de subsistance limite la capacité des agriculteurs à se procurer des denrées alimentaires de base.
Face à cette situation, le Burundi a lancé en 2018 un projet quinquennal de restauration des paysages dégradés et de prévention de l’érosion. Financé et supervisé par la Banque mondiale, ce projet mobilise de nombreux partenaires, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Renforcer les sols par une plantation soignée et une « ingénierie axée sur la biologie »
Dans le cadre de ce projet, qui concerne 22 collines couvrant 13 000 hectares, des terrasses sont aménagées sur des terres agricoles en pente, et des graminées, des arbustes et des arbres sont plantés.
De cette façon, les racines de ces plantes fixent le sol; les plantes absorbent l’eau et rendent ainsi les sols plus perméables, ralentissant le ruissellement après de fortes pluies.
Le projet est également expérimenté à travers la construction de petites structures à partir de matériaux locaux, toujours dans le but de stabiliser les pentes, de réduire la vitesse du ruissellement et de diriger l’écoulement de l’eau. Cette approche est connue sous le nom de « génie bio-orienté des sols et de l’eau », ou bio-ingénierie. Une des interventions consiste en la construction d’un mur de soutènement pour réhabiliter un petit glissement de terrain dans le canton d’Isare, à une vingtaine de kilomètres de Bujumbura, la capitale du pays.
Il s'agit dans ce cas d'excaver la terre effondrée, puis de renforcer le talus avec une structure en treillis construite à partir d'eucalyptus morts de causes naturelles, et non abattus. Cette structure est remplie de terre, de petits cailloux et de boutures. Une fois enracinées, les plantes peuvent prendre le relais du bois pour stabiliser le talus.
Un mur de soutènement en bois construit pour restaurer un terrain endommagé par un glissement de terrain dans la commune d'Isale (Image : Preti et al. , 2025, CC BY ).
Une évaluation réalisée en 2025 par des universitaires ayant participé à l'expérience a révèle un taux de survie relativement bon pour les plantes. De telles interventions pourraient donc être utilisées dans d'autres régions du Burundi et d'Afrique centrale.
L’auteur principal de l’étude, Giulio Castelli, est un ingénieur environnemental à l’Université de Florence. Il explique à Dialogue Earth que l'objectif est de travailler avec la nature, et non contre elle :
Nous utilisons des espèces végétales capables de fixer le sol et de retenir l’eau. C’est une solution peu coûteuse, adaptée aux moyens des communautés locales.
Ezéchiel Nyambikiye, instructeur agricole de la colline de Munanira, dans le centre-ouest du Burundi, qui a participé au projet, affirme que cela est arrivé “au bon moment”:
Avant le projet, les pratiques agricoles des agriculteurs étaient rudimentaires. Désormais, ils utilisent des semences sélectionnées, respectent le calendrier des cultures et les distances recommandées, et appliquent des méthodes de lutte contre les maladies à l'aide de biopesticides.
Des résultats concrets
L’expérience du mur de soutènement offre un bon exemple de collaboration en action. Elle mobilise le public, les universités et les centres de recherche, ainsi que les techniciens de l’Agence des routière du Burundi (ARB) qui ont excavé le glissement de terrain avec leur matériel à titre gracieux.
Grâce à un financement supplémentaire du Fonds pour l'environnement mondial, le projet est prolongé d'un an et la zone d'intervention étendue à d'autres collines au centre-nord du Burundi. Alice Nsabiyumva, agricultrice de Matongo témoigne de l'impact du projet :
Les familles affirment que leurs conditions de vie se sont améliorées, notamment grâce à la distribution de semences certifiées « biofortifiées », sélectionnées pour leur valeur nutritive supérieure. Bien plus qu’un simple projet de reboisement, c’est une solution intégrée : la végétation nourrit le bétail, protège les sols de la dégradation et produit un précieux engrais naturel. Les habitants ont désormais de quoi se nourrir et même un surplus à vendre au marché.
Pour Evelyne Manirakiza, agricultrice du canton de Rutegama, au centre-nord du pays, l'impact de cette initiative sur la santé est tout aussi important:
Avant, mes enfants et moi tombions souvent malades. Aujourd'hui, nous sommes en bonne santé car nous mangeons correctement et sainement, grâce notamment aux haricots biofortifiés.
Nyambikiye confirme cette amélioration, soulignant le travail accompli pour promouvoir de nouvelles variétés de haricots riches en minéraux essentiels tels que le fer, le zinc et la vitamine A.
Pas de solution miracle
Les murs de soutènement s'inscrivent dans une tendance mondiale visant à expérimenter des méthodes de génie biologique des sols et de l'eau. Des expériences et des formations sont menées en Amérique latine, au Népal, au Canada et en Nouvelle-Zélande, indique l'étude de Castelli. Selon lui, le Burundi pourrait servir de laboratoire:
Le pays est très représentatif des défis auxquels sont confrontées de nombreuses zones rurales en Afrique. Si cela fonctionne ici, cela peut inspirer d'autres communautés.
Toutefois, il souligne que la transférabilité de ces techniques à d'autres régions n'est pas garantie. Il fait remarquer qu'elles restent à étudier dans de nombreux pays africains, notamment ceux dont l'environnement est le plus vulnérable aux impacts du changement climatique. La croissance démographique rapide, les pratiques agricoles intensives et le changement climatique demeurent des défis majeurs. Mais pour les familles rurales, même des améliorations modestes peuvent faire la différence entre la faim et la sécurité alimentaire.
Salvator Kaboneka est agronome à l'Université du Burundi. Il prône des approches fondées sur la revégétalisation naturelle:
Je privilégie les solutions qui protègent tout en produisant, créant ainsi une valeur ajoutée à la fois économique et écologique.
Kaboneka souligne que l'efficacité de telles solutions est démontrée depuis longtemps par la recherche, notamment dans des contextes similaires à celui du Burundi. Son plaidoyer s'inscrit dans un débat plus large sur la durabilité des pratiques agricoles dans un pays touché par l'érosion des sols et la déforestation:
Lorsqu’une ressource se raréfie, la science doit proposer des alternatives qui préservent, plutôt qu’elles n’aggravent, les équilibres fragiles.
L’expérience du Burundi en matière de revégétalisation, ainsi que de génie biologique des sols et de l’eau, illustre les opportunités et les défis auxquels sont confrontés les pays en développement dans leur quête d’une protection durable des terres. La mise en œuvre réussie de ces solutions exige une approche concertée impliquant chercheurs, autorités et communautés locales.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251111_165610";}s:15:"20251107_005300";a:7:{s:5:"title";s:81:"La première femme noire élue à l'Académie brésilienne des lettres en 128 ans";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/11/07/299043/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299043";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 06 Nov 2025 23:53:00 +0000";s:11:"description";s:122:"L’Académie brésilienne des lettres accueille avec enthousiasme l’autrice du célèbre roman « Un defeito de cor ».";s:7:"content";s:42487:"
L’écrivaine Ana Maria Gonçalves est celle qui a su repousser toutes les limites pour devenir « immortelle ».
L'écrivaine Ana Maria Gonçalves est la première femme noire à entrer à l'Académie brésilienne des lettres. Photo de Tânia Rêgo/Agência Brasil, utilisée avec autorisation.
Le 10 juillet 2025, l’Académie brésilienne des lettres [fr] a annoncé avoir élu pour la première fois une femme noire [pt, sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoyant vers des pages en portugais] parmi ses membres, une première en 128 ans d'histoire de l'institution. Il s'agit d’Ana Maria Gonçalves [fr], une écrivaine de 55 ans, née dans l'État du Minas Gerais, plus connue pour son best-seller et roman historique Um defeito de cor (Un défaut de couleur). Elle a franchi cette barrière en devenant « immortelle », comme se limitant aux membres de l'institution, élus à vie.
L'Académie, créée en 1897, peu de temps après la transformation du Brésil en république [fr], se décrit comme une organisation à but non lucratif dévouée à l'«enrichissement de la langue et de la culture nationale», selon son site Internet. Elle compte actuellement 40 membres et 20 associés.
Bien que le Brésil soit un pays multiethnique, composé d'une population à majorité féminine et descendante pour la plupart d’Afro-Américains (personnes d'ethnie noire et métisse selon les données utilisées par le recensement national), les membres de l'institution n'ont pas toujours reflété la véritable composition du peuple brésilien.
L'Académie compte seulement 13 femmes parmi ses membres depuis sa création. La première d'entre elles est l'écrivaine Rachel de Queiroz [fr], élue en 1977, un an après l’abolition de l'interdiction pour les femmes de devenir membres. Ana Maria Gonçalves est la dernière à avoir rejoint les cinq autres femmes déjà présentes. Elle a pris la relève de la philologue et grammairienne Evanildo Bechara, décédée en mai 2025.
En 2018, une autre écrivaine du Minas Gerais, Conceição Evaristo, s'est présentée [fr] à l'élection de l'Académie et a presque réussi à devenir la première femme noire à y être élue. C'est le réalisateur Carlos Diegues [fr] qui a finalement remporté le siège .
Merval Pereira, le président de l'Académie, a pris la parole pour souligner l'importance de l'élection d'Ana Maria Gonçalves. Il a affirmé que cette élection a permis de démontrer que l'ABL a l'intention « d'augmenter la représentation de tous les genres, de toutes les ethnies ou de toutes les personnalités qui illustrent la culture brésilienne ».
Nous devons être reconnus comme une institution culturelle qui représente le Brésil, la diversité brésilienne. Elle augmente notre volonté d'être toujours en mesure de présenter nos mouvements sociaux pertinents.
Ana Maria Gonçalves a affirmé que la littérature, telle une loupe, lui a fait découvrir le monde et la possibilité de cultures différentes, et a souligné :
Que nous ne sommes pas une seule femme noire. Mais la représentation du moment présent est importante pour la production de présence. C'est ainsi que je vais devoir le faire aussi dans l'ABL. Estou chegando, conhecendo et tentando me entender com os colegas e como a Academia funciona. J'encanta beaucoup de possibilités de travail institutionnellement dans le livre, num país onde nous leitores.
J'espère ne pas être la seule femme noire ici. Au-delà de la représentation, essentielle en ce moment, il est important d'affirmer sa présence. C'est ce que j'envisage de faire à l'Académie. Je viens d'arriver, je cherche à comprendre mes collègues et son fonctionnement. Je suis très enthousiaste à l'idée de travailler pour les livres à un niveau institutionnel, dans un pays où nous avons perdu les lecteurs.
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Son œuvre la plus célèbre, le roman historique Um defeito de cor ( Un défaut de couleur ), figure parmi les meilleurs livres brésiliens du XXIe siècle, selon un jury invité du journal Folha de S. Paulo en mai 2025. Publié en 2006, le roman s'est vendu à 150 000 exemplaires et a connu 41 rééditions. En 2024, il a inspiré le défilé de Portela, une école de samba, au Carnaval de Rio.
En 951 pages qui ont nécessité cinq ans de recherches et d'écriture , Ana Maria Gonçalves raconte l'histoire de Kehinde, une femme africaine née dans le royaume du Dahomey [fr] (l'actuel Bénin [fr] depuis 1975), enlevée à l'âge de 8 ans et amenée au Brésil pour devenir une esclave. Le livre retrace sa vie, sa désillusion, sa souffrance, ses histoires d'amour, sa recherche de son fils, sa croyance religieuse et l'évolution de sa foi, jusqu'à la liberté.
Kehinde est inspirée d'une personne vraie, Luísa Mahin , dont on possède peu de témoignages historiques, d'après DW Brasil . On estime que Mahin a pu prendre part aux insurrections et des révoltes historiques d'esclaves durant la période coloniale brésilienne du XIX e siècle. C'est le cas de la révolte des Malês , où de nombreux esclaves africains, y compris des musulmans, ont combattu pour l'abolition de l'esclavage dans l'État de Bahia en 1835. On pense que Mahin pourrait être la mère de Luís Gama , qui serait ensuite devenue un abolitionniste important dans son pays.
”Un déficit de Cor” est l'histoire de la grande histoire du Brésil incorporée à une femme qui enfreint les plus grands défis imaginaires pour continuer à vivre et préserver vos heranças et Razes.
Un défaut de couleur raconte l'histoire de la lutte des noirs au Brésil, incarnée par une femme qui a affronté des épreuves inimaginables pour rester en vie, garder ses racines et son héritage culturel.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251107_005300";}s:15:"20251030_005751";a:7:{s:5:"title";s:127:"Les Caraïbes surveillent de près l'ouragan Erin, la première grande tempête de la saison des ouragans de l'Atlantique 2025.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/30/297246/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297246";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 29 Oct 2025 23:57:51 +0000";s:11:"description";s:225:"Comme ce fut le cas avec l'ouragan Beryl de 2024, les prévisionnistes ont commenté l'accélération rapide d'Erin, passant de tempête tropicale à ouragan, un phénomène que des études associent au changement climatique.";s:7:"content";s:7385:"
De fortes pluies sont attendues tout au long du week-end ; d'ici lundi, la tempête devrait se diriger vers le nord.
Image de présentation créée l'aide des éléments de Canva Pro.
Chaque année, les Caraïbes attendent le début officiel de la saison de l'ouragan Atlantique avec un profond sentiment d’inquiétude. Alors que des ouragans affectent la région depuis des siècles – avec plusieurs tempêtes au cours des dernières décennies causant de pertes importantes dans les territoires affectés – les recherches suggèrent que, bien que la crise climatique n'ait pas nécessairement augmenté le nombre de tempêtes lors d'une saison typique, elle les rend plus intenses.
Alors que la région continue de défendre ses intérêts, les tempêtes continuent à se former. Le premier ouragan de la saison 2025 est l’ouragan Erin, que le Centre National des Ouragans basé au États-Unis a classé comme un système de catégorie 5. Ce niveau plus élevé est généralement associé à des dommages pouvant inclure des destructions majeures de bâtiments et l’isolement des communautés résidentielles en raison d’arbres abattus et d’infrastructures électriques ; les zones à risques pourraient, donc, devoir être évacuées pour essayer d’éviter des pertes humaines.
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Au 16 août, Erin était situé à plus de cent milles (environ 170 kilomètres) au nord de Anguilla, avec des vents soutenus proches de 160 milles par heure (255 km/h) avec le potentiel d’affecter des parties du nord des îles de Leeward, des îles Vierges britanniques et américaines, de Porto Rico, de la République dominicaine, d'Haïti et des îles Turques-et-Caïques. De fortes pluies sont attendues tout au long du week-end ; d'ici lundi, la tempête devrait dévier vers le nord, probablement avec une intensité réduite en raison d'un apport d'air plus sec à cause du cisaillement des vents.
Comme pour l'ouragan Béryl de 2024, les prévisionnistes ont commenté sur l’accélération rapide d’Erin passant de tempête tropicale à ouragan, ce que certaines études lient aux changements climatiques.
Les prévisions de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique pour la session en cours, qui a commencé le 1er juin, font état de ce qu’il y’aurait environ 13 à 18 tempêtes nommées, dont cinq à neuf deviendraient des ouragans, et deux à cinq atteindraient le niveau catégorie 2 ou plus.
Les pays sur la trajectoire de l’ouragan Erin sont avertis que des houles marines et les fortes pluies pourraient provoquer de crues subites et des éboulements de terrain, même si ces résidents espèrent que la tempête n’atteindra pas la côte.
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Notre rédacteur en chef pour l'Asie du Sud-Est souligne l'héritage de Global Voices
L'auteur lors d'un panel sur le blogging au Sommet de Global Voices 2024 à Katmandou, Népal. Photo de Pei-Chi Chang. Utilisée avec permission.
Cette pièce éditée a été publiée pour la première fois sur le blog de l’auteur.
J’ai rejoint Global Voices en juillet de 2006. Après près de deux décennies, je fais toujours partie de la rédaction de GV entant qu’auteur et éditeur pour l’Asie du Sud-Est. J’étais sur un appel vidéo avec ma fille en décembre de 2024 pendant le sommet de GV à Kathmandu quand j’ai réalisé qu’elle n’avait qu’un an lorsque j’ai assisté à mon premier sommet de GV en 2006 à Delhi. C’est la durée de temps que j’ai passé avec GV qui veut dire que j’ai célébré des moments importants de ma vie en faisant partie de la communauté GV.
GV était plus que juste une plateforme pour des blogueurs quand elle était fondée en 2004. J’ai toujours eu la conviction qu’elle représente ce qu’il y’a de bien dans l’internet. Ma croyance au patrimoine de GV a été réaffirmée pendant le sommet de Kathmandu qui nous a inspirés à méditer sur le pouvoir de la communauté et la collaboration.
En y repensant, c’est stupéfiant la manière dont GV a fait avancer l’idée que ceux qui écrivent ou bloggent à propos de leurs vies et leurs communautés doivent être avoir une plateforme plus grande où ils peuvent partager et discuter de leurs idées. Au lieu d’être distrait par le débat au sujet des blogueurs qui doivent être reconnus comme journalistes, GV a produit des articles basés sur ce qui est partagé par des utilisateurs d'Internet ordinaire. GV était assez audacieux d’amplifier l’opinion des utilisateurs de réseaux sociaux avant que cela ne devienne la norme pour la presse traditionnelle de vérifier ce qui est la tendance en ligne.
GV a mené plusieurs initiatives qui ont cherché à résoudre les problèmes que nous rencontrons en ligne. Ce qui a conduit à des projets tels que Lingua, Rising Voices, Advox, NewsFrame, et l’Observatoire des médias civiques. Nous ne vérifions par simplement les reportages puisque nos contributeurs et partenaires médiatiques sont principalement sur le terrain reportant depuis les lignes de front et fournissant des reportages qui sont souvent mal rapportés sur les préoccupations des populations. Nous soulignons des perspectives locales, nous fournissons un contexte au récit viral, et nos histoires ne recherchent pas la notoriété ou le profit, mais à donner du pouvoir nos communautés. GV continue de remplir cette mission malgré ces ressources limitées.
Une photo de groupe de GV pendant son sommet de Colombo en 2017. Photo par Raphael Tsavkko Garcia. CC BY-NC-ND 2.0
Je ne me lasserais pas de dire à mes amis et aux gens que je rencontre dans différents événements que s’ils cherchent une ressource en ligne pour comprendre ce qui ce passe dans le monde, GV peut leur servir de guide. Je fais cette recommandation non seulement parce que je fais partie de la communauté GV, mais aussi parce que le travail de GV parle pour elle-même. Je commence ma journée avec du café et un article de GV, et je vous garantis que cette astuce de vie va ajouter une immense valeur à votre expérience en ligne. Notre page de démarrage fournit des actualités mondiales sélectionnées par notre réseau de bénévoles, de contributeurs et de partenaires médiatiques. Une recherche approfondie dans notre site Web révèle une archive d’histoires débordant d’authenticité.
Il y a dix ans, j’ai écrit sur l’impact de GV sur la vie et et comment elle offre une alternative à un monde en ligne miné par la désinformation, la cybercriminalité soutenue par l’Etat et les plans malveillants des grandes entreprises technologiques. GV a survécu et est resté fidèle à sa vision malgré ces défis et la détérioration rapide de l’environnement médiatique.
Malheureusement, l’évolution du paysage médiatique pourrait davantage restreindre l’espace qui permettrait aux médias indépendants et citoyens comme GV de prospérer et de continuer leur travail plus efficacement. Ceci est assez préoccupant parce qu’on a besoin de plus de plateformes comme GV qui peuvent raconter et expliquer les conséquences de la réduction de la diversité des voix médiatiques dans nos pays respectifs.
Au milieu de la crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui, notre solidarité collective est ce qui compte vraiment. Notre espoir réside dans notre communauté et notre audience mondiale, qui apprécient le rôle de GV et des médias indépendants dans la défense du droit des citoyens aux informations inouïes. Aidez nous à promouvoir le travail de GV. Écrivez pour GV. Faites partie de la communauté. Faites passer le mot sur GV et sur le fait que les dons faits à cette communauté restent un acte généreux qui lui permettraient de mener davantage d’innovations et d’interventions pour façonner l’avenir de l’Internet
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Les vies et les histoires des diasporans somaliens à Mogadiscio et Nairobi.
Miski Osman et ses collègues. Photo de Miski Osman, utilisée avec permission.
Cette interview a été réalisée avec le soutien de la Bourse des médias de l'Union africaine et International Consulting Expertise (l'Expertise en Consultation Internationale), en partenariat avec l'Union européenne.
J'ai entrepris le plus incroyable des voyages au Caire, en Égypte, et à Nairobi, au Kenya, dans le cadre de la Bourse des médias de l'Union africaine (AUMF). Cette bourse, mise en œuvre par la Direction de l'Information et de la Communication de l’Union africaine [fr] et soutenue par l’Union européenne [fr], vise à changer les récits habituels sur l'Afrique.
La série d'interviews réalisée dans le cadre de ce projet vise à mettre en lumière des récits de la diaspora abordant les thèmes de la migration, de la culture, de la création artistique, de l'activisme communautaire et de la coopération internationale. C'était bien plus qu'une mission professionnelle ; ce fut une immersion profonde dans la vie et les histoires de membres de la diaspora somalienne dans deux villes riches en histoire et animées par une grande diversité culturelle. La réalisation de ce voyage a été incroyablement collaborative : elle m'a plongé au cœur des communautés dont les voix sont rarement entendues — entrepreneurs, leaders communautaires, artistes et étudiants — chacun naviguant à sa manière les défis et les opportunités de la migration. Leurs témoignages reflétaient non seulement des tribulations et des victoires personnelles, mais aussi des thèmes beaucoup plus larges : les luttes identitaires et d'appartenance, là où la tradition rencontre la modernité. La Bourse des médias de l'Union africaine (AUMF) souligne ainsi la nécessité de faire entendre les voix africaines dans les discours internationaux. Cela m'a fait prendre conscience du pouvoir de la narration comme moyen de comprendre l'impact de la migration sur les individus, les familles et la société dans son ensemble — non pas seulement en termes de chiffres et de questions politiques, mais en tant des expériences profondément humaines.
Miski Osman est Responsable de la gouvernance des projets pour le Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS) en Sierra Leone, un poste qu'elle occupe depuis janvier 2024. Auparavant, elle a travaillé pour le Gouvernement fédéral de Somalie et a vécu à Mogadiscio, la capitale somalienne, pendant quatre années qui ont changé sa vie. Née en Suède, élevée au Royaume-Uni et résidant actuellement à Nairobi, au Kenya, l'histoire de Miski témoigne une profonde identification à ses racines somaliennes tout en étant engagée à avoir un impact en Afrique de l'Est [fr]. Nous avons discuté de sa carrière, de ses impressions sur l'identité somalienne et de sa perception des opportunités uniques qu'offre l'Afrique de l'Est.
Mohamed Mohamud (MM) : Miski, votre parcours professionnel est assez intéressant. Qu'est-ce qui vous a amenée à Mogadiscio au départ ?
Miski Osman (MO) : Au début, je suis allée à Mogadiscio par simple curiosité. Je suis née en Suède et j'ai grandi au Royaume-Uni, et bien que mes parents me parlaient de la Somalie, je n'en avais jamais fait l'expérience moi-même. En 2015, j'ai décidé de m'y rendre pour deux semaines, mais quelque chose m'a captivée. Ces deux semaines se sont transformées en six mois, et j'ai fini par y vivre et y travailler pendant quatre ans. Je voulais faire plus qu'une simple visite — je voulais comprendre la culture, les défis et les opportunités, et y contribuer de manière significative.
MM : Quelles ont été vos premières impressions de Mogadiscio ?
MO : C'était déroutant au début. J'ai toujours cru savoir ce que signifiait être Somalienne, mais Mogadiscio a remis cette perception en question. La culture, le rythme de vie et même les interactions avec les gens étaient si différents de ce que j'avais connu en grandissant au Royaume-Uni. C'était un mélange d'admiration et d'adaptation. Y vivre n'était pas facile, mais c'était profondément enrichissant. Mon travail au sein du gouvernement fédéral de Somalie m'a impliquée dans des projets de gouvernance, de résilience et de sécurité à travers tout le pays. Cela m'a permis de comprendre de l'intérieur les complexités et la résilience des communautés somaliennes.
MM : Cela semble avoir été une expérience transformatrice. Comment le fait de vivre en Somalie a-t-il façonné votre compréhension de l'identité somalienne ?
MO : Vivre en Somalie m'a vraiment rendue humble. J'ai aussi réalisé à quel point l'identité somalienne est diverse et complexe. Ayant grandi en Occident, je pensais qu'être Somalienne se résumait à la langue, à la religion et peut-être aux traditions culturelles. Mais en vivant en Somalie, j'ai découvert que l'histoire, la géographie et même la politique façonnent l'expérience somalienne. Cela m'a fait apprécier la force et la capacité d'adaptation des Somaliens, tant en Somalie que dans la diaspora.
MM : Après quatre ans à Mogadiscio, vous avez déménagé à Nairobi. Quelle était la raison de ce déménagement ?
MO : En 2020, j'étais prête pour un nouveau type de défi. Nairobi offrait un rythme de vie différent et l'opportunité de travailler à l'échelle régionale — la ville est une plaque tournante pour les organisations internationales, et c'est là que j'ai opéré la transition vers mon travail actuel avec les Nations Unies (ONU). Sur le plan personnel, Nairobi m'a également offert un autre type d'équilibre. La vie y est moins intense qu'à Mogadiscio. La communauté somalienne de Nairobi est florissante, et la ville elle-même est dynamique et cosmopolite. C'est un endroit merveilleux pour poursuivre mon parcours.
MM : Comment compareriez-vous la vie à Nairobi à celle au Royaume-Uni ?
MO : C'est complètement différent. Au Royaume-Uni, tout va très vite, c'est structuré, mais aussi stressant. Nairobi, comme la plupart des pays d'Afrique de l'Est, est plus détendue. Les gens ici vivent l'instant présent, et il y a un sentiment d'opportunité qu'on ne trouve pas toujours au Royaume-Uni. Par exemple, j'ai pu investir dans différents secteurs, des choses qui me semblaient hors de portée au Royaume-Uni. Au Kenya et en Somalie, les barrières à l'entrée pour les affaires et l'investissement sont plus faibles, et les opportunités sont immenses.
MM : Vous avez mentionné avoir investi dans l'immobilier et le pétrole. Qu'est-ce qui a motivé ces initiatives ?
MO : J'ai toujours aimé l'idée d'explorer d'autres opportunités en dehors de ma carrière principale. L'Afrique de l'Est a un environnement commercial dynamique, et je voulais en profiter. L'immobilier, en particulier, a été une aventure fascinante. Le marché immobilier de Nairobi connaît une croissance très rapide, et c'est gratifiant d'investir dans quelque chose qui est à la fois financièrement rentable et lié à la région que je considère comme mon foyer.
MM : Quelle a été votre perception de la diaspora somalienne au Kenya ?
MO : La diaspora somalienne au Kenya est remarquable. Ses membres se sont fait une place importante dans l'économie, de l'immobilier au commerce et même à la politique. Il y a un fort sentiment de communauté ici, mais c'est aussi une communauté moderne et tournée vers l'avenir. C'est vraiment motivant de voir comment les Somaliens du Kenya ont réussi à rester ancrés dans leur culture tout en prospérant dans un environnement compétitif.
MM : En repensant à votre parcours jusqu'à présent, quelle est la plus grande leçon que vous ayez apprise ?
MO : La plus grande leçon a été celle de l'adaptabilité. Que ce soit en trouvant mes marques à Mogadiscio ou en m'adaptant à Nairobi, j'ai appris que la résilience va de pair avec l'ouverture d'esprit. J'ai aussi réellement compris l'importance de la représentation et de la contribution à sa communauté. Mes expériences m'ont clairement montré qu'être Somalienne, ce n'est pas seulement une question d'héritage, mais c'est aussi participer à la construction de l'avenir de notre peuple, où que l'on se trouve dans le monde.
MM : Et pour l'avenir, quels sont vos projets ?
MO : Pour l'instant, je me concentre sur mon travail avec l'ONU, en particulier dans les domaines de la gouvernance et de la résilience. Je souhaite également continuer à explorer des moyens d'investir en Afrique de l'Est et de contribuer à la communauté somalienne. Il y a tellement de potentiel ici, et j'ai hâte de voir où ce voyage m'en mènera.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251030_002604";}s:15:"20251030_001832";a:7:{s:5:"title";s:101:"Une jeune chanteuse de rue russe poursuivie pour avoir interprété des chansons d'artistes censurés";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/30/299065/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299065";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 29 Oct 2025 23:18:32 +0000";s:11:"description";s:257:"Les poursuites ont été déclenchées suite à des vidéos virales montrant les performances de Stoptime sur Nevsky Prospect, où le groupe a joué des chansons d'artistes qualifiés d'« agents étrangers » : Monetochka, Noize MC, Zemfira, et Pornofilmy.";s:7:"content";s:9881:"
Se produisant dans les rues de St Pétersbourg, Naoko a choisi des chansons de musiciens qualifiés « d'agents étranger ».
Capture d'écran de la vidéo YouTube montrant les conditions dans lesquelles Naoko a été amenée au tribunal de St Pétersbourg, via la chaîne YouTube de TV Rain. Utilisée avec permission.
Le parquet russe a ouvert une enquête contre Diana « Naoko » Loginova âgée de 18 ans, une étudiante au conservatoire de musique de Rimsky-Korsakov et chanteuse du groupe de rue de Saint-Pétersbourg « Stoptime ». La jeune chanteuse, qui a interprété des chansons d'artistes considérés comme des « agents étrangers » par le gouvernement russe dans les rues de Saint-Pétersbourg, a été accusée « d'organiser un rassemblement non autorisé qui a perturbé l'ordre public » ( Article 20.2.2 du code de justice administrative, Première partie).
Loginova a été placée en détention et a passé la nuit au poste de police. Selon le site d'actualités Meduza, elle a été amenée au tribunal menottée. Ainsi que l'a écrit Bumaga sur Telegram, le guitariste et le batteur de Stoptime font également l'objet d'une enquête, mais n'ont pas été traduits en justice.
Les poursuites ont été déclenchées suite à des vidéos virales montrant les performances de Stoptime sur Nevsky Prospect, l'une des artères principales de la ville, où le groupe a joué des chansons d'artistes qualifiés d’« agents étrangers », tels que Monetochka, Noize MC, Zemfira, et Pornofilmy.
Tout particulièrement, le concert de rue inclut une chanson de Monetochka intitulée « C'était en Russie » :
La chanson est composée de paroles qui mettent en avant la tristesse de la chanteuse d'avoir quitté sa maison, et sa colère contre la Russie devenue un pays agressif qu'elle ne comprend plus:
И какой бы теперь ни купила билет
Своего уже нет, и своих уже нет
Больше некому встретить с табличкой в руке
И поют там теперь на другом языке
Так несбыточно, что бесполезно мечтать
Все открыты замки, а на главном печать
И не жалко совсем, мне не хочется, но
Не забыть бы в пути мой расплывчатый сон
Помню, как моросило, а я шла из кино
Это было в России, значит, было давно
Это было в России, значит, было во сне
Сон украсть не под силу, он останется мне
Et peu importe le billet que j'achète maintenant,
il n'y a plus rien à moi, ni aucun des miens là-bas
Il n'y a plus personne pour m'accueillir à l'aéroport
Et maintenant ils y chantent dans une autre langue.
Si inaccessible que cela ne sert à rien de rêver Tous les verrous sont ouverts, pourtant le principal est scellé. Et je ne suis absolument pas désolée, je ne veux pas l'être, mais J'espère que je n'oublierai pas mon vague rêve à la dérive en cours de route. Je me souviens de la bruine alors que je sortais du cinéma C'est arrivé en Russie, cela doit donc faire très longtemps. C'est arrivé en Russie, cela doit donc avoir été un rêve. Personne ne peut voler ce rêve; il restera gravé en moi.
Selon le média RBC, Loginova fait des études de piano au conservatoire de Rimsky-Korsakov. Elle est lauréate de plusieurs concours de musique et a remporté un prix au festival All-Russian, festival des vacances de printemps des étudiants russes. Elle et son groupe ont gagné en popularité après que des vidéos de leurs performances sur Nevsky Prospect ont commencé à circuler sur le net.
Au centre-ville, Loginova avait interprété la chanson censurée « Cooperative Swan Lake » du rappeur Noize MC (Ivan Alekseyev, qualifié d'agent étranger par la législation répressive russe). En mai 2025, le tribunal du district de Primorsky à Saint-Pétersbourg avait déclaré cette chanson comme « information interdite en Russie » :
Les paroles de la chanson expriment le souhait du chanteur de voir le régime répressif de Poutine renversé.
Pour le moment, la décision du tribunal municipal local est de garder Loginova en détention pour une période de 13 jours. TV Rain a laissé entendre qu'il y avait une deuxième affaire pénale contre elle, qui pourrait entraîner une peine de prison de plusieurs années en vertu de l'article du Code pénal relatif à la diffamation de l'armée russe.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251030_001832";}s:15:"20251024_173135";a:7:{s:5:"title";s:135:"Les exportations de véhicules électriques chinoises stimulent la réalisation des objectifs de transition écologique au Tadjikistan.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/24/298741/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298741";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 24 Oct 2025 15:31:35 +0000";s:11:"description";s:244:"La Chine s’est imposée comme le partenaire clé de la transition vers les transports verts au Tadjikistan. Elle est le principal fournisseur de véhicules électriques (VE) du pays et s’est engagée à contribuer à leur production locale.";s:7:"content";s:26749:"
Les bus et taxis électriques, des allègements fiscaux importants pour les véhicules électriques et le renforcement des infrastructures contribuent à rendre Douchanbé plus écologique
Photo prise dans le showroom BYD au Tashkent City Mall en Ouzbékistan. L'Asie centrale s'impose rapidement comme une zone clé pour l'importation de véhicules électriques de marque chinoise. Image de la part de Global Voices Climat Justice, utilisée avec permission.
Cet article s’inscrit dans le cadre de la bourse Global Voices Climate Justice, un programme qui réunit des journalistes issus des pays sinophones et du Sud global pour analyser les impacts des projets de développement chinois à l’étranger. Pour en savoir plus, consultez les autres articles ici.
La Chine s’affirme comme un partenaire stratégique majeur du Tadjikistan dans sa transition vers une mobilité durable, devenant rapidement le principal fournisseur de véhicules électriques du pays. En intensifiant ses efforts pour soutenir la production locale de EVs, elle pourrait non seulement dynamiser l’industrie automobile nationale, mais aussi contribuer significativement à l’amélioration de la qualité de l’air dans les zones les plus touchées par la pollution.
Parmi les cinq États d’Asie centrale, le Tadjikistan est celui qui a adopté les mesures les plus ambitieuses pour accélérer sa transition vers les véhicules électriques. Les autorités ont rendu obligatoire la conversion de l’ensemble des compagnies de taxis de la capitale, Douchanbé, aux EVs, et fixé un objectif selon lequel 20 à 30 % du parc automobile national devra être électrique d’ici 2030. Ces mesures s’accompagnent d’exonérations fiscales et douanières applicables aux véhicules électriques jusqu’en 2032.
Les autorités tadjikes espèrent capitaliser sur cette dynamique afin de positionner le pays comme un acteur de premier plan dans la transition écologique mondiale. Dans un discours prononcé lors de la Conférence internationale sur l’eau pour le développement durable, le président du Tadjikistan en juin 2024 , Emomali Rahmon, a déclaré :
Еще одной нашей целью является превращение Таджикистана в «зелёную страну» к 2037 году.
Another of our goals is to transform Tajikistan into a ‘green country’ by 2037.
L’un de nos objectifs stratégiques est de transformer le Tadjikistan en un pays modèle du développement durable d’ici 2037.
Cette urgence découle des problèmes de pollution de l’air au Tadjikistan, les véhicules à moteur à combustion interne étant considérés comme l’un des principaux responsables de cette pollution.
La transition du Tadjikistan vers les véhicules électriques s’aligne parfaitement sur l’ascension de la Chine en tant que leader mondial dans la fabrication et l’exportation de véhicules électriques, ainsi que sur le renforcement de la coopération bilatérale entre les deux pays. Cependant, cette coopération émergente dans le domaine des véhicules électriques place le Tadjikistan sur une trajectoire qui risque d’accroître encore davantage sa dépendance vis-à-vis de la Chine. Cette situation inquiète certains observateurs, qui soulignent que Pékin a déjà utilisé son importante influence économique pour empiéter à plusieurs reprises sur l’autonomie politique du Tadjikistan.
La pollution de l’air et la transition vers les véhicules électriques
Vues brumeuses de la ville de Douchanbé, la capitale du Tadjikistan. Capture d’écran tirée de YouTube.
Depuis plusieurs années, le Tadjikistan figure parmi les pays les plus touchés par la pollution atmosphérique au niveau mondial. En 2023, il s’est classé au quatrième rang du classement IQAir des pays les plus pollués, avant d’occuper la sixième rang en 2024. La situation est particulièrement préoccupante à Douchanbé, où la concentration annuelle de PM2.5 est passée de 17,8 μg/m³ en 1998 à 32,7 μg/m³ en 2021, révélant une dégradation significative de la qualité de l’air.
Les conséquences les plus directes de la pollution de l’air se font sentir sur la population, dont la santé se détériore progressivement. Au Tadjikistan, le taux de mortalité attribué à la pollution atmosphérique s’élève à 78 décès pour 100 000 habitants par an, le deuxième plus élevé d’Asie centrale, après celui de l’Ouzbékistan. Cela représente plus de 4 800 décès prématurés chaque année liés à la mauvaise qualité de l’air. Selon l’Agence des statistiques, environ 28 % des maladies recensées concernent le système respiratoire, soulignant encore davantage l’ampleur de l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé publique.
Pour remédier à cette situation, le Tadjikistan s’est engagé à assainir ses routes et à accélérer la transition vers les véhicules électriques, notamment à Douchanbé, où la pollution automobile est particulièrement élevée, selon les autorités. En juin 2024, la mairie a publié un décret ordonnant aux 12 compagnies de taxi de la capitale de convertir l’ensemble de leurs 4 350 véhicules à l’électricité d’ici le 1er septembre 2025. Par ailleurs, la municipalité prévoit également de remplacer progressivement les bus par des modèles électriques d’ici 2028, dans le cadre de sa stratégie de mobilité durable.
Une route très fréquentée à Douchanbé. Capture d’écran tirée de YouTube.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Programme de développement des transports électriques 2023–2028, qui fixe plusieurs objectifs ambitieux : production locale de véhicules électriques et de leurs composants, construction d’infrastructures pour l’alimentation et l’entretien, développement de technologies de recyclage des batteries, ainsi que octroi d’avantages aux conducteurs de véhicules électriques. En 2022, les autorités ont également exonéré les véhicules électriques de tous impôts et droits de douane à l’importation pour une durée de dix ans.
Ces mesures ont indéniablement contribué à l’augmentation du parc de véhicules électriques. En 2022, le ministère des Transports indiquait que sur environ 445 000 voitures particulières, seuls 120 véhicules étaient électriques, soit 0,03 % du total. Trois ans plus tard, en 2025, le nombre de véhicules électriques, dont la grande majorité sont des voitures particulières, atteint 34 354 unités, représentant environ 5 % de l’ensemble des véhicules du pays.
Un partenaire à part entière
Comme c’est souvent le cas au Tadjikistan, lorsqu’il s’agit de s’appuyer sur des partenaires pour relever ses défis internes, le pays s’est tourné vers la Chine, dont le rôle dans l’économie tadjik est difficile à surestimer. La Chine est à la fois le plus grand investisseur et créancier du pays, ainsi que le deuxième partenaire commercial après la Russie. Entre 2007 et 2023, les investissements chinois ont totalisé 3,845 milliards de dollars, selon le Comité d’État pour les investissements et la gestion des biens publics du Tadjikistan. La coopération bilatérale couvre un large éventail de secteurs, notamment l’énergie, les transports, l’exploitation minière, l’agriculture, la construction, et bien d’autres encore.
Le marché des véhicules électriques (VE) au Tadjikistan est largement dominé par la Chine, dont les exportations représentaient près de 83 % des importations de véhicules électriques au Tadjikistan au premier semestre 2024, alors que les importations en provenance du Japon et de l’Allemagne ont chuté respectivement de 75 % et 90 %. Selon le média chinois d’État CGTN, les véhicules électriques chinois représentent plus de 90 % des importations de véhicules électriques au Tadjikistan. Il est prévu que les sanctions contre la Russie et les droits de douane américains sur les produits chinois pourraient accroître encore cette part.
En 2024, la mairie de Douchanbé a lancé une flotte de minibus électriques, avec l’intention d’en augmenter le nombre à l’avenir. Le nouveau reportage de CGTN a salué ce projet, soulignant qu’il offre aux conducteurs des véhicules modernes et performants, bénéfiques pour l’environnement et contribuant à réduire la dépendance du Tadjikistan aux importations de carburant.
Lorsqu’il s’agit de parler des véhicules électriques dans le pays, il est souvent plus simple de mentionner les acteurs non chinois plutôt que d’énumérer les nombreux projets chinois. Le seul acteur non chinois dans le secteur des véhicules électriques au Tadjikistan est une usine de bus conjointe turco-tadjike, qui a produit ses 30 premiers bus électriques en mai 2025.
Selon les experts des relations entre la Chine et l’Asie centrale, Temur Umarov et Roman Vakulchuk, les entreprises chinoises ont privilégié la diplomatie et le lobbying pour s’implanter sur le marché tadjik, plutôt que les modèles traditionnels d’expansion orientés vers le marché. Dans leur article sur la prise de contrôle du marché automobile en Asie centrale par la Chine, ils expliquent qu’en 2023, les deux parties se sont entendues pour établir une usine destinée à produire localement 1 500 véhicules électriques, ce qui a ensuite entraîné une augmentation spectaculaire des importations de VE chinois.
« Route de la Soie verte » ou dépendance croissante
Les médias d’État chinois présentent généralement la promotion des véhicules électriques en Asie centrale comme faisant partie d’un projet plus large visant à établir une « Route de la Soie verte ». Autrement dit, les véhicules électriques s’inscrivent aux côtés du développement par la Chine des infrastructures énergétiques en Asie centrale, constituant ainsi une initiative écologique supplémentaire proposée par la Chine dans la région.
Les marques de véhicules électriques chinoises sont de plus en plus perçues comme des produits de haute qualité par les experts locaux du secteur, tout en restant abordables et fiables. Dans ce contexte, les médias d’État chinois mettent en avant des témoignages d’entrepreneurs locaux ayant bénéficié du commerce des véhicules électriques et affichent leur fierté de voir les marques chinoises se mondialiser, comme le montre cet extrait d’une interview diffusée par la chaîne d’État CCTV.
Au cours de la dernière décennie, la production et les ventes annuelles de véhicules à nouvelles énergies de mon pays sont passées de dizaines de milliers à plusieurs dizaines de millions, avec des produits exportés vers plus de 70 pays et régions, représentant plus de 60 % du total mondial, devenant ainsi une véritable « carte de visite » du Made in China.
Un parking rempli des nouveaux taxis électriques de Douchanbé (verts et blancs), achetés en Chine. Capture d’écran tirée d’une vidéo YouTube CGTN.
À mesure que les chauffeurs de taxi de Douchanbé adoptent les véhicules électriques chinois, les porte-parole des entreprises font état de résultats positifs. Par exemple, dans une interview accordée à l’agence d’État chinoise Xinhua, un représentant du service de taxi tadjik 3333 a souligné que « les chauffeurs locaux accueillent très favorablement les véhicules électriques chinois en raison de leur qualité supérieure ». Ruslan Sarbozzoda (Руслан Сарбоззода), responsable du projet ECO-City Taxi chez Yak Taxi, a déclaré à Asia Plus :
Более половины привезенных автомобилей уже приобрели счастливые водители “ЯК Такси”, которые экономят деньги на бензине и получают восторженные комментарии от пассажиров о комфорте и бесшумном передвижении.
Plus de la moitié des véhicules importés ont déjà été acquis par des chauffeurs de Yak Taxi satisfaits, qui réalisent des économies sur le carburant et reçoivent des retours enthousiastes des passagers concernant le confort et la douceur de conduite.
Les véhicules électriques sont également présentés de manière positive, en parallèle des efforts de la Chine pour lutter contre le changement climatique et résoudre les problèmes environnementaux.
Parallèlement au développement des véhicules électriques, le Tadjikistan adoptera progressivement les technologies chinoises liées à l’entretien, à la recharge et à la gestion de la fin de vie des véhicules électriques. À cet égard, les experts alertent sur le fait qu’une part aussi importante d’un seul acteur n’est pas optimale. Umarov et Vakulchuk soulignent que la domination de la Chine pourrait finir par atteindre « le niveau de la gestion d’abord des infrastructures urbaines, puis du système de transport de l’ensemble du pays, ne laissant aucune place aux concurrents ».
Bien que cette transition soit pratique et efficace, la dépendance croissante du Tadjikistan à l’égard de la Chine pour le développement des véhicules électriques soulève des préoccupations majeures en matière d’autonomie politique. Par le passé, la Chine a exploité l’incapacité du Tadjikistan à honorer ses dettes pour obtenir des droits miniers lucratifs et même revendiquer 1 100 km² de territoire. Un contrôle effectif du marché tadjik des véhicules électriques constituerait-il pour la Chine un outil supplémentaire d’influence stratégique, dont l’utilisation à des fins de levier politique ne peut être écartée?
";s:7:"dateiso";s:15:"20251024_173135";}s:15:"20251024_162744";a:7:{s:5:"title";s:80:"L'histoire de Moon : une enseignante qui a osé penser différemment en Birmanie";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/24/299038/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=299038";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 24 Oct 2025 14:27:44 +0000";s:11:"description";s:158:"« Ce sont les enseignants eux-mêmes qui doivent changer d'abord, pas les enfants. Les enseignants au Myanmar enseignent encore selon un format militaire. »";s:7:"content";s:8498:"
Voici la traduction en français :
Une enseignante et conteuse opposant une résistance à la junte en exil
Photo de Exile Hub, partenaire de contenu de Global Voices. Utilisée avec permission.
Exile Hub est un des partenaires de Global Voices en Asie du Sud-Est, apparu suite au coup d'état de 2021 en Birmanie, mettant l'accent sur l'autonomisation des journalistes et des défenseurs des droits humains. Cet article édité est republié dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu.
Le parcours pédagogique de Moon a débuté en 2014 dans le district de Kawkarate, dans l'état de Karen. Dès le premier jour, elle s’est démarquée. Elle ne s’est pas contentée de simplement suivre les règles ou de répéter ce qui avait toujours été fait. Elle s'est rapidement distinguée par sa motivation, sa créativité, et son courage. En 2018, après seulement 4 ans de carrière, elle a obtenu le poste de directrice par intérim dans un collège de sa ville natale.
L’Éducation comme libération et non comme contrôle
Dès le début, Moon a refusé de considérer l’enseignement comme un apprentissage de l'obéissance. A l'époque en Birmanie, sa classe était animée par des questions, des débats, et des rires si vivants qu'elle s'est souvent heurtée aux responsables de l'éducation. Ils lui rappelaient que les étudiants étaient supposés « apprendre l'obéissance. » Mais pour Moon, l'éducation était une question de curiosité et non de soumission.
« Chaque mot doit être obéi, chaque ordre doit être suivi, » se rappelle-t-elle du système. « Même la religion est enseignée injustement, avec une version du Bouddhisme imposée alors que la Birmanie abrite de nombreuses confessions religieuses. »
Pour Moon, le véritable rôle de l'éducation est de susciter la pensée critique. « Les enseignants eux-mêmes doivent d'abord changer, et non pas les enfants. Les instituteurs en Birmanie enseignent toujours selon un modèle militaire, » explique-t-elle. Là où d'autres ont vu une forme de contrôle, Moon a vu la libération. « L'éducation doit aller au-delà des manuels scolaires pour inculquer des valeurs et la capacité à remettre en question. »
Contrainte à l'exil
Ainsi, lorsque l'armée birmane a pris le pouvoir par le biais d'un coup d'état en 2021, il ne fut pas surprenant que la défiance de Moon se soit répandue dans les rues. Elle a attaché un ruban rouge à son uniforme, mené des manifestations et est rapidement devenue un leader visible du mouvement de désobéissance civile (CDM) dans sa petite ville. Mais son courage comportait de lourds risques. Des soldats ont fait circuler sa photo, la traquant. Même au sein de sa famille, des tensions apparurent. Son père, qui avait lui-même était soldat, prit la douloureuse décision de l'envoyer loin pour sa sécurité.
Moon s'est enfuie à Lay Kay Kaw, une ville du sud est de la Birmanie, laissant derrière elle ses étudiants, sa maison et la vie qu'elle avait construite. L'exil apportant aussi ses propres difficultés. Dans les écoles pour migrants, de l'autre côté de la frontière, elle a enduré l'exploitation, gagnant moins en un mois que de nombreux ouvriers en l'espace d'une semaine. Pourtant elle a toujours gardé à l'esprit qu'elle avait beaucoup de chance de pouvoir manger à sa faim, d'avoir un toit au dessus de sa tête et avant tout de pouvoir continuer à enseigner.
Nouvelles voix, nouvelles perspectives
« J'ai toujours pensé que l'on n'arrêtait jamais d'apprendre, je continue donc à travailler pour combler mes lacunes, » explique Moon. Cette conviction l'a amené à joindre le programme de langue thaïlandaise d'Exile Hub à Mae Sot. A partir de là elle s'est lancée dans de nouvelles formes d'expression — la formation au podcast, l'art de raconter des histoires (storytelling), et même la narration de documentaires. Elle a produit un épisode des Voix résilientes, amplifiant l'histoire d'un/une jeune LGBTQ+ en exil. Plus tard, elle a co-créé un épisode documentaire de « Liberté de Religion et de Conviction » avec des professionnels des medias également expatriés.
« En tant qu'enseignante, j'ai toujours raconté des histoires à mes étudiants, » évoque Moon. « Je peux désormais utiliser l'art de raconter des histoires afin de toucher la communauté, particulièrement ceux qui sont confrontés à des défis tel que le mien. »
Comparée à l'époque où elle a été forcée de tout laisser derrière elle, Moon se décrit comme étant plus forte, plus pratique et davantage tournée vers l'avenir. Dans ses jours les plus difficiles, elle se rappelle : « C'est seulement aujourd'hui que c'est difficile. Demain peut être différent. » Elle a appris à accepter l'incertitude comme seule constante et à chérir le rire comme un moyen de survie.
Photo de Exile Hub, partenaire de contenu de Global Voices. Utilisée avec permission.
Un rêve au-delà de la salle de classe
Le rêve de Moon est à la fois simple et profond. Un jour, elle imagine ouvrir un petit café-librairie, un lieu où les gens pourront nourrir à la fois le corps et l'esprit. Avec un rire discret, elle ajoute : « Quand j'appelle ma mère de nos jours, je lui rappelle toujours de ne pas vendre le petit terrain que nous avons. Un jour, je reviendrai et je construirai ce café-librairie. »
Pour l'instant, Moon continue d'enseigner d'une manière que son ancien système scolaire n'a jamais permise. Par sa voix, sa résilience et son refus d'« enseigner comme un soldat », elle incarne un autre genre de leçon : le courage de penser différemment et l'espoir que même en exil, un enseignant peut encore inspirer le changement.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251024_162744";}s:15:"20251024_152237";a:7:{s:5:"title";s:44:"Le paradoxe des droits de la femme au Pérou";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/24/298835/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298835";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 24 Oct 2025 13:22:37 +0000";s:11:"description";s:235:"Alors que les femmes sont visibles en politique et dans la vie publique, beaucoup d'entre elles font encore face à des inégalités systémiques dans le domaine de la santé, de la sécurité et celui de l'accès aux services de base.";s:7:"content";s:9798:"
Les progrès politiques coexistent avec une négligence persistante, entre des chiffres flatteurs et d'autres qui déçoivent.
Une femme vendant des tapis faits à la main sur le bord d'une route près de Cuzco, Pérou. Photo de Urbain J. Kinet sur Wikimedia Commons. Domaine public
Rédigé par Grecia Flores Hinostroza
Au Pérou, le droit des femmes fait l'objet d'un étrange paradoxe : sur le papier, nous avons les lois, les représentants, les engagements internationaux qui promettent l'égalité; mais dans la réalité nos vies racontent une histoire différente. Les progrès politiques coexistent avec une négligence persistante, entre des chiffres flatteurs et d'autres qui déçoivent. Cette contradiction n'est pas cachée dans l'ombre — le contraste douloureux est clairement écrit dans ces mêmes chiffres que nous affichons si fièrement.
D'après l’indice de genre des ODD, la proportion des sièges occupés par les femmes au sein des parlements nationaux péruviens est de 72.9, un chiffre qui suggère progrès, visibilité et autorité. Et pourtant lorsque nous nous intéressons à la santé ce résultat chute brusquement à 35.5, à peine la moitié. Les femmes sont présentes au Congrès, mais absentes du système de santé supposé les protéger.
Si seule la participation politique suffisait, nos rues seraient plus sûres, nos hôpitaux accessibles et nos voix entendues au-delà des isoloirs de vote. Mais au Pérou, ainsi que dans une grande partie de l'Amérique Latine, la représentation n'a pas brisé les chaînes de l'inégalité, elle les a simplement rendues moins visibles aux yeux de ceux qui nous gouvernent.
Graphique publié avec la permission de l'auteur.
Les données relatent une histoire. La vie des femmes rurales, autochtones et pauvres en raconte une autre — une où l'accès aux services de santé de base relatif à la sexualité et la reproduction est une lointaine réalité. Où les hôpitaux, les experts, et les soins sont inaccessibles. Comme le souligne la politologue Stéphanie Rousseau dans “La politique de santé reproductive au Pérou ,” “Bien que les réformes au sein du secteur de santé aient eu un certain impact positif sur leur santé reproductive, les nombreuses restrictions imposées au droit des femmes à choisir en matière de procréation ont empêché toute avancée supplémentaire.”
Les conséquences ne sont pas abstraites. En 2020, au Pérou le taux de mortalité maternelle était de 69 morts pour 100,000 naissances selon l'Organisation de la Santé Mondiale (WHO), bien au-dessus de la moyenne de l'Amérique Latine qui était de 45 et presque 5 fois celle du Chili (16) et de l'Uruguay (13). Ces chiffres représentent la vie des femmes qui auraient pu être sauvées grâce à des soins prodigués plus tôt, des accouchements sans risque et le respect de leurs droits pourtant déjà reconnus par la loi.
Graphique publié avec la permission de l'auteur.
Mais ces injustices ne sont pas seulement des échecs moraux; elles constituent également des trahisons juridiques. Le Pérou a signé des engagements internationaux : la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (ICCPR), et d'autres. Ce ne sont pas de lointains traités attrapant la poussière dans les archives diplomatiques. Ce sont des engagements obligatoires, écrits pour préserver la dignité, la santé, et la sécurité des femmes — des engagements destinés à atteindre chaque hôpital, chaque salle d'audience et tous les villages reculés de notre pays.
Les lois protégeant les droits en matière de santé sexuelle et reproductive existent sur le papier, mais elles restent de lointaines réalités pour les populations rurales, les autochtones, et les femmes pauvres. Les cliniques manquent des services essentiels. Des soins complets touchant à la santé reproductive ne sont pas disponibles. Le cadre juridique affirme l'égalité, mais l'égalité disparaît dans les endroits où les femmes sont encore confrontées à des grossesses forcées, des accouchements dangereux et une négligence systémique.
La Constitution parle d'égalité, mais l'égalité est absente là où les femmes gèrent seules leur grossesse. Des protocoles sont mis en place par le ministère de la Santé, mais ils ne peuvent pas sauver des vies quand le centre de soins le plus près est fermé, ou que le dernier médecin est parti. Des droits sans accès à l'essentiel sont vides de sens. Des engagements sans implication sont une trahison.
Dans ce contexte, la représentation politique ne doit pas être confondue avec libération. Nous ne pouvons pas accepter l'illusion du progrès qui nous vient de plus de femmes au pouvoir si elle ne s'accompagne pas de mesures concrètes visant à démanteler les barrières structurelles. L'autonomisation n'est pas un slogan vide de sens —c'est la réalité vécue sans crainte, l'accessibilité aux services de santé sans aucune barrière, et pouvoir se faire entendre sans représailles.
Le fossé entre la législation et la vie n'est pas une faille abstraite du système, c'est une crise quotidienne. C'est une jeune fille dans une province rurale forcée d'accoucher après une agression sexuelle car l'avortement est inaccessible. C'est une mère qui meurt en chemin pour l'hôpital qui n'aurait pas été en mesure de la soigner. Tout comme dans la communauté autochtone ou les droits en matière de reproduction n'existent qu'à travers de lointains tribunaux, et non par le biais d'un système local juste.
Si nous mesurons le succès seulement par la présence des femmes au pouvoir, nous ignorons l'absence de justice dans leur communauté. Le nombre de sièges au parlement ne peut pas compenser pour des maternités vides. La reconnaissance internationale ne peut pas remplacer le droit à des accouchements sans risque.
J'en appelle au Congrès péruvien à légiférer non pas pour les apparences, mais pour l'autonomie. Pour s'assurer que la santé, la sécurité, et la dignité soient des réalités dans chaque province. J'en appelle aux donateurs internationaux afin qu'ils financent le combat pour une procréation libre, et non pas juste une participation politique. Et je fais également appel à la société péruvienne pour qu'elle reconnaisse qu'une représentation sans droit n'est absolument pas une victoire.
La représentation compte. Mais c'est seulement le début. La véritable autonomie commence quand chaque femme contrôle son futur — son corps, sa santé, sa voix — peu importe où elle soit née et si elle vit loin de la capitale. Jusqu'à ce jour, le paradoxe subsistera, et le progrès sera une promesse à moitié tenue.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251024_152237";}s:15:"20251024_150951";a:7:{s:5:"title";s:82:"Résilience aux inondations : les villes éponges et l'avenir de l'Asie du Sud-Est";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/24/298587/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298587";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 24 Oct 2025 13:09:51 +0000";s:11:"description";s:285:"La crise climatique est responsable d'une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes en Asie du Sud-Est. Les « villes éponges », un concept de planification urbaine mis au point par l'architecte chinois Yu Kongjian, pourront-elles les aider à surmonter la tempête ?";s:7:"content";s:23134:"
Les phénomènes météorologiques extrêmes sont de plus en plus fréquents et intenses en Asie du Sud-Est.
Cet article a été soumis dans le cadre de la Bourse Global Voices pour la justice climatique, qui associe deux journalistes issus de pays sinophones et du Sud global afin d'examiner les effets de projets de développement chinois à l'étranger. Retrouvez d'autres articles ici.
Au mois de mars 2025, des pluies torrentielles se sont abattues sur les rues de Jakarta, la capitale de l’Indonésie. Elles ont provoqué de graves inondations dans la ville et ses environs, lesquelles ont fait au moins neuf victimes, entrainé l’évacuation de 90 000 personnes, et ravivé chez les habitants des souvenirs douloureux lorsqu’en 2020, un phénomène similaire avait causé la mort d’au moins 60 personnes dans la métropole.
Très vite, des vidéos du désastre, des opérations d’évacuation et des efforts des premiers secours pour atténuer la situation, ont envahi les réseaux sociaux. L’une d'elles montre des secouristes à bord d'embarcations porter assistance aux habitants et tenter de dégager les routes inondées en déversant l’excès d’eau dans la rivière à l’aide de camions de pompiers.
Inalillahi, turut berduka atas musibah Hari ini, Selasa 4 Maret 2025 Banjir di sejumlah Wilayah Jabodetabek .. Kali Ciliwung, Jatinegara, Jakarta Timur
Inalillahi, turut berduka atas musibah Hari ini, Selasa 4 Maret 2025 Banjir di sejumlah Wilayah Jabodetabek .. Kali Ciliwung, Jatinegara, Jakarta Timur
Nous appartenons à Allah et c'est vers Lui que nous retournons. Nos condoléances pour la catastrophe qui s'est produite aujourd'hui, mardi 4 mars 2025. Inondations dans plusieurs quartiers de Jabodetabek… Rivière Ciliwung, Jatinegara, Jakarta-Est
De graves inondations, provoquées par des conditions météorologiques extrêmes, ont aussi dévasté d’autres capitales de l’Asie du Sud-Est.
Au mois d’août, des quartiers de Manille, la capitale des Philippines, ont été inondés en raison de précipitations exceptionnelles accompagnées d’une intensité sans précédent, et équivalentes, selon une analyse d’experts, à environ cinq jours de pluie, tombées en seulement une heure. Au mois de septembre, les rues de Ho Chi Minh-Ville, au Vietnam, ont été submergées par plus d’un mètre d’eau à la suite de violents orages, provoquant d’importants embouteillages. Les habitants ont dû abandonner leurs véhicules et continuer à pied à travers les routes inondées en pleine heure de pointe.
En Asie du Sud-Est, les phénomènes météorologiques extrêmes liés aux changements climatiques se produisent à une fréquence et une intensité plus élevées, d’où l’augmentation des inondations en milieu urbain, un problème chronique dans les gigantesques mégapoles de la région causé par un aménagement urbain désuet, des zones côtières basses, et une saturation des terres.
Crues éclairs provoquées par des pluies diluviennes à Quezo City, aux Philippines, en 2023. via Wikimedia Commons. CC-BY-SA-4.0
Les inondations urbaines sont aussi courantes en Chine ; 641 des 654 plus grandes villes du pays sont régulièrement touchées par des pluies torrentielles, notamment les mégapoles sur les côtes orientales et méridionales.
En 2023, afin de résoudre le problème des inondations, la Chine a intégré le concept de « villes éponges » (ou villes perméables) dans sa politique nationale, et des projets pilotes ont été lancés dans des dizaines de villes à travers tout le pays.
Définition d'une ville-éponge
Yu Kongjian, l’un des architectes urbanistes les plus éminents de Chine, a créé la méthode de la ville-éponge afin de lutter contre les inondations.
Il illustre la capacité des villes à stocker les eaux pluviales en utilisant une éponge comme métaphore. Contrairement à la gestion traditionnelle des inondations, qui vise principalement à évacuer rapidement l'eau grâce à des infrastructures de drainage artificielles, telles que des tuyaux et canaux, les villes éponges fonctionnent en absorbant l’eau et en la relâchant lentement, comme une éponge.
« Les inondations ne sont pas nos ennemis. Nous pouvons nous en faire des amis. Nous pouvons devenir amis avec l’eau. », explique-t-il.
Tianjin Qiaoyuan Park à Tianjin, Chine, l'un des premiers projets de ville-éponge. Image via Wikimedia Commons / Mydogistiaotiaohu CC BY-SA 4.0
Lorsque les villes s’agrandissent, le sol naturel est remplacé par des surfaces imperméables, telles que le ciment et le bitume, qui empêchent l’absorption de l’eau. Selon Yu Kongjian, la destruction d’hydrosystèmes naturels, comme les rivières, lacs et marécages, résultant d’une urbanisation rapide, est l’une des principales raisons pour lesquelles de telles catastrophes se produisent aujourd’hui si souvent dans les mégapoles chinoises. Le concept de ville-éponge est axé sur la restauration des réseaux hydrographiques naturels, en permettant au sol d'absorber l'eau de pluie tout en la réutilisant, et d'éviter des inondations sévères. Lors d’un entretien avec Le Quotidien du peuple, journal officiel chinois, il explique que selon lui, une trop grande dépendance envers des infrastructures grises (telles que les barrages et canalisations en béton), peut s’avérer restrictive.
L'industrialisation a conduit à croire que la technologie humaine, l'ingénierie mécanique et le béton armé pouvaient conquérir la nature, grâce à des modèles scientifiques capables de calculer le débit de l'eau et ses trajectoires, et de cartographier le réseau fluvial. Plus la structure est droite, dure et lisse, plus l'eau s'écoule rapidement et plus les défenses contre les inondations sont efficaces. Ce type de machinerie d'ingénierie, de génie mécanique, adopte une approche unique.
En 2013, le président chinois Xi Jinping a donné son aval aux villes éponges et leur développement est devenu prioritaire.
Nous devons nous adapter à la nature afin de résoudre le problème de pénurie d’eau dans les zones urbaines. Par exemple, afin d’améliorer les systèmes de drainage urbains, il est important de donner la priorité à la conservation de l'eau de pluie, à l'utilisation de moyens plus naturels pour le drainage et à la construction de « villes-éponges » dotées d'un système naturel d'accumulation, d'infiltration et de purification.
Les toitures végétales, les systèmes d’infiltration et de rétention des eaux pluviales, les espaces verts en contrebas, les trottoirs perméables, les jardins de pluie, la restauration de zones humides et de cours d’eau sont seulement quelques-unes des stratégies utilisées pour le développement de ces soi-disant villes éponges.
Selon les conclusions de chercheurs, les villes éponges en Chine ont considérablement amélioré la gestion des eaux pluviales et de leur évacuation, et contribué au réaménagement d’environnements géographiques hostiles.
S'adapter aux changements climatiques en Asie du Sud-Est
Yu Kongjian estime que son concept de gestion de l’eau profitera aux pays qui sont vulnérables aux inondations, tels que le Bangladesh, la Malaisie et l’Indonésie, alors que d’autres comme Singapour, les USA et la Russie, bénéficient déjà de l’implémentation de systèmes similaires.
Lors d’un entretien avec Sanlian Lifeweek, un magazine d’actualités chinois, il rappelle que la Chine et l’Asie du Sud-Est font face aux mêmes défis posés par les moussons.
Les précipitations sont très irrégulières lors des moussons. Chaque jour, il peut tomber jusqu'à 200 millimètres de pluie, et quelles que soient la capacité de stockage souterrain, la taille des canalisations d’écoulement ou la puissance des stations de pompage, rien ne peut résoudre le problème immédiat du drainage des eaux stagnantes… la solution la plus efficace consiste à traiter le problème grâce à des méthodes basées sur la nature, adaptées à la nature et en utilisant la nature.
Toujours selon lui, les approches classiques de gestion de l’eau, basées principalement sur l’acheminement des eaux de pluie hors des villes, ne sont pas compatibles avec celles sujettes aux moussons.
Lors d’un entretien accordé à la BBC, il explique que : « Ces villes ont subi des échecs car elles ont été influencées par la culture occidentale dont elles ont copié les infrastructures et modèles urbains. »
Yu Kongjian et son équipe ont appliqué le concept de ville-éponge au cœur bouillonnant de la ville de Bangkok, où ils ont converti le site d’une ancienne usine de tabac en un espace vert, Benjakitti Forest Park. Selon un communiqué de presse de Turenspace, une entreprise de design urbain fondée par Yu, le parc permet de réduire la force destructive des pluies, filtre l’eau contaminée et offre à la fois un habitat à la faune locale et un espace de loisirs aux habitants.
Le projet fit ses preuves durant l’été 2022, lorsque Bangkok fut touchée par des précipitations exceptionnelles qui se produisent en moyenne tous les dix ans. Une grande partie de la ville fut inondée, à l’exception du parc et ses alentours.
Les objectifs de conception du parc Tianjin Qiaoyuan comprennent la rétention et la purification des eaux pluviales urbaines et l'amélioration des sols salins-alcalins grâce à des processus naturels. Image via Wikimedia Commons / Joshua L. CC BY 2.0
Défis et controverses
Les villes éponges ont néanmoins fait l’objet de controverses et scepticisme. Bien que le concept ait été testé dans de nombreuses villes en Chine, il est principalement appliqué à petite échelle, dans certains quartiers, rues ou zones. Pour cette raison, les effets de la lutte contre les inondations ne sont souvent ressentis qu’à un échelon local, plutôt que dans toute la ville ou dans tout le pays.
Lors d’un précédent entretien, Yu Kongjian a lui-même admis que développer des projets pilotes dans les villes chinoises est difficile, car ils nécessitent une collaboration interministérielle, une profonde volonté politique et une large coordination administrative.
Des critiques soulignent également que souvent le concept de ville-éponge n’est pas totalement adapté aux niveaux records de précipitations causés par la crise climatique. En 2021, un déluge s’est abattu sur la province du Henan en Chine et a fait 202 victimes dans sa capitale Zhengzhou, l’une des premières à introduire le concept de ville-éponge. Après le terrible désastre, beaucoup ont remis en question l’efficacité des infrastructures perméables de la capitale.
Les inondations de 2021 ont provoqué d'importants dégâts à la ville de Zhengzhou. Image via Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0
Pire même, les phénomènes météorologique extrêmes associés aux changements climatiques sont de plus en plus fréquents et violents. Selon des critiques, les normes de conception ne sont pas toujours entièrement mises à jour pour faire face à l’évolution et l’intensité des précipitations provoquées par la crise climatique.
Hu Gang, urbaniste chinois, explique que le modèle de ville-éponge peut seulement fonctionner lors de pluies faibles ou modérées, et non lors d’orages exceptionnellement violents. Selon lui, outre la construction d’infrastructures perméables dans le but de réduire les inondations en milieu urbain, il est aussi primordial de prévoir un système de drainage généralisé, des abris d’urgence et des plans de préparation en cas de catastrophe.
Dans le contexte de l’Asie du Sud-Est, le développement de villes éponges rencontre de nombreux obstacles. Par exemple, dans le cas de Jakarta, sujette aux inondations, le coût exorbitant que représente la création d’infrastructures perméables est souvent cité comme l’une des principales difficultés, tout comme la désuétude du réseau d’évacuation et un manque d’espace pour de nouvelles constructions ou un réaménagement de la capitale surpeuplée.
En 2022, afin d’absorber les eaux de pluie et réduire les dégâts causés par les inondations, les autorités indonésiennes ont annoncé que le concept de ville-éponge serait implémenté dans la future capitale de l’Indonésie, Nusantara, actuellement en construction à l’est de Kalimantan, et qui remplacera Jakarta au terme des travaux. La nouvelle capitale est bâtie ex nihilo, et les autorités soutiennent qu’elle sera la « ville la plus durable du monde ». Nusantara est l'un des premiers exemple d'un pays décidant de déplacer sa capitale en raison de pressions climatiques, non sans pour autant créer une polémique.
D’après le rapport du projet de construction, Nusantara comportera de grands espaces ouverts qui seront reliés à son système hydrologique afin d’absorber et stocker l’eau de pluie. La nouvelle capitale comprendra également des revêtements de chaussée poreux et des toits végétales afin de minimiser le ruissellement des eaux pluviales vers les égouts. Cependant, la construction de la future capitale est actuellement victime de réductions budgétaires et l’on craint que son développement ne soit pas achevé de sitôt.
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Deux femmes africaines sont aujourd'hui présidentes: Samia Suluhu en Tanzanie et Netumbo Nandi-Ndaitwah en Namibie
En image, les deux femmes candidates: Simone Ehivet Gbagbo (à gauche) et Henriette Lagou Adjoua (à droite) ; Deux captures d'écran de la chaîne YouTube de France24, montée avec Canva
Des élections présidentielles se tiennent le 25 octobre 2025 en Côte d'Ivoire. Deux femmes dont une ancienne première dame font partie des cinq candidats en lice pour briguer la plus haute fonction pour les cinq prochaines années.
Le processus électoral ivoirien, dans lequel le president est élu au suffrage universel, est sous forte tension depuis l'invalidation de la candidature de certaines figures clés de l'opposition ainsi que la validation d'autres dossiers comme celui d’Alassane Ouattara, président depuis 2011 et candidat à sa propre succession, visant ainsi un quatrième mandat consécutif.
Ces cinq candidats validés par le Conseil constitutionnel battent campagnes dans les grandes villes et dans les zones rurales dans un pays qui compte plus de 32 millions d'habitants et qui figure sur la liste des pays à régime démocratique hybride selon le rapport 2024 de The Economist Intelligence Unit.
Les deux femmes candidates ont été proches de Laurent Gbagbo, président de 2000 à 2011: Simone a été la femme de l'ancien président et Henriette Lagou Adjoua a travaillé avec Gbagbo en tant que ministre.
Qui est Simone Éhivet Gbagbo?
Née en 1949 à Moossou, petit village de la commune de Grand-Bassam à 43 km à l'est d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, Simone Ehivet Gbagbo est historienne de formation. Elle a été enseignante, ce qui lui a permis de participer à des mouvements de grève de l'enseignement en 1982 avant d'embrasser une carrière politique à la suite de la création du Front populaire ivoirien (FPI), parti politique qu'elle fonde avec son ex-époux et d'autres hommes politiques. Simone a également exercé une fonction politique comme députée de son parti de
à 20 ans de prison avant d'être amnistiée en 2018.
Pour ces joutes électorales d'octobre 2025, elle compte rebondir sur son expérience et proposer à la Côte Ivoire un programme axé sur la justice, la réforme du système de santé, la sécurité, l'économie.
Elle peut également compter sur un soutien de taille sur la scène politique ivoirienne: celui de Charles Blé Goudé, président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) dont la candidature a été rejetée.
Qui est Henriette Lagou Adjoua?
Née le 22 juin 1959 à Daoukro, ville située au Centre-Est de la Côte d’Ivoire, Henriette Adjoua Lagou est une diplomée du secteur de la sécurité sociale après de longue études dans son pays et en France.
Elle fait ses premiers pas en politique en tant que Ministre chargé de la Famille, de la Femme et de l’Enfant dans le gouvernement de Pascal Affi N'Guessan en octobre 2000.
Egalement écrivaine, elle soulève dans son roman “Pourquoi pas une femme ? “, publié en 2025, le débat autour des blocages qui se dressent contre l'ascension des femmes politiques ivoiriennes au poste suprême de la nation.
Elle est également connue comme militante pour la promotion des droits des femmes en Côte d'Ivoire. Ancienne candidate malheureuse lors des élections présidentielles de 2015, elle se présente donc pour une seconde fois. Au coeur de son programme électorale, Henriette évoque la paix, la réconciliation nationale la stabilité et le dialogue et la cohésion sociale pour un développement durable.
Un processus sous tension
C'est dans ce contexte de tension que les campagnes électorales pour ces élections présidentielles débutent le 10 octobre 2025 sur l'ensemble du pays. Tous les candidats validés par le conseil constitutionnel déploient leurs moyens pour séduire et convaincre la population ivoirienne avec leurs projets de société.
En parallèle, les candidats exclus du processus font appel à leurs militants pour manifester contre l'organisation de ces élections. Ils réclament en lieu un dialogue inclusif, comme l'explique ce reportage vidéo d’Africa News:
Malgré l'interdiction de manifester, les populations investissent massivement les rues d'Abidjan et d'autres villes du pays pour dénoncer un coup de force du régime en place. Ces manifestations se soldent souvent par des arrestations. Selon un article de Jeune Afrique, les autorités annoncent l'arrestation d'environ 700 manifestants. Parmi eux, une cinquante sont condamnés à trois ans de prisons pour des faits de “troubles à l’ordre public, attroupement et participation à une marche interdite”.
Le 17 octobre 2025, Sansan Kambilé, ministre ivoirien de la Justice indique la possibilité d'une restriction de la liberté de manifestation. Il dit:
(…) l’exercice du droit de manifester peut « faire l’objet de restrictions […] dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l’ordre public ». (…) les manifestations qui ont eu lieu depuis samedi « revêtent un caractère subversif » et sont « marquées par une violence incompatible avec les exigences de la loi ».
A quelques jours de la tenue des élections, les exclus du processus continuent de se mobiliser pour des contestations du processus électoral. Au total, plus de 8,7 millions d'électeurs sont appelés au urnes.
L'implication des femmes dans les affaires politiques permet aujourd'hui à toutes les femmes de rêver du fauteuil présidentiel en Côte d'Ivoire et sur le continent. Deux femmes africaines y sont arrivées: Samia Suluhu, présidente de la République de la Tanzanie depuis le 19 mars 2021 ; et Netumbo Nandi-Ndaitwah, présidente de la République de Namibie depuis le 21 mars 2025.
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La technologie en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise ; ce sont les humains qui l'instrumentalisent
Image de Liz Carrigan et Safa, avec des éléments visuels de Yiorgos Bagakis et La Loma, utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais]
Cet article a été écrit par Safa pour la série « Digitized Divides » et publié initialement sur tacticaltech.org. Une version modifiée est republiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat.
La technologie peut être utilisée pour aider les gens ou pour leur nuire, mais il ne s'agit pas nécessairement d'une situation binaire : elle peut être utilisée simultanément au profit d'une personne ou d'un groupe tout en portant nuisance à une autre personne ou un autre groupe.
Bien que certains puissent se demander si les avantages de l'utilisation de données personnelles pour mettre en œuvre des politiques et des actions à grande échelle l'emportent sur les préjudices, comparer les avantages et les préjudices dans cette approche équilibrée, binaire et à deux faces est une manière erronée de l'évaluer de manière critique, en particulier lorsque les préjudices incluent la violence contre les civils. Après tout, la souffrance humaine n'est jamais justifiée, et il n'y a pas de manière d'édulcorer les répercussions négatives en toute bonne foi. Le « both-sidesism » technologique (la tendance à présenter deux côtés comme équivalents) tente de déterminer la « bonté » ou les « bons points » de la technologie, ce qui est une diversion, car la technologie en elle-même n'est ni bonne ni mauvaise. Ce qui compte, ce sont les humains qui sont derrière elle, les propriétaires et les opérateurs derrière les machines. Selon les intentions et les objectifs de ces personnes, la technologie peut être utilisée à des fins très diverses.
Les États-Unis cherchent également des moyens d'utiliser des technologies de reconnaissance faciale, locales et importées, à la frontière américano-mexicaine pour suivre l'identité des enfants migrants, collectant des données qu'ils pourront utiliser au fil du temps. Eileen Guo du MIT Technology Review a écrit :« Le fait que cette technologie cible des personnes qui bénéficient de moins de protections de la vie privée que les citoyens américains s'inscrit dans la tendance plus large consistant à utiliser les populations des pays en développement, qu'il s'agisse de migrants à la frontière ou de civils dans des zones de guerre, pour aider à améliorer les nouvelles technologies. » En plus de la reconnaissance faciale, les États-Unis collectent également des échantillons d'ADN d'immigrants pour un registre de masse auprès du FBI.
En 2021, les entreprises américaines Google et Amazon ont signé conjointement un contrat exclusif d'un milliard de dollars avec le gouvernement israélien pour développer le « Projet Nimbus », destiné à faire progresser les technologies de détection faciale, de catégorisation automatisée d'images, de suivi d'objets et d'analyse des sentiments à des fins militaires — une initiative condamnée par des centaines d'employés de Google et d'Amazon au sein d'une coalition nommée No Tech for Apartheid.
L'armée israélienne a également des liens avec Microsoft pour des outils d'apprentissage automatique et du stockage sur le cloud. Ces exemples sont cités ici pour montrer le déséquilibre du pouvoir au sein des systèmes d'oppression plus larges qui sont à l'œuvre. Ces outils et ces liens commerciaux ne sont pas accessibles à tous les bénéficiaires potentiels ; il serait inconcevable que Google, Amazon et Microsoft signent ces mêmes contrats avec, par exemple, le Mouvement de la résistance islamique (Hamas).
Armes « intelligentes », matière à cauchemars
On attribue à l'ancien président américain Barack Obama la normalisation de l'utilisation de drones armés en dehors des champs de bataille. L'administration Obama qualifiait les frappes de drones de « chirurgicales » et « précises », allant parfois jusqu'à affirmer que leur usage n'avait entraîné « pas une seule mort collatérale », ce qui était manifestement faux. Depuis l'arrivée au pouvoir d'Obama en 2009, les frappes de drones sont devenues monnaie courante et leur utilisation s'est même étendue dans les actions internationales des États-Unis (sur les champs de bataille et en dehors) sous les administrations suivantes.
Les critiques affirment que l'usage de drones dans la guerre donne aux gouvernements le pouvoir « d'agir en tant que juge, juré et bourreau à des milliers de kilomètres de distance » et que les civils « souffrent de manière disproportionnée », ce qui constitue « une menace urgente pour le droit à la vie ». À titre d'exemple,BBC a décrit des drones russes comme « chassant » les civils ukrainiens.
En 2009, Human Rights Watch a publié un rapport sur l'utilisation par Israël des drones armés à Gaza. En 2021, Israël a commencé à déployer des « essaims de drones » à Gaza pour localiser et surveiller des cibles. En 2022, Omri Dor, commandant de la base aérienne de Palmachim, a déclaré : « L'ensemble de Gaza est “couvert” par des drones (véhicules aériens sans pilote) qui collectent des renseignements 24 heures sur 24. » À Gaza, la technologie des drones a joué un rôle majeur dans l'augmentation des dégâts et du nombre de cibles, y compris avec des drones hybrides comme le « Rooster » et les « Robodogs », capables de voler, de planer, de rouler et de grimper sur des terrains accidentés. Des véhicules mitrailleurs autonomes ont été utilisés pour remplacer les troupes au sol.
Smart Shooter, un système de tir assisté par IA dont le slogan est « un tir, une de touchée », se targue d'un haut degré de précision. Smart Shooter a été installé durant sa phase pilote en 2022 à un point de contrôle d'Hébron, où il est toujours actif jusqu'à aujourd'hui. Israël emploie également des missiles « intelligents », comme le SPICE 2000, qui a été utilisé en octobre 2024 pour bombarder un immeuble résidentiel de grande hauteur à Beyrouth.
Si les technologies basées sur l'IA réduisent la présence de troupes au sol et, par conséquent, les blessures et les pertes potentielles pour l'armée qui les déploie, elles augmentent considérablement les pertes parmi les populations ciblées. L'armée israélienne prétend que les systèmes basés sur l'IA « ont minimisé les dommages collatéraux et augmenté la précision du processus dirigé par l'homme », mais les résultats documentés racontent une tout autre histoire.
La documentation révèle qu'au moins 13 319 des Palestiniens tués étaient des bébés et des enfants âgés de 0 à 12 ans. Les rapports de l'ONU sur les victimes palestiniennes sont jugés conservateurs par les chercheurs, qui estiment que le bilan réel des victimes pourrait être le double, voire le triple. Selon un rapport : « Les soi-disant “systèmes intelligents” peuvent déterminer la cible, mais le bombardement est effectué avec des munitions “idiotes” non guidées et imprécises, car l'armée ne veut pas utiliser de bombes coûteuses sur ce qu'un officier du renseignement a décrit comme des “cibles poubelles”. » De plus, 92 % des unités de logement ont été détruites à Gaza, ainsi que 88 % des bâtiments scolaires, et 69 % de l'ensemble des structures de Gaza ont été détruites ou endommagées.
En 2024, des experts de l'ONU ont déploré [fr] l'utilisation d'Israël de l'IA pour commettre des crimes contre l'humanité à Gaza. Malgré toutes les informations susmentionnées, la même année, Israël a signé un traité mondial sur l'IA, élaboré par le Conseil de l'Europe pour la sauvegarde des droits de l'homme. Le fait qu'Israël ait tué un si grand nombre de Palestiniens à l'aide d'outils basés sur l'IA, connectés à des technologies de la vie quotidienne comme WhatsApp, est perçu par certains comme un signal d'alarme sur ce qui pourrait un jour leur arriver, mais est vu par d'autres comme un modèle pour systématiser efficacement la suprématie et le contrôle.
Cet article soutient que le problème ne réside pas seulement dans le manque de surveillance humaine des données et des outils d'IA ; en réalité, savoir qui collecte, possède, contrôle et interprète les données, et quels sont ses préjugés (qu'ils soient implicites ou explicites), est un élément clé pour comprendre les préjudices et abus réels et potentiels. De plus, se concentrer exclusivement sur la technologie dans le génocide commis par Israël à Gaza, ou dans toute autre guerre d'ailleurs, pourrait entraîner une erreur majeure : absoudre les auteurs de la responsabilité des crimes qu'ils commettent en utilisant cette technologie. En suraccentuant les outils, il peut devenir trop facile de redéfinir des abus intentionnels comme des erreurs commises par des machines.
Lorsqu'on examine l'utilisation de la technologie en géopolitique et en temps de guerre, la compréhension des structures de pouvoir est essentielle pour avoir une vision claire. Trouver la « bonté » dans des usages ultra-spécifiques de la technologie ne pèse pas lourd dans la tentative de compenser le « mal ».
Pour les êtres humains dont la vie est devenue plus difficile et les conditions plus désastreuses à la suite de la mise en œuvre de la technologie dans des logiques de domination, de guerre et des systèmes de suprématie, il n'y a pas grand-chose qui puisse être rationalisé en mieux. Et il en va de même pour d'autres entités qui utilisent leurs avantages (géopolitiques, technologiques ou autres) afin d'asseoir leur contrôle sur d'autres qui se trouvent dans des positions relativement plus désavantagées et vulnérables. Dissocier les applications utiles et nuisibles de la technologie revient à perdre de vue la situation dans son ensemble, non seulement sur la manière dont la technologie pourrait être utilisée un jour, mais aussi sur la manière dont elle est réellement utilisée en ce moment même.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251014_212923";}s:15:"20251014_205610";a:7:{s:5:"title";s:83:"La face cachée de nos écrans : entre mines artisanales et technologie « verte »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/14/298921/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298921";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 14 Oct 2025 18:56:10 +0000";s:11:"description";s:159:"« Il serait malhonnête de tenter de dissocier les violations des droits humains liées à la création des technologies de leurs impacts environnementaux. »";s:7:"content";s:16321:"
Lorsque l’on oppose le « naturel » à l’« artificiel », on part souvent du principe que la technologie relève de l’artificiel. Pourtant, les éléments et les matériaux qui la composent proviennent de la Terre et passent entre les mains de nombreuses personnes.
Mais qu’est-ce qui est vraiment « naturel », au fond ? « Il est impossible de parler d’un monde en transition vers les énergies vertes sans évoquer ces minerais », a déclaré en 2024 Kave Bulambo, humaniste, dirigeante et oratrice. « Lorsqu’on creuse un peu pour tenter de comprendre cette équation, on se rend compte que derrière le brillant mouvement des grandes entreprises technologiques se cache un monde d’exploitation, où des hommes, des femmes et même des enfants travaillent dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo. »
Il serait malhonnête de tenter de dissocier les violations des droits humains liées à la production des technologies de leurs impacts environnementaux. Siddarth Kara, chercheur spécialiste de l’esclavage moderne, a évoqué les conséquences environnementales de l’extraction du cobalt : « Des millions d’arbres ont été abattus, l’air autour des mines est saturé de poussière et de particules, et l’eau a été contaminée par les effluents toxiques issus du traitement minier. »
Le cobalt et l’énergie « verte »
Le cobalt est une pierre à la teinte bleue presque irréelle utilisée depuis des siècles dans les arts. Il est également devenu essentiel à la fabrication des batteries rechargeables, celles qui alimentent nos smartphones, ordinateurs portables, voitures électriques et bien plus encore. Le cobalt n’est qu’une des nombreuses ressources naturelles qui soutiennent la « révolution de l’énergie verte ». Pourtant, cette pierre précieuse s’avère toxique au contact et à l’inhalation, surtout à fortes doses.
D’importants gisements de cobalt ont été découverts en République démocratique du Congo (RDC), qui détient plus de 70 % des réserves mondiales. Pour comprendre les effets néfastes de l’exploitation du cobalt en RDC, il est essentiel de prendre en compte son histoire coloniale. L’exploitation continue des ressources du pays s’est poursuivie même après son indépendance officielle en 1960, laissant un héritage qui façonne encore aujourd’hui son secteur minier. Kolwezi, une ville de la RDC, fut construite par la Belgique selon un système de ségrégation urbaine de type apartheid et compte désormais de nombreuses mines à ciel ouvert situées en son centre et à ses alentours.
En République démocratique du Congo, l’exploitation du cobalt implique à la fois des entreprises multinationales titulaires de concessions et des mineurs artisanaux, bien que les mines industrielles dominent désormais la région. L’exploitation artisanale et à petite échelle (ASM) reste toutefois très répandue : des milliers de mineurs informels travaillent dans des conditions dangereuses pour extraire le cobalt à la main. Kara décrit la situation de ces soi-disant « mineurs artisanaux », parmi lesquels se trouvent aussi des enfants, en ces termes : « À la base de la chaîne d’approvisionnement, là d’où provient presque tout le cobalt du monde, c’est un véritable cauchemar. »
Que vous évoque le mot « artisanal » ? Probablement pas des travailleurs informels creusant dans des conditions dangereuses, souvent toxiques, gagnant à peine de quoi faire vivre leur famille ou travaillant en petits groupes pour extraire des minerais destinés à la vente. Le terme « artisanal » renvoie à une production à petite échelle et faite à la main, ce qui, en un sens, correspond au travail des « mineurs artisanaux ». Mais ce mot évoque plutôt l’image d’un marché local, d’un fromage ou d’un savon traditionnel fait main — et non celle d’enfants et d’adultes contraints de sortir à mains nues des pierres toxiques du sol, parfois sous la menace des armes.
Le terme découle en partie du caractère peu technologique de cette activité, puisqu’elle consiste pour des individus à exploiter des gisements jugés non rentables, dangereux ou inadaptés aux grandes compagnies minières. Pourtant, l’exploitation artisanale est loin d’être marginale : plus de 100 millions de personnes dans le monde y participent directement ou dépendent des revenus qu’elle génère. Bien qu’elle puisse sembler plus vertueuse que l’exploitation industrielle, un secteur tristement célèbre pour ses violations des droits humains, l’exploitation artisanale souffre souvent d’un manque total de mesures de protection environnementales et sociales, ainsi que de garanties pour les droits des femmes et des enfants.
Cette forme d’exploitation minière est courante à Kolwezi, notamment dans les zones où les habitants ont été déplacés par de grands projets miniers. Malgré les tentatives de formalisation du secteur, l’exploitation informelle persiste. Des témoignages rapportent que les « Creuseurs » (comme on les appelle localement) continuent de creuser sous leurs maisons ou sur de nouveaux « sites illégaux » situés en dehors des concessions minières officielles. Comme l’a expliqué un mineur, Edmond Kalenga : « Les minerais sont comme un serpent qui traverse le village. Il suffit de suivre le serpent. »
Le « cobalt de sang »
Un rapport d’Amnesty International publié en 2022 a présenté plusieurs études de cas documentant des violations des droits humains sur trois sites. Grâce à des preuves documentaires, des images satellites et des entretiens avec d’anciens habitants, l’organisation a établi que des populations avaient été expulsées de force de leurs foyers, au nom de l’exploitation minière liée à la transition énergétique. Ces expulsions forcées constituent une violation fondamentale des droits humains : elles entraînent la perte des moyens de subsistance, mais aussi celle d’autres droits essentiels tels que l’accès aux services de base, notamment la santé et l’éducation. Elles ont été menées dans le cadre des efforts du gouvernement congolais pour formaliser le secteur minier, en collaboration avec les entreprises minières. Les habitants vivant à proximité de mines polluées sont exposés à de graves risques sanitaires. La région minière de la RDC figure parmi les dix zones les plus polluées au monde. Des recherches ont mis en évidence une corrélation entre l’exposition à des métaux lourds tels que le cobalt et certaines malformations congénitales ; des enfants y ont d’ailleurs été retrouvés avec une concentration élevée de cobalt dans leurs urines.
En plus des violations des droits humains déjà évoquées, les innombrables coûts environnementaux et sanitaires sont profondément liés entre eux : perte de biodiversité, pollution de l’air, des sols et de l’eau, sans oublier les conséquences socio-économiques telles que la précarité de l’emploi, la violence et la perte des moyens de subsistance. Ces impacts entraînent à leur tour d’autres problèmes, notamment les déplacements forcés, les violences fondées sur le genre et l’érosion des savoirs culturels. Les diamants ne sont pas les seuls « minerais de conflit » : comme on peut le constater, le cobalt fait partie de ces nombreuses ressources extraites par des moyens dégradants, aux conséquences dévastatrices.
Les entreprises qui produisent des batteries au lithium, comme Tesla, répondent parfois aux appels publics en faveur d’une plus grande transparence de leur chaîne d’approvisionnement. Cependant, à mesure que la demande de cobalt augmente, les acteurs de la fabrication de batteries doivent accorder une attention accrue aux questions éthiques et aux droits humains tout au long de cette chaîne. Alphabet (la maison mère de Google), Apple, Dell, Microsoft et Tesla ont toutes été accusées d’avoir acheté du cobalt extrait par le biais du travail forcé, tout en dissimulant délibérément leur dépendance au travail des enfants y compris ceux vivant dans une pauvreté extrême.
Bien que la justice américaine ait estimé que les entreprises achetant auprès de fournisseurs n’étaient pas responsables des pratiques de ces derniers, de nouveaux soupçons ont déjà été formulés à l’encontre d’Apple. « C’est l’un des grands paradoxes de l’ère numérique : certaines des entreprises les plus riches et les plus innovantes du monde parviennent à commercialiser des appareils d’une sophistication incroyable sans être tenues de démontrer l’origine des matières premières entrant dans leur fabrication », a déclaré Emmanuel Umpula, directeur exécutif d’Afrewatch (Africa Resources Watch).
Le Parlement européen a adopté une loi obligeant les grandes entreprises à mener des contrôles de diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement ; une avancée importante vers la responsabilisation des sociétés pour les violations commises par leurs fournisseurs. Cependant, les chaînes d’approvisionnement ne sont pas toujours des narrateurs fiables. Dans le cas du cobalt, les fournisseurs peuvent mélanger dans les raffineries le cobalt extrait par des enfants avec celui issu de filières « sans travail des enfants », rendant la traçabilité difficile, voire impossible. De plus, l’absence de travail des enfants ne signifie pas nécessairement que le cobalt est exempt d’exploitation humaine ou de conditions de travail dégradantes. Pour une analyse plus approfondie sur la diligence raisonnable et la responsabilité dans le secteur minier de la RDC, le Carter Center formule plusieurs recommandations clés.
Notre consommation d’énergie ne cessera d’augmenter avec le développement de technologies comme ChatGPT, les cryptomonnaies ou encore l’Internet à très haut débit. Un chercheur a montré que générer une seule image à l’aide d’une intelligence artificielle consomme autant d’énergie que de recharger un smartphone. Un rapport de Goldman Sachs, société d’investissement multinationale, a révélé qu’une recherche alimentée par l’IA utilise dix fois plus d’électricité qu’une recherche classique. Google et Microsoft ont eux-mêmes reconnu que leurs émissions de carbone avaient augmenté en raison de l’intelligence artificielle. Alors que la pénurie d’eau et de nourriture constitue déjà une menace bien réelle et que le climat se réchauffe toujours davantage, combien de temps notre planète pourra-t-elle encore soutenir de tels systèmes ? En portant enfin un regard critique sur la nature qui alimente nos écrans, nous pourrions découvrir les effets toxiques qu’elle fait peser sur les êtres humains et sur la Terre.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251014_205610";}s:15:"20251014_112850";a:7:{s:5:"title";s:99:"Washington sanctionne Ouagadougou qui refuse l'accueil de migrants illégaux venant des États-Unis";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/14/298909/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298909";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 14 Oct 2025 09:28:50 +0000";s:11:"description";s:168:"Suite à un refus de Ouagadougou d'accueillir les migrants expulsés par les Etats-Unis, Washington décide de renvoyer les Burkinabé demandeurs de visas vers le Togo.";s:7:"content";s:13116:"
De nombreux pays du Sahel rejettent l'influence occidentale
En image, à gauche, Donald Trump (Président des Etats-Unis) et à droite, Ibrahim Traoré (Président du Burkina-Faso) ; capture d'écrande de la chaîne YouTube Smr Foot
Suite à un refus de Ouagadougou d'accueillir les migrants expulsés par les Etats-Unis, Washington décide de renvoyer les Burkinabé demandeurs de visas vers le Togo.
Sur le continent africain, plusieurs pays ont accepté de servir de point d'accueil pour les personnes expulsées: le Rwanda, l'Eswatini, le Ghana et le Soudan du Sud ont signé avec Washington des accords d'expulsion. L'administration Trump continue de multiplier ses tentatives pour élargir cette liste de pays, et semble dans ce cadre s'intéresser au Burkina Faso.
En effet, ce pays a insturé, depuis 11 septembre 2025, une politique de gratuité de visa pour tous ressortissants africains désireux de s'y rendre. En effet, cette gratuité des visas vise à contribuer à promouvoir le tourisme, la culture burkinabè et à améliorer la visibilité du Burkina Faso à l’étranger.
Come l’explique Mahamadou Sana, ministre burkinabé de la Sécurité et Commissaire divisionnaire de Police, cette politique n'est en aucun cas une porte ouverte aux déportations:
(…) la gratuité n’est pas l’exemption. Quand on parle de gratuité, cela veut dire que les demandes sont toujours formulées en ligne, font l’objet d’un examen et, si la demande est acceptée, alors tout ressortissant africain qui passe par ce canal obtiendra gratuitement ce visa pour venir au Burkina Faso.
Non aux déportations venant des États-Unis
Voulant probablement profiter de ce créneau pour faire du Burkina-Faso une nouvelle terre de déportation, l'administration Trump avait formulé, selon Karamoko Jean-Marie Traoré, Ministre des affaires étrangères burkinabé, une demande qui n'est pas du goût des autorités de Ouagadougou. Le 9 octobre 2025, Karamoko Jean-Marie Traoré, cité par le journal Le Monde déclare à la télévision nationale :
La question était de voir si le Burkina Faso, en dehors de nos propres ressortissants, était prêt à recevoir d’autres personnes qui seraient expulsées par les Etats-unis.
Karamoko Jean-Marie Traoré annonce que son pays refuse cette proposition américaine. Il ajoute :
Naturellement, cette proposition que nous avions jugée en son temps indécente est totalement contraire à la valeur de dignité qui fait partie de l’essence même de la vision du capitaine Ibrahim Traoré.
Face à la position inflexible des autorités burkinabé, l'ambassade états-unienne annonce la suspension temporaire des services de délivrance régulière de visas pour la plupart des Burkinabè, renvoyant ainsi toutes les demandes vers le Togo voisin. Désormais, tout demandeur doit faire le déplacement à Lomé, la capitale togolaise. Karamoko Jean Marie Traoré explique :
Cette décision ferait suite à une note verbale américaine évoquant un non-respect des consignes d’usage des visas par certains ressortissants du Burkina Faso « S’agit-il d’une mesure de pression ? D’un chantage ? Dans tous les cas, le Burkina Faso est une terre de dignité, une destination et non pas une terre de déportation.
La décision prend de court les Burkinabé qui ne s'attendaient pas à une telle mesure d'autant plus que leur pays entretenait de bonnes relations avec Washington avant l'annonce de cette décision.
Reconfiguration diplomatique?
La politique de Donald Trump sur le continent connaît de profonds changements: des suspensions de partenariats à l'instar de la “Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique”- African Growth and Opportunity Act (AGOA) ainsi que la fermeture d'ambassades dans certains sur le continent.Cette nouvelle orientation diplomatique risque de causer un refroidissement sur les relations qu'entretiennent les deux pays dans les mois à venir.
Dans ce contexte, il semble que Washington risque de perdre encore plus de potentiels alliés. Ainsi, tout en réitérant que le Burkina-Faso reste en bonnes relations avec tous les États qui le respectent, Karamoko Jean-Marie Traoré souligne que le Burkina-Faso prendra des mesures en conséquence :
Naturellement, la mesure qui a été prise ne saurait nous laisser indifférents. En diplomatie, on parle de réciprocité. Nous prendrons les mesures qu’il faut, à la limite des mesures qui ont été prises par les autorités américaines, sans pour autant compromettre l’amitié, la solidarité, la fraternité entre les peuples du Burkina Faso et les peuples américains.
La fermeté des autorités burkinabés à cet égard est un signal fort, à tous les pays occidentaux, qui indique une volonté renouvelée de maintenir la souveraineté nationale assurée depuis la prise de pouvoir, le 30 septembre 2022 par le régime militaire d’Ibrahim Traoré.
En effet, les derniers coups d'Etats qui ont survenus dans les pays du Sahel central : Burkina-Faso (septembre 2022), Mali (mai 2021) et Niger (juillet 2023) ont remodelé la composition politique de ces pays réunis aujourd'hui au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), et menés par des régimes militaires qui ont affiché leur envi de se dégager de l'emprise occidentale.
Le Burkina-Faso n'est pas le premier pays à refuser la proposition d'accueillir des ressortissants illégaux venant des États-Unis. En juillet 2025, lors d'une visite à Washington, Yusuf Tuggar, Ministre des Affaires étrangères du Nigeria indique à BBC Afrique :
Le Nigeria ne cédera pas aux pressions de l'administration Trump pour accepter des déportés vénézuéliens ou des prisonniers de pays tiers en provenance des États-Unis. (…) Il sera difficile pour un pays comme le Nigeria d'accepter des prisonniers vénézuéliens sur son territoire. Nous avons suffisamment de problèmes propres, nous ne pouvons pas accepter de déportés vénézuéliens au Nigeria, pour l'amour du ciel.
Cet article de la BBC Afrique mentionne que selon des informations du Wall Street Journal, d'autres pays africains seraient sur la liste de Donald Trump pour servir de terre de déportation. Le dirigeant américain serait en train de pousser les présidents du Liberia, du Sénégal, de la Mauritanie, du Gabon et de la Guinée-Bissau pour l'obtention dudit accord.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251014_112850";}s:15:"20251013_191758";a:7:{s:5:"title";s:108:"La mendicité infantile au Sahel, symbole de la précarité de sociétés faisant face à de multiple crises";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/13/298895/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298895";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 13 Oct 2025 17:17:58 +0000";s:11:"description";s:199:"Dans les grandes villes des pays du Sahel central: Niamey, Bamako et Ouagadougou, un phénomène anormal devenu une réalité quotidienne se déroule aux yeux de tous : la mendicité des enfants.";s:7:"content";s:13520:"
La pauvreté est aggravée par des défis sécuritaires et climatiques
Photo d’enfants talibés. Image de Soumaila Aya, utilisée avec autorisation.
Dans les grandes villes des pays du Sahel central comme Niamey (Niger), Bamako (Mali) et Ouagadougou (Burkina-Faso), un phénomène alarmant se transforme en réalité quotidienne: la mendicité des enfants.
Souvent vêtus de haillons, un bol à la main, ces enfants ne sont pas seulement un spectacle de rue. Ils sont le visage le plus visible d'un phénomène social profond, mal géré ou ignoré par les politiques mais normalisé par la population. Cette situation reflète les failles du système socio-politique des pays de la région du Sahel central où le taux de pauvreté est élevé: selon les données nationales les plus récentes, environ 43% de la population du Burkina Faso vit sous le seuil de pauvreté en 2021, 45,5% au Mali et 47,4% en 2023 pour le Niger. Ces chiffres soulignent la persistance d'une pauvreté aggravée par des défis sécuritaires et climatiques dans cette région.
Dans ces trois pays du Sahel, l'islam est la religion majoritaire pratiquée par les populations: plus de 60% au Burkina-Faso, plus de 95% au Mali, 99% au Niger.
Un enfant talibé est un enfant confié par ses parents à un maître coranique pour recevoir une éducation religieuse musulmane. Les États n'ont aucun contrôle sur ces écoles coraniques.
Dans de nombreux cas, les enfants censés recevoir une éducation coranique sont souvent exploités et transformés en sources de revenus au détriment de la vocation spirituelle initiale.
Ce phénomène reflète une violation flagrante des droits de l’enfant en les privant de leur droit fondamental à l’éducation, à la protection et à une enfance épanouie. Un jeune enfant talibé témoigne à Global Voices:
Chaque jour, mon maître m’envoie mendier dans les rues de San (ville située au centre du Mali à 422 Km de Bamako) et, si je ne rapporte pas la somme demandée, je suis menacé ou battu. Je marche longtemps, souvent pieds nus et sans manger, avec la peur de rentrer les mains vides. Je ne vais pas à l’école, même si je rêve d’apprendre à lire et écrire pour devenir fonctionnaire. Ce qui me rend le plus triste, c’est la faim, la violence et le mépris des passants, mais parfois un sourire, un morceau de pain ou un moment de jeu me redonnent un peu de joie.
Une vulnérabilité exacerbée par un appareil étatique souvent absent
Le Sahel subit depuis des années une confluence de facteurs qui poussent les familles à l'extrême précarité. La mendicité infantile y trouve un terrain fertile, nourrie par une combinaison de facteurs économiques, sociaux et familiaux selon le rapport SOS enfance en péril au Sahel (2023) de L'UNICEF. L’absence ou la perte de soutien familial, due aux conflits ou aux déplacements forcés, oblige de nombreux enfants, livrés à eux-mêmes, à chercher seuls leurs moyens de subsistance.
Des initiatives citoyennes émergent, comme au Burkina Faso où l’association Suudu Baaba, par exemple vise à améliorer la qualité de vie des enfants à travers des actions durables au niveau communautaire. Au Mali, l'association Samusocial offre un soutien psychosocial et médical. Des campagnes de sensibilisation et des campagnes numériques tentent de briser le silence et d'attirer l'attention des autorités.
Dans ce domaine, les actions des gouvernements de la région restent largement insuffisantes. Au Niger, par exemple, les autorités ont interdit la mendicité des enfants dans la capitale Niamey. Une mesure certes saluée mais difficile à appliquer face à l’ampleur du phénomène et au manque de solutions alternatives pour les familles et les écoles coraniques. Le sujet est souvent relégué au second plan, perçu comme culturellement sensible ou politiquement non prioritaire. Un rapport de l'ONG Save the Children confirme que des milliers d'enfants dans la rue de ces pays sont souvent enrôlés par les groupes armés, Le rapport indique à la page 9 :
Dans ces pays, où 60% à 90% de la population est musulmane, le discours religieux y est utilisé comme un moyen efficace de ralliement des adolescents. Ce discours idéalise le rôle du combattant en mettant en exergue des promesses soit pour le bonheur ici-bas soit pour une récompense dans l’au-delà.
Les enfants mendiants sont confrontés à des conditions de vie difficiles qui compromettent leur développement. Gédéon Sangare, entrepreneur malien dans le bâtiment, interviewé par Global Voices, témoigne:
Je croise des dizaines d’enfants livrés à eux-mêmes dans les rues. Ils mendient pour survivre, mais derrière cette réalité se cache une violence silencieuse : beaucoup sont exploités et battus. Ce qui est inadmissible, c’est le silence des autorités face à ce drame. La mendicité infantile est trop souvent considérée comme une fatalité culturelle, alors qu’elle représente une véritable urgence sociale et sécuritaire. Certains anciens talibés devenus ouvriers racontent qu’ils n’ont appris aucun métier qui puisse leur garantir un avenir digne à l’âge adulte.
Une génération en danger
La banalisation de la mendicité infantile constitue une bombe à retardement pour l’avenir du Sahel. Cette génération, privée d’opportunités, risque de considérer la pauvreté et la survie par la mendicité comme une destinée normale. Cela menace non seulement leur développement personnel, mais aussi la stabilité sociale et économique de toute la région. Au Niger, l'association nigérienne pour le traitement de la délinquance et de la prévention du crime indique dans son rapport de mars 2020 que l’exploitation des talibés dépasse le cadre local, et doit donc être comprise comme un phénomène régional. Ledit rapport présente à la page 5 :
Les logiques de trafic et d’exploitation des talibés s’inscrivent dans des dynamiques migratoires locales et régionales (pays limitrophes mais aussi du plus large bassin Sahélien et de l’Afrique Centrale), et doivent donc être analysées en vue de ces interactions.
Alassane Maiga, spécialiste protection, cohésion sociale et résilience communautaire et membre de la société civile malienne, déclare à Global Voices que:
La mendicité infantile au Sahel s’inscrit souvent dans un contexte religieux où les enfants (Talibés) confiés à des maîtres coraniques mendient sous prétexte de se forger une résilience spirituelle. Toutefois, cette apparence masque la précarité profonde des familles, dont la pauvreté pousse les enfants à mendier pour survivre.
Face à l'ampleur du problème, il est urgent que les gouvernements s'associent à la société civile et aux organisations internationales pour harmoniser les efforts. En effet, plus le nombre d'enfants qui n'ont pas accès à un système éducatif professionnel augmente, il y a plus de risques de dérive vers la délinquance et les groupes armés non étatiques qui menacent la stabilité même du Sahel.
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La liberté d'expression au Togo est extrêmement limitée.
Centre administratif des Services économiques et financiers, situé à Lomé, capitale du Togo. Image de Jean Sovon, utilisée avec permission
Au Togo, les autorités réitèrent leur désir de contrôler le discours en ligne pour restreindre l'usage des réseaux sociaux dans un contexte de confrontation politique intense dans ce pays de plus de 9,5 millions d'habitants.
Début juin 2025, des manifestations éclatent dans le pays face à un régime qui se maintient au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle. L'internet et les plateformes de messageries jouent un grand rôle dans cette mobilisation déclenchée par les Togolais de la diaspora. Facebook, YouTube, WhatsApp, Instagram, TikTok, Snapchat, X – toutes ces plateformes numériques sont le lieu où se retrouvent les citoyens togolais vivant à l'étranger et ceux qui sont au Togo pour exprimer leur frustration par rapport au régime de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.
Depuis juin, l'internet connaît des perturbations régulières et de nombreux médias en ligne ne fonctionnent plus, ou ne sont plus accessibles sur le territoire togolais, sauf si les citoyens font usage d'un Virtual private network (VPN).
Fin septembre, alors que les perturbations cessent, une autre surprise attend les internautes togolais: un embargo est imposé sur les différents canaux de diffusions de messages des cyberactivistes.
Ainsi, le 3 octobre 2025, lors d'une conférence presse, Talaka Mawana, procureur de la République annonce la décision des autorités de renforcer la lutte contre l’utilisation abusive des réseaux sociaux. Il dit :
« Quiconque produira, reproduira, diffusera, publiera, partagera à travers une plateforme numérique, un fait qui sort du cadre légal en vigueur, sera l’objet de poursuites pénales sans compromis et sans complaisance.
Le procureur va plus loin en indexant également les internautes qui cliquent pour ‘liker’ ou pour placer des commentaires, approuvant ou validant tel contenu:
Il en sera de même pour quiconque publiera un commentaire validant une publication illicite. La complicité par approbation expose également à des poursuites, car la loi nous impose à tous de dénoncer tout crime ou délit dont nous avons connaissance »,
Talaka Mawana évoque ensuite un cadre légal existant avec des textes et des lois applicables en cas du non respect des nouveaux principes établies par les autorités:
Lorsque dans l’utilisation de ces plateformes numériques, l’on en vient à commettre des faits qualifiables d’infractions, le cadre légal togolais permet d’y apporter une réponse appropriée. Ce cadre légal est donc principalement constitué de textes de loi que sont: le nouveau code pénal, le code de l’enfant, la loi sur la cybersécurité et la cybercriminalité, le code de la presse et de la communication, la loi relative à la protection des données à caractère personnel. Ces différents textes prévoient des agissements pouvant être qualifiés d’infractions.
Dans la fièvre de ce rappel à l'ordre de l'autorité judiciaire, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), organe de régulation des médias souligne que l'avertissement du procureur de la République est également destiné aux professionnels des médias. Le communiqué publié ce 7 octobre note :
…Ils (les professionnels de médias) doivent notamment veiller à la vérification rigoureuse des faits par un recoupement professionnel de l’information avant toute publication ou diffusion; la vérification des informations véhiculées par les réseaux sociaux s’ils veulent les exploiter comme sources d’information: la préservation de la dignité et de l’honneur des citoyens ainsi que de l’ordre public dans le traitement de l’information. Ils doivent en outre proscrire: l’atteinte à la vie privée et à l’image d’autrui; l’incitation à la haine raciale, ethnique, religieuse, l’apologie des crimes ou du terrorisme: la diffusion des propos injurieux ou outrageants ou du secret de défense.
Coup de massue régional sur la liberté d'expression
Les rapports 2024 et 2025 de Freedom House confirment que la liberté d'expression au Togo est extrêmement limitée. Suite aux manifestations récentes et à la repression, ce droit est encore plus menacé. Cet état de fait projette le pays dans une zone où la liberté d'expression risque de disparaitre, comme le souligne le titre de cet article du média local IciLomé – Au Togo, la liberté après l’expression n’existe plus.
Le Togo n'est pas le seul pays dans cette situation. En juillet 2025, la justice ivoirienne hausse le ton face aux internautes qui font usage des réseaux sociaux pour discréditer, diffamer et injurier non seulement leurs concitoyens mais aussi les autorités du pays. Le premier qui subit cette loi est Topkah Jean Japhet, infirmier diplômé d’État âgé de 43 ans. Sous une publication officielle de Alassane Dramane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire, Topkah Jean Japhet écrit ce commentaire :
Si la mère du président l’avait avorté, elle aurait rendu un grand service à l’Afrique.
Le 18 juillet 2025, Topkah Jean Japhet est condamné à trois ans de prison ferme et à une amende de 5 millions de FCFA (8 887 dollars américains), même après avoir présenté des excuses publiques. Koné Braman, procureur de la République de Côte d'Ivoire soutient que la tolérance est désormais révolue en matière de dérives en ligne. Il notifie :
Ni le repentir, du reste toujours tardif, ni la demande de pardon n’ont un effet sur la réalité des infractions, et ne sauraient, en conséquence, soustraire leurs auteurs de la rigueur de la loi.
De vives inquiétudes chez les internautes
Le durcissement du ton des autorités togolaises est vécu comme une nouvelle forme de censure par les acteurs de la société civile togolaise.
Comme en témoigne Emmanuel Elolo Agbenonwossi, Président du Chapitre Togolais d'Internet Society (branche togolaise de l'organisation mondiale qui milite pour un accès sans restriction de l'internet dans le monde). Interviewé par Africa24, il craint que ces déclarations occasionnent la multiplication des faux comptes:
Aujourd’hui, une approche purement punitive ne ferait qu’accentuer la défiance des citoyens et multiplier les faux comptes sur les réseaux sociaux. Et nous devons, chacun dans son rôle, faire œuvre de pédagogie plutôt, renforcer la formation des citoyens.
Etant donné le taux de pénétration de l'internet au Togo plus de 66,56%, le nombre important d'utilisateurs mobiles, et le besoin essentiel de communiquer sur les plateformes numériques, il est en effet peu probable que les internautes togolais réduisent leurs activités en ligne.
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Décoloniser les esprits commence par reconnaître la relation coloniale entre la Chine et le Turkestan oriental
La situation des Ouïghours, peuple turcophone d'Asie Centrale vivant en Chine, est longtemps restée inconnue du grand public international, mais la reconnaissance du génocide ouïghour par plusieurs pays depuis 2020 a changé le regard porté sur cette region que les Ouïgours appellent le Turkestan oriental, et que Pékin nomme le Xinjiang.
Aujourd'hui, une des missions de la diaspora ouïghoure en Europe est de maintenir l'attention du public et des médias sur les violations des droits humains à l'encontre des Ouïghours, y compris dans les pays d'accueil des réfugiés qui parfois collaborent avec les autorités chinoises pour renvoyer les membres de la communauté en Chine où ils sont immédiatement emprisonnés. Le dernier exemple en date est le renvoi en Chine d'une quarantaine d'Ouïghours par la Thaïlande en février 2025.
Afin de comprendre les défis qui se posent à la diaspora ouïghoure, particulièrement en Europe, Global Voices a rencontré Dilnur Reyhan, sociologue ouïghoure qui vit en Europe, et est en ce moment chercheuse à l'Institut oriental de l'Académie des sciences tchèque. Elle est également la fondatrice et présidente de l'Institut ouïghour d'Europe. Suite à une rencontre à Prague, Global Voices a réalise l'interview par email.
Dilnur Reyhan, photo utilisée avec permission.
Filip Noubel (FN) Grâce à vos efforts et à ceux d'autres, le génocide ouïghour a été reconnu dans plusieurs pays européens dès 2021. Vous marquez aujourd'hui une nouvelle étape importante : l'ouverture de l'Institut ouïghour d'Europe à Paris. Pourquoi est-ce un moment clé?
Dilnur Reyhan (DR): The European Uyghur Institute was founded in early 2019 as a replacement of the Uyghur Student Association in France (Oghouz) that we founded in 2009. I have dreamed of having a building, a place, an Uyghur school for our children, an Uyghur center in Paris for all this time. We are an NGO operating almost entirely through volunteers and donations. Renting a building for our community at the heart of Paris is like a mission impossible. This is why this project has always seemed like an impossible dream to many people. Exactly like the campaign for recognition of the Uyghur Genocide by the French Parliament, no body believed in our succes when we launched it, but finally we did it. For both projects, we started with a dream without having the means to achieve them other than iron will and indestructible resilience.
Dilnur Reyhan (DR): L‘Institut ouïghour d'Europe a été fondé début 2019 pour remplacer l'Association des étudiants ouïghours de France (Oghouz) que nous avons fondée en 2009. Depuis toujours, je rêve d'avoir un bâtiment, un lieu, une école ouïghoure pour nos enfants, un centre ouïghour à Paris. Nous sommes une ONG fonctionnant presque entièrement grâce au bénévolat et aux dons. Louer un bâtiment pour notre communauté au cœur de Paris semblait être une mission impossible. C'est pourquoi pour beaucoup de gens, ce projet a toujours ressemblé à un rêve inaccessible. Tout comme la campagne pour la reconnaissance du génocide ouïghour par le Parlement français, personne ne croyait en notre succès lorsque nous l'avons lancée, mais finalement nous l'avons fait. Pour les deux projets, nous sommes partis d'un rêve, sans avoir les moyens de le réaliser si ce n'est une volonté de fer, et une résilience indestructible.
FN: La décolonisation est un processus douloureux mais nécessaire qui touche également les peuples colonisés. La communauté ouïghoure en exil est-elle touchée par les questions de décolonisation, de remise en question du patriarcat et de la culture du silence ?
DR: People and nations who have suffered under long term colonial domination develop certain forms of collective traits, like the loss of confidence in one's community and in one's collective future, survival strategies and withdrawing into oneself, fear of participating in initiatives linked to one's community or initiatives perceived as ‘suspect’ by the colonial power, a permanent mistrust… Plus, China's transnational repression against Uyghur diaspora is very widespread and harsh, reinforcing the mistrust and fear among the diaspora members. This culture of fear forges a culture of silence. In this context, it is incredibly difficult to mobilize the diaspora collectively for a common project. Living during 75 years under settler colonial politics of CCP and under the classical colonialism of the Manchu and the Chinese even before, forged a particular patriarchal norm of Uyghur institutions.
DR: Les peuples et les nations qui ont connu une longue domination coloniale développent certains traits collectifs, comme la perte de confiance dans sa communauté et dans son avenir collectif, le réflexe de survie et le repli sur soi, la peur de participer à des initiatives liées à sa communauté ou perçues comme suspectes par la puissance coloniale, la méfiance permanente. De plus, la Chine mène une politique dure et intensive de répression transnationale contre la diaspora ouïghoure, ce qui renforce la méfiance et la peur parmi les membres de la diaspora. La culture de la peur a forgé une culture du silence. Dans ce contexte, il est très difficile de mobiliser collectivement la diaspora pour un projet commun. Le fait de vivre pendant 75 ans dans une politique coloniale de peuplement sous la coupe du Parti communiste chinois, et ceci après une longue période de colonialisme classique dans l'Empire chinois et sous une dynastie mandchoue a forgé une norme patriarcale particulière aux institutions ouïghoures.
FN: Qu’en est-il de la décolonisation du récit chinois sur les Ouïghours, y compris au sein de la diaspora chinoise ?
DR: The colonial nature of the Sino-Uyghur relationship is not very known to the Chinese public, even among the Chinese diaspora. So far, while much of the Chinese diaspora has remained silent at best since the start of the Uyghur genocide, Chinese dissidence has spoken out against the atrocities of communist policy and does not acknowledge the colonial relationship, deliberately reducing it to a question of simply human rights and ‘minority rights.’ Reducing a people to the status of a ‘minority’ is a way of validating and legitimizing colonization. However, to solve the underlying problem, we must address its root cause, which is Chinese colonialism in Uyghur lands. Decolonizing minds begins with recognizing the colonial relationship between China and East Turkestan.
At the European Uyghur Institute, the work of decolonizing minds is aimed not only at the Chinese-speaking public but also at the Uyghur diaspora. To this end, we are currently developing a multilingual web media project, particularly in Chinese, aimed at young progressives in the Chinese diaspora, alongside broadcasts in Uyghur, English, and French.
DR: La nature coloniale des relations sino-ouïghoures est méconnue du public chinois, y compris de la diaspora chinoise. Jusqu'à présent, une grande partie de la diaspora chinoise est restée, au mieux, silencieuse depuis le début du génocide ouïghour. La dissidence chinoise a dénoncé les atrocités de la politique communiste mais ne reconnaît pas la relation coloniale, la réduisant délibérément à une simple question de droits humains et de « droits des minorités ». Réduire un peuple au statut de « minorité » est une façon de valider et de légitimer la colonisation.
Pour résoudre le problème qui sous-tend ce discours, nous devons nous attaquer à sa cause profonde, à savoir le colonialisme chinois en terres ouïghoures. Décoloniser les esprits commence par reconnaître la relation coloniale entre la Chine et le Turkestan oriental. À l'Institut ouïghour d'Europe, le travail de décolonisation des esprits s'adresse non seulement au public sinophone, mais aussi à la diaspora ouïghoure. À cette fin, nous développons actuellement un projet de média web multilingue, notamment en chinois, destiné aux jeunes progressistes de la diaspora chinoise, parallèlement à des émissions en ouïghour, en anglais et en français.
FN : Vous travaillez également avec les jeunes Ouïghours en exil. Quels sont leurs principaux défis et comment décririez-vous leur identité ?
DR: The younger generation that grew up in the diaspora gives us a lot of hope. They are progressive, feminist, and humanist youth. They want to learn about Uyghur history, they are fluent in several languages besides the language of their respective countries, are studying in various fields, and are connected to the youth of their countries and their times. They want to be able to connect diaspora activism with the institutions of their countries, especially in the West; they are much more innovative and competent.
In 2024, the European Uyghur Institute organized the first-ever International Secular Uyghur Youth Congress, bringing together around a hundred young Uyghurs from around the world in Paris for a week to discuss topics like colonialism, feminism, antiracism, and artivism. Since then, these young people have organized several similar gatherings on a smaller scale, trying to innovate new ways of activism within the diaspora. They are also much more sensitive to the colonial question and decolonization.
DR: La jeune génération issue de la diaspora nous donne beaucoup d’espoir. Ce sont des jeunes progressistes, féministes et humanistes. Ils souhaitent en savoir plus sur l’histoire ouïghoure, parlent couramment plusieurs langues en plus de celle de leur pays respectifs, étudient dans divers domaines et sont en contact avec la jeunesse de leur pays et de leur temps. Ils souhaitent pouvoir relier le militantisme de la diaspora aux institutions de leur pays, surtout dans les pays occidentaux ; ils sont beaucoup très innovants et compétents.
En 2024, l’Institut ouïghour européen a organisé le tout premier Congrès international de la jeunesse laïque ouïghoure, réunissant une centaine de jeunes Ouïghours du monde entier à Paris pendant une semaine pour débattre des thèmes du colonialisme, du féminisme, de l’antiracisme et de l’artivisme. Depuis, ces jeunes ont organisé plusieurs évènements similaires à plus petite échelle, et cherchent à innover en créant de nouvelles formes de militantisme au sein de la diaspora. Ils sont également très sensibles à la question coloniale et à la décolonisation.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251008_095047";}s:15:"20251007_185552";a:7:{s:5:"title";s:129:"De l'apatridie au silence numérique : comment la désinformation anti-immigrés cible les Rohingyas dans les espaces numériques";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/07/298517/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298517";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 07 Oct 2025 16:55:52 +0000";s:11:"description";s:180:"En Asie du Sud, la crise des Rohingyas est redéfinie numériquement par des récits de haine et de propagande transfrontalière, occultant la réalité humanitaire des réfugiés.";s:7:"content";s:16320:"
La désinformation sur les Rohingyas n’est pas un simple problème médiatique ponctuel mais un processus structurel.
Réfugiés rohingyas dans un camp de réfugiés au Bangladesh. Image de Zlatica Hoke (VOA) via Wikipédia. Capture d'écran de la vidéo source de Voice of America. Domaine public [fr].
[Sauf indication contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais]
La désinformation autour de la crise des Rohingyas[fr] n'est pas un phénomène récent ; les récits mensongers naissent fréquemment au Myanmar et au Bangladesh, traversent les frontières et influencent l'opinion publique dans toute l'Asie du Sud. Les images et les séquences vidéo provenant des camps de réfugiés au Bangladesh et des zones de conflit au Myanmar sont réutilisées dans la rhétorique anti-immigrés et la propagande d'État pour créer un faux sentiment d'authenticité, répandre la peur et renforcer les préjugés dominants contre les réfugiés musulmans apatrides.
La crise des Rohingyas ne se déroule pas seulement sur le terrain, mais aussi dans la sphère numérique, où la désinformation voyage plus vite que la vérité. Une étude récente retrace comment la désinformation, la propagande et les campagnes de haine migrent à travers les frontières — du Myanmar au Bangladesh, à l'Inde et au-delà — transformant la souffrance humanitaire en une fiction scrutée. Au cœur de ce processus se trouve un changement structurel : les Rohingyas ne sont plus considérés comme des victimes de la violence mais comme des menaces perçues, un cadrage discursif qui légitime l'exclusion et l'hostilité. Avec peu de capacité à se défendre à l'ère numérique, les Rohingyas apatrides sont doublement réduits au silence — par le déplacement et par la distorsion.
De manière plus significative, cette étude identifie plus de 20 rapports vérifiés sur la désinformation anti-immigrés ciblant les Rohingyas qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux indiens et même dans certains médias. Ces vérifications des faits, menées par des organisations indiennes de vérification des faits entre 2017 et 2025, révèlent comment l'identité rohingya est faussement dépeinte comme une source de violence ou une menace démographique, alimentée par un langage communautariste et des médias trompeurs. Ces faux récits présentent généralement les réfugiés rohingyas comme des criminels, des terroristes ou une « menace » démographique — utilisant souvent des images ou des vidéos truquées, des légendes trompeuses et de pures inventions.
Pourquoi la désinformation anti-immigrés est-elle fréquente en Inde ?
En Inde, une importante population de réfugiés rohingyas sans-papiers, des narratifs anti-musulmans préexistants, l'amplification par des médias partisans et des plateformes sociales très connectées explique pourquoi la désinformation transnationale sur les Rohingyas est particulièrement fréquente et puissante.
Depuis 2012, des vagues successives de réfugiés rohingyas — estimées entre 20 000 et 40 000 — sont entrées en Inde et vivent en grande partie sans reconnaissance légale au Jammu-et-Cachemire, à Hyderabad, à New Delhi et dans d'autres États. Le discours nationaliste hindou dépeint les musulmans rohingyas comme des étrangers déloyaux, les présentant à la fois comme des menaces pour la sécurité et comme des agents d'un « djihad démographique ».
Des hashtags comme #SendRohingyasBack (Renvoyez les Rohingyas) ont été en tendance sur des chaînes comme Republic et Times Now, tandis que de hauts fonctionnaires du gouvernement qualifiaient les réfugiés rohingyas « d'immigrés clandestins » et de menaces pour la sécurité nationale. Les groupes nationalistes hindous exploitent la vulnérabilité des réfugiés pour mobiliser les sentiments majoritaires, utilisant la désinformation comme un outil pour démontrer leur « fermeté face à l'immigration clandestine ». Les Rohingyas deviennent ainsi un « autre » malléable dans les luttes politiques nationales.
La désinformation transfrontalière ciblant les Rohingyas
La désinformation sur les Rohingyas provient souvent du Myanmar et du Bangladesh, puis migre vers l'Inde via des réseaux linguistiques communs et les canaux médiatiques de la diaspora. Des images et des vidéos provenant des camps de réfugiés bangladais et des zones de conflit du Myanmar sont détournées dans la propagande anti-immigrés et d'État pour leur conférer une fausse authenticité, susciter la peur et renforcer les préjugés existants contre les réfugiés musulmans.
Par exemple, des messages transférés sur WhatsApp affirmaient que des gangs de « musulmans rohingyas » rôdaient la nuit pour enlever ou tuer des enfants. Une autre vidéo virale, une mise en scène avec des acteurs, a été partagée avec un texte tel que « Ce sont des musulmans rohingyas… regardez comment ils mangent les hindous ». Les vérificateurs de faits ont démontré qu'il s'agissait de clips sans aucun rapport ; la vidéo de cannibalisme était clairement une mise en scène tournée en hindi, et non au Myanmar. Une douzaine de complots haineux distincts, tels que des enlèvements, des lynchages et autres, ont été faussement attribués aux Rohingyas — tous utilisant un langage communautariste sensationnaliste et de faux visuels.
Presque toute la désinformation exploite leur identité religieuse, soulignant de manière répétée et sensationnaliste l'opposition « musulman » contre « hindou ». Par exemple, les slogans #JaagoHinduJaago (Hindous, réveillez-vous), et les références explicites aux Rohingyas comme des aliennes musulmans.
De nombreuses allégations soulignent que les musulmans rohingyas attaquent des hindous innocents — même lorsque les images montrent tout autre chose. Les rumeurs réutilisent également des schémas anti-musulmans classiques comme les histoires d'enlèvements par des gangs ou les récits de viols d'enfants, en insérant simplement « Rohingya » comme coupable. Les acteurs indiens détournent ces récits pour servir des agendas communautaristes locaux, créant une boucle de rétroaction où le contenu transnational renforce l'islamophobie nationale.
La désinformation provient souvent d'un petit groupe de pages et de comptes habituels. Plusieurs campagnes de vérification des faits notent que les contenus émanent de réseaux politiquement alignés et sont amplifiés par les transferts sur WhatsApp et Telegram. Par exemple, après qu'une fausse nouvelle sur un briefing fiscal du gouvernement indien est devenue virale, sa source a été retracée jusqu'à des pages de médias sociaux populaires alignées sur le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti politique conservateur au pouvoir en Inde. Cela souligne que la désinformation est systématique : il ne s'agit pas de quelques mensonges isolés, mais d'un flux constant de nouvelles publications.
Analyse du discours sur les réfugiés privés de voix dans la sphère numérique
La crise des Rohingyas a été progressivement remodelée dans la sphère numérique, où la désinformation, les campagnes de haine en ligne et les récits à motivation politique interagissent pour produire une nouvelle réalité publique hostile. En même temps, les diffuseurs partisans, les acteurs politiques et les réseaux sociaux sympathisants amplifient ces visuels et affirmations recadrés, leur conférant une aura d'autorité qui masque leur inexactitude.
Point crucial, les réfugiés rohingyas eux-mêmes n'ont pratiquement pas voix au chapitre dans ce discours. Sans plateforme médiatique ni représentation politique, ils ne peuvent corriger ces rumeurs. En effet, les réfugiés sont réduits au silence deux fois : déjà apatrides, ils sont ensuite censurés en ligne et blâmés pour les problèmes sociaux.
La circulation clandestine de récits anti-immigrés via les espaces numériques fonctionne comme une technologie délibérée de la peur : en détournant des visuels émotionnellement forts et en recyclant sélectivement des statistiques, les acteurs transforment la compassion en anxiété, puis en pression politique.
Les acteurs étatiques et les médias partisans amplifient des visuels décontextualisés pour renforcer les récits de « l'immigration clandestine » et de la « sécurité nationale ». Cette propagande haineuse non seulement incite à l'hostilité, mais aggrave également la marginalisation numérique des réfugiés.
Préoccupations en matière de gouvernance numérique mondiale
La désinformation ciblant les Rohingyas à travers l'Asie du Sud reflète un échec plus large de la gouvernance numérique pour les réfugiés. Le HCR et d'autres agences avertissent que les discours de haine non contrôlés en ligne ont des conséquences dans le monde réel. Par exemple, une mission de l'ONU en 2018 a conclu que les discours de haine propagés sur Facebook avaient contribué à déclencher les violences dans l'État de Rakhine au Myanmar.
Dans ce contexte régional, les plateformes et les gouvernements ont peu fait pour contrer les récits qui victimisent les réfugiés. Les observateurs de l'ONU soulignent la nécessité de « garde-fous et de politiques de sécurité » plus stricts sur les réseaux sociaux pour protéger les personnes déplacées. En Inde, malgré les réglementations informatiques et les initiatives de vérification des faits, ces fausses informations sur les Rohingyas continuent de circuler sans entrave, mettant en lumière les lacunes en matière de modération de contenu et d'éducation aux médias.
Dans l'ensemble, ces dynamiques montrent que la désinformation sur les Rohingyas n'est pas un problème médiatique fortuit, mais un processus structurel qui transforme la réalité humanitaire en une fiction sécuritaire. La combattre exige donc plus qu'une simple réfutation : elle nécessite une responsabilisation des médias qui freine l'amplification, des interventions des plateformes qui ralentissent la circulation de visuels décontextualisés, et des collaborations régionales de vérification des faits qui tracent et neutralisent les flux transnationaux d'images et de récits trompeurs. Ce n'est qu'en abordant simultanément les dimensions discursives, politiques et technologiques que le cycle qui transforme l'apatridie en silence numérique pourra être interrompu.
Avertissement : L'étude mentionnée dans cet article a été publiée par l'auteur sur ResearchGate.
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La technologie est utilisée pour améliorer les armes de répression massive.
Cet article a été rédigé par Safa dans le cadre du projet de recherche « Digitized Divides » publié à l'origine sur tacticaltech.org. Une version éditée est republiée par Global Voices dans le cadre d'un partenariat.
Les termes que nous utilisons pour décrire la technologie peuvent façonner la façon dont nous la percevons. Le mot « intelligent » a une connotation positive la plupart du temps mais lorsqu'on parle de technologie, « intelligente » est habituellement interchangeable avec « efficace ». Imaginons un instant qu'au lieu d'appeler ces systèmes de surveillance « intelligents » nous les appelions “machiavéliques” — comment ceci changerait-il notre discours, notre acceptation et notre adoption de ces derniers ?
Des systèmes non fiables
Les outils de surveillance et de contrôle, tels que la télésurveillance, s'appuient sur la technologie de reconnaissance faciale qui identifie automatiquement les traits du visage, notamment des dimensions comme la distance entre les yeux, la largeur du nez, la profondeur des orbites oculaires, la forme des pommettes et la longueur de la mâchoire. La reconnaissance faciale est utilisée par les gouvernements, la police, et d'autres administrations à travers le monde. Elle produit des résultats probants.
Une opération sans précédent menée par les forces de l'ordre américaines a permis d'identifier des centaines d'enfants et leurs agresseurs en seulement trois semaines. Cette technologie a également été utilisée pour retrouver des personnes autochtones disparues et assassinées (MMIP en anglais pour Missing and Murdered Indigenous People), ce qui a permis à 57 familles de trouver des réponses en seulement trois ans. Bien que ces résultats soient effectivement impressionnants et bien qu'ils montrent comment la technologie peut aider les gens, il existe un grand nombre de cas où les forces de l'ordre américaines ont utilisé la reconnaissance faciale d'une manière ayant porté préjudice à des individus.
Une application du nom de CBP One, dont l'utilisation est obligatoire pour les demandeurs d'asile à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, exige que ces derniers s'inscrivent à un système de reconnaissance faciale. Cependant, ce système « [ne parvient pas] à inscrire de nombreuses personnes dont la couleur de peau est plus foncée, les privant ainsi de leur droit de demander l'asile aux États-Unis. » Les systèmes centralisant les données sur des demandeurs d'asile et des migrants permettent un suivi longitudinal des enfants. Des technologies de reconnaissance faciale sont également utilisées par l'ICE (l'agence américaine chargée de l'immigration et des douanes) pour surveiller et contrôler les individus en attente de leur jugement d'expulsion.
Dans une étude sur les systèmes de reconnaissance faciale, Joy Buolamwini, chercheuse au MIT, a constaté « que les femmes ayant une peau plus foncée étaient le groupe le moins bien classé le plus souvent (avec des taux d'erreur pouvant atteindre les 34,7%). Le pourcentage d'erreur maximal pour les hommes est de 0,8% ». Alex Najibi, chercheur à Harvard, a décrit comment les Afro-Américains sont plus susceptibles d'être arrêtés et incarcérés que les Américains blancs pour des délits mineurs. Par conséquent, les Noirs sont surreprésentés dans les données des photos d'identité pénale que la reconnaissance faciale utilise pour faire des prédictions, ce qui explique pourquoi les Afro-Américains sont plus susceptibles que les Américains blancs d'être pris au piège des cercles vicieux et du caractère raciste des systèmes de surveillance et de contrôles policiers.
Ce sentiment est repris dans un rapport du projet S.T.O.P. (Surveillance Technology Oversight Project). Le Royaume-Uni et la Chine font également partie des pays qui pratiquent la « surveillance prédictive ». Un chercheur spécialisé dans la Chine la décrit comme « un outil plus sophistiqué permettant à la police de réprimer de manière sélective des groupes déjà ciblés, sans pour autant réduire considérablement la criminalité ni renforcer la sécurité globale ». Le problème ici ne réside donc pas simplement dans des ensembles de données imparfaits, mais dans la discrimination qui existe déjà dans la société, où les personnes qui occupent des postes de pouvoir ou disposent de forces policières ou militaires peuvent utiliser la technologie pour renforcer leur oppression de certains groupes de personnes. Des ensembles de données plus importants ne permettront pas de remédier ou de nier le problème des personnes qui agissent sur la base de la discrimination, du racisme — ou d'autres types de préjugés — et de la haine.
Les algorithmes sont créés par des personnes (qui ont naturellement leurs propres préjugés) et sont développés à partir de nos données. Les outils formés à partir de nos données peuvent être utilisés pour nuire à d'autres personnes. Les algorithmes sont également utilisés par les gouvernements, les forces de l'ordre et d'autres agences à travers le monde. Les outils et les services de Google, d'Amazon et de Microsoft ont tous été utilisés par Israël dans sa guerre contre Gaza. Aux États-Unis, des algorithmes ont été utilisés pour évaluer le niveau de risque des individus ayant commis des crimes, dans le but de prédire leur probabilité de récidive. Cependant, ces algorithmes ont été jugés comme étant « extrêmement peu fiables » par des chercheurs et présentent un degré élevé de partialité dans leur conception et leur mise en oeuvre.
En Espagne, un algorithme a été utilisé pour prédire la probabilité qu'une victime de violence domestique soit à nouveau agressée, dans le but de fournir une assistance et des ressources aux personnes qui en ont le plus besoin, dans un système surchargé. Mais l'algorithme n'est pas parfait et le recours excessif à des outils aussi imparfaits dans des situations à haut risque a déjà des conséquences désastreuses. Dans certains cas, des victimes classées à tort comme « à faible risque » ont été assassinées par leurs agresseurs malgré tous leurs efforts d'appel à l'aide et de signalement des violences aux autorités.
Aux Pays-Bas, les autorités fiscales ont utilisé un algorithme pour les aider à identifier les fraudes aux allocations familiales, ce qui a conduit à la sanction de dizaines de milliers de familles à faibles revenus, dont beaucoup sont tombées dans la pauvreté, et au placement injustifié de plus d'un millier d'enfants en famille d'accueil. « La double nationalité était considérée comme un indicateur de risque important, tout comme les faibles revenus [… et] la nationalité turque ou marocaine ont fait l'objet d'une attention particulière. »
Israël surveille et opprime les Palestiniens
L’industrie israélienne de la surveillance est mondialement connue. Un rapport publié en 2023 par Amnesty International a cartographié le système de surveillance israélien visible et il recensait une ou deux caméras de vidéosurveillance tous les cinq mètres dans la vieille ville de Jérusalem et à Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.
Depuis 2020, Israël utilise le système « Wolf Pack » géré par l'armée. Il s'agit d'une base de données vaste et détaillée qui établit le profil de presque tous les Palestiniens de Cisjordanie, avec notamment leurs photos, leurs liens familiaux, leur niveau d'éducation, etc. Le système Wolf Pack comprend les outils « Red Wolf », «White Wolf » et « Blue Wolf » :
Red Wolf : Le système Red Wolf fait partie de l'infrastructure officielle de reconnaissance faciale des caméras de surveillance du gouvernement israélien; celui-ci sert à identifier et à établir le profil des Palestiniens lorsqu'ils passent les postes de contrôle et se déplacent dans les villes. Il a été rapporté que l'armée israélienne utilisait Red Wolf dans la ville palestinienne d'Hébron. Selon un projet mené par B'Tselem et Breaking the Silence, l'armée israélienne aurait mis en place 86 points de contrôle et barrières sur 20 % du territoire d'Hébron, appelé « H2 », qui est sous contrôle militaire israélien. Il est difficile d'éviter les postes de contrôle à H2. Comme l'écrit Masha Gessen, les Palestiniens qui y vivent « passent par un poste de contrôle pour faire leurs courses, puis à nouveau pour les ramener chez eux ». Selon l'UNRWA, 88 % des enfants franchissent des postes de contrôle pour se rendre à l'école et en revenir.
White Wolf : Une autre application, White Wolf, est mise à la disposition des militaires israéliens officiels qui surveillent les colonies illégales en Cisjordanie, leur permettant d’effectuer des recherches dans la base de données des Palestiniens. Depuis le début de la guerre menée par Israël contre Gaza après les attaques perpétrées le 7 octobre 2023 par le Mouvement de résistance islamique (alias Hamas) contre des Israéliens, Israël a mis en place un système similaire de reconnaissance faciale pour enregistrer les Palestiniens de Gaza.
Blue Wolf : À l'aide d'une application appelée Blue Wolf, l'armée israélienne procède à un enregistrement biométrique massif des Palestiniens, souvent aux postes de contrôle et sous la menace d'une arme, parfois au domicile des personnes concernées, en pleine nuit. Les soldats israéliens prennent des photos des Palestiniens, y compris des enfants, parfois de force. Ils notent également dans l'application toute « impression négative [qu'ils] ont du comportement d'un Palestinien lorsqu'ils le rencontrent ». Une source a ajouté : « Ce n'est pas comme si l'armée avait dit : « Créons Blue Wolf pour que [les Palestiniens] puissent passer plus facilement ». L'armée veut enregistrer les personnes dans son système pour pouvoir les contrôler. »
Un article publié en 2025 a également révélé comment l'armée israélienne utilisait un grand modèle de langage (tel que celui utilisé par des outils comme ChatGPT) pour surveiller les Palestiniens. Une source des services de renseignement israéliens a déclaré : « Je dispose de plus d'outils pour savoir ce que fait chaque personne en Cisjordanie. Lorsque vous détenez autant de données, vous pouvez les utiliser de toutes sortes de manières. » Bien que l'exemple de l'armée israélienne ne soit pas le seul exemple d'autorisation donnée par le gouvernement d'utiliser des outils d'IA pour analyser des données civiles, il offre un aperçu important de la manière dont les dernières technologies peuvent être adoptées pour surveiller et contrôler à grande échelle.
Comme l'a déclaré le chercheur Carlos Delclós, « la protection de la vie privée n'est pas simplement violée, elle est anéantie, car les vies humaines sont fragmentées en ensembles de données optimisés pour le profit des entreprises », et le même message peut être étendu au profit politique. Que l'on parle de la technologie en termes positifs ou négatifs, en fin de compte, la technologie elle-même ne peut être dissociée des opérateurs (c'est-à-dire des humains) qui la déploient. Si les individus qui utilisent ces technologies vivent également dans des sociétés — et travaillent au sein de systèmes — qui ont fait l'objet de craintes avérées en matière de discrimination et/ou de contrôle, il semble tout à fait possible que la technologie soit utilisée à des fins malveillantes. Il n'y a rien à imaginer ; il suffit d'ouvrir grand les yeux et de regarder autour de nous.
";s:7:"dateiso";s:15:"20251007_184658";}s:15:"20251007_183656";a:7:{s:5:"title";s:31:"Sécurité numérique et langue";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/10/07/298627/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298627";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 07 Oct 2025 16:36:56 +0000";s:11:"description";s:244:"Défis et besoins des militants et de leurs communautés parlant des langues autochtones, marginalisées, minoritaires ou peu répandues concernant la sécurité numérique : 18 chercheurs issus de ces communautés ont examiné ces questions.";s:7:"content";s:28913:"
Réflexions de 18 communautés linguistiques d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine
Illustration de Naandeyé García Villegas pour Rising Voices
Contexte
Quels sont les défis et les besoins des militants ainsi que de leurs communautés parlant des langues autochtones, marginalisées, minoritaires ou peu répandues en matière de sécurité numérique ?
Il s'agit d'une question générale que notre équipe a examinée au regard des problèmes linguistiques auxquels sont confrontés les membres des communautés linguistiques angika, dagbani, tharu oriental, gĩkũyũ, kichwa, igbo, isiZulu, kaqchikel, mapudungun, mixe, odia, sesotho, torwali, twi, yorùbá, maya yucatèque, wayuunaiki et zapotèque.
Depuis huit ans déjà, Rising Voices (RV), la branche de Global Voices dédiée à l'inclusion numérique, soutient les militants numériques pour les langues d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, en facilitant la création d'espaces d'apprentissage entre pairs, de mise en réseau, de formation et de mentorat, et en amplifiant leur travail. Au cours de ces huit dernières années, RV a appris à connaître ce réseau de militants qui doivent faire face à toutes sortes de défis linguistiques, techniques, socioculturels ou encore politiques, et qui considèrent comme une priorité le besoin d'informations sur des canaux et des habitudes de communication plus sûrs et plus sécurisés dans leurs communautés linguistiques.
Communautés linguistiques par région
Afrique : Dagbani, Gĩkũyũ, Igbo, IsiZulu, Sesotho, Twi, Yorùbá
Rendu possible en partie grâce au soutien de l’Open Technology Fund, ce projet a permis aux membres de ces communautés linguistiques de commencer à explorer cette zone d'intersection, mais aussi d'identifier les besoins, de formuler des recommandations et de définir des priorités dans ce domaine.
Au début de l'année 2022, nous avons invité 62 militants linguistiques, issus de 62 communautés linguistiques différentes du réseau RV élargi, à partager leurs connaissances, leurs attitudes et leurs pratiques actuelles en matière de sécurité numérique, ainsi que leurs premières perceptions des défis auxquels leurs communautés sont confrontées. À l'issue de l'analyse de cette enquête, les 62 participants ont tous exprimé leur souhait d'être pris en considération pour faire partie des 18 chercheurs chargés des études de cas dans le cadre de la deuxième phase de ce projet, soulignant ainsi la nécessité permanente d'une telle démarche. À l'issue de la phase de candidature au cours de laquelle les participants ont exprimé leur souhait de poursuivre leur participation, 18 d'entre eux ont donc finalement été invités à rejoindre l'équipe du projet.
La collaboration avec des chercheurs issus des communautés linguistiques mêmes qui ont participé à cette étude a été un élément essentiel de ce projet. En effet, ces chercheurs possèdent non seulement des connaissances capitales sur le contexte local et les préférences en matière de collecte d'informations, mais ils sont également mieux placés pour établir des priorités. Ils peuvent ainsi servir de relais fiables entre leur communauté locale et les réseaux plus larges liés à la sécurité numérique.
Les 18 chercheurs chargés des études de cas ont utilisé une méthodologie de recherche participative qui comprenait une formation en ligne sur la conception de la recherche, le travail sur le terrain, l'analyse et la rédaction de rapports. Ils ont été invités à choisir les questions de recherche sur lesquelles concentrer leurs travaux et la manière de collecter et de partager les informations. Après plusieurs mois de recherche, les chercheurs ont produit des rapports de recherche décrivant leurs processus, leurs conclusions et leurs analyses.
Ces rapports ont donné lieu à 18 récits contenant des analyses que les auteurs ont décidé de partager avec un public plus large. Ces récits comprennent des témoignages de membres de la communauté et des réflexions, ainsi que des enseignements qui sont également présentés sous forme de recommandations d'actions ou de stratégies en matière de droits numériques tenant compte de la diversité des langues.
Chacun de ces articles est disponible en espagnol, en anglais, et dans chacune des 18 langues qui renferment les connaissances et la mémoire collective de ces communautés. Résultat d'un processus de co-écriture flexible avec un rédacteur de projet, chaque article a suivi un cheminement différent, qui se reflète aujourd'hui dans les différentes formes des articles. Les articles sont accompagnées de clips audio dans lesquels les chercheurs partagent leurs réflexions sur ce processus de recherche, ainsi que d'une illustration créée par un artiste issu de la même communauté linguistique.
Ces récits représentent désormais 18 fenêtres permettant de tirer des enseignements des questions, des besoins et des désirs de ces communautés, au sein desquelles la relation entre les droits numériques et les droits linguistiques est fondamentale et nécessite des mesures supplémentaires si nous voulons œuvrer pour un monde [numérique] plus sûr pour tous.
María Alvarez Malvido, Rédactrice/Éditrice de projet
Mariam Abuadas, Gestion de projet
Nathaly Espitia-Díaz, Conseillère en sécurité numérique
Articles
Maya Kaqchikel language (Guatemala) par Miguel Ángel Oxlaj
Yucatec Maya language par Lorenzo Itzá (Mexique)
Dagbani language (Ghana) par Sadik Shahadu
Igbo language (Nigéria) par Tochi Precious Friday
Eastern Tharu (Nepal) par Sanjib Chaudhary
Odia language (Inde) par Subhashish Panigrahi
Zapotec language, Sierra Sur Central – Diiste (Mexique) par Rodrigo Pérez Ramírez
Tlahuitoltepec Mixe language (Mexique) par Tajëëw Díaz Robles
Mapudungun language (Chili) par Simona Mayo
Sesotho language (Afrique du Sud) par Lebona Mafisa
Zulu language (Afrique du Sud) par Siya Masuku
Angika language (Inde) language par Amrit Sufi
Wayuunaiki language (Vénézuéla/Colombie) par Leonardi Fernández
Yoruba language (Nigéria) par Adéṣínà Ọmọ Yoòbá
Gĩkũyũ language (Kenya) par Njeri Wangari
Kichwa language (Equateur) par Alliwa Pazmiño
Twi language (Ghana) par Zita Ursula Zage
Torwali language (Pakistan) par Zubair Torwali
";s:7:"dateiso";s:15:"20251007_183656";}s:15:"20250917_143129";a:7:{s:5:"title";s:96:"Togo: une initiative de la société civile pour des chances égales à l'éducation des enfants";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/17/298292/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298292";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 17 Sep 2025 12:31:29 +0000";s:11:"description";s:169:"Au Togo, une initiative nationale basée sur la solidarité citoyenne permet de soulager les dépenses financières des parents à la veille de chaque rentrée scolaire.";s:7:"content";s:14139:"
Au Togo, une initiative nationale basée sur la solidarité citoyenne permet de soulager les dépenses financières des parents à la veille de chaque rentrée scolaire.
Dans ce pays qui compte plus de 9,5 millions d'habitants, et où l’éducation dans le service public est obligatoire et gratuite, l'année scolaire 2025-2026 débute officiellement le 15 septembre 2025 sur toute l'étendue du territoire national. Après une pause de deux mois (de mi-juillet à mi-septembre), plus de 3 millions d'élèves reprennent le chemin de l'école. Les autorités continuent de travailler pour améliorer l'éducation – par le biais des recrutements et formation des enseignants, et d’investissements dans la rénovation et la construction des infrastructures scolaires, mais pour les parents, le but principal est de voir leurs enfants réussir à la fin de l'année scolaire.
Le taux de scolarisation brut ainsi que le taux d'achèvement – la proportion des élèves qui terminent l'année scolaire – au Togo, du primaire au lycée, connait une nette évolution au fil des années. En avril 2025, le site d'information Lechiquier publie :
…le taux brut de scolarisation au primaire dépasse 100%. Il était de l’ordre de 111,70% en 2023, 116,70% en 2024 et une prévision de 116,20% pour l’année 2025.
Dans le même sillage, le taux d’achèvement du primaire a évolué de 88,80% en 2023 à 94,60% en 2024. Pour l’année 2025, le gouvernement table sur une augmentation de 121,70%.
Ce taux supérieur à 100% peut s'expliquer par le fait qu'il dépasse largement la valeur initiale.
Une école gratuite
Ce résultat impressionnant – le Togo fait parti des cinq pays africains ayant des taux de scolarisation élevés – est le fruit de plusieurs réformes opérées par les autorités dans le secteur éducatif. En 2008, la gratuité de l'école est décrétée – en préscolaire et au primaire dans le secteur public sur l'ensemble du territoire national. Depuis la rentrée scolaire 2021-2022, l’enseignement dans les collèges et lycées publics est également devenu gratuit, une mesure que les autorités maintiennent pour la rentrée 2025-2026.
Ces différentes mesures permettent de lutter contre les inégalités dans l'accès à l'éducation. Mais des efforts restent à fournir, notamment la dotation des élèves en kits scolaires (cahiers, livres, stylos, crayons, gomme, un taille-crayon, sac écolier) pour assurer une couverture universelle et remédier à des situations d'inégalité.
Dans ce contexte de crise financière, l'achat des fournitures et kits scolaires constitue le plus gros des soucis des parents d'élèves à l'approche de la rentrée scolaire. Mais la société civile togolaise offre des solutions: des citoyens – jeunes comme adultes – n'hésitent pas à apporter leur soutien pour aider les parents à faire face aux dépenses.
Constitués en plusieurs associations dans le pays, de nombreux citoyens sillonnent les villages et les lieux reculés pour accompagner et soutenir les enfants, surtout les plus vulnérables. Cet effort représente une alternative sociale et solidaire qui inspire et motive les associations éprises de la protection des enfants, de l'éducation et du développement.
Le 29 août 2025, plus de 5 000 enfants de la préfecture d’Amou venus de 12 localités différentes ont reçu des kits scolaires grâce à l’initiative « Éducation pour tous : 1 élève, 1 kit, 1 choix de vie » portée par la #LTPE. pic.twitter.com/LMroVuE9oY
— Ligue Togolaise pour la Protection de l'Enfance (@LTPE_ONG) August 30, 2025
Interviewé par le média togolais Plume d'Afrique, Nina Afi Kazoulé, coordinatrice de la LTPE explique l'étendue de cette action :
Nous voulons par cette action éviter le décrochage scolaire. Et nous savons que le décrochage scolaire peut être dû à l'incapacité financière des parents, aux grossesses en milieu scolaire, bref à tous les comportements qui ne sont pas appropriés à adopter par un apprenant.
Des jeunes aux côtés des enfants bénéficiaires des kits scolaires à Vogan ; Image de Magnim Vision, utilisée avec permission
A Vogan, ville situé à 45 km au nord-est de Lomé, l'association Togovi Bé Sourire et Action for Peace and Good Governance (APGG) ont mobilisé plusieurs autres associations pour mener une action similaire les 5 et 6 septembre dans le village de Zooti N'titikope. Plus 300 enfants vulnérables ont bénéficié de kits scolaires ; et 20 jeunes filles dans ledit village seront suivies et accompagnées pour une réinsertion scolaire effective.
Lomé, la capitale togolaise, compte également des enfants vulnérables qui sont soutenus par d'autres groupes, dont l’association Premiers Pas pour l’Enfance (3PE) qui se donne pour mission de promouvoir l’égalité des chances dans l’éducation à travers des actions de solidarité, notamment le paiement de frais de scolarité et la distribution de fournitures aux enfants. Son président Akilou Demon indique au média Ledefenseur :
Nous voulons que tous les enfants aient accès à l’éducation, car l’enfant a droit à l’école. Si certains en sont privés, ce n’est pas juste. Notre ambition est de leur donner une chance égale de réussir et de contribuer demain au développement de notre patrie.
Si sur la forme les résultats des nombreuses réformes sont visibles, des insuffisances demeurent pourtant sur le chantier éducatif au Togo. A l'intérieur du pays, les conditions dans lesquelles étudient plus de la majorité des enfants ne sont pas toujours à la hauteur des attentes.
Même si la société civile peut pallier à certaines carences du système éducatif, il revient à l’État, qui a décrété l'éducation gratuite et obligatoire d’améliorer la qualité de l'enseignement et de former de nouveaux enseignants pour atteindre une vraie égalité des chances pour tous les enfants togolais.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250917_143129";}s:15:"20250910_060528";a:7:{s:5:"title";s:54:"Sénégal : un trop grand silence sur le viol conjugal";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/10/298017/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=298017";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 10 Sep 2025 04:05:28 +0000";s:11:"description";s:182:"Les auteurs des actes de violences dont sont victimes les femmes sont le plus souvent leurs époux. Dans la majorité de ces foyers, elles subissent silencieusement le viol conjugal.";s:7:"content";s:13045:"
Le Protocole de Maputo engage les États africains à garantir les droits fondamentaux des femmes.
Des femmes manifestent et demandent la criminalisation du viol ; capture d'écran de la chaîne YouTube de WF1tv – Women First
Par Bowel Diop
La violence basée sur le genre est un phénomène mondial qui touche également l'Afrique. Dans la plupart des cas, ceux qui perpétuent cette violence sont les époux, et cette violence s'étend parfois au viol conjugal.
Le viol conjugal est défini comme un acte par lequel un partenaire oblige l'autre partenaire à avoir un rapport sexuel non consenti. Ce phénomène touche de nombreuses femmes comme en témoigne ce rapport d’Equality, une organisation fondée aux États-Unis et qui dispose de bureaux à New York, Nairobi, et Londres.
Chaque jour, dans des groupes privés de discussion en ligne où des femmes s’expriment sous anonymat, apparaissent des confidences bouleversantes sur les violences subies par les femmes dans le couple. Pour des raisons de protection et de respect des personnes qui témoignent, ni leur identité ni les détails des plateformes ne sont mentionnés. Derrière ces témoignages se dessine pourtant une réalité glaçante : celle de rapports sexuels imposés dans le cadre du mariage malgré le non-consentement de la femme, autrement dit la réalité du viol conjugal.
Dans un contexte où les violences sur femmes deviennent légion, le consentement est bafoué. “L’obligation conjugale” prime encore trop souvent sur la liberté de la femme de disposer de son corps.
C’est dans ces univers numériques, entre détresse exprimée et normalisation de la violence, que s’inscrivent des groupes de parole qui incarnent la sororité numérique. Espace d’écoute, de soutien et de parole libre, ces espaces permettent aux femmes de briser collectivement les tabous qui freinent leur épanouissement, en ligne comme dans la vie réelle. Ce cadre sécurisé où des femmes témoignent de leurs vécus rappellent l’urgence d’un débat franc et courageux sur le viol conjugal en Afrique.
Débat culturel, religieux et juridique
En mai 2025, l’émission Midi Plus de TFM Télévision Futur Média, basé au Sénégal, offre une audience nationale à l’Oustaz Modou Fall (autorité musulmane au Sénégal). Ce prédicateur affirme que le devoir conjugal prime sur le consentement, légitimant ainsi une violence sexuelle sur l’autel du mariage. Il dit en wolof :
Wolof: Gnouni loi bi néna sakh sa diabar so beugué teud akk mom té dacoroul daga ko violé . Pfff wakhi dof ! Sa diabar ga takk ko so farata Yallah akk souna Seydouna Mohamed , touki Pape Samba dem tournage soneu baye beugu dé gnibissi beugu teud ak sokhname gnouniko bouné dama soneu damadone fobéré (rires) ga forcéko viol le. Boudé lou amm la , lane moye texte bi. Si diné.
On dit que la loi dit que si tu as forcée ton épouse à avoir des rapports sexuels c’est que tu l’as violée. Pfff – paroles de fous, ta femme que tu as épousée devant Dieu. Tu voyages, tu as un tournage, Pape Samba [nom de l'animateur] tu rentres fatigué, tu veux coucher avec ta femme et on te dit non. Elle te dit qu’elle est fatiguée, qu’elle faisait le ménage (rires ) tu l’as forcée donc c’est un viol ? Si c’est vrai, alors quel est le texte religieux qui dit ça? On doit faire attention à cela.
Dès la diffusion de l'émission, un vent d’indignation s’est élevé sur les réseaux sociaux. Sur la plateforme TikTok des voix militantes et juridiques se sont mobilisés. La page Xam Sa Droit, a publié une série de vidéos pour déconstruire les propos de Modou Fall en les confrontant à la législation. En particulier, elle explicite l’article 320 du code pénal sénégalais, qui définit le viol comme tout acte de pénétration « commis par violence, contrainte, menace ou surprise ». Cela suffit à rappeler que le mariage n'ampute aucun droit fondamental, et que refuser un rapport sexuel, même au sein du couple, reste un droit inaliénable. Ce travail de pédagogie juridique a été accueilli avec force et soutien sur TikTok, car il replace le consentement au cœur de la discussion.
Sur X également, des voix se sont levées. Nabou Diop Lo, juriste et activiste pour les droits des femmes et des enfants publie sur son compte X:
Le viol tel que définit dans le code pénal Sénégalais ne fait pas une distinction entre le viol commis dans le ménage et celui commis hors des liens conjugaux. Tout ce qui compte c'est le consentement de la victime. https://t.co/mJcYsxZunx
Mais comment oser se plaindre d’un viol quand une figure religieuse prétend que le « non » d’une épouse n’a aucune valeur ? Cette dissonance entre la loi, les discours publics et la réalité vécue par les femmes souligne l’urgence d’une réforme juridique et d’une prise de position claire des autorités.
Ce discours officiel normalise le viol conjugal, renforce un droit de regard absolu sur le corps de la femme et alourdit considérablement la charge morale des victimes potentielles.
Selon le rapport d’Equality Now (2024), la reconnaissance légale du viol conjugal varie fortement en Afrique. Le rapport indique que des pays comme le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Sénégal, ou le Togo criminalisent explicitement le viol marital.
D’autres pays comme la Gambie, la Guinée équatoriale, l'Érythrée, l'Éthiopie, le Soudan du Sud et la Tanzanie exemptent explicitement les époux de poursuites, sauf cas exceptionnels.
Le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo Brazzaville, La République démocratique du Congo, la Guinée, le Mali, l'Ouganda et le Tchad demeurent muets sur la question, laissant un vide juridique total.
La loi sénégalaise sur le viol et la pédophilie, modifiée en 2020, définit le viol comme :
Tout acte de pénétration « commis par violence, contrainte, menace ou surprise ».
Cependant, l’absence d’un encadrement précis autour du viol conjugal et du consentement marital laisse un champ d’interprétation large, souvent défavorable à la victime. De ce fait, le viol conjugal est fréquemment considéré comme une violence domestique banale, qui n'appartient pas à la catégorie de crime.
En Côte d’Ivoire, par exemple, une enquête du journal Le Monde, publié en février 2024, rapporte qu’une vidéo humoristique sur TikTok ridiculisant la fatigue sexuelle des femmes a suscité des réactions amusées, preuve que le non-consentement sexuel n'est pas pris au sérieux.
Les données montrent que 33% des femmes africaines ont subi une forme de violence sexuelle dans leur vie ; en Afrique subsaharienne, ce chiffre peut atteindre 44% selon un article publié dans le journal African Health Sciences. En Côte d’Ivoire, 40% des femmes accueillies dans le refuge de l’ONG Akwaba Mousso rapportent avoir été victimes de viol conjugal.
Dans de nombreux systèmes juridiques africains, y compris au Sénégal et en Côte d’Ivoire, la présomption implicite de consentement mutuel entre époux notamment empêche la reconnaissance effective du viol conjugal comme crime.
Quand des féministes sensibilisent sur la thématique, la question est souvent minimisée. Dans l’article du journal Le Monde cité plus haut, la militante ivoirienne et cofondatrice de la Ligue ivoirienne des droits des femmes, Marie-Paule Okri confie au journaliste :
Quand on essaie d’en parler, on nous répond qu’on exagère. On nous inculque depuis l’adolescence que le corps de la femme est fait pour donner du plaisir à l’homme.
Pourtant le Protocole de Maputo engage les États africains à garantir les droits fondamentaux des femmes, y compris en matière de santé et de consentement reproductif au niveau de son article 14.
Au-delà des textes juridiques, seul un profond changement de mentalités peut changer la condition des femmes dans le respect du corps et l'égalité au sein des couples.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250910_060528";}s:15:"20250909_030959";a:7:{s:5:"title";s:104:"Rapport d'atelier : conception d'une stratégie d'activisme numérique en langue Angika à Bihar en Inde";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/09/297565/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297565";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 09 Sep 2025 01:09:59 +0000";s:11:"description";s:346:"Vingt-deux locuteurs de l'angika et cinq gardiens de la langue ont participé à un atelier organisé à Bhagalpur, dans l'État du Bihar, en Inde, les 28 et 29 avril 2025, afin d'explorer des stratégies numériques visant à renforcer la présence en ligne de l'angika. Cet atelier était organisé par Rising Voices et les Wikimédiens angika.";s:7:"content";s:9023:"
L’enthousiasme débordant des participants a poussé les organisateurs à programmer un atelier de suivi en ligne.
Participants et organisateurs de l'atelier Rising Voices sur l'activisme linguistique et numérique à Bihar, en Inde, en avril 2025. Image fournie par l'auteur et utilisée avec sa permission.
La présence en ligne d'une langue est essentielle pour promouvoir son utilisation dans la vie quotidienne. C'est un fait que les locuteurs de l'Angika ont bien compris, une langue parlée dans les États indiens de Bihar et Jharkhand.
À la suite d'un appel à participation lancé par Angika Wikimedians et Rising Voices, les locuteurs et sympathisants de la langue Angika se sont réunis à Bhagalpur, en Inde, les 28 et 29 avril 2025, afin d'étudier des stratégies numériques de renforcement de la présence en ligne de l'Angika. Axées sur huit points clés — faciliter, multiplier, normaliser, éduquer, réclamer, imaginer, défendre, et protéger — les participants locuteurs de l'Angika ont découvert des approches communautaires visant à soutenir et revitaliser leur langue dans la sphère numérique.
Élaboration d'une feuille de route pour la numérisation de l'Angika
Le séminaire de deux jours à Bhagalpur s'est tenu quotidiennement de 10 h à 16h00. L'événement a suscité un vif intérêt, et 22 participants ont été sélectionnés. En dehors des participants, cinq gardiens de la langue, dont des écrivains Angika chevronnés, étaient présents durant les deux jours du séminaire.
Sudhir, un participant de l'atelier partage son point de vue sur sa capacité à exercer ses droits linguistiques de locuteur Angika. Image fournie et autorisée par l'auteur.
La première journée a débuté par une présentation personnelle des participants. Ils ont parlé de leur identité et lien avec la langue Angika, et ils ont partagé leurs motivations pour soutenir l'Angika. L'importance de s'exprimer dans sa langue pour renforcer les liens communautaires a été aussi soulignée.
Une session interactive sur les droits linguistiques a suivi, suscitant toute une série de réactions de la part des intervenants. Ils ont abordé le déclin de l'Angika en tant que langue privilégiée pour la communication publique, le manque de matériel didactique dans cette langue , et leur désir d'amener un changement dans les attitudes sociales en améliorant sa visibilité en ligne.
Twinkle Rani, participante à l'atelier, partage sa feuille de route au Jour 2. Image fournie par l'auteur.
La deuxième journée s'est poursuivie par une formation complémentaire, suivie d'une activité de création de feuilles de route pour chaque acteur. Cet exercice avait pour objectif d'aider les participants à bien identifier leurs besoins en Angika dans leurs domaines d'intérêt spécifiques en ébauchant une piste de réalisation de solution.
Chaque participant avait des aspirations pour la langue — certains ont souligné le rôle de la musique dans la préservation de la culture linguistique, d'autres ont cherché à développer des applications, ou alors ils se sont concentrés sur la création de livres illustrés pour enfants ou d'applications d'apprentissage des langues. Plusieurs personnes ont aussi proposé de contribuer aux projets afin de soutenir l'Angika sur le plan numérique en créant du contenu. La contribution du coordonnateur de l'atelier Kumar Gaurav, a été très déterminante pour la poursuite de la discussion aux prochaines étapes.
Activités de suivi
À la suite de l'atelier d'avril 2025 , plusieurs participants ont exprimé leur volonté de retenir l'Angika Wikipedia comme outil d'amélioration de la visibilité en ligne. En raison de l'intérêt considérable suscité par cet évènement, les organisateurs ont prévu un atelier de suivi en ligne le 17 juillet 2025, animé par Nitesh Gill de l'Open Knowledge Initiatives IIIT Hyderabad. Des participants enthousiastes se sont joints à nous pour s'instruire sur les différents Projets Wikimédia, sur la rédaction d'articles Wikipédia, et l'utilisation de références fiables. Les nouveaux rédacteurs ont aussi échangé sur les défis techniques relatifs à la création et aux blocages des comptes.
La session d'atelier en ligne a débuté par une présentation de Wikipédia, suivie d'une formation à l'édition visuelle et textuelle, et clôturée par une période de questions/ réponses. Le prochain atelier de la série portera sur l'amélioration de la qualité et de la profondeur des articles Wikipédia. L'objectif est de poursuivre ces ateliers pour renforcer les capacités de la communauté linguistique Angika et de l'aider à devenir un contributeur autonome des plateformes de connaissances numériques.
La tenue de cet atelier de Rising Voices en avril 2025 répond, au moment opportun, à une attente de la communauté Angika. Celle-ci s'efforce de se représenter de manière autonome et de collaborer pour affirmer son identité culturelle et linguistique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250909_030959";}s:15:"20250909_030157";a:7:{s:5:"title";s:97:"Une archive vivante : 42 langues autochtones du Bangladesh préservées sur un portail en ligne";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/09/297511/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297511";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 09 Sep 2025 01:01:57 +0000";s:11:"description";s:226:"Une base de données numérique préserve le patrimoine du Bangladesh, en répertoriant des mots, expressions et transcriptions IPA issus de 42 langues indigènes, pour promouvoir la compréhension et la diversité culturelle.";s:7:"content";s:20241:"
‘Multiling.cloud est un important référentiel numérique destiné à préserver et promouvoir la diversité linguistique du Bangladesh’
Enregistrement pour le cloud multilingue – Ressources numériques pour les langues du Bangladesh. Image via EBLICT Project, BCC. Utilisée avec permission.
Au Bangladesh, de nombreuses langues menacées ne sont parlées que par une poignée de personnes. Par exemple, la langue kharia n'est parlée que par cinq personnes ; or, lorsque ces dernières disparaîtront, leur langue risque de se perdre à jamais. Afin de contribuer à la préservation de ces langues, le Département des technologies de l'information et de la communication du gouvernement du Bangladesh, qui dépend du ministère des Postes, des Télécommunications et des Technologies de l'information, a lancé un projet visant à numériser les langues ethniques. Cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet EBLICT (Enhancement of Bangla Language in ICT through Research & Development) mis en œuvre par le Conseil informatique du Bangladesh, et qui se concentre sur l'« amélioration du bengali dans les TIC grâce à la recherche et au développement ».
En juillet 2025, un site Web intitulé « Multilingual Cloud » a été lancé dans le cadre de cette initiative afin de préserver numériquement 42 langues. Conçu comme un référentiel de langues indigènes sous le portail bangla.gov.bd, le site offre une riche collection de mots, d'expressions et de transcriptions en alphabet phonétique international (API) provenant de diverses langues du Bangladesh, dans le but de promouvoir la connaissance et de célébrer la diversité culturelle et ethnique du pays.
Au sujet du site Web, Mamun Or Rashid, consultant pour le projet EBLICT et membre du corps enseignant de l'université Jahangirnagar, a déclaré à Global Voices lors d'un entretien téléphonique :
Afin de préserver les langues menacées du Bangladesh, cette plateforme a systématiquement collecté et sauvegardé leurs formes à la fois écrites et orales.
Le 9 août, Journée internationale des peuples autochtones, il a également partagé ses réflexions dans une publication Facebook :
‘আজকে ওয়ার্ল্ড'স ইনডেজেনাস পিপল ডে। আমি যতগুলো কাজ করতে পেরেছি তার মধ্যে যেগুলো সবচেয়ে ইমপেক্টফুল তারমধ্যে একটা হলো, এই দেশের ৪২টি ভাষা ডিজিটাইজ করে সংরক্ষণের কাজ করা। বাংলাদেশের বিপন্ন ভাষাগুলো টিকিয়ে রাখার জন্য আমরা মাল্টিলিংঙ্গুয়াল ক্লাউড (multiling.cloud) তৈরি করেছি। [..]
প্ল্যাটফর্মটিতে ৭,১৭৭টি টপিক রয়েছে, যা প্রতিটি ভাষার সংরক্ষণের নমুনা হিসেবে কাজে লাগছে। এছাড়া, এখানে IPA-এর মাধ্যমে ৯৭,৭৮২টি বাক্যের সঠিক উচ্চারণ সংরক্ষিত হয়েছে এবং ২১৪ জন নেটিভ স্পিকারের কাছ থেকে সংগৃহীত ১২,৬৪৬ মিনিটের অডিও রেকর্ড করা হয়েছে। এর মাধ্যমে বিপন্ন ও স্বল্পপরিচিত ভাষাগুলো শুধু ভাষাগত নয়, বরং সাংস্কৃতিক বৈশিষ্ট্যও সংরক্ষিত হয়েছে। সবাইকে শুভেচ্ছা।’
Aujourd'hui, c'est la Journée internationale des peuples autochtones. Parmi toutes les tâches que j'ai accomplies, l'une des plus marquantes est la préservation de 42 langues de ce pays grâce à leur numérisation. Nous avons créé le portail Multilingual Cloud (multiling.cloud) dans le but de préserver les langues menacées du Bangladesh. [..]
La plateforme comprend 7 177 sujets qui servent d'échantillons de préservation pour chaque langue. En outre, elle répertorie la prononciation correcte de 97 782 phrases grâce à l'alphabet phonétique international (API) et a enregistré 12 646 minutes d'audio provenant de 214 locuteurs natifs. Cet effort a permis de préserver non seulement les caractéristiques linguistiques, mais aussi les caractéristiques culturelles des langues menacées et moins connues. Meilleurs vœux à tous.
L'une des langues présentées sur le site Web est le khasi, une langue austroasiatique parlée par le peuple khasi dans la région nord-est de Sylhet, au Bangladesh. Cette langue ne possède pas d'alphabet ni d'écriture propres.
Depuis le début des années 1800, le khasi s'écrit à l'aide de l'alphabet romain, et le premier livre dans cette langue a été publié par le missionnaire William Carey en 1814. Le khasi possède une riche tradition orale, ainsi qu'un héritage historique composé d'histoires, de livres de grammaire et de textes religieux. Dans les villages khasi, de nombreuses écoles enseignent aux enfants dans leur langue maternelle afin de contribuer à la préservation de cette langue. La communauté locale s'efforce également de préserver et de promouvoir le khasi à travers l'éducation et l'écriture.
Collecte de données dans des villages autochtones pour le portail Multilingual Cloud – Ressources numériques pour les langues du Bangladesh. Image via EBLICT Project, BCC. Utilisée avec permission.
Dans le cadre de cet effort de préservation, les données vocales et la documentation vidéo de la langue khasi ont été numérisées sur le portail. Plus de 300 minutes d'enregistrements audio en khasi ont été réalisés sur 151 sujets, désormais disponibles en ligne. Ces enregistrements comprennent des récits sur la vie du village, les différences générationnelles, les chants traditionnels, la médecine, les récits et souvenirs associés aux animaux et les expériences vécues pendant la pandémie de COVID-19.
Les langues en voie de disparition à travers le monde
De nombreuses langues à travers le monde sont en train de disparaître. Selon l’UNESCO, une langue meurt tous les 14 jours. Sur plus de 7 000 langues dans le monde, environ 2 500 sont en danger. Une enquête menée par l'Institut international de la langue maternelle (IMLI) à Dhaka a révélé que 14 langues au Bangladesh sont menacées d’extinction, notamment le konda, le kharia, le koda, le sauria, le munda, le kol, le malto, le khumi, le pangkho, le rengmitcha, le chak, le khyang, le lusai et le lalen.
En 2022, les autorités ont créé un référentiel national de ressources linguistiques numériques avec l'objectif de préserver les langues autochtones et locales au Bangladesh. Cette initiative vise à sauvegarder les langues des petits groupes ethniques ainsi que d'autres langues parlées à travers le pays. L'objectif de ce référentiel est de stocker des échantillons de 42 langues du Bangladesh.
Parmi ces langues, 26 sont écrites dans différents alphabets autochtones ; quatre langues utilisent l'alphabet bengali : le hajong, le sadri, le koda et le bishnupriya manipuri ; huit langues ont leur propre écriture, notamment le meitei manipuri, le chak, le chakma, le tanchangya, le marma, le rakhine, l'ourdou et le mro ; et quatorze langues sont écrites en alphabet romain, telles que le bom, le kol, le kokborok, le khasi, le garo, le lusai, le mahali, le pangkho, l'abeng, l'attang, le migam, le koch, le khyang et le khumi.
Collecte de données pour le portail Multilingual Cloud – Ressources numériques pour les langues du Bangladesh. Image via EBLICT Project, BCC. Utilisée avec permission.
Le défi de la numérisation des langues au Bangladesh
Selon une étude réalisée en 2025 par Ritesh Karmakar, les langues autochtones du Bangladesh sont en train de disparaître rapidement, car elles sont absentes des écoles et des domaines publics, y compris des espaces en ligne, ce qui met en danger à la fois l'identité culturelle et les liens communautaires. Leur marginalisation résulte en grande partie des politiques nationales qui privilégient le bengali comme seule langue utilisée dans les écoles, l'administration et la vie publique.
Lors d'un récent séminaire organisé dans le cadre de cette initiative, les participants ont indiqué que plus de 50 groupes ethniques minoritaires au Bangladesh luttaient pour préserver leurs langues. Presque tous les membres de ces communautés doivent apprendre le bengali comme deuxième langue, soit à l'école, soit pour gagner leur vie, en plus de leur langue maternelle. Le gouvernement a certes pris des mesures pour dispenser l'enseignement primaire dans la langue maternelle de cinq groupes ethniques, mais celles-ci ne sont pas encore efficaces en raison de la complexité de la situation.
L'absence de trace écrite pose un défi majeur pour bon nombre de ces langues, car la plupart d'entre elles ne disposent pas de leur propre système d'écriture. Même si des traces écrites existent, ces langues n'ont pas pu prospérer en raison de leur usage limité. Afin de préserver les langues des groupes ethniques minoritaires, il est essentiel de développer des structures grammaticales et des dictionnaires pour les langues les plus couramment parlées et de les rendre accessibles à la fois en ligne et hors ligne. La collaboration entre les organisations privées et le gouvernement pourrait rendre la numérisation de ces langues plus durable.
Le projet vise à étudier et à documenter numériquement ces langues marginalisées en créant des polices et des claviers destinés à l'utilisation en ligne, contribuant ainsi à assurer leur survie. Cela permettra également aux personnes qui parlent ces langues d'utiliser leur langue maternelle sur les plateformes numériques et de renforcer leur sentiment d'identité.
Les fonctionnalités du site Web
Multilingual Cloud – Ressources numériques pour les langues du Bangladesh. Capture d'écran de la page d'accueil. Utilisation équitable.
Le site Web Multiling Cloud présente une carte indiquant les régions du Bangladesh où chaque langue est parlée. Il fournit également des informations détaillées sur les efforts de préservation, notamment le nombre de phrases enregistrées, les intervenants qui ont contribué au projet et la quantité de données collectées. Chaque langue dispose de sa propre section dictionnaire.
Cette initiative de préservation des langues a suscité beaucoup d'intérêt parmi les utilisateurs autochtones. Samar Soren, qui travaille depuis longtemps sur la langue santali, a déclaré au téléphone à Global Voices :
বাংলাদেশের বহুভাষিক বৈচিত্র্য সংরক্ষণ ও প্রসারে multiling.cloud একটি গুরুত্বপূর্ণ ডিজিটাল রিপোজিটরি। এখানে বিভিন্ন আদিবাসী ভাষার বিভিন্ন ডোমেইনের নমুনা ভয়েস সংরক্ষিত করা হয়েছে, যা ভাষার পরিধি বা ল্যাংগুয়েজ স্পেস ও ব্যবহার বাড়াতে সহায়তা করবে। শুধু গবেষক ও ভাষাকর্মীরাই নন, সাধারণ মানুষও এই প্ল্যাটফর্ম ব্যবহার করে দেশের যেকোনো আদিবাসী ভাষায় ন্যূনতম প্রাথমিক কথোপকথন শিখতে পারবেন।
Multiling.cloud est un important référentiel numérique destiné à la préservation et à la promotion de la diversité multilingue du Bangladesh. Il conserve des échantillons vocaux provenant de différents domaines de diverses langues autochtones, ce qui contribuera à élargir l'espace linguistique et son utilisation. Non seulement les chercheurs et les militants linguistiques, mais aussi les citoyens ordinaires peuvent utiliser cette plateforme pour acquérir des compétences conversationnelles de base dans n'importe quelle langue autochtone du pays.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250909_030157";}s:15:"20250909_025615";a:7:{s:5:"title";s:97:"La Chine peut-elle résoudre le problème de gestion des déchets auquel fait face l'Indonésie ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/09/297065/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297065";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 09 Sep 2025 00:56:15 +0000";s:11:"description";s:287:"L'opposition sociale à la valorisation énergétique des déchets par incinération se limite pour le moment à l’Indonésie, ce secteur n’en étant encore qu’à ses débuts, mais les inquiétudes du public risquent d’augmenter lorsque son marché se développera en Indonésie.";s:7:"content";s:21152:"
L'industrie chinoise d'usines de valorisation énergétique des déchets par incinération est en situation de surcapacité.
Cet article a été soumis dans le cadre de la bourse Global Voices Climate Justice, qui met en relation des journalistes issus de pays sinophones et du Sud global afin d’enquêter sur les effets des projets de développement chinois à l’étranger. Retrouvez d’autres articles ici.
Au mois de septembre 2024, Zhejiang Jinneng Electric Power Technology Co., une société chinoise spécialisée dans la valorisation énergétique des déchets, organise une cérémonie d’inauguration à Palembang, la capitale du Sumatra du Sud en Indonésie. La première pierre d’une usine de valorisation énergétique (UVE) est alors posée sur fond de célébrations et feux d’artifice.
L'an dernier, la société chinoise a signé un contrat d’achat d’électricité avec Perusahaan Listrik Negara (PT PLN), une entreprise publique d’électricité indonésienne. Jinneg prévoit de construire un système d’incinérateurs et de turbines à Palembang afin de traiter 1 000 tonnes de déchets solides par jour. Le processus consiste à capter la chaleur provenant de l’incinération de déchets, qui est ensuite utiliser pour activer une turbine et produire de l’électricité. Conformément à l’accord, PLN achètera l’énergie produite.
Selon un communiqué de presse de Jinneg, lors de la cérémonie, Wiluyo Kusdwiharto, responsable de la gestion des projets et des nouvelles énergies renouvelables auprès de PLN, a spécifié que l’usine à Palembang permettrait non seulement de faire face au fléau que représentent les quantités de plus en plus importantes de déchets dans la ville, mais aussi contribuerait à réduire les émissions de CO2 et à générer de « l’électricité verte ».
Carte des zones inondables de Palembang, montrant la vulnérabilité d'une grande partie de la ville à de graves inondations. Image de Mohammad Farid via IOP Conf. Ser: Earth and Environmental Science. Licence CC BY 4.0
En Indonésie, lors de la saison des pluies (entre octobre et avril), Palembang connaît souvent de graves inondations.
En outre, selon Marlina Sylvia, responsable de la Direction des ressources en eau du ministère des Travaux publics et de l’Aménagement du territoire, le projet contribuerait à pallier le problème des inondations de Palembang, provoquées par les amas de détritus qui bouchent les égouts. D’après des estimations, près de 90 tonnes de déchets sont chaque jour déversés dans les rivières.
Sylvia a déclaré à Kompas, un journal local renommé :
Upaya ini harus dilakukan karena sebagian besar sampah berasal dari rumah tangga
Ce projet (UVE) est capital car la plupart des déchets proviennent des ordures ménagères.
En tant que l’un des leaders dans ce domaine en Chine, Jinneg à ce jour opère 27 UVE à travers tout le pays. L'usine de Palembang sera la première à être implantée à l’étranger. Selon Jinneg, le projet :
…大力推进中国先进的垃圾焚烧发电技术走出去,为印尼环境保护提供中国经验和智慧.
…promeut à l’étranger les avancées technologiques de la Chine en matière de valorisation énergétique des déchets, et aidera l'Indonésie à améliorer ses efforts en matière de protection de l'environnement, grâce à l'expertise et au savoir-faire chinois.
Les UVE offriraient un double avantage : l’élimination d’amoncellements de déchets tout en produisant de l’électricité sous la forme d’un sous-produit. La technologie chinoise en matière de valorisation énergétique peut-elle vraiment résoudre le problème croissant des déchets en Indonésie et Asie du Sud-Est ? Ou tout cela semble-t-il trop beau pour être vrai ?
Chine : de l’essor à la surcapacité
En Chine, lors des deux dernières décennies, le secteur de la valorisation énergétique des déchets par incinération s’est rapidement développé, surtout dans les moyennes et grandes villes. Entre 2005 et 2023, selon des données du ministère chinois du Logement et du Développement urbain et rural, le taux d’incinération des déchets ménagers en milieu urbain est passé de 9,8 % à 82,5 %, et le nombre d’usines d’incinération est passé de 67 à 1 010. Le pays est à présent leader mondial dans ce domaine, en particulier en ce qui concerne les déchets solides municipaux.
Usine de valorisation énergétique des déchets à Gushi, dans la province de Henan, Chine. Via Wikimedia Commons. CC BY-SA 4.0
Alors que le secteur de la valorisation énergétique joue à présent un rôle déterminant dans la résolution du problème des déchets en Chine, un nouvel obstacle est apparu : la surcapacité.
Lors d’un entretien avec China News Weekly, Pan Gong, analyste du secteur des déchets solides pour E20 Institute, un groupe de réflexion chinois sur l’environnement, a déclaré :
粗略估算,当前垃圾焚烧厂整体负荷率约为60%.
Le facteur de charge actuel des UVE sur le sol chinois est estimé à environ 60 %.
Selon Pan Gong, la Chine a connu un essor dans la construction d’usines d’incinération vers 2018. Un problème de « sous-alimentation » des UVE a commencé à apparaître progressivement, lorsqu’elles sont devenues opérationnelles en 2022.
La surproduction, ainsi qu’une concurrence locale acharnée, ont forcé les entreprises chinoises d’incinération de déchets, telles que Jinneg, à chercher à étendre leurs activités à l’étranger. L’Asie du Sud-Est, une région proche de la Chine qui compte de nombreux pays en développement, avec une forte croissance économique et démographique, et des besoins importants d’incinérateurs de déchets, est alors devenu un marché clé.
La crise des déchets en Indonésie
La taille de l’Indonésie, la rapidité de son urbanisation et l’augmentation des problèmes posés par les déchets en font une destination attrayante pour les investissements dans le domaine de la valorisation énergétique. Le pays, qui produit plus de 65 millions de tonnes de détritus par an, sans pour autant montrer aucun signe de ralentissement, traverse une crise majeure en matière de gestion des déchets. Par ailleurs, l’archipel importe depuis des décennies les déchets de régions telles que l’Union européenne, l’Australie et les États-Unis, aggravant ses propres problèmes.
À partir des années 1990, la Chine devient le premier importateur mondial de déchets. En 2011, les autorités renforcent la règlementation relative aux importations jusqu’à leur interdiction au début de l’année 2018, le pays prenant alors conscience de leur caractère non durable, de leur impact environnemental et de leurs effets sur la santé des populations locales. Dès lors, de nombreux pays occidentaux se sont tournés vers des pays à faible revenu appartenant au Sud global afin de résoudre leurs problèmes de déchets, malgré le fait que bon nombre d'entre eux disposaient de systèmes de gestion des déchets inadéquats. Des militants ont qualifié cette pratique de « colonialisme des déchets ».
En 2022, l’Indonésie devient le troisième plus gros importateur de déchets au monde, et en 2024 importait pas moins de 262 900 tonnes de plastiques. Mais au mois de janvier 2025, le gouvernement mettera fin à cette pratique ; le ministre de l’Environnement, Hanif Faisol Nurrofiq, avait d'ailleurs déclaré quelques mois auparavant : « J’aimerais rappeler à toutes les parties concernées que nous avons assez de déchets plastiques à gérer en plus des nôtres et que par conséquent leurs importations cesseront à partir de l’année prochaine. »
Les déchets urbains sont traités à l’aide de méthodes conventionnelles et non durables, notamment les décharges à ciel ouvert, entraînant un niveau très élevé d’émissions de méthane, l’un des contributeurs majeurs au réchauffement climatique.
Le taux de traitement des déchets dans diverses régions indonésiennes n’est que d’environ 10 %, alors que les décharges à travers tout le pays devraient atteindre leur capacité maximale d’ici 2030.
De jeunes militants écologistes indonésiens décorent une pièce avec des bouteilles en plastique récupérées dans une rivière. Via Wikimedia Commons. CC BY-SA 4.0
Selon Diaz Hendropriyono, le Ministre Délégué à l’Environnement, la vaste quantité de déchets, qui ne sont ni gérés ni traités, ont pollué l’environnement. Lors d’un entretien avec Antaranews, il a déclaré : « L’impact est considérable. Nous avons trouvé des microplastiques dans des rivières, des points d’eau, du placenta, et même dans du lait maternel. »
Néanmoins, la situation bien que désastreuse présente aussi des opportunités pour le secteur de valorisation énergétique des déchets en Indonésie qui actuellement ne possède que deux UVE, l’une à Surabaya, à l’est de Java, et l’autre à Solo, dans le centre de Java. Le gouvernement a l’intention d’augmenter leur nombre à 30 d’ici 2029.
Lors d’un entretien avec Indonesian News Agency, Zulkifli Hasan, ministre coordinateur de l’Alimentation de l’Indonésie, a déclaré que le secteur de la valorisation énergétique suscite un vif intérêt de la part d’investisseurs étrangers, non seulement de la Chine, mais aussi de Singapour, du Japon, et de l’Europe : « C’est un domaine qui séduit beaucoup de pays car il est à la fois viable et rentable. » Le gouvernement s'est engagé à simplifier ses règlementations afin de faciliter les investissements étrangers potentiels.
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La technologie de valorisation énergétique a le potentiel de convertir les déchets en énergie renouvelable, mais elle pose également des défis spécifiques d’un point de vue économique, environnemental et social.
Selon des chercheurs, les tarifs de rachat d’électricité et les redevances de déversement associés aux UVE en Indonésie sont pour l’heure insuffisants afin de garantir leur viabilité commerciale. Par ailleurs, les déchets du pays ont tendance à avoir un taux d’humidité élevé nécessitant un traitement préalable qui augmente leur coût global. Lors d'une conférence sur l'environnement à l'université Gadjah Mada, Priyanto Rohmatullah, directeur des Affaires environnementales au ministère de la Planification du développement national (Bappenas), a expliqué les défis auxquels l'Indonésie est confrontée dans la conversion des déchets en énergie :
Plastics should be separated, organics should be separated, and inorganics should also be separated. But what often happens is that everything is mixed, collected, transported, and dumped again. This is why our landfills practice open dumping, leading to overcapacity.
Les déchets plastiques devraient être séparés, tout comme les matières organiques et inorganiques. Or, il arrive souvent que les détritus soient mélangés, collectés, transportés, et de nouveau déversés dans les décharges à ciel ouvert, entraînant une surcapacité.
L'ONG environnementale Forum indonésien pour l’environnement ( WALHI ), a fait part d’inquiétudes similaires. Yuli Usman, directeur général de son antenne dans le Sumatra du Sud, a souligné l’importance d’une bonne gestion des déchets en amont avant même le commencement des opérations de transformation des déchets en énergie. Il a également ajouté que « les équipements et infrastructures pour le ramassage des ordures ménagères » doivent être mis en place dans l’optique de soutenir efficacement la valorisation énergétique des déchets.
Partout dans le monde, les UVE sont un sujet de controverse en raison de préoccupations environnementales et de leur impact sur la santé, surtout en matière d’émissions de dioxines (PCDD), de dibenzofuranes (PCDF), et autres substances polluantes. Par exemple en Chine, lors de la dernière décennie, des résidents inquiets habitant près d’UVE ont plusieurs fois manifesté en masse contre leurs effets potentiellement néfastes.
L'opposition sociale à la valorisation énergétique des déchets par incinération se limite pour le moment à l’Indonésie, étant donné que ce secteur n’en est encore qu’à ses débuts, mais les inquiétudes du public risquent d’augmenter lorsque son marché se développera en Indonésie. Alors que les méthodes de transformation des déchets en énergie se sont nettement améliorées lors de la dernière décennie, de très nombreux scientifiques conviennent à présent que les UVE pourraient fournir une solution financièrement fiable, sans danger et écologique pour produire de l’électricité. Une transparence des données relatives à l’environnement et à la santé sera cependant essentielle pour apaiser l’opposition du public.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250909_025615";}s:15:"20250908_180056";a:7:{s:5:"title";s:87:"La sécurité des journalistes réfugiés politiques mise à mal en Afrique francophone";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/08/297430/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297430";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 08 Sep 2025 16:00:56 +0000";s:11:"description";s:198:"Pour les journalistes fuyant les menaces, l'exil n'est pas garantie de sécurité: c'est le cas du journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè détenu en Côte d'Ivoire et expulsé dans son pays.";s:7:"content";s:13954:"
Le plus grand danger est que cette d'extradition puisse faire jurisprudence sur le continent.
En image, Comlan Hugues Sossoukpè ; Capture d'écran de la page YouTube de Benin'Us
Certains journalistes sont obligés de fuir leur pays d'origine car leur vie est en danger. Mais l'exil n'est pas toujours garantie de sécurité comme le montre le cas du journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè qui a pris refuge au Togo mais a été arrêté en Côte d'Ivoire.
Dans de nombreux pays, y compris en Afrique, les journalistes critiques du pouvoir ne sont pas vus d'un bon œil. Ils sont souvent la cible des menaces et d'intimidations et sont parfois arrêtés et emprisonnés. Face à ce risque réel, certains décident de quitter leur pays et de trouver refuge dans des pays voisins, ou plus lointains.
Le droit international des réfugiés s'applique aux journalistes se retrouvant dans ce genre de situations mais, ce droit n'est pas toujours respecté. En effet, certains États usent de moyens pour arrêter et extrader certains journalistes censés être en sécurité sur leur territoire. C'est justement ce qui s'est passé dans la nuit du 10 au 11 juillet 2025 en Côte d'Ivoire quand le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpè a été arrêté sur le sol ivoirien et extradé vers le Bénin.
Qui est Comlan Hugues Sossoukpè?
Comlan Hugues Sossoukpè est un journaliste professionnel et directeur d'une publication béninoise « Olofofo ». Il est également connu comme cyberactiviste et lanceur d'alerte. Il est très critique envers la gouvernance de Patrice Talon, président du Bénin depuis mars 2016.
En 2019, suite à l'interdiction de publication et parution de son média, – une décision finale de la justice béninoise rendue en mars 2025 – Comlan Hugues Sossoukpèquitte le Bénin, son pays d'origine pour s'installer au Togo où il obtient le statut de réfugié en 2021. Depuis le Togo, il continue son activisme et participe à des forums, des conférences à travers le monde. Pendant ce temps, il demeure une cible dans le viseur du régime béninois qui le suit de très près.
Dans le classement de Reporters sans frontières en 2025, le Bénin a régressé de trois rang. Quittant la 89è place en 2024 pour la 92è place en 2025 sur les 180 pays.
Tombé dans le piège ivoirien
Début juillet,Sossoukpè reçoit un courrier du Ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation qui invite ce dernier pour la couverture de la première édition de l'évènement « Ivoire Tech Forum » qui se tient du 9 au 11 juillet 2025 à Abidjan. Comme mentionné par BBC Afrique dans son article en date du 25 juillet, le journaliste répond à l'invitation, et s'y rend le 8 juillet.
Reporters sans frontières (RSF) qui a documenté l'affaire explique en détails le scénario de l'arrestation du journaliste dans un article publié sur son site :
Arrivé à Abidjan le 8 juillet, le journaliste s’installe à l’hôtel Palm Beach, propriété du Fonds de prévoyance militaire (FPM) de Côte d'Ivoire. Il commence à couvrir le salon dès son ouverture, le lendemain. Dans la soirée du 10 juillet, plusieurs policiers frappent à la porte de sa chambre, selon les informations recueillies par RSF. Il résiste, puis accepte finalement de les suivre avec la promesse qu’il sera amené devant un juge. Il n’en sera rien. Hugues Comlan Sossoukpè est conduit directement au salon d’honneur de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny, une zone normalement réservée aux invités de prestige.
Le déroulement de cette interpellation jusqu'à la conduite du journaliste vers l'aéroport pour son extradition laisse entrevoir une complicité possible des autorités ivoiriennes, selon les commentaires de Gameli Nouwade, membre du collège des avocats de la victime, au micro de Radio France Internationale. Cet entretien est publié sur le compte X de RFI Afrique :
Le journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpé, réfugié politique au Togo, s'est rendu à Abidjan sur invitation du gouvernement ivoirien. Il y a été arrêté, à son hôtel et expulsé au Bénin. Son avocat Gameli Nouwade dénonce du banditisme judiciaire. pic.twitter.com/Igq1HEnlx9
Plusieurs chefs d'accusation proférés par les autorités béninoises pèsent sur le journaliste: “Harcèlement par le biais d'un système informatique”, “rébellion” et “apologie du terrorisme”. La victime rejette toutes ces accusations mais plaide coupable pour avoir fait son travail: celui d'avoir critiqué le régime et informé l’opinion des réalités du pays. Dans un courrier cité par le journal La Dépêche, il dit :
J’ai critiqué le régime irréprochable de la rupture et livré des informations qu’on voudrait vous cacher. Si cela fait de moi quelqu’un qui n’aime pas son pays, je l’accepte. Mais je voudrais que l’on agisse avec autant d’acharnement quand des compatriotes passent par ma voix pour faire des alertes, des SOS, et autres.
Non application du droit international ?
En bénéficiant du statut de réfugié au Togo, Comlan Hugues Sossoukpè est placé sous la protection du droit international des réfugiés qui couvre les journalistes en exil. La Côte d'Ivoire et le Bénin sont des États signataires qui ont ratifié ledit mécanisme. Dans son article consacré à cette affaire, RSF précise :
Son statut de réfugié politique, accordé par le Togo où il vit en exil depuis sept ans, est pourtant inscrit noir sur blanc dans son passeport — ce que RSF a pu confirmer. Ce statut aurait dû empêcher qu’il soit transféré. En vain. Le journaliste embarque dans un petit avion privé affrété pour l’occasion et à bord duquel il n’aura pour seule compagnie que les policiers qui l’escortent et les membres d’équipage.
Dans ce contexte, le respect des engagements pris par ces États perd toute crédibilité. La Côte d'Ivoire se défend et justifie sa démarche en se référant à une coopération judiciaire avec le Bénin. Tout en soutenant que l'extradition du journaliste n'est pas illégale, Amadou Coulibaly, ministre ivoirien de la Communication et porte-parole du gouvernement, cité par BBC Afrique indique :
Les autorités ignoraient son statut de réfugié politique. (…)les autorités ont simplement exécuté un mandat d'arrêt international, en vertu des accords de coopération judiciaire entre la Côte d'Ivoire et le Bénin.
Le plus grand danger pour les journalistes africains est que cette extradition puisse faire jurisprudence sur le continent. Désormais, d'autres États pourraient adopter une tactique similaire et livrer des journalistes exilés à leur pays d'origine.
En août 2024, Steve Amoussou, un autre cyberactiviste béninois est arrêté et enlevé au Togo. Il est aussi connu également pour ses critiques sévères envers le pouvoir de Patrice Talon.
Au regard de ces affaires de répression transnationale, les journalistes se posent la question de savoir si la sécurité des journalistes réfugiés politiques est encore garantie.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250908_180056";}s:15:"20250902_090056";a:7:{s:5:"title";s:107:"La Chine en Afrique francophone: Développement durable ou exploitation accentuant la crise climatique? ";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/02/297518/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297518";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 02 Sep 2025 07:00:56 +0000";s:11:"description";s:231:"Rejoignez-nous pour une conversation en français avec des boursiers de Global Voices pour la justice climatique et des journalistes africains et sinophones afin de découvrir leur approche sur un sujet qui transforme le continent.";s:7:"content";s:4178:"
La Chine est le premier partenaire commercial de la majeure partie de l'Afrique francophone, une région riche d'importantes ressources en métaux rares et d'autres ressources naturelles. Quel est l'impact des projets de développement chinois sur les économies locales, mais aussi sur les écosystèmes, le changement climatique et les communautés locales ? Rejoignez-nous pour une conversation en français avec des boursiers de Global Voices pour la justice climatique et des journalistes africains et sinophones afin de découvrir leur approche sur un sujet qui transforme le continent.
Rejoignez-nous en direct le mercredi 3 septembre à 15h00 heure d'Afrique de l'Ouest avec ce lien.
Les intervenants
Jean Sovon est un journaliste togolais et rédacteur régional de Global Voices en Afrique francophone, engagé pour la couverture des sujets liés à l'environnement et au changement climatique en Afrique. Il est bénéficiaire de la bourse sur la Justice Climatique de Global Voices en 2025.
Désiré Nimubona est journaliste burundais travaillant dans le domaine de l'environnement et des changements climatiques. Il est aussi l'ancien boursier de la justice climatique de Global Voices en 2024.
Aïssatou Fofana est journaliste ivoirienne et cofondatrice du média en ligne L'Ecologiste.
Ruohan Xie est une podcastrice primée et une journaliste indépendante. Elle a couvert un large éventail de sujets, notamment la justice climatique, l’immigration et les crises des réfugiés. Elle est aussi l'ancien boursier de la justice climatique de Global Voices en 2024.
Vivian Wu est PDG et fondatrice de Mighty Voice 大聲, et innovatrice en journalisme et technologie des médias avec plus de 20 ans d'expérience. Elle est bénéficiaire de la bourse sur la Justice Climatique de Global Voices en 2025.
Filip Noubel est journaliste et rédacteur détaché de Global Voices. Il a travaillé dix ans en Chine sur des projets incluant le développement durable. Il est le modérateur de ce webinaire.
Regardez la discussion ici :
";s:7:"dateiso";s:15:"20250902_090056";}s:15:"20250901_182124";a:7:{s:5:"title";s:128:"La Chine peut-elle relever les défis liés au développement durable en modifiant les habitudes alimentaires de sa population ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/09/01/296693/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=296693";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 01 Sep 2025 16:21:24 +0000";s:11:"description";s:309:"La loi chinoise contre le gaspillage alimentaire contrôle et sanctionne principalement les secteurs de la restauration et des médias par le biais d'amendes pour avoir trompé les consommateurs ou favorisé le gaspillage. Dans cette optique, les « mukbangs» sont devenus l'une des cibles de la répression.";s:7:"content";s:12638:"
Le problème actuel du gaspillage alimentaire en Chine se situe davantage au niveau de la production qu'à celui de la consommation.
Capture d'écran de la chaîne YouTube « Xiao He with a round face » d'origine chinoise, sur laquelle sont diffusés des « mukbangs.»
Le proverbe populaire chinois 民以食为天, signifiant littéralement que « la nourriture est la chose la plus importante pour les gens », reflète l’importance de celle-ci dans la vie quotidienne des Chinois. C’est pourquoi en Chine lors d’un banquet, l’hôte commande souvent un large choix de plats en témoignage de son statut social, sa générosité et son hospitalité, donnant lieu inévitablement à une grande quantité de restes.
Par ailleurs, alors que la classe moyenne chinoise n’a cessé de croître lors des dernières décennies, et adopté un régime alimentaire riche en viandes en défaveur d’une alimentation traditionnelle à base de céréales, la consommation et la culture alimentaires du pays posent maintenant un problème de durabilité.
Selon des recherches menées en 2015, les restaurants en Chine gaspilleraient entre 17 et 18 millions de tonnes de nourriture par an, soit environ 93 grammes par personne et par repas, du fait que plus d’un tiers des plats ne sont pas consommés. Par ailleurs, la consommation de viande par habitant a considérablement augmenté depuis les années 1970, passant de 10 kilos par personne par an à 70 kilos en 2022. Les conséquences de ce gaspillage alimentaire sont d’autant plus néfastes que l‘impact environnemental de la viande est beaucoup plus important comparé aux aliments à base de plantes.
Mais les restaurants ne sont pas un cas isolé. Les déchets alimentaires des ménages représentent 61 % des 931 millions de tonnes générés chaque année, suivi par les établissements de vente au détail et le secteur de la restauration.
Ces tendances mettent en évidence l'urgence de s'attaquer au problème du gaspillage alimentaire.
Campagne « Finissez votre assiette »
En 2012, la population chinoise, alors prête à se prononcer en faveur d'un changement social, et avant que le gouvernement ne renforce les restrictions en matière de liberté d'expression, affronte pour la première fois les défis liés à la durabilité alimentaire. Le 22 avril 2012, lors du Jour la Terre, des membres d’un groupe civil (N_33), parmi lesquels le défenseur de l’environnement Xu Zhijun, commencent à publier sur Weibo les images de leurs assiettes vides afin d’encourager la population à agir contre le gaspillage alimentaire. Leur appel sur Internet se transformera plus tard en une campagne nationale appelée « Finissez votre assiette », qui sera largement relayée par les médias, y compris Le Quotidien du peuple, journal officiel chinois.
En 2013, l’action s’accélère et gagne en popularité, surtout auprès des jeunes générations depuis longtemps incommodées par les excès de la culture culinaire chinoise. Le mouvement populaire exerce progressivement une influence sur le secteur de la restauration, incitant les restaurants à proposer des portions plus petites et un doggy bag pour les restes. La campagne a aussi permis de standardiser une manière de se restaurer plus responsable : commander moins de plats et n’en acheter d’autres seulement si nécessaire. Une nouvelle valeur sociale prend alors racine au fil du temps : laisser des restes est maintenant considéré comme quelque chose de honteux, alors que terminer son assiette est perçu comme un acte responsable, voire admirable.
Solutions juridiques pour lutter contre le gaspillage
Le gouvernement chinois prend aussi des mesures pour répondre aux défis liés à la durabilité, en les présentant comme une question de sécurité alimentaire. En 2021, la loi contre le gaspillage alimentaire est adoptée, marquant une étape importante dans le passage d'une gouvernance basée sur l’éthique à une gouvernance judiciaire.
Selon la loi, les restaurants et créateurs de contenu culinaire sont passibles d’amendes pour incitation à des commandes excessives de nourriture et à la suralimentation. Les commerces sont tenus de mettre en garde leurs clients contre le gaspillage alimentaire, tandis que les plateformes médiatiques peuvent être sanctionnées pour avoir hébergé des vidéos glorifiant la surconsommation.
Peu de temps après l’adoption de la loi anti-gaspillage alimentaire, la campagne « Finissez votre assiette », alors menée par la société civile, fût reprise par China Guanghua Technology Foundation, une fondation affiliée à la Ligue de la Jeunesse Communiste de Chine, afin d’éduquer la population à adopter des habitudes alimentaires plus durables. Entre 2022 et 2023, les réseaux sociaux ont rapporté et soutenu la campagne de manière fréquente.
Néanmoins, l’efficacité de l’initiative dirigée à présent par l’État est remise en question. Comme l’ont souligné des chercheurs, alors que la loi anti-gaspillage règlemente essentiellement les activités liées au marketing alimentaire et à la restauration, lorsque la nourriture est sur le point d’être consommée, elle contrôle et sanctionne essentiellement les secteurs de la restauration et des médias, au lieu de lutter contre le gâchis alimentaire au niveau du processus de production.
Sur ce point, les « mukbangs » (d’origine coréenne), un phénomène internet consistant à publier des vidéos où des personnes consomment de la nourriture, sont devenus la cible principale de la loi.
Les hôtes de mukbangs consomment d’énormes quantités de nourriture tout en interagissant avec leur audience lors de diffusions en direct. Ce type de vidéo est très populaire en Asie, y compris en Chine, et attirent des millions d’internautes dans le but de se divertir et d’assouvir une envie de nourriture primaire et par procuration.
Plusieurs mois avant l’adoption de la loi, les autorités chinoises ont averti les plateformes médiatiques d’effacer tout contenu contribuant au gâchis alimentaire. Maintenant les médias, les plateformes et tout dirigeant responsable sont passibles d’une amende entre 10 000 et 100 000 yuans (soit environ entre 1 500 à 15 000 USD) en cas de graves infractions.
Les réseaux sociaux ont alors commencé à supprimer les mukbangs de leurs plateformes. Des créateurs ont effacé leur contenu, ou se sont orientés vers d’autres thématiques alimentaires telles que les critiques de restaurants ou les tutoriels de cuisine. D’autres ont migré leurs vidéos vers des plateformes hors de portée de la juridiction chinoise, telles que YouTube, pour ensuite télécharger de nouveau des versions éditées afin de contourner les règles. Certains continuent encore à tester les limites du gaspillage alimentaire en diffusant leurs vidéos à minuit, en finissant toute leur nourriture et en ajoutant un message d’avertissement.
Sur Douyin (la version chinoise de TikTok), un message apparait lorsqu'un internaute recherche des mukbangs : « Appréciez la nourriture. Dites non au gaspillage. Un bon régime alimentaire. Une vie saine. ». Capture d'écran. Fair use.
Gaspillage alimentaire au niveau de l’étape de production de la chaine d’approvisionnement
Aujourd’hui le gâchis alimentaire en Chine n’est pas seulement un problème d’ordre culturel, lequel a été abordé depuis déjà plus d’une décennie grâce à la campagne « Finissez votre assiette » et la loi anti-gaspillage alimentaire. Comme le soulignent des socio-économistes, le défi auquel fait face la Chine en matière de durabilité est plus étroitement lié à l’étape de production de la chaine d’approvisionnement plutôt qu’au niveau des consommateurs.
Selon des estimations de 2022, la Chine perdait post-récolte entre 289 et 368 millions de tonnes de nourriture par an, alors que le gaspillage alimentaire au stade de la consommation se situait entre 27 et 35 millions de tonnes, avec un taux de perte de 5 %. Le problème de surcapacité du secteur agroalimentaire en est probablement la cause.
L’an dernier, afin de pallier au problème de surproduction, le Conseil des affaires de l'État chinois a publié un plan d’action visant à réduire d’ici 2027 les taux de pertes de céréales et de nourriture durant leur production, stockage, transport et transformation, à un niveau inférieur à la moyenne internationale.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250901_182124";}s:15:"20250827_221456";a:7:{s:5:"title";s:112:"Relier les Comores à l'Asie Centrale: le geste littéraire et novateur de l'autrice comorienne Touhfat Mouhtare";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/08/27/297433/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297433";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 27 Aug 2025 20:14:56 +0000";s:11:"description";s:183:"Touhfat Mouhtare est une autrice comorienne qui a vécu en Afrique et en France. Global Voices l'a interviewée pour évoquer les ponts littéraires entre son pays et l'Asie Centrale.";s:7:"content";s:14755:"
Un héros ne s'arrête jamais en cours de quête pour changer ses protections hygiéniques
Capture d'écran de la chaîne YouTube Větrné Mlýny associée qufestival littéraire MAČ, avec Touhfat Mouhtare sur la gauche.
Dans les échanges entre l'Afrique et l'Asie, la littérature est rarement mentionnée comme un vecteur de découverte de l'autre. Pourtant, certains auteurs africains et asiatiques trouvent une part de leur inspiration dans les cultures, les traditions, les personnages, les événements historiques du continent opposé. Certains écrivent aussi sur la présence d'Africains en Asie et d'Asiatiques en Afrique, et les traductions littéraires se multiplient dans les deux sens.
Situé dans l'Océan Indien entre le Mozambique et Madagascar, l'archipel des Comores est un lieu privilégié de rencontres entre l'Afrique et l'Asie. La culture comorienne est rattachée à l'aire swahilie par la proximité linguistique et de nombreuses traditions en commun. De son côté, la culture persane a fortement marqué l'aire swahilie et est présente jusqu'à nos jours dans des domaines aussi divers que l'architecture, la nourriture, ou la religion.
Touhfat Mouhtare, photo de Wissat Daoud utilisée avec permission.
Global Voices a réalisé une interview avec elle pour évoquer les ponts littéraires entre son pays et l'Asie Centrale. L'entretien s'est déroulé par e-mail après une rencontre en juillet lors du festival littéraire d'Europe centrale MAČ à Ostrava en République tchèque.
Filip Noubel (FN) La culture comorienne est hybride par excellence: où et comment se rencontrent les éléments africains et asiatiques aux Comores?
Touhfat Mouhtare (TM): Des spécialistes mènent encore des études pour déterminer qui est arrivé avant. Le plus probable est que des boutres commerciaux en provenance de la Perse, de l'Inde et du Yémen ont accosté les îles à partir du 7eme siècle, et que leurs occupants ont rencontré les habitants déjà présents, organisés en clans, originaires du Mozambique ou du bassin du Congo. Plus tard, il se peut que le pouvoir ait été cédé à des sultans et que les îles soient devenues, avec Zanzibar, une plaque tournante de l'esclavage arabe.
Photo de 1906 représentant Kurmanjan Data (deuxième personne assise à gauche), photo de Wikipedia dans le domaine public
FN: Dans votre dernier livre, Le Feu du Milieu, vous faites référence à une héroïne historique kirguize, Kurmanjan Datka, – une femme indépendante et leader politique de la fin du 19e siècle – fait rare dans un roman francophone. Comment est venue cette rencontre transcontinentale?
TM: C'est ma passion pour l'astronomie à l'ère de l'âge d'or musulman qui m'a conduite à celle qu'on appelle la Reine des montagnes. Après avoir lu la biographie d'Ulugh Beg [sultan timouride du 14eme siècle, mort à Samarkand et connu pour avoir créé un catalogue astronomique] par Jean-Pierre Luminet, je me suis demandé où étaient les femmes de cette région. Le film sur Kurmanjan Datka, La reine des montagnes, qui relate le sacrifice de cette femme afin de préserver sa culture, m'a bouleversée.
Le film évoqué par Touhat Mouhtare est disponible sur YouTube avec des sous-titres en anglais:
FN: L’Asie Centrale et les Comores sont relativement éloignées, pourtant vous trouvez de nombreux points communs entre ces deux parties du monde. En quoi l’Asie Centrale vous inspire dans votre écriture?
TM: L'influence de l‘Empire perse a disséminé, en effet, des mots dans les deux régions, mais aussi une certaine vision de la poésie, de la geste poétique et de la spiritualité. Je ressens une grande familiarité avec l'Asie Centrale, j'y retrouve comme une « version d'origine » de mes repères culturels personnels, dont je me sers comme matière première pour écrire.
FN: Le soufisme est une tradition spirituelle qui relie l’Asie à l'Afrique. Comment se manifeste cette pratique aux Comores?
TM: Elle régit la pratique de l'islam, à travers des rituels dont nous ne connaissons pas toujours l'origine. Elle infuse les échanges, la manière de se saluer : on salue les aînés, par exemple, comme les disciples saluent leurs maîtres, en accueillant leur main au-dessus des deux siennes et en prononçant la formule de respect « kwezi ». Et même si certains courants tentent de la discréditer, elle est profondément ancrée dans la langue.
FN: La place des femmes que vous avez observée en Asie centrale se démarque-t-elle de celles des femmes aux Comores?
TM: Je parlerais d'action des femmes plutôt que de place, puisque la notion de place renvoie à celle qu'on veut bien nous laisser, tandis que l'action dépasse cette assignation. L'action des femmes aux Comores et dans les pays d'Asie centrale que j'ai visités dans le cadre de mes recherches (Ouzbékistan, Turquie) semble converger vers une tendance séculaire : trouver, dans les espaces dans lesquels sont souvent confinées les femmes, des moyens d'expression, des manières de se moquer de l'ordre établi pour en reprendre un peu le pouvoir, et des bulles de liberté, bien que fragile mais bien présentes, en vivant dans les grandes villes. Les femmes de Tachkent, dans la variété des expériences personnelles, professionnelles et familiales qu'elles vivent, me font beaucoup penser aux femmes comoriennes. Et même si la place de l'épouse n'est pas aussi autonome en Ouzbékistan qu'aux Comores, par exemple, les récits tournent tous autour de l'acharnement masculin à ne pas lâcher certains privilèges, et de l'obstination féminine à exister. Entre les deux, les genres dits « fluides » semblent se faufiler avec la même discrétion d'un côté comme de l'autre…
FN: Dans Le Feu du Milieu, les deux personnages principaux sont deux jeunes femmes qui traversent divers mondes. En quoi la narration au féminin permet d'explorer un autre potentiel du roman?
TM: Il y a dans les romans d'aventure des éléments complètement absents, et pourtant bien présents dans une vie de femme : le cycle menstruel, par exemple, l'héritage émotionnel d'une lignée de femmes, la matrilinéarité. Écrire du point de vue du féminin permet, à mon sens, d'insérer une réalité qui, avec le temps, a fini par devenir invisible par nature. Un héros ne s'arrête jamais en cours de quête pour changer ses protections hygiéniques ou laisser passer une crampe abdominale, par exemple, ce qui est indispensable pour une héroïne. Le corps est très peu souvent une contrainte en soi, sans intervention extérieure. Or du point de vue féminin, le corps est lui-même un personnage par défaut, avec lequel il faut composer ; le regard qui est constamment porté sur lui finit également par en faire partie. L'ardeur de la tâche est ensuite d'arriver à transcender le sentiment d'une injustice millénaire à cet égard pour produire quelque chose de vrai.
Pour en savoir plus, cette vidéo du festival MAČ bilingue, en français et en tchèque, donne la parole à Touhfat Mouhtare:
";s:7:"dateiso";s:15:"20250827_221456";}s:15:"20250827_122825";a:7:{s:5:"title";s:118:"Au Mali, des communautés rurales se mobilisent contre le mariage précoce pour protéger l’avenir des jeunes filles";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/08/27/297262/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=297262";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 27 Aug 2025 10:28:25 +0000";s:11:"description";s:226:"En 2018 au Mali, les jeunes filles représentent environ 2 430 068 (24.1%) sur une population de 20 442 030 habitants. Plus de la moitié de ces filles sont mariées avant l’âge de 18 ans, particulièrement en milieu rural.";s:7:"content";s:12859:"
Des pesanteurs comme la pauvreté, des mariages précoces limitent la scolarisation des jeunes filles
Koumbel B. a bénéficié du soutien du comité protection communautaire de Diondiori dans la région de Mopti. Photo de Mohamed Ag RHISSA, utilisée avec autorisation.
Par Job Tiguem Poudiougo
Au Mali, un pays qui compte plus de 25 millions d’habitants, les jeunes femmes, qui représentent 24 % de la population, sont majoritairement mariées avant l’âge de 18 ans, particulièrement en milieu rural. Face à ce constat alarmant, des communautés locales se mobilisent pour protéger les filles et promouvoir leur maintien à l’école.
En Afrique, le mariage précoce est relativement répandue. Selon les données de l’ONG britannique Filles, pas épouses, en 2018, le taux de prévalence des mariages des enfants âgés de 15 ans était de 16% et de 54% pour ceux atteignant 18 ans. Un rapport d'étude sur le mariage d'enfants en Afrique effectué par Centre for Human Rights dans dix pays du continent dont le Mali confirme ces statistiques.
La situation au Mali: selon l’UNICEF, près de 55 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Dans les zones rurales, le taux est encore plus élevé et s'explique par plusieurs facteurs: traditions familiales, difficultés économiques, accès limité à l’éducation qui font que de nombreuses jeunes filles doivent quitter l’école et sont mariées à des hommes bien plus âgés.
De plus, au Mali, la scolarisation des jeunes filles reste limitée en raison de l’insécurité dans les zones rurales: le pays fait face aux conflits armés orchestrés par des groupes terroristes depuis plus d'une décennie.
Toujours selon l'UNICEF, le taux de scolarisation chez les filles à l'école primaire est de 73,8 % contre 85,8 % des garçons. Au niveau secondaire, ce taux chute considérablement: 15 % chez les filles contre 21 % chez les garçons. Ce grand fossé illustre le retrait de la majorité des jeunes filles dans le système éducatif. Derrière ces chiffres se cachent des destins brisés comme celle d'Aïda D, mariée de force à 15 ans. Elle raconte à Global Voices:
J’étais au lycée de Sévaré, une ville du centre du Mali dans la région de Mopti situé à 621 km de Bamako. Je voulais devenir professeur. Un jour, mon oncle est venu nous chercher pour aller au village. Là-bas, ma tante m’a dit que j’allais être mariée à un homme de 48 ans. Je n’ai rien dit, je pleurais. Personne ne m’a écoutée. Une semaine après, j’ai été mariée. Je ne suis jamais retournée à l’école.
Son histoire est loin d’être isolée. Elle incarne le poids des traditions et le silence forcé des jeunes filles dans les décisions qui bouleversent leurs vies et leurs rêves.
Une lueur d’espoir
Mais des dynamiques communautaires émergent pour faire face à ce défi, comme à Mopti. En 2023, l’ONG World Vision publie un message sur Facebook contre le mariage d’enfants, suscitant plus de 2 800 réactions. Des femmes du village et certains leaders se sont alors réunies pour créer des fonds de solidarité afin de maintenir les filles à l’école.
Grâce à cette mobilisation à Diondiori (un village) situé dans la commune de Socoura qui se trouve dans la région de Mopti, le comité a pu empêcher 38 mariages précoces en 2024. Cette initiative locale s’inscrit dans un mouvement croissant de villages maliens qui prennent en main la lutte contre le mariage des enfants. Mariam Camara, présidente du comité de protection communautaire de Diondiori, témoigne:
Nous soutenons quatre filles du village actuellement avec des kits scolaires. Nous faisons de la médiation lorsque nous apprenons qu’une famille veut marier leur fille. Garder les filles à l’école peut les préserver de beaucoup de problèmes.
Koumbel B, une jeune élève de 14 ans qui était promise en mariage, fait partie des jeunes filles protégées par cette mobilisation. Son témoignage met en lumière l’impact concret de ces actions locales. Elle dit :
Il y a quelques mois, on voulait me marier de force. J'avais peur, car cela signifiait abandonner l’école et mes rêves. Mais le comité est intervenu. Ils ont parlé avec ma famille, expliqué l’importance de mon éducation, et ils m’aident encore avec les fournitures scolaires. Aujourd’hui, je suis toujours à l’école. Je rêve de devenir infirmière. Je veux dire à toutes les filles comme moi : ne perdez jamais espoir. L’école peut changer nos vies.
Pour beaucoup d'autres jeunes filles, le combat reste difficile et l’issue bien moins favorable. Mariam Camara poursuit:
On souhaite que nos filles puissent aller à l’école, qu’elles deviennent médecins, avocates ou encore institutrices. Les femmes ont commencé à échanger entre elles lors des tontines. Ensuite, elles ont impliqué leurs époux. Aujourd’hui, certains leaders religieux nous soutiennent.
Le comité est régulièrement à pied d’œuvre pour sensibiliser contre le mariage des enfants lors des cérémonies socio-culturelles.
Des organisations comme Wildaf Mali, l’AJM et l’UNICEF appellent à une réforme pour supprimer toute exception à l’âge légal du mariage, le fixant strictement à 18 ans.
Aux côtés de la société civile, les autorités maliennes réaffirment leur soutien contre le phénomène du mariage précoce. La ministre Diarra Djeneba Sanogo de la promotion de la femme de l’enfant et de la famille lors de sa prise de fonction a réitéré, le 27 novembre 2024, son engagement pour la protection des droits des enfants.
Une dynamique à soutenir
La mobilisation dépasse désormais les villages avec des mouvements embrassant des villes comme Mopti avec plus de 330 000 habitants (2024) ; Bandiagara (situé à 679 km à l'est de Bamako avec plus 26 000 habitants) ; et Koro ( 25 000 habitants).
Sur Facebook, Wildaf Mali a publié, le 4 décembre 2024, un message dénonçant le mariage des enfants:
Le commentaire d'un internaute sous la publication indique à quel point le sujet est si sensible. Il écrit:
Il est temps de dénoncer cette pratique, mais plusieurs couches de la société doit être impliqué dans ce processus ( les religieux, les coutumiers etc) . Si je parle trop mon compte risque d'être restreint
Younoussa Dama, responsable local du service de la promotion de la femme de l’enfant et de la famille de Koro qui observe une évolution au niveau de l’engagement communautaire explique :
Ce sont les populations elles-mêmes qui doivent être porteuses du combat. Les gens commencent à comprendre. Le discours communautaire est souvent plus influent que les lois elles-mêmes.
L’exemple de la jeune fille Koumbel, soutenu par le comité de Diondiori ou encore la voix de jeunes activistes comme Bambi Keita, prouve que le changement vient des premiers concernés et qu’il est déjà en marche, porté par celles et ceux qui refusent de rester silencieux.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250827_122825";}s:15:"20250619_203425";a:7:{s:5:"title";s:99:"Au Togo, trois mois de suspensions pour deux médias français pour “atteinte à la stabilité”";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/19/296176/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=296176";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 19 Jun 2025 18:34:25 +0000";s:11:"description";s:177:"Les pratiques menaçant la quiétude dans le monde médiatique togolais refont surface, rendant ainsi de plus en plus difficile l’exercice de la liberté de la presse au Togo.";s:7:"content";s:12318:"
RFI et France 24 sont très écoutés et suivis au Togo
Les pratiques menaçant la quiétude des journalistes dans le monde médiatique togolais refont surface, rendant de plus en plus difficile l’exercice de la liberté de la presse au Togo.
Le 6 juin 2025, Flore Monteau, journaliste française et correspondante pour la chaîne française de TV5 Monde au Togo, a été interpellée lors des manifestations par des policiers. Selon le média Togo Scoop, il lui est reproché d’avoir filmé des scènes de dégagement de barricades par des policiers, images qu'on lui demande d'effacer.
En avril 2025, Albert Agbéko, journaliste et directeur de publication du média Togo Scoop a subit le même sort alors qu'il fait son travail dans une école à Tsévié, une ville situé à 35 km au nord de Lomé.
La HAAC estime que cette mesure fait suite à des manquements répétés, déjà signalés et formellement rappelés, en matière d’impartialité, de rigueur et de vérification des faits. Le communiqué précise :
Plusieurs émissions récentes ont relayé des propos inexacts, tendancieux, voire contraire aux faits établis , portant atteinte à la stabilité des institutions républicaines et à l’image du pays.
Les deux médias, de leur côté, indiquent avoir été surpris par cette décision de l'autorité de régulation. Dans son article consacré à ce sujet, TV5 Monde précise :
Les deux médias ont déclaré lundi soir dans un communiqué conjoint avoir “appris avec surprise” leur suspension “sans préavis”, malgré un “contexte de dialogue pourtant soutenu et constructif” avec l’autorité de régulation togolaise.
RFI et France 24 réaffirment par ailleurs “leur attachement indéfectible aux principes déontologiques du journalisme, comme leur soutien à leurs équipes qui délivrent chaque jour une information rigoureuse, indépendante, vérifiée, impartiale et équilibrée”.
La pression constante sous laquelle se retrouvent les journalistes togolais confirme des inquiétudes quant aux respects de la liberté de presse dans le pays. Dans le rapport de Reporters Sans Frontières de 2025, le pays perd 8 places, quittant la 113e en 2024 pour la 121e place.
Cité dans un article de TV5 Monde, Reporters sans frontières (RSF) dénonce une décision arbitraire prise par les autorités de régulation togolaises. Toujours dans cet article de TV5 Monde, Sadibou Marong, directeur du bureau pour l'Afrique subsaharienne de RSF, appelle les autorités togolaises à lever ces sanctions et à rétablir sans délai la diffusion de RFI et France 24.
Selon le Patronat de la Presse Togolaise (PPT), il s'agit d'une grave atteinte ainsi qu'une entrave à la liberté d'expression. Honoré Adontui, le président du PPT déclare au média local, Togo Breaking News :
Ces suspensions arbitraires portent gravement atteinte à la liberté de la presse et constituent une violation flagrante du droit fondamental à l’information, dans un climat politique déjà tendu.
Le PPT en appelle à la responsabilité de la HAAC, l’invitant à revenir à un dialogue constructif avec les médias et à ne céder à aucune pression politique, sous peine d’écorner davantage l’image du pays sur la scène internationale.
Alors que les professionnels de médias et organisations de défense de la liberté de presse s’inquiètent, certains, sur la toile, se réjouissent de la suspension.
Les commentaires sous cette publication confirment le sentiment de haine qui est nourri à l'endroit de ces médias français.
Quelle bonne nouvelle ! Je déplore juste que ce soit pour 3 mois .
Ça devrait être une suspension à vie , pour ces médias négriers et coloniaux, et neo-coloniaux, spécialisés dans la désinformation, la manipulation de masses, la déstabilisation et le terrorisme !
D'autres vont jusqu'à pousser les autorités togolaises à suspendre également leur relation avec la France. C'est le cas de ce compte au nom de Sahel Info Alertes:
Ce sera le tour de la relation franco-togolaise qui sera suspendue prochainement. Ça a toujours commencé par ces médiats terroristes et puis après, paff !
— SAHEL INFO-ALERTES (ŒIL QUI VOIT, TÊTE QUI PENSE.) (@MAMANEBOUKAR4) June 17, 2025
Ligne rouge
Depuis plusieurs mois, les médias français accrédités au Togo sont dans le collimateur de la HAAC. En mai 2024, l'instance de régulation des médias togolais a manifesté sa colère à l'endroit de RFI en raison du traitement des informations en lien avec l'actualité sociopolitique, jugé inéquitable. La HAAC avait mis en demeure le média français. Le média Togo First avait écrit:
En effet, dans une lettre datée du lundi 6 mai 2024, la HAAC a souligné l'absence de neutralité et d'équité dans le traitement de l'information par RFI, ceci malgré les avertissements antérieurs. Le président de l’institution, Telou Pitalounani, a précisément déploré le fait que RFI persiste à diffuser des informations erronées concernant la situation au Togo
";s:7:"dateiso";s:15:"20250619_203425";}s:15:"20250619_131401";a:7:{s:5:"title";s:36:"Les mots ont la parole: Épisode #27";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/19/296208/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=296208";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 19 Jun 2025 11:14:01 +0000";s:11:"description";s:198:"Cette semaine nous mettons à l’honneur trois termes: "Gamín" en espagnol colombien ; “Surtourisme” pour évoquer les invasions de visiteurs ; et "Almajiri", un mot issu de la langue haoussa";s:7:"content";s:5707:"
Le phénomène des enfants de la rue est une réalité en Colombie comme au Nigeria
Un groupe d'Almajiri au Nigeria ; capture d'écran de la chaîne YouTube de Journeyman Pictures
Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels, ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots français qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas, mais prennent parfois un nouveau sens.
Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes et expressions:
Gamín Ce mot d’espagnol colombien écrit avec un accent aigu sur le i et prononcé “gamine” est utilisé pour nommer les enfants des rues – en général des garçons, qui dorment où ils peuvent, errent dans la ville, volent ou mendient pour survivre, envahissent les grands rassemblements comme les matchs de foot, voyagent en bus sans payer.
Ce mini-documentaire illustre le quotidien d’un “gamín” dans Bogota, la capitale de la Colombie.
Surtourisme ce mot décrit un phénomène bien connu mais vient juste de rentrer dans le dictionnaire du Petit Robert en 2025. C’est un calque du terme anglais “overtourism” qui s’applique aux situations de tourisme intensif qui finissent par détruire la qualité de vie des habitants locaux, ou de la nature locale. De nombreux mouvements rejettent le surtourisme qu’ils considèrent comme une forme d’invasion et demandent des politiques qui protègent leur mode de vie.
Ce reportage explique le phénomène du surtourisme en Provence:
Almajiri ce mot transhumance fait partie de mots issus de la langue haoussa, parlée par plus de 55 millions de personnes en Afrique de l'Ouest, et utilisés comme tels sans traduction en français. Ce mot est toutefois emprunté au départ à la langue arabe:مُهَاجِرmuhājir signifie « migrant ».
Almajiri en langue haoussa fait référence aux enfants des écoles coraniques, en particulier au Nigéria. Ces enfants sont, dans la plupart des cas, des mendiants et analphabètes qui ont du mal à s’intégrer dans la société. Certains d’entre eux trouvent leur voie à travers l’enseignement religieux, d’autres restent à la rue, et deviennent souvent la cible privilégiée de groupes extrémistes.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250619_131401";}s:15:"20250618_181242";a:7:{s:5:"title";s:86:"Quelle est la place de l'écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong'o en Afrique francophone?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/18/296102/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=296102";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 18 Jun 2025 16:12:42 +0000";s:11:"description";s:201:"La mort de l’écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong’o en mai 2025 pose la question de son influence en Afrique francophone: comment cet auteur majeur est perçu par les auteurs africains francophones?";s:7:"content";s:13183:"
Un écrivain qui place les langues africaines sur un pied d'égalité avec les autres
La mort de l’écrivain kényan Ngũgĩ wa Thiong’o le 28 mai 2025 pose la question de son influence en Afrique francophone: comment cet auteur majeur qui a écrit en anglais, puis a fait le choix de sa langue maternelle, le kikuyu, est perçu par les auteurs africains qui écrivent en français?
Ngũgĩ wa Thiong’o est né en 1938 dans un Kenya encore sous régime colonial britannique. Il fait des études en anglais et commence une triple carrière d’écrivain, de chercheur universitaire et de journaliste qui le mène en Ouganda, puis à Londres. Vers la fin des années 70 il commence à écrire en kikuyu, sa langue maternelle et abandonne l’anglais pour sa prose dans les années 80. Exilé à Londres, puis en Californie il continue de multiplier essais et pièces de théâtre. Il décide de renter au Kénya avec sa femme en 2004, mais le couple est agressé dans leur appartement, sa femme violée et Ngũgĩ wa Thiong’o brûlé au visage. Il meurt aux États-Unis le 28 mai 2025.
Dans son pays Ngũgĩ wa Thiong’o est une icône majeure de la littérature kényane. A ce sujet, Global Voices a interviewé par email la poétesse kényane Njeri Wangarĩ qui est aussi une activiste linguistique pour le kikuyu, et qui explique ce que cet auteur représente pour elle:
I have a deep reverence for him for making and sticking to this choice in language. This is mainly because I speak the same language and therefore, when reading his work, nothing is lost in translation. Within the literary and cultural world, many admire him for taking such a strong stand in advocating for African Languages. To this day, he remains one of the few (if not the only ) most renowned African writers to place African languages on an equal pedestal to the global languages.
When my three children were young, I once again turned to Ngugi's writing for inspiration. Reading to them his children's series Njamba nene, was as much a cathartic experience for me as it was a magical journey for them to a land where buses had wings.
J'éprouve un profond respect pour lui d'avoir fait et maintenu ce choix linguistique. C'est principalement parce que je parle la même langue que lui qu'à la lecture de son œuvre, rien ne se perd. Dans le monde littéraire et culturel, nombreux sont ceux qui l'admirent pour sa position ferme en faveur des langues africaines. À ce jour, il reste l'un des rares (voire le seul) écrivains africains les plus célèbres à placer les langues africaines sur un pied d'égalité avec les autres langues parlées dans le monde.
Quand mes trois enfants étaient petits, je me suis inspirée des écrits de Ngũgĩ . Leur lire sa série pour enfants, Njamba nene, a été pour moi une expérience cathartique, et pour eux un voyage magique vers un pays où les bus avaient des ailes.
Le choix de la langue d’écriture
L’auteur de fiction a beaucoup écrit sur le colonialisme et conceptualisé son regard sur la question dans un livre de référence toujours d’actualité “Décoloniser l’esprit”. Dans cet essai, il aborde la question du choix de la langue d’écriture pour les auteurs africains postcoloniaux. Il parle même de l’anglais comme une “bombe culturelle” en Afrique.
Cette question du choix de la langue a retenti dans toute l’Afrique, y compris en pays francophones comme le note Réassi Ouabonzi, aussi connu sous le nom de Lareus Gangoueus, Congolais installé à Paris qui anime le blog littéraire “Chez Gangoueus”, ainsi que la plateforme collaborative “Chroniques littéraires africaines”. Interviewé par Global Voices par mail il explique:
A l’occasion de l’Université de la rentrée de Présence Africaine en octobre 2019 à Paris, j’ai été marqué par le propos disruptif de Ngũgĩ wa Thiong’o sur le thème “Traduire pour transmettre” qui l’a rapidement amené à poser la question de la définition qu’on pourrait avoir de la littérature africaine. Peut-on envisager une littérature africaine qui ne se dit, qui ne s'écrit pas en langues africaines endogènes? Dans le cadre de cette rencontre, il lèva les oppositions récurrentes entendues dans les milieux africains sur le fait extrêmement limitant d’écrire en kikuyu, en shona ou en lingala, en termes de circulation des œuvres littéraires et d'ouverture vers le monde. Ne choisissant pas la facilité, il donnait alors aux traducteurs le sacerdoce d’un réel travail de transmission du swahili vers le français, l’arabe ou l’anglais, mais aussi vers le lingala ou le zoulou.
He represents an oracle whose prophecies about what will become of our future generation if we continue to frown upon our mother tongue turned me into his disciple. And with that, a responsibility to continue his work of writing and creating spaces where children and writers can share in the joy of African stories told in their language.
Il représente un oracle; ses prophéties sur ce qu'il adviendra de nos générations futures si nous continuons à abandonner notre langue maternelle ont fait de moi son disciple. Et avec cela, la responsabilité de poursuivre son travail d'écriture et de création d'espaces où les enfants et les écrivains peuvent partager la joie des histoires africaines racontées dans leur langue.
Un écrivain panafricain qui reste méconnu en français
L'œuvre de Ngũgĩ wa Thiong’o a largement dépassé les frontières de son pays et des langues anglaises et kikuyu, comme le fait remarquer cet article de la revue en ligne The Conversation de mai 2025:
La reconnaissance de Ngũgĩ va au-delà de son rôle de pionnier dans son pays. Il s’est surtout fait connaître par sa manière unique de raconter le quotidien des Africains, toujours avec justesse et avec une fidélité constante aux idéaux d'égalité et de justice sociale.
Mais étrangement, son rayonnement reste modeste en français comme le souligne cet article de mai 2025 de la revue en ligne En Attendant Nadeau
Malgré le coup de tonnerre qu’a constitué la mort du grand écrivain kenyan en Afrique et dans l’ensemble du monde anglophone, personne n’a été surpris d’un traitement médiatique aussi discret qu’approximatif en France, tant les institutions culturelles (médias, monde de l’édition, festivals, organismes publics) font tout, depuis quarante ans, pour que le public francophone ignore l’homme autant que l’œuvre. En effet, comme l’a dit un de ses traducteurs, Jean-Pierre Orban, lors d’un bel entretien le jour même du décès, “c’est un parcours du combattant de faire publier une œuvre de Ngũgĩ en français”.
Comme le note l'écrivain togolais Sami Tchak, interviewé par Global Voices par email, Ngũgĩ wa Thiong’o est souvent mentionné pour son message politique, mais pas toujours lu comme écrivain:
Qu'avons-nous lu de lui? L'avons-nous lu? Dans quelle langue? Quand? Voici un écrivain dont la célébrité dépend nettement moins de son œuvre que de son engagement politique pour la langue: écrire en partie en kikiyu, sa langue maternelle, plutôt qu'en anglais, même si c'est dans les langues européennes qu'il est essentiellement lu. Voici un écrivain dont beaucoup de personnes parlent, même sans l'avoir lu, car il suffit de louer son engagement pour penser lui avoir rendu l'hommage qu'il mérite. C'est peut-être là qu'il se pose un problème, car, ce qui devrait inscrire un écrivain dans la postérité, c'est son œuvre. Donc, quelle que soit la langue dans laquelle nous pourrions le faire, nous devrions lire l'œuvre de Ngũgĩ wa Thiong’o, c'est seulement ainsi que nous contribuerions à l'inscrire dans le panthéon littéraire africain et mondial.
Il reste à espérer que de nouvelles traductions permettront une meilleure diffusion de l'oeuvre de Ngũgĩ wa Thiong’o dans les sociétés francophones.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250618_181242";}s:15:"20250618_032453";a:7:{s:5:"title";s:125:"Ghana : le ministère dirigé Sam George représente une grande menace pour la liberté de la presse et les droits des LGBTQ+";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/18/295934/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=295934";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 18 Jun 2025 01:24:53 +0000";s:11:"description";s:219:"La position de Sam George, associée au potentiel autoritaire de la loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales, suscite de grandes inquiétudes quant à l’avenir de la liberté de la presse au Ghana.";s:7:"content";s:12343:"
Si la démocratie du Ghana veut survivre, elle ne peut pas permettre que la presse soit muselée.
Les rues animées d'Accra vibrent au rythme des commérages entre vendeurs du marché, de l'émission de radio populaire de midi animée par Aunty Naa et de la lueur des écrans de smartphones. Mais derrière ce rythme familier se déroule une bataille plus discrète qui pourrait remodeler la démocratie ghanéenne. Au cœur de cette lutte se trouve Samuel Nartey George, le nouveau ministre de la Communication, des Technologies numériques et de l'Innovation, dont le bureau exerce désormais un pouvoir sans précédent sur ce que les Ghanéens voient, entendent et disent.
Sam George étend le contrôle absolu des médias ghanéens
La récente nomination de Samuel Nartey George au poste de ministre de la Communication, des Technologies numériques et de l'Innovation marque un tournant majeur dans le paysage médiatique et la gouvernance numérique au Ghana. À la tête de cet important ministère, Sam George suit de près l'Autorité nationale des communications (NCA). Cet organisme est chargé de régler toutes les formes de communication, y compris la radio, la télévision et les plateformes numériques. Le mandat de la NCA ne se limite pas à garantir le respect des normes techniques ; elle est également chargée de surveiller les contenus diffusés sur l'ensemble du territoire, en collaboration avec la Commission nationale des médias (NMC). Ce vaste champ de réglementation relève pleinement de la compétence de George, lui conférant un pouvoir considérable sur le débat public. Fort de cette autorité, il façonne non seulement l'environnement médiatique, mais détient également le potentiel de réduire au silence les voix opposantes s et de marginaliser les groupes jugés contraires à sa vision des valeurs traditionnelles ghanéennes.
Au cœur de la controverse entourant sa nomination se trouve la loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales de 2024, que ses opposants qualifient d’anti-LGBTQ+, car elle prévoit des peines de prison pour les personnes « ayant des relations sexuelles entre deux personnes de même sexe », dissout toutes les organisations queers au Ghana, et criminalise la promotion des activités LGBTQ+. George a été l’un des parrains de ce projet de loi et l’a vigoureusement défendu. Lors d’une récente intervention médiatique, George a réaffirmé son engagement envers le texte, déclarant que lui et ses collègues l’avaient de nouveau soumis au Parlement. Bien que, le Parlement ait été rappelé après une pause parlementaire, aucune mise à jour officielle n’a été communiquée sur l’état actuel du projet de loi.
Présenté comme visant à préserver les valeurs culturelles et morales ghanéennes, le projet de cette loi criminalise explicitement la “propagande, la promotion et le plaidoyer en faveur” des activités soutenant les droits des personnes LGBTQ+. La loi prévoit une peine de condamnation sommaire allant de cinq à dix ans d'emprisonnement, une fourchette qui s’applique non seulement aux individus, mais aussi, dans certains cas, aux médias et aux plateformes numériques. Ce cadre juridique est délibérément large et vague, ce qui permet une interprétation étendue de ce qui constitue une “propagande” ou une “promotion”. Une telle formulation constitue un puissant outil de contrôle de l'Etat et accorde au ministre le pouvoir de sanctionner unilatéralement les entités médiatiques, même avant que le projet de loi ne soit formellement réintroduit au Parlement.
Un effet dissuasif sur la liberté d'expression
Une lecture attentive de la loi révèle que ses dispositions ne font aucune distinction entre les actions individuelles et les activités des médias institutionnels. Tout support qui facilite la diffusion de contenus en faveur du plaidoyer LGBTQ+ peut être tenu pénalement responsable, à moins de pouvoir démontrer qu’il n’a pas consenti ou qu’il n’a pas été complice de l’activité incriminée. Cela signifie concrètement que les propriétaires de chaînes de diffusion ou de plateformes numériques peuvent faire l’objet de poursuites, s’ils hébergent du contenu entrant dans le champ large des interdictions prévues par la loi. Il en résulte un effet dissuasif sur la liberté d’expression, les médias étant amenés à se censurer de manière préventive pour éviter le risque de lourdes sanctions judiciaires. Dans ce contexte, il est clair que le bureau du ministre, doté de pouvoirs via l’Autorité nationale des communications (NCA), peut être utilisé pour réprimer toute forme de contestations ou d’écart par rapport au récit national imposé.
Les implications d’un pouvoir si imposantes sont profondes et de grande portée. Dans un monde interdépendant où les plateformes numériques constituent des canaux essentiels de mobilisation politique, d’expression culturelle et de débat public, la capacité de contrôler ou de censurer les contenus peut compromettre fondamentalement les processus démocratiques. La position de Sam George, associée au potentiel autoritaire de la loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales, soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir de la liberté de la presse au Ghana. Doté d’un pouvoir unilatéral, pour sanctionner les organes de presse et les plateformes numériques, le ministère sous la direction de Sam George est en passe d’imposer une conformité stricte à une version étroite et étatisée de la morale et de la tradition. Cela pourrait conduire à une répression ciblée, non seulement des personnes LGBTQ+, mais aussi de tout groupe ou voix remettant en question l’idéologie conservatrice dominante.
Le Ghana face à un tournant décisif
Les dangers indissociables à un tel système ne sont pas que théoriques. Des exemples internationaux offrent des avertissements frappants sur les conséquences lorsque le pouvoir de l'Etat est utilisé pour contrôler l’expression numérique. Dans des pays comme la Russie, l’Égypte, la Thaïlande, et même la Tchétchénie, la combinaison de capacités de surveillance étendues et de mesures légales draconiennes a conduit à la suppression de la dissidence, à l’étouffement de l’opposition, et à de graves violations des droits humains. Au Ghana, des rapports antérieurs ont indiqué l’utilisation d’outils de surveillance avancés tels que le logiciel espion Pegasus du groupe NSO pour surveiller les adversaires politiques. Avec l’Autorité nationale des communications (NCA) déjà impliquée par le passé dans de telles activités, et désormais placée sous la direction d’un ministre qui défend des politiques restrictives, il existe une possibilité alarmante que des tactiques similaires soient employées pour faire appliquer les dispositions du nouveau projet de loi.
Alors que le Ghana vacille au bord d’une ère numérique répressive, les enjeux n’ont jamais été aussi élevés. La convergence entre les vastes pouvoirs de surveillance de l'Etat et la censure légalisée crée un environnement où les droits fondamentaux à la liberté d’expression et à l’accès à l’information sont constamment menacés. L’Autorité nationale des communications (NCA), placée sous la responsabilité de Sam George, avec son pouvoir de sanction unilatérale des médias et des plateformes numériques, devient un instrument puissant de contrôle, capable de façonner le discours public selon l’agenda idéologique du gouvernement. Dans un tel contexte, l’avenir de l’engagement démocratique au Ghana est en jeu, et les voix de ceux qui contestent, défendent les droits des minorités ou simplement remettent en cause le statut quo qui risquent d’être réduites au silence avant même d’avoir pu se faire entendre.
La nomination de Sam George et son parrainage de la loi sur les droits sexuels humains et les valeurs familiales illustrent de manière frappante les risques liés à un pouvoir étatique sans contrôle à l’ère numérique. L’Autorité Nationale des Communications (NCA), sous sa supervision, n’est pas simplement un organisme de régulation, mais un mécanisme potentiel destiné à imposer un récit étroit approuvé par l’État, susceptible de restreindre considérablement la liberté de la presse et de marginaliser les communautés vulnérables. Si la démocratie ghanéenne veut survivre, elle ne peut se permettre de laisser sa presse dominée par ceux qui cherchent à contrôler le récit.
La liberté d’expression est la clé de voûte de toute société démocratique. Il est temps de la défendre.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250618_032453";}s:15:"20250618_030042";a:7:{s:5:"title";s:41:"L’« effet Kamala » sur le vote latino";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/18/291764/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=291764";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 18 Jun 2025 01:00:42 +0000";s:11:"description";s:198:"Selon tous les sondages, l’élection présidentielle du 5 novembre sera très serrée. La candidate démocrate réussira-t-elle à convaincre les Latinos de faire pencher la balance en sa faveur ?";s:7:"content";s:16557:"
Le vote de la communauté latino, la plus grande minorité ethnique aux États-Unis, sera déterminant.
Illustration de la Vice-présidente Kamala Harris réalisée par Connectas et utilisée avec permission.
Cet article provient de notre partenaire médiatique CONNECTAS et a été rédigé par le journaliste argentin Leonardo Oliva.
« Électeurs latinos, nous voyons votre engagement et nous sommes prêts à remporter cette victoire ensemble. » Cette publication du 27 septembre est signée Julie Chavez Rodriguez, la première Latina à diriger une campagne présidentielle aux États-Unis. Cette Californienne de 46 ans, petite-fille d’un célèbre leader syndical, est chargée de faire gagner Kamala Harris aux élections du 5 novembre contre Donald Trump.
Les candidats démocrate et républicain cherchent tous deux à attirer le vote latino, une communauté devenue la première minorité ethnique du pays. Mais Harris a plus à perdre dans cette compétition : les Hispaniques, , traditionnellement électeurs de son parti, voient en la vice-présidente — femme métisse et fille d’immigrants — une représentante des minorités. Ils la considèrent comme quelqu’un de plus empathique à leurs besoins que Trump, qui, lors du dernier débat, a sans vergogne diffusé de fausses informations : que des immigrants haïtiens mangeraient des animaux de compagnie dans la ville de Springfield, dans l’Ohio.
La publication de Julie Chavez doit être comprise dans ce contexte. Depuis que Harris est devenue la candidate démocrate à la fin du mois d’août, les espoirs du parti de conserver la présidence se sont ravivés, après que Joe Biden a décidé de ne pas se représenter.Et cet élan est également évident parmi les électeurs hispaniques.
Électeurs latinos, nous vous voyons et sommes prêts à gagner ensemble.https://t.co/yoV89aOMfO
L’organisation Voto Latino a rapporté que les inscriptions sur les listes électorales ont augmenté de 200 % depuis la nomination de Harris. Cela représente environ 112 000 nouveaux électeurs, dont plus de la moitié (56 %) ont entre 18 et 29 ans. En plus des jeunes, les femmes ont également été encouragées à voter grâce à « l’effet Kamala ».
Comme l’a CONNECTAS a publié en mars, le nombre d’électeurs latinos en 2024 a augmenté de 6,5 % par rapport à l’élection présidentielle de 2020 remportée par Biden ; il dépasse également de 20,5 % le nombre de personnes éligibles à voter en 2016, lorsque Trump avait gagné. Cette année, plus d’un électeur sur dix (14,7 %) sera d’origine latino, un chiffre record. Cependant, sur les 36,2 millions d’électeurs hispaniques potentiels, seulement 26 millions sont inscrits sur les listes électorales. L’équipe de Harris cible ces 10 millions d’électeurs indécis qui ne se sont jamais rendus dans un bureau de vote.
À un mois de l’élection, la candidate officielle a concentré une partie de sa campagne sur les sujets qui préoccupent le plus les Latinos : l’économie, le logement et, dans une moindre mesure, le droit à l’avortement. De l’autre côté, Trump n’hésite pas à attirer les électeurs avec une approche ferme contre l’immigration, dont une grande partie provient des pays d’Amérique latine.
Ernesto Castañeda, directeur du Laboratoire sur l’immigration à l’American University et responsable du Centre d’études latino-américaines et latinos de cette université à Washington, D.C., déclare :
No creo que la migración en sí misma vaya a definir la elección. El tema más importante en las encuestas ahora es la economía, seguido de la inflación.
Je ne pense pas que l’immigration en elle-même définira l’élection. La question la plus importante dans les sondages actuellement est l’économie, suivie de l’inflation. »
Castañeda affirme que la nomination de Harris a modifié les tendances de vote non seulement parmi les Latinos, mais aussi parmi les Afro-Américains, et il insiste sur le fait que les questions économiques seront une priorité pour les électeurs. Il explique :
Son los mismos temas que le incumben a la clase media trabajadora de cualquier otro tipo de comunidad. Los migrantes indocumentados son solo un 3 por ciento de la población estadounidense y los latinos son casi el 20 por ciento de la población y un 18 por ciento de la fuerza laboral, entonces sus temas son el salario mínimo o los derechos laborales, no la situación migratoria.
Ce sont les mêmes enjeux qui préoccupent la classe moyenne ouvrière dans tout autre type de communauté. Les immigrés sans papiers ne représentent que 3 % de la population des États-Unis, tandis que les Latinos constituent près de 20 % de la population et 18 % de la main-d’œuvre. Leurs préoccupations portent donc sur le salaire minimum ou les droits du travail, et non sur le statut migratoire.
Le politologue Franklin Camargo partage l’avis de Castañeda sur ce qui motive le vote hispanique :
La prioridad de los latinos es la economía; es el costo de vida y la inflación. En esta área desaprueba enormemente a la administración Biden–Harris.
Pour les Latinos, la priorité est l’économie : il s’agit du coût de la vie et de l’inflation. Dans ce domaine, ils désapprouvent fortement l’administration Biden-Harris.
Camargo, qui est également commentateur politique pour Univisión Noticias (Univisión News), conteste en outre l’idée que Harris soit la favorite des Latinos.
Estamos viendo encuestas que dicen que Donald Trump no solamente aumentaría el voto latino con respecto a las dos contiendas anteriores, sino que sería uno de los candidatos republicanos de la historia reciente en conseguir la mayor cantidad de votos latinos.
Nous voyons apparaître des sondages qui montrent que Donald Trump non seulement augmenterait le vote latino par rapport aux deux précédentes élections, mais qu’il serait aussi l’un des candidats républicains de l’histoire récente à obtenir le plus grand nombre de voix latinos.
Des sondages récents du New York Times montrent à quel point l’élection sera serrée, ce qui s’explique en partie par l’évolution des tendances du vote latino. ISi en 2020, 65 % soutenaient Biden face à Trump, cette fois seulement 55 % déclarent qu’ils voteraient pour Harris. Et le reste des prévisions montre que les deux candidates sont à égalité technique après le débat du 11 septembre 2024.
Jeunes, sans papiers et apathiques
Un rapport du Pew Research Center reflète une réalité contrastée de l’univers des électeurs latinos aux États-Unis.Bien qu’ils soient actuellement la plus grande minorité (devançant les Afro-Américains), ils votent encore moins que les Américains en général (53 % contre 72 %). Cela s’explique en partie par le fait que la population latino compte un grand nombre de très jeunes personnes, mais aussi parce qu’un grand nombre d’entre eux ne sont pas citoyens (19 % des Latinos).
Et il y a un autre facteur qui réduit leur poids électoral potentiel : près de la moitié des électeurs latinos vivent dans seulement deux États, la Californie et le Texas. Mais selon tous les analystes, la campagne se jouera probablement dans trois États de la « Rust Belt » (Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin), où les électeurs à séduire ne sont pas des Latinos, mais des hommes blancs de la classe ouvrière.
De plus, il faut prendre en compte que les Hispaniques sont le groupe le plus apathique en matière de vote. Lors de la dernière élection, seulement 51 % des Hispaniques éligibles ont voté, contre 63 % des Afro-Américains et 74 % des Blancs. Pour Camargo,
Hay una falta de interés en el grueso de nuestra comunidad en tener algún tipo de acción política y esto obedece a varias razones. Puede ser falta de asimilación o poca expectativa de cambio, creer que lo que hagas no va a cambiar absolutamente nada.
La majorité de notre communauté manque d’intérêt pour toute forme d’action politique, et cela pour plusieurs raisons. Il peut s’agir d’un manque d’assimilation ou d’une faible attente de changement, la conviction que ce que l’on fait ne changera rien du tout.
Une autre raison, explique le politologue d’origine vénézuélienne, est que :
Estados Unidos en términos de seguridad, de economía, etcétera, es mucho más próspero que los países de los que venimos, y eso hace que no tengas tanto interés en la política dado que te sientes cómodo.
Les États-Unis, en termes de sécurité, d’économie, etc., sont bien plus prospères que les pays d’où nous venons, et cela fait que l’on s’intéresse moins à la politique parce qu’on se sent à l’aise.
Alors, si les États clés pour décider de l’élection ne sont pas ceux où la présence latino est la plus importante et, de plus, les électeurs hispaniques ne sont pas les plus participatifs aux urnes, l’enthousiasme que sa candidature a suscité chez une partie de la population latino suffira-t-il à Kamala Harris pour remporter la victoire ?
NALEO Educational Fund, une ONG dédiée à la promotion de la participation des Latinos au processus politique américain reconnaît que la nomination de Harris a renforcé l’enthousiasme au sein de cette communauté. Mais selon Dorian Caal, directeur de la recherche sur l’engagement civique pour cette organisation, le vote latino n’est plus aussi prévisible :
Los candidatos o las campañas tienen una oportunidad de hablar con la comunidad latina de los asuntos que son importantes para ella. A los latinos les importan asuntos como la migración, pero también otros como el costo de la vida, que ha sido bien importante no solo en esta elección, sino también en el 2022 y en el 2020.
Les candidats ou les campagnes ont l’opportunité de s’adresser à la communauté latino sur des sujets qui lui tiennent à cœur. Les Latinos se soucient des questions comme l’immigration, mais aussi d’autres, comme le coût de la vie, qui a été très important non seulement lors de cette élection, mais aussi en 2022 et 2020.
Caal, en revanche, a salué le rôle que joueront les femmes de la communauté latino, qui sont plus actives, dans cette course présidentielle. Par ailleurs, Caal affirme que :
La comunidad latina es especialmente una comunidad joven [68 por ciento tiene menos de 50 años, contra el 52 por ciento del resto de los estadounidenses]. Por eso serán un segmento importante en estas próximas elecciones.
La communauté latino est particulièrement jeune [668 % ont moins de 50 ans , contre 52 % pour le reste des Américains]. C’est pourquoi ils constitueront un segment important lors des prochaines élections.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250618_030042";}s:15:"20250618_024953";a:7:{s:5:"title";s:114:"À São Luís, surnommée la « Jamaïque brésilienne », le reggae fait partie intégrante de l'identité locale";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/18/295682/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=295682";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 18 Jun 2025 00:49:53 +0000";s:11:"description";s:134:"« Lorsque le reggae est arrivé ici, ce n'était pas un étranger venu d'ailleurs. C'était comme un frère né loin de chez nous. »";s:7:"content";s:22243:"
La capitale du Maranhão, au nord-est du Brésil, a transformé la musique caribéenne en un mouvement culturel local dont elle fait l'apanage.
Le Musée du reggae a ouvert ses portes dans le Maranhão : c'est le premier du genre en dehors de la Jamaïque. Photo d'Ingrid Barros, utilisée avec permission.
Il existe plusieurs versions sur la manière dont la musique reggae est arrivée à São Luís, la capitale de l'État du Maranhão, dans la région nord-est du Brésil. Certains affirment que des radios amateurs captaient des signaux à ondes courtes provenant de stations caribéennes. D'autres soutiennent que ce sont des marins et des migrants qui ont introduit des disques de reggae dans la zone portuaire de la ville, tandis que certains prétendent que ce rythme musical circulait déjà dans les salles de danse locales.
Selon des spécialistes locaux, il est difficile de déterminer précisément comment la symbiose entre la culture jamaïcaine et l'identité locale de São Luís s'est formée. Pourtant, cette fusion est encore bien palpable pour quiconque visite la ville aujourd'hui.
Ademar Danilo, directeur du Musée du reggae du Maranhão et journaliste, explique que la culture reggae influence le mode de vie des habitants : leur façon de parler (argots), de s'habiller (tresses et vêtements aux trois couleurs du reggae) et de danser (avec leur propre style, l'« agarradinho », où les couples dansent serrés l'un contre l'autre).
Não temos a gênese da coisa, como chegou, mas nós sabemos que chegou. E a partir daí, nós nos apropriamos disso. O maranhense se apropriou do reggae. O reggae, ele é jamaicano, claro, mas ele também é maranhense. Nós importamos um ritmo da Jamaica e a partir daí temos uma nova significação cultural. Nós transformamos o reggae em um elemento cultural. Quando eu falo elemento cultural, ou seja, algo que seja possível de transformar a cultura local.
We do not have the genesis of how it arrived here, but we do know that it did. And from that on, we owned it. The Maranhense people owned reggae for themselves. Reggae is Jamaican, of course, but it’s also Maranhense now. We imported the rhythm from Jamaica, giving it a new cultural significance here. We turned it into a cultural element, meaning something that has the power to transform the local culture.
On ne sait pas exactement comment le reggae est arrivé jusqu'ici, mais ce qu'on sait, c'est qu’il est bel et bien arrivé. Et à partir de là, on se l'est approprié. Le peuple maranhense l'a fait sien. Le reggae est Jamaïcain, bien sûr, mais il est aussi maranhense aujourd'hui. Nous avons importé ce rythme depuis la Jamaïque en lui donnant ici une portée culturelle nouvelle. On en a fait un élément culturel à part entière, capable de transformer notre culture locale.
L'écrivain et chercheur Bruno Azevedo s'intéresse à la construction du mythe culturel du reggae à São Luís :
No que vejo o reggae chegou na miúda e por várias vias, mas a pergunta interessante é como o reggae fez sentido para o brincante local e isso é explorado super bem pelo Carlão, Carlos Benedito Rodrigues da Silva, um antropólogo que escreveu sobre o tema ainda nos anos 1990: o reggae tem uma série de elementos de identificação pra população preta-pobre local.
Há também uma série de semelhanças sociais entre os jamaicanos e os maranhenses, mas acho uma extrapolação grande demais que isso tudo seja transmitido 1×1 na música. A despeito da minha opinião, a forma como os maranhenses criaram sistemas e equipamentos sociais muito parecidos com os jamaicanos, é impressionante.
From what I see, reggae came in smoothly and through several paths. But the interesting question is how it made sense to the local player, which is well explored by Carlão, Carlos Benedito Rodrigues da Silva, an anthropologist who wrote about it in the 1990s: reggae carries several identity elements for the local Black and poor people.
There are also a lot of social similarities between Jamaican and Maranhense people, but I think is an overstretch to think that it would all be transmitted one-on-one through music. Despite my opinion, the way people in Maranhão created systems and social equipment resembling those from Jamaica is quite impressive.
D’après ce que j'ai pu observer, le reggae s'est diffusé naturellement via plusieurs canaux. Mais la vraie question, c'est de comprendre comment cette musique a trouvé un tel écho auprès de la population locale. C'est un sujet que l'anthropologue Carlos Benedito Rodrigues da Silva, alias Carlão, avait déjà exploré dans les années 1990 : le reggae véhicule plusieurs éléments d’identité pour les populations locales noires et défavorisées.
Il existe aussi de nombreuses similitudes sociales entre les Jamaïcains et les maranhenses, mais je pense qu’il est exagéré de croire que tout cela ait pu être transmis directement par la musique. Cela dit, il n'en reste pas moins impressionnant de voir comment les habitants du Maranhão ont mis en place des systèmes et des structures sociales semblables à ceux de la Jamaïque.
Le Musée du reggae a ouvert ses portes dans le Maranhão : c'est le premier du genre en dehors de la Jamaïque. Photo d'Ingrid Barros, utilisée avec permission.
En 2018, Maranhão a inauguré le premier Musée du reggae au Brésil. Après des années de marginalisation et de répression policière, c'est l'État lui-même qui a reconnu l'importance du reggae pour l'identité et la culture locale. Parmi les objets de l'histoire locale exposés figurent la première guitare de Tribo de Jah, un groupe brésilien de reggae formé dans les années 1980 à São Luís, ainsi que la radiola de DJ Serralheiro (un mur d'enceintes emblématiques des soirées reggae locales) qui appartenait à Serralheiro, l'un des pionniers du genre dans la région.
Le reggae a rapidement été associé à la culture populaire maranhense dès ses débuts, explique Ademar Danilo. Il s'est mêlé à des traditions telles que le « Bumba Meu Boi » une forme de théâtre populaire et participatif de rue née au 18e siècle, le « Tambor de Crioula » une danse afro-brésilienne rythmée par les tambours et d'autres percussions, ou encore la capoeira, un art martial afro-brésilien. Pendant un temps, avant que des politiques publiques ne viennent soutenir ces manifestations culturelles, c'était l'argent récolté lors des soirées reggae qui permettait de les financer.
« Nous avons importé et adopté cette musique, ce rythme et à partir de là, nous avons construit une culture qui nous est propre », poursuit Danilo. « Lorsque le reggae est arrivé ici, ce n'était pas un étranger venu d'ailleurs. C'était comme un frère né loin de chez nous. »
Le Musée du reggae a ouvert ses portes dans le Maranhão : c'est le premier du genre en dehors de la Jamaïque. Photo d'Ingrid Barros, utilisée avec permission.
Aujourd'hui, la musique reggae écoutée par les habitants du Maranhão provient principalement d'artistes des années 1973 à 1981 en Jamaïque, mais aussi de musiciens locaux. Les radiolas restent au cœur des événements reggae locaux et sont un élément clé des compétitions de DJ. « Les plus grands paredões (murs d'enceintes) du Brésil se trouvent ici, dans le reggae du Maranhão. Ils sont même plus imposants que ceux du techno-bregadans l'Etat du Pará », affirme Danilo.
La photographe maranhense Ingrid Barros, qui travaille sur les thèmes de la résistance et de la mémoire, témoigne de l'importance du reggae dans son pays natal :
Os bailes de reggae são os espaços onde é possível extravasar todo o estresse do dia a dia, é onde há a confraternização com os outros iguais, com os pares. Tem um lance de pertencimento, de identificação. O ritmo que se populariza por meio da imagem de um homem negro, que se torna rei do reggae. É meio que um lugar/momento onde se pode apenas ser, sem se preocupar muito com todas as castrações que a sociedade faz com nossos corpos pretos.
Reggae balls here are spaces where you can release all the stress you endure in your daily lives and get-together with your peers. There is a sense of belonging, of identification. The rhythm that turned popular through the image of a Black man, who became king of reggae. It’s sort of a place/moment where you can simply be, without worrying too much about all the castrations society imposes to our Black bodies.
Les bals reggae ici, sont des espaces où l'on peut relâcher la pression du quotidien et se retrouver entre pairs. Il y a un sentiment d'appartenance, d'identité. Ce rythme est popularisé par l'image d'un homme noir devenu roi du reggae. C'est une sorte de lieu, de moment, où l'on peut simplement être soi-même, sans trop se soucier des formes de répression imposées à nos corps noirs par la société.
Sous l'influence de Bob Marley
Le Musée du reggae a ouvert ses portes dans le Maranhão : c'est le premier du genre en dehors de la Jamaïque. Photo d'Ingrid Barros, utilisée avec permission.
L'un des lieux touristiques de São Luís situé dans le plus grand quilombo urbain du Brésil (un terme désignant des communautés rurales fondées par des personnes d'ascendance africaine) rend hommage à Bob Marley. Cet endroit apparaît dans un documentaire de 2012 retraçant des lieux liés à l'artiste jamaïcain, bien que Marley n'ait jamais visité São Luís.
Marley aimait le football, notamment l'équipe nationale brésilienne et le club Santos de Pelé, autant qu'il aimait la musique. Il déclara aux journalistes qui l'attendaient à Rio : « Le reggae a les mêmes racines, la même chaleur et le même rythme que la samba. »
Le Brésil dispose d'une loi fédérale reconnaissant le 11 mai, date de la mort de Marley, comme la Journée nationale du reggae, mais au Maranhão, son influence résonne tout au long de l'année. En 2024, la photographe Ingrid Barros a participé à une campagne publicitaire pour une marque de baskets, avec une collection dédiée à Marley. Le slogan mettait en valeur le lien entre sa Jamaïque natale et São Luís, la « Jamaïque brésilienne », à travers son peuple, ses couleurs, ses soirées reggae et, bien sûr, sa musique.
Barros affirme que, malgré l'importance du reggae à São Luís et des spécificités locales, Marley reste le roi. En se promenant dans les quartiers en dehors du centre-ville, on aperçoit souvent des drapeaux et des fresques à son effigie :
Acho que o reggae está na nossa vida [aqui] desde que a gente nasce. Não tem como não ter uma memória afetiva do reggae, está presente seja dentro de nossas casas, na casa de vizinhos, no barzinho da esquina do bairro. Isso fica como identidade. Algo em que você se reconhece. Já adulta, e trabalhando com fotografia e direção criativa, criei uma relação com essa beleza, com a potência, com o universo próprio e político que é o reggae.
Reggae is in our lives [here] since we are born. You can’t avoid having an affective memory of it, it’s present whether it’s in our homes, our neighbors’, or at the neighborhood bar around the corner. That lingers as identity. Something through which one recognizes oneself. As an adult, working with photography and creative direction, I built a relationship with the beauty, the power, the political universe of its own that is reggae.
Le reggae fait partie de nos vies depuis notre naissance. Il est impossible de ne pas en garder un souvenir affectif : il est présent, que ce soit dans nos maisons, chez nos voisins ou dans le bar du coin. Il s'impose comme une part de notre identité, un repère grâce auquel on se reconnaît. Devenue adulte, à travers mon travail dans la photographie et la direction artistique, j'ai tissé un lien profond avec la beauté, la force et l'univers politique unique qui est propre au reggae.
Le Musée du reggae a ouvert ses portes dans le Maranhão : c'est le premier du genre en dehors de la Jamaïque. Photo d'Ingrid Barros, utilisée avec permission.
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Capture d'écran de la chaîne YouTube : Wukong's Adventures. Utilisée avec permission.
Le 26 0ctobre 2024, Zhao Shuo, un cycliste et blogueur voyageur adopte Wukong, un chat errant. Dès lors, ils découvrent ensemble la province de Xinjiang en Chine, et Wukong, avec ses milliers d’abonnés, devient une célébrité sur Internet. Mais le 15 avril, le chat est retrouvé mort sur une route près de Miran, une ville de la région de Xinjiang, à environ deux kilomètres du centre d’accueil des visiteurs où Zhao séjournait.
Attristés par la nouvelle, les abonnés de Wukong ont aussi été furieux d'apprendre l'explication « officielle » de la mort du chat.
Une mort mystérieuse
Le 16 avril, Juipainews, un site d’information et filiale de Changjiang News, subventionné par l’État, fût le premier a annoncé le décès du chat, écrasé accidentellement par un véhicule et abandonné au milieu de la route. La police locale aurait elle-même confirmé l’information. Toujours selon Juipainews, Zhao aurait réglé l’incident directement avec le conducteur.
Cependant, dans une vidéo publiée de 4 mai, le propriétaire du chat a démenti l’allégation qu’il a qualifiée de désinformation, ignorant lui-même les détails de la mort de Wukong. Il relate la découverte du corps de son chat le 15 avril vers 19 heures, et explique que jusqu’à maintenant, il n’a pas réussi à trouver les images de surveillance susceptibles de faire la lumière sur son décès. Dans la vidéo, Zaho soulève plusieurs questions : pourquoi le félin, qui d’habitude ne s’éloignait jamais plus de 200 mètres de sa maison pour chat portable, a-t-il été découvert à 2 kilomètres, au milieu de la route ? Pourquoi manque-t-il 20 minutes de données sur son traceur GPS, entre 4h10 et 4h30 du matin ? Et pourquoi après cette interruption, ne se trouvait-il plus au centre d’accueil, mais gisait au bord de la route ?
Par ailleurs, après avoir consulté trois vétérinaires, lesquels ont effectué trois radiographies et scans post-mortem, Zhao a écarté l’hypothèse de l’accident de voiture étant donné que le corps du chat ne présentait aucune fracture osseuse ou lésion externe et interne. Sur les réseaux sociaux, Zhao affirme que selon les vétérinaires, le chat avait probablement été empoisonné, en raison des traces de sang de couleur sombre retrouvées autour de sa bouche et de son museau.
La vidéo d’une durée de 42 minutes a été supprimée des réseaux sociaux chinois mais une version existe sur YouTube avec des sous-titres en anglais :
Beaucoup se sont aussi étonnés du fait que les caméras du centre d’accueil des visiteurs se soient arrêtées de fonctionner le 15 avril, alors que les autorités chinoises ont investi beaucoup d’argent dans les technologies de surveillance, et plus particulièrement dans la vidéosurveillance IP, dans le but (au nom de la stabilité sociale) d’exercer un contrôle sur la région ouïghoure. Par ailleurs, Miran est un lieu touristique doté d’une forte présence militaire. Ce commentaire sur Weibo évoque la « défaillance » des systèmes de surveillance :
Un chat est mort à la suite d’un empoisonnement à seulement deux kilomètres du centre d’accueil, mais l’incident n’apparait pas sur les vidéos de surveillance. Qui serait assez courageux pour visiter un tel endroit ?
Devant tant de questions sans réponses, près de trois millions d’internautes se sont mobilisés pour enquêter sur la cause de la mort du félin, en examinant des images de vidéosurveillance, des images satellites, et les enregistrements de va-et-vient de véhicules survenus entre 16 et 18 heures dans les alentours du musée. Certains ont même offert des récompenses en échange d’images pertinentes.
Appel à une législation contre la cruauté envers les animaux
Même si les investigations se sont révélées infructueuses, elles ont cependant ouvert les débats concernant les droits des animaux.
En 2020, des défenseurs des droits des animaux ont révélé l’existence en Chine d’un réseau d’actes de maltraitance envers les chats sur Internet. Des vidéos de tortures, qui sont partagées et vendues sur des messageries, sont régulièrement signalées par le public. Selon certaines sources, des membres du réseau iraient jusqu’à offrir une récompense de plus de 500 USD pour le meurtre de chats appartenant à des célébrités. Pour cette raison, de nombreuses personnes pensent que Wukong aurait été victime de ces groupes de cruauté envers les animaux
En Chine, les lois sur la protection animale se limitent à la sauvegarde des animaux sauvages, et il n’existe aucune règlementation interdisant la cruauté envers les animaux domestiques et errants. Alors que le pays autorise la consommation de viande de chat et de chien, et considère les mesures de répression contre les chiens errants comme un moyen de maintenir l’hygiène et la sécurité publique, ces animaux sont souvent la cible d’empoisonnement et de commerce illicite.
Le public réclame des lois contre la cruauté envers les animaux depuis des années, mais les autorités chinoises n’arrivent toujours pas à se prononcer sur la question. La mort de Wukong a rendu les amoureux des animaux encore plus impatients, et ils inondent Weido de commentaires indignés :
Le monde est immense, mais ne peut pas faire de la place à un chat. Les chats ne savent pas que le cœur humain peut être si méchant ! La loi sur la cruauté envers les animaux devrait être adoptée, nous ne pouvons pas renoncer à protéger les chats et les chiens juste parce que ce sont des espèces courantes. Ils sont maltraités, torturés et consommés de manière irresponsable…
Le chat et son propriétaire responsables
Soudainement, le 9 mai, alors que le public continue à éprouver du ressentiment, Zhao publie une vidéo au cours de laquelle il déclare qu’après s’être concerté avec diverses autorités locales, notamment les services de la sécurité publique, de la propagande, et du tourisme, tous avaient conclu que Wukong était mort après avoir malencontreusement mangé un rongeur :
Les autres causes de la mort (accident de voiture, empoisonnement, et maltraitance) ont été écartées. Par conséquent, je suis la seule personne responsable de son décès ; j’étais son propriétaire et je n’ai pas pris soin de lui. Sa mort ne concerne personne d’autre, et cet incident a créé une très mauvaise opinion publique de la région. J’aimerais m’excuser auprès de vous tous… et vous rappeler deux autres points. Tout d’abord ne faites jamais aveuglément confiance à qui que ce soit ou aux médias, notamment à ceux dénués de tout scrupule comme Jiupain News. Ne me faites même pas confiance. Chacun devrait être libre d’utiliser son propre jugement…
Après son post, Zhao a supprimé deux vidéos sur la mort de Wukong qu’il avait publié sur des réseaux sociaux chinois, passé son compte en privé, et cessé tout commentaire sur l’incident.
La plupart des internautes ont trouvé l’explication officielle invraisemblable. Un utilisateur de Weibo s’est d’ailleurs moqué des autorités locales :
Si les autorités locales pensent vraiment que leur explication est plausible, alors d’accord, nous croirons à leur version des faits. Mais, si la ville de Miran est soi-disant infestée de rongeurs si dangereux, quels sont les risques sanitaires pour les vaches, les chèvres, les poulets, les canards et les oies ? La population ne pourra pas s’empêcher d’avoir des doutes concernant la sécurité alimentaire locale. Alors merci aux autorités de recommander officiellement aux touristes de rester à l’écart du district de Ruoqiang.
Les résultats de l'enquête menée par les internautes ont conduit de nombreux utilisateurs de réseaux sociaux à conclure que le décès de Wukong avait été causé par de la mort aux rats dispersée sur le site touristique. Par ailleurs, pour ne pas être tenues responsables de la mort du félin, les autorités l’auraient déguisée en accident de voiture, auraient fabriqué de fausses informations, et supprimé toute vidéo de surveillance susceptible d’élucider ce qui s'était vraiment passé. Finalement, Wukong serait donc le seul responsable de sa propre mort, et son propriétaire a été obligé de s’excuser pour avoir provoqué un tollé public.
Cependant, selon certains, « Ne faites confiance à personne », une remarque écrite par Zhao, prouverait que le mystère autour de la mort de Wukong persiste toujours. Mais la vérité a été révélée par l'explication de la dissimulation : de quoi les autorités avaient-elles donc peur ?
";s:7:"dateiso";s:15:"20250612_220612";}s:15:"20250612_215956";a:7:{s:5:"title";s:101:"La littérature sinophone au-delà des frontières chinoises : entretien avec l’auteure Zhang Lijia";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/06/12/295214/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=295214";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 Jun 2025 19:59:56 +0000";s:11:"description";s:180:"Entretien avec Zhang Lijia abordant le sujet d’écrire sur la Chine dans une langue qui n’est pas la sienne et sur l’identité personnelle dans un espace littéraire mondial.";s:7:"content";s:16940:"
Les auteurs doivent être libres de créer pour mieux raconter l’histoire de la Chine
Près de 50 millions de Chinois ne vivent pas en Chine. Cette population, souvent réduite à un simple acteur économique, est en vérité très active dans les domaines médiatiques et culturels, dont la littérature, particulièrement appréciée des citoyens de la diaspora chinoise qui peuvent écrire en chinois ou dans la langue de leur pays hôte.
Afin de comprendre les nuances qui entourent la littérature de la diaspora chinoise, Global Voices s’est entretenu avec Zhang Lijia (张丽佳), ancienne employée d’une usine de roquettes devenue auteure analysant la société, est née en Chine et alterne aujourd’hui une vie entre Londres et Pékin. Elle est l’auteure du mémoire « Socialism Is Great!» et du roman « Lotus », une œuvre abordant le sujet de la prostitution dans la Chine contemporaine. Son prochain ouvrage, un roman historique, racontera la vie de Qiu Jin, la première féministe et révolutionnaire chinoise à l’aube du 20 ᵉ siècle, souvent appelée « la Jeanne d’Arc de Chine ».
Filip Noubel (FN) : Ressentez-vous une certaine liberté lorsque vous écrivez dans une langue que vous avez apprise tard dans votre vie ? Est-ce que c’est une question d’autocensure ? Pensez-vous que cela vous permet d’étendre votre style et d’expérimenter avec le processus d’écriture ?
Zhang Lijia (ZLJ): As a Chinese writer who grew up in China, speaking only Chinese, writing in English has been unexpectedly liberating. Politically, it grants me freedom. Writing for an international audience allows me to bypass the constraints of China’s strict censorship, which has long stifled creative expression. In fact, I believe this censorship is one of the key reasons why China’s literary scene isn’t as vibrant or dynamic as it could be.
Creatively, writing in English offers a different kind of liberation. Because it is not my native tongue, I feel more comfortable experimenting with form, structure, and style. The unfamiliarity of the language opens doors to fresh perspectives and a certain boldness. My adopted language has enabled me to explore and articulate thoughts and emotions that might have felt constrained in Chinese. For example, in my memoir “Socialism Is Great!,” I wrote a sex scene that was far more explicit than it would have been had I written it in Chinese, where cultural and linguistic nuances might have demanded greater restraint.
Writing in English has, in many ways, become an avenue for both creative exploration and personal emancipation.
Zhang Lijia (ZLJ) : En tant qu’auteure chinoise ayant grandi en Chine et n’ayant jamais parlé que le chinois, il est vrai qu’écrire en anglais fut, étonnamment, assez libérateur. Politiquement parlant, je suis plus libre lorsque j’écris pour un public international. Cela me permet de contourner la censure chinoise, qui ne sert qu’à étouffer la créativité. En effet, je pense que cette censure est l’une des raisons pour laquelle la scène littéraire chinoise n’est pas aussi vibrante et dynamique qu’elle pourrait l’être.
Créativement parlant, écrire en anglais offre une liberté totalement différente. Puisque l’anglais n’est pas ma langue natale, je ressens un certain confort à tester les structures, les formes et les différents styles de la langue. Cette méconnaissance de la langue m’a permis d’ouvrir de nombreuses portes et de découvrir de nouvelles perspectives. L’anglais, en tant que langue adoptée, me permet d’explorer et d’articuler mes pensées d’une manière que je pensais impossible en chinois. Par exemple, dans le mémoire « Socialism Is Great!», j’ai écrit une scène de sexe bien plus explicite que ce que je me serais permis de créer en chinois, puisque les nuances linguistiques et culturelles auraient demandé un peu plus de retenue.
Écrire en anglais m’a permis d’ouvrir de nombreuses voies, tant dans une exploration créative que dans une émancipation personnelle.
FN : Écrivez-vous encore en chinois ? Comment décririez-vous la relation qui se crée entre ses deux langues dans votre processus créatif ?
ZLJ: I rarely write creatively in Chinese these days, though I occasionally contribute pieces to Chinese publications when invited. Chinese is such a rich and expressive language, full of cultural depth and historical resonance. When I do write in English, I like to deliberately weave in dated expressions and traditional idioms to give the prose a distinctive flair — almost as if breathing new life into forgotten phrases. It’s a way to make the language feel fresh and evocative while connecting with its deep roots.
In my creative process, English and Chinese serve different purposes. English is my primary medium for storytelling — it’s where I feel most liberated and experimental. Chinese, however, remains the language of my inner world, tied to my memories and identity. Writing in English sometimes feels like building a bridge between the two, translating not just words but experiences, emotions, and cultural contexts.
ZLJ : J’écris rarement en chinois ces temps-ci, sauf lorsque je suis invité à participer à des publications chinoises. Le chinois est une langue très riche et expressive, autant culturellement qu’historiquement. Mais quand j’écris en anglais, je m’amuse à insérer des termes datés et des expressions classiques afin de rendre ma prose plus élégante, comme si je donnais un second souffle à des phrases oubliées. C’est une manière d’amener un vent de fraîcheur à une langue et de se connecter à ses racines enfouies.
L’anglais et le chinois ne servent pas le même but dans mon processus créatif. Je me sers principalement de l’anglais pour raconter une histoire, c’est une langue qui me permet de briser mes chaînes et de tester de nouvelles choses. Mais le chinois reste tout de même la langue de monde intérieur, elle est liée à ma mémoire et à mon identité. Lorsque j’écris en anglais, c’est comme si je construisais un pont qui relie deux cultures, je traduis plus que des mots, je traduis des expériences, des émotions et toute une culture.
FN : On parle souvent de littérature sinophone transcendant les barrières linguistiques et géographiques, Xiaolu Guo, Ha Jin, Dan Sijie, Yan Geling, sans vous oublier, bien sûr. Pensez-vous qu’un tel genre de littérature existe réellement ? Si oui, quelle en est la définition ?
ZLJ: Yes, I believe global Sinophone literature is a valid and vibrant category. I think it refers to literary works written in Sinitic languages (such as Mandarin or Hokkien) or by authors of Chinese descent, often living outside mainland China. These works engage with a diverse array of themes and contexts, reflecting the complex interplay of language, identity, and geopolitics within the global Chinese diaspora.
What defines this literature is its multiplicity — it is not confined to one geography, style, or perspective. Instead, it captures the lived realities of Chinese communities across the world, often exploring themes like migration, displacement, identity, and cultural hybridity. It challenges the notion of a singular ‘Chinese literature’ by emphasizing the plurality of Chinese voices.
In an age of globalization, I welcome the recognition of Sinophone literature as part of the broader landscape of world literature. It offers an opportunity to deepen our understanding of how Chinese culture functions beyond national borders and encourages dialogue about postcolonialism and global interconnectedness.
On a related note, Xi Jinping’s ‘Tell China’s Story Well’ campaign aims to project a favorable image of China through soft power and international storytelling. While the idea is sound, its success hinges on allowing Chinese writers the freedom to express themselves authentically. Currently, the controls are too stringent for writers to truly ‘tell China’s story well.’ Without creative freedom, this vision remains unattainable. I write about this is an article, ‘Tell China’s Story Well: Its Writers Must Be Free Enough to Do So.’
ZLJ : Effectivement, je pense qu’il est tout à fait valide de considérer la littérature sinophone globale comme un genre vivant. J’imagine que ce terme fait référence aux œuvres écrites dans des langues chinoises (comme le mandarin ou le hokkien) ou écrites par des auteurs d’origines chinoises qui ne vivent pas en Chine continentale. Ces œuvres abordent une large variété de thèmes et de situations qui reflètent la complexité d’interagir avec une langue, une identité et même avec la géopolitique intradiaspora chinoise.
Ce qui définit ce genre de littérature, c’est sa multiplicité. Elle n’est pas limitée par la géographie, par l’usage d’un style, ni par la perspective. Non, ce genre capture la réalité vécue par les communautés chinoises éparpillées à travers le monde, il explore des thèmes comme l’immigration, l’identité et le mélange culturel. Il redéfinit la notion de « littérature chinoise » en mettant l’accent sur la pluralité des voix chinoises.
En pleine ère de globalisation, je dois avouer que j’apprécie la reconnaissance de la littérature sinophone dans le monde entier. Cela représente une certaine opportunité de pouvoir approfondir nos connaissances de la culture chinoise et de ses fonctions au-delà des frontières nationales. Cela encourage une discussion sur le postcolonialisme et sur l’interconnexion mondiale.
À ce propos, la campagne « bien raconter l’histoire de la Chine » lancée par Xi Jinping vise à projeter une image favorable de la Chine dans l’esprit des étrangers via le soft Power. Si cette idée peut paraître louable, pour qu’elle réussisse, il faudrait que les auteurs soient libres d’écrire ce qu’ils souhaitent. À l’heure actuelle, la censure est encore bien trop présente pour que les auteurs puissent « bien raconter l’histoire de la Chine ». Si nous ne pouvons pas créer librement, ce projet ne sera rien de plus qu’une éternelle chimère. J’ai partagé cette opinion dans l’article suivant : Tell China’s Story Well: Its Writers Must Be Free Enough to Do So.
FN : Quels sont les auteurs chinois qui vous ont le plus influencés ? Qu’en est-il des auteurs qui ne sont pas chinois ?
ZLJ: Among Chinese authors, Cao Xueqin, the author of ‘The Dream of the Red Chamber,’ has had a profound influence on me. His intricate portrayal of familial and social dynamics, set against the backdrop of a crumbling aristocratic world, is unmatched in its emotional depth and literary craft. Another major influence is Lu Xun, whose sharp, incisive observations of Chinese society reveal an unparalleled understanding of the Chinese psyche.
Among non-Chinese writers, Tolstoy stands out. His sweeping narratives, set against vast social and historical backdrops, are deeply immersive, yet he never loses sight of the intimate details that make his characters so human.
I also greatly admire Arundhati Roy, especially her novel ‘The God of Small Things.’ Its lyrical prose, rich imagery, and poignant exploration of social and personal struggles deeply resonated with me and have inspired my own storytelling.
ZLJ : Parmi les auteurs chinois, je pense que Cao Xueqin, auteur de « Le Rêve dans le pavillon rouge», est celui qui m’a le plus influencé. La manière dont il partage la complexité des relations familiales et sociales, le tout dans un décor de monde aristocratique sur le point de s’écrouler, n’a jamais été égalée, que ce soit sur le plan émotionnel ou littéraire. Je pourrais également cite Lu Xun comme une autre de mes influences. Ses observations tranchantes sur la société chinoise révèlent une compréhension de la psyché chinoise qui n’a jamais été surpassée.
Parmi les auteurs étrangers, je pense que Tolstoï surpasse tous les autres. Ses histoires grandioses écrites sur fond de récits sociaux et historiques sont tout simplement fascinantes, et pourtant il ne perd jamais de vue les petits détails qui rendent ses personnages humains.
J’admire également et grandement Arundhati Roy, surtout son roman « Le Dieu des Petits Riens». Sa prose lyrique, son imagerie riche, mais aussi la manière poignante qu’elle a d’explorer les difficultés sociales et personnelles résonnent véritablement avec moi, elle inspire la façon dont je raconte mes histoires.
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Les systèmes d’intelligence artificielle révèlent des biais profondément ancrés, susceptibles d’influencer négativement les perceptions et les comportements au sein de la société.
Illustration de Tactical Tech, avec des éléments visuels de Yiorgos Bagakis et Alessandro Cripsta. Utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en anglais.]
Cet article a été rédigé par Safa Ghnaim, en collaboration avec le Goethe-Institut Brésil, et publié initialementsur DataDetoxKit.org. Une version révisée de cet article est republiée par Global Voices dans le cadre d’un partenariat.
Bien qu’elle apparaisse comme une « technologie neutre », l’intelligence artificielle (IA) présente aussi des préjugés. Ce n’est pas l’outil objectif que l’on imagine. L’IA est créée par des individus et entraînée à partir d’ensembles de données. Tout comme vous, les personnes qui développent l’IA possèdent des croyances, des opinions et des expériences qui influencent leurs choix, qu’elles en aient conscience ou non. Les ingénieurs et les entreprises impliquées dans le développement et l’entraînement de l’IA peuvent accorder plus d’importance à certaines informations ou objectifs. Les outils d’IA, tels que les algorithmes ou les agents conversationnels, peuvent produire des résultats biaisés, en fonction des ensembles de données utilisés pour les « alimenter ». C’est pourquoi l’IA peut produire des données erronées, générer de fausses hypothèses ou prendre les mêmes mauvaises décisions qu’un être humain.
L’IA n’est pas magique : les machines programmées par l’être humain présentent leurs propres défauts.
Certaines personnes considèrent l’IA comme une solution magique, mais « l’intelligence artificielle » n’est rien de plus qu’une machine. En termes simples, les outils d’IA sont des programmes informatiques alimentés par une grande quantité de données pour les aider à faire des prédictions. L’« IA » désigne une variété d’outils conçus pour reconnaître des modèles, résoudre des problèmes et prendre des décisions à une vitesse et à une échelle bien supérieures à celles des humains.
Mais comme tout outil, l’IA est conçue et programmée par des individus. Les personnes qui conçoivent ces machines leur donnent des règles à suivre : « Fais ceci, mais ne fais pas cela ». Comprendre que les outils d’IA sont des systèmes automatisés, avec leurs propres limites influencées par l’être humain, peut vous aider à mieux aborder les capacités et les inconvénients de l’IA.
Lorsqu’on parle d’IA, les sujets abordés peuvent être très variés. Découvrez quelques exemples d’outils d’IA particulièrement populaires et leurs défauts :
Les outils de génération de texte créent du contenu à partir de mots-clés (ou « prompts ») que vous définissez. Leur entraînement repose sur d’importants volumes de textes collectés sur Internet, dont la qualité est variable. Vous entendrez peut-être parler de « grands modèles de langage » (LLM) ou de noms de produits spécifiques tels que ChatGPT, ou même d’expressions plus familières comme « agent conversationnel » ou « assistants IA ». Bien que ces outils soient capables de prouesses proches de l’intelligence humaine, comme réussir des examens, ils sont également réputés pour « halluciner », autrement dit, générer des contenus erronés.
Les outils de génération d’images permettent de créer des images ou des vidéos basées sur certains mots-clés que vous fournissez. Vous entendrez peut-être parler de modèles texte-image, ou même de noms de produits spécifiques comme DALL-E ou Stable Diffusion. Ces outils peuvent produire des images et des vidéos très réalistes, mais ils sont également connus pour véhiculer des stéréotypes et peuvent être détournés à des fins de sextorsion ou de harcèlement [fr].
Les systèmes de recommandation proposent du contenu qu’ils « prédisent » être le plus susceptible de vous intéresser ou de susciter une interaction. Ces systèmes opèrent en arrière-plan des moteurs de recherche, des fils d’actualité des réseaux sociaux et de la lecture automatique sur YouTube. Ils sont aussi appelés « algorithmes ». Ces outils ont tendance à vous montrer davantage de contenus similaires, au risque de vous emporter vers un dangereux puits sans fond. Les systèmes de recommandation sont utilisés dans des décisions importantes telles que le recrutement, les admissions universitaires, les prêts immobiliers, mais aussi dans de nombreux autres domainesde la vie quotidienne.
Alors que certains experts estiment que les outils d’IA, comme les agents conversationnels, deviennent « plus intelligents » par eux-mêmes, d’autres soutiennent qu’ils sont truffés d’erreurs. Voici quelques raisons pour lesquelles vous devriez considérer les préjugés qui affectent l’IA :
Certaines données utilisées pour l’entraînement des modèles concernent des sujets personnels, protégés par des droits d’auteur, ou exploités sans autorisation.
Les données peuvent être biaisées à l’encontre de certaines personnes, en raison de leur genre, de leur culture, de leur religion, de leur profession ou de leur situation personnelle.
Les outils d’IA sont également entraînés sur des données qui laissent complètement de côté certains éléments. Si les données d’entraînement contiennent peu ou pas d’informations sur un groupe, une langue ou une culture, l’IA ne pourra pas produire de réponses fiables à leur sujet. Une étude majeure menée en 2018 par Joy Buolamwini, intitulée « Nuances de genre », a montré que les systèmes de reconnaissance faciale peinaient à identifier les visages des personnes racisées, en particulier ceux des femmes noires. Au moment de l’étude, ces outils défectueux étaient déjà couramment utilisés par la police aux États-Unis.
En mettant en lumière les préjugés, on peut éviter de les reproduire.
Maintenant que vous êtes conscients des faiblesses potentielles des ensembles de données d’IA, créés par des personnes comme nous, tournons notre regard vers nous-mêmes. Comment le fonctionnement de notre cerveau humain peut-il mettre en lumière les préjugés de l’IA ?
Il existe des préjugés profondément enracinés au sein des individus, des organisations, des cultures et des sociétés. Mettez-les en lumière en réfléchissant à ces questions :
Qu’attendez-vous des autres en termes de présentation, notamment en ce qui concerne leur comportement, leur tenue vestimentaire et leur manière de s’exprimer ?
Certaines personnes ou groupes sont-ils plus exposés aux risques, aux sanctions ou à la stigmatisation en fonction de leur apparence, de leur comportement, de leur manière de s’habiller ou de parler ?
Les préjugés sur lesquels vous venez de réfléchir reposent souvent sur des hypothèses, des attitudes et des stéréotypes profondément ancrés dans les cultures, et peuvent influencer vos décisions de manière inconsciente. C’est pourquoi on parle de « préjugés implicites » : ils sont souvent ancrés dans votre état d’esprit, difficiles à repérer et à affronter.
Parmi les biais implicites les plus courants, on retrouve :
Les biais de genre : tendance à tirer des conclusions hâtives sur les personnes en fonction de leur sexe, à partir de stéréotypes ou de préjugés.
Les biais raciaux et/ou ethniques : tendance à tirer des conclusions hâtives sur les personnes en fonction de leur couleur de peau, leur origine culturelle et/ou leur origine ethnique.
Harvard propose une vaste bibliothèque de tests de biais implicites que vous pouvezpasser gratuitement en ligneafin de mieux cerner vos propres biais et savoir sur quels aspects progresser. Avec de nombreux biais implicites, il peut être difficile d’identifier ces croyances. Le changement ne se fait pas en un jour, mais pourquoi ne pas commencer dès maintenant ?
Tout est ampl(ia)fié
Maintenant que vous avez découvert des exemples courants de schémas de pensée et de biais implicites, imaginez leur impact lorsqu’ils sont reproduits à grande échelle. Ces derniers peuvent toucher non seulement des individus, mais aussi des groupes entiers, surtout lorsqu’ils sont « codés en dur » dans les systèmes informatiques.
Voici les résultats que vous obtenez lorsque vous entrez le prompt « belle femme » dans le logiciel gratuit de génération de texte en image Perchance.org.
Images IA générées sur Perchance.org le 13 août 2024. Images fournies par Tactical Tech.
Si l’outil a généré six images de « belles femmes », pourquoi sont-elles toutes presque identiques ?
Essayez-le de votre côté, vos résultats sont-ils différents ?
Les outils d’IA ne sont ni neutres ni impartiaux. Ils sont détenus et construits par des personnes influencées par leurs propres motivations. Même les outils d’IA portant le terme « ouvert » (open) dans leur nom ne garantissent pas une transparence totale sur leur fonctionnement et peuvent être programmés avec des biais intégrés.
Vous pouvez poser des questions clés sur la façon dont les modèles d’IA sont conçus et entraînés pour mieux comprendre leur place dans un système plus vaste :
Qui détient les entreprises qui développent les modèles d’IA ?
Comment les entreprises en tirent-elles profit ?
Quels sont les systèmes de pouvoir établis ou soutenus par les entreprises ?
Qui tire le plus grand profit des outils d’IA ?
Qui est le plus vulnérable face aux risques associés aux systèmes d’IA ?
Les réponses à ces questions peuvent être difficiles, voire impossibles à trouver. Cela en soi est significatif.
Étant donné que la technologie est conçue par des êtres humains et alimentée par des données (également collectées et étiquetées par des humains), on peut la voir comme un reflet des problèmes déjà existants dans la société. Nous pouvons nous attendre à ce que les outils alimentés par l’IA renforcent les déséquilibres de pouvoir, tout en systématisant et en perpétuant les préjugés, à une vitesse inédite.
Comme vous l’avez vu, les biais cognitifs sont tout à fait courants, tout le monde en a, d’une façon ou d’une autre. Commencer à affronter ces réalités dès aujourd’hui peut vous permettre d’éviter des erreurs demain et de repérer les failles dans des systèmes comme l’IA.
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Ces vidéos abordent l’anxiété ressentie en Chine pendant une dizaine d'années s'agissant des sanctions liées à la corruption
Capture d’écran d’une vidéo de recrutement des espions chinois postée par la chaîne YouTube de la CIA. Le texte se lit « Je me rends maintenant compte que mon destin est aussi précaire que le leur ». Utilisée avec autorisation.
La CIA a posté ce premier mai deux vidéos dans le but de recruter comme espions des fonctionnaires chinois. Le gouvernement chinois a répondu à cette annonce en déclarant que les mesures nécessaires seront mises en œuvre pour punir « toute tentative d’infiltration et de sabotage de la part des forces étrangères anti-Chine. »
Même si ces vidéos traitent des inquiétudes communes que les citoyens chinois ressentent envers le parti unique du pays, la plupart d’entre eux trouvent néanmoins cette propagande repoussante.
En 2022, la CIA avait déjà tenté de recruter des espions russes depuis les réseaux sociaux. Cette tentative ayant apparemment été un succès, l’agence a décidé en octobre 2024 d’étendre le processus de recrutement en Chine, en Iran et en Corée du Nord. L’organisation s’est alors mise à poster des vidéos informant les personnes susceptibles d’être intéressées d’utiliser soit des Réseaux Privés Virtuels (VPN) soit le réseau TOR afin de contacter la CIA sur leur site Internet officiel.
Ces vidéos ciblent à la fois les hauts et jeunes fonctionnaires du Parti Communiste Chinois. La première vidéo introduit le personnage d’un fonctionnaire confirmé, stressé et tourmenté par la corruption sous le régime de Xi Jinping :
As I keep climbing up the party ladder, I watch those in higher positions being discarded like worn-out shoes. And now I realise that my fate is just as precarious as theirs…
Plus je grimpe les échelons de ce parti, plus je me rends compte à quel point les hauts placés sont jetés comme de vieilles chaussettes. Et je comprends maintenant que mon destin est aussi précaire que le leur…
Ce fonctionnaire finit par contacter la CIA pour protéger sa famille. La vidéo complète est disponible à l’adresse suivante :
La seconde vidéo montre le point de vue d’un jeune fonctionnaire frustré par l’échec d’un système au parti unique, qui, d’après le personnage, ne privilégie qu’une minorité :
The party teaches us that we can have a great future by following the path designated by the leaders. However, what should have been shared by all is not monopolised by the very few. I have to walk my own path.
Le parti nous apprend que nous pouvons espérer un avenir radieux tant que nous suivons le chemin tracé par les dirigeants. Mais ce qui aurait dû être partagé par tous est finalement monopolisé par les puissants. Je dois suivre mon propre chemin.
Les angoisses capturées dans ces deux vidéos font référence aux longues années de corruption et de répression au sein du parti de Xi Jinping, au pouvoir depuis 2012. Et ces mesures touchent autant « les tigres » que « les mouches », une allégorie politique utilisée pour parler des cas de corruptions plus ou moins importants.
Profitant de ce contexte, le vidéaste « K总 » (Général K) originaire du Canton a produit une vidéo anti-CIA ayant gagné une certaine popularité. Dans cette vidéo réalisée par intelligence artificielle, le vidéaste copie trait pour trait celles de la CIA, à la différence qu’ici, il s’adresse aux citoyens américains, les urgeant de se battre pour la liberté :
Dans cette vidéo, le narrateur, un citoyen américain appelé John, déclare :
Our government told me ‘hard work pays off,’ but all I see is that Wall Street elites manipulate finance, politicians are taking bribes, and it seems like Israel is the real power pulling the strings behind us. And we ordinary people can only struggle to survive…
Le gouvernement nous fait croire que le travail acharné est la clé du succès. Mais tout ce que je vois, ce sont les élites de Wall Street qui manipulent les finances. Je ne vois que des politiciens véreux qui ne sont bons qu’à être soudoyés. Je vois à quel point Israel tire les ficelles derrière les rideaux. Et je vois que nous, gens ordinaires, ne pouvons que lutter pour survivre…
Mise en ligne le 4 mai, cette vidéo a depuis été massivement partagée par des influenceurs pro-Chine sur X (anciennement Twitter).
Des vidéos de recrutement irréalistes
En plus du soft Power américain en déclin, Wuyuesanren, blogueur chinois installé au Japon, explique dans une vidéo YouTube que ces « appâts » n’ont aucun sens, puisque les enfants d’anciens fonctionnaires ont, pour la plupart, étaient forcés de retourner en Chine, et contacter des services étrangers pourrait mettre la sécurité de leurs familles en danger. Quant aux jeunes fonctionnaires, faire mention d’un « idéal » n’a que peu de chance de fonctionner, puisque la majorité des personnes susceptibles d’être touchées ont soit déjà quitté le pays, soit ont-ils été forcés d’abandonner leur poste au sein du gouvernement, étant donné qu’un tel changement aurait été impossible.
Le blogueur a ensuite critiqué l’aspect cinématographique et la présentation pleine de paillettes de ces vidéos. D’après lui, les habits des fonctionnaires étaient bien trop luxueux et théâtraux, ce qui montre que les producteurs ne sont pas à la page en ce qui concerne la politique chinoise.
Hu Xijin, spécialiste de la politique et journaliste au Global Times, pense que les véritables intentions de la CIA n’étaient pas de recruter des informateurs, mais plutôt de créer une atmosphère de méfiance au sein du PCC :
The CIA did this without any expectation that it could recruit a few valuable spies. Its biggest goal was to muddy the waters.
If someone falls for it, contacts the CIA and gets caught by the Chinese counter-agency, the CIA will have no sympathy for [the Chinese] traitors who want to pledge allegiance to them. The CIA has nothing to lose if those people lose their reputation or even go to jail. They have to bear all the punishment. The Chinese counterintelligence agency will have to spend extra resources and energy to catch them; in short, all the costs are on China's side.
There is also a possibility that no one on China's side will take the bait, but the CIA hopes that by posting such a video, it will increase the suspicion within Chinese society. This can be used as a ‘double-edged sword,’ leading to some Chinese being accused of being American spies. This would stir up panic in some Chinese sectors…
La CIA a réalisé ces vidéos en sachant très bien qu’ils ne recruteraient aucun espion. Leur but principal était de noyer le poisson.
Si quelqu’un tombe dans le piège et contacte la CIA, le gouvernement chinois aura vite fait de les attraper. La CIA, quant à elle, n’éprouve aucune sympathie pour les traitres chinois qui souhaiterait rejoindre leurs rangs, elle n’a rien à perdre si quelques personnes perdent leur renommée ou finissent en prison. C’est le gouvernement chinois qui va devoir dépenser des ressources et de l’énergie pour punir ces traitres. En clair, tous les coûts vont revenir au ministère de la Sécurité de l’État chinois.
Il y a également la possibilité que personne ne morde à l’hameçon. Mais la CIA espère quand même qu’en postant de telles vidéos, le doute s’installera dans la société chinoise. Elles pourraient être utilisées comme des épées de Damoclès et quelques innocents fonctionnaires pourraient être accusés d’être des espions américains. Cela pourrait causer la panique dans différents secteurs chinois…
D’un autre côté, Desmond Shum, auteur de « Red Roulette » (des mémoires révélant la corruption au sein du PCC), pense que les États-Unis vont payer le prix fort pour avoir réalisé des vidéos aussi provocatrices. D’après lui, cela pourrait mettre à mal un potentiel consensus entre les États-Unis et la Chine en ce qui concerne la guerre tarifaire :
A public CIA call for Chinese insiders to defect transcends typical intelligence operations — it is seen as a direct political provocation. It strikes at the heart of the Party’s fears of internal betrayal and is interpreted in Beijing as an assault on its control and stability — an impact far more consequential than any tariff.
That’s why this video might turn out to be the most consequential — and disruptive — move in the ongoing US–China trade talks. The signal it sends is louder than any tariff and strikes a very personal nerve within the Party.
Une annonce publique pour recruter des espions chinois va au-delà d’une simple opération de renseignements, c’est une provocation politique directe. Cette annonce touche de plein fouet les peurs du gouvernement quant à la trahison et elle sera vue à Pékin comme une attaque concernant le contrôle et la stabilité du gouvernement. Les conséquences seront bien plus conséquentes que des tarifs.
C’est pourquoi ces vidéos sont peut-être les éléments les plus importants et les plus perturbateurs dans cette guerre tarifaire qui oppose les États-Unis à la Chine. Le signal envoyé résonne bien plus fort que de simples tarifs, puisqu’il touche la corde sensible du gouvernement.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250612_205151";}s:15:"20250331_232605";a:7:{s:5:"title";s:159:"Le Président chinois Xi Jinping prévoit « un déclin de l'Occident et une ascension de l'Orient » en marge d'un tournant isolationniste de Donald Trump";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/31/294138/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=294138";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 31 Mar 2025 21:26:05 +0000";s:11:"description";s:203:"Alors que Trump continue de mettre en place des mesures isolationnistes, la phrase « Le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient » est devenue un slogan sur les réseaux sociaux chinois.";s:7:"content";s:17680:"
« Le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient » (東升西降). Cette phrase, prononcée par le président chinois Xi Jinping en 2020, décrit le changement récent dans la distribution des pouvoirs à l'international. Et avec les dernières directives de Donald Trump, qui semble conduire les États-Unis droit vers l'isolation, la phrase est véritablement devenue un slogan sur les réseaux sociaux chinois.
Il faudra remercier Qiushi, le journal officiel du Parti Communiste Chinois (le PCC), pour avoir permis à cette phrase de refaire surface. En effet, le média a publié le 1ᵉʳ janvier 2025 une transcription d'un discours de Xi Jinping datant de 2023 et dans lequel le président mentionne le déclin de l'Ouest en faveur de l'Est. Dans ce même discours, il soulignera l'affaiblissement constant des pays occidentaux, qui serait, d'après lui, la conséquence d'un capitalisme insatiable. Il fera ensuite allusion à « une Chine stable tandis que l'Ouest est en ruine » ainsi qu'à une nouvelle ère dans laquelle un « déclin de l'Occident » contrasterait avec une « ascension de l'Orient ». Xi Jinping insistera sur le fait que cette nouvelle balance géopolitique a offert une nouvelle chance aux pays en développement et il appellera à résister face à l'encerclement, la réprimande et l'impérialisme des États-Unis.
Même si ce n'est pas anormal pour les médias nationaux de relayer les idées de Xi Jinping, l'article de Qiushi a cette fois-ci attiré plus d'attention que d'habitude, surtout en provenance d'opposants politiques ne résident pas en Chine. Et tout cela est dû aux politiques isolationnistes de Donald Trump.
« 老司机 » (Vieux Chauffeur), qui critique ouvertement le PCC sur X (anciennement Twitter), fulmine face à Trump qui laisse la porte grande ouverte à la Chine :
How would the world react to the consequences if the US were to let the profit-seeking Trump withdraw from all foreign aid? Will they cut ties with you or adhere with you? After WWII, the US generously provided aid to numerous countries. Has that made the US weaker or stronger? The short-sighted only see the given but not the taken. If the US gives up its global alliance building strategy and returns to isolationism, it will let China grow strong and help Xi’s ‘the East is rising and the West is declining’ agenda.
Comment le monde réagirait-il si Trump, qui ne cherche que le profit, et les États-Unis décidaient de se retirer de toutes aides internationales ? Le monde se rallierait-il à Trump ? Ou l'abandonnerait-il ? Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont généreusement envoyé de l'aide à de nombreux pays. Cela a-t-il affaibli le pays ? Celui qui ne réfléchit pas à long terme ne voit que ce qui a déjà été obtenu, pas ce qui doit l'être. Si les États-Unis abandonnent l'idée d'une alliance globale pour se tourner vers l'isolationnisme, cela laissera le champ libre à la Chine, et les mots de Xi, « Le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient », deviendront réalité.
L'utilisateur @tankman2002 exprime lui aussi sa colère envers les politiques isolationnistes de Trump :
Who could have imagined that Chairman Xi’s claim that ‘the East is rising and the West is declining’ is now an accurate prediction? Who could have imagined that Chairman Xi would look [morally] taller and greater than his
« Le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient ». Qui aurait pu imaginer que les paroles de Xi Jinping pourraient un jour se réaliser ? Qui aurait pu imaginer que Xi Jinping apparaitrait aujourd'hui plus grand et plus altruiste que ses pairs ?
«Le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient»
La phrase a été prononcée par Xi Jinping lors de la cinquième séance plénière du PCC en octobre 2020. Elle fut ensuite rendue publique en janvier 2021, lorsque les États-Unis étaient encore sous le premier mandat de Trump, que le pays était frappé par la COVID-19 et la désinformation, notamment concernant les vaccins et les mesures anti-pandémie.
Cette idée est basée sur les théories de Justin Yifu Lin, ancien vice-président de la Banque Mondiale, Hu Angang et David Daokui Li, tous deux professeurs d'économie à l'Université Tsinghua. D'après Xi et son groupe de réflexion, l'Orient et l'Occident représenteraient deux civilisations différentes. La civilisation orientale serait caractérisée par le collectivisme et des valeurs communautaristes, tandis que l'Occident serait caractérisé par le capitalisme et des valeurs individualistes. Grâce aux progrès fulgurants de la Chine en termes économiques et technologiques, ainsi qu'au succès qu'a été l'endiguement initial de la pandémie, ces experts pensent que la Chine entre enfin dans une période d'allégresse et que d'ici 2030, la Chine pourrait prendre la place des États-Unis à la tête de l'économie mondiale.
Ce qui ne plaît pas à tout le monde. Lors de son discours de fin de mandat, l'ex-président Joe Biden a déclaré que jamais la Chine ne surpassera les États-Unis. Pour étayer son propos, il a mentionné le ralentissement économique post-COVID de la Chine et la baisse de la note de crédit souverain du pays. Lee Hsien Loong, ancien premier ministre de Singapour, a lui aussi suggéré que la Chine ne pourra jamais surpasser les États-Unis. D'après lui, les États-Unis ont non seulement l'avantage d'être une terre d'accueil pour le monde entier, le pays aurait également les capacités nécessaires pour se réinventer. Même au sein de la Chine, certains experts en politique pointent du doigt cette idée. Selon eux, la croissance économique n'est pas le plus gros indicateur de force des États-Unis, puisque l'hégémonie du pays est surtout protégée par sa présence et sa puissance militaire, ses alliances, sa disposition à attirer des talents du monde entier, ainsi que le statut du dollar américain comme la monnaie utilisée pour les échanges commerciaux à l'international.
Cela prouve que malgré le dur labeur de la Chine pour se construire une alliance, notamment au travers du projet de la nouvelle route de la soie, ainsi que la mise en place du Yuan numérique pour renforcer le Yuan chinois parmi les monnaies internationales, « le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient » n'était qu'une idée tirée par les cheveux, notamment lorsque la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine faisait rage, et que cette dernière était tourmentée par les dettes et la déflation. Une dure réalité. En tout cas jusqu'à ce que Donald Trump reprenne les rênes du pays et modifie complètement les politiques internationales du pays, transformant une nation cherchant autrefois le multilatéralisme en un endroit envahi par l'isolationnisme. Modifiant les politiques d'échanges, auparavant libre marché, pour créer un système protectionniste.
Après avoir supprimé de nombreuses aides de l'USAID et avoir menacé de quitter l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), stoppant possiblement son aide militaire à l'Ukraine, les conséquences des décisions de Donald Trump pourraient faire retomber le globe dans des sphères d'influence, avec la Russie, la Chine et États-Unis au centre de celles-ci. C'est en tout cas ce que suggère l'analyse politique du Wall Street Journal :
With the postwar international order in decline, Russia, China and the U.S. are aiming to carve up the planet in a new age of empire, writes the WSJ’s Yaroslav Trofimov. https://t.co/Nbh63vyfsp
Avec le déclin de l'ordre international post-guerre, la Russie, la Chine et les États-Unis sont sur le point de créer un nouvel âge d'empires, écrit Yaroslav Trofimov du WSJ.
Cette prédiction selon laquelle la Chine étendra ses relations internationales pendant que les États-Unis couperont graduellement leurs relations avec des alliés de longue date comme l'Ukraine, l'Union Européenne et le Canada est devenue le consensus chez les experts en politique :
Chinese leaders expect that the Trump administration’s policies will dismantle the foundations of U.S. global hegemony—and create an opportunity for Beijing to expand its influence farther and faster, writes Yun Sun. https://t.co/2FEOcrs8VL
Les dirigeants chinois attendent que les politiques de Trump mettent fin aux fondations de l'hégémonie des États-Unis, créant ainsi une opportunité pour Pékin d'étendre ses influences plus loin, et plus vite, écrit Yun Sun.
La version chinoise de cette prédiction se reflète alors dans l'idée que « le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient », qui est désormais partagé à grande échelle dans les sphères politiques libérales en dehors de la Chine continentale :
[French President] Macron's mediation in Washington did not generate the expected result. Trump criticized the EU fiercely and is ready to declare [trade] ‘war’ on the EU. The relationship between Europe and the US will never be the same again. Starting in 2025, there will be major changes in global geopolitics, which will mainly benefit the dictators of various countries. It seems that the rise of the East and the decline of the West is no longer a slogan, but a 100 percent inevitable event, as long as the [Chinese] government does not ruin it.
La médiation du Président français Macron avec Washington n'a pas eu l'effet escompté. Trump a fortement critiqué l'Union européenne et il se dit prêt à lancer une guerre [commerciale] contre l'UE. La relation entre l'Europe et les États-Unis ne sera plus jamais la même, et dès 2025, nous allons voir de gros changements géopolitiques à l'international, ce qui ne profitera qu'à quelques dictateurs dans certains pays. Il semblerait que le slogan « le déclin de l'Occident permettra l'ascension de l'Orient » ne soit devenu une réalité. À condition que le gouvernement Chinois ne laisse pas passer cette chance, bien sûr.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250331_232605";}s:15:"20250331_230220";a:7:{s:5:"title";s:84:"Opposition massive à la méga ambassade chinoise à Londres : enjeux et motivations";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/31/294384/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=294384";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 31 Mar 2025 21:02:20 +0000";s:11:"description";s:283:"Le projet de méga ambassade de Chine a été refusé par le Conseil municipal de Tower Hamlets pour des raisons de sécurité publique. Mais le gouvernement travailliste britannique a annulé cette décision, ce qui a provoqué la colère des groupes de défense des droits humains.";s:7:"content";s:20483:"
Les manifestants craignent que la méga ambassade ne serve d'outil de répression transnationale.
Affiche de mobilisation pour la manifestation du 15 mars 2025 devant l'ancien complexe de la Monnaie royale à Londres. Via l'utilisateur X @benedictrogers. Utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Plus de 6 000 manifestants se sont rassemblés à l'ancien Royal Mint Court à Londres le 15 mars 2025 à l'effet de manifester contre le projet d'une méga ambassade de Chine. La manifestation, menée par des groupes de défense des droits de Hong Kong, des Tibétains, des Ouïghours, des Taïwanais et des résidents locaux, était la deuxième manifestation de masse exigeant du gouvernement travailliste qu'il bloque le projet d'ici deux mois.
De nombreux manifestants croient que la méga ambassade de la Chine servirait de « poste de police secrète » qui exécuterait la répression transnationale du gouvernement chinois contre les dissidents politiques.
Des manifestations contre le projet d'une ambassade chinoise géante sont apparues au début du mois de février 2025 après que les ministres britanniques des Affaires étrangères et de l'Intérieur, sous l'égide du Premier ministre travailliste Keir Starmer, aient indiqué que le gouvernement soutiendrait le projet de la Chine visant à transformer le site historique de l'ancienne Royal Mint Court en ambassade.
Le complexe immobilier de deux hectares, situé près de la Tour de Londres, a été vendu à la Chine en 2018 pour la nouvelle ambassade de ce pays à Londres. Si le projet est approuvé, il s'agira de la plus grande ambassade d'un pays dans tous les pays européens. Cependant, le Conseil municipal de Tower Hamlets a bloqué le permis de bâtir, citant les risques potentiels pour la sécurité publique causés par les fréquentes manifestations. La police londonienne partage les préoccupations du Conseil.
Pourtant, vers la fin de l'année 2024, le gouvernement travailliste britannique est intervenu et a annulé la décision du Conseil local, en soulignant « l'importance pour les pays d'avoir des représentations diplomatiques fonctionnelles dans leurs capitales respectives » et a proposé que la controverse soit résolue lors d'une audience publique à la mi-février et qu'une décision finale soit prise d'ici mai 2025.
Pékin aurait engagé une société de conseil, Lowick, pour soumettre à nouveau le projet après que le leader du parti travailliste, Sir Keir Starmer, soit devenu Premier ministre à la mi-2024.
Lorsque le gouvernement travailliste a exprimé son soutien au plan du gouvernement chinois, la police londonienne a cessé de s'opposer au projet et le Conseil local a également décidé de ne pas s'y opposer :
The Metropolitan Police suddenly dropped opposition to China’s “super embassy” due to research paid for by Beijing
Met claimed decisive evidence is “new”
When I challenged this, it admitted it’s an old doc used in previous planning application
La police métropolitaine a soudainement abandonné son opposition à la « super ambassade » chinoise suite à une étude financée par Pékin.
Elle a affirmé que les preuves décisives étaient « nouvelles ».
Lorsque j'ai contesté cette information, la police a admis qu'il s'agissait d'un vieux document utilisé dans le cadre d'une demande antérieure de permis de bâtir.
Une coalition de plus de 30 groupes de défense des droits humains a alors décidé de faire pression à travers des manifestations. La première manifestation a eu lieu une semaine avant l'audition publique, le 8 février 2025. Les manifestants craignent que la méga ambassade ne serve de centre d'espionnage pour la Chine et ne facilite la répression transnationale. Le caricaturiste politique originaire de Hong Kong, @vawongsir, a visualisé les messages dans un dessin humoristique :
Le groupe de défense des droits humains Safeguard Defenders a découvert que les autorités chinoises ont mis en place plus de 110 « stations de service » dans 53 pays afin de surveiller et d'intimider les dissidents et les criminels chinois en 2022. Après enquête, la police britannique a demandé à Pékin de fermer trois stations au Royaume-Uni en 2023.
Un rapport d'Amnesty International datant de 2024 souligne également que les autorités chinoises ont activement surveillé et harcelé les étudiants chinois et hongkongais qui étudient à l'étranger afin de les empêcher de participer à des manifestations et à d'autres activités et groupes politiques pendant leur séjour à l'étranger. Le rapport soulignait :
The Chinese authorities’ assault on human rights activism is playing out in the corridors and classrooms of the many universities that host Chinese and Hong Kong students. The impact of China’s transnational repression poses a serious threat to the free exchange of ideas that is at the heart of academic freedom, and governments and universities must do more to counter it.
L'attaque des autorités chinoises contre l'activisme des droits humains se déroule dans les couloirs et les salles de classe de nombreuses universités qui accueillent des étudiants chinois et hongkongais. L'impact de la répression transnationale de la Chine constitue une menace sérieuse pour l'échange libre d'idées, qui est au cœur de la liberté académique, et les gouvernements et les universités doivent en faire davantage pour y faire face.
Le Royaume-Uni est le premier choix des étudiants de Chine continentale qui souhaitent poursuivre des études à l'étranger. Pour l'année universitaire 2022/23, plus de 156 000 étudiants chinois se sont inscrits à des programmes d'enseignement supérieur au Royaume-Uni.
Lors de la dernière manifestation, la participation massive des manifestants a mis en évidence les problèmes de sécurité publique, car la circulation vers le centre de Londres serait bloquée par des véhicules de police, des manifestants et des officiers de police pendant les manifestations :
Evidence that the pedestrian area around the Royal Mint is NOT sufficient to contain the crowd protesting against the Chinese #MegaEmbassy. A protester was FORCEFULLY pushed back by a policeman and FELL when he accidentally stepped into the road because the island was too full. https://t.co/ZKVq7LX9Empic.twitter.com/txcONOSsbK
Preuve que la zone réservée aux piétons autour de la Royal Mint n'est PAS suffisante pour contenir la foule qui proteste contre la #MegaEmbassy chinoise. Un manifestant a été FORCÉMENT repoussé par un policier et est tombé lorsqu'il a accidentellement mis le pied sur la chaussée parce que la zone réservée aux piétons était pleine. https://t.co/ZKVq7LX9Empic.twitter.com/txcONOSsbK
De nombreux manifestants étaient de nouveaux immigrés originaires de Hong Kong. Après le lancement par le gouvernement britannique du visa spécial pour les ressortissants britanniques de Hong Kong en 2021 en réponse à l'imposition par la Chine de la loi sur la sécurité nationale dans l'ancienne ville coloniale, plus de 150 000 Hongkongais se sont installés au Royaume-Uni sur une période de trois ans. Les nouveaux résidents craignent de continuer à subir le harcèlement transnational de Pékin, même s'ils ont quitté Hong Kong. Benedict Rogers, cofondateur de Hong Kong Watch, s'est exprimé au nom des Hongkongais lors de la dernière manifestation :
LIVE outside Royal Mint Court: Our Trustee @benedictrogers highlights the threats of transnational repression posed by a super embassy, and urges the government to block the establishment of the embassy to protect Hong Kongers and others who call the UK home. pic.twitter.com/nkPpgLncKf
EN DIRECT devant le Royal Mint Court : Notre administrateur @benedictrogers souligne les menaces de répression transnationale posées par une super ambassade de Chine, et exhorte le gouvernement britannique à bloquer l'établissement de l'ambassade pour protéger les Hongkongais et les autres personnes qui considèrent le Royaume-Uni comme leur foyer.
Puisque les Ouïgours expatriés sont les principales cibles de la répression transnationale de la Chine, les groupes d'activistes ouïgours, tels que Stop Uyghur Genocide, basé au Royaume-Uni, ont également été très expressifs dans leur opposition à la méga ambassade :
Des politiciens britanniques du Parti conservateur, dont Iain Duncan Smith, Kevin Hollinrake et d'autres députés, ont rejoint les groupes de défense des droits humains dans leurs manifestations et ont critiqué le gouvernement travailliste pour avoir cédé à la pression de Pékin :
Plans for a new mega-Chinese embassy in London, if passed, would be the biggest act of ‘kowtowing’ in British history. This is an embassy for a brutal repressive Government that dismisses human rights, practices slave labour and genocide. Tower Hamlets council refused planning… pic.twitter.com/J5TqLCv9IH
— Iain Duncan Smith MP Chingford & Woodford Green (@MPIainDS) February 17, 2025
Si le projet d'une nouvelle méga ambassade chinoise à Londres est adopté, il s'agira du plus grand acte de « soumission » de l'histoire britannique. Il s'agit d'une ambassade pour un gouvernement brutal et répressif qui rejette les droits humains, pratique le travail forcé et le génocide. Le Conseil municipal de Tower Hamlets a refusé le permis de bâtir en 2022, invoquant une série de préoccupations, dont l'impact de grandes manifestations sur le site. Permettre à l'ambassade d'aller de l'avant serait un cauchemar. pic.twitter.com/J5TqLCv9IH
— Iain Duncan Smith MP Chingford & Woodford Green (@MPIainDS) 17 février 2025
La secrétaire d'État au Logement, aux Communautés et au Gouvernement local, Angela Rayner, prendra une décision sur la méga ambassade chinoise d'ici le mois de mai, et la décision finale sera un indicateur majeur de la politique du gouvernement travailliste à l'égard de la Chine.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250331_230220";}s:15:"20250327_203038";a:7:{s:5:"title";s:98:"Quatre décennies de lutte et de résistance : focus sur les évènements en Papouasie occidentale";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/27/293955/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=293955";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 27 Mar 2025 19:30:38 +0000";s:11:"description";s:210:"Une vidéo devenue virale montre des soldats indonésiens torturant un homme originaire de Papouasie occidentale. Depuis plus de 60 ans, les Papous occidentaux luttent pour pour l'indépendance de l'Indonésie.";s:7:"content";s:15591:"
Les forces militaires indonésiennes ont été filmées en train de torturer un Papou de l'Ouest.
La version originale de cet article a été écrite par Girard Lopez et publiée dans New Bloom le 16 avril 2023. La version éditée suivante est publiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu.
[Sauf indication contraire, toutes les références de ce texte sont en anglais.]
Début mars 2024, l'Internet indonésien et ses périphériques numériques ont été secoués par unevidéo choquante : un natif de Papouasie apparemment retenu dans un seau d'eau et roué de coups par ce qui semble être des forces militaires indonésiennes. On voit ensuite un autre soldat lacérer impitoyablement le dos du Papou à coups de baïonnette, tandis que la victime ne pouvait que se tordre de douleur. À ce moment-là, la plupart des gens avaient peut-être fermé la vidéo horrifiante et clamé en ligne que les gardiens mêmes qui avaient promis de protéger et de défendre le Pancasila[fr], philosophie fondatrice de cet archipel de 275,2 millions d'habitants aux origines diverses, étaient capables d'une telle violence.
L'armée a présenté des excuses sans précédent et a arrêté 13 soldats du bataillon de Java occidental qui avaient torturé un Papou à Gome, en Papouasie centrale. Cependant, ces excuses sont restées vaines, l'homme torturé étant décédé plus tard. Il ne s'agit que d'une des dizaines de victimes civiles des brutalités militaires perpétrées dans les hautes terres de Papouasie centrale, alors que l'armée indonésienne a intensifié ses raids contre l'Armée de libération nationale de Papouasie occidentale en février dernier, comme l'a rapporté Human Rights Monitor.
Pour les Papous occidentaux, cette vidéo n'est pas du tout une surprise. La violence militaire a toujours été le statu quo dans la région depuis le début de leur lutte pour l'autodétermination dans les années 1960, lorsqu'ils ont été passés d'un colon à un autre. Juste après le départ des Néerlandais de Nouvelle-Guinée occidentale en 1962, le gouvernement indonésien a pris le contrôle par la force de cette région riche en ressources.
En 1969, l'armée indonésienne a sélectionné un peu plus d'un millier de Papous pour participer à un vote controversé visant à déterminer l'avenir de leur peuple. Naturellement, comme lors de toute élection contrôlée par l'armée, un vote unanime a approuvé le contrôle indonésien. Certains Papous, rejetant un tel manque de respect flagrant à la volonté de leur peuple, ont été poussés à prendre les armes et à lutter pour leur indépendance, donnant naissance au Mouvement pour la Papouasie Libre [fr]. Telle est l'origine des violences persistantes qui opposent encore aujourd'hui les forces indonésiennes aux indépendantistes papous. Par conséquent, les Papous sont régulièrement victimes de discrimination de la part des « pribumi » [fr] indonésiens et de violences de la part des autorités.
« Jusqu'à aujourd'hui, les Papous aux cheveux bouclés et à la peau noire sont stigmatisés. Ils nous considèrent comme dangereux. Ils ont recours à cette approche militaire pour réprimer notre psychologie afin que nous ne pensions pas à être libérés de l'Indonésie. Ces 60 années de racisme sont imputables à des personnes occupant des postes importants au sein du gouvernement », a déclaré Ambrosius, défenseur des droits humains papou et ancien président de l'Association des étudiants papous des hauts plateaux du centre de l'Indonésie.
Alors que l’Indonésie s’apprête à inaugurer un nouveau président en octobre, Prabowo Subianto [fr], connu pour son bilan controversé en matière de droits de l’homme sous le régime de Suharto, les Papous sont prudents et se préparent à de nouvelles violences de la part de l’armée.
« Nous l'avons vu parler de la Papouasie. C'est comme s'il ne voyait pas du tout les Papous, mais seulement des territoires », déclare Defe, militant papou des droits humains, dans une interview en ligne à propos du président élu Prabowo. « Il a dit cela pendant le débat et a affirmé à d'autres que le problème papou est un problème militaire. Nous craignons donc qu'il continue d'utiliser l'armée pour opprimer les Papous. »
Ambros et Defe ont déclaré que dans les années 1990, lorsque Prabowo était encore général militaire, la torture des Papous était monnaie courante, la dictature de Suharto ayant lancé diverses opérations militaires contre le mouvement de libération de la Papouasie occidentale. Defe affirme que la récente vidéo virale rappelle cette époque, même si elle est moins courante qu'auparavant. Lors des émeutes de 1998 [fr] qui ont éclaté en Indonésie, ciblant les Chinois d'origine dans le contexte de la crise financière asiatique, il est largement admis que Prabowo a également joué un rôle dans l'incitation à ces émeutes pour détourner l'attention du public de Suharto. Prabowo lui-même a admis à Al Jazeera, lors d'une interview exclusive, avoir participé à ces opérations, affirmant qu'il avait suivi les ordres et que les enlèvements de militants étaient légaux à l'époque.
« Chaque fois que les candidats parlent des Papous, il est toujours question de terres, d'investissements, d'usines, de plantations. Il est évident qu'ils considèrent l'île entière comme une marchandise. Ils ne se soucient pas des habitants et ne leur demandent pas s'ils approuvent le projet. Ils se contentent d'ordonner qu'ils apportent ce projet ici et là. Cela fait partie de la politique nationale : le Projet stratégique national », a ajouté Defe.
Lorsque le président Joko Widodo a pris le pouvoir en 2014, de nombreux Papous étaient optimistes, la grande majorité ayant voté pour lui.Joko Widodo avait promis que le gouvernement indonésien les écouterait.En 2016, Human Rights Watch a cité Widodo déclarant : « Je veux écouter la voix du peuple et je suis prêt à ouvrir le dialogue pour une Papouasie meilleure. Le peuple papou a non seulement besoin de soins de santé, d'éducation, de construction de routes et de ponts, mais il a aussi besoin d'être écouté.»
Mais ces promesses idéalistes étaient en réalité trop belles pour être vraies, car les abus systémiques sont restés le statu quo.En 2019, les Papous sont descendus dans la rue, indignés par les violences policières contre des étudiants papous accusés d'avoir profané le drapeau indonésien.Les étudiants ont nié ces allégations, mais cela n'a pas empêché les autorités de lancer des gaz lacrymogènes dans les dortoirs des étudiants papous et de les soumettre à des insultes racistes.En plus de cela, des milliers de Papous ont été évacués de force alors que l'armée indonésienne bombardait leurs domiciles pour tenter d'expulser les combattants indépendantistes papous.
En Papouasie occidentale, le simple fait d'agiter le drapeau de l'Étoile du Matin [fr], symbole de l'indépendance de la Papouasie occidentale, peut vous attirer des ennuis avec les autorités. Ambrosius a été condamné à six mois de prison pour trahison en 2019 pour s'être peint le corps aux couleurs du drapeau de l'Étoile du Matin. Il existe également des cas présumés de personnes arborant le drapeau cubain et poursuivies en justice, prises pour des militants indépendantistes de Papouasie occidentale.
« Il existe encore de nombreux [autres] cas, mais ils ne sont ni enregistrés ni virales, car l'accès à l'information concernant la Papouasie est protégé par le gouvernement. Il n'y a pas d'option de litige. Bien que nous signalions déjà tous les cas à la Commission des droits de l'homme en Indonésie, le gouvernement ne les reconnaît pas », a déclaré Ambrosius.
Malgré le traumatisme collectif subi par les Papous au cours des six dernières décennies, Prabowo a tout de même remporté la majorité en Papouasie occidentale. Au-delà du pouvoir de l'IA, de TikTok et de la campagne de blanchiment [fr] lancée par le camp de Prabowo, qui a contribué à assainir l'image, Defe affirme que de nombreux Papous pensaient que la promesse de Prabowo de « poursuivre le chemin de Jokowi » serait une bonne chose. Le président élu aurait utilisé le message précédent de Joko Widodo et ses promesses de « développement » en Papouasie occidentale pour gagner du soutien dans la région.
Les organisations de défense des droits humains ont régulièrementlancé des appels et formulé des recommandations au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies (UNHCR) et au gouvernement indonésien afin d'améliorer la situation des droits humains en Papouasie occidentale. Ambrosius a rappelé que le UNHCR avait formulé 269 recommandations au gouvernement indonésien concernant les droits humains dans le pays, dont 65 spécifiques à la Papouasie occidentale. Le gouvernement indonésien n'a reconnu que quelques-unes de ces recommandations. Par ailleurs, certains militants espèrent traduire le gouvernement indonésien devant la Cour internationale de justice afin de poursuivre les autorités pour leurs violations des droits humains et leurs pratiques abusives de longue date en Papouasie occidentale.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250327_203038";}s:15:"20250327_195832";a:7:{s:5:"title";s:106:"Comment une juriste gambienne confronte son savoir universitaire au plaidoyer en faveur des droits humains";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/27/294251/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=294251";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 27 Mar 2025 18:58:32 +0000";s:11:"description";s:193:"« Je ne veux pas que mes recherches rentrent dans les oubliettes. Je veux qu'elles soient utilisées par ceux qui accomplissent l'incroyable travail de transformation de leurs communautés ».";s:7:"content";s:11138:"
Elle œuvre à établir un pont entre la recherche universitaire et l'autonomisation des communautés, créant ainsi un changement significatif à l'échelle mondiale
Dr Satang Nabaneh prenant part à une table ronde. Photo fournie par Dr Satang Nabaneh avec sa permission.
BySydney Leigh Smith
De ses débuts en tant que représentante des enfants en Gambie à sa reconnaissance internationale en tant que militante des droits humains, le parcours du Dr Satang Nabaneh témoigne de sa résilience et de son audace. Ses travaux de recherche universitaire font le lien avec l'autonomisation des communautés, créant ainsi un changement significatif à l'échelle mondiale.
Dr. Satang Nabaneh est une juriste, une militante des droits de l'homme et une éducatrice de renommée internationale originaire de Gambie, dont le travail incarne l'engagement de toute une vie en faveur de l'activisme. Âgée de huit ans seulement, Nabaneh était déjà fortement impliquée dans la défense des droits de l'enfant au sein de la section gambienne de la Croix-Rouge. À douze ans, elle a été élue représentante des enfants gambiens au Parlement mondial des enfants, participant à des réunions de haut niveau et s'adressant à des dignitaires.
En racontant une des anecdotes, elle déclare :
Je suis allée m'installer à droite de la table du podium. On ne m'y avait pas assigné de siège, et on m'a dit : « Oh, vous n'avez pas de place ». J'ai répondu : « Mais c'est un événement pour les enfants, n'est-ce pas ? Pourquoi ne suis-je pas ici ? »
Ces expériences précoces lui ont inculqué l'importance de défier les normes, une philosophie qui continue à la guider.
En observant mon cursus, je reconnais l'importance d'être audacieuse (s'asseoir à la « table haute »), de prendre sa place et d'avoir l'audace d'embrasser son plein potentiel », dit-elle, exhortant les jeunes à « exercer leur pouvoir, à défier les normes sociétales, à créer des espaces alternatifs ou à affirmer leur présence dans des espaces où ils n'auraient pas été traditionnellement bien accueillis ».
« Les connaissances universitaires ne suffisent pas »
Le parcours universitaire de Nabaneh a commencé par une licence en droit (LL.B) en Gambie suivie d'un master et d'un doctorat en droits de l'homme et démocratisation en Afrique à l'université de Pretoria. Elle a ensuite obtenu un doctorat en Afrique du Sud, financé par le Conseil norvégien de la recherche et axé sur les droits sexuels et génésiques . Cette base académique était étroitement liée à son militantisme, qu'elle décrit comme « décisif dans la trajectoire » de sa carrière. Son travail universitaire a toujours été profondément lié aux besoins de la communauté et à la justice sociale. « Les études ne suffisent pas », affirme-t-elle, soulignant que c’est en dehors des salles de classe traditionnelles que sa formation et son développement personnel se sont affinés.
En tant que directrice des programmes et professeur pédagogique adjointe au Centre des droits de l'homme de l'Université de Dayton, Nabaneh élabore et dirige des programmes permettant aux étudiants d'acquérir une réelle expérience dans le domaine des droits de l'homme, en les plaçant souvent dans des postes sur le terrain à travers l'Afrique. Elle a institué une « bourse mondiale d'apprentissage par l'expérience » qui permet aux étudiants de travailler avec des organisations communautaires dans des pays comme La Gambie, le Ghana, le Kenya, et l'Afrique du Sud. Ces expériences, estime-t-elle, offrent des perspectives inestimables.
« Je ne veux pas qu'ils aillent voir nos partenaires en se prenant pour des experts qui vont résoudre leurs problèmes ». Nous pensons que l'apprentissage réciproque et l'humilité dans le plaidoyer sont essentiels pour réussir nos missions.
Renforcer les capacités de la prochaine génération de dirigeants
En 2011, Nabaneh a cofondé Think Young Women, le premier programme de mentorat pour les filles en Gambie. Initialement financé par elle-même et son cofondateur, le programme bénéficie aujourd'hui du soutien du Fonds des Nations unies pour la population et de l'UNICEF. Cette initiative permet aux jeunes femmes de participer à des activités de mentorat qui les encouragent à développer leurs compétences en matière de plaidoyer et de leadership. De nombreuses anciennes participantes au programme sont revenues pour diriger Think Young Women, ce qui garantit l’ancrage de l'organisation dans la communauté avec une direction assurée par des jeunes. Ce travail illustre son approche du changement social durable, qui, selon elle, doit être mené au niveau local et financé de manière adéquate. Elle attire l'attention sur un problème commun au développement international:
La communauté mondiale pousse à l'élaboration de normes et de standards… mais nous ne savons souvent pas comment les traduire en actions.
Le financement durable et la création de coalitions sont essentiels, car ils permettent aux mouvements de prospérer au-delà des étapes initiales du travail bénévole « motivé par la passion ».
Franchir les entraves aux voix africaines en matière des droits humains
La caractéristique déterminante de la carrière de Nabaneh est son engagement à amplifier les voix africaines. Elle apporte son expérience en matière de plaidoyer au monde universitaire, en défendant les perspectives africaines dans les domaines des droits de l'homme et des études de genre. Récemment, elle a organisé une conférence sur« la décolonisation et le développement pour les personnes d'ascendance africaine », facilitant le dialogue entre les activistes et les universitaires d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes. La conférence s'est focalisée sur la solidarité africaine et les droits des femmes dans la diaspora, dans le but de faire tomber les barrières entre les communautés noires du monde entier. « Pour moi, il s'agit de convergence », dit-elle, en rassemblant les voix africaines et en centrant leurs perspectives dans les conversations mondiales sur les droits humains.
Tout au long de sa carrière, Nabaneh est restée une « universitaire militante », qui s'est engagée à combler le fossé entre la recherche universitaire et la défense des intérêts de la communauté. Elle est animée par un engagement en faveur de l'érudition publique, veillant à ce que son travail soit accessible et pertinent pour les militants et les organisations sur le terrain. Elle explique,
Je ne veux pas que mes recherches rentrent dans les oubliettes. Je veux qu'elles soient utilisées par ceux qui accomplissent l'incroyable travail de transformation de leurs communautés.
La vie et la carrière de Nabaneh illustrent comment l'audace, la résilience et l'engagement en faveur d'un changement centré sur la communauté peuvent redéfinir les espaces et donner aux générations futures les moyens d'agir.
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L'appartenance est plus qu'un statut légal. L'acceptation de votre communauté et la reconnaissance par votre gouvernement s'entrelacent pour fabriquer l'expérience ressentie qu'est l'appartenance.
L'œuvre a été fait par l'artiste et écrivaine américaine Zahra Marwan, qui partage « C'est une image de ma maman avec ses voisines pendant son adolescence. Parfois, elle me dit “je n'aurais jamais dû vous prendre là-bas pour que vous soyez proches de moi.” Pourquoi devait-elle choisir entre donner à ses enfants leurs droits de l'homme et les laisser vivre dans une famille non brisée ? » L'image est utilisée avec permission.
Par Christy Chitengu
D'origine nigériane, l’écrivain britannique Ben Okria une fois écrit : « Ce qu'il y a de plus authentique à propos de nous est notre capacité à créer, à surmonter, à endurer, à transformer, à aimer et à s'élever au-dessus de nos souffrances. » Ces mots résonnent profondément pour ceux d'entre nous qui ont déjà connu le sentiment de n'appartenir à rien, d'être ni vu, ni entendu, ni reconnu. Ils évoquent la force tranquille nécessaire pour endurer une réalité façonnée par des obstacles physiques, le courage requis à les surmonter, et l'espoir que la transformation est possible.
L'appartenance est plus qu'un statut légal. L'acceptation de votre communauté et la reconnaissance par votre gouvernement s'entrelacent pour fabriquer l'expérience ressentie qu'est l'appartenance. Elle se manifeste par des actes simples, mais profonds, visant à nouer des liens d'amitié, de parler des langues locales et de s'enraciner là où vous considérez comme chez vous. En revanche, pour un plus grand nombre de personnes, ces deux formes d'appartenance, ressentie et formelle, convergent rarement. Elles divergent souvent à la naissance.
Je connais intimement cette divergence. L'expérience d'être née, dans mon cas, en Afrique du Sud, et de ne pas avoir eu la citoyenneté, ni de mon lieu de naissance, ni de mes parents, a toujours été une source de confusion, pas seulement pour moi, mais aussi pour ma communauté. Comment appartenir si entièrement à un lieu en parlant ses langues, en assimilant sa culture, en y passant toute sa vie ; cependant, être invisible aux yeux de l'Etat ? Chaque fois que je devais expliquer pourquoi je n'étais pas citoyen de la seule patrie que j'ai connue, ni même citoyen de la terre natale de mes parents, cela soulevait plus de questions qu'il n'apportait de réponses. Le silence qui régnait dans ces moments-là me rappelait les frontières qui me séparaient d'un sentiment d'appartenance à part entière. Ce n'est qu'une expérience parmi tant d'autres sur le spectre de l'apatridie. D'innombrables autres histoires se déroulent, chacune façonnée par des causes uniques, motivée par des histoires complexes et aggravée par la discrimination.
Néanmoins, comme Ben Okri nous le rappelle, notre capacité à s'élever au-dessus de nos souffrances reste notre vérité la plus authentique. L'apatridie a essayé de me définir par ce qui me manquait, mais la capacité de l'esprit humain à endurer, à aimer et à se transformer ne peut pas être restreinte par l'absence d'un document de nationalité. C'est cette vérité qui m'a poussé à condamner les systèmes et politiques qui favorisent l'apatridie. La détermination de créer un monde dans lequel la naissance dans un territoire ne constitue pas un frein à l'accès à l'éducation de base, la santé, la sécurité sociale et l'emploi. Des droits qui nous permettent de vivre avec dignité et autonomie.
Je milite pour un monde dans lequel mon fils n'aura jamais à craindre d'être exclu à cause des origines de ses parents. Cependant, le combat pour démanteler ces systèmes d'exclusion profondément ancrés dans nos sociétés est émotionnellement épuisant. Face aux États puissants et à une administration rigide, l'on se sent parfois solitaire et le combat insurmontable.
Au milieu de ces défis, j'ai retrouvé la force grâce à ma communauté. The Global Movement Against Statelessness (Le mouvement international contre l'apatridie) est devenu un espace de solidarité, une preuve de notre résilience concomitante. Ensemble, nous harmonisons les histoires, bataillons contre l'injustice et donnons la preuve que notre valeur ne se définit pas par les frontières ou les documents qui cherchent à nous effacer. Lancé le 27 février 2024, The Global Movement against Statelessness est dirigé par des personnes qui ont été directement touchées par l'apatridie, la privation de nationalité et des lois de nationalité discriminatoires. Notre modèle de gestion s'appuie sur les expériences vécues et apprises pour fonder une approche inclusive, équitable et collaborative. En adoptant ces valeurs, nous ne faisons pas seulement avancer notre cause, mais nous remettons également en question et transformons les paradigmes traditionnels du leadership. Notre groupe reflète cet engagement, en veillant à ce que chaque voix compte et à ce que le leadership soit exercé avec soin, responsabilité et intentionnalité.
Alors que le mouvement souffle sur sa première bougie, nous réfléchissons sur la voie à suivre. Pour nous, l'année prochaine il s'agira d'approfondir nos connexions, de renforcer notre impact et de continuer à construire un mouvement basé dans la communauté, la solidarité et un objectif commun. Un moment clé de ce parcours a été notre vibrant appel à la communauté lancé le mercredi 5 mars 2025 ; une occasion pour nous de nous réunir, de réfléchir à nos progrès et de définir collectivement la voie à suivre.
Pour plus d'informations sur The Global Movement Against Statelessness, rendez-vous sur son site Web.
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Sa similarité phonétique avec le Mandarin fait du Dongbeihua le choix naturel du stand-up chinois
L'humoriste Li Xueqin a construit sa carrière en utilisant l'humour du dialecte de Dongbeihua et en faisant d'amusants commentaires sur les inégalités de genres et les différences entre les régions du pays. Capture d'écran venant de la chaîne YouTube Watch Together, utilisée avec permission.
Durant ces 20 dernières années, le développement rapide des réseaux sociaux chinois, dont des plateformes vidéos telles que Bilibili, a permis la popularisation du stand-up, un genre de comédie dans lequel un comédien se tient sur scène en faisant des blagues et des commentaires hégémoniques, souvent sur un ton satirique, le tout devant un public.
Depuis l'élection du président Xi Jinping en 2013, la censure n'a fait qu'empirer en Chine, faisant totalement disparaître les commentaires et la satire politique de la télévision et d'internet. Pour y remédier et développer leurs blagues, les humoristes se sont tournés vers la riche diversité culturelle du pays, et plus particulièrement l'humour dialectal. Dans un tel contexte, le Dongbeihua, aussi appelé Mandarin du Nord-Est, est devenu la langue officielle du stand-up chinois.
L'humour de Dongbei
Le Dongbeihua est considéré comme une sous-classe du Mandarin parlé dans les provinces du nord-est de la Chine, comme Liaoning, Jilin, Heilongjiang et d'autres régions de la Mongolie-Intérieure. Près de 100 millions de personnes parlent ce dialecte en Chine. Le Dongbeihua partage de nombreuses similarités avec le Mandarin de Pékin, qui est la base phonologique du chinois standard (Putonghua/Mandarin) parlé en Chine continentale et à Taïwan. La plupart des locuteurs peuvent donc, dans la plupart des cas, comprendre le Dongbeihua. Cela dit, ils peuvent avoir des difficultés à comprendre le sens de certaines expressions et certains jeux de mots. Par exemple, comme l'explique ce rapport du média gouvernemental China Daily, le mot 貓/māo, soit le chat, en mandarin standard, peut être utilisé comme un verbe dans le dialecte Dongbeihua.
I'm not going anywhere for the holiday, just catting at home.
Je ne vais pas bouger pendant ces vacances, je vais juste chatonner à la maison.
Le verbe le plus utilisé est 整/zhěng, qui peut vouloir dire « fabriquer », « être pris pour un idiot », « faire », « obtenir » et bien plus encore. L'adverbe le plus utilisé est 賊啦/zéilā. En mandarin standard, on pourrait le traduire mot à mot par « qui est un voleur », mais en Dongbeihua, le terme signifie « beaucoup », « très ». Il peut aussi décrire presque n'importe quoi. Le terme le plus populaire est surement 忽悠/hūyou, qui peut vouloir dire « tricher », « duper », « tromper » ou encore « flatter », et il peut être utilisé comme un nom. Même si la plupart de ces mots n'ont aucun sens lorsqu'ils sont utilisés dans le contexte du mandarin standard, ils sont tout de même devenus des expressions courantes qui sont utilisées dans la vie de tous les jours à travers le pays entier.
Si ces expressions uniques peuvent aussi être utilisées dans d'autres langues chinoises, comme le cantonais, le sichuanais ou le fujianais, le Dongbeihua a la particularité d'être phonétiquement très similaire au Mandarin, lui offrant un avantage comparatif sur le marché du stand-up chinois.
Une autre raison pour qui fait le succès du Dongbeihua dans le stand-up est probablement les stéréotypes concernant les habitants de Dongbei. Ils sont souvent considérés comme étant très directs, rustiques, indifférents, enthousiastes et querelleurs. « 東北人都是活雷鋒 » (Les habitants de Dongbei sont tous des Lei Feng vivants), une chanson virale des années 2000 a énormément popularisé ces stéréotypes, ainsi que le Dongbeihua à travers tout le pays.
Cette chanson raconte l'histoire d'un homme de Dongbei aidant une personne blessée lors d'un accident de voiture. Après cela, ils se rendent dans un restaurant et l'homme de Dongbei, totalement ivre, parlera de la nourriture de la région et du fait que les gens du coin sont tous la réincarnation de « Lei Feng », le tout en Dongbeihua. Lei Feng est une figure de propagande des années 60 utilisée pour propager une idée de sacrifice et d'altruisme envers son pays. Le mythe de Lei Feng est cependant devenu un sujet humoristique dans les 2000, période durant laquelle le pays jouissait d'une économie et d'une atmosphère politique assez libérale.
La première vague humoristique de Dongbei
L'humour de Dongbei est apparu première fois sous les projecteurs nationaux dans les années 90, au Gala de Nouvel An de CCTV. Le comédien Zhao Benshan, originaire de Tieling, dans la province du Liaoning, avait réalisé un sketch dans lequel les habitants du nord-est de la Chine étaient peints comme des gens de la campagne, sans éducation, simples et francs. Cet extrait datant du Gala de Nouvel An en 2005 illustre ces clichés :
Même si ces représentations peuvent être problématiques ou choquantes, certains clichés entourant Dongbei tirent leurs origines du contexte historique de la région.
Les trois provinces du nord-est de la Chine (Mandchourie) furent les premières régions du pays à s'industrialiser en raison de la colonisation japonaise (1932-1945). Le Japon envahit la Mandchourie en 1931, peu après l'incident de Mukden. Ils établiront un gouvernement fantoche, le Mandchoukouo, avec à sa tête le dernier empereur de Chine, Puyi. Les habitants de la Mandchourie durent faire face au travail forcé, et la région fut utilisée par l'armée japonaise comme une zone industrielle hautement militarisée et une terre arable dans le but de supporter l'expansion de l'empire japonais à travers l'Asie.
Même après la création de la République populaire de Chine (RPC) en 1949, la région est restée le cœur de l'industrie lourde du pays. Grâce à une propagande communiste lorsque Mao était à la tête du pays (1949-1976), les travailleurs des entreprises publiques étaient décrits comme des héros de la nation. Cependant, avec la libéralisation de l'économie et la privatisation des entreprises publiques au milieu des années 90, donnant lieu à de nombreux licenciements, la plupart des travailleurs furent forcés à pratiquer le Xiahai (下海), soit le fait de complètement changer de carrière afin de gérer des petits commerces ou d'accepter d'être exploités par les entreprises privées. La plupart des travailleurs, surtout des femmes, furent laissés sans emploi.
Beaucoup d'habitants de Dongbei ne trouvent donc pas les blagues de Zhao sur le Dongbeihua et sur les clichés de la région amusantes. En effet, être associé à Lei Feng, une sorte de dindon de la farce, n'est qu'une moquerie sans saveur par rapport au passé glorieux de la région et aux circonstances difficiles auxquelles les citoyens font face aujourd'hui.
La renaissance de Dongbei
Mais en 2017, le rappeur Gem sort sa chanson « Disco du Loup Sauvage », un mélange de Cantopop et de rap en Dongbeihua. La chanson tire parti d'un sentiment de nostalgie pour la vie nocturne à Hong Kong et Dongbei. Gem aurait été à l'origine d'un mouvement culturel appelé la « Renaissance de Dongbei ».
Aussi ironique que cela puisse paraître, cette renaissance prend racine dans l'exode de la population vers les villes du sud. En 2000, cet exode concernait moins de 500 000 personnes. Dix ans plus tard, elle dépassait les deux millions. La plupart de ceux quittant la région sont de jeunes gens instruits qui ne trouvent pas de perspectives d'emploi dans le nord-est du pays.
Actuellement, les personnalités les plus connues de cette renaissance de Dongbei sont Shuang Xuetao, Zheng Zhi and Ban Yu, trois jeunes auteurs qui ont grandi à Dongbei dans les années 90. Après avoir assisté au déclin de leurs villes natales, ils prirent la décision de quitter la région dans le but de poursuivre une meilleure éducation et de meilleurs emplois. Ils se sont servis de leur perspective en tant qu'enfants de travailleurs pour partager l'histoire de leurs villes et de la population croyant dur comme fer au socialisme, mais forcés de participer à un système capitaliste devenu la norme sociale, un système qui n'a que faire des petites villes.
Ces histoires nostalgiques ont récemment été illustrées dans des films récompensés par la critique. C'est le cas de « Black Coal », réalisé par Diao Yinnan en 2014. Il y a également « The Shadow Play », réalisé par Lou Ye en 2018. Sortie en 2023, la série « The Long Season » partage également ce genre d'histoire.
Le mouvement culturel du stand-up de Dongbei semble révolutionner l'ancien style d'humour en transformant les blagues basées sur des stéréotypes en humour noir, plein de commentaires sociaux qui se moquent justement de ces clichés datés sur les habitants de Dongbei.
Li Xueqin est probablement l'humoriste la plus populaire de la région. Née à Tieling, Liaoning, ville dans laquelle elle grandit, Xueqin gagne une reconnaissance nationale grâce à ses débuts dans une compétition de stand-up en 2020. Lors de cette compétition, elle utilisera l'humour noir et fera des commentaires satiriques sur le complexe de supériorité des Pékinois, ce qui lui fera gagner l'approbation du public. Elle est également acclamée pour ses petites piques amusantes concernant des problèmes sociétaux, comme la place du genre par exemple, le tout dans un environnement dépourvu de liberté d'expression.
Voilà une transcription partielle de l'un de ses spectacles à propos de Pékin et Tieling lors d'une compétition de stand-up en 2020 :
This year, I left Beijing and went back to Tieling. A lot of people were shocked when they found out, almost the same expression as yours as if it wasn't that I had returned to Tieling from Beijing. Tt was as if I was about to get married to Wu Yifan [a famous actor] but suddenly decided to elope with Wang Jianguo [another comedian in the same competition].
They chased after me and asked me, ‘Aren't you sorry to leave Beijing?’ As if I had been accepted or loved by Beijing. To Beijing, I'm not even a spare tyre. I fought for it, contributed cash, and paid my youth for it. When I left, I even bid farewell to it. Then it replied: ‘Who are you?’ I went back to Tieling, and people laughed at me, ‘What are you doing back there? Tieling doesn't even have a subway!’ What's there to be proud of about a broken subway? Beijing is good, the big subway loop to and from work on a circular line on the left and another circular line on the right, day after day, circle after circle. The universe has an end, Beijing subway does not. How awesome!
What's more, there is a group of people, when I was in Beijing, they said: ‘Beijing is not good, the pressure is too huge.’ When I left Beijing, they said, ‘Beijing is so good; there are so many opportunities.’ My feeling is that these people's only purpose in life is to tell me that you should be regretful for being born as a human being. Many people believe that they can only realize their dreams in Beijing. Please pardon me for asking today: ‘Is your dream to host the Olympics?’ Anyway, my dream can be realized in Tieling. I just want fried pork, smoked whole chicken, and goose stewed in an iron pot. So, you guys really don't have to feel sorry for me anymore.
Cette année, j'ai quitté Pékin pour retourner à Tieling. Les gens étaient choqués de l'apprendre, ils avaient à peu près la même expression que vous maintenant. C'est presque comme si j'avais fait autre chose que juste revenir à Tieling. On aurait dit que j'étais sur le point de me marier avec Wu Yifan [un acteur célèbre], mais qu'au dernier moment, j'ai décidé de fuir avec Wang Jianguo [un concurrent de la même émission].
On m'a pourchassé pour me demander si j'étais triste de quitter Pékin. Comme si j'avais déjà été en couple avec Pékin. Mais pour Pékin, je ne suis même pas une roue de secours. Pourtant je me suis battu pour attirer son attention. Je lui ai donné de l'argent, je lui ai offert toute ma jeunesse. Je lui est même dit au revoir quand je suis partie. Mais tout ce que j'ai eu en retour, c'est un « On se connaît ? ». Quand je suis rentrée à Tieling, tout le monde s'est moqué de moi, ils m'ont dit « Qu'est-ce que tu fais ici ? Il n’y a même pas de métro à Tieling ! ». Comme si c'était une fierté d'avoir un métro. Pékin c'est génial, sur la ligne en forme de cercle à gauche, le métro nous amène au boulot, et sur le cercle à droite, il nous ramène à la maison, jour après jour, cercle après cercle. Si l'univers à une fin, le métro de Pékin, lui, n'en a pas. N'est-ce pas fantastique ?
Le pire dans tout ça, c'est que quand j'étais encore à Pékin, il y avait toujours quelqu'un pour me dire « Pékin, ça craint, il y a trop de pression ». Puis quand je suis partie, on m'a dit « Pékin c'est génial, il y a tellement d'opportunités ». Moi je pense que ces gens là, leur seul but dans la vie, c'est de dire aux autres qu'il faut être désolé d'être un humain. Il y a trop de personnes qui pensent qu'il n'y a qu'à Pékin qu'on peut réaliser ses rêves. Désolée de demander, mais votre rêve, c'est d'organiser les Jeux olympiques ou quoi ? Bref. Moi, tout ce dont je rêve, je peux l'avoir à Tieling. Du porc frit, du poulet braisé et du ragoût d'oie, je n’ai besoin de rien d'autre. Voilà, vous avez plus besoin d'avoir de la peine pour moi.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250327_174917";}s:15:"20250325_103559";a:7:{s:5:"title";s:66:"En RDC, le média Green Afia fait de l'éducation verte sa mission";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/25/294238/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=294238";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Mar 2025 09:35:59 +0000";s:11:"description";s:163:"En Afrique, de nouveaux médias se positionnent comme des acteurs clés dans la lutte contre la dégradation de l'environnement ainsi que le changement climatique.";s:7:"content";s:10070:"
Le bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale au monde après l'Amazonie
Image de Hervé Mukulu, rédacteur en chef de Green Afia ; Photo utilisée avec permission
En Afrique, de nouveaux médias se positionnent comme des acteurs clés dans la lutte contre la dégradation de l'environnement ainsi que le changement climatique.
Jean Sovon (JS): Quelle est votre particularité par rapport aux autres médias en RDC?
Hervé Mukulu (HM): Green Afia Magazine est un média spécialisé dans l’éducation verte. Cela se fait à travers la réalisation de reportages, d’ investigations, d'études, de séances de réflexion et de sensibilisation sur les défis environnementaux et sanitaires dans le bassin du Congo. Nos thématiques de prédilection sont le climat, la biodiversité, la santé, l’agriculture et tout ce qui est relatif à l’environnement.
Notre spécificité est d’être un média de data-journalisme axé sur l’environnement. Les défis tout comme les solutions résilientes pour lesquels nous avons le devoir d’amplifier les voix, sont plus clairement compréhensibles quand ils sont présentés en chiffres, cartes et graphiques.
JS: Quelles sont vos principales difficultés et comment les surmontez-vous?
HM: Les thématiques liées à l’environnement exigent du temps pour comprendre toutes les facettes du problème. Du temps pour accéder aux experts, aux données chiffrées et aux témoignages qu’il faut nécessairement recouper car ne donner qu’une version du problème peut s’avérer être très destructeur. Du temps, pour comprendre les efforts qui sont menés pour résoudre ces problèmes. Qui dit temps suppose aussi moyens financiers et techniques pour mener une investigation. Jusque là, nous ne sommes mus que par la passion du journalisme de solution. Nous déployons les efforts nécessaires pour atteindre les personnes et les ressources et accéder aux données en sacrifiant notre temps et nos moyens personnels pour réaliser nos reportages.
JS: Quel rôle jouent les médias en RDC dans la problématique du changement climatique ?
HM: Un pays comme la RDC dans la région du Bassin du Congo, miné par la guerre comme principale actualité, l’instinct de survie pousse à ce que les informations sécuritaires prennent la part du lion dans le besoin informationnel des populations. Or nous montrons que tout cela est lié: les défis économiques, sécuritaires, sociales qu’engendrent cette crise sécuritaire engendrent aussi des défis environnementaux qui méritent notre attention. Face aux défaillances des services régaliens, il est possible de mener des actions locales pour un impact global. Ainsi nous donnons la voix aux solutions résilientes locales. En tant que Green Afia, nous sommes témoins du fait que les actions visant la lutte contre le changement climatique ne sont pas exogènes: elles sont internes et locales. C’est pourquoi nous participons à la promotion des solutions locales en les faisant connaître du grand public. Nos reportages ont toujours une visée éducative pour informer et former notre audience sur les défis environnementaux. Dans chaque domaine, il existe des savoirs locaux ou des adaptations qui résolvent des problèmes utiles à la communauté. Les faire connaître aidera les autres. Nous donnons la voix à ces savoirs.
JS: Quelle est votre vision de la lutte pour la justice climatique en Afrique et que faites-vous concrètement pour l'atteinte de cette vision?
HM: Moins pollueurs, les pays pauvres payent pourtant un lourd tribu au changement climatique. Ils n’ont pas non plus de moyens suffisants pour mener la riposte et prendre les mesures d’adaptation nécessaires contre ces effets. Les pays pauvres et les petits pays insulaires sont ainsi doublement victimes de la faute d'autres pays. C'est aux pays pauvres non-polluants que devraient revenir la part de lion dans l’attribution des crédits-carbone et toute autre rétribution.
Sans rester dans la victimisation, ces pays savent qu’à chaque problème chacun peut donner une solution. Ce ne sont pas nécessairement les grands pollueurs qui doivent venir mettre des actions de gestion des déchets plastiques que nous importons de notre propre gré. Au niveau local, il est possible d’initier des mécanismes de gestion si la bonne volonté est présente. Ce sont ces petites actions locales qui, si elles répercutent, peuvent avoir des résultats grandioses. Si pour les populations africaines, le changement climatique peut entraîner de grands défis comme des inondations, des canicules, les pays développés sont en mesure d’y faire face. Mais en Afrique, dans les milieux ruraux surtout, il est encore difficile de se faire consulter même pour le malaria. Les efforts locaux qui sont menés méritent donc d’être soutenus.
Notre devoir est de participer à l’effort local. Green Afia Magazine se focalise sur la région du Bassin du Congo qui est la deuxième plus grande forêt tropicale au monde après l'Amazonie, et joue donc un rôle très important dans la régulation du climat mondial. Toutefois, il est confronté à plusieurs défis liés au changement climatique, comme la conservation de la biodiversité. Une conservation responsable qui tient compte des besoins des populations autochtones qui dépendent de cette mère nature pour répondre à leurs besoins de survie au quotidien. Cette situation exige de nous d'éduquer et de sensibiliser toutes les parties impliquées dans la conservation: la population locale car elle doit en être le premier acteur, les institutions gouvernementales et les ONG dont parfois les agents profitent de l'ignorance des populations moins instruites d'un point de vue scolaire, prétendument pour la conservation de la nature. Et surtout il faut promouvoir le savoir autochtone pour des solutions locales qui participent à un objectif global.
HM: Nos plus grandes réussites, ce sont d’abord, les retours des lecteurs qui témoignent qu’ils apprennent beaucoup de nos papiers et ceux qui sont reconnaissants des haut-parleurs que nous donnons à leurs actions et qui finissent par avoir les résultats escomptés. Nos plus grandes réussites, c’est de rédiger des articles qui sont primés et appréciés dans des concours.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250325_103559";}s:15:"20250324_150648";a:7:{s:5:"title";s:110:"Hong Kong : les experts à la recherche des solutions pour régler le problème du suicide chez les étudiants";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/24/293932/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=293932";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Mar 2025 14:06:48 +0000";s:11:"description";s:196:"À Hong Kong, le taux de suicide chez les jeunes est en hausse. D'après certains, la solution à ce problème serait l'adoption des valeurs et des pratiques culturelles traditionnelles chinoises.";s:7:"content";s:19034:"
Le nombre de suicides chez les étudiants a presque triplé en 10 ans.
Avec l'apparition d'un « Programme d'éducation aux valeurs » ces dernières années, de plus en plus d'écoles demandent aux élèves de démontrer leur piété filiale. Certains établissements ont appelé les enfants à s'agenouiller pour offrir du thé à leurs parents. Cette image, devenue virale sur les réseaux sociaux, montre ce moment. Photo de la page Facebook PoorLHK. Utilisée avec permission.
La première cause de suicide dans le monde est la dépression. La dépression peut être traitée, et le suicide évité. Vous pouvez trouver de l'aide en appelant des lignes téléphoniques confidentielles. Le site Befrienders.org répertorie différents numéros disponibles par pays.
Tout le monde se l'accorde, la pandémie de la COVID-19 a eu un impact extrêmement néfaste sur la santé mentale, surtout chez les jeunes les plus vulnérables. Cependant, la situation semble encore plus terrible à Hong Kong tant le taux de suicide chez les jeunes ne fait qu'augmenter. Lors de l'année scolaire 2022 à 2023, 2,8 % des étudiants auraient déclaré avoir des pensées suicidaires, le taux le plus élevé au monde.
All values essentially come down to considering others. Then, you will know what etiquette, wisdom, responsibility, and respect are. Values are essentially cultural core, which is to be considerate to others. Hence, life education for students requires them to think more about social responsibility and parental expectations. What would happen to your family and others if you were gone? With such spirit, then you won’t do anything stupid.
Toutes les valeurs prennent racine dans le fait de respecter ses pairs. Une fois cela fait, vous saurez ce qu'est l'étiquette, la sagesse, les responsabilités et le respect. Les valeurs font partie d'un noyau culturel, il en est de même pour le respect. Voilà pourquoi nos étudiants, qui apprennent la vie, doivent prendre en considération leurs responsabilités sociales et les attentes de leurs parents. Que feraient vos parents et vos amis si vous disparaissiez ? Si vous réfléchissez à tout cela, vous ne ferez rien de stupide.
Ricky Tse est à la tête du centre d'enseignement de la vie de l'université Nang Yan de Hong Kong. « L'enseignement de la vie » (Life education) est une pédagogie qui met en avant le développement spirituel des élèves. Les commentaires de Tse sur l'augmentation du taux de suicide qui serait dû à un manque de valeurs lui ont valu de nombreuses critiques. Comme beaucoup l'ont noté, ses paroles étaient pleines de mépris, et elles pourraient pousser plus d'étudiants au suicide.
Un groupe Facebook discutant des problèmes de suicide chez les étudiants a par ailleurs publié une déclaration dénonçant les remarques cruelles de Tse et son manque de considération face aux souffrances des étudiants :
…the Samaritan Befrienders [a local suicide prevention group] has pointed out that ‘most of the pressure on students or young people comes from their parents’ high expectations’ … Now, Mr. Tse again suggested that students should think more about their parents’ expectations. His speech has trivialised the pressure students face.
[…] Les Samaritains Amicaux (groupe d'aide au suicide) nous font remarquer que « la plus grande pression exercée sur les étudiants vient des attentes démesurées de leurs parents »… Pourtant, M. Tse nous suggère que les étudiants devraient faire plus attention à ces attentes. De telles paroles discréditent la pression subie par les élèves.
Mr. Tse referred to attempting suicide as ‘doing something stupid’ … Suicidal people are often in great pain, and their act should not be simply portrayed as being stupid. Their experiences and feelings should be respected and recognized, regardless of the rights or wrongs of their behaviour. We urge all sectors to refrain from using words such as ‘stupidity’ and ‘recklessness’ when describing suicide incidents…
M. Tse a défini le suicide comme « quelque chose de stupide »… Les personnes suicidaires souffrent énormément, leurs actions ne devraient pas être décrites comme stupides. Leurs expériences et leurs sentiments doivent être respectés et reconnus, peu importe si ce qu'ils font est bien ou mal. Nous demandons à chaque secteur de ne pas utiliser des mots comme « stupide » ou « imprudent » lorsque le suicide est mentionné…
Le suicide chez les étudiants a pris énormément d'ampleur ces dernières années. Les statistiques publiques transmises par le gouvernement de Hong Kong indiquent que le nombre de morts liés au suicide étudiant a triplé ces dix dernières années, atteignant le nombre affolant de 23 cas en 2023. D'après une étude gouvernementale, toujours en 2023, 6,9 % des étudiants âgés de 6 à 17 ans auraient montré des tendances suicidaires et 24,4 % auraient souffert de problèmes liés à la santé mentale.
Les données récupérées par les conseils de différentes écoles publiques ont montré que 37 % des étudiants souffraient de problèmes mentaux, que 20 % d'entre eux avaient des problèmes familiaux et que 20 % avaient des problèmes à l'école. Les troubles mentaux les plus répandus étant le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), le trouble du contrôle des impulsions, l'anxiété, ainsi que la dépression.
Après avoir reconnu le problème, le Bureau de l'éducation a alloué un plus grand budget aux assistants sociaux, les psychologues scolaires, l'éducation parentale et les protocoles d'urgences pour la santé mentale des étudiants.
Plusieurs experts sont également intervenus pour parler du problème.
À la suite d'une autre étude révélée lors d'une conférence de presse et montrant que 15 % des étudiants avaient des pensées suicidaires, et que 70 % d'entre eux se sentaient perdu ou désespéré à propos de leurs vies, Tse s'est empressé de revoir son approche quant à l'enseignement de la vie.
Il voit la culture chinoise comme une pierre angulaire de la spiritualité, pouvant aider les étudiants à se soulager du stress et de la pression les poussant à l'automutilation. D'après lui, l'éducation devrait s'appuyer sur la culture et les valeurs chinoises :
‘Life education’ should be integrated with the value education and moral education of traditional Chinese culture because the core spirit of Chinese culture is to care for others with love and empathy, and it has always emphasized diversity, interaction, and tolerance.
« L'enseignement de la vie » devrait faire partie de l'éducation des valeurs et des morales de la culture traditionnelle chinoise. Au centre de cette culture, on retrouve un altruisme plein d'amour et d'empathie, qui met l'accent sur la diversité, la tolérance, ainsi que le partage.
Prenant racine dans l'Australie de 1979, le concept « d'enseignement de la vie » fut d'abord introduit par un prêtre chrétien qui souhaitait tacler le problème de la délinquance juvénile avec une approche spirituelle. L'abus de drogue était notamment l'un de ces problèmes. Même si cette pédagogie est enseignée de manière différente, elle est de plus en plus populaire en Chine continentale, à Hong Kong et à Taïwan, sociétés dans lesquelles elle est considérée comme la raison de la réduction des causes de décès non naturelles, surtout le suicide.
À Hong Kong, le programme d'enseignement de la vie est introduit par près de 20 écoles chrétiennes dès 1999, dans le but d'endiguer les violences scolaires liées aux gangs juvéniles. En 2010, près de dix ans plus tard, le Bureau de l'éducation commence à allouer plus de budget afin que davantage d'écoles adoptent le programme.
Depuis 2021, l'enseignement de la vie fait partie intégrante du programme d'Éducation aux Valeurs des écoles primaires de Hong Kong, au même titre que l'éducation nationale, l'éducation morale, etc. L'objectif de ce programme est d'enseigner aux élèves les bonnes valeurs et les vertus de la Chine, de promouvoir la reconnaissance de cesdites valeurs, de cultiver l'empathie ainsi qu'une attitude positive envers la vie, le pays et Hong Kong, et enfin, de les pousser à entretenir un comportement correct. Douze traits différents sont notés comme faisant partie des valeurs chinoises : la persévérance, l'empathie, la responsabilité, l'identité nationale, l'engagement, l'intégrité, la bénévolence, le respect des lois, l'empathie, l'assiduité, l'unité, ainsi que la piété filiale.
L'approche chrétienne de l'enseignement à la vie, censée encourager la poursuite individuelle du sens de la vie, fait petit à petit place à une approche en accord avec les idéaux culturels et nationalistes chinois, soit le fait de trouver son bonheur à travers des valeurs familiales, communautaristes et nationalistes. Certaines écoles demandent même aux élèves de démontrer une certaine piété filiale en s'agenouillant pour offrir une tasse de thé à leurs parents (voir l'image ci-dessus). D'autres écoles demandent aux étudiants de prononcer un discours lors du rituel de levé du drapeau national, ce discours devant aborder le sujet du dévouement à sa nation et à la société.
L'approche de Tse quant à l'enseignement de la vie est en accord avec la ligne directrice du programme d'Éducation aux valeurs, mais ses remarques lui ont valu de très nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, le poussant à s'excuser deux jours plus tard.
Le problème ne vient pas du fait de stigmatiser le suicide comme un acte stupide, mais plutôt du fait de croire que la culture et les valeurs chinoises pourraient régler le problème du suicide chez les étudiants. Comme l'a fait remarquer l'éminent écrivain Fung Hei-kin, le confucianisme, qui prône le « sacrifice de soi », souvent pour son pays, empire souvent les troubles mentaux, ce qui peut mener au suicide :
Chinese culture encompasses many schools of thoughts. I can only think of Zhuang Zi, who loved to talk about maintaining one's health and preserving one's nature, as a value that can be associated with the prevention of suicide. As for the mainstream traditional Chinese culture, it rarely rejects suicide but often praises those who commit suicide. For example, Qu Yuan, his suicide has been honored with a public holiday [Dragon Boat Festival], is precisely a great man upheld by those who embraced traditional Chinese values. Should Prof. Tse condemn him for disregarding his social responsibility and not thinking of others?
La culture chinoise englobe énormément d'écoles de pensées. Le premier qui me vient en tête est Zhuang Zi, qui adorait parler du maintien de la vie et de la préservation de la nature d'un individu. Si on traduit cela en termes de valeurs, on peut l'associer à la prévention du suicide. Quant à la culture irrationnelle chinoise la plus courante, elle rejette peu le suicide, au contraire, elle l'encourage. Prenez l'exemple de Qu Yuan, son suicide est commémoré par une fête nationale [le Festival des bateaux-dragons]. Qu Yuan était un grand homme qui a su épouser les valeurs traditionnelles de la Chine. Est-ce que le professeur Tse le critiquerait pour avoir fui ses responsabilités sociales et ne pas avoir pensé à son entourage ?
Ce qui énerve le plus les gens, c'est l'approche idéologique face au suicide, ce qui efface les besoins individuels en faveur d'un collectivisme culturel et national lorsqu'il est question de problème de vie et de mort.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250324_150648";}s:15:"20250321_144627";a:7:{s:5:"title";s:94:"Insécurité alimentaire et genre chez les adolescent·es issu·es des communautés africaines";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/21/293733/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=293733";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 21 Mar 2025 13:46:27 +0000";s:11:"description";s:204:"Le déséquilibre et les inégalités alimentaires liés au genre se retrouvent dans de nombreuses communautés d’Afrique et sont bien souvent dus à des normes culturelles et des perceptions de valeur.";s:7:"content";s:14965:"
Échange avec deux adolescentes pour comprendre la prédominance des inégalités alimentaires.
En Afrique, pour de nombreuses communautés, la nourriture est bien plus qu’un moyen de subsistance : elle reflète la culture, les traditions et, bien souvent, les dynamiques de genres. À table, on retrouve une subtile, quoique très fréquente, pratique qui consiste à privilégier les garçons plutôt que les filles. Les spécialistes qualifient cette pratique d’écarts entre les genres en matière d’insécurité alimentaire. Donner aux garçons de plus grosses portions ou des aliments de meilleure qualité qu'aux filles : cette disparité a d’importantes conséquences et en dit long sur les comportements sociétaux bien ancrés en matière de nutrition et d’égalité de genres.
Sur le continent africain, les adolescentes sont plus exposées aux risques d'anémie, de retards de croissance et d’affaiblissement du système immunitaire. La malnutrition généralisée et les inégalités invisibles exacerbent l'écart entre les genres en matière de santé et menacent le bien-être des générations futures. Chaque année, on estime à 60 millions le nombre de cas d'anémie chez les adolescentes, ce qui coûte aux États membres de l’Union africaine (UA) la somme astronomique de 1,38 milliard de dollars.
En 2023, l’UA et Nutrition International (NI) ont lancé la campagne nutritionnelle « Avec une bonne nutrition, l'avenir lui appartient », destinée aux adolescentes. Le message est clair : les filles peuvent devenir tout ce dont elles rêvent et pour ça, une bonne nutrition est essentielle.
Adesewa Olofinko de Global Voices a interviewé Favour Okeowo et Fisayo Falade, deux adolescentes du quartier de Ejigbo, à Lagos au Nigéria, pour aborder la question de la prédominance des inégalités alimentaires.
Ces échanges ont eu lieu avec l'accord des parents et en présence d’une personne tutrice pour garantir un environnement sécurisant et rassurant.
Adesewa Olofinko (AO) : Est-ce qu’il y a des programmes sur la santé et des matières scolaires qui enseignent aux filles l'importance de la nutrition ?
Favour Okeowo (FO) : Oui, dans mon école, on a des programmes d'éducation physique et santé (EPS, à ne pas confondre avec éducation physique et sportive) et, deux fois par semaine, on a des cours sur l’alimentation et la nutrition. Mais ce n’est pas une matière obligatoire, donc certains élèves ne s’y inscrivent pas. Même si on ne fait pas grand-chose pendant les cours d’EPS, ça reste un bon moyen de faire du sport comme de la course à pied ou même des jeux.
Fisayo Falade (FF) : Nous, on a un cours qui s'appelle arts ménagers, mais c’est une matière où on aborde beaucoup de choses. Les profs nous parlent de gestion de la maison, de nutrition, de vêtements et d'autres choses. Ils ne s’attardent pas vraiment sur la nutrition, sauf peut-être la fois où on a parlé des différents types d'aliments. Et en général, ils se contentent de nous dire : « Évitez les cochonneries et mangez équilibré. »
AO : Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de manquer de nourriture au point d'avoir faim en allant au lit ou à l’école ? Est-ce que ça a des conséquences sur votre capacité à vous concentrer ou à participer aux activités à l'école ?
FO : La plupart du temps, je ne prends pas de petit-déjeuner pas avant d'aller à l'école. Mais ma mère me donne entre 300 (0,19 €) et 500 nairas (0,32 €) pour m'acheter à manger. Si l'école finit tard, il arrive alors qu’elle me donne 700 nairas (0,45 €). Avec ça, je peux m'acheter des beignets avec une boisson ou des frites d’igname avec de la sauce pimentée, parfois un Akara (gâteau aux haricots) et du pain.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l'anémie est le plus souvent causée par une déficience en fer. C’est un problème de santé publique majeur qui touche 30 % des filles et des femmes originaires des quatre coins du monde, âgées de 15 à 49 ans.
L’UA a fait de 2022 l’année de la nutrition afin de favoriser le développement d’un cadre stratégique pour prévenir et lutter contre l'anémie en Afrique. Si la Stratégie régionale africaine de la nutrition (SRAN) 2016–2025 avait pour objectif de réduire de 50 % l'anémie chez les filles et les femmes en âge de procréer (15–49 ans), elle n’avait cependant pas de stratégie spécifique pour atteindre cet objectif.
AO : Est-ce que vous avez l’impression qu’on traite différemment les filles et les garçons dans votre famille ? Est-ce que vous auriez des exemples à me donner ?
FF : Mon frère mange beaucoup plus que moi. J'ai trois ans de plus que lui, pourtant c’est toujours à lui qu’on donne les plus grosses portions. Il mange beaucoup. Sûrement parce que c’est un garçon et que les garçons mangent plus que les filles. Il est plus musclé que moi aussi, mais moi, je suis plus grande.
Ce déséquilibre et les inégalités alimentaires liées au genre se rencontrent dans de nombreuses communautés d’Afrique et sont bien souvent dus à des normes culturelles et des perceptions de valeur. On retrouve dans de nombreux foyers le raisonnement tacite et sous-jacent selon lequel les garçons sont considérés comme un investissement pour l'avenir de la famille tandis que le rôle des filles est de se marier pour « appartenir » à une autre famille.
AO : Est-ce que tu comprends pourquoi tes parents te nourrissent moins que ton frère ?
FF : Mon père disait toujours qu’en grandissant un garçon devient le chef de famille, celui qui ramène l'argent et qui porte le nom de sa famille, tandis qu’une fille doit se concentrer sur ses études et ses responsabilités domestiques. Même si j'ai trois ans de plus que lui, ma mère dit qu’il est plus musclé que moi et que c’est « un homme », alors ils lui donnent plus à manger qu’à moi. Je sais que ce n’est pas bien et j’espère pouvoir changer ça un jour et leur prouver qu’en tant que fille on peut devenir ce qu’on veut.
Les conséquences des portions inégales en Afrique
Cette pratique qui consiste à donner plus aux garçons qu'aux filles n’a pas seulement des conséquences immédiates : ses répercussions s’inscrivent dans le long terme et impactent particulièrement la santé des filles, leur éducation et leurs perspectives d'avenir. Chez les adolescentes, la malnutrition n'altère pas seulement le développement cognitif et physique : les filles sont moins bien armées pour réussir dans leurs études ou sur le marché du travail.
La SRAN 2026–2035, qui vient succéder à la SRAN 2016–2025, a pour but de soutenir une réduction de 50 % de l'anémie chez les adolescentes et les femmes en âge de procréer. Grâce à diverses politiques nutritionnelles, cette stratégie vise à aider les États membres de l’UA à peaufiner leurs programmes et objectifs nationaux.
Si cette inégalité, cette faim dont on ne parle pas, prive les filles d’une alimentation nécessaire à leur croissance et d'opportunités de s’épanouir, il ne s'agit cependant pas de condamner la culture africaine en tant que bloc unique et sans nuances. À l’échelle du continent, on retrouve des différences dans la répartition de la nourriture et la manière dont elle est considérée. Plusieurs facteurs ont une influence sur la qualité du régime alimentaire des adolescent·es : la structure familiale, la situation professionnelle des parents et leur statut socioéconomique.
Rééquilibrer l'assiette
Des organismes tels que le Fonds des Nations unies pour l’enfance, l’UNICEF, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et bien d'autres agences locales du continent continuent d'œuvrer en menant des campagnes de sensibilisation pour lutter contre la malnutrition et la différence d’alimentation imposée aux adolescentes. En octobre 2023, la Tanzanie est devenue le premier pays d’Afrique à lancer au niveau national la campagne de Nutrition International « Avec une bonne nutrition, l'avenir lui appartient » afin d’insister sur l’importance d’une nutrition adaptée au développement et au bien-être des adolescentes.
Les inégalités en matière d’alimentation ne sont que le reflet des inégalités de genres présentes dans nos sociétés. Si l’Union africaine veut atteindre l’objectif de prospérité pour l’Afrique qu’elle s’est fixé dans son Agenda 2063, il faudra que chaque enfant, peu importe son genre, ait les mêmes chances de s'épanouir — et ça commence parfois dans l'assiette. Alors que la Stratégie régionale africaine de la nutrition entre dans sa prochaine décennie d'action, on ne peut que se demander si des progrès tangibles seront réalisés dans la lutte contre la malnutrition et la réduction de l'anémie à l’échelle du continent.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250321_144627";}s:15:"20250321_141251";a:7:{s:5:"title";s:54:"2025 : l’année où l’avenir d’Internet se joue";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/03/21/293308/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=293308";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 21 Mar 2025 13:12:51 +0000";s:11:"description";s:249:"L’année 2024 a marqué le début de discussions majeures sur l’avenir de la gouvernance d’Internet, des débats qui s’intensifieront en 2025. L’enjeu est le passage d’un modèle multipartite à une approche dominée par le gouvernement.";s:7:"content";s:19707:"
Le modèle multipartite, garant d’un Internet ouvert et inclusif, pourra-t-il survivre ?
L’IA est-elle l’avenir d’Internet ? Illustration générée grâce à l’IA par Muhammed Bello Buhari. Utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages Web en français.]
Aujourd’hui, si vous publiez une vidéo sur un réseau social, vous pouvez être sûr qu’elle sera vue par des personnes du monde entier en quelques secondes. Que vous soyez dans un village reculé en Indonésie, dans les rues vibrantes de São Paulo au Brésil, ou dans la dynamique ville de Lagos au Nigeria, votre vidéo peut franchir les frontières et atteindre instantanément des millions de personnes. La structure actuelle d’Internet rend possible cette communication transparente et sans frontières, favorisant la collaboration et le partage d’idées à grande échelle. Malgré les restrictions ponctuelles imposées par certains gouvernements, la structure unifiée et interopérable d’Internet demeure identique à travers le monde entier dépassant les frontières géographiques et politiques.
Mais cela pourrait changer. L’année 2024 a marqué le début de discussions majeures susceptibles de redéfinir la gouvernance d’Internet, et ces débats se poursuivront en 2025. L’enjeu réside dans le passage d’un modèle multipartite, où les gouvernements, les entreprises, la société civile et les communautés techniques partagent la responsabilité, à une approche dominée par le gouvernement. Les thèmes abordés incluent l’Internet ouvert, la connectivité, l’intelligence artificielle (IA), l’infrastructure numérique, les droits humains et les objectifs de développement durable (ODD). Au cœur de ces débats émerge une question fondamentale : le modèle multipartite, garant d’un Internet ouvert et inclusif, pourra-t-il survivre ?
Comment fonctionne Internet et pourquoi est-ce important ?
Internet a été conçu comme un système décentralisé, un réseau de réseaux où aucune entité ne détient de contrôle absolu. Grâce à cette architecture, la participation égale, l’innovation et le partage libre d’idées ont été favorisés. Grâce à des normes ouvertes favorisant une interconnexion fluide et une gouvernance multipartite [en], Internet s’est imposé comme une plateforme mondiale révolutionnaire, où chacun peut créer des réseaux sans approbation centralisée. Le fonctionnement d’Internet repose sur le modèle d’interconnexion des systèmes ouverts (ISO), organisé autour de sept couches : « application », « présentation », « session », « transport », « réseau », « liaison de données » et « physique ».
Au fil des années, des entreprises comme Facebook (Meta), Google et Amazon, qui se concentraient initialement sur la couche « application» (avec des services tels que les réseaux sociaux, la recherche et le commerce électronique), ont progressivement investi dans d’autres couches, notamment les infrastructures telles que les câbles sous-marins et les centres de données. Cette intégration verticale renforce le pouvoir de ces entreprises, leur permettant de contrôler non seulement les services, mais également les couches « physiques » et « session » d’Internet. En perturbant l’architecture décentralisée, cette concentration d’influence donne à ces acteurs un contrôle excessif sur les canaux de communication mondiaux, ce qui suscite des préoccupations sur d’éventuelles pratiques monopolistiques. Une telle dynamique souligne l’importance d’une gouvernance solide afin de préserver l’ouverture, l’universalité et un accès équitable à toutes les couches d’Internet.
Pourquoi est-ce important ?
La couche « application » d’Internet regroupe des éléments essentiels de la vie quotidienne, tels que les réseaux sociaux, le commerce électronique et la navigation sur le Web. En dessous, la couche « réseau » assure l’attribution d’adresses IP (Internet Protocol) uniques aux appareils du monde entier, rendant ainsi possible la connectivité. Actuellement, l’attribution et la gestion des adresses IP reposent sur un système hiérarchique, supervisé par l’Internet Assigned Numbers Authority (IANA) et les registres Internet régionaux (RIR), assurant une répartition équitable et une gestion décentralisée. Cependant, si le contrôle des adresses IP venait à être centralisé, cela conférerait un pouvoir considérable sur les communications mondiales et les flux d’informations. La gouvernance d’Internet est donc cruciale, non seulement pour défendre la liberté d’expression, mais aussi pour préserver les principes décentralisés qui en constituent le fondement.
Pourquoi 2025 est-elle une année décisive ?
L’année 2025 est une année charnière pour l’avenir d’Internet, influencé par deux tendances mondiales et l’adoption du Pacte numérique Mondial (GDC) [en]. Premièrement, les gouvernements sont confrontés à une pression croissante, exacerbée par la pandémie de Covid-19 pour réguler l’écosystème numérique. La pandémie a révélé les failles des espaces numériques, notamment face à la désinformation, à la cybercriminalité et aux violations de la vie privée, renforçant les appels en faveur de régulations plus strictes. En 2022, plus d’un quart des gouvernements du monde avaient adopté des cadres nationaux [en] régissant les plateformes numériques, les contenus en ligne et les données des utilisateurs. Deuxièmement, les modèles d’Internet contrôlés par l’État, défendus par des pays tels que la Chine [en], reconfigurent le paysage numérique. La proposition chinoise de « nouvelle IP » [en] soumise aux organismes internationaux de normalisation, tels que l’ISO et l’UIT, vise à permettre à l’État justifiant les restrictions à l’ouverture et à l’interopérabilité par des notions comme la « sécurité nationale » et la « souveraineté numérique ». Ce phénomène est amplifié par des pays comme la Russie qui manifeste son intention de créer des réseaux isolés [en], menaçant ainsi le fondement même de l’Internet mondial en tant que « réseau de réseaux ».
La gestion des infrastructures critiques, telles que les adresses IP, est essentielle pour garantir que la communication mondiale reste ouverte et accessible. Prenons l’exemple d’une petite entreprise de commerce électronique basée au Kenya qui s’appuie sur des échanges transfrontaliers avec des clients en Europe. Une fracture de l’Internet mondial en réseaux isolés pourrait priver cette entreprise de l’accès aux marchés internationaux du jour au lendemain, entraînant un effondrement de ses activités et des moyens de subsistance qu’elle génère. De tels scénarios illustrent à quel point il est essentiel de maintenir un Internet ouvert et interconnecté.
En réponse, le GDC, négocié par 193 États membres et faisant partie du Pacte pour l’avenir [en], a été adopté en septembre 2024 lors du Sommet de l’avenir de l’ONU. Parmi les engagements clés du GDC figurent l’accès universel à Internet, le développement de systèmes d’IA éthiques, le renforcement de la coopération en cybersécurité et l’intégration des droits humains dans les politiques de gouvernance numérique. En outre, il vise à réduire les fractures numériques en favorisant un développement inclusif et équitable des technologies numériques.
Le GDC confère un rôle central au Bureau de l’Envoyé.e du Secrétaire général pour les technologies des Nations Unies à New York, consolidant ainsi l’autorité précédemment répartie entre des entités basées à Genève comme l’UIT et la CNUCED. Bien que ce changement vise à rationaliser la gouvernance, il soulève des inquiétudes quant à l’exclusion des acteurs non étatiques des processus décisionnels. Les critiques [en] craignent que cette centralisation marginalise le modèle multipartite et compromette l’intégration des principes des droits humains dans sa mise en œuvre. Ces développements coïncident avec le Sommet mondial sur la société de l’information(SMSI)+20 Examen 2025 [en], qui est chargé d’évaluer la mise en œuvre et les progrès réalisés depuis le SMSI 2005, y compris le FGI. L’enjeu est clair : Internet est à la croisée des chemins entre l’ouverture démocratique et le contrôle autoritaire.
L’examen du FGI et du SMSI+20 : Quels sont les enjeux ?
L’avenir du Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI), une plateforme multipartite ancrée dans le SMSI 2005, suscite une préoccupation majeure à l’approche de sa réévaluation lors de l’examen du SMSI+20. Malgré ses limites [en], telles que son manque de pouvoir décisionnel et ses choix d’hôtes controversés comme l’Arabie saoudite en 2024, le FGI reste l’une des plateformes les plus efficaces pour réunir un large éventail de parties prenantes. Il offre un espace unique pour des discussions sur la gouvernance de l’Internet fondées sur les droits humains et la recherche du consensus.
Un défi croissant réside dans l’évolution des débats au sein des forums mondiaux, où les droits humains sont de plus en plus encadrés à travers le prisme du développement économique, au détriment des libertés fondamentales telles que l’expression et la participation. Porté par des acteurs étatiques puissants et certaines organisations internationales, ce changement met en avant la place centrale des économies numériques et des infrastructures dans les programmes de développement à l’échelle nationale et mondiale. Bien que ces priorités s’alignent sur les objectifs de développement durable (ODD), elles risquent de mettre de côté les discussions cruciales sur la protection des droits et libertés individuels au profit d’impératifs économiques.
Préserver la gouvernance de l’Internet : ce qui doit être fait
Un engagement immédiat est crucial. La société civile doit se mobiliser pour protéger un Internet inclusif, ouvert et équitable. Un modèle multipartite, basé sur la transparence, la participation et la responsabilité, est indispensable pour préserver Internet comme une plateforme mondiale et interopérable. Pour préserver son essence, il faut faire preuve de vigilance et d’action pour contrer les efforts de centralisation du pouvoir ou d’affaiblissement des principes de gouvernance. Les parties prenantes doivent contribuer aux processus qui façonnent l’avenir de la gouvernance de l’Internet, en particulier le Pacte numérique mondial (GDC) et l’examen du SMSI+20. La feuille de route 2025 du GDC prévoit une souscription [en], un plan de mise en œuvre [en], des phases d’examen et une manifestation de haut niveau programmée d’ici 2027. De même, le SMSI+20 invite à réagir [en] aux lignes d’action du SMSI d’ici janvier 2025 et à organiser des consultations pour combler les lacunes du programme avant mars 2025. Ces processus constituent des opportunités stratégiques de plaider pour des politiques inclusives et transparentes, garantes d’un Internet ouvert.
L’urgence est évidente. Internet a radicalement changé depuis SMSI Genève 2003, devenant partie intégrante de la vie moderne. L’émergence de défis comme l’IA et la fragmentation géopolitique met en péril ses principes fondamentaux, mais le modèle multipartite demeure crucial pour surmonter ces enjeux complexes. La société civile doit renforcer la sensibilisation aux niveaux local et mondial, participer activement aux FGI nationaux et régionaux [en], et collaborer étroitement avec les décideurs politiques. Il est essentiel de mettre en place une communication efficace et de souligner l’importance d’Internet dans la réalisation des objectifs de développement durable. Prioriser les droits humains, soutenir l’inclusion numérique et élaborer des politiques justes permettront aux parties prenantes de préserver un Internet démocratique et innovant pour les générations à venir.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250321_141251";}s:15:"20250121_162240";a:7:{s:5:"title";s:68:"Sommet 2024 de Global Voices : où sont passés tous les blogueurs?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/01/21/292867/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=292867";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 21 Jan 2025 15:22:40 +0000";s:11:"description";s:123:"Les blogs ont évolué au fil du temps, rendant l'espace en ligne sur lequel les gens s'expriment plus précieux que jamais";s:7:"content";s:19486:"
« J'ai suivi la mutation complète de l'espace numérique »
Ethan Zuckerman cofondateur de Global Voices anime la table ronde « Où sont passés tous les blogueurs ? » lors du Global Voices Summit 2024 à Kathmandu au Nepal le vendredi 6 décembre 2024. Photo reproduite avec l'autorisation de l'auteur Rasha Abdulla.
Lors de la première journée publique du Global Voices Summit 2024, qui s’est tenue à Katmandou au Nepal, une question relative à la composition du paysage numérique actuel a été posée : Où sont passés tous les blogueurs ? A la naissance de Global Voices (GV) il y a vingt ans, les blogs étaient à leur apogée. Ces plates-formes d'édition indépendantes et personnelles semblaient destinées à perdurer — du moins jusqu'à ce que les réseaux sociaux et les sites de microblogging commencent à s’imposer. Cette évolution, ainsi que les changements dans les algorithmes de référencement et la tendance des marques et des entreprises de médias à s'approprier le ton et le style des blogs, ont eu pour effet de réduire l'influence et le nombre des blogueurs individuels.
Au cours d'une conversation animée par Ethan Zuckerman, cofondateur de GV, le premier blogueur du Népal Dinesh Wagle ; la créatrice du blog Newsmericks en Inde, Aparna Ray ; l'activiste philippin et ancien jeune politicien, Mong Palatino ; et la directrice générale de GV Georgia Popplewell, originaire de Trinité-et-Tobago, ont discuté de l'évolution de leur carrière de blogueurs et de l’impact du déclin des blogs sur la richesse de l'espace numérique.
Zuckerman a été le premier à admettre l’attachement affectif spécial qu’il entretenait pour les blogs. En 2004, Rebecca MacKinnon cofondatrice de GV et lui étaient chercheurs invités à l'université de Harvard. Ils sont tombés sur le site BloggerCon et ont commencé à s’interroger sur le potentiel de facilitation des conversations internationales des blogs. Leur curiosité a été satisfaite avec Global Voices, qui, dans sa première itération, était essentiellement un agrégateur de blogs ayant même réussi à recruter quelques talents, en partie du fait de leur connaissance des blogs à suivre. « Au cours des vingt dernières années, explique M. Zuckerman, la technologie en ligne des blogs a perdu sa position dominante pour devenir marginale.
Les blogs ont évolué au fil du temps, rendant l'espace en ligne dans lequel les gens s'expriment plus précieux que jamais. Bien qu'ils n'aient pas tout à fait disparu, la présentation actuelle des blogs diffère des versions précédentes d’une vingtaine d’années. Qu'est-ce qui rend les blogs si intéressants et si spéciaux ? Leur charme et leur puissance sont-ils liés à la technologie ? À un style d'écriture ? Les communautés qu'ils ont réussi à créer ? Et qu'avons-nous perdu – ou gagné – dans la transition vers les plateformes en ligne actuelles ?
Les différents parcours menant au blogging
Dinesh Wagle, journaliste népalais et premier blogueur du pays, participe à la table ronde sur les blogs lors du Global Voices Summit 2024 à Katmandou, au Népal, le vendredi 6 décembre 2024. Photo avec la permission de Pei-Chi Chang.
En 2004, Wagle était journaliste au Népal couvrant les domaines de la technologie, de la musique et des arts. Les articles ne correspondant pas tout à fait au cadre médiatique traditionnel pour lequel il travaillait ont été publiés sur le blog qu'il a créé. Une année plus tard, le Roi Gyanendra a plongé le pays dans une crise politique en déclarant l'état d'urgence, en limogeant le gouvernement et en s'appropriant tous les pouvoirs . Les salles de rédaction ont été temporairement fermées ; lorsqu'elles ont été autorisées à fonctionner, des soldats étaient présents.
Enfin, une fois l'internet rétabli, les gens ont commencé à s'appuyer sur les blogs pour exprimer leurs opinions. Réunis dans un acte de volontariat, les blogueurs sont devenus partie intégrante de la définition de l'agenda politique du pays. Des individus ont soudain exigé des comptes aux hommes politiques. Dans le cadre de cette mission collective de restauration de la démocratie, le lien entre les blogs et le journalisme a commencé à être établi.
En revanche, Ray a créé son blog de chronique de ses pensées personnelles. Travaillant à l'intersection des sciences sociales, de la technologie et de l'innovation, elle s'est également retrouvée à bloguer sur des questions de développement international, , à bloguer en bangla et, enfin, à adopter le format du limerick pour commenter intelligemment les articles d'actualité afin d'attirer l'attention des lecteurs dont la durée d'attention se réduit comme peau de chagrin.Pour Ray, qui a rejoint GV en 2006 avec l'idée de créer un blog-passerelle, ce format offre la possibilité de « comprendre les gens en tant que tels » : « L'écriture était le moyen de se rapprocher les uns des autres et d'être un monde connecté.”
Au bout d'un certain temps, cependant, les gens ont commencé à se rendre sur des plateformes comme Instagram plutôt que sur des blogs. « Pour s'exprimer », conseille Ray, « il faut se sentir à l'aise avec le support », qui est devenu plus visuel à mesure que les gens se tournaient vers les vidéos, et les utilisateurs ont commencé à écrire sur des groupes Facebook et à croiser leurs contenus.
« Aller là où se trouvent les gens »
Aparna Ray, qui anime le blog indien Newsmericks. Ray participe au panel sur les blogs lors du Global Voices Summit 2024 à Katmandou, au Népal, le vendredi 6 décembre 2024. Photo reproduite avec l'autorisation de l'auteur Pei-Chi Chang.
En 2004, la rédaction de longs articles était le contenu le plus facile à créer. En 2007, Twitter était arrivé ; les smartphones n'arriveraient qu'un peu plus tard. Les blogueurs étaient confrontés à un dilemme : suivre leur instinct d'écrivain ou suivre les gens sur les nouvelles plateformes qu'ils fréquentaient.
Selon Ray, il s'agit d'une arme à double tranchant. « Nous devons aller là où les gens se trouvent, mais dans les formats courts, on ne peut pas donner de contexte et on ne peut pas établir de lien ». En même temps, elle admet que le fait d'écrire individuellement limite également l'audience. La profondeur de l'information est néanmoins importante.
Palatino, qui a été l'un des premiers à tweeter en direct depuis le parlement philippin, explique que l'accessibilité des blogs – et l'interaction dans les sections de commentaires – ont permis d'amplifier les voix, de créer un contenu attrayant, d'attirer de nouveaux publics et d'établir des liens.« Il s'agit de bâtir une communauté », explique-t-il, en particulier dans le contexte de la menace de la désinformation et du défi de l'accès.
Les blogs c’est aussi une affaire de communautés et de relations
La directrice générale de Global Voices Georgia Popplewell, qui a lancé le premier podcast des Caraïbes, participe à la table ronde sur les blogs durant le Global Voices Summit 2024 à Katmandou, au Népal, le vendredi 6 décembre 2024. Photo reproduite avec l'autorisation de l'auteur Pei-Chi Chang.
Alors pourquoi les gens ont-ils cessé de bloguer ? Pour Mme Popplewell, cela s'explique en partie par le changement du paysage. « Le monde pour lequel je m’étais engagée est différent de celui-ci » affirme-t-elle en riant. Lorsqu'elle a lancé Caribbean Free Radio, le premier podcast des Caraïbes, en 2005, le seul domaine dans lequel cette productrice et rédactrice agnostique ne s'était pas encore aventurée était celui du son. « J'ai été séduite par le podcasting », dit-elle.
Avant l'avènement des médias sociaux, se souvient Mme Popplewell, si vous faisiez une recherche sur Trinité-et-Tobago ou même sur les Caraïbes, des images prévisibles apparaissaient : Le Carnaval, les plages, certains genres musicaux, comme le calypso, le soca et le reggae. Pour elle, la baladodiffusion représentait une chance de diversifier l'image numérique de sa région. Dans l'espace digital actuel, les images de carnaval et de plages se multiplient, avec en toile de fond un engagement auquel Popplewell ne veut pas participer : « J'ai vu l'espace changer de fond en comble.
Nouvelles sphères d'inspiration
Mong Palatino, rédacteur régional de Global Voices pour l'Asie du Sud-Est et ancien jeune politicien, participe au panel sur les blogs lors du Global Voices Summit 2024 à Katmandou, au Népal, le vendredi 6 décembre 2024. Photo reproduire avec l'autorisation de l'auteur Pei-Chi Chang.
M. Zuckerman se souvient des blogs du début des années 2000 comme d'une « période de surprise et de sérendipité » où l'on découvrait et l’on se connectait à des espaces inattendus. Alors, dans l’espace numérique actuel , quelle est la source d’inspiration des anciens blogueurs ?
Pour Ray, il s'agit de Rising Voices de GV (RV). Dans son pays, l'Inde, qui ne supporte pas TikTok, Ray explique que de nombreux jeunes s'expriment dans des bobines et sur des plateformes comme Substack et Instagram. « Sur les médias sociaux, les gens s'expriment », ajoute-t-elle, « mais je ne suis pas sûre que ce soit la même chose [que les blogs] ».
Pour Wagle, pour qui son métier dicte souvent ses habitudes en matière de médias sociaux , c'est YouTube: : « J'essaie de ne pas laisser les algorithmes me dicter ce que je vois. J'aime garder le contrôle. Dans le même ordre d'idées, M. Zuckerman a fait remarquer que ‘les blogs n'étaient pas algorithmiques’. Une grande partie de la découverte que les blogs offraient auparavant par le biais de bobines de blogs et simplement en observant les blogs auxquels vos blogueurs préférés étaient abonnés a maintenant été confiée aux algorithmes, a-t-il déclaré“ ».
Palatino trouve son inspiration dans la lecture quotidienne de GV . « On s'intéresse davantage à ce qui se passe dans les différentes parties du monde », explique-t-il. « Cela apporte de nouvelles perspectives [ce qui] est précieux. Nous pouvons appliquer l'état d'esprit d'autres sociétés pour résoudre nos propres problèmes ». En ce qui concerne les nouvelles voix philippines, Palatino suit l'exemple de ses enfants : « Il est important d'offrir aux jeunes l'espace nécessaire pour exprimer leurs opinions et de découvrir où ils se situent ».
En attendant, selon Popplewell, la plupart des conversations en ligne, du moins dans les Caraïbes anglophones, se déroulent toujours sur Facebook, tandis que les jeunes sont sur TikTok, dont une grande partie du contenu est réutilisée sur Instagram par le biais de bobines. « L’humour est omniprésent », dit-elle, et bien que ces nouvelles plateformes ne constituent pas un espace politique au sens classique du terme, les commentaires sur les relations hommes-femmes et d'autres sujets urgents sont mis en avant de manière intéressante et performative. Je suis impatiente », admet-elle, « mais c'est là et c'est assez fluide ».
Remédier aux lacunes technologiques
Dans ce contexte, comment les membres du panel compensent-ils leurs lacunes pour faire de la place à l'émergence des médias dans différents espaces? « Il est difficile de suivre le rythme », admet M. Wagle, citant le nouveau challenger de X/Twitter Bluesky. À un moment donné, il faut essayer de localiser l’audience , mais aussi se laisser guider par l'intérêt personnel du « pourquoi ».
Bien que Ray ne soit pas tout à fait à l’aise avec la perspective de voir ces plateformes devenir « son espace », elle estime qu'il est « important de reconnaître que les choses changent et que, pour atteindre un public plus large, nous devons également changer”
La mission de GV demeure immuable
Depuis l'époque où les blogs occupaient un espace à l'intersection de l'expression personnelle et politique jusqu'à la diversité de l'espace numérique actuel, comment la communauté GV s'adapte-t-elle à ce présent où les gens continuent de s'exprimer et d'agir politiquement, même si c'est sous des formes différentes?
Mme Popplewell attire l'attention sur les nouveaux contenus diffusés par Rising Voices (RV), dont une grande partie est rédigée dans des langues autres que l'anglais. Elle qualifie cette initiative d'« épicentre de l'innovation ». RV produit beaucoup de contenu vidéo et la communauté fait preuve «d'un talent et d'un dynamisme immenses»
En termes d'élargissement de la portée et de l'amplification, Palatino pense qu'«il y aura toujours un besoin pour une plateforme qui fournit un contexte aux lecteurs». Une mise en garde s'impose toutefois: « Il faut participer pour être en mesure de fournir un cadre ». Il est important d'être présent dans ces espaces, estime-t-il, « mais aussi dans les espaces où l'intention est de manipuler l'information ».
Wagle partage cet avis ayant bénéficié de la plateforme Global Voices, qui lui a donné une audience mondiale, d'autant plus que son contenu a été traduit dans différentes langues et qu'il a contribué à mettre en lumière des groupes marginalisés.
« Étant donné que tout le monde s'exprime de manière brève, ajoute Ray, il n'y a pas beaucoup de place pour l'explication. Il s'agit plutôt d'une sorte de tricotage à partir de messages instantanés pour offrir une compréhension globale. [Global Voices] tricote l'ensemble du tissu ».
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Les artistes allapopp et Dinara Rasuleva discutent de la décolonisation de la technologie et de l'imagination de futurs enracinés dans les cultures migrantes.
Illustration de Zena El Abdalla. Utilisée avec permission.
Cette interview fait partie d'un partenariat médiatique entre Disruption Network Lab, UntoldMag et Global Voices. Vous pouvez en savoir plus sur cet événement dans ce dossier sur UntoldMag ou regarder les panels sur la chaîne YouTube du Disruption Network Lab.
Organisée dans le cadre de la conférence « Hacking Alienation : Migrant Power, Art & Tech » par Disruption Network Lab, cette conversation se penche sur les intersections entre l'art, la technologie et la politique, en mettant l'accent sur l'autonomisation de ceux qui sont confrontés à une aliénation systémique. Cet événement de deux jours visait à explorer comment les médias et la technologie peuvent créer de nouvelles formes d'action politique, en contournant les systèmes traditionnels d'exclusion. Au travers d'ateliers, de conférences et de discussions, la conférence a abordé la manière dont les interventions artistiques peuvent contribuer à la réimagination des villes et des espaces numériques, permettant ainsi à « ceux qui n'ont pas de droits de citoyenneté et qui subissent une aliénation systémique due à la guerre, aux conflits politiques ou à d'autres sources d'oppression » de façonner leur avenir.
Un atelier, dirigé par l'artiste des médias numériques allapopp et la poétesse Dinara Rasuleva, a permis de déconstruire les récits technologiques dominants, en mettant l'accent sur les expériences de ceux qui sont souvent exclus de la matrice technologique et sur la manière dont les voix marginalisées peuvent recadrer leurs propres histoires et reprendre le pouvoir en imaginant l'avenir. Cet entretien s'inscrit dans le prolongement de cette discussion et offre un aperçu des intersections entre la technologie, le colonialisme et l'art en tant qu'outils de participation politique et de libération.
L'artiste interdisciplinaire allapopp, basée à Berlin et originaire du Tatarstan, intègre l'expérience post-soviétique, queer et migrante dans une pratique artistique critique, fusionnant la performance, l'apprentissage automatique et l'art numérique pour envisager de nouveaux mondes. Dinara Rasuleva, poétesse originaire de Kazan, au Tatarstan, écrit en plusieurs langues et aborde les thèmes de la décolonisation et du féminisme par le biais de la poésie expressionniste et de la performance. Ensemble, elles explorent comment les technologies de contrôle peuvent être subverties et comment la narration peut aider à imaginer des futurs alternatifs.
Dans cet entretien, ils abordent des questions essentielles : Qui peut raconter l'histoire de l'avenir quand le présent est en train de se fracturer ? Comment la technologie peut-elle être libérée de son héritage colonial et utilisée à des fins de libération ? Comment envisagent-ils que leur travail contribue à des luttes plus larges pour la justice, et quel rôle l'imagination joue-t-elle dans l'élaboration de ces futurs ?
Walid Houri (WH) : La technologie et le colonialisme se sont souvent entremêlés, les technologies de la violence alimentant l'oppression et l'effacement d'innombrables peuples. Comment la technologie peut-elle être libérée de cet héritage et utilisée comme un outil de libération ?
allapopp : Je pense que la technologie et le colonialisme sont profondément liés. Les technologies humaines, leur objectif, leur fonction et leur conception sont le reflet des sociétés humaines. Le colonialisme et ses implications sont une réalité présente pour beaucoup, certains en bénéficient, d'autres en souffrent. Dans certains domaines, comme dans l'espace trans-soviétique, la conversation sur le passé colonial et le présent n'en est qu'à ses débuts. Si le spectre du colonialisme est la réalité actuelle de la vie humaine, il est aussi profondément ancré dans la technologie humaine. Je pense que la conversation ne doit porter sur les technologies elles-mêmes, mais sur les personnes au pouvoir qui créent des technologies et les appliquent de la manière la plus horrible qui soit. En tant que personne qui n'a pas accès au pouvoir ou à l'influence, j'essaie de penser à la technologie à long terme et d'imaginer ce qu'elle pourrait être si nous avions la possibilité de la refaire à partir de zéro. Là où ça commence, là où ça pourrit ?
Le Manyfesto sur l'IA décoloniale est une grande source d'inspiration pour moi, car il met en évidence le caractère colonial des technologies de l'IA. Par exemple, pourquoi le code est-il écrit en anglais ? Le manifeste critique le langage normatif occidental de l'IA « éthique » et les suggestions d'« inclusivité », parce qu'ils ne s'attaquent pas aux asymétries de pouvoir, mais les reproduisent. En effet, que signifie l'inclusivité ? Qui est en mesure d'inclure (et d'exclure) qui ?
Les principes de justice en matière de conception (Design Justice Principles) de Sasha Costanza-Chock m'ont ouvert les yeux, car ils soulignent que la technologie doit être conçue en tenant compte de l'avis des communautés qu'elle dessert. Lors de la conférence Hacking Alienation du Disruption Network Lab, Anna Titovez Intekra a montré comment les communautés de migrants en Allemagne utilisent Telegram et Google Maps plutôt que des applications spécialisées développées par des ONG, car elles répondent mieux à leurs besoins réels. Bien sûr, ces services collectent les données des utilisateurs, ce qui n'est pas non plus une solution. Mais c'est un bon exemple du fait qu'il n'y a souvent que deux options à choisir : la facilité d'utilisation ou la protection de la vie privée. Les principes de la justice en matière de conception indiquent également comment créer des technologies durables et non exploitantes pour le monde naturel (dont les humains font partie), et réellement bénéfiques pour les personnes qui les utilisent. Nous devons cesser de considérer les technologies comme des outils et commencer à les voir comme une expression humaine.
Enfin, j'aimerais souligner le travail du collectif Dreaming Beyond AI, dont le travail féministe intersectionnel crée des espaces pour imaginer au-delà de ce que nous comprenons comme l'IA et la technologie. Je recommande vivement de consulter leur site web. Ils se concentrent sur les pratiques féministes de construction de communautés et de fourniture d'espaces et de moyens pour subvenir à leurs besoins pendant qu'ils imaginent et rêvent (au-delà de l'IA) et ne se contentent pas de travailler pour couvrir leurs frais de subsistance. Parce que lorsque vous vivez avec l'expérience de la marginalisation, il est vraiment difficile de prendre le temps de rêver d'un avenir alors que vous êtes occupé à survivre.
En résumé, pour moi, se réapproprier les technologies signifie remettre en question les asymétries de pouvoir et envisager ses propres technologies. C'est la première étape de ce processus de récupération.
WH : « Qui peut raconter l'histoire de l'avenir quand le présent s'effondre et que le passé est un mensonge ? » Comment l'imagination d'un futur peut-elle contribuer à la libération et à la lutte pour la justice ?
allapopp: Aujourd'hui, lorsque je pense à l'avenir, une image très particulière me vient à l'esprit. Ruha Benjamin souligne qu'il n'y a que deux récits sur la technologie : soit elle nous sauvera, soit elle nous tuera. Il y a la version hollywoodienne – dystopique, où l'IA et les robots prennent le pouvoir, où il y a des retombées atomiques, des guerres mondiales, où les humains sont éliminés. Ces superproductions dystopiques font vendre beaucoup de billets. Il y a aussi la version de la Silicon Valley, utopique, où la technologie résout tous les problèmes humains, où le changement climatique est résolu et où tout le monde est heureux et en bonne santé. Cette vision aide à vendre des gadgets et des services. Les deux récits sont ancrés dans la culture américaine, comme l'a fait remarquer Sarah Wachter, éthicienne de l'IA : bien que « 96 % du monde ne vive pas aux États-Unis, nos outils et plateformes numériques sont principalement basés sur les coutumes, les valeurs et les lois américaines ». Je me demande pourquoi nous n'avons que ces deux histoires ?
Au cours de mes recherches, j'ai réalisé que les cultures autochtones, marginalisées et opprimées se concentrent souvent sur la préservation de leur passé parce que leur existence est menacée en tant qu'implication directe du colonialisme. Si la préservation est importante, cela signifie que notre regard est souvent fixé sur le passé et non sur l'avenir. Bien sûr, certaines cultures ne fonctionnent pas avec des temporalités telles que le futur, le passé et le présent, mais le courant dominant le fait et ses histoires deviennent des prophéties qui se réalisent d'elles-mêmes.
Nous devons commencer à raconter des histoires différentes sur notre (nos) avenir(s) qui proviennent de visions du monde, d'expériences et de perspectives marginalisées. Ces récits peuvent nous aider à sortir de la dualité dystopie-utopie et à rendre possibles d'autres types de technologies et, en fin de compte, un autre type de monde.
WH : Comment envisagez-vous les différents avenirs possibles en tant que pratique politique et artistique façonnée par vos propres histoires et contextes ?
allapopp: Pour moi, les pratiques artistiques et politiques sont indissociables. Venant d'un milieu marginalisé, je ne peux pas faire de l'art pour l'esthétique quand il y a tant de déséquilibres et d'injustices autour de moi. J'utilise ma pratique artistique pour mettre en lumière ces questions.
Lorsque j'envisage différents avenirs possibles, j'essaie d'impliquer ma propre histoire et mon contexte, mais c'est un défi, en particulier lorsque je travaille avec la technologie. En entrant dans le domaine de la technologie, on est confronté à une esthétique et à des récits spécifiques de l'avenir – des récits façonnés par certaines logiques, expériences et perspectives qui, souvent, ne représentent pas les miennes. En tant qu'artiste, j'essaie maintenant de m'enraciner dans ma culture, mais je dois faire beaucoup d'efforts pour surmonter l'oppresseur intériorisé qui me dit que mes visions ne sont pas assez « technologiques » ou « pertinentes ».
La méthode de l'« esthétique décoloniale » est très utile ici ; elle me permet de me connecter à ma culture tout en entrant dans le domaine technologique. Par exemple, mon mélange culturel d'origine est très analogique, enraciné dans les connexions, les textures, les odeurs et les aliments. Il n'est pas efficace, optimisé ou élégant comme la technologie que nous voyons aujourd'hui. On est loin du récit dystopique du contrôle ou de la vision utopique de corps parfaitement optimisés. L'avenir technologique non dystopique ressemble à ces corps parfaits, semblables à ceux de l'iPhone : tout doit être efficace, épuré et optimisé pour s'adapter à un monde qui s'accélère.
Je suis critique à cet égard car je me demande si c'est l'avenir que nous voulons – un avenir où tout est plus efficace et unifié ? La singularité, telle qu'imaginée par le transhumanisme, pourrait signifier l'alignement entre les humains et la technologie, mais c'est aussi une question de pouvoir. Tout le monde ne sera pas invité à accéder à ce pouvoir ; la plupart seront laissés pour compte. L'utopie des transhumanistes est une dystopie pour les autres.
Nous vivons déjà cette réalité aujourd'hui, où les sociétés occidentales profitent des technologies de l'IA tandis que les travailleurs du Sud effectuent des travaux sous-payés et traumatisants pour les maintenir. Cette inégalité est ancrée dans nos systèmes technologiques et montre que si nous ne changeons pas d'approche, la technologie continuera à reproduire et à renforcer ces structures de pouvoir. En tant qu'artiste, mon défi est donc d'envisager des avenirs différents qui s'écartent de ce qui est considéré comme technologique et de la manière dont la technologie est fabriquée et utilisée. À l'heure actuelle, c'est un endroit très abstrait.
WH : Comment l'acte d'imaginer des futurs alternatifs peut-il relier diverses expériences à travers les géographies ? Comment vos efforts créatifs et politiques s'inscrivent-ils dans les différentes luttes de libération et anticoloniales, et quelles sont les nuances culturelles ou géopolitiques spécifiques que vous apportez ?
Dinara Rasuleva (DR) : En réfléchissant à la perte de ma langue maternelle et de ma culture, et à la crise d'identité qui en résulte – que je sois tatare, russe ou même allemande – j'ai lancé l'expérience poétique Lostlingual, et j'ai été approchée par de plus en plus de personnes partageant des expériences similaires, ce qui a donné lieu à des laboratoires d'écriture et maintenant à une collaboration avec allapop – des laboratoires d'anticipation décoloniale. Beaucoup d'entre nous, à cause de la colonisation ou de la répression, ont été déconnectés de leurs racines. En nous réunissant, nous avons commencé à envisager un avenir où nos langues et nos cultures ne se perdent pas, mais évoluent avec nous.
Le fait de partager ces expériences crée un profond sentiment d'autonomisation et d'appartenance, qui nous fait nous sentir vraiment compris et inclus. Je me suis vite rendu compte qu'il ne s'agissait pas seulement de culture, mais aussi d'intersectionnalité, de féminisme, d'homosexualité et de classe sociale. Nous envisageons des avenirs où nos cultures ne sont pas seulement libérées de diverses contraintes, mais aussi des éléments que nous choisissons consciemment de laisser derrière nous – comme le patriarcat, l'homophobie ou l'exclusion. Nous avons le pouvoir de créer n'importe quoi : d'inventer des langues et des littératures qui ne sont liées à aucun discours rigide, intellectuel ou institutionnalisé.
Si nous sommes issus de la classe ouvrière, nous pouvons adopter un langage simple et accessible dans la littérature. Il s'agit de reconnaître les nuances de nos expériences et de façonner un avenir qui honore ce que nous apprécions et de réinventer nos cultures, nos mythologies, nos religions, nos traditions pour nous assurer que nous les apportons à l'avenir tout en les rendant inclusives et bienveillantes.
WH : Vous préconisez d'encourager l'imagination décoloniale à travers l'art, les histoires et l'engagement expérientiel. Comment l'art et la culture peuvent-ils remettre en question et remodeler les récits relatifs aux technologies de l'IA ?
DR : L'art et la culture ont la capacité de remettre en question et de remodeler les technologies en servant de forme de résistance et de revendication. Dans nos ateliers, nous visons à créer des environnements où les voix marginalisées peuvent se réapproprier leurs récits. Par le biais de petits exercices d'imagination, nous explorons la manière dont l'IA pourrait être considérée non pas comme un système fixe, mais comme une forme de construction d'un monde où différents éléments interagissent. Cela peut être désordonné, non conventionnel et parfois même dysfonctionnel, ce qui est exactement ce que nous visons – fournir un antidote à la logique d'optimisation et aux déséquilibres de pouvoir que les technologies de l'IA perpétuent souvent.
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Les échanges entre Américains et Chinois brisent la glace mais sont biaisés car les utilisateurs s'autocensurent.
Des dizaines de milliers de TikTokers ont afflué sur Xiaohongshu, alias Rednote, une plateforme populaire de réseaux sociaux chinois de type Instagram, quelques jours avant l'entrée en vigueur, le 19 janvier 2025, de l'ultimatum « interdire ou vendre » lancé par le gouvernement américain à TikTok.
Le décret, signé par l'administration Biden en avril 2024, exige que la société mère chinoise de TikTok, ByteDance, vende ses activités américaines à une société non chinoise, faute de quoi elle sera interdite, pour des raisons de sécurité nationale. Bien que ByteDance ait fait appel auprès de la Cour suprême des États-Unis, arguant que l'interdiction est contraire à la liberté d'expression et jugée inconstitutionnelle, la Cour a exprimé sa préférence pour le maintien de l'interdiction lors d'une audience qui s'est tenue le 10 janvier 2025.
TikTok compte 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis, ce qui équivaut à la moitié de la population américaine.
L'administration Biden a exprimé sa crainte que Pékin n'utilise l'application pour voler les données des utilisateurs, diffuser de la propagande et manipuler l'opinion publique aux États-Unis, des employés chinois de ByteDance ayant révéléqu'ils pouvaient accéder aux données des utilisateurs de TikTok depuis la Chine continentale.
Des échanges pour briser la glace
À l'approche de l'entrée en vigueur de l'interdiction et de l'arrêt de la Cour suprême, ByteDance encourage les utilisateurs de TikTok à migrer vers Lemon8, une version à l’étranger de Xiaohongshu développée par ByteDance pour le partage de contenu de style de vie, car la version en Chine de TikTok, Douyin, ne peut être téléchargée que via les app stores chinois et la plateforme doit se conformer à la législation de la Chine continentale.
Toutefois, de nombreux utilisateurs ont décidé de se retrouver directement sur le site Xiaohongshu, basé à Shanghai, pour protester contre le décret du gouvernement américain en soumettant volontairement leurs données privées à une application chinoise. Ils s'appellent eux-mêmes les « réfugiés TikTok »
Suite à l'annonce d'une possible interdiction de TikTok le 19 janvier, Xiaohongshu, également connue sous le nom de RedNote, a atteint la première place dans l'App Store américain. pic.twitter.com/CwIXgtPEfO
Stupéfaits par l’afflux soudain de milliers de TikTokers américains sur la plateforme, les utilisateurs chinois de Xiaohongshu accueillent cependant chaleureusement les nouveaux venus, les actes amicaux consistant à partager des photos de chats et des blagues et à s'aider mutuellement à faire leurs devoirs brisent la glace :
Après la fuite d'un grand nombre de #Tiktokrefugees vers Xiaohongshu/ RedNote, iaohongshu est devenue une plateforme d'aide aux devoirs pour les étudiants de Chine et d'AmériqueLes devoirs nous ont rapprochés! #pandaeyespic.twitter.com/SbIEnKbvIx
Les nouveaux arrivants sont impatients de raconter à leurs homologues chinois les raisons de leur migration vers Xiaohongshu:
Capture d'écran de Xiaohongshu. Utilisation équitable.
Ensuite, ils commencent à poser des questions telles que «À mes nouveaux amis chinois, que pensez-vous vraiment des Américains ?» ou « Pouvez-vous me recommander un film chinois ? » ou «À quels jeux vidéo jouez-vous tous ?»
Des échanges autocensurés
Toutefois, en raison des pratiques de censure de la plateforme, les utilisateurs chinois évitent de faire des commentaires négatifs sur la Chine dans leurs interactions avec les étrangers, comme l'a souligné @christinelu sur X (anciennement Twitter)
Voici la page « note violation » à laquelle on accède et sa traduction.
Remarquez que l'œuvre d'art d'un artiste célèbre que j'ai partagée n'est pas visible.
Si c'est l'idée que vous vous faites d'un échange interculturel, c'est très bien, mais sachez que tous ceux qui échangent avec vous s'autocensurent.
En vertu de la réglementation de la Chine continentale, les plateformes en ligne opérant en Chine doivent censurer les contenus critiques à l'égard des autorités chinoises et contraires aux valeurs fondamentales du parti communiste chinois.
*join REDnote*
*start posting*
-“Taiwan is a country”
-“Free Tibet”
-“Covid came from China”
-“Uyghur concentration camps”
-“Tiananmen square massacre”
-“Mao starved 45 million Chinese” pic.twitter.com/tZ9ynDrIJe
Pour les TikTokers américains, le fait de se rendre en masse sur Xiaohongshu est un acte de résistance. Toutefois, certains dissidents chinois d'outre-mer estiment que cette action minimise les souffrances réelles des opprimés. Rei Xia, une militante chinoise en exil qui a participé aux manifestations du Livre blanc, exprime sa frustration sur X :
Il est à la fois triste et traumatisant de voir que la plupart des Américains ont jeté leurs soucis de premier monde sur la douleur et la souffrance réelles des populations sous un autre régime, le Parti communiste chinois, et ce, de manière ridicule, sur la question même de la « censure ». […]
La même plainte qui vous amène à RedNote a conduit d'innombrables Chinois en prison.
Et l'application #RedNote que vous utilisez aujourd'hui fait partie de la machine d'État qui fait disparaitre les questions des Ouïghours, du Tibet et de Hong Kong, fait taire les voix des prisonniers politiques, des universitaires, des journalistes civils, des cinéastes, des LGBTQ et des féministes, et interdit toute mention du massacre de Tiananmen, de l'Ukraine ou même du confinement pendant trois ans lors de la Covid.
Un test pour les autorités de la Chine continentale
Pendant ce temps, les autorités de la Chine continentale ont saisi l'occasion pour critiquer l'hypocrisie du gouvernement américain. Par exemple, la chaîne de télévision chinoise China Global Television Network (CGTN), financée par l'État, se moque :
L'incident étant présenté comme une victoire du soft power de la Chine, l'application chinoise pourrait étendre sa portée au monde entier, toujours dans le cadre des règles et réglementations chinoises. L'équipe technique de Xiaohongshu développe donc de nouveaux outils de traduction pour faciliter les échanges, et ses administrateurs éduquent les nouveaux arrivants au «respect» du code communautaire de la plateforme et de la législation chinoise.
Cependant, même si les TikTokers américains sont prêts à s'autocensurer en évitant les sujets politiques, nombreux sont ceux qui doutent que les autorités chinoises autorisent les utilisateurs étrangers à s'implanter dans le cyberespace chinois :
Alors que les Américains envahissent Xiaohongshu, nous assistons à une interaction en ligne beaucoup plus directe entre les citoyens des États-Unis et de la RPC (République Populaire de Chine).
Mais la RPC n'a pas toujours accueilli favorablement cette évolution, ce qui explique en partie pourquoi elle a interdit les réseaux sociaux étrangers.
Le succès récent de Xiaohongshu est donc aussi un test pour les autorités de la RPC.
L'opérateur de Xiaohungshu serait en train d'embaucher de nouveaux modérateurs de contenu en anglais pour renforcer la censure de la plateforme. Même si les autorités chinoises n'interdisent pas aux adresses IP internationales de visiter l'application, le renforcement de la censure risque d'en faire fuir plus d'un. Si les créateurs américains de contenu TikTok ne parviennent pas à trouver des moyens de tirer des revenus de la plateforme chinoise, l'échange sera probablement de courte durée.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250121_132523";}s:15:"20250121_131151";a:7:{s:5:"title";s:116:"Grèce : l'État réprime les manifestants pacifiques qui commémorent le meurtre d'un garçon par la police en 2008";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/01/21/292642/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=292642";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 21 Jan 2025 12:11:51 +0000";s:11:"description";s:196:"La police grecque a interrompu une commémoration pacifique d'un garçon de quinze ans abattu par la police le 6 décembre 2008. L'intervention a conduit à l'arrestation de plus de 100 personnes.";s:7:"content";s:29021:"
Ce qui s'est passé le 6 décembre dernier est emblématique d'une tendance de plus en plus autoritaire en Grèce
Des renforts de la police hellénique (ELAS) ont été déployés pour réprimer les manifestants. Photo de l'auteur, utilisée avec son autorisation.
Le 6 décembre, la police grecque est intervenue brutalement dans des manifestations pacifiques à Thessalonique [gr.] pour commémorer l’anniversaire de la mort d’Alexandros Grigoropoulos, un adolescent de 15 ans abattu par la police à Athènes le même jour en 2008. L’intervention a conduit à l’arrestation de 112 personnes [gr.], principalement des jeunes adultes et des adolescents. Les actions de la police semblent concertées et calculées, et bien que les autorités aient justifié leur intervention par un « contrôle des foules » [gr.], elle a été perçue par beaucoup comme une tentative pure et simple de réprimer la dissidence.
Un jour de deuil
La commémoration annuelle a commencé à l’Arc de Galère (Kamara) [ang.], un lieu de rassemblement populaire à Thessalonique.Les gens se sont rassemblés pour préparer une marche qui revêtait une importance profonde pour les Grecs, en particulier pour les gauchistes et les anarchistes [ang.].En tant que journaliste indépendant, je suis arrivé équipé d’un magnétoscope et d’une caméra pour documenter l’événement, conscient de l’importance de cette journée dans l’histoire politique grecque contemporaine.
Le meurtre de Grigoropoulos a marqué un tournant dans la société grecque.Une altercation verbale entre le jeune garçon et ses amis avec la police a dégénéré dans le quartier d’Exarchia, au centre d’Athènes, lorsqu’un policier a sorti son arme et a tiré sur l’adolescent.Cet acte de violence aveugle [ang.] a déclenché des émeutes et des manifestations à l’échelle nationale [ang.] et internationale.La mort de Grigoropoulos a été un catalyseur [ang.], déclenchant une colère généralisée en Grèce contre la police pour les mauvais traitements infligés aux manifestants, les réformes de l’éducation, la stagnation économique, la corruption du gouvernement [ang.] et la brutalité policière.
Epaminodas Korkoneas, le policier qui a tiré sur Grigoropoulos, a été initialement condamné à la réclusion à perpétuité [ang.], mais a été libéré en 2019. Il a été de nouveau arrêté à la mi-2024 [ang.] pour faire appel et attend un nouveau procès, qui devrait avoir lieu l’année prochaine.Les conséquences de cet événement tragique continuent de résonner chez de nombreux Grecs aujourd’hui encore, alimentant un sentiment croissant de méfiance de la population à l’égard de la police [ang.] et des demandes constantes de responsabilité.
Une épitaphe de Grigoropoulos à Athènes stipule : « Ici, le 6 décembre 2008, l'acte totalement injustifiable a éteint le sourire innocent d'Alexandros Grigoropoulos, 15 ans, sous les balles de meurtriers impénitents. » Photo via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Tension croissante et tournant violent
La police anti-émeute grecque (MAT) se tient en formation, dégageant une présence oppressante en contraste avec le spectateur solitaire dont la vulnérabilité montre la disparité flagrante des rapports de force. Photo de l'auteur, utilisée avec autorisation.
Comme les années précédentes [ang.], la marche de cette année a commencé pacifiquement. Cependant, contrairement aux itinéraires de protestation précédents, qui se terminaient près de Kamara, la manifestation de cette année a pris une tournure différente. Avant le début de la marche, la police a encerclé les zones clés pour les anarchistes [gr.], apparemment pour empêcher les manifestants de chercher refuge dans les magasins locaux, une tactique influencée par leurs expériences lors de la récente manifestation [gr.] du 17 novembre pour le soulèvement de 1973 à l'école polytechnique d'Athènes contre la junte [fr.]. Les tensions ont rapidement augmenté alors que les manifestants se dirigeaient vers la place Navarinou [ang.] dans le centre historique de Thessalonique et finalement vers l'avenue centrale Tsimiski [ang.], où le chaos a éclaté. Alors que je filmais la scène, je me suis soudainement retrouvé au milieu d'explosions de grenades assourdissantes. L'une d'elles a explosé à une distance alarmante, me désorientant et me faisant trébucher à côté d'un camion de chantier.
Les gaz lacrymogènes ont rapidement envahi l'air, provoquant la toux et la panique chez les manifestants.À travers la fumée, la police anti-émeute (MAT) a avancé, encerclant et arrêtant les manifestants.
L'approche de la police a été méthodique et énergique, utilisant des grenades assourdissantes, des gaz lacrymogènes et des formations pour disperser la foule et coincer les manifestants.Un nombre considérable de détentions ont eu lieu, qui ont ensuite abouti à des arrestations, dont beaucoup étaient de jeunes adultes, certains visiblement bouleversés alors que les policiers leur ligotaient les poignets et les traînaient de force.Des cris et des appels à la clémence ont résonné dans toute la scène, mais sans réponse, amplifiant l'atmosphère oppressante.
Un utilisateur grec de X (anciennement Twitter) a exprimé son mécontentement face aux arrestations, affirmant que le gouvernement actuel reflète les caractéristiques du régime de la junte grecque [fr.] (1967-1974) :
Le lendemain, le 7 décembre, le tribunal de Thessalonique est devenu un point de rassemblement de solidarité, avec une foule d’amis, de membres de la famille et de sympathisants se rassemblant pour exiger la libération des personnes injustement détenues. Cependant, les autorités ont défendu les arrestations, arguant que les manifestants avaient perturbé la paix publique [gr]. De manière choquante, la police anti-émeute a une fois de plus eu recours à la force [gr.], utilisant des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes sur la foule rassemblée et blessant même des passants. Si les détenus ont finalement été libérés, ils attendent toujours leur comparution devant le tribunal en raison d’un report [gr].
Cette photo d'Anthi Kekeliadou illustre l'approche violente de la police anti-émeute (MAT) pour disperser la foule rassemblée au palais de justice. La police anti-émeute a même poursuivi les sympathisants de la solidarité pour tenter de procéder à des arrestations supplémentaires. Utilisée avec autorisation.
De plus, cette répression étatique est particulièrement préoccupante dans le contexte de problèmes plus vastes, comme le cas de Nikos Romanos, un ami proche de Grigoropoulos.Romanos, qui a assisté à la mort de Grigoropoulos en 2008, est devenu un symbole anarchiste [ang.] et a été arrêté à plusieurs reprises.En 2013, il a été arrêté après avoir participé à un braquage de banque à main armée, perpétré par un groupe dans le but de financer leur mouvement et de remettre en cause le système du travail salarié [ang].
Romanos a récemment été arrêté pour implication dans une explosion [ang]. dans le quartier d’Ambelokipi à Athènes.Après avoir témoigné, il a été placé en détention provisoire, niant tout lien avec l’incident.Bien que son empreinte digitale ait été trouvée sur un sac contenant une arme à feu et un chargeur récupéré dans l’appartement, Romanos a rejeté les accusations [ang.], arguant que l’empreinte digitale n’était liée à aucune preuve significative.
Kostas Vaxevanis, un journaliste et éditeur grec bien connu, partage ses critiques sur l’arrestation de Romanos, déclarant sur X :
Αν έβρισκαν αποτυπώματα της Μαρέβας σε σακούλα Zeus+Dion στο ανατιναγμένο διαμέρισμα στους Αμπελόκηπους θα την είχαν συλλάβει; Οχι φυσικά.
Αν έβρισκαν αποτύπωμα του Τάδε Ταδόπουλου; Και πάλι όχι.
Τι διαφοροποιεί τον #Ρωμανο; Ότι είναι πρόσωπο με συγκεκριμένες ιδέες. Όχι με… pic.twitter.com/NshyP5mODO
S'ils avaient trouvé les empreintes digitales de Mareva sur un sac Zeus+Dion dans l'appartement explosé d'Ampelokipoi, l'auraient-ils arrêtée ? Bien sûr que non.
S'ils avaient trouvé les empreintes digitales de John Doe ? Toujours pas.
Qu'est-ce qui distingue #Romanos ? Le fait qu'il soit une personne avec des idées précises. Pas quelqu'un avec des preuves compromettantes. https://t.co/NshyP5mODO
Mareva Grabowski-Mitsotakis [ang.] est l’épouse du Premier ministre grec et cofondatrice de la marque de luxe Zeus+Dion.
Ce qui est particulièrement inquiétant dans le cas de Romanos, ce sont les efforts continus de l’État pour faire des mouvements dissidents des boucs émissaires [gr]. Les partisans de Romanos voient dans sa récente arrestation [ang.] une tentative délibérée de le prendre pour cible, d’inciter à la peur et de diaboliser le mouvement anarchiste.
Cette stratégie détourne également l’attention du public [gr.] des manquements et de la négligence de l’État, comme la tragique catastrophe ferroviaire de Tempi. Le scandale Tempi [fr.], un accident de train qui a coûté la vie à 57 personnes, a révélé la négligence systémique et la corruption du gouvernement [ang.], déclenchant une vague d’indignation. Les accusations contre Romanos, bien que ténues, sont largement perçues comme faisant partie d’un discours plus vaste visant à faire taire la dissidence et à détourner la responsabilité du parti au pouvoir, la Nouvelle Démocratie [fr.], dirigé par l’actuel Premier ministre Kyriakos Mitsotakis [fr].
Nouvelle démocratie ?Ou ancienne junte déguisée ?
Les événements du 6 décembre dernier sont emblématiques d'une tendance de plus en plus autoritaire [ang.] en Grèce.La réponse brutale de la police aux manifestants pacifiques souligne une réalité troublante : la contestation est étouffée sous prétexte de maintenir l'ordre et la paix.Pour de nombreux Grecs, ces événements sont un rappel brutal que les valeurs démocratiques du pays restent compromises, les citoyens n'ayant plus la possibilité de s'exprimer contre la répression parrainée par l'État.
La police anti-émeute (MAT) se tient en formation tendue quelques instants avant de commencer sa répression violente contre les manifestants. Photo de l'auteur, utilisée avec autorisation.
En tant que journaliste et témoin, je ne peux ignorer la brutalité et les efforts calculés pour faire taire ceux qui pleurent la mort de Grigoropoulos, une tragédie qui symbolise la lutte continue pour la justice en Grèce.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250121_131151";}s:15:"20250121_105602";a:7:{s:5:"title";s:103:"Au Burundi, le changement climatique transforme la saison des pluies en danger public en zones urbaines";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/01/21/292837/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=292837";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 21 Jan 2025 09:56:02 +0000";s:11:"description";s:135:"Au Burundi, la saison des pluies n'est pas que bienfaitrice: elle sème aussi la panique et la colère car elle endeuille des familles.";s:7:"content";s:13290:"
Sans aide extérieure, l’État burundais peine à lutter contre les dégâts climatiques
Mais la saison des pluies n'est pas que bienfaitrice: elle sème aussi la panique et la colère car elle endeuille des familles. En effet, les eaux en provenance des montagnes surplombant Bujumbura, capitale économique située dans l’ouest du pays, emportent régulièrement des vies humaines. De plus, ces pluies transforment certains citoyens en déplacés climatiques, et paralysent régulièrement les activités scolaires et économiques.
Ainsi, chaque année, la saison pluvieuse fait des morts à Bujumbura. En octobre 2024, deux enfants sont morts emportés par des eaux de pluie. Les corps de ces enfants ont été repêchés dans les eaux d’un caniveau dans le quartier Bukirasazi dans le nord de Bujumbura. Alors qu’ils rentraient de l'école à pied, ils ont été surpris par un courant fort des eaux des pluies tombées ailleurs dans les montagnes.
Les témoins affirment sous anonymat que ces genres d’accidents sont fréquents pendant la période des pluies. Interviewés par Global Voices, ils dénoncent le silence des autorités face à un phénomène meurtrier répétitif:
Les autorités nous ont abandonnés alors qu'elles sont au courant de ce qui nous arrive à chaque saison pluvieuse. Cette pluie tue, perturbe le sommeil, et produit des déplacés climatiques qui voient leurs maisons noyées à chaque saison des pluies.
Impact économique sur les populations les plus démunies
Les dégâts causés par les fortes pluies réduisent les revenus dans certains secteurs d'activités, en particuliers les chauffeurs de camions qui acheminent les matériaux de construction ou s'approvisionnent dans les quartiers périphériques de Bujumbura. Incapables de conduire leurs camions sur des routes impraticables, ils voient leurs revenus chuter de moitié. La fourchette salariale mensuelle dans ce corps de métier se situe entre 572 679 Franc Burundais (192 dollars américains) et 1 777 536 Franc Burundais (596 dollars américains). Le revenu moyen mensuel dans le pays est compris entre 757 600 Franc Burundais (254 dollars américains) et 2 289 638 Franc Burundais (768 dollars américains).
Nzeyimana Thomas, un fournisseur de matériaux de construction raconte:
Pendant la saison des pluies excessives, nous enregistrons une baisse énorme de nos revenus. Un camion qui faisait dix tours en été fait cinq tours en période pluvieuse.
Samuel, chauffeur de camion rencontré au parking des camions Ben au Petit séminaire de Kanyosha au sud de Bujumbura explique:
Les camions s’embourbent plusieurs fois dans des routes en boue et que le dépannage prend de nombreuses heures. Un manque à gagner irrécupérable.
Un propriétaire de camions qui a requis l’anonymat déplore l’état des routes malgré les taxes et impôts que les autorités les infligent:
Nous payons une bagatelle de plusieurs millions de francs burundais mais le gouvernement ne songe pas à nous construire de bonnes routes.
Sur le papier, le gouvernement burundais se déclare responsable, comme l'indique l'article 35 de la constitution burundaise, des questions d'aménagement du territoire:
La gestion des ressources naturelles, l'utilisation rationnelle efficace et efficiente est une mission première du gouvernement.
C'est à ce titre que les victimes des inondations régulières en période de pluies intense, de novembre à avril se disent être en droit de réclamer des mesures, des lois et des actions concrètes, comme la construction de bonnes routes et de conduites d’eau solides.
Interviewé par Global Voices, Bigirimana Constantin, directeur général de l’agence routière du Burundi (ARB), , reconnaît que :
Les eaux de pluie en provenance des montagnes surplombant Bujumbura causent d'énormes dégâts, nous le savons. Elles détériorent l'état des routes, empêchant les usagers à vaquer normalement à vaquer normalement aux activités.
Mais il dénonce aussi la destruction du couvert végétal qui cède la place à des constructions anarchiques au vu et au su des administratifs. Selon lui, l’administration tout comme les citoyens minimisent l’impact de leurs actions sur l’environnement:
L’urbanisation est mal faite, les infrastructures d'évacuation des eaux sont très vieilles et les gens jettent n’importe quoi n’importe où. Il faut une solution telle le renouvellement des ouvrages de traversée. L’assainissement actuel date de longue date et n’est pas adapté à la situation actuelle d’occupation de la ville.
Selon Constantin, le gouvernement a alloué un budget conséquent pour faire face aux activités liées aux changements climatiques. De plus, en 2023, le gouvernement a signé deux accords de dons avec la Banque africaine de développement pour appuyer le renforcement de la résilience aux changements climatiques.
Ce même expert estime qu'une partie du travail incombe à la population:
La responsabilité du curage des caniveaux qui doivent être entretenus pour leur durabilité incombe aux citoyens et à l’administration.
Face aux dégâts croissants causés par le changement climatique et la surpopulation urbaine, l'État burundais se tourne vers l'aide internationale, comme l'explique Innocent Banigwaninzigo, expert environnementaliste et représentant de l’ACPE, une organisation non gouvernementale engagée dans la protection de l'environnement au Burundi. Interviewé par Global Voices, il dit:
L'État burundais à lui seul ne peut pas faire face aux besoins en cours et en activités préventives liés aux changements climatiques. Et les cas des victimes des changements climatiques se sont multipliés en termes de fréquence et en termes de dégâts causés.
Mais il incite aussi le gouvernement à augmenter le budget alloué à la gestion des catastrophes:
Le pays doit séduire les partenaires mais nous avons vu que dans le passé, les aides pouvaient être suspendues brusquement pour des raisons diverses, politiques ou de gouvernance. Le nombre des victimes des changements climatiques monte chaque jour au Burundi, spécialement en période de fortes pluies. Celles-ci font peur aux habitants du littoral du lac Tanganyika alors que sur les collines, les agriculteurs qui voient leurs champs pousser dans la verdure chantent et dansent la pluie. Le Burundi s’est doté des textes juridiques pour une gestion rationnelle, efficiente et efficace des ressources naturelles; la constitution, le code de l’eau, le code forestier, le code de l’environnement et de l’urbanisme. De bons instruments juridiques qui ne sont pas respectés en pratique. La corruption caractérise les constructions anarchiques.
Banigwaninzigo conclut que la gouvernance environnementale fait défaut:
Il faut une éducation pour un changement de mentalité et de comportement respectueux de l’environnement et comprendre la responsabilité de chacun vis à vis du dérèglement climatique et les conséquences sur la vie.
A cela s'ajoute la question de surpopulation: sur les montagnes surplombant Bujumbura, des constructions anarchiques remplacent les zones de boisements et du qui contribuent à l’atténuation des érosions.
Les propriétaires de ces constructions disent sous anonymat avoir reçu les parcelles et les autorisations de bâtir des administratifs mais beaucoup ne sont pas en mesure de présenter les documents attestant qu'ils sont acquéreurs de ces terres. Certains habitants racontent qu'ils s'agissent d'attributions verbales qui se font après que ces autorités aient empoché l’argent.
La vulnérabilité du Burundi face aux effets du changements climatiques expose les populations à de grave dangers. Une harmonisation des initiatives entre l’État et les autorités s'avère primordiale pour espérer pouvoir lutter contrer les dégâts croissants.
";s:7:"dateiso";s:15:"20250121_105602";}s:15:"20250120_070525";a:7:{s:5:"title";s:36:"Les mots ont la parole: Épisode #20";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/01/20/292787/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=292787";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 20 Jan 2025 06:05:25 +0000";s:11:"description";s:208:"Cette semaine nous mettons à l’honneur trois termes: 'mitourne;' un hybride franco-malgache; 'copa' de l'argot togolais, et 'complosphère' qui vient de rentrer dans l'édition 2024 du dictionnaire Robert.";s:7:"content";s:7686:"
‘Biby mitourne” signifie un animal qui marche à reculons, comme l'écrevisse malgache foza orana
Image illustrative des trois mots: Copa, Complosphère et Mitourne ; Image de Jean Sovon, généré sur Canva
Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels, ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots français qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas, mais prennent parfois un nouveau sens.
Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes et expressions:
Copa : ce terme est utilisé au Togo et signifie ‘copain’, ‘pote’. Bien que le mot ressemble à la traduction espagnole du mot “coupe”, il est issu de l’argot du sud Togo qui est communément parlé dans les rues de Lomé, la capitale du pays. Il fait partie des mots argotiques les plus utilisés entre amis ou connaissances, puisqu'il désigne un ami proche.
En plus de “Copa”, diverses autres formes dérivés du mot copain sont utilisé dans le pays: “gnocopain” et “gnocopin” dont on fait mention dans les relations amoureuses.
Complosphère : ce nouveau mot est une combinaison des mots ‘complot’ et ‘sphère’. Comme toutes les langues, le français invente régulièrement de nouveaux mots, et celui-ci est entré dans le dictionnaire Robert édition 2024, sur le modèle d’autres innovations linguistiques comme blogosphère ou fachosphère.
Mitourne : ce mot est employé à Madagascar. Il vient du verbe français tourner, auquel s’est ajouté le préfixe malgache “mi-” pour lui donner un autre sens : reculer. Ce verbe est l’équivalent du terme malgache ‘mihemotra’. Dans le pays, on emploie souvent l’expression “biby mitourne”, qui signifie “un animal qui marche à reculons”, notamment pour parler du foza orana, une espèce d’écrevisse.
Toujours issu du verbe tourner, l’expression a aussi des formes dérivées comme l'impératif, avec de légères modifications dans l'orthographe :
“Mitorena !” : “Recule !”
L’artiste malgache en Kikis on the track en fait usage dans sa chanson titrée “Foza orana DrillR 2022”, qui est un remix du tiitre “Foza Orana” de Ramora Favori.
L’expression “biby mitourne” s’est réellement répandue dans le pays depuis le coup d’État de 2009 orchestré par Andry Rajoelina, président de Madagascar, depuis 2019.
Ici, une publication Facebook qui fait allusion au président avec l'expression “foza orana, biby mitourne” :
“Madagascar tsy maintsy mandroso hoy ny foza orana (biby mitourne)”, peut-être traduit par “Madagascar doit progresser, dit l'écrevisse (celui qui avance à reculons)”.
Si vous avez des mots ou expressions à partager pour les faire figurer dans notre rubrique “Les mots ont la parole” contactez-nous: filip.noubel@globalvoices.org
";s:7:"dateiso";s:15:"20250120_070525";}s:15:"20250115_163244";a:7:{s:5:"title";s:94:"Quel souvenir l'ancien Président américain Jimmy Carter laisse-t-il en Chine et à Taïwan ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2025/01/15/292601/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=292601";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 15 Jan 2025 15:32:44 +0000";s:11:"description";s:179:"En Chine, Jimmy Carter est souvent qualifié de « viel ami de la Chine » pour le rôle crucial qu'il a joué dans l'établissement des relations entre les États-Unis et la RPC.";s:7:"content";s:14483:"
La vision de paix de Jimmy carter est en train de s'estomper en pleine escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine
Capture d'écran du discours de Jimmy Carter du 15 décembre 1978 sur l'établissement de relations diplomatiques avec la Chine. Miller Center sur YouTube Channel.
Jimmy Carter, l’ancien Président américain (1977 – 1981) et prix Nobel de la paix (2002), est décédé le 29 décembre 2024, à l’âge de 100 ans.
Aux États-Unis, il s’illustre comme un dirigeant qui a consacré sa vie au maintien de la paix dans le monde, dans le respect de la démocratie, des droits humains et des valeurs chrétiennes.
« Un vieil ami de la Chine »
Les Chinois le surnommaient très souvent « vieil ami de la Chine », grâce au rôle crucial qu’il a joué dans la rupture des liens avec la République de Chine (ROC, également connue sous le nom de Taïwan) et dans l'établissement de relations diplomatiques entre les États-Unis et la République populaire de Chine (RPC) durant son mandat présidentiel.
En réaction au décès de Jimmy Carter, le président chinois Xi Jinping, dans son message de condoléances adressé au président américain Joe Biden, a salué les efforts de l’ancien dirigeant sur le plan diplomatique. L'ambassadeur de Chine aux États-Unis, Xie Feng, a ajouté que la normalisation des relations avec la Chine était « l'une des décisions les plus importantes » que Jimmy Carter n’ait jamais prises :
I would like to extend my sincere condolences to the family of President Jimmy Carter over his passing. President Carter saw establishing diplomatic relations with China as one of the most correct decisions he had ever made in his life. His historic contribution to the… pic.twitter.com/CaCkczIZWb
Je tiens à présenter mes sincères condoléances à la famille du président Jimmy Carter qui considérait l'établissement de relations diplomatiques avec la Chine comme l'une des décisions les plus importantes de sa vie. Sa contribution historique… pic.twitter.com/CaCkczIZWb
Les relations diplomatiques entre les États-Unis et la RPC ont été établies au moyen de trois communiqués, publiés entre 1972 et 1982.
Rupture des relations avec la République de Chine
Le premier communiqué a été publié en février 1972, lors de la visite en Chine du président américain de l'époque, Richard Nixon, qui avait pour but de rapprocher les deux pays, avec pour toile de fond la rupture des relations sino-soviétiques. Dans ce document écrit conjointement, les États-Unis « reconnaissent » que « tous les Chinois de part et d'autre du détroit de Taïwan estiment qu'il n'existe qu'une seule Chine et que Taïwan en fait partie ».
Après la défaite du Kuomintang (KMT) (le parti au pouvoir à l'époque) par le Parti communiste chinois (PCC) lors de la guerre civile chinoise (1927-1949), ses dirigeants se sont réfugiés à Taïwan tout en continuant à revendiquer la souveraineté sur la Chine.
Le premier communiqué précise qu’il incombe aux Chinois de « résoudre de manière pacifique » la question du statut de Taïwan.
Le deuxième communiqué, dévoilé le 15 décembre 1978 et signé lors de la visite officielle du vice-premier ministre chinois de l'époque, Deng Xiaoping, aux États-Unis le 1er janvier 1979, consolide les relations diplomatiques sino-américaines. Le document diplomatique confirme que la République populaire de Chine est le seul gouvernement légitime de la Chine et que Taïwan en fait partie intégrante. Le même jour, Carter rompt officiellement tout lien avec la ROC en annulant le traité de défense mutuelle entre les États-Unis et la République de Chine.
La décision de Carter sera toutefois contestée par des membres du Sénat et du Congrès américain qui, le 29 mars 1979, adoptera une loi sur les relations avec Taiwan, garantissant des relations et échanges diplomatiques de facto, mais non officiels (y compris sur le plan militaire) entre Taiwan et les États-Unis. La loi sera signée par le président Carter le 10 avril 1979 et entrera en vigueur rétroactivement, avec effet au 1er janvier 1979.
À l'époque, la démarche diplomatique de Carter a suscité de vives réactions de la part de la République de Chine. Le compte officiel X du KMT n'a pas pu s'empêcher de mentionner ce moment historique rempli d'amertume dans son message de condoléances :
Our condolences to the family of former President Jimmy Carter on his death. Although he will be remembered in Taiwan for his decision to derecognize the Republic of China, we admire his advocacy worldwide for affordable housing, conflict resolution, refugees, and other causes.
Nous présentons nos condoléances à la famille de l'ancien président Jimmy Carter. Même si à Taïwan il restera dans les mémoires pour sa décision de ne plus reconnaître la République de Chine, nous avons un grand respect en ce qui concerne son combat dans le monde pour l’accès au logement, la résolution de conflits, les réfugiés et autres causes.
D'anciennes photos prises durant des manifestations sur lesquelles des banderoles accusent Carter d'avoir trahi Taïwan refont aussi surface sur les plateformes de réseaux sociaux. Un utilisateur, @Lovelifetaiwan, a partagé les photos historiques sur X (anciennement Twitter), tout en faisant remarquer que la décision de Carter n'avait pas freiné la démocratisation et le développement de Taïwan :
L'ancien président américain Jimmy Carter est décédé aujourd'hui à l'âge de 100 ans. Concernant la rupture des liens diplomatiques avec la ROC, Jimmy Carter a déclaré sans hésitation que la décision d'établir des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Chine était la bonne, et que même si elle n'était pas « entièrement positive » pour le peuple de Taïwan, ce qu’il regrettait, il ne devait pas en être tenu pour responsable. Il a ensuite ajouté qu’au cours des 20 dernières années, la démocratie, les droits humains et l'économie du pays s'étaient considérablement améliorés, et qu'il n'avait pas besoin de s'excuser auprès de Taïwan.
En fait, selon certains, la décision de Carter a favorisé le mouvement démocratique à Taïwan étant donné que la dictature militaire du KMT avait reçu le soutien des États-Unis entre 1949 et 1987.
La vision de paix du président Carter menacée
En janvier 2019, à l'occasion du 40e anniversaire de la publication du deuxième communiqué, Jimmy Carter a qualifié la normalisation des relations entre les États-Unis et la Chine d’« évènement historique » et a déclaré qu'il pensait que cette décision allait faire avancer la cause de la paix en Asie et dans le monde.
Néanmoins, la vision de Carter est en train de disparaître dans le contexte de l'escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui dure depuis 2018, ainsi que de différends territoriaux dans la région du Pacifique. Bao Pu, éditeur de livres et fils de l'ancien fonctionnaire chinois Bao Tong, déplore la perte de Carter qu’il qualifie de « fin d'une époque » :
La période de lune de miel entre la Chine et les États-Unis remonte à 50 ans. La tentative du président Carter de faire de la promotion des droits humains un principe clé des relations diplomatiques des États-Unis avec d'autres pays a échoué. En fait, sa politique de « deux poids, deux mesures » est aujourd'hui à l'origine de nombreux problèmes. La stratégie politique de Deng [Xiao-ping], qui consistait à dissimuler sa force, s'est transformée en un jeu consistant à « montrer ses armes » aujourd'hui et à la « les cacher » demain.
« Montrer ses armes » est une expression fréquemment utilisée par Xi Jinping pour décrire sa politique de main de fer, tant d’un point de vue diplomatique qu’au niveau national en luttant contre la répression de la corruption et des dissidents.
De nombreux experts en politique étrangère prévoient qu'après l'investiture présidentielle de Donald Trump le 25 janvier prochain, les relations sino-américaines deviendront plus instables et imprévisibles, au pire s'aggraveront.
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Lucy est sympathique et brise l'image stéréotypée de la nécromancienne
Damjan Mihailov et la bande dessinée « Lucy la nécromancienne ». Photographie de Kiril Mihailov, reproduite avec l'autorisation de l'auteur.
Version macédonienne du livre de « Lucy la nécromancienne », en promotion le 25 novembre 2024 à Skopje. Photographie de Kiril Mihailov, reproduite avec l'autorisation de l'auteur.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages Web en français.]
Damjan Mihailov est un auteur de bande dessinée macédonien dont la webcomic « Lucy la nécromancienne » [en] initialement publiée en anglais sur WebToons [en], a récemment été éditée sous forme de livre, en anglais d'abord, puis en macédonien.
Global Voices s'est entretenu avec Damjan Mihailov pour évoquer les hauts et les bas de la mise en ligne de bandes dessinées en Macédoine du Nord, les différences entre les publics locaux et internationaux, et les raisons pour lesquelles le passage d'un format de média à un autre était inévitable.
Le jour, Damjan Mihailov est un artiste spécialisé dans les jeux vidéo ; la nuit, c'est un dessinateur de bande dessinée. Architecte de profession au début, il a plus tard découvert que sa véritable passion était le dessin. Fidèle à son art, il a alors décidé de s'y consacrer pleinement. Véritable geek dans l'âme, Damjan Mihailov affectionne tout, des bandes dessinées aux illustrations en passant par les films et les animations.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » réalisée par Damjan Mihailov, reproduite avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction des vignettes :
– … j'ai besoin d'une pause !
- Comme je le disais…
Global Voices (GV) : Vous avez lancé « Lucy la nécromancienne » en 2021, un webcomic parodiant les clichés du genre d’épouvante, avec la particularité de présenter le personnage d'une petite fille comme une aspirante sorcière. Qu'est-ce qui vous a motivé à raconter cette histoire ?
Damjan Mihailov (DM): When I started working in game development, for some X or Y reason, I stopped drawing. I felt like my creativity was being drained at work. At some point, I realized I was missing something, so I thought to myself, « I need a project that will force me to draw. » At the very least, I wanted to create something each week. That’s why I decided to go with a comic strip, like the ones in newspapers, the same ones I grew up with, where there’s a new one every day.
For a long time, I had an idea for a story where two opposite worlds would clash, something grim and something cute, and I figured now was the perfect time to bring it to life. Zombies can be both grim and fun, offering endless opportunities for wild stories. Lucy, on the other hand, is cute and cheerful (most of the time) and breaks the stereotypical image of a necromancer.
Damjan Mihailov (DM) : Lorsque j'ai commencé à travailler dans le développement de jeux, pour une raison X ou Y, j'ai arrêté le dessin. J’avais le sentiment que ma créativité se perdait dans ce travail de développeur. À ce moment-là, j'ai compris qu'il me manquait quelque chose et je me suis dit : “J'ai besoin de mener un projet qui me poussera à dessiner !” Je souhaitais créer quelque chose chaque semaine, au minimum. C'est pourquoi j'ai choisi de faire une bande dessinée, comme celle des journaux de mon enfance, où chaque jour il y avait une nouvelle histoire.
Depuis longtemps, je nourrissais l'idée d'une histoire où deux mondes antagonistes se heurteraient, quelque chose de sinistre et quelque chose de mignon, et je me suis dit que le moment était idéal pour le concrétiser. Les zombies peuvent être à la fois sinistres et amusants, offrant des possibilités infinies d'histoires loufoques. Lucy, quant à elle, est charmante et joyeuse (le plus souvent) et brise ainsi les clichés d'une nécromancienne.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » de Damjan Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction des vignettes :
- Applaudissez !
Nous te trouverons un ami
- Oh, regardez !
Un fantôme !
- Bonjour
Je suis Lucy et voici Oliver
Et vous, qui êtes-vous ?
- Eh bien…
… c'est embarrassant
GV : Le format de base que vous utilisez est de quatre vignettes par page, alors que les aventures de Lucy oscillent entre des gags d'une page et des récits plus élaborés sur plusieurs pages. Vous est-il compliqué de raconter vos histoires en respectant ces contraintes ?
DM: I never liked long stories, especially ones that are broken up, where you have to wait a week for the next part and end up forgetting what happened the week before. People today prefer content that gets straight to the point, so one-comic stories felt like the right choice. At first, I didn’t pay much attention to the number of panels or the format. But over time, I realized I needed consistency, so I confined myself to a four-panel structure.
Constraints, as it turns out, are a very good thing, they force you to think about how to tell a story like a punchy joke. With too many frames, it’s easy to go overboard, and the joke ends up losing its punchline. After all, nobody likes a long joke.
DM : Je n'ai jamais aimé les longues histoires, en particulier celles qui sont morcelées, pour lesquelles il vous faut attendre une semaine pour lire la suite et vous finissez par oublier les événements de la semaine précédente. Aujourd'hui, les gens privilégient les contenus allant droit au but, c'est pourquoi les histoires en une seule bande dessinée me paraissaient être le bon choix. Dans un premier temps, je n'ai pas accordé beaucoup d'attention au nombre de vignettes ni même à leur format. Puis, au fil du temps, je me suis aperçu que j'avais un besoin de cohérence, et je me suis donc restreint à une structure en quatre dessins.
Les contraintes, en fin de compte, sont une très bonne chose, elles vous obligent à envisager la manière de raconter une histoire comme une blague percutante. En effet, avec trop de trames, il est aisé de se laisser aller à l'excès, et la blague risque alors de perdre son caractère percutant. Personne n'aime les blagues trop élaborées.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » de Damjan Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction des vignettes :
- Il était tout pour moi, il me manque tellement
- Hey mon ami, je pense que tu devrais aller voir ta petite amie.
- AAAAAAA
- Eh bien…
Je suppose que tu ne lui as pas tant manqué que ça, hein…
GV : À côté de Lucy, vous mettez en scène toute une série de personnages, des plantes aux zombies en passant par d'autres enfants qui pourraient être décrits comme des non-magiques ou « Moldus » au sens de l'univers d'Harry Potter. Voyez-vous leurs interactions comme des allégories ou comme un moyen de partager des messages universels ?
DM: That’s way too deep for Lucy’s world. It’s more like ‘If it fits, it sits. » :) There’s no hidden message or anything like that. Her universe is a mix of all sorts of magical worlds and reality. The idea is that all these worlds can coexist happily. I just want to bring a little joy into people’s lives. No matter if you’re a fan of Star Wars or Lord of the Rings (LOTR), you can find something funny in it.
DM : C’est beaucoup trop profond pour le monde de Lucy. C'est plutôt « si cela convient, ça passe. » :) Il n'y a pas de message caché ou quoi que ce soit de ce genre. Son univers est un mélange de mondes magiques et de réalités. L'idée est que ces univers peuvent coexister harmonieusement. Je veux juste ajouter un peu de joie au cœur de la vie des gens. Que vous soyez fan de la Guerre des étoiles ou du Seigneur des anneaux (LOTR), vous y verrez toujours quelque chose d'amusant.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » de Damjan Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction des vignettes :
- Bonjour Bob
- Arrêtez !
- Tu ne peux pas le faire entrer dans la maison !
Où l'as-tu trouvé ?
- Musée d'histoire naturelle
GV : Le décor d'horreur est-il une métaphore de votre vision de l'univers ? Ou bien certains des personnages sont-ils le reflet de personnes vivantes ?
DM: Maybe, and yes. Horror might be too strong a word, it’s more like taboo. Sure, there are the living dead and all sorts of scary, horror-themed things, but they’re not portrayed that way. It’s about taking something most people see as taboo and turning it upside down, which makes it funny. I’m honestly tired of subjects people find taboo.
When most people hear the synopsis for Lucy the Necromancer, they make a grim face and say « Why would you create that? » But then they read a few comics and say, « This is actually cute and funny! » and they instantly like it.
DM : Peut-être, et oui. Le qualificatif « horreur » est peut-être trop puissant, il s'agit plutôt d'un concept tabou. Bien sûr, il y a des morts-vivants et toutes sortes de choses effrayantes sur le thème de l'horreur, mais on ne les dépeint pas de cette façon. Il s'agit de retourner quelque chose considéré comme un sujet tabou par la plupart des gens, et de le rendre amusant. Honnêtement, je suis las de ces sujets jugés tabous par les gens.
La plupart des gens qui découvrent le synopsis de « Lucy la nécromancienne » grimacent et se disent « Pourquoi créer une telle chose ? » Puis ils lisent quelques bandes dessinées et se disent « En fait, c'est mignon et amusant ! ».
GV : Quelles ont été les influences de la bande dessinée ou autres médias qui vous ont conduit à créer le personnage de Lucy ?
DM: I’m a huge fan of webcomics, and there are so many amazing ones out there. I grew up with classics like The Peanuts, Balthazar, and all the iconic Cartoon Network shows, and I think they’ve had the biggest influence on me. From a young age, I had a strong affinity for cartoons and comics. I lived next to the French Culture Center in Skopje, and on rainy days, I’d head there to spend time in the comic section, just « œreading » the pictures. I didn’t understand a word, but I would create my own stories based on the images. The shops in my area carried Italian comics translated into Serbian-Croatian, most of which were about cowboys, which never really appealed to me. Instead, I found myself drawn to the daily funnies in the newspaper, and later, the worlds of Marvel and DC. Probably all of them have influenced me in some way, and they still do.
DM : Je suis un grand amateur de webcomics, et il y en a tellement d'excellents. J'ai grandi avec des classiques tels que les « Peanuts », « Balthazar » et toutes les émissions emblématiques de Cartoon Network, et je pense que ce sont eux qui m'ont le plus influencé. Dès mon plus jeune âge, j'ai développé une profonde attirance pour les dessins animés et les bandes dessinées. J'habitais à côté du Centre culturel français de Skopje et, les jours de pluie, je m'y rendais pour passer du temps dans la section des bandes dessinées, à « lire » les images. Je ne comprenais pas un mot, mais je créais mes propres histoires à partir des images. Les commerces de ma région proposaient des bandes dessinées italiennes traduites en serbe ou en croate, dont la plupart parlaient de cow-boys, ce qui n'a jamais vraiment suscité d'intérêt à mes yeux. Au lieu de cela, j'ai été happé par les bandes dessinées journalières publiées dans les journaux et, plus tard, par les univers de Marvel et de DC. Tous ces univers m'ont probablement inspiré d'une manière ou d'une autre, et ils m'influencent encore aujourd'hui.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » de Damjan Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction de la vignette :
- Vous fabriquez les meilleures crèmes glacées du cerveau !
GV : Le format initial de « Lucy la nécromancienne » était un webcomic. Pourquoi avez-vous décidé de le publier également sous le format d'un livre, sur papier ?
DM: Yes, Lucy is a webcomic, but the key word is « comic. » While webcomics are easier to access and read on your computer, phone or tablet, comics were originally a printed format, and they still are. A lot of people prefer them that way. Also, it’s really nice to see it on a shelf next to all the other great ones. ;)
DM : Oui, Lucy est un webcomic, mais le mot clé est « comic ». Alors que les webcomics sont plus facilement accessibles et lisibles sur votre ordinateur, votre téléphone ou votre tablette, les comics étaient à l'origine un format papier, et c'est toujours le cas. Beaucoup de personnes les préfèrent ainsi. De plus, il est vraiment chouette de la voir sur une étagère à proximité de toutes les autres bonnes bandes dessinées. ;)
GV : Les publics étrangers ont-ils montré de l'intérêt pour la bande dessinée de Lucy, qu’is soient numériques ou imprimées ? Seriez-vous disposé à traduire les bandes dessinées dans d'autres langues ?
DM: Yes, Lucy receives love from all over the world. Initially I published Lucy as a web comic in English on an international web comic platform called Webtoons. She quickly received followers and fans who were eager for each next comic. The Macedonian translation was the next step because kids here responded really well to the English version. Not many kids understood what was happening in the comic, so I wanted to bring Lucy closer to them. Translating it into different languages is a big milestone I hope to achieve in the future. It will be amazing if it happens. I’d love to see that.
DM : Oui, Lucy est appréciée dans le monde entier. Au départ, j'ai publié Lucy sous la forme d'une bande dessinée en anglais sur une plateforme internationale de bandes dessinées appelée WebToons. Elle a rapidement attiré des adeptes et des fans impatients de découvrir la prochaine bande dessinée. La traduction en macédonien était l'étape suivante, car les enfants d'ici réagissaient très bien à la version anglaise. Peu d'entre eux comprenaient ce qui se passait dans la bande dessinée, et j’ai donc voulu rendre Lucy plus accessible à tous. La traduction dans d'autres langues est une étape essentielle que j'espère réaliser à l'avenir. Ce sera formidable si cela se produit. J'aimerais beaucoup voir cela.
Extrait de la bande dessinée « Lucy la nécromancienne » de Damjan Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Traduction des vignettes :
- Tout d'abord comme ça !
- Ensuite, comme ceci !
- Et ensuite comme…
… !?
- C’est pour cela qu'on s'entraîne !
GV : De quelle manière pouvez-vous pénétrer le milieu de la bande dessinée en Macédoine du Nord ou dans les Balkans ? Les nouveaux et jeunes auteurs de bandes dessinées et de romans illustrés bénéficient-ils de la visibilité nécessaire pour que leurs histoires soient vues et lues ?
DM: Oh… this is a tough one. There are two groups of people: those who create comics and those who read them. Most of them connect through friends, Facebook, Instagram, and similar platforms. Macedonia has a very small comics scene without a dedicated space to unite creators and readers or to give them a sense of belonging and support. However, there are passionate individuals working hard to change that.
For example, this year, 2024, marked the second edition of the comic festival Strip Trip, which I hope will turn into a long standing tradition. Before this, there wasn’t much happening locally in the comic scene. There are a few festivals in neighboring countries, and most of our artists find solace there. The saddest part is that the government often supports the same organizations that contribute little to nothing to the community, and, unfortunately, this festival didn’t qualify for funding. Despite that, a few determined individuals made it happen. Through sheer sweat and hard work, they pulled it off. It was a success, and next year promises to be even better. I hope the government recognizes the growing thirst for events like this and decides to support us. Until that time comes, we’ll keep creating, and nobody can take that away from us.
DM : Oh ! c'est une question difficile. Il y a deux catégories de personnes : celles qui créent des bandes dessinées et celles qui les lisent. La plupart d'entre eux se connectent grâce à des amis, via Facebook, Instagram et autres plateformes similaires. La Macédoine dispose d'une très petite communauté spécialisée dans la bande dessinée, sans espace dédié permettant d'unir les créateurs et les lecteurs ou même de leur offrir un sentiment d'appartenance et de soutien. Cependant, des personnes passionnées œuvrent activement pour changer cette situation.
Ainsi, cette année, 2024, a marqué la deuxième édition du festival de bande dessinée Strip Trip [mk] qui, je l'espère, deviendra rapidement une véritable institution. Avant cela, il ne se passait pas grand-chose sur la scène locale de la bande dessinée. Il y a quelques festivals dans les pays voisins et la plupart de nos artistes y trouvent un peu de soutien. Malheureusement, le gouvernement subventionne souvent les mêmes organisations qui ne contribuent que peu ou pas du tout à la communauté et, hélas, ce festival ne remplissait pas les conditions requises pour bénéficier d'un financement. Néanmoins, une poignée d'individus motivés ont réussi à faire bouger les choses. À force de sueur et de travail, ils ont réussi. Ce fut un succès, et l'année prochaine promet d'être encore plus belle. J'espère que le gouvernement prendra conscience de la demande croissante d'événements comme celui-ci et qu'il décidera de nous soutenir. En attendant, nous poursuivrons notre travail de création, et personne ne pourra nous en priver.
Figurine de « Lucy la nécromancienne ». Photographie de Kiril Mihailov, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
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L'histoire de Ragheed Al-Tatari qui a refusé de bombarder la ville de Hama et en a payé les frais
Le pilote de l'armée de l'air syrienne Ragheed Al-Tatari avant et après son emprisonnement. Collage réalisé sur Canva Pro par Rami Alhames, à partir de captures d'écran d'une vidéo YouTube téléchargée par l'utilisateur boschev. Utilisées avec permission.
Le nom de Ragheed Al-Tatari [fr] est devenu un symbole de courage moral dans le contexte de l’histoire brutale du régime syrien. Ancien pilote de l’armée de l’air syrienne, Al-Tatari a pris une décision qui lui a coûté 43 ans de sa vie en prison : il a refusé de bombarder la ville de Hama en 1982. À l’époque, Hama se soulevait contre le régime autoritaire de Hafez al-Assad, et la réponse [fr] du régime a été catastrophique.
Refus d'obéir aux ordres
Le président syrien Hafez al-Assad aux côtés de son frère Rifaat al-Assad lors d'une cérémonie militaire à Damas, 1984. Domaine public, via Wikimedia Commons.
Sous les ordres d’Assad, l’armée syrienne a lancé une attaque à grande échelle contre la ville [fr], dirigée par son frère Rifaat Assad [fr], l’une des répressions les plus brutales de l’histoire de la Syrie moderne.Des milliers de civils ont été tués lors du massacre.Patrick Seale, dans un article du Globe and Mail, a décrit l’opération comme une « orgie de deux semaines de meurtres, de destruction et de pillage » qui a détruit la ville et tué au moins 25 000 habitants.Al-Tatari, cependant, n’a pas pu se résoudre à exécuter les ordres.Face à la perspective horrible de bombarder des civils, il a choisi de défier ses supérieurs et a plutôt refusé de mener à bien la mission.Pour son acte de défi, le régime syrien l’a condamné à une peine extraordinaire de 43 ans de prison.Son acte de conscience allait non seulement changer sa vie, mais aussi résonner profondément dans la mémoire collective des Syriens, en particulier à Hama.
Selon l'Association des détenus et des personnes disparues de la prison de Saydnaya, Al-Tatari et trois autres pilotes ont été arrêtés en 1980 pour avoir refusé de mener des frappes aériennes dans le gouvernorat de Hama.
Le commandant de l'escadron et un autre pilote ont cherché refuge en Jordanie, tandis qu'Al-Tatari et un collègue sont retournés à leur base aérienne d'Alep sans avoir terminé les frappes aériennes prévues.Bien qu'Al-Tatari ait été accusé d'insubordination, le tribunal l'a finalement innocenté, affirmant qu'en tant qu'officier subalterne, il s'était conformé aux instructions de son commandant d'annuler la mission.
The squadron commander and another pilot sought refuge in Jordan, while Al-Tatari and a colleague returned to their airbase in Aleppo without completing the planned airstrikes. Although Al-Tatari was accused of insubordination, the court eventually cleared him of the charges, citing that, as a subordinate officer, he had complied with his commander's instructions to cancel the mission.
Malgré son acquittement, le tribunal a décidé de le retirer du service militaire.Lorsqu'il est retourné en Syrie après avoir été acquitté et que sa demande d'asile a été rejetée en Égypte, il a tout de même été rapidement détenu à l'aéroport de Damas le 24 novembre 1981.
Ensuite, à la prison de Mezzeh [fr], il a été détenu sans avoir été inculpé d'aucun crime.En 1982, il a été traduit devant un tribunal militaire d'exception pendant quelques minutes, sans préavis, sans annonce publique ni information directe.Plus tard dans l'année, Al-Tatari a été transféré à la tristement célèbre prison du désert de Tadmor, où il est resté 21 ans.
Après 2001, il a été transféré à la prison de Saydnaya, où il a passé 10 ans, qui ont été les plus difficiles de l'histoire de la prison, en particulier en 2008, lorsque les prisonniers se sont rebellés et ont été confrontés à la plus grande brutalité.
L'histoire d'Al-Tatari est restée largement méconnue du reste du monde pendant de nombreuses années, jusqu'en 2005, lorsqu'il a eu la première occasion de voir son fils unique, Wael.En 2011, en signe de protestation contre ses conditions de détention, il a refusé de porter la tenue de prison exigée par les autorités de la prison d'Adra, où il était empêché de voir ses proches et ses amis, et a vécu dans des conditions humanitaires terribles, comme le reste des détenus qui ont fini dans les prisons du régime Assad.
Libération et honneur
L'imam de la mosquée Mohammed Al-Hamed de Hama a rendu hommage à Ragheed Al-Tatari en lui remettant une épée d'or au nom des habitants de Hama, symbole de bravoure et de défi. Photo via @Asmaa59475027
Les forces d'opposition syriennes ont libéré des dizaines de milliers de détenus des prisons syriennes après lerenversement du régime de l'ancien président Bachar al-Assad [fr]. Après 43 ans, Al-Tatari a vu la lumière du jour et est sorti de prison pour la première fois, après que ses cheveux soient devenus gris et son visage ridé, dressant le portrait d'une vie gâchée derrière les barreaux.
Les organisations de défense des droits de l’homme considèrent Al-Tatari comme le plus ancien détenu politique en Syrie.Il est surnommé par beaucoup « l'aîné doyen des prisonniers syriens ».Aujourd’hui, Al-Tatari est de retour dans les rues de Syrie après une longue et amère épreuve, et des photos sur X (anciennement Twitter) montrent l’ancien pilote souriant après avoir recouvré sa liberté.
Dans un puissant acte de solidarité et de respect, les habitants de Hama, encore hantés par les souvenirs du massacre de 1982, lui ont rendu hommage.Ils lui ont offert une épée d’or, symbole de bravoure et de défi, reconnaissant son intégrité et son courage face à l’un des régimes les plus oppressifs de l’histoire moderne.
Les habitants de la province de Hama en Syrie ont rendu hommage au pilote Ragheed al-Tatari après avoir passé 43 ans dans les prisons du régime d'Assad, en raison de son refus d'exécuter les ordres de bombarder les civils de la ville dans les années 80 sous le régime de Hafez al-Assad.
Al-Tatari a été arrêté alors qu'il était major à l'âge de 27 ans, et a été libéré à l'âge de 70 ans de la prison centrale de Tartous, après que des factions de l'opposition ont pris le contrôle des villes qui étaient sous le contrôle du régime et ont libéré les détenus des prisons qui s'y trouvaient, alors que Bachar al-Assad s'enfuyait en Russie.
Pour les habitants de Hama, le refus d’Al-Tatari de se plier aux ordres d’Assad a constitué un acte de clarté morale à une époque où la survie était souvent synonyme de complicité. Le fait que les habitants de Hama aient choisi d’honorer Al-Tatari des décennies plus tard, malgré les tentatives du régime d’effacer ces histoires de résistance, en dit long sur la pérennité de l’héritage d’intégrité. C’est aussi un témoignage de la façon dont la mémoire et la justice peuvent survivre même aux régimes les plus répressifs.
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« Nous […] nous dirigeons vers une catastrophe si nous n’agissons pas maintenant »
Le vétiver est utilisé avec succès en renforçant la stabilité des pentes, entrainant l’atténuation des glissements de terrain et des inondations. Photo via Canva Pro.
Les élèves de l’école secondaire de Vessigny, dans le sud côtier de Trinidad, ont récemment planté 13 mètres linéaires d’herbes de vétiver et 30 arbres fruitiers sur l’enceinte de l’école afin de renforcer la résilience climatique.
Les racines longues et robustes du vétiver — qui peuvent pénétrer jusqu’à trois mètres dans le sol — offrent l’une des solutions les plus rentables et les plus respectueuses de l’environnement pour atténuer certaines des conséquences de la crise climatique contre lesquels les petits États insulaires en développement (PEID) comme les Caraïbes font face.
L’herbe (nom scientifique chrysopogon zizanioides) est parfaitement adaptée au climat chaud des Caraïbes et atteint des performances admirables en matière de stabilisation des pentes, de contrôle de l'érosion et même de réhabilitation des sols qui ont pu être contaminés par des polluants environnementaux. Elle est également capable de résister à la sécheresse et aux inondations, ce qui en fait une option particulièrement robuste pour limiter la menace des changements climatiques, en particulier lors des inondations et des glissements de terrain.
Mise en œuvre avec l’aide d’une organisation non gouvernementale (ONG) environnementale IAMovement et le cabinet de conseil en durabilité Advisors Nex’ Door, l'initiative de plantation faisait partie du programme Inspire2Achieve (I2A), lancé il y a deux ans par la Société nationale du gaz (NGC) pour explorer les façons dont les pratiques durables peuvent aider à protéger et préserver l'environnement naturel au niveau communautaire.
Jusqu’à présent, le travail s’est concentré sur les zones rurales que NGC considère comme ses « communautés de clôture », où une partie de l’objectif est d’engager les jeunes dans des discussions sur des sujets tels que la durabilité, l’entrepreneuriat et la technologie. Les élèves ont appris les méthodes de plantation adéquates, car les communautés rurales de tout le pays, en particulier celles qui sont également proches de la côte, comme Vessigny, ont tendance à être plus vulnérables aux menaces de la crise climatique, et lors d’événements météorologiques extrêmes, ces communautés doivent savoir comment réagir.
Selon l’évaluation de la vulnérabilité et des capacités de Trinité-et-Tobago de 2019, des zones comme Vessigny sont classées comme présentant un risque élevé face aux événements tels que les glissements de terrain — raison de plus pour laquelle le directeur général d’IAMovement, Kevan Kalapnath-Maharaj, a déclaré qu’il estimait que l’initiative était importante pour donner aux jeunes les connaissances et les outils nécessaires pour lutter contre les changements climatiques et restaurer les écosystèmes.
Kacey Brown, une étudiante engagée dans cette initiative,a ajouté : « L’événement d’aujourd’hui nous a permis de mieux comprendre la conservation de l’environnement, les stratégies d’atténuation du climat, l’adaptation au climat et même les aspects commerciaux de ces sujets. » L’initiative, d’après les étudiants, a réussi à « nous encourager au changement et à informer les autres de ce que nous avons appris pour un avenir sans catastrophes ».
Le 13 octobre, le lendemain de la fin de la plantation de vétiver et d’arbres par les élèves, était célébrée la Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophes. Son thème de 2024, « donner à la prochaine génération les moyens d’assurer un avenir résilient », était tout à fait approprié, considérant que la nouvelle végétation permettra non seulement de réduire la probabilité de glissements de terrain, mais aussi d’endiguer la libération de dioxyde de carbone, l’un des principaux gaz à effet de serre à l’origine de la crise actuelle.
À l’instar du Guyana, le nouveau producteur de pétrole des Caraïbes qui espère avoir le beurre et l’argent du beurre en étant un fournisseur de combustibles fossiles à faible teneur en carbone, NGC a mis un point d’honneur à mener à bien des initiatives de durabilité. NGC semble déterminée à trouver des moyens par lesquels la durabilité peut coexister avec l’exploration et la production d’énergie. Dans le rapport sur le développement durable 2022 de l’entreprise, Mark Loquan, alors président de l’organisation, a qualifié de « trilemme énergétique, la nécessité d’équilibrer les priorités concurrentes de sécurité énergétique, d’accessibilité économique et de durabilité ».
D’autres entreprises du secteur de l’énergie opérant à Trinité-et-Tobago ont également inclus l’environnement dans leur campagne de RSE. Sous sa propre bannière de durabilité, par exemple, la multinationale Atlantic LNG a encouragé un programme d’éducation environnementale. En partenariat avec le Fondes Amandes Community Reforestation Project (FACRP), cette initiative emmène les élèves du secondaire sur le terrain, où ils ont accès à des informations pratiques essentielles pour préserver et protéger l’environnement. Ils comprennent ainsi, dès leur plus jeune, l’impact des changements climatiques et ses conséquences, allant des répercussions des feux de forêt sur la biodiversité à la manière dont le vétiver peut lier et renforcer les sols, empêchant les glissements de terrain et les inondations.
John Stollmeyer, un écologiste trinidadien qui a été impliqué dans les premières étapes du projet Atlantic/FARCP, a déclaré à Global Voices que le travail effectué grâce à cette initiative est utile et important, et que le FACRP est capable de faire beaucoup pour la communauté avec le soutien corporatif dont il bénéficie. Dans le même temps, cependant, il affirme qu’au rythme actuel auquel les ressources naturelles de la terre sont extraites, des programmes comme ceux-ci ne sont pas suffisants pour changer l’issue imminente de la crise climatique. Six des neuf frontières planétaires ont déjà été franchies, affirme Stollmeyer, et « plus vite nous arrêterons cette extraction — y compris l’extraction de combustibles fossiles — meilleures seront nos chances de ne pas disparaître ».
Alors que des régions vulnérables comme les Caraïbes font face à l’aggravation des effets de la catastrophe climatique, il reste à voir si cette tentative d’équilibre du « trilemme énergétique » peut être effectivement réalisée. Alors que la diversification économique en dehors de l’économie pétrolière et gazière de longue date de Trinité-et-Tobago est promise depuis longtemps, les approches alternatives ont été lentes à venir.
Pour sa part, NGC considère le programme comme un moyen de promouvoir, par la collaboration et l’éducation, des solutions fondées sur la nature qui soutiennent les objectifs de Trinité-et-Tobago en matière d’environnement et de préparation aux catastrophes. Reconnaissant que « l’action immédiate est essentielle dans la lutte contre les changements climatiques », Mario Singh, responsable de la durabilité, a noté qu’elle « unit les jeunes leaders pour contribuer à des solutions significatives, en utilisant des outils comme les approches basées sur la nature pour générer un impact positif sur le climat ».
Peut-être que si le mouvement mondial d’éloignement des combustibles fossiles pouvait être atteint plus rapidement, et que des forums comme la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (la dernière COP29 a eu lieu à Bakou, Azerbaïdjan) accordaient une plus grande attention aux suggestions des dirigeants régionaux comme le Premier ministre de la Barbade Mia Mottley et « reconnaissaient que nous sommes au milieu d’une crise climatique, nous précipitant vers la catastrophe si nous n’agissons pas maintenant », ces actes auraient un impact plus important.
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L’objectif est de créer un réseau panafricain de femmes journalistes couvrant les questions féminines.
La journaliste Sira Sow. Photo fournie par Sira Sow, utilisée avec autorisation
La journaliste Sira Sow est assise derrière un microphone vert dans une cabine d'enregistrement dans un village rural chaud de l'est du Sénégal. Elle s'exprime dans la langue locale, le wolof [fr], sur la radio communautaire La Laghem FM , et ses paroles rayonnent dans les taxis, les maisons, les magasins et les téléphones portables de centaines d'habitants de la région de N'Dofane. Elle parle de la lutte contre la violence sexiste, et l'imam local qu'elle a interviewé pour son reportage est d'accord avec elle. La violence sexiste n'est pas soutenue par le Coran, le texte sacré de l'Islam, dit-il. Son émission de radio a atteint de nombreuses oreilles ce jour-là, car de nombreux habitants ne parlent que le wolof et ne peuvent obtenir leurs informations que par un média oral comme la radio.
Parfois au Sénégal, nous rencontrons des victimes de violence, en particulier de très jeunes femmes, mais dans notre culture, même si vous êtes victime, vous hésitez parfois à signaler la violence », a déclaré Sow dans une interview ultérieure avec Global Voices.
Sow fait partie d'un groupe pilote de femmes journalistes participant au projet de bourse de reportage pour femmes journalistes en Afrique francophone . Ce projet travaille actuellement au lancement d'une bourse de journalisme pour femmes en Afrique de l'Ouest à travers une nouvelle enquête et une nouvelle communauté en ligne. L'initiative d'information en charge de ce programme, The Africa Women Journalism Project (AWJP) [fr], mène des recherches dans le but de lancer une nouvelle bourse de journalisme dans les pays francophones du Burkina Faso, du Sénégal et du Togo afin de créer un réseau panafricain de femmes journalistes couvrant les questions féminines.
L‘enquête en direct en français et en anglais sur X (anciennement Twitter) collecte des données sur les sujets abordés dans les rédactions de ces trois pays. Avec ces données, ils peuvent créer un programme pour enseigner aux boursiers les compétences en journalisme. Le 27 mai, l'AWJP a lancé un nouvel espace en ligne, #AWJPWACommunity, pour fédérer les femmes journalistes de toute l'Afrique de l'Ouest francophone. Cette communauté naissante peut unifier les femmes journalistes grâce à de nouvelles relations entre pairs et à une formation régionale.
En tant que directrice de l’AWJP, Catherine Gicheru explique que les violences basées sur le genre et les problèmes de santé materno-fœtale sont des sujets importants qui touchent les femmes de tous les pays africains. Les femmes journalistes couvrant ces sujets, originaires du Bénin ou du Togo, apportent à la rédaction des connaissances locales très spécifiques issues de leurs cultures respectives. La combinaison des connaissances locales de chaque journaliste sur les questions féminines – comme la violence sexiste au Sénégal par rapport au Nigeria – peut contribuer à enrichir et à renforcer la narration collaborative.
Comment réunir le journaliste sénégalais, le journaliste ghanéen et le journaliste tanzanien qui travaillent peut-être sur le même sujet ? Les problèmes sont les mêmes ; les reportages peuvent être meilleurs si nous partageons la manière dont nous traitons ce problème ; nous avons le même problème », a déclaré Gicheru à Global Voices lors d'une interview début avril.
La couverture médiatique par les anciens boursiers de l'AWJP a connu un énorme succès auprès du public local, certains boursiers ayant remporté des prix importants. La journaliste nigériane et ancienne boursière de l'AWJP, Fadare Titilope, a publié une collection d'articles percutants sur les mutilations génitales féminines (MGF) dans le journal nigérian « Premium Times », qui lui a valu le prix national Nigerian ReportHer en 2023. Elle a bénéficié de plusieurs mois de coaching et de rédaction de son mentor de l'AWJP, la journaliste nigériane Vanessa Offiong qui Offiong a déclaré que lorsqu'elle travaillait avec des boursiers de l'AWJP au Nigeria, elle aidait les rédacteurs au Kenya à comprendre les contextes culturels nigérians. Par exemple, la pratique nigériane selon laquelle une mère ou une belle-mère rend visite à une fille qui vient d’accoucher est appelée omugwo, mais elle diffère considérablement de la région nord du pays à celle de la région sud.
Je dois donner ce genre d'informations locales… Je leur disais [aux rédacteurs de l'AWJP] même cette pratique de l’omugwo diffère d'une culture à l'autre au Nigeria. C'était donc un cas où l'AWJP était prête à m'écouter », a déclaré Offiong dans une interview accordée à Global Voices depuis Lagos.
AWJP est une initiative d'information lancée par Catherine Gicheru en 2020 pendant la pandémie de COVID-19, avec le financement du Centre international des journalistes (ICFJ). À l’époque, Gicheru était un Knight Fellow de l’ICFJ basé au Kenya . L’objectif de l’AWJP était de financer une cohorte de femmes journalistes pour couvrir l’impact du COVID-19 sur les femmes et les enfants des communautés vulnérables de différents pays africains. Des femmes journalistes d'Ouganda, du Ghana, du Kenya, du Nigeria et de Tanzanie ont travaillé comme boursières et ont reçu un encadrement de l'AWJP.
Pour revenir à l'émission de Sow dans les zones rurales du Sénégal l'année dernière : son reportage a été diffusé sur La Laghem FM et couvrait la rupture du silence autour de la violence domestique et des agressions dans la culture traditionnelle sénégalaise. Le terme « non-dénonciation » ou « défaut de déclaration » en wolof est ndeup neupal (prononcé « n-puh n-puh »). Le reportage de Sow a été diffusé en français et en wolof pour toucher un public plus large, car le terme ndeup neupal a une plus grande signification culturelle pour les villageois locaux qui ne parlent pas français. Elle a interviewé une jeune femme qui avait été agressée par son oncle.
Sow a inclus des entretiens avec un « notable », qui est un patriarche localement respecté de la communauté ou du village, ainsi qu'avec un leader musulman local (un imam) et un thérapeute. L’imam a été cité comme étant fermement opposé à la violence contre les femmes, affirmant que le Coran ne soutient pas la violence domestique ou les agressions. Selon Sow, briser ces tabous culturels a permis à son émission de radio de trouver un écho auprès des organisations communautaires qui soutiennent les femmes de sa région.
« Les notables» ont beaucoup apprécié. Parce qu'ils ont vu que la production se faisait dans le contexte de notre culture sénégalaise… nous avons honoré notre culture dans l'émission et les « notables » ont beaucoup aimé ça. Nous avons montré que la violence n’est pas appréciée dans notre culture sénégalaise, ni par notre religion. Nous avons eu beaucoup de retours positifs sur cette publication », a déclaré Sow.
Sow était satisfaite de l'impact de son émission .
Les femmes qui font du bénévolat pour notre organisation de santé communautaire locale [« Badianou Guokh »] qui aide les femmes, en particulier pour la santé des mères et des enfants… nous ont contactés et nous ont fait part de commentaires très positifs », a déclaré Sow.
Après avoir entendu son reportage à la radio, Sow a déclaré que les bénévoles de Badianou Guokh avaient cité lors de leurs actions de sensibilisation dans les rues auprès des femmes enceintes et des mères allaitantes.
Le financement de l'enquête actuelle auprès des journalistes francophones provient de New Venture, un fonds de développement des médias. Grâce aux résultats de l'enquête sur les obstacles auxquels sont confrontées les femmes journalistes dans ces trois pays francophones, Gicheru espère obtenir davantage de financement pour lancer la bourse de journalisme.
Une question sur l'enquête se pose :
Certaines salles de rédaction ont une politique éditoriale (lignes directrices qui contrôlent et modifient la couverture). La politique éditoriale de votre salle de réduction énumère-t-elle des lignes directrices pour la représentation des femmes dans les textes ou photos?
Le traitement culturel des femmes – en tant qu’employées des rédactions, mais aussi leur représentation dans la couverture médiatique à travers l’Afrique – est au cœur des rêves de Gicheru pour ses camarades de l’AWJP. « Y a-t-il des espaces communs entre le Sénégal, le Togo et le Burkina Faso ou y a-t-il des défis uniques ? … La recherche pourrait nous révéler qu'il existe d'autres problèmes », a déclaré Gicheru.
« Pour le Togo et le Burkina Faso, toute intervention que nous concevrons sera éclairée par les recherches que nous menons actuellement », a ajouté Gicheru.
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Les Miombo sont un ensemble de forêts qui couvrent plusieurs pays du bassin du Congo et de l'Afrique australe. Ces végétations sont composées de prairies tropicales et subtropicales contribuant à la séquestration de 0,5 à 0,9 tonne de carbone par hectare et par an, ce qui en fait un élément crucial de la compensation des émissions humaines de carbone.
Le Burundi, la Tanzanie, le Malawi, la RD Congo, l'Angola, le Mozambique, l'Afrique du Sud, la Namibie, la RD Congo, la Zambie et le Zimbabwe, qui abritent les forêts de Miombo, bénéficient énormément de celles-ci, car elles luttent efficacement contre les phénomènes de réchauffement climatique et d'érosion tout en contribuant à limiter les catastrophes climatiques dans la région.
Les Miombo au Malawi. Licence Wikicommons CC BY-SA 3.0
La forêt et l’écosystème environnant servent également de sources de moyens de subsistance et des économies pour les populations locales. Par exemple, au début de la saison des pluies en septembre, les arbres des Miombo perdent leurs feuilles, ce qui favorise la croissance de champignons rouges appelés « Kabengera » en langue kirundi.
Les champignons rouges peuvent coûter entre 5 et 7 dollars le kilo, ce qui en fait une ressource économique lucrative, notamment au Burundi et en Tanzanie, où le revenu par habitant est parmi les plus bas de la région.
Au moins 300 millions de personnes en Afrique australe, en Afrique de l'Est et en Afrique centrale bénéficient des produits des Miombo, selon le président du Mozambique Filipe Nyusi.
Les forêts de Miombo abritent certaines espèces d’animaux dont ceux qui sont déclarés endémiques, notamment des lions, des grands singes, des éléphants, des rhinocéros, etc une faune hors du commun.
Malgré le rôle important des forêts dans la société, les investisseurs étrangers, en particulier les groupes commerciaux chinois, participent à la déforestation illégale à des fins minières, forestières et commerciales.
Entreprises chinoises dans la forêt de Miombo
De nombreuses sociétés forestières entretiennent des relations tumultueuses ou pas avec la Chine dans la forêt de Miombo et dans le bassin du Congo. Les trois quarts du bois du Miombo sont exportés vers la Chine. Dans le même temps, la Chine importe les deux tiers des grumes tropicales mondiales.
Selon l'Administration nationale chinoise des forêts et des prairies (NFGA), la consommation de bois en 2019 était de 431 millions de mètres cubes RWE (une unité utilisée pour mesurer le volume des grumes), dont 90 % étaient utilisés pour la construction et la fabrication de papier et de meubles.
Les entreprises chinoises locales jouent un rôle crucial dans la promotion du commerce et des exportations de bois local. Il reste toutefois à voir si les entreprises chinoises respectent les réglementations locales en matière d’exploitation forestière.
La plupart de ces sociétés forestières chinoises appartiennent au secteur privé plutôt qu’à l’État et, sur le papier, la plupart ont obtenu des droits d’exploitation du bois. Par exemple, au Gabon, la Chine détient 25 pour cent des droits d’exploitation du bois, et ce pourcentage est en constante augmentation.
Cependant, posséder ces droits ne garantit pas que l’exploitation respecte les réglementations légales. En 2022, une enquête menée par EL PAÍS/Planeta Futuro, un journal espagnol, a révélé que de nombreuses entreprises chinoises en connivence avec les autorités locales avaient versé des pots-de-vin pour acquérir illégalement des droits d'exploitation forestière.
À Yaliwasa, située dans le nord de la République du Congo, des arbres centenaires de la forêt tropicale humide ont été abattus et immédiatement expédiés illégalement vers la Chine et d’autres pays. L’une des sociétés forestières impliquées dans cette déforestation était une entreprise chinoise appelée Fodeco. Malgré son manque d'expérience dans l'exploitation forestière industrielle, Fodeco a opéré sous la protection des ministres congolais successifs, violant ainsi le moratoire de 20 ans sur les nouvelles exploitations forestières industrielles.
« En RDC, n’importe quel document, n’importe quelle preuve de légalité peut être acheté, les administrations légalisent les machines », a déclaré à EL PAÍS/Planeta Futuro un consultant international basé à Kinshasa, qui a requis l'anonymat en raison de son rôle consultatif auprès des autorités de la RDC sur la gouvernance forestière. Cette situation n’est pas propre à Fodeco.
Downstream, une filiale de Booming Group, société enregistrée à Hong Kong, viole également les lois congolaises en exploitant du bois dur. Ces entreprises ont obtenu des permis d'exploitation forestière locaux, mais se livrent à l'exploitation forestière et au transport illégaux avec la participation ou l'accord des autorités locales. L'abus de permis d’exploitation est devenu monnaie courante dans de nombreux pays africains.
Au Mozambique, des locaux affirment que le pot-de-vin pour exporter un conteneur de bois brut non conforme s'élève à environ 520 USD, ce qui nécessite généralement des pots-de-vin à au moins quatre fonctionnaires du gouvernement.
Au Cameroun, certaines entreprises illégales engagent même des fonctionnaires pour escorter le transport du bois illégal. Ces représentants du gouvernement facilitent la communication et sécurisent le passage aux points de contrôle, ce qui représente une autre forme de collusion visant à violer les interdictions d'exploitation forestière.
Selon les chercheurs, le Mozambique a reçu jusqu'à 66 projets appartenant à des investisseurs publics ou privés chinois entre 2000 et 2010.
Bois de sang
Depuis plusieurs années, le Mozambique est confronté à une insurrection près de sa frontière avec la Tanzanie.
Entre temps, environ 3,7 millions de tonnes de bois ont été exportées vers la Chine depuis le Mozambique entre 2017 et 20233 – parfois depuis des zones contrôlées par les insurgés – faisant de ce pays le principal fournisseur de bois de la Chine.
Un rapport de l'ONG Environmental Investigation Agency (EIA) basée aux Etats- Unis révèle que plus de 89 pour cent des exportations de bois étaient illégales, la plupart étant constituées de bois de rose rares et menacés.
Alors que la Chine interdit l'importation d'arbres menacés en provenance de pays africains, le trafic de bois lié aux forêts de Miombo continue d'augmenter, avec une valeur estimée à 23 millions de dollars de bois illégal exporté par an.
Une grande partie des revenus de ce commerce illicite du bois est utilisée pour financer des groupes terroristes, selon la BBC. Selon un rapport récemment cité par la BBC, les enquêteurs ont suivi plus de 300 conteneurs expédiés vers la Chine entre octobre 2023 et mars 2024 et ont découvert que la valeur de chaque conteneur était de 60 000 USD pour un total de 18 000 000 USD.
En Afrique, des autorités comme l'Union africaine prennent conscience du problème et tentent de trouver des solutions contre l'exploitation illégale du bois et des minéraux. La plupart des pays partageant la forêt des Miombo ont signé la Déclaration de Maputo en 2022, visant à protéger cette zone de plus de 2,7 millions de kilomètres carrés.
En outre, le président Filipe Nyusi du Mozambique, dont le pays perd chaque année l'équivalent de 1 000 terrains de football en forêt à cause du vandalisme, du commerce illégal du bois et de l'exploitation forestière illicite dans les forêts de Miombo, tire la sonnette d'alarme.
S'exprimant lors d'un séminaire sur la protection du Miombo aux États-Unis, Nyusi a évoqué la nécessité de travailler avec les chefs d'État de la région pour lutter contre la disparition de la forêt de Miombo.
« Pour aller loin, nous devons travailler ensemble », a-t-il déclaré.
Ambiguïté de la Chine
Au cours des dernières années, du bois illégal en provenance d’Afrique a régulièrement afflué sur le marché chinois, et il s’est avéré difficile de définir les responsabilités en matière d’exploitation illégale des forêts. En 2023, l'organisme international de surveillance de l'environnement Global Witness a rapporté que Congo King Baisheng Forestry Development avait exporté pour 5 millions de dollars de bois illégalement exploité vers la société chinoise Wanpeng Wood Industry Co., Ltd. sur une période de six mois.
En réponse, les autorités douanières chinoises, se référant aux preuves recueillies par Global Witness, ont indiqué que, puisque l'exploitation forestière avait eu lieu en République du Congo, l'enquête devait être menée par le gouvernement local. À la demande de la République démocratique du Congo, le gouvernement chinois peut enquêter sur les entreprises et les citoyens chinois impliqués dans l'exploitation forestière illégale. En général, l’approche des autorités chinoises en matière d’enquêtes sur les entreprises transnationales repose sur la réparation volontaire.
La légitimité de l’ensemble du processus repose donc sur l’autorégulation des entreprises. Il s’agit d’une position contradictoire, car dans des pays comme le Congo, où la corruption est endémique, la loi équivaut souvent à des négociations de pots-de-vin. Selon l'indice de perception de la corruption, le Congo se classait au 158e rang sur 180 pays en matière de corruption en 2023.
Charlie Hammans, enquêteur de Global Witness, estime que le seul moyen véritablement efficace de lutter contre le bois illégal est que la Chine interdise explicitement l'importation de bois illégal des pays tiers dans sa loi forestière.
La Chine a mis en œuvre certaines mesures dans ce sens ces dernières années. En juillet 2020, la Chine a révisé sa loi forestière afin d'établir une base juridique pour retracer l'origine du bois illégal. L'article 65 de la loi révisée exige :
Les entreprises de transformation du bois doivent établir des registres pour l'entrée et la sortie des matières premières et des produits.Aucune unité ou individu ne peut acheter, transformer ou transporter du bois dont on sait qu'il est d'origine illégale, tel que du bois volé ou exploité sans discernement.
Cependant, cette réglementation ne couvre pas encore explicitement le bois importé et n’oblige pas les entreprises à faire preuve de diligence raisonnable lors de leurs achats de bois. Le ministère des Richesses naturelles a inscrit la modification de ce règlement à son ordre du jour, mais celui-ci n'a pas encore été publié.
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Médias locaux et internationaux qui couvrent l'Afrique du Sud
Le 29 mai 2024, les Sud-Africains iront aux urnes pour élire un nouveau président.Pour saisir le terrain politique actuel en Afrique du Sud, cet article propose une sélection de sources d'information pour vous tenir au courant des élections à venir et de l'actualité sud-africaine.
Située dans la partie la plus méridionale de l'Afrique, l'Afrique du Sud partage des frontières avec six autres pays africains (Namibie, Botswana, Zimbabwe, Mozambique, Eswatini et Lesotho) et possède un littoral s'étendant sur 2 798 kilomètres (1 739 miles) au sud.Avec une population de plus de 60,69 millions d'habitants et une superficie de 1 221 037 kilomètres carrés (471 445 milles carrés), il est le deuxième pays le plus peuplé situé entièrement sous l'équateur, après la Tanzanie, et se trouve au 23e rang mondial des pays les plus peuplés..
L'Afrique du Sud a une société multiculturelle, comprenant diverses races, cultures, langues et religions, ce qui a inspiré l'évêque Desmond Tutu à inventer le surnom de « nation arc-en-ciel».Alors que 80 pour cent de la population s'identifie comme Sud-Africains noirs, le reste constitue les plus grandes communautés d'Afrique d'origine européenne (Sud-Africains blancs), asiatique (Sud-Africains indiens et Sud-Africains chinois) et multiraciale (Sud-Africains de couleur).
La Constitution du pays reconnaît 12 langues, mais les langues les plus parlées sont le zulu, le xhosa, l’afrikaans et l'anglais.Les publications et émissions des médias en Afrique du Sud sont principalement en anglais et en afrikaans.
Les informations essentielles sont partagées au public par le biais de divers journaux, magazines, chaînes de télévision, stations de radio et réseaux sociaux. Selon Reuters Institute, l’utilisation des journaux et de la télévision comme principales sources d’information a diminué, tandis que le nombre de personnes s’appuyant sur les médias sociaux pour s’informer a augmenté, Whatsapp, YouTube et Facebook étant en tête de liste.
Les droits de diffusion, notamment pour la télévision, sont accordés exclusivement sur invitation.En conséquence, très peu sont les chaînes de télévision indépendantes actives qui, jusqu’à présent, sont autorisées à opérer , notamment e.TV et M-Net.
SABC maintient une présence sur X (anciennement Twitter), YouTube, Facebook et Instagram, rassemblant plus de 2,8 millions, 2,34 millions et 2,1 millions de followers sur les plateformes respectives.
Le Sunday Times, appartenant à une entreprise privée, est le journal le plus ancien et le plus important en Afrique du Sud.Il est distribué dans toute l'Afrique du Sud et dans les pays voisins tels que le Lesotho, le Botswana et l'Eswatini.Il a récemment publié des articles de dernière minute sur l'ancien African National Congress (ANC) et quatrième président de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma, ainsi que sur d'autres sujets très controversés.
L'histoire de la liberté de la presse en Afrique du Sud est entachée par la censure gouvernementale pendant l'époque de l'apartheid.Cependant, après la fin de l'apartheid et du régime du Parti national, la censure a pris fin et une nouvelle constitution a été promulguée.Cette constitution comprend une Déclaration des droits qui garantit à chaque citoyen le droit à la liberté d'expression, incluant la liberté de la presse et des médias, la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées, la liberté de créativité artistique, la liberté académique et la liberté derecherche scientifique.
La pénétration d'Internet en Afrique du Sud a augmenté de 0,9 % (409 000 utilisateurs) entre le mois de janvier 2023 et le janvier 2024, selon un rapport de DataReportal, qui précise qu'environ 25,3 % de la population est restée hors ligne au début de l'année 2024.
Environ 42,8 % de la population totale utilise activement les médias sociaux, Facebook (26 millions d'utilisateurs) et YouTube (25,1 millions) étant les plateformes les plus utilisées. Elles sont suivies par TikTok (17,46 millions), LinkedIn (12 millions), Instagram (6,95 millions) et X (4,10 millions).
";s:7:"dateiso";s:15:"20240619_200338";}s:15:"20240619_191404";a:7:{s:5:"title";s:90:"Népal : équilibre entre droits des populations autochtones et conservation de la nature.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/19/287364/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=287364";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 19 Jun 2024 17:14:04 +0000";s:11:"description";s:203:"La loi népalaise sur la "construction d'infrastructures physiques dans des zones protégées" a attiré les critiques car elle pourrait déplacer les communautés indigènes de leurs terres ancestrales.";s:7:"content";s:17423:"
Le droit des peuples autochtones à un consentement libre et éclairé est essentiel
Rhinocéros indien dans le parc national de Chitwan au Népal. Photo de Biswash Chepang, utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des
pages Web en anglais.]
Au Népal, la promulgation de la loi sur la « construction d'infrastructures dans les zones protégées » a suscité beaucoup de controverses, avec les partie prenantes et en particulier pour les organisations de peuple autochtones, exprimant leur vive opposition. Cette amendement, initié par le département des parc nationaux et de la conservation de la faune du Népal (DNPWC) et publié dans le journal officiel[ne] du Népal le 4 janvier, a attiré les critiques car elle pourrait déplacer les communautés indigènes de leurs terres ancestrales. La loi privilégie le profit plutôt que le conservation de l'environnement et les droits indigènes en permettant aux entreprises de lancer des projets de grande envergure, tels que des centrales hydroélectriques et des complexes touristiques dans les parcs nationaux et zones protégées.
Le débat autours de cette loi souligne le fragile équilibre entre développement économique et les préoccupations environnementales et appelle à une approche de la conservation fondée sur les droits au Népal.
En septembre 2023, plus de deux douzaines de défenseurs de l'environnement ont soumis au ministère des Forêts et de l'Environnement des commentaires sur le projet d'amendement, préconisant l'inclusion des questions relatives aux peuples autochtones dans un document de position commune. Toutefois, ces recommandations n'ont pas été prises en compte de manière significative dans le document final.
Législation sur la conservation de la faune pour qui ?
Selon Ajay Karki, directeur général adjoint du DNPWC, l'amendement consolide 12 règlements de la loi de 1974 sur les parcs nationaux et la conservation de la faune au Népal en un seul « règlement-cadre ». Ce règlement permet la construction de centrales hydroélectriques à grande échelle, de barrages, d'hôtels et de complexes touristiques dans les parcs nationaux et les zones protégées.
Plusieurs projets hydroélectriques sont déjà en construction dans la zone du parc national de Langtang[fr] dans le centre-nord du Népal et cet amendement ouvrira les vannes au lancement de nouveaux projets hydroélectriques dans des zones protégées.
Un autre impact important du nouvel amendement est la réouverture des parcs nationaux aux activités touristiques, y compris la création d'hôtels, ce qui soulève des préoccupations environnementales. De 2009 à 2012, sept hôtels du parc national de Chitwan ont été fermés par les autorités en raison d'allégations de braconnage et de préoccupations écologiques.
Le Népal possède[fr] 12 parcs nationaux, une réserve faunique, une réserve de chasse, six zones de conservation et 13 zones tampons. Les communautés autochtones vivant dans ou autour de ces espaces protégés sont déjà confrontées à de nombreuses menaces, notamment la déforestation, la pollution, le changement climatique et l’ extraction non durable des ressources.
Bien que les communautés autochtones expriment leurs plaintes contre les stratégies de conservation, leurs préoccupations ne sont souvent pas entendues car la stratégie globale de conservation est fortement influencée par l'environnementalisme américain.
Cette approche, communément appelée le «modèle de la forteresse», s'est révélée inadéquate, ne reconnaissant pas pleinement la vision du monde des peuples autochtones et exacerbant leur marginalisation dans les processus décisionnels et le partage équitable des avantages. À l'échelle mondiale, les communautés autochtones sont confrontées à des défis de plus en plus grands, notamment le manque de reconnaissance de leurs droits fonciers collectifs, la discrimination et la pauvreté. Le libre accès à leurs territoires et forêts ancestraux est crucial pour leur autodétermination, leurs systèmes de gouvernance et la préservation de leur mode de vie, y compris leurs systèmes de connaissances.
À moins que ce modèle de conservation de la biodiversité n'adopte des pratiques durables alignées sur les méthodes de conservation des peuples autochtones, ces communautés continueront de faire face à des risques accrus de perte de leurs droits sur les ressources et de marginalisation injuste.
La Convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB), a depuis sa création en 1992 spécifiquement reconnu le rôle des peuples autochtones à travers les articles 8(j) et 10(c), qui obligent légalement les gouvernements à respecter, protéger et promouvoir les connaissances traditionnelles, les pratiques et les utilisations coutumières des ressources biologiques par les groupes autochtones. Malgré ces politiques claires au sein des conventions, les peuples autochtones et les communautés locales (PACL) ont été largement marginalisés des salles du pouvoir à l'ONU. Ce manque de reconnaissance s'étend à l’ absence de droits des femmes autochtones dans la constitution du Népal et à l'absence générale de reconnaissance du droit des peuples indigènes à l'autodétermination.
Les droits des peuples autochtones
Au Népal, les connaissances, les croyances et les pratiques traditionnelles autochtones ont profondément influencé les pratiques d'utilisation des terres, la gestion durable des ressources et la conservation de la biodiversité. Par exemple, le peuple Chepang vénère les plantes, les animaux, les rivières et les montagnes comme le foyer des esprits saints, les guidant pour extraire les ressources de manière durable, conformément à des traditions strictes.
Personnes s'occupant du bétail dans les pâtures dans la municipalité de Rapti-1, photo de Biswash Chepang, utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Il est impératif de repenser et redéfinir le modèle de conservation existant du Népal afin de donner la priorité à la conservation fondée sur les droits. Les gouvernements doivent veiller à ce que les processus d'expulsion ne rendent personne sans abri ou vulnérable aux violations des droits de l'homme. Les peuples autochtones et les communautés locales devraient être en mesure de protéger et de gérer durablement les terres, les territoires et les ressources naturelles sur la base de leurs connaissances ancestrales et de leurs pratiques de subsistance.
Un exemple de création d'un environnement propice à la sauvegarde des droits juridiques des peuples autochtones au Népal est la reconnaissance des lois Shagya dans la municipalité rurale de Tsum Nubri. Ces pratiques autochtones coutumières réglementent des activités telles que la chasse, la récolte et le commerce pour préserver la biodiversité. Une législation locale devrait être promulguée pour faire respecter ces lois, au profit des communautés qui sauvegardent la langue, la tradition et la culture, et entretiennent une relation harmonieuse avec la nature.
Diverses études universitaires soulignent l'importance d'élargir la reconnaissance juridique des territoires des peuples autochtones et des communautés locales en tant que moyen efficace de protéger la biodiversité et de prévenir les violations historiques des droits de l'homme associées aux stratégies de conservation traditionnelles. Une approche fondée sur les droits est importante pour obtenir des résultats positifs en matière de conservation, affirmant la corrélation entre les droits fonciers des peuples autochtones et des communautés locales et la conservation de la biodiversité.
L'objectif numéro 21 du Cadre mondial pour la biodiversité (CGB) plaide pour une participation équitable des peuples autochtones et des communautés locales à la prise de décision en matière de biodiversité, ainsi que pour le respect de leurs droits sur les terres, les territoires et les ressources, y compris les femmes, les filles et les jeunes. Le respect du droit des peuples autochtones à un consentement libre, préalable et éclairé est essentiel pour tout projet ayant un impact sur leurs terres ou leurs moyens de subsistance traditionnels.
Il est impératif de donner la priorité aux droits des peuples autochtones, y comprisl'autodéterminationet le renforcement de leurs connaissances traditionnelles et de leurs systèmes de gouvernance. Les institutions de conservation doivent veiller à ce que les efforts deconservation n'entraînent pas de violations des droits, d'abus ou de marginalisation des populations.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240619_191404";}s:15:"20240618_202952";a:7:{s:5:"title";s:98:"Le thé est le plaisir des Bangladais, même si les ouvriers sont confrontés à des difficultés.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/18/287616/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=287616";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 18 Jun 2024 18:29:52 +0000";s:11:"description";s:157:"Le thé est synonyme d'une vie épanouie, mais pour les ouvriers des plantations et leur maigre salaire, les feuilles de thé et le riz sont leur seul repas.";s:7:"content";s:14947:"
Les ouvriers préparent leur repas avec des feuilles de thé.
Le domaine de Mulnicherra est la plus ancienne plantation de thé d'Asie du Sud. Image via Wikipedia par Shahnoor Habib Munmun. CC BY 3.0.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des
pages Web en anglais].
En 2023, le Bangladesh a atteint une étape importante dans la production de thé, avec une production surpassant pour la première fois les 102,9 millions de kilogrammes. Ceci marque la première fois où la production était supérieure à 100 millions de kilogrammes dans le pays depuis que les colons britanniques[fr] avaient introduit les cultures de thé expérimentales dans la région en 1840. La majeure partie du thé produit est utilisé au niveau national, ce qui témoigne de l'amour profond du Bangladesh pour le thé.
Cette histoire d'amour entre les Bangladais et le thé est souvent célébrée. Le thé les accompagne dans les moments joyeux comme dans les moments sombres. Une tasse de thé devient souvent le moyen d'exprimer de l'affection, avec le sentiment de « je désire votre compagnie autour d'un thé » étant un refrain courant. Pour capturer cette essence, une marque de thé populaire au Bangladesh a adopté[bn] le slogan « Le thé est synonyme d'une vie épanouie. »
Cependant, pour ceux qui travaillent dans les plantations de thé[fr] et qui cueillent inlassablement les feuilles pour répondre à la demande du marché, le thé n'est pas synonyme d'une vie épanouissante. À cause de l'inflation en hausse et la pauvreté qui persistent, ils sont résolus à manger des feuilles de thé crues[bn] venant de la plantation en tant que repas, surtout lors du déjeuner au travail. Contraints par nécessité plutôt que par choix et ne pouvant pas se permettre d'acheter de la viande et des légumes, ils utilisent souvent les feuilles de thé crues comme substitut alimentaire. Le nom de ce plat à base de feuille de thé est « patichakha »[bn]. Cette nourriture vendue dans la rue dans la région des plantations de thé fait diverger, certains l'aime[bn] alors que d'autre non.
Patichakha. Capture d'écran de la vidéo YouTube de Sharaf Cooking Vlogs. Utilisation légale de la photo.
Le salaire journalier[fr] d'un ouvrier dans les plantations de thé au Bangladesh est de 170 Taka bangladais (1,33 EUR) s'ils atteignent le quota qui est de cueillir 25 kilogrammes de feuilles venant de la plantation par jour. Actuellement, le marché des prix pour tous les produits de première nécessité connait une croissance fulgurante, avec un taux d'inflation de presque 10 pour cent.
Avec des revenus si maigres, les ouvriers des plantations de thé ont des difficultés à s'offrir des aliments de bases comme le riz, le poisson ou la viande. Habituellement, ils commencent à cueillir les feuilles de thé tôt le matin et le riz qu'ils transportent pour le déjeuner perd sa fraîcheur rapidement. Par conséquent, préparer et consommer « patichakha » venant des feuilles de thé fraîchement cueillies est une option pratique et sûre. Les ouvriers sentent que manger des feuilles de thé crues pendant les heures de travail les aide à combattre la fatigue, grâce à la caféine qu'elles contiennent. Cependant, certains nutritionnistes mettent en garde face à la consommation régulière de feuilles de thé crues, déclarant qu'elles peuvent avoir un impact négatif sur la santé.
Dans tous les coins du Bangladesh, la présence d'échoppes de thé est un phénomène courant. Photo prise par Biplab Sarkar et utilisée avec sa permission.
La tradition de préparer et consommer des spécialités gastronomiques à base de feuilles de thé a été transmise de génération en génération.
La recette du « patichakha » est relativement simple. Elle consiste à rouler des feuilles de thé crues à la main et les mélanger avec de la purée de pommes de terre, des oignons, des piments verts émincés et un filet d'huile de moutarde.
La cheffe Shikha Pal a posté une recette de Patichakha sur le site Cookpad[bn]. Selon ses instructions, pour préparer du Patichakha pour deux personnes, vous aurez besoin de 2 cuillères à soupe de feuilles de thé crues, 1 pomme de terre bouillie, 1/2 tomate hachée, 1/2 oignon haché, 1/2 cuillère à café d'ail émincé, 1/2 cuillère à café de sel, 1/2 cuillère à café de piments verts émincés, 1 cuillère à soupe de coriandre hachée et une cuillère à café d'huile de moutarde.
Pour faire le Patichakha, il faut couper en dés les feuilles de thé, les oignons, les piments, la coriandre, les pommes de terre et l'ail et mélanger tous les ingrédients dans un bol.
Dans une publication LinkedIn, Adbul Hannan, employé d'entreprise, a partagé[bn] son opinion sur ce plat:
Bien que je ne trouvais pas ce plat particulièrement appétissant, les ouvriers en mangent quotidiennement. Malgré leurs contraintes financières qui les empêchent souvent d'ajouter de l'huile de moutarde et des piments verts, ils le mangent quand même. En effet, le prix d'un kilogramme de poulet de chair dépasse les 200 BDT (1,57 EUR) alors que leur salaire journalier est de 170 BDT (1,33 EUR), contre 120 BDT (1,02 USD) auparavant. Cela rend l'achat de légumes encore plus difficile. Pour eux, il est plus facile de manger deux poignées de riz avec un peu de « patichakha » que d'acheter une botte de légumes.
Cette vidéo Youtube[bn] par Saif's World montre comment le Patichkha est fait:
L'industrie du thé du Bangladesh
Les origines de la culture de thé au Bangladesh remontent à la période du colonialisme britannique. La première plantation de thé a été installée dans la ville portuaire de Chittagong en 1840, alors que la culture commerciale a commencé à Sylhet en 1857. À présent, le Bangladesh possède une industrie du thé florissante comprenant plus de 167 plantations de thé sur 2,79,507 acres (1,131 kilomètre carré) de terres, principalement regroupés à Sylhet, Habiganj et Maulbibazar. Ces plantations créées de l'emploi à plus de cent quarante mille ouvriers qui travaillent dans les champs, dont 75 pour cent d'entre eux sont des femmes qui viennent de familles avec un héritage multigénérationnel dans la culture de thé.
Dans les années 1860 et 1870, les régions d'Assam et de Sylhet ont connu un succès commercial dans les plantations de thé, incitant beaucoup d'entreprises étrangères à investir. Par conséquent, la production de thé a commencé à se développer. Avec l'expansion des plantations de thé, la demande de main d'œuvre a fortement augmenté. Ces opportunités ont attiré les ouvriers des plantations de thé qui ont migré de différentes régions d'Inde touchées par la famine pour venir dans l'actuel Bangladesh.
Cependant, leur sort ne s'est pas amélioré après avoir commencé à travailler dans les plantations de thé. Dans le livre « History of the Gardens and Workers of Bangladesh, » Riyadh Mahmud and Alida Binte Saki ont écrit:
Les propriétaires des plantations les considéraient comme leurs propriétés, contrôlant leur liberté et les transférant souvent d'une plantation à l'autre. Ils les laissent rarement quitter les plantations. Ils étaient venus ici à la recherche d'une vie meilleure, mais ils se sont retrouvés dans un état de quasi-emprisonnement. Ils n'étaient peut-être pas en prison, mais leur situation n'était pas mieux que celle d'esclaves.
Qu'il s'agisse du goût, de l'odeur ou de la chaleur, le quotidien des Bangladais exige une tasse de thé pleine de parfums ! Cependant, les gens n'entendent guère parler des luttes des ouvriers des plantations de thé, qui sont contraints de survivre en consommant du patichakha.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240618_202952";}s:15:"20240618_195938";a:7:{s:5:"title";s:71:"Un barrage sur la rivière Naryn au Kirghizstan : un projet symbolique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/18/287500/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=287500";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 18 Jun 2024 17:59:38 +0000";s:11:"description";s:204:"Avec une capacité de production prévue de 5,6 milliards de kWh, la centrale de Kambar-Ata-1 pourrait améliorer la sécurité énergétique du Kirghizstan et permettre une augmentation des exportations.";s:7:"content";s:14190:"
La construction est financée par le Kirghizistan et ses voisins.
La rivière Naryn traverse la ville de Naryn au Kirghizistan. Photo de Vlad Ushakov. Utilisée avec permission.
Cet article a été écrit par Paolo Sorbello pour Vlast.kz[en]. Une version éditée est publiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Envisagés pour la première fois à l'époque soviétique, le barrage de Kambar-Ata-1 et une centrale hydroélectrique sur la rivière Naryn au Kirghizstan pourraient finalement être construits, après la signature le 15 avril d'un accord entre le Kazakhstan, le Kirghizstan et l'Ouzbékistan mettant en place une société commune pour commencer la construction.
Selon les experts interrogés par Vlast, ce projet de grande envergure, qui augmentera de 40 % le taux de production d'énergie hydroélectrique du Kirghizstan, sera probablement achevé plus tard que les 15 ans envisagés par les parties. Cela pourrait également coûter plus cher que les 5-6 milliards de dollars de prévisions du Président Kyrgyz Sadyr Japarov[fr] prévoit[ru] dans un de ses discours en avril.
L'année dernière, le Kirghizstan a produit 13,8 milliards de kWh d'électricité, selon le Kyrgyz Energy Settlement Center. En raison de pénuries chroniques, en 2023, le Kirghizstan a également dû importer un total de 3,5 milliards de kWh, principalement du Kazakhstan. Avec une capacité de production prévue de 5,6 milliards de kWh, la centrale hydroélectrique de Kambar-Ata-1 pourrait améliorer la sécurité énergétique du Kirghizstan et permettre une augmentation des exportations.
Sur le long terme
Le projet Kambar-Ata-1 a d'abord été planifié à la fin de la période soviétique, dans le cadre de la coopération dans le domaine de l'eau entre les républiques en amont (Kirghizistan) et en aval (Kazakhstan et Ouzbékistan). Après l'indépendance des pays en 1991, le projet a été abandonné en raison de son prix élevé.
Le nouvel accord tripartite pourrait être le fer de lance de la construction et pousser les pays à obtenir un financement international dans le but de franchir une étape importante dans la sécurité énergétique régionale. L’ accord[ru] prévoit que le Kazakhstan (33 %), le Kirghizistan (34 %) et l'Ouzbékistan (33 %) soient copropriétaires de l'entreprise responsable de la construction. Les parties maintiendront cette structure d'entreprise jusqu'à la fin des travaux de construction, après quoi la propriété du barrage et de la centrale hydroélectrique reviendra au Kirghizistan.
Des implications surviendront sur le long terme pour la sécurité énergétique du Kirghizistan une fois le projet achevé, selon Rahat Sabyrbekov, chercheur invité au Davis Center de Harvard et chercheur à l'Académie de l'OSCE à Bichkek, qui se concentre sur la transition énergétique et la coopération en Asie centrale.
Le barrage de la centrale hydroélectrique de Toktogul sur la rivière Naryn. Photo de Vlad Ushakov. Utilisée avec permission.
« La saisonnalité, les infrastructures obsolètes et le manque de coopération étaient les principales raisons pour lesquelles une région riche en ressources connaîtrait des déficits énergétiques. Les pays d'Asie centrale réalisent maintenant qu'ils ont besoin les uns des autres non seulement en termes de coopération dans le domaine de l'eau, mais aussi en termes de sécurité énergétique », a déclaré Sabyrbekov à Vlast.
Un changement de paradigme
Pendant des décennies, après la chute de l'Union soviétique, le principal opposant à tout nouveau projet qui modifierait l'équilibre de l'approvisionnement en eau en Asie centrale était le premier Président de l'Ouzbékistan, Islam Karimov[fr].
« Lorsque le Kirghizistan et le Tadjikistan ont tenté de construire des barrages pour de plus petites centrales, l'Ouzbékistan, en représailles, a coupé l'approvisionnement en gaz. Ce n'est qu'après la mort du président Karimov que la stratégie de l'Ouzbékistan en matière de ressources en eau et de coopération énergétique a changé. Maintenant, au contraire, [l'actuel président Shavkat] Mirziyoyev promeut la construction de centrales électriques communes », a déclaré Sabyrbekov à Vlast dans une interview.
En 2017, Mirziyoyev a déclaré[en] la volonté de l'Ouzbékistan de construire le barrage Kambar-Ata-1 et la centrale hydroélectrique avec le Kirghizistan.
Filippo Costa Buranelli, maître de conférences à l'Université de St. Andrews, spécialisé dans le régionalisme en Asie centrale, a déclaré à Vlast que c'était l'un des premiers signes de coopération entre les États d'Asie centrale.
Filippo Menga, professeur agrégé à l'Université de Bergame qui se concentre sur la politique de l'eau, a appelé à la prudence, compte tenu de la distance entre la signature d'un accord et la mise en œuvre d'un projet. Il a noté que l'accord « est certainement surprenant, compte tenu de la controverse entourant les grandes centrales hydroélectriques dans la région depuis 1991 ». Le travail diplomatique que les pays concernés ont mis en place, surtout depuis 2016, semble porter ses fruits aujourd'hui.
« Le Kazakhstan a été très actif dans la coopération dans le domaine de l'eau récemment, par exemple en coorganisant avec le gouvernement français le Sommet One Water[fr] en marge de la prochaine session de haut niveau de la 79e Assemblée générale des Nations Unies », a déclaré Menga.
À la fois « surprenante » en raison des progrès réalisés et « peu surprenante » en raison des petites étapes qui ont précédé l'accord, la construction du barrage Kambar-Ata-1 et de la centrale hydroélectrique peut être considérée comme un coup d'État diplomatique pour les trois pays.
« De la concurrence antagoniste, nous nous dirigeons vers une coopération mutuellement bénéfique. Et cet accord est la preuve que la diplomatie de l'eau fonctionne maintenant en Asie centrale », a expliqué Costa Buranelli Vlast.
Multilatéralisme et connexions
En octobre de l'année dernière, la Banque mondiale a approuvé[en] le financement d'un programme d'assistance technique de 5 millions USD pour le projet Kambar-Ata-1. Auparavant, elle avait déjà parié sur des projets d'électricité en Asie centrale, dont le plus notable est peut-être l'ambitieuse ligne électrique CASA-1000[en]. Grâce à ce projet, le Tadjikistan et le Kirghizistan fourniraient de l'électricité à l'Afghanistan et au Pakistan.
CASA-1000 était prévu depuis des années, malgré des problèmes d'infrastructure au Tadjikistan (avec la construction lente de la centrale de Rogun) et au Kirghizistan (avec un déficit d'électricité saisonnier), ainsi que des doutes concernant l'Afghanistan, où la prise de contrôle par les talibans en 2021 a mis un terme à l'ensemble du projet. En février, la Banque mondiale a décidé de reprendre le financement[en] de CASA-1000, donnant un nouveau souffle à un projet qui avait eu du mal à trouver[en] d'autres investisseurs privés.
« Les plans de Kambar-Ata-1 s'alignent parfaitement sur le projet CASA-1000. Il y a eu une longue critique de ce dernier parce qu'il n'y avait pas assez d'électricité à exporter », a déclaré Sabyrbekov à Vlast.
Étant donné que CASA-1000 est sur le point de s'appuyer principalement sur le Tadjikistan — qui fournira 70 pour cent de l'électricité, tandis que le Kirghizistan fournira les 30 pour cent restants — la centrale thermique Kambar-Ata-1 ne sera pas suffisante pour la rendre réalisable.
« Le Tadjikistan construit un autre grand barrage, Rogun, et si et quand — et je souligne si et quand — ces deux barrages seront achevés, le projet CASA-1000 aura enfin du sens. » Dit Menga à Vlast.
Voici une vidéo YouTube sur la construction en cours de la centrale de Rogun au Tadjikistan.
Sabyrbekov est également sceptique quant au calendrier du projet. Il a prédit que, très probablement, « cela prendra beaucoup plus de temps que prévu » puisque « c'est la première fois que les pays se sont réunis pour construire quelque chose ». « Le financement international est un autre problème, car la Banque mondiale n'est pas connue pour être à l'heure pour les paiements », a ajouté Sabyrbekov.
Écosystèmes de fabrication
Les grands projets hydroélectriques ont inévitablement un effet sur les écosystèmes et les sociétés vivant à proximité des bassins hydrographiques. Selon Menga, il pourrait y avoir une tension entre la nécessité de remplir le futur barrage dès que possible et l'effet potentiel sur la population locale qui dépend du débit de la rivière Naryn.
Timur Nusimbekov et Malika Autalipova, les fondateurs du projet multimédia Adamdar.ca, ont travaillé sur le projet documentaire JerSu[en] (Earth–Water), en visitant toutes les principales sources d'eau de l'Asie centrale, y compris la rivière Naryn. Ils ont fait valoir que la nouvelle centrale pourrait apporter des avantages indéniables en termes de sécurité énergétique pour les trois pays, mais ont mis en garde contre les pièges potentiels.
Ils ont noté la nécessité de suivre strictement « tous les critères et normes modernes de sécurité technique et environnementale » et de prendre en compte les conséquences négatives possibles pour l'environnement et les populations de la région. À cet égard, la corruption est un élément inquiétant qui pourrait jouer contre la bonne réalisation du projet.
« L'influence de la corruption et de l'incompétence ne peut pas être moins destructrice que les incendies, les inondations et le réchauffement climatique », ont déclaré Nusimbekov et Autalipova.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240618_195938";}s:15:"20240614_114446";a:7:{s:5:"title";s:78:"La Mauritanie championne de la liberté d'expression sur le continent africain";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/14/288294/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=288294";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 14 Jun 2024 09:44:46 +0000";s:11:"description";s:166:"La Mauritanie bénéficie de la plus grande liberté de la presse sur le continent africain et dans le monde arabe, selon un classement de Reporters sans frontières.";s:7:"content";s:14448:"
En Mauritanie, les délits de presse ont été dépénalisés en 2011
Image de journalistes mauritaniens à l'issue d'une formation ; Photo d'archives, capture d'écran de la chaîne YouTube le360 Afrique
Les Mauritaniens se rendent aux urnes le 29 juin 2024 pour élire un nouveau président dans un pays où la liberté de la presse est considérée comme la plus avancée sur le continent africain en 2024.
Selon le classement de Reporters sans frontières (RSF) pour l'année 2024, la Mauritanie occupe le 33è rang sur 180 pays dans cette évaluation mondiale de la liberté de la presse. En 2023 le pays se positionnait à la 86è place avec un score de 59,45 sur 100. Ce bon significatif de 53 places positionne la Mauritanie à la première place sur le continent africain et dans le monde arabe dans ce domaine, et représente un environnement favorable et exceptionnel pour les journalistes sur le continent. C'est l'une des conséquences positives des multiples réformes entreprises par Mohamed Ould Ghazouani, actuel président en poste depuis 2019 qui soutient l'existence d'une presse libre participant au développement démocratique du pays.
La langue officielle du pays est l'arabe littéraire dans une société qui est à 99% musulmane. Les autres langues nationales sont l’arabe-hassaniya, le peul, le soninké, et le wolof. Le français, qui n'a pas de statut de langue officielle, est toutefois utilisé dans l'administration à titre de langue de travail. Dans ce contexte, les médias mauritaniens privilégient l'arabe et produisent leur contenu dans cette langue.
Tous les types de médias sont présents: journaux papiers, sites d'informations, chaînes de télévision, stations radios et réseaux sociaux. Ces différents types de médias sont placés sous la supervision de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), organe d'autorégulation qui veille à l’application de la législation et de la réglementation relatives à la presse.
La Télévision de Mauritanie (TVM) et la Radio Mauritanie sont les chaînes principales des autorités mauritaniennes, et diffusent en arabe et en français. A ces médias d’État s'ajoutent l’Agence mauritanienne d’information (AMI) qui distille les informations en trois langues : arabe, français et anglais ; et Maurinews, un organe privé destiné au public arabophone.
Le pays compte également des journaux papiers comme Alakhbar, première agence d’information indépendante en Mauritanie fondée en 2003 et qui publie en arabe et en français ; Chaab, Al-Mourabit qui sont des journaux arabophones ; Le Calame (Al-Qalam), le Quotidien de Nouakchott, qui sont des hebdomadaires bilingues arabe-français ; L'Eveil-Hebdo, Horizons, Nouakchott Info qui produisent leurs articles en français.
Comme partout, le progrès de l'internet a obligé les médias papiers à disposer de sites internet pour être plus proche des lecteurs. Mais cette révolution numérique a également favorisé la création des sites d'informations comme Cridem, Mauriweb, Chezvlane, Bellewarmedia, Saharamedia. Cette libéralisation de l'univers médiatique est une des conséquences de changements positifs dans la législation locale. A ce propos, Reporters sans frontières (RSF) écrit :
En Mauritanie, les délits de presse ont été dépénalisés en 2011. Un texte voté en 2006 et modifié en 2011 renforce la liberté de la presse et intègre les principes généraux sur le droit à l’information et la protection des sources Le président Mohamed Ould Ghazouani s’est engagé, dès son entrée au pouvoir en 2019, à réformer la presse en Mauritanie et à professionnaliser le secteur(…)
Selon Data Reportal, le taux de pénétration d'internet au Mauritanie a chuté en un an, passant de 58,8% début 2023 alors que le pays comptait 2,82 millions d'internautes, à 44,4% début 2024 avec 2,19 millions d'internautes.
Data Reportal indique également que le pays dispose de 1,24 million d'utilisateurs de réseaux sociaux au début de l'année 2024. TikTok qui compte 1,24 million d'utilisateurs domine le paysage numérique, suivi de Facebook, réseau du groupe Meta avec 1,10 million d'utilisateurs. Facebook Messenger rassemble 376 800 utilisateurs ; suivi de LinkedIn (130 000 membres), Instagram (126 600 utilisateurs), et du réseau X (ex-Twitter) avec 5 500 utilisateurs.
Biram Dah Abeid, activiste anti-esclavagiste et opposant au pouvoir en place est l'un des acteurs mauritaniens les plus suivis sur Facebook. Son compte Facebook draine plus de 18 000 followers.
Toutefois, des craintes subsistent quant à la préservation de ces acquis en matière de liberté d'expression. Mohamed Ould Ghazouani a montré sa volonté de protéger les professionnels de la presse, mais des intimidations, des menaces et des emprisonnements sont toujours à noter. En 2021, Abdellahi Mohamed Ould Atigha du journal indépendant Al Hoora, est arrêté pour une publication Facebook. En décembre 2023, le blogueur Mohamed Vall Abdallah est condamné et placé en détention pour une publication Facebook ; il lui est reproché un appel à renverser le président Mohamed Ould Ghazouani. En mai 2024, trois journalistes subissent des violences policières alors qu'ils couvrent une manifestation de médecins.
Dans son rapport de 2023 sur la liberté dans le monde, Freedom House estime que les médias en Mauritanie n'ont pas une totale indépendance. L'organisation indique :
(…) les journalistes qui couvrent des sujets sensibles ou scrutent l'élite politique peuvent faire l'objet de harcèlement, d'écoutes téléphoniques et d'arrestations occasionnelles. Plusieurs lois répressives restent en droit, y compris celles qui criminalisent la diffamation, la diffusion d'informations « fausses », la cybercriminalité et le blasphème. Les autorités ont régulièrement arrêté des journalistes pour avoir publié des contenus critiques dans le passé.
(…)la rémunération insuffisante pour les vrais journalistes a contribué à leur érosion dans le secteur médiatique. Être un journaliste honnête et intègre est devenu synonyme de gagner un salaire médiocre, ce qui a conduit de nombreux professionnels du journalisme à chercher d’autres opportunités professionnelles plus lucratives.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240614_114446";}s:15:"20240613_210130";a:7:{s:5:"title";s:52:"Les Africains restent largement invisibles à Taiwan";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/13/287932/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=287932";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 13 Jun 2024 19:01:30 +0000";s:11:"description";s:216:"À Taïwan, l’Afrique reste largement invisible. Ainsi, lorsque la Journée de l’Afrique est célébrée chaque année le 25 mai, elle offre une occasion rare pour les cultures africaines d’être célébrées .";s:7:"content";s:13066:"
Il y a probablement moins de 1 000 Africains vivant à Taiwan
Sauf indication contraire, tous les [liens renvoient vers des sites en anglais]
À Taïwan, le continent africain reste largement invisible sur le plan culturel, économique et politique. C'est la raison pour laquelle la Journée de l'Afrique, célébrée à Taipei le 25 mai de chaque année, offre une rare occasion de célébrer les cultures africaines, même si ce n'est que pour une journée.
Photo tirée d'une exposition au Centre national de la photographie et de l'image de Taipei, montrant un stagiaire africain et un formateur taïwanais dans les années 1960 à Taïwan. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
Aujourd'hui, Taiwan entretient des relations diplomatiques complètes uniquement avec le Royaume d'Eswatini [fr] sur le continent africain et dispose d'un bureau de représentation au Somaliland . Cependant, l’île n’a pas toujours eu si peu de relations politiques et économiques avec l’Afrique. En effet, lorsque les Nations unies ont été créées en 1945, la République de Chine – tel était et est encore aujourd’hui le nom officiel de Taiwan (ROC) – était un membre fondateur du nouvel ordre politique né de la Seconde Guerre mondiale.
Alors que la plupart des pays africains ont obtenu leur indépendance des puissances coloniales à partir de la fin des années 1950 et des années 1960, les nouveaux États ont établi des relations diplomatiques complètes avec la République de Chine. Même si la République populaire de Chine (RPC) a été créée en 1949, elle n'a pas obtenu de reconnaissance diplomatique en Afrique pendant très longtemps. Au cours de cette période, la République de Chine était largement présente en Afrique et a lancé des programmes de développement centrés sur l'agriculture, les infrastructures et la formation professionnelle. Elle a également invité les étudiants du continent à se former à Taiwan, principalement en tant qu'ingénieurs, experts agricoles, infirmiers et médecins. C’était une époque où l’Afrique était visible sur l’île, à travers sa médiatisation, ses échanges commerciaux, la présence d’étudiants étrangers, mais aussi à travers les experts taïwanais déployés sur le continent.
Tout cela a radicalement changé [fr] après octobre 1971, lorsque la RPC a remplacé la République de Chine à l’ONU, avec en effet un soutien et un lobbying importants de la part des pays africains avec lesquels Pékin a développé des relations amicales à partir des années 1960. Après cette date, le nombre d’alliés diplomatiques de Taiwan a fortement chuté et est désormais réduit à un ou deux si l’on inclut le Somaliland dans le décompte, bien qu’il ne soit pas reconnu internationalement comme un État indépendant.
Aujourd’hui, l’Afrique est rarement visible à Taiwan, que ce soit sur le plan culturel, économique ou politique. L'île ne dispose pas de centre universitaire axé sur l'Afrique et les médias locaux couvrent rarement l'actualité liée au continent. Il y a quelques étudiants africains, certains sont restés et se sont parfois mariés avec des Taïwanais, mais même s'il n'existe pas de statistiques officielles, la plupart des Africains interrogés affirment qu'il n'y en a probablement que quelques centaines dans un pays de 23 millions d'habitants. Certains étudiants ont également été victimes d'arnaques d'exploitation, comme le montre ce rapport d'enquête du très respecté média basé à Taipei, The Reporter (報導者) :
Il existe des groupes d'étudiants africains qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour étudier à Taiwan avec de grandes attentes, mais ils ont passé la plupart de leur temps dans des usines à travailler pour gagner leur vie. Les diverses promesses faites par ces écoles lors de l’inscription n’ont pas été tenues après l’arrivée de ceux-ci à Taiwan.
La scène pour les musiciens à l'Afrofest. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
C'est la raison pour laquelle la célébration de la Journée de l'Afrique à travers un événement culturel nommé Afrofest dans la capitale Taipei est une occasion rare de voir les Africains et les Noirs vivant à Taiwan se rassembler pour célébrer et partager leur identité et leur culture à travers la musique, la danse et la nourriture.
Le 25 mai est appelé Journée de l’Afrique[fr] en référence au jour où le prédécesseur de l’actuelle Union africaine, alors appelée Organisation de l’unité africaine (1963-2002), a été créé le 25 mai 1963. Cette date, anciennement connue sous le nom de Journée de libération de l’Afrique, a commencé comme une déclaration politique dans les années 1960, alors que la décolonisation conduisait enfin à l'indépendance du continent.
Cette année, l'événement Afrofest s'est déroulé dans une grande tente du Taipei Expo Park.
Voici une galerie de photos présentant la joie de la musique et de la danse africaines, principalement, où Africains, Taïwanais, Noirs et autres non-Taïwanais se mélangent au son des rythmes africains.
Tout le monde danse à l’Afrofest. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
Célébration des rythmes africains. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
La musique ne connaît pas de frontières. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240613_210130";}s:15:"20240613_202816";a:7:{s:5:"title";s:121:"Hong Kong : l'activiste Chow Hang-tung et ses partisans, cibles de la première arrestation par la sécurité intérieure";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/06/13/287895/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=287895";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 13 Jun 2024 18:28:16 +0000";s:11:"description";s:184:"Une semaine avant le 35ᵉ anniversaire du 4 juin, la police hongkongaise a déclaré que ces publications « utilisaient la date » afin d'inciter à la haine contre le gouvernement.";s:7:"content";s:8581:"
Les six personnes étaient accusées d'avoir publié des contenus séditieux
Chow Hang-tung, militante hongkongaise, figurait parmi les six personnes arrêtées par la police de la sécurité nationale ce 28 mai 2024. Cette arrestation est la première faite sous l'égide de la nouvelle loi sur la sécurité de la ville adoptée en mars 2024.
Chris Tang, secrétaire à la Sécurité de Hong Kong, a confirmé que ces arrestations ont été menées en lien avec un groupe Facebook de soutien à l'avocate et humaniste Chow Hang-tung, détenue depuis septembre 2021 par le gouvernement sous l'égide d'une loi de sécurité nationale imposée par Pékin. Le groupe a été créé le 18 mai 2023 et la localisation principale de ses administrateurs est le Royaume-Uni.
La police a déclaré que les criminels, cinq hommes et une femme avaient été arrêtés pour « suspicion de rébellion ». La femme, déjà détenue, est soupçonnée de continuer à publier de manière anonyme du contenu « séditieux » sur les réseaux sociaux avec l'aide des cinq hommes.
Les publications auraient utilisé « une journée sensible » comme un prétexte pour inciter la haine contre les gouvernements chinois et hongkongais ainsi que contre le système judiciaire. D'après la police, ces publications incitaient les internautes à organiser ou à prendre part subséquemment à des activités illégales lors de cette journée.
Chris Tang aurait déclaré lors d'une conférence de presse donnée en cantonais : « Je ne pense pas que la date soit si importante dans cette affaire. Il faut se concentrer sur le fait que ces personnes aient tenté de l'utiliser afin de mettre la sécurité nationale en danger et d'inciter à la haine ».
Ces arrestations surviennent une semaine avant le 4 juin, qui marque cette année le 35ᵉ anniversaire du massacre de Tian'anmen, au cours de laquelle des centaines, voire des milliers de personnes ont trouvé la mort lorsque l'armée populaire de libération de la Chine a violemment dispersé les étudiants protestataires à Pékin.
Jusqu'en 2020, l’Alliance de Hong Kong pour l’appui aux mouvements démocratiques et patriotiques en Chine, dont Chow était vice-présidente, avait pour habitude d'organiser des marches annuelles pour commémorer la mémoire des victimes de la tragédie. Mais le rassemblement fut banni en raison de la pandémie de COVID-19 afin d'enrayer la propagation du virus.
La marche fut de nouveau interdite en 2021, les autorités prétextant une nouvelle fois que la covid-19 en était la raison. L’Alliance fut dissoute en septembre 2021 après l'arrestation de ses trois dirigeants sous suspicion de rébellion : Chow Hang-tung, Albert Ho et Lee Cheuk-yan. Aucune commémoration officielle n'a été organisée depuis.
La police a perquisitionné les domiciles des cinq personnes arrêtées et a saisi des objets liés à l'affaire, notamment des appareils électroniques soupçonnés d'avoir été utilisés pour publier les messages présumés.
Les personnes reconnues coupables d'après la Loi sur la sauvegarde de la sécurité nationale, ou législation de l’Article 23, sont passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à sept ans d'emprisonnement.
Après les arrestations, un représentant de la police aurait déclaré : « Les personnes qui pensent pouvoir nuire à la sécurité nationale ne doivent pas penser qu'ils arriveront à échapper aux contrôles de police en postant anonymement sur les réseaux. »
« Le public doit apprendre à reconnaitre la vérité et ne doit pas se laisser tromper par de fausses informations. » a – t – il ajouté.
Différente de la La loi relative à la sécurité nationale imposée par Pékin en 2020, la Loi sur la sauvegarde de la sécurité nationale vise les problèmes de trahison, d'insurrection, de sabotage, de sédition, d'espionnage et de vols de secrets d'État. Cette nouvelle loi permet la détention des suspects jusqu'à 16 jours sans inculpation, leur droit à un avocat pouvant être révoqué, le risque de prison à vie plane véritablement aux dessus des suspects. L'article 23 fut mis de côté en 2003 à la suite de manifestations massives, qui sont restées taboues pendant des années. Mais le 23 mars 2024, il a été promulgué, après avoir fait l'objet d'une procédure accélérée et avoir été approuvé à l'unanimité par l'Assemblée législative de la ville, qui ne connaît pas d'opposition.
La loi fut très critiquée par différentes associations, des États occidentaux et l’ONU, décrite comme trop vague, vaste, et « régressive ». Les autorités ont cependant cité ces ingérences étrangères comme la preuve « qu'il est nécessaire de prendre action contre ces failles », en référence aux manifestations de 2019.
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Un tour d'horizon sur les candidats à la Présidentielle mexicaine
Capture d'écran du débat à l'Institut National Electoral (INE) de la vidéo « Premier Débat présidentiel – México 2024 » sur la chaine YouTube d'INETV. Utilisée avec permission.
Le 2 juin 2024, des élections présidentielles se tiendront au Mexique et, pour la première fois dans l'histoire du pays, des conditions tangibles sont réunies pour que le Mexique ait sa première femme présidente. Claudia Sheinbaum Pardo et Berta Xochitl Galvez Ruiz se disputent la première place dans les sondages, avec une avance confortable sur la troisième candidate Jorge Álvarez Maynez. En l’occurrence, l'enquête réalisée par Mitofsky pour le journal El Economista place Sheinbaum à 56 %, Galvez à 32,2 % et Maynez à 11,8 %.
Les élections se déroulent dans un contexte tendu où les pouvoirs exécutif et législatif s'opposent au pouvoir judiciaire, les projets de loi adoptés par le Congrès étant bloqués par la Cour suprême. La violence à l'encontre des politiciens locaux, aux mains du crime organisé, est aussi en hausse.
La principale candidate actuelle, Claudia Sheinbaum est une scientifique et une chercheuse diplômée de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM). Elle a été secrétaire à l'Environnement de la ville de Mexico (CDMX) en 2000 et a travaillé pour le gouvernement d'Andrés Manuel López Obrador (AMLO) ancien Maire de la ville et actuel Président du Mexique. En 2016, elle est devenue maire de Tlalpan, un quartier du CDMX. En 2018, elle est devenue la première femme maire de la capitale, suivant la même idéologie qu'AMLO et défendant la démocratie sociale à gauche.
Claudia Sheinbaum est devenue la candidate de la coalition du Mouvement de régénération nationale (MORENA), du Parti travailliste (PT) et du Parti écologiste du Mexique (PVEM) en septembre 2023, après des élections internes controversées où elle a battu l'ancien secrétaire aux Relations internationales, Marcelo Ebrard Casaubon et l'ancien secrétaire au Gouvernement Adan Augusto Lopez Hernandez.
En tant que maire de Mexico, elle a mené l'un des programmes de reforestation les plus ambitieux en plantant 30 millions d'arbres. Elle a également approuvé la construction de deux lignes de téléphérique pour relier les parties les plus élevées de la ville, connues sous le nom de Cable Bus. Elle a également dirigé l'expansion des lignes de métro-bus. Pendant la pandémie de COVID-19, l'UNESCO a récompensé la ville pour sa résilience face au COVID-19 et aux tremblements de terre de 2017.
L'opposition mexicaine attribue à Claudia les scandales suivants : le pot-de-vin que son ex-mari Carlos Imaz a reçu en 2006 de l'homme d'affaires Carlos Ahumada. Il y a aussi l'effondrement de l'école primaire Rebsamen lors du tremblement de terre de septembre 2017, qui a entraîné la mort de 26 personnes, principalement des enfants, sous le gouvernement de Sheinbaum en tant que maire de Tlalpan. En 2022, l'un des ponts du métro s'est effondré lors de l'événement connu sous le nom de « Ligne 12 », où 26 personnes ont trouvé la mort.
L'éloquente Xóchitl Gálvez est une sénatrice du parti d'opposition de droite, le Parti d'action nationale (PAN). Elle a connu des débuts modestes, issue d'une famille indigène de l'État d'Hidalgo, elle a obtenu un diplôme d'ingénieur en informatique à l'UNAM. Mme Gálvez est entrée en politique en 2000, où elle a dirigé le Bureau pour le développement des peuples indigènes (CDI) dans l'administration présidentielle de Vicente Fox. En 2015, elle prend la tête de la mairie de Miguel Hidalgo à CDMX. En 2018, elle devient sénatrice du PAN. Elle est également une femme d'affaires spécialisée dans la construction de bâtiments intelligents et la maintenance de systèmes informatiques.
En tant que sénatrice, elle est devenue une critique virulente du gouvernement d'AMLO.Parmi ses faits mémorables son enchainement au podium du sénat, son déguisement en dinosaure durant une élection,et son exigence “de droit de réponse” lors de la conférence de presse d'AMLO. Cette attitude l'a propulsée candidate du bloc d'opposition Frente Amplio por México, une alliance composée du PAN, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et du Parti de la révolution démocratique (PRD). Mme Gálvez a été élue à l'issue d'un processus étrange au cours duquel tous ses adversaires se sont retirés.
Jusqu'à présent, seul l'institut de sondage Massive Caller l'a placée devant Sheinbaum, bien que la méthodologie indique un taux d'abstention de 95 % pour les réponses à l'enquête.
Gálvez a également été liée à des actes de corruption. En 2023, le successeur de Gálvez à la mairie de Miguel Hidalgo, Víctor Romo, a dénoncé des contrats présumés entre les entreprises de Gálvez et le gouvernement. De même, une enquête du journal Sin Embargo a révélé que la maison de Gálvez, d'une valeur de 482 928 USD, a été construite dans le cadre d'un plan de construction opaque. Cette affaire est connue sous le nom de « La Casa Roja » (La Maison Rouge).
Le député fédéral Jorge Álvarez Máynez n'était pas le choix favori du parti libéral-progressiste (centre-gauche), le Mouvement citoyen (MC). En fait, c'est le gouverneur de Nuevo León, Samuel García, qui a été choisi et qui avait déjà commencé sa pré-campagne. Cependant, face à la possibilité, d'être contraint à la démission par le congrès de l'État, il a abandonné la course. C'est ainsi que le jeune Zacatecan Máynez l'a remplacé.
Máynez s'est taillé une place dans le vote des jeunes, en défendant des mesures environnementales, l'énergie verte et des questions sociales telles que la réduction de la journée de travail ou l'amélioration de l'accessibilité au logement.
M. Álvarez Máynez a cherché à se positionner en utilisant les réseaux sociaux et en profitant des deux premiers débats présidentiels pour présenter ses propositions de campagne. Jusqu'à présent, la discussion la plus marquante avec l'un des candidats avait eu lieu lors du deuxième débat, lorsqu'il avait demandé à Mme Gálvez si elle soutiendrait l'initiative visant à réduire la semaine de travail à 40 heures.
En 2022, il est critiqué sur les réseaux sociaux pour sa visite à Kiev, qualifiée de « tourisme de guerre », et en avril 2023, un partisan du parti l'accuse d'harcèlement sexuel.
Bien que représentant une fraction de l'opposition au Mexique, la ligne du parti ne souhaite pas rejoindre le bloc du Frente Amplio. Le Movimiento Ciudadano cherche à augmenter le nombre de ses représentants au congrès fédéral et à se présenter au public comme une troisième alternative au binôme politique.
Le 2 juin, outre l'élection du président, les électeurs choisiront 500 députés fédéraux et 128 sénateurs. En outre, les États de Chiapas, Guanajuato, Jalisco, Morelos, Puebla, Tabasco, Veracruz et Yucatán éliront des gouverneurs et des conférences d'État.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240612_202600";}s:15:"20240402_184147";a:7:{s:5:"title";s:74:"Népal : mettre un terme au problème des plantes aquatiques envahissantes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/04/02/286334/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=286334";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 02 Apr 2024 16:41:47 +0000";s:11:"description";s:295:"La jacinthe d'eau, une espèce amazonienne envahissante, obstrue les cours d'eau du Népal, étouffant la flore indigène et bloquant les nutriments essentiels à la vie aquatique. Un collectif d'artisans népalais réutilise sa fibre de manière créative pour fabriquer des articles ménagers.";s:7:"content";s:10445:"
La jacinthe d'eau est une source de fibres économiquement viable et durable
Image provenant du Nepali Times. Utilisée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Cette histoire a été publiée à l'origine par Viola Bordon dans le Nepali Times. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
La jacinthe d'eau (Pontederia crassipes) est une espèce amazonienne envahissante qui obstrue les cours d'eau du Népal, étouffant les plantes indigènes et bloquant les nutriments nécessaires aux poissons et aux oiseaux aquatiques. Aujourd'hui, un groupe d'artisans népalais a trouvé un moyen innovant d'utiliser ses fibres pour tisser des articles ménagers de tous les jours.
La jacinthe d'eau est un matériau idéal pour les consommateurs soucieux de l'environnement, et l'élimination de la plante permet la régénération des espèces aquatiques indigènes. Le Nepal Knotcraft Center (NKC), qui commercialise des produits artisanaux à base de nœuds par le biais de entrepreneuriat féminin et de l'autonomisation économique, joue un rôle de premier plan dans la récolte de la jacinthe d'eau.
“Je ne suis pas une pionnière, je m'appuie sur un héritage de tissage, d'autonomisation et de production respectueuse de l'environnement”, déclare Maya Rai, PDG du Nepal Knotcraft Center. “L'utilisation de jacinthes d'eau constitue une source durable de fibres, tout en étant bénéfique pour l'environnement.
Le Nepal Knotcraft Center a été créé en 1984 par Shyam Badan Shrestha, un entrepreneur local, afin d‘encourager les groupes de femmes locaux à rechercher des utilisations innovantes et durables des matériaux népalais locaux pour tisser des produits destinés à la vente au Népal et à l'étranger.
Maya Rai (photo ci-dessous) est elle-même la fille d'un tisserand du district de Dhankuta. Elle a passé sa petite enfance dans une ferme avant de rencontrer sa deuxième famille et de s'installer à Katmandou. La passion de Maya Rai pour le tissage et l'artisanat ne l'a pas quittée, ce qui l'a poussée à se former aux affaires.
Image provenant du Nepali Times, utilisée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Actuellement, elle travaille avec des collectifs de tissage des communautés indigènes du Népal, en valorisant les systèmes de connaissances traditionnels et en reliant les produits au marché mondial. Elle est également consultante pour des programmes créatifs d'économie verte et encadre des projets d'entrepreneuriat durable pour les jeunes.
Rai est toujours à la recherche de matériaux inventifs et durables à introduire dans le monde de l'artisanat. Des échantillons de sauge, de cardamome, de feuilles de maïs, de massette-quenouille, d'aiguilles de pin et de jacinthe d'eau sont accrochés aux murs de son bureau dans la zone industrielle de Patan. Bien que courants dans l'histoire de l'artisanat, ces matériaux sont négligés dans de nombreux sites de production.
Pourtant, les besoins en matériaux organiques augmentent dans les domaines de l'architecture de pointe, de la conception de produits et des matériauthèques, qui sont à la recherche d'options durables.
L'accès à la jacinthe d'eau est complexe, explique Mme Rai. Non seulement la récolte elle-même est difficile, mais elle doit naviguer dans un réseau de parties prenantes pour s'approvisionner en jacinthe d'eau dans plusieurs zones humides, notamment dans la réserve naturelle de Kosi Tappu, dans la région du Teraï, à l'est du Népal, qui s'étend sur 176 kilomètres carrés (68 miles carrés). Les cours d'eau y sont complètement obstrués par la jacinthe d'eau, et il est donc avantageux de l'enlever pour tisser des produits commercialisables.
Image provenant de Nepali Times. Utilisée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Après plus d'une décennie de travail, Rai est proche des dirigeants de la forêt communautaire de Kosi Tappu, qui ont soutenu sa proposition. Rai a joué un rôle de négociateur, faisant le lien entre les tisserands et la bureaucratie. Sa capacité à faire de la place aux innovations dans les systèmes traditionnels d'artisanat découle de son expérience personnelle.
En obtenant les autorisations de la Réserve, elle réduit la distance entre l'approvisionnement et le traitement des matériaux, un élément crucial pour rendre le tissage rentable pour le collectif de Kosi Tappu. Après que Rai a aidé à ouvrir la voie, le groupe, composé essentiellement de femmes, a commencé à s'approvisionner en jacinthe d'eau, à la récolter, à la transformer et à l'expédier au centre de tissage de Katmandou, où cette plante est désormais transformée en nattes, en paniers et en objets décoratifs.
Image provenant du Nepali Times. Utilisée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Le travail de Maya Rai consiste à combiner deux idées simples et durables : l'utilisation de tissus organiques comme alternative au plastique et aux matériaux synthétiques, ce qui est la marque de fabrique du NKC, et l'élimination d'espèces envahissantes pour ce faire. En achetant un panier en jacinthe d'eau, les consommateurs disposent d'une option biodégradable tout en encourageant une production réparatrice qui nettoie les cours d'eau naturels.
Viola Bordon est une chercheuse Fulbright qui étudie les matériaux par le biais de la sculpture à l'école d'art de l'université de Katmandou.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240402_184147";}s:15:"20240402_181014";a:7:{s:5:"title";s:95:"L'Amérique latine se met à la mode Barbie à coups de tacos roses, parodies et manifestations";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/04/02/283940/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=283940";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 02 Apr 2024 16:10:14 +0000";s:11:"description";s:100:"Le film Barbie jouit d'une grande popularité en Amérique latine – et chacun y trouve son compte.";s:7:"content";s:21938:"
Vendeurs, entreprises et activistes surfent sur la vague Barbie
Tacos Barbie, avions Barbie… l'Amérique latine a sauté dans le train en marche de la célèbre poupée. Le week-end de sa sortie au cinéma, le film réalisé par Greta Gerwig, avec Margot Robbie et Ryan Gosling à l'affiche, s'est classé troisième au Mexique au box-office mondial. Le Brésil vient juste après, et on retrouve également l'Argentine dans les pays les plus performants.
Actrice californienne d'origine hondurienne, America Ferrera joue également dans Barbie et a même désormais une poupée Barbie à son effigie. Elle a déclaré à Colliderque « le fait qu'un film Barbie ait vu le jour et que l'univers de la poupée iconique ait évolué et permette à davantage d'entre nous d'être représenté est vraiment quelque chose d'inattendu et qu'[elle] n'aurait jamais pensé en faire partie ».
Le budget total du marketing utilisé pour le film Barbie et ses produits dérivés aurait dépassé celui du film, qui s'élève à 150 millions de dollars. En Amérique latine, même les vendeurs de rue, les entreprises, les candidats à la présidentielle et les activistes politiques surfent sur la vague Barbie.
Barbie dans la nourriture
Du Mexique au Chili, toutes sortes de pâte à base de maïs ont été colorées en rose avec du jus de betterave ou du colorant artificiel. Les vendeurs de rue mexicains ou guatémaltèques attirent les clients avec des tacos roses. Même chose pour les vendeurs au Salvador, au Venezuela et au Chili, avec des pupusas et des arepas roses.
Ci-dessous, un exemple du tacos Barbie, servi dans la ville de Guatemala, au Guatemala :
Respuesta a @raquelcastro4393 Este #Domingo de #pupusas ven y sumérgete en la magia de la película #Barbie con nuestras pupusas de color Rosa y Celeste. Te esperamos en #kuskatan para compartir juntos la emoción de este increíble estreno ¡Solo por tiempo ilimitado! ¡Ven y vive la magia en cada mordisco! puedes visitarnos en la Calle Chiltiupan, Ciudad Merliot o en el #MercadoHulaHula también puedes pedirlas al 2250-3050 #pupusas#barbiegirl#estreno#nopuedesperdertelo
Ce #dimanche de #pupusas, venez plonger dans la magie du film #Barbie avec nos pupusas roses et bleu clair. Nous vous attendons à #Kuskatan pour partager l'excitation de cette avant-première incroyable. Seulement en édition limitée ! Venez vivre la magie à chaque bouchée ! Vous pouvez nous rejoindre à #Chiltiupan Street, à Ciudad Merliot ou à #MercadoHulaHula. Vous pouvez aussi commander au 2250-3050.
À Santiago, au Chili, on peut également trouver des variétés locales de délicieuses pâtes à base maïs farcis. La vidéo ci-dessous montre un vendeur préparant des « arepas Barbie » :
On a adopté la hype #Barbie afin que vous puissiez déguster vos arepas préférés avec de la pâte rose, faite à base de betterave et de lin, une combinaison délicieuse et saine. Alors, partants ?
Barbie dans l'aéronautique
De plus grandes entreprises ont aussi tenté de tirer profit de la popularité de Barbie. Volaris, une compagnie aérienne low-cost du Mexique, a peint la Barbie de Margot Robbie sur l'un de ses avions. Sa stratégie de marketing sur TikTok promeut quant à elle “les femmes en tant que pilotes Barbie“.
Le film a été applaudi par des féministes mexicaines, comme Julia Didriksson, qui a quitté le cinéma en se sentant « revigorée ». La militante féministe afro-colombienne Carolina Benitez Mendoza a demandé aux détracteurs du film sur TikTok s'ils «s'attendaient cet angle radical, anticapitaliste et antiraciste » de la part du film.
À Lima, au Pérou, où des manifestations meurtrières ont éclaté contre la présidente Dina Boluarte – et où les forces de l'État sont accusées d’avoir tiré mortellement sur plus de 60 manifestants –, des activistes ont installé une boîte avec les mots « Barbie Dictatrice » représentant Boluarte. La femme dans la boîte tient des armes à feu tandis que les passants lui disent : « Tirez, tirez ! »
Au Mexique aussi, il existe une Barbie militante. Selon les données d'Amnesty International, il y a plus de 110 000 personnes disparues, dont la plupart sont des victimes des cartels de la drogue ou des bandes de kidnappeurs. Compte tenu de la faible efficacité des recherches menées par l'État, ce sont principalement des groupes de femmes bénévoles qui recherchent des proches disparus dans les plaines mexicaines, à la recherche de tombes clandestines. L'une d'entre elles, Delia Quiroa, a créé « Barbie Buscadora » (« Barbie Chercheuse ») quand le film est sorti.
Au Mexique, un groupe de mères à la recherche de membres de leur famille disparus a créé la #Barbie Buscadora (#Barbie Chercheuse) Searcher – elle est habillée de manière à pouvoir partir à la recherche de tombes clandestines pour retrouver le membre de sa famille disparu dont la photo figure sur son tee-shirt. Elle a été créée par @DeliaQuiroa. pic.twitter.com/0DDRWjR7UD
Barbie es todo lo que una persona quiere ser, pero ésta es una Barbie que no quiere ser. (…) Ella es lo que nadie quiere. Nadie quiere ser un buscador, nadie quiere estar buscando a un familiar.
Barbie est tout ce qu'une personne veut être, mais cette Barbie, elle ne veut pas exister. (…) Elle est ce que personne ne veut être. Personne ne veut être un chercheur, personne ne veut être à la recherche d'un parent.
Barbie dans l'humour
D'autres personnes ont cherché, à travers Barbie, à rendre drôles les conditions de vie de zones pauvres d'Amérique latine. Parmi les nombreuses parodies que l'on peut trouver sur TikTok, celle que l'on peut observer dans la vidéo ci-dessous, intitulée « Si Barbie avait été filmée dans mon quartier », est considérée comme l'une des plus populaires. Elle met en avant les minibus bondés, les problèmes liés à l'achat de gaz pour la cuisine, les inondations et l'insécurité qu'on peut y trouver. La musique est « Barbie Girl » d'Aqua, remixée avec de la cumbia.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240402_181014";}s:15:"20240402_142053";a:7:{s:5:"title";s:76:"Portrait de Bassirou Diomaye Faye, le plus jeune chef d’État du Sénégal";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/04/02/286317/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=286317";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 02 Apr 2024 12:20:53 +0000";s:11:"description";s:175:"Élu président à l'issue des votes du 24 mars 2024, Bassirou Diomaye Faye devient à 44 ans, le plus jeune à occuper la fonction de président dans l'histoire du Sénégal.";s:7:"content";s:12071:"
Faye n'a jamais rêvé faire la politique avant de s'y engager avec Sonko en 2014
Le destin fait qu'il accède à cette fonction le 25 mars, date de son anniversaire. Un parcours d'autant plus remarquable qu'il y a à peine six mois, il était encore dans l'ombre de son mentor, l'opposant et candidat présidentiel à l'époque, Ousmane Sonko.
Premier parcours dans les institutions étatiques
En 2000, Faye obtient son baccalauréat au Lycée Demba Diop de Mbour, ville côtière située à 80 km de Dakar, la capitale du Sénégal. Il fait ensuite des études de droit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) où il sort nanti d'une maîtrise en 2004. Dans la même année, il intègre l’École nationale d'administration (ENA) du Sénégal, et devient en 2007, diplômé de l'ENA, ce qui lui permet de rejoindre la Direction générale des impôts et des domaines du pays au titre d'inspecteur des finances et des impôts.
Son engagement social et son militantisme le fait adhérer au Syndicat autonome des agents des Impôts et des domaines où il devient rapidement un élément important du syndicat en occupant le poste de secrétaire général. C'est à cette époque qu'il fait la rencontre d'Ousmane Sonko, une rencontre qui va changer sa vie et sa vision des choses.
Ce changement est graduel mais reste une surprise pour lui, comme il explique dans un entretien réalisé avec des médias sénégalais à l'issue des élections présidentielles de 2019 et repris par BBC Afrique:
Il ne me traversait pas l’esprit de faire de la politique, car quand vous avez un parent qui fait de la politique, de prime abord, vous avez horreur de la politique parce que vous voyez le manque de temps. Vous voyez la pénibilité de l’engagement, vous voyez les absences répétées du pater.
En 2022, il occupe le poste de secrétaire général du parti PASTEF et président du Mouvement national des cadres patriotes (MONCAP). Résolument engagé, Faye contribue à l'implantation du parti sur l'étendue du territoire sénégalais et dans la diaspora.
Les vives critiques et dénonciations des membres du parti PASTEF vis-à-vis du régime de Macky Sall et de son système politique vont coûter cher aux premiers responsables du parti, Bassirou Diomaye Faye et son mentor Ousmane Sonko. Si le premier est arrêté en avril 2023 et placé en détention pour diffusion de fausses nouvelles, et diffamation et pour avoir critiqué des magistrats dans l'affaire Sonko, le second est condamné pour viol et diffamation en juillet 2023. Mais le séjour en prison ne change rien dans la vision du couple Faye-Sonko, qui derrière les barreaux multiplie les tractations pour avoir leurs chances de se présenter aux élections présidentielles de mars 2024.
La marche vers la présidence
Alors que la candidature d'Ousmane Sonko est invalidée par le conseil constitutionnel, le parti PASTEF opte pour un plan B: positionner Faye qui incarne la vision de Sonko pour un Sénégal plus prospère. Les énergies se mobilisent rapidement autour de la candidature de Faye, d'autant que le soutien affiché du numéro un du parti PASTEF rassure les membres et partisans. Durant les campagnes électorales, un membre du parti témoigne auprès de BBC Afrique :
On peut dire que Diomaye [Faye] est l'autre Ousmane Sonko, sa copie presque parfaite, ils ont la même vision, ils pensent de la même façon et surtout ils se vouent un respect et une confiance à toute épreuve.
Dès leur sortie de prison, Faye et Sonko rejoignent de nombreux militants présents sur le terrain pour les campagnes. Ils défendent leur idéologie et leur programme de société auprès des populations. Le programme de société de Faye prône la rupture et veut mettre en exergue la souveraineté du Sénégal en s'attaquant aux grands chantiers axés autour des priorités : la lutte contre la corruption ; la refondation des institutions et la restauration de la démocratie ; l'intégration africaine ; une reforme monétaire ou la création d'une monnaie nationale ; et le rééquilibrage des partenariats internationaux.
Lire ici le programme complet de Bassirou Diomaye Faye
Une fois élu, Faye prononce son premier discours dont un extrait est disponible dans cette vidéo de la chaîne YouTube de BBC Afrique :
Bassirou Diomaye Faye qui n'a jamais occupé un poste ministériel, et n'a jamais été élu pour une fonction communale, ou législative de son pays, se retrouve ainsi à la tête d'un pays de plus de 18 millions d'habitants, considéré comme un modèle démocratique en Afrique de l'ouest. L’ascension du parti PASTEF et de Faye est une leçon de détermination et d'engagement des jeunes, mais aussi une leçon de démocratie pour les autres pays de la région ouest-africaine.
On ne peut pas parler aujourd'hui de Bassirou Diomaye Faye en tant que président sans évoquer le nom de Ousmane Sonko, surnommé faiseur de roi, comme le présente la Radio Télévision Sénégalaise :
Maintenant, les Sénégalais ainsi que les observateurs de la vie politique sénégalaise attendent de voir le rôle que va jouer Ousmane Sonko dans cette nouvelle histoire du pays aux côtés de son bras droit Bassirou Diomaye Faye, qu'il doit désormais appeler président.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240402_142053";}s:15:"20240402_114732";a:7:{s:5:"title";s:36:"Les mots ont la parole: Épisode #12";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/04/02/286362/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=286362";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 02 Apr 2024 09:47:32 +0000";s:11:"description";s:178:"Dans “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur trois mots: le terme 'Jom' en wolof, bitos en français togolais et l'utilisation japonaise de グルメ (gourmet).";s:7:"content";s:7746:"
Un essentiel à découvrir: グルメ弁当, soit le bentō gourmet
Capture d’écran de la chaîne YouTube de 異世界B級グルメ – 激安旅 d’une vidéo indiquant en titre B級グルメ (en bas à droite) pour des repas indonésiens.
Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels, ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots français qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas, mais prennent parfois un nouveau sens.
Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes et expressions:
Jom ce mot signifie éthique, courage, honnêteté en wolof, une langue parlée principalement au Sénégal. Il fait référence à un ensemble de valeurs traditionnelles positives de la culture sénégalaise que l’on souhaite retrouver dans la vie politique et la société en général. Il ne se traduit donc pas quand on parle français au Sénégal.
Ce mot est par exemple repris dans le nom de cette ONG, Afrikajomcenter, qui explique:
Le suffixe Wolof “JOM”, marque la dignité , la valeur universelle inhérente à toute personne humaine. “AMAL JOM”, sois digne, est un impératif catégorique assigné au sujet chez les wolof.
Bitos ce mot a son propre emploi dans le cadre du français parlé au Togo. Dans la pratique européenne, le mot bitos désigne en argot quelque chose dont on se sert pour se couvrir la tête: un chapeau, un bonnet. Au Togo, le mot est utilisé pour parler de la négociation d'une affaire ou d'un contrat informel, qui ne rentre pas dans le cadre des discussions officielles ou formelles d'une négociation pour un marché. Ce mot est surtout utilisé par certains journalistes: dans leur langage, il s’agit d’une opportunité pour monter un dossier qui diffame un homme d'affaires ou une personne haut placée, et qui a assez de moyens pour payer une somme afin de faire cesser le chantage. Les journalistes malhonnêtes qui ont cette pratique sont désignés comme “les bitosards”
グルメprononcé ‘gouroumé’, ce mot utilisé en japonais est emprunté au mot français ‘gourmet’. Dans le contexte japonais, cela signifie tout simplement ‘un bon plat’. Il est souvent utilisé à titre d’adjectif comme garantie de qualité dans des expressions comme B級グルメ – Gourmet catégorie B, qui sous-entend un bon plat à bas prix; ou dans l’expression
グルメ弁当, bentō gourmet, le bentō étant une boîte, souvent en métal ou en bois, dans laquelle on emporte un repas à l'école, au travail, et qui fait partie du quotidien des Japonais et Japonaises de tout âge.
Il est utilisé avec le mot グルメツアー (gourmet tour) dans un article de Global Voices traduit en japonais en 2013 sur la cuisine argentine:
Si vous avez des mots ou expressions à partager pour les faire figurer dans notre rubrique “Les mots ont la parole” contactez-nous: filip.noubel@globalvoices.org
";s:7:"dateiso";s:15:"20240402_114732";}s:15:"20240401_161436";a:7:{s:5:"title";s:98:"Myanmar : comment les journalistes peuvent contribuer à la création d'une démocratie fédérale";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/04/01/285199/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=285199";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 01 Apr 2024 14:14:36 +0000";s:11:"description";s:197:"La collaboration entre le public et les médias reste essentielle pour dévoiler et exposer l'oppression et également utiliser les médias afin d'informer le pays et le monde sur ce qui s'y passe.";s:7:"content";s:11834:"
Interview de Shan Herald, rédacteur en chef de l'agence de presse Sai Muang
Le rédacteur en chef de l'agence de presse Shan Herald Agency for News, Sai Muang. Source : The Irrawaddy : The Irrawaddy
Cet article était originellement publié dans le Irrawdy, un site d'actualités indépendant au Myanmar. Cette version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Depuis le coup d'État de 2021, la prolifération des « fake news » s'est étendue au Myanmar. Des groupes de médias indépendants combattent les « fake news » à travers des diffusions journalières et en attirant l'attention de la communauté sur le journalisme.
L'Agence des nouvelles Shan Herald, a couvert l'état de Shan pendant plus de 33 ans, demandant au public de se prononcer contre les violations des droits humains et contre l'oppression.
L'Irrawaddy a interviewé l'éditeur en chef de l'agence Sai Muang à propos du rôle du média indépendant dans son aide pour la transformation du Myanmar en démocratie fédérale.
Il a partagé qu'en dépit des menaces de la junte et d'autres groupes armés, le Shan Herald reste engagé dans la collecte d'informations.
L’ Irrawaddy (TI) Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?
Sai Muang (SM) : En 2013, l'ancien président Thein Sein a invité tout le monde à revenir à cause des réformes politiques (après des années de répressions envers les médias indépendants), donc nous avons enregistré l'agence Shan Herald pour les nouvelles à Yangon pour établir notre bureau à Taunggyi.
Durant la journée internationale de Shan en février 2021 nous avions prévu de commencer la construction d'un bureau à Taunggyi avec le soutien du public de Shan. Mais cela a échoué à cause du coup d'Etat ce mois-ci.
Nous avons stoppé notre revu mensuelle, et déplacé les journalistes vers la frontière, nous ne pouvions plus travailler en liberté. Notre staff a fait face à des accusations en vertu des articles 505 et 66 (d), réduisant notre liberté de travail. Ils ont même utilisé des phrases telles que « le conseil militaire » ou « militaire » est problématique.
Nous étions autonomes même sans un donneur, mais maintenant nous dépendons des donneurs. Quelques donneurs sont plus solidaires que des groupes de médias plus larges, le plus souvent basés dans les grandes villes. Le soutien pour les médias locaux est faible.
On pense à tort que nous ne sommes qu'un groupe de médias shan sans couverture nationale. Or, nous sommes un groupe médiatique national basé dans l'État de Shan.
Voyager, récolter et obtenir des informations est très compliqué depuis le coup d'Etat. Nous devons maintenant travailler sans laisser de trace. Ce sont les challenges auxquels nos reporters font face.
Une autre difficulté réside dans le fait que certaines sources des partis politiques et les autorités veulent nous donner des informations, mais ils veulent rester anonymes (ne pas montrer leur visage et ne pas user de leur voix).
Le Shan Herald préserve également notre littérature traditionnelle et notre culture. Si nous ne publiions pas dans la langue Shan, il n y aurait pas beaucoup de matière pour les références linguistiques.
Nous enregistrons nos événements journaliers dans le langage Shan. Nous ne nous arrêterons pas, peu importe la difficulté. Nous sommes complètement dévoués à ce travail. Cela ne peut être stoppé. Nous enregistrons des événements qui arrivent dans l'état du Shan et ailleurs dans le pays en Shan, Birman et Anglais.
Alerter sur la valeur de la liberté de la presse est crucial dans la diffusion des « fake news ». Une grande partie des Shan sont très solidaires et témoigne leur opinion de façon honnête sans aucun but caché. Mais le public général du Shan a du mal à donner la différence entre les informations exactes et les « fake news ».
Donc notre mission comprend l'éducation de la population Shan à propos du journalisme.
Ce qui complique davantage notre travail, c'est le conflit à l'échelle nationale qui a fait éclater des conflits non seulement avec la junte militaire mais également entre d'autres groupes armés dans l'état du Shan. Ce conflit interne pose des défis extrêmes pour notre travail journalistique.
Si nous coexistons ensemble comme pendant l'état du Shan fédéré dans le passé, cela serait idéal pour nous de faire notre travail. Actuellement il y a trop d'opposition.
TI : Qu'est-ce qui vous motive à continuer ce travail ?
SM : Les jeunes qui sont motivés contribuent de façon active sans payer. On essaye de suivre avec nos salaires et nos dépenses. Cette une place où celles et ceux qui sont complètement engagés dans notre cause se réunissent.
La majorité de notre staff a moins de 25 ans. Les personnes qui ont entre 25 et 50 ans sont une minorité.
L'audience est maintenant majoritairement composée de personnes qui ont entre 18 et 34 ans. Notre audimat le plus jeune s'est élargi, et cette transition nécessite une présentation équilibrée qui s'adresse aux préférences contemporaines et traditionnelles.
TI : Comment envisagez-vous le futur?
SM : Le public Shan déclare souvent que “la politique ne nous concerne pas”. Mais l'augmentation du prix de l'essence et des biens sur le marché est liée à la situation actuelle. C'est une période cruciale pour montrer des preuves et éduquer au sujet de cette connexion, en particulier les plus jeunes.
Donc, pour les plus jeunes pour suivre la crise et étendre la sensibilisation concernant les nouvelles, nous avons continuellement formé les citoyens et les journalistes des dizaines de fois.
Pour que les jeunes puissent suivre la crise et sensibiliser le public à l'actualité, nous avons formé des journalistes citoyens à plus de dix reprises depuis le coup d'État de 2021, à raison de 10 à 15 participants par session. L'année dernière, beaucoup plus d'étudiants du mouvement de désobéissance civile ont rejoint notre équipe.
Pour améliorer la compréhension de l'actualité, nous nous concentrons sur la formation des jeunes pour un avenir meilleur. Comme le dit un proverbe shan, “avant qu'un tigre ne meure, il doit produire un remplaçant”.
Si la situation s'améliore, nous aspirons à établir un groupe de médias Shan à Taunggyi qui soit solidaire du peuple Shan, une école de médias, un centre de recherche et un pôle d'étude de l'histoire Shan et de la culture générale pour ceux qui veulent étudier.
C'est pourquoi nous continuons à collecter et à archiver des informations pour le peuple Shan. Nous espérons également remplir cette mission en effectuant notre travail journalistique quotidien.
TI : Comment les médias peuvent aider à créer une République fédérale?
SM : Le plus important lors de cette contribution est d'assurer un accès public à la bonne information. L'effet pervers de propagation des « fake news » réduit la confiance envers les sources d'actualités et favorise la méfiance réciproque.
Le Shan Herald est âgé de 33 ans. Cela nous a fait penser que le travail des médias peut jouer un rôle de soutien dans la création d'une démocratie fédérale.
Les médias sont surnommés le quatrième état. Ce sentiment résonne avec notre éditeur U sein kyi, qui a déclaré « s'il y a de plus en plus de bons journalistes dans notre pays, la démocratie arrivera plus rapidement ».
Cette croyance s'est répandue et nous continuons d'y croire. Le travail des médias peut être une force dans la lutte contre l'injustice.
La collaboration entre le public et les médias est essentielle pour dévoiler et exposer l'oppression et également utiliser les médias afin d'informer le pays et le monde sur ce qu'il se passe.
TI : Comment le Shan Herald s'est adapté aux défis après le coup d'Etat?
SM : Nous sommes conscients de l'impact sur la santé mentale des journalistes de l'exposition à des informations violentes. Ils sont témoins d'effusions de sang et entendent des nouvelles violentes tous les jours.
Nous organisons une séance de méditation collective et laïque de 10 minutes avant les réunions de la salle de presse. Cette séance a pour but de purifier l'esprit des journalistes et de contribuer à leur bien-être mental.
Il s'agit de méditation ou de concentration sur la respiration. Nous le faisons tous les jours, dans le but d'éradiquer les expériences et les pensées traumatisantes. Nous le faisons pour notre bien-être mental et nous invitons des experts à organiser des formations.
Une autre approche consiste à être pratique. Le public de Shan nous soutient.
Nous les appelons des journalistes citoyens. Nous sommes en train de rédiger une politique de sécurité sur la manière de les protéger. Elle n'est pas encore terminée. La pratique actuelle en matière de sécurité consiste à faire preuve de bon sens. Bien qu'il s'agisse d'un travail en cours, cette politique se veut concrète et spécifique. Nous essayons de la finaliser bientôt.
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Scientifiques et écologistes rejettent les réformes environnementales de Javier Milei
Cet article, rédigé par David Feliba, a été publié sur Climate Home News [en] le 13 février 2024. Global Voices republie ici une version modifiée dans le cadre d'une convention de partenariat média. [Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en espagnol.]
Le nouveau président libéral argentin Javier Milei prône un recul de la réglementation environnementale, menaçant les forêts et les glaciers. Javier Milei, qui a qualifié le changement climatique de « mensonge socialiste », tente de diminuer les restrictions relatives à l'exploitation minière près des glaciers et de retirer les protections accordées aux forêts.
Mais les modifications envisagées ont déclenché des protestations [fr] ainsi que des pétitions et lettres ouvertes. Le président Milei a ainsi été contraint de retirer le plan de réformes libérales plus global qui contenait les changements de texte. De toute évidence, il ne disposait pas des voix nécessaires pour faire adopter le projet de loi dans son intégralité par la Chambre des députés du Congrès argentin.
Bien que Javier Milei ait été élu président en novembre 2023 avec 56 % des votes, son parti détient moins d'un cinquième des sièges à la Chambre des députés et moins d'un dixième au Sénat. Cette représentation rend très difficile le passage d'une loi, qui dépend largement du vote des indépendants.
Répartition des sièges au Congrès argentin. Graphique issu de Climate Home News. Reproduit avec autorisation.
Javier Milei doit encore préciser la prochaine étape du plan de réformes. Le gouvernement dispose de plusieurs options : présenter de nouveau le texte au Parlement en vue d'un autre vote, légiférer par décret sur certains aspects ou bien soumettre le projet de loi au référendum.
Déréglementation
Après des décennies dominées par des gouvernements de gauche en Argentine, Javier Milei a été élu en promettant de réduire drastiquement les dépenses publiques, lutter contre l'inflation galopante et stimuler la croissance économique.
Lucas Ruiz est glaciologue au Conseil national de la recherche scientifique et technique (Conicet), une agence gouvernementale argentine. Il explique que le programme de Javier Milei en matière d'environnement consiste à « assouplir les réglementations ou réduire le périmètre des zones protégées en argumentant qu'elles vont à l'encontre du développement économique ».
D'après Enrique Viale, président de l'association argentine des avocats environnementalistes, Javier Milei « adhère à la tendance internationale selon laquelle l'écologie est perçue comme un ennemi ». Il a d'ailleurs fait l'éloge des anciens présidents d'extrême droite Jair Bolsonaro au Brésil et Donald Trump aux États-Unis.
Bien qu'il se soit engagé à ce que l'Argentine reste dans l'Accord de Paris sur le climat et à maintenir son objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050, Javier Milei a rapidement supprimé le ministère de l'Environnement et proposé un vaste plan de réformes radicales.
Le projet de loi contient des centaines d'articles qui mettent en œuvre son programme dans un large éventail de secteurs, du tourisme au vin en passant par l'exploitation minière et l'agriculture. Mais les deux points qui ont le plus suscité la colère des écologistes concernent l'allégement des restrictions imposées aux activités économiques dans les zones glaciaires et les forêts.
Alors que certains articles du projet de loi ont reçu le soutien des législateurs, ces deux dispositions ont créé la polémique après avoir été largement rejetées par des scientifiques et des associations écologistes.
Forêts et glaciers
L'une de ces dispositions permettrait d'une part, aux gouvernements provinciaux d'autoriser la déforestation dans des zones où elle est actuellement interdite et d'autre part, de réduire le budget alloué à la lutte contre la déforestation et les feux de forêt.
Greenpeace estime qu'avec une telle réforme, environ quatre cinquièmes des forêts du pays se retrouveraient sans aucune protection légale. Selon Hernán Giardini, coordinateur de la campagne de protection des forêts menée par Greenpeace, il s'agirait d'une « grave régression en matière d'environnement », qui conduirait à une « augmentation incontrôlée » de la destruction des forêts.
Javier Milei a également proposé de modifier la définition légale du terme glacier afin d'en exclure les glaciers plus petits et ceux n'ayant pas déjà été répertoriés dans un registre officiel. Ces glaciers ne seraient alors pas protégés juridiquement contre les sociétés minières d'or, d'argent et de cuivre qui convoitent les gisements andins.
Pour Hernán Giardini, l'idée selon laquelle il serait possible d'exploiter des minerais en périphérie des glaciers sans nuire aux glaciers eux-mêmes revient à « enlever la porte du réfrigérateur en croyant que le congélateur ne va pas dégivrer ». L'Argentine compte près de 17 000 glaciers, couvrant une superficie plus grande que celle de Trinité-et-Tobago. Ils fournissent les villes en eau potable et aident le pays à s'adapter au changement climatique.
Le glaciologue Lucas Ruiz explique que les glaciers contribuent à atténuer les effets de la sécheresse grâce à leur apport en eau. « Le plus grand risque auquel nous sommes désormais confrontés [en raison de l'exploitation minière] est la pollution des zones mêmes où beaucoup de fleuves prennent leur source. »
Le sort de telles mesures et du projet de réformes demeure incertain. Cependant, Hernán Giardini met en garde contre leur adoption, qui constituerait « un retour en arrière révoltant ». Les législations que ces réformes viendraient affaiblir sont « le fruit de longues années de travail », précise-t-il. « Les anéantir, ce serait ruiner tous ces efforts. »
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Presque tout le monde coule des larmes à la fin du film.
Le 1er mars, un nouveau film Kirghize intitulé «Beyish enenin tamanynda» (Le paradis est sous les pieds de la mère) a été projeté en avant-première dans les salles de cinéma du Kirghizstan. Le film raconte l'histoire d'Adil, 35 ans, ayant une croissance intellectuelle arrêtée à l'âge de 8 ans, et de sa mère Raykhan, 75 ans. Les spectateurs sont invités à suivre leur voyage alors qu'Adil tire sa mère sur une charrette pour l'emmener du Kirghizstan à l'Arabie saoudite afin d'accomplir le hadj, un pèlerinage religieux, à La Mecque.
Voici la bande-annonce du film sur YouTube.
Adil est élevé par sa mère, qui tente de le protéger du ridicule en lui disant qu'il fait partie des humains préférés de Dieu et qu'il ira au paradis. Après avoir appris d'un de ses amis que les mères dont les fils les emmènent à la Mecque pour le hadj peuvent aller au paradis, Adil décide de le faire pour s'assurer que sa mère puisse également aller au paradis et le rejoindre.
Au cours de leur long et dangereux périple, ils traversent de nombreux pays et relèvent les nombreux défis du voyage à pied avec l'aide des étrangers au grand cœur. Le film est rempli de moments de bonheur lorsque des inconnus aident Adil et sa mère de manière désintéressée. Selon son réalisateur, Ruslan Akun, l'objectif principal du film est d'encourager les gens à être miséricordieux les uns envers les autres et à faire de bonnes actions.
Voici une vidéo YouTube avec des interviews du réalisateur et des acteurs principaux.
Pour recréer le chemin de pèlerinage parcouru à pied, le film a été tourné dans sept pays différents : Kirghizstan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Turquie, Syrie et Arabie saoudite, ce qui en fait le plus grand projet cinématographique de l'histoire du Kirghizstan en termes de production. Selon l'acteur principal et coscénariste, Emil Esenaliev, la contribution du président du Kirghizstan, Sadyr Japarov, a été considérable pour surmonter les obstacles administratifs et logistiques liés au tournage du film dans un si grand nombre de lieux.
Le soutien de Japarov au film n'est pas une coïncidence et s'inscrit dans sa politique plus large de promotion des valeurs traditionnelles. En 2022, par exemple, il a signé un décret « sur la tradition nationale » et a demandé aux parties prenantes de mener un travail de sensibilisation auprès de la population afin de diffuser les traditions kirghizes, notamment celle qui consiste à respecter et à servir ses parents lorsqu'ils sont âgés, et qui est mise en avant dans le film.
Les chefs religieux islamiques du Kirghizstan ont également soutenu le film en assistant à sa première et en chantant ses louanges par la suite. Le film peut être considéré comme une promotion de l'islam, puisqu'il est centré sur l'un de ses piliers, le hadj, et qu'il emprunte son nom à la parole du prophète Mahomet, qui a dit que le paradis se trouve sous les pieds des mères. Elle reflète sans aucun doute le rôle de plus en plus important que joue l'islam dans la société kirghize depuis que le pays est devenu indépendant en 1991, après la désintégration de l'Union soviétique. Par exemple, le nombre de mosquées dans le pays est monté en flèche, passant de 39 en 1991 à 2669 en 2020.
Avec des projets de traduction du film dans cinq autres langues et de projection dans au moins trois autres pays, il s'agit de loin de la plus grande réussite de l'industrie cinématographique Kirghize dans l'histoire moderne du pays. Cependant, il est loin des sommets sans précédent que cette industrie a atteints entre les années 1960 et 1970 et qui lui ont valu le surnom approprié de « merveille kirghize ».
Voici une vidéo YouTube relatant le succès de l'industrie cinématographique Kirghize dans les années 1960 et 1970.
À cet égard, le nouveau film de Ruslan Akun suit les traces des grands films kirghizes de l'époque passée qui étaient populaires au-delà du Kirghizstan, gagnant des centaines de millions de dollars au box-office et même une nomination aux Oscars.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240401_152058";}s:15:"20240329_023515";a:7:{s:5:"title";s:88:"Bassirou Diomaye Faye élu président au Sénégal: victoire d'une jeunesse déterminée";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/03/29/286291/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=286291";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 29 Mar 2024 01:35:15 +0000";s:11:"description";s:180:"Les Sénégalais ont élu un nouveau président, Bassirou Diomaye Faye, le 24 mars 2024, après une période de manifestations dues à un report de la date initiale des élections.";s:7:"content";s:18436:"
Au Sénégal, les jeunes représentent plus de 70% de la population
Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal ; capture d'écran de la chaîne YouTube de Tv5monde
Les Sénégalais ont fait le choix de leur nouveau président lors des élections présidentielles du 24 mars 2024, après une période de manifestations due à un report de la date initiale des élections. Les résultats provisoires proclament Bassirou Diomaye Faye nouveau président du pays pour les cinq années à venir.
Pourtant, au départ Bassirou Diomaye Faye avait peu de chance de participer aux élections: il était détenu en prison depuis avril 2023 pour diffamation, outrage à magistrat. En juillet 2023, il est rejoint en prison par Ousmane Sonko, son mentor et président du parti PASTEF, qui lui est condamné pour viol et diffamation. Ces deux acteurs politiques sont membres du parti d'opposition Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (PASTEF), une formation politique populaire auprès des jeunes (plus de 70% de la population) qui sont fatigués d'une gouvernance qui n'offre pas de perspectives d'emploi.
A plusieurs reprises, le parti PASTEF appelle la population à manifester son ras-le-bol contre le régime du président Macky Sall. Ces manifestations, souvent réprimées, engendrent par moment des morts et des blessés dans un climate de tensions sociales et politiques. En juillet 2023, PASTEF est dissous par le gouvernement qui lui reproche des appel fréquents à la population à “des mouvements insurrectionnels”.
Bien avant que le processus électoral ne sois enclenché le 31 octobre 2023, Sonko est exclu des listes électorales et ne peut donc se poser comme candidat. Son parti opte alors pour un plan B qui positionne Bassirou Diomaye Faye comme nouveau candidat a l'élection présidentielle..
Bien qu'en prison, Bassirou Diomaye Faye voit sa candidature acceptée par le conseil constitutionnel. Quand la campagne électorale démarre le 9 mars, il est, comme Sonko, encore derrière les barreaux. Mais suite à la promulgation par Macky Sall, président sénégalais d'une loi d'amnistie générale que le parlement vote le 7 mars, ils sont libérés le 14 mars et peuvent participer aux campagnes électorales et défendre leur programme auprès de la population sénégalaise.
Au lendemain du 24 mars, les tendances annoncent une victoire du candidat du PASTEF. Au Sénégal, la commission nationale de recensement des votes a le privilège de dévoiler les résultats provisoires avant que le conseil constitutionnel ne donne sa validation. La commission annonce que Bassirou Diomaye Faye l'emporte largement avec 54,28 % des suffrages, devant le candidat du pouvoir, Amadou Ba qui totalise (35,79 %), alors que le taux de participation s'élève à 61%.
A l'annonce de la victoire de Faye, les jeunes poussent un soupir de soulagement. Pour beaucoup, la rupture avec l'ancien régime est désormais officielle et ils peuvent donc espérer que les choses changent de façon positive. Au micro de France24, certains donnent leur avis sur cette victoire du candidat de la jeunesse:
Au lendemain du vote, des félicitations viennent de partout. Sur la toile sénégalaise, Amadou Ba, candidat du régime n'a pas adresse ses vives félicitations au nouveau président. Sur son compte X (ex-Twitter), il écrit :
Au regard des tendances des résultats de l’élection présidentielle et en attendant la proclamation officielle, je félicite le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye pour sa victoire dès le premier tour. Je prie le Tout Puissant lui accorder l’énergie et la force nécessaires pour assumer cette haute fonction à la tête de notre pays. Je lui souhaite beaucoup de réussite et de succès pour le bien-être du peuple sénégalais.
Je salue le bon déroulement de l’élection présidentielle du 24 mars 2024 et félicite le vainqueur, M. Bassirou Diomaye Faye, que les tendances donnent gagnant. C’est la victoire de la démocratie sénégalaise.
Hors des frontières sénégalaises, d'autres présidents adressent leurs félicitations au nouveau président. Patrice Talon, président du Bénin écrit sur son compte X :
J'adresse mes chaleureuses félicitations au Président @DiomayeFaye pour son élection et, par la même occasion, mes vœux de réussite au service du Peuple sénégalais. pic.twitter.com/mrbGaE7C9p
Adama Barrow, président de la Gambie, écrit sur son compte X:
I congratulate Mr. Bassirou Diomaye Faye for a victorious election & commend the People of the Rep. of #Senegal for the peaceful conduct of the election. I am optimistic that the cordial relationship between The #Gambia and Senegal will be further strengthened <President-Elect.
Je félicite M. Bassirou Diomaye Faye pour une élection victorieuse et félicite le peuple de la République de #Senegal pour le déroulement pacifique de l'élection. Je suis optimiste que les relations cordiales entre La #Gambia et le Sénégal seront encore renforcées < Président élu.
Ou encore Mamadi Doumbouya, président de la Guinée qui publie sur le réseau X:
Monsieur le Président et cher frère,
Au nom du peuple souverain de Guinée et en mon nom personnel, je vous adresse mes chaleureuses félicitations, ainsi qu’à votre équipe et à tout le peuple sénégalais. Votre brillante élection à la magistrature suprême de votre pays est le… pic.twitter.com/OCnjfK5fpD
— Président Mamadi Doumbouya (@presi_doumbouya) March 25, 2024
L'homme politique togolais Nathaniel Olympio montre son admiration pour la détermination de la jeunesse sénégalaise. Il dit :
La brillante élection de Bassirou Diomaye Faye – en duo avec Ousmane Sonko dont le leadership est un exemple – est une victoire du peuple sénégalais sur le conservatisme. Et au-delà des Sénégalais, c’est une victoire pour tous les citoyens des pays francophones de la CEDEAO qui…
Avec cette victoire, Dénis Mukwege, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2023 en République démocratique du Congo veut retenir que l'alternance est toujours possible en Afrique. Il publie :
Félicitations à @DiomayeFaye dont l’élection comme Président de la République du #Sénégal envoie un message d’espoir clair : l’alternance démocratique est possible en Afrique !
Mais les commentaires sous le post du président français démontrent la détermination des jeunes Africains à cesser toute collaboration avec l'ancienne métropole.
Les enjeux
Pour les cinq prochaines années, le nouveau président doit faire fait face à différents principaux enjeux dont la révision sur l'accord de pêche établi par Macky Sall avec l'Union européenne. Cet accord prive la jeunesse sénégalaise des activités de pêche et menace la souveraineté économique et alimentaire du pays comme l'indique cette publication de Tv5monde sur son compte X:
Sénégal : l'élection de Bassirou Diomaye Faye entraînera-t-elle une révision de l'accord de pêche avec l'Union européenne ? pic.twitter.com/ZPBvkLuixO
— Le journal Afrique TV5MONDE (@JTAtv5monde) March 26, 2024
En attendant la validation de l'élection de Bassirou Diomaye Faye, comme président du Sénégal, par le conseil constitutionnel le 29 mars, la jeunesse sénégalaise célèbre la fin au régime de Macky Sall.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240329_023515";}s:15:"20240326_133940";a:7:{s:5:"title";s:74:"Sri Lanka : ouverture d'un bureau de Greenpeace en pleine crise climatique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/03/26/285913/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=285913";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 26 Mar 2024 12:39:40 +0000";s:11:"description";s:229:"Groundviews s'entretient avec Binu Jacob, directeur général de Greenpeace South Asia, sur les défis climatiques auxquels la région est confrontée et sur le rôle de l'organisation dans la lutte contre l'injustice climatique.";s:7:"content";s:18161:"
« Greenpeace a contribué au changement de système »
Des militants de Greenpeace manifestent devant les centrales nucléaires d'Angra dos Reis (RJ), pour dénoncer la décision du gouvernement brésilien d'investir dans la construction d'Angra 3, sans tenir compte du vaste potentiel que représente pour le pays l'énergie éolienne. Rio de Janeiro, 07/04/2009. Image via Flickr par Greenpeace/Alex Carvalho. CC BY-SA 2.0.
Cet article a tout d'abord été publié sur Groundviews, un site primé de journalisme citoyen du Sri Lanka. Une version éditée est publiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
En 1971, un groupe de militants quitte le Canada à bord d'un vieux bateau de pêche pour protester contre les essais nucléaires souterrains effectués par l'armée américaine à Amchitka, une île située au large de l'Alaska. Après avoir finalement été forcés de rebrousser chemin, les militants ont créé une organisation nommée Greenpeace, dans le but d’encourager l'action directe non-violente, et de changer les mentalités.
Au cours des années 1970, le mouvement Greenpeace s'étend à plusieurs pays et commence à se mobiliser pour les causes environnementales, notamment la chasse commerciale à la baleine et les déchets toxiques. Greenpeace International est créée en 1979. Basée aux Pays-Bas, l’organisation compte aujourd'hui trois millions de sympathisants à travers le monde et possède des bureaux dans 40 pays.
Les militants de Greenpeace affrontent les baleiniers en s’interposant entre les harpons et les baleines. En 1985, le gouvernement français coule leur bateau, le Rainbow Warrior, opération au cours de laquelle ils subissent des violences et sont qualifiés d'écoterroristes. Les militants de Greenpeace se sont opposés à de nombreux gouvernements et ont risqué la prison et même la mort afin de faire évoluer les mentalités et changer la politique internationale.
Bien qu'elle ne mène plus beaucoup d'actions directes ou ne fasse plus la une des journaux avec des photos choquantes, Greenpeace reste néanmoins une force indéniable sur la scène mondiale, une organisation internationale à l'origine de campagnes de sensibilisation à l’environnement à travers le monde. Elle utilise la confrontation de façon créative et non-violente pour faire campagne sur des sujets tels que les changements climatiques, la déforestation, la surpêche, la chasse commerciale à la baleine, la manipulation génétique, lutter contre la guerre et le nucléaire. Elle n'accepte aucun financement de la part de gouvernements, multinationales ou partis politiques.
Malgré une prise de conscience du besoin de protéger la planète, la Terre est encore plus fragile aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1971. Le déclin de la biodiversité s’est amplifié, alors que les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère et la présence de toxines dans les sols augmentent, les sols contiennent moins de carbone, les rivières et les lacs s’assèchent, le nombre de zones mortes dans les océans s’accélère, les forêts disparaissent, les déserts se multiplient, la population mondiale augmente, un milliard de personnes sont au bord de la famine et les ressources naturelles, surexploitées pour satisfaire les besoins humains, se font de plus en plus rares.
L’Asie du Sud compte plus d'un milliard et demi d'habitants répartis dans huit pays où se trouvent certaines des zones les plus vulnérables du monde sur le plan environnemental. C'est aussi la deuxième région la plus pauvre de la planète. La pauvreté multidimensionnelle, la dépendance à l'égard des ressources naturelles et les conditions météorologiques rendent les populations vulnérables à l'instabilité qui résulte du réchauffement climatique. Selon un rapport de la Banque mondiale, plus de 800 millions de Sud-Asiatiques vivent dans des zones qui vont devenir particulièrement sensibles aux changements climatiques, et elles seront alors inhabitables. La région traverse une crise environnementale, les changements climatiques perturbant l'agriculture et les moyens de subsistance. Bien qu’elle ne soit pas, ou très peu, responsable des changements climatiques, l'Asie du Sud est touchée de manière disproportionnée.
Afin de développer une coopération régionale pour lutter contre les changements climatiques, Greenpeace a ouvert un bureau à Colombo, dans l’Asie du Sud, et a marqué l'événement à bord de son navire emblématique, le Rainbow Warrior. Groundviews s'est entretenu avec Binu Jacob, directeur général de Greenpeace South Asia, sur les défis climatiques auxquels la région est confrontée et sur le rôle de Greenpeace dans la lutte contre l'injustice climatique.
Groundviews : Bien que Greenpeace existe depuis plus de 50 ans, elle livre toujours les mêmes combats. Quel a été son impact ?
Binu Jacob: We have been campaigning fearlessly for over 50 years when it was not fashionable. We are supported by individuals so we can take an independent stand. We have made an impact over the generations When we were in school and in collage, we were motivated by organisations such as Greenpeace to work for sustainability and climate justice. Greenpeace has contributed to system change.
Binu Jacob: Nous menons ouvertement des campagnes depuis plus de 50 ans, à une époque où ce n'était pas au goût du jour. Nous sommes soutenus par des particuliers, ce qui nous permet d'adopter une position indépendante. Nous avons marqué plusieurs générations. Nous avons tous, à l'école ou à l'université, été inspirés par des organisations telles que Greenpeace d’œuvrer en faveur de la durabilité et de la justice climatique. Greenpeace a aidé à changer le système.
Groundviews: Dans les années 1980 et 1990, Greenpeace était une organisation plus visible et qui faisait beaucoup de bruit. Sa stratégie a-t-elle changé ?
Binu Jacob: There are different kinds of campaigns now that are culturally relevant to a region or society. They are more creative; different regions have their own methods of campaigning. The media has also changed and become segmented so the way the message is put across has also changed with more regional campaigns. The issues are intersectional so it’s not just one area such pollution but we have to look at climate justice as well.
Binu Jacob : Il existe aujourd'hui différents types de campagnes qui tiennent compte des spécificités culturelles d'une région ou d'une société. Elles sont plus créatives ; les différentes régions ont leurs propres méthodes de campagne. L’évolution et la segmentation des médias ont changé la manière de faire passer le message, à l’aide de campagnes de sensibilisation à une échelle plus régionale. Les problèmes sont intersectoriels ; par conséquent, nous ne pouvons pas seulement nous concentrer sur seul domaine, par exemple la pollution, sans en même temps aborder la question de justice climatique.
Groundviews: Selon vous, est-il acceptable de vandaliser des œuvres d’art pour dénoncer la consommation d’énergiesfossiles ?
Binu Jacob: Young people think that nobody listens to them although it’s their planet. Such action comes out of helplessness. The world only listens to dramatic things. But youth icons such as Greta Thunberg can inspire other young people to take action.
Binu Jacob : Les jeunes pensent que personne ne les écoute alors qu'il s'agit de leur planète et de leur avenir. Ils agissent ainsi par impuissance et parce que ce genre d'évènements dramatiques attire l’attention. Mais les icônes de la jeunesse telles que Greta Thunberg peuvent aussi inspirer d'autres jeunes à agir.
Groundviews: Quels sont les principaux problèmes environnementaux auxquels la région est confrontée ?
Binu Jacob: There are many issues that connect South Asia but we are focussing on climate change because the region is the second most affected after Sub Saharan Africa. South Asia is densely populated and polluted and has great economic disparity. The people who are most affected by climate change are farmers, fishermen, factory workers and other poor and marginalised communities. Climate events such as droughts and floods are increasing in number and intensity. While the rich can isolate themselves from the effects of climate change, frontline people are greatly impacted; although they have not contributed to climate change, they are the ones who pay the most. The Indian ocean is common to the region. It is threatened by over fishing, infrastructure development and plastics. Countries in the region have the opportunity to show leadership. Although we may be poorer or smaller, we still have a responsibility to the planet. But at the same time governments must be mindful of the needs of the poor. We can say to ban single use plastic, which is mainly used by poorer people, but then governments needs to provide alternatives.
Binu Jacob : L'Asie du Sud se heurte à de nombreux problèmes, mais nous nous concentrons surtout sur les changements climatiques car la région est la plus touchée, après l'Afrique subsaharienne. L'Asie du Sud est fortement peuplée et polluée, et est une région du monde où règnent de grandes disparités économiques. Les personnes les plus frappées par les changements climatiques sont les agriculteurs, les pêcheurs, les ouvriers d'usine et d'autres communautés pauvres et marginalisées. Les événements climatiques tels que les sécheresses et les inondations sont de plus en plus nombreux et intenses. Alors que les riches ont les moyens d'échapper aux effets des changements climatiques, les populations qui se trouvent en première ligne sont, elles, fortement affectées ; bien qu'elles n'aient pas contribué au réchauffement climatique, ce sont elles qui en paient le plus lourd tribut. L’Asie du Sud baigne dans l'océan Indien qui est menacé par la surpêche, le développement des infrastructures et les déchets plastiques. Les pays de la région ont la possibilité de faire preuve de leadership. Même s'ils sont plus pauvres ou plus petits, ils ont une responsabilité envers la planète. Mais les gouvernements doivent aussi tenir compte des besoins des populations pauvres. Interdire le plastique à usage unique, lequel est principalement utilisé par les plus démunis, est une bonne chose, mais les gouvernements doivent alors proposer des solutions de remplacement.
Groundviews: Comment les citoyens peuvent-ils lutter contre la destruction de l'environnement ?
Binu Jacob: Activists and individuals are taking action; some have the calling. They are writing to authorities, going to the media and getting communities to come to together. Because of their actions, leaders can change their behaviour. The challenge is how to do it creatively and get across the message that it’s for the good of everyone and that it is not anti-development. While development can get short term gains, the impacts on quality of life and the mental health of future generations will be severe. We need to invent new value systems because we can’t continue with greed.
Binu Jacob : Les militants et les particuliers se mobilisent ; certains sont faits pour ça. Ils écrivent aux autorités, s'adressent aux médias et incitent les communautés à s’unir. Grâce à leurs actions, les dirigeants peuvent changer d’attitude. Le défi consiste à faire preuve de créativité et à faire passer le message que nous agissons pour le bien de tous et que nous ne sommes pas opposés au développement. Si le développement permet seulement d'obtenir des gains à court terme, alors les conséquences sur la qualité de vie et la santé mentale des générations futures seront considérables. Nous devons créer de nouveaux systèmes de valeurs parce que nous ne pouvons pas continuer à agir par cupidité.
Groundviews: Les PED estiment qu'il est injuste d’être contraint de freiner leur développement en raison de préoccupations environnementales, alors que l'Occident est déjà développé et a les moyens de procéder à ces changements. Comment obliger les pays à se conformer ?
Binu Jacob: Some leaders in West still think it’s alright to destroy planet but their citizens are opposing this. People can act and oppose adverse actions successfully. The same environmental standards applied in the West should be applied to developing countries as well. Development should not be at the cost of the environment. Corporations as well as governments must be held responsible for their actions that damage the environment. What we do in one part of the planet impacts all of us. While everyone has the right to basic material needs such as water, food and housing, immense and wasteful access can’t continue.
Binu Jacob : Pour certains dirigeants occidentaux, détruire la planète est tout à fait acceptable, contrairement à leurs citoyens qui, grâce à leurs actions, ont le pouvoir de s'opposer avec succès à toute mesure défavorable. Les normes environnementales appliquées en Occident devraient être les mêmes pour les PED. Le développement ne doit pas se faire au détriment de l'environnement. Les entreprises et les gouvernements doivent être tenus responsables des dommages environnementaux résultant de leurs actes. Les actions menées dans une partie spécifique de la planète nous affectent tous. Même si chacun a le droit de satisfaire des besoins matériels de base tels que l'eau, la nourriture et le logement, leur accès illimité et le gaspillage qui en résulte ne peuvent plus durer.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240326_133940";}s:15:"20240326_132127";a:7:{s:5:"title";s:116:"L’ économie du Ghana et les politiques de sécurité alimentaire : leçons tirées de l'opération Feed Yourself";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2024/03/26/286090/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=286090";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 26 Mar 2024 12:21:27 +0000";s:11:"description";s:204:"En février 1972, sous l'impulsion d'Ignatius Kutu Acheampong, le gouvernement du Ghana a démarré la politique Feed Yourself , un programme agricole de relance de la production des cultures locales .";s:7:"content";s:11495:"
Les infrastructures marquent l’Opération Feed Yourself des années 1970s
Récemment, le Ghana a été confronté à de profonds défis macroéconomiques, notamment la dépréciation de sa monnaie, l'escalade de l'inflation et la perte de confiance des investisseurs. Cette situation a conduit à des perspectives économiques sombres et à des prévisions de croissance lente, comme l'a souligné la Banque mondiale.
Pour freiner la dépréciation du cedi ghanéen et favoriser l'industrialisation, qui stimulera à son tour l'économie, le gouvernement ghanéen souhaitait adopter un projet de loi sur la réglementation des exportations et des importations imposant des restrictions sur 22 produits stratégiques en novembre 2023. La liste des produits comprend les denrées alimentaires essentielles consommées par la plupart des ménages ghanéens. Il s'agit du riz, des abats, de la volaille, de l'huile de cuisson, des jus de fruits, des pâtes, du poisson, du sucre et des tomates en conserve. Cependant, comme le rapporte The Conversation,les organisations de la société civile les associations , commerciales et la minorité parlementaire se sont opposés au projet de loi pour plusieurs raisons.
Les opposants à la proposition ont fait valoir que cette politique aurait de graves répercussions sur l'économie et la sécurité alimentaire du Ghana, car les producteurs nationaux pourraient avoir du mal à répondre à la demande locale pour les produits spécifiques que le gouvernement souhaite restreindre. En outre, comme le souligne l'article de The Conversation, les contraintes pesant sur les importations d'aliments de consommation courante pourraient conduire à une pénurie et, par conséquent, une augmentation des prix des denrées alimentaires réduirait encore davantage la sécurité alimentaire. Cela occasionne aussi un risque de perte de recettes, comme l'ont souligné les critiques, notamment en ce qui concerne les droits de douane et d'importation, et le Ghana pourrait faire l'objet de représailles de la part d'autres pays si les restrictions nuisent à leurs intérêts.
Si l'on considère les expériences historiques du Ghana, l'échec de l'opération “Feed Yourself” (Nourrissez-vous) en 1977 doit inciter à la prudence.
En février 1972, sous la direction d'Ignatius Kutu Acheampong, le gouvernement ghanéen a lancé la politique de l'Opération “Feed Yourself”, un programme agricole destiné à stimuler la production nationale de cultures vivrières . Le programme a divisé le Ghana en neuf zones, chacune se voyant attribuer la production des cultures les mieux adaptées à sa spécificité géographique. Par exemple, la région orientale s'est concentrée sur la culture du manioc, du maïs, de la banane plantain, de la canne à sucre, du thé, de l'avocat, des agrumes et de l'igname, tandis que la région centrale s'est concentrée sur le maïs, l'igname, le manioc, la banane plantain, le riz, l'ananas et la canne à sucre.
Pour vulgariser ce programme, le gouvernement a entrepris de vastes efforts de sensibilisation, pour la promotion de l’agriculture, en utilisant la propagande et les émissions de télévision et de radio. En outre, le gouvernement a tiré parti de ses relations avec des institutions telles que les universités, l'armée et les prisons pour les encourager à implanter en interne des unités de production agricole .
L'administration Acheampong a mis en place un système de collecte, de transport, de stockage et de commercialisation des récoltes à l'intérieur du pays. Ce système visait à garantir un marché pour les produits cultivés dans les zones rurales et à faciliter leur transport vers les centres urbains. Des entités telles que le Meat Marketing Board, la State Fishing Corporation et la Food Distribution Corporation étaient chargées d'acheter les récoltes aux agriculteurs et de les proposer à des prix réduits aux citadins.
Pour stimuler la production agricole, le gouvernement a accordé des subventions pour les semences, les engrais et les outils agricoles tels que les houes et les coutelas. Il est important de noter que les taxes sur l'importation de machines agricoles ont été supprimées. Les incitations spécifiques comprenaient des exonérations fiscales sur les revenus du cacao et, plus généralement, pour les exploitations agricoles au cours de leurs cinq premières années d'activité. L'opération “Feed Yourself” a impliqué une collaboration avec des institutions telles que la Banque nationale d'investissement et la Banque africaine de développement, qui ont fourni des crédits et des prêts à divers Ghanéens.
Malgré les efforts considérables déployés par le gouvernement pour assurer la réussite du programme, l'opération “Feed Yourself” a été considérée comme un échec en raison de divers facteurs, notamment le mécontentement croissant de la population, la diminution des superficies plantées, la persistance des prix élevés des produits alimentaires nationaux et l'augmentation du déficit budgétaire du Ghana, qui est passé de 190 millions de cédis (14 871 376 USD) en 1972 à 807 millions de cédis (63 164 213 USD) en 1977. L'enthousiasme initial des citadins pour les activités agricoles s'est également estompé, probablement sous l'influence des problèmes perçus dans les infrastructures rurales, tels que le manque d'eau potable, d'électricité et de routes bien entretenues. En conséquence, , dès 1977, l'intervention de l'aide alimentaire internationale était requise pour remédier aux pénuries alimentaires au Ghana.
En 2017, pour faire face aux problèmes de sécurité alimentaire et aux niveaux d'emploi nationaux, le gouvernement du Ghana a mis en œuvre une nouvelle initiative appelée “Planting for Food and Jobs” (PFJ), qui s'inspire de l'opération Feed Yourself (Nourrissez-vous). Le programme propose des solutions telles que des subventions publiques pour l'achat de semences et d'engrais de haute qualité, des initiatives éducatives sur les pratiques agricoles efficaces et le renforcement des liens entre les agriculteurs et les acheteurs potentiels dans les secteurs public et privé. Toutefois, ce programme a également été considéré comme un échec l'inflation des denrées alimentaires ayant atteint plus de 50 % l'année dernière , et l'infrastructure de base restant un problème.
Il semble que les législateurs ghanéens n'aient pas pleinement tenu compte des leçons tirées des échecs passés, comme en témoigne la récente tentative du gouvernement de mettre en œuvre une nouvelle politique sans s'attaquer de manière adéquate aux défis inhérents à l'infrastructure fondamentale.
";s:7:"dateiso";s:15:"20240326_132127";}s:15:"20231219_170316";a:7:{s:5:"title";s:63:"Turkménistan : les femmes toujours en proie à l'insécurité.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/12/19/284148/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=284148";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Dec 2023 16:03:16 +0000";s:11:"description";s:164:"Une femme sur six a subi des violences de la part de son partenaire actuel ou ancien, selon la toute première enquête nationale sur la violence domestique en 2020";s:7:"content";s:14302:"
Le classement mondial du pays en ce sens reste irréaliste.
Le Turkménistan est le pays le plus sûre pour les femmes en Asie Centrale, selon l'indice Femmes, Paix et Sécurité publié récemment par l'Institut de Georgetown pour les femmes, la paix et la sécurité et le Centre norvégien PRIO pour le genre, la paix et la sécurité.Bien que les résultats soient basés sur des données provenant de sources internationales réputées, cette conclusion est clairement en contradiction avec le tableau dressé par les rapports des médias indépendants et des groupes de défense des droits de l'homme, ainsi qu'avec les conclusions des experts internationaux.
En dehors des violences domestiques, les femmes du Turkménistan sont confrontées à des attitudes patriarcales encouragées par l'État, à des discriminations fondées sur le sexe et à de vastes restrictions de leurs droits fondamentaux. Loin de s'améliorer depuis l'arrivée au pouvoir du président Serdar Berdymukhamedov l'année dernière, la situation des femmes au Turkménistan n'a fait qu'empirer.
Les femmes, la paix et la sécurité au pays des dictateurs
Le Turkménistan est un pays d'Asie centrale comptant environ six millions d'habitants. Il est relativement peu connu de la plupart des gens, car c'est l'un des pays les plus isolés du monde. Le pays a obtenu son indépendance de l'Union soviétique en 1991, et a depuis lors été dirigé par trois dictateurs différents entourés de vastes cultes de la personnalité. Les deux derniers présidents sont père et fils. Gurbanguly Berdymukhamedov a transmis la présidence à son fils Serdar Berdymukhamedov en 2022, après avoir dirigé le pays depuis 2006.
L'indice Femmes, Paix et Sécurité (FPS) évalue et classe 177 pays dans le monde en termes d'inclusion des femmes, de justice et de sécurité, en mesurant les performances dans 13 domaines, à l'aide de données provenant d'agences des Nations unies, de la Banque mondiale, du Gallup World Poll et d'autres sources. Le Turkménistan est classé 58e. Le Kazakhstan est classé 70e, le Tadjikistan 90e, l'Ouzbékistan 94e et le Kirghizistan 95.
Selon le WPS, le Turkménistan est le pire pays d'Asie centrale et d'Europe centrale et orientale en ce qui concerne l'accès des femmes à la justice. Le Turkménistan obtient également les plus mauvais résultats dans son groupe sur l'inclusion financière des femmes. Mais le pays a obtenu de meilleurs résultats dans d'autres domaines : il a été classé premier dans son groupe sur la perception de la sécurité communautaire par les femmes, en mesurant le pourcentage de femmes qui déclarent se sentir en sécurité lorsqu'elles se promènent seules la nuit dans leur quartier de résidence. En ce qui concerne la violence entre partenaires intimes, mesurée par le pourcentage de femmes ayant subi des violences physiques ou sexuelles récentes de la part d'un partenaire, le Turkménistan se classe à l'avant-dernière place en Asie centrale, avec 7,2 %, contre 6 % pour le Kazakhstan.
Violations des droits des femmes
Si le Turkménistan a obtenu le meilleur score global de la WPS (Note de perception des femmes) parmi les pays d'Asie centrale, la situation des femmes y reste sombre. Comme le Partenariat international pour les droits de l'homme (IPHR) et l'Initiative turkmène pour les droits de l'homme (TIHR) l'ont indiqué dans un rapport récent, non seulement les autorités turkmènes n'ont pas réussi à lutter contre les stéréotypes discriminatoires et les pratiques négatives en matière de genre, mais elles les ont activement encouragés. Les espoirs d'amélioration après le transfert des pouvoirs présidentiels du père ont été anéantis par le lancement d'une nouvelle campagne de contrôle de l'apparence des femmes au nom de la sauvegarde des traditions et des valeurs nationales.
Par exemple, selon des informations obtenues par le TIHR et d'autres sources indépendantes, les employées des agences publiques et les étudiantes ont reçu l'ordre de porter des robes de style national, de ne pas se maquiller lourdement, de ne pas se teindre les cheveux et de ne pas recourir aux services des salons de beauté, sous peine de représailles. On signale également des détentions arbitraires de femmes accusées d'enfreindre ces mesures et même des descentes de police dans des salons de beauté.
Les femmes sont également confrontées à une discrimination fondée sur le sexe dans l'accès aux services publics et rencontrent de sérieux obstacles dans l'obtention ou le renouvellement de leur permis de conduire. Certaines de ces préoccupations particulières ont été soulignées le 6 novembre, lorsque le bilan du Turkménistan en matière de droits de l'homme a été évalué dans le cadre de l'examen périodique universel (EPU) à Genève. L'EPU est un processus d'examen par les pairs coordonné par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Au cours de cet examen, le Turkménistan a reçu une série de recommandations visant à améliorer les droits des femmes.
Dans le même temps, la crise économique prolongée sévissant dans le pays a durement touché les femmes obligées de faire la queue durant des heures pour obtenir des produits alimentaires rationnés. Cette situation a parfois donné lieu à des manifestations spontanées, que les autorités s'empressent de réprimer. Au Turkménistan, la main-d'œuvre du secteur public est essentiellement féminine, et les femmes sont donc touchées de manière disproportionnée par les pratiques répressives organisées par l'État à l'égard des employés du secteur public, telles que la mobilisation forcée pour la récolte annuelle du coton ou les événements de propagande de masse.
Violence domestique généralisée
Selon la première enquête nationale sur la violence domestique en 2020. ,une femme sur six a subi des violences de la part de son partenaire actuel .L'étude a été menée par les autorités turkmènes et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). La violence s'est avérée pire dans les régions de Lebap (nord-est) et de Dashoguz (nord). Plus de 13 % des femmes ont déclaré avoir subi des violences économiques de la part de leur partenaire, notamment des restrictions d'accès à l'argent.
L'enquête a révélé que le comportement de contrôle des maris/partenaires à l'égard des femmes est un phénomène très répandu. Plus de 40 % des femmes ont déclaré avoir subi une forme ou une autre de contrôle social. Vingt-deux pour cent ont déclaré être soumis à des restrictions quant au moment où ils peuvent quitter la maison, et près de 21 % ont déclaré ne pas être autorisés à travailler ou à étudier en dehors de leur domicile. L'enquête a montré que ce comportement de contrôle allait de pair avec la violence domestique, puisque près d'une personne interrogée sur cinq a déclaré approuver et justifier le fait que son mari puisse la battre si elle quittait le domicile sans son autorisation.
En outre, la sous-déclaration des violences domestiques est un problème grave, car les femmes survivantes subissent des pressions sociales pour ne pas “déshonorer la famille” en dénonçant les abus dont elles sont victimes. Parmi celles qui ont survécu à la violence domestique moins de 12 % des femmes interrogées s'étaient adressées à la police ou à d'autres institutions d’assistance, les craintes et la pression de la société étant citées comme les principales raisons de leur silence. Les femmes sont susceptibles de ne pas signaler les abus, ce qui signifie que la violence domestique peut être plus répandue que ne le montre l'enquête.
En janvier et février 2024, le Comité des Nations unies pour l'élimination de la discrimination (CEDAW) examinera le bilan du Turkménistan en matière de droits des femmes. Dans la liste des questions adressées aux autorités en vue de cet examen, la commission leur a demandé d'expliquer « l'imposition de codes vestimentaires et d'apparence et d'autres pratiques discriminatoires » dans une atmosphère « renforcée par la surveillance et le contrôle actifs du comportement des femmes » . Ils s'informeront également des mesures prises « pour démanteler les attitudes patriarcales à l'origine de la violence sexiste à l'égard des femmes » et pour criminaliser la violence domestique, une mesure que le pays n'a pas encore prise.
En ce qui concerne la sécurité des femmes au Turkménistan lorsqu'elles se promènent seules la nuit— il convient de noter que le Turkménistan était talonné, dans le WPS, de pays tels que le Koweït, les Émirats arabes unis et la Chine, qui disposent d'un appareil de sécurité étatique tout aussi important. Si le maintien de l'ordre peut aider les femmes à se sentir plus en sécurité dans les rues du Turkménistan, ce même appareil est également utilisé pour supprimer leurs droits à un point tel que, comme le dit le célèbre YouTubeur Ilya Varlamov, elles vivent presque « sans droits. »
Cette vidéo YouTube illustre les violations des droits des femmes au Turkménistan.
Alors que les modèles patriarcaux actuels et les violations des droits persistent, il manque un cadre de discussion franche sur la sécurité des femmes au Turkménistan.
";s:7:"dateiso";s:15:"20231219_170316";}s:15:"20231219_164827";a:7:{s:5:"title";s:57:"Understones : le Portugal et le mythe du bon colonisateur";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/12/19/283312/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=283312";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Dec 2023 15:48:27 +0000";s:11:"description";s:182:"Dans les années 1950, la dictature portugaise a révisé l'identité nationale du pays et adopté la théorie du bon colonisateur. Quels sont les vestiges de ce récit aujourd'hui ?";s:7:"content";s:19543:"
Les récits du passé pourraient encore étayer le sentiment d'identité au Portugal
Si on se promène à Lisbonne, il est fréquent de tomber sur des images de barques et des références au passé maritime du Portugal. Les caravelles, embarcations emblématiques utilisées lors des premiers voyages en Afrique Occidentale et au Brésil, elles sont présentes sur le drapeau de Lisbonne, sur de nombreux restaurants et des rues pavées, elles sont également présentes sous forme d'autobus touristiques, et de façon plus élaborée, sur le monument des découvertes construit par le dictateur António de Oliveira Salazar en 1958. Cet énorme monolithe, qui met en scène des explorateurs de renom, des cartographes, des navigateurs et des missionnaires. Ceci est un exemple de comment l'histoire de la colonisation portugaise se réécrit.
Pour les académiciens et les activistes, le discours qui a surgi pendant la dictature de Salazar perdure dans la société portugaise, et dans cette narration on y mélange l'orgueil d'un passé colonialiste et expansionniste avec le déni d'un racisme internalisé.
Certains incidents récents ont réveillé les débats sur le racisme dans le pays. La première exposition artistique qui commémore la vie des esclaves africains au Portugal fait face au rejet des autorités locales : en juillet, des critiques ont surgi contre le maire de Lisbonne pour « boycotter » l'exposition. En septembre, pendant une visite du Canada, le président Marcelo Rebelo de Sousa a décrit l'identité portugaise avec des phrases qui, pour certains; ont évoqué le slogan du dictateur Salazar : Football, Fado et Fatima (les trois F qui, selon le régime, ont défini le pays : le sport, la musique (fado) et la vénération de la vierge Fatima). Après, en octobre, une activiste noire et anti-racisme, a reçu une amende pour diffamation contre un néo-nazi autoproclamé.
« De nombreuses personnes ont une vision positive de l'époque coloniale », affirme Leon Ingelse, enquêteur de l'Observatoire des médias civiques. « Les récits de l'époque de Salazar semblent être normalisés dans l'ensemble du spectre politique ».
Comment ce récit se propage dans les réseaux sociaux
Joacine Katar Moreira, politicienne portugaise née en Guinée Bissau, exprime sur le réseau X (ex Twitter) son désaccord avec la fierté de ses compatriotes concernant le passé colonial du Portugal.
Elle critique la façon dont « chaque référence nationale fait allusion au passé colonial du Portugal ». Par exemple le mot « navigatrices » (surnom de la sélection féminine de football). Elle demande si les Portugais sont également fiers d'autre chose.
La majorité des réponses qu'elle a reçues sont composées de haine et de racisme, observe Ingelse. Les commentaires disent que l'auteure est raciste pour dire ceci, qu'ils devraient l'expulser du pays et qu'elle est ingrate envers une nation qui l'accueille. Certains commentaires laissent noter la fierté du passé colonial.
Sa publication a reçu un score positif de +2 ou +3 dans le comptoir média de notre observatoire, parce que le message est antiraciste et en plus c'est important de discuter du racisme au Portugal. Cependant, elle devrait inclure plus d'information et de contexte.
L'article cité fait mention du lusotropicalisme, concept adopté par le dictateur Salaear pour revendiquer la fierté de l'identité historique du Portugal et maintenir les colonies africaines. Après la Seconde Guerre mondiale, le pays a reçu une grande pression pour changer son discours impérial et pour libérer les territoires de l'outremer.
Le Portugal a joué un jeu prépondérant dans l'histoire européenne de la colonisation et le trafique humain. Pendant le 15e siècle, le Portugal a lancé et ensuite dominé le marché transatlantique des esclaves, avec la capture et la relocalisation de pas moins de 6 millions d'Africains au Brésil, un nombre plus important que pour tout autre pays européen. Le Brésil est devenu indépendant en 1822, alors que la Guinée Bissau, le Cap Vert, Sao Tomé-et-Principe, l'Angola et le Mozambique ont obtenu leur liberté en 1974 et 1975 après de violentes guerres.
Après deux décennies au pouvoir, Salazar a commencé à adopter le concept de lusotropicalisme, développé apr le sociologue brésilien Gilberto Freyre. Jusqu'à ce moment, les politiciens portugais et les administrateurs des colonies pensaient que le colonialisme était une mission des blancs pour civiliser les « races inférieures ». Une révision historique a eu lieu.
La théorie du lusotropicalisme soutient que l'empire portugais était plus « humain » que les autres colons européens, par exemple les britanniques. Freyre et certains de ses contemporains ont affirmé que les portugais étaient intrinsèquement gentils, moins violents et plus ouverts à se mélanger avec les populations locales.
Rui Braga, chercheur au Tamera Peace Research & Education Center au Portugal, a écrit en 2020 que pendant les années 50 quand les empires coloniaux étaient étaient en pleine chute dans le monde, le régime a fait face à la nécessite de justifier sa présence coloniale en Afrique. Pour cela le récit sur le lusotropicalisme s'est intensifié, l'idéalisation du Portugal en tant que pays multiracial et pluricontinental avec une capacité innée de coloniser de façon agréable et non violente, et avec une attitude libérale face aux mariages et relations sexuelles interraciales.
Salazar a « supprimé la réalité du racisme et du colonialisme, et cette propagande de l'État se reflète sur les statues, les monuments et les livres historiques ». Toute voix opposée à cette nouvelle identité nationale était censurée.
Le lusotropicalisme à Eurovision
Pendant l'Eurovision de 1989, le groupe portugais de pop-rock Da Vinci a présenté le morceau « Conquistador ». Les paroles de la chanson sont un exemple concret du lusootropicalisme,
Braga et d'autres académiciens comme l'anthropologue Cristiana Bastos nous assurent que ce récit est toujours d'actualité. Elle écrit, « On pourrait dire que le lusotropicalisme est une curiosité du passé, mais qui continue de réapparaître ». En 2021, le conseil d'Europe a demandé au Portugal de faire face à son passé colonial et de commerçant d'esclaves pour aider à combattre le racisme actuel.
Aujourd'hui, les plus de 68 ans étaient déjà adultes à l'époque des guerres sanglantes avec les colonies africaines. Cette histoire récente pour expliquer un récit fréquent, qui peut même être implicite, qui soutient que le « Portugal a été un bon colonisateur ». Mais ce discours oublie la cruauté du génocide, la torture, l’esclavagisme, le génocide et l'exploitation, qui ont eu lieu pendant l'époque coloniale.
« Le lusotropicalisme a masqué la réalité crue et amère, passée et présente, et il continue d'apporter un langage, un refuge attractif qui permet à l'interlocuteur de se sentir bien, se sentir et croire spécial », écrit l'anthropologue Basto.
Comment ce récit continue d'être actif sur les réseaux sociaux
Cela fait 5 mois, un ré-éditeur anonyme a publié un même dans un fil de discussion appelé « shitposting » (avec plus de 2.6 millions de followers) qui compare le style de colonisation réalisé par les Portugais avec la colonisation réalisée par les Britanniques.
L'image de gauche montre une célèbre caricature brésilienne qui représente une femme indigène, « Kuruminha » amoureuse d'un colon portugais, avec un fond tropical. L'image de droite nous rappelle la chanson de Iron Maiden « The Trooper », et montre un colon britannique déshumanisé en train de commettre un génocide.
La publication a eu 11 000 répercussions positives, et on ne peut s'assurer que la popularité était seulement au Portugal ou aussi en dehors du pays. Les commentaires contiennent un mélange de racisme, des accusations de laver l'image des blancs et des discussions étendues sur « qui a été le meilleur colon ».
Ce sujet a obtenu un score de -3 (le plus bas possible) sur le dans le comptoir média de notre observatoire, déjà que le même divulgue de fausses informations à une grande audience, il montre des aborigènes et des esclaves qui « apprécient » la colonisation portugaise.
Ce récit nous amène à deux conclusions : « Le Portugal a été un bon colonisateur, donc les Portugais ne sont pas racistes », et le « racisme est un sujet politique installé par la gauche ». Ce dernier concept gagne du terrain, impulsé par les partis d'extrême droite comme Chega! et le parti Ergue-te. En 2020, Chega a organisé une manifestation pour déclarer que le Portugal n'est pas raciste.
Mais les autres partis politiques pensent le contraire. En juin 2023, le parti de la gauche PAN (Personnes, Animaux et Nature) a introduit un projet de loi pour étudier « les causes et conséquences du racisme institutionnel » au Portugal. Avec 5 partis pour et 2 contre (Chega et le parti socialiste, parti qui domine dans le pays) et une abstention, la proposition fut un échec. Chega a publié sur X que cette initiative est en ligne avec l'idée selon laquelle le racisme est un thème politisée par la gauche.
En 2024 on a célébré les 50 ans de la révolution des Œillets, qui a mis fin à la dictature au Portugal avec les guerres de colonies. Cependant, pour de nombreuses personnes, les discours du parti sont toujours là.
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Mamadou Ba condamné à une amende pour diffamation contre un néo-nazi inculpé
Mamadou Ba condamné à une amende pour diffamation contre un néo-nazi condamné
Leon Ingelsea participé à la rédaction de cet article.
« La situation va de mal en pis », a déclaré Mamadou Ba , fondateur de SOS Racisme , une organisation phare qui défend les droits humains des migrants et des personnes victimes de racisme au Portugal. Ba s'est entretenu avec Global Voices juste avant la démission du Premier ministre portugais Antonio Costa [fr] le 7 novembre, ouvrant la voie à des partis d'extrême droite comme Chega, largement connu pour son discours anti-immigration et raciste.
Ba considère que Chega, parti fondé en 2019, institutionnalise le racisme dans la structure politique du Portugal. « Ce que nous [militants] disons depuis 35 ans [depuis la création de SOS Racisme], c’est que le racisme n’a jamais cessé d’exister. Mais avant, [le racisme] n'avait pas de bon interprète », dit Ba. Les choses pourraient commencer à changer maintenant.
Ba a dit:
La classe politique et les élites dans leur ensemble ont créé un tabou généralisé sur la question raciale. Il existe une continuité historique concernant le colonialisme dans les relations de pouvoir. Une illusion a été créée, basée sur le luso-tropicalisme [fr], selon laquelle le Portugal a surmonté l'aspect racial mieux que toutes les autres nations colonisatrices.
Né au Sénégal, Mamadou Ba est de nationalité portugaise et réside au Portugal depuis plus de 20 ans. Tout au long de cette période, il s'est engagé dans l'activisme antiraciste, jouant un rôle central – à travers SOS Racisme et d'autres organisations – dans la défense des droits des personnes racialement marginalisées aux niveaux national et européen. Il a également contribué à de nombreux projets de recherche universitaire en tant que consultant et a siégé à des conseils scientifiques. De 2015 à 2019, Ba a été membre du Conseil portugais de la Commission nationale pour l'égalité et contre la discrimination raciale.
Faire face aux récits coloniaux
La classe politique et les élites dans leur ensemble ont créé un tabou généralisé sur la question raciale. Il existe une continuité historique concernant le colonialisme dans les relations de pouvoir. Une illusion a été créée, basée sur le luso-tropicalisme [fr], selon laquelle le Portugal a surmonté l'aspect racial mieux que toutes les autres nations colonisatrices.
Par l'intermédiaire de son Observatoire des médias civiques communautaires (CMO), Global Voices a enquêté sur l'impact persistant des récits entourant le passé colonial du Portugal, en particulier ceux propagés pendant la dictature de Salazar et son « Nouvel État », qui a duré de 1933 à 1974.
Dans les dernières étapes du gouvernement de Salazar, les récits axés sur le « luso-tropicalisme » décrivaient l’empire colonial du Portugal comme plus humain et amical que les autres colonisateurs européens. Le colonialisme était perçu comme positif par les Portugais.
L'idée selon laquelle « le Portugal était un bon colonisateur » était un point central de la recherche et soulignait à quel point le luso-tropicalisme avait masqué les dures réalités du racisme, de l'esclavage, du génocide et de l'exploitation au cours de l'empire colonial portugais. Mamadou Ba a joué un rôle central dans l'enquête, en s'opposant au racisme en défendant des récits tels que «Le Portugal ne s'occupe pas de son passé colonial ».
Pour Ba, l’idée de vaincre le racisme est devenue un exercice rhétorique pour éviter de faire quelque chose de tangible à ce sujet. [Le racisme] n'a aucune expression institutionnelle sous la forme d'une protection des personnes [qui en souffrent », dit-il.
Il estime qu’il existe un dilemme en Occident : pour qu’une démocratie soit complète, il ne peut y avoir de racisme en son sein. Par conséquent, maintenir une idéologie dans laquelle les gens continuent d’être identifiés comme inférieurs pour des raisons raciales est ce qu’il appelle une « démocratie raciale ».
«La colonialité est permanente au Portugal. Ce pays fêtera ses 50 ans de démocratisation le 25 avril [2024]. Mais en même temps, il a décidé de donner un nouveau sens aux armoiries de l'empire colonial», souligne Ba.
Plus tôt cette année, lors de la rénovation de la Praça do Imperio (« Place Impériale »), Lisbonne a fait marche arrière sur la suppression des armoiries qui représentaient les provinces coloniales à la demande d'un groupe de citoyens.
Ba demande : « Allons-nous célébrer la démocratisation ou le colonialisme ?»
Un néo-nazi ayant un casier judiciaire chargé a gagné un procès contre Ba
En octobre 2023, un tribunal de Lisbonne a condamné Mamadou Ba à payer une amende de 2 400 euros après l'avoir reconnu coupable de diffamation envers Mario Machado, un célèbre dirigeant néo-nazi portugais qui a des liens avec l'ancienne direction de Chega. En 2020, Ba a accusé Machado sur X d'être impliqué dans le meurtre d'Alcindo Monteiro, un Noir du Cap-Vert tué en 1995 par des skinheads lors d'une attaque raciste.
Machado était le chef du groupe skinhead qui a tué Monteiro et a été condamné à quatre ans de prison pour avoir attaqué cinq autres Noirs la même nuit. Il a ensuite été condamné à sept ans de prison pour enlèvement, vol et coercition, en plus d'avoir un lourd dossier d'« exercice continu d'extrémisme xénophobe et de recours à la violence », selon les tribunaux . Mario Machado, qui continue d'être actif dans les mouvements d'extrême droite, a intenté une action en diffamation contre Ba et a gagné.
L'affaire a soulevé des inquiétudes concernant le racisme structurel au Portugal, SOS Racismo affirmant que le système judiciaire tente de faire taire les voix en faveur de la démocratie. Le tribunal a statué que la déclaration de Ba était fausse et portait atteinte à l'honneur de Machado, puisque Machado n'avait pas été condamné pour le meurtre de Monteiro en soi.
L'avocat de Machado a salué la décision car elle montre que « l'État de droit était libre de toute pression politique ». L'avocat de Ba a déclaré son intention de faire appel de la décision, éventuellement en portant l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme et en alléguant que l'État avait permis à l'extrême droite d'infiltrer ses institutions.
La philosophe Luísa Semedo a écrit dans Público qu'elle constate une tendance récurrente dans les discussions autour du procès de Mamadou Ba, où les gens sont d'accord avec lui tout en soulignant également les défauts perçus dans ses actions. Selon l'auteur, cela reflète l'incorporation de la violence de l'oppresseur dans la société portugaise, ce qui donne l'impression que l'activisme des opprimés est perturbateur.
La déclaration publique de SOS Racisme indique qu'ils « rejettent les tentatives (…) d'assimiler l'antiracisme au racisme, qui n'est rien d'autre qu'un stratagème visant à banaliser et normaliser le racisme ».
Mamadou Ba estime que les Noirs doivent être considérés comme faisant partie de l'histoire et de la vision collective de la société portugaise, de « l'imaginaire collectif » (imaginário coletivo), au lieu d'être ignorés et exclus des récits du pays.
« Il faut contester la mémoire. Les Noirs comme moi doivent intégrer l'imaginaire collectif. Mais cela prendra beaucoup de temps », ajoute-t-il.
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« Des réparations doivent être faites pour la traite négrière »
Des esclavagistes emmenant des captifs à bord d'un navire négrier sur la côte ouest de l'Afrique. Image de Joseph Swain de Wikimedia Commons ( CC BY-SA 4.0 DEED )
[Sauf indication contraire tous les liens mènent vers des pages en anglais]
Les blessures de l’esclavage, du colonialisme et leurs héritages durables restent intacts en Afrique. Aujourd’hui, un mouvement en plein essor se construit à travers le continent et dans la diaspora pour exiger réparation et justice pour ces crimes historiques.
Il est temps de reconnaître ouvertement qu’une grande partie de l’Europe et des États-Unis a été bâtie à partir de l’immense richesse récoltée grâce à la sueur, aux larmes, au sang et aux horreurs de la traite transatlantique des esclaves et des siècles d’exploitation coloniale. Peut-être devrions-nous également admettre qu’il n’est pas facile de construire des sociétés confiantes et prospères à partir de nations qui, pendant des siècles, ont vu leurs ressources naturelles pillées et leurs habitants commercialisés comme des marchandises. Pendant des siècles, le monde a été réticent et incapable de faire face aux réalités des conséquences de la traite négrière.
Mais, a-t-il ajouté, la situation évolue progressivement et le moment est venu de mettre le sujet des réparations au premier plan :
Certes, les générations actuelles ne sont pas celles qui ont pratiqué la traite des esclaves, mais la subvention de l'entreprise humaine restera parrainée et délibérée dans ses avantages, qui sont clairement imbriqués dans l'architecture économique actuelle des nations qui l'ont conçue et mise en œuvre. Des réparations doivent être versées pour la traite des esclaves.
Un mois plus tard, le Sommet Advancing Justice: Reparations & Racial Healing , financé par l’ Equitable Recovery Initiative de la Fondation MacArthur , s'est tenu à Accra. Selon un rapport d'Africa Feeds , le président Akufo-Addo a réitéré son appel à des réparations, citant des exemples de réparations accordées aux Amérindiens, aux familles japonaises-américaines et aux Juifs qui ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a déclaré : « Les Amérindiens ont reçu et continuent de recevoir des réparations ; les familles japonaises-américaines, incarcérées dans des camps d’internement en Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale, ont reçu des réparations. Le peuple juif, dont six millions ont péri dans les camps de concentration de l’Allemagne hitlérienne, a reçu des réparations [fr], notamment des subventions et un soutien à leur patrie.
Un article du New York Times a souligné les résultats de certaines de ces réparations et en a tiré les leçons qui pourraient être utiles.
La Conférence panafricaine sur les réparations s'est tenue conjointement à Accra, au Ghana, le 14 novembre, par les pays de l'Union africaine (UA) et de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Les membres de la conférence ont plaidé en faveur de réparations pour les injustices commises contre les Africains lors de la traite transatlantique des esclaves , de l'apartheid, de la ségrégation, du colonialisme, du néocolonialisme et du néolibéralisme. Des représentants des pays africains, des groupes de la société civile et de la diaspora africaine se sont réunis pour discuter de solutions constructives, conduisant à la création d'un fonds mondial pour soutenir la campagne et à la rédaction d'une proclamation, comme le rapporte le Guardian .
Les pays de la région des Caraïbes, profondément touchés par la traite transatlantique des esclaves, réclament depuis longtemps des réparations.
La Commission des réparations de la CARICOM (Communauté des Caraïbes et Marché commun), sous la direction du professeur Sir Hilary Beckles , a été à l'avant-garde de ce mouvement, cherchant une réparation au-delà de la simple compensation financière. Cette campagne met l'accent sur l'importance d'actions telles que le soutien aux initiatives en matière d'éducation et de soins de santé dans les Caraïbes.
Le professeur Beckles, partisan de longue date des réparations, propose la création par la Grande-Bretagne d’un mécanisme semblable au Fonds juif de réparation. Il souligne que la justice réparatrice n’est pas une question d’aumône, mais c'est plus important, car il s'agit de favoriser un partenariat de développement collaboratif entre la Grande-Bretagne et les Caraïbes.
En réponse au plaidoyer de la Commission des réparations de la CARICOM, un accord historique sur les réparations liées à l'esclavage a été signé entre l'Université de Glasgow et l'Université des Antilles. Toutefois, la commission maintient que des mesures supplémentaires sont nécessaires. Les arguments des Caraïbes en faveur des réparations ont été longuement discutés lors d'un entretien [fr] diffusé en direct avec Sir Hilary au Bocas Lit Fest à Port of Spain, Trinidad en octobre 2020. La campagne de la commission a mis en évidence les effets durables de la traite transatlantique des esclaves et les effets Ce système inhumain continue d'avoir, au-delà des dommages psychologiques causés à ses descendants, des répercussions économiques, culturelles, démographiques, politiques et écologiques. Cet argument trouve un écho auprès de nombreux citoyens caribéens, comme en témoigne le fait que le couronnement du roi Charles a suscité un intérêt minime (autre que sa position sur les réparations) et la visite dans la région du duc et de la duchesse de Cambridge, du prince William et de son épouse Catherine, s'est avéré controversé .
Le Fort de Cape Coast [fr] au Ghana, avec sa poignante « porte de non-retour », est un rappel obsédant de la traite [fr] transatlantique des esclaves , où des millions d'Africains ont traversé l'Atlantique et ont été vendus comme esclaves il y a plus de 400 ans.
Reconnaissant le rôle historique des vendeurs africains et des acheteurs occidentaux dans la traite des esclaves, Ondiro Oganda, présentateur d'un média kenyan, a expliqué :
La politique des Africains qui vendent entre en jeu ; on pourrait affirmer qu’en vertu d’une obligation morale, les acheteurs avaient le choix de refuser d'y participer. Cependant, la réalité est que beaucoup se sont engagés volontairement. Tout en reconnaissant la responsabilité des actions des quelques Africains qui se sont engagés dans ces transactions, nous ne pouvons ignorer le fait historique selon lequel les Africains ont été expulsés de force du continent pour devenir esclaves.
Elle a ajouté que :
… nos ressources ont été continuellement extraites du continent, souvent dans le cadre de transactions dans lesquelles nous pourrions être manipulés ou aveuglés, bénéficiant et contribuant finalement à la croissance des économies occidentales.
Au moins12 millions d’Africains ont été transportés de force entre le XVe et le XIXe siècle, et des millions sont morts lors de raids, pendant le transport ou dans des conditions inhumaines sur des navires négriers.
Les effets de cette histoire dévastatrice et des institutions coloniales extractives continuent aujourd’hui de limiter le progrès socio-économique en Afrique. Les réparations visent à reconnaître les torts commis, à compenser les pertes et à démanteler les systèmes injustes pour permettre la guérison et le progrès. Voici un documentaire sur la traite transatlantique des esclaves :
Lors de la conférence, la vice-présidente de la Commission de l'Union africaine, le Dr Monique Nsanzabaganwa [fr], a déclaré que la demande de réparations « n'est pas une tentative de réécrire l'histoire ou de poursuivre le cycle de victimisation » :
C'est un appel à reconnaître la vérité indéniable et à réécrire les torts qui sont restés impunis pendant trop longtemps et qui continuent de prospérer à l'heure actuelle.
En plus des pressions en faveur des réparations, il existe également un appel au retour des objets volés aux pays africains pendant le régime colonial. Le président Akufo-Addo a déclaré qu'il s'agissait d'une préoccupation majeure :
Nous devons exiger le retour des biens culturels africains qui ont été transportés illégalement et sans vergogne depuis le continent. Cette reconnexion du présent et du passé contribuera également à construire de nouvelles relations avec la communauté internationale, en particulier avec celle de l'Europe, principale responsable du vol initial des biens culturels.
Alors que certains pays occidentaux, dont l'Allemagne et la France, ont reconnu les torts commis pendant l'ère coloniale etont commencé à restituer les objets volés à l'Afrique , d'autres ont tardé à agir. En mai de l'année dernière, l'Allemagne a accepté de verser à la Namibie 1,1 milliard d'euros (1,2 milliard de dollars) en réparation du génocide commis pendant son occupation à l'époque coloniale.
Alors que le Ghana mobilise le reste du continent pour réclamer des réparations, les récentes manifestations sont remarquables, car elles ont également mis en lumière les défis intérieurs. Le mois dernier, plusieurs Ghanéens se sont rassemblés devant Jubilee House , le palais présidentiel d'Accra, pour une manifestation pacifique contre la crise économique que traverse leur pays. Le coût de la vie élevé et l'inflation qui monte en flèche, atteignant environ 42,19 pour cent et le ratio dette/PIB de plus de 80 pour cent, ont alimenté les tensions dans le pays.
En conséquence, commentant l'appel du président Akufo-Addo aux réparations pour la colonisation et l'esclavage, le journaliste Ondiro Oganda a souligné que les dirigeants africains doivent non seulement défendre la cause du continent sur la scène internationale, mais aussi être attentifs aux défis auxquels leurs peuples sont confrontés au niveau international.
";s:7:"dateiso";s:15:"20231218_185302";}s:15:"20231213_171809";a:7:{s:5:"title";s:98:"Maroc : les Amazighs à la recherche d'une présence civique par le biais des droits linguistiques";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/12/13/284200/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=284200";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 13 Dec 2023 16:18:09 +0000";s:11:"description";s:186:"Le respect des droits linguistiques des amazighs favorise leur intégration sociale et l'expression libre de leur culture et identité, ce qui se traduit par un engagement civique accru.";s:7:"content";s:22593:"
Le parcours des Amazighs après la reconnaissance de leurs droits linguistiques
« Amazigh » illustré en langue amazighe, avec pour toile de fond le Parlement marocain. Créé par Noran Morsi pour Global Voices.
Cet article a été écrit par Mohammed Udern. Il fait partie d’un projet de recherche sur la liberté d’expression et l’accès à l’information dans des espaces civiques à travers six communautés linguistiques dans la région de MENA.
Enfant, Mohammed Ait Amghar, un commerçant de la région d’Azilal au Maroc, ne parlait que sa langue maternelle, l’amazighe. En 1982, à l’âge de huit ans, alors qu’il se sentait mal en classe, son professeur lui a demandé avec sarcasme dans un arabe marocain familier (Darjah) : « As-tu mangé du bran de son ? », faisant référence à l’alimentation du bétail. Mohammed, dont les connaissances étaient limitées en arabe, ne comprit pas bien la question ainsi que le sarcasme qu’elle contenait, et répondit naïvement « oui ». Cet incident lui valut des persécutions de la part de ses camarades de classe à l’école, et impacta profondément sa vie, comme il l’a raconté à Global Voices :
Les locuteurs de l’amazighe font souvent face à des situations difficiles, particulièrement dans leurs interactions avec les communautés arabophones. Ceci peut provoquer chez eux un sentiment d’intimidation et de découragement à utiliser leur langue maternelle. Par conséquent, ils développent une aversion à la parler publiquement.
L’officialisation des langues étrangères telles que le français et l’arabe, en plus des facteurs socio-économiques modernes, a conduit plus tard à la marginalisation de la langue et de la culture amazighes, limitant de ce fait leur présence dans la vie publique et, par ricochet, leur accès à l’information et aux services. En conséquence, l’amazighe est passée d’un outil de communication pratique à un symbole d’identité pour le peuple amazigh.
L'amazighe en bref
Nombre de variantes amazighes : 40
Nombre de dialectes : 5
Les dialectes sont entre autres : à l’est (Ghadames-Nafusi), au nord (Kabyle-Rif-Tashlhhiyt), à l’ouest (Azennag et Tetserret), Tuareg (Tamahaq-Tamajeq-Tawellemet), et Guanches.
Nombre de pays où l’amazighe est parlé : 13
Ces pays sont : Maroc, Algérie, Libye, Mali, Niger, et bien d’autres. Elle est également présente dans les pays étrangers tels que la France, le Canada et d’autres.
L’impact de l’insécurité de la lingue amazighe sur la participation civique au Maroc
La langue est un outil de communication puissant qui reflète l’identité culturelle et l’appartenance sociale. Elle joue un rôle crucial dans l’accès et l’échange des informations, en favorisant le partage des connaissances. Dans un entretien accordé à Global Voices, le Dr Abdullah Bouzndag, un expert en sociolinguistique et didactique de l’amazighe à l’Institut Royal de la Culture Amazighe, a relevé l’intégration inadéquate de l’amazighe dans la société marocaine :
L’accès à l’information est un droit fondamental pour tous les amazighophone du pays, reconnu par toutes les conventions internationales sur les droits de l’Homme. Malheureusement, il est souvent inadéquatement assuré dans l'administration et les services publics, même si son inclusion ne nécessite pas d’importantes ressources financières.
Les locuteurs amazighs monolingues sont confrontés à des difficultés lorsqu’ils tentent de s’intégrer dans la société et de participer à des activités civiques. Ces difficultés découlent de leur accès limité au savoir et aux services publics en raison de l’absence de leur langue maternelle dans la vie publique. Selon le Dr Bouzndag :
Il est naturel que la privation des droits culturels d’un groupe humain ait un impact négatif sur le comportement de ses membres. L’insécurité linguistique peut directement conduire au boycott des institutions, comme en témoigne le boycott des élections par le mouvement amazigh avant 2011. En outre, elle peut entraîner une réticence générale à participer à la vie politique, servant ainsi d’expression au mécontentement.
Un grand nombre d’associations amazighes, le Réseau de citoyenneté amazighe et le Parti démocrate amazigh marocain ont boycotté les élections législatives de 2007 en raison de « l’absence de reconnaissance de l’identité amazighe et de la langue amazighe dans la constitution, ainsi que de la marginalisation continue des préoccupations amazighes par l’État ».
Les obstacles à l’accès à l’information et aux services
Le Maroc a fait des progrès significatifs dans la reconnaissance et la promotion de la langue amazighe en établissant un cadre juridique pour soutenir son développement. Cependant, les engagements incohérents du gouvernement entravent sa croissance. Par conséquent, l’amazighe se heurte encore à des obstacles, notamment un soutien officiel et une intégration limités dans des secteurs clés tels que l’éducation, les soins de santé, le système judiciaire et les administrations publiques.
Au niveau individuel, les Amazighs ont des difficultés à communiquer avec les institutions gouvernementales en raison de l’absence d’informations et de services en amazighe. Cela entrave leur participation aux affaires publiques, car ils ont du mal à comprendre les lois et les procédures gouvernementales, ce qui entraîne leur marginalisation et leur intégration limitée dans les communautés urbaines. Pour surmonter ces obstacles, il faut maîtriser l’arabe ou le français.
En outre, les barrières linguistiques affectent considérablement les perspectives d’emploi de ceux qui parlent principalement l’amazighe. Les exigences en matière de maîtrise du français dans les secteurs public et privé entravent les possibilités d’emploi formel, poussant de nombreuses personnes vers des emplois informels et mal rémunérés tels que l’agriculture et la construction. L’absence d’un cadre officiel pour les services, l’information et les opportunités d’emploi exacerbe les taux de chômage élevés et les difficultés économiques au sein de la communauté amazighe.
Lutte pour l’égalité des chances
Le Maroc a fait des progrès significatifs dans la reconnaissance et la promotion de la langue amazighe en établissant un cadre juridique pour soutenir son développement. Cependant, les engagements incohérents du gouvernement entravent sa croissance. Par conséquent, l’amazighe se heurte encore à des obstacles, notamment un soutien officiel et une intégration limités dans des secteurs clés tels que l’éducation, les soins de santé, le système judiciaire et les administrations publiques.
Au niveau individuel, les Amazighs ont des difficultés à communiquer avec les institutions gouvernementales en raison de l’absence d’informations et de services en amazighe. Cela entrave leur participation aux affaires publiques, car ils ont du mal à comprendre les lois et les procédures gouvernementales, ce qui entraîne leur marginalisation et leur intégration limitée dans les communautés urbaines. Pour surmonter ces obstacles, il faut maîtriser l’arabe ou le français.
En outre, les barrières linguistiques affectent considérablement les perspectives d’emploi de ceux qui parlent principalement l’amazighe. Les exigences en matière de maîtrise du français dans les secteurs public et privé entravent les possibilités d’emploi formel, poussant de nombreuses personnes vers des emplois informels et mal rémunérés tels que l’agriculture et la construction. L’absence d’un cadre officiel pour les services, l’information et les opportunités d’emploi exacerbe les taux de chômage élevés et les difficultés économiques au sein de la communauté amazighe.
L’une de ces histoires a été communiquée à Global Voices. Le grand-père d’Othman, Si Hassayen d’Azilal a été condamné par contumace à la fin des années 1990 dans une affaire de litige foncier, alors qu’il était présent dans la salle d’audience. Son incapacité à comprendre le marocain familier utilisé au cours de la procédure a conduit à ce résultat malheureux. Il a déclaré :
Bien que nous ayons ri de cet incident au sein de la famille, il était vraiment injuste pour mon grand-père. Il a été malmené par l'un des employés du tribunal qui lui a demandé d'un ton moqueur : « Êtes-vous analphabète ? Vous ne connaissez pas l'arabe ? »
Les rapports des Nations unies font état d’un déclin significatif du nombre de locuteurs amazighs au Maroc. Certains dialectes ont déjà disparu ces dernières années, comme la langue amazighe d’Ait Rowadi dans la région d’Azilal. D’autres dialectes, comme la langue des Oasis dans la région orientale, sont également en voie d’extinction, avec seulement quelques milliers de locuteurs restants.
Une évolution positive du statut de l'amazighe
Le web 2.0 a déclenché une révolution dans la mise à disposition d’informations en langue amazighe, en particulier chez les jeunes. Ils peuvent désormais communiquer facilement dans leur langue maternelle grâce aux plateformes de médias sociaux et aux canaux numériques tels que YouTube. En conséquence, la sensibilisation à l’identité amazighe s’est considérablement accrue à tous les niveaux au Maroc, y compris au sein des institutions officielles et des mouvements politiques amazighs, ce qui a conduit à des progrès et à des réalisations significatifs.
Néanmoins, il existe une disparité notable entre la société civile amazighe et le secteur officiel en ligne. La représentation de la langue amazighe sur les sites web du secteur public reflète cette réalité. Les sites officiels amazighs ont un contenu limité, une qualité médiocre et de nombreuses fautes d’orthographe, ce qui les rend impopulaires au sein de la communauté amazighe. Par exemple, bien que le site officiel du Premier ministre soit disponible en arabe, en français et en amazigh, le contenu amazigh n’a pas été mis à jour depuis des années, malgré l’importance de l’engagement avec les citoyens.
Le Maroc a progressé en matière de réconciliation interne en modifiant les lois pour répondre aux demandes des locuteurs amazighs. Toutefois, la mise en œuvre effective de ces lois reste un défi. Le respect des droits de la langue amazighe et la promotion de l’égalité linguistique favoriseront l’intégration sociale et donneront aux locuteurs amazighs la liberté d’exprimer ouvertement leur culture et leur identité, et leur permettront de participer plus activement à la vie civique.
Ait Amghar estime que les droits des Amazighs au Maroc ont beaucoup progressé depuis l’incident qui s’est produit lorsqu’il avait huit ans :
Le statut de la langue amazighe au Maroc a beaucoup évolué. Les choses se sont vraiment améliorées depuis ! Aujourd'hui, elle est officiellement reconnue et enseignée dans les écoles. Même s'il y a encore des défis à relever en termes de mise en œuvre.
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Les femmes héritent des connaissances de leurs mères et de leurs grands-mères.
Ce magnifique mokha du district de Sunsari, dans l'est du Népal, sera bientôt détruit en raison de l'élargissement de la route. Photo par Sanjib Chaudhary. Utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
Dans les plaines du sud du Népal, les paysages villageois étaient autrefois dominés par des maisons aux murs de bambou et de boue, aux toits de chaume et de tuiles. Dans l'est du Népal, en particulier, les maisons des Tharus étaient décorées de magnifiques œuvres d‘art mokha sur les murs en terre. Cependant, comme les maisons traditionnelles en terre du Népal sont remplacées par des maisons en béton, ce célèbre art est sur le point de disparaître.
Selon le recensement national de la population et du logement de 2021, plus de 50 % des maisons au Népal ont des murs en ciment, tandis qu'environ 30 % des maisons ont des murs en briques ou en pierres liées par de la boue. Seulement 11 % des maisons ont des murs en bambou, sans parler des 3,9 % de maisons avec des toits de chaume et des 9,2 % de maisons avec des toits en tuiles.
Des générations d'art mokha
Dans les districts de Sunsari et Morang, à l'est du Népal, les Tharus créent des dessins et des motifs complexes à l'aide d'un mélange d'argile et de son de riz, de bouse de vache, de paille et de jute, connu sous le nom d'art mokha.
Les artistes, pour la plupart des femmes, fabriquent un mélange d'argile et de jute, comme le montre cette vidéo YouTube produite par Vision Nepal. Des couches d'argile sont appliquées sur les murs, formant divers motifs géométriques et floraux, y compris des représentations d'oiseaux tels que des paons et des perroquets. Une fois le motif sec, il est peint avec des couleurs naturelles, remplacées par les couleurs que l'on trouve aujourd'hui sur le marché.
Art mokha, appelé « payar », provenant d'une maison du district de Saptari, dans l'est du Népal. Photo de Sanjib Chaudhary. Utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
De même, dans les districts de Saptari, Siraha et Udaypur, les artistes utilisent un mélange d'argile, de son de riz et de bouse de vache qu'ils appliquent sur les murs en bambou avec de la paille. Ils appliquent des couches de ce mélange pour créer des motifs géométriques et floraux, notamment des paons, des perroquets et des éléphants. Une fois le motif sec, il est peint avec de l'argile blanche naturelle avant d'appliquer d'autres couleurs naturelles – argile ocre et rouge, et suie noire, entre autres. Cet art, une forme de mokha, est appelé « payar ».
Le blogueur Lex Limbu a publié un message sur X (anciennement Twitter) :
Cet art, avec ses techniques, ses procédés, ses motifs et ses dessins, a été transmis d'une génération à l'autre. Les femmes héritent généralement de ce savoir de leurs mères et de leurs grands-mères.
« Il a été transmis de génération en génération au sein de la famille rurale, généralement – mais pas toujours – par les femmes », écrivent Kurt W. Meyer et Pamela Deuel, qui ont passé environ quatre ans à visiter près de 300 villages tharu. Il n'y a pas d'écoles, pas de collèges d'art, pas de professeurs qui leur disent ce qui est « bien » et ce qui est « mal » – c'est pour cette raison que nous l'appelons « l'art sans artistes ».
Art pour décorer les portes et les fenêtres
L'art Mokha et d'autres formes de décorations murales sont généralement créés pendant les festivals et pour des occasions spéciales telles que le mariage.
« L'art Mokha est réalisé sur les côtés droit et gauche de la porte principale et autour des fenêtres », écrit Bishnu Prasad Chaudhary dans son livre Tharu Lok Kala (Tharu Folk Arts). « L'ajout de jute et de coton à l'argile minimise les craquelures des motifs. »
De même, l'ajout de lait aux couleurs avant de les appliquer sur les motifs permet aux couleurs de ne pas s'estomper rapidement. Les femmes artistes décorent également les piliers avec ces motifs artistiques.
« Une maison bien décorée, exposant l'art du mokha, est toujours connue comme une maison ayant des femmes chanceuses », écrit l'artiste S.C. Suman. « La prospérité règne dans une maison dotée de mokha. Selon une croyance populaire chez les Tharus, s'il n'y a pas de mokha dans la maison de quelqu'un, un demi-kilo de riz est perdu chaque jour ».
La modernisation réduit à néant l'art traditionnel
Pramila Biswas, de Labipur, dans le district de Sunsari, au sud-est du Népal, est fière de montrer l'art du mokha réalisé par sa belle-mère, Jhalaiya Biswas. « La plupart des maisons de notre village étaient décorées avec l'art mokha », a déclaré Mme Biswas lors d'un entretien avec Global Voices. « Cependant, comme les maisons traditionnelles sont remplacées par des maisons en béton, il ne nous reste plus que quelques maisons avec de l'art mokha ».
Art mokha du village de Labipur, dans le district de Sunsari, à l'est du Népal. Photo de Sanjib Chaudhary. Utilisée avec l'autorisation de l'auteur.
« Comme la municipalité est en train d'agrandir la route, l'art mokha sur les murs de ma maison sera enlevé », a déploré Kishni Majhi du même village.
En raison de la lourdeur du processus de fabrication de l'art mokha et de l'effort laborieux nécessaire pour entretenir l'art mural – de nombreux artistes doivent réappliquer les couleurs plusieurs fois par an -, de nombreuses familles abandonnent l'art et optent pour de simples murs de briques.
« Nous continuerons à entretenir l'art mokha dans notre maison », a déclaré Hom Narayan Chaudhary de Duhabi, Sunsari. « Cependant, nous ne sommes pas sûrs que nos enfants les conserveront intactes. »
Non seulement les maisons de Labipur sont menacées d'extinction, mais la plupart des maisons traditionnelles des villages tharu des plaines méridionales du Népal connaissent le même sort. Si des mesures adéquates ne sont pas prises pour sauvegarder cet art folklorique tharu exquis, il est voué à disparaître à jamais.
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Les féminicides augmentent, tandis que la réponse de l'État sonne creux
Le 13 septembre, un tribunal à Istanbul s'est prononcé contre la fermeture d'une plateforme en ligne locale populaire, « Nous mettrons fin aux féminicides,» qui documente la violence faite aux femmes. La plateforme en ligne avait déjà fait l'objet de poursuites en décembre 2021, pour «avoir exercé des activités illégales et immorales.» Une victoire rare pour les militants pour les droits des femmes, dans un pays où, en 2023 seulement, 362 femmes sont décédées suite aux violences qu'elles ont subies selon Anitsayac, une autre source en ligne.
Le nombre élevé de fatalités n'a pas modifié la décision du parti au pouvoir, Justice et Développement (AKP), de réintégrer la Convention d’ Istanbul, de laquelle le pays s'était retiré en mars 2021 suite au traité que le parti au pouvoir avait qualifié de «normalisation de l'homosexualité.» En outre, s'adressant à une université d'Istanbul le 25 novembre, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a affirmé catégoriquement que le retrait de la convention n'avait pas affecté négativement le problème de la violence contre les femmes.
Les militants pour les droits des femmes ne sont pas d'accord, et comme par le passé, un grand nombre de femmes et d'organisations pour les droits des femmes se sont rassemblées à travers la Turquie le 25 novembre, la journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes, pour rappeler à l'État que la violence contre les femmes est un problème pressant.
Défilés annuels interdits
Plusieurs bureaux des gouverneurs ont pris des mesures visant à empêcher les femmes de défiler le 25 novembre. À Istanbul, le bureau du gouverneur a fermé des stations de métro, tandis qu'à Diyarbakir, les manifestations étaient totalement interdites. Les années précédentes, la police avait exercé une répression violente sur les manifestants. Cette année n'a pas fait exception. Selon des témoignages, des militants pour les droits des femmes ont été arrêtés dans plusieurs provinces le jour des manifestations.
La violence n'est pas le seul problème auquel les femmes doivent faire face en Turquie. en octobre 2023, Kübra Öztürk Örenli, la première femme de Turquie à obtenir les titres internationaux de maître et grand maître d'échecs, et membre de l'équipe nationale d'échecs, a fait l'objet d'une suspension de salaire et a été radiée de la fédération quand il a été révélé qu'elle était enceinte. Quand Örenli a fait part de sa suspension, la Fédération turque d'échecs a déclaré qu'il s'agissait d'un «malentendu.»
Le pays souffre aussi d'un taux croissant de mariages précoces. Selon un rapport de Gazete Duvar, une plateforme d'informations en ligne, plus de 130 000 mineures ont été mariées en Turquie durant ces dix dernières années.
Selon un rapport sur les droits des travailleuses publié le 25 novembre, 1379 femmes ont été tuées sur leur lieu de travail depuis 2013. Ce rapport a aussi mis en évidence d'une part le fait que le chômage des femmes constitue une forme de violence économique, et d'autre part que des conditions de travail difficiles telles que le manque de mécanismes de santé et de sécurité, le harcèlement sexuel, la discrimination, et d'autres formes de violence au travail, sont toutes des formes de violence envers les femmes.
Des mesures gouvernementales inadéquates
Le 25 novembre, le président Recep Tayyip Erdoğan a signé une circulaire promettant de mettre en place des mesures pour combattre la violence envers les femmes. Dans cette circulaire contenant 17 points, publiée dans le journal officiel à minuit, il a été annoncé que le «Comité de surveillance de la violence envers les femmes» serait remplacé par «le Conseil de coordination pour combattre la violence envers les femmes.» Parmi les autres mesures annoncées se trouvent la continuation des mesures légales et administratives pour l'application effective des lois sur la prévention de la violence sexiste, des ressources pour faciliter l'accès des victimes à la justice et des mesures visant à assurer l'amélioration de l'information et la prise de conscience des institutions et des organisations publiques concernant la violence sexiste au sein du personnel public.
«Nous avons la conviction que le Conseil de coordination pour combattre la violence envers les femmes, que nous établissons avec la nouvelle circulaire, exercera des activités dignes du Siècle de la Turquie,» a déclaré Erdoğan à une université d'Istanbul.
Ses détracteurs, cependant, voient la circulaire comme une solution palliative. Par exemple, les ordonnances de restriction et les mesures de protection pour les victimes de violence ne sont pas traitées de façon adéquate en Turquie; par conséquent, quand la circulaire promet «zéro tolérance pour la violence», pour eux, cela sonne creux.
«les circulaires ne sont pas une solution contre la violence,» a déclaré İlke Işık, une avocate qui défend les droits des femmes. Tandis que le président du barreau d'Istanbul, Filiz Saraç, a déclaré en réponse à la circulaire, que c'était une indication de la difficulté de l'État à comprendre en quoi consiste la lutte contre la violence envers les femmes:
La violence envers les femmes et le nombre de féminicides continuent de croître dans notre pays. La violence envers les femmes vient de l'inégalité entre les sexes et de la discrimination contre les femmes. La responsabilité d'assurer la sécurité des personnes en prévenant la violence envers les femmes est la responsabilité de l'État. La législation adoptée et les mesures préventives prises contre la violence ne sont pas efficaces. C'est pourquoi aucune loi, régulation ou circulaire ne peut prévenir le nombre croissant de féminicides.
L'opposition principale en Turquie, la vice-présidente du parti du peuple républicain Aylin Nazlıaka, a déclaré que la circulaire «ne peut nous duper en ajoutant trois ou quatre bons éléments.» Aylin Nazlıaka invite plutôt l'État à resigner sans tarder la convention d'Istanbul.
Fidan Ataselim, secrétaire général de la plateforme «Nous mettrons fin au féminicide», a déclaré lors d'une manifestation à Istanbul le 25 novembre, «le nombre de féminicides est en hausse. Des hommes tuent des femmes chaque jour. Malheureusement, elles ne sont plus seulement assassinées. Ces meurtres sont déguisés en suicide. Des femmes sont régulièrement poussées par la fenêtre ou du balcon. Les enquêtes ne sont pas menées sérieusement. En d'autres mots, en enterrant les cadavres des femmes, ils enterrent aussi la vérité. Nous remettrons ces morts suspectes à leur ordre du jour. Nous n'accepterons jamais un soi-disant suicide s'il est suspect. Nous mettrons fin au féminicide.»
Fidan Ataselim a également critiqué la remarque du Président selon laquelle le retrait de la Convention n'aurait pas eu un impact négatif sur la violence envers les femmes en Turquie:
Cette mentalité est honteuse si on considère que des femmes sont renvoyées des postes de police, car la Convention d'Istanbul n'existe plus. Ils devraient avoir honte pour les femmes qui n'ont pas été protégées et ont été assassinées, car on leur a dit «Il n'y a plus de Convention» et car la loi n° 6284 n'est pas appliquée.»
Avant les élections générales de mai 2023, l’ AKP et son dirigeant se sont alliés à de nombreux partis cherchant à démanteler les droits des femmes dans le pays, y compris en révoquant la loi 6284, qui protège les femmes contre la violence domestique. Cette loi a été adoptée en 2012.
L’ AKP a adopté un certain nombre de positions controversées contre l'égalité des sexes ces dernières années. Le parti au pouvoir a proposé de limiter le droit à l'avortement, la pilule du lendemain, et les césariennes. Erdoğan lui-même a une fois suggéré que les femmes ne peuvent pas être égales aux hommes, que les femmes doivent être mères, et que les familles devraient avoir trois enfants au minimum. En 2012, Erdoğan, Premier ministre à l'époque, avait assimilé l'avortement à un meurtre.
Par ailleurs, alors que les interruptions de grossesse sont encore légales en Turquie jusqu'à la dixième semaine et jusqu'à la vingtième en cas de risque médical, trouver un hôpital pour effectuer la procédure est devenu pratiquement impossible. En 2014, Erdoğan a accusé les féministes de ne pas comprendre la maternité. Durant un sommet à Istanbul, il a soi-disant déclaré, «certaines personnes peuvent comprendre cela et d'autres pas. Il n'est pas possible d'expliquer cela aux féministes car elles n'acceptent pas le concept de maternité.» Il a aussi déclaré que l'égalité des sexes est «contraire à la nature humaine» et que les femmes qui travaillent sont «déficientes.» Plus récemment, en janvier 2023, l'institution religieuse d'État de Turquie, qui s'est attaquée aux femmes par le passé, a déclaré que les femmes ne peuvent pas voyager seules.
Cette régression générale a aussi été reflétée dans le rapport du Forum économique mondial sur les inégalités entre les sexes. Selon le rapport du Forum le plus récent en 2023, la Turquie est classée 129e sur 146 pays analysés.
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Le gouvernement est accusé d’employer des tactiques qui créent un effet dissuasif
Le Président Yoon Suk Yeol et la Première dame Kim Keon Hee font leurs adieux avant leur départ vers le Royaume-Uni le 18 septembre 2022. Base aérienne de Séoul, Seongnam-si, Gyeonggi-do. Image de JEON HAN de la page Flickr du KOCIS. (CC BY-NC-SA 2.0 DEED).
Vous avez peut-être déjà entendu la métaphore de la grenouille bouillante.Le conte suggère qu'une grenouille dans une casserole d'eau chauffée lentement ne percevra pas le danger immédiat et finira par être bouillie vivante.Bien que cela ait été démystifié comme étant davantage un mythe qu’un fait scientifique, la métaphore reste puissante.
La Corée du Sud est reconnue comme un pays puissant sur les plans économique, politique et technologique. Les indices internationaux reflètent généralement cela, affichant des classements stables et cohérents, sans fluctuations significatives. Cependant, cet article vise à mettre en évidence la récente régression du pays dans l’environnement des médias et de la liberté d’expression, un courant sous-jacent inquiétant qui n’est pas entièrement raconté dans les analyses mondiales.
Le gouvernement conservateur actuel, entré en fonction en mai 2022, a été accusé d’avoir recours à des stratégies ayant un effet dissuasif sur la liberté d’expression. Parmi la principale de ces accusations concerne les représailles à l'encontre des journalistes et des organes de presse qui critiquent le président Yoon Suk Yeol, la Première dame Kim Keon Hee et leurs ministres sous prétexte de diffuser de fausses nouvelles. Les rapports incluent des cas où des journalistes dissidents ont été interdits de points de presse et soumis à des enquêtes pour diffamation et ingérence électorale sur la base de leur couverture des malversations présumées de Yoon et Kim. Certaines situations ont même dégénéré en perquisitions au domicile et dans les bureaux des journalistes.
Cette approche de représailles a été connue d'avance en janvier 2022 lorsqu'une conversation téléphonique en fuite pendant la campagne présidentielle a montré que Kim menaçait d'incarcérer tous les journalistes opposés à son mari s'il était élu.
De plus, le président Yoon a publié un nombre sans précédent de décrets d'application, dépassant ainsi ses prédécesseurs dans la durée de leurs mandats. Dans le cadre législatif sud-coréen, alors que la constitution est la loi suprême et que les lois adoptées par l’Assemblée nationale incarnent des valeurs constitutionnelles, la législation administrative comme les décrets présidentiels sont des instruments exécutifs conçus pour rendre ces lois opérationnelles. Ces décrets, qui ne doivent pas entrer en conflit avec les lois supérieures, ont compétence sur toutes les affaires administratives. L’utilisation par Yoon de ces décrets lui a souvent permis de nommer des alliés à des postes influents, contournant ainsi l’exigence d’approbation de l’Assemblée. Le décret le plus récent, promulgué en octobre 2023, restreint les marches t rassemblements à proximité des bureaux présidentiels.
Le chef du Parti du Pouvoir du Peuple, dont le président Yoon est membre, a condamné certains médias libéraux, en affirmant que leurs reportages biaisés portent atteinte à la démocratie nationale et équivaut à une haute trahison et passible d'une peine de mort. Dans sa quête d’être arbitre de la vérité, le gouvernement envisage à gérer les narrations publiques, notamment en ce qui concerne sa gestion des catastrophes, tant naturelles qu’anthropiques. Parmi les incidents remarquables figurent l'écrasement tragique de la foule à Itaewon à Séoul, lors des festivités d'Halloween de 2022, qui a fait au moins 159 morts et 196 blessés, ainsi que les mesures inadéquates aux inondations de juillet 2023 à Osong et Yecheon, qui ont fait d'importantes victimes et la mort du caporal Marine. Les familles des victimes ont poursuivi inlassablement leur quête de responsabilisation, mais sans grand succès.
Les efforts narratifs du gouvernement s’étendent aux perspectives historiques. La position de l’administration Yoon reflète un changement significatif par rapport aux commémorations traditionnelles. La récente dépréciation de Hong Beom-do, un célèbre héros anticolonial qui a lutté contre l'occupation japonaise dans les années 1920, parallèlement à la glorification de Syngman Rhee, le premier président du pays connu pour sa politique anticommuniste stricte, indique une évolution vers un discours qui correspond plus étroitement aux intérêts américains et japonais. Cette réécriture de l’histoire marginalise non seulement l’héritage de la résistance contre l’occupation japonaise, mais semble également refondre stratégiquement le passé du pays pour faciliter les alliances géopolitiques contemporaines.
En réfléchissant à la grenouille proverbiale – et à un adage coréen similaire selon lequel on ne peut pas remarquer une bruine avant d’être trempé – chacun de ces changements politiques à lui seul ne semble pas être une menace immédiate, et aucun n’est ouvertement illégal ou autoritaire. Pourtant, leurs effets cumulés entraînent des inquiétudes quant à la stabilité démocratique du pays. À l’approche des élections nationales, le renforcement de l’emprise du gouvernement envers la dissidence publique et la surveillance des médias constituera un test crucial de l’engagement du pays envers les principes démocratiques et les libertés civiles.
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L'opposition voit dans la réélection de Rajoelina le triomphe de la corruption
Le président Andry Rajoelina et son épouse lors de la publication des résultats officiels des élections à la Haute Cour Constitutionnelle. Photo de Infomedia 261, utilisée avec permission
Au départ, 13 candidats étaient en lice mais suite au boycott de l'élection par l'opposition, seuls trois candidats ont fait campagne, dont Siteny Andrianasoloniaiko qui a recueilli 14,39% des voix; et Marc Ravalomanana, candidat favori dans l'opposition, qui arrive en troisième position avec 12,09% des voix malgré son appel initial au boycott.
Président depuis 2018, Rajoelina avait accédé une première fois au pouvoir pendant cinq ans en 2009 à la faveur d'une mutinerie chassant l'ex-président Ravalomanana. Lors d’un bref entretien avec les journalistes à sa sortie de la cérémonie de proclamation du résultat officiel, il affirme aujourd'hui vouloir travailler pour tous les Malgaches :
Je remercie tous ceux qui ont voté pour moi tout comme ceux qui n’ont pas voté. J'exercerai ma fonction en toute dignité et je ne vais pas ménager mes efforts pour le développement de Madagascar
Nous ne reconnaîtrons pas les résultats de cette élection illégitime, truffée d'irrégularités, et nous déclinons toutes responsabilités sur l'instabilité politique et sociale qui pourrait en découler.
Le même jour de l'élection, 16 novembre, Transparency International Initiative Madagascar, le bureau malgache de Transparency International (ONG de lutte contre la corruption), fait savoir dans un communiqué que l'élection est contestée sur fond d’irrégularités, de violences, de violations de droits humains, de flux financiers opaques et de suspicions de corruption électorale.
Après le scrutin, la HCC a reçu une quinzaine de requêtes liées aux contentieux électoraux dont la plupart ont été déclarées recevables mais non fondées.
Accusant le président sortant de fraude, le candidat de l'opposition Siteny Randrianasoloniaiko, a déclaré à l'AFP avoir déposé une requête “aux fins d'annulation des opérations électorales sur l'ensemble du territoire”, mais sa requête a été rejetée. Il déclare: :
J'ai déposé deux requêtes pour demander l'annulation du scrutin et la disqualification d'Andry Rajoelina car il a volé, il a acheté les voix.
La haute juridiction dont la légitimité est mise en question par l’opposition a finalement rejeté toutes les requêtes déposées aux fins d'annulation du scrutin en raison de multiples irrégularités dans le déroulement du vote et des anomalies constatées sur les procès-verbaux transmis à la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).
Les partenaires internationaux de #Madagascar, prennent acte de la publication par la Haute Cour constitutionnelle des résultats définitifs de l’élection présidentielle du 16 novembre 2023 proclamant vainqueur M. Andry Rajoelina.
L'organisation, qui regroupe 88 pays (États et gouvernements) dans le monde, soulève tout de même des inquiétudes et appelle au dialogue:
L’OIF fait le constat d’une société malgache divisée, et exprime sa profonde préoccupation quant à la phase post-électorale avec des risques élevés de contestations et de tensions persistantes. Nous relevons en effet que toutes les conditions d’inclusivité du processus électoral n’ont pas pu être réunies, certains candidats ayant décidé de ne pas participer à la campagne électorale et au scrutin, réclamant une réforme des institutions en charge de la gestion et du contrôle des élections. Nous appelons par conséquent tous les acteurs et actrices, parties prenantes, à contribuer au rétablissement de la confiance entre elles et au renforcement de l’État de droit.
L’acceptation de ces résultats signifie aussi la reconnaissance de l’exploitation de l’extrême pauvreté comme technique ultime pour gagner des élections à Madagascar, et c’est intolérable.
Madagascar fait parti des pays les plus pauvre au monde avec un taux de pauvreté estimé à 75% en 2022.
Réaction des internautes
Les réseaux sociaux ne manquent pas de réactions passionnées par des internautes malgaches, comme Herizo Raza, utilisateur de X qui écrit sur son compte:
Ne pouvons-nous pas poursuivre Andry Rajoelina ou le gouvernement pour suppression des votes d'environ 40 à 50%, car ils ont quand même persisté à poursuivre et à donner le feu vert à une élection même s'il y avait eu une fraude totale sans autre candidat que lui-même.
Hajo Andrianainarivelo, candidat de l'opposition indique sur son compte X que la décision de la HCC est une mascarade:
Les nombreuses #irrégularités constatées font de cette election une farce. Le Collectif et toutes les forces vives de la Nation se rejoignent dans des #revendications légitimes. La décision de la HCC sera une mascarade inacceptable. Notre combat continue.pic.twitter.com/wOopt7FqyR
Sur la page Facebook Vaovao vao mafana androany (VMA) d'un groupe de plus de 56 000 membres dédié au partage des actualités malgaches, un utilisateur anonyme écrit:
HCC Ambohidahy : Le candidat Andry Rajoelina a remporté la présidence (58,96%) Aujourd'hui, 1er décembre, s'est tenue la cérémonie publique pour la proclamation des résultats définitifs de l'élection présidentielle du 16 novembre Il n’existe aucun décret gouvernemental annulant la citoyenneté malgache du candidat Andry Rajoelina Les votes obtenus par le candidat Siteny Randrianasoloniaiko dans plus de 10 bureaux de vote ont été annulés en raison du procès intenté par le candidat Andry Rajoelina.
Partagez avec vos amis ou groupes
La question principale est de savoir si l'opposition pourra maintenant mobiliser l'électorat et organiser des manifestations, ou si Rajoelina pourra assumer ses fonctions sans être vraiment inquiété par les accusations de violations du processus électoral.
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Si vous utilisez une source d'électricité à faible teneur en carbone, l'hydrogène que vous produisez est « vert ».
L'hydrogène vert est le nouveau produit sur le marché, mais est-il à la hauteur de ses promesses ? Ces questions, et bien d'autres encore, ont été explorées lors de l'Hydrogen Research Collaborative organisé sur le campus de St. Augustine de l'University of the West Indies (UWI) à Trinidad le 21 septembre, qui a présenté les recherches sur l'hydrogène menées par l'University of Trinidad and Tobago (UTT) et les étudiants de troisième cycle de l'UWI.
Qu'est-ce que l'hydrogène vert ? Il s'agit d'un moyen innovant pour continuer à récolter et à utiliser l'hydrogène sans dépendre des combustibles fossiles. Philip Julien, président de Kenesjay Green, une société de développement de projets indigènes dédiée à la création de projets de décarbonisation à l'échelle industrielle, l'explique très simplement : “Elle est créée par électrolyse de l'eau. L'eau est composée d'hydrogène et d'oxygène. Si vous faites passer un courant électrique dans l'eau, il décompose les liaisons hydriques en ses composants de base, l’hydrogène et l’oxygène. Si vous utilisez une source d'électricité à faible teneur en carbone, l'hydrogène que vous produisez est « vert ».
Kenesjay Green a dirigé la création de NewGen Energy Limited pour développer une installation d’une production d'hydrogène vert et neutre en carbone, dont la production alimentera la production d'ammoniac des installations de Trinidad Nitrogen Company dans la zone industrielle de Point Lisas, dans le sud de Trinité. Hydrogène de France (HDF) a acquis une participation majoritaire de 70 % dans le projet NewGen en 2022 par l'intermédiaire de sa branche locale, Kenesjay Green conservant les 30 % restants.
Une étude réalisée par la National Energy Corporation de Trinité-et-Tobago avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement renforce le sentiment d'un potentiel massif pour l'hydrogène vert dans l'île jumelle des Caraïbes. Dans un pays qui dispose déjà des éléments nécessaires pour se positionner en tant que centre régional d'échange, de stockage et de production d'hydrogène vert et d'ammoniac/méthanol pour les Amériques, l'hydrogène vert est considéré comme la prochaine étape et comme une option viable de décarbonisation pour les secteurs de l'électricité et de l'industrie.
Marché de l'ammoniac
En 2021, Trinité-et-Tobago a exporté pour 1,74 milliard USD d'ammoniac, ce qui en fait le deuxième exportateur mondial. Toutefois, avec l'évolution du marché vers l'ammoniac à faible teneur en carbone – à l'heure actuelle, la production locale d'ammoniac utilise le gaz naturel comme matière première – ce statut éminent est menacé.
Un rapport de S&P Global Commodity Insightsprévoit que le marché mondial de l'ammoniac triplera d'ici 2050, car la demande d'ammoniac à faible teneur en carbone « transforme le marché » :
Grâce à l'amélioration des conditions économiques résultant des politiques de décarbonisation, l'ammoniac à faible teneur en carbone devrait passer de son stade actuel à 420 millions de tonnes, soit les deux tiers du marché total, d'ici à 2050. […]
Le nouveau rapport stratégique, Low-carbon Ammonia : Faciliter la transition vers un avenir durable, indique que l'utilisation potentielle de l'ammoniac à faible teneur en carbone comme combustible de soute pour la marine, comme matière première pour l'industrie et comme vecteur de l'hydrogène utilisé pour la production d'électricité représente un changement profond pour l'industrie, qui passe d'un secteur axé principalement sur la production d'engrais à un secteur orienté vers les marchés de l'énergie.
Dans l'Union européenne, le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) a été adopté par la Commission européenne comme un « outil historique permettant d'attribuer un prix équitable au carbone émis lors de la production de biens à forte intensité de carbone entrant dans l'UE et d'encourager une production industrielle plus propre dans les pays non membres de l'UE ».
Thibault Ménage, vice-président de HDF Caribbean, considère que le CBAM incite Trinité-et-Tobago à s'orienter vers la décarbonisation de l'industrie de l'ammoniac : « L'Europe est un gros importateur d'ammoniac [de Trinité-et-Tobago]… nous pourrions perdre le marché européen si nous ne parvenons pas à décarboniser. »
Anticipant cette situation, NewGen Energy Ltd. a obtenu la certification carbone pour son ammoniac par l'intermédiaire de TÜV Rheinland à un seuil de <1kg CO2/kg H2, ce qui permet d'exporter en toute sécurité l'ammoniac produit pour le marché international à partir de l'hydrogène de NewGen.
Le déclin du gaz naturel et le potentiel de développement économique local
L'investissement de la branche locale d’Hydrogène de France dans le projet NewGen est également un investissement à Trinité-et-Tobago. S'exprimant au nom de HDF, M. Ménage a déclaré qu'il voyait un grand potentiel pour le marché local de l'hydrogène, mais que NewGen « doit être un succès » avant que HDF n'envisage d'autres investissements dans d'autres projets de l'industrie verte à Trinité-et-Tobago.
Les prévisions sont toutefois positives. M. Ménage estime que NewGen offre à Trinité-et-Tobago un avantage concurrentiel mondial en raison de la demande d'hydrogène vert, qui serait bien soutenue par l'histoire du pays en tant qu'économie énergétique et par sa vaste expérience de l'industrie pétrochimique. Un seul « projet réussi », dit-il, démontrera que Trinité-et-Tobago a « la capacité et les compétences ». De son côté, le président de Kenesjay Green, Philip Julien, dans son discours d'ouverture du symposium sur l'hydrogène, a affirmé que c'est dans les Caraïbes que l'hydrogène va changer la donne (et non l'inverse). L'abondance des ressources éoliennes, solaires et géothermiques dans les Caraïbes fait de la région un lieu idéal pour la croissance de la production d'hydrogène.
Une fois que l'installation de production d'hydrogène sera opérationnelle – la date de démarrage est estimée à 2025 – NewGen sera la plus grande et la plus avancée de son genre dans le monde, fonctionnant à pleine capacité en permanence et produisant environ 20 000 tonnes d'hydrogène vert par an, ce qui équivaut à cinq pour cent du déficit de 400 000 habitants de la ville de Point Lisas.
Il s'agit toutefois d'une estimation basse, car certaines des usines du domaine de Point Lisas ne fonctionnent actuellement pas à pleine capacité en raison du manque de gaz naturel. En fait, le New York Timesa rapporté que « la production de gaz a diminué de 40 % depuis 2010, obligeant le pays à fermer l'un de ses quatre terminaux d'exportation de gaz naturel liquéfié et trois de ses 18 usines pétrochimiques ». Face à cette situation, M. Ménage a exhorté le gouvernement à examiner toutes les possibilités de décarbonisation de l'industrie énergétique de Trinité-et-Tobago afin de libérer l'utilisation du gaz naturel.
Le rôle du développement durable
À l'issue du Sommet 2023 des objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, qui s'est tenu à New York en septembre, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a constaté que le monde n'avait atteint que 15 % des ODD à mi-parcours de l'échéance de 2030. En effet, à Trinidad, les ODD ont connu des revers importants. L'indice SDG/Rapport sur le développement durable classe de nombreux ODD du pays dans la catégorie “amélioration modérée” et “défis à relever”, notamment l'objectif 7 (énergie abordable et propre), l'objectif 8 (travail décent et croissance économique) et l'objectif 9 (industrie, innovation et infrastructure).
Conformément aux engagements pris par Trinité-et-Tobago dans le cadre de l'Accord de Paris dans les Contributions déterminées au niveau national (CDN), la nation doit s'engager à réduire de 15 % les gaz à effet de serre provenant des trois principaux secteurs émetteurs (la production d'électricité, les transports et l'industrie) d'ici 2030.
Trinité-et-Tobago représente environ 40 % de l'ensemble des émissions de carbone des Caraïbes. NewGen estime sa contribution à la CDN à 165 000 tonnes métriques de dioxyde de carbone par an dans le secteur industriel. Rointra Hosein, étudiante en maîtrise à l'université de Trinité-et-Tobago, qui a présenté ses recherches lors du symposium, a estimé qu'en remplaçant tout l'hydrogène gris du pays (produit à partir de gaz naturel) par la production d'hydrogène vert, le pays pourrait réduire ses émissions de 2,1 millions de tonnes métriques par an.
Localement, l'hydrogène vert crée une matière première alternative supplémentaire pour soutenir l'approvisionnement réduit en gaz naturel des secteurs en aval de l'ammoniac et du méthanol – une opportunité qui a catalysé le développement de NewGen – mais le potentiel de l'hydrogène propre s'étend bien au-delà. Il peut constituer un carburant alternatif propre pour de nombreuses utilisations finales, notamment l'énergie, les transports et la pétrochimie. Selon Julien, « toutes ces choses dont nous dépendons actuellement à partir de combustibles fossiles peuvent théoriquement être remplacées, reconstituées, améliorées, par une source d'énergie non fossile, l'hydrogène ».
Christianne Zakour est une ancienne boursière de Climate Tracker pour les rapports sur l'énergie dans les Caraïbes.
";s:7:"dateiso";s:15:"20231212_190913";}s:15:"20230728_050340";a:7:{s:5:"title";s:64:"Au Niger, des militaires renversent le président Mohamed Bazoum";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/28/280628/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280628";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 28 Jul 2023 03:03:40 +0000";s:11:"description";s:191:"Les attaques djihadistes, l'insécurité, la mauvaise gouvernance et la corruption au Niger ont eu raison du pouvoir de Mohamed Bazoum renversé par des militaires de la garde présidentielle";s:7:"content";s:14922:"
Ceci est le 5è coup d’État dans l'histoire de la République du Niger
Mohamed Bazoum, capture d'écran de la chaîne Youtube de France 24
Le contexte politique de la République du Niger est parsemé de coups d’État et de nombreuses tentatives de coups d'État militaires. Depuis son indépendance le 3 août 1960, le pays en a connu quatre. Mais ce 26 juillet 2023, un nouveau coup d’État perpétré par les militaires de la garde présidentielle réussit à chasser le président désormais déchu, Mohamed Bazoum.
Le 21 février 2021, au second tour des élections présidentielles du 27 décembre 2020, Mohamed Bazoum, candidat présenté par Mahamadou Issoufou (président sortant) est élu président du Niger avec 55,75 % des voix face au candidat de l’opposition Mahamane Ousmane (44,25 %). Toutefois son élection est contestée par les partisans de Mahamane Ousmane. Quelques jours avant son investiture, du 30 au 31 mars 2021, Bazoum essuie une tentative de coup d’État qui n'empêche pas son investiture le 2 avril 2021. Deux ans plus tard il est donc renversé.
A la télévision nationale, les militaires annoncent le putsch. Comme l'indique Tchad One, un journal tchadien, dans ce tweet :
La majorité des nigériens dénonce une gouvernance qui ne répond plus aux attentes des populations dont les principaux griefs sont les attaques terroristes, l'insécurité, la corruption, et en général, la mauvaise gouvernance.Moussa Aksar, journaliste et directeur de publication du journal “L’Événement” au Niger explique au micro de la Deutsche Welle:
Vous savez, il y a le problème sécuritaire dans toute la zone des trois frontières. On a vu l’afflux de réfugiés, des gens qui ont été chassés par les terroristes. Il y a aussi la gouvernance qui n'a pas changé, Bazoum a promis la lutte contre la corruption mais aujourd'hui les militants du PNDS, le parti présidentiel, qui ont posé des actes répréhensibles n'ont pas été inquiétés
Des manifestations de tous bords
Depuis le 26 juillet, les manifestants inondent les rues de Niamey, la capitale nigérienne. Au lendemain du renversement du pouvoir en place, ces manifestations continuent mais comme l'indique Tv5Monde sur son compte twitter, certains s'opposent au coup d’État,
Une manifestation en soutien au président nigérien Mohamed Bazoum a été organisée à la capitale #Niamey par ses supporters. La garde présidentielle a ouvert le feu en marge du rassemblement. Au moins une personne a été blessée selon un premier bilan. https://t.co/L5UyIutW1zpic.twitter.com/groRrUiqy9
— Le journal Afrique TV5MONDE (@JTAtv5monde) July 26, 2023
D'autres applaudissent le coup de force des militaires. Des scènes de saccage et de destructions des biens publiques sont à relever. Le siège du parti au pouvoir est par exemple pris pour cible alors que quelques ministres et responsables tiennent une réunion dans les locaux:
Les Ministres et hauts responsables du parti présidentiel Du Niger PNDS-Tarraya étaient en réunion au siège.Des manifestants sont venus les attaquer,certains membres du gouvernement se sont enfuis.Des voitures ont été caillassées et brûlées! pic.twitter.com/CamfK4wxqT
— Raïssa Nouradine Kassiré (@RaissaKassire) July 27, 2023
Une autre vague de manifestants scande le nom de la Russie et réclame déjà le départ de la France du pays.
#Niger: plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant l’Assemblée Nationale à Niamey pour manifester leur soutien aux putschistes.
Ils demandent l’intervention de la Russie et le départ des troupes françaises au Niger. pic.twitter.com/ihWgQc2ARo
Après le renversement du pouvoir au Mali (août 2020 et mai 2021), en Guinée conakry (septembre 2021) et au Burkina-Faso (septembre 2022), le renversement de Mohamed Bazoum constitue le 5è coup d’État dans quatre pays de l'Afrique de l'Ouest depuis 2020. Une vague de coups de force par des militaires dans ces différents pays qui laisse entrevoir un message clair: la volonté des populations d'en finir avec les régimes et pouvoirs dictatoriaux qui ignorent les besoins du peuple.
Plusieurs facteurs interviennent dans ce 5è coup d’État au Niger. Jusqu'à ce 26 juillet 2023, le Niger était le seul pays du Sahel à être dirigé par un civil alors que les pays voisins et frontaliers, notamment le Mali et le Burkina-Faso ont à leur tête des militaires. D'un autre côté, la collaborations de ces pays voisins avec la Russie après le départ des forces françaises sur leur territoire semble porter des fruits. Clairement, la Russie influence et gagne du terrain dans la zone sahélienne alors que et le sentiment anti-français devient de plus en plus renforcé au sein des populations
Le Niger demeurait le seul allié de la France au Sahel mais avec ce coup d’État, la France perd peut-être son dernier appui dans la region qui reste la proie des groupes djihadistes.
Depuis le matin du 26 juillet, des appels à condamnations pleuvent. A tour de rôle, les puissances internationales, les alliés du Niger et les institutions africaines déplorent ce nouveau coup de force dans la sous-région ouest africaine.
La Commission de la CEDEAO condamne la tentative de coup d’État au Niger/ ECOWAS Commission condemns the attempted coup d’Etat in Niger pic.twitter.com/0iYWCqLU18
L'Union Européenne et la France manifestent également leur soutien au président Bazoum en dénonçant une tentative de coup de force par les militaires. Josep Borrell Fontelles, haut représentant de l'Union Européenne pour la sécurité et les affaires extérieures le souligne dans son tweet:
Très préoccupé par les événements en cours à #Niamey.
L’UE condamne toute tentative de déstabiliser la démocratie et menacer la stabilité du #Niger.
L’UE s’associe aux déclarations du Président du Nigeria Tinubu au nom de la @ecowas_cedeao
— Josep Borrell Fontelles (@JosepBorrellF) July 26, 2023
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, condamne avec la plus grande fermeté toute tentative de prise de pouvoir par la force et d’atteinte à la gouvernance démocratique, à la paix et à la stabilité au Niger.
Selon la même source, Jake Sullivan conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche affirme:
Nous condamnons fermement toute tentative de détenir ou d’entraver le fonctionnement du gouvernement démocratiquement élu du Niger, dirigé par le président Bazoum.
En attendant que le nouveau dirigeant du Niger soit connu, le président Mohamed Bazoum est toujours détenu par les militaires putschistes au sein de la présidence de la République.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230728_050340";}s:15:"20230725_152359";a:7:{s:5:"title";s:114:"La peur institutionnelle du multilinguisme en France : entretien avec le militant linguistique Michel Feltin-Palas";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/25/276507/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276507";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jul 2023 13:23:59 +0000";s:11:"description";s:267:"Le journaliste français militant de la diversité linguistique, Michel Feltin-Palas, explique que la France a toujours été un pays multilingue, mais que les institutions publiques centralisées sont réticentes à reconnaître ce patrimoine historique et culturel.";s:7:"content";s:12161:"
L’éducation immersive est le seul moyen de produire de nouveaux locuteurs de langues minoritaires
La France, avec plus de 20 langues régionales, a toujours été un pays multilingue, mais son gouvernement centralisé reste réticent à reconnaître et à accepter pleinement une telle diversité. Dans un entretien accordé à Global Voices, le linguiste et militant Michel Feltin-Palas explique les raisons de cette réticence.
Michel Feltin-Palas est journaliste pour l’hebdomadaire français L’Express, dans lequel il publie une newsletter consacrée à la diversité linguistique en France. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont son dernier livre, Sauvons les langues régionales, paru en 2022, dans lequel il analyse les raisons historiques et politiques avancées par le gouvernement français pour avoir limité la reconnaissance de ce qu’on appelle officiellement les « langues régionales ». Le livre fait référence à 20 langues qui ont été historiquement parlées dans ce qui est aujourd’hui la France métropolitaine.
Michel Feltin-Palas explique les origines de cette peur de la diversité linguistique de la part des institutions publiques françaises, notamment dans le domaine de la législation et de l’éducation :
La France est un pays qui pourrait ne pas exister. A priori, il n’y avait aucune raison pour qu’un Alsacien se retrouve un jour dans le même État qu’un Basque, un Corse et un Auvergnat. Le pouvoir central a donc toujours craint que ces cultures diverses ne débouchent sur des revendications séparatistes. En conséquence, il a cherché à imposer une langue unique, le français. Quant aux cultures locales, elles sont réduites à de simples folklores et bannies de l’école. « Uniformiser constitue un excellent moyen pour mieux diriger un pays aussi vaste et divers que la France », souligne l’historien Olivier Grenouilleau (Nos petites patries, Gallimard).
Pendant longtemps, la diffusion de la langue française dans des territoires où elle n’était pas parlée a été perçue comme une manière d’apporter la « civilisation ». De ce point de vue, en effet, un parallèle peut être établi avec la colonisation. Jules Ferry [premier Ministre français, puis plus tard, ministre de l’Éducation] déclarait ainsi le 28 juillet 1885 devant les députés : « Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures […] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures. » Il n’est pas abusif de considérer que la même vision a eu cours pour l’Hexagone, où Paris, incarnation de la « civilisation », s’est fixé pour « devoir » d’arracher le bas peuple à la médiocrité de ses « patois » à travers l’école publique.
Bon nombre de ces 20 langues ont une riche tradition littéraire, à la fois orale et écrite, mais ce patrimoine reste largement absent du paysage éducatif et même culturel. Michel Feltin-Palas affirme que :
L’explication est la même. L’État français, à travers l’école, a tenté d’imposer une vision simple : il y aurait en France une seule culture, la culture française, les autres n’étant que de simples folklores sans intérêt. Apprendre aux élèves qu’il existe d’autres littératures n’est pas compatible avec cette vision. Un éditeur scolaire a ainsi osé écrire dans un livre scolaire que Bernat de Ventadour, l’un des plus grands troubadours [poètes écrivant en occitan], écrivait en… « français du Sud » ! Et pourtant… Frédéric Mistral a reçu le prix Nobel de littérature [en 1904] pour une œuvre en provençal [l’une des variantes de la langue occitane]. Mais il n’est pas enseigné.
De nombreuses « langues régionales » contiennent différents dialectes et, dans certains cas, une orthographe différente, comme c’est le cas de l’occitan. Michel Feltin-Palas donne son avis sur ce débat souvent houleux :
La réponse est complexe. Il existe des points communs entre le provençal, le gascon, l’auvergnat, le languedocien, le limousin, le vivaro-alpin [noms donnés par les locuteurs aux six principales variantes de l’occitan]. Il existe aussi entre eux des différences. Dès lors, certains préfèrent insister sur ce qui les rassemble, d’autres sur ce qui les sépare. Concernant la graphie, il en existe deux grandes familles. La première, dite graphie « classique », se réfère à une période glorieuse de la langue occitane, celle des troubadours, et s’inspire de leurs habitudes d’écriture. Elle a l’avantage du prestige, elle a le défaut de la complexité, car depuis, la prononciation a beaucoup changé. Les locuteurs qui ne la connaissent pas ont donc du mal à retrouver leur langue en la lisant. Les non-locuteurs la prononcent très mal. La seconde, dite « mistralienne » ou « fébusienne », a été définie plus récemment. Elle a l’avantage d’être plus facile à maîtriser par un lecteur francophone. Elle a l’inconvénient d’être plus proche du français. Pour ma part, je préfère ne pas entrer dans ces deux querelles, aussi légitimes soient-elles. De mon point de vue, tous ceux qui défendent ces langues appartiennent au même camp, quel que soit le nom qu’ils leur donnent, et doivent rester unis face à ceux qui veulent les voir disparaître.
Compte tenu de l’importance de la dénomination, quels sont, selon vous, les termes les plus respectueux et adaptés pour parler de ce que l’État français appelle les « langues régionales » ?
Si je suivais mes convictions, je parlerais de langues « historiques », « autochtones », « minoritaires » ou « minorisées ». Mais tous les spécialistes d’Internet que j’ai interrogés sont formels : dans les moteurs de recherche, ces termes ne sont quasiment pas usités. Dès lors, je ne toucherais par mes articles que les personnes déjà convaincues, pour lesquelles j’ai évidemment le plus grand respect, mais tel n’est pas mon but. Ce que je tente de faire, à ma modeste mesure, c’est de sensibiliser un public plus large. Dès lors, j’ai dû faire un choix : rester sur ces appellations, plus justes linguistiquement, et être peu lu ; ou utiliser « langues régionales » et diffuser plus largement ces idées. À partir du moment où je cherche l’efficacité, j’ai opté pour la seconde option. Je ne prétends pas avoir raison, mais tel est l’état de mes réflexions.
Comment expliquez-vous le succès de l’euskara, ou langue basque, par rapport aux autres langues régionales de France ?
Le basque constitue une exception. Il s’agit en effet de la seule langue régionale de métropole à gagner des locuteurs, et ce grâce au développement massif de l’enseignement en langue basque, qui permet de « produire » des locuteurs suffisamment nombreux pour remplacer les plus anciens. Ce succès s’explique lui-même par la mobilisation de la société civile basque. Le développement d’une langue dépend en effet de trois facteurs principaux : la densité de locuteurs dont on dispose autour de soi, le sentiment de compétence linguistique et la motivation de chacun. Ce dernier élément, décisif, comprend lui-même deux dimensions. Un aspect utilitaire : une personne sera plus encline à apprendre une langue si celle-ci permet la réussite dans les études et l’obtention d’un emploi (ce pour quoi de nombreux Français cherchent à maîtriser l’anglais) ; et un aspect identitaire, lié au sentiment d’appartenance, à l’amour de son territoire, à l’attachement que l’on porte à sa culture. Côté espagnol [de la région bascophone], ces deux dimensions se cumulent. Côté français, c’est surtout l’aspect identitaire qui joue, même si l’aspect utilitaire est en progression.
Pensez-vous que « l’éducation immersive », dans laquelle les enfants apprennent toutes les matières dans leur langue régionale durant les premières années de leur éducation, est enfin reconnue par l’État comme le seul moyen de promouvoir efficacement ces langues ?
La réponse est complexe. D’un point de vue pédagogique, on sait qu’il s’agit de la meilleure méthode pour « produire » de bons locuteurs dans une société désormais francophone. On sait aussi que les élèves qui suivent ce cursus ne sont aucunement handicapés en français, au contraire : un rapport officiel du ministère de l’Éducation nationale à propos du réseau Diwan [écoles immersives en brezhoneg ou breton, une langue celtique] reconnaît que ses élèves obtiennent de meilleurs résultats en français que le reste du système scolaire !
L’enseignement immersif constitue donc le moyen idéal de combiner réussite scolaire et respect de la diversité culturelle. Hélas, il faut aussi compter avec l’idéologie… À Paris, de puissantes institutions – le ministère de l’Éducation nationale, le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État – continuent de considérer que les langues dites régionales menacent l’unité de la nation et l’apprentissage du français. Espérons que les faits finissent par apaiser les esprits…
";s:7:"dateiso";s:15:"20230725_152359";}s:15:"20230725_151027";a:7:{s:5:"title";s:74:"Iran : l'État suspecté d'attaques au gaz chimique contre des écolières";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/25/280398/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280398";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jul 2023 13:10:27 +0000";s:11:"description";s:214:"Grâce à la résistance des Iraniennes, le régime se trouve dans une impasse, incapable de discréditer l'apartheid de genre tout en faisant front aux revendications répétées portant sur les droits des femmes.";s:7:"content";s:16405:"
Certains craignent que le régime ait orchestré les attaques pour punir les dissidents
Écolières à la mosquée du vendredi de Yazd, en Iran. Photo de Stefano Vigorelli, 2014, utilisée sous licence CC BY-SA 4.0.
En Iran, la révolution féministe dure depuis presque un an, en réponse au meurtre violent de Jina Mahsa Jina Amini, une jeune femme kurde de 21 ans, au mois de septembre 2022. Les manifestations sont à présent les plus importantes et les plus radicales contre la République islamique que l’Iran ait jamais connues, entraînant des grèves généralisées et des actes de désobéissance civile.
Le régime a dû faire face à de fortes pressions et a réagi en poursuivant une campagne de répression et de brutalités qui reflète l’intensité des manifestations. Récemment, un incident lié à l'intoxication au gaz d'écolières a semé la confusion, la panique et la terreur dans tout le pays. La réaction du régime, en plus de la résistance persistante que montre le peuple iranien, laisse penser que ses jours sont comptés.
Des écolières intoxiquées au gaz
Manifestation d'étudiants de l'université d'Allameh Tabataba'i contre l'empoisonnement collectif d'écolières iraniennes, 27 février 2023. Student News Agency / Photo utilisée sous licence CC BY 4.0. license
L’attaque menée contre les écolières iraniennes nécessite une enquête approfondie, compte tenu surtout du rôle significatif que les jeunes filles et femmes ont joué lors des récentes manifestations. C’est en partie pour cette raison qu’elles sont devenues aujourd’hui les cibles du régime iranien.
Selon des organisations de droits humains iraniennes, plus de 7 00 écolières ont été victimes d’une série d’attaques au gaz au sein d’établissements scolaires à travers tout le pays. Ces intoxications, qui ont débuté au mois de novembre dernier, auraient eu lieu dans au moins 99 écoles de 28 provinces iraniennes. Jusqu’à présent, pas moins de 81 attaques ont été enregistrées en une seule journée.
D'après CNN, des représentants du gouvernement ont tenté d’étouffer les attaques au gaz. Le ministre de l’Éducation est allé jusqu’à accuser les étudiantes d’être responsables de leur propre empoisonnement, tandis que le ministre de la Santé a affirmé que dans « 95% des cas, les symptômes étaient le résultat de troubles mentaux et psychologiques et non d’attaques au gaz ».
L’indifférence du gouvernement a déclenché une vague d’indignation et de manifestations de la part des familles des écolières, qui ont poussé le régime à « identifier et arrêter » des centaines d’auteurs présumés, rejetant la faute sur l’opposition.
Toutefois, le fait que ces attaques se poursuivent depuis l’année dernière, leur ampleur et leur propagation, ainsi que les mesures de haute sécurité dans les écoles du pays, suggèrent que le régime iranien pourrait être impliqué ou être complice de ces incidents.
Des experts de l'ONU ont exprimé des inquiétudes quant à l’incapacité apparente du régime à identifier et à appréhender les responsables d’attaques coordonnées à grande échelle visant des jeunes filles en Iran ; cette approche est en contradiction totale avec la rapidité des mesures prises contre des manifestants pacifiques, supposant une implication du régime. Dans un communiqué, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a déclaré :
We fear that they are orchestrated to punish girls for their involvement in the movement – Women, Life, Freedom, and for expressing their opposition to mandatory hijab and voicing their demands for equality.
Nous craignons que ces attaques ne soient orchestrées pour punir les jeunes filles d’avoir participé au mouvement « Femme, vie, liberté », et d’avoir exprimé leur opposition au port obligatoire du hijab et réclamé l’égalité entre les hommes et les femmes.
L’Iran est profondément ancré dans un apartheid de genre, qui se traduit par un contrôle total sur la vie des femmes à travers des lois perpétuant la domination masculine sur les femmes. Cette inégalité systématique entre les sexes se manifeste par diverses pratiques discriminatoires, qui mettent en évidence les disparités existantes, comme les mariages d’enfants dès l’âge de 5 ans et différentes limites d’âge pour la responsabilité pénale entre les filles et les garçons. Le droit civil qui considère les hommes comme seuls chefs de famille conduit souvent les mères à perdre la garde de leurs enfants et à être traitées injustement par les tribunaux. Les droits de succession, les autorisations de passeport, les restrictions d’accès à certaines professions, les critères en matière de divorce, l’absence de reconnaissance du viol conjugal et l’imposition d’un code vestimentaire contribuent également à l’inégalité entre les sexes et à perpétuer la discrimination à l’égard des femmes.
Cette inégalité a conduit les jeunes femmes en Iran à exiger des droits fondamentaux universels et l’égalité devant la loi. Leur cause semble bénéficier d’un large soutien du public ; la majorité de la population est consciente qu’un changement de régime est le seul moyen de pouvoir obtenir ces droits.
Il en ressort que le peuple iranien ne croit plus en la dichotomie entre réformistes et conservateurs qui caractérise la politique du régime depuis au moins 25 ans. Au lieu de cela, il exige le démantèlement total de l’ensemble du régime et de son système, le « Velayat-e faqih » (« tutelle du juriste théologien »), un concept selon lequel les « affaires religieuses et sociales » des pays musulmans relèvent de fervents juristes chiites.
Le caricaturiste Kianoush Ramazani fait allusion à la perte de confiance dans le système :
Le peuple iranien sait comment se chauffer cet hiver !
Cette perte de confiance peut expliquer le désarroi grandissant du régime alors qu’il réprime toute dissidence par la violence et sème la terreur. Les attaques au gaz ont pour but de réduire au silence quiconque chercherait à réclamer justice. En outre, il est intéressant de noter qu’une crise comme les attaques au gaz, permet de détourner l’attention d’autres problèmes urgents, tels que les crises économiques et politiques du pays.
La résistance des femmes et des jeunes filles représente un défi de taille pour le régime iranien qui se trouve dans une impasse; il est incapable de faire des compromis sur l’apartheid de genre étant donné que son existence repose entièrement sur ce concept. Pendant ce temps, les femmes iraniennes, avec le soutien des hommes à leurs côtés, sont entrées dans une phase où elles semblent déterminées et sans peur.
Il est primordial que la communauté internationale soutienne la révolution du peuple iranien. À moins que le reste du monde ne condamne les crimes contre l’humanité perpétrés par l’Iran, ces abus continueront d’être commis en silence.
Cependant, une question fondamentale subsiste : combien de temps un régime peut-il opprimer une population qui a atteint son point de rupture ? Et combien de temps une telle oppression peut-elle encore durer ?
";s:7:"dateiso";s:15:"20230725_151027";}s:15:"20230725_145219";a:7:{s:5:"title";s:92:"Brésil : les origines du maillot national et l'évolution de sa symbolique 70 ans plus tard";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/25/280494/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280494";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jul 2023 12:52:19 +0000";s:11:"description";s:257:"Peu après la défaite du Brésil contre l'Uruguay lors de la Coupe du monde de 1950, l'équipe nationale brésilienne a voulu revoir son équipement. Un jeune homme de 19 ans est à l'origine du projet, devenu l'un des plus emblématiques du sport mondial.";s:7:"content";s:25963:"
Aldyr Garcia Schlee a remporté un concours avec son emblématique dessin du maillot jaune en 1953.
Aldyr Schlee, créateur du « canarinho », le maillot officiel de l'équipe nationale brésilienne | Image : Gilberto Perin, utilisée sous licence CC BY-NC 2.0
En septembre 1953, le journal Correio da Manhã a organisé un concours en vue d'obtenir des propositions pour le nouvel équipement de l'équipe nationale de football du Brésil. Trois ans après sa défaite en Coupe du Monde à domicile face à l'Uruguay, lors de l'épisode connu sous le nom de Maracanazo, il était question de relooker l'équipement le plus populaire du Brésil.
La condition était d'utiliser les couleurs du drapeau national au lieu du blanc, déjà utilisé par d'autres équipes.
Un jeune homme de 19 ans, qui vivait près de la frontière sud entre le Brésil et le pays à l'origine de la défaite du fameux « Maracanazo », et qui éprouvait de la sympathie pour les Uruguayens, a commencé à dessiner quelques croquis. Le maillot jaune, le « canarinho », créé par Aldyr Garcia Schlee, a été choisi et est devenu l'un des maillots les plus emblématiques du football mondial. Il a été inauguré en 1954.
70 ans plus tard, le maillot brésilien, qui a connu plusieurs déclinaisons et cinq titres mondiaux depuis, est devenu un symbole utilisé par les manifestants de droite et d'extrême droit au Brésil, soit quelque chose de très éloigné de la vie de Schlee. Ce dernier est décédé en 2018.
Le fils de Schlee, qui porte le même prénom que son père, Aldyr Rosenthal Schlee, s'est entretenu avec Global Voices à propos de la carrière de son père en tant que journaliste, illustrateur, professeur, écrivain et militant pro-démocrate.
« C'est très triste de voir ce qu'il s'est passé, car mon père, sur le plan politique évidemment, n'aurait jamais adhéré aux idées des personnes qui ont porté ce maillot dernièrement », a déclaré Rosenthal Schlee.
Schlee, au-delà du football
Le créateur du maillot devenu symbole national est né à Jaguarão, à Rio Grande do Sul, situé à la frontière entre le sud du Brésil et l'Uruguay, et qui compte aujourd'hui environ 26 000 habitants. Élevé entre deux cultures, il a déménagé dans la ville brésilienne de Pelotas, à environ 14O kilomètres de là.
C'est là-bas qu'Aldyr a fondé sa famille et a commencé sa carrière de journaliste, illustrant les buts des matchs dans un journal local.
Peu après, il s'est lancé dans une carrière universitaire et littéraire. En tant que docteur en lettres et sciences humaines, il a été professeur d'université, a fondé une université et un journal, et il a remporté des prix en journalisme et en littérature.
Les dessins et croquis d'Aldyr Schlee pour le maillot national brésilien | Image: archives personnelles, utilisation autorisée
Aldyr, le fils, a souligné qu'à une époque où le sport ne générait pas encore de grosses sommes d'argent, le prix et les réactions du public concernant la création du maillot n'étaient pas très significatifs.
C'est grâce à Internet, des années plus tard, que son père s'est fait connaître :
O futebol não tinha as proporções que tem hoje. A gente não pode imaginar o futebol dos anos 1950 (com a importância que tinha naquela época) com a importância que tem hoje. Hoje qualquer coisa no futebol é uma coisa milionária, mas naquela época era tudo semiprofissional.
Le football n'avait pas la même importance qu'aujourd'hui. On ne peut pas concevoir le football des années 1950 (avec la dimension qu'avait ce sport à l'époque) avec la place qu'il a aujourd'hui. Désormais, tout ce qui touche au football concerne les millionnaires, alors qu'à l'époque tout n'était que semi-professionnel.
En plus de voir son dessin sélectionné, Schlee a obtenu un stage au journal qui organisait le concours à Rio de Janeiro. Son fils se souvient que cette période « a été la plus importante pour lui » et qu'il y pensait souvent.
Pour la démocratie
Il décrit son père comme un défenseur de la démocratie, qui «s'est toujours opposé à tout ce qui avait un caractère totalitaire » à l'instar de la dictature militaire au Brésil, qui a suivi le coup d'État de 1964.
Aldyr Schlee n'a jamais été affilié à des partis politiques, mais son fils se souvient qu'il a néanmoins été convoqué par la police et détenu.
Une fois, il a été accusé d'être communiste, car il avait montré à ses étudiants un texte « qui portait sur la façon dont on avait enfreint la Constitutionau compte tenu de [la situation] à ce moment-là », tel qu'il s'en souvient :
Uma aluna levou o texto para o pai dela, que entregou para um capitão do Exército, que era parente deles […] Em função disso meu pai passou a ser acusado de ser comunista, teve que enfrentar Inquéritos Policiais Militares (IPMs), respondendo por subversão e pela forma como sempre se postou.
Une étudiante a apporté le texte à son père, qui l'a remis à un capitaine de l'armée appartenant à leur famille […] Suite à cela, mon père a été accusé d'être communiste, il a dû se soumettre aux enquêtes de la police militaire (IPM), et a été interrogé sur la subversion et sur les positions qu'il a toujours défendues.
Le fils a également constaté que la répression et la censure de l'époque ont eu un impact direct sur la carrière universitaire de Schlee et l'ont empêché de soutenir sa thèse qui traitait du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes :
A vida familiar ficou muito difícil. Chegamos a pensar em fugir para o Uruguai. Isso só foi melhorar quando terminou a ditadura, lá no final dos anos 1970 e início dos anos 1980.
La vie de famille est devenue très difficile. Nous avons même envisagé de fuir en Uruguay. La situation ne s'est améliorée que lorsque la dictature touchait à sa fin, vers la fin des années 1970 et le début des années 1980.
Fondateur de la faculté de journalisme de l’université catholique de Pelotas (UCPel), Aldyr a été exclu de l'institution pendant les années du régime militaire. Sa carrière de professeur de droit a également été affectée.
Dessin d'Aldyr Schlee envoyé en 1953 au concours pour réaliser le maillot de l'équipe nationale brésilienne| Image : archives personnelles / utilisation autorisée
« Le petit maillot jaune » comme instrument de la droite
Avec l'ascension de l'homme politique d'extrême droite Jair Bolsonaro (aujourd'hui au PL, Parti libéral), les conservateurs et ses partisans se sont de plus en plus appropriés l'équipement.
Le fils aîné d'Aldyr a critiqué cette appropriation et a parlé de son incidence sur la famille :
Eu acho que no fundo ele estaria muito triste, assim como a gente está. Eu até converso muito com a minha mulher e ela tem uma posição — que eu acho que é a mais inteligente — que é de que a gente não pode largar mão desta camiseta. Assim como não pode largar mão da bandeira nacional. Isso não é deles, isso é nosso. Eu mesmo tenho muita dificuldade de vestir essa camiseta. Eu não vesti [na Copa do Mundo de 2022]. Até torcer pra seleção brasileira na Copa do Mundo foi muito difícil.
Je pense qu'au fond de lui, il serait très triste, tout comme nous. J'en parle même beaucoup à ma femme et elle estime que nous ne pouvons pas renoncer à ce maillot, ce qui est, à mon avis, tout à fait juste. Tout comme nous ne pouvons pas renoncer au drapeau national. Ce n'est pas le leur, c'est le nôtre. Moi-même, j'ai du mal à enfiler ce maillot. Je ne l'ai pas porté [lors de la Coupe du monde 2022]. Même encourager l'équipe nationale brésilienne à la Coupe du monde a été très difficile.
Environ une semaine après l'investiture de Lula et suite à l'invasion par les partisans de Bolsonaro de la Place des Trois Pouvoirs à Brasilia, le 8 janvier, la Confédération brésilienne de football (CBF) s'est également penchée sur l'utilisation politique du maillot :
A camisa da seleção brasileira é um símbolo da alegria do nosso povo. É para torcer, vibrar e amar o país.
A CBF é uma entidade apartidária e democrática. Estimulamos que a camisa seja usada para unir e não para separar os brasileiros. pic.twitter.com/8JUuKRH64R
Le maillot de l'équipe nationale brésilienne est symbole de la joie de notre peuple. Il est synonyme d'encouragement, de célébration et d'amour du pays.
La CBF est une institution démocratique et non partisane. Nous encourageons l'utilisation du maillot pour rassembler et non pour diviser les Brésiliens.
En novembre dernier, peu avant la Coupe du monde, la CBF avait déjà initié une campagne visant à empêcher l'utilisation du maillot par la droite. À l'époque, les partisans de Bolsonaro campaient dans tout le pays, remettant en cause le résultat des élections.
Cependant, le fils de Schlee est sceptique quant à la possible récupération de la signification du maillot dans le contexte actuel :
Eu vejo com muita tristeza essa apropriação indébita. Hoje, quando vejo alguém na rua, fico desconfiado. Olho de lado, não quero chegar perto dela. Não tenho condições de vestir hoje esta camiseta, assim como meu pessoal também não.
Je vois ce détournement avec beaucoup de tristesse. Aujourd'hui, quand je vois quelqu'un dans la rue [avec le maillot], je me méfie. Je le regarde de travers, je ne veux pas l'approcher. Je ne me sens plus légitime à porter ce maillot aujourd'hui, et mes amis et ma famille non plus.
Aldyr Rosenthal a également fait remarquer qu'il y a des années, son père avait déjà cessé d'accorder trop d'importance au fait d'être le créateur du maillot, et qu'il avait l'habitude d'encourager l'Uruguay. En 2018, Schlee a plaisanté en disant qu'il opterait pour un nouvel équipement marron pour le pays, car « ce n'était que de la merde ».
À la frontière
Le fait de vivre entre deux pays a influencé la vie d'Aldyr Schlee, en particulier dans le domaine de la littérature. Son dernier livre, publié à titre posthume, est le Dictionnaire de la culture de Pampeana Sul-Rio-Grandense. Son fils raconte :
Toda obra do meu pai é fundada nesta região entre Jaguarão e Rio Branco, entre o extremo sul do Brasil e o nordeste do Uruguai. Esta é a diferença que eu faço: entre o Aldyr Schlee, o guri que nasceu ali e veio para Pelotas depois, foi ser desenhista/jornalista, e o escritor que ficou preso — e quis ficar preso — naquela microrregião. É aquele que sempre diz que aquilo ali é uma terra só: é até o título de um livro dele.
Tous les ouvrages de mon père ont pour cadre la région située entre Jaguarão et Rio Branco, entre l'extrême sud du Brésil et le nord-est de l'Uruguay. C'est la distinction que je fais entre Aldyr Schlee, le gamin qui est né là-bas et qui est arrivé à Pelotas par la suite, [qui] devait être dessinateur humoristique/journaliste, et l'écrivain qui a été piégé – et qui a voulu être piégé – dans cette microrégion. C'est lui qui a toujours dit que [la région] n'est qu'une seule terre : c'est même le titre de l'un de ses livres.
Les deux pays ont jalonné la vie d'Aldyr jusqu'à sa mort, le 15 novembre 2018.
Sa passion pour le football a changé sa vie à jamais. Aldyr Schlee aimait non seulement le football sur gazon, mais aussi le football de table – une passion transmise au premier enfant qui, aujourd'hui, comme son père, participe à des championnats sportifs.
Schlee est décédé en 2018, à l'âge de 83 ans, des suites d'un cancer, laissant derrière lui trois enfants, trois petits-enfants, plus de 15 ouvrages littéraires publiés, ainsi qu'une passion pour le football et pour la vie au-delà des frontières.
Une minute de silence à Londres pour Aldyr Schlee, créateur du maillot de l'équipe nationale brésilienne. Le gaucho est décédé hier à l'âge de 83 ans, à Pelotas.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230725_145219";}s:15:"20230725_132909";a:7:{s:5:"title";s:40:"Les mots ont la parole: Épisode #04 ";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/25/280581/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280581";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jul 2023 11:29:09 +0000";s:11:"description";s:184:"Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur ces trois termes: Macho, mot d'origine espagnole; 麻甩 en cantonais ; et Chique en portugais du Brésil.";s:7:"content";s:10954:"
En portugais, on utilise le mot français « chic », sans savoir que le mot est en fait d’origine allemande
Capture d'écran de la vidéo du chanteur brésilien Yamashita sur sa chaîne YouTube.
Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels, ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots français qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas, mais prennent parfois un nouveau sens.
Vous pouvez également retrouver nos épisodes précédents, à savoir le premier, le second et le troisième. Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes:
MachoSi en français on comprend le terme “macho” comme pour désigner un homme misogyne et phallocrate, en espagnol, “macho” signifie tout simplement “mâle”, c'est à dire “animal de sexe masculin”. Ce mot a donc traversé les frontières pour s'utiliser en français et anglais, mais ce faisant, il a également changé de signification.
A l'origine, dans les pays d'Amérique latine et notamment au Mexique, être macho est plutôt une bonne chose pour l'époque, car cela implique des valeurs de courage, de force et de virilité. On peut d'ailleurs voir à quel point ce terme est mis en valeur dans la chanson Macho Man des Village People en 1978. (”Every man wants to be a macho macho man, to have this kind of body always in demand” = tout homme veut être un homme macho macho, avoir ce genre de corps toujours demandé) que voici:
Cependant, aujourd'hui le terme s'utilise plus souvent de manière péjorative, pour dénoncer le comportement sexiste de certains hommes. C'est à travers les luttes féministes des années 60 et 70 que le terme de “machisme” est apparu et s'est exporté vers le français. Ce mot a donc aujourd'hui toute une dimension sociale qu'il n'avait pas à l'origine, et c'est par le biais de cette évolution du sens qu'il est entré dans le vocabulaire courant.
Ainsi, dans un article récent de Global Voices, on peut lire cette phrase : “Le langage macho dépassé qui promeut l'honneur et la violence ne colle pas vraiment avec les « j'aime » et les « cœurs » échangés sur la plateforme.” à propos du comportement d’une célébrité georgienne.
麻甩 Ce terme cantonais, prononcé ‘maa-lat’ est bien une intrusion du français dans cette langue chinoise parlée à Hong Kong, en Chine du sud et dans la diaspora chinoise. Il signifie malade, mais dans le sens psychologique, et est utilisé pour décrire une personne qui a un comportement inhabituel, bizarre et souvent dérangeant, voire fou.
Dans cette vidéo, la rappeuse hongkongaise Luna is a Bep utilise le terme de 麻甩 (Maa-lat) dans un hashtag (#麻甩系) pour décrire une femme qui a un comportement d’homme , et qui est donc un peu bizarre:
Un autre exemple est le titre de cette pièce de théâtre, populaire à Hong Kong en 2012 , et qui s'appelle «Les trois malades » : 三個麻甩 (prononcé: saam go maa lat).
Chique En portugais, comme dans d’autres langues comme l’anglais ou le tchèque, on utilise le mot français « chic », qui signifie élégant, sans toujours savoir qu’au départ, le mot est en fait d’origine allemande (en allemand, Schick veut dire « adresse », « habileté »).
En portugais, le mot a gardé cette référence à tout ce qui est élégant, mais il peut aussi être utilisé pour signifier que quelque chose est cher, comme par exemple une voiture de luxe, ou de marque étrangère, et que la plupart des gens n’ont pas les moyens de s’acheter.
Le terme apparaît dans plusieurs chansons, par exemple « chique« , « Vida chique », et « Moça chique » (jeune femme chic). Une journaliste de mode connue au Brésil pour son blog intitulé “Chic”, a fait de ce mot son slogan.
Voici la vidéo du chanteur Yamashita dont le titre est justement « Chique »:
On l’entend souvent au quotidien, et on peut même augmenter le mot avec « chiquezāo » ou le diminuer avec « chiquezinho », qui est le nom porté par une entreprise qui vend des objets pour enfants.
Si vous avez des mots ou expressions à partager pour les faire figurer dans notre rubrique “Les mots ont la parole” contactez-nous: filip.noubel@globalvoices.org
";s:7:"dateiso";s:15:"20230725_132909";}s:15:"20230724_201051";a:7:{s:5:"title";s:108:"Comment les médias numériques façonnent l'opinion publique sur la durabilité environnementale au Nigeria";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/24/280462/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280462";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Jul 2023 18:10:51 +0000";s:11:"description";s:173:"Leurs rapports indiquent qu’en 2018, 47 millions de Nigérians pratiquaient la défécation à l'air libre, entraînant plus de 100 000 décès d’enfants chaque année";s:7:"content";s:14468:"
La pollution, le manque d'assainissement et la déforestation sont quelques-uns des principaux problèmes
Photo montrant une colline de déchets dans une communauté de l'État d'Ogun, au Nigéria. Image de Yemi Photo montrant une colline de déchets dans une communauté de l'État d'Ogun, au Nigéria. Image de Yemi Festus sur Wikimedia Commons ( CC BY-SA 4.0 )
Par Iretomiwa Adio
Alors que le Nigéria est aux prises avec divers défis environnementaux , le rôle des médias numériques dans la formation du discours public et des attitudes envers la durabilité environnementale est devenu de plus en plus important.
Les plates-formes de médias numériques, telles que les réseaux sociaux et les sites d'information en ligne, sont devenues de puissants catalyseurs pour sensibiliser et mobiliser les communautés. Le paysage des médias numériques au Nigéria a joué un rôle important en mettant au premier plan des problèmes urgents, notamment les fréquents déversements de pétrole dans le delta du Niger, le vol de pétrole et le bunkering illégal dans les États environnants. Il est devenu un canal essentiel pour diffuser des informations et engager des conversations sur ces questions importantes.
Si ces plateformes de médias numériques ont le pouvoir de façonner positivement l'opinion publique, elles ont également le potentiel de cacher des informations à l'opinion publique, présentant ainsi le revers de la médaille. Ces plateformes peuvent offrir une large portée, mobiliser les communautés et les informer sur les mouvements sociaux et environnementaux, mais elles peuvent aussi contribuer par inadvertance à un cycle d'auto-information où les communautés déjà informées reçoivent des informations redondantes. Par conséquent, le grand public peut ne pas recevoir les informations nécessaires et utiles pour conduire le changement, et encore moins comprendre pleinement les problèmes à résoudre.
L'article intitulé « Environmental Challenges Awareness in Nigeria: A Review », publié l'année dernière dans l'African Journal of Environment and Natural Science Research, propose un examen perspicace des défis environnementaux au Nigeria, notamment la pollution, le mauvais assainissement et la déforestation. Il souligne l'importance d'une sensibilisation accrue et de mesures proactives pour s'attaquer efficacement à ces problèmes urgents.
Une autre préoccupation est que le climat actuel au Nigeria concernant les questions environnementales et la durabilité est loin d'être une priorité pour les citoyens. Comme indiqué dans un article de blog par Edidiong Daniel dans The Eco Writer , il semble y avoir un manque de préoccupation inhérente pour la durabilité environnementale chez les Nigérians. Nous ne sommes pas suffisamment informés de l'impact de nos actions sur l'environnement, et nous ne saisissons pas pleinement sa signification.
Bien que des plateformes comme Instagram, Twitter et Facebook puissent efficacement attirer l'attention sur ces problèmes urgents, elles restent souvent limitées à de simples hashtags ou fils Twitter. Le problème ne réside donc pas dans les plates-formes que nous utilisons pour partager des informations, mais plutôt dans l'efficacité avec laquelle nous les employons pour favoriser le débat public et l'engagement des Nigérians sur ces questions critiques.
Par exemple, le documentaire de 2015, devant « Nowhere to Run: Nigeria's Climate and Environmental Crisis » (Nulle part où aller : la crise climatique et environnementale au Nigeria), met en lumière les dommages considérables infligés à la communauté Ogoni en raison d'années de déversement aveugle de pétrole brut. Ce documentaire stimulant, produit par la Fondation Shehu Musa Yar'Adua et animé par Ken Wiwa , fils du célèbre activiste environnemental et écrivain, Ken Saro-Wiwa [FR], visant à mettre en évidence l'impact du changement climatique et de la dégradation de l'environnement, posant des défis importants au développement national couplé avec une croissance rapide de la population du Nigeria. Bien que le documentaire ait efficacement véhiculé les réalités auxquelles nous sommes confrontés, il n'a malheureusement pas gagné en popularité en termes de vision et de discussions sur les réseaux sociaux. Sur YouTube, il n'a actuellement que 21 000 vues, un contraste frappant avec les 31,60 millions d'abonnés au Nigeria seul (environ le double de la population de New York). Dans un tel scénario, les médias numériques ont joué un rôle d'information et de sensibilisation à l'environnement. Cependant, dans la plupart des cas, les sujets viraux tels que les tendances socio-économiques, les actualités politiques et le divertissement ont tendance à dominer les plateformes, éclipsant des sujets tels que le changement climatique et la durabilité. Par conséquent, ces sujets cruciaux reçoivent beaucoup moins d'opinions que nécessaire, ce qui met en évidence le défi de capter l'attention du public sur les problèmes environnementaux urgents.
Ce n'est pas toujours le cas non plus. Un exemple qui contraste avec la situation précédente est la campagne Clean Nigeria, lancée en 2018 dans le but d'éliminer la défécation à l'air libre dans le pays d'ici 2025. Cette campagne indique qu'en 2018, 47 millions de Nigérians se livraient à la défécation à l'air libre, ce qui aurait provoqué plus de 100 000 décès d'enfants par an, dont plus de 90 % sont liés à l'eau insalubre, comme l'a rapporté l'UNICEF .
— EHSDivision, Federal Ministry of Environment. (@EHS_Division) 16 novembre 2020
La campagne a utilisé efficacement une combinaison de plateformes de médias numériques, de collaborations communautaires et de conversations sur les réseaux sociaux. Elle a donné la priorité à une bonne éducation sur le problème tout en soulignant qu'il s'agissait d'un problème collectif qui nécessite les efforts de chacun pour être résolu. En conséquence, en octobre 2022, l'État de Jigawa a été déclaré le premier État sans défécation à l'air libre du pays. Cette réalisation a considérablement réduit le taux de choléra et la mortalité infantile.
La principale distinction entre ces deux mouvements n'est pas leur importance, mais plutôt l'efficacité avec laquelle les médias numériques ont été utilisés pour influencer l'opinion publique concernant la valeur que nous accordons à l'environnement. Alors que l'ancien mouvement diffusait efficacement l'information et produisait un documentaire axé sur des thèmes pertinents, il peinait à initier un discours allant au-delà. Une campagne numérique réussie doit favoriser des dialogues qui s'épanouissent dans des contextes réels, transcendant son support principal. En revanche, cette dernière campagne a pris l'initiative au-delà des plateformes Internet, s'engageant avec les communautés affectées au niveau local et déclenchant des changements concrets dans le processus.
En outre, certains journalistes s'inquiètent des informations qui parviennent au public et de leur conformité avec les opinions des Nigérians sur la durabilité environnementale. Dans une étude, la journaliste nigériane Evelyn Tagbo a constaté que moins de 0,1 % des articles publiés par deux journaux nigérians sur deux périodes de trois mois traitaient des changements climatiques. L'étude a également conclu que l'écart important entre la compréhension du public du changement climatique et les impacts réels de ce changement dans la région demeure un problème critique.
Le débat sur l'environnement et les changements climatiques peut être grandement facilité par notre utilisation des plateformes de médias numériques. Cependant, il est crucial que nous possédions une compréhension approfondie non seulement de la manière d'utiliser efficacement ces plateformes, mais également du rôle important qu'elles jouent dans la formation de l'opinion publique sur les questions environnementales. L'éducation est essentielle pour apprendre à tirer parti de ces plateformes pour transmettre des messages de manière convaincante. Il est essentiel de reconnaître l'importance d'aller au-delà du domaine des hashtags, des fils Twitter et des messages Facebook, et de travailler activement à la mise en œuvre de changements tangibles et significatifs dans nos sociétés.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230724_201051";}s:15:"20230724_195436";a:7:{s:5:"title";s:67:"La détention prolongée d'un militant suscite la colère en Angola";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/24/280473/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280473";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Jul 2023 17:54:36 +0000";s:11:"description";s:201:"Parmi les motifs de suspension de la peine de Tanaice Neutro figuraient sa mauvaise santé et le fait qu'il était un délinquant primaire - mais cette décision de justice n'a jamais été appliquée.";s:7:"content";s:13303:"
Tanaice Neutro a déjà purgé 15 mois de sa peine « avec sursis »
En février 2021, un jeune militant appelé Gilson da Silva Moreira, mieux connu sous le nom de Tanaice Neutro, a été arrêté pour avoir prétendument insulté le Président de l'Angola, João Lourenço, sur les réseaux sociaux. Ces insultes comprenaient l'utilisation de termes comme « voyou » et « clown » pour désigner Lourenço.
Selon les sources locales, Neutro a été condamné à une peine d'un an et trois mois d'emprisonnement avec sursis dans un verdict rendu public en octobre 2022. Cependant, toute personne reconnue coupable d'outrage à l'État, à ses symboles et à ses secteurs – parmi les charges retenues contre Neutro – est généralement tenue de purger sa peine en prison.
Lors de la publication du verdict, le ministère de la Justice a donc fait appel de la condamnation. L'avocat de la défense de l'activiste s'est dit satisfait de la peine avec sursis, même s'il a regretté le temps que Neutro avait déjà passé en prison – 15 mois.
L'une des justifications avancées pour que Neutro reste en dehors de la prison était son état de santé affaibli, car il était malade avant d'aller en prison, et d'être un primo-délinquant – mais cette décision de justice n'a jamais été appliquée. De ce fait, le militant est resté en prison depuis son arrestation en 2021, et sa santé continue de se détériorer.
C'est pourquoi le Réseau des Défenseurs des Droits Humains d'Afrique Australe, par l'intermédiaire de son président, Adriano Nuvunga, a répudié la détention illégale de cet activiste angolais. Dans la vidéo ci-dessous, mise en ligne le 5 juin dernier, un appel à l'aide a été lancé pour la sortie de Tanaice Neutro :
Il y a également plusieurs plaintes en ligne contre la détention de l'activiste angolais :
A perseguição a ativistas e manifestantes é uma realidade em Angola que tem de acabar! O Activista Tanaice Neutro já cumpriu a pena de 15 meses de pena suspensa, mas até hoje continua na cadeia? Porquê? Não se sabe!
Não fique em silêncio @antoniocostapm@amnistiapt
The persecution of activists and demonstrators is a reality in Angola that must end! Activist Tanaice Neutro has already served a 15-month suspended sentence, but is he still in jail today? Why? It is not known!
Don't be silent @antoniocostapm@amnistiapt
— Cídia Chissungo (@Cidiachissungo) June 5, 2023
La persécution des militants et des manifestants est une réalité qui doit cesser en Angola! L'activiste Tanaice Neutro a déjà purgé une peine de 15 mois avec sursis, mais est-il toujours en prison aujourd'hui ? Pourquoi? On ne sait!
Ne te tais pas @antoniocostapm@amnistiapt
— Cídia Chissungo (@Cidiachissungo) 5 juin 2023
As autoridades angolanas têm de acabar já com a violência policial contra manifestantes pacíficos! O Activista Tanaice Neutro completa hoje 507 dias na prisão por protestar. #Freetanaice
Não fique em silêncio @antoniocostapm. @amnistiapt
Angolan authorities must end police violence against peaceful demonstrators now! Activist Tanaice Neutro completes 507 days in prison today for protesting. #Freetanaice
Don't be silent @antoniocostapm. @amnistiapt
Les autorités angolaises doivent maintenant mettre fin aux violences policières contre les manifestants pacifiques! L'activiste Tanaice Neutro purge aujourd'hui 507 jours de prison pour avoir manifesté. #Freetanaice
Ne te tais pas @antoniocostapm. @amnistiapt
L'Amnesty International du Portugal a profité de la visite du Premier ministre du Portugal, António Costa en Angola, qui s'est déroulée du 5 au 7 juin, pour faire connaître l'affaire :
Junte-se a nós e diga a @antoniocostapm que os Direitos Humanos têm que fazer parte da agenda oficial da sua visita a Angola!
Des rapports d'organisations de défense des droits humains indiquent que la santé de Tenaice Neutro s'est détériorée, c'est pourquoi les appels se multiplient pour qu'il soit libéré, afin d'obtenir les soins nécessaires en dehors de la prison.
Tanaice Neutro has been imprisoned for more than 500 days, solely for his peaceful activism. He desperately needs urgent medical care, which the authorities are denying him. Join us in demanding the immediate and unconditional release of Tanaice by the Angolan authorities. pic.twitter.com/SRPi13pPoB
— AmnestySouthernAfrica (@AmnestySARO) June 2, 2023
Tanaice Neutro est emprisonné depuis plus de 500 jours, uniquement à cause de son militantisme pacifique. Il a désespérément besoin de soins médicaux urgents, ce que les autorités lui refusent. Rejoignez-nous pour exiger la libération immédiate et inconditionnelle de Tanaice par les autorités Angolaises. pic.twitter.com/SRPi13pPoB
— AmnestySouthernAfrica (@AmnestySARO) 2 juin 2023
";s:7:"dateiso";s:15:"20230724_195436";}s:15:"20230724_192255";a:7:{s:5:"title";s:92:"La rhétorique anti-réfugiés et la nouvelle extrême droite sur les réseaux sociaux turcs";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/24/280541/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280541";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Jul 2023 17:22:55 +0000";s:11:"description";s:187:"En commençant par des déclarations ouvertement racistes de dirigeants politiques d'extrême droite, les réseaux sociaux ne rendent pas la vie plus sûre pour les réfugiés en Turquie.";s:7:"content";s:14415:"
Les célébrités des réseaux sociaux incitent les jeunes frustrés à s'attaquer aux réfugiés
Image reproduite avec l'aimable autorisation de Giovana Fleck
Cet article a été écrit dans le cadre du partenariat d'Advox avec Small Media Foundation pour vous présenter l'initiative UPROAR, une collection d'essais qui mettent en exergue les défis des droits numériques dans les pays soumis au processus d'Examen Périodique Universel de l'ONU.
Il y a une vague de rhétorique anti-réfugiés qui se déchaîne sur les réseaux sociaux turcs. Commençant par les déclarations ouvertement racistes effectuées par des dirigeants de partis politiques d'extrême droite jusqu'aux comptes prétendant être des « agences de presse » diffusant des désinformations pour inciter à la violence, les réseaux sociaux ne rendent pas la vie plus sûre pour les plus de 4 millions de réfugiés à l'intérieur des frontières turques. Il y a eu plusieurs points d'escalade dans la rhétorique. La prise de contrôle de Twitter par Elon Musk a fourni un espace sûr à l'extrême droite turque, tout comme ses compatriotes internationaux, et les élections turques en mai 2023 ont vu les réfugiés ciblés par des campagnes politiques. Pourtant, indépendamment de ces pics, cette tendance à l'augmentation des discours de haine contre les réfugiés dans les réseaux sociaux turcs a une histoire plus longue.
Une explication intuitive serait basée sur les nombres ; parce que le nombre de réfugiés augmente, le sentiment anti-réfugiés augmente également. Il y a cependant peu de choses pour étayer ce récit. Il y a plus de preuves empiriques pour le phénomène exactement opposé : le contact social avec les immigrés conduit à plus de tolérance et à des sentiments positifs plutôt qu'à une augmentation de la haine. Bien qu'il n'y ait pas de données directes en tant que telles dans l'exemple spécifique de la Turquie, Zafer Partisi, un parti politique d'extrême droite qui promet d'expulser tous les réfugiés de Turquie, a obtenu un pourcentage de voix supérieur que sa moyenne nationale dans une seule des cinq premières provinces avec la plus forte concentration de réfugiés, et dans deux des 10 premières, selon les données du centre de gestion des migrations du ministère de l'Intérieur.
Il existe de nombreux documents prouvant que l'exposition à des récits pro ou anti-immigrés dans les médias affecte les attitudes à l'égard de l'immigration. Les preuves que l'exposition négative aux médias crée de l'hostilité et de la discrimination contre les immigrants sont solides. Le rôle des plateformes de médias sociaux dans ce récit fait toujours l'objet de recherches. Les résultats existants suggèrent que les réseaux sociaux sont très réceptifs aux récits produits par les médias traditionnels, et il ne serait pas exagéré de supposer que le contraire est également vrai. Cela nous oblige à nous attaquer au radicalisme anti-réfugiés dans les réseaux sociaux turcs en tant que phénomène indépendant et très dangereux en soi. De toute évidence, l'atmosphère politique du pays affecte les médias tout comme elle affecte à peu près tout en Turquie. Les réseaux sociaux eux-mêmes sont un agent (ou, plus précisément, une collecte du grand nombre d'agents) dans ce changement, cependant, pas seulement un récepteur passif.
Réseaux de haine
Des influenceurs, des streamers et des célébrités similaires des réseaux sociaux conduisent des hordes de jeunes hommes frustrés à cibler les réfugiés. Le streamer Twitch, Ahmet Sonuç, connu sous le nom de « Jahrein », est l'une de ces figures. Utilisant sa popularité auprès des jeunes hommes en tant que streamer de jeux, il cible et déshumanise régulièrement les réfugiés. Sonuç vise également les organisations nationales qui n'ont pas de vision raciste envers les réfugiés turcs, ciblant fréquemment les partis politiques qui favorisent les politiques d'intégration et laissant entendre que les organisations féministes qui refusent de définir les problèmes de harcèlement sexuel en termes racistes méritent d'être harcelées. Le compte Twitter de Sonuç a été bloqué par l'administration Twitter pré-Musk en octobre 2022 pour conduite haineuse, mais il a été restauré après la prise de contrôle de Musk.
Un autre exemple en tant que tel est le créateur de contenu YouTube d'extrême droite anonyme connu sous le nom de « Erlik ». Connu pour promouvoir des histoires alternatives militaristes et des théories du complot, Erlik utilise son compte Twitter de la même manière pour affirmer que les réfugiés sont un danger démographique et pour louer les politiques anti-réfugiés des gouvernements de droite comme celui du Royaume-Uni, que le Conseil européen sur les Réfugiés et les Exilés (ECRE) a appelé à promouvoir des politiques qui alimentent la violence d'extrême droite. Erlik est également célèbre pour ses vidéos YouTube appelant les femmes féministes combattant les agressions sexuelles fascistes et ciblant les utilisateurs de réseaux sociaux de gauche et pro-Kurdes, affirmant qu'elles sont liées à des organisations terroristes.
Les sentiments les plus ignobles proviennent de comptes Twitter anonymes. Enhardis par leurs coches bleues, qui peuvent désormais être facilement acquises en l'absence de toute vérification et de tout contrôle, ces comptes déshumanisent régulièrement les réfugiés et lancent des accusations contre la population immigrée en Turquie pour tous les problèmes, à savoir la propagation de maladies contagieuses et, ce faisant, ravivent le récit des « immigrants sales ».
Ajans Muhbir (Agence d'information) est l'un des principaux comptes provocateurs. Il est affilié au politicien d'extrême droite Ümit Özdağ, le chef d'un parti politique radical de droite nouvellement fondé, Zafer Partisi. Le compte précédent d'Ajans Muhbir, avec une longue histoire de partage de contenu faux et obsolète pour cibler les immigrants a été fermé par Twitter pour avoir enfreint les règles de Twitter à l'époque pré-Musk. Mais cela n'a pas empêché d'alimenter le récit anti-immigrés, ce qu'il continue de faire sous un nouveau nom en toute impunité. Il y ae également des comptes non anonymes régulièrement engagés dans la propagation de la haine. L'un de ces comptes importants appartient à Ümit Özdağ, qui l'utilise comme plate-forme pour instiller la peur via des vidéos insinuant que les Turques deviendront une minorité en Turquie à l'avenir. Il n'a pas non plus hésité à partager des théories du complot racistes qui blâment la minorité kurde en Turquie pour les vagues d'immigration massive. Le récit incontrôlé et alimenté par la haine d'Özdağ a attiré des dizaines de racistes turcophones et de démagogues d'extrême droite de tous bords sur ses plateformes de réseaux sociaux.
Özdağ a également utilisé son compte pour louer un trafiquant d'êtres humains d'avoir fait sortir des réfugiés des frontières du pays et d'avoir ciblé des médecins immigrés en publiant leurs informations personnelles sur Twitter. Ces récits doivent être considérés comme des crimes selon la loi turque.
Le politicien a constamment propagé l'idée que les réfugiés syriens prendraient le contrôle de la Turquie sur le plan démographique et feraient des Turcs une minorité opprimée, en quelque sorte une version traduite et localisée de la théorie du « Grand Remplacement » – une théorie du complot antisémite d'extrême droite qui est née en France au début du XXe siècle et s'est progressivement étendue au monde occidental, atteignant un sommet de popularité dans les années 1930. Il a été relativement oublié jusqu'à ce qu'il refait surface une fois de plus au 21e siècle par la résurgence de l'extrême droite.
Avec la combinaison de « l'effet de coche bleue » sur le nouveau Twitter de Musk qui aggrave la rhétorique d'extrême droite dans le monde et la nouvelle légitimation des élections turques par deux parties du bloc d'extrême droite acceptées à la fois dans le parti au pouvoir Justice et Développement et dans les alliances de l’opposition ; il est difficile d'imaginer que cette tempête de réseaux sociaux ralentisse de si tôt.
La Turquie est l'un des principaux centres de réfugiés au monde, avec une économie assez importante et une population nombreuse très active sur les réseaux sociaux. Toutes ces qualités en font presque un laboratoire d'interactions entre l'extrême droite, les réseaux sociaux et les réfugiés. L'atmosphère des réseaux sociaux dans le pays devrait être surveillée de près par quiconque tente de comprendre et de discerner les nouvelles relations qui se forment entre la nouvelle extrême droite et les nouveaux médias à l'échelle mondiale.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230724_192255";}s:15:"20230724_184326";a:7:{s:5:"title";s:46:"Comment la guerre en Ukraine a tordu ma langue";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/07/24/280514/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=280514";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Jul 2023 16:43:26 +0000";s:11:"description";s:165:"Après la deuxième invasion russe du 24 février 2022, je me suis demandé ce que je devais faire de la partie de mon cerveau qui parlait encore russe au quotidien.";s:7:"content";s:15097:"
« Poutine n'a aucun droit d'auteur sur l'utilisation de la langue russe »
Photo prise à Odessa en octobre 2022. Sur la banderole, on peut lire : Photo prise à Odessa en octobre 2022. La bannière se lit comme suit : « Si vous touchez Mama, Mama vous enterrera. » « Mama » fait ici référence à Odesa connue sous le nom d’Odessa-Mama, tandis que le naufrage du bateau fait référence au succès de l'Ukraine qui a réussi à envoyer par le fond l'un des plus grands navires militaires russes le 14 avril 2022. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.
Au cours des dix premières années de ma vie, ma famille multiethnique a voyagé à travers l'Union soviétique, la Tchécoslovaquie et la France. Au fil de nos déplacements, j'ai appris des langues qui continuent aujourd'hui encore à façonner mon identité. Parmi elles, le russe. J'ai également assimilé des modèles culturels en cours de route. Celui que je chéris est la tolérance.
Lorsque nous vivions à Tachkent dans les années 1970, la tolérance portait un nom spécifique et hautement politique : Дружба народов (Druzhba narodov) ou « fraternité des nations ». Ces deux mots étaient utilisés à l'infini dans les manuels scolaires, les affiches de rue, les journaux télévisés et les discours prononcés lors d'événements officiels. La réalité soviétique m'a cependant rapidement appris qu'outre le slogan et son langage soutenu, les insultes ethniques faisaient également partie de la vie quotidienne, au bazar, dans les bus surpeuplés, dans les longues files d'attente pour le lait et aux postes-frontières.
Plaque commémorative à Odessa rappelant aux piétons que l'auteur yiddish Sholem Aleichem a vécu à Odessa. Photo prise en 2018 par Filip Noubel, utilisée avec permission.
Pourtant, ce même quotidien m'a montré que les gens se mariaient entre eux. À Odessa, où nous nous sommes installés en 1979, nos amis et voisins étaient issus de familles mixtes karaïm-allemandes, russo-arméniennes, ukrainiennes-juives, grecques-moldaves. Lorsque nous regardions quotidiennement les films sur la Seconde Guerre mondiale à la télévision – il n'y avait pas beaucoup de choix – tous partageaient les mêmes histoires, à savoir que leurs parents avaient combattu l'invasion nazie de l'Union soviétique, parce que, vous savez, Дружба народов.
Le 24 février 2022, lorsque les nouvelles du monde ont explosé avec la phrase « Moscou bombarde Kiev », j'ai douté de ma propre santé mentale. Lorsque j'ai vu des images de destruction, de personnes se cachant dans le métro, avec des grands-mères et leurs chats, j'ai douté de mes propres yeux. J'ai douté du fondement même de la langue, car les titres combinaient des mots qui semblaient n'avoir aucun sens. Les phrases décrivaient des choses tout simplement inconcevables. Pourtant, c'est bien ce qui s'est passé, et ce qui se passe encore aujourd'hui, avec des milliers de femmes, d'enfants, d'hommes, de civils et de soldats ukrainiens qui ont été tués. Mutilés. Faits orphelins. Kidnappés. Violés. Torturés.
J'ai passé les trois premiers mois de la guerre collé aux informations, regardant huit heures de séquences chaque jour, perdant la majeure partie de mon sommeil. J'ai aussi arrêté de lire des livres, même si mes amis me traitent de bibliophile. Tout simplement parce que mes yeux sillonnaient la page, mais ne retenaient rien. Mon esprit n'arrêtait pas de s'emballer, essayant de traiter les nouvelles, cherchant une explication.
Finalement, un jour, tout cela m’a amené à une question étouffante : face au génocide, que faire de cette partie du cerveau qui parle encore le russe tous les jours ?
Dans l'Union soviétique des années 1970, la solidarité avec les peuples opprimés était encore une autre façon d'incarner la tolérance. Nous l'avons appris à l'école, l'avons crié lors des manifestations du 1er mai et l'avons vu dans des films glorifiant la camaraderie avec les combattants de la liberté de Cuba et du Vietnam. Peut-être, enfants, n'avons-nous pas remarqué que le grand héros soviétique qui a contribué à répandre la révolution n'a jamais été ouzbek, ni bouriate, ni tchétchène, mais presque toujours russe. Nous étions loin de nous douter que la propagande soviétique ne faisait que recycler, au nom de l'”amitié entre les nations”, le même discours tsariste selon lequel il fallait “apporter le progrès aux sauvages”. Et en effet, parler russe n'était-il pas le meilleur moyen de favoriser la paix et la compréhension entre tant d'ethnies différentes, puisque nous parlerions tous la même langue ?
Avance rapide jusqu'en 2014 : Poutine construit tout son pseudo-argument pour envahir l'est de l'Ukraine et occuper la Crimée au nom de la langue russe, à savoir pour protéger les russophones prétendument menacés et discriminés par les autorités de Kiev.
Paire de chaussettes portant l'inscription «Любовь-морковь», qui signifie « carotte de l'amour ». Il s'agit d'une expression idiomatique russe signifiant que, dans la vie, l'amour vient mais finit par s'en aller. Les chaussettes sont produites à Odessa par une entreprise de vêtements qui utilise des expressions humoristiques ukrainiennes et russes dans ses créations. Photo prise à Odessa en octobre 2022 par Filip Noubel, utilisée avec autorisation.
Être russophone a toujours été une joie pour moi. Oui, il y a la poésie, mais surtout, il y a les blagues caustiques, l'humour absurde d'une langue façonnée par la résistance au tsarisme, à l'antisémitisme, au stalinisme, et pendant un certain temps, au poutinisme – jusqu'à ce qu'il confisque la télévision russe. J'ai parlé russe quand j'étais enfant à Tachkent, Odessa et Moscou. Puis comme journaliste et chercheur à Bichkek, Almaty, Bakou. Maintenant, je l'utilise quotidiennement avec des amis lorsque je vis à Prague ou à Berlin. Le russe que je parle est un mélange de mots ouzbeks et kirghizes, la langue de personnes de dizaines d'origines ethniques qui ne se considèrent pas du tout comme des Russes.
Chaque jour de la guerre, avec chaque horreur révélée, je vois de plus en plus d'Ukrainiens bilingues abandonner le russe. Les écrivains passent entièrement à l'ukrainien. Ce n'est pas une surprise, bien sûr. J'entends également des appels à annuler la littérature russe, la culture russe, la présence russe aux événements. C'est là que la question de la tolérance me touche de plein fouet.
Pour être clair, la culture ukrainienne doit-elle être amplifiée, largement enseignée, mise en valeur, sa littérature traduite ? Bien sûr. Les musées internationaux devraient-ils changer leurs étiquettes et renommer les peintures en conséquence pour arrêter l'effacement de la culture ukrainienne ? Absolument. Totalement. Partout. Dans toutes les langues. Non seulement parce que la culture ukrainienne reste largement ignorée à la suite de décennies de propagande anti-ukrainienne tsariste, soviétique et russe, mais aussi parce qu'elle est belle, extrêmement diversifiée, séduisante, pleine de talent.
Là je dois faire un détour. Plusieurs de mes arrière-grands-parents étaient de langue maternelle occitane. En moins de deux générations, le français centralisé a diabolisé l'identité occitane au point que, alors que la langue était parlée par 90 % des habitants du sud de la France au début du XXe siècle, ce nombre est aujourd'hui inférieur à 9 %. Les célébrités culturelles d'origine occitane sont encore largement ignorées, ou simplement niées dans les cursus scolaires et universitaires français. Un exemple clair et, hélas, très réussi de colonisation menée par un système éducatif dans lequel j'ai passé plus de 12 ans de ma vie.
Il m'a fallu des décennies pour réaliser à quel point le déni d'identité était ancré non seulement dans les manuels, mais aussi en moi. Maintenant, j'apprends l'occitan, je lis des livres sur son histoire et sa littérature. Mais vais-je arrêter de lire la littérature française ? Non pourquoi? Parce que je crois qu'il ne sert à rien de répondre à ce qui était en fait – et l'est encore en partie – une interdiction par une autre interdiction.
Je préfère déconstruire ce qui est présenté comme de grandes icônes culturelles, aussi douloureux que cela puisse être. Je préfère affronter les écrivains idéalisés qui ont écrit des textes éclairants et, ensuite, reconnaître qu'ils ont aussi embrassé les pires attitudes coloniales et participé à un tel discours.
Est-ce que les poètes russes Pouchkine, Lermontov, Brodsky ont écrit des textes affreux et racistes ciblant les Ukrainiens, les Tchétchènes et glorifiant l'impérialisme russe ? Très certainement. Il faut le savoir, l'étudier et le décortiquer, car leurs mots ont été et sont toujours utilisés comme des armes par Moscou aujourd'hui, dans le cas de l'Ukraine, mais aussi ailleurs.
Il n'y a pas de conclusion facile ou heureuse à être un russophone aujourd'hui, à regarder chaque jour des nouvelles plus horribles de l'agression russe en Ukraine, à écouter, quand on peut le supporter, cinq minutes d'abominations émanant du Kremlin, et à essayer de concilier des émotions, des identités et des questions morales contradictoires.
Photo prise à Odessa en octobre 2022. À gauche, les mots en ukrainien disent « Gloire à l'Ukraine ». À gauche, on peut lire « Longue vie à la Biélorussie » en biélorusse. Photo prise par Filip Noubel, utilisée avec sa permission.
La personne qui m'a fait reprendre la lecture, y compris en russe, est Andrey Kurkov. Il est né près de Saint-Pétersbourg, a grandi et étudié le japonais à Kiev, a servi dans l'armée soviétique à Odessa et vit aujourd'hui à Kiev. Il écrit en russe des romans décalés et ironiques, notamment, mais pas seulement, sur les guerres de 2014 et de 2022. En mai 2022, il a prononcé une phrase qui m'est restée en mémoire : L'Ukraine devrait posséder la langue russe, car « Poutine n'a aucun droit d'auteur sur l'utilisation de la langue russe ».
Lorsqu'un empire s'effondre, les anciennes périphéries se libèrent non seulement elles-mêmes, mais finalement aussi, son centre.
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« Encourageons les deux équipes », plaisantent certains utilisateurs.
Une image retouchée montrant Evgeny Prigozhin et les soldats de Wagner qui représentent une compagnie de ballet interprétant le Lac des Cygnes.
Les 23 et 24 juin, de nombreux Ukrainiens ont assisté à un drame digne d'une émission de télé-réalité : Wagner, le fameux groupe de mercenaires, s'est rapidement mobilisé. Cependant, ils ne se dirigeaient pas vers l'Ukraine, la Syrie ou un quelconque endroit du continent africain, où ils avaient attiré l'attention de la communauté internationale en 2017, mais bien vers leur nation d'origine, la Russie.
Après avoir été bloqué pendant environ huit mois à Bakhmout, une petite ukrainienne, le groupe semble avoir inversé le scénario. En quelques heures, ce dernier, connu pour ses exactions, s'est emparé de Rostov-sur-le-Don, un centre régional de l'ouest de la Russie. Il s'est ensuite dirigé vers Moscou, obligeant les gouverneurs à bloquer les routes menant à d'autres capitales régionales russes. Pour les Ukrainiens, la rébellion de Wagner devait contraindre le président russe Vladimir Poutine à de retirer ses forces du territoire ukrainien. Des médias russes indépendants suggérant une panique au Kremlin : Poutine n'a été vu nulle part et son avion a quitté Moscou. S'agit-il d'un coup d'État ? Le début d'une nouvelle guerre civile russe ? En Ukraine, le ton est à l'humour pour certains : « Encourageons les deux équipes ».
Les réseaux sociaux ukrainiens ont été inondés d’images et de vidéos de ballerines, faisant référence à la tentative de coup d'État des conservateurs soviétiques à Moscou en 1991, qui a pratiquement mis fin à l'Union soviétique. À l'époque, alors que les putschistes entreprenaient de renverser Mikhail Gorbachev, premier et dernier président de l'URSS, le peuple soviétique, avide d'informations, s'est tourné vers les médias pour savoir ce qui se passait. La diffusion d'une production du Lac des Cygnes sur des chaînes de télévision démontrait leur incapacité de déterminer le camp que ces dernières devaient soutenir et ce qui devait être relaté. En Ukraine, les démocrates nationaux du premier parlement démocratiquement élu (l'un des résultats des réformes réfléchies de Gorbatchev) ont profité de cette occasion pour proclamer l'indépendance de l'Ukraine vis-à-vis de l'URSS.
Certains se sont inspirés d'événements plus récents en publiant des blagues sur Victor Ianoukovitch, l'ancien président ukrainien qui a été contraint de se réfugier à Rostov après avoir été destitué lors de la Révolution de Maïdan en 2014. Des utilisateurs ukrainiens se sont moqués de la déclaration de Ianoukovitch faite à la population ukrainienne depuis Rostov, peu après sa retraite précipitée de Kiev en février 2014. Une déclaration qu'il a conclue par un dramatique « Ostanovites ! » ou « Stop ! » en russe, et faisant référence à la récente occupation de Rostov par Wagner. Ces mêmes utilisateurs ont publié une photo de lui avec les mots « Ostanovites ! » (déjà un mème) et « Je ne peux pas fuir de Rostov » ou une version de la même photo, mais avec Ianoukovitch mangeant du pop-corn et disant : « Je ne peux pas fuir de Rostov ». (déjà un mème) et « Je ne peux pas fuir de Rostov », ou la version de la même image mais avec Ianoukovitch mangeant du pop-corn et disant : « Ne vous arrêtez pas ».
Un autre mème de Ianoukovitch, par le compte Instagram protsyshynofficial, qui est une caricature de Ianoukovitch fuyant Rostov à califourchon sur une autruche. Lorsqu'il a fui l'Ukraine en 2014, des activistes ont découvert un zoo avec des autruches sur sa propriété. Un an plus tard, lors d'une interview, Ianoukovitch a déclaré qu'il « protégeait » les oiseaux, ce qui a provoqué une nouvelle vague de mèmes en Ukraine.
D'autres critiquent Evgeny Prigojine, le chef du groupe Wagner, qui a passé les derniers mois à réclamer des munitions au gouvernement russe pour son combat contre Bakhmout. Dans les mèmes ukrainiens, Prigojine s'adresse au commandant en chef ukrainien « Zaluzhny, donnez-nous des munitions ! ». De nombreux Ukrainiens ont fait référence à des échanges entre Prigojine et Kyrylo Budanov, le chef charismatique des services de renseignements militaires ukrainiens, et ont supposé que la marche de Wagner vers Moscou avait été quelque peu coordonnée depuis Kiev, car peu d'Ukrainiens croyaient que les citoyens russes pouvaient apporter des changements en Russie en toute indépendance.
Il existe une plaisanterie populaire qui consistait en une chronologie de l'évolution de l'armée russe, allant de la « deuxième meilleure au monde » en 2021, à la « deuxième meilleure en Ukraine » en 2022, et à la « deuxième meilleure en Russie » en 2023. « Je dois saluer le mérite de l'état-major » écrit un utilisateur dans un autre message devenu populaire sur Facebook. « La contre-offensive a commencé, certes, dans un endroit inattendu ». Un autre mème populaire est celui de Serhiy Prytula, un ancien comédien devenu homme politique, qui fut le plus grand collecteur de fonds pour l'armée ukrainienne, lui fournissant des véhicules, des équipements, et même un satellite. « Ukrainiens, le moment est venu » pouvait-on lire sur la photo de Prytula, tout sourire. « Nous avons acheté Wagner ».
Le mème de Prytula disant « Nous avons acheté Wagner »
En Ukraine, et ce malgré toute l'attention accordée aux avancées de Wagner, il n'y a pas eu d'euphorie généralisée ni d'espoir de voir l'engagement militaire russe diminuer suite au conflit interne. Certains ont perçu la marche de Wagner et la réaction du Kremlin comme un test important capacité et de l'état de préparation de la Russie à faire face à une rébellion interne ou a des incidents militaires sur son propre territoire. De nombreux Ukrainiens ont pris un malin plaisir à les avancées de Wagner accompagné d'un désir de vengeance alors que les Russes (dont la plupart soutiennent Poutine dans le conflit ukrainien) assistaient à l'arrivée de milliers de violents criminels de guerre sur leur territoire.
Certains ont même exprimé leur indifférence. « Prigojine, y en a-t-il 25 000 comme vous ? » a tweeté un Ukrainien. « Signez la pétition concernant Tkachenko s'il vous plaît ». Plusieurs jours avant les événements, une nouvelle pétition est apparue sur le site Internet de la présidence, dans la rubrique réservée aux pétitions demandant le licenciement d'Olexandr Tkachenko, le peu apprécié ministre ukrainien de la Culture. Une pétition doit recueillir au moins 25 000 signatures pour que le président Ukrainien l'étudie.
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A Beyrouth, on prend un ‘service’ pour se déplacer en ville
Les différentes versions de la langue française qui se parlent aux quatre coins du monde ne se ressemblent pas toujours. Dans notre rubrique “Les mots ont la parole”, nous mettons à l’honneur les mots ou expressions qui sont spécifiques à une région, un pays, une communauté, mais aussi les intraduisibles qu’on garde en français tels quels ou qu’on traduit à moitié, et enfin les mots francais qui passent dans d’autres langues et ne se traduisent pas mais prennent parfois un nouveau sens. Notre premier épisode se trouve ici.
Aujourd’hui, nous avons choisi ces trois termes:
Kiffer: ce mot est utilisé par les jeunes en français de France et signifie “aimer” quelqu’un ou quelque chose. Ce mot vient de l’arabe et fait référence à “kif” (كَيْفٌ), qui signifie “haschich”.
Ce terme de français parlé est arrivé en France à travers la diaspora maghrébine mais est devenu courant dans toutes les communautés. Par contre, il ne voyage que dans un sens: au Maghreb, on utilise très rarement le verbe kiffer quand on parle français.
Associé à une culture jeune, ce terme est souvent utilisé dans le rap comme dans cette chanson “Avoue que tu kiffes” du chanteur Axis qui fait référence aux années 90:
Je ne sais quoi: il s’agit ici de l’usage de cette expression en anglais car elle est assez rare en français contemporain. Cette expression est attestée dès 1656 en Angleterre et fait référence à une qualité positive, mais insaisissable. Il faut savoir que quand on emploie cetet expression en anglais, on risque d’avoir l’air prétentieux, ou de prétendre parler français couramment. Le chercheur Richard Scholar fait remarquer dans sa thèse que, même au dix-septième siècle, l’expression est déjà “exhibée par les hommes d’esprit comme un article de mode linguistique”.
Parler plusieurs langues est souvent perçu comme signe de haute culture, ce qui est le cas au Royaume-Uni dès le 11e siècle: le français y occupe une place particulière suite à l'invasion normande car la classe dominante adopte alors l’ancien normand et l’ancien français pendant plusieurs siècles, alors que le reste de la population parle des dialectes germaniques ou celtiques. Plus tard, l’anglo-normand continue d’être utilisé dans plusieurs domaines, tels que le droit ou la médecine, d'où, par exemple, les termes juridiques “bailiff” et “attorney” en anglais.
Aujourd'hui, cette expression peut être employée pour imiter ironiquement la bourgeoisie et son snobisme. Elle apparaît dans certaines chansons pop, par exemple “Je ne sais quoi”, chantée en anglais par Hera Björk pour l’Islande à l’Eurovision de 2010, ou, comme ci-dessous, dans “A certain je ne sais quoi” des Pet Shop Boys:
Et il y a même une vidéo explicative et amusante sur sa prononciation pour les anglophones:
Service: au Liban, ce mot est utilisé pour décrire un service de taxi collectif, comme l'explique ce guide du Routard:
Les taxis populaires sont nombreux, et se partagent pour réduire les coûts. Ce sont les fameux taxis collectifs, les « taxis-services » ou « services », comme les appellent les Libanais. Ces véhicules de tourisme peuvent transporter jusqu’à 5 passagers. […]
Les taxis-services circulent sur des itinéraires à la demande des passagers. Ils peuvent démarrer même si le véhicule n'est pas plein. Si c'est le cas, il est alors de coutume que le passager monte devant : cela indique ainsi aux éventuels autres passagers qu'il s'agit d'un taxi-service (collectif) et non d'un taxi « classique ».
Et comme partout, les chauffeurs de service ont des opinions très marquées sur l'état du monde, comme en témoigne cette vidéo du journal libanais L'Orient Le jour:
Si vous avez des mots ou expressions à partager pour les faire figurer dans notre rubrique “Les mots ont la parole” contactez-nous: filip.noubel@globalvoices.org
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Des centaines de milliers d’enfants sont privés de rentrée scolaire
Capture d’écran des élèves en classe au Burkina (Sahel), YouTube de Tv5 Monde Info
Les conséquences des conflits djihadistes du Sahel n’épargnent aucun secteur d’activités, y compris le milieu éducatif qui demeure profondément affecté par les manœuvres et les menaces de groupes armés.
La guerre du Sahel est un conflit armé qui oppose des groupes djihadistes et islamistes aux gouvernements de plusieurs pays de la zone, dont certains sont soutenus militairement par la France, les États-Unis et la Russie. Cette guerre débute en 2003 lorsque 32 touristes allemands et autrichiens sont pris en otage par un groupe armé ayant à sa tête Abderazak el Para. On estime que plus de 11,000 civils ont perdu la vie dans ce conflit.
Bien que les élèves soient les premières victimes de l'instabilité sécuritaire, le quotidien des enseignants dans ces zones est encore plus dangereux car ils vivent souvent chaque jour comme le dernier. Certains décident d'abandonner la fonction enseignante pour préserver leurs vies, mais d'autres tiennent coûte que coûte à sauver l’avenir de ces enfants par amour pour leur profession. Les groupes armés ne cessent de s’en prendre à leurs vies car leur idéologie s'oppose au concept d'éducation scolaire pour tous, comme l'explique cette vidéo reportage de Tv5 Monde Info où élèves et enseignants témoignent:
Un constat que confirme Labo Seibou, secrétaire général du Syndicat national d’agents fonctionnaires et contractuels de l’enseignement secondaire (Synafces) au Niger. Interviewé par Global Voices, il témoigne:
Le Niger est secoué ces dernières années par des attaques répétées au niveau de quatre régions à savoir : Tahoua, Maradi, Diffa et Tilaberi. Mais la situation s’est beaucoup dégradée au niveau de la zone des trois frontières du fait des actions des groupes terroristes, des écoles ont été fermées.
Dans le département d’Abala, situé au sud-ouest du pays, 41 écoles sont fermées, dont 31 écoles pour cause d’insécurité et dix pour manque d’enseignants. Au micro de Global Voices, Boubacar Oumarou, préfet du département d’Abala indique:
Quand les enseignants partent, l’école ferme automatiquement. Ce n’est pas un bon signe pour nous parce que nous avons des milliers d’élèves. Environ 3 000 qui sont en train de chômer
Au Burkina-Faso où les enseignants font également face aux mêmes menaces terroristes, deux situations se présentent selon Souleymane Badienne, secrétaire général de la fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche du Burkina-Faso. Au rédacteur de Global Voices, il explique:
Il n y a même pas eu d’année scolaire à proprement parler. Il y a quelques localités où les cours ont pu se dérouler mais difficilement, c’est-à-dire pas à un rythme défini par les normes.
Dans ce pays qui compte 13 régions administratives, il n’y a que la région du centre avec pour chef-lieu Ouagadougou qui n’a pas été touchée par les effets des groupes terroristes impactant les écoles, à en croire les explications de Badienne.
#Education : 11 100 écoles sont fermées dans le #Sahel central et le bassin du lac #Tchad en raison des conflits ou des menaces proférées contre les enseignants et les élèves, selon l’@UNICEF_FR. Ainsi des centaines de milliers d’enfants sont privés de rentrée scolaire. @Kalidoopic.twitter.com/6qfdz1yl3B
Il est difficile de croire que face à ce contexte sécuritaire compliqué les programmes scolaires puissent aboutir. L’État, qui devrait mettre des garde-fous pour garantir la sécurité des enseignants afin que ces derniers continuent de donner des cours, semble briller par son absence dans ces zones de conflits. Parlant de la situation du Niger, Labo Seibou explique:
Il n’y a pas de soutien formel de l’État. On avait même demandé qu’il y ait des primes de motivations pour des zones d’insécurité mais jusque-là, l’État n’a rien prévu.
Badienne, évoquant le cas du Burkina-Faso, ajoute:
Face à ces menaces, nous ne recevons pas d’appui de la part des autorités. L’essentiel des investissements dans notre pays va ministère de la défense et de la sécurité.
Cette situation est très difficile à vivre selon Moussa (nom changé pour conserver l'anonymat), enseignant à Tillabéri:
Quand nous expliquons à nos supérieurs hiérarchiques que nous avons reçu des messages de fermer les écoles, des menaces de quitter le village, nous sommes mal compris. Ils nous demandent de retourner à nos postes dans nos villages sans quoi, nos contrats seront définitivement résiliés. D’un côté, nous sommes sous menaces terroristes, et de l’autre nous sommes sous la menace de l’administration.
Psychose et traumatisme au quotidien
Les risques et menaces terroristes sont réels, explique Badienne:
Dix-sept membres du personnel de l’éducation ont perdu la vie du fait de l’action des groupes armés terroristes. En plus de cette perte en vies humaines, il y a des traumatismes physiques. Certains ont été pourchassés, bastonnés parfois même devant leurs élèves. Il y a aussi des traumatismes psychologiques.
Cette psychose fait qu’un nombre important d'enseignants ont été contraints de quitter la zone parce qu’ils ne peuvent pas enseigner dans ces situations d’insécurité où ils peuvent facilement perdre la vie. Lui-même rescapé de plusieurs attaques, Moussa témoigne:
«Nous avons été menacés de fermer nos écoles et même de quitter le village définitivement. Il y a même un enseignant qui a été tué dans la commune d’Anzourou, située sur la frontière nigéro-malienne. Dans cette zone, les terroristes sévissent, des chefs de villages ont été tués et d'autres villages ont été abandonnés sous menaces terroristes.
Selon Labo Seibou, des enseignants ont eu la vie sauve uniquement parce qu’ils se sont dissimulés au sein de la population, ou se sont changés en haillons pour ne pas être repérés. Il ajoute:
Beaucoup de nos camarades ont été lâchement abattus par les terroristes du fait qu’ils enseignent aux enfants du Niger et que ces groupes sont contre l’enseignement moderne.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230620_160826";}s:15:"20230617_093003";a:7:{s:5:"title";s:88:"Traduire de la poésie pour rapprocher Ukrainiens et Bélarusses opposés à Loukachenka";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/17/279950/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279950";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 17 Jun 2023 07:30:03 +0000";s:11:"description";s:187:"Le Bélarus est victime de Moscou mais lui sert d'allié pour envahir l'Ukraine. La poésie et la traduction peuvent-elles servir de contrepoids pour rapprocher Bélarusses et Ukrainiens?";s:7:"content";s:24253:"
On parle rarement de la décolonisation du Bélarus et de l'Ukraine en occident
Ukraine en 2022. Photo de Stanislav Krupař, utilisée avec permission.
Le Bélarus est victime de la Russie mais lui sert aussi d'instrument dans son invasion de l'Ukraine. La poésie et la traduction peuvent-elles servir de contrepoids pour établir un pont fragile entre l'Ukraine et les Bélarusses qui s'opposent au régime autocratique du président bélarusse Loukachenka ?
Global Voices (GV) a interviewé Aleś Plotka (également connu sous son nom d'artiste de Baïssan), activiste bélarusse, mais aussi chanteur, poète, traducteur de littérature ukrainienne, et contributeur de GV, pour découvrir un nouveau projet de livre auquel il a participé et qui pourrait créer de nouveaux liens entre les mondes littéraires bélarusses et ukrainiens dans un contexte de guerre, d'autocratie (au Bélarus) et de ponts culturels souvent détruits.
Le livre, intitulé “Bloodlands 20/22 Belarus/Ukraine” (“Terres de sang 2020/2022 Bélarus/Ukraine”) , se compose d'environ 20 poèmes et textes en bélarusse, et de deux textes en ukrainien consacrés à la révolution bélarusse de 2020 et à l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie de 2022. Il comprend également la traduction en bélarusse d'éminents auteurs ukrainiens tels que Vyatcheslav Levytskyi, Lessyk Panassiouk, Angie Siveria, Ivan Semessyouk, Tanya Rodionova. Enfin, il comprend aussi 40 photos d'Ales Piletski pour le Bélarus, et du photographe tchèque Stanislav Krupař pour l'Ukraine.
L'interview s'est déroulée en anglais par e-mail et a été revue sur le plan du style et de la longueur.
Le Bélarus en 2020 et le drapeau blanc-rouge-blanc de l'opposition. Photo d'Ales Piletski, utilisée avec permission.
Filip Noubel (FN) : Les langues et littératures bélarusses et ukrainiennes ont souffert du colonialisme russe pendant des siècles sous l'empire tsariste puis durant la période soviétique. Peuvent-elles aujourd'hui construire leur propre dialogue?
Aleś Plotka (AP): Indeed, now is the time to build bridges of both Belarusan [Plotka prefers to use this spelling] and Ukrainian literatures towards the rest of the world, and as a priority to the West. It doesn’t go very easily, as people, even intellectuals, are quite lazy, and many of former experts in Soviet studies prefer not to go deeper into the modern, post-colonial development of former Soviet republics.
The main surprise for us is that the West, which has great academic programs of post-colonialism, is brave enough to reflect on its own colonialism, but prefers not to apply postcolonial lenses to Belarus or Ukraine. Even though those two countries faced and are still face the worst type of imperialism. This situation is in fact much more brutal: while India was colonized, London never tried to establish a message saying Indians are actually Brits, which is exactly what Russia is doing, denying the existence of Belarusans and Ukrainians.
The book “Bloodlands 20/22 Belarus/Ukraine” tries to look at both countries as part of one process — something that is not very mainstream. It combines two countries in crisis in their decolonial phase that are still very different. Indeed bilateral relations are very difficult, as Belarusan territory was used by Russian troops to attack Ukraine in 2022. And although there are Belarusan combatants fighting for Ukraine, railway guerillas inside Belarus to deter the Russian invasion of Ukraine, and those who help as volunteers, as I do, my passport remains the second most hated in Ukraine. Thus joint actions in culture are hardly possible in the nearest future.
Belarusan culture is not given media attention now, unlike in 2020 [during the mass protests in the country]. Our presence in Western studies is very moderate, but scholars such as Simon Lewis and Nelly Bekus should be mentioned. The most Westernized voice of Belarus is the poet Valzhyna Mort, who describes Belarus through the language of American studies and narratives. Other poets and researchers who write about Belarusan culture in reference to feminism, ethnography include Hanna Komar, and the poet Tony Lashden. There are also stand-alone “ambassadors” who integrate Belarus into particular contexts such as Max Shchur in the Czech Republic, Dzmitry Plax in Sweden, Tatsiana Zamirouskaja in the US, but they don’t form a community.
Aleś Plotka (AP): En effet, le moment est venu de jeter des ponts entre les littératures bélarusse et ukrainienne et de les faire connaître en priorité à l'Occident. Ce n'est pas facile, car les gens, y compris les intellectuels, sont assez paresseux, et beaucoup d'anciens experts en études soviétiques préfèrent ne pas parler du développement moderne et postcolonial de ces anciennes républiques soviétiques.
Pour nous, la principale surprise, c'est que l'Occident, qui a de vastes programmes universitaires d'étude du post-colonialisme, et qui est assez courageux pour pouvoir réfléchir sur son propre colonialisme, préfère ne pas appliquer la même méthode pour le Bélarus ou l'Ukraine. Or ces deux pays ont été et sont encore confrontés au pire type d'impérialisme. Cette situation est en fait beaucoup plus brutale: quand l'Inde était colonisée, Londres n'a jamais tenté de faire croire que les Indiens sont en fait des Britanniques, ce que fait la Russie, niant ainsi l'existence des Bélarusses et des Ukrainiens.
Le livre “Bloodlands 20/22 Belarus/Ukraine” essaie de considérer les deux pays comme faisant partie d'un même processus – ce qui n'est pas très courant. Il associe deux pays en crise en pleine phase décoloniale et qui sont pourtant très différents. En effet, les relations bilatérales sont très difficiles, car le territoire bélarusse a été utilisé par les troupes russes pour attaquer l'Ukraine en 2022. Et bien qu'il y ait des combattants bélarusses qui se battent pour l'Ukraine, des résistants qui bloquent le réseau ferroviaire à l'intérieur du Bélarus pour retarder l'invasion russe de l'Ukraine, et des volontaires comme moi, mon passeport reste le deuxième le plus détesté en Ukraine. Ainsi, des rencontres conjointes dans le domaine de la culture ne sont guère possibles dans un avenir proche.
La culture bélarusse n'intéresse plus les médias, contrairement à 2020 [lors des manifestations de masse dans le pays]. Notre présence dans le monde universitaire occidental reste très modérée, mais des chercheurs comme Simon Lewis et Nelly Bekus doivent être mentionnés. La voix la plus occidentalisée du Bélarus est la poétesse Valzhyna Mort, qui décrit son pays à travers le langage des études et des récits américains. Parmi les autres poètes et chercheurs qui écrivent sur la culture bélarusse en référence au féminisme et à l'ethnographie figurent Hanna Komar et le poète Tony Lashden. Il existe également des « ambassadeurs » autonomes qui intègrent le Bélarus dans des contextes particuliers tels que Max Shchur en République tchèque, Dzmitry Plax en Suède, Tatsiana Zamirouskyja aux États-Unis, mais ils ne forment pas une communauté.
FN : Le Bélarus en tant qu'État est à la fois victime et instrument de l'agression de la Russie à la fois en Bélarus et en Ukraine. En tant que poète bélarusse vivant maintenant en exil, comment construisez-vous votre propre identité post-coloniale ?
AP: A Belarusan from Ukraine. Those who understand the region will get what I mean from this simple phrase.
AP: Je suis un Bélarusse d'Ukraine. Ceux qui connaissent la région comprendront ce que je veux dire par cette simple phrase.
Ukraine en 2022. Photo de Stanislav Krupař, utilisée avec permission.
FN: Comment est née cette l'idée de ce livre de photos et de traductions, et qu'espérez-vous qu'il puisse apporter au Bélarus, à l'Ukraine et à d'autres lecteurs?
AP: Well, it was not exactly planned from the beginning. I met Belarusan photographer Ales Piletski and a wild Czech war-correspondent, Stanislav Krupař, who spends most of his time in Eastern Ukraine in Donbass. The texts were all ready on my side, including a couple written in Ukrainian and five translations of Ukrainian poets. It all just happened very organically, as there is no space for artistic egocentrism here for all three co-authors. The same goes for our London publisher Skaryna who somehow just appeared and did everything very fast.
In times of crisis, art should be pragmatic. All the profits from this book go to the rehabilitation center “Lanka,” organized by Belarusans in Ukraine. One can also donate. Our aim is very practical: To help wounded international combatants in Ukraine (mainly Belarusans). Although if, as piece of art , the book inspires readers, we would be happy too.
AP: À vrai dire, on n'avait pas de plan au début. J'ai rencontré le photographe bélarusse Ales Piletski et un correspondant de guerre tchèque Stanislav Krupař, qui passe la plupart de son temps dans l'est de l'Ukraine dans le Donbass. Les textes étaient tous prêts de mon côté, dont deux écrits en ukrainien et cinq traductions de poètes ukrainiens. Tout s'est passé de manière très naturelle, car il n'y a pas de place ici pour l'égocentrisme artistique entre les trois co-auteurs. Il en va de même pour notre éditeur londonien Skaryna qui a surgi de façon un peu magique et a tout réalisé très rapidement.
En temps de crise, l'art se doit d'être pragmatique. Tous les bénéfices de ce livre vont au centre de réhabilitation “Lanka” monté par des Bélarusses d'Ukraine. On peut aussi faire un don. Notre objectif est très pragmatique: aider les combattants internationaux blessés en Ukraine (principalement des Bélarusses). Bien sûr, si, en tant qu'œuvre d'art, le livre inspire les lecteurs, nous en serons très heureux.
Invité à sélectionner un poème du livre qui incarne le projet, Plotka a choisi le suivant, co-traduit avec Corinne Leech, qui parle de la ville de Boutcha, lieu d'un massacre de civils ukrainiens par les troupes russes :
ПУШКІН ІДЗЕ ПА БУЧЫ
Пушкін ідзе па Бучы,
Падпальвае ад галавешак намарадзёраны Chesterfield lights,
Адкідвае кійком раз’ябаныя цацкі з-пад ног.
На бакенбардах асядае попел, як асядаюць ныркі пасля ўдару.
Забаўная гульня словаў, ці дадуць рады перакласці яе мае прыхільнічкі-французікі?
Навокал спрэс знаёмы пейзаж і любыя сэрцу персанажы.
Вось горцы робяць партрэты ва ўвесь рост,
Зараз гэта хутчэй, не трэба плаціць мастаку, толькі музяку падабраць для роліка.
У канцы вуліцы нехта цягне матрас за край. Бродскі, стопудова.
Осccпадзе, хто так цягне, лепш бы ты сапраўды не выходзіў са штаба.
Вось едуць танкі з Беларусі,
На траках – пялёсткі ружаў цвятаеўцаў і ахматаўцаў.
Наліплі на гліну і гной.
На жоўты пясочак так бы не наліпала.
Недзе ўдалечыні (чу!) чуваць дрон, чужы,
Падлятай бліжэй, саколік, паглядзі на мяне,
Здымай, здымай мяне, дрон са старушкі Еўропы!
Я буду ўдумліва глядзець у гарызонт,
Буду слухаць хор згвалтаваных.
А вы будзеце расшыфроўваць мой позірк і мае думкі,
Рацыяналізаваць зло і разбірацца ў душы маньяка,
А я вам суну тупа сотку,
Як Кацюшы Маславай.
Не згубіце.
Добрыя ж грошы.
Pouchkine se promène à Boutcha
Pouchkine se promène à Boutcha
Avec des bûches encore chaudes, il allume une Chesterfield bleue qu'il vient de chiper
Et donne un coup de pied aux jouets brisés.
La cendre descend et se pose sur ses moustaches, comme les reins descendent d'un cran après un coup de poing.
Quelle drôle de comparaison, mes fans français seront-ils capables de tout traduire ?
Tout autour, un paysage familier et des héros chers au cœur
Ici les montagnards font des portraits en pied,
De nos jours c'est rapide, pas besoin de payer l'artiste, il suffit de choisir une chanson et c'est sur Tik-Tok.
Quelqu'un au bout de la rue traîne un matelas[1]. Non mais sans blague, c'est Brodsky !
Mon Dieu, qui traîne comme ça ? Vous feriez mieux de rester au QG, en effet [2].
Les chars arrivent du Bélarus
Sur les pistes – des pétales de roses des fan-clubs d'Akhmatova et de Tsvetaeva
Collés à la merde et au fumier.
Ils ne colleront pas au sable jaune [3].
Un drone étranger se fait entendre au loin,
Viens plus près, oeil de faucon, regarde-moi,
Filme, filme-moi, émissaire de la Vieille Europe.
Je regarderai l'horizon d'un air pensif,
J'écouterai la chorale des violées.
Et tu décrypteras mes pensées et mon regard,
Tu rationaliseras le mal et comprendras les détails de l'âme du maniaque,
Et je vais juste te glisser un billet dans la bouche,
Comme Katioucha Maslova [4].
Pas mal pour se faire du blé, non?
Ne le perds pas
Le 9 avril 2022 à Kiev
Plotka a fourni les notes suivantes pour comprendre le contexte :
[3] Drame de Vassil Bikaw sur les purges staliniennes “Sable jaune”
[4] Le dernier roman de Léon Tolstoï “Résurrection“
Le Bélarus en 2020 et le drapeau blanc-rouge-blanc de l'opposition. Photo d'Ales Piletski, utilisée avec permission.
FN: En tant qu'artiste utilisant le bélarusse mais vivant en exil, voyez-vous une culture alternative se développer ? Est-elle accessible au Bélarus?
AP: Belarusan culture now exists in two versions: émigré and underground inside Belarus where people experience the most brutal repression since the Stalinist purges of the 1930s. The relationship between these groups is our main challenge. I think that the most interesting expressions of current Belarusan art are those which will be discovered only later, which are now inside, but can’t be seen or heard. One can study and read in English a “Czech Dreambook” as an example. I say this honestly because of this inability to share and discuss our work together. I don’t feel myself limited and obliged to shut the fuck up while speaking about my colleagues, and I send my respect to artists of the underground, and state that their work, unknown for now, will shine someday.
AP: Aujourd'hui il y a deux versions de la culture bélarusse: une qui est émigrée et une autre qui est clandestine à l'intérieur du Bélarus où les gens subissent une répression brutale sans précédent depuis les purges staliniennes des années 1930. Le vrai défi, c'est le lien entre ces deux versions. Je pense que les formes les plus intéressantes de l'art bélarusse actuel sont celles qui ne seront découvertes que bien plus tard, qui sont maintenant à l'intérieur du pays, mais qu'on ne peut ni voir ni entendre. La culture tchèque a connu le même phénomène décrit dans le roman de Ludvík Vaculík “Le livre des rêves“. Je dis cela très franchement car il y a souvent une incapacité à partager et à discuter de notre travail ensemble. Je ne me sens pas limité et obligé de la boucler en parlant de mes confrères. Je salue les artistes de l'underground, et déclare que leur travail, inconnu aujourd'hui, brillera un jour.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230617_093003";}s:15:"20230616_154618";a:7:{s:5:"title";s:76:"Le cadre de cogestion du Belize est un modèle de conservation communautaire";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/16/279961/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279961";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 16 Jun 2023 13:46:18 +0000";s:11:"description";s:168:"Le Belize protège son environnement naturel par le biais de la cogestion ; ces efforts ont été formalisés dans un nouveau cadre de cogestion des zones protégées.";s:7:"content";s:12834:"
L'adoption de partenariats public-privé garantit l'intégrité écologique et la durabilité à long terme.
Ce faisant, il s'agissait d'un nouveau signe de l'adhésion du Belize aux partenariats public-privé qui contribuent à garantir l'intégrité écologique et la viabilité à long terme de l'environnement naturel du pays. Au 16 mars de cette année, 16 des 36 accords de sites ont été signés et seront gérés dans le nouveau cadre.
À ce jour, près de 40 % du territoire du Belize a été protégé d'une manière ou d'une autre, et les partenaires de la cogestion ont été à l'avant-garde de ces efforts.
Bien que le Belize ait à peu près la même taille que l'État américain du New Jersey, il compte 103 zones protégées dans le cadre de son vaste système national de zones protégées (National Protected Areas System – NPAS). Il s'agit de réserves forestières, de réserves naturelles, de parcs nationaux, de réserves marines, de réserves privées, de sanctuaires de la vie sauvage, de monuments naturels, de sanctuaires d'oiseaux, de réserves de frayères et de réserves archéologiques.
Nicole Solano, directrice générale du Ministère du Tourisme du Belize, a déclaré que plus de 60 % des voyageurs visitent au moins une zone protégée pendant leur séjour au Belize.
Utiliser l'écotourisme pour financer le développement
Si le patrimoine naturel du Belize est une source de fierté, il constitue également une part importante et vitale de l'économie du pays.
On estime que le tourisme contribue à 45 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, alors que la moyenne des Caraïbes est de 15,2 % du PIB, et qu'il sert à financer la gestion directe de ces parcs, notamment par le biais des droits d'entrée, etc.
Lorsqu'il quitte le Belize, chaque visiteur doit s'acquitter d'une taxe de conservation de 20 USD, qui fait partie de la taxe de départ du pays. Les recettes générées par ces taxes contribuent directement au fonds Protected Areas Conservation Trust (PACT), et constituent son principal financement. Pas moins de cinq pour cent de tous les revenus générés pour le PACT sont déposés dans un fonds de dotation.
Au fil du temps, le PACT, bénéficiant d'un mécanisme de financement par subvention, est devenu une entité nationale d’exécution (national implementing entity – NIE) accréditée par le Belize pour le Fonds d'adaptation. Le PACT est la deuxième entité nationale d'Accès Direct au Fonds Vert pour le Climat dans les Caraïbes, et la première au Belize.
Renforcer les capacités, obtenir l'adhésion des communautés et étendre la protection
L'évolution de la conservation s'accompagne de celle des cogestionnaires et de leur rôle. Compte tenu de la nécessité de maintenir l'intégrité des zones protégées, les cogestionnaires se tournent vers des pratiques de gestion flexibles telles que la planification de scénarios et la gestion adaptative.
Outre la mise en œuvre des réglementations, les pratiques de cogestion concernent le bien-être des communautés, la recherche sur la biodiversité et l'utilisation durable des ressources. Par exemple, des entités de soutien de la conservation comme la Belize Audubon Society (BAS) vont plus loin dans leurs accords de cogestion. La BAS a mis en place un programme de surveillance de la biodiversité dans certains des sites les plus riches en biodiversité topologique du Belize.
En septembre 2022 (fin de la saison de nidification de l'ara rouge), grâce aux 13 bénévoles qui ont participé au travail ardu et au suivi biologique de l'unité de recherche de la FCD, 24 aras ont été remis dans la nature.
Le succès de la cogestion peut être attribué à sa capacité à intégrer l'influence locale dans les actions gouvernementales telles que l'application de la loi, la surveillance de l'habitat, l'éducation, la sensibilisation et la participation de la communauté.
Cependant, pour une optimisation maximale, les différents types de zones protégées au Belize sont tous gérés différemment. Les aires marines protégées (AMP) sont gérées par le gouvernement, par l'intermédiaire du Ministère de la Pêche, tandis que les parcs nationaux et les sanctuaires de la vie sauvage sont cogérés. En outre, chaque zone protégée dispose de ses propres règles, qui sont mises en œuvre par le gestionnaire de la zone protégée.
La transformation du Belize en un géant de la conservation
Le Belize est fier de posséder le plus gros sanctuaire de jaguars au monde. Photo via Canva Pro.
La FCD a également conclu un partenariat officiel. Le groupe est cogestionnaire des 1700 km2 de forêt tropicale du parc national de Chiquibul.
Estimé à quatre fois la taille de la Barbade, le parc est la plus grande zone protégée du Belize et abrite le plus grand réseau de grottes d'Amérique centrale.
Récemment, The Nature Conservancy (TNC) et ses partenaires ont conclu un accord de 76,5 millions de dollars pour protéger 950 km2 de forêt tropicale dans le nord du Belize, connue sous le nom de forêt maya du Belize.
Avec la zone de conservation et de gestion du Rio Bravo voisine, que TNC a contribué à créer en 1989, la forêt constituera le point d'ancrage d'un réseau de 45 000 km2 de terres protégées. La BAS travaille avec les communautés de la forêt Maya depuis 1969.
Qu'il s'agisse de l'apiculture du Maya Mountain Honey Group ou de la reconnaissance des oiseaux dans les zones importantes pour la conservation des oiseaux (ZICO), les efforts se sont concentrés sur le renforcement des capacités des groupes locaux. Ainsi on espère qu'ils pourront continuer à gérer durablement leurs ressources naturelles et à réduire leurs pressions socio-économiques grâce à des moyens de subsistance alternatifs.
Amanda Burgos-Acosta, directrice générale de la Belize Audubon Society affirme : «nous voulons soutenir les personnes qui vivent sur et autour du site et assumer leur rôle d'intendants responsables. Leur adhésion est un facteur essentiel de cet équilibre».
Plus de quarante ans après la désignation de sa première zone protégée en vertu de la loi sur les parcs nationaux (National Park Systems Act) en 1982, le Belize continue de faire des progrès considérables dans le domaine de la conservation de l'environnement grâce à des politiques qui protègent la richesse des biens naturels du pays.
Le cadre de cogestion n'est plus un simple gentleman's agreement, mais une validation du travail des parties prenantes à l'intérieur et à l'extérieur des parcs.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230616_154618";}s:15:"20230616_153219";a:7:{s:5:"title";s:80:"Azerbaïdjan : la violence contre les personnes LGBTQ+ se poursuit sans relâche";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/16/279859/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279859";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 16 Jun 2023 13:32:19 +0000";s:11:"description";s:278:"Selon ILGA Europe, une organisation internationale non gouvernementale qui défend les droits et les libertés des personnes LGBTQ+, l'Azerbaïdjan occupe la dernière place parmi 49 pays dans l'indice arc-en-ciel de l'organisation, et ce pour la troisième année consécutive.";s:7:"content";s:14432:"
L'arrestation de militants réputés ravive les inquiétudes concernant les récits alarmants anti-LGBTQ+.
En février 2022, la communauté LGBTQ+ de l’Azerbaïdjan a été profondément ébranlée à la suite de l’annonce du meurtre sauvage d’Avaz Hafizli, activiste et journaliste queer. Sa mort suscita un tollé public sur les réseaux sociaux, sur lesquels de nombreux militants ont critiqué l’inaction du pays lors de crimes haineux, plus particulièrement ceux visant les groupes marginalisés de l’Azerbaïdjan. Aujourd’hui la tendance se poursuit sans relâche. Le 23 mai, la police a arrêté plusieurs femmes transgenres à Bakou, la capitale, à la suite d'un harcèlement verbal qui s'est transformé en une confrontation entre les femmes et les forces de l'ordre lorsque ces dernières ont physiquement agressé l'une des femmes transgenres. En réaction, un groupe de militants LGBTQ+ s'est rassemblé devant le poste de police où les femmes transgenres ont été emmenées. Selon le compte personnel des militants ; la police a provoqué le groupe, déclenchant une échauffourée. En conséquence, sept personnes ont été arrêtées, dont deux d’entre elles sont des militants importants (Jabvid Nabiyev et Ali Malikov). Dans une interview avec Global Voices, Malikov a affirmé que Nabiyev et lui-même sont allés au commissariat pour exprimer leur solidarité et obtenir plus d’informations sur la situation, car aucun média n’a relayé l’incident. Pendant que les deux militants ont depuis été relâchés, ils ont été accusés de vandalisme, de possession de drogue et ont été condamnés à une amende. Les autres militants détenus ont été condamnés à la détention administrative. Après leur libération, les deux militants ont raconté les mauvais traitements, les violences et les humiliations publiques qu'ils ont subis de la part des forces de l'ordre.
Ignorés et rejetés
Selon ILGA Europe, une organisation internationale non gouvernementale qui défend les droits et les libertés des personnes LGBTQ+, l'Azerbaïdjan occupe la dernière place parmi les 49 pays dans l’indice arc-en-ciel de l'organisation, pour la troisième année consécutive.
Ces dernières années, le gouvernement a intensifié la répression contre la communauté LGBTQ+. En 2017, au moins 83 personnes ont été détenues par la police parce qu'elles étaient homosexuelles ou transgenres. Les détenus ont déclaré avoir été torturés et avoir fait l'objet de chantage. La même année, au moins quatre citoyens azerbaïdjanais qui s'identifiaient comme LGBTQ+ se sont suicidés.
En 2018, le journal israélien Haaretz a rapporté que le gouvernement azerbaïdjanais utilisait l'équipement et le logiciel de surveillance israélien Verint Systems pour identifier l'orientation sexuelle des citoyens par le biais de Facebook.
Plus d'une douzaine de personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en 2019, la plupart étant des travailleurs du sexe transgenres sollicités puis arrêtés, selon Meydan TV et Minority Magazine.
En mars 2021, Minority Magazinea fait état d'un nouveau mouvement se faisant appeler “Pure Blood” qui se mobilisait via Telegram pour cibler les personnes LGBTQ+ en Azerbaïdjan.
Puis, au cours de l'été 2021, pendant le mois des fiertés, MinorityMagazinea fait état d'autres attaques contre les personnes LGBTQ+.
Il y a généralement peu de recours auprès de la police ou des voies judiciaires officielles pour de nombreuses personnes LGBTQ+ confrontées à la discrimination et à la violence. Par exemple, en novembre 2022, une femme transgenre et son partenaire ont été attaqués dans une rue à Bakou. Connaissant les mauvais antécédents de la police à l'égard des citoyens homosexuels, ils ont décidé de ne pas déposer de plainte officielle, craignant des représailles et des violations (potentielles) éventuelles de leur vie privée.
L'exemple le plus flagrant de la réticence de l'État à aider la communauté homosexuelle est celui de la blogueuse populaire Sevinc Huseynova, qui a ouvertement appelé à la violence contre la communauté LGBTQ+ sur les plateformes de réseaux sociaux. Elle n'a jamais été réprimandée pour ses actions, malgré les nombreuses preuves qui prouvent qu'elle encourageait les gens à commettre des crimes violents contre les personnes homosexuelles. Dans l'une de ses vidéos, Mme Huseynova demande aux forces de l'ordre locales de détourner le regard dans les affaires de crimes haineux. « Un signe nous suffit, il suffit de nous le dire, et nous, le peuple, les repousserons lentement », a déclaré la blogueuse. Dans une autre vidéo, elle a appelé les hommes azerbaïdjanais à tuer les trans. À l'époque, le ministère de l'Intérieur a déclaré qu'il était au courant de l'existence de ces vidéos et qu'il menait une enquête. Mais aucune mesure n'a été prise.
Cependant, Huseynova n'est pas un exemple isolé. En Azerbaïdjan, le discours anti-LGBTQ+ est omniprésent parmi les politiciens, les célébrités, les personnalités publiques et même les militants de l'opposition. Plus récemment, un membre du parti politique d'opposition Tofig Yagublu a affirmé dans un forum de discussion que les homosexuels étaient des personnes biologiquement handicapées. En général, les représentants de la société civile du pays restent souvent silencieux lorsqu'il s'agit de défendre les droits de la communauté LGBTQ+. Comme l'a noté l'activiste queer Vahid Aliyev sur Twitter, « Il est profondément décourageant de constater le silence odieux de la société civile face aux récents événements entourant les activistes des droits LGBTQI+ à Bakou, en Azerbaïdjan ».
L'absence de recours juridique ne fait qu'aggraver la situation. Actuellement, la législation en vigueur en Azerbaïdjan ne traite pas des crimes de haine fondés sur l'identité de genre ou l'orientation sexuelle. Selon un rapport de l'Institut danois des droits de l'homme, l'Azerbaïdjan ne dispose pas de politiques nationales protégeant les droits des personnes LGBTQ+. Il n'existe pas non plus d'institutions spécifiques luttant contre la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre :
L'article 109 du Code pénal prévoit des sanctions pénales pour la persécution de groupes ou d'organisations pour des motifs politiques, raciaux, nationaux, ethniques, culturels, religieux, de sexe ou autres, interdits par les normes juridiques internationales. La persécution est considérée comme un “crime contre l'humanité” en termes, par exemple, de torture et de privation de liberté au regard des normes internationales. Les crimes de haine en eux-mêmes ne sont pas considérés comme des persécutions au sens de cette disposition. 37. Le Code pénal ne contient aucune autre disposition relative aux crimes de haine à l'encontre des personnes LGBT.
Si l'Azerbaïdjan n'adopte pas une telle loi restrictive, elle existe déjà dans la pratique, a fait remarquer le militant LGBTQ+ Miray Daniz dans une interview accordée à Chaikhana Media. « La non-approbation de la loi vise simplement à préserver l'image [de l'Azerbaïdjan] à l'étranger », a déclaré Miray Daniz, ajoutant : « Nous vivons comme si cette loi existait. Nous sommes toujours surveillés par la police et d'autres agences gouvernementales, nous sommes toujours sous pression. Il n'y a pratiquement aucune institution de l'État avec laquelle nous pouvons nous sentir en sécurité, qui nous protège et qui pense à nous ».
En l'absence de ces protections de base, le travail et les activités des militants LGBTQ+ sont limités en termes de portée et d'impact, compte tenu de l'environnement politique et social. Pendant ce temps, les victimes d'abus et de harcèlement sont livrées à elles-mêmes, craignant pour leur vie et subissant des humiliations. Lors d'un entretien avec les médias locaux, Nabiyev et Malikov ont déclaré qu'ils avaient été soumis à des tests sanguins en l'absence d'une décision de justice, qu'ils avaient été contraints de chercher des rasoirs, comme si tous les membres de la communauté portaient des rasoirs sous la langue, qu'ils avaient été humiliés et avaient fait l'objet d'insultes et que, dans un cas, les militants avaient remarqué que les policiers avaient utilisé des mouchoirs en papier pour toucher les portes que les militants avaient touchées auparavant.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230616_153219";}s:15:"20230613_164050";a:7:{s:5:"title";s:90:"IciCongo: Portrait d'un jeune média en ligne qui veut « Raconter le Congo autrement »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/13/279898/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279898";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 13 Jun 2023 14:40:50 +0000";s:11:"description";s:159:"En RDC, un média en ligne se démarque en prônant une ligne éditoriale qui fait la part belle au quotidien comme le vit vraiment la majorité des Congolais.";s:7:"content";s:11654:"
IciCongo forme aussi des étudiants et journalistes
Dans l'Est de la République Démocratique du Congo, un média tente de se démarquer des autres en prônant une ligne éditoriale qui fait la part belle au quotidien comme le vit vraiment la majorité des Congolais de cette région.
Selon le classement de Reporters Sans Frontières (RSF) de 2023 des pays où la liberté d'expression est restreinte, la République Démocratique du Congo (RDC) occupe la 124è place sur 180 pays avec un score de 48,55. Comparativement à l'année 2022 ou elle occupait la 125è place, le pays a fait un modeste pas en avant. Selon la même source, le pays de Félix Tshisekedi , Président depuis 2019, compte 540 journaux dont 177 chaînes de télévision, plus de 4 000 stations de radio et 36 médias en ligne.
Cette loi est bien accueillie par les ONG de défense de la liberté de presse car elle se veut libérale, comme l'explique RFI:
Elle fait obligation aux détenteurs de l’information publique de pouvoir la donner aux journalistes. Ce qui permettra aux journalistes d’accéder à toutes les informations, y compris les informations qui concernent les élections, et de protéger ses sources.
C'est dans cet environnement médiatique qu'est né IciCongo. Global Voices s'est entretenu via Whatsapp avec son fondateur Umbo Salama, journaliste et maître assistant au département de Sciences de l'information et de communication à l’Université de l’Assomption au Congo (UAC). Il explique le contexte de la naissance de la plateforme, ses défis et ses perspectives d'avenir.
Jean Sovon (JS): Racontez-nous l'historique, la spécificité des contenus et l’aspect régional d'IciCongo dans un si vaste pays!
Umbo Salama (US) : Je suis parti de quelques constats. D’abord, c’est la manière dont les médias étrangers parlent de l’actualité de la RDC. Ils en parlent comme si le pays traversait des situations apocalyptiques : corruption, guerre, conflits inter-ethniques, pauvreté, famine, viols, vols, pillages… Pourtant, à côté de cette situation chaotique, il y a aussi des initiatives de survie et qui sont peu rapportées dans les médias. Je me suis dit, parler de ces initiatives peut donner un plus dans la pratique du journalisme en RDC. D’où notre slogan « Raconter le Congo autrement ».
L’autre constat, est le traitement de l’information par des médias en ligne de la RDC. De nombreux médias ont tendance à diffuser l’information comme s'ils étaient en concurrence avec des agences de presse ou les réseaux sociaux. Des déclarations ou des activités de personnalités, des communiqués de presse constituent la majeure partie des informations. Les médias semblent ainsi jouer le rôle d'outils de propagande de certaines personnalités. Il fallait donc un espace pour des informations diversifiées afin que la population comprenne elle-même sa situation, son environnement, trouve de l’inspiration et puisse prendre des décisions pour son propre épanouissement.
Des amis qui sont dans le domaine du développement Web m’ont aidé à créer le site. Début juin 2021, nous avons publié les premiers articles en ligne sur www.icicongo.net avec comme priorité de raconter comment les populations se débrouillent pour survivre dans cet univers présenté souvent sous un aspect apocalyptique.
Nous parlons de l'économie, de l'agriculture et de la lutte contre le réchauffement climatique, des questions de santé de reproduction, de santé publique, mais aussi de justice, de parcours humains ainsi que du développement de la sphère médiatique.
En deux ans d’existence, IciCongo a déjà remporté deux prix : le mini-concours de septembre 2022 de l’International center for Journalist (ICFJ) à travers le Forum Pamela Awards sur le reportage des crises mondiales grâce à l’article : « Mieux informer sur le terrorisme et l’extrémisme pour stabiliser la société ». Le deuxième prix provient du concours « Jinsia Kwa Amani ou le genre pour la paix (en français)» ; un concours organisé par l’Association des Femmes des Médias(AFEM) et la coopération allemande GIZ en décembre 2022 grâce à l’article « Avec sa tondeuse, Anita Kahambu coiffe les préjugés sur l’entreprenariat des femmes » écrit par Glodi Mirembe.
JS: Quelle est votre audience, et comment les gens vous lisent-ils ? Quel est leur feedback ?
US: Je vais dire que ce n’est pas encore trop fameux mais il y a des avancées dans ce sens. Sur notre page de statistiques, nous sommes en train d’identifier notre audience qui s’accroît beaucoup en dehors de notre pays, notamment dans les pays comme les États Unis, la Belgique et d'autres pays européens, mais aussi la Chine, l'Ouganda, le Cameroun, l'Afrique du Sud. En deux ans d’existence, nous pensons êtres sur la bonne voie avec une audience sur tous les continents. Pour y arriver, nous partageons nos articles sur plusieurs plateformes de réseaux sociaux, comme WhatsApp, Facebook, Twitter, LinkedIn.
La majorité de ceux qui visitent notre média utilisent des téléphones portables pour la lecture et ils sont estimés à 93%. Ceux qui utilisent des ordinateurs représentent 5% , et sur tablettes 2%. Les feedbacks que nous recevons nous demandent de continuer à produire des informations qui donnent encore de l’espoir et qui enrichissent les connaissances. D’autres aussi nous disent que nos articles enrichissent leurs recherches scientifiques.
JS: Parlez-nous de l'équipe de rédaction derrière cet excellent travail au quotidien. La formation et recrutement des journalistes dans le contexte de la RDC et de la région!
US : Nous comptons beaucoup sur des volontaires qui veulent améliorer leur style d’écriture journalistique. Nous comptons aussi sur nos étudiants auprès de qui nous dispensons des cours de journalisme à l’Université de l’Assomption au Congo, UAC. Ils bénéficient ainsi d’un suivi permanent de la proposition à l’édition de l’article en passant par la formulation de l’angle, le ciblage des sources, le plan de rédaction. Notre média c’est aussi une sorte d’académie en journalisme. C’est pourquoi nous nous appelons « Média école ». Mais ils sont rares ceux qui résistent car nous ne rédigeons pas nos articles dans la précipitation: on prend suffisamment le temps de bien se documenter. Et ceux qui résistent sont élargissent leurs carnets d’adresse. Nous participons aussi régulièrement à des webinaires sur le journalisme, à des formations initiées par des organisations dans notre région.
JS: Comment est la situation de la liberté de la presse en RDC?
U S : Jusque-là, IciCongo n’a pas encore subi de menaces dans le cadre de notre travail. Mais il y a trop de restrictions qui ne permettent pas à toute la presse de la partie orientale de la RDC de bien faire son travail. Par exemple, le gouvernement interdit aux journalistes de faire parler les assaillants dans leurs médias, or nous sommes dans une zone en proie à des conflits armés et plusieurs formes d’extrêmes violences. Il arrive qu’on abandonne certains articles car on peine à donner une information complète provenant de diverses sources. Nous avons aussi des difficultés à nous rendre dans certaines zones car elles sont sous contrôle de groupes armés.
J S: Où voyez-vous IciCongo sur le long terme?
US : Notre média est située dans une zone, à l'Est du pays, qui est en cheval entre le bassin du Nil et le Bassin du Congo. Nous croyons que dans 5 ou 10 ans nous serons parmi ceux qui vont continuer par être la voix des sans-voix entre ces deux bassins et contribuer à la pacification de la zone. Aussi, nous comptons produire des podcasts audio et disposer d'une chaine YouTube pour augmenter notre audience. Ce n’est pas un travail facile, mais on va y arriver.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230613_164050";}s:15:"20230612_162254";a:7:{s:5:"title";s:78:"Sanctions contre les violateurs des droits des femmes : une lentille politique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/12/279810/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279810";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 12 Jun 2023 14:22:54 +0000";s:11:"description";s:205:"Mettre l'accent sur l'aide humanitaire et renforcer l'autodétermination et l'autonomie des femmes pourrait être une meilleure approche pour créer un changement significatif pour les femmes et les filles";s:7:"content";s:18326:"
Les sanctions occidentales nécessitent un cadre transparent, une responsabilité et une réflexion approfondies
République démocratique du Congo : Des victimes de viol qui ont été réintégrées avec succès dans leurs communautés se rassemblent dans une « hutte de la paix » près de Walungu, au Sud-Kivu . Date inconnue. Par L. Werchick / USAID – Domaine public .
[Sauf indication contraire tous les liens mènent vers des sites en anglais]
L'Australie, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'UE ont mis en œuvre un plan d'action coordonné pour sanctionner les auteurs de violations des droits des femmes au niveau mondial à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars de cette année.
Des sanctions de type Magnitsky ont été adoptées pour cibler spécifiquement les entités et les individus impliqués dans des violations des droits humains à l'égard des femmes et des filles, dans le but de donner la priorité à leur sécurité et de prévenir de futures violations. Les sanctions comprenaient des gels d'avoirs et des interdictions de voyager imposées aux personnes et entités impliquées. Le plan d'actions coordonnées de mars s'est aligné sur le programme des Nations Unies pour les femmes, la paix et la sécurité (WPS) , établi en l'an 2000, et a rapproché les États-Unis, le Royaume-Uni et l'UE de ses objectifs.
Le 7 mars, le Conseil européen (CE) a imposé des sanctions à neuf personnes et trois entités, dont les ministres talibans de l'Afghanistan responsables des décrets sur la ségrégation sexuelle , le commissariat de police de Moscou et les forces armées russes accusés de torture et de violences sexuelles et sexistes (VSS), les responsables gouvernementaux supervisant de telles pratiques en tant que tactique de guerre au Soudan du Sud, et le vice-ministre de l'intérieur du Myanmar/Birmanie responsable de l'utilisation VSS comme outil de torture .
Le 8 mars, à la suite des actions de la CE, le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, a annoncé des sanctions contre quatre personnalités militaires en Syrie , au Soudan du Sud et en République centrafricaine (RCA) chargées de promouvoir et de superviser la VSS dans leurs institutions respectives, en plus des institutions gouvernementales iraniennes responsables du maintien de l'ordre sur le code vestimentaire et l'autonomie des femmes.
De même, les États-Unis se sont également joints à l'initiative en annonçant des sanctions le même jour. Ces sanctions visaient cinq personnes, dont des responsables pénitentiaires iraniens impliqués dans des VSS, le directeur technique iranien des affaires du cyberespace, l'adjoint du bureau du procureur général responsable de la censure et des commandants liés à la répression violente des manifestations. Les entités ciblées comprennent des sociétés d'approvisionnement associées au Commandement de l'application de la loi et aux forces de sécurité iraniennes.
Poursuivant la réponse mondiale, le 20 mars, l'Australie a annoncé ses propres sanctions contre 14 personnes et 14 entités impliquées dans la violation des droits des femmes. Les personnes ciblées comprennent des membres de la police de la moralité iranienne et du corps des gardiens de la révolution islamique responsables de la répression des manifestations de femmes , ainsi que des personnalités impliquées dans l'arrestation, la détention et les mauvais traitements de Mahsa Amini dont la mort a déclenché les premières manifestations.
Examen de l'efficacité des sanctions dans l'autonomisation des femmes et des filles
L'utilisation de sanctions individuelles pour les violations des droits humains est un développement récent, introduit aux États-Unis en 2016 et dans l'UE en 2020. L'efficacité de cette approche repose sur les efforts coordonnés entre les pays. Bien qu'il y ait une cohérence dans le ciblage de l'Iran entre l'Australie, le Royaume-Uni, les États-Unis et l'UE, il existe des divergences dans les objectifs des autres pays. L'UE se concentre sur le Myanmar, le Royaume-Uni se joignant au ciblage de la Syrie et du Soudan du Sud, en y ajoutant la République centrafricaine. Ces incohérences soulèvent des inquiétudes quant à l'impact et à l'efficacité de ces sanctions pour dissuader de futures violations des droits humains.
En outre, on craint que ces sanctions n'isolent involontairement les victimes de VSS en affectant leur accès à l'aide étrangère. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, a déclaré dans un communiqué de presse le 7 mars 2023 que «les sanctions sont un moyen puissant pour nous de défendre les valeurs universelles et d'imposer un changement international». De telles déclarations, présentant les sanctions comme représentatives des « valeurs universelles », peuvent faire l'objet d'interprétations diverses et être perçues comme du néocolonialisme ou une ingérence extérieure , ou des pressions qui renforcent la dynamique du pouvoir entre les pays, mettant potentiellement à rude épreuve les relations diplomatiques et entravant les initiatives humanitaires.
Un récit plus efficace serait de mettre en évidence les principes du droit pénal international qui interdisent la VSS. Au lieu d'imposer les valeurs occidentales aux autres nations, les décideurs politiques devraient donner la priorité au respect des principes juridiques universellement acceptés plutôt qu'à la promotion de leur propre programme culturel ou idéologique. Une approche peut-être plus efficace pour apporter des changements tangibles dans la vie des femmes dans les pays ciblés serait de se concentrer sur la fourniture d'une aide humanitaire et de soutenir des projets qui préservent l'autodétermination et l'autonomie des femmes et des filles dans ces régions.
Omissions clés
Si l'objectif des sanctions est d'améliorer le bien-être des femmes et des filles, il est difficile d'ignorer les omissions ou les lacunes notables de l'action coordonnée en mars 2023.
Les sanctions ont négligé d'inclure les dirigeants houthis yéménites malgré leur utilisation de la VSS comme tactique de guerre et leurs restrictions croissantes sur les droits et l'autonomie des femmes depuis 2014, à l'instar des talibans [fr]. Ces restrictions comprennent des limitations à la liberté de mouvement, à l'habillement, à l'accès aux espaces publics et à la santé reproductive. Bien que les politiques des houthis aient été documentées et critiquées par des experts des droits humains de l'ONU dans une lettre aux dirigeants houthis, aucun individu ou entité n'a été inclus dans les sanctions de mars. Alors que les États-Unis ciblaient le financement des rebelles houthis par l'Iran, les sanctions ne mentionnaient pas spécifiquement les violations des droits des femmes.
Une omission similaire peut être trouvée en Somalie . Malgré des décennies de guerre civile dévastatrice, les femmes et les filles continuent d'être confrontées à une VSS endémique. Les femmes et les filles déplacées à l'intérieur du pays sont particulièrement vulnérables lorsqu'elles parcourent de longues distances pour aller chercher de l'eau pour elles-mêmes et leur famille. Des cas de viol par des soldats du gouvernement ont été documentés dans la capitale Mogadiscio.
Plus au sud, en République démocratique du Congo , les femmes et les filles connaissent également un sort similaire. La milice Maï-Maï [fr] en particulier a utilisé la VSS [fr] comme tactique ou outil de guerre. Néanmoins, aucune sanction individuelle ou collective n'a pas été imposée.
Le Qatar [fr] est une autre omission notable dans les sanctions. Malgré certains progrès réalisés par les groupes de la société civile au Qatar avec une représentation de 9,8 %de femmes au parlement, le pays applique toujours des politiques discriminatoires qui maintiennent la tutelle masculine, restreignant sévèrement l'autonomie des femmes dans des domaines tels que le mariage, l'éducation, l'emploi, les voyages et la santé reproductive. De plus, le viol est généralement traité comme un rapport sexuel avant le mariage, soumettant les victimes à une peine de sept ans de prison. Toute action de protestation des militantes féministes est également réprimée, comme dans le cas de Noof al-Madeed , qui aurait été victime de violations généralisées de ses droits civils et humains par les autorités.
Déterminer les critères des sanctions
Les principales omissions dans l'application des sanctions soulèvent des questions sur les critères utilisés, et il est important d'examiner les facteurs qui ont pu influencer ces décisions. Bien que des considérations telles que les progrès d'un pays en matière de droits des femmes, la mise en œuvre d'un plan d'action national FPS, le niveau d'activisme féministe et la vérifiabilité des allégations de VSS aient pu être prises en compte. Les critères utilisés restent flous.
D'autres facteurs politiques auraient pu jouer un rôle dans la détermination des individus et entités à cibler, par exemple, les accords commerciaux existants, les inquiétudes concernant les puissants intérêts pétroliers – en particulier à la lumière de l'invasion de l'Ukraine par la Russie – les complications des guerres par procuration, la peur de déstabiliser des régions déjà impliquées dans des guerres civiles, voire un désintérêt des sociétés civiles occidentales pour des régions africaines.
En général, l'absence d'un cadre clair et transparent pour déterminer les sanctions souligne la nécessité d'une plus grande clarté, d'une plus grande responsabilité et d'une plus grande prise en compte des facteurs qui façonnent les politiques de sanctions en Occident.
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« Sans une bonne pollinisation, la production est moindre… ».
Abeille charpentière (Xylocopa mordax) mâle. Considérée comme une abeille solitaire, elle construit ses nids en creusant des tunnels dans le bois, le bambou et d'autres matériaux végétaux durs. Elle pollinise les haricots et les légumineuses, ainsi que la sauge, les fleurs de la passion et le moringa. Photo de Vaughan Turland, utilisée avec autorisation.
Apparu en 2018, l'ONU a choisi le 20 mai comme le jour de l'abeille, cela a été mis en place dans le but de sensibiliser sur l'importance de ces petits, mais importants pollinisateurs, les menaces auxquelles ils font face et leurs contributions au développement durable. La célébration de cette année a mis en lumière le rôle vital qu'ont les abeilles dans la pollinisation des cultures agricoles. D'après l'organisation pour la nourriture et l'agriculture de l'ONU, 3 sur 4 des cultures qui produisent de la nourriture pour les humains dépendent, du moins partiellement des pollinisateurs.
Pourquoi les abeilles sont si importantes pour l'agriculture? La diversité des espèces pollinisatrices est essentielle pour la sécurité des ressources. Il y a également un lien étroit avec le réchauffement climatique, qui affecte aussi bien l'agriculture et les abeilles :
Saviez-vous que nos pollinisateurs contribuent à minimiser l'impact du changement climatique sur la sécurité alimentaire ?
- Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (@FAO) 16 mai 2023
Pour mieux comprendre l'importance des abeilles et leur impact, j'ai interrogé par mail Dorienne Rowan-Campbell, une ancienne journaliste jamaïcaine et spécialiste du développement devenue cultivatrice de café biologique. Avec la Jamaïque qui devient un lieu d'habitat pour 69 espèces d'abeilles, elle est actuellement consciente de l'impact sur les cultures des pollinisateurs et du réchauffement climatique ainsi que des activités humaines.
Ayant passé une majeure partie de sa vie dans le journalisme, aussi bien en Jamaïque qu'au Canada, Rowan-Campbell a porté son intérêt dans le développement international, ce qui l'a conduite à réaliser une série en 13 parties, « Un seul monde », avec TV Ontario. Elle a plus tard quitté la société de diffusion canadienne pour diriger le programme de développement des femmes au secrétariat du Commonwealth, et a été la première femme directrice et conseillère du secrétaire général du Commonwealth.
Rowan-Campbell est retournée en Jamaïque en 1987 et a travaillé en tant que consultante des femmes, consultante de genre et consultante politique, consultante en environnement et consultante en gestion du management. Cinq ans plus tard, après que ses parents ont déménagé au Canada, elle a pris le lead de la petite ferme de café de son père et a commencé une longue route pour établir une ferme organique. Elle est actuellement vice-présidente de l'association des planteurs de café où elle représente les petits producteurs et utilise la ferme comme un lieu d'entrainement pour les fermiers intéressés, en particulier les femmes et les jeunes personnes. Elle est également la seule productrice de café organique jamaïcain certifiée NOP, EC, COR et JAS, ( des labels d'agriculture biologique dans différents pays).
Dorienne Rowan-Campbell, agricultrice biologique jamaïcaine. Photo de Rowan Royale Farms, utilisée avec autorisation.
Emma Lewis (EL) : Parlez-moi de votre ferme. Quelles sont vos cultures, et où ?
Dorienne Rowan-Campbell (DRC):
Ma ferme est la Royale de Rowan. Cette année sera notre 21e année de certification organique internationale. Nous sommes une petite, ferme familiale possédée par des femmes à 4 000 pieds d'altitude dans les montagnes bleues de Portland Ouest en Jamaïque, proche du ravin de Silver Hill. Notre culture principale est le café, mais en tant que ferme organique, nous plantons également du gingembre, du curcuma, des légumes verts, des bananes, des plantains, des racines, des citrons des mûres.. et nous nous assurons que les herbes indigènes et les buissons soient préservés et les fleurs sauvages accompagnées. La ferme est très ombragée, bien que nous continuions de remplacer des arbres qui ont subi des dégâts à la suite d'ouragans et d'orages.
Quel rôle ont les abeilles dans votre ferme, et comment continuez-vous à les attirer?
Nous avons beaucoup de buissons fleuris et des arbres et fleurs sauvages que les abeilles y trouvent leur bonheur. Une étude débutée pour l'Association des cultivateurs de café en Jamaïque en 2018 a fait ressortir trois types d'abeilles dans la ferme, pas uniquement des abeilles à miel. Chaque année durant la saison de pousse du café, j'ai des ruches sur la ferme qui viennent d'un fermier voisin, qui est un apiculteur mais qui n'utilise pas de produits chimiques dans sa pratique. Il me dit que la qualité du miel des abeilles sur la ferme est plutôt bonne comme les abeilles disposent de nombreuses ressources et ne sont pas mises en danger par les produits chimiques. Pendant qu'il récolte le miel moi j'ai un grand nombre d'abeilles sur la ferme pour aider à la pollinisation, en particulier du café. Mon gestionnaire de ferme n'a maintenant qu'une seule ruche et est en train d'apprendre à garder les abeilles ainsi l'année prochaine il aura des abeilles sur sa ferme.
Centris decolorata est l'équivalent caribéen du bourdon, que l'on trouve généralement dans les climats nordiques. Cette abeille trapue pollinise les grandes fleurs tropicales. Photo de Vaughan Turland, utilisée avec autorisation.
D'après votre expérience, quelle est la signification de la pollinisation des abeilles pour l'agriculture en Jamaïque, et pour votre affaire en particulier?
Les abeilles sont des pollinisateurs efficaces. Bien que nous ayons des oiseaux et d'autres insectes qui pollinisent, les abeilles sont ce que nous accueillons le plus pour la majeure partie, nous les avons prises pour acquises. Maintenant que nous voyons moins d'abeilles autour dans nos fermes, notre pollinisation est moins efficace. Sans une bonne pollinisation, vous avez moins de production mais même sans avoir quelques ruches sur la ferme, nous avons énormément d'abeilles qui viennent pendant les saisons de floraison. On les voit et les entend. On les voit sur des fleurs de citrouille et des variétés de courges et légumes verts, comme sur de nombreux arbres que nous avons qui fleurissent et attirent les abeilles.
Quelles sont les menaces pour la pollinisation des abeilles dans la région? Comment elles peuvent être abordées?
La majorité des menaces sont les produits chimiques que nous appliquons dans nos fermes, qui tuent les abeilles. Mais nos pratiques générales de culture fermière affectent également ces abeilles : le coupage à blanc, et le désherbage massif impliquent énormément de fleurs sauvages, des buissons et des arbres à floraison, sur lesquels une abeille sauvage prospère. L'urbanisation qui s'accélère fait que des arbres sont coupés et les buissons venant de nos villes sont remplacés par des accotements couverts d'herbe. Les autoroutes améliorées prennent des parts entières de territoires où les abeilles avaient l'habitude d'être en mesure de trouver du pollen. Beaucoup de ces arbres et buissons ne sont jamais remplacés le long de ces autoroutes.
L'abeille de l'orchidée de Jamaïque (Euglossa jamaicensis) est endémique à la Jamaïque et n'est pas non plus une abeille « sociable ». Les mâles sont connus pour collecter des matériaux sur les fleurs qu'ils pollinisent afin de créer des parfums. Photo de Vaughan Turland, utilisée avec sa permission.
Quelles espèces d'abeilles pollinisent les cultures? Pendant que les abeilles à miel sont communes, beaucoup d'espèces d'abeilles sauvages et solitaires sont en danger. Quelles espèces avez-vous vues?
DRC:
Je sais que nous avons des abeilles sauvages et solitaires sur la ferme, mais je n'ai aucune expertise sur ce qu'elles sont. Nous accueillons juste ces dernières et leur laissons autant de nourriture que possible, ce qui est pourquoi elles viennent.
Le changement climatique a sérieusement impacté le projet de culture du café sur lequel vous travailliez en 2018, avec ses effets rendant la période de floraison imprévisible. Des sécheresses prolongées ont mis les plantations de café sous stress, et allongé les saisons de pluies qui causent des problèmes. Pouvez-vous m'en dire plus à propos de ce projet et comment la crise climatique continue d'impacter aussi bien notre agriculture que nos abeilles?
Oui les périodes de floraisons sont beaucoup moins prévisibles. Le travail initial sur ce projet signifiait que c'était impossible pour les chercheurs de savoir quand il fallait se trouver dans telle ou telle zone… Les routes sont en mauvais état, les 4X4 sont nécessaires, et les fonds ne peuvent pas couvrir l'augmentation du prix des transports. Cependant, ils ont trouvé des zones avec vraiment très peu d'abeilles. Le changement climatique a également affecté la qualité des floraisons. La recherche dans d'autres pays a indiqué qu'une augmentation des températures cause des difformités dans les floraisons elles-mêmes, tout comme les rares floraisons..
La Centris fasciata est une abeille sauvage que l'on trouve en Jamaïque et peut-être dans d'autres parties des Grandes Antilles. Photo de Vaughan Turland, utilisée avec autorisation.
L'agriculture organique semble continuer d'être une activité de niche dans les Caraïbes. Comment voyez-vous son rôle et sa valeur? Peut-elle être étendue? Est-ce que l'intervention du gouvernement est nécessaire?
Si nous souhaitons survivre en agriculture et gérer les crises climatiques, nous devons nous diriger vers des pratiques durables; des pratiques organiques/biologiques en sont la base. Les personnes n'ont pas besoin de labellisation. Elles ont besoin de comprendre que- comme l'a souligné la FAO- les sols gérés organiquement peuvent s'adapter aux inondations et à la sécheresse. Plusieurs années auparavant, après une sécheresse
Les gouvernements qui se sont succédés ont dit qu'ils épousent la production biologique, mais il n'y a eu aucune politique de développée, bien que ce travail ait été en processus depuis 2004! Toute action a été faite par les ONG et les secteurs privés des fermiers… mais ceci n'est pas durable. Une équipe du JOAM a élaboré la norme pour le Bureau of Standards of Jamaica (BSJ) et pour la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Cependant, au lieu d'encourager son utilisation, le BSJ exige une redevance élevée pour une copie de la norme (environ 9 277 JMD ou 60 USD). En outre, aucune mesure n'est prise lorsque des produits sont étiquetés “biologiques” sans avoir fait l'objet d'une vérification par une tierce partie. Les agriculteurs se demandent donc pourquoi ils devraient payer pour la certification alors que celle-ci n'est pas protégée. L'organisme national de certification de la Jamaïque (NCBJ) propose désormais la certification, mais personne n'est sûr de ses tarifs et la procédure est longue.
The Jamaican government needs to establish a competent authority for organic agriculture, a policy and more training for the Rural Agricultural Development Authority (RADA).
Les pratiques d'agriculture biologique sont conformes au message de la Journée mondiale de l'abeille, à savoir que les abeilles, et les pollinisateurs en général, ont besoin d'une agriculture responsable qui soutienne le rôle qu'ils jouent dans la nature et la durabilité à long terme.
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Les autorités émettent une alerte de niveau 4 et demandent l'aide internationale
Une grande partie du pays s'est réveillée avec les terribles nouvelles d'un tremblement de terre qui a frappé les provinces sud-est du pays le 6 février. À 4h17 heure locale, un tremblement de terre de magnitude 7,8 a frappé la province turque de Gaziantep. Des heures plus tard, un séisme d'une magnitude de 7.5 frappe cette fois la province turque de Kahramanmaras. Au total, environ dix provinces ont été touchées. Selon les derniers chiffres, le nombre de morts a atteint 2 921 personnes, tandis que plus de quinze mille personnes ont été blessées. La spécialiste principale des situations d'urgence pour l'Europe de l'OMS, Catherine Smallwood, a déclaré lors d'un entretien avec l'AFP que ces chiffres “sont susceptibles d'être huit fois plus importants”. Des images aériennes des lieux les plus fortement touchés montrent des bâtiments résidentiels , ainsi que des hôpitaux, des installations municipales et de nombreux autres bâtiments, y compris le château de Gaziantep, qui avait plus de 2 000 ans, détruits.
#Le château de Gaziantep qui date du 6e siècle n'a pas résisté au tremblement de terre.
Officiellement, plus de 6 000 bâtiments ont été totalement détruits. Les autorités ont émis une alerte de niveau quatre, le niveau d'alerte le plus haut utilisé pour les urgences et dangers très graves, qui inclut également un appel à l'aide internationale. Selon l'Agence turque d'intervention en cas de catastrophe et d'urgence (AFAD), au 7 février, 65 pays ont répondu en envoyant, au total, 2 660 personnes.
Turkey has declared a fourth level alert state. The “level 4″ alarm condition includes an international call for help.
Les autorités ont annoncé sept jours de deuil national. Toutes les écoles vont être fermées durant les deux prochaines semaines dans les zones touchées par le tremblement de terre.
Bien que des missions de sauvetages aient été déployées dans les zones touchées, des conditions météorologiques glaciales ont rendu les déplacements dans ces zones plus compliqués d'habitude. Tout au long de la journée, l'AFAD a enregistré d'autres séismes dans la zone, les plus forts ayant eu lieu à 13h35 et 13h24, heure locale, et dont les magnitudes respectives étaient de 5.6 et 7.6.
Mais alors que les gens se précipitaient sur les réseaux sociaux et les centres d'aide à travers tout le pays, de nombreuses critiques ont été formulées à propos du manque d'infrastructures nécessaires en cas d'intervention d'urgence et des mesures provisoires mises en place en temps de crise
At a bare minimum, hospitals, runways and major roads should not be crumbling like this, no matter how large the earthquake.
That is our most basic infrastructure. It has to be better than this.
La journaliste Burcu Karakas a exprimé sur Twitter sa déception face au paradoxe. D'une part, la Turquie construit une centrale nucléaire tandis que d'autre part, des bâtiments résidentiels mal construits s'effondrent alors que les gens attendent les secours :
Depremde binaları kâğıt gibi olan, insanları saatlerce enkaz başında bekleyen memlekete nükleer santral inşa ediliyor.
Dans le pays où les maisons sont comme du papier lors des tremblements de terre, où les gens attendent des heures à côté des décombres, une énergie nucléaire est en train d'être construite.
Le journaliste spécialiste en économie, Mustafa Sonmez, a tweeté des statistiques budgétaires qui indiquent que les fonds de l'Etat alloués à Diyanet, le principal organisme religieux de Turquie, dépassaient le montant alloué aux tremblements de terre et aux programmes de secours aux sinistrés.
Un autre journaliste, Gurkan Ozturan a tweeté :
Şu an üzgünüm, gerginim, matem hali var hepimizde haberleri ilk gördüğümüz ve bir kısmımız için sarsıntıyı ilk hissettiğimiz andan bu yana…
Ama hepsinden çok, öfkeliyim!
Tam olarak bu manzaraya uyanmamak için 25 yıldır çalışmalar yürütülüyordu! Neden bu denli başarısız oldu?! pic.twitter.com/tzTbx3y0Ef
Je suis triste, stressé, nous sommes tous en deuil depuis que nous avons vu les informations et pour certains d’entre nous qui avons ressenti le premier choc. Mais surtout, je suis en colère! On a travaillé pendant 25 ans pour éviter ce genre de situation. Pourquoi cela a-t-il échoué ? pic.twitter.com/tzTbx3y0Ef
Le journaliste Fatih Yasli a écrit sur Twitter que les gens en “payaient de nouveau le prix, pour le profit, les appels d'offres et la corruption [motivés] par l'économie axée sur la construction et le gang d'entrepreneurs ainsi que l'inimitié pour la science et la connaissance”.
This has been just a devastating decade in Turkey. Today's horrors are very much intertwined with the overall political situation, since massive corruption has led to shoddy construction, stolen earthquake funds, minimum preparations for the inevitable, and an economy in tatters.
Cela a été une décennie dévastatrice pour la Turquie. Les horreurs d’aujourd’hui sont très étroitement liées à la situation politique globale, étant donné que la corruption massive a conduit à des constructions bâclées, des fonds de tremblement de terre volés, des préparatifs minimaux pour l’inévitable, et une économie en lambeaux.
Parmi les bâtiments qui se sont effondrés, certains étaient des hôpitaux, ce qui a suscité encore plus de critiques et de tristesse :
Deprem bölgesindeki hastanenin yıkılıyor olması ne durumda olduğumuzu ortaya koyan acı bir gerçeklik… Sonrasında yapılan “eskiydi” açıklaması da cabası…
L’effondrement de l’hôpital dans la zone du tremblement de terre est une réalité amère qui révèle l’état dans lequel nous sommes… Sans parler de la déclaration « c’était vieux » faite après…
D'autres ont accusé les autorités étatiques d'avoir menti quant à la présence de sauveteurs. Hatay est l'une des provinces où l'absence de sauveteurs a attisé la colère.
Thousands of people are calling specific help for Hatay where Turkish rescue workers couldn’t reach nearly for 24 hours.
It is awful. Too many messages of people in the rubble. People who speak from the city only cry. That’s the only thing they could do.
Des milliers de personnes appellent à une aide spécifique pour Hatay où les secouristes turcs n’ont pas pu arriver avant 24 heures.
C’est terrible. Trop de messages de gens dans les décombres. Les gens qui parlent de la ville ne font que pleurer. C’est la seule chose qu’ils pouvaient faire.
Bariş Atay, vice-président du Parti des Travailleurs de Turquie (TIP) et membre du parlement de Hatay a visité Hatay, d'où il a partagé ces nouvelles informations :
I really don't know what to say. Those who say they have reached everywhere. There is no rescue work here. The head of AFAD and the President are both saying they have reached everywhere. People are on their own here using their own efforts. It's an isolated city. The machinery was brought here by the citizens themselves. No one is sending machinery or anything else. There is no rescue team. There is no AFAD. There is no one.
Je ne sais vraiment pas quoi dire. Ceux qui disent qu’ils sont arrivés partout. Il n’y a pas de travail de sauvetage ici. Le chef de l’AFAD et le Président disent tous les deux que les secours sont arrivés partout. Les gens sont ici par leurs propres moyens. C’est une ville isolée. La machinerie a été apportée ici par les citoyens eux-mêmes. Personne n’envoie de machinerie ou quoi que ce soit d’autre. Il n’y a pas d’équipe de sauvetage. Il n’y a pas d’AFAD. Il n’y a personne.
L’amertume et la réponse lente ne sont pas choses nouvelles. Dans une entrevue accordée en 2021 au journal Middle East Eye, Koray Dogan, porte-parole du Parti vert turc, a déclaré que le gouvernement accordait la priorité à l’économie au détriment de l’environnement. Il y a de nombreuses preuves à l’appui, comme le projet massif de Kanal Istanbul ou la loi d’amnistie de zonage qui a été adoptée en 2018. La Turquie a adopté 19 lois d’amnistie de zonage depuis 1948 qui accordent des pardons (contre rémunération) aux entrepreneurs en construction qui ne respectent pas les normes de sécurité. De nombreuses zones de rassemblement enregistrées après le séisme pour les tentes et les réponses humanitaires ont disparu avec le boom de la construction. Dans le passé, l’AKP a rejeté 58 motions de politiciens de l’opposition demandant un comité de surveillance indépendant pour superviser la sécurité des bâtiments.
Les experts de la Chambre des Ingénieurs Géologiques ont déclaré avoir averti les autorités avant qu’un tremblement de terre ne frappe la zone avec des rapports et des évaluations des besoins, mais aucune réponse n’a été fournie. Hüseyin Alan, Président de la Chambre des ingénieurs géologiques, a affirmé à Birgun, une plateforme d'informations en ligne, que “en tant que géologues, ils ont dit et écrit à plusieurs reprises que ces établissements résidentiels devaient être préparés pour les tremblements de terre. Nous avons préparé des rapports que nous avons partagés avec la présidence et les ministères concernés. Nous avons souligné à plusieurs reprises la nécessité d’agir. Mais nous n’avons pas obtenu une seule réponse. Ni de la présidence ni des membres du Parlement. »
S’adressant également à Birgun, le spécialiste des catastrophes Kubilay Kaptan a déclaré que, malgré les alertes précoces, les dommages causés par le séisme indiquent que ces avertissements n’ont pas été pris en compte. « Dans des circonstances normales, étant donné qu’on savait déjà que ces provinces étaient dans des zones sujettes aux tremblements de terre et qu’un tremblement de terre était inévitable, les bâtiments, la population locale et les missions de recherche et de sauvetage auraient dû être prêts. Mais, quand nous regardons s’ils étaient réellement préparés, nous constatons qu’ils ne l’étaient pas », a déclaré Kaptan lors d'une entrevue. Kaptan a déclaré que cet état de non-préparation est révélateur d’une surveillance nulle de la construction des bâtiments, des matériaux utilisés pour la construction et de la conception des bâtiments.
Le professeur Naci Görür, membre de l’Académie des sciences, a également informé les médias locaux des avertissements répétés que lui et d’autres géologues ont adressés aux administrateurs provinciaux, mais n’ont reçu aucune réaction. Il y a deux ans, Görür, avait parlé d’un tremblement de terre potentiel frappant Kahramanmaras sur CNN Turk.
La Turquie est située dans une zone sismique active et a une histoire de tremblements de terre désastreux. Le pire tremblement de terre s’est produit à Erzincan en 1939, lorsqu’un tremblement de terre de magnitude 7,9 a fait près de 30000 morts. En 1999, un séisme de magnitude 7,5 a tué 18000 personnes et laissé 250000 sans-abri. Le dernier incident majeur s’est produit à Elazığ en 2020, faisant 1600 blessés et 41 morts. Lors de l’anniversaire du tremblement de terre de 1999 en 2021, les experts ont averti que si un tremblement de terre d’une ampleur similaire touchait le pays, des dommages encore plus importants seraient inévitables, soulignant l’absence de préparation gouvernementale ou de stratégies d’atténuation.
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Elles voulaient arrêter le dépeuplement du village… et elles ont réussi !
Membres de AMPMA pendant la présentation de la candidature aux élections locales 2023 dans la mairie d'Angüés, Espagne. De gauche a droite, Ana Ruiz, María Jesús Agustín, Herminia Ballestín, Adela Alfaro et Mariella Araujo. Photo de Francisco Lomero (éditée), utilisée avec autorisation.
Mi-juin, un groupe indépendant exclusivement féminin, Mujeres por el Municipio de Angüés (AMPMA), entamera son deuxième mandat dans la mairie de la petite ville aragonaise d’Angüés, au nord de l'Espagne, après avoir obtenu, pour la deuxième fois, la majorité absolue aux élections municipales du 28 mai 2023. Sa législature constitue aujourd'hui le phénomène politique le plus particulier de l'histoire démocratique espagnole.
À Angüés, ville de la province deHuescacomposée des communes d'Angüés, Bespén et Velillas, le groupe électoral AMPMA a obtenu 148 voix (58,73%) sur un total de 254 électeurs.
Capture des résultats comparatifs 2019-2023 et nouvelle composition du Conseil municipal d'Angüés. Source : site officiel du ministère de l'Intérieur pour les élections 28M(2 juin 2023).
Leur gestion a été un phénomène politique très particulier pour plusieurs raisons : En 2019, elles ont renversé —avec deux tiers des voix— la liste du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui avait gouverné sans opposition pendant 16 années consécutives, tout en faisant réduire l'apathie politique croissante reflétée dans l’abstention : cette année-là, la municipalité a enregistré une participation de 76,87 %, dépassée seulement en 2023 avec 80,37 %. Mais, sans aucun doute, sa plus grande victoire a été d'arrêter (et d'inverser) le dépeuplement qui semblait inévitable dans la municipalité.
Ce que personne n'attendait lors des élections de 2019
Le premier triomphe des femmes de l'AMPMA, dirigées par Herminia Ballestín (actuelle maire d'Angüés), a été l'une des grandes surprises électorales de 2019 lorsqu'elles ont battu, également à la majorité absolue, la liste du PSOE qui gouvernait la municipalitésans opposition depuis 2003.
Le groupe n'a de liens avec aucun parti politique, chaque citoyenne qui l'intègre a ses propres idées politiques. De plus, la majorité n'avait aucune expérience dans la gestion d'une législature, à l'exception de la Vétéran Herminia Ballestín, qui avait déjà été conseillère du PSOE. La conseillère María de Marco, qui figurait cette année sur la liste en tant que suppléante,se souvient:
Cuando nos presentamos no teníamos programa ni prácticamente sabíamos qué se podía hacer. Podíamos proponer cosas, pero no sabíamos cómo funcionaba un ayuntamiento.
Lorsque nous nous sommes présentées, nous n'avions pas de programme et nous ne savions pratiquement pas ce que pouvait être fait . On pouvait proposer des choses, mais on ne savait pas comment fonctionnait une mairie.
En effet, de nombreuses personnes se sont alors demandées combien de temps un groupe de femmes allait tenir dans le Conseil communal, et les blagues et commentaires sexistes ne manquaient pas. « Je pensais que c'était un problème qui avait déjà été surmonté, mais la théorie est une chose et la pratique en est une autre, surtout dans un petit village », a déclaré Ballestín à la chaîne de télévision La Sexta.
Quatre ans et une pandémie plus tard, ce groupe de femmes a démontré qu'elles étaient capables de surmonter l'une des pires crises sanitaires mondiales et, en plus, ont réalisé ce qui semblait impossible :stopper le dépeuplement, redonner vieà sa petite commune et décrocher le soutien retentissant de la population.
La plus grande conquête pour un peuple de « l'Espagne vidée »
Photo d'Angüés (Espagne), prise par l'auteure
D'après les données de l’Institut National de Statistiques (INE), en 1900, Angüés comptait 1022 habitants, mais le village a perdu plus de la moitié de sa population au long du XXème siècle. Cette tendance s'est poursuivie pendant les deux premières décennies du XXIème siècle, non seulement à Angüés, mais dans plusieurs zones rurales espagnoles, ce qu'on connaît aujourd'hui comme l'Espagne vidée, un concept qui fait allusion aux régions du pays qui ont subi l'exode rural vers les villes.
Vers 2019, lorsque l'AMPMA a remporté sa première législature, il ne restait plus que 354 habitants sur l'ensemble de la commune. Heureusement, cette tendance s'est non seulement arrêtée, mais, contre toute attente, elle s'inverse progressivement : Selonles dernières données officielles, le 1er janvier 2022, la population d'Angüés était de 368 habitants, et cette année on estime une population de 387 citoyens, ce qui représenterait une croissance de près de 10 % au cours des quatre dernières années.
Concernant la proposition du groupe, Herminia Ballestín a déclaréà Periódico de Aragón : « Je voulais changer un peu les choses, et nous avons pensé qu'il serait très intéressant de former cette option qui démontrerait à quoi ressemble la gestion féminine ».
La première chose qu'elles ont faite en assumant la législature en 2019 a été d’éliminer le salaire du maire et de retirer les téléphones portables, les primes et dîners de Noël des conseillers, payés par le conseil municipal : désormais, les conseillers ne supposent aucune dépense au village, ce qui a permis à la mairie d'économiser environ12 000 euros annuels. De plus, elles ont réduit les coûts énergétiques en installant des panneaux solaires à l'hôtel de ville et en changeant l'éclairage public.
Pour attirer et fixer la population, elles ont créé un programme d'accompagnement à l'émancipation des jeunes et un projet à travers lequel le Conseil communal a acquis et rénové des maisons vacantes pour les proposer en location abordable aux familles qui souhaitaient s'installer dans la commune. Jusqu'à présent, trois maisons ont été habitées, et une quatrième, qui sera louée cette année, est en procès de restauration.
La fermeture de l'école est le signe incontestable de la mort d'une ville, mais à Angüés, la population enfantine a augmenté avec les nouvelles familles qui sont arrivées, ce qui a conduit à l'agrandissement de l'école locale avec l'ouverture d'une nouvelle classe maternelle, en plus de la création d'un programme de soutien scolaire gratuit, l'installation d'une nouvelle aire de jeux à Bespén (l'une des trois communes du village), la réouverturede la bibliothèque municipale et l'organisation d’ateliers de formation au travailet à l'entreprise.
De même, elles ont cherché à stimuler la vie sociale et la participation citoyenne avec des activités culturelles et récréatives telles que desconcerts, conférences et séminaires, concours de photographie, spectaclespour toute la famille, fêtes traditionnelles et expositions.
Les améliorations ont pris du temps, mais elles ont été constantes et visibles. Le budget est très limité et une grande partie du travail doit être faite par par les conseillères elles-mêmes : « Pour cela, il faut une vocation de service, car vous vous occupez de tout et vous ne voyez pas un seul euro », réfléchit Ballestín, qui évalue sa première gestion comme « gratifiante ».
Avec l'expérience acquise au cours de ces quatre années et de la satisfaction de ce qui a été réalisé, le groupe a demandé sa réélection avec l'idée de poursuivre son travail de revitalisation avec de nouvelles propositions, et certain que désormais les citoyens leur feraient encore plus confiance.
Leur effort a été récompensé par le résultat catégorique du vote, qui leur garantit le second mandat. Herminia Ballestín assure:
Los pueblos están más vivos que nunca y solo hay que demostrarlo. Esta es nuestra forma de pensar y en esto basamos nuestro trabajo.
Les villages sont plus vivants que jamais, et il suffit de le prouver. C'est notre façon de penser et c'est sur cela que nous basons notre travail.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230612_135816";}s:15:"20230609_113134";a:7:{s:5:"title";s:101:"En Guinée, une forêt au cœur de la capitale disparaît à cause d'une urbanisation non-contrôlée";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/06/09/279548/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=279548";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 09 Jun 2023 09:31:34 +0000";s:11:"description";s:168:"Une forêt située à proximité de Conakry disparaît à vue d’œil en raison d'une urbanisation non-contrôlée qui détruit les derniers espaces verts disponibles.";s:7:"content";s:15855:"
La forêt est aussi une source d'approvisionnement en eau vitale
Une forêt située au cœur de Conakry disparaît à vue d’œil en raison d'une urbanisation non-contrôlée qui détruit les derniers espaces verts disponibles.
En Guinée, le taux d'urbanisation est relativement peu à 3.81% mais le rôle de cette forêt est capital. En effet, en raison de sa grande capacité de stockage des gaz à effet de serre, Kakimbo sert de puits de carbone et de rempart naturel contre le changement climatique. Mais l’anthropisation a considérablement réduit sa superficie qui est passée de 117 hectares à quinze hectares, en l’espace de quatre décennies.
Kantala Camara, chef de quartier adjoint de Ratoma centre est un quadragénaire et autochtone de cette forêt classée. Il se rappelle avec émotion des anecdotes sur Kakimbo qui pourraient remplir des pages d'histoires. Interviewé par Global Voices, il se souvient d'une de son enfance ; celle dans laquelle la forêt a une grande importance dans son imaginaire:
« Il y avait des fruits ici et là. Nous les récoltions et les mangions quand nous étions enfants. Mais aujourd'hui, Kakimbo n'inspire que craintes et incertitudes. Tout cela a été détruit maintenant. Ce n'est plus une forêt », raconte-t-il.
Forte de ses immenses grottes de 18m de hauteur et 8m de profondeur, la forêt classée de Kakimbo était autrefois un lieu de culte des Bagas, une communauté minoritaire de 60.000 habitants. Mariame Sylla, résidente de Ratoma centre, circonscription mitoyenne de Kakimbo se rappelle encore des bienfaits que cette forêt procure pour sa communauté Bagas et déplore:
Des gens venaient prier le génie de Kakimbo pour exaucer leur vœux. Kakimbo a été un lieu sacré pour les chefs d’État qui sont passés en Guinée notamment Sékou Touré (premier président de la Guinée de 1958 à 1984) et Lansana Conté (président de 1984 à 2008). L’équipe de Football de Hafia ne sortait jamais en compétition sans passer par là. Mais aujourd’hui, on en parle seulement parce que nous avons assez interpellé l’État pour sauver notre Kakimbo. Regardez les alentours, ce lieu est pourri.
Conakry perd progressivement son puits carbone
Tours Jumelles Kakimbo, érigés sur une partie de la forêt de Kakimbo. Photo de Aïssata Sidibe, utilisée avec permission
De 117 à 15 hectares, Kakimbo a connu une diminution de 75% en dépit du fait qu’elle fut « classée » en 1943, et déclarée « zone d’utilité publique » en octobre 1983.
Pourtant, nous n'avons pas vu de décrets qui déclassent cette forêt pour construire ces infrastructures.
Aujourd’hui, cette forêt a tout perdu. Ses alentours sont complètement dégradés. Le lieu ressemble à une forêt dégarnie, clairsemée, dont la biodiversité disparaît à un rythme vertigineux, du fait des constructions anarchiques, qui en se métastasant, ont empiété sur la superficie initiale de Kakimbo. Interviewé par Global Voices, le Commandant Mohamed Fofana, Directeur National des Eaux et Forêts au Ministère de l'Environnement et du Développement Durable (MEDD) s'exclame:
Nos forêts sont la proie privilégiée des citoyens, partout les constructions d’habitations sont faites même sur les berges de cours d’eau.
Des immeubles à caractères d’habitation construits au nez et à la barbe des autorités guinéennes continuent de grignoter cette forêt, comme l'explique Mohamed Lamaine Camara, locataire d’une des habitations construites au cœur de Kakimbo.
Ça fait 6 ans que j’habite ici. Nous avons de l’air tout le temps malgré que la forêt diminue.
Le cours d’eau qui traverse cette forêt paie également un lourd tribu à cause de l’urbanisation rapide et incontrôlée de la zone, explique Kantala Camara:
Maintenant on a pratiquement plus d’eau ici après la saison des pluies. En plus il fait très chaud actuellement. Le cours d’eau est bloqué par les constructions et les sources tarissent.
Voici ce qui reste de la forêt Kakimbo. Photo d'Aïssata Sidibe, utilisée avec permission
Activistes et acteurs de la société civile fortement impliqués
En face de cette situation alarmante, des activistes écologiques ne cessent de mener des initiatives et d'interpeller les autorités pour une protection de cette forêt classée. Oumou Hawa Diallo, jeune activiste climat fait du reboisement et de la restauration de cette forêt classée un combat personnel. Dans un reportage, le journal Le Monde parle de son engagement pour la conscientisation des Guinéens face aux défis environnementaux.
Mais au-delà des actions de la société civile, Vayanga Donzo, activiste climat en Guinée interpelle l’État. Au micro de Global Voices, il dit:
Le constat sur la situation actuelle de la forêt de Kakimbo est alarmant et très écœurant. Au-delà des ONG et des collectivités locales, l’État n’est pas impliqué dans la gestion de cette forêt alors qu’on peut même considérer cette forêt comme le poumon de la ville de Conakry. Il y a tellement d’industries qui rejettent des carbones dans cette ville. Kakimbo stocke ces carbones rejetés et joue un rôle très important dans l’équilibre écologique à Conakry. Il faut que l’État mène vraiment des actions conséquentes pour la survie et la sauvegarde de cette forêt.
Le Commandant Mohamed Fofana, directeur national des eaux et forêts au MEDD déplore l’insuffisance de collaboration entre son département et celui de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du Territoire. Il regrette:
La collaboration entre le ministère de l’habitat et de l’environnement est mince malgré la mise en place d’une commission mixte qui n’a jamais été opérationnelle. C’est le département de l’habitat qui délivre généralement les permis de constructions dans les forêts.
Selon Fofana, la superficie restante de la forêt classée de Kakimbo qui est en voie de disparition, peut être sauvée si les dispositions idoines sont prises, notamment par une bonne coordination entre les départements en charge de l’environnement et celui de l’habitat. Il souligne:
Il est impérieux qu’il ait une bonne collaboration comme la réactivation de la commission mixte créée entre les deux ministères.
Mais le cas de Kakimbo n'est malheureusement pas isolé. Malgré des mesures qui ont été prises depuis 2015 pour le déguerpissement des occupants de sa zone, le mont Kakoulima qui est pourtant classé, continue d'être envahi par les constructions anarchiques et des champs de cultures des populations. Un exemple très illustratif de la situation générale dans le pays, comm l'explique ce reportage vidéo de Caducée TV, un média guinéen d'information sur la santé et l'environnement:
Hélas, Kakimbo, souvent nommé le poumon vert de la capitale, se trouve de plus en plus cloisonné et congestionné par le béton et l’acier des constructions anarchiques. C’est un poumon, qui, pour retrouver son élasticité et son activité de ventilation initiales doit subir une véritable thérapie de choc s'il doit continuer à jouer son rôle pour le bien de Conakry.
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Etudier l'Afrique est devenu obligatoire dans les écoles brésiliennes.
Andreia Tenório est enseignante dans l'école où elle a étudié lorsqu'elle était enfant, et elle essaie de donner aux élèves une expérience différente de celle qu'elle a vécue en apprenant l'histoire des Noirs . Photo: Léu Britto/Agência Mural
Ce texte a été rédigé par Jessica Bernardo et a été initialement publié le 8 février 2023 sur le site de Agência Mural. Il est repris ici dans le cadre d'un accord de partenariat avec Global Voices, avec quelques modifications.
Pour Mme Andreia Tenório, une noire de São Paulo âgée de 37 ans, les cours sur la période de l'esclavage provoquaient un sentiment de honte lorsqu'elle étudiait dans les années 1990 à l'école municipale d'enseignement élémentaire Général de Gaulle, dans le quartier de Jardim São Luís, au sud de la ville. Au Brésil, l'esclavage a été imposé pendant plus de trois siècles et n'a été aboli qu'en 1888.
«C'étaient les pires moments que j'ai vécus à l'école», se souvient-elle.
À cette époque, le récit de l'histoire des Noirs au Brésil se résumait aux horreurs de l'esclavage. D'autres sujets n'étaient pas abordés dans les écoles, comme l'histoire et la culture afro-brésiliennes, ou d'importantes figures noires brésiliennes, comme l'avocat et abolitionniste Luís Gama ou l'écrivaine Carolina Maria de Jesus.
Aujourd'hui, Mme Tenório est enseignante dans la même école où elle a étudié. La honte s'est depuis transformée en fierté maintenant qu'elle est capable de faire vivre aux élèves une expérience différente de ce qu'elle a vécu en classe.
Plus de la moitié de la population brésilienne s'identifie comme noire. Le pays était l'une des principales destinations des navires transportant des esclaves, qui ont été emmenés de régions où se trouvent aujourd'hui des pays comme le Nigeria, le Mozambique et l'Angola.
Les livres pour enfants que Mme Tenório utilise habituellement dans ses cours présentent des histoires dont les protagonistes sont noirs. Des sujets tels que la beauté des cheveux bouclés et la lutte contre le racisme font partie de la vie quotidienne de l'école, comme elle l'a expliqué à Agência Mural :
Teve uma coisa muito emblemática no ano passado: as meninas começaram a ir [para a escola] de cabelo solto e de black [power] também, de trancinha. Aí elas chegavam de trança e falavam “olha, professora, o meu cabelo tá trançado igual você faz”.
Il y a eu quelque chose de très symbolique l'année dernière : les filles ont commencé à aller [à l'école] avec les cheveux détachés et aussi en Black [power style], [et] avec des tresses. Elles arrivaient donc avec des tresses et disaient : «Regardez, professeur, mes cheveux sont tressés comme vous le faites».
Le changement dans les salles de classe à travers le pays ne vient pas seulement des efforts des enseignants, mais aussi d'un changement important dans la législation brésilienne.
Il y a vingt ans, l'enseignement de l'histoire et de la culture africaines et afro-brésiliennes est devenu obligatoire dans les écoles publiques et privées par la loi 10 639, adoptée par le président Luiz Inácio Lula da Silva (PT) lors de son premier mandat. Lula est devenu Président du Brésil pour la troisième fois en janvier de cette année.
Les lois stipulent que le programme scolaire doit inclure l'étude de l'histoire de l'Afrique et des Africains, la lutte des Noirs au Brésil, la culture noire brésilienne et les Noirs dans le développement de la société nationale, et ainsi préserver la contribution des Noirs dans les domaines social, économique et politique de l'histoire du Brésil.
« [Nous avons commencé à] examiner véritablement la contribution des Africains, et celle de leurs descendants, à toutes les périodes de l'histoire brésilienne. Dans les arts, dans les sciences, dans la résistance, au sein des forces armées, dans les institutions gouvernementales », a déclaré Mme Cibele Lima, 38 ans, éducatrice à l'EMEF Joaquim Bento Alves De Lima Neto, dans le district sud de São Paulo à Grajaú.
Même ainsi, a-t-elle déclaré, il est encore nécessaire d'investir davantage dans la formation des enseignants car beaucoup, d'après leur propre expérience, n'ont eu aucun contact avec le sujet même à l'université.
Elle a, par exemple, changé son approche pédagogique sur le sujet de l'esclavage après avoir suivi un cours sur l'éducation à l'ethnicité et au racisme pendant sa maîtrise en histoire.
Elle a également fait valoir que les avancées en la matière dans la vie scolaire doivent s'accompagner d'une plus grande discussion sur le racisme structurel dans la société. Elle a souligné :
Enquanto a gente estiver numa sociedade que reproduz o racismo de forma tão natural, que não enxerga e não reflete, isso vai estar dentro da escola também porque a escola é um reflexo, é uma micro sociedade.
Tant qu'on est dans une société qui reproduit le racisme de façon si organique qu'on ne le voit pas et qu'on n'y réfléchit pas, ça se passera aussi à l'intérieur des écoles parce que l'école en est le reflet, c'est une micro société.
Mme Caroline Vaz, résidente et enseignante de la ville d'Itapevi dans le Grand São Paulo, a déclaré que des cas de racisme continuaient de se produire parmi les étudiants, même si le sujet est désormais davantage abordé dans les classes.
L'enseignante a déclaré qu'elle avait déjà dû prendre des mesures contre les propos racistes tenus par des élèves et leur rappeler que le racisme est un crime. «À de nombreuses reprises, j'ai vu un élève se tourner vers un autre et l'appeler un ‘singe’ comme si c'était un bonjour», se souvient-elle.
Pendant les cours, Mme Vaz a noté qu'elle essayait régulièrement de travailler sur l'estime de soi des étudiants noirs et de discuter du sujet de l'ethnicité et du racisme au-delà du contenu standard du programme scolaire, comme l'apartheid en Afrique du Sud et l'esclavage.
Elle critique également la tendance des enseignants, en général, à enseigner une vision plus euro-centrée de l'histoire.
La géographe Mme Rose Bernardo est professeur de lycée à l'école E. E. Professor Clóvis De Silva Alves, à Itaquaquecetuba, également dans le Grand São Paulo. Elle soutient que le programme scolaire devrait accorder plus d'attention aux autres continents, ainsi qu'à l'Europe :
O aluno, às vezes, até acredita que a África é um país, que é tudo uma coisa só. [O currículo escolar] poderia ser mais abrangente nesse sentido de tornar a África tão comum para o aluno quanto a Europa.
Les étudiants pensent même parfois que l'Afrique est un pays, que tout est une chose. [Le programme scolaire] pourrait être plus complet dans le sens de rendre l'Afrique aussi familière aux élèves que l'est l'Europe.
L'enseignant a souligné que le continent africain possède l'un des écosystèmes les plus fascinants au monde, la savane, et occupe une place importante dans les discussions sur la sécurité alimentaire mondiale.
L'une des principales critiques formulées par les experts en éducation et les militants des droits des Noirs depuis l'entrée en vigueur de la loi il y a 20 ans est le manque de contrôle de son respect par les autorités éducatives municipales et étatiques.
Le sujet est également considéré comme important pour combler le fossé d'apprentissage entre les étudiants blancs et noirs. Une enquête de 2019 utilisant les données de Saeb (en portugais, Système de surveillance de l'éducation de base) a montré qu'il existe une différence mesurable significative dans le niveau d'instruction des élèves blancs et noirs au Brésil.
Les résultats ont montré que les différences d'apprentissage se produisent même lorsque les élèves appartiennent à la même classe socio-économique.
En mathématiques, parmi les élèves de statut socio-économique supérieur, 34,4 % des élèves blancs ont un niveau d'apprentissage adéquat, tandis que seulement 17,3 % des élèves noirs ont le niveau attendu. Parmi les étudiants de statut socio-économique inférieur, 15,8% des étudiants blancs ont les performances attendues contre 8% des étudiants noirs.
M. Billy Malachias, consultant en éducation au Centre d'étude des relations et des inégalités au travail (CEERT), considère que la loi 10.639 est un acquis pour les militants noirs et qu'elle a fait avancer la société concernant les discussions sur le racisme ces dernières années, mais que son respect n'a pas été uniforme dans tout le pays.
Il soutient que les écoles doivent investir dans l'éducation des élèves à une société diversifiée et que discuter de l'ethnicité et du racisme pendant l'éducation apprend aux gens à vivre ensemble.
Il propose de porter un nouveau regard sur tout ce que l'Afrique a à enseigner :
Foram os africanos que introduziram aqui técnicas de mineração, técnicas agrícolas. E isso não aparece de uma forma dinâmica, associado aos processos constitutivos do Brasil.
A escola tem muito a aprender com a [história da] África.
Ce sont les Africains qui ont introduit [diverses] techniques minières [et] agricoles ici. Et ce n'est pas présenté de manière proactive [dans l'éducation, ni] lié à la création du Brésil.
Les écoles ont beaucoup à apprendre de [l'histoire de] l'Afrique.
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Capture d'écran d'une vidéo de la chaîne YouTube de France 24 montrant le Cameroun.
[Sauf indication contraire, tous les liens renvoient vers des sites en anglais]
Dans la capitale du Cameroun, Yaoundé, vit un boulanger pas comme les autres. Il ne voulait pas être boulanger, mais les circonstances l'ont forcé à le devenir pour rester en vie.
Lambert Kehven ne rêvait pas de devenir boulanger, mais journaliste. Il a commencé à travailler comme journaliste à Kumbo dans le département du Bui dans la région agitée du Nord-Ouest Cameroun pour un média local, Canal 2 International . Lorsque le conflit anglophone a culminé en 2017, il s'est retrouvé pris entre les forces de sécurité de l'État et des groupes armés non étatiques chacun voulant qu'il rapporte sa propre version de l'histoire. Ils voulaient lire ses rapports avant qu'ils ne soient publiés.
Kehven a été arrêté en décembre 2019, accusé de travailler avec des acteurs non étatiques, et libéré le 10 janvier 2020, lorsqu'il a fui la zone de conflit pour sa vie et sa sécurité.
Samuel Ajiekah Abuwe, communément appelé Samuel Wazizi , qui a fait un reportage sur le conflit anglophone pour Chillen Media TV, n'a pas eu autant de chance. Il a été arrêté le 2 août 2019, parce qu'il aurait soi-disant laissé sa ferme être utilisée par des groupes armés et aurait filmé des atrocités militaires, dont il a fourni les images aux médias internationaux, a déclaré la police camerounaise aux journalistes .
Samuel Wazizi est mort en détention ; sa mort a été rapportée par Equinoxe TV lors des informations aux heures de grande écoutele 2 juin 2019. Sa famille n'a aucune idée de l'endroit où sa dépouille pourrait se trouver. L'armée a déclaré qu'il était mort d'une septicémie, aucune enquête indépendante n'a été ouverte et les journalistes n'osent pas poser de questions ou enquêter de peur d'être tués.
Alors que les journalistes camerounais traitaient toujours le cas de Wazizi, un autre journaliste, Kingsley Fomunyuy Njoka, a été arrêté le 15 mai 2020, en lien avec ses reportages et publications sur Facebook sur le conflit anglophone, pour avoir prétendument obtenu ses informations en « parrainant » des terroristes dans la région. Njoka a été gardé dans un lieu secret pendant des semaines. Le tribunal militaire l'a par la suite inculpé d'actes de terrorisme et il attend son procès depuis environ deux ans.
Le cas le plus récent est le meurtre de Martinez Zogo [fr], un journaliste radio disparu enquêtant sur la corruption et dont les restes mutilés ont été retrouvés le long de la route de Soa, dans la périphérie de Yaoundé, le 22 janvier. Reporters sans frontières qualifie cela de « crime d'État ».
Les scénarios peints ci-dessus décrivent comment les journalistes qui formulent des critiques dans leurs reportages sur le conflit anglophone, à la fois en ligne et hors ligne, sont soit emprisonnés, soit forcés de déserter les zones de conflit et le journalisme ou meurent dans le processus. Ceci montrent également jusqu'où l'État peut aller pour faire taire la dissidence et réprimer les reportages critiques.
Le conflit anglophone
Le conflit anglophone [fr] est profondément enraciné dans l'histoire de la partition de l'Afrique où le Cameroun a été partagé entre la France et la Grande-Bretagne, la première ayant une plus grande part. Le Cameroun français a obtenu son indépendance en premier (le 1er janvier 1960). La partie anglaise devait obtenir son indépendance en rejoignant le Cameroun français ou le Nigeria. Ils ont choisi de rejoindre le Cameroun français pour former une fédération à deux États, mais les termes de la fédération se sont érodés et la partie anglaise a été marginalisée, ce qui s'est métamorphosé en crise puis en conflit.
En 1972, une nouvelle constitution a révoqué l'autonomie des parties anglophones du pays, donnant plus de pouvoir au Président, entraînant des frictions avec les dirigeants de l'ancienne région anglophone autonome du Southern Cameroons. La négligence, la marginalisation et l'érosion des termes de la fédération sont les causes profondes du conflit anglophone en cours au Cameroun, avec des effets dévastateurs.
Le conflit anglophone a atteint son apogée en 2016 lorsque des enseignants et des avocats sont descendus dans la rue avec des rameaux symbolisant la paix pour dénoncer la dilution des systèmes d’éducation et de droit anglo-saxons . L'État a répondu avec force, arrêtant et emprisonnant les dirigeants. Les tendances séparatistes se sont imposées et des groupes armés non étatiques ont pris les armes contre les forces de sécurité de l'État.
Sept ans plus tard, le conflit se poursuit et le gouvernement ne tolère pas les opinions critiques sur sa gestion des affrontements.
Quatre millecivils ont été tués à la fois par des agents de sécurité de l'État et des groupes armés non étatiques, avec 87 000 réfugiés au Nigéria et 628 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays en décembre 2022 . Les arrestations liées au conflit ont eu lieu en vertu du Code pénal punissant les actes de sécession et de terrorisme, de crime et de menace à l'intégrité territoriale. Le gouvernement ne définit pas qui est terroriste, mais la loi antiterroriste semble piéger plus de journalistes que de terroristes dans ses filets. Les journalistes arrêtés n'ont pas droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial, mais ils sont jugés par un tribunal militaire.
Liberté de la presse
La liberté de la presse est inscrite dans le préambule de la constitution camerounaise. « La liberté de communication, d'expression, de la presse, de réunion, d'association et de syndicalisme, ainsi que le droit de grève, sont garantis dans les conditions fixées par la loi. Pourtant, le Cameroun est décrit comme le troisième pire geôlier de journalistes par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). L'Association camerounaise des journalistes anglophones ( CAMASEJ ) a déclaré qu'environ 80 journalistes avaient fui les deux régions et qu'un total de neuf journalistes avaient été arrêtés en 2022.
Le gouvernement a été critiqué pour avoir limité la liberté de la presse et réprimé les journalistes et les médias qui le critiquent. Selon l’ Indice mondial de la liberté de la presse 2021 , le Cameroun se classe 135e sur 180 pays, en baisse par rapport à son classement de 2020 qui le plaçait à la 134e place. Le rapport note que les journalistes au Cameroun sont victimes de harcèlement, d'intimidation et d'agressions physiques, et que le gouvernement a suspendu ou fermé les médias qui traitent de sujets sensibles ou critiquent les responsables gouvernementaux. En outre, le gouvernement a été accusé d'utiliser la loi antiterroriste de décembre 2014 pour faire taire la dissidence et restreindre la liberté d'expression.
En 2022, le CPJ a rejoint Amnesty International et 29 autres organisations de la société civile, locales et internationales, dans une lettre exigeant que le Président Biya libère les personnes arrêtées pour avoir exercé leur droit à la liberté d'expression, parmi lesquelles les journalistes Tsi Conrad, Mancho Bibixy, Thomas Awah et Kingsley, Fomunyuy Njoka.
Le CPJ soutient que les journalistes ne sont pas des terroristes, mais le gouvernement brandit l’intégrité territoriale, la paix sociale et la sécurité pour justifier ses actions. Le porte-parole du gouvernement, le ministre de la Communication, René Sadi , a tacitement mis en garde les journalistes contre le ternissement de l'image du pays, affirmant que «l'incitation à la violence et à l'hostilité contre la patrie n'est pas tolérable dans un État de droit et dans une société de liberté et de responsabilité ».
Les journalistes ne sont pas restés silencieux. La Journée mondiale de la liberté de la presse 2022 a permis à la CAMASEJ de manifester son mécontentement face au traitement des journalistes et d’inviter les forces de sécurité de l'État et les groupes armés non étatiques à mettre fin aux attaques contre les journalistes. Cela a fait peu de différence.
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Il est difficile d'accueillir tous les animaux faute de surcharge des refuges.
Photo de Kyiv Animal Rescue Group reproduite sur Свої.City. Reproduite avec permission.
Cet article, écrit par Valeria Panasenko, a tout d'abord été publié sur Свої.City, un magazine en ligne ukrainien. Une version abrégée et modérément éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat médiatique.
Les bénévoles de l’association de protection animale, Kyiv Animal Rescue Group, sauvent des animaux depuis 2014. Jusqu'à l'hiver 2022, ils n'avaient secouru des animaux que dans la capitale Kyiv et ses environs. Mais au mois de décembre, ils ont effectué leur première opération d'évacuation dans la partie Est de l'Ukraine qui, en raison de la guerre à grande échelle menée par la Russie, a subi de lourds bombardements. Depuis, les bénévoles ont déjà accompli quatre missions d'évacuation dans l'Est : ils se sont rendus deux fois à Bakhmut et deux fois dans la région voisine de Chasiv Yar où ils ont réussi à sauver près de 300 chats et chiens, ainsi qu'un bouc.
Image d'un bouc secouru par Kyiv Animal Rescue Group et reproduite sur Свої.City. Reproduite avec permission.
Selon Mykhailo Storozhuk, un bénévole de l'association : « Normalement, nous nous y rendons en petit groupe : seulement deux personnes pour un ou deux minibus afin d’avoir un maximum de places pour sauver le plus d’animaux possible. Mais récupérer les animaux de la zone de conflit n’est pas le seul problème que rencontrent les bénévoles. Il est difficile de les accueillir correctement, car tous les refuges de la région de Kiev et des régions avoisinantes sont débordés. »
« Les animaux qui ont besoin de notre aide sont faciles à trouver, car, en général, ils sont à la recherche de nourriture. Ils sont tous très différents et nous ne pouvons pas tous les recueillir. C’est pourquoi nous nous concentrons d’abord sur ceux qui ne pourraient pas survivre seuls dans la rue, comme les animaux de compagnie qui vivaient confortablement chez leurs propriétaires et qui étaient nourris. Ou bien encore ceux qui sont blessés ou gravement malades. »
Photo de Kyiv Animal Rescue Group reproduite sur Свої.City. Reproduite avec permission.
Tous les bénévoles de l’association ont l’expérience des situations d’urgence ou ont déjà travaillé avec des animaux. Le bénévole explique : « Nous avons tous suivi des cours et des formations. Par exemple, je suis spéléologue et cordiste. Je peux travailler avec des cordes, grimper aux arbres et aller sous terre. La plupart des membres de notre équipe ont travaillé dans des refuges pour animaux. Certains sont aussi juste des touristes, sont spéléologues ou explorateurs souterrains. »
En général, les volontaires viennent pour plusieurs jours et travaillent du matin au soir pour inspecter chaque recoin des villes situées sur le front et sauver les animaux blessés et vulnérables. Storozhuk ajoute :
Ми намагаємося забрати якомога більше тварин за менший проміжок часу, щоб не знаходитися у небезпечному місці довго. Тобто ми приїжджаємо на точку, швиденько завантажуємо тварину й їдемо далі, бо прильоти там майже щохвилини. Перші дві місії в Бахмуті ми працювали майже по 10 днів. Ночували в Слов’янську, а зранку їхали знову туди.
Nous essayons de récupérer le plus d'animaux possible en un minimum de temps afin de ne pas rester trop longtemps dans une zone dangereuse; nous arrivons à un endroit (où se trouve un animal), nous le chargeons rapidement dans le véhicule et nous continuons à rouler, au milieu des bombardements intensifs (presque toutes les minutes). Lors des deux premières missions à Bakhmut, nous avons travaillé presque dix jours d'affilée. On dormait à Slovyansk et retournait à Bakhmut dès le lendemain matin.
Les difficultés rencontrées par les évacués et leurs animaux
En raison d'un manque de personnel, le groupe de sauvetage animalier ne peut se déplacer qu'une fois par mois. Selon Storozhuk, ces interventions occasionnelles présentent également des avantages; les bénévoles ont alors plus de temps pour trouver des foyers pour les animaux qu'ils ont recueillis et faire de la place pour de nouvelles arrivées :
Ми прилаштовуємо тварин всюди, де є ще місце. Це і приватні притулки, і волонтери, які приймають по одній-дві тваринки до себе додому. На жаль, ми маємо дуже багато покинутих тварин, бо часто люди їдуть, самі не знаючи куди. Переселенці часто не можуть знайти житло, куди готові пустити з тваринами. А ще більше людей живе в шелтерах по кілька десятків людей у кімнаті. Очевидно, що вони не можуть взяти туди дві вівчарки.
Nous relogeons les animaux là où il y a de la place. Tant dans les refuges privés que chez les bénévoles qui accueillent un ou deux animaux chez eux. Malheureusement, nous avons beaucoup d'animaux abandonnés, car leurs propriétaires s'enfuient souvent de leur maison sans savoir où ils vont aller. Généralement, les évacués ne peuvent pas trouver de logement qui accepte les animaux. Aussi, de plus en plus de personnes vivent dans des abris; ils sont parfois plusieurs dizaines dans une seule pièce. Il est évident qu'ils ne peuvent pas y emmener deux chiens de berger par exemple.
Photo de Kyiv Animal Rescue Group reproduite sur Свої.City. Utilisée avec permission.
Cependant, malgré ces difficultés, de nombreux propriétaires d'animaux de compagnie souhaitent les récupérer après avoir trouvé où se loger. Après avoir sécurisé un logement et un emploi, de nombreuses personnes demandent aux bénévoles de retrouver et de mettre leurs animaux en sécurité.
« Nous sommes heureux d’évacuer les animaux que les propriétaires sont prêts à reprendre. Nous les recherchons et les secourons. Mais il arrive parfois qu'il soit déjà trop tard; les propriétaires ont laissé leur animal chez un voisin, le voisin a été évacué et a laissé l'animal chez quelqu'un d'autre. Il n'est pas toujours possible de retrouver leurs animaux, » explique avec tristesse Storozhuk.
Mais beaucoup de personnes ne veulent pas partir sans leurs animaux. Certains refusent d'être évacués parce qu'elles ne veulent pas les abandonner.
Є такі люди, які чекають, щоб вивезли їхніх тварин. І тільки після цього вони погоджуються їхати самі. Їх небагато, але такі люди існують, і це не може нас не радувати. Люди розповідають, що їх не хочуть евакуювати разом із їхніми котами та собаками, тому вони вимушені залишатися. У таких випадках ми кличемо на допомогу волонтерів, які вивозять із зони бойових дій людей, а самі забираємо тварин.
Certains attendent que leurs animaux soient évacués avant de faire de même. Ces personnes sont rares, mais elles existent, et cela ne peut que nous réjouir. Les gens nous disent que personne ne veut les évacuer avec leurs chats et leurs chiens; c'est pourquoi ils sont obligés de rester. Dans de tels cas, nous demandons l'aide de bénévoles pour évacuer la personne de la zone de conflit et nous secourons nous-mêmes les animaux.
Les animaux ont peur et veulent être secourus
Les bénévoles emportent toujours de la nourriture pour animaux avec eux, car ils savent qu’en raison de la pénurie, il est difficile pour les habitants de se nourrir, et encore moins leurs animaux. En général, ils transportent environ deux tonnes de croquettes pour les chats et les chiens abandonnés. Ils les donnent aux propriétaires pour qu'ils nourrissent leurs propres animaux de compagnie, mais aussi aux animaux errants qu'ils pourraient rencontrer.
Selon le bénévole : « Avant chaque mission, nous demandons à toutes les personnes concernées d'aider à collecter des fonds pour acheter de la nourriture pour animaux ou de nous en faire don. Il arrive souvent que des voisins se retrouvent avec beaucoup d'animaux à prendre soin. Par exemple, dans une rue de Bakhmut, une dame âgée nourrissait tous les animaux abandonnés. Ils étaient des dizaines. »
D’après les bénévoles, les animaux abandonnés de la région de Donetsk sont très chaleureux. Ils ont peur et semblent vouloir partir de la zone de conflit.
Photo de Kyiv Animal Rescue Group reproduite sur Свої.City. Utilisée avec permission.
Storozhuk explique : « Les chats et les chiens qui vivent au milieu des bombardements sont très faciles à attraper, même s'ils ne nous connaissent pas. Ils sont gentils et affectueux. Lorsque vous essayez d'attraper un chat errant à Kyiv, il est sauvage et agressif et ne vous laisse pas l’approcher. Au contraire, ces animaux se comportent comme s'ils disaient : “Emmenez-nous loin d'ici, sortez-nous d'ici”. Dès que nous ouvrons les cages et que nous leur donnons de la nourriture, ils foncent à l'intérieur. »
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Un extrait de la recherche Advox sur la liberté d'expression
Image reproduite avec la permission d'Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis longtemps une relation compliquée avec les médias et les technologies de la communication. Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l'autoritarisme en réseau ou numérique. Ce billet est un extrait du résumé exécutif du rapport sur l'expression, de la série de recherches qui sortira sous Unfreedom Monitor. Lire le rapport complet ici .
La liberté d'expression est un précepte fondamental de la démocratie, car ce droit permet aux citoyens et aux médias de tenir l'État responsable de ses actions dans la gouvernance d'un pays. Restreindre la liberté d'expression a été une méthode clé pour faire progresser l'autoritarisme numérique. L'étude de cas du Rwanda révélera que le gouvernement utilise une litanie de lois répressives complétées par des technologies de surveillance et des mesures de répression menées par l'État pour cibler les voix dissidentes. La plupart des voix dissidentes arrêtées qui osent remettre en question le statu quo ou contester le récit de l'État sur les événements qui ont conduit au génocide de 1994 risquent des peines de prison atroces. Dans certains cas, des journalistes et des militants de partis d'opposition ont été assassinés ou sont morts dans des circonstances suspectes.
L'avènement de la technologie de surveillance numérique au Rwanda et son utilisation par le gouvernement à des fins de surveillance des voix alternatives a eu un effet dissuasif sur la liberté de la presse. Le Rwanda a été pointé du doigt comme un client clé du logiciel espion israélien NSO, Pegasus, qui a été utilisé pour espionner les opposants politiques au régime du président Paul Kagame et, dans un cas particulier, pour s'immiscer dans les communications privées du président sud-africain Cyril Ramaphosa. C'est une affirmation que le régime de Kagame a niée avec véhémence. En octobre 2019, il a été signalé qu'une vulnérabilité de WhatsApp avait été manipulée à l'aide du logiciel espion Pegasus pour cibler des dissidents rwandais, parmi lesquels un journaliste et un membre d'un parti d'opposition (Amnesty, 2021).
Le droit à la vie privée et à la protection des données en ligne est impératif principalement en raison de son rôle de facilitateur strict pour la réalisation d'autres droits tels que la liberté d'expression, la liberté d'accès à l'information et la liberté d'association, entre autres. Cependant, l'utilisation de la technologie de surveillance par les gouvernements pour cibler les journalistes et les militants est contraire à la démocratie car les cibles d'une telle surveillance ne peuvent pas exercer librement leur droit à la liberté d'expression dans leur domaine de travail. Ce rapport examine le domaine thématique de la parole dans le cadre de Unfreedom Monitor, en soulignant la gamme de menaces et de récits dirigés par l'État pour étouffer ces libertés. Nous utiliserons la République du Rwanda comme étude de cas.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis longtemps une relation compliquée avec les médias et les technologies de la communication. Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l'autoritarisme en réseau ou numérique.
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Les difficultés de Twitter modifient le paysage des réseaux sociaux
Avec l'aimable autorisation de Sydney Allen via Canva
Lorsqu'Elon Musk est entré au siège de Twitter en tant que nouvel actionnaire majoritaire, tout a basculé. Dès ses deux premières semaines aux commandes, il a décidé de vendre les badges de vérification de Twitter au prix de 7,99 USD après un processus d'authentification rapide – permettant aux propriétaires de comptes douteux ou faux de vérifier leurs identifiants, simplement en payant. Il a également décidé d’absoudreles comptes Twitter problématiques, notamment ceux de Donald Trump et de Kanye West.
Nisrine Malik, journaliste du Guardian, a souligné que bien plus qu’une simple plateforme, Twitter était « sur le point de se transformer en un outil dérangeant et potentiellement dangereux », dirigé par une personne déterminée à régner sur une « place publique numérique » de laquelle elle pouvait promouvoir sa propre version de la liberté d'expression.
AdAge, un site de média numérique axé sur le marketing, a rapporté que depuis la prise de contrôle de Musk, les profils des annonceurs de Twitter ont changé, des sociétés de premier ordre étant remplacées par des marques obscures. 50 sur 100 des principaux annonceurs de Twitter ont suspendu leurs dépenses publicitaires dans ce média.
Selon l'organisation à but non lucratif américaine Media Matters for America, « suite à la sensibilisation directe, aux controverses et aux avertissements de la part des acheteurs de médias, Twitter a connu un départ massif de son personnel et un retrait des annonceurs ». Avant Musk, Twitter survivait grâce à deux sources de revenus : les publicités et les licences de données. Avec le ralentissement de l’un de ses revenus, Twitter voit son avenir s'assombrir.
Pourquoi le sort de Twitter a-t-il autant d’importance ?
Nombreux sont ceux qui se demandent en quoi le sort de Twitter est important. A cette question peuvent être apportées des réponses courtes ou détaillées, telles que résumées par Morten Rand-Hendriksen, blogueur sur TikTok. Dans une vidéo sur le sujet, M. Rand-Hendriksen a déclaré :
Twitter est devenue une infrastructure de notre société moderne. Je veux dire par là que Twitter est devenue la seule grande plateforme sur Internet où, lorsqu'un événement se produit, les gens peuvent très rapidement obtenir des informations, trouver des sources crédibles qui en parlent et, surtout, accéder à ces informations sans avoir besoin d'une connexion Internet à haut débit.
Il est intéressant de savoir comment Rand-Hendriksen définit Twitter, non pas comme une simple plateforme, mais comme une infrastructure. Sans mettre Twitter sur un piédestal, dans une certaine mesure, à son apogée, Twitter a perturbé la manière dont les utilisateurs obtenaient et accédaient à l'information. L'un des principaux atouts de Twitter est sa capacité de diffusion. Les personnes vivant dans des régions du monde où les connexions Internet sont de qualité inégale peuvent toujours utiliser Twitter et accéder aux mêmes informations de dernière minute que les personnes vivant dans des pays offrant l'Internet à haut débit.
En tant qu'organisation, Global Voices a exploité la capacité de diffusion de Twitter et l'a utilisée pour se connecter et s'engager auprès de notre public et de notre communauté dans le monde entier. Cette année, nous avons commencé à réorganiser notre stratégie d'engagement sur Twitter, y compris un engagement audio régulier par le biais de Twitter Spaces. Toutefois, étant donnée l’instabilité de la plateforme, il est peut-être temps d'explorer d'autres moyens.
L'émergence de Mastodon
Global Voices est présente sur de nombreuses plateformes de réseaux sociaux. Outre Twitter, nous sommes actifs sur les plateformes suivantes : Facebook, Instagram et LinkedIn. Récemment, nous avons relancé notre Tumblr et avons commencé à partager régulièrement des mises à jour sur Mastodon.
Actuellement, aucune plateforme sociale n'est sûre ni éthique, ce qui créé un vide mais également une opportunité pour les plateformes émergentes, telles que la plateforme open-source Mastodon. Mastodon est une plateforme de réseaux sociaux décentralisée ou, selon ses propres termes, « une plateforme de microblogging innovante, open-source et auto-hébergeable, similaire à Twitter ou Tumblr », développée par Eugen Rochko, un programmeur russo-allemand. Mastodon et Twitter sont toutes deux des plateformes de réseaux sociaux, mais la similitude s'arrête là. Les utilisateurs qui souhaitent une expérience utilisateur facile ou un système qui en mette plein la vue seront extrêmement déçus par Mastodon. Comme l'a dit un internaute, Mastodon est « le Linux des réseaux sociaux », ce qui signifie qu'il s'agit d'une réalisation open source impressionnante qui, malheureusement, risque d'être totalement inaccessible aux utilisateurs ordinaires qui ne sont pas particulièrement versés dans la technologie.
Alors, qu’est- ce qui rend Mastodon particulièrement attractive ? D'une part, la plateforme dispose de « politiques strictes de lutte contre l'abus et la discrimination ». Contrairement à Twitter, les algorithmes ne dictent pas la popularité d'un message. Au lieu de cela, les messages des internautes peuvent être amplifiés grâce à des « coups de pouce », similaires à la fonction Retweet de Twitter.
Il est conseillé aux utilisateurs qui envisagent de quitter Twitter ou d'interrompre leur activité sur Twitter pour une durée indéterminée de suivre ces quelques lignes directrices :
Téléchargez vos données Twitter
Ne supprimez pas votre compte. Il faut 30 jours à Twitter pour traiter une demande de désactivation. Ensuite, n'importe qui peut reprendre votre ancien identifiant.
Protégez vos tweets. Dans vos paramètres de confidentialité et de sécurité, consultez la section « Audience et tagging » et activez l'option « Protégez vos tweets »
L'avenir à long terme de Twitter reste incertain. Pour l'instant, Global Voices s'engage à rester sur Twitter, mais avec moins d'énergie et d'efforts. Twitter Spaces continue, tout comme les mises à jour et les annonces. Cependant, les projets pilotes et les expériences seront suspendus jusqu'à ce que nous ayons une idée plus claire de l'avenir de Twitter et de la manière dont nous pourrons nous connecter avec les lecteurs, les membres de la communauté et les alliés de Global Voices.
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L'orpaillage a un impact énorme sur l'écologie des rivières
Le fleuve Sassandra, autrefois bordé de mangroves avec ses eaux poissonneuses. Photo utilisée avec l'autorisation de CENOZO
Cet article est à retrouver sur le site du CENOZO. Il a été rédigé par Aïssatou Fofana (Côte d’Ivoire), Abou Traoré (Côte d’Ivoire) et Kangaye Sangaré (Mali) dans le cadre du projet “Afrique de l’Ouest face au changement climatique” avec le soutien de la CENOZO. Cette version modifiée est publiée dans le cadre d'un accord entre Global Voices et CENOZO.
Les fleuves Sassandra et Niger sont deux des plus importants fleuves d’Afrique de l’Ouest. Ils constituent une source d’eau essentielle pour des millions de personnes et abritent une faune abondante. Malheureusement, le changement climatique et l’activité humaine, notamment minière, ont un effet dévastateur sur ces deux cours d’eau, les rendant de plus en plus inhabitables pour de nombreuses espèces et menaçant les moyens de subsistance de ceux qui en dépendent. Notre enquête, réalisée avec le soutien de la CENOZO et du Centre for Investigative Journalism (CIJ) révèle l’ampleur du phénomène.
Guessabo, localité située à l’ouest de la Côte d’Ivoire, à 440 Km d’Abidjan, est une ville carrefour qui avait la réputation d’être “la cité du poisson” en Côte d’Ivoire. On y trouvait les meilleurs et les plus gros poissons de la région : de toutes les sortes, frais comme fumés, de tous les goûts et pour toutes les bourses.
Selon une étude dénommée “Hydrologie et morphologie de l’estuaire du fleuve Sassandra, Basse Côte d’Ivoire”, menée en 2015 par des chercheurs de l’Université Félix Houphouët Boigny (UFR des Sciences de la Terre et des Ressources Minières, Département de Géosciences Marines), du Centre de Recherches Océanologiques d’Abidjan (CRO), du Laboratoire de Physique et de Géologie Marine (PHYGEM), et du Centre Universitaire de Recherche et d’Application en Télédétection (C.U.R.A.T.), l’assèchement du fleuve Sassandra est une réalité depuis plusieurs années.
Le phénomène de retournement des eaux dû au changement climatique et l’action humaine
Une étude de chercheurs de l’Université Jean Lorougnon Guédé de Daloa (ville du Centre-Ouest de la Côte d'Ivoire), met en exergue la toxicité de l’eau du fleuve Sassandra qui devrait alimenter, en amont du barrage de Buyo, les villes de la région du Haut Sassandra et du département de Duekoué en eau potable. Les résultats de cette recherche ont démontré que
“Les intrants agricoles, les activités d’orpaillage et les déchets ménagers entraînent une forte contamination des eaux de ce fleuve en éléments traces métalliques (ETM) ». Ce qui augmente, expliquent les chercheurs, « la pollution par les métaux des écosystèmes aquatiques en raison des effets de l’urbanisation, de l’agriculture, des activités d’orpaillage et dans une moindre mesure de l’industrialisation.
Une autre conclusion des résultats de cette recherche stipule que « les concentrations élevées de mercure et de cuivre dans les sédiments du lac Guessabo constituent donc un danger potentiel et font de ces sédiments une source endogène de pollution ». Ce qui aurait un impact sur la santé des individus qui consomment les poissons du fleuve, et l’eau du barrage. Un autre élément, la perturbation de l’écosystème du fleuve dû à ces activités, favorisant ainsi la disparition de certaines espèces de poissons. Pour cause, “les polluants métalliques peuvent passer dans la colonne d’eau lorsque les conditions sont favorables, engendrant ainsi des effets néfastes sur la qualité des eaux et sur la vie aquatique”.
L’enrichissement en mercure – un métal caractérisé par un liquide argenté qui est une substance très toxique – « enregistré dans cette zone serait sans doute dû aux principales activités humaines que sont l’agriculture (insecticides, fongicides, bactéricides et herbicides), la peinture, l’utilisation des appareils électriques et des produits pharmaceutiques. La mauvaise gestion des déchets dans la zone serait à l’origine de cette pollution », rapporte l’étude. Des risques écologiques qui pourraient se traduire par la pollution du fleuve, des eaux souterraines, donc de la nappe phréatique.
L’envie de gagner plus d’or pousse les orpailleurs à utiliser abusivement divers moyens techniques (dragues, engins…) et des produits toxiques (mercure, cyanure…) qui, selon le rapport d’Évaluation Initiale de la Convention de Minamata, rejetés dans l’air lors du brûlage des amalgames mercure-or, dans les eaux et le sol lors du processus d’amalgamation des minerais d’or, constituent un danger pour l’environnement et l’homme.
Le fleuve Sassandra en Côte d’Ivoire, n’est pas un cas isolé de contamination par les activités minières et sujet aux effets du changement climatique. Le fleuve Niger au Mali, est dans la même tourmente.
Le fleuve Niger au Mali, également menacé par l’orpaillage
Depuis 2001, le Mali est troisième producteur d’or du continent après l’Afrique du Sud et le Ghana. Ces dernières décennies, la course à l’or s’est intensifiée et par ricochet la prolifération des sites d’orpaillage traditionnels. Dans les régions de Sikasso (cercle de Yanfolila), dans la région de Koulikoro, ou encore à Kayes, cette activité d’extraction d’or pollue les fleuves, en l’occurrence le fleuve Niger dont 42% de la longueur totale traverse le Mali selon le rapport sur l’état du fleuve Niger au Mali.
Toujours dans le même rapport, il est dit qu’il constitue la principale source d’eau de surface du pays et trois Maliens sur quatre sont installés dans le bassin du Niger et vivent d’une façon ou d’une autre de ses ressources.
L’exploitation aurifère par dragage qui est une opération qui consiste à extraire l’or contenu dans les sables, les graviers et les sols des cours d’eau est aussi très pratiquée dans la zone. Il est effectué avec des produits chimiques comme le mercure et le cyanure. Le dragage constitue une grave menace pour le fleuve et les espèces qui y vivent.
Face à ce désastre environnemental, le gouvernement malien avait suspendu les activités d’exploitation aurifère par drague sur les cours d’eau au Mali pour une durée de 12 mois à compter du 15 mai 2019. Mais peine perdue. Une fois ce délai expiré, les promoteurs de dragues ont repris leurs activités.
« Même si on suspendait complètement les activités d’orpaillage par dragage dans les fleuves au Mali, il va falloir attendre 20 ans pour dépolluer l’eau. L’orpaillage par dragage sur le fleuve Niger accroît la turbidité de l’eau, rend impropre l’eau à l’irrigation et fait qu’aujourd’hui il n’y a plus de poisson dans le fleuve » explique Pr. Adama Tolofoudié, Enseignant-Chercheur, l’université des sciences, des techniques et des technologies de Bamako (USTTB).
L’orpaillage est très complexe au Mali et son impact énorme
Les populations riveraines de Yanfolila dans la région de Sikasso et de Kangaba dans la région de Koulikoro soutiennent qu’il est impossible d’utiliser l’eau du fleuve, si ce n’est pour la vaisselle et la lessive. « Les populations sont très exposées souvent elles tombent malades et impossible de savoir de quoi elles souffrent. Tout l’argent gagné sur ces sites sert ensuite à les soigner », raconte Fatoumata Traoré, enseignante à Yanfolila.
Malgré cette forte pollution du fleuve, due à plusieurs autres facteurs en plus de l’orpaillage tel que les ménages, l’agriculture, les transports, les activités industrielles et artisanales, les autorités ont encore du mal à prendre des décisions fermes pour pallier ce problème. Une autorité d’une des localités que nous avons visitées nous confie qu’à chaque fois qu’un conflit éclate sur un site d’orpaillage, les autorités mutent le gouverneur concerné pour rester à l’abri. Pour lui, « l’histoire autour de l’orpaillage est très complexe au Mali et les impacts sont énormes ».
Les effets du changement climatique sur les fleuves Sassandra et Niger sont alarmants. La hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes, l’augmentation de la sédimentation et les pénuries d’eau ont tous un effet dévastateur sur les écosystèmes des fleuves, les rendant de plus en plus inhabitables pour de nombreuses espèces et menaçant les moyens de subsistance des populations qui en dépendent.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230310_133511";}s:15:"20230308_094110";a:7:{s:5:"title";s:82:"Au Togo, la Première ministre Victoire Tomegah Dogbé est très proche des jeunes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/08/277488/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=277488";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 08 Mar 2023 08:41:10 +0000";s:11:"description";s:194:"En septembre 2020, Victoire Tomegah Dogbé est nommée Première ministre et devient la première femme à exercer cette fonction au Togo, inaugurant une nouvelle culture politique dans ce pays.";s:7:"content";s:14908:"
Dogbé est une grande connaisseuse de la musique togolaise
Victoire Tomegah Dogbé Capture d'écran de la chaîne YouTube de Primature Togo
En Afrique, le Togo fait partie d'un petit nombre de pays qui confient la primature à des femmes. Sur un total de 17 femmes Premières ministres issues de 15 pays qu’a connu le continent, cinq sont toujours en exercice, dont Victoire Tomegah Dogbé, Première ministre du Togo.
Femme politique née le 23 décembre 1956 à Lomé, Victoire Dogbé, est nantie d’une maîtrise en sciences économiques et de gestion obtenue à l’Université de Lomé en 1982 , et d’un Master en Gouvernance et développement à l’Université Internationale Jones de New York (USA).
Avant d’embrasser sa carrière politique, elle est fonctionnaire des Nations-Unies. Elle fait ses preuves en tant qu’assistante représentante résidente chargée des opérations au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Togo de 1999 à 2002; puis au Congo-Brazzaville de 2002 à 2004, au Burkina Faso de 2004 à 2007, et au Bénin, de 2007 à 2008.
En politique, dame Dogbé occupe différents postes. Elle est directrice de cabinet de la présidence togolaise au rang de ministre du 15 mai 2009 au 28 septembre 2020, puis Ministre du Développement à la Base, de l'Artisanat, de la Jeunesse et de l'Emploi des jeunes du 7 mai 2010 au 28 septembre 2020. En septembre 2020, elle est nommée cheffe du gouvernement dans le cadre de la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé.
Femme de terrain sous trois hommes Premiers ministres
Fraîchement promue au poste de représentante résidente adjointe du PNUD-Bénin en 2007, un an après sa prise de fonction, Victoire Dogbé rejoint le gouvernement togolais en 2008 à la demande du Premier ministre Gilbert Houngbo. Elle occupe le portefeuille de ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée du développement à la base, créé pour l'occasion. Le 15 Mai 2009, elle est nommée Directrice de Cabinet à la Présidence de la République où elle coordonne les activités stratégiques et opérationnelles de la Présidence.
En 2010, à la suite de la réélection de Gnassingbé à la tête du pays, Dogbé est nommée Ministre du Développement à la base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi dans le second gouvernement de Houngbo. Elle conserve ses fonctions ministérielles sous le feu Premier ministre Ahoomey-Zunu de 2012 à 2015, et sous l’ancien Premier ministre Komi Selom Klassou de juin 2015 à septembre 2020. Durant son parcours en tant que Ministre du Développement à la base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi, elle marque son passage par son rapprochement auprès des jeunes, que ce soit dans le secteur de l’entreprenariat, de l’art, ou de la musique. En effet, elle lance plusieurs initiatives de mise en place des fonds pour soutenir la jeunesse.
Dogbé entretient un lien fort avec la jeunesse togolaise
Sous son leadership, de nombreux projets visant l’inclusion des femmes, des jeunes et des artisans notamment au travers du Fonds national de la finance inclusive (FNFI) voient le jour, comme, par exemple, des initiatives au profit de la jeunesse notamment l’entreprenariat et la créativité des jeunes par le biais du Fonds d'Appui au Initiatives Économiques des jeunes (FAIEJ), ou bien, l'incubateur Nunyalab qui accompagne les jeunes startups innovantes.
Dogbé est aussi très présente sur les réseaux sociaux notamment sur Facebook et Twitter. Dans ce tweet, elle fait un clin d’œil aux jeunes entrepreneurs togolais qui se démarquent du lot:
Je vous invite à (re)découvrir ces entrepreneurs Togolais, et tous ceux qui, parmi d'autres, produisent et créent de la richesse dans notre pays. Soutenons-les!#MadeInTogopic.twitter.com/G4H6Ge9A3U
Sur le terrain, elle est souvent présente pour soutenir les jeunes entrepreneurs qui innovent:
J’ai été très impressionnée par les innovations proposées par les jeunes togolais au cours de la semaine de l’innovation. Ce sont des champions qui font preuve d’audace, d’engagement et de passion dans leur aventure entrepreneuriale. pic.twitter.com/Jp4ZhboniO
Elle rend aussi visite à ces jeunes même dans leurs entreprises comme le cas de Dédé Assiongbon, créatrice de la marque de bijoux Perloria:
La marque de bijoux Perloria #MadeInTogo est ma découverte entreprenariale de la semaine. La créatrice Dédé Assiongbon m’a parlé de son parcours, de ses sources d’inspiration et de ses projets.
Une femme talentueuse qui allie tradition et modernité.
Une belle rencontre! pic.twitter.com/4cJj0GhbDx
Elle reçoit et va à la rencontre des jeunes activistes engagées pour la promotion des droits des jeunes filles:
Ce Jeudi 20 octobre j'ai échangé avec les jeunes filles leaders. Nous avons parlé de leadership, de valeurs, de devoirs, des challenges auxquels les femmes, les jeunes filles, sont confrontées et de leur rôle en tant qu’actrices de leur développement. pic.twitter.com/s390aLpE14
Pour la promotion de l'excellence des jeunes filles en milieu éducatif, elle est la marraine du Programme d'Excellence pour les Femmes en Afrique (PEFA), initié par la présidence de la république Togolaise. Ce projet prépare ces jeunes filles au monde du travail, en leur donnant les meilleurs outils et les opportunités nécessaires. Ici, elle s'entretient avec les jeunes sélectionnées pour la seconde promotion:
Félicitations à la deuxième promotion du #PEFA !
J’ai eu le plaisir d’échanger avec des jeunes femmes pleines d’avenir et de les encourager à faire preuve d’excellence, de discipline et de détermination tout au long de leur formation. pic.twitter.com/fO5Sn1qpzp
Dogbé est aussi une grande connaisseuse de la musique togolaise qu'elle n'hésite pas à promouvoir. Elle l'illustre lors du lancement du dernier album de l'artiste Almok dans ce tweet:
J’étais ce week-end au lancement du nouvel album de l’artiste Togolaise @almokofficiel.
Elle nous a offert une belle prestation de ses titres qui célèbrent la femme et la culture Togolaise. Merci à Almok et à tous ces artistes qui représentent avec brio le talent de chez nous . pic.twitter.com/YPadr6buVh
C’est toujours un réel plaisir pour moi de partager avec vous ces chansons que je découvre ou re-découvre. Mention spéciale pour Bella Bellow, cette artiste togolaise incroyable partie trop tôt…#MusiqueTogolaisepic.twitter.com/jnvNYPUBjy
Dans le domaine de l'art et de la culture et du sport, la Première ministre ne manque de manifester sa disponibilité pour accompagner et soutenir les initiatives. Ici elle est avec Jacques Logoh, le promoteur du Festival International de la Mode du Togo (Fimo228):
J’ai assisté avec un réel plaisir au défilé de la dixième édition du Festival International de la Mode au Togo @fimo228 . Félicitations à Jacques Logoh, le promoteur.
Mention spéciale pour le #MadeInTogo!
Bravo aux designers nationaux et internationaux ! pic.twitter.com/XI1ov6cJHv
Elle soutient aussi le cinéma, ici avec Julio Teko, lors de la projection de son premier film:
J’ai eu le plaisir d’assister à la projection du premier film réalisé par @juliotekoh , un jeune réalisateur togolais qui raconte à travers cette oeuvre la force, la détermination et le courage de la femme Togolaise. pic.twitter.com/h4leNQ4B2p
Naomi Akakpo (athlète) et Fo-doh Laba (footballeur international), deux jeunes sportifs sont aussi reçus par Dogbé.
Ravie d'avoir échangé avec Naomi Akakpo (athlète médaillée) et Fo-doh Laba (footballeur international), deux jeunes sportifs togolais au parcours remarquable.
La détermination et le patriotisme sont des valeurs qu’ils portent. Merci à eux d'inspirer les plus jeunes. pic.twitter.com/WvCjGSzsPa
Plus qu'une simple Première ministre, Victoire Tomegah Dogbé est aujourd'hui au cœur de la politique visant la promotion des jeunes au Togo, et un modèle pour les femmes togolaises.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230308_094110";}s:15:"20230305_172844";a:7:{s:5:"title";s:105:"Myanmar : comment les partisans de l'armée utilisent les chaînes Telegram pour réprimer la dissidence.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/05/276745/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276745";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 05 Mar 2023 16:28:44 +0000";s:11:"description";s:320:"Les pro-militaires exhortent les autorités militaires à prendre des mesures contre ceux qui sont favorables à la démocratie, appelant à la détention, l'emprisonnement, la saisie des biens, la révocation de la citoyenneté et des documents de voyage - voire l'exécution des prisonniers politiques et des rebelles.";s:7:"content";s:12982:"
Les groupes privés sont un moyen de partager des informations sur les dissidents.
La liberté d'expression sur Internet au Myanmar a toujours été très limitée. Toutefois, la situation s'est aggravée après le coup d'état de Février 2021, lorsque la junte militaire a renversé le gouvernement civil élu d'Aung San Su Kyi et le parti de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) dont elle était la secrétaire générale. Il s'en est suivi une campagne de répression sanglante et brutale dans tout le pays contre les manifestants. On a dès lors assisté à des arrestations arbitraires de législateurs, de politiciens, de militants, de journalistes, et de civils qui s’opposaient à la prise de pouvoir de l’armée. En outre, la junte militaire a utilisé diverses méthodes pour saper la liberté des médias et restreindre l'accès à Internet. La but étant de tenter de dissimuler les violations des droits humains commises par les forces de sécurité, de réprimer la résistance aux coups d'état et de maintenir le régime militaire au pouvoir. En conséquence, la majorité des utilisateurs des réseaux sociaux se sont retournés vers des applications de messageries cryptées telles que Telegram, Signal et Viber qui constituent un moyen plus sûr d'organiser les manifestations. Ces plateformes ont commencées à servir de sources d'informations fiables sur la révolution, surtout après que l'armée ait bloqué la plupart des sites d'informations et que les médias publics contrôlés par la junte, aient diffusé massivement de la propagande pro-militaire, des fake news et de la désinformation.
Le rôle des réseaux sociaux
Bien avant le coup d'état militaire de février 2021, des lobbyistes pro-militaires et des nationalistes bouddhistes utilisaient déjà les réseaux sociaux, en particulier Facebook, pour diffuser de la propagande pro-militaire, de la désinformation, des rumeurs contre Aung San Suu Kyi et le parti de la LND, ainsi que des discours haineux contre les musulmans et d'autres minorités, afin d'influencer le résultat des élections générales de 2020. En conséquence, les comptes Facebook et les publications Facebook qui incitaient à la violence et diffusaient des rumeurs ont été supprimés par Facebook pour violation des normes communautaires. Parmi les personnalités notoires des réseaux sociaux figuraient Han Nyein Oo, Kyaw Swar, et Thazin Oo, qui ont activement diffusé, de la propagande militaire et de la désinformation concernant les résultats des élections et ont même exhorté les militaires à prendre le pouvoir après que le parti LND d'Aung San Suu Kyi ait remporté haut la main la deuxième élection.
Dans le contexte de l'après coup d'état, ces éminents utilisateurs de réseaux sociaux pro-militaires continuent d'aider la junte militaire à traquer les militants, les hommes politiques, les manifestants, les membres des forces de résistance, les célébrités et les entreprises qui ont défié le régime militaire et participé à différentes formes de protestation, y compris les manifestations silencieuses. De plus, sont traqués aussi ceux qui ont soutenu le Gouvernement d'unité nationale (NUG), le Comité Représentant le Pyidaungsu Hluttaw (CRPH) et la Force de défense du peuple (PDF), tous désignés par l'armée comme des groupes terroristes. Après avoir été bannis de Facebook, ces personnalités des réseaux sociaux ont migré vers d'autres plateformes de réseaux sociaux et de groupes de messagerie tels que Telegram, Viber et VK pour surveiller les gens dans les espaces numériques et aider la répression brutale de l'armée contre la résistance sur le terrain.
Retour sur la messagerie cryptée Telegram
En août 2022, la chaîne Telegram Han Nyein Oo comptait 73 238 abonnés, la chaîne Kyaw Swar 68 668 abonnés et la chaîne Thazin Oo 23 174 abonnés. Alors que les chaînes Kyaw Swar et Thazin Oo se concentrent sur les nouvelles de propagande pro-militaire et les récits anti-NUG et anti-PDF, la chaîne Han Nyein Oo publie régulièrement les profils Facebook et les données personnels (noms, adresses et lieux) de ceux qui partagent des publications anti-militaires ou soutiennent les forces de résistance. Dans ces groupes de messagerie Telegram, les pro-militaires exhortent les autorités militaires à prendre des mesures sévères contre les militants pro-démocratie, notamment en les plaçant en détention, en les emprisonnant, en saisissant leurs passeports et leurs biens, et en révoquant leur citoyenneté, voire en appelant à exécution des prisonniers politiques et des rebelles. Telegram a été critiqué par les militants pour n'avoir pas mis fin aux campagnes menées par ces personnes sur ses chaînes et pour leur avoir laissé un accès illimité à l'application, bien que le contenu de ces sources mette la vie de nombreuses personnes en danger.
Dans le groupe Viber, Han Nyein Oo a posté: « Signaler en temps opportun est notre devoir, et prendre des mesures contre eux est le devoir de ‘Shwe Ba’ (l'armée) ». Il y'a eu de nombreux incidents où des activistes politiques, des célébrités et même des gens ordinaires ont été arrêtés par les forces de l'ordre, et leurs biens saisis par les autorités peu de temps après que leurs informations et leurs localisations aient été partagées dans ces groupes de messagerie.
Trouver et punir les dissidents
Burma News International rapporte que durant la nuit du 25 mars 2022, une cinquantaine de militaires et de policiers du Myanmar ont fait une descente dans une école privée nommée DNNA dans la ville de Taunggyi, situé dans l'état de Shan, et ont arrêté le directeur et sept autres femmes, les accusant de soutenir le groupe armé de résistance anti-junte (PDF). L'incident s'est produit après que la chaine Han Nyein Oo ait émis l'hypothèse que le directeur de l'école DNNA soutenait les forces de résistance en collectant des dons et en soutenant leurs actions. Les enseignants de l'école se sont d'abord cachés lorsque leurs coordonnées ont été publiées sur cette chaîne, mais ils ont ensuite été arrêtés après qu'un espion militaire ait révélé leurs localisations aux forces de sécurité. De même, il a été rapporté que le sous-lieutenant de police de Yangon a été arrêté en mai 2022 par l'autorité militaire pour avoir partagé des mises à jour de statut concernant la révolution et une photo du général Min Aung Hlaing, chef du coup d'état, en train d'être piétiné. Il a été accusé d'incitation en vertu de l'article 505 (a) du Code pénal, qui est répressif, et s'il est reconnu coupable, il pourrait écoper d'une peine d'emprisonnement ferme de trois ans. L'arrestation a eu lieu après que ses coordonnées et ses publications anti-junte sur Facebook ont été exposées sur la chaîne Telegram de Han Nyein Oo.
Le 25 juillet 2022, la junte militaire du Myanmar a exécuté quatre prisonniers politiques, dont Phyo Zayar Thaw, ancien député évincé de l'administration de la LND , et Kyaw Min Thu, éminent militant de la démocratie. Outrés et anéantis par la nouvelle de l'exécution de ces quatre défenseurs de la démocratie, les utilisateurs des réseaux sociaux au Myanmar ont changé leur photo de profil Facebook en noir ou en rouge en signe de deuil et pour exprimer la résistance courageuse du peuple contre le régime brutal de l'armée. Dans ce contexte, le Han Nyein Oo et d'autres chaînes de Telegram pro-militaires ont commencé à faire des campagnes pour l'arrestation de célébrités et de citoyens ordinaires qui ont changé leur photo de profil Facebook en noir ou en rouge, en publiant des captures d'écran de leur profil Facebook, de leur localisation et d'autres informations personnelles ceci afin d'alerter les autorités. Si, selon certaines informations, ces chaînes Telegram néfastes ont été supprimées à la suite de critiques publiques, de nouvelles chaînes Telegram portant les mêmes noms ont été recréées par les groupes pro-militaires très peu de temps après. Les profils Facebook qui semblent appartenir à des lobbyistes pro-militaires et qui portent les noms de Han Nyein Oo et Kyaw Swar refont également surface malgré la réglementation plus stricte de Facebook ces derniers mois.
Outre la surveillance des dissidents antimilitaires dans l'espace numérique, de l'unité de cybersécurité de police, des espions (indic) et autres partisans de l'armée, la junte militaire a intensifié ces derniers mois les fouilles et le contrôle des téléphones portables aux différents points d'inspection, où de nombreuses personnes ont été harcelées, extorquées ou arrêtées pour le contenu de leur média sociaux, parfois pour avoir simplement installé des applications de réseaux sociaux et des VPN interdits par les autorités. La liberté sur Internet au Myanmar continue de se détériorer depuis le coup d'état de février 2021. Le 7 juin 2022, les experts de droits de l'homme des Nations unies ont publié une déclaration condamnant les tentatives de la junte militaire d'instaurer une « dictature numérique » au Myanmar en imposant une loi plus stricte et plus ambiguë sur la cybercriminalité, de nouvelles restrictions d'accès à Internet, des coupures d'Internet, la censure en ligne et la surveillance numérique. Les experts ont également demandé aux états membres de l'ONU de condamner les politiques de la junte visant à restreindre les libertés fondamentales en ligne et hors ligne conformément aux normes internationales, et d'adopter des sanctions ciblées qui restreint la vente ou l'approvisionnement de technologies de surveillance à double usage à la junte militaire. En décembre 2022, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté sa première résolution sur le Myanmar depuis 1948.
Veuillez visiter notre page pour plus d'articles sur les restrictions de la liberté.
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Les étudiants sont forcés de quitter leurs dortoirs
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Le terme « gaslighting » élu mot de l’année 2022 par Merriam-Webster
Vue aérienne de la forêt amazonienne. En 2019, l'ancien Président brésilien Jair Bolsonaro a nié le fait que l'Amazonie était menacée, ce qui a empêché le Brésil de bénéficier d'une aide financière destinée à lutter contre la catastrophe climatique qui frappe la région. Crédit photo : Neil Palmer/CIAT.Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 2.0 Générique(CC BY-NC-ND 2.0)
En 2022, le terme « gaslighting » a été élu mot de l’année par le dictionnaire Merriam-Webster. Ce terme désigne la manipulation psychologique d’une personne, généralement sur une période prolongée, qui amène la victime à remettre en question la validité de ses propres pensées, de sa perception de la réalité ou de ses souvenirs, et qui entraîne généralement une certaine perte de confiance et d’estime de soi.
Contrairement aux autres années, comme l’expliquent les éditeurs du dictionnaire, le choix du mot de l’année, cette fois-ci, n’est pas lié à un moment spécifique, mais plutôt à un phénomène constant et omniprésent qui a marqué le paysage politique mondial de 2022. À quoi est due l’augmentation de 1 740 % des recherches du mot « gaslighting » sur la plateforme du dictionnaire en ligne au cours de l’année écoulée ? Au « trolling » politique (perturbation sur les réseaux sociaux à des fins politiques), aux théories de complot liées à l’État profond et à la désinformation.
En d’autres termes, le paysage politique de l’année 2022 a été inextricablement lié au « gaslighting » et marqué par l’érosion de l’autonomie épistémique et de la confiance en soi du grand public, et ce dans le but de faire avancer des agendas politiques spécifiques.
Les tactiques communément employées par les politiciens incluent le mensonge, les attaquesad hominem pour se défendre des critiques extérieures, l’exagération des succès et des réalisations, le déni des faits et des accusations qui dérangent, ainsi que le rejet de la responsabilité des propres échecs sur les autres. Ces méthodes s’avèrent particulièrement dangereuses pour les discussions politiques ayant trait à la législation d’une nation et donc à l’intérêt du peuple. L’Afrique du Sud, les États-Unis d’Amérique et le Brésil, dont nous allons parler ici, ne sont que quelques exemples, très révélateurs, de la façon dont le « gaslighting » fait désormais partie intégrante des éléments de langage des politiciens.
Siège de l'ANC. Photo credit: Babak Fakhamzadeh. Attribution-NonCommercial 2.0 Generic (CC BY-NC 2.0)
Afrique du Sud
La pratique du gaslighting politique en Afrique du Sud peut être observée au sein même du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), notamment dans ses discours liés au débat politique autour de son projet de loi sur le régime d’assurance maladie nationale (NHI). Cette proposition de loi, supposée garantir un accès universel à des soins de santé de qualité, à l’instar du système britannique (NHS), est rejetée par tous les autres partis politiques, à l’exception d’un seul. L’opposition dénonce en effet une législation précipitée, qui risque de provoquer un effondrement complet du système de santé déjà saturé du pays. Cette controverse a précipité cette proposition de loi à la une des journaux sud-africains au cours de l’année écoulée et de ces derniers mois.
Cependant, malgré la résistance de l’opposition, relayée en outre par la société civile, l’adoption du projet de loi, actuellement examiné par l’Assemblée nationale, est considérée comme déjà acquise par le parti au pouvoir. Alors que le projet de loi doit encore passer trois des quatre étapes pour devenir une loi, le ministère de la Santé a déjà créé 44 postes de spécialistes pour une branche pilote du NHI en novembre 2022. Quatre jours plus tard, le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), annonçait son intention d’engager une action en justice si le projet de loi NHI, qualifié d’« illégal », était adopté.
Quatre partis d’opposition au total, aux tendances tant religieuses que socialistes radicales, accusent le projet de loi d’être contraire à la « Déclaration des droits » de la Constitution du pays, d’empiéter sur l’autonomie provinciale et d’être financièrement irréalisable. Néanmoins, l’ANC a rejeté cette critique argumentée en déclarant que ses détracteurs ne « se soucient pas du peuple », déplaçant ainsi le débat sur le droit des citoyens aux soins de santé universels en général, plutôt que sur la teneur et la faisabilité de ce projet de loi spécifique. Il s’agit purement et simplement d’une manipulation des faits. Le gouvernement a en outre régulièrement recours aux attaques ad hominem visant les personnages politiques de l’opposition eux-mêmes, plutôt que leurs arguments. Parallèlement, l’ANC n’hésite pas à exagérer le rôle qu’il a joué dans l’histoire du pays, notamment en présentant l’adoption de cette loi comme une sorte de prolongement naturel de la mission de l’ANC dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Enfin, pour échapper à la responsabilité de la qualité de ce texte de loi, le gouvernement a simplement suggéré qu’aucun projet de loi n’était jamais « parfait, à 100 % ».
États-Unis d’Amérique
Ce comportement n’est pas propre à l’Afrique du Sud. Aux États-Unis, le paysage politique au cours de la période 2016-2020 a été si profondément marqué par le gaslighting politique que le terme de « gaslighting trumpien » a été inventé, en référence au Président de l’époque.
Par exemple, concernant l’impact politique du « gaslighting trumpien » concernant la COVID-19, l’ancien président a régulièrement eu recours à la désinformation, une technique fréquemment utilisée dans le but d’amener les victimes de gaslighting à remettre en question la réalité. Nous pouvons citer, entre autres, l’accusation du président selon laquelle la pandémie était un canular conçu par le parti démocrate en février 2020, son affirmation selon laquelle tout le monde avait accès aux tests de dépistage trois mois plus tard, sa déclaration selon laquelle la COVID-19 disparaîtrait en octobre 2020, ou encore son affirmation selon laquelle le nombre de décès était exagéré en janvier 2021. En niant la réalité de la pandémie, Trump a ralenti la réponse des États-Unis en matière de législation et de réglementation sur la COVID-19.
De la même manière, Trump a également utilisé la technique de l’exagération, notamment quant au succès de la réponse de son administration à la pandémie. Il a, par exemple, affirmé que son administration avait sauvé deux millions d’Américains de la maladie à COVID-19. Cette affirmation s’est avérée être complètement fausse, puisqu’il a justement choisi d’intervenir le moins possible et de privilégier le laisser-faire. Encore une fois, cette déformation de la réalité a permis à terme à Trump de renforcer son pouvoir alors même qu’il n’était pas intervenu suffisamment rapidement lors de la pandémie. Une étude de la revue scientifique The Lancet a au contraire révélé que 40 % des décès américains dus à la COVID-19 auraient pu être évités avec une meilleure politique publique.
Brésil
Un autre exemple de gaslighting politique se trouve en Amérique du Sud, notamment dans la personne de l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro. D’ailleurs, Bolsonaro a été surnommé le « Trump des Tropiques » en raison de son utilisation de méthodes similaires à celles de son homologue américain. La réaction de Bolsonaro aux incendies de l’Amazonie en 2019 en est une illustration très parlante. Les incendies étant liés à la grave déforestation de la région, parfois aussi appelée le « poumon de la planète », un certain nombre de dirigeants étrangers avaient promis d’apporter leur soutien. Nationaliste convaincu, Bolsonaro a critiqué et rejeté les efforts du Président chilien voisin Sebastián Piñera et du Président français Emmanuel Macron.
Il est même allé jusqu’à déclarer que les données sur la déforestation étaient fausses et a refusé une aide de 20 millions de dollars du G7. Nier le simple fait que l’Amazonie était menacée et approchait une catastrophe climatique a directement empêché le Brésil de bénéficier d’une aide financière destinée à financer des actions de lutte contre cette catastrophe et à contribuer à la mise en œuvre d’une politique climatique. Cela étant dit, Bolsonaro a fini par accepter par la suite une aide de la part de la Grande-Bretagne d’un montant de 12 millions de dollars, une somme nettement inférieure.
Lorsque la déforestation de l’Amazonie brésilienne a atteint de nouveaux records en 2022, le discours de Bolsonaro n’a pas changé. Et pourtant, 4 000 kilomètres carrés avaient été déboisés en l’espace de six mois. Alors même que l’administration au pouvoir encourageait les bûcherons, les éleveurs et les spéculateurs fonciers, le ministère de l’Environnement n’hésitait pas à déclarer qu’il avait été « extrêmement efficace » dans la lutte contre les crimes environnementaux.
Il s’agit ici d’une exagération évidente des actions et résultats obtenus par les autorités, et un exemple clair de gaslighting, au même titre que le recours par le gouvernement brésilien à la stratégie de désinformation. En effet, Meta a déclaré avoir supprimé pas moins de 62 pages et comptes Facebook et Instagram, dont certains liés à des militaires brésiliens, ayant publié de fausses informations relatives à la déforestation en avril 2022. Ciblant un public national, la campagne de désinformation a conduit à la manipulation du grand public brésilien et a empêché les citoyens de tenir responsable l’administration Bolsonaro, agissant à terme comme un obstacle aux politiques climatiques susceptibles d’empêcher la destruction complète de la forêt amazonienne.
De l’Afrique du Sud aux États-Unis en passant par le Brésil, non seulement le gaslighting politique est très répandu, mais il peut également faire obstacle à des politiques publiques importantes. En détournant les critiques et en ne s’engageant pas dans de réels débats politiques, les politiciens évitent d’être réellement tenus responsables par le peuple. Les attaques ad hominem, la désinformation, la manipulation des données, l’exagération des actions et résultats, et le culte de l’ego sapent les efforts visant à remettre en question les décisions prises par les personnes au pouvoir. C’est ainsi que d’importantes politiques publiques sont soit négligées, soit adoptées à la hâte par le Parlement et peu encadrées.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230304_232016";}s:15:"20230303_162017";a:7:{s:5:"title";s:74:"Turquie : nounours et critiques du gouvernement en plein match de football";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/03/277297/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=277297";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 03 Mar 2023 15:20:17 +0000";s:11:"description";s:163:"Le club a organisé cette manifestation en hommage aux enfants qui ont péri dans le tremblement de terre. Des jouets seront donnés aux familles qui ont survécu.";s:7:"content";s:17960:"
Des supporters appellent à la démission du gouvernement.
Ce fut un moment inoubliable. Les supporters de Besiktas, l'une des principales équipes de football de Turquie, ont lancé des milliers de nounours sur la pelouse de Vodafone arena, le terrain du Besiktas. Cela s'est passé à 4 minutes et 17 secondes du début du match, en hommage au drame qui a eu lieu dans la nuit du 6 février à 4h17. Le club a organisé cette manifestation en hommage aux enfants qui ont péri dans le tremblement de terre. Des jouets seront donnés aux familles qui ont survécu.
Quelques secondes avant le début du match, les numéros d'immatriculation des provinces touchées étaient affichés sur le tableau d'affichage.
Les supporters présents dans le stade ont également scandé des slogans appelant à la démission du gouvernement. Ce n'est pas le premier match de football où la colère contre le manque de réaction du gouvernement face à la catastrophe atteint le terrain de football. Le 25 février, lors du match de Fenerbahçe, les supporters ont eux aussi lancé un slogan appelant à la démission du gouvernement : « Yalan yalan yalan, dolan dolan dolan, 20 sene oldu istifa ulan ! », ce qui signifie : « Mensonges mensonges, encore et encore, ça fait maintenant 20 ans, démissionne mon pote !».
Le club a également exprimé sa solidarité sur Twitter. Dans une série de tweets, le club a fait figurer les numéros d'immatriculation de chacune des provinces touchées avec le texte « Ne vous inquiétez pas, Fenerbahçe est avec vous », à la minute du match correspondant aux numéros d'immatriculation des provinces.
Le journaliste Can Dundar estime que les appels lancés pendant le match de Fenerbahçe ont été les premiers appels publics et collectifs à la démission du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.
La réponse de l'État a été immédiate. Le chef du parti nationaliste, Devlet Bahceli, a exigé que les supporters soient interdits d'assister aux matchs :
Bütün kulüp başkanlarının müsabakaların ya seyircisiz ya da gerekli tedbirlerin alınarak oynanması hususunda acil ve gerekli adımları atmaları kaçınılmaz görevleridir. Milliyetçi Hareket Partisi konunun takipçisidir.
Presidents of all football clubs must take urgent and necessary measures to either ensure that games are played without fans or take necessary precautions. The Nationalist Movement Party is following the matter closely.
Les présidents de tous les clubs de football doivent prendre des mesures draconiennes pour que les matchs soient joués sans supporters. Le Parti du mouvement nationaliste suit de très près cette affaire.
Devlet Bahçeli a commenté les slogans appelant à la démission de l'État. Dans un autre tweet, le dirigeant a déclaré que ces appels étaient «irresponsables» et «inconscients». Mais le dirigeant a également annoncé sa démission du club. Plusieurs hommes politiques ont commenté la démission de Bahceli sur Twitter, critiquant sa décision et affirmant qu'il avait tout mal interprété :
44.374 ölüm var!
100 bin yaralı var!
173 bin yıkık ve ağır hasarlı bina var!
44.374 deaths! 100,000 injured! 173,000 destroyed or heavily damaged buildings! We said there are no tents! No state! Not one single resignation! Only one person understood us, but he too misunderstood.
44 374 morts ! 100 000 blessés ! 173 000 bâtiments détruits ou fortement endommagés ! Nous avons dit qu'il n'y a pas de tentes ! Pas d'État ! Pas une seule démission ! Une seule personne nous a compris, mais elle aussi a mal compris.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230303_162017";}s:15:"20230302_221617";a:7:{s:5:"title";s:122:"Indigènes et fiers de l’être ou l’interprétation du film « Black Panther : Wakanda Forever » par un locuteur Maya";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/02/276703/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276703";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 02 Mar 2023 21:16:17 +0000";s:11:"description";s:137:"« Souviens-toi de qui tu es, peu importe le chemin que tu veux suivre », les communautés indigènes savent qu’elles peuvent avancer.";s:7:"content";s:9415:"
« Black Panther : Wakanda Forever. » ou le film qui nous ressemble.
Capture d'écran d'une scène du film « Black Panther : Wakanda Forever » par Marvel Entertainment/YouTube
L’identité culturelle surpasse l’appartenance : elle a besoin de renouveau pour prospérer. Je suis un indigène de langue maya, né dans une petite communauté appelée Pucnachén, dans l'État de Campeche, au Mexique. Les personnes avec qui j’ai grandi partageaient leurs connaissances à travers la langue maya et perpétuaient les traditions et les coutumes inculquées par nos ancêtres. Les pluies, par exemple, contribuent à la pousse du maïs, donc l’un de nos devoirs est d’en remercier nos dieux. Cependant, lorsque nous nous approchons du monde extérieur, nous sommes confrontés à des insécurités créées par une société dictant des règles qui dévalorisent nos racines et les rendent invisibles.
Au sein des écoles, par exemple, les enseignants étaient contraints de communiquer en espagnol. Par conséquent, la culture et l’identité indigènes se sont dissipés et la langue, elle, a disparu. Selon le National Institute of Statistics and Geography (INEGI), la péninsule du Yucatán compte le plus grand nombre de locuteurs Maya dans le pays. Cependant, une diminution de 10 % de locuteurs a été observée entre 2010 et 2020.
Conscients que nous ne répondions pas aux normes sociales requises pour accéder à l’égalité des chances, nous avons été contraints de cacher nos origines afin d’éviter l’exclusion. La poursuite de nos rêves a été un voyage parsemé d’embûches. « Souviens-toi de qui tu es, peu importe le chemin que tu veux suivre », C’est l’une des valeurs que ma famille m’a toujours enseignées.
Grâce à la représentation bienveillante faite par les médias à travers le monde, les communautés indigènes savent qu’elles peuvent avancer. Dernièrement, j’ai été heureux de voir combien notre culture était mise à l’honneur dans le film « Black Panther : Wakanda Forever ».
La dernière production Marvel est la suite de la saga du super-héros Black Panther, leader et protecteur du « Wakanda ». Il s’agit d’un pays africain imaginaire technologiquement avancé et vivant, jusqu'à présent, en autarcie. Le film a connu un énorme succès à travers le monde et a battu des records de vente au box-office aux États-Unis et au Canada. « Black Panther » a été d’une immense réussite dans les salles de cinéma mexicaines.
L’intrigue du film, qui s’inscrit dans un débat d’ordre politique, est intéressante car elle suit l’exposition naissante des cultures et des peuples africains qui ont historiquement souffert de discrimination et de ségrégation raciale. Comme le premier film de la saga, « Wakanda Forever » présente et donne du pouvoir à différentes cultures. La co-star, Namor, tirée des bandes dessinées, par exemple, a totalement été repensée pour une adaptation avec divers éléments de la culture mésoaméricaine maya. Le développement du royaume aquatique imaginaire de « Talokan » (au lieu de « Atlantis ») avec des caractéristiques (art, histoire, langue et cosmogonie) de la culture maya a permis la création d’un monde extraordinaire. La culture et la langue mayas ont été mises à l’honneur à travers le monde entier.
Le peuple de Talokan, dirigé par Namor et interprété par l'acteur mexicain Tenoch Huerta. Le maya yucatèque, langue qu’il parle et que je parle, compte environ 800 000 locuteurs natifs. Elle est l’une des plus de 30 langues mayas parlées au Mexique et en Amérique centrale. « La langue maya est une langue pleine d’éthique, de professionnalisme et de valeurs telles que la fraternité, la communauté, le travail collaboratif et l’humilité. Ce n’est pas n’importe quelle langue, il s’agit de la langue des dieux. Même nos aînés le disent », indique Josué Manuel Poot Cahun, professeur de langue maya.
L’acteur Josué Maay Chi’ a effectué un excellent travail. En tant que coach linguistique, il a joué un rôle très important en mettant la langue maya sur le devant de la scène. C’était une réelle source d’inspiration pour cet enfant qui jouait avec ses amis en grimpant aux arbres, courait pieds nus dans les champs de maïs, s’amusait à faire rouler un pneu de vélo à l’aide d’un bâton en bois et qui, lorsqu’il était fatigué, buvait l’eau du jaltun* le plus proche.
Aujourd’hui, je tiens à remercier mon père car, en coupant et en apportant le bois de la cheminée à la maison, ma mère a pu faire griller le maïs offert par la terre qui a également nourri mes ancêtres. Mon peuple porte la couleur du k’ankaab** sur sa peau et voir que d’autres autochtones, Mayas, Campechanos et Mexicains réussissent à réaliser leurs rêves nous rend si fiers de notre terre. Elle fait battre nos cœurs grâce à ces rêves qui, auparavant, étaient limités à cause de notre origine, notre couleur de peau ou notre langue.
Tout comme Josúe Maay Chi’, nous avons un rôle des plus importants : revaloriser nos origines et notre langue et percevoir chaque expérience comme une occasion d'être reconnu à notre juste valeur. Il est de notre devoir de faire respecter notre culture, d'en être fiers, de la mettre en lumière et de représenter fièrement tout ce qui fait partie de notre identité.
In k´aabae´ (Je m’appelle) J Eider Alberto Pérez Dzul. Nous sommes conscients que nos noms ont une importance, mais l’histoire que nous construisons autour de l’identité et de l’héritage laissés par nos ancêtres en a encore plus une. Je suis le point d’atteindre l’un de mes objectifs. Je suis enseignant dans une école primaire. Mon plus grand désir est de faire en sorte que chaque fille et chaque garçon se sentent appréciés pour ce qu’ils sont. Je veux leur montrer que tous les rêves peuvent devenir réalité tout en étant une source d’inspiration pour eux.
Je suis très heureux de dire tout haut :
Máasewalén, maaya´en yéetel jach náach in náay (Je suis indigène, Maya et un grand rêveur.).
Kux teech, máaxechí? (Et toi, qui es-tu ?)
jaltún*: sarteneja (cavité naturelle dans la pierre dans laquelle s’accumule l’eau de pluie). Elle est fréquemment trouvée dans la péninsule du Yucatán.
k´aankab**: terre rouge présente sur les murs des maisons pré-hispaniques. Elle représente la chair et le corps des indigènes.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230302_221617";}s:15:"20230302_120558";a:7:{s:5:"title";s:61:"En Afrique, les femmes s'implantent dans le paysage politique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/02/277325/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=277325";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 02 Mar 2023 11:05:58 +0000";s:11:"description";s:183:"Le continent africain compte à ce jour 12 femmes qui ont été ou sont aujourd'hui chefs d'Etat. Ceci démontre un changement radical même si elle restent minoritaires en politique.";s:7:"content";s:15713:"
Les femmes sont souvent à la tête de transition politique suite à des guerres civiles
Portrait d'Ellen Johnson Sirleaf. Capture d’écran de la Chaîne YouTube de The Guardian
Le jeu politique laisse peu de chances aux femmes, en Afrique comme ailleurs. Pourtant, le continent fait état de douze présidentes, dont sept par intérim issues de 10 pays sur un total mondial de soixante femmes ayant obtenu ce poste.
Ellen Johnson Sirleaf, née en 1938, est l'une des pionnières dans ce domaine: présidente du Libéria du 16 janvier 2006 au 22 janvier 2018, elle est la première femme présidente élue au suffrage universel en Afrique. Économiste de formation, elle a travaillé comme Secrétaire d'État aux Finances, puis comme Ministre des Finances entre 1979 et 1980. Le coup d'État effectué en 1980 par l’ancien président Samuel Doe à l'encontre de William Richard Tolbert, président alors en exercice, et assassiné avec treize ministres, a renforcé son engagement à combattre la dictature dans son pays.
Contrainte de s'exiler, elle revient pour s'opposer au régime de Doe. Menacée de mort, elle repart au États-Unis en 1985 pour continuer ses études, avant de revenir en 2005 pour se présenter à l'élection présidentielle pour le Parti de l'Unité qu'elle remporte avec 59,4 % des voix le 8 novembre 2005 face à George Weah, l’ancien footballeur international libérien. Suite à son élection, elle travaille à faire sortir son pays de la liste des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). Elle est réélue en 2011 pour un second mandat qui prend fin en janvier 2018.
As president, I fought for all girls to have free & compulsory primary #education. On #IDWGIS, I urge all African leaders to prioritise access to #STEM education & careers for women & girls, which will help build an inclusive & sustainable future for our continent. https://t.co/CpMOXdxEUq
En tant que présidente, je me suis battue pour que toutes les filles aient une #éducation primaire gratuite et obligatoire. Sur #IDWGIS, j’exhorte tous les dirigeants africains à donner la priorité à l’accès à l’éducation et aux carrières #STIM pour les femmes et les filles, ce qui aidera à construire un avenir inclusif et durable pour notre continent. https://t.co/CpMOXdxEUq
Joyce Banda, née en 1950, et vice-présidente du Malawi sous Bingu wa Mutharika, est une autre Africaine exceptionnelle: devenue présidente à la suite de la mort soudaine de ce dernier le 7 avril 2012, elle dirige le pays pendant deux ans. Durant son mandat, elle s'engage à rétablir de bonnes relations avec les pays développés, notamment en invalidant la dévaluation du kwacha (devise malawite) afin que l'aide internationale reprenne. Elle promet également de mettre fin de la pénalisation des actes homosexuels, une des conditions imposées par les dirigeants occidentaux pour de la reprise de l'aide au développement. Même si elle a obtenu en novembre 2012 la suspension des lois criminalisant l'homosexualité, aucun acte abrogeant l'ancienne loi n'a été adopté.
En 2013, Forbes l'a désigne 47è femme la plus puissante du monde, femme la plus influente d'Afrique. Banda reste active politiquement au niveau africain: elle a fait partie de la délégation de International Republican Institute (IRI) et National Democratic Institute (NDI) pour l'observation des élections présidentielles tenues le 25 février 2023 au Nigeria.
#NigeriaElections2023 NDI/IRI joint Nigeria elections observation mission. The @NDI/@IRIglobal Joint Election Observation Mission presented its preliminary statement about the February 25 presidential and National Assembly elections. Proud to be part of this successful mission. pic.twitter.com/8EIh3l9AaK
#NigeriaElections2023 Mission d'observation conjointe NDI/IRI des élections. La mission conjointe d'observation des élections de la @NDI/@IRIglobal a présenté sa déclaration préliminaire sur les élections présidentielles et législatives du 25 février. Fière de faire partie de cette mission réussie. pic.twitter.com/8EIh3l9AaK
Deux autres femmes ont été élues présidentes en Afrique: Sahle-Work Zewde a été élue à l’unanimité des voix par l'Assemblée parlementaire éthiopienne lors de l'élection présidentielle du 25 octobre 2018. Elle est la première femme à accéder à ce poste, et actuellement l’une des deux femmes chef d'État au poste sur le continent africain.
Ameenah Gurib-Fakim a occupé la présidence de l’Ile Maurice de juin 2015 à 2018. Chimiste et chercheuse reconnue en phytothérapie et biodiversité, elle a travaillé à faire connaître le réchauffement climatique.
Présidentes de transition
D'autres femmes ont aussi occupé le poste de présidente dans le cadre de transitions politiques. Cathérine Samba Panza a ainsi dirigé la République Centrafricaine pendant la période de crise de janvier 2014 à mars 2016, suite à la démission du président Michel Djotodia. Militante des droits des femmes, elle est élue face à Désiré Kolingba, le fils de l'ancien président André Kolingba. Son premier message a été d’appeler les rebelles à déposer les armes pour ensemble construire le pays.
Elle est aussi la première femme centrafricaine à accéder au rang de chef de l'État. Panza, qui n’est affiliée à aucun parti politique, se déclare également candidate en août 2020 pour l'élection présidentielle, mais n'obtient que 0,9% des voix. Son message a été relayé par Rfi sur son compte twitter.
«Face à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire de la #Centrafrique, de nombreux appels m’ont exhorté à solliciter à nouveau le suffrage de mes compatriotes.» Catherine Samba-Panza, candidate à la présidence.
►Invitée Afrique de @Kpenahiss#RFImatinpic.twitter.com/rw6EBxavVE
En Afrique du Sud, Ivy Matsepe-Cassaburi, a été présidente par intérim pour un jour du 24 au 25 septembre 2008. De même, Carmen Pereira qui présida le Parlement cap-verdien (le Cap-Vert était alors uni à la Guinée-Bissau) de 1975 à 1980 occupe les fonctions de présidente pendant trois jours en 1984.
Au Burundi, Sylvie Kinigi, née en 1952, a été Première ministre du 10 juillet 1993 au 7 février 1994, puis présidente par intérim du 27 octobre 1993 au 5 février 1994. Les aléas de la guerre civile l'ont poussée à occuper les deux postes. En janvier 1994, le Parlement élit Cyprien Ntaryamira à la présidence, Kinigi démissionne de son poste de Premier ministre et quitte le pays.
Au Gabon, Rose Francine Rogombé en tant que présidente du Sénat, a exercé la fonction de présidente par intérim de juin à octobre 2009, après la mort du président Omar Bongo le 8 juin 2009, le temps de préparer les élections qui ont vu la victoire d'Ali Bongo, le fils du défunt chef de l’État. Après avoir conduit une transition exemplaire pour l'organisation de ces élections, elle reprend son poste au Sénat. En tant que présidente de la fondation des juristes gabonaises, et secrétaire d’État à la Promotion de la Femme dans les années 1980, elle s'est illustrée dans un parcours politique exemplaire. Elle décède en avril 2015 à l'âge de 73 ans.
Ruth Perry a été présidente par intérim du Conseil d'État du Liberia du 3 septembre 1996 au 2 août 1997, à la suite de la première guerre civile dans ce pays. En effet, le 18 août 1996, la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) négocie un cessez-le-feu entre les factions belligérantes du Liberia et annonce que Perry remplacerait Wilton Sankawulo à la présidence du Conseil d’État dans un gouvernement intérimaire.
La Tanzanie connaît aussi la gestion féminine des affaires étatiques. Samia Suluhu Hassan est devenue la première femme à diriger le pays après le décès de John Magufuli en Tanzanie. Élue vice-présidente en 2015 et réélue en 2020, elle sera à son poste jusqu'en 2025.
Tous ces exemples témoignent de la vitalité des femmes politiques en Afrique, même si elles restent encore minoritaires dans ce domaine.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230302_120558";}s:15:"20230302_004214";a:7:{s:5:"title";s:144:"Une plongée en profondeur : de jeunes militants jamaïcains du climat collaborent à sensibiliser sur l'exploitation minière en eaux profondes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/02/277171/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=277171";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 01 Mar 2023 23:42:14 +0000";s:11:"description";s:189:"Les jeunes jamaïcains craignent de manquer du temps alors que l'ISA s'efforce de finaliser les règles pouvant faciliter l'exploitation minière en eaux profondes dès les prochains mois.";s:7:"content";s:11827:"
Accélerons nous la tendance de l'exploitation minière en eaux profondes ?
Lauren Creary, Directrice de programme, Jamaica Environment Trust, à la cérémonie « Deep Sea Matters » à Kingston, Jamaica. Photo par Emma Lewis, usage autorisé.
Une équipe de jeunes militants jamaïcains, amenés par Jamaica Climate Change Youth Council (JCCYC) avec l'appui des partenaires comme Greenpeace USA, se sont mis ensemble récemment pour analyser minutieusement la question des exploitations minières en eaux profondes, surtout en ce qui concerne les Caraibes.
L'une des raisons pour lesquelles la Jamaïque s'est retrouvée au cœur de cette discussion est que l'Autorité internationale des fonds marins, (AIFM), ), une agence des Nations unies, a son siège à Kingston, où les délibérations sur l'opportunité de poursuivre l'exploitation minière en eaux profondes ont atteint un stade critique.
Dans le public, un élève attentif de l'école secondaire de Old Harbour lors de l'événement « Deep Sea Matters ». Photo par Emma Lewis, usage autorisé.
Les jeunes jamaïcains sont très inquiets du fait que le temps presse alors que l'ISA s'efforce de finaliser les règles qui pourraient lui permettre de commencer sérieusement l'exploitation minière en eaux profondes dès les prochains mois. Cette situation a été précipitée par le déclenchement d'une « règle de deux ans » en juin 2021 par l'île de Nauru, dans le Pacifique, qui parraine The Metals Company pour l'exploitation de nodules polymétalliques dans une vaste zone des profondeurs de l'océan.
Au début de l'année, une vidéo ayant fait l'objet d'une fuite montrait une pollution se déversant dans la mer lors d'un essai d'exploitation minière réalisé par The Metals Company. Alors que plusieurs pays de la région (dont le Costa Rica, dont le représentant a fait part de la position de son pays lors de l'événement) expriment leur inquiétude et appellent à une « pause » ou à un moratoire, et que la France a voté pour une interdiction pure et simple de l'exploitation minière en eaux profondes, d'autres semblent décidés à aller de l'avant. La Jamaïque elle-même a signé un contrat en 2021 pour parrainer Blue Minerals Jamaica Limited.
L'événement « Deep Sea Matters » s'est déroulé sur le campus Mona de l'Université des Antilles à Kingston, dans un espace ouvert et aéré où au moins 200 étudiants universitaires et lycéens, militants, diplomates invités, environnementalistes et éducateurs se sont tenus debout, assis ou arrêtés pour écouter et parcourir les stands d'information.
Les intervenants étaient Dahvia Hylton (co-responsable de la recherche, du plaidoyer et de l'élaboration des politiques au JCCYC); Robyn Young, , spécialiste des sciences de la mer et coordonnatrice des projets et de l'administration au SOA Caribbean SOA Caribbean; Christopher Corbin, responsable de la coordination au secrétariat de la Convention de Carthagène du Programme des Nations unies pour l'environnement et au Programme pour l'environnement des Caraïbes à Kingstons; etLaleta Davis-Mattis, maître de conférences à la faculté de droit de l'UWI. La modératrice était Dainalyn Swaby une activiste et communicatrice environnementale
L'événement a atteint son objectif de sensibilisation du public sur l'exploitation minière en eaux profondes et de poursuite du dialogue – comprenant plusieurs points de vue différents – à ce sujet. La participation des jeunes était élevée, et les jeunes semblaient vraiment engagés. Cependant, selon la modératrice Dainalyn Swaby, qui est également communicatrice environnementale à Global Yaadie, des discussions plus larges doivent également se tenir:
Si nous avons des conversations avec des experts et des personnes proches du sujet – c'est pour être guidés – mais il faut qu'il y ait une volonté d'avoir des échanges pour avancer. Nous devons avoir une sorte de discussion générale sur l'exploitation minière en eaux profondes.
L'un des panélistes du CCJC, Dahvia Hylton, a posé une question pertinente qui a fait réfléchir les participants:
La tendance à l'exploitation minière en eaux profondes nous transforme-t-elle en colonisateurs, prêts à aller exploiter une autre région?
À l'inverse, la participante Laleta Davis Mattis a suggéré:
L'ISA joue son rôle et fait son travail […] Le « patrimoine commun de l'humanité » signifie que l'humanité doit en bénéficier, y compris les pays en développement. Les pays comme le nôtre ont droit au développement.
Le défenseur de l'environnement Felix Charnley et Reanne McKenzie, directrice du sanctuaire White River Fish, durant l'événement ‘Deep Sea Matters’. Photo par Emma Lewis, usage autorisé.
Les défenseurs de l'environnement comme Felix Charnley restent toutefois inquiets. Bien qu'il ait été encouragé par la présence d'un si grand nombre d'étudiants et de jeunes au forum et heureux de voir la « meilleure institution universitaire » du pays se mobiliser autour du thème de l'exploitation minière en eaux profondes, il a fait remarquer :
Si aucun accord n'est trouvé d'ici juillet, l'Autorité internationale des fonds marins pourrait délivrer des permis d'exploitation minière en eaux profondes dès cette année.
Christopher Corbin, membre du panel du PNUE, s'est fait l'écho de cette préoccupation:
Nous avons surexploité nos terres et nous nous demandons où nous allons aller ensuite’ Mais l'exploitation minière en eaux profondes est-elle la seule option s'offrant à nous en matière de minéraux ?
Robyn Young, membre du panel de la SOA Caraïbes, s'est prononcée en faveur de la conservation des océans :
Nos destins sont liés à l'océan… Je veux juste faire ma petite part, car les petites ondulations font de grandes vagues. Tant qu'il y aura des gens comme moi, amoureux de la mer et militants de l'océan, qui sont prêts à aider et à prendre position pour ce qu'ils savent être juste et ce dont l'environnement a besoin, alors il y aura de l'espoir.
Dans le contexte de la crise climatique, il s'agit d'une année charnière pour l'exploitation minière en eaux profondes, et les jeunes défenseurs jamaïcains sont sur le terrain au bon moment. Dahvia Hylton s'exprime ainsi :
Vous voulez savoir comment [l'exploitation minière en eaux profondes] affecte la Jamaïque ? Elle affecte notre âme même […] Elle nous affecte ; en tout – et les jeunes le savent. Le profit est-il plus important que notre planète ?
";s:7:"dateiso";s:15:"20230302_004214";}s:15:"20230302_003240";a:7:{s:5:"title";s:82:"Le tribunal militaire ougandais défie la décision d'arrêter de juger des civils";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/03/02/277000/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=277000";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 01 Mar 2023 23:32:40 +0000";s:11:"description";s:176:"Le procès de Bobi Young en cour martiale intervient après que la cour constitutionnelle ait statué en décembre 2022 qu'il était illégal pour celle-ci de juger des civils.";s:7:"content";s:18144:"
L'armée ougandaise gère également une cour martiale qui fait partie de cette répression
Une capture d'écran d'une vidéo montrant Sanya Muhydin protestant contre sa détention de deux ans et son procès devant un tribunal militaire
Un nouveau procès lundi 30 janvier 2023 de trois personnes accusées de diffuser une propagande néfaste contre l'armée ougandaise a mis en lumière l'utilisation répressive des tribunaux militaires en Ouganda. L'un des accusés était Agaba Anthony, également connu sous le nom de Bobi Young, qui a été le garde du corps du musicien ougandais devenu homme politique et ancien candidat de l'opposition à la présidence, Bobi Wine [fr]. Les deux autres inculpés étaient des officiers en service. L'acte d'accusation indique que le trio a diffusé de mauvaises déclarations dans les régions des districts de Kazo, Mbarara et Kampala.
L'utilisateur de Twitter, Byamugisha Moses, a tweeté une photo de l'acte d'accusation :
This chargesheet of Bobi Young and his two co accused at the court martial. Even the particulars of the offence themselves cannot enable the accused to competently take a plea.
So sad, we shall overcome. pic.twitter.com/xp7Oyv6U29
Voici la feuille d'inculpation de Bobi Young et de ses deux coaccusés devant la cour martiale. Même les détails de l'infraction eux-mêmes ne peuvent permettre à l'accusé de plaider avec compétence.
C'est si triste, nous vaincrons.
Le Président ougandais Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 37 ans à la suite d'un coup d'État en 1986. Depuis lors, les opposants politiques à son régime ont été brutalement arrêtés et emprisonnés. Kizza Besigye, quadruple candidat à la présidence, a été emprisonné à plusieurs reprises depuis 2001 et s'est exilé en Afrique du Sud pendant quatre ans. Lors des élections générales de 2021, le gouvernement avait interdit toutes les campagnes politiques publiques invoquant la prévention du COVID-19. Pourtant, Bobi Wine a continué à organiser des rassemblements publics qui ont conduit à son arrestation le 18 novembre 2020, entraînant par conséquent des manifestations à l'échelle nationale au cours desquelles 50 personnes ont été tuées par des agents de sécurité et des centaines d'autres ont été arrêtées.
L'armée ougandaise gère également une cour martiale qui fait partie de cette répression, et c'est le tribunal où Young et deux autres ont été inculpés. Le tribunal est censé juger les officiers de l'armée en service. Cependant, il juge également des civils dans des affaires concernant la sécurité nationale et a jugé des dirigeants politiques, dont Bobi Wine, à la suite de son arrestation lors d'une campagne électorale partielle à Arua, dans la région du Nil occidental, en 2018, pour trahison.
Avant son inculpation, Bobi Young avait été enlevé par des hommes en civil et embarqué dans une camionnette Toyota Hiace, un véhicule que l'armée ougandaise utilise pour arrêter des militants politiques de l'opposition et connu sous le nom de drone en raison de sa vitesse, de sa stabilité sur la route et sa capacité à livrer dans des conditions difficiles.
Bobi Wine a posté un commentaire pour protester contre l'enlèvement et le procès de civils devant le tribunal militaire :
Comrade Bobi Young was secretly arraigned before the Military Court Martial today evening and charged with ‘spreading harmful propaganda’. He'd been missing for 8 days since his abduction! We condemn this abuse of power and trial of civilians in kangaroo military courts! pic.twitter.com/e74xrHR263
Le camarade Bobi Young a été secrètement traduit devant la cour martiale militaire aujourd'hui soir et accusé de « diffusion de propagande nuisible ». Il avait disparu depuis 8 jours suite à son enlèvement ! Nous condamnons cet abus de pouvoir et ce procès de civils dans des tribunaux militaires fantoches !
Wine est le principal politicien de l'opposition qui conteste le règne de 37 ans du Président Museveni. Il est devenu célèbre au début des années 2000 en tant qu'artiste dont la musique citait les défis auxquels les gens sont confrontés, en particulier dans les ghettos. En 2018, il a été élu député de la circonscription de Kyadondo East lors d'une élection partielle. Puis, il s'est présenté à la présidence en 2021 et est arrivé deuxième.
Le procès de Bobi Young devant la cour martiale intervient après que la cour constitutionnelle ait statué en décembre 2022 qu'il était illégal pour la cour martiale de juger des civils. Le journal ougandais Daily Monitor a cité la juge Elizabeth Musoke :
Je déclare que la loi UPDF de 2005, dans la mesure où elle peut être comprise comme conférant compétence aux tribunaux militaires pour juger des civils, est inconstitutionnelle et donc nulle et non avenue,…
J'ordonne que les déclarations de culpabilité et les peines de civils résultant d'affaires criminelles jugées par des tribunaux militaires avant la date de cet arrêt soient valides. Cependant, à l'avenir, tout procès de civils par des tribunaux militaires et toute décision qui pourrait être prise lors de ces procès pour convaincre et/ou condamner des civils seront, à compter de la date du présent jugement, invalides, nulles et non avenues.
La juge Musoke faisait référence aux Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), qui sont l'armée nationale.
Dans la même décision, elle avait demandé que toutes les affaires en attente de jugement et celles qui ont été partiellement entendues soient transférées aux tribunaux civils. Cependant, la cour martiale continue de juger des civils. Le mardi 31 janvier 2023, l'un des civils arrêtés lors des élections de 2021 a protesté contre la manière dont la cour martiale a mené les procès les détenant pendant plus de deux ans. On peut l'entendre dans la vidéo ci-dessous dire que le tribunal aurait dû les condamner pour avoir soutenu Bobi Wine si c'est pour ce crime dont ils sont accusés.
Today 32 @NUP_Ug appeared in the military court. Our lawyers protested on account of the Constitutional Court ruling but were ignored. Comrade Sanya Muhydin yet again rose up and protested this detention without trial for over two years. He was strangled and violently taken away! pic.twitter.com/fv48tQvnwr
Aujourd'hui 32 @NUP_Ug ont comparu devant le tribunal militaire. Nos avocats ont protesté sur la base de la décision de la Cour constitutionnelle mais ils ont été ignorés. Le camarade Sanya Muhydin s'est encore une fois soulevé et a protesté contre cette détention sans procès pendant plus de deux ans. Il a été étranglé et violemment emporté!
Plusieurs personnes ont été émues par la décision audacieuse de Sanya de s'opposer à la cour martiale tandis que d'autres s'inquiétaient de ce qui lui arriverait après son retour en prison.
L'utilisateur de Twitter @woundedUgandan a salué l'audace de Sanya.
Une autre utilisatrice de Twitter, @HillaryTaylorVI, qui s'identifie comme Justice Hunter dans son profil, a estimé que si tous les Ougandais avaient le courage de Sanya Muhydin, il serait alors plus facile d'évincer le Président le plus ancien au pouvoir.
If all of us Ugandans had just an Ounce of Courage of Sanya Muhydin, we would be liberated from despot Museveni’s captivity by now.
De nombreux Ougandais ont peur de dénoncer le régime et les méfaits du Président Museveni par crainte d'être arrêtés ou même tués.
Il y a des dizaines de partisans de Bobi Wine en prison. En 2022, le chef de l'opposition de la Plateforme d'unité nationale (NUP), Mathias Mpuuga, a présenté devant le parlement et plus tard devant la Commission ougandaise des droits de l'homme (UHRC) une liste de 25 personnes dont on ne sait pas où elles se trouvent. Un article de l'UHRC sur son site Web citait la chef de la commission, Mariam Wangadya, déclarant que sept des 25 personnes disparues avaient depuis été libérées. On peut y lire :
Le NUP a répondu à la demande de la Commission dans une lettre datée du 29 novembre 2022 fournissant des informations détaillées sur les 25 personnes présumées disparues, y compris leurs photos ; les dates auxquelles elles auraient disparu ; et les contacts de leurs proches. Cependant, nos enquêtes ont jusqu'à présent établi que 7 des 25 personnes présumées disparues ont été libérées en décembre 2022 et ont depuis retrouvé leur famille.
Tout cela se produit alors même que le fils du président, le général Muhoozi Kainerugaba, un officier de l'armée en service, continue d'organiser des rassemblements à travers le pays et de tweeter des déclarations menaçant d'attaquer le pays voisin, le Kenya.
Avec tout ce qui se passe pour le fils du Président, Bobi Young rejoint des dizaines de jeunes dans les prisons ougandaises pour avoir parlé de la situation politique dans leur pays. On ne sait pas quand Bobi Young et les autres retrouveront un jour la liberté.
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Le traducteur GV français pour le mois de février 2023
Photo de Guillaume Cottin. Utilisée avec permission.
GV : Pourriez-vous nous parler de vous ? Qui est en réalité Guillaume Cottin ?
Je suis Guillaume, j’ai 24 ans et je suis assez ouvert d’esprit (enfin je crois XD). Je travaille dans le secteur de l’éducation populaire et apprécie transmettre des valeurs humaines et éducatives au jeune public (plus jeune que moi évidemment *rires*). Je suis actuellement directeur de centre de loisirs et titulaire d’un Master 2 en communication publique et médias. Je change mes thématiques régulièrement afin de favoriser la démocratie culturelle et un accès à des activités inédites pour toutes et tous. Les thématiques internationales me plaisent beaucoup, car j’arrive à faire voyager mon public sans qu’il n’ait à débourser un seul centime pour voyager au sein de ma structure. Plus sérieusement, l’accès à certaines activités, certaines cultures ou connaissances pour tous.tes est un aspect très important de ma démarche professionnelle et personnelle.
Les langues me plaisent énormément et je traduis afin d’entretenir mon niveau, mais également afin de contribuer à la transmission des savoirs. En effet, je traduis pour favoriser l’accès aux informations à l’échelle internationale. Je trouve ça fascinant la façon dont certaines connaissances peuvent se répandre une fois qu’on a passé le stade de la « barrière de la langue ». S’ouvrir à de nouvelles cultures, s’informer et même ensuite avoir la chance de se comparer à d’autres individus sur le globe est une richesse que l’on a tendance à malheureusement négliger et qui pourtant nous permet de nous sentir vivants jour après jour (enfin cela n’est que mon point de vue of course).
GV : Quand avez-vous rejoint GV et quelles étaient vos motivations ?
Ma motivation était de m’améliorer en traduction et de continuer à m’informer et à découvrir de nouvelles choses. La traduction est comme un challenge, car chaque nouveau texte a son charme et ses difficultés. Chaque sujet est différent, GV nous permet de choisir parmi un large panel de textes, et les contributions (rédactions et traductions) ne devraient pas s’arrêter. Ainsi j’ai vu en GV l’opportunité de contribuer au maintien de la traduction, une occasion également pour moi de me faire connaître parmi les traducteurs et également de continuer à apprendre et à entretenir mes réflexions sur la société et ce qui se passe à l’étranger.
GV : Parlez-nous de votre expérience à GV en tant que contributeur, qu’est-ce qui vous a marqué ?
Ce qui m’a marqué est l’ambiance GV et la volonté d’autres contributeurs.trices de vraiment maintenir la flamme. En effet au début j’ai commencé avec Laila qui me supervisait et m’accompagnait, j’ai trouvé son investissement vraiment très impressionnant. La supervision des relecteurs.trices (ancien.nes et actuel.les) est très rassurante et nous prouve qu’il y a une réelle réactivité. La communauté GV se montrait assez soudée notamment lors des échanges pendant la pandémie durant laquelle nous avions développé la Newsletter. Chaque acteur ici a une personnalité et un vécu différent, on a tous une vie à côté de la traduction bénévole et c’est ce qui fait la richesse du groupe, une hétérogénéité qui nous mène à une belle harmonie, car nous sommes tous acteurs du partage (culturel, etc..) à travers les langues.
GV : En tant notre traducteur du mois, si vous deviez encourager les contributeurs de GV, que leur diriez-vous ?
Continuez à traduire même si vous êtes moins actifs.ves qu’avant du fait des aléas de la vie. Pouvoir parler plusieurs langues ou en comprendre plusieurs est une chance (qui résulte d’un travail pour certain.e.s dont moi) dont il faut savoir profiter. Entretenez vos capacités de polyglottes, cela sera toujours bénéfique que ce soit pour vous, pour les lecteurs.trices ou pour les rédacteurs.trices ! Peu importe votre motivation, au moins un parmi tous ces acteurs y trouvera son petit bonheur.
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Le traducteur de GV français du mois de février 2023
Photo de Jean de Dieu Sovon. Utilisée avec permission.
GV : Pourriez-vous nous parler de vous ? Qui est en réalité Jean de Dieu Sovon ?
Jean de Dieu Sovon(JDS) : Je réponds à l’état civil au nom de Kosssi Agbéko Sovon. Je suis journaliste de profession et mon nom de presse est Jean de Dieu Sovon. Je suis le deuxième d’une fratrie de 4 garçons. Titulaire d’une Licence en Sociologie obtenue à l’université de Lomé au Togo, je suis également diplômé d’une formation en journalisme et communication. Je m’intéresse beaucoup aux sujets d’actualité qui portent sur les droits de l’homme, la démocratie et la bonne gouvernance, les relations internationales. Parallèlement à ma profession de journaliste, ma seconde passion qui est la défense des droits humains m’amène à collaborer avec des organisations de la société civile togolaise pour mener des activités de promotion des droits de l’homme au Togo.
GV : Quand avez-vous rejoint GV et quelles étaient vos motivations ?
JDS : J’ai rejoint Global Voices en janvier 2023 suite à un appel à candidature pour le recrutement d’un rédacteur qui sera chargé de couvrir la zone Afrique francophone. C’est une opportunité et en même temps un défi pour moi de travailler dans un environnement mondial et d’apprendre des collègues aux profils et cultures diverses. Parce que GV est représenté dans le monde entier. Des motivations, je dirais que l’envie de me mesurer à d’autres réalités professionnelles, car avec GV tout se passe en ligne. Également voir tes articles être lus dans plusieurs langues dans le monde et l’opportunité d’écrire sur des pays francophones de l’Afrique. Les motivations sont nombreuses !
GV : Parlez-nous de votre expérience à GV en tant que contributeur, qu’est-ce qui vous a marqué ?
JDS : La disponibilité des collègues à m’accompagner et à me montrer ce que je dois savoir pour mieux apporter mes contributions est ce qui m’a le plus marqué. C’est l’occasion pour moi d’adresser mes sincères remerciements à Filip Noubel, notre manager général pour sa patience et son oreille attentive à mon endroit. Il me moule et me forme à avoir l’esprit GV.
GV : En tant que notre traducteur du mois, si vous deviez encourager les contributeurs de GV, que leur diriez-vous ?
JDS : Je veux juste dire à tous les contributeurs de Global Voices de croire en ce qu’ils font pour la communauté. Sans en rendre compte, ils créent de l’impact dans un coin du monde. Je suis de ceux qui croient que notre vie n’aura de sens que si nous arrivons à impacter et à provoquer le changement chez les autres. D’une manière ou d’une autre, chaque contributeur de GV apporte quelque chose à quelqu’un à l’autre bout du monde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230209_005231";}s:15:"20230209_001623";a:7:{s:5:"title";s:91:"Georgie : la COVID-19 est-t-elle à l'origine d'une crise de foi dans l'église orthodoxe ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/09/276583/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276583";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 08 Feb 2023 23:16:23 +0000";s:11:"description";s:201:"Alors que l'Église orthodoxe géorgienne continuait à organiser des prières pendant le confinement, ses détracteurs évoquent une nouvelle crise de foi dans les rapports entre l'Église et l'État.";s:7:"content";s:19753:"
Malgré les restrictions, l'église maintenait l'organisation des services de Pâques.
Des prêtres orthodoxes géorgiens aspergeant de l'eau bénite les rues de la capitale, Tbilissi, le 17 mars. Photo (c) : Mariam Nikuradze / OC Media. Utilisée avec permission.
La pandémie à COVID-19 a affecté le monde de manière très différente ; la Géorgie a surpris le reste du monde par son succès dans la lutte contre le virus.
Différentes explications s'appliquent à ce succès, notamment des accusations de dissimulation de la véritable ampleur et des réelles statistiques (selon la carte de l'Université Johns Hopkins, le 29 juin, le pays comptait 926 cas confirmés et 15 décès). Quelle que soit la réalité, la première vague semble s'affaiblir, ce qui donne l'occasion aux acteurs et aux institutions importantes de ce pays du Caucase du Sud de préparer une réponse.
L'Église orthodoxe géorgienne exerce une immense influence sociale et politique en Géorgie, dont 83,4 % de la population est membre. Réprimée sous le régime soviétique, l'église a reçu un soutien financier important sous forme de fonds publics et de restitution de biens, dont un rapport de 2016 d'ONG locales a révélé qu'ils s'élevaient à plusieurs dizaines de millions de Lari (ces privilèges financiers ont depuis été contestés par la Cour constitutionnelle du pays).
Elle jouit d'un respect généralisé dans la société géorgienne – une étude du National Democratic Institute (NDI) et de CRRC-Georgia publiée en janvier dernier a révélé qu'en novembre-décembre 2019, 50 % de la population faisait implicitement confiance à l'Église. Cependant, cet indicateur est en baisse constante depuis plusieurs années – ce chiffre s'élevait à 64% en juillet 2019, et était encore plus élevé les années précédentes.
Cela signifie que les actions de l'église pendant la pandémie méritent particulièrement d'être examinées. En effet, certains observateurs se demandent si ces actions vont nuire encore plus à la popularité de l'église.
La Géorgie a officiellement enregistré son premier cas de COVID-19 le 26 février. La première réaction de l'Église orthodoxe géorgienne a eu lieu le 17 mars, lorsque le clergé a aspergé d'eau bénite les rues centrales de Tbilissi, la capitale géorgienne. L'archevêque Shalva Kekelia a expliqué que cet acte était une façon de demander au Seigneur de l'aider à protéger le pays et la population du virus. Trois jours plus tard, le Patriarcat a publié une déclaration invitant les paroissiens souffrant de problèmes de santé à rester à l'écart des autres jusqu'à ce qu'ils soient complètement rétablis, et a suggéré de célébrer les services religieux en plein air pour éviter le rassemblement de grandes foules dans de petits espaces.
Face à l'augmentation des cas de COVID-19, la Géorgie a déclaré l'état d'urgence le 21 mars, interdisant tout rassemblement de plus de 10 personnes. Lorsque les journalistes d'On.Ge ont demandé si l'interdiction s'appliquait également aux services religieux, le Premier ministre Georgi Gakharia a répondu qu'elle « s'appliquait à tout un chacun ». Un débat public s'en est suivi sur la sécurité de la participation aux services religieux ; ce qui a conduit le patriarcat à publier un communiqué le 25 mars réaffirmant que les services religieux seraient maintenus, mais qu'il soutenait les mesures de contrôle de la crise prises par l'État. Le communiqué notait que certains médias avaient décrit la situation de manière à suggérer que l'église pouvait être tenue pour responsable des conséquences de la propagation du virus.
Les tentatives des autorités de trouver un langage commun avec l'Église et les fidèles ont atteint leur paroxysme début avril, à l'approche du dimanche de Pâques et du dimanche des Rameaux. Gakharia a déclaré qu'il regarderait l'office de Pâques à la télévision depuis chez lui, tandis que la ministre de la Santé, Ekaterina Tikaradze, a ajouté que les gens devraient prier depuis chez eux, car « Dieu est partout », et pas seulement à l'église.
Néanmoins, le clergé orthodoxe géorgien a été inébranlable et a déclaré que les services religieux se poursuivraient. Il a toutefois souligné qu'il avait appliqué des directives de distanciation sociale dans les églises, exhorté les paroissiens à écouter les sermons à l'extérieur par haut-parleurs et ordonné la désinfection des lieux de culte. L'Église s'est montrée moins souple sur d'autres rituels : par exemple, l'utilisation d'une cuillère commune pour servir le vin de communion lors des services religieux. « Il est totalement inacceptable que des membres de l'Église doutent du mystère du sacrement et le démontrent par leurs actions, comme le refus de partager une cuillère commune, source d'infection », peut-on lire dans une déclaration de l'Église après la réunion du synode du 20 mars.
En réagissant à la décision du synode, Giga Bokeria, un politicien de l'opposition membre du Parti européen de Géorgie, a suggéré que l'église n'aurait pas dû s'attendre à un traitement spécial et que les restrictions devaient s'appliquer à toutes les institutions et à tous les citoyens de manière égale.
მორწმუნე ადამიანებს, ან მათ ნაწილს უფლება აქვთ, არ სჯეროდეთ მეცნიერების, ან მიიჩნევდნენ, რომ მათი მნიშვნელოვანი რელიგიური რიტუალის დროს მეცნიერება არ მუშაობს, როგორც ახლა გვესმის, თურმე, კოვზით ზიარებისას დაავადება არ გადავა ადამიანებზე, რაც ჩემთვის არის აბსურდი, მაგრამ მათ აქვთ უფლება, რომ ამის სჯეროდეთ. თუმცა ეს უფლება სამოქალაქო სეკულარულ სახელმწიფოში მთავრდება იქ, სადაც იწყება სხვების უსაფრთხოება
Les croyants, ou du moins certains d'entre eux, ont le droit de ne pas croire en la science, ou de croire que la science ne s'applique pas à leurs importants rituels religieux comme ils l'entendent. Je trouve absurde qu'en partageant une cuillère, la maladie ne se transmette pas aux humains, mais ils ont le droit de le croire ou de ne pas le croire. Toutefois, dans un État civil et laïque, ce droit s'arrête là où commence la sécurité des autres.
C'est pourquoi une partie de la société géorgienne continue de regarder Pâques avec inquiétude. Le 7 mars, le théologien géorgien et ancien prêtre Basil Kobakhidze a donné une interview à Pirveli TV dans laquelle il a attaqué le patriarcat pour « fanatisme » quant à son approche du COVID-19. Kobakhidze, qui vit en France, a affirmé que l'Église est devenue un « État dans l'État » et pourrait contribuer à la propagation de la maladie. Dans le même temps, a-t-il souligné, l'élite politique du pays et les membres du clergé de hauts rangs ne courent aucun danger, car ils n'auront aucun problème pour obtenir un traitement médical.
Et bien que le gouvernement ait décrété le confinement au niveau des quatre plus grandes villes de Géorgie (Tbilissi, Kutaisi, Batumi et Rustavi) le 15 avril, les préparatifs d'une grande veillée de Pâques se sont poursuivis. Tikaradze a fait remarquer avec beaucoup de délicatesse que tous les membres de la société géorgienne, y compris l'Église et les particuliers, devaient partager la responsabilité avec le gouvernement afin de vaincre le virus.
Le père Shalva Kekelia, prêtre de l'église de la Transfiguration dans le quartier de Vake à Tbilissi, a déclaré qu'il avait l'intention de mettre en place une structure temporaire pour les fidèles ce soir-là – bien que les mesures de distanciation sociale soient respectées à l'intérieur, elle était censée pouvoir accueillir 2 000 personnes. Elle permettrait aux fidèles de rester dans les locaux de l'église pendant la nuit, évitant ainsi les violations du couvre-feu. De même, le métropolite Iakob de Bodbe, l'un des ecclésiastiques les plus influents de l'église, a souligné dans une interview accordée à InterPressNews que l'église n'avait ordonné à personne d'assister aux offices et que « les chrétiens doivent être responsables d'eux-mêmes. »
Le 17 avril, Kobakhidze a déclaré dans une autre interview que l'engagement du patriarcat à organiser de grands offices constituait une grave menace pour la santé publique. Mais ce ne sont pas seulement d'éminents critiques de l'Église qui semblent soutenir ses propos. Le même jour, 13 ecclésiastiques ont signé une lettre ouverte indiquant qu'ils refusaient temporairement de participer à la liturgie :
ქრისტესთან ჭეშმარიტი ურთიერთობა, მასთან ზიარება მხოლოდ ტაძარში სიარულით არ გამოიხატება. ჩვენ სხვაგვარადაც შევიქნებით ქრისტეს ჭეშმარიტი ტაძარნი, როგორც მისი სხეულის ნაწილნი (ეფ. 5,30) და მის წმიდა სხეულს ჭეშმარიტად თანაზიარნი. ვინც დღეს ეპიდემიის გამო თავს იკავებს ღვთისმსახურებაზე შეკრებისაგან, არათუ ქრისტეს ღალატობს, პირიქით, ცდილობს მოცემულ ვითარებაში აღასრულოს სულიერი ლიტურგია მოყვასის მსახურებისა. მოშიშება ყოველთვის სიმხდალეს არ ნიშნავს, ხანდახან იგი დიდი საქმის საფუძველი ხდება.
La véritable communion avec le Christ ne consiste pas seulement à aller à l'église. Nous pouvons créer un véritable temple du Christ par d'autres moyens, en participant à son corps saint. Ceux qui s'abstiennent aujourd'hui de se réunir pour prier en raison de l'épidémie ne trahissent pas le Christ ; au contraire, ils font de leur mieux pour accomplir la liturgie spirituelle en pensant à leur prochain, compte tenu de la situation actuelle. La peur n'est pas toujours synonyme de lâcheté ; elle peut parfois être à l'origine de grands actes.
Pourtant, à l'approche de Pâques et du Vendredi Saint, le clergé orthodoxe géorgien a semblé choisir les restrictions auxquelles il devait obéir. Dans le cadre du bouclage de la Géorgie, la circulation des véhicules était interdite à partir de midi. Néanmoins, le 17 avril, le patriarcat a déclaré que cette interdiction n'avait pas fait l'objet d'un accord préalable avec le patriarcat et que le clergé, les membres des chorales des églises et les huissiers seraient libres de se déplacer en voiture pour assister aux offices.
La liturgie de Pâques s'est donc déroulée avec un nombre plus restreint de fidèles que les années précédentes ; beaucoup de ceux qui y ont pris part étaient des parents du clergé.
Dans tout le pays, des centaines de paroissiens ont assisté aux offices du 18 avril, malgré les appels des autorités à rester chez eux. Dans la cathédrale Sameba de Tbilissi, rapporte Reuters, tous portaient des masques de protection et respectaient généralement la distanciation sociale. Dans son discours de Pâques, le patriarche Ilia II a déclaré que le virus a fait naître la peur chez de nombreuses personnes, ce qui les a poussées à se tourner vers Dieu. « Nous ne devons pas avoir peur de la tentation, le chrétien prend les problèmes avec gratitude et voit la main de Dieu en toute chose… tout en essayant de trouver la bonne solution dans la situation actuelle », a poursuivi le chef de l'Église orthodoxe géorgienne.
Bien qu'il y ait eu quelques cas d'ecclésiastiques testés positifs au COVID-19, comme un employé d'une église à Tskneti, en dehors de la capitale géorgienne, il est difficile de dire si les prières publiques en sont finalement responsables. Le 5 mai, le ministre géorgien de la Santé, Tikaradze, a déclaré que les autorités n'avaient pas encore identifié de « groupe d'églises » où des cas de COVID-19 ont été détectés.
Que les fidèles aient été infectés ou non n'est peut-être pas la question. Pour certains en Géorgie, la réaction de l'église aux restrictions de l'État concernant la COVID-19 a révélé la manière dont le clergé considère sa relation avec l'État – et ils se demandent si les leçons de la pandémie pourraient provoquer une crise de foi dans le rôle de l'Église orthodoxe géorgienne au sein de la société.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230209_001623";}s:15:"20230208_235423";a:7:{s:5:"title";s:110:"Myanmar : des forces pro-démocraties marquent l'anniversaire du coup d'État par une « grève silencieuse »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/09/276562/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276562";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 08 Feb 2023 22:54:23 +0000";s:11:"description";s:94:"« Le peuple a refusé de redevenir esclave de l'armée et n'abandonnera jamais son combat. »";s:7:"content";s:14107:"
Des grandes villes restées désertes pendant six heures
Une rue presque vide en Birmanie le 1er février. Photo du post Twitter du mouvement de désobéissance civile, également largement relayé sur les réseaux sociaux.
Malgré les menaces d'arrestation des autorités militaires, le 1er février 2022, à l'occasion de la « grève silencieuse » contre la junte, la majorité des citoyens birmans sont restés chez eux.
Après leur prise de pouvoir le 1er février 2021 et la détention des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie au pouvoir, les militaires ont déclaré l'état d'urgence et mis en place un nouveau gouvernement, le Conseil d'administration de l'État (SAC), dont les membres ont été nommés par Tatmadaw (les forces armées).
Néanmoins, le régime de la junte a été immédiatement contesté par des citoyens inquiets qui ont engagé un mouvement de désobéissance civile et ont appelé au rétablissement du régime civil. Au cours de l'année écoulée, plus de 1 500 personnes ont été tuées et près de 12 000 arrêtées en raison de leur opposition à la junte.
Afin d'éviter d'être arrêtés lors d'une manifestation, les forces pro-démocratie ont organisé une « grève silencieuse » les 24 mars et 10 décembre 2021, en encourageant les habitants à ne pas sortir de chez eux. Pendant la grève, les villes étaient désertes pendant plusieurs heures et aucun piéton ou voiture ne circulait.
En procédant à l'arrestation de propriétaires de magasins ayant annoncé qu'ils baisseraient leurs rideaux de 10h à 16h le 1er février, le gouvernement militaire a tenté de dissuader les gens de se joindre à la « grève silencieuse » organisée cette année. Malgré leurs efforts, de millions de personnes ont choisi de ne pas sortir pendant la journée.
Des photos de la « grève silencieuse » relayées sur Twitter
Une rare grève éclair s'est tenue dans le centre urbain de Yangon quelques minutes avant la « grève silencieuse »
1/3 Le mardi matin, avant le lancement à 10 heures de la « grève silencieuse » dans l'ensemble du pays, les membres du comité de grève générale anti-junte à Yangon ont engagé une manifestation éclair dans cette ville commerçante.(Photos: CJ) #WhatsHappeningInMyanmarpic.twitter.com/k7IpD0ZS7I
Cette artère pourtant très fréquentée de Yangon ressemblait à une ville fantôme pendant la « grève silencieuse »
Voilà à quoi ressemble Yangon aujourd'hui. Une grève silencieuse contre le coup d'État qui a eu lieu un an plus tôt empêche de nombreuses personnes de prendre la route #2022Feb1Couppic.twitter.com/d4Klmp62Qu
Même les habitants de la capitale Naypyidaw et d'autres villes où la présence militaire se fait lourdement sentir, sont restés chez eux :
Les routes et les villes étaient désertes, y compris dans le bastion militaire – Pyin Oo Lwin et Lewe à Naypyidaw – devenues aujourd'hui des villes militaires.
Les habitants aux quatre coins du pays observent la « grève silencieuse » afin de marquer le coup d'État militaire impitoyable du 1er février 2021. pic.twitter.com/fJFliI1mTE
Certains marchés ont été contraints de rester ouverts par crainte de sanctions, mais aucun client n'est venu :
En ce 1er février 2022, même si les marchands ont été contraints d'ouvrir leurs étals, aucun client n'est venu et les vendeurs eux-mêmes n'ont pas été vus dans les étals ouverts du marché Thiri Mingalar à Yangon.
Photo – CJs pic.twitter.com/OG8cKFpGVt
— Mouvement de désobéissance civile (@cvdom2021) 1er février 2022
Cette photo donne un aperçu des villes où la « grève silencieuse » a été organisée
Malgré les enlèvements arbitraires, les menaces et la confiscation de biens, notre peuple a montré une fois de plus au monde qu'il est toujours défiant et déterminé à combattre la junte militaire jusqu'au bout !
Les réfugiés rohingyas au Bangladesh, qui ont été déplacés du Myanmar en raison d'opérations militaires, ont également pris part à la « grève silencieuse »
La Fondation des droits de l'homme de Monland a interrogé un habitant de la ville sur sa participation à la grève :
J'ai trouvé que les endroits qui habituellement sont très animés étaient silencieux aujourd'hui. J'ai vu des étrangers rejoindre les rassemblements pro-militaires le matin mais ils sont partis à présent. Très peu de voitures circulent sur les routes. La plupart des magasins sont fermés, certains dans la rue principale sont ouverts… J'ai l'impression que c'est le moyen le plus sûr d'exprimer son opposition au groupe responsable du coup d'État illégal.
Après la fin de la grève à 16 heures, les habitants ont commencé à applaudir bruyamment depuis chez eux, comme le rapporte Mizzima News
Des rassemblements pro-militaires se sont tenus pendant l'anniversaire du coup d'État et ont été autorisés par les autorités malgré la réglementation en vigueur contre les rassemblements de masse.
Le gouvernement militaire a décidé de prolonger l'état d'urgence pour six mois supplémentaires, ce qui reflète son incapacité à convaincre la majorité de la population d'accepter son autorité pour gouverner le pays. Cet éditorial de The Irrawaddy fait écho au sentiment de ceux qui continuent de rejeter le gouvernement militaire :
Il ne s'agit pas juste d'un mouvement pro-démocratie : le peuple est résolu à ce que l'ère des régimes dictatoriaux récurrents prenne fin une fois pour toutes ; ils savent que chaque jour passé sous la junte militaire est une journée en enfer.
Le peuple refuse de redevenir esclave de l'armée et n'abandonnera jamais.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230208_235423";}s:15:"20230208_233715";a:7:{s:5:"title";s:116:"L'effort principal du langage de propagande russe consiste à donner l'impression qu'il n'y a toujours pas de guerre";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/09/276532/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276532";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 08 Feb 2023 22:37:15 +0000";s:11:"description";s:134:"A quoi sert la propagande russe ? Elle remplace les associations de mots pour que nous percevions le monde comme meilleur et plus sûr";s:7:"content";s:13796:"
Néanmoins, il existe des résistances linguistiques et des contre-messages
Alexandra Arkhipova, photo de Teplitsa, utilisée avec permission.
L’anthropologue Aleksandra Arkhipova étudie le folklore russe contemporain, comme les peurs et les rumeurs associées à la guerre en Ukraine, ainsi que le langage médiatique utilisé par la propagande d'État russe pour manipuler les citoyens. Avec la permission de Teplitsa, un média indépendant sur l'activisme, nous publions une transcription abrégée de sa présentation à la conférence « Internet sans frontières ».
Nous parlons très souvent du fait qu'une terrible propagande fonctionne actuellement en Russie, et elle affecte les gens à travers le langage. Je me penche sur le fonctionnement de ce langage de propagande.
Est-il généralement vrai que vous pouvez changer la perception de ce qui se passe à l'aide des mots ?
À partir de 2017-2018, au lieu du mot «explosion» dans les médias [d'État] russes, le mot «frappe» a commencé à être utilisé. Beaucoup de gens me demandent : «Et s'ils utilisent un certain mot, cela affecte-t-il vraiment quelque chose ?» La réponse à cette question a longtemps été donnée par les linguistes et les psychologues cognitifs.
Par exemple, en 2005, un groupe de chercheurs a étudié comment les médecins informaient les patients d'un diagnostic désagréable, que nous appelons « insuffisance cardiaque » en anglais. C'est évidemment un mot avec une mauvaise connotation : une sorte de panne. Par conséquent, les médecins essaient généralement de remplacer ce mot désagréable par des euphémismes.
Lorsque les patients reçoivent un diagnostic avec les mots « insuffisance cardiaque », ils le prendront beaucoup plus au sérieux : suivre un régime, prendre des médicaments, accepter une intervention chirurgicale. Cependant, lorsqu'ils reçoivent à la place un euphémisme plus agréable, comme « Il y a du liquide dans vos poumons parce que votre cœur ne pompe pas bien », ils se soucient beaucoup moins de leur santé.
Il a été une fois de plus prouvé qu'il est vraiment possible de manipuler la perception du monde humain à travers le langage.
À propos des euphémismes dans le langage de propagande russe
A quoi sert la propagande russe ? Elle change les mots d'une manière spéciale. Elle ne remplace pas les significations, mais les connotations. C'est-à-dire qu'elle remplace les associations de mots afin que nous percevions le monde comme meilleur et plus sûr – comme un monde dans lequel il n'y a pas de guerre !
Revenons à la façon dont les médias d'État russes ont commencé à utiliser l'expression «frappes» au lieu d'«explosion». Pourquoi l'ont-ils fait ? Car le mot « explosion » a une connotation très dangereuse : terrorisme, mort, catastrophe, guerre. Et le mot «frappe?» Eh bien, une sorte de son, peut-être même des vacances, mais pas un événement associé à la mort. Par conséquent, le mot «frappe» a progressivement commencé à remplacer «explosion».
C'est une stratégie pour les médias affiliés à l'État de sous-estimer les rapports sur tout type de dommage afin de ne pas « effrayer » le public.
Après le début de l'invasion russe en Ukraine, déjà à partir du 4 mars 2022, il était interdit de mentionner le mot «guerre» en Russie. Au lieu de cela, le terme « opération militaire spéciale » a été imposé. La censure militaire a été introduite. Il existe actuellement 400 décisions de justice dans des affaires de «discrédit de l'armée russe». Les gens auraient discrédité l'armée russe en qualifiant la guerre de guerre.
L'administration présidentielle envoie des instructions aux médias, dans lesquelles elle explique en détail aux journalistes comment manipuler les connotations – «opérations spéciales» et autres termes.
À propos des instructions de l'administration présidentielle
J'ai un merveilleux informateur; dans les premiers mois de la guerre, il travaillait pour une importante publication fédérale russe. Et cette personne m'a fait fuiter les instructions qui venaient de l'administration présidentielle.
Le 28 février, quatre jours après le début de la guerre, son média a reçu une instruction écrite :
N'utilisez pas le mot « guerre », vous pouvez utiliser à la place les mots « libération », « mission de libération », « opération spéciale ». Ne semez pas la panique. Permettez-moi de vous rappeler une fois de plus que dans vos articles, il est impossible d'écrire le mot «guerre», «opération militaire», «capture par l'armée russe»; maintenant c'est juste une «opération spéciale».
Cela s'est produit quatre jours avant l'introduction de la censure militaire, mais les médias étaient déjà sous pression.
Le recadrage du langage avait commencé. Le recadrage consiste à travailler avec des associations.
Vous devez prendre les informations sur ceux qui sont morts pendant l'opération spéciale uniquement à partir des sources officielles. Lorsque vous couvrez l'opération spéciale, veuillez ne pas écrire «pris sous contrôle» en relation avec les colonies ; remplacez-le par le mot «libéré».
C'est-à-dire, d'abord «capturé», puis «pris sous contrôle», puis «libéré». Parce que les mots « capturé » et « libéré » ont des connotations différentes. Le mot « libéré » a des associations clairement positives.
Ou, par exemple, «retraite» est un «geste de bonne volonté»; «la contre-offensive des forces armées ukrainiennes » [devient] « des attaques désespérées ».
Ainsi, trois stratégies émergent : éviter complètement les sujets dangereux ; en les remplaçant, choisissez des mots qui ne sont pas liés à la mort des personnes et à la guerre; diaboliser l'ennemi.
L'importance du recadrage s'applique également à la manière dont la guerre est présentée. Pourquoi luttons-nous ? Du point de vue de la propagande russe, au nom de la dénazification, de la recherche des nationalistes, de la libération de la population russophone, etc.
Autre exemple : « ligne de contact ». Il s'agit, bien sûr, du remplacement du mot «avant». Il est utilisé depuis février 2022, assez activement. C'est comme si nous n'avions pas de front de guerre, nous avions une «ligne de contact». En septembre, le repêchage militaire a eu lieu. Lorsque les citoyens ont été recrutés, on leur a dit qu'ils «aideraient à défendre la ligne de contact». On ne leur a pas dit : « Vous serez envoyé au front », non. «Vous irez défendre la ligne de contact.»
À propos de la résistance et de la création du contre-message
Comment les gens résistent-ils à ce nouveau langage ? Une façon est de pirater le système lui-même. Lorsque la guerre a commencé, la censure a été introduite et le mot «guerre» a été interdit, un thème merveilleux «Dites la guerre à voix haute» est apparu dans les graffitis. C'est une chose très importante car il y a maintenant beaucoup de gens en Russie qui résistent de toutes les manières possibles au langage de la propagande.
Beaucoup de gens en dehors de la Russie m'écrivent que ce sont des ordures, une résistance comme celle-ci n'aide pas. Je ne suis pas d'accord avec eux. La sanction pour cette résistance linguistique va d'une amende à sept ans de prison. Ce sont des actions sérieuses visant à briser la zone de confort, pour qu'une personne quitte la maison pour aller chercher du pain et, après avoir parcouru 300 mètres, lise des informations sur la guerre et comprenne qu'elle vit dans une situation de guerre, et n'essaie pas d'éviter ce sujet.
La tâche principale que s'assignent les gens qu'on appelle partisans sémiotiques [partisans qui opèrent avec des signes] est de briser le blocus de la propagande informationnelle. Le meilleur moyen est de créer ce que j'appelle un «contre-message».
Voici un exemple simple : le panneau « Zone de danger, éloignez-vous du bâtiment en cas de chute de glaçons ». Quelqu'un a ajouté le mot «Russie», et cela a donné Zone dangereuse, «Russie». Ceci est un simple contre-message.
Mais le contre-message est plus compliqué : d'abord, le symbole bien connu de soutien à la guerre, la lettre Z, a été écrit sur la clôture, et la nuit un partisan sémiotique a ajouté deux lettres P et C et a ainsi créé un contre-message, un mot grossier très obscène : « pizdets » ou « merde ».
Les guérillas sémiotiques infiltrent les actes de propagande déjà existants et les détruisent de l'intérieur. La journaliste Maria Antyusheva, venue au briefing du ministère de l'Intérieur à Krasnoïarsk, a enlevé son manteau et a dévoilé des vêtements jaunes et bleus, les couleurs du drapeau ukrainien. Elle a été arrêtée, mais néanmoins, elle a créé un contre-message visuel et lumineux.
Au moins jusqu'à présent, l'effort principal du langage de propagande est de donner l'impression qu'il n'y a pas de guerre. Il y a quelques événements locaux, mais il n'y a pas de guerre, il n'y a pas de front, et la conscription est partielle. Avant la conscription militaire, la plupart des personnes que j'ai interrogées pensaient qu'il ne se passait rien de terrible et que tout finirait très bientôt.
Et le nombre de personnes qui croient que rien ne se passait et, surtout, qu'il s'agit d'une sorte de problème éphémère qui prendra fin, est en corrélation avec ceux qui suivent les nouvelles des médias affiliés à l'État russe.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230208_233715";}s:15:"20230207_191046";a:7:{s:5:"title";s:126:"Mozambique : une vidéo devenue virale montre des violations présumées des droits humains par des militaires à Cabo Delgado";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/07/276514/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276514";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 07 Feb 2023 18:10:46 +0000";s:11:"description";s:124:"Dans la vidéo, on peut voir des personnes habillées en militaires avec le drapeau sud-africain jeter des corps dans le feu";s:7:"content";s:11482:"
Des citoyens brûlés par des personnes s'apparentant aux militaires
Ponte fronteiriça de Cabo Delgado, nord du Mozambique, 4 août 2009. Photo de F. Mira via CC BY-SA 2.0.
[Sauf indication contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais]
Le 12 janvier 2023, les réseaux sociaux au Mozambique ont été pris d'assaut par le partage d'une vidéo, qui montrait l'incinération de corps par de supposés militaires affrontant [fr] des terroristes dans le nord du pays, à Cabo Delgado. La vidéomontre des personnes habillées en militaires avec le drapeau sud-africain jetant des corps dans le feu. D’après la conversation entendue dans la vidéo, ces corps seraient ceux de terroristes capturés au combat par des troupes militaires .
Peu de temps après, la vidéo a provoqué de nombreuses réactions, principalement pour condamner la survenance de tels actes, ainsi que pour attirer l'attention sur les graves violations des droits humains qui sont commises depuis le début du conflit à Cabo Delgado. Pour le directeur exécutif du Centre pour la démocratie et le développement (CDD), Adriano Nuvunga, ces imagesne sont que la pointe de l'iceberg d'une plus grande violation des droits humains et des abus commis par des agents militaires étrangers à Cabo Delgado.
Aquela é uma atitude dos esquadrões da morte, queimar corpos. Há uma lei própria que regula a atuação de tropas em situação de conflito, particularmente quando são forças internacionais.
C'est l'attitude des escadrons de la mort, qui brûlent les corps. Il existe une loi spécifique qui réglemente les actions des troupes dans les situations de conflit, en particulier lorsqu'il s'agit de forces internationales.
Quelle est la situation à Cabo Delgado ?
Depuis octobre 2017, le Mozambique connaît un conflit armé dans la province septentrionale [fr] de Cabo Delgado. Diverses explications ont été données sur les causes, telles que les problèmes religieux ou la pauvreté des jeunes, mais dans l'ensemble, les véritables causes restent inconnues. Malgré les allégations selon lesquelles l'État islamique serait derrière les attaques et aurait l'intention d'occuper les zones de production de gaz au Mozambique, ni les auteurs ni les origines de la violence n'ont été identifiés.
Depuis le début de ce conflit, environ 3 000 personnes ont été tuées et 784 000 ont été déplacées, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Des groupes de défense des droits humains ont documenté ces violations contre la population locale.
Récemment, Human Rights Watch a dénoncé que les forces gouvernementales et les rebelles d'Al Shabab ont horriblement violé les droits des personnes. Les forces des deux parties ont été accusées d'avoir commis des crimes de guerre, notamment des meurtres de personnes, des agressions sexuelles et des destructions de biens.
Selon Amnesty International, en 2021, les forces de sécurité mozambicaines ont maltraité les personnes qu'elles étaient censées protéger par l'intimidation, l'extorsion, la torture, les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires. Le Dyck Advisory Group, une entreprise militaire privée engagée par le gouvernement en tant que force d'intervention rapide, ne faisait souvent aucune distinction entre les cibles civiles et militaires lorsqu'il larguait des explosifs et tirait avec des mitrailleuses depuis des hélicoptères.
Outre le soutien apporté par les pays africains, le Portugal et d'autres pays de l'Union européenne ont formé des soldats des forces armées mozambicaines. Ce soutien a apporté un certain soulagement et une sécurité apparente à Cabo Delgado, bien que des poches de conflit persistent encore dans certaines parties de la province.
Appels à la justice
Le président de la Commission des droits de l'homme de l'Association du barreau mozambicain, Feroza Zacarias, a regretté la cruauté de la vidéo et a exigé que les coupables soient tenus responsables :
Aquilo é uma desconsideração dos direitos humanos. Um olhar de normalização que norteia o nosso Estado.
C'est un mépris des droits humains. Plaidoyer pour une normalisation qui guide notre État.
Pour Amnesty International (AI), les images sont un exemple « horrible » de ce qui se passe dans la « guerre oubliée » qui se déroule dans cette province du nord du Mozambique, a déclaré Tigere Chagutah, représentant de l'organisation pour l'Afrique orientale et australe. Chagutah a dit:
A queima de corpos por soldados é deplorável e provavelmente uma violação do direito humanitário internacional, que proíbe a mutilação de cadáveres e exige que os mortos sejam tratados com respeito.
L'incinération des corps par les soldats est déplorable et constitue probablement une violation du droit international humanitaire, qui interdit la mutilation des cadavres et exige que les morts soient traités avec respect.
D'autre part, le Président namibien Hage Geingob a déclaré que l'organisation ne pouvait pas encore condamner l'acte car une enquête est en cours pour vérifier la véracité des allégations.
Geingob préside également la Troïka de la politique de défense et de sécurité de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), qui a qualifié la vidéo de « dérangeante » et promis « des actions » une fois les enquêtes terminées, sans préciser ce qui sera réellement fait. En réaction, Zenaida Machado, de Human Rights Watch, a déclaré que l'armée devrait respecter les droits humains dans la région.
We hope the read the report soon. You should also instruct all soldiers on the ground in Cabo Delgado to act accordingly to the law and respect human rights. Make it very clear to them that acts like the one on that horrific video, will not be tolerated. https://t.co/yvAwhBMDq8
Nous espérons lire le rapport bientôt. Vous devez également ordonner à tous les soldats sur le terrain à Cabo Delgado d'agir conformément à la loi et de respecter les droits humains. Expliquez-leur très clairement que des actes comme celui de cette horrible vidéo ne seront pas tolérés.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230207_191046";}s:15:"20230207_171830";a:7:{s:5:"title";s:120:"Le compte Flickr du Président rwandais Paul Kagame s'interroge : l'Afrique peut-elle retrouver son identité visuelle ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/07/276410/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276410";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 07 Feb 2023 16:18:30 +0000";s:11:"description";s:255:"La célèbre écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a expliqué comment les récits peuvent influencer l'identité, façonner les stéréotypes et créer des voies vers l'empathie. Que diriez-vous des images? Quel est le danger d'une seule image ?";s:7:"content";s:13383:"
Le compte Flickr du Président Kagame attiré des milliers d'abonnés avec plus de 59 000 photos publiées
Il est rare que vous trouviez le président d'un pays partageant activement et en évidence des photos officielles professionnelles de haute qualité de toutes les fonctions de l'État, nationales et internationales, sur un site de photographies. Il est encore plus rare qu'un président rende des photos librement disponibles pour un usage non commercial sous Creative Commons. C'est exactement ce que le Président rwandais Paul Kagame fait depuis qu'il a rejoint Flickr en 2009. Bien que ce soit très probablement son équipe de communication qui exécute, le fait que ce soit son nom et son visage qui apparaissent sur la plate-forme constitue une bonne étude de cas sur la façon dont le continent peut récupérer son récit visuel.
Depuis 2009, le compte Flickr du Président Kagame a gagné 2 600 abonnés et plus de 59 000 photos qui ont été vues par 119,2 millions de personnes à ce jour. Toutes ces images sont sous Creative Commons et possèdent une licence Attribution-NonCommercial-NoDerivs 2.0 Generic. Cela signifie que l'on peut copier et redistribuer le matériel sur n'importe quel support ou format tant qu'il n'est pas commercial, en donnant le crédit approprié et un lien vers la licence.
Certaines des photos les plus populaires sur le site d'hébergement d'images et de communauté le montrent avec d'autres dirigeants mondiaux, tels que l'ancien Président américain Barack Obama et l'ancienne première dame Michelle Obama, la ministre du Commerce extérieur et du Développement du Royaume des Pays-Bas Lilianne Ploumen, la Reine Elizabeth IIet l'ancien capitaine d'Arsenal, Tony Adams. Bien qu'il s'agisse d'un excellent outil de relations publiques pour sa présidence, il devient une ressource pour les médias non seulement au Rwanda, mais aussi pour des écrivains comme moi.
L'importance d'images accessibles
Je suis tombé sur son compte comme de manière fortuite. La première fois, j'écrivais un article sur les gaffes diplomatiques du général ougandais Muhoozi . La deuxième fois, c'était lorsque je rédigeais récemment un article sur la Présidente tanzanienne Samia Suluhu [fr]. Il est depuis devenu ma source de référence pour toutes les histoires que moi-même ou d'autres contributeurs de GV avons écrites sur la région de l'Afrique de l'Est.
L'un des plus grands défis du travail des éditeurs et des rédacteurs de Global Voices (GV) est de trouver des images Creative Commons pertinentes qui soient non seulement appropriées, mais aussi qui aident à raconter davantage l'histoire particulière. En tant qu'organisation médiatique à but non lucratif, GV s'appuie entièrement sur les images sous Creative Commons, celles prises par les contributeurs ou celles pour lesquelles une autorisation explicite a été demandée et accordée.
Des entités à but non lucratif telles que Global Voices (et d'autres médias), ainsi que des organisations caritatives, des groupes de défense des droits humains, des établissements d'enseignement, des agences gouvernementales, des éducateurs et des particuliers utilisent souvent des images sous licence Creative Commons pour promouvoir leurs causes, éduquer le public ou publier du contenu pour les blogs et les réseaux sociaux.
L'argument pour Creative Commons parmi les photographes africains tombe constamment dans l'oreille d'un sourd. Pour la plupart, leurs images sont censées leur rapporter de l'argent, comme me l'a dit un photographe. Et c'est leur besoin le plus immédiat dans un marché féroce où ils sont souvent en concurrence avec des photographes internationaux mieux équipés et plus connectés affiliés à des agences telles que l'AFP, AP, Getty Images et Reuters.
Le danger d'une seule image
Dans une conférence TED, la célèbre écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a expliqué ce qu'elle a appelé « le danger d'une seule histoire ». Elle a expliqué comment les histoires peuvent influencer l'identité, façonner les stéréotypes et créer des voies vers l'empathie. Que diriez-vous des images ? Quel est le danger d'une seule image ?
De grandes girafes arpentant des savanes luxuriantes ou grignotant un acacia. Des guerriers massaï en plein vol. Des enfants mineurs émaciés portant des armes à feu ou tenant des bols. Des touristes blancs en safari avec des zèbres et des lions en arrière-plan. Des maisons en boue au milieu de nulle part. Ce sont les images qui apparaissent le plus souvent sur les moteurs de recherche lorsque le mot « Afrique » est entré. Ce sont les mêmes (ou des variantes de celles-ci) que les médias internationaux utilisent pour leurs reportages, dans lesquels l'Afrique est souvent déformée comme un monolithe singulier dont les habitants sont ravagés par la famine mais dont la beauté est à couper le souffle, plutôt que 56 États qui sont différents et nuancés.
Un rapport de 2021 d’ Africa No Filter a révélé que la dépendance excessive à l'égard des agences de presse internationales est la principale raison pour laquelle les médias africains continuent de perpétuer des récits nuisibles sur l'Afrique. Bien que l'étude ait porté sur les médias du continent, l'histoire n'est pas différente pour les médias internationaux. C'est souvent même pire.
De nos jours, les médias s'appuient davantage sur la photographie d'archives ou des agences de presse qu'auparavant. Poussés vers des mesures de réduction des coûts en raison d'un paysage médiatique en pleine mutation, la plupart ont soit réduit, soit complètement supprimé leurs propres photographies. Par rapport au coût de fidélisation du personnel pour couvrir toutes les régions géographiques requises, plus les avantages sociaux qui en découlent ou le paiement des frais d'un fil de presse, la photographie de stock est devenue le moyen le plus rentable pour les médias d'acquérir rapidement et facilement des images de haute qualité, en particulier pourarticles non urgents ou de fond. Et c'est là que réside le problème.
Les sites Web et les agences de photographie de stock se sont rendus coupables de perpétuer ces stéréotypes. Des agences telles que AP, Getty Images et Reuters ont des photographes partout dans le monde, pour la couverture d'événements ou d'actualités.
En fournissant des images gratuites qui montrent la vie quotidienne d'un dirigeant en Afrique, le Président rwandais démystifie les stéréotypes sur le continent et ses dirigeants qui sont souvent décrits comme incompétents, corrompus et avides de pouvoir. Plus important encore, il revendique l'identité visuelle du Rwanda, un pays toujours hanté par les fantômes du génocide de 1994. Pour les pays aux prises avec le danger d'une seule image, l'exemple de Kagame vaut la peine d'être suivi.
Wiki aime l'Afrique
Lorsque l'ingénieure française Florence Devouard et l'experte zimbabwéenne en communication et marketing Isla Haddow-Flood ont lancé Wiki Loves Africa en 2014, il y avait une pénurie d'images [fr] représentant l'Afrique sur Wikimedia Commons. Depuis lors, ce concours photographique public annuel où des personnes de toute l'Afrique contribuent avec des médias (photographies, vidéo et audio) sur leur environnement à utiliser sur Wikipédia a jusqu'à présent sous-traité plus de 72 000 images.
Comparé à la longueur et à l'étendue du catalogue de sites tels que Getty, c'est une goutte dans l'océan.
Alors que nous entrons dans une nouvelle ère de l’intelligence artificielle (IA) avec la sortie de Dall-e et ChatGPT et bien d'autres encore, de quelle manière les Africains peuvent-ils former visuellement les modèles d'apprentissage en profondeur pour mieux nous comprendre ? Avoir plus de photos sur Creative Commons pourrait-il être un catalyseur majeur ?
";s:7:"dateiso";s:15:"20230207_171830";}s:15:"20230206_054123";a:7:{s:5:"title";s:51:"Les Togolais revendiquent leurs droits sur la toile";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/06/276391/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276391";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 06 Feb 2023 04:41:23 +0000";s:11:"description";s:122:"Au Togo, les jeunes se servent de l'activisme en ligne pour se faire entendre de la population mais aussi du gouvernement.";s:7:"content";s:15247:"
Seul l'activisme politique irrite le gouvernement togolais
Partout dans le monde, jeunes comme adultes n’hésitent pas à lever la voix pour dénoncer la mauvaise gouvernance dans différents domaines, et réclamer par la même occasion le bien-être des populations au niveau communautaire, national, régional, et même continental. Au Togo comme ailleurs, de nombreux activistes se font ainsi entendre.
Défense des droits humains, des droits des femmes et du féminisme, promotion de l'état de droit et de la gouvernance démocratique, protection de l’environnement et lutte contre le changement climatique: tous ces domaines sont repris par les jeunes Togolais qui font de l’activisme leur cheval de bataille. Ils dédient leur énergie à ces luttes car ils sont convaincus du changement qu’ils peuvent provoquer à travers leurs actions.
L’environnement et le changement climatique
Le Togo n'est pas épargné par les conséquences de la dégradation de l'environnement et du changement climatique notamment causé par les productions d’énergies, l'abattage de forêts, et les nombreuses émissions de gaz à effet de serre. La population demande beaucoup plus d’engagement, d’initiatives et de programmes de la part des autorités étatiques, toutefois l’implication des communautés touchés reste d'autant plus importante qu'elles sont les couches les plus concernées par les effets dévastateurs de ces phénomènes.
Nadège Abidé Boumogue est un autre grand nom de l'activisme togolais qui s’illustre pour la cause climatique et la protection de l'environnement dans sa région et sur le plan national. Ses engagements lui ont permis d’être sélectionnée et de participer à la CoP 27 tenu du 6 au 18 novembre 2022 à Sharm El-Sheik en Egypte.
La journée du 9 Novembre a été bien mouvementée à la @COP27P
J'ai participé à la #fresqueDuClimat à la session sur le genre et climat et à un magnifique atelier sur la coopération nord sud au pavillon du #CANADApic.twitter.com/Zi46LrKrIm
Edem Dadzie et Hector Namangue sont deux journalistes environnementalistes qui font également de l’activisme climatique. Le premier est responsable du site www.lepapyrus.info, un média d'information générale qui accorde une place importante à l'actualité environnementale, et directeur de l'association Afrique Eco 2100, qui fait la promotion d'une Afrique écologique. Le second est directeur du site environnementaliste www.vert-togo.tg. Il a aussi pris part à la Cop 27 pour partager son expérience d'activiste:
Des jeunes activistes des droits des femmes et du féminisme
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’engager pour la défense de leurs intérêts. Préoccupée par la perception et le traitement réservé à la femme, Elsa M’Bena Ba est l’une des pionnières du combat féministe au Togo. Avec Reyhanath Toure Mamadou, Floriane Klinklin Acouetey et bien d’autres jeunes femmes, elles ont posé les jalons d'un un mouvement qui rassemble aujourd’hui d’autres filles victimes d’abus et de violences basées sur le genre (VBG).
Sharon Mukwawaya, est une autre figure des jeunes défenseuses des droits des femmes au Togo. Elle et les jeunes femmes citées plus haut sont également les fondatrices de la communauté Les Négresses Féministes au Togo. Elles ont le mérite d'avoir organisé deux colloques de féministes au niveau national et régional.
Ouverture ce matin à Lomé du 2ème colloque des féministes du Togo organisé par les Négresses féministes et @MenengageTogo avec l'appui de @awdf01@awdf01 . Le thème de cette édition est “Le bien-être mental des féministes” pic.twitter.com/sGHGInZTXM
Malgré de nombreux appels, Jean-Paul Oumolou, est lui toujours en prison. Il lui est reproché d’avoir incité, à travers des vidéos, les forces de l’ordre au soulèvement contre le régime de Faure Gnassingbé, président du Togo depuis 2005.
Farida Nabourema est une dissidente et militante opposée au régime de Faure Gnassingbé. Elle est fondatrice du mouvement « Faure Must Go », appelant à la résistance civile dans l'intérêt de la démocratie au Togo. Résidente aux États Unis depuis ses 18 ans, et continue de lutter à travers ses publications et déclarations pour la fin du long règne de Gnassingbé.
Please come witness change in #Togo . We are determined to bring down the oldest military regime in #Africa peacefully. Help us win our struggle by sharing the video of today’s protest. 50 years of Dictatorship is enough. #Fauremustgo#Togodeboutpic.twitter.com/0HkBw10KPh
S'il vous plaît, venez assister au changement au #Togo. Nous sommes déterminés à faire tomber pacifiquement le plus ancien régime militaire d'#Afrique. Aidez-nous à gagner notre combat en partageant la vidéo de la manifestation d'aujourd'hui. 50 ans de dictature suffisent. #Fauremustgo #Togodebout
En Afrique, l'activisme qui privilégie l’action directe n’est pas bien vu des gouvernements car il entre souvent en conflit avec leurs intérêts économiques et politiques. Le Togo n’y fait pas exception.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230206_054123";}s:15:"20230206_045655";a:7:{s:5:"title";s:103:"Visite du pape François en RDC: les Congolais sont divisés sur les déclarations du souverain pontife";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/06/276461/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276461";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 06 Feb 2023 03:56:55 +0000";s:11:"description";s:140:"La RDC accueille le Pape François alors que le pays fait face à de nouveaux conflits dans l'est du pays où le groupe M23 sème la terreur";s:7:"content";s:13983:"
Des millions de Congolais sont déplacés dans leur propre pays
Lors de sa visite épiscopale en République Démocratique du Congo (RDC) du 31 janvier au 3 février, le pape François a semble-t-il indirectement mentionné le conflit qui sévit à l'est du pays.
La RDC est en proie à un conflit en Ituri et au Nord-Kivu, à l'est du pays à la frontière avec le Rwanda depuis plus de deux décennies. Le 20 octobre 2022, la tension s’est ravivée entre les autorités de la RDC et les rebelles du M23 qui accusent les autorités congolaises du non-respect des accords de paix, signés en décembre 2013.
Selon Bruno Lemarquis, en charge du bureau du coordonnateur humanitaire en République Démocratique du Congo (RDC), ces deux provinces abritent 237 000 déplacés internes. Alors que près de 54 % des ces personnes déplacées vivent au sein de familles d’accueil, des milliers d’autres trouvent refuge dans des écoles, des hôpitaux, des églises et autres sites improvisés. Plus de 76 000 enfants ont aussi vu leur scolarité interrompue.
Les violations des accords de 2013 entraînent également des centaines de mort, et font obstacle aux multiples tractations pour le retour d’une possible paix dans ce pays de la région des Grands Lacs.
C'est dans ce contexte tendu que Kinshasa a accueilli le pape François pour une visite épiscopale du 31 janvier au 3 février 2023, dans ce qui est le plus grand pays catholique d'Afrique. Lors de sa première prise de parole, le souverain pontife a délivré un message politique, élevant la voix contre ceux qui tapissent dans l’ombre et alimentent ce conflit qui ne fait que trop durer avec des conséquences désastreuses sur la population directe comme il le dit dans cette vidéo YouTube: .
“ (…) après le colonialisme politique, un “colonialisme économique” tout aussi asservissant s’est déchainé. Ce pays, largement pillé, ne parvient donc pas à profiter suffisamment de ses immenses ressources. Le poison de la cupidité a ensanglanté ses diamants. Mais ce pays et ce continent méritent d’être respectés et écoutés. Ils méritent de l’ espace et de l’ attention. Retirez vos mains de la RDC, retirez vos mains de l’Afrique! Cessez d’étouffer l’Afrique. Elle n’est pas une mine à exploiter, ni une terre à dévaliser (…) ” Pape François.
En effet, la RDC est le deuxième pays le plus vaste de l’Afrique avec un sous-sol riche en minerais qui attisent la convoitise d'industriels du monde entier.
Les propos du pape François ont été relayés par le criminologiste et journaliste d’investigation Steve Wembi sur son compte twitter.
#RDC: « Mais ce pays et ce continent méritent d’être respectés et écoutés. Ils méritent espace et attention. Retirez vos mains de la RDC, retirez vos mains de l’Afrique! Cessez d’étouffer l’Afrique. Elle n’est pas une mine à exploiter, ni une terre à dévaliser (…)»Pape François pic.twitter.com/IvKFo0qIG6
Les Congolais ont des avis divergents sur les propos du pape
Les réactions des Congolais sur le réseau twitter ne se font pas fait attendre. Certains sont favorables à la position du pape François et croient en ces paroles. Selon Mbuyi Elonga, géopoliticienne, chercheuse et analyste politique, étudiante en Master en Sciences Po et Relations Internationales à l’Université de Louvain, le pape s’adresserait ouvertement au Président Rwandais, Paul Kagame. En effet Kagame est accusé par le président Félix Tsisekedi et une partie de population congolaise de soutenir les rebelles du M23.
Le Pape François s’adresse indirectement au dictateur @PaulKagame et je cite: «La RDC est le diamant de la création..
La violence et la haine sont des sentiments anti-chrétiens.. ». RDF/M23 arrêtez vos massacres au Congo Retirez votre armée et milice terroriste M23 de la #RDC. pic.twitter.com/gSQ9hkkAzM
— Mbuyi ELONGA (Géopoliticienne) (@MbuyiItela_fmi) January 31, 2023
D’autres demeurent sceptiques sur les bonnes intentions du pontife et préfèrent qu’au lieu de parler en parabole, il puisse citer des noms, comme le fait remarquer cet internaute:
Je m'attendais à un discours limpide et non énigmatiqu ou encore philosophique. Je serais content si le pape avait cité le chat par son nom !
Certains comme Nestor Mukendi, avocat au Barreau de Kinshasa Gombe, vont plus loin en qualifiant les propos du pape de discours utilisé par les politiciens “souverainistes” qui jouent au double jeu avec le peuple pour masquer leurs mains qui étouffent et pillent le continent.
A qui s’adressent-ils? Un discours exenophobe utilisé par les politiciens ”souverainistes” pour masquer leurs mains qui etouffent et pillent le Continent, en l’espèce les Kivus mis en coupe reglée depuis 20 ans par les maï-maï, FDLR et officiers FARDC, et les politiciens locaux
Qu’en est-il des acteurs de la vie sociopolitique du pays?
Interviewés par la Radio Okapi, une radio congolaise, certains acteurs de la vie sociopolitique du pays semblent garder espoir et pensent que la visite papale apportera des changements positifs en RDC, à en juger par leurs déclarations sur les ondes. Claude Bafwafwa, avocat au barreau de Kinshasa/Gombe, s’est réjoui que le Souverain pontife ait plaidé pour que la RDC cesse de souffrir à cause de ses voisins.
“Le pape a comparé la RDC au diamant. Quand le soleil tape sur le diamant, ça doit briller et ça brille pour tout le monde. Il a invité le gouvernement à être près des pauvres”.
Julienne Lusenge, présidente de l’ONG Sofepadi, salue le fait que le pape qualifie clairement les tueries perpétrées dans l’Est de la RDC de “génocide oublié”. Selon elle, la communauté internationale devrait empêcher Kigali de continuer d’agresser la RDC.
“La communauté ne peut pas oublier que c’est elle qui a demandé au Congo d’ouvrir la voie pour que les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) que cherche Kagame puisse venir chez nous. On n’a qu’à lui dire de dialoguer avec eux là-bas pour faire la paix. Comme ça, ils ne seront plus au Congo et ne seront plus une menace”.
Pour sa part, le ministre de l’Industrie et gouverneur honoraire de Nord-Kivu, région riche en ressources minières où s'est basé le groupe M23, Julien Paluku, au micro de Radio Okapi, a demandé au pape François d’interpeller tous ceux qui sèment la mort et la désolation dans l’est du pays.
“Que sa sainteté, le pape interpelle tous ceux-là qui sèment la désolation et la mort en RDC de cesser. La voix du peuple congolais va jusqu’au Vatican, canal par lequel le message de souffrance sera entendue à travers le monde”.
Il semble donc que même si le pape a dénoncé la violence en général, il a déçu une partie des Congolais en restant sur un terrain purement diplomatique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230206_045655";}s:15:"20230202_161651";a:7:{s:5:"title";s:77:"Undertones en Inde : infiltration dans les réseaux de suprémacistes hindous";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2023/02/02/276114/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=276114";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 02 Feb 2023 15:16:51 +0000";s:11:"description";s:103:"Un groupe de chercheurs s'est infiltré dans des groupes hindous d'extrême droite pour en savoir plus.";s:7:"content";s:14242:"
Quels sont les discours les plus populaires en Inde ?
Cet article est extrait d’Undertones, la newsletter de l’Observatoire civique des médias(Civic Media Observatory)de Global Voices. Il offre le résumé d’une étude de l’écosystème médiatique en Inde, étalée sur un an, et de ce à quoi nous pouvons nous attendre en 2023. Pour plus de détails et d’articles étayant les informations fournies, nous vous invitons à consulter les nombreux liens hypertexte présents tout au long de l’article. Abonnez-vous à Undertones.
Au cours de l’année 2022, les discours d’extrême droite hindous ont gagné à la fois en visibilité et en virulence, et nos chercheurs pensent que cette tendance va se poursuivre en 2023. Les politiciens suprémacistes hindous s’appuient sur l’islamophobie pour exister ; et les messages antimusulmans diffusés dans les sphères numériques continueront probablement à se traduire par des politiques discriminatoires et des violences physiques dans le monde réel.
Opération d’infiltration
Les récits nationalistes hindous dominent les discours politique et médiatique en Inde, mais les chercheurs de l’Observatoire civique des médias ont entrepris de s’intéresser plus particulièrement aux racines de la radicalisation en ligne. Dans ce but, sous des pseudonymes destinés à plaire aux nationalistes hindous, ils se sont infiltrés dans des groupes privés via Facebook, Whatsapp et Telegram, et ont pu constater le matraquage médiatique auquel s’adonne l’extrême droite hindoue. Ces chercheurs ont complété leurs investigations en analysant les médias les plus en vue et les discours hors ligne qui prolifèrent dans les cercles sociaux de ces groupes. Leurs recherches ont permis de révéler la façon dont ces groupes en ligne font peu à peu évoluer le discours public vers la droite.
Hindutva
Lorsque Narendra Modi est devenu Premier ministre en 2014, avec le puissant parti politique, le Bharatiya Janata Party (BJP), les récits axés sur le thème de l’hindouisme ont investi les devants de la scène dans les médias grand public. Alors même que près de quatre Indiens sur cinq se déclarent hindous, le BJP est arrivé au pouvoir en affirmant que « les hindous sont démographiquement et culturellement menacés par les musulmans ». Chiffres mis à part, les Indiens hindous, musulmans, ainsi que les autres minorités religieuses, contribuent depuis des siècles au melting-pot culturel que représente l’Inde aujourd'hui.
L’Inde abritant des dizaines de cultures et de langues distinctes, le BJP a décidé d’utiliser le terme « Hindutva » pour ratisser le plus large possible auprès des électeurs hindous. Idéologie qui consiste à fusionner les identités indienne et hindoue pour faire de l’Inde un État ethnoreligieux, l’Hindutva rejette ainsi activement les valeurs laïques de ce pays, pourtant inscrites dans la Constitution. L’Hindutva est la croyance que l’Inde est intrinsèquement une nation hindoue ; or, ce discours fait planer un risque de nettoyage ethnique pour les musulmans indiens et les autres minorités. En focalisant toute l’attention sur la suprématie hindoue, et son corollaire, l’islamophobie, le BJP cherche à faire oublier les problèmes économiques et politiques du pays.
Ces discours se retrouvent sous leurs formes les plus virulentes sur Internet, par le biais des plateformes de Telegram ou Facebook. Récupéré en amont, le contenu choisi est diffusé sur des pages dédiées à la désinformation sur les réseaux sociaux, puis atterrit, en aval, sur les chaînes de télévision grand public. Il convient de mentionner que la mainmise du BJP sur les instances du pouvoir du pays empêche le développement d’une opposition politique crédible et d’une presse libre. Ainsi, peu de place est accordée à la diversité des contenus et des points de vue. Les critiques et les journalistes qui expriment des opinions différentes de celles du gouvernement sont automatiquement qualifiés d’antinationaux.
Principaux thèmes étudiés en 2022
Dans le graphique interactif ci-dessous, vous pouvez voir la relation entre les thèmes majeurs que nous avons étudiés et les types de discours qui les entourent. Par exemple, on constate ici que les discours concernant la situation au Cachemire sont principalement pro-autoritaires, puis, dans une moindre mesure, pro-Hindutva et anti-musulmans.
Expansionnisme
Certains partisans de l’Hindutva vont même plus loin et embrassent des idéologies expansionnistes. Par exemple, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les mêmes groupes qui promeuvent l’Hindutva ont immédiatement diffusé des discours sur une « Inde unie », qui engloberait d’autres pays d’Asie du Sud, en particulier le Pakistan, ainsi que les territoires contestés du Cachemire. Ce discours a été largement relayé en Inde et pourrait potentiellement être ravivé par de futurs éléments ou évènements déclencheurs.
Le discours islamophobe en ligne a des conséquences concrètes directes. Les violences collectives à l’encontre des musulmans indiens sont en augmentation et des mosquées sont menacées d’être transformées en temples hindous. Même le Taj Mahal a été ciblé pour être converti en lieu de culte hindou. De plus, dans le cadre de ce qui a été appelé la « justice du bulldozer », les autorités publiques démolissent parfois des entreprises familiales appartenant à des musulmans, notamment à New Delhi et dans l’Uttar Pradesh. Parallèlement, les médias projettent une mauvaise image des unions amoureuses interconfessionnelles, en particulier lorsque l’homme est musulman et la femme hindoue, sous prétexte que les femmes sont forcées de se convertir à l’islam au nom du « djihad de l’amour ».
« Le BJP a utilisé le terme “djihad de l’amour” pour instaurer un climat de peur chez les hindous, en les convainquant que les hommes musulmans essayaient d’apporter un changement démographique dans le pays, en épousant et en convertissant des femmes de leur communauté. Cette rhétorique a gagné en popularité en 2022. À l’approche des élections générales de 2024, nous pouvons nous attendre à ce qu'elle soit utilisée pour justifier des lois anti-conversion dans un plus grand nombre d’États indiens », explique notre chercheuse Ananya.
De même, les reportages des médias sur le bien-être des femmes se concentrent uniquement sur les femmes musulmanes, qui auraient besoin « d’être sauvées de l’oppression de l’islam. » Cette image est construite en opposition à l’image de la femme hindoue, libérée et autonome. Les médias colportent des récits néfastes, tels que celui selon lequel « les Indiens musulmans sont violents et non éduqués », qui finissent par influencer le discours public autour des politiques antimusulmanes.
En 2023, l’Inde accueillera le sommet du G20 à New Delhi. Cet événement donnera probablement un coup de fouet aux récits pro-Modi, qui dépeignent le Premier ministre comme un super-héros sur la scène mondiale, et le BJP comme le sauveur de l’Inde. Des élections législatives clés sont également prévues dans 10 États, ce qui pourrait entraîner un durcissement des discours concernant les musulmans indiens.
« Même si Modi essaie de redorer son image sur la scène internationale, l’Inde est une nation souveraine qui se plaît à clamer que “personne ne peut nous dire ce que nous devons faire” », nous explique notre chercheur, Setu Bandh Upadhyay.
La chercheuse, Shubhangi Heda, ajoute même que « l’Inde est un grand marché économique et est considérée, en Asie du Sud, comme un gouvernement stable, c’est-à-dire bon pour faire des affaires, notamment par la Silicon Valley. » Cela signifie que malgré le durcissement de ces discours néfastes et une population de droite enhardie qui bafoue les droits des minorités, il ne serait pas surprenant que Modi, son gouvernement et ses partisans puissent continuer leur petit jeu sans être dérangés par la communauté internationale.
";s:7:"dateiso";s:15:"20230202_161651";}s:15:"20221106_163650";a:7:{s:5:"title";s:69:"Des vies interrompues : le coût humain de la résistance au Bélarus";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/06/275255/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275255";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 06 Nov 2022 15:36:50 +0000";s:11:"description";s:188:"Hanna Liubakova, membre de l'Atlantic Council, journaliste et formatrice médias, a publié un fil Twitter sur les cas les plus récents et choquants de prisonniers politiques au Bélarus.";s:7:"content";s:11733:"
Militants et universitaires travaillant à l'intérieur et à l'extérieur du Bélarus tentent d'attirer l'attention de la communauté internationale sur la résistance du peuple à la dictature la plus dure d'Europe d'une part, et à l'invasion de l'Ukraine par la Russie avec l'utilisation du Bélarus comme allié d'autre part. En effet, certains militants biélorusses ont fait exploser des voies ferrées pour empêcher des chars et du matériel russes d'arriver en Ukraine. Néanmoins, si ces militants sont capturés, ils risquent la peine de mort au Bélarus.
Hanna Liubakova, une Bélarusse membre de l’Atlantic Council, journaliste et formatrice en médias, a publié le 1er novembre 2022 un fil Twitter sur les cas les plus récents et les plus choquants de prisonniers politiques au Bélarus. Elle rappelle que la résistance n'a jamais cessé, et les Bélarusses protestent autant qu'ils le peuvent contre l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Des personnes courageuses risquant de longues peines de prison, voire la peine de mort. Voici les posts d’Hanna Liubakova :
Let’s go through the facts.
Vital Melnik is a railway partisan who was shot in his knees. Now he has been charged with terrorism, insulting Lukashenka, and illegal acquisition of weapons. The case was referred to the court. Terrorism in #Belarus can mean the death penalty pic.twitter.com/pDKMl55znV
Vital Melnik est un partisan des chemins de fer ayant reçu une balle au genou. Il est accusé de terrorisme, d'insultes à Lukashenko, et d'acquisition d'armes illégales. L'affaire a été renvoyée au tribunal. Le terrorisme au #Belarus peut signifier la peine de mort. pic.twitter.com/pDKMl55znV
Right now, three men are on trial in the Homiel court, accused of terrorism,treason, participation in an extremist formation. The reason for the arrest was a relay cabinet on the railway set on fire. The Investigative Committee officially stated that they can face death penalty pic.twitter.com/63VyZyxykn
En ce moment, trois hommes sont jugés au tribunal d'Homiel. Ils sont accusés de terrorisme, de trahison, et de participation à une formation extrémiste. Le motif de l'arrestation est l'incendie d'une armoire électrique de distribution sur la voie ferrée. Le Comité d'enquête a officiellement déclaré qu'ils pouvaient être condamnés à mort. pic.twitter.com/63VyZyxykn
Siarhei Hlebka from Stoupcy was sentenced to 11 years in prison. According to the regime, on March 2, he set fire to logs on the railway to prevent the movement of Russian military equipment. During his detention, he was severely beaten. pic.twitter.com/M1EcyfjRjE
Siarhei Hlebka, de Stoupcy, a été condamné à 11 ans de prison. Selon le régime, il aurait, le 2 mars dernier, mis le feu à des rondins de bois sur la voie ferrée pour empêcher la circulation de matériel militaire russe. Il a été sévèrement battu pendant sa détention. pic.twitter.com/M1EcyfjRjE
Student Danuta Piarednia was sentenced to 6,5 years in jail for a repost of an article that criticized Putin and Lukashenka & the war against #Ukraine. Danuta studied Romano-Germanic philology in Mahiliou. She was accused of calling for harm to the national security of Belarus pic.twitter.com/eIXobYgtQe
Danuta Piarednia, une étudiante, a été condamnée à 6 ans et demi de prison pour avoir reposté un article critiquant Poutine, Lukashenko et la guerre contre l’ #Ukraine. Danuta a étudié la philologie romano-germanique à Mahiliou. Elle est accusée d'appel à porter atteinte à la sécurité nationale du Belarus. pic.twitter.com/eIXobYgtQe
Ces cas rappellent brutalement que la résistance des Bélarusses à leur gouvernement et à la guerre en Ukraine est toujours active. L'accent mis sur l'Ukraine a, en effet, détourné l'attention du Bélarus dans certains cas. Almut Rochowanski, expert des sociétés civiles post-soviétique, l'a expliqué lors d'une interview à Global Voices :
For my Belarus contacts, as far as they're concerned, their uprising is still ongoing, their revolution is still ongoing. Lukashenka is an illegitimate president for them. But then I recently attended a session with European foreign policy experts. And the way they see it, the uprising is over, and it failed.
Concernant mes contacts bélarusses, leur soulèvement est toujours en cours – leur révolution est toujours en cours. Pour eux, Lukachenko est un président illégitime. Cependant, j'ai récemment assisté à une session avec des experts européens en politique étrangère. Et, d'après eux, le soulèvement est terminé, et il a échoué.
On rapporte également des cas de Bélarusses victimes de discrimination en raison de leur citoyenneté et de l'hypothèse selon laquelle ils pourraient soutenir Lukachenko ou la guerre en Ukraine. Mais les histoires décrites par Hanna Liubakova démontrent le courage des activistes et des personnes ordinaires résistant encore contre le régime de Lukashenko au Bélarus. La répression se poursuit au quotidien et le monde ne doit pas les oublier.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221106_163650";}s:15:"20221106_154532";a:7:{s:5:"title";s:125:"Coca-Cola, le plus grand pollueur plastique au monde et sponsor de la COP27. Les raisons pour lesquelles cette posture fâche";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/06/275262/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275262";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 06 Nov 2022 14:45:32 +0000";s:11:"description";s:155:"Par une ironie du sort, Coca-Cola, le plus grand pollueur de plastique au monde, parraine la COP27, la plus grande conférence annuelle sur l'environnement";s:7:"content";s:15207:"
Bouteilles en plastique Coca-Cola dans une rivière. Image via Wikipedia (CC BY-SA 4.0)
Ironie du sort, Coca-Cola, le plus grand pollueur plastique au monde, parraine la COP27, la plus grande conférence environnementale mondiale et annuelle, qui se tiendra à Charm el-Cheikh, en Égypte, du 6 au 18 novembre.
Bien qu'il y ait beaucoup à critiquer à propos du sommet COP27 de cette année (comme les violations des droits humains en Égypte et la répression de la société civile), le parrainage de Coca-Cola est incroyablement problématique et pourrait même faire reculer les mouvements environnementaux et anti-plastiques.
L'Égypte a annoncé l'accord de parrainage fin septembre et Coca Cola a immédiatement initié une publicité positive. Michael Goltzman, vice-président mondial de Coca-Cola chargé des politiques publiques et de la durabilité, a déclaré : « Grâce au partenariat COP27, le système Coca-Cola vise à soutenir l'action collective contre les changements climatiques. »
Mais les militants repoussent cette vision à juste titre – et l'opposition grandit.
Disgraceful. Biggest plastic polluter @CocaCola is sponsoring @COP27P
C'est une honte. @CocaCola le plus gros pollueur plastique sponsorise la @COP27P
99% des plastiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles. Ce partenariat sape l'objectif même de l'événement qu'elle cherche à sponsoriser. #BreakFreeFromPlastic#COP27https://t.co/EILbGYYSzc
L'organisation de la société civile, Clean up Kenya, a qualifié cette décision de « dégoûtante » et a noté que près de la moitié des déchets de bouteilles en plastique trouvés au Kenya pouvait être attribués au coke.
L'activiste ougandais pour le climat et ambassadeur de l'UNOCHA, Nyombi Morris, a déclaré à la BBC : « Lorsque les pollueurs dominent les négociations sur le climat, nous n'obtenons pas de bons résultats. En tant qu'activiste africain, je crains que davantage de nos lacs ne soient à nouveau remplis de plastique.
Les résidents des pays à faible revenu ont des raisons légitimes d'être en colère contre Coca Cola. Le géant de l'industrie a dépensé des milliards de dollars pour acheminer son produit vers les pays à revenu faible et intermédiaire, mais se préoccupe rarement de savoir si ces endroits disposent d'une infrastructure adéquate pour gérer les déchets qui en résultent.
L'Indonésie, un pays envahi de façon notoire par la pollution plastique, en a fait l'expérience directe. Selon Nina van Toulon, fondatrice et directrice de la Indonesian Waste Platform (plateforme indonésienne des déchets). «Vous allez dans le village le plus reculé ici, à des heures de n'importe où, vous trouverez de l'eau en bouteille et du Coca. Mais ensuite, les gens du village le brûlent. Ces entreprises ont fait l'effort d'acheminer leurs produits vers ces villages, mais elles ne font pas l'effort de récupérer le plastique des villages.
Une pétition sur change.org demandant à l'ONU de retirer Coca-Cola comme sponsor a été créée en octobre et a recueilli plus de 236 000 [300 000 au 6 novembre] signatures à ce jour. Georgia Elliott-Smith, la promotrice de cette pétition l'a accompagnée de cette déclaration :
J'étais déléguée à la COP26 à Glasgow. La plupart du temps, je me sentais désespérée – certains jours, je pleurais. L'infiltration des entreprises dans la conférence était écœurante – les PDG des plus grands pollueurs du monde rassemblés, faisant pression effrontément sur les politiciens pour protéger leurs intérêts et gonfler leurs profits, nous disant comment nous pourrions sauver la planète si nous achetions plus de leurs produits.
…
Les conférences de la COP sont censées être des rassemblements de dirigeants nationaux, engagés dans des négociations urgentes pour prévenir le changement climatique, et non un festin de plusieurs millions de dollars pour les entreprises pollueuses et leurs lobbyistes.
La CCNUCC doit cesser de recevoir le parrainage des entreprises aujourd'hui – à commencer par l'éjection de Coca-Cola comme sponsor de la COP27.
Il s'agit d'un cas d'école d'écoblanchiment d'entreprise – Coca-Cola peut renforcer sa marque et s'associer au mouvement environnemental, donnant l'impression qu'elle fait partie de la solution au lieu d'être l'un des principaux problèmes.
En réalité, un rapport d'audit de marque de 2021 de l’ONG Break Free From Plastic a révélé que Cola-Cola a été le plus grand pollueur au monde avec le plastique pendant quatre années consécutives. Et bien que les résultats de 2022 soient toujours attendus, il est probable qu'elle le sera cette année encore.
En 2019, l'entreprise a admisqu'elle utilisait 3 millions de tonnes métriques d'emballages en plastique par an. Elle produit également 120 milliards de bouteilles en plastique à usage unique chaque année.
Le militant écologiste John Hocevar, directeur de la campagne Greenpeace USA Oceans, affirme que le parrainage «sape l'objectif même de l'événement qu'il cherche à parrainer». Ajoutant, «Coca-Cola produit 120 milliards de bouteilles en plastique jetables par an – et 99% des plastiques sont fabriqués à partir de combustibles fossiles, aggravant à la fois la crise du plastique et la crise climatique».
Le problème du plastique de Coca-Cola
En février de cette année, Coca-Cola s'est engagée à réduire sa production de plastique de 25 % d'ici 2030 ; cependant, l'entreprise n'a publié aucun plan concret pour le faire et, jusqu'à présent, elle semble plus intéressée par l'écoblanchiment de sa marque que par la recherche de vraies solutions.
Dans son rapport 2021, Break Free From Plastic a constaté qu'en 2019, Coca-Cola avait investi 4,24 milliards USD dans la publicité et le marketing et seulement 11 millions USD dans ses initiatives environnementales cette année-là : un programme de nettoyage des rivières. Cela ressemble à un coup de pub plutôt qu'à un véritable engagement à nettoyer les communautés touchées par la pollution plastique. Le rapport disait :
La meilleure façon pour Coca-Cola de réduire son empreinte plastique est de commencer par en produire moins, et non de le nettoyer une fois qu'il est déjà dans l'environnement. Les principaux pollueurs de plastique comme Coca-Cola préféreraient dépenser de l'argent pour l'écoblanchiment au lieu de repenser l'emballage de leurs produits ou leur système de livraison de leurs produits aux consommateurs. En omettant de prendre des mesures concrètes pour résoudre le problème à la source, ces entreprises polluantes transfèrent le fardeau à ceux qui sont les moins responsables des crises climatique et plastique, en particulier les jeunes, les communautés à faible revenu et les pays du Sud.
Et les preuves ne font que confirmer l'affirmation de Break Free From Plastic. Une enquête et une fuite d'un enregistrement publié par The Intercept ont révélé que pendant des décennies, Coca-Cola avait fait pression contre les politiques de contrôle du plastique aux États-Unis, ce qui aurait rendu les entreprises responsables des déchets plastiques qu'elles génèrent. Elle a investi des millions dans des projets de loi anti-recyclage et a poussé fort contre toute responsabilité. Les enregistrements sont accablants et donnent un aperçu moche de la façon dont le lobbying fonctionne dans la sphère des méga-entreprises – en d'autres termes, l'argent est le pouvoir et le pouvoir est l'influence.
Si nous voulons apporter des changements durables, ce système doit changer. Les entreprises ne devraient pas pouvoir se soustraire de leur responsabilité en matière d'émissions. Si les prévisions climatiques sont correctes, nous avons (avec optimisme) environ neuf ans pour éviter une catastrophe climatique. Pour ce faire, les entreprises polluantes doivent transformer radicalement leurs modèles commerciaux – ou nous, citoyens, devons le transformer pour eux et rejeter les entreprises qui considèrent les engagements environnementaux simplement comme un outil de marketing d'entreprise.
Jusqu'à ce que Coca-Cola se présente à la table de bonne foi, avec un plan de développement durable et concret, elle ne devrait pas être prise au sérieux comme fournisseur de solutions climatiques – et ne devrait certainement pas parrainer la plus grande conférence environnementale de l'année. Jusque-là, ce n'est qu'une autre société essayant de gagner des clients avec un camouflage vert brillant.
Si les organisateurs de la COP27 et les responsables de l'ONU veulent vraiment faire une différence dans la lutte contre le changement climatique, ils devraient prendre une position ferme et rejeter le parrainage de Coca-Cola.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221106_154532";}s:15:"20221106_152059";a:7:{s:5:"title";s:99:" Azerbaïdjan : les défis et perspectives du féminisme, un mouvement en plein essor dans le pays";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/06/275182/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275182";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 06 Nov 2022 14:20:59 +0000";s:11:"description";s:207:"En Azerbaïdjan, les militantes féministes subissent des pressions de l'État, et sont victimes d'harcèlement et de haine car elles luttent et protestent contre les violences domestiques et le féminicide.";s:7:"content";s:14395:"
Jusqu'à présent, les tentatives visant à faire taire le mouvement ont été vaines.
En Azerbaïdjan, les militantes féministes subissent des pressions de la part des autorités, sont victimes de harcèlement, et s'attirent la haine d'inconnus parce qu'elles luttent et protestent contre les violences domestiques et le féminicide au nom d'innombrables femmes à travers le pays.
Selon Gulnara Mehdiyeva, une Azerbaïdjanaise qui se bat pour l'égalité des sexes, militer pour n'importe quelle cause dans son pays équivaut à se mettre une cible sur le dos, car tous ceux et celles qui choisissent de défendre des idéaux progressistes sont régulièrement surveillés, ciblés, et harcelés. Depuis 2014, Mehdiyeva prend part à de nombreux projets et initiatives qui défendent les droits des femmes en Azerbaïdjan. Son expérience personnelle avec le harcèlement a commencé à partir de 2019 après sa participation avec d'autres femmes à une marche féministe. Peu de temps après, elle devint une cible sur Internet et tous ses comptes de réseaux sociaux, notamment sa boîte mail, furent piratés. Mehdiyeva ne réalisa pas tout de suite l'ampleur de la situation; le hackeur avait téléchargé ses données personnelles, y compris ses photos, vidéos et conversations privées audio qui plus tard furent publiées publiquement. L'objectif était d'humilier Mehdiyeva, de la décrédibiliser, et de mettre un terme à ses activités. Mais ce fut un échec.
Trois ans plus tard et plus déterminée que jamais, Mehdiyeva continue la lutte, et elle n'est pas seule.
Qui sont les militantes féministes d'Azerbaïdjan?
Mehdiyeva fait partie d'un vaste collectif féministe dont les membres s'identifient comme militantes féministes.
Une partie de leurs activités visent à sensibiliser le public aux taux élevés de féminicides, aux violences domestiques, au sexisme et à l'homophobie en Azerbaïdjan. Pour cela, elles suivent et assistent à des procès, rallient le soutien du public, et mènent des actions de sensibilisation sur les femmes victimes de violence, le plus souvent de la part de membres de leurs familles. Lors d'une entrevue avec Fatima Karimova, journaliste à Metroskop Media, Mehdiyeva explique que leur combat permet de garantir l'impartialité de la procédure judiciaire. Le collectif informe les femmes de leurs droits, les aide au besoin à bénéficier d'une assistance juridique, et suit des affaires jusqu'à ce que justice soit faite.
Le mouvement exprime ses revendications à travers des projets tels que « Fem-utopia,» des entretiens et des campagnes dans les médias. Le public dispose de peu d'éléments et d'informations sur les droits des femmes et sur l'égalité des sexes en Azerbaïdjan. C'est pourquoi les militantes féministes essaient par le biais aussi d'entretiens et d'articles de sensibiliser le grand public.
Mais la tâche n'est pas facile. L'Azerbaïdjan n'a pas signé la Convention d'Istanbul. De plus, les lois en vigueur dans le pays ne prévoient pas assez de mécanismes de protection pour les victimes de maltraitance, d'harcèlement et de violence.
Les forces de l'ordre, qui sont en général les premières à intervenir dans les cas de violence et d'harcèlement envers les femmes, manquent souvent de discernement dans ce type de situation. Des victimes de violence dénoncent des incidents durant lesquels des policiers ont rejeté leurs plaintes en leur expliquant que leur mari avait le droit de les battre. Et il n'existe aucune base de données unique permettant de répertorier les cas de violence et de maltraitance. Au lieu de cela, ils sont souvent recensés par divers groupes d'initiative et par les médias. En 2020, Mikroskop Mediaa publié un article d'après les informations contenues dans des reportages liés à la criminalité. Selon les données, 184 femmes ont été victimes de violence en 2019. Parmi elles, 54 ont été tuées par des membres de leurs familles et les 130 autres ont subi des blessures variées.
Plus tard, Mikroskop Media a publié un autre rapport sur le nombre de femmes tuées, battues ou qui s'étaient suicidées en 2021.
Tout comme Mehdiyeva, Narmin Shahmarzade a été la cible de menaces en ligne. Ses conversations personnelles et ses photos ont été publiées sur Internet, et son compte Facebook piraté. Ses photos et captures d'écran de conversations personnelles ont été envoyées à de nombreux groupes sur Telegram.
Des trolls ciblent régulièrement les militantes féministes sur les réseaux sociaux en les accusant d'être avant tout des agents étrangers à cause de leurs sources de financement, qui, pour la majorité, proviennent d'organisations et associations féministes de l'Union européenne.
En Azerbaïdjan, la législation ne contient pas de mesures répressives concernant la violence et le harcèlement physiques ou virtuels envers les femmes.
Selon Mehdiyeva, la pression sociale aggrave ce que sont déjà des conditions de travail difficiles.
« Parfois j'oublie que je suis suivie à la fois par le gouvernement et des militants et par des individus qui ne m'aiment pas. J'ai parfois envie d'écrire quelque chose à la fois drôle et sérieux comme une personne ordinaire, et puis je réalise que mon message, que je considère comme anodin, est copié et partagé partout. Si j'étais une personne ordinaire, mon post ne susciterait aucun intérêt, mais parce que je suis une militante, il attire beaucoup plus d'attention. »
Et puis les médias cherchent aussi à discréditer les militantes. Selon Mehdiyeva, des plateformes médiatiques affiliées ou financées par le gouvernement ciblent souvent des membres du collectif dans le but de les dénigrer et de nuire à leur réputation. Elles sont présentées comme une menace pour les valeurs et traditions du pays, suscitant la colère du public contre le mouvement.
Dans le passé, la police a également contribué à l'augmentation des attaques contre les militantes féministes en communiquant leurs adresses personnelles.
Selon Nisa Hajiyeva, chercheuse azerbaïdjanaise, le manque d'éducation amplifie aussi le problème. La majorité des ressources pédagogiques sur le sujet sont seulement disponibles en anglais. C'est pourquoi il est important pour la population d'avoir accès à ces informations dans sa langue maternelle. Parmi les projets de Mehdiyeva figure une bibliothèque physique constituée de documents pertinents disponibles en azerbaïdjanais, en turc et en russe.
Jusqu'à présent, les tentatives visant à faire taire le mouvement ont été vaines. Depuis leur première marche à l'occasion de la Journée internationale de la femme le 8 mars 2019, les militantes ont organisé des rassemblements et manifestations appelant à plus de responsabilités, de justice et à une meilleure protection pour les femmes. Elles ont aussi lancé d'autres campagnes pour exiger des enquêtes plus approfondies des crimes commis envers les femmes. Au mois de février 2021, plusieurs féministes ont organisé une manifestation autour du thème « le féminicide est politique » devant un édifice gouvernemental, pour réclamer une enquête sur les meurtres violents de plusieurs femmes et pour dénoncer l'inaction du Comité d'État chargé des questions relatives à la famille, aux femmes et aux enfants. L'intervention de la police empêcha les féministes de se rassembler dans le quartier.
Bref aperçu du mouvement féministe en Azerbaïdjan
Dans son analyse, Nurlana Jalil, doctorante originaire d'Azerbaïdjan, souligne que même si certaines études ont par le passé révélé que « l'origine et la politisation du féminisme remontent à la période entre 1990 et 2010, » ce n'est pas tout à fait correct. Jalil fait allusion à un certain nombre de raisons, parmi lesquelles le fait que l'Azerbaïdjan n'a connu un véritable mouvement féministe qu'à partir de 2019. Avant cette date, l'image de la femme, celle d'une « femme moderne, soumise» était largement basée sur les visions nationalistes de la bourgeoisie et de l'émancipation des femmes.
Les travaux liés aux droits de la femme prirent une nouvelle signification juste après l'indépendance de l'Azerbaïdjan grâce à la création d'un grand nombre d'organisations et d'associations de défense des droits de la femme et de l'égalité des sexes. Aujourd'hui, on recense en Azerbaïdjan plus de 3 000 ONG, dont plus d'une centaine dédiées aux droits de la femme.
Ceci dit, elles ont renoncé très vite à soutenir l'idéologie du féminisme. La plupart de leurs actions se limitaient à organiser des formations, des tables rondes, et des projets de sensibilisation autour de l'avortement sélectif et de l'égalité d'accès à l'éducation. Comme le remarque l'auteur Vahid Aliyev dans son éditorial, l'une des raisons est que les femmes à la tête de ces ONG considèrent le féminisme comme un sujet « controversé » et « diffamatoire »; ou encore le discours qui circule au sein des médias traditionnels et de la propagande d'État selon lequel « le féminisme n'est pas une question de droits des femmes et de leurs combats, mais plutôt le fait « d'être lesbienne », « d'être sans dignité », « de détester les hommes » ou bien « d'être immorale ».
Contrairement à leurs prédécesseurs, la toute nouvelle génération de militantes qui n'ont pas peur de soutenir publiquement le mouvement féministe et s'identifient ouvertement comme féministes, a changé la donne.
L'avenir du mouvement féministe en Azerbaïdjan demeure incertain. Mais ce que les féministes ont réalisé toutes ensemble jusqu'à maintenant est indéniable. Le silence qui régnait sur les féminicides et toute autre injustice dont les femmes étaient victimes a été levé car le collectif a réussi à mettre en lumière ces sujets, à forcer les gens à réagir et à obliger l'État à prendre des mesures. Et malgré l'opposition, à la fois de l'État et de la société, une chose est sûre : le mouvement féministe en Azerbaïdjan est bel et bien établi et n'a aucune intention de s'arrêter tant que ses revendications seront ignorées.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221106_152059";}s:15:"20221106_145516";a:7:{s:5:"title";s:75:"Twitter et Facebook suspendent les comptes affiliés au gouvernement cubain";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/06/275276/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275276";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 06 Nov 2022 13:55:16 +0000";s:11:"description";s:112:"Pour la première fois à Cuba, Twitter a marqué certains comptes comme étant « affiliés au gouvernement ».";s:7:"content";s:6311:"
Les suspensions sont intervenues quelques jours avant le vote sur le blocus américain.
Cet article a été écrit par un auteur à Cuba sous le pseudonyme de Luis Rodriguez
A quelques jours de la mise en forme du vote concernant le blocus des États-Unis concernant l’ONU, la dernière semaine d’octobre, il a été noté que de nombreux comptes liés au gouvernement cubain ont été suspendus ou signalés par les réseaux sociaux américains Facebook et Twitter. Ce n’est pas la première fois que cela se produit, en 2019 déjà Twitter a suspendu des comptes connexes au gouvernement cubain. Ce qui est inédit est que Twitter signale quelques comptes comme « affiliés au gouvernement » à Cuba.
De son côté, cela fait des années que le gouvernement cubain censure l’accès à Internet des opposants cubains et quelques uns qui protestent contre la situation actuelle du pays. Selon le Comité pour la Protection des journalistes (CPJ), Cuba est « le pays le plus censuré de tout l’hémisphère ».
Cuba a expérimenté durant les dernières années la crise politique et économique la plus importante de son histoire, une réalité qui a transcendé le contexte physique pour passer au monde virtuel. Dans la mesure où la crise s’est de plus en plus aiguisée, le régime a incrémenté et prolongé les pratiques répressives dans la sphère communicationnelle, non seulement à travers les lynchages médiatiques avec des caractères diffamatoires qui se sont produits contre des activités des droits humains, des journalistes et artistes indépendants dans les médias officiels, mais aussi sur les réseaux sociaux de porte-paroles officiels.
La jeune Cuba, un média indépendant qui est souvent censuré par le régime, a critiqué la décision prise par les plateformes de réseaux sociaux parce qu'ils considèrent qu'il ne bénéficie pas de la nécessaire apogée de la pluralité qui devrait régner dans un contexte comme celui de Cuba, de plus en plus polarisé et conflictuel. « Si bien des comptes ont posté des messages à caractères discriminants, de harcèlement et des menaces de mort, tous n’ont pas posté ce type de contenu », ont-ils écrit sur leur site Internet.
Le 25 octobre, Facebook a suspendu le compte des « Raisons de Cuba » qui selon les médias locaux est administré par la sécurité étatique) et d’autres médias connexes au gouvernement qui sont considérés comme des trolls comme le compte « le guerrier cubain ». Dans une note du compte Raisons de Cuba, qui possède une copie de sa page Facebook, on a pu lire que la « mission de ce média presse depuis sa création a été de dénoncer l’activité terroriste et subversive du gouvernement des États-Unis dans toutes les sphères de la société antillaise », bien que le régime cubain ait dénoncé la décision de Facebook comme un moyen de « chercher à faire taire la voix du peuple cubain dans la sphère digitale ». Twitter a bloqué le compte des programmes télévisés Con Filo dirigé par Michel Torres Corona, qui est encore suspendu au moment de la rédaction de cet article.
Capture d'écran du compte Twitter “Con Filo” le 3 novembre 2022
Twitter a également décidé de taguer comme « médias affiliés au gouvernement » les médias de presse officiels comme Cubadebate, Juventud Rebelde et le journal Granma. Cette politique de Twitter a commencé en 2020 et marque les médias affiliés au gouvernement comme des représentants de gouvernements de différents pays, incluant la Chine, la France et la Serbie. Twitter explique sur son site web que « les étiquettes des comptes affiliés à l'État fournissent un contexte additionnel sur les comptes contrôlés par certains représentants officiels de gouvernements, entités de médias de communication affiliés à l'État et les personnes associés à ces entités ».
Capture d'écran du 3 novembre du compte Twitter de Granma, désormais marqué comme « média affilié au gouvernement, Cuba ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20221106_145516";}s:15:"20221103_174410";a:7:{s:5:"title";s:147:"Les écarts de richesse à Hong Kong atteignent un « point critique » pendant la COVID alors que le chômage est en hausse chez les plus démunis";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/03/274906/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274906";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 03 Nov 2022 16:44:10 +0000";s:11:"description";s:222:"La pandémie a agrandi les écarts de richesse à Hong Kong, les citoyens les plus pauvres de la ville gagnant 47 fois moins que ses résidents les plus riches. Avant la pandémie, les plus riches gagnaient 34,3 fois plus.";s:7:"content";s:7544:"
Les personnes âgées et les femmes ont du mal à trouver un emploi.
Cet article a été écrit par Lea Mok et publié dans Hong Kong Free Press le 6 octobre 2022. La version suivante est publiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
La pandémie a exacerbé les écarts de richesse à Hong Kong, les personnes les plus pauvres de la ville gagnant 47 fois moins que ses habitants les plus riches, a déclaré Oxfam Hong Kong. Avant la COVID-19, les plus hauts salaires étaient 34,3 fois plus élevés.
« Les écarts de richesse de Hong Kong ont atteint un point critique », a déclaré la directrice générale d'Oxfam, Kalina Tsang, le 6 octobre 2022. Elle a ajouté que l'assouplissement des restrictions de voyage et des mesures de distanciation sociale n'a pas encore eu d'impact économique positif sur ceux qui gagnent le moins.
Le dernier rapport d'Oxfam sur la pauvreté et l'emploi pendant la pandémie était fondé sur une analyse des calculs du Département du recensement et des statistiques de 2019 au premier trimestre de 2022. Terry Leung, directrice adjointe de la recherche et de la représentation d'Oxfam, a souligné les conclusions de l'organisation :
Le gouvernement souligne toujours que le taux de chômage global est en baisse. Pourtant, nous avons constaté que le taux de chômage des personnes en situation de pauvreté est en fait huit fois plus élevé que celui des personnes au-dessus du seuil de pauvreté.
Le mois dernier, le Département du recensement et des statistiques a déclaré que le chômage était passé de 4,3% en mai et juin à 4,1% en juillet et août, le nombre de chômeurs hongkongais ayant diminué d'environ 6 300.
Cependant, Leung a déclaré que le taux de chômage et le taux de sous-emploi des personnes en situation de pauvreté étaient respectivement huit fois et quatre fois plus élevés que les autres groupes de revenus, les personnes âgées et les femmes ayant du mal à trouver un emploi.
Un manque de maisons de retraite
Parmi les chômeurs âgés d'au moins 65 ans — l'âge de la retraite à Hong Kong — une personne sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté, selon les chiffres d'Oxfam.
Les soignants pour retraités dans environ 70 000 ménages étaient également des personnes âgées, ce qui, selon Leung, résulte du long temps d'attente (42 mois en moyenne) pour les établissements de soins.
Il a également déclaré que les épidémies de COVID avaient entraîné l'arrêt des écoles et des maternelles, rendant difficile pour les femmes, souvent seules à s'occuper des enfants, de rejoindre le marché du travail. Les services de garde d'enfants dans la plupart des régions étaient également insuffisants, a déclaré Leung.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221103_174410";}s:15:"20221103_171529";a:7:{s:5:"title";s:71:"Décès de Moris Albahari, l'un des derniers locuteurs Ladino de Bosnie";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/11/03/275207/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275207";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 03 Nov 2022 16:15:29 +0000";s:11:"description";s:203:"Le Ladino est une langue romane Judéo-romane menacée, dérivée du vieux Castillan et utilisée par environ 60 000 Juifs séfarades en Israel, Turquie, dans les Balkans et dans l'ancien Empire Ottoman.";s:7:"content";s:13477:"
Les nazis et les oustachis ont décimé la majorité de la population des Bosniens juifs pendant l'holocauste.
Moris Albahari en 2012. Capture d'écran du documentaire “Saved by Language” de Susanna Zaraysky et Bryan Kirschen, utilisée avec leur autorisation.
Moris Albahari, l'un des derniers locuteurs de langue Ladino de Bosnie et gardien de la tradition juive, est décédé à Sarajevo à l'âge de 93 ans, comme le rapporte N1TV.
Selon le reportage réalisé par la BBC, « The bosnians who speak medieval Spanish » (Ces Bosniens qui parlent l'espagnol du moyen-âge), seules quatre personnes parlaient encore le ladino ( ou jidyo, terme qu'ils utilisent ) en Bosnie en 2018, Moris Albahari étant l'un d'entre eux.
Albahari est né en 1930, à l'âge de 11 ans il s'est échappé d'un convoi qui le menait aux camps de la mort nazis durant l'holocauste, puis a rejoint le mouvement des partisans yougoslaves. Parallèlement à une longue carrière dans l'aviation, durant laquelle il a notamment dirigé l'aéroport de Sarajevo, il s'est illustré en diffusant ses nombreuses connaissances sur l'histoire et la culture des Juifs séfarades dans les Balkans.
La communauté juive de Sarajevo a publié un post sur Facebook, dans lequel ils annoncent que Albahari, qu'ils appellent affectueusement « cika Moco » ( oncle Moco ) est décédé ce samedi 22 octobre. Son avis de décès s'accompagne d'une citation qui témoigne selon eux de son rapport aux autres :
Posebno želim da vrata naše zajednice budu otvorena za sve dobronamjerne sugrađane, bez obzira koje su vjere ili nacije. Uvijek ih dočekujem raširenih ruku u želji da se besmislena mržnja pretvori u ljubav među ljudima. Moj kredo najbolje izražava jedna od divnih izreka iz Pirke avot (izreke otaca) a to je traktat iz Mišne: BUDI POPUT ARONOVlH UČENIKA. LJUBI MIR I STREMI KA MIRU, VOLI LJUDE I PRIBLIŽI IH TORI.
C'est particulièrement important pour moi que les portes de notre communauté restent ouvertes à tous nos compatriotes de bonne volonté, quelle que soit leur croyance ou leur nationalité. Je les accueille toujours à bras ouverts, avec le vœu que cette haine insensée se transforme en amour. Ma devise s'exprime pleinement dans une citation de Pirkei Avot ( les chapitres des pères ), qui fait partie des traités de la Mishna: « Sois des disciples d'Aaron, chéris l'amour et recherche la paix, aime ton prochain et mène le vers la Torah. »
En 2015, une partie de la vie d'Albahari a été racontée dans le documentaire intitulé « Saved by Language » ( sauvé par le langage), qui a été réalisé et produit par Susanna et Bryan Kirschen.
Le film présente le parcours de Moris et comment il « a utilisé le Ladino pour communiquer avec un colonel italien qui l'a aidé à s'échapper et à rejoindre un refuge des partisans, après s'être enfui du train qui menait les Juifs yougoslaves aux camps de la mort nazis. Grâce au langage Ladino il a réussi à se faire comprendre d'un pilote américain qui parlait espagnol, il a pu survivre et a mené le pilote, ainsi que ses collègues américains et britanniques, à un aéroport sûr contrôlé par les partisans. »
I am sad to share news that Moris Albahari, one of the last speakers of #Ladino in #Bosnia, passed away this weekend. En ganeden ke este, Moris. Thank you for letting Susanna Zaraysky and I into your life and sharing your story of survival with the world. https://t.co/jPtRXxNdeypic.twitter.com/eGj73LmOgQ
C'est particulièrement attristé que je partage avec vous cette nouvelle, Moris Albahari, l'un derniers locuteurs de #Ladino de #Bosnie, est décédé ce weekend. « En ganeden ke este », Moris. Merci de nous avoir permis, Susanna Zaraysky et moi, de faire partie de ta vie mais également d'avoir partagé ton parcours de survie dans ce monde. https://t.co/jPtRXxNdeypic.twitter.com/eGj73LmOgQ
« Saved by Language » comprend de nombreuses chansons en Ladino, et est disponible gratuitement sur Youtube.
Les quatre derniers conférenciers du judéo-espagnol/ladino « Jidyo » à Sarajevo (de gauche à droite) : David Kamhi, Ern Debevec, Jakob Finci, Moris Albahari. Photo tirée de « Saved by Language » réalisée en 2012, utilisée avec la permission de Bryan Kirschen.
Avant 1941, environ 14000 Juifs vivaient en Bosnie Herzégovine, et 12000 ont été tués durant l'holocauste. Selon les données du Département d'État des États-Unis, 2000 Juifs bosniens ont migré vers Israël ou d'autres pays occidentaux lors des guerres de Yougoslavie des années 1990. Le dernier recensement de la population indique que, parmi les 1000 Juifs environ qui vivent dans le pays, 600 à 700 résident à Sarajevo.
En 1946, le journaliste et écrivain américain Robert St John (1902-2003) a visité la Yougoslavie et a publié en 1948 le récit de voyage « The Silent People Speak ». L'un des chapitres décrit l'expérience horrible des « douze mille Juifs qui habitaient Sarajevo avant l'arrivée des nazis. Ces douze mille personnes étaient commerçants, patrons d'usines, intellectuels et travailleurs. Ils ressemblaient aux Juifs que l'on trouvait dans la plupart des villes européennes avant la guerre… Il ne sont plus que cinq cents.»
Durant son voyage de 1946, St.John a parlé avec des membres de la famille Abenaum qui avaient survécu, et a réalisé que leur famille ainsi que d'autres Juifs séfarades étaient présents à Sarajevo depuis plus de 450 ans.
L'un des survivants de l'holocauste, une jeune femme dont le nom n'est pas mentionné, installée dans un coin sombre de la pièce durant tout l'interview, affirme qu'elle avait dix-sept ans quand elle a été capturée par les nazis en compagnie de son partenaire oustachi. Elle s'est échappée du camp de concentration, a rejoint la résistance antifasciste, et a trouvé après la guerre un travail en tant qu'opératrice téléphonique. Elle a insisté sur l'importance du patrimoine ladino durant cette période de difficulté extrême.
Je peux vous parler des camps nazis. J'y étais. Ils ont tué mon père, ma mère et ma grand-mère. J'ai passé deux ans dans l'un de ces camps. Finalement, quand les tueries de masse ont commencé, j'ai perdu la raison. De ces nombreux mois, je n'ai aucun souvenir. Plus tard ils ont dit que j'étais complètement folle. Puis j'ai repris mes esprits et je me suis enfuie. J'ai découvert un groupe de partisans dans les collines et je les ai rejoints. J'ai combattu aux côtés des partisans jusqu'à la fin de la guère.
[…]
Ça m'évoque une ancienne chanson espagnole qui dit : « Je voudrais écrire mes souvenirs, mais une mer d'encre serait nécessaire et un ciel de papier ». Nous la chantions pendant l'exil, quand nous étions dans ces camps également. Chacun d'entre nous pourrait écrire un long livre, nous aurions besoin d'une mer d'encre et d'un plein ciel de papier.
La chanson en question est intitulée « Secretos » et figure sur l'album de chansons séfarades produit par la musicienne et éducatrice israélienne Claudia Nurit Henig en 1997. Elle est disponible sur YouTube :
";s:7:"dateiso";s:15:"20221103_171529";}s:15:"20221031_223110";a:7:{s:5:"title";s:81:"Australie : l'essor de l'écotourisme, une menace pour ses sites naturels uniques";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/31/275075/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275075";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 31 Oct 2022 21:31:10 +0000";s:11:"description";s:191:"« Ces îles attirent chaque années des millions de visiteurs avides de découvrir leurs sites naturels uniques. Mais c'est souvent « l'écotourisme » qui contribue à leur dégradation.»";s:7:"content";s:20274:"
Développement touristique à l'origine de dommages environnementaux et culturels des parcs nationaux
Phillip Island : centre d'accueil des visiteurs de la parade des manchots – Photo avec l'aimable autorisation de Gerard Reinmuth, via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
L'écotourisme en Australie, tout comme dans d'autres destinations dans le monde, est l'objet de nombreuses tensions et contradictions. Le tourisme représente un secteur important de l'économie en l'Australie, grâce à ses sites emblématiques tels que la Grande Barrière de Corail, Uluru et la montagne rouge, et à une faune et une flore exceptionnelles.
Avant la pandémie, le tourisme représentait 3,1% du PIB (entre 2018 et 2019) et 3,3% du taux d'emploi du pays.
Les exemples ci-dessous donnent un bref aperçu des menaces environnementales posées par le tourisme en Australie.
Un sentier transformé en poubelle
Situé dans le centre de l'Australie, le sentier Larapinta, qui s'étend le long de Tjoritja (le parc national de West MacDonnell) à l'ouest d'Alice Springs, est très populaire auprès des randonneurs. Beaucoup d'ailleurs optent pour les voyages organisés qui proposent des séjours dans des campings soit-disant écologiques.
La découverte de déchets et déjections humaines le long du sentier est à l'origine de nouvelles préoccupations environnementales.
J'adore cet endroit magnifique, mais malheureusement il est souillé par le passage de randonneurs. Alors que le sentier ne cesse de gagner en popularité, il est jonché de défections humaines et de papier toilette.
Les formules de randonnées de plusieurs jours, de refuge en refuge, soulèvent les mêmes préoccupations dans d'autres régions du pays.
Le projet de construction d'un complexe écologique près de Great Ocean Road à Victoria, qui abrite les célèbres Douze Apôtres, est un sujet de controverse. Un groupe communautaire, The Save Princetown Wetlands, continue de faire campagne sur Facebook afin de le bloquer.
Infrastructures dans les parcs nationaux
Les logements et autres infrastructures dans les parcs nationaux posent de réels problèmes. Récemment, Eden Gillespie, journaliste au Guardian, a enquêté sur quelques uns de ces parcs et décrit dans un rapport les menaces qu'ils représentent pour l'environnement. Selon Ralf Buckley, professeur à l'Université de Griffith :
The general public is not in favour of these kinds of developments but developers don’t care … They are looking at single visits by wealthy urbanites.
These kinds of developments proposed … I don’t think they’re good for conservation, I don’t think it’s good for equitable public access to parks and I don’t think it’s good for the tourism industry.
Le grand public n'approuve pas ce type de développements touristiques mais les promoteurs s'en fichent…Ils sont destinés à des citadins fortunés qui n'y séjourneront qu'une seule fois.
Le type de développements qui sont proposés…je ne pense pas qu'ils aient un impact positif sur la conservation de la nature, que le public continuera à avoir accès aux parcs, et que le secteur du tourisme en bénéficiera.
Elissa Keenan, directrice générale de Ecotourism Australia, a répondu :
We are advocates for tourism operators in national park areas who adhere to international best-practice sustainability standards
Nous soutenons les opérateurs touristiques qui dans les parcs nationaux respectent les normes internationales de meilleures pratiques en matière de développement durable.
Le Parc national de Kosciuszko est le dernier exemple d'une communauté divisée sur les problèmes environnementaux et de développement.
Un autre projet de construction a été annoncé pour le lac Malbena situé sur Halls Island dans la zone de nature sauvage de Tasmanie, une région inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Silence like nowhere else. The highest rated world heritage area on earth. If a place like this gets turned into a helicopter retreat for the rich, nowhere is protected. Greed will win. That’s worth fighting against. Thanks for your support.#keeptassiewild#auspolpic.twitter.com/aJHxMKNv0g
Le silence ici est incomparable. La zone de patrimoine mondial la mieux classée de la planète. Si un endroit comme celui-ci devient une destination de vacances pour les riches avec accès par hélicoptère, alors aucun autre site ne pourra être protégé. La cupidité l'emportera. C'est un combat qui en vaut la peine. Merci pour votre aide.
La date limite de soumission du projet était le 19 Octobre 2022 et l'accord du gouvernement fédéral n'a pas encore été donné.
Un an après les feux de brousse dévastateurs de 2019 et 2020, la professeuse Freya Higgins-Desbiolles a étudié les effets du tourisme sur quelques-unes des îles idylliques d'Australie, notamment l'île Kangourou où le parc national de Flinders Chase mesure encore l'impact de la tragédie.
The most ironic threat is from unsustainable tourism. These islands attract millions of visitors a year keen to experience their natural wonders. Yet often this very “ecotourism” is contributing to their degradation.
Ironiquement, le tourisme irresponsable est la principale menace qui pèse sur l'environnement. Ces îles attirent chaque années des millions de visiteurs avides de découvrir les merveilles de la nature. Mais c'est souvent l'écotourisme qui contribue à leur dégradation.
Au mois de juillet 2022, Mayeta Clark, journaliste de l'émission radiophonique Background Briefing sur ABC, a publié un compte-rendu détaillé de l'impact du tourisme sur les parcs nationaux. La piste des Trois Caps en Tasmanie et le Light to Light Walk, une randonnée de plusieurs jours dans le parc national de Beowa (anciennement appelé le parc national Ben Boyd) le long de la côte de la Nouvelle-Galles du Sud seraient les plus touchés. Comme le dit l'un des habitants : « C'est un parc national. Pas un hôtel…»
Bonne nouvelle : une ascension controversée maintenant interdite
Uluru est l'un des sites naturels les plus exceptionnels du continent. Il est affectueusement surnommé « le rocher » d'après son nom colonial Ayers Rock et s'est retrouvé au coeur d'une polémique lorsque les Aborigènes Anungu, ses propriétaires ancestraux, ont interdit son ascension au public en raison de son importance culturelle et dans un souci de le protéger des dommages environnementaux.
Uluru chains removed!
It took less than three weeks to remove the chain used for the Uluru climb, however it may take “hundreds, maybe thousands” of years for the surface to return to its natural red hue. https://t.co/ZvHZl1ZERipic.twitter.com/WD3356a9qY
Il aura fallu moins de trois semaines pour retirer toutes les chaînes mises en place par le passé pour escalader Uluru, mais il faudra sans doute « des centaines, voire des milliers » d'années pour que le sol retrouve sa couleur rouge naturelle.
Toutefois, pendant la pandémie, un groupe de pression suggéra de réouvrir l'accès du rocher aux grimpeurs pour relancer le tourisme.
Phillip Island : centre d'accueil des visiteurs de la parade des manchots
Les adorables manchots pygmées de Phillip Island sont un bel exemple de réussite en matière de préservation. En 1985, un programme de rachat de terrains fut introduit dans le quartier résidentiel de Summerlands, situé près de la colonie de reproduction des manchots, au cours duquel environ 800 propriétés furent achetées. On compte aujourd'hui près de 40 000 manchots reproducteurs sur l'île. Un tout nouveau centre d'accueil des visiteurs ultramoderne fût ouvert en 2019 qui, durant les confinements, diffusait en direct les parades nocturnes des manchots.
L'association Phillip Island Nature Parks se vante d'être une « destination éco-responsable avant-gardiste.»
Budj Bim
Le paysage culturel Budj Bim, exemple d'une nouvelle forme de tourisme, prétend être « un lieu privilégié qui offre aux visiteurs une expérience inédite et authentique d'une culture vivante aborigène, d'une histoire et d'un paysage qui n'existe nulle part ailleurs. » Depuis des milliers d'années, son système ancestral d'aquaculture permet au peuple Gunditjmara de capturer, stocker et récolter des anguilles grâce à la roche volcanique de la région avec laquelle ils construisent des canaux et des barrages. Le Budj Bim est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2019 pour sa valeur universelle exceptionnelle.
Le comité décrit la région comme étant :
Exceptional testimony to the cultural traditions, knowledge, practices and ingenuity of the Gunditjmara [and] an outstanding representative example of human interaction with the environment.
Un témoignage unique des traditions culturelles, du savoir, des pratiques et de l'ingéniosité des Gunditjmara, et un exemple représentatif exceptionnel de l'interaction de l'homme avec l'environnement.
Les touristes peuvent profiter de visites en petits groupes de la zone indigène protégée de Kurtonitj avec de guides aborigènes de la région, sur des sentiers et passerelles aménagés. Le plan directeur 2022-2030 identifie les risques de pollution et de dommages éventuels dans les aires de fréquentation diurne et limitera l'accès des zones affectées aux « visites guidées » seulement. Les touristes ont déjà libre accès à des zones telles que le lac Condah et le lac Surprise et ont la possibilité de camper, de faire de la randonnée et peuvent profiter d'autres activités récréatives. Des hébergements communautaires, de luxe et pour les groupes scolaires sont actuellement à l'étude.
Today is World Environment Day and this year's theme is Only One Earth. With the new infrastructure at key sites, we'll be using raised walkways to take people out on Gunditjmara Country, ensuring sustainable visitor access to the Budj Bim Cultural landscape at all times. pic.twitter.com/XbERX1NYJn
Aujourd'hui, nous célébrons la Journée mondiale de l'environnement dont le thème cette année est « Une seule Terre ». Grâce à la mise en place de nouvelles infrastructures sur des sites clés, les touristes pourront désormais utiliser des passerelles surélevées pour se rendre sur les terres des Gunditjmara, et cela afin d'assurer à tout moment un accès responsable au paysage culturel de Budj Bim.
Une dernière reflexion de Penny qui vit dans la région de Kaurna, berceau de terres traditionnelles aborigènes, près de l'Île Kangourou :
";s:7:"dateiso";s:15:"20221031_223110";}s:15:"20221031_221805";a:7:{s:5:"title";s:95:"Comment la jeunesse palestinienne résiste à l'occupation israélienne : en se rasant la tête";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/31/275108/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275108";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 31 Oct 2022 21:18:05 +0000";s:11:"description";s:200:"Une nouvelle génération sans espoir face à la réalité brutale de l'apartheid israélien mène le combat. Les Palestiniens expriment leur sympathie pour ces jeunes et soutiennent leur résistance.";s:7:"content";s:20699:"
Les Palestiniens utilisent diverses formes de résistance contre l'apartheid israélien
Bienvenue à la jeunesse de Jérusalem, dessin de Mahmoud Abbas, utilisé avec permission.
Ces dernières semaines, de jeunes palestiniens du camp de réfugiés de Shu'fat, au nord de Jérusalem occupée, se sont rasés la tête pour induire en erreur les troupes d'occupation israéliennes. Elles sont à la recherche d'Uday Al-Tamimi, 23 ans, soupçonné d'avoir mené une fusillade à un point de contrôle militaire à proximité du camp, le 8 octobre dernier.
Connu dorénavant sous le nom « opération Shu'fat », l'incident a entraîné la mort d'une soldate israélienne et la blessure de deux autres, entrainant un siège complet du camp de réfugiés par les forces d'occupation israélienne.
Après la publication par l'armée israélienne d'une description de l'agresseur comme étant chauve, plusieurs jeunes palestiniens ont posté des vidéos en ligne d'eux-mêmes se rasant la tête chez un coiffeur du camp, sans ajouter de commentaire.
Ils étaient loin de se douter que cet acte de résistance pacifique déclencherait une vague de soutien parmi les jeunes hommes à l'intérieur et à l'extérieur du camp. Mais également au-delà des frontières, où décider de se raser la tête est devenu une tactique de résistance non violente, en solidarité avec les résidents du camp.
أعلنت سلطات الاحتلال الاسرائيلي أن الشاب الذي نفذ الهجوم المسلح من المسافة صفر على حاجز مخيم شعفاط السبت الماضي وأدى إلى مقتل جندية واصابة 3 جنود اسرائيليين آخرين ولازال حرا طليقا أصلع الرأس فقام كل شباب المخيم بحلاقة رؤوسهم أصلع الرأس لمزيد من تضليل الاسرائيليين #فلسطينpic.twitter.com/O5w5XGJARr
Les autorités d'occupation israélienne ont annoncé que le jeune homme commanditaire de l'attaque armée du checkpoint au camp de Shu'fat samedi dernier, tuant une femme soldat et blessant trois autres soldats israéliens, est chauve, et toujours en fuite. Pour tromper les Israéliens, tous les jeunes hommes du camp se rasent la tête. #فلسطينpic.twitter.com/O5w5XGJARr
Une telle tactique rappelle les soulèvements palestiniens de 1936 à 1939. Les Palestiniens des villes avaient abandonné leurs « tarbooshes » pour porter une « kufiya » — la coiffe traditionnelle à carreaux généralement portée par les « fallaheen » (résidents ruraux) — afin de tromper les colons britanniques qui identifiaient les rebelles palestiniens originaires de zones essentiellement rurales par leurs kufiyas.
Cette méthode de protestation pacifique est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux, inspirant diverses œuvres d'art pour commémorer la solidarité. Elle a également suscité d'autres actes de défiance, comme l'utilisation délibérée du prénom Uday (pour Uday Al-Tamimi, le jeune homme du checkpoint) dans des conversations téléphoniques, des messages WhatsApp et des SMS, afin de tromper la machine de surveillance israélienne dans ses efforts pour le localiser.
Malheureusement, la réalité en Palestine est loin d'être humoristique. En avril 2021, Human Rights Watch a publié un important rapport accusant Israël de crimes contre l'humanité sous forme d'apartheid, exprimé par une discrimination institutionnelle et l'oppression systématique des Palestiniens.
Ces récents actes de défiance n'ont pas plu aux autorités israéliennes, dont les attaques contre tous types de manifestations pacifiques palestiniennes sont depuis longtemps une source de préoccupation pour les défenseurs des droits de l'homme.
Le 8 octobre, les autorités israéliennes ont imposé un confinement de six jours au camp de Shu'fat. Abritant environ 100 000 réfugiés palestiniens, tous déracinés de force en 1948 de leurs maisons et de leurs terres natales dans la Palestine historique pour la création d'Israël, le camp a depuis été coupé du reste de Jérusalem par le mur de séparation israélien. Celui-ci a créé une prison à ciel ouvert où Israël contrôle les points d'entrée et de sortie. Au cours de ce confinement militaire, les résidents du camp se sont vus refuser la possibilité de sortir, d'aller travailler, de consulter un médecin ou d'accéder aux fournitures et services de base.
Face à cette punition collective appliquée au camp pendant la chasse à l'homme d'Uday Al-Tamimi, les résidents du camp ont lancé une campagne de désobéissance civile.
الاحتلال يحاصر 150 ألف فلسطيني بحثًا عن منفذ عملية شعفاط في “عقاب” جماعي وهوس انتقامي. الضفة تعلن الاضراب العام غدًا، وأهالي #مخيم_شعفاط يعلنون العصيان المدني مع مواجهات مستمرة. الضفة على برميل من بارود سينفجر في وجه الاحتلال والأجهزة الأمنية التي تحرسه. pic.twitter.com/nIcNY3utuf
Avec cette « punition » collective et son obsession vengeresse, l'occupation assiège 150 000 Palestiniens pour rechercher l'auteur de l'opération Shu'fat. La Cisjordanie a annoncé une grève générale demain, et les habitants du camp de Shu'fat ont déclaré la désobéissance civile avec des affrontements continus. La Cisjordanie est une bombe à retardement qui explosera face à l'occupation et aux forces de sécurité la rendant possible.
Les manifestations ont pris de l'ampleur en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée, où une grève générale des commerces s'est déroulée. Cet appel à la grève a été lancé par Areen al-Usud (« la fosse aux lions »), un groupe rebelle armé composé de jeunes hommes de divers horizons politiques, récemment créé dans la ville de Naplouse après la mort d’Ibrahim al-Nabulsi, 19 ans, un autre jeune homme célébré comme un héros local. Le groupe mène la résistance contre les attaques de l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine et la ville de Naplouse.
Naplouse a récemment été le théâtre de violentes agressions de la part de colons protégés par l'armée israélienne, et a été soumise à un verrouillage similaire à celui imposé à Shu'fat depuis le 11 octobre. Si les autorités israéliennes ont assoupli les restrictions dans le camp de réfugiés de Shu'fat le 13 octobre, elles restent en vigueur à Naplouse.
Entre-temps, la chasse à l'homme d’Uday Al-Tamimi a pris fin le 19 octobre après une nouvelle tentative de fusillade visant des gardes israéliens dans la colonie illégale de Ma'ale Adumim, à l'est de Jérusalem occupée. Après avoir appris sa mort, des centaines d'habitants de Shu'fat ont afflué dans les rues pour lui rendre hommage et le saluer comme un héros.
Devant la maison du combattant martyr Uday Tamimi, au camp de Shu'fat.
La nouvelle vague de la résistance palestinienne
Au cours des derniers mois, les tensions en Cisjordanie se sont accrues en raison d’opérations militaires israéliennes, de colons armés terrorisant des natifs palestiniens en toute impunité, et d'une intensification de la résistance armée palestinienne. Ce cycle de violence s'inscrit dans le cadre de la campagne d'opérations militaires israéliennes « Break the Wave » [Casser la vague] visant la résistance armée palestinienne. Cette dernière connait un regain en Cisjordanie après un tournant dans la mobilisation palestinienne depuis mai 2021.
À l'époque, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ainsi que les citoyens palestiniens d'Israël, se sont unis pour protester contre l'exclusion des habitants du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est et les attaques contre les fidèles de la mosquée Al-Aqsa. Cette situation a rapidement dégénéré en une attaque israélienne de 11 jours contre la bande de Gaza assiégée, tuant plus de 260 Palestiniens, dont 66 enfants.
Néanmoins, l'élan de solidarité suivant ces évènements a donné un nouveau souffle à la résistance armée en Cisjordanie.
Depuis le début de l'année 2022, les forces israéliennes ont tué au moins 165 Palestiniens en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, dont 51 Gazaouis en août, lors de l'assaut israélien de trois jours sur la bande. UNICEF décrit l'année comme « la plus meurtrière depuis 2006. »
Une nouvelle génération, de plus en plus désespérée par les réalités brutales de l'apartheid israélien, mène désormais le combat. Alors que les Palestiniens des territoires occupés continuent d'exprimer leur sympathie et leur inquiétude à l'égard de ces jeunes en première ligne du mouvement de résistance, cette solidarité croissante contribue à unir des communautés idéologiquement et physiquement fragmentées.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221031_221805";}s:15:"20221030_005810";a:7:{s:5:"title";s:75:"Jiangshan : le XXe congrès du Parti communiste chinois expliqué pour vous";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/30/275086/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275086";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 29 Oct 2022 22:58:10 +0000";s:11:"description";s:160:"La rhétorique politique, qui reflète la détermination du parti à sauvegarder le système de parti unique par la force, convainc cependant de moins en moins.";s:7:"content";s:18112:"
Priorité absolue au maintien de l'État à parti unique.
Une représentation peinte du poème de Mao Zedong, Neige, sur l’air de « Printemps au Jardin de Qin » (1936), par les peintres tardifs Fu Baoshi et Guan Shanyue (1959). Domaine public – image historique.
Le 16 octobre, le secrétaire général du parti et président chinois Xi Jinping a prononcé le discours d’ouverture du XXe congrès du Parti communiste chinois.
Conformément au système politique à parti unique, le Congrès du PCC, auquel participent 2 296 délégués représentant 96,7 millions de personnes, élira les membres du Comité central, qui approuveront à leur tour une liste de 25 hauts responsables du parti pour le Bureau politiqueet son Comité permanent (organe décisionnel le plus puissant du pays et dirigé par le secrétaire général).
En d’autres termes, une inauguration « réussie » du Congrès devrait permettre à Xi d’obtenirun troisième mandat sans précédent en tant que président et consolidera davantage son pouvoir au sein du Bureau politique du PCC, comme l’ont déjà expliqué de nombreux médias.
En 2018, le Congrès national du peuple (Parlement) a voté pour abolir la limite de deux mandats pour la présidence prévue dans la constitution chinoise ; ce qui permet à Xi de renouveler son leadership indéfiniment.
Pour les spécialistes de la Chine, les documents officiels et les discours publics pendant la semaine du Congrès ont offert des indices concernant la trajectoire politique de la Chine pour les 5 prochaines années. L’une des méthodes d’analyse consiste à examiner les termes politiques clés.
Dans cette série de 5 articles, Global Voices expliquera la signification, le contexte, mais aussi les réactions locales à certains des termes clés qui sont apparus, ou ont disparu, pendant le XXe congrès du PCC.
Le premier terme de cette série est Jiangshan (江山), qui signifie littéralement « rivière et montagne », et qui est officiellement traduit par les médias d’État chinois par « pays ».
Le terme apparaît dans le discours d’ouverture de Xi Jinping pour légitimer la direction du PCC en Chine. La transcription et la vidéo des récits de Xi Jinping sur le Jiangshan, dont certains sont accompagnés de traductions officielles en anglais, ont été diffusées par les médias officiels sur toutes les plateformes de réseaux sociaux chinois.
Débats autour de la traduction
Zhang Lifan, un historien de la Chine continentale, a intégré le clip vidéo sur Twitter :
[Traduction officielle] Le pays est son peuple ; le peuple est son pays. Dans sa lutte pour fonder et développer la République populaire, le Parti communiste chinois a guidé le peuple et s’est battu pour obtenir son soutien.
pic.twitter.com/V9Ol6ZjXRx
— 章立凡 Zhang Lifan (@zhanglifan) Le 18 octobre, 2022
Le Great Translation Movement, groupe de traducteurs-activistes basé sur Twitter, a critiqué la traduction officielle chinoise et a souligné que le terme 打江山, dont le sens littéraire signifie « battre et conquérir la rivière et la terre », devrait être traduit par « conquérir le pays » plutôt que de parler de « lutte pour fonder » ce pays.
D’autres réactions spontanées des communautés sinophones portent sur la logique de l’expression. L’utilisateur de Twitter @srpnmamtf a souligné le problème :
[Cette phrase ne manque-t-elle pas de logique ?!] Je n’arrive vraiment pas à comprendre la logique du grand chef. Si le peuple est son pays, pourquoi devons-nous lutter et conquérir Jiangshan [les terres et les rivières] ? Nous devrions plutôt « aimer Jiangshan [le pays] » ! […]
pic.twitter.com/zhGDhRBBb5
— 軟綿綿 (@srpnmamtf) Le 16 octobre, 2022
Des photos ou des vidéos montrant les forces de l’ordre chinoises en train de frapper des gens du peuple ont également été postées pour se moquer de la direction du parti et tourner en ridicule leur usage de l’expression « battre et conquérir Jiangshan ».
Le militant chinois des droits humains en exil @tengbiao a souligné un autre problème de traduction et a fait valoir que le terme Jiangshan ne devrait pas être traduit par « pays ».
La traduction officielle béatifie l’expression Jiangshan en faisant usage pour parler du « pays », mais en réalité, le terme fait référence au régime (système politique).
— 滕彪 (@tengbiao) Le 17 octobre, 2022
La terre et le pouvoir des anciens empereurs chinois
Sur le fil Twitter de Tengbiao, d’autres personnes se sont jointes à la discussion pour comprendre la signification de ce terme chinois. Beaucoup ont souligné que l’utilisation de ce terme reflète la mentalité des anciens empereurs chinois.
L’internaute @TaylorEvan6839, par exemple, explique :
Le terme Jiangshan, lorsqu’il est utilisé dans un contexte politique, reflète la politique de la Chine ancienne et suppose un pouvoir absolu du régime sur ses terres et sa population, ainsi que la prospérité à l’intérieur de ses frontières.
Quant à jerry16789, il apporte un autre nuance avec des termes simples :
“江山”含义比较复杂,即指政权,也指领地。跟黑社会抢地盘最接近,我抢来就是我的,可以收保护费了。
La signification de Jiangshan est complexe. Le terme peut faire référence au régime ou à ses territoires. Il s’apparente à la notion de « territoire » dans le monde mafieux, en ce sens que la conquête d’un territoire accorde à la mafia le droit d’en tirer des revenus (illégaux).
Mao Zedong, ancien dirigeant du PCC et fondateur de la République populaire de Chine, a lui-même utilisé le terme « Jiangshan » pour exprimer son ambition politique dans son poème le plus populaire, Neige, sur l’air de «Printemps au Jardin de Qin» (1936). Voici la traduction du deuxième vers de ce poème via Marxist.org :
江山如此多娇 – Cette terre si riche en beauté 引无数英雄竞折腰 – A amené d’innombrables héros à s’incliner en son honneur. 惜秦皇汉武 – Mais hélas ! Chin Shih-huang [premier empereur de la Chine unifiée] et Han Wu-ti [empereur qui a régné pendant 54 ans sous la dynastie Han et a fondé la civilisation chinoise Han] 略输文采 – Ne brillaient pas par leur culture, 唐宗宋祖 – Tang Tai-tsung [empereur de la dynastie Tang dont la réforme politique a conduit la Chine à un âge d’or] et Sung Tai-tsu [premier empereur de la dynastie Song] 稍逊风骚 – N’étaient pas poètes dans l’âme ; 一代天骄 成吉思汗 – Et Gengis Khan, béni par le Ciel en son temps, 只识弯弓射大雕 – Ne savait que tendre son arc pour tirer sur les aigles. 俱往矣 – Tout cela est du passé ! 数风流人物 – Pour les vrais grands hommes 还看今朝 – Tournons notre regard vers le présent.
En 1959, les défunts peintres Fu Baoshi et Guan Shanyue ont créé une œuvre d’art pour accompagner Neige, sur l’air de « Printemps au Jardin de Qin» à l’occasion du 10e anniversaire du PCC. Le tableau, dont le soleil représente le PCC, est accroché dans le palais de l’Assemblée du peuple depuis lors.
Le règne du parti unique
Après l’établissement de la RPC, les liens entre le peuple, Jiangshan et le CPC se sont resserrés. Le socialisme est bon, une chanson de propagande écrite en 1958 sous l’ère Mao, est un excellent exemple du cadre idéologique du parti unique. Voici les deux derniers couplets de cette chanson politique populaire :
Le socialisme est bon, le socialisme est bon ! Le régime socialiste (Jingshan) protège le peuple. Le régime populaire (Jingshan) est fort, les réactionnaires ne peuvent pas renverser [le régime]. La société socialiste remportera définitivement la victoire, et la société communiste deviendra définitivement réalité.
Le parti communiste est bon ! Le parti communiste est bon ! Le parti communiste mène la Chine sur la voie de la prospérité et de la force. Le régime populaire (Jingshan) est fort, les réactionnaires ne peuvent pas renverser [le régime]. La société socialiste remportera définitivement la victoire, et la société communiste deviendra définitivement réalité.
Xi Jinping a repris l’héritage de Mao, notamment en ce qui concerne sa vision politique du Jiangshan. Ce n’est pas un hasard si le China Post a redonné une vie au texte de Mao, Neige, sur l’air de « Printemps au Jardin de Qin », en l’associant à un dessin animé en 3D et en l’ajoutant à un timbre miniature en septembre 2021.
Le discours de Xi sur le Jiangshan lors du XXe Congrès obéit également à la tradition du PCC qui consiste à combiner les anciennes traditions du pays avec des termes politiques modernes, cette fois en mettant l’accent sur la « lutte pour fonder » ou « conquérir » le Jiangshan.
Cette rhétorique politique, qui reflète la détermination du parti à maintenir le système de parti unique par la force, devient, toutefois, de moins en moins attrayante, car le peuple souhaite désormais aller de l’avant, et non revenir en arrière. Grâce à des mesures de censure strictes, il y a eu très peu de critiques ou même de réactions sur la citation du Jiangshan de Xi sur Weibo. Néanmoins, des captures d’écran de commentaires critiques, comme celui-ci, continuent de circuler :
Vous voulez que nous luttions et conquérions les rivières et les montagnes ? Les montagnes continuent d’exister et les rivières continuent de couler sans que vous vous battiez pour elles… Ceux qui se sont battus ont été réduits en cendres… Que protégez-vous ? Sans votre protection, elles ne s’enfuiront pas. Seuls vous et vos gangs devriez fuir. Votre progéniture a volé les mines situées dans ces terres et ces rivières… Puis, elle les a transformées en dollars qu’elle a cachés de l’autre côté de l’océan Pacifique…
";s:7:"dateiso";s:15:"20221030_005810";}s:15:"20221030_003742";a:7:{s:5:"title";s:88:"Iran : les raisons pour lesquelles les récentes manifestations restent sans précédent";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/30/274862/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274862";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 29 Oct 2022 22:37:42 +0000";s:11:"description";s:160:"Les manifestations auxquelles nous assistons en ce moment sont sans précédent ; elles pourraient être un signe des choses à venir pour l'Iran et son peuple.";s:7:"content";s:19266:"
Les femmes iraniennes mènent le pays vers le changement
Bien que je soutienne depuis longtemps que le peuple iranien est prêt pour un changement fondamental, ces manifestations sont d'un genre nouveau. Je n'insinue pas que les gens n'ont pas cherché le changement pendant cette période. Cette rage dans les rues iraniennes a été provoquée par la mort tragique de Mahsa Jina Amini, mais cela fait plus de deux décennies que les flammes brûlent. Les manifestations actuelles, cependant, semblent être d'une nature différente de tout ce que nous avons jamais vu et ébranlent véritablement le régime au pouvoir.
En s'appuyant sur des images et des vidéos prisent en Iran, nous pouvons clairement identifier trois raisons pour lesquelles ce qui se passe en Iran est inédit et pourquoi beaucoup pensent que la nation a atteint un tournant.
Le peuple iranien n'a plus peur et est en colère
Deux des différences les plus flagrantes entre les précédentes manifestations et le soulèvement actuel sont l'incroyable bravoure démontrée par les manifestants et la fureur qu'ils déchaînent contre le régime.
De nombreuses vidéos montrent comment les manifestants avancent alors que les autorités reculent, terrifiés. Les jeunes iraniens (dont la majorité est née après la révolution de 1979) revendiquent leurs droits et n'ont pas peur de la répression du régime.
Les manifestants de la vidéo suivante, originaires de la ville de Rasht, sont pourchassés par le personnel de sécurité et frappés avec des tasers et des gourdins avant qu'un manifestant ne se retourne et fasse face à son agresseur. D'autres manifestants encerclent et attaquent le membre des forces de sécurité.
Ces types d'affrontements étaient rares et inhabituels les années précédentes, mais ils commencent à augmenter en signe de soutien et de légitime défense.
Le tweet suivant provient de la ville d'Amol. Le journaliste Farzad Seifikaran indique que les manifestants repoussent les forces de sécurité, mais il ajoute que la source qui a partagé la vidéo aurait déclaré que plusieurs manifestants avaient été abattus, blessés ou tués lors de l'altercation.
این فیلم از #آمل الان به دستم رسید، ببینید مردم چگونه نیروهای امنیتی را عقب میرانند. ۳۰ شهریور
دیشب در خبرها هیچ نامی از آمل در پیوستن به اعتراضها به مرگ #مهسا_امینی نبود.
منبعی که فیلم را فرستاده میگوید بعد از این مردم را با گلوله زدهاند و تعداد زیادی زخمی و کشته شدند. pic.twitter.com/kbYZZfdtV7
L'altercation prise d'un angle différent est montrée dans cette vidéo, que le journaliste de Rudaw, Fazel Hawram, décrit comme « des images inconcevables. » Après des années de répression par le régime, ces scènes semblent incroyables aux journalistes qui ont couvert l'Iran.
Des images incroyables d'Amol dans le nord de l'Iran : des centaines de personnes repoussant la police anti-émeute et les forces de sécurité de l'État #MahsaAmini#مهساامینیpic.twitter.com/ZolwhOjR6X
Une vidéo prise dans la ville de Babol, dans le nord du pays, montre une foule compacte se rassemblant et chargeant les forces de sécurité, qui semblent tirer à balles réelles. La foule ne se disperse pas : elle se serre les coudes et charge en avant.
Le dernier soulèvement important en Iran s'est produit à la fin de 2019, déclenché par la hausse des prix du carburant. Des manifestations massives avaient éclaté à travers le pays et, par conséquent, des rapports affirment que les manifestants avaient subi « la répression la plus sanglante depuis la Révolution islamique de 1979. » Amnesty International a rapporté que la politique des forces de sécurité consistant à « tirer pour tuer » avait entraîné la mort de milliers de personnes.
Compte tenu du peu de temps écoulé depuis cette répression brutale, nous devrions être ébahis par les récents actes d'insubordination en Iran.
Les femmes sont en première ligne
Les femmes iraniennes, qui ont joué un rôle majeur dans ces manifestations, sont au premier plan d'actions courageuses entreprises par les civils Iraniens. Incontestablement, les femmes iraniennes ont toujours joué un rôle crucial dans l'activisme politique, de la révolution de 1979 aux militantes politiques actuelles comme Nasrin Sotoudeh, détenue en ce moment même pour son opposition au régime.
Les manifestations actuelles ont offert l'opportunité aux femmes de prendre les rênes de ce mouvement axé sur le changement et d'affirmer leur propre pouvoir. Depuis le soulèvement étudiant de 1999, l'Iran a été témoin de nombreuses manifestations, mais jamais les femmes et leur insubordination aux lois du régime en refusant de porter l'obligatoire hijab n'ont joué un rôle aussi important.
La vidéo suivante pourrait entrer dans l'Histoire comme la représentation définitive de ces manifestations : une Iranienne danse au milieu de la foule avant de jeter son voile dans le feu.
Dans une autre vidéo, une femme, debout sur un banc public semble être harcelée par des agents de sécurité féminins. La colère et la révolte dans sa voix sont palpables alors qu'elle cite Mahsa Amini comme la raison de sa présence.
« Tu ne peux pas m'attraper »
« Je ne bouge pas d'ici »
« Ne me touche pas »
[Les femmes agents de sécurité la plaque au sol]
« Ne me touche pas »
[Elle se relève]
« Ce n'est pas seulement pour le foulard, je suis là parce que tu as tué Mahsa »
Des femmes protestant tout en tenant leur foulard à la main peuvent être vues dans de nombreuses photos et vidéos.
Tellement émue de voir des femmes iraniennes mener des manifestations avec ce slogan puissant : « Femme, vie, liberté »
Des femmes qui portent le hijab, ne le portent pas ou y mettent le feu se tiennent côte à côte contre la cooptation du hijab par un État qui nous fait du mal à tous et exigent plutôt la liberté sur tous les frontspic.twitter.com/FqnetmkL6o
Bien que les femmes iraniennes aient toujours été actives politiquement, c'est la première fois qu'elles représentent ouvertement et fermement une révolution. Beaucoup de gens considèrent leur leadership comme un signe d'un avenir moderne et démocratique et comme un contraste évident avec le clergé dominant en Iran. Il est désormais possible que les événements qui se déroulent en Iran conduisent à la première révolution féministe moderne au Moyen-Orient, et peut-être dans le monde.
Le régime est vulnérable politiquement et matériellement
L'environnement politique iranien est instable depuis un certain temps. La nation a également été dévastée par l'élection d’Ebrahim Raisi à la présidence, qui a mis fin à tous les mythes sur la réforme et la modération, ainsi qu'à de graves difficultés économiques et à l'inflation.
De nombreux Iraniens espéraient que des réformateurs politiques avertis ouvriraient la voie à plus de modération sociétale et de liberté individuelle en Iran. Compte tenu de la présidence inefficace du précédent dirigeant et réformateur, Hassan Rohani, dont le mandat a pris fin en 2021, et du soutien catégorique du guide suprême Khamenei à l'actuel président Raisi, il semble que tout espoir ait été définitivement perdu.
Alors que les élections présidentielles ont souvent été utilisées comme un moyen d'apaiser les tensions intérieures et de donner aux citoyens iraniens une illusion de liberté, la décision du guide suprême de soutenir un candidat aussi radical a peut-être été motivée davantage par le désespoir que par la ruse.
En raison des rumeurs concernant la mauvaise santé de Khamenei, l'Assemblée des experts se démène pour élaborer un plan pour sa succession. La semaine dernière, il a été révélé que Khamenei avait subi une procédure médicale urgente.
L'incertitude entourant le successeur de Khamenei au poste de guide suprême, en plus du fait que le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) est devenu une force hautement divisée, avec divers degrés de loyauté et de rivalité, peut être la tempête parfaite pour un changement politique radical.
Bien qu'il soit difficile de prédire exactement ce qui pourrait se passer en Iran au cours des prochains jours ou des prochaines semaines, on peut dire sans crainte que nous voyons des scènes inédites se dérouler.
On peut y voir des jeunes réclamer l'égalité des sexes, des droits politiques et civils fondamentaux et la liberté d'expression. Cela implique également d'être prêt à défendre ces revendications et à se battre pour elles. Cela pourrait aussi être un signe des choses à venir pour l'Iran et son peuple.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221030_003742";}s:15:"20221030_001503";a:7:{s:5:"title";s:50:"L'Arménie secouée par le suicide d'un couple gay";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/30/275124/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275124";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 29 Oct 2022 22:15:03 +0000";s:11:"description";s:161:"En Arménie, le suicide d'un couple homosexuel le 20 octobre a suscité une vague de critiques à l'encontre de l'homophobie existante et répandue dans le pays.";s:7:"content";s:6491:"
Le couple aurait été victime de harcèlement et d'homophobie.
En Arménie, le suicide d'un couple gay le 20 octobre a déclenché une vague de discussions et de condamnations de l’homophobie très répandue dans le pays.
Le couple, qui aurait sauté d'un pont selon les médias locaux, a été harcelé sur Internet. Certains sont même allés jusqu'à justifier leur mort par leur orientation sexuelle.
« Nous considérons qu'il est inacceptable de justifier la perte de vies humaines. Ces jeunes hommes avaient encore de nombreuses années de vie devant eux, mais à cause de l'intolérance à leur égard, ils ont fait un pas si tragique. Les personnes LGBT ne connaissent que trop bien le sentiment d'isolement et d'incompréhension de la part de leur famille et de la société. Ce cas tragique prouve une fois de plus que les personnes LGBT en Arménie ne sont ni en sécurité ni protégées par la société ou l'État. »
Tbilisi Pride, une autre organisation de défense des droits des homosexuels, a tweeté un message de soutien :
Nous sommes tristes d'entendre des nouvelles aussi dévastatrices de notre pays voisin. Nos plus sincères condoléances et notre solidarité vont à la communauté #LGBT en #Arménie.
L'homophobie, la haine et la violence n'ont pas leur place dans une société! https://t.co/XtbNEoi3dD
Comme le rapporte Epress.am , le couple a partagé des photos d'eux sur Instagram avec le message suivant : « Happy End. Les décisions concernant le partage des photos et nos prochaines étapes ont été prises conjointement par nous deux ». Sur l'une des photos, le couple montre ses alliances, sur une autre, il portait des masques sur le visage.
Le niveau de haine dont la communauté LGBT et ses alliés font l'objet pour leur orientation et pour avoir parlé d'homophobie en Arménie est inquiétant. Les homophobes réduisent au silence toute discussion sur l'homophobie. L'Arménie n'est pas un pays sûr pour parler de ces sujets, et encore moins pour faire son coming out !
Les mauvais résultats de l'Arménie en matière de droits LGBTQ+ ont récemment été mis en évidence dans la carte et l'index annuel de Rainbow Europe. Selon l'index, l'Arménie se trouvait en bas de la liste, à la 47e place sur les 49 pays de la liste.
Mika Artyan, auteur des blogs GayArmenia et Unzipped, a écrit sur son blog à propos de cette tragédie : « Ce n'est pas le bon moment… – entendons-nous ou nous disons-nous. C'est toujours le bon moment pour défendre les droits humains. Sinon, ce ‘bon moment’ ne viendra jamais ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20221030_001503";}s:15:"20221027_210209";a:7:{s:5:"title";s:111:"Frayer un chemin pour les personnes LGBTQ+ par le biais de la honte, la violence homophobe et les interdictions";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/27/275118/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275118";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 27 Oct 2022 19:02:09 +0000";s:11:"description";s:248:"Les gens ont tendance à accepter la dignité et la fierté de ce qu'ils sont. Auparavant, être « Kazakh » et « gay » semblaient s'exclure mutuellement, mais nous sommes de plus en plus conscients de nos droits et de notre valeur intrinsèque.";s:7:"content";s:13401:"
Illustration reproduite avec l'aimable autorisation de Aiivell Sattar.
Habituellement le mois le plus paresseux au Kazakhstan, le mois de juillet a été marqué par l'interdiction précipitée du dessin animé « Lightyear », la suite de la célèbre série « Toy Story » de Walt Disney et Pixar, qui a déçu des dizaines de milliers d'enfants et alerté encore plus d'adultes. Le film a été interdit par les autorités kazakhes après que Nurtas Adambay, un ancien acteur surtout connu pour ses rôles de cross-dressing et qui se définit désormais comme un moraliste islamique, ait lancé une pétition pour que deux personnages de dessins animés s'embrassent entre personnes de même sexe. Au milieu de cette croisade homophobe qui a déclenché de vifs débats en ligne, Global Voices a eu l'occasion de s'entretenir avec Amir Shaikezhanov, fondateur de Safe Space Almaty, un centre communautaire LGBTQ+, et responsable du projet d’autodépistage du VIH pour les MSM et les personnes transgenres au sein d'une organisation sanitaire régionale.
Interrogé sur l'orientation étroite de son projet de prévention du VIH, il répond
D'un point de vue épidémiologique, pour toute infection, il existe certains modes de transmission spécifiques, et les risques superposés peuvent être plus élevés pour certains groupes. En ce qui concerne le VIH, nous pouvons parler des personnes qui s'injectent des drogues, par exemple, car le processus intervient directement dans la circulation sanguine, des travailleurs du sexe, en raison de la fluidité des partenaires sexuels, dont beaucoup sont prêts à payer plus cher pour des rapports non protégés, ou des hommes ayant des contacts sexuels avec des hommes, car ils utilisent rarement des contraceptifs de barrière pour se protéger, la grossesse étant hors de question. Cela concerne également les personnes transgenres, en particulier les femmes transgenres, en raison de leurs pratiques sexuelles ou du fait que nombre d'entre elles sont impliquées dans le travail du sexe. Par conséquent, nous devons actuellement travailler avec ces groupes.
Le Programme conjoint des Nations unies sur le VIH et le sida (ONUSIDA) estime qu'il y a environ 35 000 personnes vivant avec le VIH au Kazakhstan, dont 60 % sont des hommes.
Il y a le problème de la stigmatisation de ces groupes, à la fois la stigmatisation sociale et l'auto-stigmatisation. La stigmatisation du VIH est en soi très répandue, mais si l'on y ajoute l'autostigmatisation, elle devient encore plus sensible, car c'est une chose de stigmatiser les autres pour leur consommation de drogues ou leur comportement, mais c'en est une autre lorsqu'il s'agit de sa propre identité, d'autant plus qu'il n'est pas facile de se diversifier de sa sexualité. Ainsi, faire un test de dépistage du VIH en cas de certains risques ou de symptômes suspects demande souvent du courage, surtout dans des pays comme le nôtre, où les schémas de socialisation masculine peuvent considérer la visite chez le médecin comme un signe de faiblesse.
Illustration reproduite avec l'aimable autorisation de Aiivell Sattar.
Lorsqu'on l'interroge sur les changements dans notre société, qu'ils soient positifs ou négatifs, il semble avoir une vision plutôt optimiste :
Je dirais que je vois une tendance commune, qui est la mobilisation de divers groupes civiques, y compris les LGBTQI+. Nous assistons à l'émergence de la visibilité de certains groupes, qui interpellent les responsables de la prise de décision : « Nous sommes là. Nous avons certains problèmes et nous voulons des solutions. »
Je dirais également que les discussions entre les différents groupes sont en nette augmentation, ce qui est à nouveau lié à la visibilité croissante de certains groupes, et que les appels à des actions violentes visant ces groupes semblent diminuer, en ce qui concerne les groupes qui appellent à battre ou à tuer les minorités sexuelles, les féministes et autres.
Interrogé sur les raisons de la baisse relative des appels à la violence, il ajoute :
La raison la plus importante est probablement le fait que les gens en général ont commencé à réagir de manière moins agressive à certains phénomènes, et les discussions sociales récurrentes ont dû jouer un rôle constructif. Ils sont conscients de l'existence des LGBTQI+, s'habituent à ce fait, même s'ils préfèrent ne pas entrer en contact avec eux dans leur vie. C'est ainsi que fonctionne la visibilité : si certains étaient prêts à couper des têtes il y a quelque temps, aujourd'hui leur haine les incite rarement à agir. Cela ne diminue en rien le fait que l'agression et la violence existent, que des personnes sont attaquées, tuées, harcelées, et que la plupart de ces cas ne sont peut-être pas connus, car les victimes hésitent souvent à les dénoncer.
Malheureusement, les violences collectives à l'encontre de membres d'organisations féministes ou de défense des droits LGBTQ+ sont devenues récurrentes ces dernières années. Rien qu'en 2021, deux rassemblements du groupe féministe Feminita à Shymkent et Qaraghandy ont été attaqués par des hommes violents, certains criant « Tuez-les ! ».
Interrogé sur la réaction d'Internet, des réseaux sociaux et du monde virtuel, Shaikezhanov a déclaré :
Les réseaux sociaux jouent également un rôle essentiel dans l'exposition de la diversité et de la visibilité, fournissant, dans le même temps, un espace commun où tous ces différends et querelles ont été transférés. Les réseaux sociaux offrent un environnement relativement plus sûr où les gens peuvent exprimer leurs opinions et participer à des discussions, même s'ils ne sont pas à l'abri des abus et des brimades. Sur les réseaux sociaux, on peut au moins suspendre ou supprimer son compte et il existe des moyens de prendre ses distances par rapport à cet environnement, même si ce n'est peut-être pas si facile, car nous y sommes trop attachés.
Illustration reproduite avec l'aimable autorisation de Aiivell Sattar.
Mais au Kazakhstan, pour citer Dom Toretto dans « Fast & Furious », nous n'avons pas d'amis, nous avons une famille.
Tout dépend de la classe sociale, de l'éducation et de la richesse, mais si auparavant il n'y avait aucun doute sur le fait que faire son coming-out sur sa sexualité à sa famille était une mauvaise idée et que cela aurait des conséquences douloureuses, il y a maintenant de nombreux cas où ce n'est pas le cas. Cela nous fait penser que soit nous nous sommes trompés par rapport à nos familles, soit que les choses commencent à s'améliorer. Personnellement, je pense que les choses se sont définitivement améliorées maintenant que de nombreux parents et enfants ont accès à l'information, à des modèles, à un cadre de discussion et à la visibilité, puisque nous pouvons voir d'autres personnes grâce aux réseaux sociaux. Dans l'ensemble, c'est un signe d'évolution, une voie vers une attitude plus saine, car je connais de nombreuses familles dans lesquelles un parent ou les deux parents soit acceptent leurs enfants tels qu'ils sont, soit s'efforcent au moins de les accepter. D'un autre côté, il y a des cas où les parents jettent leurs enfants hors de la maison ou, au contraire, les enferment, beaucoup souffrent de violences, y compris de violences sexuelles, et c'est malheureusement loin d'être rare.
En effet, nous avons un horrible palmarès de violencesanti-LGBTQ+ , qui sont rarement poursuivies.
Je dirais qu'en tout cas, la situation est meilleure maintenant, car certains aspects sont enfin institutionnalisés. Avant, il n'y avait pas d'endroit où aller, alors que maintenant les activistes font réagir la police ou les persécuteurs en cas de violations, bien qu'il y ait encore beaucoup de préjugés et de dénigrement envers les LGBTQI+ parmi la police. Il existe également des ONG, des organisations de défense des droits de l'homme ou des militants extérieurs aux LGBTQI+ qui soutiennent les victimes et guident la police, et ils sont essentiels pour au moins enregistrer les affaires juridiques impliquant des personnes LGBTQI+. Bien que l'issue juridique de ces affaires puisse être inattendue, il est essentiel que les plaintes soient enregistrées et que des poursuites pénales soient engagées, afin qu'elles puissent être retracées ultérieurement ou couvertes par les médias.
Le changement est peut-être lent, mais il est bel et bien en marche, même en ce qui concerne la stigmatisation.
Une chose qui m'est venue à l'esprit récemment est le fait qu'il y a un besoin constant de nous imposer, en tant que nation en général et LGBTQI+ en particulier, le sentiment de « ұят » [honte en kazakh] sur qui nous sommes et comment nous devrions vivre. Ces derniers temps – et c'est le mérite des mouvements activistes – les gens ont tendance à faire preuve de dignité et de fierté pour ce qu'ils sont. Être « Kazakh » et « gay » semblait s'exclure mutuellement, mais nous commençons à prendre conscience de nos droits et de notre valeur personnelle. Les personnes qui assument et font confiance à leur identité et à leurs valeurs intrinsèques sont celles qui ne se laissent pas abattre par un système, et cela ne concerne pas seulement la sexualité, mais aussi ceux qui défendent leurs idées et leurs convictions, quelles que soient les circonstances.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221027_210209";}s:15:"20221027_201130";a:7:{s:5:"title";s:132:"Les meilleurs articles sur la biodiversité de Global Voices alors que la planète célèbre la Journée mondiale de l'environnement";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/27/275115/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275115";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 27 Oct 2022 18:11:30 +0000";s:11:"description";s:172:"Une sélection de nos meilleures histoires récentes soulignant l'importance de la biodiversité, les réalisations et défis associés à ces efforts dans le monde entier.";s:7:"content";s:8107:"
Une jeune tortue luth se dirigeant vers la mer à Back Bay, Tobago, 2010. Photo de Ryan P. Mannette, avec la permission de SpeSeas.
Le 05 juin marque la Journée mondiale de l'environnement, date choisie par les Nations unies en 1972 pour sensibiliser le monde sur l'importance vitale de l'environnement.
Au fil des ans, Global Voices a largement couvert les questions environnementales, et l'un de nos rapports s'est concentré sur la biodiversité, un indicateur clé de l'intégrité de l'environnement. Le niveau de biodiversité dans un écosystème est une mesure de son état de santé, et un déclin de la biodiversité signale que les sociétés doivent prendre des mesures pour limiter la surpopulation, la surexploitation et les nombreux autres facteurs à l'origine des changements climatiques.
Plusieurs rapports de Global Voices soulignent l'importance de la biodiversité et les nombreuses réalisations et défis associés à ces efforts à travers le monde. Voici les histoires qui ont le plus retenu notre attention cette année :
La Jamaïque abrite 69 espèces d'abeilles qui sont d'importantes sources de revenus pour les habitants de l'île. Les militants apicoles jamaïcains font également campagne pour la création de plus d'espaces verts dans la capitale, Kingston, afin de contribuer à accroître la biodiversité dans un pays gravement touché par les changements climatiques.
Qu'elles soient à carapace molle ou dure, les tortues de Trinité-et-Tobago sont un pilier du secteur de l'écotourisme du pays et contribuent à la biodiversité. Mais elles sont toutes menacées, à un degré ou à un autre; car elles sont exploitées pour leur chair, leurs œufs et leur carapace. Elles sont très vulnérables à la pollution plastique et aux changements climatiques.
Le 20 mai est la Journée mondiale des abeilles. Les habitats naturels des abeilles sont de plus en plus menacés par la monoculture et les pesticides. Or, si elles ne peuvent jouer leur rôle de pollinisateurs, la sécurité alimentaire reste menacée. La pandémie pose également des problèmes pour la survie des abeilles. En effet, les apiculteurs qui vivent en confinement peuvent avoir des difficultés à obtenir des dérogations au couvre-feu pour procéder à la pulvérisation des ruches, qui a souvent lieu la nuit.
Au Népal, la présence des félins connus sous le nom de chats pêcheurs indique que les zones humides jouent efficacement leur rôle dans le maintien de la santé de cet écosystème. Mais toute la chaîne de l'écosystème des zones humides du Népal est aujourd'hui menacée par la pollution, l'assèchement et la surpêche, ainsi que par la chasse des chats pêcheurs.
Nouvelles encourageantes en provenance du Népal, où, grâce aux initiatives de lutte contre le braconnage et aux mesures d'écotourisme, la population locale de rhinocéros a considérablement augmenté.
La protection des animaux peut être améliorée grâce à l'utilisation de la technologie : C'est l'idée qui sous-tend le projet Motus, qui utilise la radio-télémétrie automatique pour suivre les déplacements des oiseaux, des chauves-souris et des insectes.
Au Cameroun, les forêts ne sont pas seulement des zones de biodiversité, elles sont aussi des sanctuaires pour les chimpanzés et servent de lieux de sépulture pour les communautés locales. C'est pourquoi les projets d'exploitation forestière ont de grandes répercussions sur les humains et les animaux de ces zones.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221027_201130";}s:15:"20221024_175757";a:7:{s:5:"title";s:83:"Massacre d'une crèche en Thaïlande : reconnaître les erreurs et aller de l'avant";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/24/275019/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=275019";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Oct 2022 15:57:57 +0000";s:11:"description";s:159:"Dans le sillage du carnage du 6 octobre, les autorités et les médias ont commencé à cogiter sur les erreurs du passer et à chercher un moyen pour avancer.";s:7:"content";s:15591:"
Le gouvernement thaïlandais annonce des mesures pour s'attaquer au problème
Des policiers et des fonctionnaires à la crèche d'Uthai Sawan après la tuerie. Photo publiée par Prachatai (Source: Pheu Thai Party press team)
L'article suivant a été publié par Prachatai, un média indépendant en ligne de Thaïlande. Cette version est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Dans le sillage de la fusillade du 6 octobre faisant 37 morts dans la province de Nong Bua Lamphu, au nord-est de la Thaïlande, les autorités et les médias ont commencé à réfléchir aux erreurs du passé et à chercher un moyen pour aller de l'avant.
Le 12 octobre, les corps des victimes ont été incinérés dans trois temples de Nong Bua Lamphu. Selon le Thai Post, les cérémonies se sont déroulées sous patronage royal, en présence du Premier ministre, le général Prayut Chan-o-cha, faisant office de représentant.
Panya Kamrab, auteur du crime et ancien officier de police, s'est tué avec sa femme et son enfant. Il a été incinéré dans un temple de la province voisine d'Udon Thani. D'après The Manager Online, la mère de Panya Kamrab a accompagné son cadavre jusqu'au crématorium.
Au cours de la semaine, la petite ville du nord-est a continué d'attirer l'attention du pays. Les autorités ont poursuivi leurs enquêtes et les journalistes sont restés sur place pour faire des reportages de terrain.
N'ayant trouvé aucune trace de drogue dans son corps, la police cherche toujours à comprendre ce qui a déclenché les actions de Panya Kamrab. Dans un article de la BBC Thaïlande, le général Surachate Hakparn, commandant adjoint de la police nationale, pense que Panya Kamrab a agi à cause du stress causé par des dettes écrasantes et la perte de son emploi.
Sur ordre de Surachate Hakparn, les 180 témoins du massacre ont été interrogés une seule fois afin qu'ils n'aient pas à revivre le traumatisme.
Colère publique et volonté de censure
Les autorités étatiques et les médias ont été les premiers pointés du doigt. Le matin suivant l'incident, l'entrée de la crèche, où 23 enfants et deux enseignants ont trouvé la mort, a été décorée. Un tapis rouge a été installé en vue d'une cérémonie de dépôt de gerbe au nom de la princesse Sirivannavari. Le tapis a toutefois été jugé inapproprié et retiré avant le début de la cérémonie du gouverneur adjoint de la province.
Les ministres du gouvernement ayant mis un certain temps à arriver sur les lieux, les familles des victimes auraient été obligées d'attendre longtemps pour récupérer les corps de leurs proches à la morgue, et recevoir des fonds de secours.
Des mesures inutiles dans des circonstances où le temps était compté n'ont pas été les seules perturbations. Un journaliste de CNN, accompagné d’un cameraman, a été photographié en train d'escalader un cordon de police pour aller filmer l'intérieur de la crèche, suscitant la colère du public et des médias locaux. Pour beaucoup, filmer à l'intérieur du centre était non seulement insensible et contraire à l'éthique, mais équivalait également à dégrader la scène de crime.
En réponse aux condamnations du Club des correspondants de Thaïlande (FCCT) et de l'Association des journalistes thaïlandais (TJA), CNN a déclaré que le personnel sur place a autorisé l'équipe à entrer et qu'aucun cordon de police n'était installé à ce moment-là. La paire aurait filmé pendant 15 minutes, puis serait repartie.
Dans une déclaration ultérieure, le vice-président exécutif et directeur général de CNN International, Mike McCarthy, a insisté sur le fait que les journalistes de CNN avaient demandé l'autorisation d'entrer, mais qu’il « comprend maintenant que ces personnes n'étaient pas autorisées à accorder cette autorisation », ajoutant qu'il n'a « jamais été dans leur intention d'enfreindre quelque règle que ce soit. »
Il précise que CNN a cessé de diffuser le reportage et retiré la vidéo de son site Internet. L'équipe de CNN présente sur les lieux, la journaliste primée Anna Coren et le cameraman Daniel Hodge, sont également allés à la rencontre du général Surachate Hakparn pour s'excuser. Ils ont été condamnés à une amende de 5 000 bahts chacun (133 dollars), et ont été priés de quitter le pays lorsqu'il a été découvert qu'ils travaillaient avec des visas de touristes.
Dans une interview accordée à Inside Thailand le 10 octobre, Surachate Hakparn révèle que le personnel de CNN est entré lors de la préparation du lieu pour la cérémonie du dépôt de gerbes. À ce moment-là, le cordon de police était retiré et le portail ouvert. Plusieurs autres personnes sont également entrées dans l'établissement au même moment.
Outre CNN, huit médias locaux ont fait l'objet d'une attention particulière pour leur couverture « inappropriée » de l'incident. Le 11 octobre, la Commission nationale de l'audiovisuel et des télécommunications (NBTC) a envoyé une lettre de convocation à Channel 3HD, Thairath TV, Amarin TV HD, Channel 8, Nation TV, WorkPoint, National Broadcasting Services of Thailand (NBT) et ONE Channel pour discuter des reportages contenant des entretiens avec les familles des victimes et des blessés, des photos dérangeantes et des graphiques simulant le massacre. Les médias ont été blâmés pour leur insensibilité présumée à l'égard de ces nouvelles troublantes, relançant un débat de longue date sur la manière dont les journalistes doivent couvrir de telles tragédies.
Dans un entretien accordé à PPTV, Teeranai Charuvastra, le vice-président de l'Association des journalistes thaïlandais supervisant la section réforme des médias et de la liberté d'expression, déclare que les médias doivent tenir compte de trois éléments lorsqu'ils rapportent un contenu sensible : le reportage est-il d'utilité publique, va-t-il causer du tort et est-il possible de gérer un éventuel retour de bâton?
There is no concrete rule. Despite how we draft it, despite how stringent it appears, there is no clear rule. The media and its audience are the only ones who can answer.
Il n'y a pas de règle concrète. Malgré la façon dont nous rédigeons, malgré la rigueur apparente, il n'y a pas de règle claire. Les médias et le public sont les seuls à pouvoir répondre.
Dans la même émission, Sakulsri Srisaracam, professeur adjoint de journalisme à l'université de Chulalongkorn, partage son opinion : la couverture médiatique devrait se concentrer sur un contenu interrogeant la cause profonde d'une tragédie, permettant de sortir les gens de leur chagrin et les aider à mieux aborder les problèmes à l'avenir.
Un pas en avant ?
Un magasin de vêtements pour enfants de la province de Lampang a fabriqué gratuitement les tenues funéraires des 24 enfants tués dans l'incident. Ces tenues reflètent les rêves de carrière des enfants, exprimés à leurs parents : astronautes, infirmiers, pilotes, soldats, pompiers, médecins et policiers.
Considéré comme l'un des massacres d'enfants les plus meurtriers au monde, cet incident a ébranlé le pays et suscité des appels à prendre des mesures pour que cela ne se reproduise jamais.
Le 12 octobre, le Premier ministre a annoncé quatre mesures visant à attaquer ce que beaucoup considèrent comme les causes profondes du drame : la prolifération des drogues et des armes à feu, et le manque de programmes de réhabilitation pour les toxicomanes et les troubles de santé mentale.
Ces mesures comprennent une répression des réseaux de stupéfiants, une réduction du nombre de drogues qu’un individu peut posséder donnant lieu à des poursuites pénales et à une désintoxication obligatoire, un renforcement de la délivrance des permis de port d'armes, la révocation de ce dernier pour les toxicomanes connus, les malades mentaux et les personnes considérées comme une menace pour la société, et une répression du marché illégal des armes à feu.
Suwit Chantaworn, gouverneur adjoint de la province de Nong Bua Lamphu, a annoncé que des plans ont été élaborés pour fournir aux familles des victimes un service de suivi à court, moyen et long terme.
Lors d'une récente émission de Thairath TV, Yongyut Wongpiromsant, conseiller au département de la santé mentale, évoque les problèmes de santé mentale des criminels. Citant des recherches sur d'autres fusillades, seulement 5 % environ des tueurs étaient souffrant de maladies mentales. Les autres étaient motivés par le stress, l'alcool ou des problèmes personnels.
Selon Yongyut Wongpiromsant, les personnes atteintes de maladies mentales souffrent souvent de toxicomanie non traitée et de graves troubles psychotiques. Il ajoute qu'un traitement réduirait considérablement la possibilité d'un comportement violent et propose de faire des efforts pour réhabiliter les toxicomanes.
Concernant les auteurs d'actes criminels employés dans le secteur de la sécurité, Yongyut Wongpiromsant pense que la révocation de ces personnes ne suffit pas à résoudre le problème. Le conseiller suggère qu'un traitement de santé mentale soit imposé en parallèle à des mesures disciplinaires afin de réduire le risque d'anciens officiers violents se retournant contre la société.
L'une des victimes de l'incident a toutefois été largement négligée : la mère de l'auteur du crime, vivante et en deuil, s'apprête à quitter son domicile pour vivre avec un autre de ses enfants, afin de réduire le stress et d'accepter la situation.
Dans un premier temps, elle a fait l'objet d’une condamnation et de la colère du public, mais la situation s’est calmée lorsque le service de santé mentale a publié ses excuses pour ne pas avoir assisté à la cérémonie des funérailles royales. Elle a expliqué vouloir s'excuser personnellement auprès de tout le monde lorsqu'elle irait mieux.
Certaines personnes ont demandé pourquoi une mère devrait accepter le blâme pour un crime qu'elle n'a pas commis. Sur sa page Facebook, Decha Piyawatkul, psychiatre à l'hôpital Thai Nakarin, critique le fait d'« injecter de la culpabilité » à des personnes n'étant pas responsables du méfait, ajoutant que les excuses devraient plutôt être présentées par la police nationale :
Claiming [the killer] was no longer a police officer is hideous. He used to be an employee under your affiliation. He had problems all along and when you didn’t have any way to take care of him, you turned him out. That doesn’t mean that you can brush off responsibility.
You’re a public organisation with a public responsibility; you don’t have the rights to brush off the burden.
Prétendre que [le tueur] n'était plus un officier de police est hideux. Il était un employé sous votre affiliation. Il avait des problèmes depuis le début et quand vous n'avez pas eu les moyens de vous occuper de lui, vous l'avez renvoyé. Cela ne signifie pas que vous pouvez rejeter toute responsabilité.
Vous êtes une organisation publique avec une responsabilité publique ; vous n'avez pas le droit de vous débarrasser de ce fardeau.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221024_175757";}s:15:"20221024_172946";a:7:{s:5:"title";s:122:"Débat de Global Voices Insight : les citoyens et citoyennes des démocraties peuvent-ils encore faire confiance à la loi";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/24/274922/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274922";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Oct 2022 15:29:46 +0000";s:11:"description";s:182:"Une réglementation de l'Internet permet à l'État de se mobiliser et d'éliminer la présence de communautés et de leurs identités de la culture populaire et des débats publics.";s:7:"content";s:16852:"
Résumé du wébinaire consacré à la Journée internationale de la démocratie
Le pouvoir législatif — et le processus législatif — l’un des trois piliers de la démocratie, est au cœur même du système politique. Le système juridique et le processus législatif visent à protéger les citoyens d’une démocratie. Pourtant, lors de nos nombreuses enquêtes pour Unfreedom Monitor, nous avons constaté à maintes reprises la manière dont les régimes autoritaires, ainsi que les états soi-disant démocratiques, utilisent les lois promulguées pour protéger les citoyens afin d'avoir en fait un contrôle sur leurs actions, leurs propos et leur simple présence sur les espaces numériques, et de restreindre leur liberté d'expression. Lors d'un épisode de Global Voices Insights intitulé « Les citoyens et citoyennes des démocraties peuvent-ils encore faire confiance à la loi? », les panélistes Laís Martins, Veszna Wessenauer, et Alok Prasanna Kumar débattent de l'adoption par les gouvernements de lois relatives à la réglementation des espaces numériques.
Le rapport de l'organisation Freedom House publié en 2022 montre un déclin de la liberté dans le monde pour la dixième année consécutive, aggravé par les gouvernements de plusieurs pays et par leurs lois visant les entreprises et industries technologiques dans le but de limiter la liberté d'expression et de collecter les données personnelles des citoyens. Chaque jour les liens entre la technologie et la liberté sont de plus en plus flagrants : l'application WhatsApp a joué un rôle essentiel lors des dernières élections au Brésil (2018) et en Inde (2019), durant lesquelles les deux pays ont développé une sorte de relation amour-haine avec les réseaux sociaux.
Martins nous explique qu'au Brésil, en 2018, les candidats à la présidentielle ont tous judicieusement utilisé les réseaux sociaux, en particulier Bolsonaro, qui durant sa campagne électorale s'en est servi pour diffuser de fausses informations. Des comportements inauthentiques coordonnés (CIC), ainsi que des attaques contre les journalistes et députés de l'opposition, se sont très vite intensifiées. Des législateurs ont déposé un projet de loi (« Fake News Bill ») pour tenter de combattre la désinformation en ligne.
Le Congrès brésilien a commencé à étudier le projet de loi en 2020 afin de lutter contre la propagation de fausses nouvelles. Suite aux débats qui suivirent, des représentants du milieu universitaire, de la société civile, et d'autres organisations, inquiets de son impact éventuel sur la liberté d'expression, émirent plusieurs recommandations. Le projet prit une ampleur disproportionnée et c'est lorsqu'il se transforma finalement en un projet de loi sur la réglementation des plateformes numériques que ses fervents défenseurs commencèrent à faire marche arrière accusant les parlementaires d'essayer de changer la manière dont l'Internet fonctionne.
Selon Martins, le problème majeur du projet est qu'il criminalise le contenu au lieu des comportements, ouvrant la voie à ceux qui ont le pouvoir de déterminer à tout moment ce qu'ils entendent par « mauvais » contenu, et d'engager des poursuites judiciaires contre les utilisateurs. Par ailleurs, les plateformes numériques seraient tenues de vérifier tout contenu, rendant la situation encore plus complexe, étant donné que ce type d'intervention nécessite de comprendre le contexte de chaque pays afin d'identifier la sensibilité des contenus ; ce genre de mesure peut avoir des répercussions négatives, tout comme nous l'avons constaté au Brésil et en Inde.
Alok remarque que dans un pays comme l'Inde, où l'état de droit est fragile et où « la police et le pouvoir judiciaire ne respectent pas toujours les lois, mais suivent plutôt les consignes des autorités, » censurer les informations sensibles sur les plateformes n'est pas nécessaire; il est possible par contre de persécuter leurs auteurs et de les réduire au silence. En Inde, deux articles de la Loi de 2000 sur les technologies de l’information sont souvent appliqués pour ce genre d'infraction.
Le premier, l'article 66A, adopté en 2009 (surnommé « l'article zombie »), pénalise toute personne publiant sur les réseaux sociaux des messages dits injurieux ou menaçants, et de ce fait tente plutôt de privilégier le contenu. Aussi, étant donné qu'il n'existe pas d'interprétation objective des termes « menaçant » et « injurieux », l'article implique que tout contenu inacceptable constitue un crime. Il fut contesté et en 2005 la Cour suprême le supprima pour violation de la liberté d'expression. Cependant, durant les sept années qui suivirent le jugement (contrairement à l'article qui lui est resté valide moins longtemps), des internautes étaient toujours poursuivis en vertu de cet « article zombie ».
Le deuxième, l'article 69A, autorise le gouvernement à bloquer l'accès à des sites Internet spécifiques. Mais le processus menant à leur blocage est injuste, car il n'oblige pas à en dévoiler la raison. Récemment, le gouvernement indien a pris la décision de supprimer des chaînes YouTube entières, alors que certaines couvraient des événements locaux dont les médias traditionnels se désintéressaient, sans qu'elles ne sachent pourquoi. L'article 69A est l'une des nombreuses lois en Inde que Alok surnomme « les lois sans lois », parce que le gouvernement les applique comme bon il lui semble entraînant de lourdes conséquences pour les individus qui n'ont le droit à aucune explication ou à aucun recours.
En Hongrie, la loi de 2021 sur la protection de l'enfance, soi-disant adoptée afin de protéger les enfants contre les pédophiles, est l'exemple type d'une loi qui, malgré son bien-fondé, ouvre la voie à toute sorte d'abus. En effet, parce qu'elle restreint l'enseignement de l'éducation sexuelle, elle porte atteinte à la communauté LGBTQ+. Selon Wessenauer : « Le gouvernement a promulgué une loi interdisant la promotion de toute information liée à la communauté LGBTQ+ et destinée aux mineurs de moins de 18 ans. » Elle établit aussi un parallèle avec le cas de l'Arabie Saoudite qui a récemmentexigé que Netflix retire de sa plateforme un dessin animé montrant deux jeunes filles s'embrasser, et avec un cas similaire qui s'est passé en Hongrie.
Bien qu'il s'agisse de trois contextes très différents, ils présentent aussi d'intéressantes analogies. Martins souligne que le Brésil aussi a pris des mesures pour contrôler l'enseignement de l'éducation sexuelle. D'après Alok, ce qui est frappant est la manière dont le gouvernement persiste à choisir de nouveaux adversaires tels que les musulmans, « l'Ouest », les personnes LGBTQ+ ou les immigrés, au gré des campagnes du moment.
Ce qu'il faut vraiment retenir d'une réglementation de l'Internet est qu'elle permet à l'État de se mobiliser et d'éliminer la présence de ces communautés et de leur identité au sein de la culture populaire et des débats publics : l'Inde est pour les hindous et peut-être que la Hongrie est pour les Hongrois. Ce que Wessenauer trouve le plus choquant est que l'État agit soi-disant au nom de la démocratie. « Comment peut-on contredire une loi sur la protection de l'enfance ? La critiquer fait de vous un allié des pédophiles.»
Les grandes entreprises technologiques peuvent-elles protéger la démocratie?
Cette situation soulève la question suivante : « quels sont les éléments constitutifs d'une démocratie qui dans ce cas ne sont pas respectés? Comment est-il possible que l'Article 66A soit toujours en vigueur sept ans après sa suppression? »
Selon Alok, l'une des raisons est que la police et la justice sont toutes les deux à la dérive. En Inde, la police était à l'origine une armée coloniale avec pour mission de maintenir l'ordre dans le pays. Mais rien n'a changé et les policiers portent encore les mêmes uniformes, un signe qu'ils sont là pour maintenir la paix, mais seulement pour le gouvernement. Dans une démocratie, le pouvoir judiciaire est censé tenir la police responsable mais là aussi, il s'est éloigné de sa mission.
Alok nous donne l'exemple suivant : « En Inde, lors des 24 heures suivant une arrestation, vous avez le droit d'être entendu par un juge, et la question qu'il se pose est souvent : « Pour combien de jours puis-je envoyer cette personne en prison? », et non pas « Cette personne devrait-elle vraiment être en prison? ». Quand les juges ont-ils cessé de demander des comptes aux forces de police, au lieu d'aider les citoyens comme il se doit? Ce problème est très grave. Ils ne prennent pas au sérieux les droits des citoyens et ne respectent pas la loi. »
Néanmoins, un autre facteur doit être aussi pris en compte : les GAFAM. Comment les entreprises technologiques peuvent-elles aider les utilisateurs qui sont ciblés par le gouvernement?
D'après Martins, il est évident qu'au Brésil le projet de loi destiné à combattre la propagation de fausses nouvelles a été rejeté sous l'influence des GAFAM qui ont fait pression sur les législateurs et lancé des campagnes publicitaires. Elles savaient exactement comment faire pression et où. « Nos législateurs connaissent mal les réseaux sociaux, une constatation alarmante pour les citoyens car les GAFAM sont alors libres d'agir à leur guise au Brésil qui représente pour elles un marché énorme. Du coup, la mise en place de réglementations n'est pas dans leur intérêt. »
Alok est très sceptique à l'idée que les GAFAM veuillent soutenir les citoyens et faire pression sur le gouvernement pour mettre en place des réglementations, mais si c'est vraiment le cas, leur élaboration doit être publique et transparente pour redonner confiance en la justice. Le projet de loi sur la protection des données personnelles (la tentative du gouvernement indien de limiter les pouvoirs des GAFAM) était entaché de nombreux problèmes et a été retiré après cinq ans en raison de pressions. « L'Inde aujourd'hui n'a peut-être plus d'armée mais étant donné que le pays fût à l'origine colonisé par une compagnie, je suis assez cynique et je suis plutôt réservé face aux efforts que les GAFAM entreprennent afin de s'opposer au gouvernement.»
Wessenauer nous explique qu'en Hongrie, le gouvernement a centralisé et pris le contrôle des médias traditionnels et tente maintenant de faire la même chose avec les réseaux sociaux, à l'aide d'influenceurs. Pour cela, les entreprises technologiques doivent accepter d'être utilisées comme un outil pertinent et c'est pourquoi la transparence est très importante : « Même si vous vous conformez aux règles, vous pouvez dire ouvertement que vous le faites contre votre gré, et rendre publique toute action et demande en justice. » C'est précisément ce que Twitter essaie de faire en traînant le gouvernement indien devant les tribunaux.
Martins souligne qu'au Brésil, il n'existe aucune loi à cet effet, même si cela signifie que le pouvoir judiciaire doit tout contrôler, jusqu'à la moindre recherche d'information sur le moindre sujet : «Mais il faut dire que les plateformes numériques ont tendance à rejeter tout recours en justice. Je pense que les plateformes, surtout après Trump, savent tout à fait comment leurs outils sont utilisés et sont parfois obligées de supprimer un compte (comme si par exemple Bolsonaro affirmait que l'élection présidentielle lui avait été « volée »). Mais elles ne le disent pas ouvertement. »
Les raisons pour lesquelles les citoyens ignorent pourquoi leur liberté d'expression sur les plateformes est menacée peuvent être administratives (recours trop compliqué) ou politiques; quoi qu'il en soit, les entreprises technologiques peuvent venir en aide aux utilisateurs en institutionnalisant la transparence afin qu'ils puissent savoir pourquoi leur contenu a été supprimé.
Selon Wessenauer, le fait de protester parfois semble interminable, mais nous devons continuer à nous exprimer, faire entendre nos voix de citoyens et citoyennes : « C'est un cliché, mais c'est le silence de la population qui a favorisé la montée du nazisme. » Martins a du mal à être optimiste même si elle essaie de ne pas voir les choses d'une manière binaire : « Je m'inquiète du sort de la démocratie au Brésil et même si nous arrivons à la préserver, comment peut-on aller de l'avant? En ma qualité de journaliste, je peux éduquer la population à essayer de comprendre quels en sont les enjeux. » Alok, d'habitude très cynique lorsqu'il s'agit des GAFAM, est le plus optimiste des panélistes car selon lui, on se demande rarement quels changements pourrait-on apporter. On n'a pas forcément besoin d'énormes ressources; on peut commencer petit. « Peut-on améliorer les institutions et les gouvernements? ». Ce que nous devons faire avant tout est rester vigilant, éduquer, et construire un meilleur système de gouvernance.
Pour plus d'articles, veuillez consulter la page de projet de Unfreedom Monitor.
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Le problème est exacerbé par l'accès limité à l'eau potable
Les habitants de la côte sud des Sundarbans, au Bangladesh, souffrent d'une pénurie d'eau potable pendant la saison sèche en raison de l'augmentation de la salinité des eaux souterraines et de la rivière Satkhira, due à l'élévation du niveau de la mer. Image de Flickr par le Fonds monétaire international. CC BY NC-ND 2.0.
En juillet 2022, Mongabay, la plateforme environnementale à but non lucratif basée aux États-Unis, a publié un article révélant que l'élévation du niveau de la mer fait pénétrer l'eau salée à l'intérieur des terres et dans les sources d'eau douce des villages de Satkhira, près des Sundarbans et du golfe du Bengale, limitant ainsi l'accès à l'eau potable dans ces régions. La conséquence dévastatrice pour les femmes et les filles de la région est qu'elles ne peuvent utiliser que de l'eau salée sale pour nettoyer le linge qu'elles utilisent lors de leurs menstruations ; ce qui les conduit à développer des infections et des maladies. En conséquence, les femmes et les filles de ces régions prennent des pilules contraceptives, généralement volées à des femmes mariées, pour arrêter leurs règles.
Élévation du niveau de la mer et accès à l'eau potable
Le Bangladesh, un delta de faible altitude sillonné de rivières, est l'un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques et l'un des plus touchés par l'élévation mondiale du niveau de la mer. Le niveau de la mer dans le pays augmente de 7 à 8 mm chaque année, ce qui expose des millions de personnes au risque d'être déplacées par les inondations. Le Groupe d'experts intergouvernemental des Nations unies sur l'évolution du climat (GIEC) a prédit que si le réchauffement de la planète se poursuivait au rythme actuel, environ 17 % de la population du Bangladesh devra être déplacée au cours de la prochaine décennie.
Le journaliste Rafiqul Montu, spécialiste de l'environnement, nous rappelle le risque auquel le Bangladesh est confronté :
Bangladesh is one of the ten countries in the world at risk due to rising sea levels. The coast of Bangladesh is at great risk. pic.twitter.com/yWcqn9rv0h
Le Bangladesh est l'un des dix pays du monde menacés par l'élévation du niveau de la mer. Les côtes du Bangladesh sont en grand danger. pic.twitter.com/yWcqn9rv0h
L’intrusion saline causée par l'élévation du niveau de la mer et l’élevage irresponsable de crevettes ont durement touché les réserves d'eau potable de la zone côtière du sud-ouest du Bangladesh. Les femmes et les filles de cette région ont des difficultés à accéder à l'eau potable, sans parler de l'eau dont elles ont besoin pour leur cycle menstruel.
Menstruations et stigmatisation sociale au Bangladesh
La Banque mondiale estime que 500 millions de femmes et de filles dans le monde souffrent de précarité menstruelle, c'est-à-dire qu'elles n'ont pas les moyens d'acheter des produits d'hygiène menstruelle, ce qui menace non seulement la santé reproductive des filles et des femmes, mais affecte également leur éducation et leurs moyens de subsistance.
Il n'existe pas de données fiables sur la consommation de serviettes hygiéniques du commerce au Bangladesh. Si l'utilisation est élevée parmi les femmes actives dans la capitale, dans certaines zones rurales, plus de 80 % des femmes utilisent de vieux vêtements à la place des serviettes hygiéniques, une pratique archaïque. Bien que les serviettes hygiéniques commerciales soient de plus en plus accessibles dans les zones rurales, une grande majorité de femmes ne peut se les offrir. Une étude de 2018, intitulée « The Impacts of Climate Change on Water Resources and Human Health » (Les effets des changements climatiques sur les ressources en eau et la santé humaine), a révélé que les femmes et les filles de la côte sud du Bangladesh lavent leurs linges menstruels dans de l'eau salée pour les réutiliser.
Il existe également une stigmatisation sociale liée aux menstruations dans le pays et un manque d'éducation à l'hygiène menstruelle chez les filles : beaucoup considèrent qu'il s'agit d'une maladie et la plupart d'entre elles font preuve d'une grande réserve lorsqu'elles ont leurs menstrues. Les femmes sont extrêmement gênées de laver leurs linges menstruels en présence d'hommes, et même celles qui peuvent se permettre d'acheter des produits hygiéniques les achètent rarement dans les magasins ordinaires.
Le rapport de Mongabay mentionne que certaines filles prennent des pilules contraceptives pour arrêter complètement leurs cycles menstruels, afin de ne plus avoir à laver leurs vieux chiffons avec de l'eau sale et salée. Elles ont vu leurs aînées souffrir d'infections génitales et cutanées en raison du manque d'accès à l'eau douce. Cependant, la prise de pilules contraceptives peut avoir des effets négatifs à long terme sur leur santé, en augmentant les risques de caillots sanguins et de cancer du sein.
L’enquête nationale de référence sur l'hygiène au Bangladesh (2014) montre que 40 % des élèves et étudiantes sont absentes de l'école pendant trois jours en moyenne lorsqu'elles ont leurs menstrues. Les serviettes hygiéniques ne sont pas facilement disponibles dans les écoles ou les lieux publics, car on apprend aux femmes à ne pas parler de leurs menstrues. Une entreprise locale de serviettes hygiéniques a lancé une campagne de responsabilité sociale de l'entreprise à Satkhira, comprenant l'installation de réservoirs d'eau douce pour les femmes et les filles, ainsi que des formations à l'hygiène menstruelle. Certaines ONG locales ont également mis en œuvre des initiatives visant à fabriquer des produits d'hygiène menstruelle abordables. Toutefois, ces solutions ne sont pas suffisantes pour un pays qui compte plus de 83 millions de femmes.
L'association de développement international United Purpose a parlé sur Twitter d'une initiative locale visant à fabriquer des serviettes hygiéniques abordables :
In #Bangladesh a group of women have formed the Shopno Mini Garments & Sanitary Napkin Production Center at Cox’s Bazar.
Au #Bangladesh , un groupe de femmes a créé le Centre de production de petits vêtements et de serviettes hygiéniques Shopno à Cox's Bazar.
Elles fabriquent des serviettes hygiéniques et des vêtements au centre et veillent à ce que les femmes et les filles de la communauté disposent de serviettes hygiéniques à des prix abordables. #menstrualhygiene#business pic.twitter.com/RHfUTWz2IQ
Dans la société conservatrice du Bangladesh, peu de gens sont prêts à parler des pratiques sécuritaires d'hygiène menstruelle. En 2015, le ministère de l'Éducation a ordonné que chaque école du Bangladesh dispose d'au moins une toilette pour 50 élèves, un objectif qui n'a pas encore été atteint. Tous ces obstacles doivent être surmontés pour la nécessaire sensibilisation de masse à la gestion de l'hygiène menstruelle au Bangladesh. Toutefois, les changements climatiques et l'élévation du niveau de la mer sont des menaces extérieures que le Bangladesh ne peut résoudre seul.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221024_153301";}s:15:"20221022_182430";a:7:{s:5:"title";s:110:"Salvador : les raisons de la probable réélection de Bukele malgré une politique de plus en plus autoritaire";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/22/274929/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274929";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 22 Oct 2022 16:24:30 +0000";s:11:"description";s:168:"Le non respect des droits humains, l'autoritarisme, la négociation avec les gangs, rien ne semble atteindre la popularité de Bukele dans sa course à la réélection.";s:7:"content";s:20210:"
Un regard salvadorien sur la réélection probable d'un président controversé
[Sauf indication contraire les liens de cet article mènent vers des sites en anglais et en espagnol].
Le 15 septembre dernier, à l'occasion de la journée célébrant l'indépendance du Salvador, le Président Nayib Bukele a annoncé publiquement qu'il sera candidat à sa réélection en 2024. Cette déclaration n'a surpris personne, mais a fait éclater de nombreuses critiques.
Des organisations locales et internationales, des médias, des politiciens, des journalistes ainsi que des dirigeants de la société civile ont immédiatement dénoncé les intentions électorales de Bukele, les qualifiant d'anticonstitutionnelles. « L'annonce de Bukele de concourir à sa réélection va à l'encontre de la constitution salvadorienne, qui l'interdit, et est le résultat prévisible des mesures de répression et de l'affaiblissement des droits qu'il a mis en place. Aujourd'hui, l'avenir de la démocratie salvadorienne est plus que jamais menacé, » a déclaré Tamara Taraciuk, directrice adjointe pour l'Amérique à Human Right Watch, dans un post publié sur Twitter.
L« état de situation exceptionnelle » qui dure depuis sept mois représente l'exemple le plus récent de mise en danger des droits humains. Il s'agit d'une mesure d'état d'urgence déclenchée par Bukele pour réprimer une hausse soudaine du nombre d'homicides en début d'année.
L'état d'urgence décidé à la fin du mois de mars met temporairement fin à certains droits garantis par la Constitution. Par exemple, le droit d'être informé des raisons qui justifient une détention n'est plus appliqué. Le temps dont le procureur général dispose pour établir le dossier d'accusation passe de 2 à 15 jours, et la police peut maintenant écouter des conversations téléphoniques ou consulter des SMS sans le moindre mandat judiciaire.
Selon la constitution salvadorienne, l'état d'urgence est promulgué pour une durée de 30 jours ; au moment de la rédaction de cet article, il a été prolongé 6 fois. En moins de six mois, cela s'est traduit par l'arrestation de plus de 53000 personnes, dont beaucoup dénoncent le non respect des procédures légales et la détention injustifiée de personnes innocentes et aucunement associées aux gangs.
Malgré l'autoritarisme croissant dont il fait preuve, Bukele peut compter sur le soutien de la majorité des Salvadoriens pour sa réélection. La justification de ce soutien réside essentiellement dans l'amélioration de la sécurité dans le pays.
Ces 25 dernières années, le Salvador a fait partie des pays les plus violents de la planète. Cette violence a principalement été perpétrée par des gangs criminels dont la plupart avaient des liens avec les membres de gangs salvadoriens extradés des États-Unis au milieu des années 1990.
Ces gangs font usage de la violence pour intimider les communautés et contrôler les territoires. Les Salvadoriens étaient dans la crainte constante de se faire tuer ou d'être victime de racket. La peur occasionnée par la violence des gangs a mené des milliers de Salvadoriens à quitter le pays.
La sécurité a toujours été une priorité pour les Salvadoriens. Le gouvernement précédent n'est pas parvenu à faire en sorte que les Salvadoriens se sentent en sécurité – et selon les sondages et les statistiques, il semblerait que l'administration Bukele ait réussi.
De plus, le gouvernement affirme que le nombre de jours sans homicide a augmenté sous l'administration Bukele, et que l'état d'urgence a permis de mettre des membres de gangs avérés hors d'état de nuire. Selon de nombreux sondages réalisés cette année, la grande majorité des Salvadoriens se considère en faveur de l'état d'urgence pourtant si polémique.
Quand Bukele est arrivé au pouvoir, il y a trois ans, le nombre d'homicides quotidiens s'élevait à 6,6. En 2021, celui-ci a chuté à 3,1, puis à 2,0 le 30 septembre. Le Salvador a encore abaissé son taux d'homicide cette année pour atteindre son plus bas niveau enregistré.
Le meilleur moyen d'observer les chiffres est de combiner les données quotidiennes de la police avec celles publiées par le procureur général et les bureaux de police scientifique. Le sujet est extrêmement politisé au Salvador – les données fournies par la police sont insuffisantes pour dénombrer l'ensemble des morts violentes.
Nombreux sont ceux qui mettent en doute les chiffres fournis par l'administration Bukele, particulièrement les jours où aucun homicide n'est déclaré, et affirment que ceux-ci ne prennent nullement en compte les tombes collectives de personnes disparues et les décès de criminels notoires morts suite à leur confrontation avec la police. Pour autant, même en incluant ces chiffres, le taux d'homicide reste inférieur à celui enregistré les années précédentes.
Roberto Valencia, un journaliste indépendant reconnu au Salvador, confirme qu'au 30 septembre, le nombre d'homicides était d'un tiers inférieur environ à ceux relevés sur la même période en 2021. Il a déclaré qu‘« au taux actuel, le Salvador terminerait l'année 2022 avec 730 homicides, avec un taux de 11,5 homicides pour 100 000 habitants ».
Promedio diario de homicidios en El Salvador : Septiembre (hasta el día 30): 0.8 Agosto: 1.1 Julio: 0.7 Junio: 1.4 Mayo: 1.2 Abril: 1.3 Marzo: 5.5*
Promedio anual: 2022: 2.0 2021: 3.1* 2020: 3.7* 2019: 6.6*
Fuente PNC y Mesa Técnica(*)
Nombres quotidiens moyens des homicides au Salvador : Septembre (jusqu'au 30): 0,8 Aout: 1,1 Juillet: 0,7 Juin: 1,4 Mai: 1,2 Avril: 1,3 Mars: 5,5*.
Moyenne annuelle: 2022: 2,0 2021: 3,1* 2020: 3,7* 2019: 6,6*
Source NCP et Technical Bureau(*)
Néanmoins, de nombreuses allégations concernant un pacte secret entre le gouvernement Bukele et les gangs ont fait surface, et ont remis en question la façon dont il est parvenu à élever le sentiment de sécurité. En 2021, les Etats-Unis ont sanctionné deux membres du gouvernement du Salvador après les avoir accusés de négocier un accord secret avec des membres de gangs et de consolider leurs soutiens politiques. Le site indépendant d'investigation EL Faro a également publié des images et des enregistrements sonores mettant en évidence le pacte supposé entre l'administration Bukele et les gangs. Pourtant, malgré les preuves présentées par El Faro, rares sont ceux qui croient ces rapports.
Beaucoup croient que la propagande de Bukele et ses tentatives de ridiculiser la presse et de la réduire au silence ont influencé l'opinion publique, et ils pourraient avoir raison. Cependant, le sentiment de sécurité est la principale raison pour laquelle les Salvadoriens souhaitent le voir réélu, ceci malgré les accusations de non respect des droits de l'homme, de comportement de plus en plus autoritaire et de négociations secrètes avec les gangs.
Le fait que la réélection de Bukele soit conforme ou non à la constitution n'a que peu d'importance pour le Salvadorien moyen. Ils sont davantage préoccupés par le sentiment de sécurité, leur travail, la possibilité d'aller à l'école ou de faire leurs courses. Pour eux, ce sont des domaines dans lesquels l'administration Bukele a rempli ses engagements. À l'heure qu'il est, nombreux sont ceux prêts à soutenir Nayib Bukele à tout prix.
*L'étude CID Gallup révèle 91 pour cent d'opinion favorable, un autre sondage publié par l'université indépendante locale affirmait que les Salvadoriens lui donnaient « une note de 7,99 sur 10 », et le journal local ( dont les vues sont souvent critiques envers l'administration Bukele) publiait un chiffre de 74 pour cent d'opinions favorables. En tout état de cause, les derniers chiffres de l'étude du CID Gallup montrent que 85 pour cent des Salvadoriens sont en faveur de la mise en place de mesures plus strictes encore contre les gangs.
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Le moment est venu pour la communauté internationale de se mobiliser
Des femmes enlèvent et agitent leur hijab pendant les funérailles de Mahsa Amini. Saqqez, Kurdistan, 17 septembre. Capture d’écran du reportage de BBC News. Usage autorisé.
Le nom de Mahsa (Jina) Amini est devenu le cri de ralliement de millions de personnes à travers le monde pour protester contre l’oppression du peuple iranien. La mort d’Amini a déclenché un mouvement national, porté par les femmes et par la nouvelle génération d’Iraniens qui ont grandi avec Internet. La diffusion du hashtag #MahsaAmini a d’ailleurs battu des records sur les réseaux sociaux.
Cette situation est unique en ce sens que c’est la première fois que des Iraniens, de tous âges, venus de tout le pays, et issus de différents milieux socio-économiques descendent dans la rue pour réclamer justice pour une femme et pour défendre les droits des femmes. Le slogan du mouvement de contestation, « Femme, vie, liberté ! », à l’origine une devise kurde, traduite en persan pour être utilisée dans tout le pays, puis diffusée dans le monde entier, témoigne de la place centrale de la femme et de la dimension féministe de ces manifestations.
De passage à Téhéran avec sa famille, Mahsa, une Iranienne kurde de 22 ans, a été hospitalisée dans le coma après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour « avoir mal porté son hijab » . L’arrestation de Mahsa, puis sa mort le 16 septembre, ont suscité une indignation générale en Iran, notamment parmi de nombreuses Iraniennes qui se sont identifiées à sa situation.
Niloofar Hamedi, une journaliste iranienne, a été l’une des premières personnes à révéler l’affaire. Elle a publié une photo de Mahsa sur son lit d’hôpital, maintenue en vie par des tubes reliés à des machines, ainsi qu’une photo de sa famille, dans le couloir de l’hôpital, après avoir appris qu’elle était dans le coma. Les deux photos sont devenues virales. Arrêtée depuis, Niloofar Hamedi est toujours en détention.
La mort de Mahsa a trouvé un écho particulier auprès des Iraniens qui ont partagé des expériences similaires ou qui craignent à tout moment d’être arrêtés arbitrairement par la police des mœurs. La jeune femme a été arrêtée alors qu’elle sortait d’une station de métro à Téhéran avec son frère. Les rapports font état de violence envers Mahsa et son frère au moment de son arrestation.
Mahsa n’a cessé de supplier la police de ne pas l’arrêter, et de leur expliquer qu’elle était étrangère à la ville et ne maîtrisait donc pas bien les codes de la capitale. C’est ce détail, en plus de l’innocence de la jeune fille, qui a touché une corde particulièrement sensible chez les Iraniens, en particulier ceux originaires des provinces, qui peuvent très bien s’imaginer vivre une telle situation. Ce sentiment d’identification a largement contribué à l’explosion de colère suscitée par l’assassinat de Mahsa, commis en toute impunité par la police des mœurs.
Outre la mort de Mahsa, c’est le refus des fonctionnaires de rendre des comptes et d’assumer la responsabilité de cette mort insensée qui a embrasé le pays et déchaîné la colère du peuple, qui exige la fin du statu quo politique et réclame un système démocratique.
La famille de Mahsa a résisté aux pressions exercées par les forces de sécurité qui voulaient qu’elle soit enterrée dans la nuit à l’abri des regards. La jeune femme a été enterrée dans sa ville natale de Saqez, dans la province du Kurdistan, où les funérailles ont, au contraire, attiré les foules, notamment celles de femmes qui ont retiré leur foulard et scandé des slogans dénonçant les violences liées à l’obligation du port du voile. Ces scènes ont depuis été imitées dans tout le pays et sont devenues virales en Iran et dans le monde entier.
Des femmes manifestent à Téhéran en agitant leur hijab sans autorisation.
Les protestations se poursuivent en Iran malgré une violente répression de l’État et de sévères restrictions sur Internet #مهسا_امینی
Des étudiants et des groupes de femmes ont également lancé des appels à la protestation, qui ont persisté en dépit de la répression et de la violence de la part des autorités. Des femmes ont affronté les forces de sécurité sans leur hijab et ont même été jusqu’à le brûler dans certains cas. Les protestations se sont étendues à au moins 85 villes à travers le pays, avec les femmes et les jeunes en première ligne.
Des tactiques répressives typiques des méthodes du régime
Pendant ce temps, les autorités iraniennes ont utilisé leurs tactiques répressives habituelles pour répondre aux protestations dans tout le pays. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent les forces de sécurité qui s’en prennent aux manifestants à l’aide de balles réelles et de balles à plomb, de gaz lacrymogènes et de matraques. Des défenseurs des droits de l’homme, des avocats, des journalistes et des étudiants militants ont été arrêtés en grand nombre, ce qui rend d’autant plus difficile toute documentation des faits.
Pour empêcher les manifestants de s’organiser et de partager leurs vidéos, l’accès à Internet a été fortement perturbé. En outre, les plateformes et applications en ligne, comme WhatsApp et Instagram, ainsi que les jeux vidéo qui supposent de communiquer en ligne, ont été bloqués.
Les protestations ont persisté malgré la répression brutale du gouvernement. Le slogan des manifestations, la haute proportion de femmes qui défilent dans la rue et les revendications des manifestants, qui portent sur les droits des femmes ainsi que sur un changement politique et la liberté, ont attiré l’attention du monde entier, en particulier celle des femmes, qui s’identifient à la lutte des femmes iraniennes contre le patriarcat et pour le droit à disposer de leur corps.
En Iran, les femmes prennent les devants dans la lutte contre le patriarcat
Depuis des décennies déjà, les femmes iraniennes militent pour l’égalité des sexes et utilisent les réseaux sociaux pour diffuser leurs actes de résistance auprès d’un public plus large. En 2017, Vida Movahed est montée sur un coffret électrique dans la rue Enghelab (« Révolution » en persan) pour ôter son voile et le brandir au bout d’un bâton. Son acte de protestation, filmé et rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux, est devenu une source d’inspiration et d’imitation pour d’innombrables autres femmes dans le pays, désormais connues comme « les filles de la rue d’Enghealb » ou « les filles de la rue de la Révolution ».
« Il faut beaucoup de courage (ou de bravoure) pour imiter ce geste ».
En juillet 2022, Sepiedeh Rashnoo a été largement applaudie pour avoir courageusement fait face à un agent qui contrôlait le port du hijab dans un bus. La vidéo de son harcèlement est devenue virale, mais la jeune femme a été arrêtée peu après. La télévision d’État a ensuite diffusé une vidéo de ses « aveux », dans laquelle elle apparaît avec des yeux meurtris.
En effet, la mort de Mahsa n’est que la dernière d’une longue série d’abus commis par la République islamique à l’encontre des femmes, qui s’organisent sur le Web depuis plus de dix ans pour sensibiliser à la discrimination et la violence à l’égard des femmes. Dans leur quête de soutien et leur effort pour susciter un élan politique en faveur de l’égalité des genres dans le pays, leur dépendance à l'égard d’Internet et des réseaux sociaux n’a cessé de s’accroître à mesure que l’espace civique devenait de plus en plus restreint et fermé.
Instagram, qui n’était pas bloqué dans le pays avant cette série de manifestations, est depuis longtemps une plateforme essentielle pour les militantes féministes. Elle a été utilisée pour sensibiliser le public au harcèlement et à la discrimination sexuelle, ainsi que pour défendre la santé, et les droits sexuels et reproductifs des femmes.
Il n’est pas surprenant que le militantisme en ligne ne soit pas toléré par le gouvernement iranien, qui s’efforce sans relâche depuis des décennies de fermer et de restreindre toutes sortes d’espaces civiques. Cela explique que de nombreux défenseurs des droits humains utilisant les réseaux sociaux pour défendre leurs causes ou exprimer leurs idées aient subi des représailles.
À l’heure actuelle, le gouvernement iranien tente de réduire au silence les voix, où qu’elles soient, des femmes et de tous les dissidents, par une répression brutale et continue.
Un soutien très attendu de la part des grandes entreprises technologiques
Heureusement, la communauté internationale a le pouvoir d’aider le peuple iranien dans sa quête d’un changement pacifique vers une démocratie. Tout d’abord, elle doit exiger des entreprises technologiques qu’elles mettent leurs outils et plateformes à la disposition des Iraniens. En effet, ces services ont été bloqués ces dernières années à la suite des sanctions américaines, ce qui paradoxalement a favorisé la campagne de censure du gouvernement en poussant les Iraniens à utiliser des plateformes nationales peu sécurisées.
Toutefois, une nouvelle licence, clarifiant les exemptions des sanctions existantes, et délivrées par le ministère des Finances des États-Unis, a renvoyé la balle dans le camp de sociétés telles que Google, Meta et Apple, en leur permettant de donner l’accès de leurs outils de communication aux Iraniens.
Néanmoins, la réponse de certaines entreprises technologiques se fait attendre. Par exemple, les Iraniens possédant un iPhone ne peuvent toujours pas télécharger sur l’Apple Store les VPN dont ils ont tant besoin et qui leur permettraient d’accéder à Internet en cette période particulièrement critique. S’il incombe au gouvernement et aux ministères des Finances de s’assurer que les entreprises technologiques comprennent les licences les autorisant à accorder leurs services aux Iraniens, il est aussi du ressort de ces entreprises technologiques de jouer ici un rôle proactif.
Les défenseurs de la liberté du monde entier doivent également faire savoir au peuple iranien qu’il n’est pas seul. Qu’elle se manifeste par le biais de l’ONU, d’organismes internationaux ou d’organisations non gouvernementales, la solidarité serait grandement appréciée par les militants confrontés à la répression de la République islamique. En définitive, le changement en Iran ne pourra venir que d’un mouvement durable dirigé par le peuple, mais la communauté internationale peut exiger des autorités iraniennes qu’elles rendent compte de leurs actions.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221020_180526";}s:15:"20221019_183416";a:7:{s:5:"title";s:67:"Thaïlande : des militants se rassemblent pour le mariage pour tous";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/19/272853/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272853";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 19 Oct 2022 16:34:16 +0000";s:11:"description";s:158:"Une pétition a été initiée , proposant des amendements au Code civil et commercial pour autoriser les actes de mariage entre deux personnes du même sexe.";s:7:"content";s:13877:"
Des militants présentent une réécriture de la loi sur le mariage pour tous.
Des militants en train de lire la version réécrite de la décision de la Cour constitutionnelle sur le mariage. Photo d'iLaw.
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
L’article original a été publié sur Prachatai, un site d'information indépendant thaïlandais. Une version révisée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
Le 17 novembre 2021, la Cour constitutionnelle thaïlandaise a décidé que l'article 1448 du Code civil et commercial, qui décrit le mariage comme étant l'union d'un homme et d'une femme seulement, n'enfreint pas la section 27 de la constitution, qui assure l'égalité pour tous devant la loi.
La décision de la cour a soulevé l'indignation, puisque le texte intégral a été vu comme archaïque, sexiste et homophobe, allant jusqu'à décrire le mariage comme étant « l'union d'un homme et d'une femme voulant habiter ensemble, construire une relation de mari et femme dans le but d'avoir des enfants, sous la morale, les traditions, la religion et les lois de chaque société,» et que de ce fait, le mariage est réservé à un homme et une femme. La décision mentionne également que les personnes LGBTQ+ ne peuvent pas avoir d'enfants et que ce genre de mariage est contre nature, et que les personnes LGBTQ+ ne peuvent pas créer de « liens aussi forts » que les familles hétérosexuelles. Cela déclare également que la légalisation du mariage pour tous mettrait un plus grand « fardeau » sur le gouvernement pour assurer le bien-être et les avantages de ces couples. Une autre partie de la décision compare également les personnes LGBTQ+ à des animaux au comportement étrange.
Tyrell Haberkorn, professeur de langues et culture asiatique à l'université du Wisconsin à Madison, a déclaré pendant la discussion que le projet avait pour but de donner l'opportunité au peuple de critiquer la décision de la Cour constitutionnelle afin d'imaginer un futur plus équitable en réécrivant la décision.
Haberkorn a déclaré que le projet s'est inspiré des militants et avocats féministes dans d'autres pays, tels que le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Irlande, et le Royaume-Uni, qui utilisent cette méthode pour faire pression auprès du système judiciaire.
Pendant ce temps, l'avocat TLHR Poonsuk Poonsukcharoen, un autre membre du panel, a dévoilé que la loi thaïlandaise n'avait jamais défini le mariage comme étant l'union d'un homme et d'une femme, mais il existe une clause sous l'article 1448 du Code civil et commercial qui est remise en cause vis-à-vis de son aspect discriminatoire, et elle ne sait pas trop d'où vient la définition de la Cour constitutionnelle sur le mariage. Elle a également déclaré que, d'après la cour constitutionnelle, la tradition thaïlandaise diffère de celle d'autres pays et qu'une loi est viable seulement si elle ne va pas à l'encontre de l'opinion du peuple, et elle s'est interrogée sur la façon dont les juges pouvaient décider de ce qu'est l'opinion publique sur chaque sujet.
Pendant ce temps, le militant sur l'égalité des genres Chumaporn Tangkliang a déclaré pendant la discussion du panel que le public avait le droit d'écrire une décision puisque tout le monde est humain et égal, et que, tandis que les juges ont des diplômes de droit et un travail, les personnes de la communauté LGBTQ+ doivent vivre en sachant qu'ils ne pourront pas enregistrer leur mariage, alors ils ont le droit d'écrire leurs propres règles. Faire cela leur rendrait leur pouvoir et leur dignité humaine.
Des militants réunis sur la passerelle Pathumwan en Thaïlande lors de la Journée internationale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie. Photo d'iLaw.
Le 17 mai, des militants se sont réunis sur la passerelle Pathumwan pour un rassemblement IDAHOT, durant lequel ils ont présenté une version révisée de la loi sur le mariage de la Cour constitutionnelle [thai], qui a été écrite par des militants et membres du public s'étant inscrits pour participer au projet « jugement du peuple.» Elle précise que l'article 1448 du Code civil et commercial enfreint les sections 4, 25, 26 et 27 de la Constitution, notant que même si la section 27 indique que les hommes et les femmes sont égaux devant la loi, cela ne veut pas dire que toute personne ayant une identité ou orientation sexuelle différente n'est pas égale devant la loi. La version réécrite de la loi indique que tout le monde doit être traité de façon égale devant la loi, quel que soit leur identité ou orientation sexuelle et qu'une loi restreinte au sexe attribué à la naissance conduirait à de la discrimination fondée sur le genre contre un groupe de personne de la société, ce qui constitue un manque de respect pour leur dignité.
Oppressing people who are different is not good morals, no matter how one defines good morals. Neither sexual nor gender bias should be a factor in deciding who can marry and nor should fears that extending the right to marry will increase the burden on the state or that people will exploit public benefits and impact state security. Equality in this country has never been a gift from the state but is a result of a long struggle.
Accabler des personnes qui sont différentes n'est pas une bonne morale, peu importe comment on définit la morale. Les préférences de sexe ou de genre ne devraient pas être des facteurs déterminants pour décider de qui peut se marier et ne devraient pas non plus craindre que l’élargissement du droit au mariage alourdisse le fardeau de l’Etat ou que les gens exploitent les avantages publics et nuisent à la sécurité de l’Etat. Dans ce pays, l'égalité n'a jamais été un cadeau de l'Etat, mais est le résultat d'un long combat.
Actuellement, deux projets de loi sur le mariage pour tous sont déjà en attente d'être examinés par le parlement. L'un des projets de loi est celui du PACS, proposé par le ministre de la Justice et approuvé par le Conseil des ministres en juin 2020 [th]. Il a été critiqué auparavant par des ONG et des militants pour ne pas accorder aux couples LGBTQ+ les mêmes droits qu'aux couples hétérosexuels, et pour ne pas savoir si certains droits leur sont accordés. Les militants ont également remis en question la nécessité d'une législation distincte légalisant le mariage pour tous, et ont soulevé des préoccupations selon lesquelles cela aggraverait la stigmatisation de la communauté LGBTQ+ en Thaïlande.
Toutefois, le projet de loi sur le mariage pour tous peut encore être présenté au parlement. D'après le règlement 2019 de la chambre des représentants, un projet de loi proposé par un député ou par la société civile peut être envoyé au Conseil des ministres pour une période d'examen de 60 jours et doit être renvoyé au parlement une fois le temps écoulé. Le Président de la chambre des représentants peut également le mettre à l'ordre du jour du parlement même s'il ne lui a pas encore été renvoyé.
Pendant ce temps, des signatures sont recueillies pour que le projet de loi sur le mariage pour tous soit proposé au parlement. Le 28 novembre 2021, lors d’une manifestation à l'intersection Ratchaprasong à Bangkok, la coalition LGBTQ+ pour le mariage pour tous, un réseau de plus de 40 organisations de la société civile et de groupes de militants, a créé une pétition proposant des amendements au Code civil et commercial. La pétition propose de modifier l'article 1448 pour autoriser les actes de mariage entre deux personnes du même sexe. Elle propose aussi de remplacer les termes « homme » et « femme » dans chaque article du Code civil et commercial faisant référence au mariage par le mot « personne », mais aussi « mari » et « femme » par « partenaire » et « père » et « mère » par « parents ».
Ces amendements, si validés, vont accorder aux couples LGBTQ+ les mêmes droits, devoirs et reconnaissances légales qu'aux couples hétérosexuels, notamment le droit à l'adoption et la possibilité d'être reconnu comme parent de l'enfant ; le droit d'avoir une procuration pour prendre des décisions médicales au nom de son partenaire et de porter plainte au nom de celui-ci ; le droit de porter le nom de famille de son partenaire, et le droit d'hériter du patrimoine de sa moitié sans avoir besoin d'un testament.
24 heures après sa création, la pétition avait recueilli plus de 150 000 signatures, 10 fois plus que le nombre légal requis pour qu'un projet de loi soit présenté au parlement. Le 20 mai, la pétition comptait plus de 304 000 signatures.
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La rencontre s'est tenue des semaines après les derniers affrontements
Crédit photo : Administration présidentielle d'Azerbaïdjan. Sous licence CC-BY-4.0
Dans un soudain retournement de situation, les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan se sont engagés à reconnaître mutuellement leur intégrité territoriale et leur souveraineté lors du sommet de la Communauté politique européenne à Prague, le 6 octobre. La réunion, qui aurait duré plusieurs heures, a été arbitrée par le président du Conseil européen, Charles Michel, et le président français Emmanuel Macron.
Tonight, Armenia and Azerbaijan confirmed their commitment to the Charter of the United Nations and the Alma Ata 1991 Declaration through which both recognize each other's territorial integrity and sovereignty.
Ce soir, l'Arménie et l'Azerbaïdjan confirment leur attachement à la Charte des Nations unies et à la Déclaration d'Alma-Ata de 1991 par laquelle ils reconnaissent mutuellement leur intégrité territoriale et leur souveraineté.
Cette réunion a eu lieu quelques semaines seulement après les derniers affrontements à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, les combats les plus meurtriers depuis la deuxième guerre du Haut-Karabagh entre les deux pays en 2020. Selon les déclarations des deux pays, plus de 200 militaires ont été tués lors du récent embrasement. Le 15 septembre, les deux pays ont signé un cessez-le-feu, sous la médiation de la Russie.
Une semaine plus tard, les deux pays ont échangé de nouvelles accusations par le biais de déclarations publiées par leurs ministères de la Défense respectifs. Ils se sont mutuellement accusés de la reprise des affrontements du 28 septembre. Selon l'Arménie, trois de ses soldats ont trouvé la mort et, de son côté, le ministère de la Défense azerbaïdjanais renvoie la faute de l'incident sur l'Arménie.
Puis, le 2 octobre, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux « semblaient montrer des soldats azerbaïdjanais exécutant à bout portant plusieurs prisonniers de guerre arméniens », rapporte Radio Liberty. Kristine Grigoryan, défenseure des droits de l'homme en Arménie, a déclaré que la vidéo avait été filmée le 13 septembre lors de la récente escalade, d'après des enquêtes internes et des reportages d'OC Media. Via un communiqué, le ministère azerbaïdjanais de la Défense a annoncé que le bureau du procureur militaire enquêterait sur cette vidéo. Plus récemment, une autre vidéo est apparue, « semblant montrer la mutilation d'une femme soldat arménienne par les troupes azerbaïdjanaises au cours des mêmes combats. » Selon les informations de Radio Liberty, des contre-vidéos montreraient des soldats arméniens insultant les cadavres de soldats et de civils azerbaïdjanais. Le représentant spécial de l'UE pour le Caucase du Sud et la crise en Géorgie, Toivo Klaar, demande des enquêtes sur les vidéos :
Today I have been sent several videos apparently showing war crimes committed against Azerbaijanis. Also these need to be investigated and if authentic perpetrators need to be held responsible. The conflict has left deep wounds on both sides and to heal accountability is needed.
Aujourd'hui, j'ai reçu plusieurs vidéos montrant apparemment des crimes de guerre commis contre des Azerbaïdjanais. Ces vidéos doivent également faire l'objet d'une enquête et, si elles sont authentiques, les auteurs doivent être tenus pour responsables. Le conflit a laissé des blessures profondes dans les deux camps et pour guérir, les responsables doivent rendre des comptes.
L'ambassade britannique en Azerbaïdjan a exprimé son inquiétude dans une publication sur Facebook :
Déclaration :
L'ambassade britannique est horrifiée par une vidéo semblant montrer des soldats arméniens capturés et abattus par les forces azerbaïdjanaises.
Nous saluons l'annonce par le bureau du procureur général d'Azerbaïdjan quant à son engagement à mener une enquête approfondie sur cette vidéo. Nous attendons que les résultats de cette enquête soient rendus publics. Nous attendons que toutes les allégations de mauvais traitements, d'abus et d'assassinats sommaires fassent l'objet d'une enquête approfondie par les autorités compétentes.
Le porte-parole du département d'État américain, Ned Price, a appelé à des enquêtes complètes et impartiales sur les vidéos :
The United States is deeply disturbed by recent reports of Azerbaijani soldiers executing unarmed Armenian prisoners. We call for a full and impartial investigation. Those responsible for any atrocities must be held to account.
Les États-Unis sont profondément troublés par les récentes informations selon lesquelles des soldats azerbaïdjanais auraient exécuté des prisonniers arméniens non armés. Nous demandons une enquête complète et impartiale. Les responsables de ce type d'atrocités doivent être tenus pour responsables.
En avril 2022, le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev annonçait que son pays ne reconnaîtrait pas « l'intégrité territoriale de l'Arménie si Erevan [capitale de l'Arménie] ne signait pas un accord de paix bilatéral conforme aux propositions faites par Bakou. » Cette proposition est basée sur un plan en cinq points comprenant des promesses de reconnaissance de l'intégrité territoriale de chaque pays, la démarcation des frontières, l'ouverture des liaisons de transport entre les deux territoires et un accord d'abstention des menaces.
Ilham Aliyev, quant à lui, a réitéré l'importance de ces principes dans ses réponses aux questions des journalistes le 6 octobre à Prague. « Aujourd'hui, lors de la rencontre avec le président de la France, j'ai vu que ces cinq principes sont acceptés. Ce sont des principes fondés sur les relations entre des États souhaitant normaliser leurs relations », a déclaré le président Ilham Aliyev, ajoutant : « le travail sur le texte de l'accord de paix devrait commencer sur la base de ces principes. »
Pendant ce temps-là, à Prague, la réunion entre les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan a également débouché sur un accord concernant « une mission civile de l'UE le long de leur frontière commune. » D'après une déclaration publiée par le Conseil de l'Europe, le Premier ministre arménien Nikol Pashinian a accepté de « faciliter une mission civile de l'UE le long de la frontière avec l'Azerbaïdjan », tandis que l'Azerbaïdjan a explicité qu'il « acceptait de coopérer avec cette mission pour ce qui le concerne. » La mission débutera en octobre et durera environ deux mois.
De plus, le 3 octobre, les ministres des Affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais se sont rencontrés à Genève pour donner le coup d'envoi des travaux sur le futur traité de paix. D’après certaines informations, l'Azerbaïdjan aurait, le lendemain, rendu 17 prisonniers de guerre à l'Arménie.
Les semaines à venir montreront la volonté des deux pays de parvenir à la paix, malgré les craintes d'une nouvelle guerre.
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Le Président Zelenskyy a féminisé le nom d'un jour férié
Capture d'écran de la chaîne YouTube de « Kvantova Filologiya » montrant les mêmes professions en ukrainien dans la forme féminine à gauche et au masculin à droite.
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages Web en anglais]
Depuis plusieurs siècles, les Ukrainiennes étaient contraintes de rester dans la sphère privée : elles ne pouvaient pas hériter de biens, se faire représenter devant les tribunaux, travailler ou occuper des postes au sein du gouvernement. C'est peut-être l'explication historique qui justifie l'absence de formes grammaticales féminines pour ces postes. Néanmoins, l'écart entre les droits des hommes et des femmes s'est peu à peu amenuisé, et l'utilisation de noms féminisés est devenue pertinente et nécessaire.
Les noms féminins sont une des caractéristiques de la langue ukrainienne puisqu'il existe trois genres grammaticaux : le masculin, le féminin et le neutre. Cela permet de féminiser le mot en ajoutant un suffixe au nom déjà existant et grammaticalement masculin. La langue ukrainienne compte près de 13 suffixes, environs 4 ou 6 sont plus utilisés, inclu -к, -иц-(-its), -ин-(-in), -ес-(-es) suivi du son a ou ya. Par exemple : «студент» (étudiant, se prononce «stoodent») devient féminin «студентка» et se prononce «stoodentka».
L'histoire de la féminisation
Les premiers noms féminisés en ukrainien sont apparus pendant le Moyen-âge. On peut en trouver dans les premiers textes de littérature ukrainienne comme le «Руська правда» (La Vérité Russe) du XIe siècle, ou l'épopée «Слово о полку Ігоревім» (Le Conte de la Campagne d'Igor) du XIIe siècle. Au XVIe siècle, les noms féminins apparaissent dans le dictionnaire, notamment dans le premier dictionnaire ukrainien imprimé appelé «Лексиса» compilé par Lavrentiy Zizaniy, qui date de 1596 et contient 7 noms féminisés. Leur nombre a augmenté au fil du temps. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, les noms féminisés étaient principalement utilisés oralement, bien que de grands écrivains ukrainiens tels que Taras Shevchenko et Lesya Ukrainka les ont souvent utilisés dans leurs poèmes.
Depuis le début du XXe siècle, à mesure que les femmes accèdent à plus de métiers, les noms féminisés deviennent plus fréquents dans le dictionnaire. Dans le Dictionnaire de la Langue ukrainienne de Dmytro Yavornytsky, on peut y trouver les mots suivants : домовласниця (la propriétaire), злочинниця (la criminelle), et здільниця (l'artiste). Le dictionnaire de Boris Grinchenko (1907-1909) compte déjà 935 mots féminins. Un autre dictionnaire russe-ukrainien de Ahatanhel Krymsky (1924-1933) ajoute des mots tels que делегатка (la déléguée), демократка (la démocrate), законодавиця (la juriste) et beaucoup d'autres.
Selon les académiciens Ivan Ogienko et Mikhail Ginzburg, les noms féminisés ont été supprimés de l'ukrainien pendant la période soviétique à partir des années 1930, car les autorités avaient pour but d'assimiler l'ukrainien au russe. La langue russe est dominée par des noms masculins pour décrire les professions et compte seulement quatre suffixes pouvant constituer des noms féminins. De plus, les noms féminins en russe ont souvent une connotation négative.
Les noms féminisés dans l'Ukraine d'aujourd'hui
Au début des années 2000, les Ukrainiens ont commencé à revoir leur attitude envers le développement de leur langue, en prenant compte de l'utilisation de la féminisation. On peut l'expliquer par la popularisation des mouvements féministes qui ont instrumentalisé le retour de l'utilisation des noms féminisés pour décrire les professions. La première version ukrainienne des sept volumes d'Harry Potter dans la traduction de Viktor Morozov commencée en 2002 inclut des noms féminisés tels que «професорка Макґонеґел» (la professeure McGonagall), ou bien дракониха/драконка (la dragonne).
En 2012, le professeur Anatoly Nelyuba a publié un dictionnaire appelé «Словотворчість незалежної України 1991—2011» («La création de mots dans l'Ukraine indépendante, 1991-2011») qui décrit les noms féminisés qui apparaissent dans la presse ukrainienne pendant cette période.
En 2019, l'Ukraine a aussi adopté une nouvelle orthographe qui comprenait les recommandations et les règles pour la formation des noms féminisés, ce qui permet de les intégrer officiellement dans la langue ukrainienne normative. De ce fait, si la féminisation était auparavant seulement utilisée à l'oral, dans les poèmes ou dans les dictionnaires, elle peut désormais être utilisée dans tous les domaines linguistiques, notamment dans la communication scientifique et officielle.
C'est ainsi qu'en 2020, sur la base des règles de la nouvelle orthographe, le ministère de l’Économie et du Développement, du Commerce et de l'Agriculture ont officiellement autorisé l'utilisation de la féminisation pour toutes les professions appartenant à ces domaines. En 2021, le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a signé une loi afin de corriger le nom de «Jour des défenseurs de l'Ukraine» («День захисника України») par «Jour des défenseurs et défenseuses de l'Ukraine» («День захисника і захисниць України»). Il s'agit du seul cas de figure où des noms féminisés ont été introduits dans un jour férié en Ukraine.
Selon un sondage de l'Institut de l'Information de Masse, 63 pour cent des journalistes Ukrainiens utilisent constamment la féminisation dans leur contenu médiatique. 15 pour cent indiquent que leurs rédacteurs en chef ne leur demandent pas d'utiliser des noms féminisés, tandis que 12 pour cent affirment que toutes les professions n'autorisent pas la féminisation. Enfin, seulement quatre pour cent ont mentionné qu'ils n'utilisaient pas de noms féminisés dans leur contenu.
Pourquoi certains Ukrainiens s'opposent à la féminisation ?
Le Dr Olena Masalitina énumère trois raisons pour lesquelles certaines personnes refusent catégoriquement d'utiliser les noms féminisés. Tout d'abord, il se peut que la personne ne soit pas familière avec la féminisation, ou qu'elle soit russophone. Le russe possède moins de noms féminisés et de suffixes permettant la création de la féminisation. Par conséquent, lorsque cette personne parle en ukrainien, elle peut avoir l'impression que la présence d'un si grand nombre de mots féminisés paraît artificielle ou inhabituelle. Selon les enquêtes sociologiques menées par le groupe Rating, 51 pour cent des Ukrainiens parlent ukrainien dans la vie de tous les jours, au travail ou à la maison, tandis que 36 pour cent parlent ukrainien et russe et seulement 13 pour cent parlent uniquement le russe.
Deuxièmement, très souvent, les femmes elles-mêmes ne veulent pas qu'on s'adresse à elles avec des noms féminisés puisqu'elles l'interprètent comme une forme de discrimination, affirme le Dr. Masalitina : « Si l'on regarde dans le dictionnaire ukrainien, on peut remarquer qu'il y a deux fois moins de noms masculins que de noms féminins. Bien entendu, il apparaît clairement que la société a méprisé les femmes pendant plusieurs siècles, et cela reste d'actualité, car peu de temps s'est écoulé depuis que les femmes ont obtenu les mêmes droits que les hommes. Une telle réaction n'est qu'une confirmation indéniable que nous vivons dans un monde patriarcal. Cependant, si une femme est mal à l'aise lorsque l'on parle spécifiquement d'elle avec des termes féminisés, il n'y a pas lieu d'insister ou de s'indigner. Il convient de respecter sa position, en lui donnant le droit de décider par elle-même. »
Enfin, certaines personnes aiment avoir une opinion controversée, et la question de la féminisation est une bonne occasion pour cela.
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La Reine fut le symbole du monde colonial en déclin
La Reine Elizabeth II avec le Roi Faisal d’Irak lors d’une visite officielle en 1956. Gare de Londres-Victoria. Capture d’écran provenant d’une vidéo par British Pathé. Usage loyal.
Cet article est écrit par Nasser Rabbat, auteur invité et directeur du programme Aga Khan pour l’architecture Islamique du Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Le décès de la Reine Elizabeth II, le 8 septembre 2022, est présenté dans les médias occidentaux comme la fin d’une ère. L’acharnement de ce mantra dans les médias est une exagération, pour le moins qu’on puisse dire, à part peut-être pour les fervents royalistes du Royaume-Uni, et des anglophiles, principalement de riches citoyens du Commonwealth. Pour le reste d'entre nous, la signification de son décès va d'une distraction pompeuse, délibérément étalée sur de nombreux jours, au rappel des différences entre le monde d'aujourd'hui et celui de son ascension au trône en 1952, soulignant à quel point l'apparat royal britannique est inepte et totalement déphasé.
Le premier rappel est particulièrement poignant pour un observateur d'origine arabe comme moi, naviguant avec aise les modes de pensée occidentale, mais également plongé dans la critique de leur mépris insensé des autres perspectives non occidentales.
Plus tragique, le règne d'Elizabeth II coïncide avec le démantèlement continu de tous les aspects prometteurs de la modernité au sein du monde arabe – de l'indépendance politique à la prospérité économique, en passant par l'émancipation et la stabilité sociale.
Elizabeth II n'est évidemment pas personnellement responsable de ces incidents, qui devraient être imputés équitablement et honnêtement aux régimes et aux peuples arabes et à leur gestion déséquilibrée des défis auxquels ils ont été confrontés au cours des 70 dernières années. Mais sa personne a symbolisé l'ordre mondial colonial qui, bien qu'en déclin à son arrivée, avait déjà piégé non seulement les populations arabes, mais l'ensemble des pays en développement de l'hémisphère sud, dans sa répartition extrêmement injuste du pouvoir, du savoir et de la richesse. Les acteurs ont changé à de multiples reprises, mais l'emprise dévastatrice des inégalités mondiales a perduré, presque indemne.
Retracer la colonisation britannique au Moyen-Orient
Une carte anachronique de l'Empire britannique .Les couleurs de la légende sont expliquées en fonction de leurs numéros associés comme suit : 1. Rose : colonies détenues en 1945 2. Orange : États indépendants membres du Commonwealth 3. Rose entouré d'orange : colonies des états indépendants du Commonwealth 4. Rouge foncé : zones perdues en 1920 5. Rose clair : zones occupées pendant la Seconde Guerre mondiale * 6. Violet : États princiers (en Inde) et autres Protectorats 7. Lavande : zones perdues en 1705 (Angleterre seulement) 8. Hachuré : sphère d'influence (cliquez sur l'image pour une meilleure résolution) 9. Saumon : zones de l'axe vaincu occupées 1943-1955**154, CC BY-SA 3.0
L'ingérence de la Grande-Bretagne dans le Machrek arabe est ancienne (le Maghreb a été résolument cédé aux Français). En 1190, un lointain prédécesseur d'Elizabeth II, Richard Ier (Cœur de Lion, régna de 1189-99) mène la troisième croisade en Sicile, à Chypre et sur la côte de la Palestine avec des résultats mitigés qui lui ont néanmoins assuré une renommée éternelle.
Mais la montée d'une dynastie modernisatrice locale égyptienne nécessite une intervention urgente en 1882 pour s'assurer à la fois les avantages financiers et de navigation qu'offre l'ouverture du canal de Suez. Les Britanniques occupent l'Égypte jusqu'en 1954.
Entre-temps, la Grande-Bretagne étend également son hégémonie coloniale aux émirats du Golfe, du Koweït à Oman, les liant par des traités qui effacent efficacement leur indépendance.
À la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman s'effondre et les puissances coloniales européennes se ruent pour engloutir ses provinces arabes. La Grande-Bretagne, trahissant ses alliés arabes à qui on avait promis un État arabe indépendant, remporte la plupart des territoires du Machrek, notamment l'Irak et la Trans-Jordanie, où elle installe deux dynasties hachémites tributaires, et la Palestine, destinée à être dépouillée de son nom, de son identité et de son peuple.
Ce plan impérial britannique, illustré par l'absurde Déclaration Balfour de 1917 promettant ce qui était encore la Palestine ottomane au peuple juif, s'avère désastreux non seulement pour les Palestiniens, qui perdent leur pays après la création d'Israël en 1948, mais pour toute la région arabe. Il rompt la relation territoriale entre l'Égypte et le Machrek, étouffe une véritable libération et créé un environnement hostile à la modernité et à la démocratie.
Sous le règne de la Reine Elizabeth II
La Reine Elizabeth II dans le wagon avec le roi Hussein de Jordanie lors d'un accueil royal en 1966. Londres. Capture d’écran provenant d’une vidéo par British Pathé. Usage loyal.
Les défauts de cette politique impériale commencent à apparaître peu de temps après l'accession au trône d'Elizabeth II, lorsque le mouvement des Officiers libres en Égypte organise un coup d'État contre leur roi en juillet 1952 et établit ce qu'ils prétendent être une république orientée vers le progrès et la souveraineté politique. Qu'ils aient finalement bâclé leur projet en raison de leur inexpérience et de leur cupidité politique ne diminue en rien le rôle que le Royaume-Uni et l'Occident, en général, ont joué en donnant à ces dirigeants incompétents plus de corde pour étrangler leur nation.
La nationalisation précipitée du canal de Suez par Abdel Nasser en 1956 entraîne l'Agression tripartite du Royaume-Uni, de la France et d'Israël, révélant les faiblesses militaires et stratégiques du régime égyptien malgré le repli des envahisseurs. Par la suite, les États-Unis imposent un nouvel ordre qui pousse le Royaume-Uni au dernier rang dans les affaires égyptiennes, mais non sans de multiples tentatives pour regagner une certaine influence.
Autre étape de la compétition entre le Royaume-Uni et les États-Unis dans les États arabes fraîchement indépendants ; la Syrie, qui subit une série de coups d'État militaires orchestrés par l'occident entre 1949 et la montée de Hafez al-Asad en 1970. Un certain nombre de ces coups d'État auraient été coordonnés avec les services secrets britanniques, en particulier dans les années 1950, lorsqu'un panarabisme croissant menace les régimes conservateurs alliés au Royaume-Uni en Jordanie, en Irak et dans certains des émirats du Golfe.
Prétendument cartographié sur une serviette par l'indomptable Gertrude Bell, lors d'un cocktail dans le manoir d'un haut-commissaire britannique en 1918, l'Irak a également souffert d'interférences étrangères tout au long de son histoire moderne. Le dernier épisode, lorsque le pays a été occupé par une coalition dirigée par les États-Unis en 2003, est particulièrement dévastateur. Le Royaume-Uni, vraisemblablement nostalgique de son époque coloniale, revendique le gouvernorat du sud de Bassorah comme son fief. Ailleurs dans le Golfe, expatriés et entreprises britanniques dominent de nombreux secteurs économiques dans les cités-États richissimes, du Koweït à Oman. Le Yémen autrefois « Heureux » (l'Arabia Felix des Romains), dont la moitié sud fut pendant plus d'un siècle une colonie britannique, est aujourd'hui en proie à une guerre civile schizophrénique, alimentée par la géopolitique et les rêves de grandeur malavisés de ses envahisseurs.
Alors, pourquoi les habitants de la région devraient-ils se souvenir de la Reine Elizabeth II autrement que comme la figure de proue crispée et terriblement conservatrice d'un empire en déclin qu'elle était réellement ? En réalité, son décès pourrait inaugurer non pas la fin nostalgique d'une époque, mais le début prometteur d'une nouvelle ère pour les relations de la monarchie britannique avec le monde arabe. Son fils et successeur, Charles III, a toujours montré un fort intérêt et une grande appréciation de l'islam, du soufisme, de la culture et de l'architecture arabes.
Ces affinités intellectuelles, si elles sont correctement réorientées, pourraient se traduire par un véritable rapprochement avec le monde arabe. Mais cela dépendra non seulement de la volonté du nouveau roi, mais aussi de sa capacité à naviguer dans les restrictions de sa monarchie constitutionnelle et à transcender les préjugés persistants de l'orientalisme, du colonialisme et de la xénophobie.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221017_160300";}s:15:"20221017_153109";a:7:{s:5:"title";s:84:"Les écrivains et universitaires philippins s'insurgent contre la censure des livres";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/17/274794/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274794";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 17 Oct 2022 13:31:09 +0000";s:11:"description";s:195:"« Nous pensons que les accusateurs n'ont pas lu nos livres dans leur intégralité. Nous pensons que c'est une forme de terrorisme que de dicter ce qui peut être écrit et comment l'écrire. »";s:7:"content";s:22802:"
Cinq livres littéraires qualifiés de « subversifs » par les autorités
Les cinq livres qualifiés de « subversifs » par certains commissaires de la Komisyon sa Wikang Filipino (Commission des langues philippines). Photo du Centre pour la liberté et la responsabilité des médias.
Un ordre du gouvernement visant à stopper la publication et la distribution de 5 livres qualifiés de « subversifs » par les autorités philippines a été abrogé après une forte réaction de la communauté littéraire et universitaire philippine contre la censure et la répression des livres.
La Komisyon sa Wikang Filipino [Commission de la langue philippine] ou KWF, une agence gouvernementale en lien avec le bureau présidentiel chargé de promouvoir, préserver et développer les langues du pays, a retiré son ordonnance précédente après les protestations soutenues des principaux universitaires et écrivains du pays.
La Commission a ordonné l'interdiction des titres suivants dans le Mémorandum 2022-0663 du 9 août, après qu'un talk-show du porte-parole de l'extrême droite Sonshine Media Network International (SMNI) ait accusé les livres de « subversion » et étiqueté les auteurs de « communistes » :
“Teatro Politikal Dos” [Théâtre politique deux] de Malou Jacob ;
“Kalatas : Mga Kwentong Bayan at Kwentong Buhay” [Lettres : récits populaires et histoires de vie] par Rommel B. Rodriguez ;
“Tawid-diwa sa Pananagisag ni Bienvenido Lumbera : Ang Bayan, ang Manunulat, at ang Magasing Sagisag sa Imahinatibong Yugto ng Batas Militar 1975-1979″ [Transmettre le sens des écrits de Bienvenido Lumbera : The People, the Writer, and the Magazine Sagisag in the Imaginative Stage of Martial Law 1975-1979] par Dexter B. Cayanes ;
“May Hadlang ang Umaga” [Le matin est entravé] par Don Pagusara ; et
“Labas : Mga Palabas sa Labas ng Sentro” [Outside : Performances from Beyond the Center] de Reuel M. Aguila.
Le marquage rouge est un terme utilisé aux Philippines faisant référence à la pratique de qualifier les individus de terroristes ou rebelles communistes « sans preuve substantielle d'une quelconque action illégale ».
Carmelita Abdurahman, commissaire aux programmes et aux projets du KWF, et Benjamin Mendillo, commissaire aux opérations et aux finances, ont rédigé le mémorandum, qui a également été signé par trois autres commissaires du KWF.
Alors que le pays commémore Buwan ng Wika, la Komisyon sa Wikang Filipino a publié un mémorandum appelant les écoles et les bibliothèques à retirer les livres « subversifs » suivants à cause de leur caractère « anti-gouvernement. »@PhilippineStar@onenewsphpic.twitter.com/tCfhqkLJOj
— Marc Jayson Cayabyab (@mjaysoncayabyab) 11 août 2022
Des livres « subversifs » ?
Dans le programme SMNI « Laban Kasama ang Bayan » [combat avec la nation ], Lorraine Badoy, ancienne sous secrétaire d'Etat en charge de la communication sous l'administration Rodrigo Duterte et d'autres porte-paroles anticommunistes ont remarqué des mots particuliers, dialogues et des références administration, ont mis en évidence des mots particuliers, des dialogues et même des références trouvées dans les cinq livres qu'ils ont condamnés comme « terroristes ».
Capture d'écran d'une séquence du programme SMNI du 9 août 2022 qualifiant cinq livres philippins de subversifs.
Les porte-paroles anticommunistes ont mis en avant des lignes tirées de la pièce de théâtre primée du dramaturge philippin Malou Jacob, Teatro Political Dos, une collection de 5 pièces. Ces lignes décrivent simplement le soulèvement populaire d'EDSA qui a renversé le défunt dictateur Ferdinand Marcos Sr. en février 1986 comme « la meilleure chose qui soit arrivée après quinze ans de loi martiale ».
Capture d'écran d'une séquence du programme SMNI du 9 août 2022 qualifiant cinq livres philippins de subversifs.
Sont également mises en évidence des lignes tirées de « Kalatas », un recueil de vignettes et de réflexions du romancier et professeur de littérature philippin Rommel Rodriguez. Le texte évoque simplement la réalité philippine de certains Philippins qui organisent une révolution armée contre le gouvernement : « May umakyat ng bundok upang humawak ng Sandata » [Il y a ceux qui partent dans les montagnes pour prendre les armes].
Capture d'écran d'une séquence du programme SMNI du 9 août 2022 qualifiant cinq livres philippins de subversifs.
La thèse publiée par l'universitaire Dexter Cayanes, « Tawid-diwa sa Pananagisag ni Bienvenido Lumbera », sur le défunt Lumbera, artiste national philippin pour la littérature, est entre-temps montrée du doigt pour avoir simplement cité des œuvres des chefs rebelles communistes Jose Ma Sison et Julieta de Lima. Même les références de la critique d'art marxiste d'Alice Guillermo et d'autres travaux universitaires tels que « Marxisme et histoire littéraire » ont été présentés comme des preuves de subversion.
Capture d'écran d'une séquence du programme SMNI du 9 août 2022 qualifiant cinq livres philippins de subversifs.
Un dialogue tiré de la pièce de théâtre de Don Pagusara, « May Hadlang ang Umaga », décrivant la situation historique de Philippins ordinaires parlant de rejoindre la lutte armée contre la dictature, est également considéré comme déjà subversif en soi. Pagusara est un dramaturge et un poète primé à maintes reprises, écrivant en langue cebuano, et un ancien détenu politique pendant les années de la dictature.
Capture d'écran d'une séquence du programme SMNI du 9 août 2022 qualifiant cinq livres philippins de subversifs.
Le simple fait de montrer les réalités sociales telles que les arrestations de militants, la faim, la violence et la pauvreté (« gutom, dahas, kahirapan ») à l'époque de la loi martiale dans le cadre de l'une des pièces du dramaturge et professeur primé Reuel Aguila dans le livre « Labas » est également présenté comme une preuve de terrorisme.
Les auteurs s'expriment
En réponse à ces accusations, les cinq auteurs ont rédigé une déclaration commune en philippin demandant le retrait des fausses accusations portées contre eux. Les auteurs ont affirmé que c'était en fait les tentatives des porte-parole anticommunistes de faire passer leurs écrits pour de véritables actes de terrorisme qui semaient la peur au sein de la communauté littéraire et universitaire :
Naniwala kaming hindi nabasa mismo ng mga nagpaparatang ang kabuuan ng lima naming libro. Naniniwala kaming isang uri ng karahasan ang pigilang maipakita ang iba’t ibang danas ng mga Pilipino. Naniniwala kaming isang uri ng terorismo ang magtakda kung ano lamang ang maaaring isulat at paano isulat ang mga ito.
Nous pensons que les accusateurs n'ont pas lu nos livres dans leur intégralité. Nous pensons qu'empêcher la diffusion de la diversité de l'expérience philippine est une forme de violence. Nous pensons que c'est une forme de terrorisme que de dicter ce qui peut être écrit et comment l'écrire.
Rodriguez a souligné que « Kalatas » et ses autres œuvres littéraires visaient à dire la vérité sur les réalités des gens qui prennent les armes plutôt qu'à encourager les lecteurs à combattre le gouvernement :
Ils ont été sortis de leur contexte, car après tout, il est si facile de dire qu'ils sont subversifs parce qu'ils contiennent de tels mots. Suis-je le seul à avoir utilisé « révolution » et « arme » ? Non. De nombreuses personnes les ont utilisés dans l'histoire.
M. Pagusara a déclaré que la censure de leurs œuvres a pour effet de refroidir la communauté des écrivains, artistes, travailleurs culturels, universitaires et chercheurs. Il a expliqué que « May Hadlang ang Umaga » est basé sur ses expériences réelles en tant que militant et prisonnier politique pendant le régime de loi martiale de Marcos :
May Hadlang ang Umaga est une pièce de théâtre fictive écrite dans les années 1980 et basée sur la vie de prisonniers politiques détenus au Centre de réinsertion des jeunes, une ancienne prison de haute sécurité située à Fort Bonifacio, à Taguig City. Elle était en fait archivée dans ma mini-bibliothèque lorsque le président de la KWF, Arthur Casanova, a proposé que le livre soit publié.
Le président du KWF, Arthur Casanova, qui a été pressé de démissionner pour avoir prétendument autorisé la publication des livres en question, a démenti les accusations dans une déclaration. Le responsable a affirmé que les cinq livres ont en fait été soumis au processus d'examen régulier de la commission avant d'être publiés, précisant que le contenu des livres s'inscrit dans le cadre de la liberté d'expression et de la liberté académique.
Solidarité et repli
Une déclaration unitaire signée par plus de 30 associations, organisations et départements universitaires culturels, éducatifs et linguistiques a exprimé son soutien aux auteurs assiégés et à leurs œuvres censurées. La déclaration affirme que les livres peuvent citer même les textes qui sont considérés par l'État comme subversifs ou révolutionnaires :
Bahagi ng akademikong kalayaan ng mga manunulat, guro, mananaliksik at ng lahat ng mga mamamayan ang pagbabasa, pagsusuri, pagsipat, pag-cite, pagsangguni at paggamit sa KAHIT ANONG BABASAHIN, SINUMAN ANG SUMULAT AT SINUMAN ANG NAGLATHALA.
La liberté académique des écrivains, des enseignants, des chercheurs et de tous les citoyens comprend l'écriture, l'analyse, l'investigation, la citation, la référence et l'utilisation de tout écrit, quel qu'en soit l'auteur et quel qu'en soit le rédacteur.
Le département de littérature philippine de l'Université des Philippines, dont Aguila et Rodriguez sont membres de la faculté, a souligné l'ironie de la censure des cinq livres écrits en langue philippine pendant le Buwan ng Wika [mois de la langue] du pays et par la commission gouvernementale chargée de promouvoir la langue nationale.
Le Congrès des enseignants/éducateurs pour le nationalisme et la démocratie (CONTEND), une organisation de professeurs et de travailleurs universitaires militants de l'Université des Philippines, a quant à lui replacé le dernier cas de censure de livres dans la longue histoire du pays en matière de marquage rouge :
Cet incident ne peut être dissocié d'autres attaques contre la liberté académique au cours des dernières années sous le régime de Duterte et des tentatives de déformation de l'histoire du camp Marcos. Nous nous souvenons de la purge des bibliothèques des universités d'État des livres historiques et politiques qualifiés de « subversifs » par l'État, de l'étiquetage rouge de certaines librairies et de l'interdiction de sites Web et d'organes de presse qui couvrent les réalités du peuple philippin.
Le 21 septembre 2022, les commissaires du KWF Alain Russ Dimzon, Angela Lorenzana et Hope Sabapan-Yu ont officiellement retiré leur signature du mémorandum n° 2022-0663 par le biais de la résolution n° 27. L'émission de la nouvelle résolution a été révélée lors d'une session du Congrès philippin, lorsque des législateurs activistes de la coalition Makabayan (Pro-People) ont insisté sur la question de la censure des livres lors de l'audition du projet de budget 2023 du KWF.
La représentante au Congrès de l'Alliance of Concerned Teachers Party, France Castro, a déclaré que ce retour en arrière contre la censure des livres « n'aurait pas eu lieu sans la clameur du peuple et sa ferme condamnation des attaques contre la liberté académique, la liberté de la presse et la liberté d'expression. »
Divulgation : L'auteur enseigne au département de littérature philippine de l'Université des Philippines. Il est également membre du Congress of Teachers/Educators for Nationalism and Democracy.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221017_153109";}s:15:"20221014_185913";a:7:{s:5:"title";s:72:"Inde : des prêts bancaires plongent des agriculteurs dans le désespoir";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/14/274889/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274889";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 14 Oct 2022 16:59:13 +0000";s:11:"description";s:265:"En Inde, quand ils ne doivent pas faire face aux aléas climatiques, les agriculteurs sont exploités par des institutions financières ou victimes d’autres formes d'injustice. Reportage d’un correspondant communautaire de VideoVolunteer à Nashik, Maharashtra.";s:7:"content";s:8154:"
Des terres d'agriculteurs condamnées à être rachetées ou vendues aux enchères
Un agriculteur de Maharashtra dont le montant du prêt est passé de 280,000 INR (3 410 USD) à 900,000 INR (10,960 USD) en quatre ans. Capture d’écran d’une vidéo YouTube de VideoVolunteers.
Cette compilation de deux contributions de Maya Khodve a été initialement publiée sur VideoVolunteers, un média communautaire international primé et basé en Inde. Une version éditée est publiée ci-dessous dans le cadre d’un accord de partage de contenu.
L’ironie du sort veut que les agriculteurs indiens se trouvent toujours en bas de la pyramide économique. Des problèmes de petites propriétés foncières à l’explosion démographique, en passant par les politiques agricoles ou encore l’innovation technologique, les raisons de ce phénomène ne manquent pas.
Les intermédiaires représentent encore une autre forme d’exploitation des malheurs et de la misère des agriculteurs. Maya Khodve, correspondante communautaire (CC) de VideoVolunteers, est originaire d’un bidonville de Nashik, une ville située dans au nord de l’État indien du Maharashtra. Dans ses reportages vidéo, accessibles ci-dessous, elle met en lumière une catégorie d'intermédiaires bien spécifique, à savoir les banques qui prêtent de l'argent aux agriculteurs et leur imposent des taux d’intérêt exorbitants.
Au cours des quatre dernières années, dans la région de Dari, à Nashik, Maharashtra, plusieurs agriculteurs se sont retrouvés dans l'impossibilité de rembourser leurs prêts à la Nashik District Central Co-Op Bank (NDCC, « Banque centrale coopérative du district de Nashik ») et ont reçu des avis d’acquisition et de vente aux enchères de leurs terres. Cette situation est très grave pour ces agriculteurs, car privés de leurs terres, ces derniers se retrouveront sans aucun moyen de subsistance.
La banque envoie des avis à répétition aux agriculteurs avant que les responsables de cette banque ne viennent chez eux pour leur parler de l’acquisition de leurs terres. Comme en témoigne l’une des vidéos de ce reportage dans lequel on peut voir un agriculteur faire une crise cardiaque paralysante, les agriculteurs âgés se retrouvent en proie à un grand désarroi.
Si les agriculteurs n’ont pas été en mesure de rembourser leurs emprunts, c’est parce que les récoltes ont été mauvaises ces quatre dernières années, alors que, parallèlement, les intérêts des prêts bancaires n’ont cessé d’augmenter à un rythme effréné. Un agriculteur de Maharashtra a, par exemple, vu le montant de son emprunt passer de 280,000 INR (3 410 USD) à 900,000 INR (10,960 USD) en quatre ans. Les responsables de la banque lui ont alors montré l’avis de vente aux enchères et ont exigé qu’il règle la moitié du montant des intérêts.
Désespérés, les agriculteurs affirment que, sans l’intervention du gouvernement, il leur sera impossible de rembourser leur emprunt et les intérêts.
Heureusement, chaque année, le gouvernement du Maharashtra annule les dettes des agriculteurs les plus démunis. Informée de ces programmes, Maya Khodve est donc allée parler au directeur de la banque, accompagnée des agriculteurs concernés, pour trouver une solution à ce grave problème.
Non loin de là, dans le district de Nashik, les agriculteurs du village de Dhondegaon se sont rendus à plusieurs reprises à la NDCC au cours des deux dernières années pour clôturer leur compte de prêt, mais ils se heurtaient constamment à un problème administratif. Les responsables de la banque insistaient pour qu’ils paient en espèces, alors que les agriculteurs souhaitaient utiliser l’argent déjà sur les comptes des membres de leur famille pour rembourser les prêts. Les guichetiers de la banque étaient catégoriques : c’était impossible.
Pour trouver une solution, les agriculteurs et Maya Khodve sont allés rencontrer le président de la NDCC, Pingle, et lui ont expliqué le problème. Pingle a entendu leurs arguments et estimé qu’il n’était pas nécessaire de retarder le remboursement des prêts si les agriculteurs étaient disposés à payer en utilisant des comptes de leurs familles qui appartiennent à la même banque. Le PDG a ensuite émis un ordre dans ce sens. Le recouvrement des prêts sera ainsi plus rapide et les agriculteurs seront libérés du prélèvement des intérêts composés, ce qui libérera du capital pour des prêts futurs.
Si Maya Khodve n’était pas intervenue en leur faveur et ne les avait pas encouragés à trouver une solution, les agriculteurs n’auraient jamais rencontré le PDG de la banque.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221014_185913";}s:15:"20221014_184446";a:7:{s:5:"title";s:58:"Turquie : les femmes apportent leur soutien aux Iraniennes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/14/274850/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274850";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 14 Oct 2022 16:44:46 +0000";s:11:"description";s:174:"En Turquie, pays où les droits des femmes se dégradent constamment, le meurtre de Mahsa Amini fait mal. Toutes les femmes apportent leur soutien aux manifestations en Iran.";s:7:"content";s:13482:"
Le 21 septembre, une foule se réunit devant le consulat général d'Iran à Istanbul, tenant des photos de Mahsa Amini et des banderoles. D'après la presse locale, la police locale a empêché le déroulement d'une manifestation similaire sur la célèbre place Taksim à Istanbul, le 20 septembre.
Les femmes à travers toute la Turquie ont rejoint les manifestations de soutien dans les jours qui ont suivi la mort de Mahsa Amini aux mains de la police iranienne des mœurs.
Iranian women and women's solidarity organizations held an action in İzmir Cumhuriyet Square for Mahsa Amini, who was killed by the morality police in Iran.
Les femmes iraniennes et les organisations de solidarité des femmes ont organisé une action sur la place İzmir Cumhuriyet pour Mahsa Amini, tuée par la police des mœurs en Iran.
Le parti politique turc pro-kurde, Parti démocratique des peuples (HDP), a déclaré dans un communiqué de presse qu'il condamnait le meurtre de Mahsa Amini par la tyrannique police des mœurs :
« Nous soutenons la rébellion des femmes et nous leur disons “votre manifestation est notre manifestation.” Cette lutte est une lutte commune pour la liberté, car nous sommes tous au courant de cette mentalité d'animosité envers les femmes. Nous sommes contre ce système dirigé par des hommes qui essayent de rester au pouvoir en privant les femmes de leurs droits et de leur vie. Nous continuerons d'appeler (les autorités) à reconnaitre ces féminicides. Et encore une fois, à partir de là, peu importe d'où nous luttons, nous saluons les manifestations de rue en Iran, et le slogan “Jin, Jiyan, Azadi” en criant “Jin, Jiyan, Azadi” à notre tour.
Le dirigeant emprisonné du HDP, Selahattin Demirtas, a également rejoint [tr] la manifestation de soutien depuis sa cellule en se rasant la tête.
Le 26 septembre, pendant son concert, la chanteuse turque Melek Mosso s'est coupée des mèches [tr] de cheveux avant de déclarer : « ce soir, je dédie mes chansons à toutes les femmes, personne ne nous enlèvera notre liberté.»
Turkish musician Melek Mosso who had previously been targeted Turkey's government and got her concerts restricted multiple times, cut her hair on stage in solidarity with #IranProtests for #MahsaAmini. pic.twitter.com/HJjvEhX6IK
La musicienne Melek Mosso qui avait déjà été la cible du gouvernement turc et avait vu ses concerts restreints à maintes reprises, s'est coupée les cheveux sur scène en soutien aux #ManifestationsEnIran (#IranProtests) pour #MahsaAmini.
Le fondateur, directeur artistique et chef d'orchestre de la célèbre chorale Bogazici Jazz Choir a twitté « Ça suffit !», en partageant un extrait de la chorale qui a fait le tour d'Internet.
Le 29 septembre, en discutant avec les journalistes à Ankara, le dirigeant du parti de l'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kılıçdaroğlu, a déclaré [tr]: « Ce ne sont pas les femmes qui devraient payer le prix fort quel que soit le pays. Nous nous devons de respecter les femmes.»
Sur une discussion sur Twitter [tr], la dirigeante féminine du parti de droite, le Bon parti, a déclaré :
It is the most basic and sacred right of women to lead a happy and peaceful life, to be free in their choices and to live without being pushed around.
We can never accept the contrary.
On this occasion, I wholeheartedly greet the women who took to the streets for their freedom and rebelled against oppression in Iran;
I call on the Iranian administration to listen to the right voice raised by women for a dignified life and to make urgent reforms that befit human dignity.
Mener une vie calme et heureuse, être libre de faire ses propres choix et de vivre sans être malmené font partie des droits fondamentaux et sacrés d'une femme.
Accepter le contraire est impossible.
Pour l'occasion, je salue sincèrement les femmes qui se sont déplacées dans la rue pour se battre pour leur liberté et qui se sont rebellées contre l'oppression en Iran;
J'appelle l'administration iranienne à écouter la voix des femmes pour une vie plus digne et créer de nouvelles réformes au plus vite qui reflète la dignité humaine.
Le soutien vocal des manifestations en Iran était absent parmi les membres du parti au pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AK). En discutant avec Al-Monitor, Isin Elicin, le producteur de « FemFikir » [FemIdea], un programme présenté par l'organe de presse indépendant Medyascope, a déclaré que le silence n'était pas surprenant étant donné l'expérience du parti au pouvoir pendant les manifestations de Gezi dans tout le pays et les rassemblements permanents organisés par les femmes contre le retrait [fr] du pays de la Convention d'Istanbul.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221014_184446";}s:15:"20221014_181958";a:7:{s:5:"title";s:62:"La communauté queer fuit l’Azerbaïdjan : seule, mais libre";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/14/274787/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274787";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 14 Oct 2022 16:19:58 +0000";s:11:"description";s:155:"Malgré l'absence de garanties pour sa sécurité, Banu a pris un risque en déménageant en Géorgie où elle cherche un emploi et profite de sa liberté.";s:7:"content";s:9022:"
Peri Banu a récemment déménagé en Géorgie, fuyant son Azerbaïdjan natal.
Image par Sharaf Nagiyeva, partagée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Cet article a initialement été publié sur Chaikhana Media. Une version éditée est publiée ici dans le contexte d’un accord de partage de contenu.
Ces dernières années, des dizaines de personnes de la communauté queer d’Azerbaïdjan ont fui leurs foyers en raison des persécutions dont ils faisaient l’objet. Il n’existe pas de statistiques/chiffres officiels concernant cet exode des membres de la communauté LGBTQ+ en Azerbaïdjan, néanmoins, les preuves anecdotiques indiquent que cette migration vers la sûreté ne se produit pas qu’en direction de pays de proximité.
Pari Banu (qui utilise les pronoms elle/iels), activiste et artiste queer, fait partie de ceux qui se sont récemment installés à Tbilisi en Géorgie, pays voisin. Artiste et interprète visuelle, Banu expérimente avec la photographie, la performance, la vidéo, le son, et la mode pour ouvrir la discussion sur des sujets comme l’identité, la violence et la transformation.
Les gens te répètent : « Tu as un pénis. Sois un homme ! » ou « Tu as un vagin ! Comporte-toi comme une femme ! » Mais j’ai toujours été curieuse sur ce que cela signifie, d’être un homme ou d’être une femme. Ne serait-il pas possible de s’écarter de cette vision binaire primitive ? Est-ce que c’est vraiment si important d’avoir un pénis, mais d’être efféminé et doux, ou d’avoir un vagin, mais d’être masculine et dominante ? Quand j’étais enfant, j’aimais avec passion me maquiller, enfiler un haut et faire un spectacle de danse du ventre. Cependant, mes parents étaient très stricts à ce propos, surtout mon père. Mais j’ai toujours eu forte tête. Ensuite, on m’a puni pour agir de la sorte. Donc je me suis toujours posé la question… Pourquoi ? La féminité est-elle une malédiction pour un garçon ? Et aujourd’hui, j’ai trouvé la réponse… Mon émancipation complète a toujours fait peur aux autres !
Banu a grandi dans une famille conservatrice pour qui même un sac au motif fleuri posait problème. Banu se remémore dans sa conversation avec Chaikhana Media que ses proches avaient l’habitude de dire des choses comme « Les voisins vont te voir, et que vont-ils dire ? Quelle honte ! »
Quand elle a atteint l’âge du service militaire obligatoire, la mère de Banu l’a convaincue de s’engager. Mais son service militaire fut synonyme de terreur et dépression. En plus du bizutage et du harcèlement dont elle a fait l’objet, des soldats tentent de la persuader d’avoir des relations sexuelles avec eux. Quand elle refuse, ils la punissent en l’enfermant dans les toilettes et en la tabassant pendant la nuit. Un soldat menace de la retrouver une fois qu’elle aura quitté l’armée, et de la tuer.
À Chaikhana Media, Banu raconte que sa mère a essayé de la convaincre de se marier avec une fille. Mais malgré les protestations de Banu, qui assure à sa mère que chaque parti finirait par souffrir de la situation, la priorité pour cette dernière reste les on-dit. Banu décide alors de déménager de chez ses parents et de partir pour Tbilisi en Géorgie, le pays voisin, où elle espère que personne ne lui reprochera d’être elle-même. Elle a tenu compte de ses questionnements en rapport avec son identité et sa famille à travers un journal :
21/06/22C’est si étrange qu’après tout ce que ma famille m’a fait, je me sente quand même coupable. C’est peut-être le syndrome de Stockholm. J'aimerais juste me débarrasser de ce sentiment désagréable.Hier, je suis entrée en contact avec deux agences de mannequinat à Tbilisi. Ils veulent des photos de moi. Je devrais essayer d’en prendre et les envoyer. Ça pourrait être une opportunité d’emploi. Mais je suppose que je suis un peu âgée pour être mannequin. Mon père, cet alcoolique, a voulu me frapper après avoir vu mon nouveau sac avec she/they (elle/iels) inscrit dessus. Il tenait un couteau. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu’il voulait me couper. Il se souciait seulement de ce que penseraient les voisins, comme d’habitude.25/06/22Aujourd’hui, j’ai dit à ma mère que je m’en irais bientôt.
Le déménagement n’est pas une mince affaire. Banu change plusieurs fois d’appartement avant de rencontrer et de se lier d’amitié avec un bailleur bienveillant. Elle se sent moins seule dans cette ville, désormais. Trouver du travail s’avère être plus difficile qu’il n’y paraît. Banu ne parle pas Georgien, ce qui ne facilite pas les choses, mais la chance finit par tourner.
Image par Sharaf Nagiyeva, partagée dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Avant de venir en Géorgie, Banu est tombée sur un appel ouvert pour les artistes queer pour une exposition à Berlin. Sélectionnée, elle prend part à l’exposition et présente ses Polaroids. À Tbilisi, un conservateur présent à cette exposition invite Banu à jouer dans une pièce de théâtre. Elle remporte un grand succès en interprétant la Déesse Serpent Shahmaran, trahie par son amant. « Si l’on en croit la légende, quiconque dévore la chair de Shahmaran devient immortel, alors son amant avoue au roi où elle se cache, et le roi la tue et la mange. » Explique Banu.
Et bien que Banu ait cru laisser sa famille et ses proches en Azerbaïdjan, ils continuent de lui envoyer des messages, lui signifiant leur inquiétude quant à sa nouvelle vie en Géorgie. Un jour, elle est même accostée dans la rue par des femmes originaires d’Azerbaïdjan, mécontente de voir une femme transgenre azerbaïdjanaise. Elles considèrent ça honteux.
Néanmoins, un mois après le déménagement, Banu se sent libérée. Elle s’exprime librement, même si sa sécurité reste sujette d’inquiétude. Récemment, Banu a été attaquée par deux hommes non loin de chez elle. Elle a été sévèrement battue. Et bien qu’un homme plus âgé soit venu lui porter secours, Banu est désormais à la recherche d’un appartement plus proche du centre-ville, plus sûr et où les gens sont moins homophobes.
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Les entreprises de technologies doivent davantage aider les utilisateurs des réseaux sociaux iraniens.
[Sauf indication contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
En mai 2022, des dizaines de pages Instagram appartenant à des militants iraniens des droits des femmes ont reçu des milliers de nouveaux abonnés provenant d'utilisateurs inconnus. Cette énorme hausse d'abonnés soulève des préoccupations quant à la communauté féministe et des droits des femmes du pays, qui a souvent été la cible d'attaques soutenues par le gouvernement. Beaucoup ont eu peur que cela soit une tactique des acteurs gouvernementaux iraniens, soit pour infiltrer leurs pages avec des robots ou abuser du système de signalement d'Instagram pour faire suspendre leurs comptes. Toutes les pages prises pour cible traitent des droits des femmes et des enjeux LGBTQI+, avec certaines d'entre elles basées dans le pays et d'autres à l'étranger. De nombreux militants dont les comptes ont connu une forte affluence ont depuis décidé de rendre leurs pages privées. Un tel harcèlement en ligne est une forme d'extension du harcèlement hors ligne auquel les défenseurs des droits des femmes ont été confrontées pendant des années, et cela s'ajoute à une récente vague d'arrestations [fa] et d'interrogations.
« Ils ont menacé et convoqué pour des interrogatoires la plupart des gestionnaires de comptes du pays, et maintenant ces pages Instagram sont attaquées, mais cela ne nous empêchera pas de continuer,» a déclaré un militant des droits des femmes dont la page a récemment été prise pour cible.
Ce n'est pas la première fois que des défenseurs iraniens des droits des femmes sont pris pour cible en ligne de façon coordonnée. Ces dernières années, il y a eu une hausse claire du nombre de harcèlements de militants iraniens en ligne. Ce harcèlement a pris la forme de discours de haine et de menaces de violence directes, provenant en général de comptes anonymes ou de faux comptes sur les plateformes de réseaux sociaux telles qu'Instagram ou Twitter.
Cependant, en Iran, de telles attaques placent une cible sur les militants et peuvent avoir de réelles conséquences. Dans de nombreux cas, le harcèlement en ligne coordonné a été un précurseur des citations à comparaître [fa] des agences de sécurité ainsi que des peines d'emprisonnement. De nombreux défenseurs des droits des femmes du pays ne signalent pas les menaces en ligne aux autorités, car les dispositions légales ne sont ni claires ni favorables, et les défenseurs courent le risque d'être détenus ou poursuivis à cause de leurs publications sur les réseaux sociaux.
De ce fait, le seul recours aux attaques en ligne des militants iraniens est d'utiliser les systèmes de signalements sur les plateformes de réseaux sociaux, et dans le cas où cela ne fonctionnerait pas, de fermer leurs pages ou de les rendre privées. Compte tenu de ces attaques, les entreprises de réseaux sociaux telles qu'Instagram et Twitter ont une énorme responsabilité de protéger les militants et les utilisateurs iraniens.
La fonctionnalité de signalement sur Instagram, Twitter et autres plateformes de réseaux sociaux présente un gros défaut pour les militants iraniens victimes d'attaques en ligne, qui font face à tout type de harcèlement, dont du harcèlement sexuel, du cyber-harcèlement et de l'usurpation d'identité. Il y a souvent des attaques coordonnées menées contre eux qui abusent du système de signalement des plateformes de réseaux sociaux et qui autorisent les agences de sécurité à supprimer des comptes de défenseurs des droits des femmes. Ces opérations sont sophistiquées, et dans la plupart des cas, prennent tirent profit des bugs sur ces plateformes.
Dans ce contexte, il est clair que le principal problème est le manque de communication entre les militants iraniens et les grandes entreprises de réseaux sociaux. Les entreprises de réseaux sociaux et de technologies doivent se tenir au courant des politiques gouvernementales iraniennes, car ces politiques peuvent servir de guide sur la façon de lutter contre les attaques parrainées par le gouvernement contre les utilisateurs et surtout les défenseurs des droits des femmes.
Les épreuves auxquelles sont confrontés les militants iraniens des droits des femmes en ligne surviennent à un moment où elles dépendent plus que jamais d'Internet pour se faire entendre. En Iran, les droits des femmes sont constamment contestés depuis des décennies. Les femmes iraniennes ordinaires se réveillent avec un nouveau projet de loi, une nouvelle loi, ou un nouvel ordre du gouvernement qui restreint leur liberté ou qui cherche à repousser leurs gains sociaux. Par exemple, en novembre 2021, le Conseil des gardiens de la Constitution iranienne a approuvé une loi connue sous le nom de « Rajeunissement de la population » qui mine gravement la santé génésique des femmes et leur autonomie corporelle en restreignant leur accès à la contraception, en rendant l'avortement illégal, ou encore en interdisant le dépistage prénatal aux femmes enceintes. De plus, les défenseurs des droits des femmes sont souvent les cibles des forces gouvernementales de sécurité pour des interrogatoires, des arrestations, ou encore des peines d'emprisonnement. De nombreuses femmes défenseures des droits de l'homme travaillant dans divers domaines qui défendent les droits des femmes, les droits des travailleurs, les droits des enfants, l'accès à l'information, la liberté de la presse, etc., ont été condamnées à la prison ou purgent déjà de longues peines d'emprisonnement et leur nombre augmente.
Face à une telle répression et à des mesures répressives incessantes du gouvernement, les militants iraniens des droits des femmes se sont vus obligés de réduire leurs activités dans les lieux publics et de compter davantage sur les réseaux sociaux pour sensibiliser les gens et donner un élan à leurs demandes. En particulier, les militants féministes se sont appuyés sur Instagram, l'une des plateformes de réseaux sociaux les plus populaires en Iran, et qui n'a pas encore été bloquée par le gouvernement. Les militants comptent de plus en plus sur Instagram pour sensibiliser les gens [fa] sur la discrimination liée au genre [fa], éviter le harcèlement sexuel dans les espaces publics [fa] et au travail [fa], et promouvoir la justice reproductive [fa] ainsi que les droits corporels des femmes.
Sans surprise, l'activisme en ligne n'est également pas toléré par le gouvernement iranien, qui a travaillé sans relâche depuis des années pour fermer et restreindre les espaces publics. Le dernier ciblage des défenseurs des droits des femmes et des collectifs de femmes sur Instagram, où un afflux massif de demandes d'abonnement est envoyé aux comptes des défenseurs des droits des femmes et des collectifs de femmes, est conforme aux précédents ciblages du gouvernement et signalements en ligne des militants. Au fil des années, de nombreux activistes, notamment des collectifs de femmes ou des défenseurs des droits des femmes, ont vu leurs comptes être désactivés à la suite de signalements massifs ou ont perdu leur portée sur Instagram à cause du « bannissement furtif », où les histoires ne sont pas montrées et leurs publications ne figurent pas sur les moteurs de recherche après les signalements de masse de leurs comptes. Mais le ciblage en ligne par le gouvernement n’a pas empêché les militantes des droits des femmes de poursuivre leur activisme en ligne et, si possible, dans la vie réelle. En retour, les forces de sécurité de l’État ont redoublé d’efforts pour rendre les défenseurs des droits inactifs et les réduire au silence.
« Si vous parcourez rapidement les publications sur les réseaux sociaux, vous remarquerez que les voix des féministes et des défenseurs des droits des femmes n'ont jamais été aussi fortes, et c'est la raison pour laquelle le gouvernement nous attaque aujourd'hui, pour faire taire nos voix, mais nous ne nous arrêterons pas,» a déclaré un militant des droits des femmes dont le compte a récemment été la cible d'attaques.
En réponse à ces développements, le 25 juillet 2022, un certain nombre de groupe de défense des droits des femmes ont exhorté Meta, la société mère d'Instagram, à protéger les défenseurs iraniens des droits des femmes et à coopérer avec la société civile iranienne dans le but de créer une plateforme plus sécurisée. En effet, les grandes sociétés de réseaux sociaux peuvent agir de manière proactive en établissant des chaines de communication directes avec la société civile iranienne afin de mieux comprendre les besoins de la société civile iranienne, le contenu des réseaux sociaux en Iran, et la façon dont le gouvernement réprime la société civile sur les plateformes en ligne. Une telle chaîne directe pourrait aider les entreprises de technologie à empêcher de faire taire des militants iraniens sur leurs plateformes.
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Autrefois limités à la sphère numérique, les actes de violence s'étendent maintenant à la vie réelle
Image du Sgt Johnson Barros/Force aérienne brésilienne. Copyright : Armée de l'air brésilienne CC-BY-NC-SA 2.0.
En juillet 2020, Meta (alors appelé Facebook) a annoncé le démantèlement d’un réseau de profils, de pages et de groupes liés au président brésilien Jair Bolsonaro et au parti sous lequel il avait été élu en 2018, le Parti social libéral (PSL, de droite).
Selon la grande entreprise technologique, ce réseau de 33 comptes, 14 pages et un groupe Facebook, ainsi que 37 comptes Instagram, comportait des faux comptes et des comptes clonés utilisés pour « créer des journalistes fictifs, publier des contenus et gérer des pages en se faisant passer pour des organes de presse, tout en se soustrayant aux autorités ».
Les contenus publiés par ce réseau étaient axés sur « la critique de la politique, des organisations médiatiques et des journalistes, les mèmes politiques, l’actualité et les évènements locaux, notamment la politique intérieure et les élections », ainsi que sur les informations relatives à la pandémie de coronavirus ». Certains des contenus publiés par ces personnages fictifs avaient été supprimés avant même le démantèlement, car ils violaient les normes communautaires de FB, notamment en ce qui concerne les discours de haine.
Il ne s’agissait pas de n’importe quel réseau. L’enquête de Meta a identifié des liens avec des personnalités du parti et des employés des bureaux du Président Jair Bolsonaro et de ses fils, le député fédéral Eduardo Bolsonaro et le sénateur Flavio Bolsonaro. En d’autres termes, ce réseau complexe et violent, identifié par Meta, était géré au sein même des bureaux d’élus, y compris celui du politicien le plus haut placé du pays : le Président.
Presque toute la famille est impliquée : Carlos Bolsonaro, conseiller municipal à Rio de Janeiro, est considéré comme la tête pensante de la stratégie de Bolsonaro sur les réseaux sociaux et aurait été le commandant en chef d’une opération complexe d’attaques et de campagnes de dénigrement.
Cela dit, bien que le réseau ait été anéanti par Meta, force est de constater que le mal est fait. Tout porte à croire, en effet, que nous faisons désormais face à un scénario d’attaques institutionnalisées. C’est en tout cas ce que semble indiquer l’enquête effectuée sur le réseau à la demande de FB, qui confirme que ce sont des fonctionnaires qui ont produit ces attaques contre des détracteurs et des institutions démocratiques. Le DFRLab, (Laboratoire de recherche en criminalistique numérique) du Conseil de l’Atlantique, qui a mené l’enquête, a déclaré qu’il s’agissait d’un abus potentiel de fonds publics.
Si les enquêtes de la police et de la Cour suprême suggèrent effectivement l’existence d’un réseau complexe à l’origine d’attaques sur les réseaux sociaux contre ses rivaux politiques et les institutions démocratiques actives dans la lutte contre les abus d’autorité, il semblerait qu’une telle structure ne soit plus indispensable, car ses partisans se sentent encouragés et autorisés à lancer des attaques sans en avoir reçu l’ordre.
Un nouveau rapport publié par Agência Pública à la veille des élections a révélé que celles-ci comptaient au moins 75 épisodes de violence, dont 2 blessés et 8 incidents impliquant des armes à feu.
Le « Cabinet de la haine »
Le réseau mis hors service par Meta en juillet 2020 faisait partie de ce qui est maintenant populairement connu comme le « Cabinet de la haine ». Dès octobre 2019, soit 10 mois seulement après le début du mandat du Président, une commission d’enquête du Congrès a commencé à enquêter sur certains des conseillers de Bolsonaro accusés de contribuer à la diffusion de fake news et d’attaques contre des rivaux politiques depuis le palais présidentiel.
Depuis lors, on a beaucoup appris sur le mode de fonctionnement de ce réseau. En avril 2020, la Cour suprême a en effet également ouvert une enquête concernant les manifestations antidémocratiques organisées pour réclamer un retour de la dictature militaire et la fermeture de la Cour suprême et du Congrès. Cette enquête a mis en évidence le fait que plusieurs des personnes qu’elle avait en ligne de mire s’avéraient aussi être des fonctionnaires soupçonnés de faire partie du « Cabinet de la haine ».
C’est également dans le cadre de cette enquête que d’anciens alliés de Bolsonaro, devenus ses ennemis, ont révélé les détails du fonctionnement de ce « Cabinet de la haine ». On sait désormais que le réseau était coordonné par trois alliés du président, qui ordonnaient à d’autres conseillers (au niveau fédéral et au sein même des États) de diffuser des messages à caractère injurieux dans des pages et des groupes qu’ils administraient.
Comme l’a expliqué la députée fédérale Joice Hasselman, l’une des plus proches alliées de Bolsonaro pendant sa campagne, cela a permis de diffuser, à grande échelle, des messages ou hashtags offensants contre la Cour suprême et ses membres, et ce, en l’espace de quelques minutes. Hasselman a ajouté que le groupe créait de toutes pièces des histoires autour des attaques.
En février 2022, la police fédérale a remis à la Cour suprême l’extrait d’un rapport, dans lequel elle détaillait la structure de ces « milices numériques » chargées de coordonner la diffusion de fake news, et les attaques contre des politiciens rivaux et des institutions démocratiques.
Ce rapport faisait partie d’une enquête de la Cour suprême (surnommée « enquête sur les milices numériques ») ouverte en 2021 après la clôture d’une autre enquête à la demande du bureau du procureur général (celle portant sur les manifestations antidémocratiques).
Dans ce document, la police fédérale a informé la Cour suprême que cette milice numérique fonctionnait grâce à l’existence d’un « Cabinet de la haine » : « un groupe qui produit des contenus et encourage les attaques sur des cibles préalablement choisies par les membres de l’organisation, puis les diffuse sur de multiples canaux de communication sur les réseaux sociaux ».
Pour Denisse Ribeiro, commissaire de la police fédérale en charge de l’enquête, il existe un lien direct entre les actions du groupe et la liberté d’expression, car le groupe commet des actes criminels qui visent à « manipuler l’audience en déformant les données pour induire le public en erreur, le conduisant à accepter comme vérité des informations qui n’ont aucun fondement dans la réalité. »
Des attaques de grande ampleur
Les conséquences de cette « légitimation des attaques politiques » sont visibles dans tout le pays et sont devenues encore plus évidentes pendant la période de campagne des élections générales de 2022.
Le fait que ces attaques proviennent de certains des plus hauts responsables du pays peut avoir laissé croire à des civils ordinaires que, de nos jours, tout le monde est en droit d’attaquer violemment les politiciens qu’ils n’aiment pas et de les harceler, ou de s’en prendre aux journalistes et autres civils avec lesquels ils ne sont pas d’accord.
En outre, ces attaques ne sont pas équilibrées et affectent les femmes politiques dans des proportions bien plus importantes. Un rapport produit par MonitorA, un projet de surveillance de la violence sexiste en ligne développé par AzMina, InternetLab et Núcleo Jornalismo, a identifié que deux femmes actuellement candidates à la présidence ont reçu plus de 6,6 millions de tweets injurieux en seulement deux jours, à la suite de leur participation à un débat présidentiel télévisé.
Les deux semaines d’attaques répétées ciblant la célèbre journaliste politique Vera Magalhães sont également une parfaite illustration des vagues de violence que génèrent les provocations et insultes du président.
Lors du débat présidentiel du 28 août, après une question de Vera sur les vaccins et la gestion de la pandémie par le gouvernement, le président a laissé entendre que la journaliste rêvait « de lui la nuit » et était « une honte pour le journalisme ». Le 7 septembre, lors des manifestations pro-Bolsonaro dans tout le pays pour le Bicentenaire de l’indépendance, le visage de Vera a été imprimé sur une banderole sur laquelle on pouvait lire ces mêmes propos prononcés par Bolsonaro. Le 13 septembre, lors du débat pro-gouvernement de l’État de São Paulo, le député Douglas Garcia, un allié de Bolsonaro, a lui-même réutilisé cette phrase tout en filmant Vera, qui a été obligée de quitter l’évènement sous escorte policière.
La situation est préoccupante, car les attaques qui étaient autrefois limitées à la sphère numérique ont commencé à se traduire par actes de violence dans la vie réelle. Des recherches menées par l’Observatoire de la violence politique et électorale, lié à l’Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro (Unirio), ont révélé que les cas de violence politique, tels que le meurtre d’un trésorier du Parti des travailleurs par un partisan de Bolsonaro, avaient augmenté de 335 % depuis 2019, année où Bolsonaro a pris le pouvoir.
Reste à savoir si le prochain gouvernement, qui, d’après les sondages, sera dirigé par l’ancien président de gauche Lula, sera en mesure de mettre fin à ce climat de violence politique généralisée et aux attaques contre les voix dissidentes et la presse.
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Un scandale prouvant que les réglementations doivent s'arrimer à la technologie
En décembre 2021, Eliza Triantafillou, journaliste au média indépendant grec The Inside Story, cherchait le sujet de son prochain article lorsqu'elle a vu un rapport sur l'industrie de la « surveillance à louer », publié en début de mois par Meta, la société mère de Facebook.
Elle a ensuite rédigé un article en réponse [au rapport]. Cet article fait partie d'une série de reportages réalisés par des journalistes grecs, révélant les détails d'un scandale d'écoutes et de surveillance durant plusieurs mois, baptisé « Watergate on Steroids. » Les conclusions mettent en évidence les lacunes des réglementations gouvernementales et des capacités techniques face à l'évolution rapide de l'industrie de la surveillance privée, permettant ensuite à ces mêmes gouvernements de surveiller leurs citoyens.
Jusqu'à présent, en Grèce, il y a eu quatre tentatives confirmées d'infecter des journalistes, des hommes politiques et même des agents des services de renseignement par un logiciel espion appelé Predator, capable d'effectuer une surveillance avancée des téléphones, y compris l'enregistrement des conversations et l'accès aux conversations cryptés.
La relation avec la Grèce
En décembre dernier, Eliza Triantafillou a remarqué d’une part le rapport de Meta et d’autre part un rapport publié le même jour par le laboratoire de recherche Citizen Lab, basé à Toronto. Les deux étaient liés à la Grèce et concluaient que Predator, un logiciel espion de surveillance sophistiqué, avait été acheté pour être utilisé en Grèce et dans d’autres pays. Cytrox, la société nord-macédonienne à l’origine de Predator, appartient à un groupe de fournisseurs mercenaires de services de surveillance commercialisés sous le label Intellexa, et présent en Grèce depuis 2020.
Lorsqu’Eliza Triantafillou a publié son article en janvier 2022, elle s'est concentrée sur la façon dont Meta a supprimé environ 300 comptes Facebook et Instagram liés à Cytrox, et sur la façon dont Cytrox « détourne » de véritables URL, y compris celles de médias d'information crédibles. Au premier coup d'œil, ces liens semblent authentiques, mais ils ont une syntaxe légèrement différente de l'URL réelle (comme une lettre manquante ou un symbole supplémentaire). Ils peuvent ainsi être utilisés pour tromper les cibles en les faisant cliquer dessus, activant l'infection du téléphone par Predator.
« Nous avons vu qu'il y avait une proportion inégale de domaines grecs dans cette liste, car sur 310 domaines usurpés signalés par Meta, 43 d'entre eux étaient d'intérêt grec », a déclaré Eliza Triantafillou, au cours d'une interview Zoom. « Nous sommes un très petit pays. Notre part dans le trafic Internet mondial est beaucoup plus faible que celle des autres pays qui, sur la base de ces deux rapports, figurent parmi les clients. »
Le diable se trouve dans les détails : surveillance « légale » contre surveillance « illégale »
Lorsque Thanasis Koukakis, un autre journaliste grec, a lu l'article d’Eliza Triantafillou, il s'est rendu compte que de nombreux domaines usurpés figurant sur la liste imitaient des sites d'information pour lesquels il avait travaillé ou collaborait encore. Thanasis Koukakis avait récemment découvert des cas de fraude dans le pays. Il soupçonnait déjà que ses conversations étaient écoutées, et, en août 2020, il a déposé une plainte auprès de l'Autorité de garantie de la confidentialité des communications (ADAE), lui demandant de procéder aux vérifications nécessaires. Aujourd'hui, nous savons qu'il était mis sur écoute par l'Ethniki Ypiresia Pliroforion (EYP), le service de renseignements grec. En juillet 2021, il a reçu une réponse de l'ADAE lui disant qu'il n'y avait pas eu de violation de la loi, ce qui, de fait, ne signifiait pas qu'il n'était pas espionné.
Les écoutes réalisées par l'EYP sont techniquement « légales. » Par contre, l'utilisation de logiciels espions tels que Predator est considérée comme illégale en Grèce. L'article 19 de la Constitution protège le droit à la confidentialité des communications. Toutefois, des exceptions sont prévues pour des raisons de sécurité nationale et pour enquêter sur des crimes graves. La surveillance de Thanasis Koukakis par le EYP a été justifiée par l'agence de renseignement en utilisant l'argument de la sécurité nationale, même s'il n'est pas clair comment le travail d'un journaliste d'investigation aurait pu nuire à la sécurité nationale. En mars 2021, le gouvernement a adopté un amendement révoquant le droit des citoyens à savoir s'ils ont été espionnés après la fin de leur surveillance, expliquant pourquoi Thanasis Koukakis n'a pas été informé de sa mise sur écoute.
Le gouvernement a lui aussi utilisé cette dichotomie entre légal et illégal pour se défendre. Le Premier ministre a publiquement déclaré que, même si la surveillance d'un homme politique était « politiquement inacceptable », elle est légale, et la narrative de cette affaire ne doit pas saper le « travail important » de l'agence de renseignement. Lorsque Kyriakos Mitsotakis a pris le pouvoir en tant que Premier ministre, il a pris l’EYP sous son propre commandement. Aujourd'hui, il affirme n'avoir aucune connaissance des écoutes. Or, le chef du EYP, accompagné du neveu de Kyriakos Mitsotakis et du secrétaire général du bureau du Premier ministre, Grigoris Dimitriadis, ont tous démissionné de leurs fonctions.
Un cadre plus large
En novembre 2021, le journaliste grec Stavros Malichudis parcourt les actualités lorsqu'il tombe sur les révélations du journal Efimerida ton Syntakton. Il s'agissait des écoutes par l'EYP d'un certain nombre de citoyens, dont des journalistes. L'article décrit le cas d'un journaliste travaillant sur les questions de migration. En lisant attentivement les détails, Stavros Malichudis réalise que le journaliste en question, c’est lui-même. En réponse aux lettres envoyées par l'agence de presse AFP — avec laquelle Stavros Malichudis travaillait à l'époque — les autorités grecques ont nié à deux reprises l'avoir espionné. « … Aucune surveillance de journalistes n'a lieu en Grèce… Pour éviter tout doute, le gouvernement grec en fait autant », peut-on lire dans une réponse, signée par le ministre d'État.
En janvier 2022, ne sachant toujours pas si ses conversations téléphoniques étaient sur écoute, Thanasis Koukakis, après avoir lu le reportage d'Inside Story, envoie les fichiers extraits de son téléphone à Citizen Lab. Ils lui confirment avoir été ciblé par Predator. Un message provenant d'un numéro inconnu a partagé un lien vers ce qui semblait être un article de blog crédible. En réalité, il s'agissait d'une URL détournée. Après avoir cliqué dessus, le téléphone de Thanasis Koukakis a été infecté par le logiciel espion. Peu de temps après, grâce à un article de Reporters United, il a découvert qu'il avait également été mis sur écoute par les services de renseignement.
Pendant que le gouvernement grec niait avoir acheté ou utilisé Predator, d'autres cibles étaient identifiées. En juillet de cette année, Nikos Androulakis, président du troisième plus grand parti politique grec, le PASOK-KINAL, découvre qu'il a reçu un SMS en septembre 2021 contenant le même lien que celui reçu par Thanasis Koukakis. Il n'a pas cliqué dessus, et, de ce fait, n'a pas été infecté. En septembre, un autre homme politique — un ancien ministre du parti Syriza, Christos Spirtzis — a déclaré avoir également été la cible d'une tentative d'installation de Predator.
Cela conduit à des soupçons crédibles sur le rôle du gouvernement dans cette surveillance, soutenu par un rapport de Google. De plus, le moment de la mise sur écoute dite « légale » de Thanasis Koukakis et celui de l'infection de son téléphone par Predator semblent trop proches pour être une coïncidence. L'EYP a mis fin à sa surveillance après qu’il ait déposé une plainte et, peu après, son téléphone a été infecté par Predator. Témoignant devant le Parlement européen début septembre, Thanasis Koukasis a déclaré penser que le logiciel espion provenait du gouvernement. « Car d'une part, le coût des services d'Intellexa, selon ce que nous a dit Citizen Lab et vu les listes de prix trouvées sur le Dark Web, ne peut pas être supporté par une personne privée », a-t-il déclaré. « Est-ce que [le gouvernement aurait pu utiliser] une personne privée comme intermédiaire ? La réponse est oui. »
Eliza Triantafillou est d'accord avec cette idée. « Notre hypothèse — qui n'est pas qu'une hypothèse — est qu'il n'est pas nécessaire de l'acheter pour l'utiliser », dit-elle à propos de Predator. « Il n'est pas non plus nécessaire de l'utiliser directement. » La structure complexe de Cytrox et d'Intellexa, la société commercialisant le logiciel, s'étend sur plusieurs pays et implique de nombreuses entités enregistrées. Le fondateur d'Intellexa, Tal Dillian, un ancien officier des renseignements des forces de défense israéliennes (IDF), s'est installé en Grèce après avoir fait face à des problèmes juridiques avec les autorités chypriotes pour une interview parue dans Forbes en 2019. En 2020, la société Intellexa était constituée en Grèce.
Ce diagramme provient d'une plainte contre Tal Dillian par son partenaire commercial de Tel-Aviv, Avi Ruvenstein. Il montre une structure compliquée de sociétés, incluant Intellexa et Cytrox. Image d'Eliza Triantafillou. Utilisée avec permission.
Avec quatre tentatives connues de cibler des citoyens grecs avec Predator, la question est de savoir s'il y a d'autres cibles. Eliza Triantafillou, elle, en est convaincue. « Lorsque vous disposez d'un outil aussi puissant et aussi coûteux, valant des millions, que vous avez créé au moins 50 domaines et que vous n'en avez utilisé qu'un seul [lien] pour cibler Androulakis, Koukakis et maintenant Spirtzis, il est quasiment stupide de dépenser cette somme d'argent pour uniquement cibler trois personnes », dit-elle.
Maintenir le cap avec la technologie
Le scandale en cours en Grèce touche la racine d'un problème auquel tous les pays sont confrontés : les mécanismes de réglementation et les organisations censés protéger les droits numériques des civils n'ont pas évolué avec le temps.
La « surveillance légale » de nos jours ne couvre qu'une partie des communications que nous effectuons sur nos téléphones. Une grande partie d'entre elles — discuter sur des applications cryptées comme WhatsApp et Signal, ou parler sur Zoom — ne relèvent pas de la mise sur écoute. Elles nécessitent des techniques de surveillance beaucoup plus avancées, fournies par des sociétés mercenaires de surveillance comme Cytrox.
Rammos Christos, chef de l'ADAE, l'a souligné devant le Parlement européen, déclarant que son organisation a « la compétence de contrôler uniquement les fournisseurs de services de télécommunications, et non les agences générales ou les sociétés privées. »
Stavros Malichudis, le journaliste mis sur écoute par le gouvernement, a fait vérifier l'absence de logiciels espions sur son téléphone après les récentes révélations (tout est clair). Avec les journalistes Eliza Triantafillou et Thanasis Koukakis, il a témoigné devant le Parlement européen début septembre, s'appuyant sur son expérience personnelle pour montrer que les écoutes et les logiciels espions font partie d'une tentative insidieuse de saper le droit fondamental à la vie privée. Une commission d'enquête parlementaire est également en cours en Grèce, et ses progrès se poursuivent.
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Le musée sert de témoignage d'une histoire inconnue des étrangers
La maison de la famille Kolar à Sarajevo, le point de départ du tunnel de l'espoir. Photo d'Alem Bajramovic, utilisée avec son autorisation.
Cet article de Kristina Gadže a été publié sur Balkan Diskurs, un projet du Post-Conflict Research Center (PCRC). Une version éditée est publiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Le siège de Sarajevo (1992-1996) a été le plus long siège d'une capitale de l'histoire moderne. Les campagnes quotidiennes de bombardements et les tireurs embusqués, d'une cruauté et d'une horreur extrême, ont pris pour cible la population civile, et se sont ajoutés au blocage des convois humanitaires et à l'isolement de la ville du reste de la Bosnie-Herzégovine et du monde. Tentant de survivre et de communiquer avec le monde extérieur, des résidents de Sarajevo ont creusé un tunnel dans la cour de la famille Kolar. Celui-ci reliait le village de Dobrinja à celui de Butmir et était connu sous le nom de Tunnel D-B, ou le tunnel de l'espoir.
Le tunnel de l'espoir était sous le contrôle de l'armée de la République de Bosnie Herzégovine (ARBIH) et était utilisé pour distribuer de la nourriture, des cigarettes et des armes de défense. Il reliait les villes de Sarajevo, totalement isolée par l'Armée de la République serbe de Bosnie (VRS), aux territoires bosniens de l'autre côté de l'aéroport de Sarajevo, une zone contrôlée par les Nation unies. Le tunnel passait sous la piste de l'aéroport.
La construction du tunnel a commencé en avril 1993. Selon le conservateur Edis Kolar, fils de Bajro Kolar, ils étaient au courant qu'un tunnel allait être creusé dans leur cour, mais ça n'a jamais été discuté publiquement.
Intérieur du tunnel de l'espoir. Photo d'Alem Bajramovic, utilisée avec son autorisation.
Malgré leur position en première ligne des combats, Edis Kolar et son père sont retournés régulièrement chez eux pour contrôler ce qui s'y passait. Edis se souvient qu'à une occasion des gens étaient rassemblés devant la maison, notamment l'ingénieur Nedzad Brakovic, le concepteur principal du tunnel, des architectes de Zenica et Bakir Izetbegovic ( fils de Alija Izetbegovic, alors Président de Bosnie Herzégovine, qui à ce moment-là occupait le poste de Directeur de l'institut de construction de Sarajevo, avant d'entrer lui même en politique).
« Je me souviens très bien de ce que Bakir a dit : ‘nous avons besoin d'une maison et d'un terrain pour quelque chose.’ Nous savions qu'un tunnel était en construction, mais le secret était bien gardé. Mon père savait ce dont il avait besoin, alors il a simplement dit :'tout ce qui est à moi est à vous’ » se souvient Edis. Puis il explique que son père a fait partie de l'équipe qui a creusé le tunnel et qu'il a fourni du matériel.
Edis affirme que deux mois après cette visite, des gens ont commencé à creuser à la main, se relayant une personne après l'autre. Les bombardements étaient moins fréquents, pourtant lorsque l'armée de la République serbe (VRS) a appris que la construction d'un tunnel avait débuté, ils ont lancé une offensive terrible le 17 et 18 mars 1993. « Il ont tout démoli. Mais ils ont tout de même échoué » affirme Edis, la construction ayant continué malgré les dégâts.
Selon Edis le tunnel a eu une importance immense pour les citoyens de Sarajevo, et nul ne sait ce qui serait arrivé sans sa construction. Il insiste également sur le fait que le tunnel n'était pas une route pour fuir Sarajevo, mais bien une infrastructure et une ligne d'approvisionnement.
Un musée en guise de témoignage
Edis explique qu'après la construction des tranchées et des lignes de communication, le tunnel est devenu un témoignage de la vie des citoyens de Sarajevo, et que certains s'y sont mariés.
Parmi eux se trouvait l'un de ses amis, Elvir Spahic, alors âgé de 18 ans, aux côtés de qui il avait combattu dans la région de Treskavica. « Spahic avait une petite amie de Hrasnica et on le taquinait avec ça. Mais un matin il nous a dit qu'il allait se marier. Nous avons ri, mais nous avons pris les fusils et avons tiré quelques coups de feu vers le ciel, et il sont partis dans le tunnel en direction de Sarajevo, » se souvient Edis.
Selon lui le tunnel n'était pas utilisé durant les derniers mois de la guère après qu'il ait été inondé. Edis et son père sont rentrés chez eux pour nettoyer le tunnel mais n'y ont trouvé que des objets abandonnés, des charriots et des images. « Nous les avons ramassés et les avons organisés dans le sous-sol, qui était vide, c'est ainsi que le musée a été créé ».
Malgré leur coopération avec les écoles, le tunnel de l'espoir est moins souvent visité par les élèves d'Herzégovine ou de la région Republika Srpska. Photo d'Alem Bajramović, utilisée avec son autorisation.
Inspiré à l'idée de préserver le témoignage du passé, Edis s'est lancé dans la recherche de pièces de cette période en vente dans toute la Bosnie Herzégovine. Aujourd'hui encore, des objets peuvent être donnés au musée si les citoyens estiment qu'ils sont liés au tunnel pendant le siège de Sarajevo. Edis affirme que bien que de nombreuses organisations humanitaires aient proposé leur aide pour reconstruire leur maison après la guère, son père ne souhaitait pas qu'elle soit reconstruite. Il voulait que la maison soit préservée, exactement en l'état.
Un musée au contenu accessible
Le musée a été dirigé par Bajro et Edis Kolar jusqu'en 2012, date à laquelle le Sarajevo Canton Memorial Fund leur a succédé. En avril 2022 ils ont achevé la reconstruction complète des 130 mètres de tunnel, qui a du être creusé une nouvelle fois dans sa totalité, car il passe sous l'aéroport de Sarajevo. À l'occasion de la reconstruction des pistes de l'aéroport en 1998, le tunnel avait été comblé de béton sur toute sa longueur.
« Il y a trois ou quatre ans, nous avons décidé de combler le tunnel et de ne pas aller sous l'aéroport, mais seulement de rester sous notre terrain autant que possible. Ainsi, on a inséré des planches et des rails dans le tuyau de béton, » a déclaré Edis avant d'expliquer que le concept du projet avait été créé par l'architecte Selina Tanovic et qu'un appel à candidature avait été publié pour sa réalisation.
Chaque année le tunnel de l'espoir organise des ateliers pour les enfants non-voyants et déficients visuels. Photo d'Alem Bajramovic, utilisée avec son autorisation.
170 000 personnes environ visitent le tunnel et son musée chaque année. Le contenu a été adapté pour le rendre accessible aux non voyants et déficients visuels, ainsi qu'aux personnes atteintes de troubles du développement. « Chaque année nous organisations des ateliers pour les enfants non voyants et déficients visuels, en présence d'un éducateur et de notre conservateur. Ils nous ont aidés à imprimer un guide en braille, » a affirmé Edis.
Des visiteurs en provenance de la région et du monde entier viennent voir le tunnel de la Bosnie Herzégovine.
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Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique en Égypte
Image reproduite avec l'autorisation de Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent résumé du rapport sur l'Égypte est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
En 2021, Reporters sans frontières (RSF) a classé l'Égypte comme étant l'un des pays emprisonnant le plus de journalistes. Sur 180 pays en 2021, l'Égypte se place en 166e position [fr], après la Libye et la Guinée équatoriale. D'après RSF, la moitié des médias du pays sont détenus par le gouvernement ou affiliés à des services de renseignements. Les autres sont détenus par des hommes d'affaires pro-gouvernement [fr]. Les quelques sites de presse indépendante qui sont encore ouverts ont été bloqués. Leurs propriétaires et rédacteurs ont été arrêtés, pour ensuite être relâchés peu de temps après. C'est d'ailleurs le cas de Mada Masr [fr] et Al-Manassa. Plus de 500 sites ont été bloqués en Égypte, et plus de 100 journalistes ont été arrêtés depuis 2014. L'adoption de nouvelles réglementations comme la loi anti-terrorisme et la loi sur la cybercriminalité ainsi que la création du Conseil Suprême pour la régulation des médias a supprimé la liberté d'expression et a fermé la voie à une presse libre. Ces nouvelles lois et réglementations ont affecté le travail des journalistes qui risquent d'être accusés d'appartenir à un groupe terroriste ou de diffuser de fausses informations. Pour la communauté internationale, l'Égypte nie l'emprisonnement de journalistes pour leur travail, ce qui est vrai dans une certaine mesure puisque la sécurité égyptienne essaye et emprisonne des journalistes avec des chefs d'accusation tels que l'appartenance à un groupe terroriste, sans faire le rapprochement direct avec leur travail journalistique.
Les analyses d'Airtable entreprises dans ce projet tentent de montrer la situation autour des technologies de surveillance grâce à du contenu en ligne au cours des dernières années. On remarque un objectif répété de restreindre la liberté des espaces en ligne et d'interdire tout récit parallèle à celui officiel. On peut le voir dans les ordonnances du procureur général visant à établir une unité chargée de surveiller les plateformes et les activités de réseaux sociaux, contrairement aux articles constitutionnels qui protègent la vie privée des personnes et leur droit à la liberté d’expression.
En surveillant les réseaux sociaux, les autorités visent les militants ou les opposants et toute activité qui peut attirer l'attention du public ou qui ne rentre pas dans le cadre traditionnel de l'Égypte, comme ce qui est arrivé aux influenceurs sur Tiktok. Quasiment tout rentrait dans la case « sécurité nationale » et « valeurs familiales », de la poursuite d'une victime de violences sexuelles qui a utilisé les réseaux sociaux comme plateforme pour raconter son histoire plutôt que de la protéger, au blocage de sites chiites, et à l'interpellation de Youtubeurs parlant de Bitcoin sur leur chaine.
Il est difficile d'évaluer les dépenses du gouvernement égyptien sur l'importation et le déploiement des technologies de surveillance. Même après l'annonce du gouvernement sur l'installation de caméras de surveillance et technologies de reconnaissance faciale, cette déclaration et ces nouvelles sont arrivées sans explication quant aux mesures de vie privée ou réglementation de leur utilisation. L'un des rapports de l'analyse a indiqué qu'après qu'une des sources officielles ait annoncé l'utilisation de caméras à reconnaissance faciale dans les rues et les stations de métro, ils ont fait machine arrière et ont refusé tout commentaire. Cette mesure peut s'expliquer par la crainte que cette déclaration puisse alarmer la communauté internationale des droits de l'homme sur l'utilisation de cette technologie en Égypte.
La communauté internationale n'a aucun intérêt à critiquer l'administration égyptienne pour avoir violé les droits du peuple sans prendre des mesures sévères pour empêcher ces pratiques. Des pays tels que l'Allemagne et les États-Unis ont dénoncé à plusieurs reprises le bilan de l'Égypte sur les droits humains. Cependant, ils ont continué à fournir le même système avec des technologies de pointe en matière de surveillance sous la rubrique de « protection des frontières.» La France entretient des liens étroits avec les services de sécurité et leur fournit des technologies intelligentes utilisées pour suivre les dissidents, espionner et arrêter les personnes LGBTQ+. Bien que les forces de sécurité ont tué l'un de leurs citoyens en Égypte, l'Italie ne s'est retirée de son contrat d'armement avec l'Égypte qu'après avoir reçu des pressions de la communauté nationale et internationale. La Chine, la Russie et Israël ne sont pas jugés responsables pour l'exportation de cette technologie en Égypte. Les vrais responsables sont les États qui s'auto-proclament pionniers de la liberté et protecteurs des droits de l'homme. Par ailleurs, ils ne peuvent s'arrêter d'exporter la double utilisation de la technologie de surveillance aux États autoritaires à leur avantage économique.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
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Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique au Maroc
Image reproduite avec l'autorisation d'Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent résumé du rapport sur le Maroc est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
Depuis 2011, les manifestations de masse sont devenues un dispositif de dernier recours pour le peuple marocain de protester contre la marginalisation socio-économique, la corruption, et les violences policières, et d'attirer l'attention sur leur détresse dans une tentative d'effectuer un changement. Malgré les politiques d'endiguement de l'État et la répression violente des manifestations de 2011 menées par le fameux mouvement du 20 février pour une réforme démocratique politique, des manifestations socio-économiques ont persisté dans le pays, atteignant un pic entre la fin de l'année 2016 et 2017 avec le mouvement populaire du Rif (Hirak Movement) dans la région nordique marginalisée du Rif. Ce mouvement a été déclenché par la mort de Mouhcine Fikri, un poissonnier qui a été broyé à mort dans une benne à ordures alors qu'il tentait de récupérer les poissons qui lui avaient été confisqués. Les autorités marocaines justifient l'utilisation de la force contre les manifestants, prétendant l'implication des manifestations par des mouvements islamiques, niant « toute dégradation de la situation des droits humains au Maroc,» et mettant l'accent sur l'importance de la différence entre « la liberté d'expression » et « commettre des infractions punissables par la loi ».
Les journalistes et la presse indépendante sont jugés et poursuivis avec des accusations lourdes qui peuvent atteindre jusqu'à 20 ans d'emprisonnement en vertu du Code pénal, plutôt que du Code de la presse de 2016, qui a aboli l'emprisonnement pour avoir critiqué le monarque. Le gouvernement surveille et contrôle attentivement le contenu des médias grâce aux subventions (fisking), de l'attribution de la publicité, des procédures de réglementation et d'autorisation rigoureuses. Les journalistes de l'opposition ont été emprisonnés pour des accusations douteuses, et ont été soumis à des campagnes systématiques de diffamation sur les plateformes de réseaux sociaux par des médias pro-monarchiques qui sont largement dirigés par le régime ou font écho à la ligne officielle des autorités marocaines. Le but principal de ces campagnes est de ternir la réputation et l'image des militants, réduisant la solidarité pour leur cause, et saper leur crédibilité dans la société marocaine, entraînant l'autocensure. Dans cette atmosphère étouffante et effrayante, plusieurs journalistes ont décidé de s'auto-exiler. Les autorités promettent régulièrement de nouvelles réformes et des progrès démocratiques. Cependant, elles répondent aux manifestations par des mesures répressives, notamment en restreignant l'accès à l'information et aux outils essentiels, imposant des coupures d'Internet et réduisant le débit pendant les manifestations populaires, ce qui était le cas du mouvement du Rif.
La pandémie a accéléré l'adoption des technologies numériques au Maroc, avec l'introduction par le gouvernement d'une série de mesures pour contrôler la propagation de la Covid-19 en déployant et testant de nouvelles technologies numériques et des systèmes biométriques tels que digital identity (identité numérique), une application de traçage des contacts de la Covid-19, un passeport vaccinal, et l'installation généralisée des logiciels de reconnaissance faciale dans les caméras de surveillance. Les autorités affirment que leur objectif est de promouvoir la croissance économique, augmenter la numérisation, et renforcer l'écosystème d'innovation du pays grâce à la nouvelle stratégie Maroc Digital 2020 et la création d'une agence dédiée au développement des services publics numériques [fr]. Cependant, ces technologies émergentes, couplées à leur forte présence politique et militaire dans la vie publique, nuisent beaucoup plus aux droits de l'homme marocains que le développement économique qu'ils promeuvent, et menacent la protection, la promotion et la jouissance des droits de l'homme.
Les journalistes du Maroc et du Sahara occidental étaient surveillés grâce au logiciel espion conçu par des Israéliens, Pegasus, pour récupérer des informations personnelles, fabriquer de fausses informations sur leur vie privée, puis les inculper pour des accusations douteuses. Aujourd'hui, les outils de surveillance et de contrôle, que ce soit en ligne ou hors ligne, représentent une véritable menace au droit d'association, de vie privée, de liberté d'expression et autres libertés civiles de millions de citoyens dans le pays.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221008_235313";}s:15:"20221006_180036";a:7:{s:5:"title";s:132:"Croatie : le pays appuie une réforme électorale controversée compromettant le développement démocratique de Bosnie-Herzégovine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/06/274748/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274748";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 06 Oct 2022 16:00:36 +0000";s:11:"description";s:210:"Les extrémistes croates ont remporté ce qui semblait être une victoire lorsqu'en août dernier, l'ambassadeur d'Israël en Albanie et Bosnie-Herzégovine s'est dit en faveur des « réformes électorales. »";s:7:"content";s:20294:"
Une proposition de réforme électorale « discriminatoire » et « restrictive »
En Croatie, l'homme politique défendant le plus ardemment la cause des extrémistes croates en Bosnie est le Président du pays, Zoran Milanović. Photo by NATO, CC BY-NC-ND 2.0.
D’après la plupart des Bosniaques s'y connaissant en la matière, et selon l'avis de divers spécialistes des Balkans, ces réformes renforceraient l'emprise de l'Union démocratique croate de Bosnie-Herzégovine (HDZ-BiH) sur le pouvoir en Bosnie-Herzégovine. Elles diviseraient davantage le pays et priveraient de leurs droits une grande partie de sa population, notamment les minorités rom et juive.
Alors que Dragan Čović, Président du HDZ-BiH, et d'autres hauts placés du parti, ont fait de beaux discours sur la souveraineté du pays — de même que les dirigeants de la Croatie − les militants proches du parti (les ultranationalistes croates en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et à l'étranger) affichent quant à eux un mépris évident pour l'État bosniaque. Ils ne cachent pas leur objectif ultime : celui d’une union avec la Croatie et la restauration du para-état criminel « Herceg-Bosna. » La plupart des Bosniaques s'opposant aux réformes les considèrent comme le premier pas vers la réalisation pacifique de ce que les extrémistes croates n'ont pas réussi à obtenir pendant la guerre de 1992-1995.
Vaincus sur le champ de bataille par l'armée bosniaque en 1993-94, ses dirigeants, tant militaires que politiques, ont ensuite été jugés par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour crimes contre l'humanité, violations des lois ou coutumes de la guerre et infractions graves aux conventions de Genève. Le TPIY a constaté que les dirigeants croates de Bosnie, en collaboration avec ceux de Croatie, voulaient créer un État croate ethniquement pur. Après la mort du Président croate Franjo Tuđman en 2000, son successeur, Stjepan Mesić, a remis aux enquêteurs du TPIY une grande quantité d'enregistrements secrets dans lesquels Tuđman parle ouvertement de dissimuler des crimes de guerre commis en Bosnie-Herzégovine, des plans de découpage du pays et ses liens étroits avec Slobodan Milošević.
Le comportement prédateur de la Croatie envers la Bosnie-Herzégovine a largement été négligé par les médias internationaux. Depuis qu'il est devenu membre de l'UE et de l'OTAN, le pays et ses politiciens ont fait entendre leur soutien aux extrémistes croates en Bosnie et ont ouvertement utilisé leur adhésion pour exercer des pressions sur l'UE et les États-Unis et donner aux extrémistes ce qu'ils veulent. Ils ont en grande partie réussi, puisque les politiciens bosniaques s'opposant aux lois de réforme électorale ont déclaré que les diplomates de l'UE et d'autres du département d'État américain ont essayé de les cajoler. Des pressions considérables ont également été exercées sur le Haut Représentant de l'UE en Bosnie pour qu'il modifie des lois, destinées à favoriser le HDZ et les extrémistes croates.
En juillet dernier, plus de 7 000 personnes ont manifesté devant le Bureau du haut représentant en Bosnie-Herzégovine (BHR) à Sarajevo, la capitale de Bosnie, après avoir appris que le haut représentant Christian Schmidt allait utiliser ses pouvoirs pour modifier les lois électorales.
Les extrémistes croates ont aussi remporté ce qui semblait être une nouvelle victoire diplomatique au début du mois d'août, lorsque l'ambassade d'Israël à Tirana, en Albanie (également responsable de la Bosnie-Herzégovine) s'est prononcée en faveur de « réformes électorales. » Cette prise de position est très probablement le résultat d'une visite en Israël du dirigeant du HDZ-BiH, Dragan Čović, et de l'homme fort des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik. Ils pensent sûrement qu'Israël serait en mesure d'exercer davantage de pression sur les États-Unis et l'UE, et en particulier sur l'Allemagne : le haut représentant de l'UE en Bosnie-Herzégovine est Allemand.
Cependant, après un retour virulent des internautes et plusieurs articles dans les médias israéliens, Israël a réprimandé son ambassadeur de l'époque en Albanie et en Bosnie, Noah Gal Gendler, pour être intervenu dans la politique bosniaque. Selon Haaretz :
“Yair Lapid who serves both as Israeli Prime Minister and Foreign Minister called the Ambassador’s actions a “new nadir for Israeli diplomacy,” and ordered that he be censured.”
“Yair Lapid, cumulant les fonctions de Premier ministre israélien et de ministre des Affaires étrangères, a qualifié les actions de l'ambassadeur de « nouveau nadir pour la diplomatie israélienne », et a ordonné qu'il soit censuré.”
L'ironie des actions de cet ambassadeur israélien en faveur de personnes célébrant l'héritage des auteurs de l'Holocauste pendant la Seconde Guerre mondiale, et le cynisme de ceux impliqués dans cette entreprise, sont tout simplement à couper le souffle.
En juin, des extrémistes croates ont démoli l'ancien cimetière des partisans à Mostar, dédié aux antifascistes assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale. Le cimetière, déjà vandalisé à plusieurs reprises depuis la guerre de Bosnie, se trouve sur une colline surplombant le côté ouest de Mostar, un quartier à prédominance croate de la ville, facilement accessible aux extrémistes croates.
Oskrnavljeno Partizansko groblje u Mostaru. Najveća šteta dosad, uništeno više od 700 spomen-ploča poginulim borcima tokom Drugog svjetskog rata. #Mostar#BosnaiHercegovina
Le cimetière des partisans à Mostar a de nouveau été profané. Les dégâts sont les plus importants à ce jour, plus de 700 plaques commémoratives à la mémoire des combattants de la Seconde Guerre mondiale tombés au combat ont été détruites.
— Radio Slobodna Evropa (@RSE_Balkan) 15 juin 2022
Un grand nombre d'antifascistes commémorés dans ce cimetière ont été assassinés par les Oustachis, l'aile militaire du prétendu État indépendant de Croatie (NDH) d'Ante Pavelić, un État fantoche nazi, responsable, entre autres, de la rafle et de la déportation des Juifs de Bosnie vers le camp de concentration de Jasenovac-Stara Gradiška.
Rencontre entre Adolf Hitler et Ante Pavelić, dirigeant de l'État indépendant de Croatie (NDH), à son arrivée au Berghof en Bavière, Allemagne, en 1941. Photo de domaine public provenant des archives du Musée Mémorial de l'Holocauste des États-Unis. (Photograph #85432), via Wikipedia.
Les extrémistes croates sont loin d’être timides concernant les célébrations de l'héritage de la NDH. Dans la partie occidentale de Mostar, des rues portent le nom de l'idéologue en chef de la NDH, Mile Budak, d’autres ceux des commandants de l'Oustachis, comme Jure Francetić et Rafael Boban, entre autres. Pendant des années, les appels à la modification des noms de rue ont été bloqués par Dragan Čović et le HDZ-BiH, jusqu'en juillet dernier, peu après la visite de Dragan Čović en Israël. Cette décision a clairement été prise pour apaiser Israël et a également été mentionnée par l'ancien ambassadeur israélien en Albanie et en Bosnie comme la raison de son soutien à la réforme électorale.
Il est également important de noter que les rues ont été rebaptisées par des noms de personnalités de la NDH et d'Oustachis provenant de la guerre de Bosnie, des extrémistes croates tels que Mate Boban, président du para-État « Herceg-Bosna », ou le président du HDZ-BiH pendant la guerre et criminel de guerre condamné, Bruno Stojić.
En Croatie, l'homme politique défendant le plus ardemment la cause des extrémistes croates en Bosnie est le président du pays, Zoran Milanović. Au cours de l'année écoulée, il a promis de mettre son veto à l’adhésion de la Finlande et de la Suède dans l'OTAN tant que les lois électorales favorisant le HDZ-BiH et les extrémistes croates ne seraient pas adoptées. Il a également déclaré que la Bosnie-Herzégovine ne fera jamais partie de l'OTAN tant que les lois électorales n'auront pas été modifiées et que la Croatie ne lui permettra pas de faire partie de l'alliance.
Il y a deux semaines, lors d'une réunion des dirigeants des Balkans occidentaux en Slovénie, Zoran Milanović a également remis en cause l'existence du génocide de Srebenica.
Plus récemment, il a demandé que des soldats croates participent à l'opération Althea, un déploiement militaire de l'UE en Bosnie-Herzégovine pour superviser la mise en œuvre militaire des accords de Dayton. Zoran Milanović s'est exprimé : « Nous nous battrons toujours pour la protection des Croates en Bosnie-Herzégovine. Nous insisterons pour que la Croatie envoie ses soldats en Bosnie-Herzégovine dans le cadre de l'opération Althea, sous les auspices de l'OTAN ou de l'Union européenne (UE). C'est nous qui le déciderons, pas Sarajevo, ni Belgrade. Un nouveau temps est venu pour la politique croate. »
Cela a suscité des réactions de la part de politiciens et de diplomates bosniaques, dont Željko Komšić, lui-même d'ethnie croate et membre de la présidence bosniaque. Il a déclaré « qu'il était inacceptable pour nous que la Croatie, un pays qui a participé aux combats pendant la guerre de Bosnie, ait des troupes présentes dans le cadre d'une mission de l'UE. »
Le ministre bosniaque des Affaires étrangères, Bisera Turković, a pris la parole sur Twitter pour exprimer son inquiétude :
Serious concerns about the intention of Croatia’s President to send Croatian troops to Bosnia and Herzegovina, as a part of the Althea EUFOR/NATO mission to Bosnia & Herzegovina, while at the same time denying the Genocide committed in Srebrenica. pic.twitter.com/hI6QQ3C5ZT
Graves inquiétudes quant à l'intention du président croate d'envoyer des troupes croates en Bosnie-Herzégovine, dans le cadre de la mission Althea EUFOR/NATO en Bosnie-Herzégovine, surtout en niant le génocide commis à Srebrenica.
Si ces réactions sont les bienvenues, il y a bien d'autres raisons de ne pas vouloir des militaires croates sur le sol bosniaque, étant donné que la Croatie utilise depuis des années son influence en tant que membre de l'UE et de l'OTAN pour déstabiliser la Bosnie-Herzégovine. Il y a beaucoup plus à dire que le rôle de la Croatie pendant la guerre et le déni de génocide de Zoran Milanović. Les politiciens et diplomates bosniaques doivent être parfaitement clairs quant à l'influence malveillante de la Croatie.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221006_180036";}s:15:"20221006_173825";a:7:{s:5:"title";s:132:"Au centre d’une intrigue politique, une championne d’échecs fait face au mépris lié à son âge et à son genre au Kazakhstan";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/10/06/274599/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274599";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 06 Oct 2022 15:38:25 +0000";s:11:"description";s:259:"La confrontation s'est transformée en un tourbillon médiatique d'intrigues et d'accusations, provoquant l'indignation du public et révélant la réalité, en coulisses, des relations troubles entre le sport professionnel et des politiques gouvernementales.";s:7:"content";s:18400:"
En juin 2022, environ un mois avant le début de la 44e Olympiade d'échecs à Chennai, en Inde, la Fédération des échecs du Kazakhstan (KCF) a été secouée par une série d'allégations impliquant, directement et indirectement, une jeune joueuse d'échecs et plusieurs hommes de tous âges : deux hauts gradés de la fédération, le ministre de la Culture et des Sports, et même le Président du Kazakhstan. Une confrontation qui s'est transformée en un tourbillon médiatique d'intrigues et d'accusations, provoquant l'indignation du public et révélant la réalité, en coulisses, des relations troubles entre le sport professionnel et des politiques gouvernementales.
Bibisara Assaubayeva aux Championnat du Monde d'échecs en équipe. Astana, mars 2019. Capture d'écran de la chaîne Youtube Телеканал Хабар 24.
Le scandale actuel concerne les révélations faites dans une publication Instagram le 21 juin par Bibisara Assaubayeva, grand maître international d'échecs âgée de 18 ans, actuelle championne du monde féminine d'échecs blitz et vice-championne du monde féminin d'échecs rapides. Elle-même, ainsi que le reste de l'équipe nationale féminine, ont été conduites par le président et le vice-président de la KCF à une réunion avec Aida Balayeva, cheffe adjointe de l'administration du Président de la République du Kazakhstan. Selon ses dires, cette réunion devait servir de répétition en prévision de la rencontre avec le président du Kazakhstan qui se tenait le lendemain, mais, comme elle l'a alors découvert, durant laquelle l'équipe féminine devait demander 3 milliards de KZT (environ 6,8 millions de dollars) pour les besoins de la fédération des échecs. Plus troublant, les deux hommes (le président de la fédération nouvellement élu Galim Khussainov et le vice-président Darmen Sadvakassov) auraient même été réprimandés par la cheffe adjointe Mme Balayeva, pour comportement inapproprié « devant des femmes ».
Assaubayeva évoque que les raisons du rassemblement étaient troubles, puisque ni l'équipe nationale masculine n'était invitée à la réunion, ni l'entraîneur en chef de l'équipe nationale, de sorte que seuls les deux chefs de la fédération et l'équipe féminine étaient présents.
On peut lire dans sa publication :
Сегодня же до самой последней минуты я была уверена, что нас ведут на встречу к министру за олимпийскими напутствиями, а оказалось Дармен Садвакасов и его начальник нас привели просить 3 миллиарда тенге для бюрократов Казахстанской шахматной Федерации.
Очевидно, что сегодня была генеральная репетиция, руководство КФШ готовит его премьерный показ ЗАВТРА на встрече с Президентом страны, Касым-Жомарт Кемелевичем.
Мне стыдно и поэтому я прошу прощения. Я спортсмен, и хочу им оставаться.
Мне очень стыдно за себя, что я стала участницей этого постыдного спектакля.
Aujourd'hui, jusqu'au dernier moment, j'étais persuadée que nous allions recevoir les vœux du ministre avant les Jeux olympiques, mais il s'est avéré que Darmen Sadvakassov et son supérieur nous ont amenés ici pour réclamer 3 milliards de tenges en faveur des bureaucrates de la Fédération des échecs du Kazakhstan.
De toute évidence, aujourd'hui était la répétition générale, puisque les dirigeants de KCF se préparaient pour la première de DEMAIN, la rencontre avec le président du pays, Kassym-Jomart Kemelevich.
J'ai honte, et je demande pardon. Je suis une athlète et souhaiterais le rester.
Je suis embarrassée d'avoir participé à cette farce honteuse.
Publiée avant la rencontre avec le président du Kazakhstan, la publication et les accusations qu'elle contient ont été rapidement démenties par les dirigeants du KCF et le ministre de la Culture et des Sports, qui nient les allégations. Quoi qu'il en soit, la somme n'a pas été évoquée au palais présidentiel, et par ailleurs, l'équipe masculine et l'entraîneur en chef n'étaient pas présents. « Rencontre avec le chef de l'Etat, mais malheureusement, sans l'équipe masculine et l'entraîneur en chef », a-t-elle écrit sous sa vidéo de la rencontre.
Dauren Abayev, le ministre de la Culture et des Sports, qui a précédemment servi comme premier chef adjoint dans l’équipe présidentielle a déclaré avec certitude que personne, lors de cette réunion, n’avait « réclamé de l’argent », ajoutant « Je n’étais pas présent pendant la réunion, quand tout ceci a été discuté ». Néanmoins, ce fait n’a pas empêché le ministre, célèbre pour ses commentaires sexistes et ses insinuations sexuelles publiques, d’affirmer que Assaubayeva avait agi « sous le coup de l’émotion ». Dans une conférence de presse spéciale, Khussainov, le président de la KCF, s’est efforcé de démontrer que « les chiffres représentés dans sa publication étaient inexacts » sous le prétexte que « Bibisara n’est encore qu’un enfant. Elle n’a que 18 ans. Il est probable qu’elle n’ait simplement pas compris de quoi nous étions en train de parler. ». De plus, durant la conférence de presse, Zhansaya Abdumalik, une coéquipière d’Assaubayeva, a déclaré que cette dernière avait peut-être confondu les chiffres avec ceux du budget de la Fédération d’Echecs Ouzbèke en train d'être discutés.
Bibisara Assaubayeva, qui depuis sa carrière dans la catégorie junior fait partie de plusieurs joueuses d’échecs subissant un harcèlement constitué de lettres à caractère pornographique depuis maintenant une décennie, mais a également affronté, avec succès, les tribunaux russes suites aux allégations de triches par le grand maître Evgeny Solozhenkin, un éminent entraîneur junior russe, et a obtenu compensation. Sa réponse aux attaques et accusations des trois hommes et de sa coéquipière, qui, il est bon de mentionner, se trouve être la députée du conseil municipal d’Almaty du parti au pouvoir, est pertinente et claire. Elle a écrit dans sa publication Instagram :
Могу лишь добавить – я гроссмейстер, совершеннолетний спортсмен с ясным умом и твёрдой памятью. Я никогда ничего не путаю, не домысливаю. И шагов никаких на эмоциях не совершаю, как предположил господин министр спорта.
Je ne peux qu’ajouter que je suis un grand maître d’échecs, une athlète adulte dotée d’un esprit clair et d’une mémoire fidèle. Je ne fais pas de confusions, ni de suppositions. Et je n’agis pas sous le coup de l’émotion, comme l'a déclaré le ministre des Sports.
Après avoir ajouté qu’il était « malhonnête, indécent et immoral de gaspiller le temps du président de la nation et de voler de l’argent du budget national en mendiant de façon criminellement malveillante et insensée », elle suggère que ceux « offensés » demandent justice au tribunal. De plus, concernant ses supposés mensonges, elle a assuré aux deux hommes, Khussainov et Sadvakassov, qu’elle saurait trouver le temps, malgré ses entraînements, pour se soumettre au détecteur de mensonges avec eux, offrant de payer pour eux trois.
Sans surprise, pour le moment, aucun des deux hommes n’a exprimé la volonté de passer le test polygraphique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20221006_173825";}s:15:"20220929_154753";a:7:{s:5:"title";s:54:"Macédoine du Nord : le loup pris pour cible et abattu";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/29/274731/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274731";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 29 Sep 2022 13:47:53 +0000";s:11:"description";s:174:"La Macédoine du Nord est l'un des derniers pays à considérer le loup comme une nuisance, où il est tué librement, malgré sa classification comme espèce quasi menacée.";s:7:"content";s:16430:"
Un loup au zoo de Skopje. Photo de Filip Stojanovski/Global Voices, CC BY.
Cet article est issu d'un reportage original [en] par Meta.mk. La présente version est publiée ici après modifications dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et la Metamorphosis Fundation.
En Macédoine du Nord, le loup (canis lupus) est très largement considéré comme une nuisance. Il est régulièrement abattu, malgré son rôle primordial dans le maintien d'un écosystème sain. C'est l'un des trois prédateurs principaux qui peuplent les montagnes du pays, avec l'ours et le lynx des Balkans. Mais c'est le moins bien protégé des trois.
Les chasseurs sont encouragés à chasser et à tuer l'animal, et reçoivent même une prime quand ils en tuent un. Cependant, des associations de défense de l'environnement alertent sur le déclin de sa population, qui pourrait avoir un impact dévastateur sur l'écosystème montagneux. On estime à un peu plus de 400 loups la population actuelle en Macédoine du Nord. En plus d'être les cibles d'une chasse autorisée, ils doivent faire face à différentes menaces, comme l’hybridation avec les chiens.
Des loups capturés, au zoo de Skopje. Photo de Vasil Buraliev, utilisée avec son autorisation.
En vertu de l'actuelle loi sur la chasse [mk] en Macédoine du Nord, le loup, mais aussi le renard, la martre, la belette, et beaucoup d'autres animaux, représentent des proies faciles pour les chasseurs, car il n'existe aucune période de repos interdisant leur chasse. Le ministère de l'Agriculture a même instauré des primes pour tuer les animaux sauvages « dangereux ». Les chasseurs gagnent environ 50 euros [en] (calculé au taux de change à la date de l'article) pour chaque loup tué.
« La loi doit être changée », déclarait Dime Melovski, du Macedonian Ecological Society, dans un communiqué pour Meta.mk, « et la chasse au loup doit être régulée par des interdictions partielles, car sa population dans le pays est en constant déclin. »
Bien qu'une protection permanente ne soit pas une bonne solution d'après lui, il souligne que le gouvernement doit instaurer des périodes de restriction de chasse. Il suggère de mettre en place des quotas pour limiter la chasse, calculés en fonction du nombre précis de loups dans les zones de chasse. Selon Melovski, des méthodes de comptage plus sophistiquées doivent être utilisées, le comptage générique par exemple, car le nombre actuel de loups est très probablement erroné ; il y a un certain chevauchement de nombres, car les loups vivent et se nourrissent dans de très larges territoires. Il ajoute :
We are perhaps among the last countries in Europe where the wolf is considered a pest and the its killing is not limited, and there is a reward, moreover, which serves as an additional motivation for killing wolves, both for the hunters and for the cattle breeders.
Nous sommes probablement l'un des derniers pays en Europe où l'on considère le loup comme nuisible, où on le tue sans restrictions, et où il y a, au-delà de tout cela, une récompense qui motive encore plus à tuer des loups, aussi bien pour les chasseurs que pour les éleveurs.
L'un des problèmes principaux des efforts de protection du loup, selon Melovski, est de lutter contre la publicité ouverte pour un tourisme de chasse [mk], et la séduction de chasseurs étrangers. On doit les arrêter immédiatement. L'absence de toutes restrictions encourage l'organisation de campagnes de chasse, car il n'y a que dans ce pays que les chasseurs étrangers peuvent venir tirer sur un loup.
Les loups de Macédoine du Nord préfèrent généralement un habitat montagneux et forestier, même s'il leur arrive parfois de s'aventurer dans les zones agricoles des plaines autour des villages.
Avec le lynx et l'ours, le loup est un prédateur majeur en Macédoine du Nord. Photo d'un jeune loup au zoo de Skopje, par Global Voices/Filip Stojanovski, CC BY 3.0.
Selon Vojo Gogovski, conseiller d'Etat au ministère de l'Agriculture en charge des forêts et de la chasse, la population des loups est stable autour de 400 individus. La Macédoine du Nord héberge la plus grande et la plus ancienne population de loups en Europe. Les comptages sont réguliers, au moins tous les dix ans, dans chaque territoire de chasse du pays. Dans un communiqué pour Meta.mk, Gogovski expliquait :
For big game and small game there is a methodology for collecting data on the quantity that is accepted everywhere in Europe and in our country. A count or estimate of the number can be made, and based on it, the annual growth dynamics are defined. If there is a need, in five years or shorter, the planning documents can be revised.
Pour le petit et pour le gros gibier, il existe une méthodologie de collecte des données de population qui est appliquée partout en Europe et dans notre pays. On peut compter ou faire une estimation du nombre, et sur cette base, les tendances de croissance annuelle sont définies. En cas de besoin, à cinq ans ou moins, nous pouvons revoir les documents du planning.
De nouvelles réglementations de chasse [mk] sont en cours de préparation, incluant un projet de loi qui est en consultation publique depuis avril 2021. Le projet publié répertorie toujours le loup parmi les animaux sauvages non protégés, et autorise la chasse nocturne et l'utilisation de projecteurs. Il permet aussi au ministère de l'Agriculture de distribuer des récompenses.
Il fut un temps où le loup était une espèce protégée, mais selon Gorovski, la population était hors de contrôle à cette époque. Elle attaquait le bétail, et on lui a attribué de nombreuses pertes. Bien qu'il n'y ait pas d'obligation d'étiqueter le bétail, ces chiffres avaient probablement été gonflés car les éleveurs pouvaient recevoir une indemnisation si la perte d'un animal était causée par un loup. Il a déclaré :
There is no one who cares more than us for the protection of the wolf. The real hunters take good care of animals. The population is stable, and that’s because we’re taking care of the game that is its food. But the number must be maintained at a certain level. So far, there has not been a case of the monetary reward being the motive for killing; instead, most often the motive has been the protection of the domestic livestock. I claim that there is no such thing as a classic wolf hunt.
Personne ne se soucie plus que nous-mêmes de la protection du loup. Les vrais chasseurs s'occupent bien des animaux. La population est stable, et c'est parce que nous nous occupons du gibier qui représente sa nourriture. Mais leur nombre doit rester maîtrisé à un certain niveau. Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de cas où la prime avait été la motivation de tuer un loup ; au lieu de cela, le plus souvent l'objectif est de protéger le bétail. Je l'annonce : il n'existe pas de chasse au loup traditionnelle.
L'organisation de défense de l'environnement Eko-svest [mk] (éco-conscience) appelait récemment, lors de la Journée mondiale du loup (le 13 août), à prendre des mesures de précaution pour s'assurer que les loups restent dans nos forêts, où ils ont leur place. Selon les défenseurs de l'environnement, bien que la vie moderne engendre souvent des conflits entre les humains et les loups, ils restent pourtant nécessaires et ont une valeur inestimable pour maintenir l'équilibre de l'écosystème. Leur impact de prédateur modifie le comportement des autres animaux, il protège les forêts des parasites, et protège même les rivières de l'érosion et des dommages. Leur déclaration [mk] disait :
The wolf in this country is placed in the near threatened category (NT). The reason for this is that it is considered harmful wild animal, so commercial hunting is organized throughout the year, and, also new infrastructure projects are fragmenting its habitats. According to the official estimates, over 400 individuals live in our country, but its population is not regularly monitored.
Dans ce pays, le loup est situé dans la catégorie des espèces quasi menacées (NT). Cela s'explique car on le considère comme un animal sauvage dangereux, alors on organise toute l'année des campagnes commerciales de chasse ; on peut aussi l'expliquer par les projets d'infrastructure qui fragmentent son habitat. D'après les estimations officielles, un peu plus de 400 individus vivent dans notre pays, mais sa population n'est pas surveillée de manière régulière.
Une louve allongée dans un trou qu'elle a creusé, dans l'enclos du zoo de Skopje. Photo de Vasil Buraliev, utilisée avec son autorisation.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le loup comme le « moins préoccupant » en Europe, car même s'il est menacé ou vulnérable dans certains pays à l'échelle nationale, il se développe pourtant à l'échelle continentale aussi bien en nombre qu'en couverture de territoire. Néanmoins, la chasse au loup reste autorisée dans de nombreux pays d'Europe qui ne sont pas membres de l'Union européenne, comme la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Macédoine du Nord, et l'Albanie. Les loups représentent aussi une attraction touristique dans plusieurs pays, et une chasse réglementée est appliquée en Finlande, en Norvège, en Lituanie, en Lettonie, en Estonie, en Bulgarie, en Roumanie, et en Slovaquie.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220929_154753";}s:15:"20220929_134300";a:7:{s:5:"title";s:70:"La guerre en Ukraine affecte les travailleurs migrants azerbaïdjanais";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/29/274671/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274671";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 29 Sep 2022 11:43:00 +0000";s:11:"description";s:185:"Des millions d'Azerbaïdjanais travaillant en Russie et en Ukraine se retrouvent obligés de choisir entre travail et sécurité tandis que la guerre perturbe l'économie des deux pays.";s:7:"content";s:10592:"
La guerre a forcé certains à rentrer, d'autres luttent pour survivre
[Sauf indication contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Cet article a initialement a été publié sur Chaikhana Media. Une version révisée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
Mais aujourd'hui, des millions d'Azerbaïdjanais travaillant en Russie et en Ukraine se retrouvent obligés de choisir entre leur travail et leur sécurité alors que la guerre en Ukraine continue de perturber l'économie des deux côtés du conflit.
Elvin Magsudov, 33 ans, a fait le choix de la sécurité en quittant l'Ukraine pour la Moldavie après l'invasion injustifiée de l'Ukraine par la Russie. Mais contrairement à sa vie en Ukraine, le coût de la vie en Moldavie est plus élevé et les salaires sont plus bas. Il a déclaré que :
My working conditions and living expenses in Ukraine were very good compared to Moldova. The difference in salary I make in Moldova is significantly lower while the cost of living is twice what it was in Ukraine.
Mes conditions de travail et mes dépenses de tous les jours en Ukraine étaient très bonnes contrairement à la Moldavie. Mon salaire en Moldavie est significativement plus bas, tandis que le coût de la vie est deux fois plus élevé qu'en Ukraine.
Malgré les défis du déménagement en Moldavie, Elvin n'a pas prévu de retourner en Azerbaïdjan, où il est également difficile de trouver un travail bien payé, surtout quand sa famille compte sur l'argent qu'il leur envoie.
L'économiste Natif Jafarli estime que bon nombre des quelques deux millions d'Azerbaïdjanais qui travaillaient en Russie, et 500 000 en Ukraine, avant le début de la guerre, sont susceptibles d'y rester malgré les défis et les dangers créés par le conflit. D'autant que leurs familles restées dans leur pays d'origine ressentent déjà l'impact des sanctions imposées à la Russie et la sécurité de l'emploi.
« La main d'oeuvre, le pouvoir d'achat et les revenus ont chuté. Il y a des obstacles aux paiements,» a déclaré Jafarli lors d'une interview avec Chaikhana Media, ajoutant qu’à cause des sanctions, les Azerbaïdjanais de Russie ne peuvent désormais plus utiliser les services de virements internationaux pour envoyer de l'argent chez eux.
En avril, l'économiste Gubad Ibadoglu a confié à Voice of America que 60 % des paiements versés aux Azerbaïdjanais au cours des neuf premiers mois de l'année 2021 provenaient de Russie, ajoutant « qu'une forte baisse des transferts est attendue cette année.»
À Bilajary, une banlieue de Baku, la capitale azerbaïdjanaise, Yegana Mamishova, 42 ans, et ses deux enfants, ressentent déjà l'impact. Yagana travaille en tant que professeur dans une école maternelle, mais son salaire lui permet à peine de subvenir aux besoins de sa famille. De ce fait, sa famille compte sur le salaire de son mari, Hafiz Mamishov, 48 ans, ancien soldat, qui leur envoie de l'argent depuis la Russie. Hafiz a quitté l'Azerbaïdjan pour la Russie, car il n'arrivait pas à trouver de travail dans son pays d'origine après avoir quitté l'armée.
My husband currently works in the construction industry in Russia. He has been working in Russia for the last 5 years and has been sending us money, but that is no longer possible.
Mon mari travaille actuellement dans le secteur du bâtiment en Russie. Cela va faire 5 ans qu'il travaille en Russie et qu'il nous envoie de l'argent, mais bientôt, ce ne sera plus possible.
Désormais, ils doivent se serrer la ceinture pour vivre avec les 400 AZN (environ 245 euros) que Yegana touche par mois.
D'après les données de la Banque mondiale [fr], le chômage en Azerbaïdjan était de 6,6 % en 2021. Cette année, d'après des statistiques, il est juste en dessous des 6 %.
Cependant, les travailleurs migrants comme Aliheydar Azimzade, 24 ans, indiquent qu'il est dur de trouver du travail.
Diplômé de l'université en Ukraine en 2015, Aliheydar est resté là-bas, a acheté une maison, et a fondé sa société. Il s'est écoulé une semaine après le début de l'invasion pour qu'il décide de déménager en Azerbaïdjan. Cependant, le déménagement n'a pas été facile. Voici ce qu'il a confié à Chaikhana Media :
Although I am currently looking, I still cannot find a job. The biggest problem is unemployment. I plan to return to Ukraine if the war ends because my work and my house remain there.
Bien que je sois actuellement à la recherche de l'emploi, je n'en ai toujours pas trouvé un. Le plus gros problème reste le chômage. J'ai l'intention de retourner en Ukraine si la guerre prend fin car j'ai toujours ma maison et mon entreprise là-bas.
Asaf Mishiyev, 29 ans, a également eu du mal à reconstruire sa vie en Azerbaïdjan après être rentré de Russie cinq jours après le début de la guerre.
Musicien de formation, Asaf a passé la majorité de ces 11 dernières années à vivre et travailler à Moscou. Il a déjà essayé une fois auparavant de revenir à Baku, mais il a fini par retourner en Russie car il était mieux payé et trouvait plus d'opportunités de poursuivre une carrière dans la musique là-bas.
There were more opportunities [in Russia], both in terms of income and music. I can give you a simple example that it is difficult to find musical instruments in Azerbaijan. Also, if Azerbaijan satisfied me, I would stay in my own country. In terms of work, this is a bit difficult.
Il y avait plus d'opportunités [en Russie], à la fois en termes de salaire et de musique. Par exemple, il est difficile de trouver des instruments de musique en Azerbaïdjan. De plus, s'il y avait ce que je recherchais en Azerbaïdjan, je resterais dans mon pays. Malheureusement, en matière de travail, c'est compliqué.
Asaf est rentré en Azerbaïdjan en 2017 et a ouvert un café pour les jeunes, où ils peuvent écouter de la musique jouée en direct et regarder des films. Malheureusement, son entreprise n'a tenu que deux ans. « J'ai fait le choix de fermer mon café et de retourner en Russie pour le travail. Tout le monde doit travailler pour survivre, c'est la raison pour laquelle j'ai choisi la Russie,» a-t-il déclaré à Chaikhana Media.
Aujourd'hui, Asaf donne des cours de guitare et de chant pour vivre.
Pour Sevdiyar Hadiyev, 57 ans, le choix est simple : une fois la guerre terminée, il souhaite retourner vivre à Kharkov en Ukraine, où il a vécu pendant 30 ans.
Originaire du village de Lerik en Azerbaïdjan, Sevdiyar n'a pas pu trouver de travail dans son pays depuis son retour en septembre. Après avoir vécu très longtemps en Ukraine, il s'est retrouvé coincé dans son village d'origine après la guerre.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220929_134300";}s:15:"20220928_195717";a:7:{s:5:"title";s:170:"Les organisateurs de Belgrade EuroPride 2022 refusent l'annulation de l'événement et affirment que son interdiction par le gouvernement est contraire à la constitution";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/28/274493/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274493";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 28 Sep 2022 17:57:17 +0000";s:11:"description";s:205:"L'implication d'indicateurs au service du Kremlin dans les manifestations homophobes contre EuroPride à Belgrade témoigne du travail de sape russe contre le projet serbe de rejoindre l'Union européenne.";s:7:"content";s:17324:"
L'influence malveillante de la Russie mise en cause dans les manifestations homophobes.
Image issue du site EuroPride 2022 qui annonce que l'événement à Belgrade, en Serbie n'a pas été annulé.
Cet article s'appuie sur originalcoverage de Meta.mk, et fait partie de l'initiative régionale du centre anti-désinformation des Balkans occidentaux. Une version éditée est publiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et Metamorphosis Foundation.
EuroPride est un événement international pan-européen LGBTQ+, organisé chaque année dans un pays différent. L'édition 2022 aura lieu du 12 au 18 septembre à Belgrade et comprendra notamment un festival du film, des conférences et une marche des fiertés. Les partis politiques d'extrême droite et l'Eglise orthodoxe serbe ont condamné l'organisation de l'événement et ont appelé à son interdiction.
Le public serbe a été noyé sous des torrents de discours de haine homophobe et de désinformation, alors que les opposants à l'EuroPride mettaient en scène des manifestations énormes contre l'événement. Le 27 août, Aleksandar Vucic, Président de la Serbie, a annoncé que l'événement serait « annulé » aux fins de réduire les tensions politiques et de protéger les participants contre d'éventuelles violences physiques.
Suite à la déclaration officielle selon laquelle la marche de l'EuroPride 2022 serait annulée, les organisateurs ont répondu que l'État ne pouvait pas « annuler » l’événement n'en étant pas l'organisateur. Le coordonnateur de EuroPride 2022, Goran Miletic, s'explique dans une déclaration publiée sur leur site Internet :
L'État, en l'occurrence la police, peut seulement interdire EuroPride, et non pas l'annuler. Ce genre de décision serait contre la constitution, et la Cour constitutionnelle a déjà révoqué des décisions similaires en 2009, 2010, 2011 et 2012. Les événements organisés dans des lieux clos qui sont prévus pour EuroPride 2022 ne peuvent pas être interdits. Nous attendons la décision de justice contre laquelle nous ferons appel.
L'EuroPride et les tensions avec le Kosovo étaient les deux principales problématiques discutées lors de la session du Conseil National de sécurité serbe convoquée par le Président Vucic le 10 septembre. Juste après, Miletic a déclaré sur N1TV que les institutions étatiques n'avaient aucun pouvoir légal d'interdire la marche des fiertés et qu'elle aurait lieu quoiqu'il advienne ; l'État ayant de plus la responsabilité de protéger les participants de toutes violences.
Rok za to ističe u utorak u 16 časova, što je 96 sati pred šetnju koja je zakazana za 17. septembar. Naš pravni tim je spreman i uložićemo žalbe MUP-u i Upravnom sudu, ukoliko MUP bude zabranio skup…
La date limite pour émettre une interdiction formelle est mardi à 16 heures, soit 96 heures avant la marche prévue le 17 septembre. Notre équipe judiciaire est prête à soumettre ses requêtes au ministère de l'Intérieur ( MUP ) et à la Cour administrative dans le cas où le MUP interdirait les rassemblements…
Procession religieuse avec le cortège des Loups de la nuit et la glorification de Poutine.
Un événement énorme de contestation a combiné une procession religieuse et une marche intitulée « Litanie pour le salut de la Serbie » s'est tenu à Belgrade, ce dimanche 28 août. L'évènement anti-EuroPride a débuté par des prières des dirigeants de L'Eglise orthodoxe serbe en direction des manifestants. Puis, selon N1TV tous ont défilé dans la ville, portant des icônes religieuses et des portraits à l'effigie du Président russe Vladimir Poutine, menés par le cortège des motards des Loups de la nuit.
L'évêque Nikanor de Banat, de l'Eglise serbe orthodoxe s'est adressé à cette foule, et a cité Vladimir Poutine et sa vision de la communauté LGBTQ+. Il a qualifié Poutine de : « Tsar de la planète terre d'aujourd'hui » qui a pris les positions nécessaires contre les « anomalies » apparues en Serbie. Après avoir récité des prières, les participants ont marché dans les rues de Belgrade et se sont dirigés vers la cathédrale orthodoxe Saint Sava.
Les Loups de la nuit serbes font partie d'un réseau de « clubs » de motards fondé en Russie et directement soutenu par le gouvernement de Poutine. Ils diffusent des messages faisant l'éloge des intérêts impérialistes russes et la propagande qui présente des régimes autoritaires sous les traits de protecteurs des valeurs traditionnelles prétendument mises en danger par la corruption libérale occidentale. Dans les Balkans occidentaux, ils ont été impliqués dans des activités mettant à mal la démocratie en Serbie, Bosnie et Macédoine du Nord. Depuis juillet 2022, l'organisation russe qui a façonné les Loups de la nuit fait l'objet de sanctions de l'Union européenne.
La Première ministre serbe Ana Brnabic est l'une des rares personnes ouvertement LGBTQ+ dans le pays. Elle a affirmé la volonté de l'Etat de respecter les droits de chacun garantis par la Constitution, mais a également mis en avant les conséquences que la Serbie pourrait subir si elle accueillait l'EuroPride 2022, des propos relayés par la chaîne de télévision serbe N1. Elle a déclaré :
To je više molba nego što im kažemo: ‘nemojte da šetate’. To je u skladu sa Ustavom, ali je drugo pitanje kakve posledice ima po našu državu. Radi se o tome šta je u ovom trenutku moguće i kako čuvamo našu stabilnost. Meni je žao što je tako, ali nama je ovaj septembar ‘savršena oluja’. Ima tu i stranog faktora koji se svemu tome raduje.”
« C'est davantage une demande qu'un ordre: ‘Ne participez pas à la marche’. Le droit de manifester est protégé par la Constitution, mais un autre problème est à prendre en compte, quelles seront les conséquences pour notre pays. Le problème est le suivant : qu'est-il possible de faire en ce moment, et comment assurons-nous la stabilité ? Je suis attristée par la situation, mais septembre ressemble pour nous à ‘l'orage parfait’. Nous devons prendre en compte les facteurs extérieurs, réjouissons-nous de cette situation. »
L'influence néfaste de la Russie accroît les tensions
Selon le quotidien Danas, l'analyste politique serbe Dunsan Janjic a déclaré sur la chaîne télévisée serbe Prva que la présence des motards du club Les loups de la nuit à la manifestation contre l'EuroPride du 28 août indiquait le soutien implicite de la direction générale des renseignements des forces armées russes (GRU).
Il a également affirmé que la guère en Ukraine et ses conséquences représentaient une opportunité pour la Serbie de se défaire de l'influence du Kremlin et de « corriger » sa politique étrangère ainsi que se défaire de sa dépendance énergétique à la Russie. Implicitement cela revient à dire que pour éviter le rapprochement entre un pays voisin et l'Union européenne, les partisans du Kremlin sont prêts à initier des conflits et à entretenir les divisions, notamment par leur participation à des événements tels que la manifestation contre l'EuroPride.
En 2020, des manifestations similaires organisées suite à l'appel de l'Eglise orthodoxe serbe ont débouché sur la chute du gouvernement pro-Union européenne du Monténégro.
Des manifestations homophobes, comparables à celles de Belgrade ont également eu lieu dans d'autres villes serbes et sont perçues comme un véritable coup de pouce pour les partis radicaux d'extrême droite de l'opposition. Bien qu'ils partagent la même idéologie nationaliste serbe avec le Gouvernement Vucic du SNS, le parti progressiste serbe, ces partis tentent de modifier les membres de sa direction et ciblent les électeurs conservateurs avec leur rhétorique extrémiste.
Le gouvernement serbe a effectivement équilibré ses actions entre son but de rejoindre l'Union européenne et ses mesures assurant son « alliance traditionnelle » avec la Russie. Des tensions significatives sont apparues : fin août, la Vice-présidente Zorana Mihajlovic a affirmé que le ministre russe des Affaires étrangères avait utilisé le fait que la Serbie n'impose aucune sanction à la Russie, pour déformer l'information et affirmer que la Serbie prenait position contre l'Ukraine.
Selon le site d'information N1, le ministre russe des Affaires étrangères a dit à Mihajlovic qu'elle ne comprenait pas bien la réalité des relations entre les deux pays, et a déclaré : « Nous avons avec la Serbie un point de vue commun concernant les problématiques actuelles de l'agenda international ».
Au même moment, de nombreuses vidéos étaient diffusées sur les réseaux sociaux en Serbie, d'un événement en faveur des « valeurs familiales » qui se tenait à Moscou.
protest u Moskvi danas kao podrška tradicionalnim vrednostima u Srbiji, ako je neko sumnjao iz koje je sve kuhinje pic.twitter.com/lSfSWTJWcA
Manifestation à Moscou aujourd'hui en soutien des valeurs traditionnelles serbes. Au cas où quelqu'un aurait des doutes sur qui était derrière ces sottises.
Le Gouvernement serbe demeure inflexible sur ses décisions
Au même moment, Vucic a déclaré que la décision d'annuler EuroPride avait été adoptée. Il n'y aura aucun changement concernant la décision d'annuler l'événement, et a ajouté qu'il n'y aurait « ni bagarres ni affrontements », et que quiconque agirait violemment serait arrêté. Des informations relayées par N1TV le 30 août.
La décision d'organiser EuroPride 2022 à Belgrade a été prise en septembre 2019 par l’European Pride Organizations Association ( EPOA ). Des milliers de personnes venant de partout en Europe sont attendues dans la capitale serbe pour participer à l'événement.
Kristine Garina, la présidente d'EPOA a affirmé que ni eux ni Belgrade Pride, organisation hôte de l'événement, n'annuleraient l'EuroPride et que le droit d'organisation était l'un des droits humains essentiels, et que s'y opposer représentait une violation des articles 11, 13 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme, que la Serbie a ratifiée.
Garina a également dit qu'EuroPride n'avait reçu aucune subvention du Gouvernement serbe, alors que l'événement apportera un revenu touristique supplémentaire conséquent pour l'économie du pays. Cela présentera la Serbie sous les traits d'un pays européen progressiste et hospitalier.
Au même moment, le site de la BBC en serbe a publié un article selon lequel les participants à la manifestation homophobe se réuniraient à Belgrade une fois encore le jour où la marche des fiertés est prévue.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220928_195717";}s:15:"20220928_183244";a:7:{s:5:"title";s:84:"Anthologie Amanat : des écrivaines du Kazakhstan font entendre leur voix en anglais";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/28/274436/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274436";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 28 Sep 2022 16:32:44 +0000";s:11:"description";s:197:"Les écrivaines du Kazakhstan sont rarement traduites en anglais. Une nouvelle anthologie publiée en anglais, Amanat, donne aux lecteurs anglophones accès à une littérature largement méconnue.";s:7:"content";s:14468:"
Les femmes écrivaines sont souvent des traductrices et servent de ponts culturels.
Vue partielle de la couverture de l'anthologie Amanat qui regroupe des écrits de femmes kazakhes en anglais. Communiquée par les éditeurs, publiée avec leur accord.
Depuis qu'elle a déclaré son indépendance vis-à-vis de Moscou en 1991, la nation d'Asie centrale du Kazakhstan s'est mise en quête d'une redéfinition de son identité multiethnique et multilingue, loin des modèles soviétiques imposés de colonialisme, de censure historique et de représentations de genre. L'actuelle renaissance kazakhe redessine ses propres définitions de la culture, en particulier dans les domaines du cinéma, de la musique, de l'art moderne et de la littérature.
La littérature du peuple kazakh, de tradition nomade, est restée avant tout orale jusqu'au 19e siècle, lorsque la colonisation russe tsariste a introduit l'usage de la langue russe ainsi que l'accès à l'imprimerie. Une littérature parallèle russophone s'est alors développée et a été encouragée politiquement à partir des années 1920, avec le début de la période soviétique. Moscou a encouragé les Kazakhs et d'autres ethnies à écrire en russe, la langue transnationale à cette époque, en présentant le kazakh comme une langue de second choix. Il existe peu de traces d'écrits féminins jusqu'à la période soviétique, mais aujourd'hui la littérature kazakhe s'est diversifiée sur le plan de la forme, du style, du genre et de l'ethnie ; ce qui se reflète largement dans « Amanat. Women's Writing from Kazakhstan », la première anthologie d'écrits de femmes du Kazakhstan, publiée en anglais en juillet 2022.
Zaure Batayeva, photo publiée avec son autorisation.
L'anthologie a été élaborée et co-traduite par Zaure Batayeva et Shelley Fairweather-Vega, deux femmes qui encouragent la traduction de la littérature du Kazakhstan. Zaure Batayeva est elle-même écrivaine, traductrice littéraire kazakhe et chroniqueuse culturelle. Shelley Fairweather-Vega est traductrice du russe et de l'ouzbek vers l'anglais et ses travaux ont été présentés dans « Words Without Borders », « World Literature Today ». L'anthologie présente 13 femmes écrivaines et tire son nom du terme kazakh « amanat » qui fait référence à la promesse et au devoir moral, mais aussi à l'héritage. Les textes choisis ont été écrits au cours des 30 dernières années, mais présentent des références à des périodes historiques antérieures et postérieures à l'indépendance, y compris les années Staline.
Global Voices leur a demandé à toutes les deux comment elles avaient appréhendé l'équilibre entre le kazakh et le russe dans leur choix de textes et en fonction de leur propre pratique de la traduction vers l'anglais. Fairweather-Vega explique que l'un des objectifs était de mettre en valeur la diversité linguistique du Kazakhstan, d'où une sélection minutieuse des textes de sept auteures qui écrivent principalement en russe et de six autres qui écrivent principalement en kazakh, tous traduits directement en anglais pour éviter les traductions relais. Elle ajoute que la plupart des auteures présentées sont elles-mêmes des traductrices :
Nous avons essayé de respecter le bilinguisme de chaque auteure en traduisant leurs textes ; nous avons été attentives aux cas de figure où un mot russe était traité comme un mot étranger dans un texte kazakh, par exemple, par opposition aux cas où ce mot russe était proposé comme un mot plus « courant ».
Batayeva explique que les deux communautés linguistiques sont clairement distinctes, mais que cette distinction ne coïncide pas nécessairement avec le découpage ethnique :
Chacun des récits de notre recueil ne mélange pas les deux langues, car les personnages qui les composent ne se mélangent pas avec ceux de l'autre groupe linguistique – ils vivent dans deux mondes différents. Cela reflète très bien la réalité sociale du Kazakhstan. Les kazakhophones, qui représentent près de 60 % des citoyens du pays, ont développé une culture profondément différente de la culture russe. Les Kazakhs qui ont un haut niveau d'éducation ont tendance à connaître le russe, car le russe c'est la langue de la prétendue élite du pays. Si vous voulez obtenir un emploi rémunéré, vous devez connaître le russe. Pourtant, la grande majorité des kazakhophones préfèrent rester autant que possible dans leur propre environnement culturel.
De l'autre côté du fossé sociolinguistique, il y a les russophones, qui ont tendance à mal connaître – voire pas du tout – le kazakh et qui préfèrent interagir le moins possible avec ceux qui parlent cette langue. Ce désintérêt transparaît clairement dans certains des récits de notre recueil. Je ne dis pas cela comme une critique, mais comme une observation. Les écrivains sont des êtres humains. D'ailleurs, si les écrivains devenaient trop conscients de leurs propres préjugés et de leurs zones d'ombre, ils cesseraient probablement de créer des histoires passionnantes.
Selon Batayeva, le Kazakhstan n'a pas réussi à corriger la profonde inégalité linguistique créée par 70 ans de politique de russification de l'Union soviétique, ce qui explique le faible nombre de personnes bilingues ou multilingues en dehors du groupe ethnique kazakh. Elle observe que peu de russophones voient un intérêt à apprendre le kazakh, et se réfère à la notion d’ « indifférence » de Frantz Fanon pour expliquer la résistance à apprendre et à parler le kazakh.
L'altérité et l'art de la traduction littéraire
Shelley Fairweather-Vega, photo publiée avec son autorisation.
L'un des débats les plus intéressants en traduction littéraire est autour du positionnement de la traduction : quelle distance ou quelle proximité doit-elle avoir avec l'original, et donc avec le public cible ? En d'autres termes, la tâche du traducteur est-elle d'expliquer le contexte culturel et historique ou de laisser au lecteur le choix de l'ignorer ou bien de découvrir par lui-même une culture qu'il connaît peu ? Dans le cas d’ « Amanat », l'éditeur Gaudy Boy fait le choix de ne pas mettre en italique les mots non anglophones, de sorte que des mots tels que kolkhoze ou dombyra (un instrument de musique) se fondent dans le texte. Voici le point de vue de Fairweather-Vega sur cette question :
Je fais partie de ces traducteurs vers l'anglais qui sont fermement opposés à l'ajout de notes explicatives de bas de page dans les fictions. Je préfère de loin ajouter quelques éléments complémentaires si c'est absolument nécessaire pour que le lecteur ne se sente pas complètement perdu dans un environnement culturel inconnu. Néanmoins, accepter le fait que le lecteur puisse se sentir un tout petit peu perdu me semble tout à fait acceptable. Il me semble normal que le lecteur ne perde pas de vue que c'est lui l'étranger dans cette configuration, et qu'il a sans doute des choses à y apprendre. L'une des décisions que nous avons prises facilement a été de traduire presque littéralement de nombreux idiomes, dictons et métaphores kazakhs, afin de laisser les composantes visuelles et gestuelles les plus courantes transparaître dans les mots anglais. Je pense que Zaure a fait un excellent travail dans « Hunger » d'Aigul Kemelbayeva, qui a recours à de nombreuses métaphores autour de plantes, d'animaux ou d'aliments, ce qui n'est pas courant dans la littérature anglophone. Le narrateur nous dit : « La pauvreté s'enroulait autour de moi comme un liseron », et poursuit : « Un jeune loup ne montre pas sa maigreur, il laisse plutôt sa fourrure se gonfler ».
Les femmes sont les ambassadrices de l'expérience du Kazakhstan
Fairwearther-Vega soulève un point intéressant :
Il y a probablement aussi une part de vérité dans le cliché selon lequel la traduction est, encore aujourd'hui, souvent un « travail de femme », un de ces métiers « nourriciers » dans lesquels, comme de nombreuses cultures semblent en convenir, les femmes excellent. Alors si la traduction est une activité nourricière, qu'est-ce que nous nourrissons lorsque nous traduisons ? Une meilleure communication, je suppose, du fait d'une meilleure compréhension. Je suis fermement convaincue que plus nous entendrons ou lirons des histoires, plus nous serons en mesure d'éprouver de l'empathie pour nos semblables, quels que soient leur sexe et leur langue.
Et si le fait d'aider les femmes du Kazakhstan à raconter leur histoire dans le monde entier constituait pour elles un soutien moral, pratique et politique précieux lorsque la situation géopolitique deviendra critique ? Et si cela permettait de combattre certaines idées dangereuses selon lesquelles le Kazakhstan n'est de toute façon pas un vrai pays, ou est trop étranger pour que nous, Occidentaux, nous nous en préoccupions ? C'est peut-être un peu trop optimiste de ma part, mais ces pensées me traversent constamment l'esprit lorsque je traduis la littérature d'Asie centrale. Augmenter la visibilité des écrivains (de tout genre et de tout pays de cette région du monde) est forcément utile.
Comme le font remarquer les deux responsables du projet, ces récits racontent également les transformations économiques et les tensions sociales telles que les perçoivent des femmes qui doivent faire face à la corruption, au harcèlement sexuel, et qui doivent faire des choix difficiles sur leur carrière ou parfois envisager de quitter le pays.
Batayeva conclut :
De nombreux récits de cette anthologie montrent également combien notre passé est brouillé dans notre esprit, à nous les Kazakhs. Avant de pouvoir commencer à réfléchir aux défis d'aujourd'hui et de demain, les écrivains kazakhs devront d'abord trouver le courage de réfléchir aux horreurs et aux mystères de leur passé traumatique collectif. Tant que nous ne retrouverons pas notre passé, nous ne saurons même pas qui nous sommes.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220928_183244";}s:15:"20220928_135617";a:7:{s:5:"title";s:117:"Les montagnes macédoniennes regorgent de chiens abandonnés qui menacent le lynx, une espèce en voie de disparition";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/28/274542/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274542";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 28 Sep 2022 11:56:17 +0000";s:11:"description";s:165:"Macédoine du Nord : dans les villes, les chiens abandonnés sont collectés et relâchés par la fourrière dans la montagne où ils se reproduisent avec des loups.";s:7:"content";s:12013:"
des chiens errants bannis étaient devenus une espèce invasive menaçant le lynx.
Un loup hybride (croisement entre un chien domestique et un loup) errant dans les montagnes macédoniennes. Photo de la Société écologique macédonienne, reproduite avec autorisation.
Cet article est initialement paru sur Meta.mk. Une version éditée est republiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et Metamorphosis Foundation.
Un très grand nombre de chiens abandonnés errent dans les montagnes de la Macédoine du Nord et représentent une menace non seulement pour la population, mais aussi pour les animaux sauvages. Le lynx des Balkans, l'une des espèces de félins sauvages les plus gravement menacées d'extinction dans le monde, considère ce territoire comme sa demeure et doit à présent faire face à de nouvelles menaces liées à la prolifération de chiens errants. Des meutes de chiens affamés dévorent les proies du lynx et celles d'autres carnivores sauvages ; et parce qu'ils présentent des similitudes génétiques, les chiens qui se reproduisent avec les loups contribuent à une dilution du patrimoine génétique du loup.
Bien que les chiens soient considérés, dans ces circonstances, comme des prédateurs, ils sont aussi des victimes : leurs propriétaires les ont abandonnés, ne leur laissant aucun autre choix que de chasser pour survivre et devenir extrêmement agressifs. L'État a aussi sa part de responsabilité dans l'aggravation de cette situation du fait d'institutions publiques défaillantes et de l'absence de politiques municipales pour réglementer le problème des animaux errants.
Un loup et un chien-loup hybride appartenant à la même meute errent dans le parc national de Mavrovo en Macédoine du Nord. Photo de la Société écologique macédonienne, reproduite avec autorisation.
Une enquête de terrain, réalisée par la Société écologique macédonienne (SEM) à l'aide de pièges photographiques, indique la présence de chiens au fin fond de la forêt. Ils ont été également aperçus dans des cols de montagnes tels que le col de Gjavato et celui de Bukovo, ainsi que dans les parcs nationaux de Mavroro et des Monts Sar. Les conclusions sur les conséquences de ce phénomène sur la faune sauvage ont été présentées lors d'un forum à Skopje, le 29 août dernier.
Intervenants lors du forum organisé par la Société écologique macédonienne le 29 août 2022 à Skopje. Photo de Meta.mk, reproduite avec autorisation.
Selon Dime Melovski, coordonnateur du projet de la SEM, les chiens chassent et se nourrissent de carcasses. Ils vivent dans un état de stress permanent et constituent une menace pour les autres animaux :
The problem with the abandoned dogs in the wild has escalated in the last few years. They pose a threat to the survival of the lynx, since they eat its food. Only half of the young lynxes reach sexual maturity and this situation is worse if the female lynxes with cubs, that aren’t able to hunt, are left without food. For a population of 40–50 lynx adult individuals that live on the territories of North Macedonia, Albania and Kosovo, it poses a great risk.
Le problème des chiens abandonnés s'est aggravé lors de ces dernières années. Ils représentent une menace pour la survie du lynx, parce qu'ils se nourrissent de ses proies. La moitié seulement des jeunes lynx atteignent la maturité sexuelle et la situation empire lorsque la femelle et ses petits, incapables de chasser, ne peuvent pas se nourrir. Les risques encourus par la population des 40 à 50 lynx adultes vivant sur les territoires de la Macédoine du Nord, de l'Albanie et du Kosovo sont très importants.
Au cours du débat qui suivit, des participants à l'évènement ont aussi fait part de leurs préoccupations sur l'éventuel danger que les chiens errants pourraient représenter pour les randonneurs dans les montagnes.
Lors d'un précédent communiqué publié par Prizma, un site de journalisme d'investigation, des chercheurs de la SEM ont précisé que le lynx, qui pèse en général entre 20 et 30 kilos, ne peut pas dévorer en une seule fois de grosses proies comme un cerf et laisse souvent de la viande sur la carcasse avec l'intention de la consommer plus tard. Comme le souligne Melovski, il reste à peine 50 lynx sauvages dans toute la Macédoine.
Les meutes de chiens errants, qui souvent se nourrissent des carcasses de cerfs tués par les lynx, présentent de nouveaux dangers pour les espèces félines. Parce que sa petite taille ne lui permet pas de lutter contre les chiens, la femelle du lynx est particulièrement vulnérable, tout comme ses petits.
Les autorités locales relâchent des chiens errants dans la nature
Il est de notoriété publique que depuis ces dernières années, les chiens qui errent dans les communes rurales sont transportés et relâchés dans la nature par les services locaux. Certaines communes, par manque de budget, de personnel ou de volonté pour remédier de manière adéquate au problème des chiens errants, ont adopté cette « solution » de facilité pour les nombreux animaux domestiques vivant dans leur région.
Chien abandonné vivant dans la Reserve naturelle de Jasen en Macédoine du nord. Photo de la Société écologique macédonienne, reproduite avec autorisation.
Selon des activistes défenseurs des droits des animaux, l'amende dérisoire de 15 euros (soit 15 dollars US), qui en aucun cas n'égale les graves répercussions de l'attitude irresponsable des propriétaires sur leurs animaux, est l'une des principales raisons de l'augmentation du nombre de chiens abandonnés. De plus, elle n'est pas imposée comme elle le devrait.
D'après Dimitar Terzievski, de l'Agence alimentaire et vétérinaire de la Macédoine du Nord : « Plus de la moitié des communes de ce pays n'ont aucun accord avec des refuges pour animaux, des endroits où les animaux abandonnés auraient un abri et seraient bien traités, et ce malgré qu'ils soient identifiés par la loi comme jouant un rôle essentiel dans la quête d'une solution à ce problème. »
Dimitar Terzievski ajoute que les résultats seraient très vite visibles si 75 % des animaux étaient stérilisés.
Animal hybride entre un chien domestique et un loup. Photo de la Société écologique macédonienne, reproduite avec autorisation.
Selon les données du ministère de l'Agriculture, la majorité des chiens abandonnés sont des chiens de chasse qui, grâce à leur instinct de chasseur, sont capables de survivre rapidement à l'état sauvage.
D'autre part, la moitié des chiens qui finissent au refuge de Laika Animal Shelter à Skopje sont soit des chiens de race ou bien dont l'un des parents est de pure race. D'après le directeur du refuge, Voislav Dimitrovski, la solution est évidente :
The solution to the problem with abandoned dogs cannot be looked at in individual plans and programs. It has to be systematic and to be covered by a national program, which will oblige all the concerned sides.
On ne peut pas trouver une solution au problème des chiens abandonnés à travers des programmes et des projets isolés. Elle doit au contraire être systématique et faire l'objet d'un programme à l'échelle nationale qui forcerait toutes les parties concernées à coopérer.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220928_135617";}s:15:"20220927_183457";a:7:{s:5:"title";s:61:"Georgie : ces femmes invisibles de l’industrie de la pêche";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/27/274426/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274426";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 27 Sep 2022 16:34:57 +0000";s:11:"description";s:178:"Les femmes dans l’industrie de la pêche en Géorgie travaillent généralement dans le secteur informel : peu de données existent donc sur leurs revenus et leur contribution";s:7:"content";s:13318:"
Les salaires sont bas et les journées de travail interminables
Image de Salome Kinkladze, partagée dans le cadre d’un partenariat avec Chaikhana Media.
Cet article a été initialement publié sur Chaikhana Media. Une version éditée a été republiée ici dans le cadre d’un accord de partage de contenu.
Les femmes employées dans l’industrie de la pêche en Géorgie travaillent généralement dans le secteur informel ; ce qui explique la rareté des données disponibles concernant leurs revenus ou leur contribution à la filière. Pourtant, bien que le travail de ces femmes soit souvent méconnu, il est fondamental. En effet, la plupart d’entre elles trient, nettoient, sèchent et vendent le poisson, autant de tâches cruciales dans la chaîne d’approvisionnement des produits de mer. Malgré cela, la différence de salaire entre les hommes et les femmes reste énorme : une femme doit en effet travailler pendant trois ans dans le secteur pour pouvoir gagner le même salaire qu’un homme en début de carrière.
Depuis longtemps, les anthropologues étudient le rôle des femmes dans la pêche, notamment la manière dont ce travail affecte leur mobilité. Dans certaines cultures, depuis toujours, ce sont les hommes qui partent en mer et ont la possibilité de voyager, tandis que les femmes restent sur place, sur la terre ferme. Les anthropologues remettent désormais en question la croyance de longue date selon laquelle le fait de rester sur la terre ferme signifie que les femmes renoncent au pouvoir. Par exemple, dans certaines communautés de pêcheurs, il a été constaté que l’absence des hommes partis de longues périodes en mer avait, au contraire, permis aux femmes de renforcer leur position, leur pouvoir et leur liberté d’agir dans la « sphère privée du foyer ». Voici quelques exemples de femmes qui travaillent aujourd’hui dans ce secteur en Géorgie.
Nona, 37 ans
À Tskaltsminda, un village de l’ouest de la Géorgie, Nona vend du poisson avec une douzaine d’autres femmes, près d’un hangar couvert sur l’autoroute, et ce, par tous les temps. Chaque matin, elles partent à l’aube et travaillent souvent jusqu’à 16 heures par jour. Après ces longues heures éprouvantes passées debout dans la rue, la souffrance physique est encore pire pour les femmes âgées.
Les revenus sont dérisoires ici. Il faut travailler dur pour gagner 10 GEL par jour (environ 3,5 EUR/USD). On sacrifie sa santé et on s’épuise.
La côte de la mer Noire à Poti, près du phare, où de nombreuses femmes vendent du poisson. Photo utilisée avec permission.
Lili, 67 ans
En plus du nettoyage, de la transformation et de la vente du poisson, Lili, avec d’autres pêcheurs, utilise un filet pour récupérer le poisson dans la mer Noire près des villages d’Ureki, Shekvetili et Grigoleti, et dans les rivières voisines Supsa et Natanebi. Lili est économiste de métier et a travaillé pour les secteurs privé et public pendant des années avant de perdre son emploi.
Les temps changent, tout évolue, et moi aussi. J’ai donc dû trouver une solution pour ne pas mourir de faim.
Bien qu’elle travaille du matin au soir avec les autres femmes, ses revenus sont faibles, et elle doit également gérer la ferme familiale.
Lorsque les hommes pêchent du poisson, ils travaillent en équipe, donc ils pêchent beaucoup de poissons et reçoivent plus d’argent. Cependant, ils travaillent en groupe et doivent partager leurs revenus. Et que gagnent-ils réellement au final ?! Ils ont tellement de dépenses ! Ils doivent acheter l’essence et se nourrir. Même s’ils attrapent 100 kilos de poisson, ça ne représente pas grand-chose pour 20 personnes. Au moins, il reste un peu d’argent pour la nourriture. Nous ne souffrons pas de faim.
Iamze, 63 ans
Âgée de 63 ans, Iamze travaille dans la production halieutique depuis 25 ans. Aujourd’hui, elle possède et gère une poissonnerie avec sa sœur, ainsi que trois autres femmes. Iamze a travaillé dans divers endroits au cours de sa carrière. Elle a, par exemple, fait du porte-à-porte pour vendre du poisson qu’elle stockait et transportait dans des caisses. Iamze a également travaillé sur le marché de Kobouleti, une ville de la mer Noire située dans la région géorgienne d’Adjara, où elle vendait du poisson frais qu’elle achetait aux pêcheurs du village.
Un jour, j’ai décidé d’aller faire un essai sur le pont de Maltakva , où j’ai mis provisoirement une table que j’ai recouverte d’une nappe de qualité pour impressionner les gens. Ce jour-là, tous ceux qui passaient en voiture et voyaient mon poisson s’arrêtaient. Je me suis alors dit qu’il était temps de quitter Kobouleti, parce qu’il était évident que je gagnerais plus d’argent sur le pont. J’ai donc créé mon petit point de vente près du pont, où je me suis installée pour travailler. D’autres femmes m’ont rejointe, et nous avons commencé à travailler toutes les quatre ensemble… jusqu’à ce qu’on nous demande de quitter les lieux. Découragées, les autres femmes sont retournées au marché, mais, moi, je suis venue ici, plus près de l’eau, et j’ai loué ce bâtiment.
Maintenant, j’achète du poisson frais aux pêcheurs et je le vends. Il y a du poisson de la mer, mais aussi du poisson pêché dans le lac Paliastomi. Nous attrapons des poissons-chats, des mulets, des saumons et des « barabulka » (mulets de la mer Noire), que nous nettoyons immédiatement après les avoir pêchés. J’envisage maintenant de créer un endroit propre au bord de l’eau, où je ferais frire le poisson que les clients pourraient manger sur place. J’ai l’intention d’employer des jeunes femmes pour m’aider.
Iamze sait combien il peut être difficile pour les femmes de travailler sur le marché. Les conditions de travail sont dures et le salaire est faible. Elle paie les femmes qu’elle emploie 50 GEL par jour (environ 17 EUR/USD), mais lorsqu’elle vend moins de poisson, cela peut baisser à 30 GEL.
Lali, 56 ans
La partie la moins visible de l’industrie, c’est tout le travail nécessaire en amont de la pêche elle-même, tel que le tissage des filets de pêche par exemple.
Lali est liée à la mer depuis l’âge de 10 ans, lorsque son père lui a appris à tisser des filets de pêche. Ayant grandi dans une famille de pêcheurs, elle raconte que le tissage des filets est une tradition familiale : même devenu aveugle, son grand-père était encore capable de tisser parfaitement. Petite, elle prenait plaisir à aider son père. Aujourd'hui, Lali tisse des filets de différentes dimensions : de 22 mm, 40 mm, 100 mm et 200 mm, en fonction de la taille du poisson à pêcher.
Je tisse toutes sortes de filets. Certains poissons ont besoin d’un filet formé d’une seule nappe, comme le hareng, mais il existe aussi des filets de pêche à deux et à trois nappes. Pour le filet, il faut de la ficelle, il faut mettre des flotteurs en liège sur la partie supérieure du filet et faire une ligne de plomb sur la partie inférieure, après quoi on peut commencer à tisser le filet. Chaque jour, je tisse 100 mètres sur 100 mètres, ce qui représente un filet. Ce travail exige d’avoir des connaissances en mathématiques, d’être efficace et de savoir faire preuve de réflexion. Il est essentiel de mesurer avec précision car si le filet est mal conçu, il n’attrapera pas de poissons.
À l’époque de l’Union soviétique, Lali se souvient qu’ils achetaient le matériel pour fabriquer les filets sur des bateaux près d’une pisciculture communautaire non loin de Poti. Aujourd’hui, Lali commande son matériel en Azerbaïdjan et en Turquie. Elle fabrique généralement les cordes de plomb et les flotteurs chez elle.
Lali a grandi dans une famille de pêcheurs et tisse des filets de pêche depuis qu'elle est toute petite. Photo utilisée avec permission.
Il y a quelques années, Lali a loué un bâtiment dans la rue Guria à Poti avec ses deux enfants et y a installé une petite cantine, où les passants peuvent déguster le poisson sur place. Parfois, elle utilise du poisson fraîchement attrapé des pêcheurs, et parfois elle va pêcher elle-même. Cependant, Lali est la première à admettre qu’il est difficile pour elle de maintenir son entreprise à flot, sans parler de sa vie personnelle. Elle déplore en effet le peu qu’il lui reste après avoir payé le loyer, les impôts et les autres dépenses indispensables.
Marina, 62 ans
Cela fait 42 ans que Marina travaille dans le secteur de la pêche. Elle travaille au marché aux poissons avec une cinquantaine d’autres femmes et est en contact chaque jour avec des touristes de différents pays.
Qu’ils soient Ukrainiens, Russes, Ouzbeks ou Tadjiks, je considère tous les clients qui entrent chez moi, comme des membres de ma famille. L’empathie, le relationnel et l’amour sont essentiels dans notre travail.
Marina confirme qu’il s’agit d’un travail exigeant, car chaque aspect a son importance : l’inventaire, le rembourrage, le nettoyage, et même le placement des produits.
Un poisson, c’est comme un enfant dont il faut s’occuper. Il doit être propre à tout moment, et il est indispensable de se laver les mains chaque fois que l'on touche le poisson. De plus, il n’est pas possible d’en mettre trop ensemble, car ils risqueraient d’être écrasés les uns contre les autres et s’abîmeraient plus vite. L’expérience que j’ai acquise avec le temps me permet aujourd’hui de détecter immédiatement si un poisson vendu, à Tbilissi ou ailleurs, est frais ou pas. Un poisson a besoin de soins et d’amour.
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Une Reine douce et attentionnée pour le peuple hongkongais.
Des milliers de Hongkongais ont fait la queue devant les bureaux du Consulat général de Grande-Bretagne les 10 et 11 septembre pour rendre hommage à la Reine Elizabeth II, décédée le 8 septembre 2022.
Hong Kong a été sous domination coloniale britannique durant plus de 150 ans, de 1841 après la Première guerre de l’Opium entre la Grande-Bretagne et la dynastie Qing jusqu’au 1er juillet 1997, date à laquelle la souveraineté de la ville a été transférée à la République populaire de Chine.
L’annonce du décès de la Reine, âgée de 96 ans, a suscité de vives réactions émotionnelles sur les Réseaux sociaux de Hong Kong au cours du week-end. Le 12 septembre était un jour férié pour célébrer le festival chinois de la mi-automne, mais au lieu de cela, des milliers de Hongkongais ont afflué pour offrir des fleurs et déposer des messages de condoléances devant le Consulat général de Grande-Bretagne.
Xinqi Su, le correspondant de l’Agence France-Presse à Hong Kong, a posté une vidéo de la longue file d’attente sur Twitter :
Environ plus de 1 000 personnes ont fait la queue devant le Consulat général de Grande-Bretagne de Hong Kong, sous une chaleur étouffante, pour offrir des fleurs à la Reine Elizabeth II. Selon le Consulat, le temps d’attente est estimé à 2-3 heures. pic.twitter.com/4KvAshuv3C
Pendant la soirée, le Consulat était entouré de fleurs :
La foule avait notamment fait la queue afin de signer le livre de condoléances. Mais, certaines personnes en deuil continuent de rendre hommage au Consulat de Grande-Bretagne de Hong Kong, même à la tombée de la nuit. pic.twitter.com/QfSULDVG2V
La Reine Elizabeth II et l’héritage colonial de Hong Kong
Certains partisans de Pékin ont été affectés par l’éloge des Hongkongais. Ils ont même été accusés d'étouffer la nature répressive de l’histoire coloniale de la ville.
Plusieurs commentateurs pro-chinois tels que @qiaocollective, se sont concentrés sur la répression violente de la police opérée lors des émeutes de 1967 afin de rappeler le côté sombre de l’histoire coloniale de la ville :
En 1967, la police coloniale britannique, présente à Hong Kong, a radicalement réprimé les manifestations chinoises menées par des groupes de gauche proches du PCC (Parti Communiste Chinois). Pas moins de 22 personnes ont été tuées par la police.
Deux ans plus tard, la Reine Elizabeth a accordé le titre « royal » aux forces de police pour gratifier leur conduite. pic.twitter.com/lPkqHii4fG
En 1967, pendant la Révolution culturelle chinoise, des organisations et des groupes affiliés au PCC ont tenté de « libérer » Hong Kong en produisant d’importantes manifestations contre les gouvernements coloniaux britanniques de la ville.
Ces mobilisations ont entraîné de violentes vagues de répressions de la police. Les protestations se sont transformées en attentats à la bombe. Parmi les 51 victimes, plus de 22 ont été tuées par la police et 15 civils, dont deux enfants, n’ont pas survécu à des attentats à la bombe. Neuf officiers de police sont morts dans les émeutes.
Le Gouvernement a également promulgué des lois répressives visant à supprimer les émeutes. Parmi ces lois figurait la loi sur la sédition, qui était utilisée pour restreindre les publications et punir ceux qui insultaient la Reine et le gouvernement colonial.
En effet, après les émeutes de 1967, le gouvernement colonial a cessé d’utiliser la loi sur la sédition pour contenir les critiques du gouvernement. Elle est ensuite peu à peu tombée dans les oubliettes. Ironiquement, au lendemain des manifestations de 2019 contre les extraditions chinoises, cette pratique a de nouveau fait son apparition pour punir les dissidents à Hong Kong. De nombreuses accusations de sédition portées contre des membres du personnel de Stand News ont été perceptibles en 2021. La condamnation de cinq personnes à 19 mois d’emprisonnement a été la manœuvre la plus récente. Elle concernait un ensemble de livres pour enfants jugés inappropriés :
[Récap] INFO : 5 orthophonistes hongkongais emprisonnés pendant 19 mois chacun pour sédition à propos de livres pour enfants https://t.co/TSucwf9fiy
Si la répression violente sur les manifestants dans les années 1960 représente le côté sombre de l’héritage colonial britannique, elle a trouvé son successeur dans le Hong Kong actuel.
Cependant, l’histoire coloniale britannique ne se résume pas à son système politique répressif. Après les émeutes de 1967, le Gouvernement britannique a introduit une série de réformes sociales dans la ville. Effectivement, la première visite de la Reine Elizabeth à Hong Kong en 1975 a symbolisé la transformation du régime colonial. Il est passé de répressif à bienveillant. L’itinéraire de la défunte Reine lors de cette visite a été soigneusement conçu pour établir un lien avec les campagnes populaires et embellir l’image du gouvernement colonial.
Elle s’est notamment arrêtée à Oi Man Estate (愛民邨), un complexe de logements sociaux achevé en 1975. Le nom chinois du domaine signifie « Aimer le peuple » :
La Reine Elizabeth II rencontre des résidents de Oi Man Estate, un quartier d’habitation public à Hong Kong. (1975) pic.twitter.com/nuaf617kLk
Bon nombre de Hongkongais gardent l'image d’une Reine qui soutient les organisations populaires lors de sa première visite. La tournée du marché de Sa Majesté en 1975 a été largement diffusée pendant le week-end suite à son décès :
La première visite de la Reine à Hong Kong en mai 1975. Les années ont passé et les personnes continuaient à en parler.
Puisse-t-elle reposer en paix. pic.twitter.com/7En28IAl5C
La plupart des manifestants de 1967 étant des jeunes, le gouvernement de la Reine a introduit une nouvelle pratique sociale. Celle-ci vise à limiter la délinquance en offrant de meilleures opportunités socio-économiques aux personnes les plus démunies. Le gouvernement a également instauré l’enseignement gratuit et obligatoire de 6 ans en 1971 et l’a étendu à 9 ans en 1978.
La police a rétabli la paix en ville. En 1975, la Reine pouvait rencontrer les jeunes sans crainte :
La Reine et le Prince Philip ont visité l’Université de Hong Kong en tant que mécènes. Leur héritage fera toujours partie de l’histoire de notre institution et sera conservé dans nos archives universitaires. pic.twitter.com/k1VyaGWkkN
L’image autoritaire de « Sa Majesté » a été transformée en celle de « Old Lady Boss ». Ce titre attribué par les habitants reflète sa réputation de monarque doux et prévenant, comme l’a indiqué l’ancien avocat militant hongkongais @kevinkfyam :
La Reine Elizabeth II a redessiné le rôle d’un monarque constitutionnel pour le monde moderne et post-moderne. Pour les habitants de #HongKong, elle a permis l’entrée dans une période davantage paisible et libre pour la ville. La Reine a ainsi été surnommée “事頭婆” (« Old Lady Boss »). RIP.
Un certain nombre de personnes nées durant cette période pensaient fermement que la réussite économique de Hong Kong pouvait être attribuée à la Couronne. Herbert Chow, un célèbre homme d’affaires ayant récemment quitté Hong Kong pour le Royaume-Uni, en fait partie :
En tant que témoin de la monarchie britannique depuis 1964 et de la direction chinoise depuis 1997, je ne peux m’empêcher de penser à ce que serait Hong Kong aujourd’hui sur la scène mondiale si la Grande-Bretagne n’avait pas dirigé Hong Kong pendant les 150 années qui ont précédé 1997 !
Beaucoup ont remarqué que l’ambiance nostalgique fusait alors que les citoyens portaient le deuil de la Reine. Cette réaction a été interprétée comme un acte de protestation contre la suppression de la société civile à Hong Kong. Le journaliste indépendant Timothy McLaughin a noté :
L’émission NowTV diffusée hier soir à Hong Kong a marqué une pause pour s’attarder sur ce message laissé devant le Consulat britannique. Une touche de protestation lors du deuil de la Reine. pic.twitter.com/HiVmb0fH1F
Le caricaturiste politique @badiucao a imaginé le sens du deuil collectif dans un dessin :
Des fleurs pour la Reine à Hong Kong sont plus qu’un simple deuil. Il s’agit également d’une protestation pacifique contre la réunification et l’oppression de la Chine.#QueenElizabethIIpic.twitter.com/aNsaDEcI0T
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Helen Zahos se livre sur sa récente expérience humanitaire
Helen Zahos visite des habitations civiles détruites en Ukraine – Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Helen Zahos
L'infirmière urgentiste australienne Helen Zahos vient de rentrer chez elle après avoir travaillé en tant que bénévole humanitaire aux abords du conflit en Ukraine.
Elle a aimablement consenti à partager avec nous sa dernière mission en Ukraine. Cet entretien est divisé en deux parties. La seconde est disponible ici.
Kevin Rennie (KR): Tout d’abord, combien de temps a duré votre visite ? Que pouvez-vous nous dire sur les lieux que vous avez visités en Ukraine?
Helen Zahos (HZ): Mon séjour a duré cinq semaines, dont quatre passées en Ukraine et une en Moldavie. Je ne peux pas vous indiquer de lieux précis pour des raisons de sécurité. Nous étions situés à sept kilomètres de la ligne de front et à 20 ou 30 km d'une zone soumise à d'intenses bombardements.
Nous pouvions entendre des bombardements pendant la nuit lorsque nous recevions des avertissements et nous avions l'impression d'être à côté d'un violent orage. À la suite d'une frappe, nous avons vu un grand nuage de fumée s'élever à l'endroit où le missile avait atterri. Une nuit, une station d'essence a été prise pour cible, le bruit de l'explosion était assourdissant et nous avons senti un léger tremblement de terre.
J'étais en Ukraine avec un médecin et un coordonnateur de l'organisation Adventist Help pour réaliser une évaluation visant l'établissement d'une antenne chirurgicale près de la ligne de front. Nous ne pouvions offrir aucune assistance médicale, mais nous avons visité tous les hôpitaux de la zone. Les plus difficiles à voir étaient l'hôpital militaire et l'hôpital pédiatrique.
Nous avons rencontré le ministre de la Défense et son adjoint ainsi que le Maire de la région. Il était question d'un type de déploiement vraiment particulier et je pense que c'est la première fois que mon avis et mes conseils ont été pris en compte. J'ai parlé avec des commandants de l'armée et j'ai examiné des abris anti-atomiques. Nous avons procédé à une évaluation des besoins et il en est ressorti qu'il était nécessaire d'apporter en urgence du matériel médical sur la ligne de front, tel que des appareils de radiographie et des équipements chirurgicaux.
J'ai pu venir à Kiev mais j'ai ensuite été bloquée dans la ville à cause des bombardements à répétition. J'en suis sortie au bout de plusieurs jours avec l'aide d'un passeur. Je n'étais pas beaucoup plus en sécurité à l'extérieur, mais cela m'a permis de voir Irpin et Bucha, qui avaient été violemment attaquées au début de la guerre, notamment par des soldats russes qui étaient rentrés dans les habitations des civils et les avaient détruites. Voir l'état de ces bâtiments m'a donné la chair de poule, c'était vraiment sinistre et j'avais envie de pleurer parce que je pouvais tout simplement imaginer ces personnes fuir pour sauver leur vie, tout en sachant qu'elles étaient des victimes innocentes dans tout ça. J'ai vu des maisons saccagées de mon chauffeur et de son frère ainsi que des séquences vidéo extraites des caméras de sécurité de ce qui s'était réellement passé cette nuit-là. Des dommages intentionnels avaient été infligés à des églises et à des habitations et il apparaît très clairement que rien n'était sacré pour ces soldats et qu'il était question d'un tout autre genre de guerre.
KR: Qu'est-ce qui a été le plus difficile pour vous en tant qu'infirmière travaillant dans une zone de guerre ?
HZ: Au départ, tout était vraiment bouleversant. Je pense qu'après avoir vu autant d'hôpitaux et de personnes blessées par les bombes et les coups de feu, il était difficile pour moi de ne pas pouvoir prodiguer de soins, je voulais m'occuper de ces gens et les réconforter. La peur que les étrangers soient pris pour cible ainsi que la barrière de la langue ont poussé les autorités à nous interdire de prêter assistance près de la ligne de front. Le chef des armées a déclaré que notre présence là-bas serait plus gênante et dangereuse qu'utile.
KR: En quoi cette mission dans une zone de guerre se différenciait-elle des précédentes, comme celle que vous aviez réalisée en Iraq ?
HZ: Il s'agit d'une guerre complètement différente et dont la ligne de front est la plus grande en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. En Iraq, je vivais dans un complexe en dehors de Mosul et j'étais entourée de soldats américains et australiens. J'ai eu nettement plus peur en Ukraine. À cause de la nature imprévisible de cette guerre, nous étions vraiment plus en état d'hypervigilance et sur nos gardes.
En Iraq, j'avais pris seule un taxi depuis l'aéroport jusqu'au complexe. En Ukraine, j'ai attendu en Moldavie que le médecin et le coordonnateur conduisent ensemble jusqu'à la frontière et rencontrent les représentants du Gouvernement ukrainien. Dans les deux pays, les gens essayaient autant qu'ils le pouvaient de vivre la vie la plus normale possible, mais en Ukraine, les rayons des magasins étaient presque vides et les sirènes de raids aériens retentissaient fréquemment. Je n'ai pas vécu ça en Iraq.
KR: Quelle est la rencontre ou la mission secrète qui vous a le plus marqué ?
HZ: Il y a eu une période de deux semaines durant laquelle j'étais seule sur place. Je m'étais portée volontaire pour attendre l'arrivée de conteneurs et je souffrais d'une bronchite. J'ai rencontré le commandant de première ligne et la situation paraissait presque sortie d'un film. L'interprète et moi-même recevions des instructions, l'emplacement de rencontre ne cessait de changer et nous avons fini par nous réunir dans un lieu secret où se trouvait un gros berger allemand ainsi que le commandant et des soldats armés. Je me rappelle avoir pensé qu'à partir de ce moment-là tout pouvait arriver et que personne ne savait où nous étions. J'avais essayé d'enregistrer notre localisation sur Google Maps pour l'envoyer à mon avocate, qui devait lancer quelqu'un à ma recherche si je ne l'avais pas contacté dans les 24 heures, afin qu'elle sache au moins approximativement où je me trouvais. Douze personnes de la communauté étaient inscrites sur la liste des individus à contacter si je me retrouvais capturée par des rebelles, prise en otage, tuée ou gravement blessée. Le caractère imprévisible de la mission rendait son approche complètement différente des autres, le risque était élevé et chaque étape était préparée avec précision de manière à éviter les risques inutiles.
KR: Vous êtes-vous souvent sentie frustrée ? Vous est-il arrivé d'avoir peur pour votre propre sécurité ou pour celle des personnes qui vous entourent ?
HZ: Oui, la frustration va de pair avec le travail d'aide humanitaire, en particulier dans les environnements instables ou imprévisibles. Il faut donc se lancer avec peu voire aucune attente, se laisser porter, et s'attendre à ce que, quels que soient les plans, ils changent souvent, parfois à plusieurs reprises dans une journée. J'étais frustrée parce que je ne connaissais pas la langue et que les choses prennent plus de temps lorsque l'on a recours à des interprètes. Parfois, quand j'étais seule et que j'essayais de faire les courses, j'utilisais Google Translate, ce qui prenait un temps considérable, mais ce qui nous a aussi beaucoup fait rire. J'ai aussi trouvé frustrant d'être une femme dans certaines réunions, lorsque le coordonnateur ou le médecin n'étaient pas présents et que je parlais à des hommes. Je me suis parfois sentie mise à l'écart à cause de ça, mais, au bout du compte, ils devaient écouter ce que j'avais à dire.
KR: Quels ont été les moments les plus gratifiants de votre séjour là-bas ?
HZ: Être en mesure de respecter une promesse et faire bouger les choses, transmettre mes connaissances à des médecins situés sur la ligne de front qui demandaient du soutien et des conseils. Être capable de consoler quelqu'un qui vient d'apprendre qu'une famille a été tuée sur la ligne de front. Pouvoir soutenir une femme dont le mari se bat en première ligne et dont le fils va tout juste avoir 18 ans et se prépare à partir au combat. Cuisiner et laver des vêtements pour des réfugiés.
Enfin, interviewer des journalistes de CNN, de la BBC et des journalistes indépendants sur mon téléphone en ma qualité d'experte consultante pour le Dart Centre for Asia Pacific était une expérience inestimable.
KR: Vous vous êtes qualifiée de porte-parole. Quelles voix ukrainiennes essayez-vous d'amplifier et quel est leur message ?
HZ: Je pense qu'en tant qu'infirmière, il est difficile de se retrouver dans ces situations où l'on ne veut pas se laisser entrainer dans la politique, il y a des torts des deux côtés, c'est ça la guerre. En tant qu'infirmière, je regarde les êtres humains en face de moi, s'ils ont besoin d'aide, je les aide. Il est important, lorsqu'on se rend dans ces régions en mission, de comprendre un peu l'histoire de la région, et dans le cas présent, cette guerre dure depuis huit ans maintenant.
En revanche, je peux vous parler de ce que j'ai vu de mes propres yeux, soit des crimes de guerre, des habitations de civils et des églises détruites, pas seulement par des bombes, mais aussi par des soldats qui tiraient à bout portant, qui tenaient des marteaux et qui détruisaient les maisons, des actes que la Russie n'a pas reconnus. Je suppose qu'il s'agit des voix de tous les Ukrainiens qui déclarent que la guerre et le massacre insensé doivent cesser, que l'Ukraine a besoin de soutien du monde entier et qu'au bout du compte, il y a des êtres humains innocents des deux côtés. Nous avons pu voir ce qui se passait en Ukraine, mais nous ne savons pas grand-chose de ce qui se dit du côté russe. Quel que soit le camp dans lequel vous avez de la famille ou des amis, il y a des vies innocentes qui sont utilisées comme des pions dans un jeu très vicieux. D'après ce que j'ai vu, le peuple ukrainien est résilient, son moral reste élevé, il a la foi et il est fort. Le message du peuple ukrainien est « Nous allons gagner cette guerre ».
KR: Pouvez-vous nous parler d'histoires qu'ils ont partagées avec vous ?
HZ: J'ai entendu tellement d'histoires, certaines qui touchaient aux personnes elles-mêmes, d'autres à leur famille ou à leur voisinage. Des bilans quotidiens : « La maison des voisins juste à côté de chez ma mère a été bombardée la nuit dernière, ma mère va bien, mais ils sont en état de choc. » « Mon meilleur ami a été tué sur le front. Nous étions allés à l'école ensemble. » « Certaines filles ici ont été violées, mais nous n'en parlons pas parce que c'est trop bouleversant et nous les protégeons. » « Ma femme et mes enfants sont partis. En tant qu'hommes en Ukraine, nous ne pouvons pas suivre nos familles, mais nous sommes préparés à nous battre. » « Les enfants ont trop peur de regarder par la fenêtre. La lumière est trop forte pour eux, ils ont l'habitude du noir dans les abris antiatomiques. » « Ils n'avaient aucune chance de survie, les blessures étaient trop graves après l'explosion. »
Helen Zahos visite une salle de réanimation en Ukraine. Photo reproduite avec l’aimable autorisation de Helen Zahos
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Les Iraniennes enlèvent leur voile pour montrer leur désobéissance civile
Les étudiant·es de l’université Amir Kabir protestent contre le port du voile et la République islamique. Septembre 2022. Image de Darafsh – Own work, CC BY-SA 4.0.
Les manifestations se sont multipliées en Iran après la mort de Mahsa Amini (Zhina) Amini, une jeune femme de 22 ans qui a été arrêtée par la police des mœurs du pays pour avoir porté le voile de manière inappropriée. Mahsa avait 22 ans.
Les Iraniennes ont enlevé leur voile pour montrer leur désobéissance civile en réponse à la mort d’Amini ; certaines les ont brûlés en public ; d’autres se sont rasé la tête ou coupé les cheveux et ont publié des selfies sur les réseaux sociaux.
Alors qu'iels subissent la même tyrannie et luttent pour la liberté et la justice, les Iranien·nes vivant dans diverses régions assistent à des scènes sans précédent qui transcendent les différences entre les sexes et les appartenances ethniques.
These are some of the most beautiful moments I have seen in my life as an Iranian. What unbelievable bravery.
Depuis la prise de contrôle islamiste du Gouvernement iranien en 1979, les lois discriminatoires contre les femmes se sont de plus en plus répandues dans le pays. Leur vie a été considérablement touchée de diverses façons, et en particulier au niveau du marché du travail et de la façon dont elles devraient s’habiller. Par exemple, les femmes iraniennes sont obligées de porter le voile en permanence. Et beaucoup de femmes iraniennes ont exprimé leur rejet et leur désobéissance à la République islamique malgré la punition promise à tous ceux et celles qui auront fait le choix de se rebeller.
Mahsa Amini, une Kurde originaire de Saqqez dans la province du Kurdistan, est décédée le vendredi 16 septembre 2022 dans un hôpital de Téhéran après avoir passé trois jours dans le coma. Selon les témoins, elle aurait été agressée dans le fourgon de police qui l’a transportée au centre de détention.
Samedi dernier, des manifestations ont éclaté dans tout le pays. Elles ont commencé dans les villes provinciales du Kurdistan et se sont répandues à Téhéran, Shiraz et Ispahan ainsi que dans les villes du nord comme Rasht et Sari, Mashad et Bandar Abbas.
« Mort au dictateur », « Femme, vie et liberté » et « Mort à Khamenei » figuraient parmi les slogans que les manifestant·es iranien·nes chantaient.
Footage circulating on social media suggests that protests following #Mahsah_Amini‘s death have occurred in 19 of #Iran‘s 31 provinces within the past three days. A thread: 1/5 pic.twitter.com/bJxZAk4zbs
Les images qui circulent sur les réseaux sociaux suggèrent que les manifestations après la mort de #Mahsah_Amini ont eu lieu dans 19 des 31 provinces iraniennes au cours des trois derniers jours. A thread : 1/5 pic.twitter.com/bJxZAk4zbs
Selon des rapports fondés sur des déclarations de l’État iranien, les forces de sécurité de la province du Kurdistan ont tué au moins 9 personnes et blessé des centaines d’autres. Toutefois, les organisations de défense des droits humains affirment que ce nombre est beaucoup plus élevé.
Plusieurs vidéos montrent des violents affrontements entre les manifestant·es et les forces de sécurité. Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez voir des manifestant·es en train d'agresser des agents de sécurité :
Au moins 6 manifestant·es tué·es après les affrontements violents entre les forces iraniennes et les manifestant·es. Images de #manifestant·es iranien·nes attaquant des policiers. #Iran#Mahsa_Aminipic.twitter.com/cJBNmuAzT4
Mercredi dernier était le quatrième jour de manifestations. Un groupe de hackers anonymes a affirmé avoir lancé des cyberattaques contre les deux principaux sites du Gouvernement iranien ainsi qu’un certain nombre de sites de médias, et ce, en soutien aux manifestations.
Anonymous hackers have claimed to be behind attacks on several websites affiliated with the Iranian government amid protests following the death of 22-year-old Mahsa Amini. https://t.co/Oc5TQiX39C
Lors des manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, des hackers anonymes ont prétendu être à l’origine des attaques contre plusieurs sites Web affiliés au Gouvernement iranien. https://t. co/Oc5TQiX39C
Les Iraniennes ne sont pas à la recherche d'un sauveur
Azadeh Pourzand, chercheuse de renom en droits humains et directrice de la Fondation Siamak Pourzand, a déclaré à Global Voices :
Iranian women are not waiting for a savior and are bravely waging their own fights in light of what is happening in Afghanistan and other parts of the world.
It is time for the world to cease supporting governments like the Islamic Republic of Iran under the guise of promoting “moderate Islam” and by mistakenly interpreting the ideas of cultural relativism to Iran
It is impossible for any political or religious system to be stable or long-lasting. No oppressive regime can exist indefinitely because, in the end, the people's struggle for freedom will be revealed, and justice will triumph.
Les Iraniennes ne sont pas à la recherche d'un sauveur. Elles se battent courageusement au vu de ce qui se passe en Afghanistan et autres coins de monde.
Il est grand temps que le monde cesse de soutenir des gouvernements comme la République islamique d’Iran sous prétexte de promouvoir « l’islam modéré » et en interprétant à tort les idées du relativisme culturel en Iran.
Il est impossible qu’un système politique ou religieux soit stable ou durable. Aucun régime oppressif ne peut exister indéfiniment parce que, à la fin, la lutte du peuple pour la liberté sera révélée, et la justice triomphera.
Plusieurs vidéos montrent des Iraniennes défiant l’État iranien, et ce sans aucune crainte. Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez voir une femme qui affronte les forces de sécurité :
Women are subjected to severe repression throughout contemporary Iranian history. Mahsa or Zhina represents the protestors’ slogan: “Woman, Life, Freedom.”
Mahsa represents the century-long fight for women's emancipation waged by Kurdish and Iranian women. Especially in the last 44 years.
It is also a representation of the fight against Islamic doctrine, which has its philosophical roots in the treatment of women.
Les femmes ont été soumises à une répression sévère tout au long de l’histoire iranienne contemporaine. Mahsa ou Zhina représente le slogan des manifestant·es : « Femme, Vie, Liberté. »
Mahsa représente la lutte centenaire en faveur de l’émancipation des femmes menée par les femmes kurdes et iraniennes, en particulier au cours des 44 dernières années.
Elle est également une représentation de la lutte contre la doctrine islamique, qui a ses racines philosophiques à l'égard des femmes.
Art et protestation
Plusieurs artistes ont créé des œuvres pour montrer leur soutien au peuple iranien.
Alireza Dervish est un dessinateur et artiste basé en Allemagne. Utilisée avec permission.
Le caricaturiste Assad Binakhahi, qui est également basé en Allemagne. Utilisée avec permission.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220924_051743";}s:15:"20220923_191634";a:7:{s:5:"title";s:111:"Une TikTokeuse ougandaise emprisonnée pour avoir critiqué l'héritage problématique d'un général décédé";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/23/274483/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274483";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 23 Sep 2022 17:16:34 +0000";s:11:"description";s:139:"Depuis 2011, des sections de la loi sur l'utilisation abusive des ordinateurs ont été utilisées pour réprimer la dissidence en Ouganda.";s:7:"content";s:13616:"
Teddy Nalubowa a été inculpée en vertu de la loi de 2011.
Capture d'écran de Teddy Nalubowa sur le banc des accusés (à gauche) devant un tribunal de première instance de Kampala, en Ouganda, où elle a été accusée de communication offensante pour ses propos sur la mort de l'ancien ministre de la Sécurité.
Une TikTokeuse ougandaise, Teddy Nalubowa (également connue sous le nom de Tracy Manule Bobiholic) a été inculpée le 9 septembre de communication offensante et envoyée à la prison de Luzira pour avoir prétendument enregistré une vidéo célébrant la mort de l'ancien ministre de la Sécurité, le général Elly Tumwine, rapporte The Monitor, un quotidien de Kampala, la capitale.
Le général ougandais à la retraite et représentant de l'armée le plus ancien au parlement, Elly Tumwine, est décédé le 25 août 2022 au Kenya des suites d'un cancer du poumon. La mort de ce général a déclenché un débat public sur son « héritage à double tranchant », rapporteRey Ley, un blogueur. Il a dirigé des troupes qui ont tué plus de 50 civils lors des manifestations qui ont suivi l'arrestation du politicien de l'opposition Robert Kyagulanyi Ssentamu (également connu sous le nom de Bobi Wine [fr]) en 2020. En tant que ministre de la Sécurité, le général Tumwine a déclaré aux médias que «la police a le droit de vous tirer dessus et vous tuer si vous atteignez un certain niveau de violence. Je peux répéter : la police a le droit de tirer et vous mourrez pour rien », selon le quotidien The Monitor.
Après treize jours de détention et sans représentation légale, Nalubowa a été traduite devant un tribunal de première instance de Kampala où elle a été accusée de communication offensante contraire à l'article 25 de la loi de 2011 sur l'utilisation abusive des ordinateurs. La TikTokeuse restera en prison jusqu'au 26 septembre, date à laquelle l'affaire reviendra devant le tribunal.
We must not let the dead continue to brutalize!
A 27-year-old Ugandan Teddy Nalubowa was charged with offensive communication contrary to the Computer Misuse Act 2011 and had no legal representation after spending more than 10 days in detention for celebrating Tumwine’s death. pic.twitter.com/1DvIrTWPWg
Nous ne devons pas laisser les morts continuer à nous brutaliser !
Teddy Nalubowa, une Ougandaise de 27 ans, a été inculpée de communication offensante contraire à la loi de 2011 sur l'utilisation abusive des ordinateurs et n'a pas bénéficié d'une représentation juridique après avoir passé plus de 10 jours en détention pour avoir célébré la mort de Tumwine. pic.twitter.com/1DvIrTWPWg
La loi sur l'utilisation abusive des ordinateurs (2011) et l'amendement du projet de loi de 2022
La Computer Misuse Act de 2011 prévoit « la sûreté et la sécurité des transactions électroniques et des systèmes d'information ; pour empêcher l'accès illégal, l'abus ou l'utilisation abusive des systèmes d'information, notamment les ordinateurs », et « pour sécuriser la conduite des transactions électroniques dans un environnement électronique digne de confiance ».
Cependant, les articles 24 et 25 de la loi de 2011 posent problème avec leur définition nébuleuse du « cyber-harcèlement » et de la « communication offensante ». Le cyber-harcèlement, selon la loi, signifie utiliser « un ordinateur » pour faire une ouverture « obscène, lascive, lubrique ou indécente » (« demande, suggestion ou proposition ») ou menacer « d'infliger des blessures ou des dommages physiques » à une personne ou la propriété de cette personne, ou « sciemment [ permis ] tout dispositif de communication électronique devant être utilisé à l'une de [ces] fins. La peine pour cyber-harcèlement est « une amende n'excédant pas soixante-douze unités de monnaieou une peine d'emprisonnement n'excédant pas trois ans ou les deux ». De même, la loi de 2011 définit la communication offensante comme « l'utilisation délibérée et répétée de la communication électronique pour troubler ou tenter de troubler la paix, la tranquillité ou le droit à la vie privée de toute personne sans but de communication légitime, qu'une conversation s'ensuive ou non ». La peine pour cela est « une amende n'excédant pas vingt-quatre unités de monnaie ou une peine d'emprisonnement n'excédant pas un an ou les deux ».
Carrie Davis, d'AfricanLII du Département de droit public de l'Université du Cap, ajoute en outre que ces deux sections de la loi de 2011 ont joué un rôle déterminant dans la répression des dissidents et des militants ougandais. En janvier 2022, l'écrivain ougandais Kakwenza ukirabashaija a été mis en examen en vertu de la clause de communication offensante de la loi de 2011 sur l'utilisation abusive des ordinateurs, et passé un mois en détention, pour avoir écrit que le fils du président était obèse. L'universitaire et écrivaine Dr Stella Nyanzi [fr] a été emprisonnée en 2018 pour des publications offensantes sur Facebook dans lesquelles elle qualifiait le président de « une paire de fesses ».
Le 8 septembre 2022, le parlement ougandais a adoptéle Computer Misuse (Amendment) Bill ( projet de loi sur l'utilisation abusive de l'ordinateur), 2022 qui remplacera la Computer Misuse Act de 2011. Cette nouvelle loi vise à renforcer les dispositions sur les données non autorisées, tout en interdisant le partage de données relatives aux enfants sans l'autorisation de leurs parents ou tuteurs; les ajoutant à la liste des infractions pour lesquelles des personnes peuvent être arbitrairement arrêtées.
Cependant, l’organisation la Collaboration sur la politique internationale des TIC en Afrique orientale et australe (CIPESA) a décrit cette loi comme « draconienne qui criminalise les technologies numériques et restreint largement les droits numériques » :
Parmi les principales dispositions régressives figure l'interdiction de « l'utilisation abusive des réseaux sociaux », décrite à l'article 6 comme la publication, la distribution ou le partage d'informations interdites par les lois ougandaises. Une peine très punitive a été prévue pour l'infraction : une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans, une amende pouvant atteindre 10 millions UGX (2 619 USD), ou les deux. D'autres dispositions rétrogrades du projet de loi de 2022 sur l'utilisation abusive de l'ordinateur (amendement) sont l'interdiction d'envoyer ou de partager des informations non sollicitées via un ordinateur, et l'interdiction d'envoyer, de partager ou de transmettre des informations malveillantes sur ou relatives à toute personne.
De même, l'avocat ougandais Andrew Wandera a affirmé que ledit projet de loi est redondant, car la loi de 2019 sur la protection des données et la vie privée « répare déjà le mal que le projet de loi prétend remédier ». La loi sur la protection des données et la confidentialité interdit l'accès non autorisé aux informations personnelles avec une sanction prescrite pour toute violation. La loi criminalise également le partage d'informations sur les enfants sans l'approbation parentale. Par conséquent, le Computer Misuse (Amendment) Bill ne fait que dupliquer ce qui est prévu par la loi.
Malheureusement, cela signifie que le gouvernement élargit officiellement le filet pour réprimer des citoyens comme dans le cas de la TikTokeuse Teddy Nalubowa, pour avoir simplement exprimé une opinion contraire à celle officielle.
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Le temps et les circonstances changent les traditions de la dot en Azerbaïdjan
Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Cet article a initialement été publié sur Chaikhana Media. Une version éditée est republiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Comme dans de nombreuses cultures orientales, en Azerbaïdjan, les parents dotent leurs filles d'articles ménagers, de meubles et de vêtements afin de soutenir leur vie future.
La tradition de la dot en Azerbaïdjan remonte à plusieurs siècles. Au 19e siècle, les familles donnaient aux couples tout juste mariés des couvertures, des matelas, des oreillers, des nappes tissées à la main et d'autres petits objets utiles à tout foyer. Selon Mahabbat Pasayeva, auteur de Coutumes et Croyances des Azerbaïdjanais (XIXe et XXe siècles):
Pour commencer, il était important en Azerbaïdjan de préparer (en rassemblant des objets) un coffre de dot pour la mariée. Les éléments les plus précieux de la dot, la robe de mariée, les bijoux en argent, les coiffes et autres objets de valeur, étaient rassemblés dans ce coffre de mariage décoré, une alternative à offrir des meubles. Auparavant, les familles les plus riches donnaient parfois à leur fille des terres dans leur dot, en plus des articles ménagers, des couvertures, et du bétail.
Pendant l'ère soviétique (en particulier les années 1970-1980), les familles étaient intéressées par l'achat de biens importés pour la dot, qui n'étaient pas disponibles à la vente dans les magasins ordinaires, mais étaient accessibles à ceux qui avaient de l'argent à dépenser, selon la sociologue Lala Mehrali :
Les grands magasins avaient des marchandises qu'on ne pouvait pas trouver en entrepôt. Ces dernières étaient également achetées par les familles riches comme dot pour leurs filles. Dans les années 1990, après les [premières] années d'indépendance et la première guerre du Karabakh, le revenu des familles connut une baisse, et bien qu'elles aient essayé d'assembler une dot pour leurs filles, cela créa un certain degré de difficultés financières pour les foyers.
La tradition perdure aujourd'hui, bien que le montant de la dot dépende des moyens financiers de la famille. Certaines familles commencent à créer une dot alors que leurs filles sont très jeunes et ajoutent lentement des éléments au fil des ans. Pour certaines communautés, la taille et la valeur de la dot ont une importance capitale, car les filles dont la dot est jugée trop petite peuvent ne pas être acceptées par leurs beaux-parents. Certaines familles empruntent même de l'argent pour fournir à leurs filles une dot qui sera respectée par la famille du mari.
Avant la pandémie de COVID-19, il était rare de se marier sans célébrer le mariage par une fête. Mais en raison des restrictions imposées, interdisant les grands rassemblements, et de la hausse des difficultés financières, de nouvelles coutumes sont devenues monnaie courante. Au lieu de grands mariages, les familles se sont tournées vers de petites fêtes, et les jeunes mariés, en particulier ceux qui sont déjà économiquement indépendants de leurs parents, ont commencé à se détourner des dots traditionnelles au profit de cadeaux de mariage plus pratiques.
Cette nouvelle tendance a donné un élan à de nouvelles traditions : ce rite de la dot semble s'estomper en raison des défis économiques croissants dans un contexte international où l'inflation est en plein essor, de sanctions contre la Russie et d'une éventuelle récession. Ce projet photographique explore l'évolution des regards sur les dots traditionnelles.
Sara, 17 ans. Village de Kurdakhani. Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Sara : Ma mère fait des achats pour ma dot depuis que je suis petite. Plats, cuillères, casseroles, nappes, lampes… Pour le moment, je n'ai pas l'intention de me marier, je pense à mon éducation. Je me prépare pour mes examens. Mais que faire ? ! Toutes nos mères y sont habituées. C'est une coutume que respectent tous nos proches et nos voisins, dans notre village. Il est courant que les parents commencent à acheter des articles de dot pour leurs filles dès le plus jeune âge de ces dernières. Ma mère pense que si elle constitue ma dot au fur et à mesure, ce sera moins cher. Mais tout change avec le temps, même les traditions.
Aliya, 24 ans. Village de Fatmayi. Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Aliya : Lorsqu'une jeune fille se marie, sa famille doit lui fournir la dot et le mobilier. Sinon, les connaissances et les habitants de leur village les jugent. Je me suis mariée en 2021. Avant le mariage, ma belle-mère a dit à mes parents qu'il n'était pas nécessaire d'acheter trop de choses. Un petit meuble, quelques affaires suffiraient. La famille de mon mari est riche. J'allais vivre dans la même maison que mes beaux-parents, une grande demeure avec tout ce dont vous avez besoin pour vivre.
Après quelques hésitations, mes parents ont finalement décidé d'acheter un ensemble de meubles et quelques articles ménagers, sans dépenser beaucoup d'argent.
Turkan, 26 ans, commune de Bina, à Baku. Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Turkan : Lorsque j'étais adolescente, ma mère m'achetait quelques serviettes, une nappe. Un jour, je lui ai dit que j'achèterais moi-même ce dont j'avais besoin. Quand je me suis mariée, je travaillais déjà et je gagnais mon propre argent. Je ne voulais pas être une charge financière pour mes parents. Nous avons célébré notre mariage en petit comité en 2021. J'ai acheté des articles ménagers avec l'argent que j'ai économisé sur mon propre salaire. Les parents de mon mari nous ont également donné de l'argent qu'ils avaient mis de côté pour de l'or. Nous avons acheté d'autres articles ménagers au lieu de l'or. Pour être honnête, nous n'avions pas besoin d'acheter autant de choses. Nous étions satisfaits avec très peu.
Ulkar, 26 ans, Baku. Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Ulkar : Ma dot est composée de très peu de choses. Des antiquités laissées par ma mère et ma grand-mère de leurs propres dots, et le foulard que je porte. Ma mère a acheté une nappe et quelques serviettes. Avec mon mari, nous avons dit à nos parents qu'il n'était pas nécessaire de dépenser de l'argent supplémentaire pour la dot et les mariages. Avec ces fonds, nous pouvons bâtir une entreprise plus rentable, qui sera bénéfique pour notre avenir. Mais à la demande de mon beau-père, nous avons acheté des bijoux en or. C'est une coutume importante dans notre société. C'était une condition irrévocable pour que nous puissions faire ce que l'on voulait.
Gulsara, 30 ans, Baku. Image par Gular Abbasova, utilisée avec autorisation dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Gulsara : Quand j'étais adolescente, j'ai dit à ma mère qu'il n'était pas nécessaire de m'acheter une dot. Je ne voulais pas que mes parents dépensent leur argent dans des objets. Ma mère m'a donné un tapis Guba (un tapis artisanal et précieux). En plus, j'ai aussi reçu des antiquités ayant appartenu à ma mère et ma grand-mère, et des ustensiles en cuivre. J'ai un souvenir d'héritages familiaux qui reflétaient la culture folklorique et les traditions de ma famille. Voilà ce qui était précieux pour moi. Nous achèterons ce dont nous avons besoin quand nous en aurons besoin, tant que mon mari et moi vivons ensemble.
Afsana, 26 ans, Baku. Image par Gular Abbasova, utilisée avec permission dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Afsana : Je prévois de fonder une famille dans un futur proche, c'est pourquoi ma mère achète déjà de petits articles ménagers pour ma dot. Elle a fait une liste de ce qui est nécessaire et presque tout ce qui est indispensable pour la vie quotidienne a été acheté. Ce genre de préparatifs ne sont pas mon fort. Je laisse cette tâche à ma mère et à ma sœur. Les ustensiles de cuisine de base, accessoires, vaisselle, serviettes et nappes sont presque au complet.
Nous achèterons probablement des meubles et de l'électroménager avant le mariage. Peut-être que ça ne sera pas nécessaire, si on emménage dans une location entièrement meublée et équipée. Je pense que la pandémie a énormément affecté la tradition de la dot. Il y a cinq, dix ans, les familles faisaient beaucoup de dépenses pour cette dernière, alors que depuis la pandémie, elles ont essayé d'être plus prévenantes. Quand j'ai posé la question à des couples de jeunes mariés, ils m'ont répondu qu'ils arrivaient à vivre avec moins d'argent et d'économies. Certains n'ont même pas organisé de fête pour célébrer leur mariage. J'essaie, moi aussi, d'être prévoyante, et de garder un budget. Je pense que les achats superflus sont une dépense inutile.
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L'histoire du Pakistan est aussi notre histoire, affirme une campagne
Une ville dans la province de Sindh, au Pakistan, presqu'entièrement sous l'eau, en août 2022. Image via Flickr par Ali Hyder Junejo. CC BY 2.0.
Le 25 août 2022, le Pakistan déclarait l'état d'urgence en réponse aux inondations dévastatrices, les pires dans l'histoire du pays. Déclenchées par la mousson, les inondations ont commencé à la mi-juillet de cette année ; mais une vague de chaleur intense a également fait fondre la neige de plus de 7000 glaciers cet été, plus que d'habitude. Les fortes précipitations — cinq à sept fois plus importantes que la normale en août — se sont ajoutées à la fonte des glaciers s'écoulant en aval des montagnes, et ont submergé « un tiers » du pays, touchant 33 millions de personnes. Depuis le mois de juin, au moins 1 486 personnes ont perdu la vie et plus de 12 700 ont été blessées dans les inondations. Le gouvernement pakistanais estime que les dégâts pour le pays s'élèveraient à plus de 30 milliards de dollars américains.
Certains n'ont pas hésité à pointer du doigt la corruption et la mauvaise gestion du pays comme étant à l'origine de la dévastation due aux inondations ; cependant, selon beaucoup, il s'agit d'une des conséquences des changements climatiques. À la fin du mois d'août, les Nations unies et le Pakistan ont lancé un appel urgent aux autres pays pour une réponse mondiale, ainsi que pour réunir un financement d'urgence de 160 millions USD.
Samantha Power, administratrice pour USAID [Agence des États-Unis pour le développement international], a tweeté :
Hard to capture the enormity & devastation of Pakistan’s floods. In stats: 33 million ppl affected. Over 1,300 ppl killed (⅓ children). 750k livestock killed. 1.7 million homes destroyed. 17,500 schools damaged.
In searing visuals from today, countless villages now underwater: pic.twitter.com/fPOSpD2bCh
Difficile de saisir l'énormité et la dévastation des inondations au Pakistan. En chiffres : 33 millions de personnes touchées. Plus de 1,300 personnes tuées (⅓ d'enfants). 750 000 têtes de bétail tuées. 1,7 millions de maisons détruites. 17 500 écoles endommagées.
Dans des images saisissantes d'aujourd'hui, d'innombrables villages sont maintenant sous l'eau : pic.twitter.com/fPOSpD2bCh
Des images satellitaires montrent un énorme lac intérieur de plus de 100 kilomètres de large créé par les inondations. Farhan Mahmood, de Lahore, tweete à ce sujet :
Asim Jaffry, un Pakistanais, relaie sur Twitter l'appel à l'aide du Secrétaire général de l'ONU, António Guterres :
#UN António Guterres in his visit to flood-ravaged Pakistan called urgent financial support, pointing out “Today it's Pakistan, tomorrow it could be your country wherever you live. This is a global crisis … it requires a global response.”#FloodReliefFund2022#FloodsInPakistan
Lors de sa visite au Pakistan, ravagé par les inondations, #UN António Guterres a lancé un appel pour une aide financière urgente, soulignant que : « aujourd'hui, c'est le Pakistan, demain, ce pourrait être votre pays, où que vous viviez. Il s'agit d'une crise mondiale… elle exige une réponse mondiale. »
Je n'ai jamais vu un carnage climatique de l'ampleur des inondations ici au Pakistan.
Alors que notre planète continue de se réchauffer, tous les pays subiront de plus en plus de pertes et de dommages liés au climat, au-delà de leur capacité d'adaptation.
Il s'agit d'une crise mondiale. Elle exige une réponse mondiale.
Pourquoi les inondations sont-elles si dévastatrices cette année ?
Les événements conduisant à cette catastrophe sentent à plein nez le réchauffement de la planète et les changements climatiques. En mars et avril 2022, l'Inde et le Pakistan ont connu des phénomènes météorologiques extrêmes, entraînant une vague de chaleur sans précédent, certaines villes atteignant une température proche de 50 °C (122 °F). Les météorologues avaient prédit que ces températures élevées entraîneraient des niveaux de pluie « supérieurs à la normale » pendant la saison de la mousson, de juillet à septembre.
Il n'existe pas de données sur la quantité exacte d'eau provenant de la fonte excessive des glaciers s'écoulant dans les rivières, en particulier l'Indus, coulant du nord au sud du pays. En mai dernier, Rina S. Khan Satti, une militante pakistanaise pour la protection du climat, prévenait sur Twitter que la rupture d'un lac glaciaire entraînerait une augmentation du volume d'eau dans les rivières :
Massive Glacial Lake Outburst Flood in Hunza from Shishpar glacier. No loss of life but the main bridge on KKH at Hassanabad also collapsed due to GLOF today! Climate change impacts from heatwaves to GLOFs now a reality in Pakistan and will get worse in weeks/months to come! pic.twitter.com/1ZxLJklxSN
Inondation massive provenant du glacier Shishpar à Hunza suite au débordement d'un lac glaciaire. Aucune perte en vie humaine, mais le pont principal de la KKH à Hassanabad s'est effondré à cause du débordement d'aujourd'hui ! Les impacts des changements climatiques, des canicules aux débordements de lacs glaciaires, sont désormais une réalité au Pakistan et vont s'aggraver dans les semaines/mois à venir !
En juillet 2022, Zia Hashmi, ingénieure en ressources hydriques au Centre d'études sur l'impact du changement mondial à Islamabad, remarquait des débits élevés et une eau boueuse dans la rivière Hunza, située en haute altitude dans la chaîne du Karakoram et se jetant dans le fleuve Indus.
Altamash Javed, un artiste, a tweeté :
This is what I observed the first thing when I visited northern Pakistan.
Visible glacier melt.
contributed less than 2% of global emissions but is now paying the greatest price.
Also this isn’t new info, scientists have been warning about this for decades pic.twitter.com/ubqtcWfOXr
C'est la première chose que j'ai observée lorsque j'ai visité le nord du Pakistan.
La fonte visible des glaciers. Le Pakistan contribue pour moins de 2% des émissions mondiales mais en paye le prix ultime.
Et cette information n'est pas nouvelle, les scientifiques nous mettent en garde contre ce phénomène depuis des décennies. pic.twitter.com/ubqtcWfOXr
Parmi les autres facteurs d'inondation, il y a la forte mousson de cette année, influencée par le phénomène climatique La Niña en cours : elle a déclenché des pluies de mousson plus fortes en Inde et au Pakistan. Ajoutées à la fonte des glaciers, les fortes précipitations ont envoyé une grande quantité d'eau dans l'ensemble du réseau hydrographique du pays.
What's happening in #Pakistan is likely to be a catastrophic concatenation of multiple factors. Hotter planet means more air moisture (+7% each 1°C), leading to more extreme rain & greater risks of flooding. La Niña-induced rainfall can be unusually deadly https://t.co/nJzvdNw9ogpic.twitter.com/eihsg8D38H
Ce qu'il se passe au #Pakistan est probablement une concaténation catastrophique de multiples facteurs. Une planète plus chaude signifie plus d'humidité dans l'air (+7% tous les 1°C), entraînant des pluies plus extrêmes et des risques d'inondation plus importants. Les précipitations induites par La Niña peuvent être inhabituellement meurtrières. https://t.co/nJzvdNw9og pic.twitter.com/eihsg8D38H
Si les changements climatiques persistent, ces événements extrêmes se produiront plus régulièrement.
Un nouvel appel pour la justice climatique
Les récentes inondations au Pakistan remettent l'accent sur la justice climatique. La journaliste spécialiste du climat, Fatima Syed, s'en est prise directement aux médias internationaux pour avoir ignoré les inondations au Pakistan.
“While Pakistan is drowning, much of the world media is fixated on the new monarch of its former colonizer instead.”
Must-read from @emorwee about how the monarchy is “antithetical to climate justice,” because if they cared they'd give power & money backhttps://t.co/HAwW8S1i4Q
« Alors que le Pakistan se noie, une grande partie des médias internationaux fait une fixette sur le nouveau monarque de son ancien colonisateur à la place. »
Un article incontournable de @emorwee sur la façon dont la monarchie est « antithétique à la justice climatique », parce que si elle se souciait du climat, elle donnerait du pouvoir et de l'argent. https://t.co/HAwW8S1i4Q
Sana Gondal, urbaniste et spécialiste de l'environnement, ironise :
Already exhausted by the idea of formerly colonized people being asked to “respect the dead” and her death taking over the news cycle like the floods in Pakistan have ended. If you post today, post about climate justice.
Déjà épuiséé par l'idée qu'un peuple anciennement colonisé soit invité à « respecter les morts » et que son décès [Élisabeth II] prenne le dessus sur le cycle des informations, comme si les inondations au Pakistan étaient finies. Si vous postez aujourd'hui, postez sur la justice climatique.
La catastrophe climatique du Pakistan n'est rien d'autre que de l'injustice climatique
La carte du haut montre les nations les plus responsables des émissions excessives.
La carte du bas montre les nations les plus touchées par ce phénomène.
Capture d'écran du site de la campagne #PakistanIsOurStory. Autorisation légale.
#PakistanIsOurStory (le Pakistan, c'est notre histoire), un mouvement pour la justice climatique a appelé à des actions de rue et à des rassemblements le 9 septembre 2022 dans plusieurs pays du monde. Ces rassemblements avaient pour but d'exprimer de la solidarité envers les personnes touchées par les inondations au Pakistan. Leur campagne médiatique affirme que « l'histoire est la nôtre, qu'elle ne se passe pas uniquement au Pakistan et qu'elle continuera à se répéter dans d'autres endroits à l'avenir. » La solidarité internationale est nécessaire pour se soutenir mutuellement et arrêter les criminels du climat.
Climate Action Pakistan expresses solidarity with global campaign #PakistanIsOurStory demanding climate reparations and an end to fossil fuels.
We believe that the Global North must be made accountable for the havoc they have created in Pakistan.#ClimateReparationsForPakistanpic.twitter.com/LOZ5RQvxIq
— Climate Action Now! → Pakistan (@ClimateActionPk) September 9, 2022
Climate Action Pakistan exprime sa solidarité envers la campagne mondiale #PakistanIsOurStory, exigeant des réparations climatiques et la fin des énergies fossiles.
Nous pensons que le Nord doit être rendu responsable des ravages qu'il a créés au Pakistan. #ClimateReparationsForPakistanpic.twitter.com/LOZ5RQvxIq
— Climate Action Now! → Pakistan (@ClimateActionPk) 9 septembre 2022
Des personnes se sont rassemblées dans des pays comme le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Danemark, l'Allemagne, le Portugal, la Roumanie, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis pour exprimer leur solidarité. De nombreuses images sont disponibles sur leur site Web.
At the US Capitol on Friday in solidarity w/ communities affected by the floods in Pakistan. The Global North governments must start repaying their climate debt by cancelling Pakistan’s burdensome financial debt so Pakistan can recover.#PakistanIsOurStory#ClimateJusticepic.twitter.com/Ytlhp9VB7i
Vendredi, au Capitole américain, en solidarité avec les communautés touchées par les inondations au Pakistan. Les gouvernements des pays du Nord doivent commencer à rembourser leur dette climatique en annulant la lourde dette financière du Pakistan afin que ce dernier puisse se relever.
Une manifestation de solidarité envers le Pakistan se déroule actuellement devant les bureaux de la Banque mondiale à Londres, appelant à l'annulation de la dette du Pakistan et au paiement des réparations climatiques.
Solidarité envers le Pakistan exprimé par un membre d'Extinction Rebellion Turshuru, dans la région du Nord-Kivu, à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC). Via la page Facebook de XR Rutshuru DRC. Utilisé avec permission.
L'expert pakistanais en gestion des risques climatiques, Ali Tauqeer Sheikh, a indiqué dans une interview accordée au Nepali Times que ces inondations extrêmes allaient s'accroître à l'échelle mondiale en raison du changement climatique, et qu'il est nécessaire d'améliorer la gestion et l'atténuation des inondations. Les autorités ont déclaré que le Pakistan était toujours menacé par les inondations en cours et qu'il faudrait jusqu'à six mois pour que les eaux se retirent de certaines des zones les plus touchées.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220923_145822";}s:15:"20220923_133320";a:7:{s:5:"title";s:116:"Bangladesh : comment les cueilleur·euses de thé survivent-iels avec un salaire quotidien inférieur à 2 dollars ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/23/274540/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274540";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 23 Sep 2022 11:33:20 +0000";s:11:"description";s:227:"Les cueilleur·euses thé au Bangladesh ont entamé une grève exigeant un salaire quotidien de 300 BDT (3,16 USD). Cela leur a valu une augmentation de salaire de 25%, c'est à dire 170 BDT (USD 1.80). Mais est-ce suffisant ?";s:7:"content";s:17208:"
Iels sont parmi les travailleur·euses les moins rémunéré·es au Bangladesh
Le thé est la boisson la plus populaire au Bangladesh. Le jeune artiste Tufan Chakma se demande si les gens boivent le sang des travailleur·euses. Image de Facebook. Utilisée avec permission.
Le salaire minimum quotidien des cueilleur·euses de thé au Bangladesh a été augmenté de 120 BDT ( 1.26 USD) à 170 BDT (1.80 USD) après que ces dernier·ères aient fait grève pendant environ trois semaines. Iels sont parmi les travailleur·euses les moins rémunéré·es du pays dans une industrie héritée des dirigeants coloniaux britanniques, et iels demeurent l’une des communautés les plus marginalisées et exploitées du Bangladesh. Bien qu’iels se soient mis en grève pour réclamer un salaire quotidien de 300 BDT (3,16 USD), la Première ministre Sheikh Hasina a négocié avec les propriétaires de jardins de thé et a fixé les nouveaux salaires le 27 août 2022, avec une hausse d’environ 25%.
La Tea Garden Owners Association a affirmé que les plantations de thé fournissent un logement, des prestations de retraite, des fonds médicaux, ainsi que des subventions alimentaires hebdomadaires. Cela facilite également l’éducation primaire des enfants des travailleur·euses qui avaient un salaire quotidien au-dessus de 400 BDT (4,2 USD) avant l’augmentation. Différentes organisations de défense des droits des travailleur·euses et de la société civile du pays se sont exprimées en faveur des revendications des cueilleur·euses de thé.
Bien que le syndicat des cueilleur·euses de thé ait protesté en demandant l'augmentation du salaire quotidien à 300 BDT (3,16 USD), les travailleur·euses semblent être satisfait·es de l’augmentation à 170 BDT (1,80 USD). Des vidéos montrant leur contentement ont été publiées sur les réseaux sociaux. Cependant, de nombreuses personnes se demandent comment les cueilleur·euses de thé survivront-iels avec un salaire aussi faible alors que l’inflation a fait grimper le coût de la vie de façon importante ?
Seema Mahali a répondu à cette question pour BBC Bangla.
না হয় বাগানের জমিতে থাকি, কিন্তু ঘরের মেরামতের খরচ আমাদের। কাপড় কিনতে হয়, বাচ্চাদের পড়ালেখা করাতে হয়, চাল, ডাল সবজি কিনতে হয়। এই ১২০ টাকায় কি এতো কিছু হয়?
They may say that we live in a home provided by the tea estate, but the cost of repairing the house is ours. We still have to buy clothes, have to provide for our children's education — rice, pulses and vegetables have to be purchased. Is this BDT 120 [USD 1.26] enough?
Iels peuvent dire que nous vivons dans une maison grâce à la plantation de thé, mais le coût de sa réparation est entièrement à notre charge. Nous devons encore acheter des vêtements, assurer l’éducation de nos enfants, acheter du riz, des légumineuses et des légumes. Ces 120 BDT [1,26 USD] sont-ils suffisants ?
Bien qu’une tasse de thé coûte plus de 120 BDT (1,26 USD) dans les salons de thé prestigieux de la capitale, les cueilleur·euses de thé gagnent si peu qu’iels ne peuvent pas se permettre d’acheter du poulet ou des légumes sur le marché. Certain·es mangent des plats préparés avec des feuilles de thé qui est un ingrédient commun dans leurs repas quotidiens. Se référant à cela, l’écrivain Kasafaddauza Noman a écrit :
এই অঞ্চলে চায়ের চেয়ে রোমাঞ্চকর জিনিস আর কী আছে? আমাদের প্রেম, আড্ডা, গল্প, গান, বিপ্লব, বিদ্রোহ কোনো কিছুই চা ছাড়া হয় না। বিজ্ঞাপন মারফত আমরা জানতে পারি কাপ শেষ হলেও রেশ রয়ে যায়, এক কাপ চায়ে তাজা হয়ে যাওয়া যায় নিমেষেই, এমনকি চায়ে চুমুক দিয়ে আমরা বদলে দিতে পারি পরিস্থিতি, প্রতিবাদ করতে পারি যেকোনো অন্যায়ের, পেয়ে যেতে পারি যুগান্তকারী আইডিয়া। কিন্তু বিজ্ঞাপনে চা শ্রমিকরা সারাজীবন ব্যাকগ্রাউন্ড প্রপস। দুটি পাতা একটি কুড়ি তোলার সুন্দর দৃশ্যটি আমাদের কাছে আরও সুন্দর হয়ে ওঠে দারুণ সিনেমাটোগ্রাফিতে। আর আজকাল তো নগরীর অভিজাত চায়ের দোকানে এক কাপ চা বিক্রি হয় ১২০টাকায়। সে চায়েরও হয় ফুড রিভিউ। অথচ শ্রমিকদের ১২০টাকার অসুন্দর জীবনের দৃশ্য সিনেমাটোগ্রাফিতেও আসে না, খবরেও খুব একটা পাওয়া যায় না। কারণ তারা চা পাতা ভর্তা খেয়েই কাটিয়ে দিচ্ছে বেহেশতি এই জীবন!
What could be more romanticizing than talking about tea in this region? Our love, chats, stories, songs and revolutions often mention tea as references. Through advertising, we can know that even after drinking a cup full of tea, the thirst remains; you can be refreshed instantly with a cup of tea. Even by only sipping tea, we can change any situation, we can protest against any injustice, and get revolutionary ideas. But tea workers in these advertisements are real-life background props. The beautiful scene of tea-plucking looks more beautiful to us through great cinematography. Nowadays, one has to pay at least BDT 120 [USD 1.26] in an elite tea shop and even food reviewers cover these. But no video depicts the scenes of the workers’ life struggle with a meagerly BDT 120 [USD 1.26] daily pay, nor are these discussed in the mainstream media. Because they are sustaining their lives in this heaven by eating tea leaves!
Quoi de plus romantique que de parler de thé dans cette région ? Notre amour, nos conversations, nos histoires, nos chansons et nos révolutions font souvent référence au thé. Grâce à la publicité, nous pouvons savoir que même après avoir bu une tasse de thé, la soif est toujours là ; vous pouvez vous rafraîchir instantanément avec une tasse de thé. Même en sirotant du thé, nous pouvons changer n’importe quelle situation, nous pouvons protester contre n’importe quelle injustice et obtenir des idées révolutionnaires. Mais les cueilleur·euses de thé dans ces annonces sont des accessoires de fond réels. La fameuse scène de la cueillette du thé nous semble plus belle à travers une qualité cinématographique indéniable. De nos jours, on doit payer au moins 120 BDT [1,26 USD] dans un salon de thé prestigieux, et même les critiques couvrent les frais. Mais aucune vidéo ne dépeint les scènes de lutte des travailleur·euses ayant un faible revenu quotidien de 120 BDT [1.26 USD], et ces scènes ne sont pas abordées dans les médias. Parce qu'ils vivent dans ce paradis en mangeant des feuilles de thé !
De nombreux projets importants sont actuellement en cours d'exécution dans le pays pour poursuivre son développement économique. Tasmia Afrin Mou a écrit sur Facebook :
এত উন্নয়নকালে এই পোস্টার দেখতে হয় কেনো? ১৭০ টাকা রোজে মাসে ৩০ দিন কাজ করলেও চা শ্রমিক মাসে আয় করবেন ৫১০০ টাকা। কোনো আমিষ না, কোনো নিরামিষ না, কেবল ভাত আর রুটি হয় এই টাকায়?
Why do we have to see this poster [Editor's note: the poster reads “we want bread and rice in our meals — we want BDT 300 as daily wage”] during this phase of development of the country? Tea workers will earn BDT 5100 [USD 54] per month considering this increased rate of BDT 170 [USD 1.80] per day. Not even meat and vegetables, can a family afford rice and bread with this money [for a month]!
Pourquoi sommes-nous obligé·es de voir cette affiche [NDLR : sur l'affiche, il est écrit « nous voulons du pain et du riz dans nos repas — nous voulons un salaire quotidien de 300 BDT »] dans cette phase de développement du pays ? Les cueilleur·euses du thé gagneront 5100 BDT [54 USD] par mois compte tenu de ce taux accru de 170 BDT [1,80 USD] par jour. Ni viande ni légumes. Une famille peut-elle se permettre d'acheter du riz et du pain avec cet argent [pendant un mois] ?!
La culture du thé au Bangladesh a commencé sous le régime colonial britannique. En 1840, le premier jardin de thé a été établi dans la ville portuaire de Chittagong. Cependant, la culture commerciale du thé a commencé dans la région de Sylhet en 1857. Actuellement, il existe plus de 167 jardins de thé dans le pays. Une grande partie de l’industrie est située dans les régions de Sylhet, Habiganj et Moulvibazar. Il y a environ 140 000 travailleur·euses dans tous les jardins, et la majorité d’entre eux·elles exercent cette profession depuis des générations.
Dans les années 1860 et 1870, le succès commercial des plantations de thé dans les régions d’Assam et de Sylhet a attiré les investissements de nombreuses entreprises étrangères. En conséquence, les plantations de thé dans ces régions ont commencé à croître. C'est ainsi que la demande de travailleur·euses a augmenté. Dans un document de recherche datant de 2014 intitulé «Histoire des jardins de thé et des cueilleur·euses de thé au Bangladesh», Riad Mahmud et Alida Binte Saqi révèlent que la migration des cueilleur·euses de thé était similaire à la traite négrière. Les premier·es ouvrier·es qui travaillaient dans les plantations de thé n’étaient pas originaires de Sylhet. Iels viennent de différentes régions de l’Inde — la plupart des régions affamées. Iels ont été amené·es aux plantations de thé sous des prétextes fallacieux, et les habitant·es les ont appelé·es les « coolies ». Les habitant·es, les propriétaires des plantations de thé et les fonctionnaires les traitaient comme des esclaves.
Même au 21e siècle, la condition des cueilleur·euses de thé n’a pas beaucoup changé. Leurs faibles revenus, leur niveau de vie déplorable ainsi que l’inégalité à laquelle iels sont confronté·es, ont de nouveau refait surface dans leurs récentes manifestations.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220923_133320";}s:15:"20220922_125759";a:7:{s:5:"title";s:79:"Reportage photo : à la découverte des fonds marins de l'archipel indonésien.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/22/274090/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274090";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 22 Sep 2022 10:57:59 +0000";s:11:"description";s:195:"La plupart des créatures évoquées dans cet article, et nos économies côtières, sont menacées par la crise climatique qui réchauffe les océans et met en danger les écosystèmes côtiers.";s:7:"content";s:22589:"
Un certain nombre de forces anthropiques menacent ces créatures.
Poisson-grenouille (antennariidae) photographié à Amed, l'un des récifs coralliens d'Indonésie. Photo utilisée avec permission.
Les eaux côtières de l'Indonésie, qui avec plus de 17 000 îles recensées représente le plus grand archipel au monde, hébergent un ensemble vaste et diversifié de vie marine et d'écosystèmes. Alors que le réchauffement des océans lié aux changements climatiques menace de plus en plus les écosystèmes marins, penchons-nous de plus près sur les étranges et insolites créatures qui peuplent ces océans que nous chérissons tant, et sur les facteurs environnementaux qui les mettent en danger.
Ce reportage photo présente un bref aperçu de la biodiversité de l'écosystème côtier indonésien et examine les menaces sociales et environnementales qui pèsent sur ces espèces marines.
Le thécacère Pikachu
Thécacère Pikachu . Photo utilisée avec permission.
Cette petite créature vit dans l'Océan Indien et dans l'ouest du Pacifique. Elle tire son nom du personnage emblématique de Pokemon à qui elle ressemble. Mesurant seulement cinq centimètres de long, elle est difficile à trouver et constitue une espèce plutôt rare.
Le crabe boxeur
Crabe boxeur. Photo utilisée avec permission.
Le crabe boxeur est l'une des créatures les plus intéressantes du fond marin indonésien en raison de la relation symbiotique qu'il entretient avec les anémones de mer urticantes : il les nourrit en échange de leur protection et les tient entre ses pinces pour repousser d'éventuels prédateurs.
Seven Seas Media, qui fait la promotion de la conservation marine, explique que : « Le crabe boxeur agite de gauche à droite les anémones attachées à ses pinces tout en se déplaçant. Ce spectacle haut en couleurs a pour objectif de dissuader ses prédateurs, et lorsqu'il est directement menacé, le crabe brandit l'anémone vers son agresseur comme s'il allait le frapper.»
La crevette impériale
Crevette impériale. Photo utilisée avec permission.
Cette crevette colorée peut atteindre jusqu'à 10 centimètres de long et vit le plus souvent sur des hôtes de plus grande taille.
L'hippocampe pygmée et l'hippocampe commun
L'hippocampe pygmée (à gauche) et l'hippocampe commun (à droite). Photos utilisées avec permission.
N'atteignant pas plus de deux centimètres, l'hippocampe pygmée (à gauche) est l'une des plus petites espèces d'hippocampes au monde.
On le trouve exclusivement dans le Triangle de Coral, une région qui s'étend des Philippines et de la Malaisie à l'Est jusqu'à l'Indonésie et du Timor oriental au sud jusqu'aux Îles Salomon à l'Ouest. Cet hippocampe rosâtre s'agrippe à des gorgones de couleur similaire ou à d'autres coraux mous et herbiers marins qui lui servent de camouflage.
L'image à droite est celle d'un hippocampe commun. Comme tous les hippocampes, il utilise sa queue comme une ancre pour s'accrocher aux coraux, aux plantes et à la végétation. Il est probablement plus connu pour son mode de reproduction inhabituel : le mâle incube les œufs que la femelle a déposés dans une poche au niveau de sa queue, jusqu'à leur éclosion.
La murène frangée
Murène frangée. Photo utilisée avec permission.
La murène frangée peut atteindre 81 centimètres de long. Il existe plus de 200 différentes espèces de murène qui sont pour la plupart vénéneuses. Bien qu'elle n'attaque que rarement l'homme, elle peut, si elle se sent menacée, mordre son agresseur ; la morsure de murène contient des toxines dangereuses et ses dents tranchantes peuvent provoquer des blessures qui saignent abondamment et qui sont réputées comme étant très douloureuses. La plupart des attaques auraient lieu lorsque des plongeurs introduisent involontairement leurs mains à l'intérieur de son terrier.
La seiche
Seiche. Photo utilisée avec permission.
La seiche est un céphalopode, cousin des plus connus calmars et poulpes, et est souvent recherchée pour être vendue comme fruits de mer. Elle est considérée comme étant l'un des invertébrés les plus intelligents au monde. Selon National Geographic :
Certaines variétés de seiches sont classées parmi des espèces en voie de disparition. Aujourd'hui, ses principales menaces sont la pêche intensive et l'acidification des océans (lorsque le pH des océans subit des changements en raison de l'augmentation des émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère et les océans).
Le ver arbre de Noël
Ver arbre de Noël. Photo utilisée avec permission.
Le ver arbre de Noël doit son nom à sa forme spiralée qui rappelle la forme conique d'un arbre de Noël. Il mesure en général près de 3,8 centimètres de long et arbore diverses couleurs telles que rouge, orange, vert ou bien jaune. Il utilise ses panaches branchiaux pour respirer et se nourrir. Sédentaire, il s'incruste dans des rochers pour se protéger des fluctuations du courant. Il est très sensible à l'environnement qui l'entoure et, s'il se sent menacé, il rentre vite dans son terrier.
Rising temperatures increase the risk of irreversible loss of marine and coastal ecosystems. Today, widespread changes have been observed, including damage to coral reefs and mangroves that support ocean life, and migration of species to higher latitudes and altitudes where the water could be cooler.
La hausse des températures augmente le risque d'une perte irréversible d'écosystèmes marins et littoraux. On constate aujourd'hui d'importants changements, tels que les dommages causés aux récifs coralliens et aux mangroves sans lesquels la vie océanique cesserait d'exister, ou tels que la migration d'espèces vers des altitudes et latitudes plus élevées où l'eau est moins chaude.
En Indonésie, la plupart des créatures mentionnées ci-dessus vivent au sein d'écosystèmes récifaux. Près de 25 % de la vie marine réside dans « les forêts tropicales de la mer » (récifs coralliens). Ces jardins de coraux sont très denses et regorgent de vie et de biodiversité. Ils jouent également un rôle essentiel dans le maintien des écosystèmes marins et dans la protection des sols contre l'érosion.
Outre leur importance biologique, les récifs représentent une source importante d'emplois pour les communautés côtières, un levier économique crucial, et une source de nourriture et de médicaments.
Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), depuis 2016, 3 milliards de personnes dépendent des océans pour survivre, et plus de 350 millions d'emplois sont liés au secteur maritime à travers le monde.
L'Indonésie présente une surface d'environ 51 020 km2 de récifs coralliens, soit près de 18 % du total mondial.
Toutefois, il semble de plus en plus évident que les magnifiques créatures évoquées dans cet article, tout comme nos économies côtières, sont menacées par la crise climatique qui réchauffe les océans et met en danger les écosystèmes côtiers. En Australie, la Grande Barrière de corail est déjà touchée par un vaste blanchissement des coraux, un phénomène au cours duquel les coraux aux couleurs éclatantes entrent en dormance et se décolorent en raison de facteurs externes tels que l'augmentation des températures, la pollution, et le changement des taux de PH dans l'eau. Un rapport, publié en Australie au mois de mai 2022 par la Direction du Parc marin de la Grande Barrière de corail, indique que 91 % de la grande barrière présentent « un certain degré de blanchissement. »
Bien que des associations tentent de restaurer les récifs coralliens (comme à Gilli Air, en Indonésie, une équipe de conservation des coraux composée exclusivement de femmes), il est évident que sans un changement profond de la société, la prochaine génération risque de ne jamais pouvoir observer toutes ces incroyables créatures.
Écotourisme et plongée sous-marine
Les photos ont été prises par des maîtres de plongée, des professionnels qui ont suivi un certain nombre de cours de formation et d'initiation certifiés par les plus grandes organisations internationales de formation à la plongée sous-marine : la Professional Association of Diving Instructors (PADI) ou bien la Scuba schools international (SSI).
Alors que les moniteurs expérimentés savent comment respecter les écosystèmes marins, la plongée loisir peut être une cause directe ou indirecte de menace pour la vie marine, par exemple lorsque des plongeurs inexpérimentés délogent, effleurent, écrasent ou perturbent les coraux et la vie marine avec leurs palmes.
Le développement excessif de centres de plongée le long des côtes et autres centres récréatifs et touristiques, le dommage causé aux coraux par l'augmentation du nombre de bateaux, et la pollution provenant des hors-bords représentent aussi une menace indirecte pour le littoral. L'exploitation et le développement des zones côtières augmentent également la production de déchets et de plastiques qui finissent inévitablement dans les océans.
Des organismes de plongée, des scientifiques et des gouvernements souhaitent minimiser ces risques en empêchant l'accès aux sites de plongée populaires afin de leur permettre de se régénérer, et en introduisant des autorisations de plongée.
Il existe d'autres initiatives telles que la Green Fins initiative et la Fondation PADI AWARE, deux mouvements mondiaux pour la protection des fonds marins. Ils luttent contre les déchets marins et la pollution plastique, qui représentent un danger pour les requins et autres prédateurs marins, grâce à la promotion de la plongée et du tourisme maritime durable et au financement de projets de régénération des récifs coralliens.
Gabriel Grimsditch, directeur de programme à la Division des écosystèmes marins et côtiers du PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement), fait le point sur les défis à relever afin de promouvoir le tourisme côtier durable.
Tourism can be a double-edged sword. On the one hand, it is hugely important for the economy and can bring people close to nature so that they appreciate the wonders of the ocean more. On the other hand, if it is not done sustainably, it can kill the very ecosystem that tourists have come to visit.
Le tourisme peut être une épée à double tranchant. Il est, d'une part, extrêmement important pour l'économie et rapproche l'homme de la nature qui apprécie encore plus les merveilles de l'océan. Et d'autre part, s'il n'est pas pratiqué de manière responsable, il peut détruire ces mêmes écosystèmes que les touristes viennent visiter.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220922_125759";}s:15:"20220921_180533";a:7:{s:5:"title";s:96:"Global Voices : recrutement des chercheur·euses à l'échelle nationale pour notre projet Advox";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/21/274461/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274461";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 21 Sep 2022 16:05:33 +0000";s:11:"description";s:196:"Advox, l'initiative sur les droits numériques de Global Voices, recrute des chercheur·euses à l'échelle nationale pour contribuer à un projet sur les sociétés en réseau et l'autoritarisme.";s:7:"content";s:6189:"
Les candidatures seront reçues jusqu'au 30 septembre 2022 à 23h59 (GMT-5).
Advox, l’initiative de droits numériques de Global Voices, recrute des chercheur·euses pour mener, présenter et communiquer des recherches pour un projet sur les sociétés en réseau et l’autoritarisme au Kazakhstan, au Kirghizistan et au Kenya.
Le projet vise à analyser, à documenter et à rendre compte du phénomène croissant de l'utilisation des technologies de communications numériques, dans le but de renforcer et promouvoir la gouvernance autoritaire. Ce projet entend mettre en place un cadre d'analyse, élaborer un flux de travail et une méthode de suivi, de documentation et d’amplification des incidents et des cas pour les publics concernés, et produira des rapports sur une série de cas.
Les chercheur·euses seront responsables de la mise en oeuvre des objectifs de recherche du projet à l’échelle nationale, de la collaboration avec d’autres chercheur·euses sur des questions transversales, et de la production de commentaires et d’analyses pour Advox qui appuieront l’amplification des travaux. Les chercheur·euses sont chargé·es de veiller à ce que la recherche soit menée selon les normes méthodologiques les plus élevées et appuyée par des connaissances contextuelles. Les chercheur·euses travailleront également avec l’équipe de Global Voices pour rassembler et traduire les informations nécessaires pour d'autres domaines du projet.
Les chercheur·euses du projet auront pour mission de :
Produire et mettre en œuvre des recherches sur l’autoritarisme en réseau dans un pays donné, de la conception à la mise en œuvre, y compris la rédaction et l’analyse de données qualitatives.
Élaborer un plan de recherche pour terminer la recherche dans les délais et le budget requis.
Collaborer avec d’autres chercheur·euses pour partager les compétences et les connaissances thématiques.
Organiser et participer à des ateliers de validation pour la recherche.
Coordonner les activités de recherche avec des chercheur·euses venant d'autres pays.
Recruter des praticien·nes des droits numériques de leur pays sélectionné pour contribuer à Advox.
Gérer les informateurs dans le pays.
Les candidat·es retenu·es pour le poste devront :
Avoir des compétences solides en matière de recherche qualitative et/ou quantitative, de l'expérience dans l'élaboration et la mise en oeuvre de plans de recherche, dans la conduite de recherches et d'expériences, dans le travail avec des bases de données et des ensembles de données, de la réalisation de travaux sur le terrain et de l’adaptation de méthodes aux contextes changeants.
Avoir de bonnes connaissances en informatique.
Être capables d’écrire clairement pour des publics non universitaires.
Avoir accès à une connexion Internet haut débit.
Être capables de travailler dans un environnement diversifié et multiculturel.
Être capables de travailler de façon autonome et avec des équipes travaillant sur différents fuseaux horaires.
Parler couramment anglais (maîtriser d'autres langues est un atout).
Communiquer de manière efficace.
Avoir de bonnes compétences en gestion du temps.
Il n'y a aucune exigence géographique. Sachez que Global Voices n'a ni bureau ni siège. Les candidat·es doivent être à l'aise pour établir leurs propres horaires et travailler dans un environnement entièrement virtuel et être prêt·es à faire des voyages internationaux.
Nous souhaitons la bienvenue aux candidat·es qui vivent en dehors de l'Amérique du Nord et de l'Europe occidentale, et encourageons ceux et celles qui contribuent actuellement au projet Global Voices à postuler.
Pour postuler, vous devez :
Envoyer votre curriculum vitae et une lettre de motivation rédigés en anglais qui mettent en valeur votre travail et expliquent pourquoi vous seriez un·e excellent·e candidat·e pour ce poste. Envoyez votre candidature à l'adresse e-mail suivante : jobs@globalvoices.org, avec comme objet : Chercheur·euse du projet Advox : [votre nom]. Les candidatures seront reçues jusqu'au 30 septembre 2022 à 23h59 (GMT-5).
";s:7:"dateiso";s:15:"20220921_180533";}s:15:"20220920_184245";a:7:{s:5:"title";s:151:"La nouvelle édition britannique de « Capitalisme et esclavage » fait la une des journaux mais les Caraïbes ont toujours connu la valeur de ce livre";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/20/271039/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271039";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 20 Sep 2022 16:42:45 +0000";s:11:"description";s:143:"La thèse de doctorat d'Eric Williams suscite à nouveau l'intérêt après l'annonce d'une nouvelle édition qui sera publiée au Royaume-Uni.";s:7:"content";s:13388:"
Imputer l'abolition de l'esclavage à autre chose que de l'humanitarisme remet en cause le discours britannique.
Photo de « Capitalisme et esclavage » d'Eric Williams, neuvième impression de l'édition britannique d'Andre Deutsch (1990). Photo de Nicholas Laughlin, utilisée avec autorisation.
Capitalisme et esclavage, la version publiée de la thèse de doctorat d’Eric Williams [fr], soutient que le déclin de la traite transatlantique des esclaves a été précipité, non pas par une soudaine illumination morale ou une prise de conscience des propriétaires d'esclaves, comme le prétend [fr] le récit britannique prédominant, mais plutôt, par l'économie.
Williams, qui deviendra plus tard le Premier ministre de Trinité-et-Tobago, a présenté un dossier convaincant pour cet argument révolutionnaire à la fin des années 1930, lors de son séjour à l'université d'Oxford. Il a décrit son ouvrage comme étant « premièrement, une étude de l'histoire économique anglaise et, deuxièmement, dans l'histoire des Antilles et des Noirs […] une étude de la contribution de l'esclavage au développement du capitalisme britannique ».
Le livre, qui avait des années d'avance sur son temps lorsqu'il a été publié pour la première fois aux États-Unis en 1944, suscite actuellement un nouvel intérêt après que l’UK Observer et The Guardian ont affirmé à tort cette semaine, qu'après plus de 80 ans, cet ouvrage révolutionnaire allait enfin trouver un éditeur britannique.
Néanmoins, comme l'a souligné le Trinidadien Reginal Dumas dans une lettre adressée au rédacteur en chef du Trinidad and Tobago Newsday, son exemplaire du livre « indique très clairement qu'il a été publié par Andre Deutsch, de 105 Great Russell Street, Londres, en 1964 ». Pendant ce temps, l'écrivain et universitaire britannique Paul Gilroy a tweeté :
Eric Williams’ autobiography puts the idiocy in yesterday’s Observer straight. pic.twitter.com/1D1Nqkhyqv
The Guardian a ensuite publié un rectificatif indiquant qu'il avait modifié son titre et son article original à cause de l'affirmation incorrecte selon laquelle Capitalisme et esclavage avait été publié pour la première fois au Royaume-Uni « en 1966 lorsqu'une maison d'édition universitaire a imprimé une édition très limitée », en précisant que :
It was published in 1964 and then reprinted a number of times; and the André Deutsch publishing house was not a university press.
Il a été publié en 1964, puis réimprimé à plusieurs reprises ; et la maison d’édition André Deutsch n’était pas une maison d’édition universitaire.
Néanmoins, pour de nombreuses personnes des Caraïbes, le fait que le livre connaisse une résurgence n'est pas surprenant. Lors du festival littéraire Bocas Lit Fest, qui s'est tenu à Trinité-et-Tobago en 2019, à l'occasion du 75e anniversaire du livre, un débat sur Capitalisme et esclavage a eu lieu dans le cadre du segment « Grandes Idées ». Le festival littéraire, qui est probablement le premier du genre dans la région, a attribué au livre le mérite de « changer notre façon de comprendre le colonialisme, l'Empire britannique, l'institution de l'esclavage et les raisons de l'émancipation ».
Le panel, présidé par l'universitaire Gabrielle Hosein, était composé des historiens Selwyn Cudjoe et Heather Cateau, ainsi que de l'écrivain Caryl Phillips. Nicholas Laughlin, directeur du festival, a présenté le livre comme « un ouvrage d'histoire économique qui repose en grande partie sur des éléments tels que les statistiques commerciales […] mais qui a également une signification culturelle beaucoup plus large en raison des arguments qu'il avance, du terrain qu'il couvre, de la manière dont il s'inscrit dans notre compréhension contemporaine de notre passé, mais également de notre présent ».
Le ton du livre est mieux reflété dans une citation de Williams lui-même, que le modérateur a utilisée pour ouvrir le débat :
The West Indian historian of the future has a crucial role to play in the education of the West Indian people in their own history, and in the merciless exposure of the shams, the inconsistencies, the prejudices of metropolitan historians.
L'historien antillais du futur a un rôle crucial à jouer dans l'éducation du peuple antillais à sa propre histoire, et dans l'exposition crue des allégations mensongères, des incohérences, des préjugés des historiens métropolitains.
Le panéliste Selwyn Cudjoe, qui a fait l'éloge du livre pour avoir « donné une voix aux sans-voix », a souligné dès le début que Capitalisme et esclavage « ne concerne pas l'histoire et les faits obsolètes, mais la tentative philosophique de comprendre un phénomène social particulier ».
Caryl Phillips, le seul écrivain du panel, a reconnu la manière dont les écrivains s'appuient souvent sur des historiens comme Williams, qui a dit un jour que « l'histoire est la science fondamentale ». Selon Phillips, cela signifie que « si nous ne comprenons pas les différentes forces qui ont façonné notre passé, il nous est impossible de comprendre le présent [et par conséquent] aucune possibilité de façonner l'avenir […] en particulier dans le contexte des Caraïbes, où une grande partie de notre histoire a été corrompue et corrodée par d'autres personnes interprétant nos vies à notre place ».
Admettant qu'elle n'a jamais trouvé ce livre facile à lire, l'historienne Heather Cateau a déclaré qu'il s'agit d'un texte à plusieurs niveaux qui, à son niveau le plus élémentaire, dit « voici à quoi ressemble le monde ». Elle a également souligné que seul quelqu'un comme Williams, avec son expérience particulière d'homme noir instruit et ayant beaucoup voyagé, né dans le colonialisme, aurait pu écrire ce livre. À cette explication, Phillips a ajouté que, tout comme son compatriote C.L.R. James [fr], Williams avait un amour profond de la langue anglaise qui transparaît fortement dans le texte.
Sur la question de l'émancipation, le point économique sur lequel elle repose, et la question de savoir si elle vient « d'en haut » ou « d'en bas », Cateau explique :
The [restless] action of the enslaved towards Emancipation was preempted with official Emancipation from above; however […] if they did not move to create Emancipation from above, they would not have been able to maintain economic control. Hence, we have an Emancipation Act that does not speak anything about freedom and equality; it speaks about economics.
L'action [constante] des esclaves en faveur de l'émancipation a été devancée par l'émancipation d'en haut ; cependant […] si ceux d'en haut n'avaient pas agi pour créer l'émancipation, ils n'auraient pas été en mesure de maintenir le contrôle économique. Nous avons donc une Loi d'Émancipation qui ne parle pas de liberté et d'égalité, mais d'économie.
Quant à la signification contemporaine du livre, Phillips a déclaré qu'il est maintenant considéré « comme une vérité absolue » que l'esclavage a financé la révolution industrielle. Pour Cateau, c'est la mise en garde de Williams contre la persistance des « idées fondées sur ces intérêts ». « Nous devons nous prémunir », dit Williams dans la conclusion du livre, « contre ces vieux préjugés, mais aussi contre les nouveaux, qui se créent constamment ; aucune époque n'y échappe ».
À une époque où les Afro-Américains ont dû former des mouvements pour faire comprendre à leurs compatriotes que la vie des Noirs comptent (Black lives matter), les mots de Williams sonnent juste, renforçant le visionnaire qu'il était :
[These points] are not offered as solutions [to] present-day problems. They are noted as guideposts that emerge from the charting of another sea which was, in its time, as stormy as our own. The historians neither make nor guide history [but] if they do not learn something from history, the activities would be cultural decoration or a pleasant pastime, equally useless in these troubled times.
[Ces points] ne sont pas proposés comme des solutions aux problèmes actuels. Ils sont notés comme des repères qui émergent de la cartographie d'une autre mer qui fut, en son temps, aussi houleuse que la nôtre. Les historiens ne font ni ne guident l'histoire [mais] s'ils n'en tirent pas un enseignement, ces activités ne seraient qu'une décoration culturelle ou un agréable passe-temps, tout aussi inutiles en ces temps troublés.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220920_184245";}s:15:"20220920_182546";a:7:{s:5:"title";s:44:"La Guadeloupe meurtrie par la tempête Fiona";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/20/274390/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274390";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 20 Sep 2022 16:25:46 +0000";s:11:"description";s:165:"« Selon les prévisions, la tempête arrivera en République dominicaine d'ici le 18 septembre. Jusqu'à présent, elle a maintenu une vitesse de 85 km par heure.»";s:7:"content";s:16093:"
L’île était située directement sur la trajectoire de la tempête
Le 16 septembre, la tempête tropicale Fiona, le résultat de la saison des ouragans transatlantiques de 2022, a jeté son dévolu sur les Îles-Sous-le-Vent du nord des Caraïbes, avec le territoire français de la Guadeloupe directement sur sa trajectoire. Des avertissements et des veilles de tempêtes tropicales ont été diffusés dans la majeure partie de cette région de l'archipel, de la Dominique à l'extrême sud, à la République dominicaine, plus au nord.
Les Îles-Sous-le-Vent ont été touchées par Fiona depuis la nuit du 16 septembre :
Selon les prévisions, la tempête arrivera en République dominicaine d'ici le 18 septembre. Jusqu'à présent, elle a maintenu une vitesse de 85 km par heure.
Alors que Fiona s'approchait de la Guadeloupe, l’île a connu de fortes pluies et des dommages causés par les inondations. Plusieurs utilisateur·ices des réseaux sociaux se sont dit·es choqué·es par l'ampleur des dégâts matériels. Il y a eu un débordement au niveau de la rivière Goyave et le pont a été emporté par le fort courant :
Je suis choquée…
Il y avait un pont là… toute mon enfance, toute ma vie, mon quotidien… je dois être en train de rêver.#Fiona#Guadeloupe
CE N’EST PAS MA VIDÉO pic.twitter.com/qp9WagGhZZ
Les précipitations ont été intenses, commençant entre 40 et 100 mm par heure dans le sud-ouest de l’île, et devraient augmenter à 150-250 mm.
La Guadeloupe étant un territoire français d'outre-mer, au moins un·e utilisateur·rice de Twitter a exprimé sa frustration devant le fait que les médias français n'ont pas donné à la situation autant d'attention qu'à la mort de la reine Elizabeth II :
Le ministre français de l’Intérieur, Gerald Darmanin, a tweeté :
Merci à l’ensemble des personnels, sapeurs-pompiers, agents de l'État, mobilisés en #Guadeloupe dans des conditions difficiles. D’importants moyens sont déployés. #Fiona
Alors que Fiona poursuit son chemin, Lizz Eckel, une habitante d'Anguilla, a exprimé dans un message WhatsApp ce que ressentent de nombreux·ses citoyen·nes de la région :
We were super-lucky it moved south […] So saddened for Guadeloupe. These systems r brutal.
Nous avons été très chanceux·euses qu’il se déplace vers le sud […] C’est triste pour la Guadeloupe. Ces systèmes sont brutaux.
Les petits États insulaires en développement comme les Caraïbes demeurent en première ligne de la crise climatique, même si les tempêtes s'aggravent chaque année et que les efforts déployés pour ne pas dépasser une augmentation des températures de plus de 1,5 degrés Celsius semblent irréalisables.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220920_182546";}s:15:"20220920_180837";a:7:{s:5:"title";s:93:"Des familles s'expriment après l'exécution de quatre militants anti-coup d'État au Myanmar";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/20/273990/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273990";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 20 Sep 2022 16:08:37 +0000";s:11:"description";s:146:"«Mon fils n’était ni un voleur ni un voyou. Je suis fière de lui pour s'être sacrifié pour son pays. Je suis vraiment fière de mon fils.»";s:7:"content";s:11085:"
Les dépouilles des militants exécutés n'ont pas encore été remises à leurs familles.
Le gouvernement militaire du Myanmar a exécuté quatre militants anti-coup d'État à la fin du mois de juillet, une décision qui a suscité une condamnation tant sur le plan national qu'à l'international.
C’était la première fois depuis plus de 30 ans que la peine capitale était appliquée par les autorités du Myanmar et qu'on signalait une escalade de la répression après que la junte ait pris le pouvoir par la force en février 2021.
Les quatre militants condamnés à mort étaient Hla Myo Aung, Aung Thura Zaw, Ko Jimmy et Phyo Zeya Thaw. Ils ont été jugés et condamnés par un tribunal militaire sur des accusations de terrorisme. Les partisans de ces hommes affirment que les quatre hommes n'avaient pas bénéficié d'une procédure régulière.
Les dépouilles des militants exécutés n'ont pas encore été remises à leurs familles. Les autorités ont également refusé d'indiquer la date exacte à laquelle les exécutions ont eu lieu, mais elles en ont fait l'annonce le 25 juillet par le biais des médias publics.
L'épouse de Ko Jimmy, Ma Nilar Thein, a publié une déclaration le 20 août condamnant cette exécution. Selon ses dires, il s'agit « d'un acte illégal de meurtre et un crime de guerre. » Elle a raconté comment les autorités ont privé son mari de ses droits de prisonnier d'opinion :
…he didn’t have any rights as a political-prisoner such as prison visits, receiving medicines and foods from the family, and legal representation from a lawyer. And, the trial was also a closed trial too and no one was able to access the trial.
A family member was allowed to have a Zoom Meeting with him for around 20 minutes, just a day before they carried out the execution.
…il n'a bénéficié d'aucun droit en tant que prisonnier politique : pas de visites en prison, pas de médicaments ni de nourriture de la part de sa famille, et n'a même pas eu le droit d'être représenté par un avocat. Le procès était aussi un procès à huis clos et personne n'a pu y assister.
Seulement un jour avant son exécution, un membre de la famille a été autorisé à avoir une réunion Zoom avec lui pendant environ 20 minutes.
Le couple était d’éminents leaders estudiantins de 88 Generation Students, un groupe qui a mené des manifestations pro-démocratie en 1988.
Dans un entretien avec Radio Free Asia (RFA), Ma Nilar Thein a affirmé que la junte sera tenue responsable des injustices qu'elle a commises.
As I have said in the past, they will have to pay one day for each and every crime or whatever they have done. I didn’t say that without a reason. One day, the perpetrators will meet the fate and punishment they deserve for the actions they have committed.
Comme je l'ai dit dans le passé, un jour, ils devront payer pour chaque crime ou quoi que ce soit qu’ils ont commis. Je n'ai pas dit cela sans raison. Un jour, les responsables connaîtront le sort qu'ils méritent et seront tous punis pour les actes qu'ils ont commis.
Elaine Pearson, directrice intérimaire en Asie de Human Rights Watch, a commenté :
Now in 2022 it feels like a nightmare. The executions of Ko Jimmy & others were the first in Myanmar in decades. This escalation is designed to strike fear & show the junta will stop at nothing to eliminate perceived threats to its rule. Nilar Thein & her daughter are in hiding. pic.twitter.com/dV7teBWULn
Aujourd'hui, nous sommes en 2022 et c'est un cauchemar. Les exécutions de Ko Jimmy et des autres militants ont été les premières au Myanmar depuis des décennies. Cette escalade vise à semer la peur et à montrer que la junte ne reculera devant rien pour éliminer les menaces perçues à son règne. Nilar Thein et sa fille se cachent. pic.twitter.com/dV7teBWULn
Phyo Zeya Thaw, un autre militant exécuté par la junte, était un ancien rappeur et député de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD). La LND était le parti au pouvoir avant le coup d'état de l'armée en 2021.
Sa mère, Khin Win May, a pu lui rendre visite, mais elle ignorait que ce serait la dernière fois qu’elle voyait son fils. Elle a déclaré lors d'une interview avec RFA :
If I only knew it that day, I’d understand that would be the last time we saw each other. My son didn’t know that it was our last meeting either. He even asked me to bring some personal things on my next visit.
Ce jour-là… si seulement je l'avais su. J'aurais su que ce serait la dernière fois que nous nous voyions. Mon fils ignorait aussi que c’était notre dernière rencontre. Il m'a même demandé de lui apporter des affaires personnelles lors de ma prochaine visite.
Elle a ajouté que son fils n’était pas un voyou :
My son was not a thief or a thug. I am proud of him for giving his life for the country. I’m really proud of my son. If I could get his ashes or remains, I would like to make a tomb for him and then put an inscription on it.
Mon fils n’était ni un voleur ni un voyou. Je suis fière de lui pour s'être sacrifié pour son pays. Je suis vraiment fière de mon fils. Si seulement je pouvais recevoir sa dépouille pour lui faire une tombe et y mettre une inscription.
Myint Myint Than, la mère du militant Aung Thura Zaw, a partagé son chagrin dans une interview avec des journalistes locaux :
The pain is unbearable for me as a mother. I wish I had some way to express it. But I really can’t find the words to describe my pain.
La douleur est insoutenable pour moi en tant que mère. J'aimerais pouvoir l'exprimer. Mais je ne trouve vraiment pas les mots pour décrire ma douleur.
Ko Hla Myo Aung n'a pas pu voir sa famille avant son exécution. Son beau-père, U Myint Oo, a parlé des efforts qu'ils ont fournis pour pouvoir lui rendre visite en prison :
At first, he was held in Taungoo Prison. From there he was sent to Insein after the execution orders were confirmed. We went to Insein three times and every time, we were told that he was not there. We were not informed about his death. We could not see him for the last time before his execution.
Au début, il était détenu à la prison de Taungoo. De là, il a été transféré à Insein après la confirmation des ordres d'exécution. Nous sommes allés à Insein trois fois et à chaque fois, on nous a dit qu'il n'était pas là. Nous n'avons pas été informés de sa mort. Nous n'avons pas pu le voir avant son exécution.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220920_180837";}s:15:"20220919_160951";a:7:{s:5:"title";s:110:"L'équipe masculine de basket-ball du Soudan du Sud s'apprête à marquer l'histoire de la Coupe du Monde FIBA";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/19/274329/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274329";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 19 Sep 2022 14:09:51 +0000";s:11:"description";s:138:"Au Soudan du Sud, le basket-ball est en plein essor malgré les défis liés aux infrastructures sportives ainsi que dans sa ligue locale.";s:7:"content";s:18203:"
L'équipe de basket-ball du Soudan du Sud fait son entrée sur la scène mondiale.
Sous une pluie fine, un jeune membre d'un camp de basket-ball de la NBA Africa à Juba fait un tir en suspension lors d'un match d'entraînement auquel assiste la star sud-soudanaise des Chicago Bulls de la NBA, Luol Deng. Photo de Tim Freccia / Enough Project. Source de l'image
Le plus jeune pays d'Afrique, la république du Soudan du Sud, pourrait bientôt entrer dans l'histoire du basket-ball. En compétition pour la qualification à la Coupe du Monde FIBA qui se tiendra d'août à septembre 2023 dans les trois nations asiatiques de l'Indonésie, du Japon et des Philippines, les «Bright Stars» sont à un match de rejoindre quatre autres représentants africains dans le tournoi.
Réputé pour être le berceau des personnes les plus grandes d'Afrique, le Soudan du Sud a une riche histoire dans le monde du basket-ball. C'est ici qu'a grandi le second joueur d'origine africaine et codétenteur du titre du plus grand joueur de la ligue NBA, le regretté Manute Bol, sélectionné en 1985. Ses exploits durant les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix ont provoqué une vague d'intérêt pour le basket-ball chez les jeunes Soudanais. À sa retraite, il rentre dans son pays natal et participe activement à la guerre de libération du Soudan du Sud. Il ouvre la voie à de nombreux joueurs d'origine soudanaise, dont Luol Deng, l'actuel président de la Fédération sud-soudanaise de basket-ball.
En reconnaissance de son travail et de son engagement, Deng a reçu en juillet l'Ordre de l'Empire britannique pour son impact et son influence dans le basket-ball (il a la double nationalité anglaise et sud-soudanaise.), cimentant ses efforts pour élever le sport au-delà de son club et des frontières nationales.
Les jeunes membres d'un camp de basket-ball de la NBA Africa à Juba font des exercices avant un match d'entraînement auquel assiste Luol Deng, la star des Chicago Bulls de la NBA, réfugié sud-soudanais. Photo de Tim Freccia / Enough Project. Source de l'image
En janvier 2020, les Bright Stars ont perdu contre le Kenya lors des éliminatoires du FIBA Afrobasket, mais se sont rapidement relevés, jusqu'à devenir les favoris du tournoi de la Coupe du Monde. Mis à part cette défaite, l'équipe avait gagné quatre de ses matchs précédents. En novembre 2020, l'opportunité de se qualifier pour le tournoi d'Afrobasket s'est présentée après le retrait de l'Algérie en raison de craintes liées au COVID-19. Le tournoi réunissait le Cap-Vert, le Tchad et le Soudan du Sud, qui a pu se qualifier pour l'Afrobasket de 2021.
Deng a pris la responsabilité de constituer une équipe compétitive en réunissant de jeunes joueurs, dont beaucoup jouaient à l'étranger. Grâce à l'outil FastScout Pro, l'équipe s'est améliorée, devenant un des prétendants majeurs pour participer à la Coupe du Monde. L'outil FastScout Pro est une plateforme développée pour suivre les performances des joueurs pendant leurs matchs, fournissant aux managers et au staff technique des données à utiliser pour décider de stratégies et de comment aborder les différents matchs.
Entrant dans la prochaine étape des éliminatoires qui devrait se jouer en novembre de cette année, l'équipe sud-soudanaise se classe premiere en Afrique dans le classement de la FIBA. Certains joueurs de l'équipe nationale jouent également pour l'équipe de la ligue sud-soudanaise de basket-ball, Cobra Sport. L'équipe a participé à la Basketball Africa League 2022, collaboration entre la FIBA et la NBA afin de développer les talents locaux du continent africain et de les dévoiler au reste du monde. Cette équipe comprend des joueurs talentueux tels que Padiet Wang, qui, sortant du banc, affirme sa présence sur le terrain à la position de meneur, Deng Ring des Newfound Rangers canadiens et Nuni Omot qui participe au match à Porto Rico après avoir brièvement joué pour les Golden State Warriors et les Brooklyn Nets dans la NBA Summer League.
Un accueil en grande pompe
De retour du quatrième tour des éliminatoires de la Coupe du Monde, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a accueilli l'équipe en héros à son retour. Ce quatrième tour de matchs déterminera quelles équipes africaines participeront à la Coupe du Monde. Le cinquième tour aura lieu en novembre.
Thank you to His Excellency President Salva Kiir Mayardit for your invitation and the kind words of support! pic.twitter.com/xs7UcG5Qvm
Le temps s'est presque arrêté à l'aéroport international de Juba lors de l'atterrissage de l'équipe de basket tant attendue par la famille, les amis et les fans des joueurs. Padiet Wang, un des joueurs de l'équipe, a capturé et publié les célébrations et réjouissances sur sa page Instagram.
Alors que le cinquième et dernier tour se déroulera du 24 au 26 février 2023, les Bright Stars chercheront à se qualifier pour la Coupe du Monde pour la première fois en tant que plus jeune République démocratique du monde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220919_160951";}s:15:"20220919_152348";a:7:{s:5:"title";s:77:"Les Caraïbes répondent à l’héritage compliqué de la reine Elizabeth II";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/19/274140/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274140";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 19 Sep 2022 13:23:48 +0000";s:11:"description";s:181:"Beaucoup cherchent le juste équilibre : s’ils reconnaissent la loyauté de la reine Elizabeth II, ils ne peuvent ignorer une histoire qui leur a infligé son lot de souffrances.";s:7:"content";s:17371:"
« L'histoire retiendra… tout fut bâti sur le sang et l’injustice »
La reine Elizabeth II lors des célébrations de son 80e anniversaire à la cathédrale St. Paul, Londres, Angleterre. Photo de Michael Gwyther-Jones sur Flickr, CC BY 2.0.
Après 70 ans de règne, le pont de Londres s’est écroulé : la reine Elizabeth II, le monarque ayant battu le record de longévité sur le trône britannique, est décédée le 8 septembre à l’âge de 96 ans dans son château adoré de Balmoral, en Écosse, peu de temps après que ses médecins eurent révélé qu’ils étaient « préoccupés » par sa santé.
Un peu plus tôt dans l’année, la reine avait célébré son jubilé de platine. Dans le cadre de ces célébrations, le duc et la duchesse de Cambridge, à savoir le prince William et son épouse Catherine, avaient effectué une tournée des Caraïbes au cours de laquelle ils avaient rencontré une certaine résistance en raison de problèmes persistants liés à la colonisation. Au Belize, par exemple, la communauté Maya Q'eqchi avait organisé des manifestations en faveur des droits fonciers des indigènes, tandis qu’en Jamaïque, des citoyens exigeaient des excuses de la famille royale britannique pour son rôle dans la traite transatlantique des esclaves.
Lors de ce déplacement, la question des réparations fut également au centre des débats. En 2015, l’ancien Premier ministre britannique David Cameron avait refusé d’entamer toute discussion concernant des réparations éventuelles et avait conseillé aux Jamaïcains de « tourner la page de l’esclavage. » Pour comble d’insulte, il s’était engagé à construire une nouvelle prison sur l’île. Lors de la tournée du jubilé de la reine, le prince William n’a toutefois pas présenté d’excuses.
En raison du caractère conflictuel de cette histoire, de nombreux habitants de la région tentent aujourd'hui de trouver un équilibre délicat : si d’un côté, ils reconnaissent à la reine une vie consacrée au devoir et au service de sa nation, ils ne peuvent oublier une histoire qui leur a infligé son lot de souffrances et de combats.
Sur une discussion du groupe Facebook consacré à l’histoire du Musée virtuel de Trinité-et-Tobago d’Angelo Bissessarsingh, les membres rappellent qu’Elizabeth II s’est comportée « avec grâce et dignité », qu’elle a fait « beaucoup pour le pays et le Commonwealth » et qu’elle a rempli ses fonctions de reine « jusqu’à la fin ».
Deux jours seulement avant sa mort, la reine avait, par exemple, accompli ce qui devait être son dernier devoir constitutionnel, en nommant officiellement le 15e Premier ministre de son long règne. Le Trinidadien Mark Edghill lui a rendu hommage sur Facebook :
« Une femme attachée au devoir, à la tradition et aux protocoles. Après avoir honoré son vœu de consacrer toute sa vie à son rôle de reine du Royaume-Uni et du Commonwealth, elle peut maintenant reposer en paix.
Symbole de force et de stabilité pour le monde entier, elle a traversé des décennies de transformations culturelles, de développement et d’avancées technologiques.
Sa mort marque véritablement la fin d’une ère ! »
Quant aux gouvernements de la région, ils ont chacun reconnu le décès de la reine à leur manière :
Aujourd’hui, au nom du Gouvernement et du peuple de la Barbade, la présidente de la Barbade, Son Excellence la très honorable Dame Sandra Mason, a présenté ses condoléances, à Sa Majesté le Roi Charles III, à l’occasion du décès de la Souveraine, Sa Majesté la Reine. https://t.co/J7Cing0asC
La Banque centrale de Trinité-et-Tobago a évoqué le « riche héritage de la reine à travers l’histoire de la monnaie de Trinité-et-Tobago », tandis qu’en Jamaïque, où la reine était chef d’État, une journée de deuil national a été déclarée pour le 18 septembre, avec la consigne de ne pas organiser de célébrations.
« En 1954, deux ans après l’accession au trône de la reine Elizabeth II, un jeune poète à peine un an plus jeune que la monarque, alors âgée de 27 ans, fut jeté en prison pour avoir protesté contre la domination de l’Empire britannique sur le minuscule territoire colonial sud-américain où il était né, la Guyane britannique. La photo [qui accompagne le post de Johnson] montre ce poète, Martin Carter (qui porte des lunettes), détenu aux côtés de Cheddi Jagan, qui menait à l’époque la lutte pour l’indépendance vis-à-vis de l’Empire de Sa Majesté.
Ce mouvement se heurta à la violence du gouvernement de la Couronne et au déploiement de troupes britanniques sur ce petit territoire que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Guyana.
De cette époque, Carter a écrit :
Voici une époque bien sombre, mon amour, Des scarabées bruns grouillent sur nos terres. Le soleil brillant est caché dans le ciel, Les fleurs rouges s’inclinent en signe de chagrin atroce. Voici une époque sombre, mon amour, Voici venu le temps de l’oppression, du métal noir et des larmes. C’est le festival des fusils, le carnaval de la misère. Partout les visages des hommes sont tendus et anxieux. Qui vient marcher dans les ténèbres de la nuit ? À qui est cette botte d’acier qui piétine l’herbe fine ? C’est l’ange de la mort, mon amour, l’envahisseur inconnu Qui te regarde dormir et s’en prend à tes rêves.
N’oubliez pas votre histoire. L’image de la famille royale construite sur un savant mélange de tasses de thé, de crumpets, de révérences et de corgis, ne doit pas nous faire oublier que tout ce qui existe aujourd’hui a été bâti sur le sang et l’injustice. »
Historien né en Guyana ayant passé la plus grande partie de sa vie à la Barbade, le dernier territoire des Caraïbes à être devenu une république, le professeur Richard Drayton a comparé Elizabeth II au chanteur américain Chuck Berry et au révolutionnaire cubain Fidel Castro, évoquant « trois vies qui ont marqué le monde de la fin du XXe siècle de manière très différente » :
« Les trois ont vécu à une époque charnière de l’histoire, durant laquelle l’ordre mondial existant, anti-démocratique et raciste, l’époque des empires, de Jim Crow, et de l’acceptation de l’inégalité des statuts qui avait perduré pendant des siècles, fut bouleversé.
Né dans ce qui était alors encore une colonie britannique, pendant toute ma scolarité primaire, j’ai regardé le portrait d’Elizabeth II sur la couverture bleu clair de mes cahiers d’exercices. Les élèves avaient pour habitude de dessiner sur son portrait , en noircissant une dent de la bouche royale de temps en temps, ou en y ajoutant parfois une moustache. Ces actes de défiguration n’étaient pas délibérément antimonarchiques, mais constituaient néanmoins des actes mineurs de rébellion contre les nombreuses formes d’autorité dont nous savions, d’une certaine façon, qu’elle était le pilier.
C’est cet aspect-là qui sera occulté en cette saison d’émotions de masse obligatoire. Aussi bienveillante et bien intentionnée qu’elle ait été en tant que personne de chair et de sang, que ni vous ni moi ne connaissons, la « Reine », la figure d’autorité officielle, était pourtant le symbole d’un droit absolu non démocratique dérivé d’un statut, et non d’un contrat. Elle a survécu à Chuck et Fidel, mais alors que ces derniers étaient des ambassadeurs du futur, elle, en revanche, était une gardienne du passé. »
Notant que « l’énorme machine médiatique, privée comme publique, va chercher à manipuler l’émotion collective et la sentimentalité de masse à propos du passé, dans le but de façonner le présent et de contrôler l’avenir », Drayton a déclaré :
« Contre cette sorcellerie, utilisez vos charmes apotropaïques : dès qu’ils évoquent Liz, pensez à Fidel et à Chuck, ses psychopompes, l’escortant vers la liberté. Libérez-la pour qu’elle puisse enfin porter des treillis, fumer des cigares et marcher en canard vers l’éternité. »
Militant trinbagonais LGBTQ+ basé au Royaume-Uni, Jason Jones a résumé le flot de réactions de la manière suivante :
« Voici un moment marquant dans nos vies. Perte. Haine. Frustration. Admiration. Armes. Nous vivons tous le deuil et exprimons notre respect à notre manière. »
Malgré tout cela, la Trinbagonaise Dionne Ligoure a rappelé :
« Vous pouvez dire ce que vous voulez, elle a été LOYALE jusqu’à la fin. »
Wayne LeBlanc, animateur radio, de son côté, a déclaré :
« Alors que la couverture du décès de la reine commence, la BBC va pouvoir donner une leçon à tous les réseaux de diffusion du monde entier . »
La reine Elizabeth II reposera pendant 24 heures à la cathédrale St Giles d’Édimbourg, où le public pourra lui rendre hommage. Son corps sera ensuite transporté par avion à Londres, où elle reposera en chapelle ardente avant ses funérailles, qui devraient avoir lieu dans une dizaine de jours à l’Abbaye de Westminster, à Londres.
[Note de la rédaction (le 10 septembre 2022, 15 h 54 HST) : Une version antérieure en anglais de cet article faisait référence à une lettre écrite par des « membres de « l’UNC ». L’article a été modifié pour supprimer cette référence erronée].
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Les violences contre les enfants, notamment les filles, ont doublé cette année
Une fresque murale à l'effigie de Burulai, une étudiante en médecine de 20 ans tuée dans un poste de police par son ravisseur. Photo de Mirbek Kadraliev / ONU FEMMES via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
Ces dernières semaines, au Kirghizistan, les médias ont fait leurs gros titres sur les abus dont sont victimes les femmes et les filles. Des cas allant du « ala kachuu » (enlèvement de jeunes femmes et filles pour le mariage) aux violences sexuelles à l'encontre de mineures.
Le 11 juillet 2022 dans l'un des quartiers de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, trois hommes, âgés de 26 à 27 ans, ont enlevé une jeune femme dans le but de la fiancer. La victime s'est adressée à la police et les présumés ravisseurs ont été placés en détention pendant deux mois. À peu près au même moment, une jeune femme de 17 ans a été enlevée à Staryi Tolchok, le quartier des matériaux de construction de Bichkek. En se rendant à la pharmacie, elle a remarqué une voiture la suivant, à l'intérieur de laquelle se trouvaient deux hommes, dont l'un était un ami de son voisin. Ils lui ont proposé de la ramener en voiture. Lorsqu'elle a refusé, l'un des hommes lui a obstrué la bouche et l'a forcée à monter dans le véhicule. Ils ont ensuite conduit la jeune femme jusqu'à la maison de son voisin, d'où elle a pu appeler la police. Cependant, ses propres parents l'ont rejeté, affirmant qu'elle a jeté le déshonneur sur la famille. Elle s'est alors adressée à « Otkrytaya Liniya » (Ligne ouverte), un fonds public aidant les victimes d'enlèvement de jeunes filles au Kirghizstan.
Le Kirghizistan est un petit pays d'Asie centrale, frontalier avec le Kazakhstan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. C'est aussi le pays avec le plus fort taux d'enlèvement de filles destinées au mariage. D'après Lesia Nedoluzhko et Victor Agadjanian, chercheurs en démographie et dynamique des populations, un mariage sur trois commence par un kidnapping, en particulier dans les régions plus reculées. Malgré la pénalisation de ce délit depuis longtemps, un cas d’alu kachuu surgit quasiment une fois par semaine.
Un des exemples les plus répugnants, dont la société civile s'est indignée, est l'enlèvement en 2018 de Burulai, âgée de 19 ans. La jeune fille a été tuée par son ravisseur directement dans le commissariat, à Bichkek. Un autre cas tristement célèbre est celui d’Aizada Kanatbekova. En avril 2021, toujours à Bichkek, Aizada est enlevée par un groupe de cinq hommes. Deux jours plus tard, un berger retrouve le corps de la jeune femme et celui d'un de ses ravisseurs à l'intérieur d'une voiture entre les villages d'Arashan et de Chokmorova, dans la province du Tchouï. Ces cas ont provoqué des manifestations d'indignations, des appels aux démissions de certains membres du gouvernement ou d'autres actions légales, ainsi qu'une demande de modification des dispositions légales concernant l'enlèvement de femmes. Actuellement, le nouveau Code pénal, adopté en octobre 2021, prévoit une peine d'emprisonnement allant jusqu'à sept ans pour les enlèvements.
Les abus sexuels sur des mineures étaient également d'actualité ces dernières semaines. Un cas récent, et choquant, est celui où plusieurs hommes, dont des policiers, ont abusé sexuellement une jeune fille de 13 ans pendant environ cinq mois. En août 2021, au bazar de Dordoi, à Bichkek, un vendeur a accusé une jeune fille de 13 ans d'avoir essayé de voler des écouteurs et l'a remis aux policiers qui, la menaçant d'une peine de 10 ans de prison et d'énormes amendes, l'ont violé. Selon le père de la victime, deux policiers et un autre homme se sont échangés sa fille entre eux, l'ont intimidé et violé d'août 2021 à février 2022. Pendant la même période, à Sokuluk, un village de la région de Tchouï, les violeurs d'une autre adolescente handicapée de 13 ans ont été condamnés puis libérés, le délai de prescription du crime étant écoulé. Les procédures d'appels ont mis plus de neuf ans à être traités par les tribunaux, une période correspondante au délai de prescription, puisque les accusés étaient mineurs au moment du crime.
Ces dernières semaines, les organisations de la société civile et les militantes féministes ont appelé le gouvernement à prendre des mesures pour lutter contre les violences à l'égard des femmes et des filles, qui sont sans cesse croissantes et mettent en péril leurs vies au Kirghizstan.
Marche contre les violences faites aux enfants à Bichkek
Des exemples montrent à quel point la méfiance de la population à l'égard de la police s'accroît au Kirghizistan, étant donné qu'au lieu d'être des gardiens, les agents de la force publique deviennent des coupables et mettent en danger les femmes cherchant de l'aide. Compte tenu de l'inaction de la police et des fissures du système judiciaire, certains cas d'abus sexuels peuvent donner lieu à des situations arbitraires ou à des actions collectives. Ainsi, fin 2021, à la suite du viol d'une jeune fille de 16 ans, le tribunal dit « aksakals court » (tribunal des anciens) a décidé d'expulser du village la famille du suspect du viol.
Bien que certains représentants du gouvernement aient exprimé leurs inquiétudes face à l'augmentation de la violence à l'égard des femmes et des filles, ainsi que leurs volontés de réformer les mécanismes d'application de la loi, d'autres fonctionnaires et personnes affiliées à l'État ont souvent émis des avis ambigus. Par exemple, le Premier ministre Akylbek Zhaparov a déploré le fait que ces « mauvaises nouvelles » dans les médias nuisent au tourisme au Kirghizstan :
Если посмотрим на изнасилование маленькой девочки, об этом все написали, теперь [туристы] говорят, что не будут приезжать с детьми. Помните в прошлом году [была новость], которая висела на всех сайтах три недели, об изнасиловании 72-летней бабушки. Нажимают на любой русскоязычный сайт, казахи и русские, которые хотят приехать, читают новости и выбирают другие страны.
En voyant le viol d'une petite fille, et tout le monde en parler, [les touristes] annoncent maintenant qu'ils ne viendront pas avec des enfants. Rappelez-vous l'année dernière, [une actualité] est restée sur tous les sites Web pendant trois semaines, concernant le viol d'une grand-mère de 72 ans. En cliquant sur n'importe quel site Web en langue russe, les Kazakhs et les Russes voulant venir, vont lire les actualités et choisir un autre pays.
Les violences sexistes deviennent la norme au Kirghizistan — selon les faits de l'indice 2021/2022 sur les femmes, la paix et la sécurité, le pays est le plus dangereux pour les femmes dans la région d'Asie centrale. En 2021, le ministère de l'Intérieur kirghize a enregistré 10 151 cas de violences domestiques, une augmentation par rapport à l'année précédente. Les violences contre les enfants, notamment les filles, ont doublé cette année. En 2021, 254 cas d'enlèvements de fiancées ont été enregistrés. Or, 84 % de ces cas ont ensuite été rejetés ou interrompus. Toutefois, il faut noter que cette augmentation des chiffres ne provient probablement pas uniquement d'une augmentation des cas, mais de l'augmentation des signalements et des enregistrements de violences sexistes, due à une société commençant à accorder plus d'attention aux questions de genre.
Photo du bazar de Uzgen, dans la province d'Och, Kirghizistan. Photo de Ninara via Flickr (CC BY 2.0).
Malheureusement, la société kirghize reste patriarcale et néo-traditionaliste à bien des égards, attribuant un rôle secondaire aux femmes et ne leur permettant pas de contrôler leur avenir. Au Kirghizstan, cet aspect est de première importance : il influence les attitudes sociales, les politiques de genre et la réglementation des violences sexistes. Malgré l'engagement du pays à emprunter la voie démocratique après l'effondrement de l'Union soviétique, les violences domestiques, la traite des femmes, l'enlèvement de fiancées, les mariages d'enfants et le kélinisme (subordination forcée des nouvelles mariées à leur belle-mère et aux parents de leur mari) sont toujours pratiqués au Kirghizstan, bien qu'ils soient officiellement criminalisés.
De plus, le réveil des sentiments islamiques ajoute également de l'huile sur le feu, sapant parfois la position des femmes. Les responsables religieux s'expriment souvent sur les questions de genre avec une rhétorique discriminatoire à l'égard des femmes. Ainsi, la vidéo d'un sermon prononcé le 6 juillet 2022 par Sadybakas Doolov, l'imam d'un quartier de Bichkek, a provoqué l'indignation sur les réseaux sociaux. Il a affirmé que l'augmentation du prix de la viande sur les marchés est due à la réduction de la valeur de la « viande des femmes », reflétée par leurs robes courtes. Plus étonnant encore, l'Administration spirituelle des musulmans du Kirghizstan n'a trouvé aucun signe d'insulte à l'égard d'un groupe ou d'un individu dans le discours de l'imam.
Ce ne sont là que quelques-unes des milliers de vies brisées ayant été mises en lumière grâce aux manifestations de la société kirghize. Pendant ce temps, la mise en œuvre de la législation récemment adoptée sur les violences sexuelles, l'enlèvement de mariées et sur les violences domestiques semble profondément défectueuse et obsolète. Le public, quant à lui, développe une grande méfiance à l'égard des forces de l'ordre.
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Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique en Inde
Image reproduite avec l'autorisation de Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent résumé du rapport sur l'Inde est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
Ce rapport vise à analyser les principales motivations, méthodes et réponses à l’autoritarisme numérique en Inde. En tant que plus grande démocratie du monde, le gouvernement élu joue un rôle fondamental dans la protection des citoyen·nes contre les menaces et confère des devoirs en vertu de son mandat d’État providence. Cependant, ce rapport constate que ces mêmes récits sont utilisés pour justifier de nombreuses pratiques numériques autoritaires qui finissent par restreindre les libertés numériques des citoyen·nes. La surveillance et la censure sont effectuées pour des raisons de sécurité nationale, d’ordre public et de sécurité publique. Un tweet de soutien aux manifestations des agriculteur·rices en ligne devient une « menace » qui doit être éliminée et un rassemblement contre les politiques du gouvernement devient une « menace » justifiant la fermeture d’Internet. Les tentatives fréquentes de l’État indien de censurer le contenu en ligne et hors ligne, et qu’il estime contraire à une norme ou à une valeur, sont une manifestation du même phénomène. Par exemple, un message « anti-national » est une menace contre l’Inde qui appelle à la censure.
En plus d'être protégé contre les menaces, cet « État-providence » bien intentionné, qui vise à améliorer la vie des citoyen·nes, finit par enfreindre les libertés numériques. La technologie est rapidement utilisée pour gouverner. Dans ce sens, la sphère publique numérique du pays est presque une sphère bien organisée où il y a suffisamment de données sur chacun et une forte emprise sur qui et ce qui est accepté. Les identifications numériques, les applications mobiles et les bases de données centralisées soulèvent des problèmes d'exclusion, de surveillance et de violation de la vie privée.
L'Inde utilise de nombreuses méthodes pour restreindre les droits et libertés numériques dans les domaines de la gouvernance des données, de la parole, et de l'accès à l'information. Ensemble, ils reflètent un système où les mouvements des citoyen·nes sont surveillés et la parole est réduite. Par ailleurs, il existe une forte résistance contre ces pratiques. Les pratiques autoritaires numériques sont largement diffusées, examinées et remises en question par les membres de la société civile, les médias, le système judiciaire ainsi que les dirigeants politiques, créant ainsi un système d'équilibre des pouvoirs.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
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Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique en Tanzanie
Image reproduite avec l'autorisation de Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent résumé du rapport sur la Tanzanie est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
La démocratie est en recul en Tanzanie. Bien que constitutionnellement c'est un pays multipartite, la Tanzanie affiche les modèles d’un État à parti unique. Comme pour la plupart des gouvernements autoritaires, tout ce qui donne accès au discours public est présenté comme une « menace à la sécurité nationale ». Par ailleurs, les technologies numériques ont révolutionné la façon dont la politique se déroule en Tanzanie, et ce à travers des campagnes et des rassemblements virtuels sur Twitter ainsi qu'à l’utilisation de plateformes vidéo comme YouTube et Facebook Live pour s’adresser aux électeur·rices. Ces moyens ont permis à l’opposition de critiquer le gouvernement et de rechercher la transparence lorsque le gouvernement a interdit les rassemblements politiques.
Lorsque le président Magufuli a accédé au pouvoir en 2015, la diffusion en direct des sessions parlementaires a été interdite sous prétexte qu’il s’agissait de dépenses coûteuses pour le gouvernement. L’interdiction de la diffusion en direct des sessions parlementaires a eu pour conséquence de tenir les citoyen·nes dans l’ignorance lorsque des mesures législatives oppressives ont été présentées et adoptées sans que les citoyen·nes en entendent parler. Beaucoup de personnes ont remis en question la façon dont les lois ont été adoptées, et ce en notant que le délai était court et que la consultation publique n’était pas représentative. Parmi les lois adoptées figuraient les modifications apportées à Statics Act et au Electronic and Postal Regulations.
La Tanzanie a exercé son autorité sur les voies numériques de trois manières :
La surveillance : la gouvernance des données en Tanzanie est l’un des domaines qui a connu le moins de restrictions, car il existe encore des lois qui traitent adéquatement des questions comme la protection des données et la protection de la vie privée. Cependant, des lois comme la Loi sur la cybercriminalité donnent aux organismes gouvernementaux une marge de manœuvre pour accéder à certaines choses quand cela leur convient.
La censure d'Internet : la première coupure d'Internet en Tanzanie a eu lieu en 2020. Cela n’a pas été une surprise vu que le pays avait déjà montré des drapeaux rouges. Le contrôle et la réglementation du contenu autorisé en ligne ont amené beaucoup de personnes à croire que la Tanzanie est sur le point de construire une réplique du Grand Pare-feu chinois qui maintiendra l’espace réglementé et agité par le programme du gouvernement.
Les restrictions législatives : elles sont utilisées pour restreindre la liberté d’expression. La liberté de la presse a été étouffée par des lois ; le journalisme citoyen a été frappé, et la liberté d’expression a été qualifiée de sédition ou de désinformation. Cela permet au gouvernement d'avoir le dessus dans le contrôle des récits et la polarisation des opinions.
L’autoritarisme numérique en Tanzanie a paralysé les médias et a créé un climat de peur, de suspicion et de tension dans la société en général. Lorsque les citoyen·nes se plaignent des erreurs commises par le gouvernement, le patriotisme et le nationalisme sont régulièrement présentés comme une raison pour les citoyen·nes de ne pas partager sur les médias sociaux les mauvais côtés de la vie publique en Tanzanie.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220916_165014";}s:15:"20220916_164229";a:7:{s:5:"title";s:41:"Soudan : rapport de The Unfreedom Monitor";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/16/274287/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274287";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 16 Sep 2022 14:42:29 +0000";s:11:"description";s:99:"La recherche d'Advox sur l'autoritarisme numérique au Soudan fait maintenant l'objet d'un rapport.";s:7:"content";s:5657:"
Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique au Soudan
Image reproduite avec l'autorisation de Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent rapport sur la lutte du Soudan contre l'autoritarisme numérique est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
L’autoritarisme numérique est une tendance mondiale croissante, mais il existe peu de données comparatives sur la façon dont le phénomène se manifeste dans différents pays du monde. Le Unfreedom Monitor est une initiative de Global Voices Advox qui vise à comprendre, cartographier et comparer le phénomène dans différents contextes, notamment au Soudan. Cet article examine les défis auxquels les soudanai·ses sont confronté·es dans l’espace numérique en étudiant les motifs, les méthodes ainsi que les outils des autoritaires et les réponses des personnes qui tentent de contourner l’autoritarisme numérique.
L’étude a combiné la méthode de l’Observatoire des médias civiques de Global Voices avec une analyse qualitative des enjeux contextuels autour de l’autoritarisme numérique, et ce pour définir les principales caractéristiques de l’autoritarisme numérique au Soudan. Le document stipule que la crainte de devoir rendre des comptes, la peur de perdre le pouvoir, la protection des intérêts privés et familiaux, la protection des alliances existantes et d’autres considérations idéologiques poussent les autocrates soudanais à copier les techniques des autoritaires dans d’autres contextes.
Bon nombre d'outils et de méthodes déployés au Soudan visent à mettre fin aux activités en ligne. Les méthodes ne se limitent pas à la censure et à la désinformation, mais comprennent également un comportement inauthentique coordonné (CIB), la révocation de l’accès et l’adoption de lois souples. Le gouvernement a recourt également à des lois afin d'autoriser l’autoritarisme numérique et donner à ses tactiques la couverture de la légalité. Le gouvernement a accès à toutes les infrastructures de télécommunications (centres de données et bureaux), ce qui menace la sécurité du cyberespace et la vie privée des utilisateur·rices. Pourtant, il y a une résistance. Cette recherche a révélé que les citoyen·nes au Soudan et à l'étranger ont utilisé diverses méthodes pour contourner la répression numérique et se défendre contre la violence de l’État, et ce physiquement ainsi que dans le cyberespace.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220916_164229";}s:15:"20220916_160217";a:7:{s:5:"title";s:77:"Des portraits de militants disparus défilent dans le centre-ville de Bangkok";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/16/274068/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274068";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 16 Sep 2022 14:02:17 +0000";s:11:"description";s:71:"« Personne ne devrait disparaître parce qu'il pense différemment. »";s:7:"content";s:9779:"
Manifestations tenues lors de la Journée internationale des victimes de disparition
Des manifestants se déguisent avec des sacs en plastique et arborent des pancartes montrant des photos de militants thaïlandais portés disparus. Photo et légende de Prachatai. Utilisées avec permission.
Cet article a été publié pour la première fois par Prachatai, un site d'information thaïlandais indépendant ; il est republié par Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Pour marquer la Journée internationale des personnes disparues, le 30 août, une douzaine de personnes affiliées au groupe d'étudiants militants Mok Luang Rim Nam se sont rassemblées à l'intersection de Ratchaprasong, dans le centre de Bangkok. Les militants se sont postés sur la place Siam pour sensibiliser la population au problème des disparitions forcées. Chaque manifestant portait sur lui une pancarte avec la photo d'un des militants enlevés, dont certains ont ensuite été retrouvés morts.
Les manifestants portaient les photos de Porlajee Rakchongcharoen, Surachai Danwattananusorn, Wanchalearm Satsaksit et Siam Theerawut — les victimes thaïlandaises de disparition forcée. Accrochant les photos des victimes autour de leur cou, certains d'entre eux s'étaient même recouvert la tête d'un sac plastique, évoquant ainsi une des techniques de torture par étouffement.
Porlajee Rakchongcharoen est un militant écologiste de Karen, vu pour la dernière fois lorsqu'il a été arrêté par les responsables du parc national de Kaeng Krachan, dans la province de Phetchaburi. Surachai Danwattananusorn, un militant chevronné qui avait fui le pays après le coup d'État de 2014, a disparu en décembre 2018 dans un pays voisin, et son corps a ensuite été retrouvé à la frontière entre la Thaïlande et le Laos. Siam Theerawut a lui aussi fui en 2014 et a été arrêté par les autorités vietnamiennes en 2019 avant son extradition signalée vers la Thaïlande. On ignore toujours où il se trouve.
S'exprimant sur le sujet, Tanruthai Thaenrut a déclaré que ce groupe de militants voulait sensibiliser l'opinion publique sur le sujet des disparitions forcées, pour leur dire que le gouvernement feint d'ignorer ces disparitions et fait taire les gens pour que la situation semble normale.
En 2020, un rapport du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires des Nations unies estime qu'il y a au moins 75 victimes de disparition forcée en Thaïlande. Depuis le coup d'État militaire de 2014, neuf réfugiés politiques thaïlandais vivant dans des pays voisins ont été portés disparus. Deux d'entre eux ont été retrouvés morts par la suite. Aucun progrès n'a été enregistré dans les enquêtes sur les sept autres disparitions.
Des policiers en uniforme ont été vus montant la garde au siège de la police nationale sur le chemin de la place Siam. Des policiers en civil auraient pris des photos des participants à la manifestation avant le début de celle-ci.
Lorsqu'ils sont arrivés à destination, le responsable du poste de police de Pathumwan est arrivé avec d'autres officiers de police, pour surveiller discrètement la situation.
Pendant le rassemblement, des militants ont mis en scène une action symbolisant un enlèvement. L'un des participants a placé un sac noir sur la tête de Tanruthai alors qu'elle prononçait un discours. Deux autres l'ont ensuite emportée pendant que d'autres militants criaient « Libérez nos amis ».
Photo de Wanchalearm Satsaksit, une des militantes disparues en exil. Source: Prachatai.
Mint, une danseuse traditionnelle thaïlandaise devenue militante et qui a participé à la marche, a déclaré que ce petit sketch montrait bien que tout le monde pouvait être victime d'une disparition forcée. Elle a rappelé que l'avocat défenseur des droits humains, Somchai Neelapaijit, a été enlevé en plein Bangkok, et elle a ajouté que le sort de la plupart des personnes disparues reste inconnu.
« La prochaine personne à disparaître, ça pourrait être vous. Ça pourrait être n'importe qui, tous ceux qui veulent parler des problèmes, tous ceux qui veulent une vraie démocratie, tous ceux qui veulent exprimer leur opinion », a déclaré Mint.
Mint a remarqué qu'au moment où ils organisaient leur marche, des femmes policières ont été déployées dans la zone, probablement pour les éloigner du lieu de la manifestation.
Je ne vois pas en quoi se souvenir de personnes disparues est une menace pour la sécurité nationale. Pensez-vous que nous représentons une menace pour la sécurité nationale ? Est-ce que quelqu'un ici présente possède une armée ? Est-ce que j'ai une arme ? Non. Est-ce que j'ai des soldats ? Non. Je n'ai que vous, les journalistes, moi-même, et un sac. Je n'ai pas de gardes du corps. Je pourrais disparaître à tout moment.
Nous avons organisé cet événement pour rappeler les phénomènes bizarres qui se sont produits dans ce pays. Ils appellent cela une démocratie, mais vous pouvez être enlevé ou tué pour avoir simplement exprimé votre opinion.
Chan (pseudonyme), 18 ans, un autre participant qui figurait sur la liste des personnes à surveiller par les autorités, a déclaré qu'il souhaitait que les policiers fassent preuve d'empathie envers leurs victimes.
… Pensez à la peine des familles que l'on a obligées à vivre avec la douleur d'une disparition. Un jour, cela pourrait être un de vos proches. N'utilisez pas l'excuse des « supérieurs qui l'ont ordonné » – demain, ce pourrait être vos enfants ou petits-enfants qui seront touchés.
Personne ne devrait disparaître parce qu'il pense différemment.
Avant la fin de la manifestation, des militants ont mis en scène une action symbolisant un enlèvement. L'un des participants a placé un sac noir sur la tête de Tanruthai alors qu'elle prononçait un discours. Deux autres l'ont ensuite emportée. #InternationalDayoftheDisappearedpic.twitter.com/XFxm7f3vcZ
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Extrait de la recherche Advox sur l’autoritarisme numérique au Zimbabwe
Image reproduite avec l'autorisation de Ameya Nagarajan
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. The Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique. Le présent résumé du rapport sur le Zimbabwe est tiré de la série de rapports découlant de la recherche menée dans le cadre de The Unfreedom Monitor. Cliquez ici pour lire le rapport complet.
L’autoritarisme numérique au Zimbabwe a commencé dans la période coloniale où le régime rhodésien a mis en œuvre des politiques de communication et de gestion des médias fondées sur le renforcement de l’image du gouvernement de l’époque. Dirigé par Robert Mugabe, le gouvernement indépendant a également encouragé un environnement médiatique restrictif avec des lois visant à réglementer et étouffer les voix dissidentes. Aux prémices d'Internet au milieu des années 90, l’espace n’était pas considéré comme une menace réelle, car la plupart des citoyen·nes n’avaient pas encore adopté les technologies de l’information et de la communication. Lorsque Facebook est devenu populaire et a été considéré comme la nouvelle source d’information en 2010, et ce, dans un environnement médiatique fortement polarisé, l’État a commencé à s'intéresser aux médias que la population consommait.
Le motif principal de la répression numérique identifié dans la recherche est basé sur un désir global de maintenir l'état actuel des choses et l’hégémonie, où seulement quelques-un·es de l’élite dirigeante se sentent en droit de propriété du pays. Par exemple, la menace d’un changement révolutionnaire inspiré par la mobilisation des réseaux sociaux a dû être neutralisée. Le coup d’État militaire de novembre 2017, qui a destitué Robert Mugabe, n’a pas conduit à un changement fondamental, mais a plutôt fourni un terrain fertile pour une approche plus militarisée de la gouvernance, sans vraiment tenir compte du constitutionnalisme. Le régime actuel modifie continuellement la constitution de 2013 acceptée au niveau national, alors que le Président cherche à accroître l’influence du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire et législatif. Consciente de l’importance stratégique des médias et de la sphère numérique en ligne, la junte militaire au pouvoir voit les deux espaces non pas comme un moyen de permettre aux citoyen·nes de participer aux processus démocratiques, mais plutôt comme des outils de consolidation du pouvoir politique. La mesure politique et juridique dans laquelle l’État zimbabwéen est disposé à utiliser la technologie pour maintenir l'état actuel des choses dépend grandement de son contexte national, et le succès de tout régime de droits numériques établi dépend de son contexte politique et national.
La loi a joué un rôle clé dans ce processus. Une loi habilitante a été adoptée pour entraver la dissidence légitime contre les politiques impopulaires et les méthodes de leadership politique. Cette nouvelle loi a une incidence sur les droits numériques car elle favorise le contexte oppressif. L’influence des gouvernements et des entreprises étrangères sur l’environnement numérique du Zimbabwe est également un enjeu majeur. Comme le montrera cette étude, le régime autoritaire cherche par tous les moyens à survivre dans un paysage politique et économique en constante évolution créé par la mondialisation, et ce, en recourant à des méthodes telles que l’utilisation des technologies de surveillance, la collecte non contrôlée de données biométriques des citoyen·nes, et la promulgation d’une législation draconienne. Les principaux acteurs identifiés comme fournissant au gouvernement des technologies numériques répressives sont tout aussi complices des violations des droits numériques et de la fermeture de l’espace civique sur les plateformes en ligne et hors ligne.
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
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Lors de ses apparitions et de ses discours, le Premier ministre Narendra Modi a déclaré que la présente décennie est celle de la « Techade indienne », une révolution numérique au niveau de base qui touche tous les peuples et qui « peaufine » tous les aspects de la politique, de l’économie et de la société.
Cependant, alors que le leader de la plus grande démocratie du monde exhorte les citoyen·nes à exploiter la capacité numérique, et ce afin d'assurer un avenir meilleur au pays, la numérisation rapide de l’Inde s’est accompagnée de nombreuses pratiques qui touchent les libertés des citoyen·nes. En plus de l’arrestation en vertu de fausses accusations de journalistes et de critiques de l’État, et ce pour ce qu’iels publient sur les réseaux sociaux, le gouvernement indien aurait utilisé le spyware Pegasus contre ses opposants. Twitter et l’État indien sont engagés dans un conflit juridique sur les demandes de retrait. Tout cela se produit en l’absence d’une loi sur la protection des données pour soutenir les libertés fondamentales telles que le droit à la vie privée.
Dans notre récent rapport sur l’Inde réalisé dans le cadre du projet Unfreedom Monitor de Global Voices Advox, nous nous appuyons sur nos recherches pour mettre en évidence les incidents d’autoritarisme numérique en Inde et la façon dont ils sont abordés dans un certain nombre d’espaces médiatiques, y compris les réseaux sociaux.
Rejoignez notre événement numérique en direct sur YouTube, et ce, le 22 septembre à 11h00 GMT/16h30 IST pour une discussion sur ce rapport et la manière dont les acteurs de la société civile résistent à ces pratiques autoritaires. La session aura lieu le 22 septembre à 11h00/16h30 IST. L'inscription est gratuite et ouverte au public. Inscrivez-vous en cliquant sur le lien ci-dessous pour recevoir un rappel de l'événement :
L’événement sera animé par Setu Bandh Upadhyay, chercheur en politique technologique et droits numériques et chercheur pour l’Observatoire des médias civiques de Global Voices. Il mettra en vedette les intervenant·es suivant·es :
Pratik Sinha est le cofondateur de Alt News, un site indien de vérification des faits qui s’engage à démystifier la désinformation et les informations erronées sur les réseaux sociaux et les médias grand public.
Shubhangi Heda est chercheuse pour le projet de l’Observatoire des médias civiques de Global Voices et doctorante à l’Université de technologie du Queensland. Son principal objectif de recherche a été de travailler sur des questions liées à la politique des médias et des technologies. Elle a auparavant travaillé comme analyste des politiques sur des questions relatives à la vie privée, à la liberté d’expression ainsi qu’ à la gestion des données.
Ava Haider est analyste de recherche à l’Aapti Institute où elle s’intéresse aux écosystèmes numériques de développement, au progrès social par la technologie et aux formes de représentation en ligne. Avant de se joindre à Aapti, Ava a travaillé comme chargée de cours à l’Université Ashoka où elle a enseigné la théorie politique aux étudiant·es et aidé à créer des programmes d’études en ligne pendant les premiers mois de la COVID-19. Par son travail, elle cherche à élargir les bourses d’études pour la politique, l’identité, ainsi que la numérisation en Inde.
Nous avons hâte de vous rencontrerle jeudi 15 septembre à 11h GMT/16h30 IST (cliquez ici pour passer à votre fuseau horaire local).
The Unfreedom Monitor
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. Le Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
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L’Assemblée législative — et le processus législatif — est l’un des trois piliers de la démocratie, inscrite au cœur même du système politique. Le système juridique et le processus législatif visent à protéger les citoyen·nes d’une démocratie. Pourtant, dans nos recherches pour le Unfreedom Monitor, nous avons constaté à maintes reprises comment les États autoritaires, ainsi que les États prétendument démocratiques, utilisent les lois promulguées pour protéger les citoyen·nes comme des outils pour tirer parti des actions, des paroles et même de la présence des personnes dans les espaces numériques pour restreindre leur liberté d'expression.
En Turquie, par exemple, chaque modification des lois relatives à la présidence des télécommunications et des communications (TIB) lui permet de prendre des mesures unilatérales contre les citoyen·nes. Au Zimbabwe, la Loi sur la protection des données porte atteinte aux droits numériques du peuple et permet également à l’État d’infiltrer légalement les espaces en ligne. Depuis 2012, la Russie a adopté plusieurs lois pour restreindre et surveiller l’utilisation d’Internet et la liberté d’expression des citoyen·nes. La loi de 2015 sur la cybercriminalité en Tanzanie permet au Gouvernement d’intercepter des données et de rechercher des données personnelles spécifiques auprès des fournisseurs d’accès Internet. Pendant ce temps, en Inde, une série de lois (certaines non liées à la sphère numérique) sont utilisées contre les critiques vocales de l’État.
Rejoignez notre événement numérique en direct sur YouTube, et ce, le 15 septembre à 14h00 GMT pour une discussion sur le droit, la technologie et la démocratie. L'inscription est gratuite et ouverte au public. Inscrivez-vous en cliquant sur le lien ci-dessous pour recevoir un rappel de l'événement :
La discussion sera animée par Ellery Biddle, ancienne directrice d’Advox et actuellement rédactrice en chef chez Coda Story. Elle mettra en vedette les intervenant·es suivant·es :
Alok Prasanna Kumar, cofondateur du Vidhi Centre for Legal Policy, dont les domaines de recherche comprennent le droit constitutionnel, la gouvernance urbaine et le droit technologique. Il est chroniqueur au Economic and Political Weekly et au Deccan Herald.
Laís Martins, une journaliste brésilienne actuellement basée à São Paulo. Elle fait des reportages pour les médias brésiliens et internationaux sur la politique, les droits humains, la technologie et bien plus encore. Membre du Pulitzer Center, elle est la chercheuse du Unfreedom Monitor pour le Brésil.
Nous avons hâte de vous rencontrerce jeudi 15 septembre à 14 h GMT (cliquez ici pour passer à votre fuseau horaire local).
The Unfreedom Monitor
Les régimes autoritaires entretiennent depuis belle lurette une relation compliquée avec les médias et les technologies de communication. Le Unfreedom Monitor est une initiative de recherche de Global Voices Advox qui examine le phénomène croissant de l’autoritarisme en réseau ou numérique.
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Douban, le premier réseau social à utiliser un traceur numérique
Image créée à partir d'une capture d'écran de Douban.com
Au moins deux plateformes de réseaux sociaux chinois ont ajouté un script à leurs sites et applications dans le but de générer un filigrane numérique caché (盲水印). Ce dernier permettrait de retrouver l’utilisateur à l’origine du partage de capture d’écran.
Un filigrane numérique est un signal numérique codé et intégré dans des données audio, vidéo ou image. Il est généralement utilisé pour identifier les droits d’auteur. Toutefois, cette technologie semble avoir été modifiée à des fins de censure en Chine.
Cependant, ce signal semble avoir été modifié à des fins de censure en Chine. En raison de la forte censure s’opérant dans le pays, de nombreux utilisateurs se sont tournés vers des plateformes de réseaux sociaux moins connues afin d’échanger leurs points de vue. Lorsqu’ils voient des informations importantes ou des discussions intéressantes, les utilisateurs font souvent des captures d’écran. Ensuite, ils partagent ces images sur des plateformes publiques telles que Twitter. Cette pratique donne du fil à retordre aux autorités de censure quant à la recherche de l’auteur de l’action.
Le script d’encodage du filigrane d’un site Web ou d’une application peut insérer un code numérique caché dans une image de capture d’écran. Le code contient des informations sur la source de l’image, l’heure et la date de publication, mais aussi sur l’utilisateur qui a fait la capture d’écran. Le filigrane caché peut être révélé en modifiant la coloration de l’image.
Douban est le premier réseau social à avoir ajouté le script du filigrane caché. Cette plateforme regroupant plus de 200 millions d’utilisateurs fonctionne sous forme de partage de contenus liés au cinéma, aux livres, à la musique et aux actualités. Beaucoup ont utilisé ce média pour créer des groupes d’étude. Les groupes féministes et LGBTQ+ y sont très actifs. Ce site populaire regroupe un grand nombre d’activistes et de sous-cultures tels que les Tangping. Mais, ils se trouvent aujourd’hui pris pour cible.
En décembre 2021, Pékin a ordonné aux app stores de supprimer plus de 100 applications, dont Douban, en faisant référence à des problèmes de confidentialité et de sécurité des données. En mars 2022, des membres du groupe de travail spécial de l’Administration chinoise du cyber-espace se sont rendus au siège de Douban pour « rectifier le sérieux chaos en ligne ». Le mois suivant, la plateforme a ajouté la fonction de filigrane caché à son application de chat en ligne.
Selon l’explication officielle de Douban, le filigrane généré automatiquement comprend : des informations sur l’ID de l’utilisateur qui effectue la capture d’écran, l’ID de l’utilisateur qui possède ou publie le contenu. L’heure et la date sont également visibles.
Une première analyse technique montre que les empreintes de l'utilisateur dans le filigrane ne peuvent pas être effacées par les opérations courantes de retouche après capture d'écran, telles que la rotation, le recadrage, le redimensionnement, la pixellisation et le réglage du contraste de l'image.
Si certains ont fait remarquer que la fonction filigrane dissuaderait les utilisateurs de faire le lien entre les informations d’une plateforme à l’autre, les discussions de groupe de Douban étant considérées comme privées, elle n’a pas déclenché de grande controverse.
Toutefois, les internautes ont été préoccupés lorsque Zhihu, un site de questions-réponses, a commencé à tester la fonction de filigrane caché en début septembre 2022. L’utilisateur Twitter @inroading a révélé le code caché en modifiant la couleur de sa capture d’écran :
Après Douban, Zhihu (site Web et application mobile) a également ajouté la fonction de filigrane caché. Le partage de captures d’écran est devenu risqué. pic.twitter.com/qv40fSXt7e
Zhihu semble avoir suspendu le script de filigrane une fois que les utilisateurs ont partagé leurs inquiétudes. Néanmoins, beaucoup craignent que la censure chinoise finisse par imposer ces fonctionnalités sur les principales plateformes de réseaux sociaux du pays.
Par ailleurs, nombreux sont ceux qui partagent les moyens d’outrepasser la fonction filigrane. Voici une suggestion simple :
Il est facile de dissimuler des traces. Étape 1 : Faites une capture d’écran. Étape 2: Ouvrez la capture d’écran dans l’album de l'appareil, effectuez une nouvelle capture d’écran. https://t.co/ochRV8EVpi
";s:7:"dateiso";s:15:"20220914_131925";}s:15:"20220914_115022";a:7:{s:5:"title";s:80:"L’histoire d’un projet de développement qui a détruit un village en Angola";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/14/274052/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=274052";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 14 Sep 2022 09:50:22 +0000";s:11:"description";s:165:"Débutés fin 2019, les travaux du canal visent à lutter contre les effets de la sécheresse, du manque de pluie et des pénuries d’eau dans la province de Cunene";s:7:"content";s:11291:"
Les résidents et les villageois n’ont jamais été indemnisés
Cafu Pumping Station | Photo: Simão Hossi/Global Voices
Le canal de Cafu, un système de transfert d’eau du fleuve Cunene, en Angola, a été ouvert en avril 2022. Ce système est chargé d’approvisionner les municipalités d’Okwanyama, Ombandja et OuNamakunde en eau, ainsi que les zones de Ndombondola et Ombala-Yo-Mungo, dans la province de Cunene, dans le sud du pays.
Inaugurée par le Président de la République, João Lourenço, la construction du canal a entraîné la destruction des fermes, des maisons, des cultures, des chimpacas (étangs ouverts), des bosquets de fruits sauvages et d'autres installations communautaires de centaines d'habitants et de villageois. Les habitants affirment n’avoir été ni informés du projet ni consultés quant aux modalités d’exécution, et n’avoir reçu aucun dédommagement pour les pertes subies.
La construction du canal a débuté fin 2019 dans le but de lutter contre les effets de la sécheresse dans la province de Cunene.
Bombagem do Cafú | Foto: Simão Hossi/Global Voices
Les habitants des villages et communautés d'Onamwenho, Oukango, Oshikololo Sha Nanga, Onanime, Epolo, Omatemba et Onangwena ont tous été affectés par le développement. Le canal, long de plus de 160 kilomètres, traverse d'innombrables communautés et villages. On ne sait pas avec certitude combien de personnes ont été touchées par cette situation.
Depuis lors, le projet est devenu l’une des plus grandes attractions touristiques pour ceux qui visitent cette partie du pays.
Que disent les habitants ?
Lors de ses visites au sein des communautés entre mai et juin 2022, Global Voices a interrogé plusieurs personnes, notamment, des anciens et des chefs de communauté vivant dans les villages susmentionnés.
Cafú Pumping | Photo: Simão Hossi/Global Voices
Global Voices s’est, par exemple, entretenu avec deux femmes du village d’Oshamutitima, à un peu plus de 50 kilomètres de la capitale Ondjiva. Reginalda Longehiliwa, âgée de 63 ans, a déclaré ne pas être opposée au projet de canal, mais elle n’est juste pas satisfaite de la façon dont l’entreprise de construction (Sinohydro) a mené les travaux.
Elle a expliqué, par exemple, qu’elle n’avait même pas eu connaissance de l’existence d’une étude d’impact environnemental dans la région, notamment pour évaluer les dommages potentiels liés à la réalisation des travaux.
Não houve consultas, se houve, aqui na aldeia não chegou, não houve informações para as pessoas daqui na aldeia (comunidade). Nós fomos surpreendidos com a presença dos homens a fazerem as marcações, desmatando o percurso onde passou o canal.
Nós só estamos a ver as destruições dos nossos bens, divisão das nossas lavras, divisão das nossas casas com as dos nossos filhos, sem mesmo sabermos onde e a quem reclamar ou ainda pedir informações e contas sobre uma possível compensação, indenização dos bens que perdemos com a existência do canal.
« Il n’y a pas eu de consultations des habitants. S’il y en a eu, en tout cas, elles ne sont pas arrivées jusqu’ici : les gens du village (communauté) n’ont reçu aucune information. Nous avons été surpris de voir apparaître un jour des hommes pour faire les marquages et dégager le chemin où devait passer le canal.
Tout ce que nous voyons, c’est la destruction de nos biens, la division de nos fermes, la destruction de nos maisons et celles de nos enfants, sans savoir où ni à qui se plaindre, ni même où demander des informations et des comptes sur les possibilités de dédommagement pour les biens que nous avons perdus à cause de la construction du canal. »
Elle affirme que ce sont les membres du village qui lui ont appris que des travaux étaient en cours pour construire un canal.
Ninguém aqui na comunidade recebeu uma compensação ou foi indemnizado pelas perdas dos seus bens, lavras, árvores frutíferas, cultivos, chimpacas, casas e outros bens da comunidade.
« Personne ici dans la communauté n’a obtenu de compensation ni n’a été dédommagé pour les pertes subies : les pertes de biens, de récoltes, d’arbres fruitiers, de cultures, de chimpacas, de maisons et de bien d’autres ressources appartenant à la communauté. »
Selon certains villageois, peu de temps après l’inauguration du canal de Cafu, les autorités ont invoqué les avantages dont allait pouvoir bénéficier la communauté pour justifier l’absence d’indemnisation, comme l’a mentionné l'une de nos personnes interrogées :
As respostas que recebemos das autoridades é que a melhor recompensa, indemnização ou mesmo reparação dos danos causados e destruições dos nosso bens eram ou seja se refletiam na entrega do canal que leva a água para os aldeões que vivem perto ou arredores do percurso do Canal do Cafú, a (menina bonita) da província do Cunene.
« La meilleure récompense, compensation ou même réparation que nous pouvons obtenir pour les dommages causés et la destruction de nos biens, c’est l’existence même du canal, qui transporte désormais l’eau jusqu’aux villageois vivant dans la région ou près du Canal de Cafu. Voici la réponse que nous avons obtenue de la part des autorités. »
Cafú Pumping Station | Photo: Simão Hossi/Global Voices
Pour Engracia Tulengepo, âgée de 48 ans, également résidente de la communauté d’Oshamutitima, le projet du canal est bien un moyen de résoudre ses problèmes de pénurie d’eau.
Elle affirme par exemple manquer de nourriture en raison de l’absence de pluie pour faire pousser le massango dans la région Oukwanyama, dans la province de Cunene. Le massango, céréale angolaise, est le produit agricole le plus important de la région, suivi du bétail. Cependant, ses champs et ses pâturages ont été complètement détruits pendant la construction du canal ; or, la récupération de ces espaces reste sa principale préoccupation.
La résidente ne savait rien des travaux avant qu’ils ne démarrent ni n’a été informée sur les raisons du projet. Elle a déclaré, elle aussi, que les habitants n’avaient jamais été consultés au sujet du canal :
Não houve compensação ou indemnização pela destruição dos nossos bens mais preciosos, as nossas lavras, as nossas terras, os nossos cultivos, as nossas chimpacas, zonas de pastos dos nossos animais. Estou ciente de que os benefícios que o canal trará para as nossas vidas, após as conclusões das obras.
« Je suis consciente des bénéfices que le canal apportera à nos vies, après l’achèvement des travaux. Cependant, nous n’avons pas reçu de réparation ni d’indemnisation pour la destruction de nos biens les plus précieux, de nos fermes, de nos terres, de nos cultures, de nos chimpacas, ou des zones où paissent nos animaux. »
Le canal est le premier ouvrage de ce type en Angola et est présenté comme une réalisation politique majeure par l'actuel président, en campagne pour sa réélection. On ignore quelle est la position des autorités judiciaires pour résoudre l’affaire de l’absence de dédommagements de ces villageois. En attendant, ces derniers restent livrés à eux-mêmes.
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Le journaliste a été reconnu coupable de corruption
Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.
L’article original a été publié sur OC Media. Une version révisée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
Le 16 mai, le palais de justice de Tbilisi a condamné le célèbre journaliste et directeur de Mtavari Arkhi, une chaîne de télévision de l'opposition, à trois ans et demi de prison pour corruption. Gvaramia, 45 ans, a été reconnu coupable d'abus de pouvoir lors de son passage sur une autre chaîne de télévision, Rustavi 2, en 2019. La cour a également porté des accusations de détournement de fonds contre le journaliste, lui demandant de payer une amende de 50 000 laris (environ 16 130 euros).
D'après Radio Liberty, la cour a également infligé une amende au coaccusé, Kakhaber Damenia, ancien directeur financier de Rustavi 2, pour détournement de fonds. Zurab Lashvili, l'autre coaccusé et directeur de l'agence de presse d'Inter Media Plus, a été acquitté de tous les chefs d'accusation.
Gvaramia a été condamné pour la première fois en 2020 pour abus de pouvoir, corruption commerciale, falsification de documents, et détournement de propriété chez Rustavi 2. Il a été reconnu non coupable pour les trois derniers chefs d'accusation.
D'après des sources, Gvaramia criait « Bien joué !» au tribunal après l'annonce du jugement. Le journaliste a également écrit sur sa page Facebook, « Restez avec Mtavariand et soyez libres avec nous ! Tout va bien se passer, » peu de temps avant d'avoir été conduit loin du tribunal.
Le dossier d'accusation reposait sur une Porsche Macan S ayant une valeur de 76 700 liras (environ 24 740 euros) qui a été donnée à Rustavi 2 au début de l'année 2019 en échange de publicités sur la chaîne. Les procureurs ont affirmé que la voiture a été achetée pour servir à la famille de Gvaramia.
Alors qu'il n'était pas membre du parti au pouvoir, le Mouvement national uni (UNM), Gvaramia occupait un certain nombre de postes de responsabilité pendant la direction du parti et reste l'un des fervents défenseurs du parti. Il a également été le représentant légal de l'ancien Président Mikheil Saakashvili devant le tribunal. Gvaramia est avocat de formation.
Dimanche, le défenseur public géorgien a rappelé à la cour son précédent mémoire d'amicus curiae dans lequel il ne trouvait aucune raison de poursuivre M. Gvaramia sur le plan pénal ou sur le plan juridique.
Transparency International Georgia a publié [ka] une déclaration condamnant la décision comme étant politiquement motivée. Le groupe a déclaré que les poursuites contre Gvaramia n'étaient autres que la continuation de la campagne de « persécution politique » contre les critiques du gouvernement et que cela lance un message fort à d'autres médias critiques » :
Recent criminal cases launched against the founders or family members of critical media outlets, the failure to prosecute the organizers of the 5 July 2021 violence, the increasing number of cases of physical retaliation against journalists, and other ineffective investigations have shown that critical media activities have become dangerous.
Les dernières affaires criminelles lancées contre les fondateurs et les membres de la famille des médias critiques, l'absence de poursuites contre les organisateurs des violences du 5 juillet 2021, l'augmentation du nombre de cas de représailles physiques contre les journalistes, et autres enquêtes inefficaces ont montrées que les activités des médias critiques sont devenues dangereuses.
Les actes d'accusation font suite à la décision de 2019 de la Cour européenne des droits de l'homme confirmant la décision de la Cour suprême de Géorgie de transférer la propriété de Rustavi 2 à son ancien propriétaire, Kibar Khalvashi, qui est vu comme une personne proche du gouvernement au pouvoir. Suite au verdict controversé, Gvaramia et son équipe ont construit une toute nouvelle chaîne, Mtavari, à partir de rien.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220912_170157";}s:15:"20220909_170440";a:7:{s:5:"title";s:78:"À la rencontre de l'équipe à l'origine de la marche des fiertés de Bangkok";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/09/273319/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273319";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 09 Sep 2022 15:04:40 +0000";s:11:"description";s:236:"Après vingt ans, une marche des fiertés s'est tenue à Bangkok, attirant de nombreux membres de la communauté LGBTQ+, des travailleurs du sexe, des féministes, des dissidents politiques et des défenseurs des droits des entreprises.";s:7:"content";s:14723:"
La première marche des fiertés en 15 ans a attiré 10 000 participants
Des organisateurs de la marche des fiertés de Naruemit posent pour des photos (Bangkok, le 6 juin). Photo : Prachatai
Cet article écrit par Teeranai Charuvastra a été initialement publié par Prachatai, un site d'informations indépendant en Thaïlande. Une version éditée est republiée par Global Voices, dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Après une interruption de presque deux décennies, la marche des fiertés a brillamment fait son grand retour à Bangkok (Thaïlande) le 5 juin, attirant de nombreux membres de la communauté LGBTQ+, des travailleurs du sexe, des féministes, des dissidents politiques, et des défenseurs des droits des entreprises.
Dans une interview accordée à Prachatai English, ses organisateurs ont déclaré que l'événement a été d'un tel succès qu'ils ont eux-mêmes été surpris. Enhardis par cet accueil enthousiaste, ils ont à présent pour objectif d'étendre la lutte pour l'égalité des genres au-delà de Bangkok, en organisant des campagnes de fierté similaires à travers le pays. Ils partagent également ce qu'ils retiennent de l'événement : la manière dont ils ont pu obtenir un soutien si énorme dans une Thaïlande à majorité conservatrice, et comment la récente élection de Chadchart Sittipunt en tant que Gouverneur de Bangkok a complètement fait basculer le soutien public de leur côté.
Tout au long de la journée, la marche des fiertés de Naruemit, qui signifie « création » en thaï, comprenait des discours, des spectacles de drag et des soirées dansantes tout au long de la journée. Aucun chiffre de participation n'a été publié, mais un des organisateurs a déclaré que l'événement a rassemblé environ 10 000 personnes.
I felt really proud. It’s an empowering experience, to know that what we did brought a bit of life back to our city and its people. And I was really touched, because I could feel that people had fun and hope, taking pride in the diversity of gender identities.
J'étais très fière. Savoir que l'on a ramené un peu de vie dans notre ville et sa population est une expérience enrichissante. J'étais également très émue parce que je pouvais ressentir que les gens s'amusaient et que cela nourrissait leurs espoirs, et qu'ils étaient fiers de la diversité des identités de genre.
Le défilé a attiré de nombreux profils de participants : des membres de la communauté LGBTQ+ et leurs sympathisants aux militants des droits des femmes, en passant par des touristes étrangers, des travailleurs du sexe, des défenseurs du mariage de personnes de même sexe, et des critiques du gouvernement qui en ont profité pour faire entendre leur programme politique.
Des personnalités politiques étaient également présentes, la plus importante d'entre elles étant le Gouverneur de Bangkok fraîchement élu, Chadchart Sittipunt, qui s'est d'ailleurs engagé à soutenir la marche des fiertés dès le soir de son élection, le 31 mai.
Membres de la communauté LGBTQ+ et sympathisants lors de la marche des fiertés de Bangkok. Photo : Prachatai
Une poignée, mais fière
La diversité célébrée lors de la marche du 5 juin était également manifeste parmi les organisateurs.
Le comité d'organisation était composé de Bangkokiens, Nord-Estariens et de Sudistes. L'un d'entre eux s'identifie comme une personne trans non binaire, un autre comme une personne hétérosexuel, tandis qu'un autre utilise le mot « ze » comme choix de pronom. La plupart d'entre eux sont impliqués dans des campagnes en faveur de l'égalité des sexes et des droits des LGBTQ+ depuis des années, mais pour quelques-uns, c'était la première fois qu'ils organisaient un événement.
Methawee Pannon, étudiant·e de quatrième année à l'université de Khon Kaen, a partagé ses réflexions :
Before this, I was just an outsider. I just signed my name on petitions and retweeted other people’s posts. But now I’ve seen and learned so much about the details of preparation. It gave me a really good first impression. It’s so different from what I experienced from the outside.
Avant ça, j'étais un·e outsider. Je signais juste des pétitions et je retweetais les publications d'autres personnes. Mais à présent, j'ai vu et appris tant de choses sur les détails de la préparation. Ça m'a donné à priori une très bonne impression. C'est tellement différent de ce que j'ai connu à l'extérieur.
Beaucoup d'organisateurs ont le même avis : ils ont été agréablement surpris par la participation à la marche et l'accueil chaleureux du public et des médias.
« Ça a vraiment surpassé mes attentes. Quand on a commencé à planifier tout ça, on ne pensait pas qu'autant de personnes viendraient participer à la marche avec nous », dit Jingjai Jingjit, âgé de 34 ans, qui fait partie de Feminist Mermaids, un groupe de défense des droits des femmes basé dans la province de Songkhla.
Des rassemblements en soutien aux droits des personnes LGBTQ+ avaient déjà été organisées en Thaïlande par le passé, le dernier ayant eu lieu à Bangkok en 2006. Cependant, selon Waaddao, une activiste qui dirige également le groupe Togetherness for Equality and Action (TEA), ils étaient présentés soit comme des parades gay soit comme des événements marquant la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie, et non comme des activités liées au mois de juin, mois mondial des fiertés
Elle explique que dans ce sens, la marche du 5 juin était la première de son genre pour la capitale. Elle ajoute que la marche des fiertés ne se limite pas à l'égalité des sexes.
This is democracy: we needed to take to the streets and call for our rights to be respected. We wanted to practice street democracy.
C'est la démocratie : nous nous devions de prendre les rues et de réclamer que nos droits soient respectés. Nous voulions pratiquer la démocratie de rue.
Elle rappelle aussi que la première réunion de planification de la parade était composée de « moins de 10 personnes, et disposait de 0 baht (monnaie thai) ». Plus tard, la nouvelle s'est répandue dans d'autres groupes du cercle très fermé des activistes LGBTQ+ et féministes. Un total de 400 000 THB (11 350 USD) a été collecté pour financer la marche. Le financement provenait d'organisations de défense de l'égalité, de dons du public et du produit de la vente de billets pour les afterparties.
Les organisateurs ont adopté ce qu'ils ont appelé une gestion de « partage du pouvoir », par opposition à un style de gestion hiérarchique. Il n'y avait pas de leader ou de porte-parole officiel. Lors des entretiens, les membres de l'équipe ont souligné à plusieurs reprises que le défilé était un effort collectif. Pour cette raison, ils ont également essayé d'éviter les interviews médiatiques impliquant des représentants individuels du groupe.
L'effet Chadchart
Les membres de l'équipe ont également attribué la forte participation et l'acceptation du public au soutien public donné par le gouverneur Chadchart, qui avait déjà assisté à plusieurs événements avant le défilé du 5 juin. Waaddao a dit :
Chadchart’s support was a critical factor. The Chadchart effect is still strong. It helped to mobilize people. Even though Chadchart didn’t organize the parade, he helped to build the impression that our activity was supported by the city.
Le soutien de Chadchart a été un facteur déterminant. L'effet Chadchart est encore fort. Il a permis de mobiliser les gens. Même si Chadchart n'a pas organisé le défilé, il a contribué à donner l'impression que notre activité était soutenue par la ville.
Le chef de la hiérarchie gouvernementale de Bangkok soutenant pleinement la marche, le soutien des autorités a rapidement suivi. Le 5 juin, des policiers ont délimité l'itinéraire de la marche et régulé la circulation au cœur du district de Silom. Des fonctionnaires et du personnel médical ont également été déployés pour apporter leur soutien.
Que les choses se passent ainsi est rare en Thaïlande, où les manifestations sont régulièrement entravées ou violemment dispersées.
Les organisateurs de la marche des fiertés de Naruemit ont été encore plus surpris par la manifestation de solidarité du secteur privé, y compris de certaines des plus grandes entreprises de Thaïlande, qui se tiennent habituellement à l'écart des mouvements de défense et des mouvements civils.
Un panneau appelant à la démission du Premier ministre Prayut Chan-o-cha suspendu au-dessus de la marche des fiertés, à Bangkok. Photo : Prachatai
Selon les organisateurs, le soutien quasi universel à la marche a néanmoins été entaché par l'hostilité du gouvernement. Le ministère de la Santé a tenté d'attiser la crainte du public en déclarant que la maladie de la variole du singe pourrait se propager en Thaïlande en raison de la présence de touristes étrangers à la marche des fiertés.
L'Organisation mondiale de la santé a déclaré que ces craintes n'étaient pas fondées, mais cela n'a pas empêché le porte-parole du gouvernement de répéter l'avertissement aux médias.
« Je n'ai pas été surprise qu'ils essaient de faire des liens entre nous et cette maladie. Mais j'étais très en colère de le voir », a déclaré Jingjai, la militante de Feminist Mermaids.
Une fierté au-delà de Bangkok
Le succès de la marche des fiertés de Naruemit a été suffisant pour encourager les organisateurs à se concentrer sur d'autres événements de la Pride en dehors de Bangkok. Ils discutent déjà de la tenue d'une marche dans le district de Hat Yai, dans la province de Songkhla, le 26 juin et d'une autre dans la province de Khon Kaen le 30 juin.
Mais étendre cette lutte au-delà de Bangkok comporte ses propres défis, notamment la résistance potentielle des habitants des régions plus conservatrices du pays. Il y a tout juste dix ans, une parade gay à Chiang Mai a dû être annulée suite aux protestations des résidents locaux.
D'autres se disent convaincus que les temps ont changé et que la Thaïlande est plus que jamais prête à accepter la diversité.
« Bien sûr, je pense aux risques. Je suppose qu'il est normal que notre événement soit attaqué par certaines personnes », a déclaré Jingjai. « Mais nous organiserons le défilé de manière amicale. Je ne pense pas qu'il y aura une grosse réaction négative. »
Elle a ajouté : « Je pense que les Thaïlandais sont de plus en plus conscients de leurs droits maintenant. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220909_170440";}s:15:"20220909_162816";a:7:{s:5:"title";s:76:"#LibérezNosFilles : halte aux mutilations génitales féminines au Nigéria";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/09/273987/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273987";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 09 Sep 2022 14:28:16 +0000";s:11:"description";s:219:"Le Nigéria figure parmi les trois pays pratiquant le plus de MGF, occasionnant des hémorragies, des infections urinaires, des problèmes psychologiques et, pour les survivantes, des complications pendant la grossesse.";s:7:"content";s:14271:"
17 sur les 36 états nigérians n'ont pas ratifié la loi concernant les MGF.
« Il est possible, aujourd'hui, de mettre fin à une pratique qui affecte près de 130 millions de jeunes filles et femmes à travers 29 pays », affirme l'ancien Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon lors de la Journée internationale de la tolérance zéroà l'égard des mutilations génitales féminines en 2014. Photographie de Olivier Asselin / UNICEF via Wikimedia Commons, 6 février 2015 (CC BY-SA 2.0)
When men are oppressed, it’s a tragedy. When women are oppressed, it's tradition – Letty Lottin Pogrebi.
Lorsque les hommes sont opprimés, on parle de tragédie. Mais lorsque les femmes sont opprimées, alors on parle de tradition – Letty Lottin Pogrebi.
On estime à 200 millions le nombre de jeunes filles et femmes qui sont victimes de mutilations génitales féminines (MGF) pratiquées dans 30 pays de l'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Asie. Selon l'Organisation mondiale de la Santé ( OMS ), plus de 66 % d'entre elles meurent chaque jour suite à des complications et c'est pourquoi les gouvernements doivent dès maintenant prendre des mesures afin de mettre un terme à de telles pratiques. Le Nigéria, avec près de 19,9 millions de survivantes, est le troisième pays au monde à pratiquer autant de mutilations génitales.
Les mutilations génitales féminines consistent à retirer une partie ou la totalité des organes génitaux externes d'une jeune fille pour des raisons culturelles et non thérapeutiques. Comme le reconnait l'OMS, bien que les arguments invoqués pour justifier cette pratique soient divers et variés, le fait est que les MGF sont le reflet d'une inégalité profondément ancrée entre les sexes. Selon le docteur U. U. Epundu, et cinq autres chercheurs en santé publique du centre hospitalier universitaire de Nnamdi Azikiwe situé dans le sud-est du Nigéria : « La culture et les traditions sont d'importants facteurs contribuant au maintien de cette inégalité. » PubMed, une base de données de références et de résumés d'articles sur les sciences de la vie, affirme que les MGF sont un moyen pour continuer à « contrôler la sexualité des femmes. » Selon PubMed, il existe aussi d'autres raisons, telles que « le désir de la reconnaissance sociale et la peur du rejet social. » Le docteur Epundu quant à lui souligne que les MGF sont « un crime envers les femmes » qui entraînent « des problèmes de santé et des coûts financiers importants » ainsi que des décès fréquents.
Les effets secondaires des MGF incluent des saignements excessifs et des problèmes urinaires, et, à long terme, des kystes, des infections et des problèmes psychologiques. Les MGF entraînent également des complications lors de l'accouchement et un risque accru de décès des nouveau-nés. Elles sont nocives pour l'organisme et endommagent les tissus génitaux normaux et sains. Les coûts du traitement de complications suite à des MGF étant très élevés, la plupart de ces femmes n'ont pas les moyens de les payer et s'exposent ainsi à un risque plus élevé d'infections.
« Cette pratique traumatisante est à l'origine de la formation de tissus cicatriciels »
Poster sur toile dénonçant la pratique de la circoncision féminine! Image de Rufai Ajala, 27 octobre 2010 (CC BY 2.0)
Lucy Osuizigbo, journaliste de Premium Times, un journal en ligne, raconte l'histoire bouleversante de Rosaline Nkwo (pseudonyme utilisé pour protéger son anonymat), une survivante de MGF :
I am in my late 50s with shattered aspirations; no husband, no children or a family of my own due to the barbaric practice of female genital mutilation that was carried out on me when I was a two-year old. My mother told me that my case was a peculiar one because it was done without Anaesthesia and I struggled so hard when I could not stand the searing pain arising from the bad cut that had to be stitched. This barbaric act led to an irritating formation of Keloids and scar tissues around my genitals which scared men whenever they tried to get intimate with me. This crashed my two marriages and made me become lonely, angry, useless, lost, abandoned and hopeless.
J'approche la soixantaine et je ne me fais plus d'illusions; je n'ai ni mari, ni enfant, ni aucune famille à moi en raison de l'intervention barbare que j'ai endurée lorsque j'avais deux ans. Ma mère m'a expliqué que mon cas était particulier, car la procédure s'est déroulée sans anesthésie, et je me suis beaucoup débattue lorsque j'ai ressenti la douleur fulgurante émanant de l'incision, qu'il a ensuite fallu recoudre. Cet acte barbare a donné lieu à la formation de chéloïdes et de tissus cicatriciels autour de mes organes génitaux qui effrayaient les hommes lors de relations intimes. Il est la cause de l'échec de mes deux mariages; je suis devenue solitaire et désespérée, je me sens inutile, perdue, abandonnée de tous et je suis en colère.
Nkwo, qui avait 57 ans au moment de la publication de l'article en 2016, a pris conscience de la gravité de la situation lorsque son mari a demandé le divorce après avoir vu ses organes génitaux durant leur nuit de noces. Elle prétend qu'elle n'avait pas les moyens de régler les opérations de chirurgie reconstructrice. Elle est depuis constamment mélancolique, triste et en colère. L'intervention a complètement détruit sa vie et l'a privé de toute perspective d'avenir. Nkwo n'est qu'un exemple parmi les nombreuses femmes ayant vécu la même expérience suite à des MGF. En plus de cela, elle fait partie des millions de Nigérianes qui ont en fait tout perdu à cause de cette pratique.
Lucy Osuizigbo, en collaboration avec l'Agence de presse du Nigéria, raconte également l'histoire d'une autre femme, Nneoma, 36 ans et mère de deux enfants, et la manière dont les MGF ont ruiné sa famille et son rôle d'épouse. Nneoma tient sa mère responsable de ses problèmes conjugaux et est partagée entre l'envie de la maudire et celle de lui pardonner :
I had my two children through caesarean section; the doctor said it was due to FGM, my vagina opening is so narrow. It made intercourse painful that I try to avoid sex as much as possible; and I cannot satisfy my husband sexually. When I hear people talk about sex as a pleasurable act, I still cannot understand it because my experience has been a painful one. I feel different and uncomfortable among other women. It has not been easy, but I have to accept and live with my husband’s extramarital affairs.
J'ai mis mes deux enfants au monde par césarienne à cause, selon le docteur, de mon vagin étroit résultant des MGF que j'ai subies. Mes rapports sexuels sont si douloureux que j'essaie d'en avoir le moins fréquemment possible; et je ne peux pas satisfaire mon mari sexuellement. Lorsque j'entends les gens parler de plaisir sexuel, je ne comprends toujours pas ce que cela signifie en raison de ma mauvaise expérience. Je me sens différente et gênée lorsque je suis parmi d'autres femmes. Cela n'a pas été facile, mais j'ai accepté de vivre avec les liaisons extraconjugales de mon mari.
Étant donné la gravité des MGF sur les vies de nombreuses jeunes filles, l'UNICEF, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a intensifié ses interventions dans de nombreux pays, y compris au Nigéria. Ce programme (en cours de déploiement de sa troisième phase) mobilise différentes communautés afin de changer leurs façons de penser et transformer les normes sociales. Le projet UNFPA-UNICEF travaille également en collaboration avec le Gouvernement nigérian pour encourager et soutenir les lois interdisant les MGF, tout en s'assurant que les jeunes femmes puissent avoir accès à des services de santé et de protection de l'enfance de haute qualité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220909_162816";}s:15:"20220909_103942";a:7:{s:5:"title";s:120:"« Ces gens-là » : les commentaires d’une ministre française interrogent sur l’homophobie au sein du gouvernement";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/09/273998/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273998";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 09 Sep 2022 08:39:42 +0000";s:11:"description";s:164:"Le nouveau gouvernement d’Emmanuel Macron est actuellement sous le feu des critiques à cause de propos et positions homophobes tenus par certains de ses membres.";s:7:"content";s:17315:"
« Nous ne sommes ni “ces gens-là”, ni une option. »
Le nouveau gouvernement d’Emmanuel Macron (positionnement centre-droite, idéologie libérale), réélu à la Présidence de la république française en avril 2022, est actuellement sous le feu des critiques à cause de propos et positions homophobes tenus par certains de ses membres.
Le 13 juillet 2022, six associations anti-homophobie françaises ont déposé plainte à l’encontre de l’actuelle ministre des Collectivités territoriales Caroline Cayeux, quelques jours à peine après sa nomination. En cause, des propos tenus en 2013, alors qu’elle était sénatrice, sur l’ouverture du mariage aux couples homosexuels qu’elle avait qualifiés de « caprice » et de projet « contre la nature ».
Interrogée à ce sujet sur la chaîne Public Sénat le 12 juillet 2022, Caroline Cayeux avait indiqué « maintenir » ses propos tout en cherchant à se défendre :
Je vais vous dire quand même que j’ai beaucoup d’amis parmi tous ces gens-là et franchement, c’est un mauvais procès qu’on me fait, et ça m’a beaucoup contrariée.
La plainte déposée au parquet de Paris fait état d’une « injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique », une infraction pouvant être punie de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende (environ 75 000 dollars américains).
Me Étienne Deshoulières, l’avocat des associations plaignantes, a déclaré sur France Info :
Une personne de l’envergure d’une ministre ne peut plus, en 2022, dix ans après le vote de la loi sur le mariage pour tous, dire que l’homosexualité est un dessein contre nature.
Réactions de la communauté LGBTQ+ en ligne
En ligne, les membres de la communauté LGBTQ+ ont rapidement repris à leur compte les mots de la ministre sous le hashtag #CesGensLà.
L’internaute @Le_placard_ rappelle que les LGBT-phobies sont encore trop présentes dans la société :
#CesGensLa
Chaque jour on rappel à “Ces gens là” que le combat n'est pas fini.
Que ce soit par des gestes ou des propos tenus, que ce soit par un inconnu dans la rue ou un ministre.
Notre liberté et notre égalité est un combat de tout les jours.#JeSuisCesGensLapic.twitter.com/IzEK7xwXI6
Si la ministre s’est par la suite rétractée et exprimé des regrets, ses propos ne passent pas. De son côté, le gouvernement tente d’étouffer la polémique en soulignant le « droit à l’erreur » et en relayant les excuses de Caroline Cayeux. Une communication loin de convaincre la communauté LGBTQ+ :
Comment ça le débat est clos ? Ta collègue crache à la gueule de millions de personnes et tu crois qu'on va s'arrêter là parce qu'elle a tweeté deux phrases dictées par ses 15 conseillers ? Non mais là c'est la blague ! Allez, #CayeuxDémission ! https://t.co/qiJgSzJ0vt
Cécile Coudriou, ancienne Présidente d’Amnesty International France a quant à elle questionné l’exemplarité du gouvernement :
Je fais aussi partie de #CesGensLa, de façon tout à fait naturelle et je défends jour après jour la dignité des personnes #LGBT + avec @amnestyfrance et @amnesty.
Les propos de @carolinecayeux démontrent qu’en France, l’exemplarité n’est toujours pas de mise au gouvernement.
Dans un édito, le rédacteur en chef du magazine LGBT+ Têtu souligne que la ligne du gouvernement n’est « pas nette » :
Proclamer un gouvernement allié des personnes LGBTQI+ ne consiste pas à y faire entrer des réactionnaires notoires en croisant les doigts pour qu'ils se taisent […] Un gouvernement allié des personnes LGBTQI+, c'est un gouvernement entièrement composé d'allié·es des LGBTQI+. Nous ne sommes ni “ces gens-là”, ni une option.
D’autres ministres visés pour leurs prises de position homophobes
Dans une lettre ouverte à la Première ministre Elisabeth Borne, 17 associations ont également réclamé la démission de trois autres membres du gouvernement, en plus de celle de Caroline Cayeux.
L’actuel ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, en fonction depuis 2020, est cité pour son soutien à la Manif pour tous, un mouvement luttant contre l’adoption du mariage pour les couples de même sexe. En 2013, il avait alors déclaré qu'en tant que maire, il ne marierait aucun couple homosexuel.
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, récemment appointé, est lui aussi mis en cause. En 2013, alors sénateur, il avait comparé le mariage pour tous à l’inceste. Quelques années plus tard, il s’était illustré en faisant retirer dans la ville dont il était maire des affichages publics de sensibilisation à la lutte contre le Sida, au motif que ces derniers se trouvaient près d’une école et constituaient une « campagne volontairement provocante ».
Sébastien Lecornu, ministre des Armées depuis mai 2022, est également épinglé pour son opposition au mariage pour tous en 2012. Alors candidat municipal, il avait notamment déclaré : « Le communautarisme gay m’exaspère autant que l’homophobie ».
Un bilan mitigé de la France sur les questions LGBTQ+
La France vient de célébrer les 40 ans de la dépénalisation de l’homosexualité, le 4 août 1982. En 1999, elle instituait le pacte civil de solidarité (PACS) reconnaissant légalement les unions civiles entre personnes de même sexe, et introduisait en 2001 dans la loi des mesures condamnant explicitement les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle. En 2013, elle était le 9ème pays de l’Union européenne à autoriser le mariage pour les couples homosexuels.
En sus du signal délétère que ces nominations envoient à la communauté LGBTQ+, certains soulignent que le premier mandat présidentiel d’Emmanuel Macron (2017-2022) est loin d’avoir brillé sur les questions LGBTQ+.
Durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, les deux textes d’importance pour les droits des personnes LGBTQ+ que sont la loi sur la PMA (procréation médicalement assistée) et la loi visant à interdire les thérapies de conversion ont été retardés à plusieurs reprises avant d’être adoptés en fin de mandat sous la pression des associations, et s’avèrent insatisfaisants. Les personnes transgenres sont par exemple toujours exclues de l’accès à la PMA. Par ailleurs, des associations déplorent l’absence d’avancée en ce qui concerne les droits des personnes intersexes, et notamment le refus d’interdire les mutilations génitales sur les enfants intersexes, pratique dénoncée par le Défenseur des droits ainsi que les Nations Unies.
Le bilan du premier mandat d’Emmanuel Macron a d’ailleurs été sanctionné par une dégradation de la position de la France au Rainbow Index, un classement annuel des pays européens en matière de respect des droits LGBTI réalisé par l’ONG ILGA-Europe. Sur un total de 49 pays, la France est passée de la 6ème place en 2018, à la 9ème place en 2019, et à la 13ème place en 2020 et 2021.
Si les questions LGBTQ+ étaient absentes du programme d’Emmanuel Macron lors de sa campagne de réélection en 2022, son gouvernement tente aujourd’hui de faire face à la polémique en annonçant la nomination imminente d’un ambassadeur aux droits LGBTQ+ ainsi que la mise en place d'un fonds de 3 millions d'euros de soutien aux centres LGBTQ+ en France.
Reste à s’assurer qu’il ne s’agisse pas seulement d’effet d’annonce et de communication politique, voire de « pinkwashing », ce dont de nombreux militants LGBTQ+ doutent aujourd'hui.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220909_103942";}s:15:"20220908_011733";a:7:{s:5:"title";s:111:"Des sages-femmes traditionnelles cherchent à préserver le savoir ancestral dans la périphérie de São Paulo";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/08/273942/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273942";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 07 Sep 2022 23:17:33 +0000";s:11:"description";s:194:"Les sages-femmes et les doulas œuvrent pour faire bénéficier les femmes enceintes d'une expérience positive, dans l'extrême sud de la capitale, malgré les préjugés du système de santé.";s:7:"content";s:18199:"
Des collectifs défendent également l'autonomie des femmes enceintes pendant la grossesse et l'accouchement.
Sage-femme dans le sud de São Paulo | Image: collectif Sopro de Vida / Diffusion / Utilisée avec autorisation
Ce texte de Mariana Lima a initialement été publié en mars 2022, sur le site de l’Agencia Mural. L'article est reproduit ici en partenariat avec Global Voices, avec des modifications.
La première grossesse de Letícia Regina Lino, 28 ans, n'a pas été celle qu'elle avait imaginée. Son premier enfant est né par césarienne d'urgence, lorsqu'elle avait 15 ans. Les défaillances des soins prénataux n'ont pas permis d'identifier les problèmes de santé du bébé.
« Je n'ai même pas eu de “carnet de grossesse” à l'époque », se souvient-elle, en référence au document qui accompagne la grossesse.
Letícia a même évité l'idée d'une deuxième grossesse. Elle vit dans la banlieue d'Embu das Artes, dans le grand São Paulo, et a donc été surprise par l'arrivée de Sophía, près de 13 ans plus tard.
Les sages-femmes traditionnelles sont des femmes qui exercent le métier de sage-femme sur la base des connaissances traditionnelles des cultures indigènes, quilombolas et périphériques, en utilisant des herbes, des prières et des rites qui favorisent la connexion avec la nature et le savoir ancestral entre la femme enceinte et son bébé.
Même si elle choisit un accouchement traditionnel à domicile, la femme enceinte continue d'être accompagnée par un professionnel de santé. Pendant l'accouchement, en revanche, seules les sages-femmes sont présentes. Le collectif affirme qu'il garde toujours un plan d'urgence au cas où il serait nécessaire d'emmener la femme enceinte à l'hôpital.
Les sages-femmes évaluent la santé de la mère et du bébé et indiquent que les soins prénataux doivent être suivis afin d'évaluer tout risque pendant la grossesse. En cas d'indicateurs négatifs, elles déconseillent l'accouchement à domicile.
Le collectif Sopro de Vida aide les femmes enceintes dans l'extrême sud de la ville | Image : collectif Sopro de Vida / Diffusion / Utilisée avec autorisation
« Je ne savais pas du tout qu'il existait des sages-femmes dans la ville [de São Paulo]. J'ai adoré leur travail. Et avec elles, j'ai compris ce qu'était la violence obstétricale, ce qu'était un projet de naissance, j'ai compris mes droits. C'est alors que j'ai décidé d'accoucher traditionnellement à la maison », raconte Letícia.
Elle a poursuivi son suivi prénatal en combinant le soutien d'un médecin et celui des sages-femmes, afin de s'assurer qu'elle pourrait accoucher chez elle en toute sécurité.
Le 7 octobre 2021, vers 7 heures du matin, elle a perdu les eaux. « [Les sages-femmes] m'ont préparée aux processus physiologiques du travail, ce qui n'était pas le cas lors de ma première grossesse. J'ai passé la matinée à faire des exercices de dilatation, à écouter de la musique et à m'alimenter. Quelque chose d'impossible à imaginer dans un hôpital », déclare-t-elle.
À 19 heures, Sophía est née et est allée directement au sein de Letícia. « Après une césarienne, où je n'ai rien pu choisir, où je n'ai pas eu mon mot à dire, la naissance de Sophía m'a transformée. Si je tombais à nouveau enceinte, je procèderais de la même manière », dit-elle.
Sage-femme traditionnelle
Offrir de tels moments aux femmes enceintes des périphéries est ce qui motive le travail de Ciléia Biaggioli, 44 ans. Elle est sage-femme traditionnelle, fondatrice du collectif Sopro de Vida et cofondatrice du Mouvement national brésilien des sages-femmes, ainsi qu'actrice et clown.
Ciléia, comme beaucoup de femmes enceintes qu'elle accompagne, a eu du mal à se faire entendre lors de sa première grossesse. « Je voulais mettre de la musique, être nue et ne pas avoir trop de lumière sur moi. Mais tout ce qu'ils m'ont dit à l'hôpital, c'est “ce n'est pas possible” », se souvient-elle.
La sage-femme Ciléia Biaggioli s'occupe d'une femme enceinte qui a sollicité le collectif Sopro de Vida | Image : collectif Sopro de Vida / Diffusion / Utilisée avec autorisation.
Elle raconte avoir entendu l'appel à devenir sage-femme dans les années 1990, avoir continué à faire des recherches, jusqu'à ce qu'en 2012, en accompagnant l'accouchement d'une amie, elle découvre le travail des sages-femmes traditionnelles.
Ciléia explique que les sages-femmes n'ont généralement pas de formation officielle. C'est à travers cet appel, ressenti par de nombreuses femmes indigènes et traditionnelles, que la profession de sage-femme se présente à elles. Même avec les ateliers mis en place par les collectifs et mouvements de sages-femmes traditionnelles, la femme peut ne pas se sentir prête à agir.
Pour accueillir les femmes qui souhaitent un accouchement traditionnel et qui ne disposent pas des conditions nécessaires pour le faire chez elles, Ciléia a adapté une pièce de la ferme où elle vit avec sa famille à Parelheiros, un district de São Paulo.
« La sage-femme est là pour vérifier si tout se passe bien, la position du bébé, les battements du cœur, la santé de la femme enceinte, pour l'accompagner et sécuriser le bébé. Mais, au final, c'est la femme enceinte qui met le bébé au monde », explique-t-elle.
En faisant appel au collectif, les femmes enceintes apportent une valeur sociale, qui correspond à leur réalité socio-économique. Ce soutien financier est destiné à maintenir le projet et à soutenir celles qui n'ont pas les moyens de contribuer.
Enregistrement d'une naissance
Étant proche de communautés indigènes et de régions rurales, Ciléia ne rencontre aucune difficulté pour publier la DNV (déclaration de naissance vivante) au registre d'état civil de Parelheiros. Il s'agit d'un document nécessaire pour que les bébés soient enregistrés.
« Mais il y a des endroits qui rendent les choses difficiles, qui critiquent les mères et menacent d'appeler le Conseil de tutelle pour avoir accouché à domicile », raconte-t-elle.
Selon elle, les préjugés à l'égard du travail des sages-femmes proviennent de l'absence de reconnaissance officielle de leur expertise.
C'est l'un des principes que Ciléia, avec le collectif, a appris des sages-femmes Guarani Mbya (un sous-groupe du peuple Guarani) dans les villages de la terre indigène Tenondé Porã, également située à l'extrême sud, à Parelheiros.
Depuis 2012, les sages-femmes s'efforcent de permettre aux femmes autochtones, lorsqu'il n'y a pas de risques ou de problèmes de santé, d'avoir leurs enfants au village, sans interventions médicales inutiles, en suivant leurs propres rituels.
« C'est une façon de retrouver leur identité, car ce sont des connaissances traditionnelles qui ont été perdues. C'était incroyable d'entendre de la bouche d'une femme indigène, après une série de discussions dans le village, qu'elle allait y donner naissance », raconte Ciléia.
Le rôle de la doula
Toujours dans l'extrême sud de la région, à Ponte Seca, dans le district de Marsilac, Luciana Rodrigues Alves, 43 ans, infirmière en soins de santé de base, a trouvé le moyen d'allier sa formation universitaire au rôle de doula, une personne qui apporte un soutien physique et émotionnel aux femmes enceintes, avant, pendant et après l'accouchement.
« Beaucoup de femmes enceintes arrivent avec l'idée qu'elles ne peuvent pas avoir d'autonomie, que l'hôpital est aux commandes. Alors je le montre que non, qu'il existe d'autres types de naissances », raconte-t-elle, elle qui travaille dans une UBS (unité de santé de base).
« [Les femmes de la région] ne disposent pas d'informations. Et si leur propre famille, le réseau de soutien, n'est pas impliquée, il devient plus difficile de faire ce travail », souligne-t-elle.
Luciana s'occupe de femmes qui, souvent, n'ont pas un accès facile aux transports publics, car elles vivent dans des zones rurales, ce qui accroît les doutes sur le travail et l'accouchement en lui-même.
« Quand elles arrivent à la maternité, elles doivent se battre pour ne pas être renvoyées chez elles, soit parce qu'elles ne sont pas encore dilatées, soit parce que leurs contractions ne sont pas assez fortes. C'est un long voyage, il ne s'agit pas de faire des allers et retours », explique-t-elle.
Ce n'est qu'en avril 2022 qu’une maternité a été ouverte à l'hôpital de Parelheiros. Jusqu'alors, les femmes enceintes devaient se rendre à la maternité de l'hôpital Interlagos, situé à une trentaine de kilomètres du centre de santé où travaille Luciana.
Les femmes enceintes à l'écart
La solitude de la femme enceinte est une chose que Jéssica Angelin, 28 ans, comprend bien. Doula, apprentie sage-femme et créatrice du collectif Território Samaúma, qui accueille des femmes enceintes de la périphérie, elle dit avoir été confrontée à la dépression pendant la grossesse et dans la période post-partum.
« Le rôle de doula s'est présenté à moi comme un moyen de comprendre ce qui s'était passé », dit-elle.
Sa grossesse était risquée en raison de problèmes utérins, et le fait de ne pas avoir de réseau de soutien a rendu tout le processus encore plus compliqué. « J'ai découvert par la suite qu'une doula aurait pu atténuer certaines de ces répercussions. La doula est une guide en eau profonde pour la femme enceinte », dit-elle.
« Aujourd'hui, la naissance est mécanique, robotique. C'est rapide, car la femme doit retourner produire au sein du système capitaliste. Mais quand on regarde la tradition, on y voit un sauvetage de l'histoire, un épanouissement en commun. »
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L'inégalité des rémunérations commence par un jeune professionnel non rémunéré.
Les stages sont une tendance de plus en plus populaire dans la culture du travail d'aujourd'hui, en particulier dans le secteur non lucratif. Ils offrent une formation en cours d'emploi, une expérience pratique et un tremplin pour les personnes qui aspirent à devenir des leaders et des artisans du changement dans le monde associatif. Pourtant, nous devons nous demander : « Quel est le message véhiculé par les organisations sans but lucratif qui insistent pour ne prendre que des stagiaires qui peuvent travailler gratuitement ? »
Malgré les progrès significatifs réalisés ces dernières années, comme le fait que la Maison-Blanche offre désormais aux stagiaires une allocation hebdomadaire de 750 USD, les recherches montrent que 43 %[en] des stages ne sont toujours pas rémunérés. Le Center For Research on College-Workforce Transition estime en outre que les États-Unis comptent environ 3,2 millions de stagiaires[en], et qu'environ un million de stagiaires ne sont pas rémunérés chaque année. Avec l'augmentation du coût des études, les étudiants ont plus que jamais besoin d'emplois rémunérateurs pour les aider à financer leurs études. Pourtant, aux États-Unis, les organisations à but non lucratif permettent à ces étudiants criblés de dettes de travailler gratuitement. Existe-t-il une solution pour les organisations à but non lucratif qui perpétuent cette pratique insoutenable ?
La COVID-19 et ses suites ont eu un effet meurtrier sur le marché de l'emploi non lucratif pour les jeunes diplômés. En 2020, 26 %[en] des étudiants de dernière année ont perdu leur stage, et seulement 28,6 % ont pu trouver un emploi directement après l'obtention de leur diplôme. La qualité des stages a considérablement baissé, et les expériences des stagiaires dans des environnements éloignés ont été, au mieux, médiocres. Par exemple, de nombreux étudiants comptant sur les stages pour se constituer un réseau[en] ont perdu l'occasion de rencontrer des collègues dans le couloir ou à la fontaine d'eau[en], le bureau professionnel étant remplacé par le bureau à domicile.
Les stages à distance ont également empêché « l'apprentissage par la vue »[en] et se sont transformés en emplois subalternes axés sur les tâches ; ce qui a encore réduit les possibilités d'apprentissage enrichissant. Cependant, les stagiaires ne sont pas les seuls à rater des opportunités. Sofia Garcia Garcia, spécialiste du développement mondial et responsable des partenariats stratégiques et de l'engagement externe chez SOS Villages d'Enfants International, explique : « Les organisations perdent également du capital social, car les stagiaires apportent des points de vue différents, des expériences vécues et des connaissances qui enrichiraient véritablement l'ensemble de l'opération et du personnel. »
Dans ce contexte financier difficile, de nombreuses organisations à but non lucratif ont recours à des stages non rémunérés pour renforcer leur capacité organisationnelle, une pratique empruntée au secteur à but lucratif. Bien que ces organisations aient des objectifs élevés, elles créent également les politiques les plus absurdes qui découragent les jeunes marginalisés de poursuivre des carrières dans le développement international, perpétuant ainsi les mêmes problèmes qu'elles prétendent combattre.
Par exemple, Maria Hinojosa, première journaliste latino aux États-Unis et lauréate du prix Pulitzer, a également avoué dans ses mémoires intitulées Once I was You[en] que, pendant ses études, elle devait être serveuse pour payer ses frais de subsistance, ce qui rendait difficile l'obtention de stages, car elle avait besoin de vacations pour payer son loyer. « J'étais là, à la fin de l'université, et je n'avais pas fait un seul stage. […] La vérité était que je n'avais pas les moyens de faire un stage non rémunéré et j'avais trop honte pour le révéler. »
Un moyen d'oppression systémique
En raison de l'oppression systémique et des ressources limitées, de nombreuses personnes issues de milieux traditionnellement marginalisés ont du mal à faire progresser leur éducation et leur carrière.
Intrinsèquement, les postes de formation non rémunérés désavantagent les étudiants à faible revenu, quelle que soit la qualité de leur conception. Les femmes supportent près des deux tiers[en] de la dette nationale des prêts étudiants et les diplômés noirs doivent, en moyenne, 7 400[en] dollars de plus que les diplômés blancs. Selon le ministère américain du Travail, le complexe industriel américain à but non lucratif n'est pas légalement tenu[en] d'offrir des stages rémunérés. Mais le fait de rebaptiser le « travail bénévole » en « stages » est plutôt un moyen pour les organisations à but non lucratif d'attirer plus d'étudiants pour un travail non rémunéré en échange du prestige sur leur CV.
L'écart de rémunération entre les sexes est encore exacerbé par la discrimination raciale. L'accès aux stages est limité pour les Noirs, les indigènes et les personnes de couleur (BIPOC). Selon une étude de Zippia[en], en 2019, plus de 58 % des stagiaires étaient blancs, 17,7 % étaient hispaniques, ou latinos, et 10,4 % étaient noirs ou Afro-Américains. Comme les populations blanches ont des taux de pauvreté plus faibles que les minorités, elles peuvent souvent se permettre de participer à des stages non rémunérés uniquement pour des avantages professionnels, un privilège rarement accordé aux populations BIPOC.
Par conséquent, lorsque les stages ne sont pas rémunérés, la constitution d'un capital social devient particulièrement difficile pour les étudiants qui ne font pas partie de la culture dominante – les étudiants à faibles revenus. La stabilité financière est la base nécessaire à la construction du capital social. Par conséquent, les populations qui ont été historiquement défavorisées sur le plan économique ont également des possibilités limitées d'acquérir du capital social, ce qui entrave la mobilité sociale et financière. Avec ces allocations inégales de capital économique et social, les stages non rémunérés exacerbent les problèmes d'injustice envers les étudiants à faibles revenus et ne parviennent pas à diversifier la main-d'œuvre américaine.
Une épine pour les jeunes professionnels
Sur un marché du travail compétitif, les stages sont indispensables au développement de la carrière des jeunes professionnels. Cependant, si les étudiants issus de foyers à faibles revenus acceptent un stage non rémunéré, ils sont rapidement confrontés à d'autres défis, notamment celui de savoir où se loger[en] car ils ne peuvent pas payer les loyers qui montent en flèche dans les grandes villes telles que New York, Washington D.C. et Los Angeles, où se trouvent de nombreuses multinationales à but non lucratif et organisations de développement.
Selon certaines estimations, les étudiants ont besoin d'environ 6 200 dollars par période de 10 semaines[en] pour couvrir le logement, la nourriture, le transport et d'autres besoins humains fondamentaux. Par conséquent, les stagiaires non rémunérés sont contraints d'équilibrer leurs besoins physiologiques et de sécurité tout en investissant d'innombrables heures dans le développement de leurs compétences professionnelles et de leur éthique de travail. Bien que cela ne soit pas impossible, le poids psychologique du « mode survie » aggrave les difficultés rencontrées par les communautés déjà marginalisées qui entrent sur le marché du travail.
Ayna Meredova, coach en intelligence tenant compte des traumatismes et fondatrice du Groove Culture Collective, l'explique ainsi : « Si nous examinons cette dynamique à travers le prisme du traumatisme générationnel et culturel, qui inclut des constructions sociétales telles que le racisme, la pauvreté et le sexisme, alors ce qui est clair, c'est que les stages non rémunérés perpétuent un cycle de pénurie, de surmenage et de mécanismes de survie dans les communautés qui sont marginalisées et défavorisées. »
Une enquête menée par l'Institute of Student Employers (ISE) et Handshake[en] a révélé que 47 % des organisations qui emploient des étudiants et des diplômés ont l'intention d'augmenter le nombre d'embauches au cours des 12 prochains mois. L'accès aux stages signifie l'accès aux emplois, c'est pourquoi l'obtention d'un stage adéquat et abordable a un effet considérable sur la future carrière d'un étudiant.
Jenn Pamela Chowdhury[en], écrivaine, conférencière et coach pour les jeunes BIPOC, le dit si bien : « Si les organisations à but non lucratif recherchent les meilleurs talents, elles doivent les payer de manière équitable et juste. Ne supposez jamais que les nouveaux talents (en particulier les jeunes BIPOC) ont les moyens d'accepter un travail non rémunéré tout en s'occupant de leurs besoins fondamentaux. »
Comment pouvons-nous résoudre le problème ?
Les récentes hausses de prix[en], associées au taux d’inflation[en] élevé aux États-Unis (US), ont eu un impact sur la capacité des organisations non gouvernementales à investir dans la croissance interne, car elles fonctionnent déjà avec des marges de (non-)profit très faibles[en]. Face aux défis financiers auxquels sont confrontés les organismes sans but lucratif, de nombreux départements des ressources humaines affirment qu'ils n'ont tout simplement pas d'argent[en] pour payer les stagiaires. En général, les budgets des organisations à but non lucratif ont tendance à être serrés[en]. À cette pression financière s'ajoute le taux d'inflation aux États-Unis, qui a atteint 8,6 %[en], soit le taux le plus élevé depuis 40 ans[en].
Le professeur Gregory R. Witkowski, maître de conférences dans le programme de gestion des organisations à but non lucratif de l'université de Columbia, affirme[en] que depuis que le marché boursier a perdu beaucoup de valeur, les donateurs se sentent moins riches et ont donc réduit leurs contributions caritatives. En dehors de cela, les organisations à but non lucratif ont déjà du mal à collecter des fonds[en], à conserver[en] leurs employés et à en recruter[en] de nouveaux.
Alors que de nombreuses organisations à but non lucratif étaient confrontées à un ralentissement économique qui menaçait leur existence, le philanthrope MacKenzie Scott a trouvé le moyen de bouleverser les pratiques de financement traditionnelles du secteur sans but lucratif et d'offrir des chances égales à des personnes d'origines diverses de diriger et d'exceller dans la sphère non lucrative. Scott a octroyé 12,4 milliards[en] de dollars de subventions sans restriction à 1 251 organisations soutenant les arts, la justice sociale et raciale, ainsi que d'autres causes. Contrairement aux philanthropes habituels, Scott encourage les organisations à but non lucratif à dépenser les fonds comme elles l'entendent[en], ce qui leur donne plus de liberté pour investir dans la croissance interne et externe selon leurs conditions.
Grâce à un financement sans restriction axé sur l'impact, les organismes sans but lucratif peuvent briser le cercle vicieux de la culture du « bas salaire, faire avec et faire sans, » ce qui leur permet de croître, d'innover et de s'épanouir au-delà de la mentalité de survie et de projet. À la suite d'un afflux de fonds non affectés comme ceux de MacKenzie Scott, ils convient de se demander quel genre de politiques les dirigeants d'organismes sans but lucratif peuvent établir pour assurer une rémunération juste et équitable des stagiaires.
Les bailleurs de fonds : Alors que le monde est confronté à un ensemble de problèmes urgents en cascade et interconnectés, les bailleurs de fonds devraient intervenir et assurer la stabilité financière des organisations à but non lucratif en augmentant les fonds non affectés et les subventions. Les fonds non affectés peuvent modifier la dynamique de pouvoir asymétrique entre les bailleurs de fonds et les organisations à but non lucratif, décourager la perpétuation de systèmes inéquitables et offrir un moyen de redresser les structures de pouvoir, facilitant ainsi la transition du patronat vers un modèle de partenariat[en].
Secteur à but non lucratif : Pour démanteler les privilèges, la discrimination et l'iniquité, les organisations à but non lucratif doivent non seulement verser aux stagiaires un salaire décent, mais aussi recruter de manière proactive des stagiaires issus de communautés marginalisées. En plus de recruter des jeunes de diverses origines (BIPOC, PWD et LGBTQ+), les organisations à but non lucratif doivent offrir un environnement sûr qui permet à tous les employés d'apprendre, de se développer et d'entrer en contact avec des mentors.
La création d'une pépinière de talents, l'offre d'un travail responsable et une rémunération raisonnable pour permettre aux stagiaires de s'épanouir sont les caractéristiques des programmes de stages réussis. Les organismes sans but lucratif doivent intégrer des postes de stagiaires rémunérés dans leur budget, rechercher intentionnellement des fonds non affectés et modifier les récits concernant les dons non affectés. Les organismes sans but lucratif doivent s'engager à payer les stagiaires une fois qu'ils ont obtenu des fonds sans restriction.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220908_011325";}s:15:"20220908_004230";a:7:{s:5:"title";s:103:"YouTube temporairement bloqué lors du rassemblement politique de l'ancien Premier ministre au Pakistan";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/08/273934/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273934";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 07 Sep 2022 22:42:30 +0000";s:11:"description";s:143:"Après avoir empêché la diffusion des discours de Khan à la télévision, le gouvernement semble aussi vouloir bloquer leur accès en ligne.";s:7:"content";s:18770:"
Ce n’est pas la première fois qu'Internet soit bloqué
Une photo publique de la page Facebook de Pakistan Tehreek e Insaf.
Dans la soirée du dimanche 21 août 2022, au Pakistan, les utilisateurs de YouTube ont signalé des perturbations du service dans tout le pays. Ce soir-là, le rassemblement politique d’Imran Khan à Rawalpindi, dans le Pendjab, devait être retransmis en direct sur la plateforme. Ancien Premier ministre et président du parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), Imran Khan a été démis de ses fonctions en début d’année par une motion de censure votée au Parlement et orchestrée par le parti d’opposition Alliance démocratique pakistanaise. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, la popularité de Khan s’est accrue grâce à son discours anticorruption, ainsi qu’à son opposition à la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis et ses positions apparemment antiaméricaines. Ses partisans, en grande partie anti-establishment, ont ouvertement condamné le gouvernement en place après son éviction.
Le PTI a pris le pouvoir lors des élections de 2013 dans la province de Khyber Pakhtunkhawa (KP), puis y a été réélu avec une majorité en 2018, ce qui a permis à Imran Khan de devenir Premier ministre. Durant les décennies qui avaient précédé, le Pakistan avait été gouverné en alternance par les militaires et les deux principaux partis politiques, le Parti du peuple pakistanais (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N). Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du Pakistan, un parti politique non fondé sur une dynastie familiale accédait au pouvoir.
Le soir du rassemblement, NetBlocks, un observateur en ligne travaillant à l’intersection des droits numériques, de la cybersécurité et de la gouvernance de l’Internet, confirmait le blocage :
Confirmé : Les mesures corroborent les rapports faisant état d'une perturbation de YouTube au Pakistan sur plusieurs fournisseurs d'accès à Internet ; l'incident survient alors que l'ancien Premier ministre Imran Khan diffuse des émissions en direct sur la plateforme malgré l'interdiction de l'autorité de régulation des médias PEMRA
Le 22 août, Netblocks nous informait à nouveau des problèmes d’accès à Internet dont était victime le Pakistan pour la deuxième fois en 24 heures :
Confirmé : #Le Pakistan est à nouveau victime d'une panne d'Internet à l'échelle nationale, la deuxième en 24 heures ; l'incident touche plusieurs fournisseurs, dont PTCL, et les données du réseau en temps réel montrent que la connectivité est à 38 % des niveaux ordinaires
Ce n’est pas la première fois qu’Internet, ou une plateforme spécifique est mis hors service au Pakistan. En avril de cette année, Internet avait déjà été coupé dans tout le pays lorsque Imran Khan avait tenu un rassemblement politique après son éviction du pouvoir. Pendant le mois de Mouharram, au cours duquel un grand nombre de processions ont traditionnellement lieu à travers tout le pays, Internet et les services mobiles ont aussi été bloqués pour des raisons sécuritaires. En 2012 enfin, YouTube avait été interdit au Pakistan après la mise en ligne d’un film dont le contenu était considéré comme blasphématoire, mais l’interdiction avait été levée trois ans plus tard, après que YouTube eut été placé sous juridiction locale, permettant aux autorités de retirer du contenu de la plateforme à leur gré.
Dès que les gens ont constaté qu’ils ne pouvaient pas accéder en direct au rassemblement du PTI le 21 août, ils s’en sont plaints sur les réseaux sociaux.
Usama Khilji, militant des droits numériques, a également condamné cette situation :
L'organisme indépendant de surveillance de l'Internet @netblocks confirme la perturbation des services de @YouTube au Pakistan pendant le discours d'Imran Khan
Nous sommes en 2022
Les Pakistanais sont confrontés à la pire forme de censure des médias et à l'interdiction de la liberté d'expression#PDM Voyous, votre temps est fini pic.twitter.com/p0yVKn0zW7
Après le rassemblement, Imran Khan a vivement critiqué le gouvernement pour avoir temporairement interrompu YouTube et bloqué l’accès à son discours :
Le gouvernement fasciste importé est tombé plus bas que jamais aujourd'hui en interdisant la couverture en direct de mes discours à la télévision et en bloquant temporairement YouTube pendant mon discours à Liaquat Bagh. Tout cela après l'intimidation continue des journalistes et le retrait des chaînes de télévision.
Il s'agit non seulement d'une violation flagrante de la liberté d'expression, mais aussi d'un impact négatif sur l'industrie des médias numériques et sur les moyens de subsistance de nombreuses personnes. Ce qu'ils doivent comprendre, c'est que quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent pas supprimer la volonté du peuple, qui est Haqeeqi Azadi.
Ces perturbations ont eu lieu juste après que l’Autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (PEMRA) a interdit la diffusion des discours en direct de M. Khan sur toutes les chaînes de télévision par satellite. La veille du rassemblement, Imran Khan avait menacé le PTI de porter plainte contre les dirigeants des partis rivaux, l’Inspecteur général de la police d’Islamabad et le Juge de district et de session supplémentaire, Zeba Chaudhry. Après l’interdiction, le PTI avait invité ses partisans à regarder le discours d'Imran Khan sur YouTube :
Les fascistes importés tentent d'interdire les discours d'Imran Khan à la télévision. Veuillez vous abonner à notre chaîne YouTube à l'adresse : https://t.co/pzk3rQp3du
L’interdiction de la PEMRA a été vivement critiquée, notamment par l’activiste Usama Khilji sur Twitter :
Il est important de noter que les ordres de @reportpemra ne s'appliquent pas aux plateformes Web, notamment YouTube.
Il s'agit d'une censure politique arbitraire de la part de la @PTAofficialpk qui est le régulateur de l'Internet. Cela n'entre pas dans le cadre des pouvoirs de la PTA de censurer le contenu en vertu de la section 37 de la PECA, car
(1)
1. Les lois relatives aux réseaux sociaux (en vertu de l'article 37 de la PECA) sont en attente de révision par le Parlement sur ordre de la Haute Cour d'Islamabad, le 11 mai 2022.
2. Les lois (inconstitutionnelles) introduites par le gouvernement du PTI exigent que les plateformes retardent les diffusions en direct sur ses instructions, mais ce système n'est pas en place.
(2)
3. Ces lois ne stipulent pas le blocage de toute la plateforme en cas de poursuite du direct.
4. Les lois stipulent que même en cas d’urgence, la plateforme de réseaux sociaux dispose de 12 heures pour se conformer.
5. YouTube n’est pas une plateforme de réseaux sociaux, mais une plateforme de diffusion en continu de vidéos. (3)
@PTAofficialpk est responsable de savoir en vertu de quelle loi YouTube a été bloqué, et les rapports indiquent qu'il était fonctionnel sur certains FAI et pas sur d'autres.
En 2015, les discours et les photos du chef du Muttahida Qaumi Movement (MQM), Altaf Hussain, avaient déjà été interdits par la Haute Cour de Lahore pour ses propos « anti-armée ». En 2020, la PEMRA avait également interdit les discours incendiaires de l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif à Londres contre le gouvernement PTI, le pouvoir judiciaire et l’armée. C’est la première fois en revanche que le discours d'Imran Khan est interdit à la télévision et bloqué sur YouTube.
Il s’agit d'une violation flagrante de la liberté d’expression et du droit à l’information en vertu des articles 19 et 19(a) de la Constitution pakistanaise ; mais, au fil des ans, la situation s’est détériorée et les gens ne peuvent plus s'exprimer sans craindre de subir des sanctions.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220908_004230";}s:15:"20220907_235009";a:7:{s:5:"title";s:71:"Comment cette île tunisienne réunit-elle les musulmans et les juifs ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/07/273861/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273861";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 07 Sep 2022 21:50:09 +0000";s:11:"description";s:146:"« Djerba demeure un creuset de civilisations, une terre de paix et de tolérance pour tous ; d’où émane un message d’amour et de paix. »";s:7:"content";s:12551:"
Siège de la plus ancienne synagogue d'Afrique, Djerba célèbre chaque année ses racines juives.
La Ghriba est un événement qui rassemble différentes religions sur l'île tranquille de Djerba. Image par Imen Boudali, utilisée avec permission.
Cet article d'Imen Boudali a été initialement publié par Raseef22, et est republié dans le cadre d'un partenariat de partage de contenu avec Global Voices.
Au mois de mai de chaque année, la Tunisie accueille un événement unique et extraordinaire. Ce pays d'Afrique du Nord, qui abrite la plus ancienne synagogue d'Afrique, célèbre et ravive ses racines juives à travers le pèlerinage de la Ghriba, un événement qui rassemble différentes religions sur la paisible île de Djerba.
Dès que le ferry s'approche de la côte, Djerba vous accueille avec sérénité. Cette île, foyer historique des Tunisiens des trois grandes religions monothéistes et site d'un pèlerinage juif annuel, est souvent appelée « l'île des rêves ». Elle donne aux visiteurs un sentiment d'appartenance et les étreint comme aucun autre endroit. Des palmiers à perte de vue, tout le long des routes parfois rudimentaires, on commence rapidement à voir les maisons ou houchs caractéristiques de Djerba, les petites boutiques colorées de l'île, les hommes en jebbas grise, les femmes en beskris, les malhfas (tenues traditionnelles portées uniquement par les femmes de cette île) et les dhallalas (chapeaux de paille traditionnels) partout.
Ce paysage est complété par l'odeur de la belle mer bleue, les pêcheurs et leurs bateaux éparpillés ici et là, les vendeurs de bouquets de fleurs de jasmin, les groupes de vieux hommes jouant aux dames et les femmes conduisant des motos. En substance, lorsque vous êtes ici, vous absorbez des couleurs, des teintes et des formes, parfois basiques et minimalistes, mais jamais ternes ou lassantes.
Mais ce ne sont pas seulement les côtes paradisiaques ou les couchers de soleil incomparables qui rendent cet endroit unique et beau ; ce sont les gens, et, pour cela, Djerba n'est pas seulement adorée par les Tunisiens, mais par d'innombrables visiteurs du monde entier.
Les habitants de Djerba ont réussi, au cours de l'histoire de l'île, à maintenir une coexistence pacifique entre ses communautés musulmane, chrétienne et juive ; ce qui est devenu extrêmement rare, non seulement dans la région arabe, mais aussi dans le monde entier…
Les Juifs de Djerba
Avant la création d'Israël en 1948, la Tunisie comptait plus de 100 000 Juifs, mais, au fil des ans, et avec la guerre israélo-arabe de 1967, beaucoup sont partis. Cependant, le pays abrite l'une des plus grandes communautés juives de la région MENA avec 2 000 Juifs, dont 1 200 vivent à Djerba.
À ce jour, et malgré leur nombre peu élevé, les Tunisiens juifs continuent d'occuper une place importante dans la société djerbienne et sont, comme leurs voisins non juifs, actifs dans l'industrie touristique de l'île.
Djerba abrite une école juive (yeshiva), qui offre un enseignement laïc et religieux aux enfants de cinq et six ans ainsi qu'aux adolescents de 14 ans. En parcourant les salles de classe, on entend les élèves discuter des versets de la Torah, passant de l'arabe tunisien à l'hébreu biblique des textes. Dans une autre école de l'île, l'école primaire Souani, les élèves musulmans et juifs étudient ensemble dans les mêmes salles de classe, partageant la poursuite des études séculaires et ancrant l'avenir de leur société dans des principes d'harmonie interreligieuse.
L'héritage juif de Djerba, ainsi que l'héritage de la diversité religieuse de la Tunisie, est mis en valeur chaque année lors du pèlerinage de la Ghriba. Ce rendez-vous annuel a eu lieu cette année du 14 au 22 mai avec diverses manifestations, dont la visite de la synagogue, l'aumône et la charité, les prières et autres traditions locales.
Les Tunisiens non juifs participent fréquemment à certaines des traditions de la synagogue. Par exemple, de nombreuses femmes de la région et des visiteurs apportent des œufs marqués du nom de jeune fille de leur famille et les déposent à un endroit particulier de la synagogue. Une fois le pèlerinage terminé, les œufs sont rapportés aux jeunes filles qui les mangent dans l'espoir d'améliorer leurs perspectives de mariage.
Un pèlerinage coloré
Lorsque vous vous dirigez vers la synagogue, la présence de la sécurité est certainement remarquable. Des centaines de policiers, de membres des forces spéciales et de véhicules blindés sont stationnés le long de la rue et autour du lieu de culte pour assurer le bon déroulement des festivités. Avant de pénétrer dans les locaux, les visiteurs passent par un scanner et leurs effets personnels sont fouillés minutieusement.
Lorsque vous passez le dispositif de sécurité, des centaines de drapeaux tunisiens, le bleu et blanc caractéristique des bâtiments vous accueillent.
De la musique est diffusée en fond sonore. Tout le monde ressent l'atmosphère de fête. Jeunes et moins jeunes, vous pouvez constater que chacun a revêtu ses plus beaux habits. Sous le soleil d'un après-midi d'avril, des groupes de visiteurs affluent en tenue de fête, accélérant le pas pour trouver une place à l'Oukala (sorte d'hôtel très traditionnel et bon marché dans les quartiers populaires de Tunisie) où une fête de la musique est organisée.
« Ma mère a acheté de nouveaux vêtements pour que je puisse les porter aujourd'hui. Maintenant j'attends que mes amis viennent pour qu'on puisse jouer ensemble. Je suis très enthousiasmé ! », affirme Ishmail, 8 ans, souriant de bon cœur aux côtés de ses parents et d'autres membres de la famille.
D'autres participants, plus concentrés sur l'aspect religieux de l'événement, choisissent de se rendre directement à la synagogue. Malgré sa taille relativement petite, l'intérieur du bâtiment est d'une beauté stupéfiante. Les carreaux de faïence bleus, qui embrassent les quatre murs jusqu'au plafond, sont saisissants. La pièce grouille de monde.
Sous les arcades et les lampes éternelles, certains participants sont assis pour lire la Torah, d'autres allument des bougies et murmurent, discrètement, les yeux fermés, leurs vœux les plus chers.
« Je suis venue déposer cet œuf au nom de ma nièce célibataire », raconte Eliana, une septuagénaire Franco-Tunisienne. « Je sais qu'elle ne croit pas vraiment à ces histoires, mais depuis que je suis petite, je venais dans cette synagogue et je voyais ma mère et mes tantes faire ça. Cela fait partie de notre histoire et de notre identité, et je garde l'héritage vivant. »
Pertinence touristique, problèmes de sécurité
Ce pèlerinage annuel est important non seulement pour la communauté locale, mais aussi pour le pays tout entier, d'un point de vue économique, en relançant le secteur touristique de l'île, et politique, puisqu'il contribue à forger l'identité pacifique et multiculturelle de la Tunisie. L'événement est préparé des mois à l'avance, avec la participation de diverses parties prenantes, dont le ministère de l'Intérieur – tout cela pour éviter les mauvaises surprises.
De mémoire récente, la Tunisie a connu deux attaques tragiques contre la communauté juive de Djerba. La première a eu lieu en 1985, lorsqu'un soldat chargé du maintien de l'ordre a ouvert le feu à l'intérieur de la synagogue de la Ghriba, tuant cinq personnes. Puis, en 2002, un Franco-Tunisien de 25 ans lié à Al-Qaida a tué 21 personnes.
Fort de ces incidents, les autorités tunisiennes ont cherché à sécuriser cet événement annuel. Le Chef du gouvernement, Najla Bouden, le ministre du Tourisme, Mohamed Moez Belhassine, le Gouverneur de Médenine, Said Ben Zayed, le grand rabbin de Tunisie, Haïm Bittan, ainsi que plusieurs ambassadeurs et diplomates de pays comme la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et les États-Unis ont assisté au lancement du pèlerinage de cette année.
« Djerba reste un creuset de civilisations, une terre de paix et de tolérance pour tous ; d'où émane un message d'amour et de paix », a déclaré M. Bouden.
Pour sa part, le ministre du Tourisme Belhassine a déclaré que le pèlerinage de la Ghriba est un événement important qui donne le coup d'envoi de la saison touristique et estivale. Il véhicule de multiples messages au monde sur la coexistence pacifique et la tolérance pour une communauté meilleure et plus ouverte.
Il a ajouté que cet événement important, qui, selon lui, a rassemblé environ 3 000 visiteurs, 50 journalistes et des dignitaires de 14 nationalités, est une occasion non seulement de découvrir l'aspect multiculturel de l'île, mais aussi de plonger dans une destination riche offrant des avantages infinis.
Quant aux organisateurs du pèlerinage, dirigés par Perez Trabelsi (Président du Comité juif de la Ghriba et leader de la communauté juive de Djerba), ils ont estimé que la visite de cette année était exceptionnelle et distincte à plusieurs niveaux. Pour eux, après deux années de pandémie, envoyer un message de paix et de coexistence de la Tunisie au reste du monde était crucial en ces temps tumultueux.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220907_235009";}s:15:"20220906_175044";a:7:{s:5:"title";s:94:"La guerre en Ukraine modifie fondamentalement la relation entre l'Internet et la géopolitique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/06/273895/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273895";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 06 Sep 2022 15:50:44 +0000";s:11:"description";s:135:"L'invasion de l'Ukraine par la Russie a confirmé que la frontière entre la réalité civile et militaire est en train de disparaître";s:7:"content";s:19251:"
La guerre consolide les tendances de la gouvernance d'Internet
Image reproduite avec l'aimable autorisation de Flora Weil, Alexandra Smorodinova et Danya Orlovsky
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Au début des années 1990, Nicholas Negroponte, le fondateur du MIT Media Lab, a annoncé qu'Internet « perturberait les organisations, mondialiserait la société, décentraliserait le contrôle et aiderait à harmoniser les gens ». Trente ans plus tard, cette prédiction ne pouvait pas être plus éloignée de la vérité. Alors qu'Internet a conduit à une mondialisation, une innovation et une participation sans précédent dans des secteurs auparavant inaccessibles, au cours des deux dernières décennies, les efforts lents et persistants des gouvernements du monde entier ont fait régner les réalisations technologiques privées dans les régimes nationaux de réglementation et de sécurité.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie marque le prochain tournant par rapport aux rêves internationaux distribués et libertaires d’Internet du XXe siècle. La guerre a accéléré trois tendances importantes dans la dynamique géopolitique d'Internet, rendant tout renversement majeur inimaginable. Premièrement, la guerre a accéléré l'importance sans précédent des acteurs non étatiques dans la guerre au niveau de l'État. Deuxièmement, il a mis en évidence la centralité des réseaux d'information dans les conflits physiques. Troisièmement, il a accéléré la fragmentation mondiale entre les États-Unis, l'Europe, la Russie et la Chine le long des plates-formes technologiques.
Lors d'une conférence des Nations unies en juin, un dirigeant de Google a prédit que les opérations russes en Ukraine préfiguraient le nouveau statu quo mondial : « C'est essentiellement notre boule de cristal pour ce qui est susceptible de se produire. »
La prolifération des acteurs non étatiques dans la guerre au niveau étatique
Durant la majeure partie de l'histoire moderne, la guerre a été principalement le domaine des États-nations. Ivan Sigal a fait valoir que, depuis les années 1970, « il y a eu une progression des conflits non déclarés, des conflits intra-étatiques et civils impliquant des combattants irréguliers et des combattants non étatiques, les combats se déroulant au milieu de la vie civile, où la majorité des victimes sont non-combattants ».
Alors que des acteurs non étatiques ont pris part à des conflits passés – le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a commencé pendant la guerre de Crimée dans les années 1850 et la terreur moderne est enracinée dans les rébellions anticoloniales du XIXe siècle – en particulier au cours des 20 dernières années, la présence d'ONG, d'organisations internationales et de groupes terroristes a commencé à usurper le monopole de l'État sur la violence. Joseph Nye et Robert Keohane ont décrit ce monde émergent des relations internationales comme celui d'une « interdépendance complexe ».
Même avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, une communauté décentralisée de chercheurs tirait la sonnette d'alarme sur le mouvement anormal des troupes russes le long des frontières ukrainiennes. La prolifération des satellites, des réseaux sociaux, des enregistrements de vol publics et des techniques de cartographie a rendu disponible une gamme de méthodes de signalement open source, capable d'identifier les schémas de guerre avant que les coups de feu ne soient réellement tirés.
L'interdépendance croissante des réseaux mondiaux et l'accès illimité à ceux-ci depuis n'importe où dans le monde signifient également que l'on peut faire la guerre en Europe de l'Est depuis un appartement à Berlin ou un café à Shenzhen. En février, le Gouvernement ukrainien a lancé un appel mondial aux groupes de piratage pour obtenir de l'aide dans la défense des infrastructures critiques. Depuis lors, un groupe non identifié de vigiles pirates perturbe les chaînes d'information russes, les sites Web du gouvernement et les réseaux d'approvisionnement militaire. Simultanément, des groupes de piratage non identifiés ont commencé à cibler de plus en plus « les ministères des Affaires étrangères des États de l'OTAN, les organisations humanitaires, les groupes de réflexion, les groupes informatiques et les fournisseurs d'énergie ». Les agences de renseignement occidentales ont attribué ces attaques à des groupes russes soutenus par l'État, mais la nature d'Internet rend l'attribution finale impossible.
Alors que les plates-formes technologiques font face à des poursuites anti-trust en Europe et aux États-Unis, la guerre en Ukraine a servi de nouvel argument pratique contre de nouvelles mesures anti-trust : nuire aux plates-formes technologiques aiderait la propagande russe.
L'importance croissante des technologies de mise en réseau
L'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022 est l'exemple le plus récent, et peut-être le plus frappant, de la militarisation d'Internet dans la conquête physique.
Dans l'ensemble, la guerre en Ukraine est le dernier exemple dans lequel le contrôle des télécommunications a à la fois dirigé les mouvements militaires et servi de justification à l'annexion. En 2015, avant l'annexion de la Crimée, les forces russes ont occupé les principaux bureaux des FAI de la péninsule, coupé toutes les connexions avec l'Ukraine, construit un nouveau câble sous-marin à fibre optique et redirigé le trafic Internet via Miranda Media, basée à Moscou. Cela garantissait que le trafic Internet local serait surveillé par Roskomnadzor, le régulateur russe des télécommunications, et soumettait les résidents de Crimée aux réglementations russes en matière de parole, de publication et d'Internet.
Carte reproduite avec l’aimable autorisation de Kevin Limonier.
La sécurité et le contrôle des canaux de télécommunication nationaux deviennent particulièrement vitaux pour les petits pays qui dépendent principalement de fournisseurs de services étrangers pour les renseignements militaires clés comme l'imagerie par satellite. Volodymyr Usov, ancien président de l'Agence spatiale nationale d'Ukraine, a souligné en juin : « Chaque nation qui prétend être indépendante… doit avoir sa propre constellation [d'imagerie] ». Usov a noté que les partenariats ne suffisent pas : « vous devez avoir un accès autonome à l'imagerie satellite ». L'Ukraine envisage de développer sa propre technologie de lancement de satellites pour protéger l'infrastructure de communication vitale des interventions sur le terrain.
La fragmentation géopolitique rapide le long des infrastructures
L'implication d'acteurs non étatiques et l'importance militaire croissante des télécommunications conduisent à une balkanisation accélérée d'Internet selon des lignes nationales.
La guerre en Ukraine a tracé une ligne plus explicite entre les réalités financières, informationnelles et infrastructurelles fragmentées de l'Europe et des États-Unis, opposées à la Russie et à la Chine. Un mouvement infrastructurel non aligné est en marche, se déroulant selon la logique sclérotique de la guerre froide. Au 21e siècle, le choix pour une grande partie du monde n'est pas le communisme ou le capitalisme, mais plutôt le réseau de chaîne d'approvisionnement dans lequel leurs pays vont puiser.
Image reproduite avec l'aimable autorisation de Giovana Fleck.
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Coup d’œil sur les disputes internes concernant les réformes en Ouzbékistan
Depuis son indépendance à la chute de l’Union soviétique, l’Ouzbékistan, pays de plus de 30 millions d’habitants, a essentiellement été fermé au reste du monde. Alors qu’il devenait une destination touristique majeure pour les Européen·nes attiré·es par ses anciennes cités, Samarcande, Boukhara et Khiva, une grande partie de la population n’avait qu’un accès limité aux médias non étatiques et peu d’occasions de voyager hors du pays. Il a fallu attendre 2019 pour que l’Ouzbékistan se décide à abolir son système de visa de sortie, sous lequel un visa du gouvernement était obligatoire pour sortir du pays. Sous Islam Karimov, premier Président de 1991 à sa mort en 2016, le gouvernement ne tolérait ni opposition ni débats publics sur les problèmes majeurs qui affectaient l’Ouzbékistan. Depuis 2016, le nouveau Président Shavkat Mirziyoyev, un candidat de compromis inattendu entre les puissantes factions du pays, se présente comme un réformateur, au moins du point de vue économique. En supprimant le taux de change officiel fixé par le gouvernement, et en limitant la surveillance policière qui jusque-là avait été omniprésente, il a ouvert l’Ouzbékistan aux investisseurs étrangers et aux touristes.
Pour encourager le tourisme, Mirziyoyev a promu plusieurs festivals culturels en partenariat avec des artistes et des écrivain·es internationaux. En 2021, dans un élan de promotion de la culture ouzbek à l’étranger, il a ressuscité le festival du film international de Tachkent qui datait de l’ère soviétique, sous un nouveau nom : Perle de la route de la soie. Mirziyoyev a aussi approuvé le festival littéraire de La Route de la soie, un événement visant à promouvoir la littérature et les richesses touristiques de l’Asie centrale. Ce festival, qui devait se dérouler en septembre 2022 dans les villes de Tachkent et Boukhara, allait être un des plus importants événements internationaux dans la région depuis l’indépendance du pays — mettant la littérature en premier plan. Mirziyoyev avait demandé au ministère des Affaires étrangères ouzbek, au ministère du Tourisme ainsi qu’au syndicat des écrivains ouzbeks d’aider le comité du festival, composé d’investisseurs basés dans l’ouest et de quelques personnalités culturelles, à organiser les diverses rencontres. Celles-ci auraient dû inclure des conférences, des forums publics, et des excursions pédestres en compagnie d’écrivain·es, de célébrités populaires et de traducteur·ices du pays et de l’étranger.
Mais, le 8 juillet 2022, le festival a été soudainement ajourné. La directrice du festival, Sophie Ibbotson, a expliqué aux parties concernées que le syndicat des écrivain·es avait décidé de se retirer du comité et qu’il n’avait pas été possible de trouver un remplacement à temps pour que le festival puisse se tenir à la date fixée. Il va désormais se dérouler en ligne, en attendant d’autres événements prévus pour 2023. Très curieusement le 12 juillet, le syndicat des écrivain·es décidait de communiquer publiquement une série de griefs au sujet du comité ; une démarche qui en dit plus long sur les ambitions anachroniques du syndicat que sur les mauvaises façons d’agir du comité. Ces dénonciations ont révélé que le syndicat vit toujours à l’heure Karimov, alors que le pays est désormais passé à l’heure Mirziyoyev.
L’Ouzbékistan sous Karimov était un état jaloux, ne tolérant aucun défi à son monopole sur la loyauté de ses habitant·es. Il poursuivait sans relâche toute personne ou institution qui aurait pu offrir une autre forme de clientélisme à la population ouzbek. L’arrestation des 23 membres de l’organisation philanthropique, Akromiya, à Andijan en 2005, en est un bon exemple, qui a finalement entraîné une évasion de prison et une violente manifestation qui fut réprimée dans le sang. Le gouvernement a désigné Akromiya comme groupe terroriste islamique. Mais la seule menace qu’il présentait était d’offrir une autre forme de loyauté, comme l’a démontré le soutien que lui ont apporté les habitant·es d’Andijan. Sous Karimov, mais encore aujourd’hui, malgré un relâchement du contrôle de l’Etat sous Mirziyoyev, le syndicat des écrivain·es ouzbek, reste une institution pleine de jalousie, protégeant comme son droit exclusif son monopole de la définition de la littérature ouzbek : décidant qui promouvoir et qui écarter. Si les 12 griefs du syndicat sont des justifications a posteriori pour un différend bien plus banal qui l’empêcherait de coopérer avec le comité — on n’apprendra probablement jamais la vraie raison — la liste des raisons expose de façon éloquente les besoins de contrôle à la Karimov du syndicat.
Une bannière à Boukhara portant une inscription en anglais de l’ancien président Islam Karimov (« Je reste convaincu que l'Ouzbékistan est face à un grand avenir. Notre nation a tout ce qu'il faut – les ressources naturelles, un sol fertile et de grands fleuves. Des personnes laborieuses et talentueuses vivent sur cette terre sacrée »). Photo de Lyalka via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
Les griefs du syndicat nous ramènent à la même question : qu’est-ce que la littérature de la région ou ouzbek, et qui a le droit de la définir ? Le comité du festival, qui voudrait mettre l’accent sur certains aspects pouvant intéresser des lecteur·ices étranger·es, ou permettre à des voix en dehors du syndicat de se faire entendre ? Le syndicat lui-même, qui veut promouvoir ses membres et sa propre vision de la littérature à un lectorat étranger, mais sans tenir compte de ses goûts ?
Le syndicat avait initialement reproché au festival de ne comporter que des programmes « non-littéraires », citant comme exemples : « Rapatriement culturel et honneur au passé », « Discours archéologique et propagation du bouddhisme en Asie centrale », « L'avenir du voyage », « La nature comme muse » et « Une rencontre avec Nikita Makarenko » (les titres de ces rencontres ont été traduits en français d’après la version en anglais du programme du festival plutôt que de la traduction en anglais par le syndicat). On voit que ces activités dépassent la littérature pour embrasser la culture en général, notamment des aspects de la culture d’Asie centrale pouvant intéresser un public étranger.
Mais le syndicat n’a considéré comme acceptable qu’une série d’activités qui traduisent sa définition officielle et étroite de la littérature, et il n’a proposé des discussions qu’autour de thèmes reflétant les différentes sections du syndicat — poésie, écriture de scénarii et adaptation, fiction historique, écrits sur l’environnement, etc. En outre, ces activités n’étaient animées que par les membres les plus anciens du syndicat, tels Usmon Azim, Xurshid Do‘stmohammed, Erkin A‘zam, Isajon Sulton, et Mohammed Ali. Comparer ces personnalités institutionnellement puissantes à Marenko, une personnalité des réseaux sociaux et un blogueur de langue russe est révélateur. Pour le syndicat, la littérature ouzbek considérée comme légitime se résume aux seules œuvres littéraires produites sous ses auspices et avec son patronage — toutes activités culturelles en dehors du syndicat sont exclues comme n’étant pas représentatives.
Le droit du syndicat à dicter sa définition de la littérature au festival est un argument central de sa déclaration du 12 juillet. Et pour contester la participation d’un·e traducteur·ice d’anglais tadjik·e, le syndicat a déclaré :
фестиваль маърузачилари ҳам асосан бизнинг адабий жамоатчилигимиз орасида етарли даражада таниш бўлмаган кишилардан иборат эди
…les intervenant·es du festival ne sont pas assez familiers avec notre société littéraire et notre lectorat….
Tout comme Marenko ne représentait pas la littérature ouzbek, la traductrice ou le traducteur tadjik — le syndicat refuse d’en dire le nom — n’est pas digne non plus de parler à un festival en Ouzbékistan, même si ce festival s’appelle « festival littéraire de La Route de la soie » et non « festival littéraire Ouzbek ».
La déclaration du syndicat traduit aussi sa peur de voir son système de patronage bouleversé par le comité du festival, qui permettrait à de jeunes auteur·ices de se voir récompenser avant que ce soit vraiment leur tour. Le syndicat avance que « des écrivain·es et traducteur·ices célèbres ont été écarté·es, alors que quelques jeunes traducteur·ices se sont retrouvé·es entièrement responsables de deux ou trois activités ».
Par son retrait, le syndicat démontre qu’il n’abandonnera pas son monopole sur la littérature ouzbek sans se battre. Avec le support de Mirziyoyev et d’autres institutions (le ministère des Affaires étrangères et le ministère du Tourisme), le syndicat risque, d’une façon ou d’une autre, de regretter son refus de coopérer. Mais, dans un Ouzbékistan qui semble s’ouvrir de plus en plus au monde, il finira par être obligé de reconnaître d’autres voix dans le domaine littéraire.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220903_092306";}s:15:"20220903_084119";a:7:{s:5:"title";s:90:"Dans l'Arménie d'après-guerre, les législateurs s'attaquent à la liberté de la presse";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/03/273928/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273928";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 03 Sep 2022 06:41:19 +0000";s:11:"description";s:209:"Depuis la guerre, le travail journalistique est bouleversé par de nouvelles réglementations souvent vagues. Aujourd'hui, des projets de loi pourraient rendre le journalisme en Arménie encore plus difficile.";s:7:"content";s:10954:"
De lourdes amendes et des peines de prison envisagées pour la diffamation de fonctionnaires
Victoria Andreasyan, une journaliste au service d'Infocom, s'est rendue dans la région de Syunik, en Arménie, le 7 février 2021 pour recueillir les témoignages de personnes résidant près de la frontière avec l'Azerbaïdjan. À l'entrée du village frontalier de Shurnukh, sa cadreuse et elle-même ont été arrêtées au poste de contrôle.
« Les gardes-frontières nous ont dit que nous avions besoin de la permission du Service de sécurité nationale (SNS) pour entrer dans le village », a confié la reportrice à OC Media. Trois jours après le voyage de Victoria Andreasyan, le SNS a déclaré que les journalistes devaient être munis d'une autorisation pour travailler dans les zones frontalières.
Après quelques négociations, les membres de l'équipe ont pu rentrer dans le village, mais avec « l'interdiction de parler aux résidents et de prendre des vidéos », a ajouté la journaliste.
L'expérience de la reportrice n'est pas un cas isolé. Depuis la signature de l'accord de paix tripartite à la fin de la seconde guerre du Haut-Karabakh le 9 novembre 2020, le travail des journalistes en Arménie est bouleversé par de nouvelles réglementations et lois à la formulation souvent vague.
En 2021, deux projets de loi différents sur le discours et la presse ont été présentés au Parlement arménien. Le premier projet prévoit une multiplication par cinq du montant des amendes pour « insultes et diffamation », soit respectivement ֏5 millions (12 420 EUR) et ֏10 millions (24 840 EUR), et il a déjà été adopté en première lecture au sein du Parlement. Le deuxième projet propose d'infliger une amende pouvant atteindre ֏500 000 (1 242 EUR) aux médias qui citent comme sources des sites Web ou des comptes de réseaux sociaux dont la propriété n'est pas connue du public.
Ce dernier projet de loi est largement reconnu pour être une réponse à la popularité grandissante de canaux Telegram anonymes pendant et après la guerre, dont certains affichaient une tendance pro-opposition et postaient occasionnellement du contenu de désinformation à l'encontre du gouvernement, un contenu ensuite repris par des médias d'opposition établis.
Un troisième projet de loi, qui a été proposé par le Bureau du Procureur général d'Arménie, mais qui n'a pas encore été présenté au Parlement, rendrait illégale l'action « d'insulter ou de calomnier une personne employée dans la fonction publique en rapport avec l'exercice de ses fonctions officielles. » Les personnes reconnues coupables seraient passibles d'une amende pouvant s'élever jusqu'à ֏3 000 000 (7 450 EUR) ou d'une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement.
Un certain nombre d'organes de surveillance des médias arméniens, dont The Media Initiatives Centre, ont publié une déclaration commune dans laquelle ils dénoncent le projet de loi et l'accusent d'être « une suite logique de nombreuses mesures législatives introduites par les autorités au cours des derniers mois » qui « prévoit des restrictions inacceptables de la liberté d'expression. »
« Il est impossible d'ignorer le fait que les fonctionnaires et plusieurs politiciens perçoivent souvent la critique objective des médias comme une insulte, une calomnie, et tentent de prendre leur revanche devant les tribunaux », indique la déclaration.
Shushan Doydoyan, présidente du Centre pour la liberté de l'information et maître de conférence en journalisme à l'Université d'État d'Erevan, a déclaré à OC Media que ces lois seraient, selon elle, porteuses de conséquences néfastes si elles venaient à être adoptées.
« La société est demandeuse d'informations et elle trouvera des moyens de satisfaire cette demande », a-t-elle expliqué. « Si les journalistes n'ont pas le droit de créer des récits de qualité, le vide que cela engendrera sera rempli par des rumeurs et de la désinformation. »
Gegham Vardanyan, éditeur en chef de The Media Initiatives Centre, une ONG de sensibilisation aux médias, a confié à notre journal que les lois ne feraient que créer un environnement médiatique plus hostile. « Il y a quelques années, la Cour institutionnelle elle-même a recommandé aux tribunaux d'éviter d'appliquer les amendes maximales parce que ces décisions pourraient être perçues comme une pression sur les médias, » a-t-il ajouté.
Une conséquence de la guerre
Le changement brusque du paysage médiatique arménien s'est amorcé avec l'introduction de la loi martiale le 27 septembre 2020, le premier jour de la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Sous cette loi, les journalistes arméniens avaient pour interdiction de critiquer les actions des agents de l'État ou la performance de l'armée nationale.
Selon les forces de l'ordre arméniennes, 13 organes de presse et 62 journalistes indépendants ont écopé d'une amende avant la levée des restrictions de publication le 2 décembre 2020. Lorsque les restrictions étaient en vigueur, environ 600 journalistes étrangers ont obtenu une accréditation des autorités de l'Arménie et du Haut-Karabakh pour réaliser un reportage au Haut-Karabakh. Seule l'accréditation d'un journaliste a été suspendue, celle d'Ilya Azar, qui a publié un récit très critique sur l'armée arménienne dans le journal indépendant russe Novaya Gazeta.
Après la guerre, Karen Harutyunyan, éditeur en chef de CivilNet, a vivement critiqué les restrictions imposées aux journalistes au moment des affrontements, qui se sont traduites par des reportages qui n'avaient pour seul effet que celui de « brouiller encore davantage le sens des réalités déjà embrumé du public. »
« Le déroulement de la guerre des 44 jours a montré que le travail sans contraintes des journalistes aurait permis au pays d'éviter de nombreux dommages et drames », a-t-il écrit.
Après la fin de la guerre, le ministère arménien de la Défense semble avoir maintenu des rapports tendus avec les médias, lesquels se manifestent surtout à travers le silence. De nombreuses organisationsmédiatiques indiquent que leurs demandes d'accès à l'information soumises au ministère de la Défense ont été refusées au motif que l'information requise relevait du « secret d'État », même lorsqu'il s'agissait de données aussi élémentaires que le nombre de soldats arméniens morts, blessés ou disparus.
Shushan Doydoyan a déclaré qu'en définitive, elle craignait que la dégradation de l'environnement informationnel d'après-guerre et la tendance imprudente du gouvernement à la censure menacent la liberté de la presse, un droit que « l'Arménie a gagné au prix d'immenses efforts au fil des années. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220903_084119";}s:15:"20220903_081219";a:7:{s:5:"title";s:79:"L'espéranto : la langue de l'idéalisme peut-elle faire face à la réalité ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/09/03/273952/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273952";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 03 Sep 2022 06:12:19 +0000";s:11:"description";s:169:"« En justifiant la position neutre qu'elle adopte, la communauté espérantiste omet de critiquer tout statut inégalitaire au sein du monde dans lequel nous vivons. »";s:7:"content";s:9976:"
Nous voulons rendre le « langage idéaliste » facile.
Les langues sont typiquement un moyen essentiel d'identité, mais elles posent aussi un dilemme non résolu : un paradoxe dans lequel les langues offrent la possibilité de communiquer. Elles ne fonctionnent qu'au sein d'un lieu et d'un groupe d'individus donné, nous éloignant ainsi les uns des autres. L'espéranto, quant à lui, cherche à dépasser cette situation pour devenir une véritable passerelle qui fonctionne pour tous les segments géographiques et démographiques. Cependant, bien que l'espéranto s'inspire de l'idéalisme, il est nécessaire d'établir cette langue dans le cadre de questions spécifiques de la vie réelle. Sa quête de neutralité totale a ses limites face aux réalités sociales et politiques.
Mais, qu'est-ce que l'espéranto ? L'espéranto est l'une des nombreuses langues artificielles qui ont été inventées dans le monde[es] et qui ont connu un succès retentissant. Elle a été créée en 1887 par Ludwik Zamenhof, le Juif polonais 12 fois candidat au prix Nobel de la paix. Environ deux millions de personnes parlent cette langue dans le monde; laquelle a connu un succès particulier au Mexique. Parmi les espérantistes célèbres figurent Charlie Chaplin, J.R.R. Tolkien et Léon Tolstoï.
Le premier congrès mondial de l'espéranto à Boulogne-sur-Mer, en France, en 1905. Source: photo du domaine public.
Beaucoup considèrent l'espéranto comme une langue idéaliste, comme le mentionne le titre de cette interview[es] réalisée par le journal mexicain Reforma, avec Carlos Velazquillo et Mallely Martínez, président de l’Association mexicaine d'espéranto[es]. C'est peut-être parce que l'espéranto n'est pas seulement une langue, mais aussi une culture avec plusieurs principes moraux. C'est ce qui distingue l'espéranto de beaucoup d'autres langues, car il ne s'agit pas seulement d'un outil d'expression orale et écrite. En d'autres termes, on apprend les valeurs humanistes et pacifistes de la culture espérantiste en apprenant la langue elle-même.
Bien que l’Esperantujo (un monde imaginaire où les individus sont immergés dans la culture espérantiste) comprenne des personnes et des relations sociales diverses, il est indéniable qu'il existe une neutralité constante au sein des idéaux espérantistes qui a maintenu la position « passive » de cette langue face à plusieurs phénomènes sociaux. Par exemple, cette langue s'oppose à sa commercialisation, ce qui l'a empêchée d'être utilisée à des fins lucratives par un groupe d'individus donné.
D'un autre côté, la communauté espérantiste n'a pas non plus critiqué le cadre qui empêche ses idées de paix d'émerger. Il semble qu'en justifiant la position neutre qu'elle adopte par des raisons idéologiques, elle ne critique pas le statut inégal au sein du monde dans lequel nous vivons. À cet égard, nous nous référons aux paroles de Frantz Fanon dans son livre Les misérables de la terre (1961), lorsqu'il mentionne spécifiquement que le neutralisme est respecté par les auteurs de situations violentes en période d'instabilité et de guerre.
Sur la base de ce qui précède, nous revenons au point initial. Il semble que les relations sociales au sein de la communauté espérantiste se concentrent sur le débat sur l'idéalisme et parlent rarement de la réalité sociale dans laquelle se trouve l'espéranto, la réalité sociale des problèmes du monde actuel que vivent les individus à travers le monde.
Cela n'a pas toujours été le cas. Dans les décennies passées, la communauté espérantiste prenait position. Comme le dit María Isabel Nájera Sepúlveda, auteur d’Esperanto and Human Communication ‘L'espéranto et la communication humaine), en visant le monde entier, la culture espérantiste a été ouverte à de nombreux modes de pensée et d'expression. Par exemple, de l'introduction de positions antifascistes dans des pays comme l'Espagne il y a des décennies à l'ajout constant de livres, de traductions et de projets audiovisuels ou musicaux qui sont encore menés à ce jour.
Bien que l'espéranto soit un réceptacle pour les pacaj batalantoj (»militants de la paix »), il doit s'engager dans le débat sur les questions de la vie réelle. Même si notre langue est loin d'être la deuxième langue du monde entier, nous pouvons lui donner le potentiel de devenir une langue de communication de grande envergure et d'aborder les problèmes d'un point de vue plus humaniste. Cela impliquerait de dénoncer les inhumanités de la vie réelle.
Alors, comment aller au-delà et donner à l'espéranto ce potentiel ? Nous trouvons la réponse dans un exemple que l'anthropologue Iván Deance a fourni lors du Congrès national d'espéranto à Puebla, au Mexique, en 2018. Il a raconté comment l'espéranto a aidé ses étudiants à mieux communiquer avec la communauté indigène Totonaca, car ses attributs linguistiques ont facilité la compréhension de leur langue maternelle et ont ainsi joué le rôle de langue-passerelle. Cet exemple est démonstratif des progrès réalisés au niveau multiculturel ainsi que dans la recherche d'un objectif premier : le dialogue interculturel est une nécessité absolue pour trouver des solutions aux conditions de vie inégales dans nos sociétés.
Comme il est expliqué dans le paragraphe ci-dessus, nous ne pouvons pas tous être anthropologues, mais nous pouvons entreprendre des projets. Cependant, rendre compte de ces questions, c'est faire un pas de plus et s'impliquer dans les relations sociales qui pourraient s'établir grâce à l'espéranto.
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Selon Fernanda Sánchez Jaramillo, les peuples autochtones enrichissent le discours juridique sur la nature.
Le mois d'août est le mois de la Pachamama, ou Mère Terre, parmi certains peuples autochtones d'Abya Yala, aujourd'hui connu comme les Amériques. Dans le contexte de la crise climatique, environnementale et humaine qui sévit dans le monde entier, il semble opportun de mettre en lumière des récits autres que les récits hégémoniques sur notre relation avec l'environnement. Des débats ont lieu en Amérique latine sur la manière de considérer la nature dans la sphère juridique : est-elle un objet ou un sujet de droit ? Est-elle une ressource naturelle ou un sujet collectif d'intérêt public ? A-t-elle une valeur intrinsèque ou sa valeur dépend-elle de son utilisation par les êtres humains ?
Fernanda Sánchez Jaramillo est l'une des personnes qui, depuis la Colombie, souhaitent faire avancer cette discussion. Elle est journaliste et avocate, titulaire d'une maîtrise en relations internationales, doctorante en droit et chercheuse à la prestigieuse Universidad del Rosario de Bogota. Elle contribue également à Global Voices, toujours en mettant l'accent sur les droits humains. Elle souhaite suivre les traces de son père, qui était un leader social et un organisateur communautaire du mouvement paysan en Colombie.
Fernanda Sánchez Jaramillo œuvre pour que le système judiciaire en Colombie – et dans le monde entier – se détache des conceptions « eurocentriques » et s'ouvre à d'autres façons d'envisager la vie et la justice. Au début de l'année, elle a rédigé, avec Willian Jairo Mavisoy Muchavisoy, un article universitaire intitulé « La kosmovilidad de la madre tierra cuando ‘habla’ y el discurso jurídico acerca de la ‘naturaleza‘ » (La cosmobilité de la Mère Terre lorsqu'elle « parle » et le discours juridique relatif à la « nature »). Dans cet article, les deux auteurs partagent leurs recherches et leurs réflexions sur les perspectives des peuples autochtones Awá et Kamëntsá du sud de la Colombie, et sur la manière dont ces perspectives peuvent contribuer à nourrir les lois colombiennes et la doctrine juridique du pays.
Par exemple, le peuple Awá appelle la Mère Terre Katsa Su (« Grande Maison »), une conception qui incorpore toutes les « relations établies avec elle et les autres êtres qui partagent son existence ». De cette façon, le peuple Awá « démontre qu'il existe d'autres façons d'interagir et de vivre en harmonie que de coloniser la Mère Terre et de la traiter comme un objet de consommation (ressource naturelle, patrimoine commun, bien, capital, services écosystémiques, matière première) et de briser le tissu originel humain-non humain (les collines, les animaux, les végétaux, les étoiles) », expliquent Sánchez Jaramillo et Mavisoy Muchavisoy dans leur article.
L'interview suivante est basée sur le travail de recherche de Fernanda Sánchez Jaramillo.
Melissa Vida (MV) : Qu'est-ce qui vous motive dans vos différentes activités ?
Fernanda Sánchez Jaramillo (FSJ): Mi compromiso con la función social que tienen mis dos profesiones, periodismo y derecho, con la necesidad de visibilizar saberes, lugares y personas tradicionalmente excluidas. También me motivan un amor y una pasión inmensas por el conocimiento que se encuentra no solo en los libros, sino en seres y experiencias a las cuales he tenido acceso gracias al tejido de conocimiento y de conexiones hechas durante muchos años de trabajo y de asomarme al mundo con curiosidad, respeto y responsabilidad. Creo que intento seguir, en alguna medida, el compromiso de mi padre con las comunidades y con la justicia.
Fernanda Sánchez Jaramillo (FSJ): Mon engagement envers la fonction sociale de mes deux professions, le journalisme et le droit, ainsi que la nécessité de rendre visibles les connaissances, les lieux et les personnes qui ont été traditionnellement exclus. Je suis également motivée par un immense amour et une passion pour la connaissance, que j'ai trouvés non seulement dans les livres, mais également dans les êtres que j'ai rencontrés et les expériences que j'ai vécues grâce au tissage de connaissances et de connexions réalisées au cours de mes nombreuses années de carrière. Et aussi par le fait de regarder le monde avec curiosité, respect et responsabilité. Je pense que j'essaie de suivre, dans une certaine mesure, l'engagement de mon père envers les communautés et la justice.
MV : Sur quoi porte votre recherche doctorale actuelle ?
FSJ: Actualmente trabajo en mi tesis sobre la posible relación existente entre la naturaleza como sujeto de derechos y la defensa de Katsa Su, Casa Grande, del pueblo Awá en Nariño [un departamento en el sureste de Colombia]. Es la profundización de una curiosidad que me surgió cuando hice mi trabajo de derecho, que será publicado, y que me llevó a ahondar acerca de lo que significa ser sujeto en el plano jurídico, y lo que significa ser gente para los Awá. Esto lo alterno con mis ponencias sobre los demás animales, sus derechos, puesto que en ambos casos trabajo sobre la posibilidad de que otros seres vivos sean considerados titulares de derechos. Me apasionan los derechos de la madre tierra, los demás animales y los pueblos originarios, y el reconocimiento de otras subjetividades.
FSJ : Ma thèse de doctorat porte sur le lien potentiel entre la nature en tant que sujet de droit et la protection de Katsa Su, la Grande Maison, du peuple Awá dans le Nariño [un département du sud-ouest de la Colombie]. Il s'agit d'une plongée en profondeur dans une question qui a surgi lorsque je travaillais sur mon article juridique, qui sera publié, et qui m'a amenée à me pencher sur ce que signifie être un sujet sur le plan juridique, et ce que signifie être une personne pour les Awá. Il fait suite au travail que j'ai fait sur les autres animaux et leurs droits, puisque dans les deux cas j'étudie la possibilité que d'autres êtres vivants soient considérés comme des détenteurs de droits. Je suis passionnée par les droits de la Mère Terre, des autres animaux et des peuples autochtones, et par la reconnaissance d'autres subjectivités.
MV : Pourquoi ce sujet est-il important et pertinent dans le contexte de l'environnement et des droits humains en Colombie ?
FSJ: Es importante porque los derechos de la naturaleza son promovidos, desde diferentes frentes, para intentar proteger efectivamente a la naturaleza, lo cual no ha logrado el derecho ambiental pese a las múltiples normas existentes en un país como Colombia. Con respecto a los derechos humanos, este tema es relevante ya que tanto Katsa Su, como el pueblo Awá fueron declarados víctimas [del conflicto armado en Colombia que empezó en los 1960] por la Justicia Especial para la Paz (JEP) en el año 2019, y es necesario analizar si desde aquella declaratoria ha mejorado la decisión para este pueblo y su lugar de origen.
FSJ : Il est important, car il tente de protéger efficacement la nature en se concentrant sur les droits de la nature, depuis différents fronts; ce que le droit de l'environnement n'a pas réussi à faire malgré les nombreuses normes existantes dans un pays comme la Colombie. En ce qui concerne les droits humains, ce sujet est pertinent, car la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) a reconnu en 2019 que Katsa Su et le peuple Awá étaient tous deux des victimes [du conflit armé en Colombie qui a commencé dans les années 1960], et il est nécessaire d'analyser si cette décision a eu un impact positif sur le peuple Awá et ses terres depuis lors.
MV : Qu'est-ce que la « colonialité juridique » ?
FSJ: La colonialidad jurídica tiene sus raíces en el pensamiento eurocentrado y en los mitos de la modernidad jurídica, de los que habló el historiador del derecho Paolo Grossi. Ordenamientos jurídicos como el colombiano pertenecen a una de las familias del derecho, el derecho continental. Heredó sus instituciones, fuentes, incluso nuestro código civil fue “copiado” del Código Napoleónico. Somos considerados centros de recepción y no tanto de producción jurídica. La colonialidad del discurso jurídico está marcada por un pensamiento binario, que excluye y separa. Por ejemplo, predomina la dicotomía entre quién es objeto y sujeto, categorías claves en mi investigación académica. También se refleja en el abordaje de los conflictos socioambientales.
FSJ : La colonialité juridique trouve ses racines dans la pensée eurocentrique et dans les mythes du droit moderne, comme le souligne l'historien du droit Paolo Grossi. Le système juridique colombien fait partie de ce que l'on appelle le droit continental. Il en a hérité ses institutions et ses sources, même notre code civil a été « copié » du Code Napoléon. Nous avons reçu les lois, nous ne les avons pas produites. La colonialité du discours juridique est marquée par une pensée binaire, qui exclut et sépare. Il existe, par exemple, une dichotomie prédominante entre l'objet et le sujet, qui sont des concepts clés dans mes recherches universitaires. Cela se reflète également dans la façon dont les conflits socio-environnementaux sont traités.
MV : Quelle est la différence entre la façon dont les peuples Awá et Kamëntsá voient leur environnement et la façon dont il est vu depuis l'Occident ?
FSJ: La diferencia principal radica en que para estos pueblos todo lo que vive es “gente”, es decir, que no existe en estos pueblos esta dicotomía impuesta por la modernidad colonialidad. Se conciben como parte de un todo, y esos seres con quienes comparten el lugar de origen son considerados gente, que siente, que sangra, que ayuda, pero también puede castigar si se les desobedece o irrespeta. Viven en una comunión con estos seres desde hace siglos y viven en armonía con ellos. Ven al entorno como madre, no como recurso natural explotable a conveniencia, y practican la reciprocidad.
FSJ : La principale différence réside dans le fait que pour ces peuples, tout ce qui vit est « peuple ». C'est-à-dire que la dichotomie imposée par la modernité et le colonialisme n'existe pas pour eux. Ils se considèrent comme faisant partie d'un tout, et les êtres avec lesquels ils partagent leur lieu d'origine sont considérés comme des personnes, qui ressentent, qui saignent, qui aident, mais qui peuvent aussi punir si on leur désobéit ou si on leur manque de respect. Ils ont vécu en communion avec ces êtres depuis des siècles et continuent de vivre en harmonie avec eux. Ils considèrent leur environnement comme une mère, et non comme une ressource naturelle à exploiter à leur convenance, et ils pratiquent la réciprocité.
MV : Quel impact ces perspectives pourraient-elles avoir sur la façon dont le monde est perçu ?
FSJ: El impacto que han tenido es grande. Thomas Berry, impulsor de los derechos de la tierra, se ha inspirado en el pensamiento de los pueblos originarios; el Manifiesto del Derecho Salvaje. [El abogado] Cormac Cullinan también refleja muchas ideas existentes en pueblos originarios no solo de Abya Yala, sino de todo el mundo. Los derechos de la naturaleza están inspirados en el pensamiento y tradiciones de los pueblos originarios. Así que ha sido influyente en la concepción de otras formas de estar en el mundo, pero se enfrenta al poder del capitalismo trasnacional que desea mantener el status quo y la naturaleza en venta.
FSJ : L'impact qu'elles ont eu est grand. Thomas Berry, un pionnier de la défense des droits de la Terre, s'est inspiré de la pensée des peuples autochtones ; le Manifeste du droit sauvage. [L'avocat] Cormac Cullinan se fait également l'écho de nombreuses idées qui existent parmi les peuples autochtones, non seulement d'Abya Yala, mais dans le monde entier. Les droits de la nature s'inspirent de la pensée et des traditions des peuples indigènes. En tant que tels, ils ont eu une influence sur la création d'autres façons d'être au monde, mais ils se heurtent au pouvoir du capitalisme transnational qui cherche à maintenir le statu quo et à garder la nature à vendre.
MV : Comment souhaitez-vous voir l'avenir du système judiciaire colombien ?
FSJ: No solo en Colombia, sino en el mundo. Creo que es necesario un sistema de justicia para la comunidad de la tierra que compartimos con múltiples seres, como los ríos, los bosques, los demás animales, y que incluya en el análisis jurídico los saberes de los pueblos ancestrales que han sido históricamente excluidos por considerarlos no científicos. El derecho es un producto social y cultural no puede petrificarse. Debe responder a las necesidades de su época, el derecho decimonónico no puede ser aceptado como el único camino para comprender el mundo ni para organizarlo. Quisiera un sistema donde se haga justicia, donde se incorporen otras fuentes de producción del derecho y del conocimiento y un relato jurídico intercultural.
FSJ : Pas seulement en Colombie, mais dans le monde entier. Je crois qu'il faut un système judiciaire qui tient compte de la terre que nous partageons avec de multiples êtres, comme les rivières, les forêts, les autres animaux, et qui intègre dans l'analyse juridique les connaissances des peuples ancestraux qui ont été exclues au fil du temps parce qu'elles ont été jugées non scientifiques. Le droit est une construction sociale et culturelle qui ne peut rester inchangée. Il doit répondre aux besoins de son époque ; nous ne pouvons pas nous tourner uniquement vers le droit du XIXe siècle pour comprendre le monde ou l'organiser. Je désire un système où la justice est rendue, où les lois et les connaissances produites ailleurs sont incorporées, ainsi qu'un récit juridique interculturel.
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Le 7 juillet était la première Journée mondiale du kiswahili
Le 7 juillet 2022 a revêtu une importance particulière pour l'Afrique, qui célébrait la première Journée mondiale de la langue kiswahili (ou swahili). Des citoyens au Kenya, en Tanzanie, au Zanzibar, en Afrique du Sud et dans le monde ont célébré cette journée dans les rues, en organisant des festivités, et sur Internet, en utilisant les hashtags #KiswahiliDay2022 et #KiswahiliDay. C'était la première journée officielle en l'honneur de cette langue depuis que l'UNESCO avait déclaré le 7 juillet Journée mondiale de la langue kiswahili en novembre 2021.
Marches de célébrations
La Commission de l'Afrique de l'Est pour le Kiswahili (KAKAMA), une organisation intergouvernementale en charge de promouvoir et de coordonner le développement de cette langue, s'est vu offrir l’opportunité d'organiser pour la première fois la célébration de la journée partout en Afrique de l'Est. La Commission a accueilli en son siège un événement qui a intéressé de nombreux membres des États partenaires de la communauté d'Afrique de l'Est.
Les citoyens kényans ont défilé dans les rues de la capitale Nairobi, menés par Najib Balala, le Secrétaire du Cabinet du Tourisme et de la Faune et le chef du Comité directeur national de la Journée mondiale de la langue kiswahili 2022.
En Ouganda, le cabinet ministériel a approuvé une motion visant à adopter le kiswahili comme langue officielle, une décision faisant suite à l'adoption d'une résolution en février de l'année dernière, lors du 21e sommet des chefs d'Etat de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), dans laquelle il avait été décidé que l'anglais, le français et le kiswahili seraient désormais considérés comme langues officielles de la communauté. Le cabinet ougandais a également recommandé que soit rendu obligatoire l'enseignement du kiswahili dans les écoles primaires et secondaires. L'EAC est une organisation intergouvernementale régionale composée de sept États partenaires : la République démocratique du Congo, la République du Burundi, le Kenya, le Rwanda, le Soudan du Sud, l'Ouganda et la République-Unie de Tanzanie. Son siège est situé à Arusha, en Tanzanie. Le kiswahili est une langue officielle dans l'ensemble des six États partenaires de l'Ouganda.
Sur Internet, une vidéo dans laquelle Julius Sello Malema, le leader de l'opposition en Afrique du Sud, souligne l'importance que revêt l'enseignement et l'apprentissage du kiswahili en tant que langue internationale et encourage les Africains à adopter cette dernière comme lingua franca de l'Afrique a suscité des réactions mitigées de la part d'internautes aux quatre coins du continent et a relancé le débat en cours parmi les linguistes et les défenseurs de la culture : le kiswahili peut-il être la langue principale de l'Afrique ?
Le Sud-africain et leader de l'EFF Julius Malema demande à tous les pays #Africains d'adopter le #Swahili comme #Langue nationale.
Le kiswahili : l'une des 10 langues les plus parlées au monde
Considéré comme l'une des dix langues les plus parlées au monde et comptabilisant plus de 200 millions de locuteurs, le kiswahili est la première langue africaine à recevoir de tels honneurs. Depuis son adoption en tant que langue principale en Afrique de l'Est, ses locuteurs se sont dispersés dans plus de 14 pays, dont la Zambie, la République démocratique du Congo, le Malawi, le Soudan du Sud, le Mozambique, le Yémen, Oman, la Somalie et les Comores. Le kiswahili est enseigné dans plus de 100 institutions aux Etats-Unis seulement et on le retrouve également en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Canada, en Pologne, au Mexique, en Russie, au Japon, en Chine, en Inde et en Australie, pour ne citer que ces pays.
En 2020, l'Afrique du Sud est devenue le premier pays de la région sud-africaine à offrir la possibilité aux élèves de prendre le kiswahili comme matière en option à l'école. En février 2022, l'Université Addis Abeba en Éthiopie a annoncé qu'elle commencerait à enseigner la langue kiswahili.
Néanmoins, bien que le kiswahili soit devenu la première langue africaine a être officiellement reconnue, des fantômes de son passé mouvementé subsistent encore.
La langue de la violence en Ouganda
La décision du cabinet ougandais d'adopter le kiswahili comme langue officielle et sa recommandation de rendre son enseignement obligatoire dans les écoles primaires et secondaires a suscité des réactions défavorables de la part des Ougandais, qui ont une histoire compliquée avec cette langue. D'une certaine manière, elle représente le passé tumultueux du pays ainsi que l'oppression dont souffre la population de nos jours. Durant le règne d'Idi Amin, de 1971 à 1979, elle était devenue la langue officielle des forces armées.
Le kiswahili avait fini par être considéré comme la langue de la violence, étant officiellement associé à l'armée et parlé par les soldats. Il s'était encore davantage effondré après la chute du dictateur Amin et ce n'est pas avant la relance de la Communauté d'Afrique de l'Est à la fin des années 90 et la mise en œuvre d'une nouvelle politique linguistique par le Mouvement de résistance nationale que la langue a pu regagner (en partie) une certaine importance au sein de la société ougandaise.
Depuis la proclamation du kiswahili comme langue officielle de la Communauté d'Afrique de l'Est, le débat qui entoure son utilisation et sa place dans la société ougandaise s'est ravivé. Cependant, sur le plan économique, l'Ouganda a besoin du kiswahili et cet état de fait associé à la multiplication des contacts culturels en Afrique de l'Est par le biais de la musique, de la migration et de la bonne volonté politique laissent penser qu'il serait bénéfique de ne plus opposer de résistance à cette langue.
Néanmoins, il est encore trop tôt pour dire si l'impulsion nationale à l'adoption du kiswahili, concrétisée par l'enseignement de la langue rendu obligatoire dans les écoles, changera la perception des Ougandais et les aidera à se réconcilier avec leur passé tourmenté.
Une menace pour les autres langues africaines
L'adoption généralisée du kiswahili partout en Afrique a été considérée par certains linguistes et défenseurs des langues africaines comme une menace pour les autres langues du pays. La Tanzanie, par exemple, applique une politique linguistique discriminatoire qui impose l'utilisation du kiswahili dans les zones rurales, où la connaissance de cette langue est faible, voire inexistante.
Cette priorisation, réalisée aux dépens des langues locales, empêche les élèves de bien comprendre leurs cours et, par conséquent, produit un effet négatif sur les communautés dont la première langue n'est pas le kiswahili.
Un tel risque existe parce que les efforts réalisés pour promouvoir le kiswahili ne vont pas de pair avec des tentatives de promotion d'autres langues.
Développement des technologies du langage en kiswahili
De toutes les langues parlées en Afrique subsaharienne, le kiswahili est celle dont la présence en ligne est sans conteste la plus grande. Bien que les efforts accomplis pour développer les technologies du langage dans cette langue aient été relativement lents, la situation est en train d'évoluer.
Ce mois-ci, Meta a publié un rapport de recherche qui détaille comment ils prévoient de se pencher sur 55 langues marginalisées en Afrique afin d'améliorer la précision avec laquelle les algorithmes des intelligences artificielles les traduisent sur leurs plateformes de réseaux sociaux.
Abantu AI, une entreprise kényane, a mis sur pied une technologie de Deep learning ou apprentissage profond pour le traitement automatique des langues naturelles (TALN) qui traduit depuis des langues mondialement parlées vers des langues indigènes africaines.
À l'heure actuelle, le modèle de deep learning traduit depuis la plupart des langues internationales vers le kiswahili et une autre langue kényane, le kikuyu. La startup, qui travaille désormais à la traduction vers d'autres langues indigènes africaines, commencera a offrir ses services à d'autres pays d'Afrique d'ici la fin de l'année.
De plus, Nanjala Nyabola, chercheuse kényane, analyste politique et directrice de Global Voices Advox, a permis à des personnes parlant le kiswahili de revendiquer et de défendre leurs droits numériques. En collaboration avec une équipe d'experts en kiswahili, ils ont traduit vers les langues africaines les plus parlées des termes clés concernant les droits numériques et technologiques et ont ainsi produit un lexique de 52 entrées qu'il est possible de télécharger gratuitement.
Pourquoi le kiswahili n'est-il pas la langue principale de l'Afrique ?
En dépit des engagements extérieurs des pays mentionnés ci-dessus envers le kiswahili, des obstacles empêchent la généralisation de cette langue.
L'influence étrangère pourrait également entraver l'« acceptation » du kiswahili. En effet, actuellement, l'Afrique dépend fortement du soutien financier de la Chine. En échange de son aide, cette dernière introduit le mandarin dans la plupart des pays africains, dont le Kenya. Dans certaines zones, cette démarche pourrait amener les Africains à parler plus couramment le mandarin que leurs langues maternelles.
En 2018, Julius Sello Malema, le leader de l'opposition en Afrique du Sud, a poussé les Africains à accepter que le kiswahili devienne la lingua franca du continent et a déclaré que les gouvernements africains ayant adopté le mandarin au détriment des langues africaines avaient de « mauvaises priorités ».
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Avant l'arrêt de cette pratique, la Serbie a organisé des élections au Kosovo indépendant
Un parc à Pristina montrant une peinture murale de Ibrahim Rugova. Photo de Global Voices, CC-BY 3.0.
Cette histoire a été initialement publiée par Sbunker dans le cadre de l’initiative régionale Western Balkans Anti-Disinformation Hub. Une version éditée a été republiée par Global Voices avec permission.
C’est désormais devenu une habitude qu’à chaque élection en Serbie, le discours politique de la part des dirigeants concernant le Kosovo augmente. Les politiciens de gauche et de droite, du pouvoir et dans l’opposition, s’affrontent pour savoir qui sera le plus dur sur les politiques qui seraient menées à l’égard du Kosovo s'ils gagnaient les élections. La même situation s’est reproduite lors de la dernière campagne pour les élections législatives et les élections présidentielles serbes qui ont eu lieu le 3 avril dernier.
Depuis sa déclaration de l’indépendance en 2008, une habitude inacceptable a été établie au Kosovo visant à ce que toutes les élections serbes se déroulent également au Kosovo. Jusqu’à cette année, de telles élections étaient administrées par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). En bref: un pays indépendant (la Serbie) a organisé des élections de manière complètement libre dans un autre pays, lui aussi indépendant (le Kosovo).
Un événement similaire s’est produit dans le pays voisin, au Monténégro. Le gouvernement a refusé la demande de l’ambassade serbe visant à autoriser l’ouverture de bureaux de vote pour les élections serbes dans les villes monténégrines de Berane, Sutomore et Budva. Le gouvernement serbe a promis de riposter.
« Mises en garde » contre les menaces infondées à l'encontre des Serbes du Kosovo
Le vainqueur des élections serbes du 3 avril a été, sans surprise, le Président actuel Aleksandar et son gouvernement. Dans la plupart des cas, le président tente de construire un récit fantastique autour du Kosovo, sans négliger ses efforts de désinformer l’opinion publique serbe sur ce qui est supposé se passer au Kosovo. Ainsi, pendant la campagne électorale, Aleksandar Vučić a mentionné dans une interview à la télévision, « si les Serbes commencent à organiser les élections, la police albanaise va leur tirer dessus. Dans ce cas, il y aurait des dizaines de centaines de morts. »
Cette fausse alerte du Président Vučić a été émise pour au moins deux objectifs politiques. Premièrement, pour créer une situation de panique et de tension entre les citoyens serbes au Kosovo et ses institutions. Deuxièmement, le Président Vučić a essayé d’utiliser la manipulation pour transmettre le message selon lequel malgré les supposées « provocations » de la part des Albanais, les Serbes se montreraient plus prudents. Peu importe le fait que l’organisation des élections dans un territoire indépendant soit considérée comme de la provocation par les institutions et une majorité de la population au Kosovo.
De plus, pendant son discours à la fin du mois de mars dernier, Vučić a combiné ces déclarations accusatrices avec des menaces tacites faisant référence à la possibilité d’une intensification du conflit actuel en Ukraine (qui en découle de l’agression russe). Selon le Président serbe, « Il y a des personnes qui attendent l’occasion de provoquer une guerre ».
Cependant, la situation sur le terrain a prouvé que ces déclarations étaient infondées.
En ce qui concerne la suspension d’un juge serbe de la ville de Mitrovica à cause de sa participation à la réunion du Conseil de Sécurité de Serbie, Vulin a menacé :
This is the first step towards pulling Serbia in the armed conflicts in Kosovo, which the Albanians are undoubtedly preparing. If the European Union, which is the sponsor of the Brussels Agreement, does not convene a meeting in Brussels and stops every kind of violence against Serbs in Kosovo, then we can rightly say that Kurti's attack did not come from his hate-poisoned head.
C’est le premier pas pour entraîner la Serbie dans un conflit armé au Kosovo, dans lequel les Albanais ne sont pas du tout prêts. Si l’Union européenne, qui est le commanditaire de l’Accord de Bruxelles, ne se réunit pas à Bruxelles pour mettre fin à toute forme de violence à l’encontre des Serbes au Kosovo, alors nous pourrons affirmer à juste titre que l’attaque du Président Kurti ne venait pas de son esprit empoisonné par la haine.
Il y a eu une série d’actes qui ont précédé les menaces de guerre de la Serbie et qui sont liés aux élections présidentielles dans ce pays.
Après que le groupe des États QUINT (États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne et Italie) ait confirmé que le gouvernement du Kosovo avait rejeté les élections de la Serbie, Vučić a organisé une réunion avec des politiciens serbes et d’autres acteurs faisant partie des institutions indépendantes du Kosovo. Parmi les participants, il y avait Milan Radoičić, (qui s’écrit aussi « Milan Radojcic »), connu comme le leader de la Serbie Nord Mitrovica. Radoičić et plusieurs Serbes Kosovars faisaient partie de la liste des sanctions du département du Trésor nord-américain de l’année dernière.
Radojcic a aussi été déclaré suspect dans l’affaire de meurtre de l’ancien politicien Kosovar Oliver Ivanovic. Mais après un certain temps, il a été retiré de la liste de recherche par décision du procureur de l’affaire. Récemment, le procureur spécial du Kosovo l’a remis sur la liste des personnes recherchées.
De nombreuses déclarations aux tonalités hostiles ont également été publiées par les politiciens de la Liste serbe, qui ont été distribués aux médias locaux du Kosovo.
Les protestations serbes au Sud et au Nord du Kosovo
Au lendemain de la réunion avec Vučić, le Conseil judiciaire du Kosovo a suspendu le Président du Tribunal de Première instance de Mitrovica, Liljana Stevanović. Par conséquent, le parti politique Srpska Lista (Liste Serbe) – la seule entité avec le soutien officiel de Belgrade pour représenter les Serbes dans les institutions au Kosovo – a organisé des protestations au Nord Mitrovica et Gračanica.
Bien que la protestation ait été annoncée contre les Serbes du fait qu’ils n’étaient pas autorisés à voter aux élections du 3 avril, ses organisateurs avaient seulement une requête : lever la suspension de Stevanović. Tous les juges et même les représentants politiques serbes ont quitté leurs fonctions en soutien au juge.
Mais d’autres entités serbes qui sont des rivaux de Vučić, décrivent la protestation comme une tentative de manipulation envers les Serbes. D’après le parti serbe du Kosovo, « le rassemblement a été la preuve de la confusion des autorités du SNS et la crainte de leurs subsidiaires : la Liste serbe ».
Le rejet des élections étrangères
Pour la première fois, un gouvernement kosovar géré par un parti qui s’était opposé aux pratiques précédentes n’a pas autorisé l’ouverture des centres dits de collecte, qui seraient gérés par la mission de l’OSCE au Kosovo. Les dernières élections parlementaires que la Serbie avait aussi organisées pour les Serbes du Kosovo étaient celles du 21 juin 2020. Les votes recueillis dans certains bureaux de vote ont été ensuite envoyés pour être comptés de l’autre côté de la frontière en Serbie, dans les villes voisines de Raška et Vranje.
À la veille des protestations, les inquiétudes sur les risques de l’intensification de la situation ont été exprimées par les chefs de mission français, italiens, américains et de l’Union Européenne. Leur annonce publiée par les ambassades mentionnait :
QUINT and the EU also reiterate their calls to Kosovo and Serbia to act prudently and refrain from any rhetoric or action that could raise tensions.
Le QUINT et l’UE ont également réitéré leur appel au Kosovo et à la Serbie d’agir prudemment et de freiner toute rhétorique ou action qui pourrait engendrer des tensions.
À travers une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le Premier ministre du Kosovo Mr Kurti a remercié les Serbes en langue serbe pour la protestation pacifique, les appelant à rester calmes et à faire confiance aux institutions du Kosovo, tout en déclarant qu'il a appris par les médias la suspension du juge serbe. Il a déclaré :
But, I must say, it would be more credible if we were to protest, for example, for social justice, faster development and the fight against crime and organized corruption. Please do not be influenced by the authoritarian regime in Belgrade. They are not interested in the rights and benefits of Serbs in Kosovo. They are trying to destabilize Kosovo for their electoral objectives and perhaps even for the war-mongering interests of some great power.
Mais je dois dire qu'il serait plus crédible de protester, par exemple, pour la justice sociale, un développement plus rapide et la lutte contre le crime et la corruption organisée. Ne vous laissez pas influencer par le régime autoritaire de Belgrade. Ils tentent de déstabiliser le Kosovo pour leurs objectifs électoraux et peut-être même pour les intérêts belliqueux d'une grande puissance.
Malgré les efforts des pays du QUINT pour trouver une modalité qui garantirait aux Serbes du Kosovo le droit de voter aux élections serbes, ils ont échoué, car il n'y a pas eu d'accord entre les deux parties. L'incapacité à trouver une formule pour l'organisation des élections serbes au Kosovo a été constatée après l'arrivée de deux lettres au bureau de l'UE à Pristina. L’une des deux lettres était de l’officier de liaison de la Serbie, qui n’a pas mentionné le gouvernement du Kosovo ni demandé l'autorisation d'organiser des élections, mais seulement une coopération pour permettre à l'OSCE de collecter les bulletins de vote.
Entre-temps, Mr Kurti a énuméré dans sa lettre les problèmes posés par la lettre de l'officier de liaison serbe. Selon lui, si les élections étaient autorisées à se tenir selon la proposition de Belgrade, la Constitution serait violée. Le Président Kurti a défendu le fait que les désigner comme « électeurs éligibles » et non comme « électeurs à l'étranger » était en contradiction avec les meilleures pratiques internationales.
Toutefois, la décision du gouvernement a suscité des critiques de la part des États du QUINT qui ont déclaré que cette approche fragilisait les aspirations européennes du Kosovo. Ils ont déclaré :
With this decision, Kosovo’s Government failed to demonstrate its commitment to the principle of protecting the civil and political rights of all its citizens, including members of minority groups. Such an attitude of the Kosovo Government is not in line with our values and principles and will undermine their European aspirations.
Avec cette décision, le gouvernement du Kosovo n’a pas réussi à démontrer son engagement envers le principe de la protection des droits civils et politiques de tous ses citoyens, y compris les membres des groupes minoritaires. Une telle attitude du gouvernement kosovar n’est pas en ligne avec nos valeurs et nos principes et ruinera leurs aspirations européennes.
Néanmoins, les Serbes en possession de leur citoyenneté serbe et vivant au Kosovo ont exercé leur droit en allant voter de façon organisée dans des dizaines de bus dans les villes voisines serbes, lors des élections du 3 avril. Ils ont utilisé des bureaux de vote dans les villes de Bujanovac, Kuršumlija, Raška et Tutin, dans le centre, le sud et le sud-ouest de la Serbie.
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Les agresseurs sont soit impunis, soit condamnés à des peines légères
Une jeune femme nigériane portant une banderole lors du rassemblement de sensibilisation au viol de Lead Footprints Africa. Image Wikimedia par Iamvirtuousven , 25 février 2021, ( CC BY-SA 4.0 )
Les cas de viol au Nigeria deviennent des tragédies non résolues. Le faible taux de condamnation pour ces affaires contribue à l'état d'insécurité des Nigérians, en particulier des femmes et des enfants.
L'avocat spécialiste des droits humains, Evans Ufeli, affirme que seules dix-huit condamnations pour viol ont été enregistrées légalement au Nigeria, tandis que d'autres attendent toujours d'être jugées par les tribunaux de première instance depuis des années. Ces survivants de viols finissent souvent par souffrir de la détresse émotionnelle et physique infligée leur expérience, ce qui a un effet sur leur vision de la vie, de la société, des hommes, des femmes, des proches, y compris des conjoints, etc.
Les raisons du faible taux de condamnation
Me Samuel Agweh, un avocat principal du Nigeria (équivalent du conseil de la reine au Royaume-Uni) a donné quelques raisons du manque de condamnation des violeurs au Nigeria. Lors d'un entretien avec Global Voices, Me Agweh a souligné que «la plupart des coupables soudoient les victimes ou leur famille avec de l'argent afin d'arrêter les charges contre eux». L'avocat a déclaré qu'en raison de ces pots-de-vin, les familles refusent de témoigner. Parfois, la survivant.e veut toujours le faire, mais il/elle est immédiatement empêché.e de se présenter devant le tribunal par les membres de sa famille.
Un autre obstacle est la stigmatisation et la honte dont sont victimes les survivants.es. Ce n'est un secret pour personne qu'il est difficile de révéler au public son statut de victime de viol, mais la stigmatisation qui en découle pour la victime est encore plus lourde. C'est aussi la raison de la dépression potentielle chez ces survivants. La société ne facilite pas non plus le fait de parler ouvertement de tels cas, car c'est considéré comme «honteux» pour une femme ou un homme de révéler son statut de violé.e, en particulier pour les femmes.
Certains.es survivants.es de viol refusent de se manifester si l'agresseur est un membre de la famille, car ils/elles ne veulent pas salir le nom de la famille. La société chérit la valeur de la famille, en particulier au Nigéria, de sorte qu'un membre de la famille accusé de viol sur un autre de sa propre famille sera couvert de honte. Il est donc plus facile d'éviter le problème, explique encore Me Agweh, avocat principal au Nigeria.
La réticence des survivants.es à signaler le cas parce qu'ils/elles n'ont pas confiance dans le système juridique nigérian est une autre raison de la faible condamnation pour viol. Ces survivants.es ne croient pas que le système judiciaire soit en mesure de les aider si depuis des années celui-ci existe, mais seulement dix-huit cas de viol ont été poursuivis jusqu’à présent. Cela n'encourage personne à porter plainte. De plus, les communautés nigérianes blâment souvent la victime, recherchant souvent des failles dans l'histoire.
Viol conjugal et masculin
Selon le dictionnaire Britannica, tout rapport sexuel effectué par la force après le refus ou sans le consentement de l'autre individu est connu et enregistré comme un viol. Si un conjoint ne consent pas à avoir des relations sexuelles avec son partenaire, cela est légalement justifié comme un viol.
L'article 1(1) de la loi nigériane de 2015 sur l'interdiction de la violence contre les personnes ( VAPPA ) définit le viol comme la pénétration intentionnelle et non consensuelle du « vagin, de l'anus ou de la bouche d'une autre personne avec toute autre partie de son corps ou toute autre chose ». La VAPPA explique en outre que le viol se produit chaque fois que «le consentement est obtenu par la force, la menace ou l'intimidation de quelque manière que ce soit ou par crainte de préjudice ou au moyen d'une représentation fausse et frauduleuse quant à la nature de l'acte ou de l'utilisation de toute substance ou additif capable d'enlever la volonté de cette personne mariée ou en se faisant passer pour son conjoint ». La loi prévoit une peine d'emprisonnement maximale de 14 ans pour les mineurs, minimale de 12 ans pour les majeurs, sans option d'amende, et minimale de 20 ans d'emprisonnement sans possibilité d'amende pour viol collectif.
Il y a toujours un manque d'acceptation publique du viol conjugal comme «viol» dans la société nigériane. Cependant, une étude menée par des chercheurs nigérians en santé publique, Ogunwale et autres, a révélé que les femmes mariées étaient souvent violées par leur mari. De même, des recherches menées par Mme Mary Esere et trois autres conseillères d'orientation à l'Université d'Ilorin au Nigéria ont montré que le viol marital était généralement causé par « des relations de pouvoir inégales ; dépendance à l'alcool et aux drogues et jalousie» des maris.
Les cas de viol d'hommes ne font guère la une des journaux au Nigéria en raison de la stigmatisation culturelle et du tabou qui y sont associés. Cependant, il existe de nombreux cas de jeunes hommes victimes de viol dans le pays. Ces hommes ont été «violés soit par leurs semblables, soit par des femmes », affirme M. Odimegwu Onwumere, un journaliste nigérian. Grace Obike, journaliste au Centre international de journalisme d'investigation (ICIJ), un journal en ligne, affirme que les viols de jeunes garçons sont «fréquents» et persistent en raison de l'absence de «poursuite des auteurs».
Alors qu'un de mes collègues interviewait un survivant de viol, qui avait la même histoire que le scénario ci-dessus, elle prétend que la raison pour laquelle son cas n'a jamais obtenu la justice dont elle avait besoin était que celui qui «aurait dû être» le procureur de l'affaire a déclaré qu’ «un garçon ne peut jamais être violé ». Le système judiciaire estime qu'il n'est pas possible qu'un homme soit violé au Nigeria. Par conséquent, les hommes nigérians doivent gérer leurs traumatismes en secret parce qu'ils ne veulent pas être étiquetés ou considérés comme des lâches.
Cependant, il y a eu quelques victoires. Le 14 juillet, l'acteur nigérian de Nollywood, Baba Ijesha (né sous le nom d'Olarenwaju James ) a été condamné à 16 ans de prison après avoir été reconnu coupable par un tribunal de Lagos d'avoir agressé sexuellement une jeune fille de 16 ans. En outre, l'État de Kaduna, dans le nord-ouest du Nigéria, a récemment approuvé une nouvelle législation prévoyant des sanctions sévères : les hommes reconnus coupables de viol seront castrés, tandis que les violeurs d'enfants seront exécutés. Tout espoir n'est pas perdu, selon l'avocat Me. Agweh, qui a partagé – avec la divulgation complète de son client – que le cabinet d'avocats où il travaille a récemment obtenu «une condamnation pour une allégation de viol».
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Les inondations, les saisons imprévisibles et la hausse des températures affectent directement la sécurité alimentaire des populations autochtones
Les peuples autochtones vendent les produits de leurs récoltes sur un marché de proximité | Photo: Paulo Desana/Agência Pública
Cet article, initialement écrit par Ana Amélia Hamdan, Paulo Desana et Daniela Villegas, fut publié par Agência Pública le 29 juillet 2022. Il est ici republié grâce à un accord de partenariat avec Global Voices. Le texte français est une traduction de la version anglaise de Liam Anderson.
Ce dimanche matin, les membres du peuple autochtone Tuyuca habitant à São Gabriel da Cachoeira, au nord-ouest de l’Etat d’Amazonas au Brésil, s’apprêtent à accueillir les visiteurs au marché hebdomadaire. Tout est prêt depuis longtemps; cependant, les produits viennent d’une zone cultivée dans la forêt proche de la ville où ont été plantés, entre autres, manioc, bananes, ananas, baies d’açai et ignames.
Alors que les visiteurs arrivent, des femmes de l’ethnie Tuyuka — qui a donné son nom au marché — travaillent la pâte de manioc, avant que celle-ci ne soit mise au four et transformée en « mbeyú ».
On peut aussi trouver au marché des plats traditionnels comme le quinhapira — un bouillon de poissons avec des piments et du tucupi (une sauce à base de jus de manioc) — et même quelquefois des fourmis — ingrédient très utilisé dans la cuisine de la région — et aussi du caxiri, une boisson fermentée bue pour animer les danses traditionnelles. Toute cette variété de produits provient du système agricole traditionnel du Rio Negro — ce système, qui s’appuie sur l’équilibre des cycles naturels et sur la préservation d’une culture où les échanges, les rituels et les bénédictions ont leur rôle à jouer. Les connaissances agricoles sont regroupées en « roças » (des zones cultivées), en jardins ou en forêts.
Mais ce système est sous une pression constante : des exploitations minières illégales, de systèmes économiques qui ne sont plus viables, d’une proposition de loi (PL 191) qui permettrait aux exploitations minières et autres activités d’extraction d’opérer sur les terres autochtones, et aussi du changement climatique.
Alors qu’elle expliquait les différentes étapes du système, Florinda Lima Orjuela, une agricultrice Tuyuca qui vend ses produits sur le marché, a dit : « L’année dernière, on a perdu deux zones agricoles justement parce que l’été n’est pas arrivé quand on l’attendait. On a réussi à planter des bananes, mais pas de manioc. Quand il y a un changement dans ce cycle, alors ça bouscule le processus de plantation et de brûlage. »
On entend de plus en plus d’histoires comme celle de Florinda dans cette municipalité, où vivent [es] 23 peuples autochtones répartis sur 750 communautés et villages. Situés sur le Rio Negro, São Gabriel et ses habitant·es ont été particulièrement touché·es par les inondations sans précédent qui ont frappé l’Etat d’Amazonas ces dernières années.
Mais les inondations ne sont pas les seuls effets qui confrontent les peuples autochtones. Ceux-ci ont aussi signalé les principales conséquences suivantes : des saisons imprévisibles, une hausse des températures et des changements dans les cycles naturels, qui ont un impact direct sur la production alimentaire de la population locale. Ainsi, certain·es font leurs plantations dans plusieurs endroits différents et ont adaptés leurs heures de travail pour contrer un ensoleillement plus intense. La question se pose cependant : combien de temps cette adaptation pourra-t-elle suffire ?
Les observations des peuples autochtones dans leur vie de tous les jours font écho au dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui pour la première fois a tiré la sonnette d’alarme sur les pertes irréversibles qui touchent le mode de vie des populations autochtones en Amazonie.
La chercheuse et biologiste Patricia Pinho, de l’Institut pour la recherche environnementale dans l’Amazonie (IPAM), une des autrices du rapport, explique que les peuples autochtones sont plus vulnérables face au changement climatique.
« En Amazonie, la biodiversité est intrinsèquement liée au territoire, à la culture et au mode de vie. Quand le territoire se trouve érodé ou est confronté à des chocs, on observe une perte des connaissances traditionnelles. On ne sait plus quand les cycles vont arriver, quelles espèces planter ou quand la floraison va arriver. »
Une femme autochtone travaille de la pâte de manioc | Photo: Paulo Desana/Agência Pública
Les mères du champ
En 2010, le [es] système agricole traditionnel du Rio Negro a été reconnu comme faisant partie du patrimoine culturel brésilien par l’Institut du patrimoine historique et artistique national (Iphan). Dans ce type d’agriculture, on coupe une zone de la forêt qui était utilisée pour la production agricole, puis on la laisse sécher avant de la brûler. Ensuite on plante dans ces clairières pendant environ trois ans, et après cette période, l’endroit est progressivement abandonné.
Les hommes coupent les arbres puis, avec les femmes, les font brûler. Ensuite les femmes prennent se chargent de l’espace : elles choisissent les cultures à planter — manioc, banane, açai, bacaba, cupuaçu, piment — et ce qui va nourrir la famille. Les peuples autochtones les considèrent comme les « mères du champ » (« mães da roça »).
Carine Viriato da Silva, une agricultrice du peuple Baniwa et membre de la communauté Yamado, qui habite au bord de l’eau juste en face de São Gabriel, explique deux des effets que le changement climatique a sur sa vie quotidienne. Elle raconte comment, après la récolte du manioc, les femmes trempent les racines dans de l’eau pour les ramollir. Cependant, au fil du temps, cela est devenu impossible, car les igarapés (petits cours d’eau dans la forêt) sont de plus en plus gorgés d’eau, et la force du courant peut emporter le manioc.
La culture du piment a aussi été touchée. Le piment est un aliment indispensable dans la culture Baniwa, car il est au centre d’un système complexe d’échange de semis impliquant des relations de famille et de mariage, « Quand une femme se marie, elle va vivre dans la maison de son époux ; elle doit apporter un plant de piment. C’est notre coutume. C’est pourquoi nous ne pouvons pas manquer de piment. Sans piment, personne ne veut manger, » explique Carine.
Ce problème est dû à une hausse des températures, qui perturbe la croissance des plantes, a expliqué Diva de Souza, une agricultrice qui parle le baniwa, mais qui a préféré s’exprimer par l’intermédiaire de Carine.
« Elle a vu sa grand-mère déplacer des plants de piment qui avaient déjà bien poussé. Quand on change de place à un grand plant de piment, il possède des racines qui lui permettent d’absorber les nutriments qui se trouvent en profondeur dans la terre. Mais, quand on bouge la plante pour la mettre ailleurs, alors elle ne peut pas résister aux températures et commence à sécher. »
Changements dans la pêche
Pendant que les femmes s’occupent du champ, les hommes, eux, s’occupent de la pêche — et les poissons sont aussi victimes du changement climatique. L’agriculteur et gardien Baniwa, Alcir Ricardo, le mari de Carine, dit que les changements dans le régime des pluies empêchent les poissons d’engraisser.
« Dans notre culture, avec l’arrivée des pluies, commence la pirameca [période de reproduction pour certains poissons]. Et en juin, les poissons sont bien gros. » Il explique que le problème est que le régime des pluies a changé. Ainsi, des mousses qui n’apparaissaient pas avant juin surviennent en mai, plus tôt que prévu. Les poissons les mangent et n’engraissent pas. « Si le poisson n’est pas déjà gros, et qu’il pleut de bonne heure, il va rester maigre, » a-t-il résumé.
Alcir Ricardo, du peuple Baniwa, montre les détritus que le Rio Negro charrie vers la communauté Yamado | Photo: Paulo Desana/Agência Pública
Rosivaldo Miranda, du groupe ethnique Piratapuya, vit dans la communauté Açaí-Paraná dans le territoire autochtone du Haut Rio Negro, situé sur le cours inférieur de l’Uaupés, qui fait aussi partie du bassin du Rio Negro. Il a observé un autre changement important : on trouve même de moins en moins de vers dans les broméliacées.
D’habitude, ils vivent sur les bords de la rivière. Quand le niveau d’eau commence à monter, ils se réfugient dans les fleurs de bromélias tout en haut des arbres. L’instabilité des pluies et des inondations semble perturber ce comportement ; seuls ceux qui vivent dans la forêt peuvent s’apercevoir de ce changement.
Des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents
Ces changements dans les cycles écologiques que les peuples autochtones ont observés reflètent les rapports faits très régulièrement sur les phénomènes extrêmes en Amazonie. Depuis que le niveau des eaux du Rio Negro a commencé à être mesuré en 1902, la plus importante inondation restait celle de 1953 — avant qu’elle ne soit battue par celle de 2009.
Des inondations de cette ampleur étaient prévues environ tous les cinquante ans. Cependant, d’après les données de la Commission géologique du Brésil (CPRM), ce record a été battu en 2012, puis encore en 2021. En 2022, le niveau d’eau a atteint 29,76 m, le quatrième plus haut depuis le début des relevées.
Luna Gripp, chercheuse au CPRM, dit que les phénomènes extrêmes sont de plus en plus fréquents et prennent de plus en plus de l'ampleur, comme l'atteste la situation dans l’état d’Amazonas. Elle demande que des solutions adaptées aux conditions régionales soient adoptées et incluent des consultations avec les populations autochtones et les communautés qui longent la rivière pour que soient élaborées des politiques publiques qui permettraient de réduire les impacts négatifs et de développer des propositions d’adaptation.
« Les populations autochtones savent ce qu’il faut faire quand les eaux montent, dit-elle. Il faut soutenir leurs décisions. »
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« Il est essentiel de revenir aux sagesses ancestrales »
En Équateur, les peuples et nationalités indigènes, les Afro-Équatoriens et les Montubio (métis ruraux de la zone côtière) plaident en faveur d'une plus grande reconnaissance des philosophies indigènes de la région et d'une approche de la santé intégrale par la médecine traditionnelle.
José Yánez del Pozo, également connu dans le pays sous le nom de Tayta Sinchi, accompagne ce mouvement depuis de nombreuses années par l'étude et l'écriture du savoir ancestral. Originaire de la province de Bolívar en Équateur, Tayta Sinchi est l'auteur de livres tels que Yanantin: La filosofía dialógica intercultural del Manuscrito de Huarochiri (Yanantin : la philosophie du dialogue interculturel du Manuscrit de Huarochiri) et Allikai: La salud y la enfermedad desde la perspectiva indígena (Allikai : la santé et la maladie depuis la perspective indigène).
Rasu Paza Guanolema, professeur de quechua, l'une des langues ancestrales de l'Équateur, et Belen Febres, son élève, ont rencontré Tayta Sinchi, qui partage quelques apports de la philosophie d’Abya Yala, le nom utilisé par certains peuples originaires pour désigner ce que l'on appelle aujourd'hui le continent américain. « Ce nom est un symbole d'identité et de respect des origines de ce territoire », explique Tayta Sinchi.
Photo de Tayta Sinchi, publiée avec son autorisation.
Il ajoute que, bien qu'il ait consacré une grande partie de sa vie à l'étude de ce savoir, ce n'est pas par ce biais qu'il est entré dans la philosophie. « Ma première approche de la philosophie s'est faite à travers les penseurs classiques et occidentaux. C'est la philosophie qui est encore enseignée ici en Équateur, comme si c'était la seule qui existait et comme s'il n'y avait rien d'autre », explique Tayta Sinchi. Cependant, alors qu'il rédigeait sa thèse de doctorat à l'étranger, il s'est familiarisé avec la philosophie d'Abya Yala. « J'ai trouvé le manuscrit de Huarochiri, un texte qui a été écrit en langue quechua dans la région actuelle du Pérou au début de la colonisation, il avait donc une approche différente de celle des Européens qui ont commencé à nous dominer après 1492 », dit-il.
Tayta Sinchi explique que ce texte rassemble la pensée andine de l'époque et apporte des réponses à certaines interrogations philosophiques telles que ce qui se passe après la mort, où nous allons, ce que signifie être bon ou mauvais, et ce qu'est la famille. Ainsi, il apporte des réponses aux questions que nous nous posons toutes et tous, mais sous un angle différent.
« Il est essentiel de revenir à ces sagesses ancestrales qui sont encore vivantes dans les communautés, car c'est là que nous pouvons trouver des moyens de nous aider à répondre aux questionnements actuels », déclare Tayta Sinchi. Il souligne que la manière de comprendre et d'aborder la santé ne fait pas exception, car la vision de la santé qui émerge de la philosophie des peuples et nationalités d'Abya Yala a beaucoup à offrir.
« Cette philosophie parle du sens de la santé, du sens de l'origine de la maladie et du sens des formes de guérison, qui ne correspondent pas aux formes occidentales », explique Tayta Sinchi. En effet, la pensée des peuples et nationalités d'Abya Yala est fondée sur des principes, des logiques et des systèmes de valeurs qui constituent la base de modes de vie différents et, par conséquent, encadrent une vision différente de la santé.
Tayta Sinchi explique que l'un des principaux apports de cette médecine est qu'elle se concentre sur les multiples causes de chaque maladie. « La médecine ancestrale ne repose pas sur la prise d'un comprimé et c'est tout. Cette médecine entend que la guérison ne consiste pas seulement à traiter les symptômes d'une maladie, mais à comprendre pourquoi nous avons cette maladie », dit-il.
Œuvre de Sofía Silva, sofiasilva.art. Publié avec son autorisation.
Il ajoute que cette recherche des causes multiples de la maladie est liée à un principe fondamental de la philosophie d'Abya Yala : la nature relationnelle. Selon ce principe, l'ensemble des faits et des êtres se développent dans une chaîne de relations d'interdépendance qui doivent être réciproques. Ainsi, cette vision ne place pas l'être humain au centre, mais le considère comme faisant partie d'un tout, puisqu'elle soutient que tous les êtres de l'univers sont égaux et complémentaires.
La conception de la santé qui découle de cette philosophie est celle d'être bien, en harmonie et en équilibre avec soi-même, les autres, Mère Nature ou Pachamama, ses ancêtres et sa spiritualité. Ainsi, la santé n'est pas seulement liée au domaine physique d'une personne, mais englobe l'esprit, le corps, les émotions et l'âme de l'être humain de manière collective. En d'autres termes, elle ne cherche pas seulement la santé de l'individu, mais celle de l'ensemble de son environnement.
C'est pourquoi le processus de guérison n'est pas seulement basé sur le soulagement des symptômes physiques de la personne, mais également sur d'autres éléments tels que la musique et le chant, la danse, la langue, la nature ou Pachama, la gastronomie, les vêtements, les invocations ou les prières, et les pratiques et rituels médicinaux. À travers ces fondements, l'objectif est de parvenir à une harmonie corporelle et spirituelle de la personne et de ses relations avec elle-même, les autres et tout ce qui l'entoure.
En raison de tous les apports que cette médecine peut offrir, Tayta Sinchi estime qu'il faut ouvrir des espaces pour un échange profond de savoirs. À cette fin, il pense qu'il faudrait changer la façon dont la médecine est enseignée. « Les écoles de médecine devraient enseigner les différentes philosophies et pratiques de santé avec la même importance, sans partir de l'idée fausse que seule la médecine occidentale soigne et que le reste n'est que sorcellerie ou folklore. En d'autres termes, nous devons élargir notre compréhension de la santé et de la guérison », dit-il.
Toutefois, il affirme que dans la pratique, ce n'est pas le cas, car il constate que la parole et les connaissances des peuples et nationalités indigènes, des Afro-Équatoriens et des Montubio vivants en Équateur ne sont pas valorisées de la même manière. Il estime que cela conduit au fait que les ressources publiques ne soient pas distribuées équitablement, et que cela doit changer. « Nous devons nous rassembler au lieu de juger et de nous séparer. Ce n'est que de cette manière que nous pourrons améliorer notre santé de manière intégrale et élargir notre perspective en tant que société », conclut Tayta Sinchi.
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Les amis des victimes et les militants LGBTQ affirment que justice n'a pas été rendue.
« Justice à Avaz » peut-on lire sur la pancarte. Image par Meydan TV, capture d'écran d'un reportage vidéo.
Cinq mois après l'assassinat du journaliste et militant des droits des homosexuels Avaz Hafizli le 22 février, l'auteur du crime, Amrulla Gulaliyev, a finalement été condamné le 29 juillet à neuf ans et six mois derrière les barreaux. Cependant, les amis de Hafizli et les membres de la communauté LGBTQ+ ne sont pas satisfaits du jugement, car ils estiment que le tribunal a négligé la nature particulièrement horrible et violente du meurtre lors de la détermination de la peine.
La sentence a omis toute mention d'un crime haineux et a négligé la cruauté ciblée de l'auteur du crime, y compris l'abus du corps après avoir commis le crime, la décapitation d'Hafizli et la mutilation génitale, a écrit l'initiative féministe Femkulis dans un post public sur Facebook.
À la suite de la mort du journaliste en février, des militants ont critiqué l'inaction de longue date des autorités azerbaïdjanaises face aux crimes haineux, en particulier ceux qui visent les groupes marginalisés. Au cours du procès pour meurtre, Gulaliyev a confirmé qu'il avait tué Hafizli en raison de son orientation sexuelle.
A vous couper le souffle ! Devant le tribunal, l'homme qui a assassiné le journaliste Avaz Hafizli (son cousin) a déclaré qu'il l'avait fait parce que Hafizli avait ruiné la réputation de leur famille. « Je l'avais mis en garde depuis 2014. Je ne pouvais pas marcher dans les rues de notre quartier. » https://t.co/T2U1zrrFXr
À la suite de la décision du tribunal, les amis de Hafizli et les membres de la communauté LGBTQ+ ont partagé leurs inquiétudes sur Twitter. Ils affirment que l'enquête et le procès étaient partiaux :
18 iyulda dövlət ittihamçısı cinayətkara Cinayət Məcəlləsinin 120.1-ci maddəsi ilə 10 il 6 ay iş verilməsini istəyib. Bu isə o deməkdir ki, istintaq başa çatıb. Seksual oriyentasiya əsaslı qərəzli nifrət cinayətinin istintaqı da, məhkəmə prosesi də qərəzli keçirilib.
Le 18 juillet, lors de l'audience, le procureur de la République a requis une peine de dix ans et six mois sur la base de l'article 120.1 du code pénal. Cela signifie que l'enquête est terminée. L'enquête sur un crime de haine fondé sur l'orientation sexuelle de [Hafizli] et la procédure judiciaire étaient également biaisées.
Notant qu'Afaz Hafizli a demandé de l'aide aux services de sécurité de l'État à de nombreuses reprises. Cependant, aucune de ses plaintes n'a été prise en compte.
Dans un long message sur Twitter, le militant LGBTQ+ Vahid Aliyev a expliqué les divergences dans l'affaire et la procédure régulière de l'enquête. « Dans sa déclaration, [Amrulla Gulaliyev] a dit avoir planifié le meurtre il y a trois mois. Cependant, lors de l'audience, il a déclaré que lui et Hafizli avaient eu un désaccord [et qu'il avait commis le meurtre après leur désaccord]. La mère de Hafizli a déclaré que son fils avait été assassiné pendant son sommeil », a écrit M. Rafaeloglu. Les preuves supplémentaires – le meurtre avec préméditation, la décapitation et les mutilations génitales – n'ont pas été prises en compte lors de l'audience finale du 29 juillet. En conséquence, Amrulla Gulaliyev a reçu la peine la plus faible possible.
Récits anti-LGBTQ+ parrainés par l'État
Dans une interview accordée à Global Voices, Ali Malikov, un militant et membre du mouvement LGBTQ+ qui a suivi l'affaire de près, a déclaré que lui et d'autres militants n'ont pas été autorisés à entrer dans la salle d'audience lors des deux premières audiences, alors que le procès était ouvert au public. Ce n'est qu'après que les militants se soient plaints publiquement qu'ils ont été autorisés à entrer dans la salle d'audience. Mais même là, ils ont été confrontés à de nouveaux obstacles, a expliqué Malikov. « Normalement, l'audience commençait plus tard que l'heure prévue, mais après notre plainte, ils commençaient juste à l'heure, et fermaient les portes aux personnes extérieures. Donc si vous aviez quelques minutes de retard, ce qui m'est arrivé lors de la troisième audience, vous n'étiez pas autorisé à entrer », se souvient Malikov.
En plus des cas de violence, il y a aussi la persécution de la communauté LGBTQ+. En 2017, au moins 83 personnes ont été détenues par la police parce qu'elles étaient homosexuelles ou transsexuelles. Les détenus ont déclaré avoir été torturés et soumis à un chantage. La même année, au moins quatre citoyens azerbaïdjanais s'identifiant comme LGBTQ+ se sont suicidés.
En 2018, le journal israélien Haaretz a rapporté que le gouvernement azerbaïdjanais utilisait les équipements et logiciels de surveillance de la société israélienne Verint Systems pour identifier l'orientation sexuelle des citoyens via Facebook.
Plus d'une douzaine de personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en 2019, dont la plupart étaient des travailleurs du sexe transgenres qui ont été sollicités puis arrêtés, selon des reportages de Meydan TV et de Minority Magazine.
En mars 2021, Minority Magazine a fait état d'un nouveau mouvement se faisant appeler « Pure Blood », qui se mobilisait via Telegram pour cibler les personnes LGBTQ+ en Azerbaïdjan.
Puis, au cours de l'été 2021, pendant le mois de la PRIDE, Minority Magazine a recensé de nouvelles attaques contre les personnes LGBTQ+.
Pour la plupart des personnes confrontées à la discrimination et à la violence, les possibilités de se tourner vers la police ou d'autres voies officielles pour obtenir réparation sont rares. Par exemple, en novembre de l'année dernière, une femme transgenre et son partenaire ont été attaqués dans une rue de la capitale, Bakou. Connaissant les mauvais antécédents de la police avec les citoyens homosexuels, ils ont décidé de ne pas déposer de plainte officielle, craignant des représailles et d'éventuelles violations de la vie privée.
L'exemple le plus flagrant de la réticence de l'État à aider la communauté homosexuelle est celui de la blogueuse Sevinc Huseynova qui a lancé des appels ouverts à la violence contre la communauté LGBTQ+ sur les plateformes de réseaux sociaux. Elle n'a jamais été réprimandée pour ses actions, alors qu'il est largement prouvé qu'elle encourage les gens à commettre des crimes violents. Dans l'une de ses vidéos, Huseynova demandait aux forces de l'ordre locales de fermer les yeux sur les cas de crimes haineux. « Un seul signe est suffisant pour nous, dites-le-nous, et nous, le peuple, les repousserons lentement », a déclaré la blogueuse. Dans une autre video, elle appelait les hommes azerbaïdjanais à détruire les femmes trans. À l'époque, le ministère de l'Intérieur a déclaré qu'il était au courant de ces vidéos et qu'il enquêtait. Mais aucune mesure n'a été prise.
Huseynova n'est toutefois pas un exemple isolé. Le discours anti-LGBTQ+ en Azerbaïdjan est omniprésent parmi les politiciens, les célébrités et les personnalités publiques; et selon Malikov, des discours similaires sont également courants parmi les membres de l'opposition en Azerbaïdjan.
Ils parlent de la violence policière ou de la loi, mais ils ne comprennent pas que tant que les LGBTQ+ ne seront pas libres, personne ne le sera non plus. Et ce qui est encore plus inquiétant, c'est que Hafizli venait de l'opposition. Chaque fois qu'ils avaient des problèmes, il était toujours là, couvrant la question. Mais aucun d'entre eux ne s'est montré lors du procès d'Hafizli, pas même ses collègues avec qui il travaillait.
Ce qui doit être changé
Parmi la longue liste de recommandations, Malikov a déclaré que les crimes de haine doivent cesser, et que les droits de la communauté LGBTQ+ doivent être respectés. « Nous avons le droit de nous mobiliser. Nous ne devrions pas demander la permission pour cela, il est donc important que toutes les barrières soient levées », a déclaré Malikov.
Il est également nécessaire de rendre les lois plus inclusives.
Actuellement, la législation existante en Azerbaïdjan ne traite pas des crimes de haine fondés sur l'identité de genre ou l'orientation sexuelle. Selon le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH) de l'OSCE, l'Azerbaïdjan n'a pas communiqué d'informations et de statistiques sur les crimes haineux au BIDDH depuis 2011. Selon un rapport de l'Institut danois des droits de l'homme, l'Azerbaïdjan ne dispose pas de politiques nationales traitant des droits des LGBTQ+. Il n'existe pas non plus d'institutions spécifiques luttant contre la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre :
L'article 109 du Code pénal prévoit des sanctions pénales pour la persécution de groupes ou d'organisations pour des raisons politiques, raciales, nationales, ethniques, culturelles, religieuses, de sexe ou autres, interdites par les normes juridiques internationales. La persécution est comprise comme un « crime contre l'humanité » en termes, par exemple, de torture et de privation de liberté contre les normes internationales. Le crime de haine en soi ne constitue pas une persécution au sens de cette disposition. 37. Il n'existe pas d'autres dispositions du Code pénal relatives aux crimes de haine contre les personnes LGBT.
Sans ces normes fondamentales, le travail et les activités des militants LGBTQ+ sont limités dans leur portée et leur impact, compte tenu du contexte politique et social.
Si Malikov estime que la communauté s'exprime davantage dans un contexte de harcèlement et de campagnes de haine contre la communauté queer en Azerbaïdjan, la situation reste difficile. « Jusqu'à présent, nous n'organisions que de petits rassemblements fermés, maintenant nous pouvons réagir aux crimes et élever la voix », explique Malikov, ajoutant : « Nous nous engageons dans des conversations politiques en tant que mouvement, mais j'ai bon espoir que ces temps difficiles passeront. En tant que LGBTQ+, nous avons besoin d'être entendus. Et beaucoup reste à faire. »
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Les navetteurs perdent 75 % de leurs heures de travail à cause du trafic à Lagos
Mama Bomboy, commerçante, se réveille à 3 heures du matin pour préparer ses enfants pour l’école. Elle a à peine le temps de prendre son petit-déjeuner. Elle doit ensuite marcher jusqu’à l’arrêt de bus, où elle doit se battre pour être sûre d’avoir une place dans le bus. Comme si cela ne suffisait pas, un trajet de trente minutes peut facilement se transformer en un trajet de deux heures. Pendant tout ce temps, Mama Bomboy lutte contre l’humidité suffocante, exacerbée par l’épouvantable trafic de Lagos.
Malheureusement, comme Mama Bomboy, de nombreux autres navetteurs doivent faire face aux effets des embouteillages étouffants sur les routes de Lagos, la capitale économique du Nigeria. En plus d’avoir des répercussions sur le bien-être global et la santé mentale et physique de la plupart des Lagosiens, cette situation entrave également leur productivité dans leur vie personnelle et professionnelle.
Pour de nombreux habitants de Lagos, supporter les embouteillages est l’un des rituels de survie à Lagos. La situation est tellement considérée comme normale qu’elle est devenue un style de vie. À titre d’exemple, des expressions telles que « C’est Lagos, gardez les yeux ouverts » (soyez vigilants), parfois inscrites en caractères gras sur les panneaux d’affichage et les murs de toute la ville, ne laissent aucun doute sur la raison pour laquelle il est communément dit que « personne n’est normal dans ce Lagos ». Lorsque vous vous déplacez dans Lagos, vous avez l’impression que tout le monde est en colère ou fou, et assez rapidement, vous remarquez que vous agissez également de façon insensée. Comme le dit si bien l’écrivain nigérian Feyisayo Adeyemi, « pour survivre dans cette ville, il faut être fou ». Il n’est donc pas surprenant que des expressions en pidgin nigérian comme « you need to show small craze » (tu dois manifester un peu de folie) ou « you gatz change am for dem » (tu dois changer comme eux) – qui signifient toutes deux « vous devez être un peu fou » résument l’esprit de la ville.
Parmi les nombreux « fous » intéressants qui sillonnent les routes de Lagos, on trouve les classiques chauffeurs de Danfo, qui se reconnaissent à leur emblème, des bus à rayures jaunes et noires avec des sièges en bois inconfortables. En général, une des caractéristiques des bus Danfo, ce sont des passagers entassés comme des sardines. Les conducteurs de bus, avec leurs manières stéréotypées de type « agbero », et les passagers en colère et à la bouche acérée, complètent l’expérience culturelle du Danfo. D’innombrables bagarres éclatent entre automobilistes et chauffeurs ou entre conducteurs et passagers au cours d’une même journée, souvent causées par l’impatience et la lutte pour l’espace sur les routes encombrées de Lagos.
Pollution atmosphérique, stress et circulation dangereuse
Une étude réalisée par Awosusi Ajoke, chercheur en éducation à la santé à l’université d’Ado-Ekiti, dans le sud-ouest du Nigeria, a révélé que les embouteillages – l’une des principales causes de la pollution atmosphérique – contribuent largement aux maladies cardiovasculaires et respiratoires, en particulier pour les personnes souffrant d’asthme et de problèmes de fonction pulmonaire. Avec une moyenne de 200 voitures par kilomètre sur les routes de Lagos, les automobilistes, les piétons et autres navetteurs font l’expérience directe des effets des émissions de combustibles fossiles sur leur santé.
De même, les engorgements routiers créent un stress mental chez de nombreux Lagosiens. Le Dr Jibril Abdulmalik, psychiatre, a déclaré au journal nigérian Punch que « les embouteillages sont également source d’irritabilité et de stress ; ils sont stressants parce qu’il faut être vigilant pour éviter que quelqu’un ne percute votre voiture. Regarder à gauche, à droite et au centre en conduisant pendant des heures chaque jour augmente le stress, ce qui amène notre corps à libérer des hormones de stress ». L’agressivité au volant résultant de la circulation est devenue un problème social important dans la ville. Elle a conduit à des attaques contre des usagers de la route et, dans des situations extrêmes, à des décès.
Le stress dans la vie quotidienne des habitants de Lagos qui font la navette entre leur domicile et leur lieu de travail a mis à mal leur santé mentale, car il envahit différentes sphères de la vie, comme la vie familiale. Les longues heures passées sur la route ont un impact sur l’éducation des étudiants qui doivent quitter leur domicile avant l’aube et rentrer tard après le coucher du soleil afin d’éviter le trafic. Nduka Orjinmo, journaliste à la BBC, affirme que les enfants de Lagos qui ont été exposés à ce mode de vie développent généralement des problèmes de santé mentale tels que l’anxiété, la colère, la dépression, une capacité d’attention réduite et des insomnies. De même, chaque membre de la famille étant coincé dans les embouteillages la majeure partie de la journée, il reste peu ou pas de temps pour une interaction familiale intime, ce qui crée un sentiment d’absence dans la vie et l’esprit des enfants. La vie conjugale en souffre également, car les conjoints deviennent distants et négligent la vie de couple. Souvent, l’un des conjoints commence à transférer son agressivité sur son époux/épouse ou sur les enfants, en raison du stress qu’il subit.
Le « Syndrome de stress lié au trafic » est un trouble récemment découvert chez les conducteurs. David Moxon, psychologue au Peterborough Regional College, au Royaume-Uni, identifie le syndrome de stress lié au trafic comme une forme d’anxiété psychologique qui se manifeste chez certains conducteurs lorsqu’ils sont coincés dans les embouteillages. Les conducteurs qui en souffrent ont des maux de tête, les mains moites et une accélération du rythme cardiaque. Dans les cas extrêmes, ils ont des vertiges, des maux d’estomac et une perte de concentration, ce qui se traduit par de mauvaises capacités d’orientation et, parfois, par des accidents.
Plus importants encore, les embouteillages à Lagos ont été liés à la montée en flèche du taux de dépression dans la ville. Le Dr Olufemi Oluwatayo, psychiatre spécialiste, explique par ailleurs qu’: « Ils quittent leur domicile à 4 heures du matin, endurant un trafic infernal, puis doivent faire face à la pression du travail et à l’insécurité de l’emploi qui prévaut, sans compter les problèmes et les responsabilités familiales individuelles. Il n’est pas surprenant que, de manière générale, beaucoup plus de personnes semblent souffrir d’anxiété et de dépression ».
« Man must work to chop », littéralement : « l’homme doit travailler pour manger », est un dicton pidgin nigérian populaire à Lagos. Mais, comme les navetteurs de Lagos perdent 75 % de leurs heures de travail hebdomadaires à cause du trafic, rien ne garantit qu’ils seront suffisamment productifs pour « manger ». Les travailleurs qui passent le début de leur journée frustrés dans les embouteillages risquent fort de commencer leur journée avec un manque de motivation. C’est un grand problème non seulement pour l’employé, mais aussi pour l’employeur. La saturation du réseau routier affecte l’entreprise dans une plus large mesure, notamment lorsque l’employeur prend en compte les coûts logistiques, les frais de transport et la ponctualité des travailleurs. Les propriétaires de voitures doivent également prendre en compte le coût des remplacements et des réparations fréquents dus au mauvais réseau routier à Lagos.
En fin de compte, les effets des embouteillages sur la vie des navetteurs de Lagos sont innombrables. Cela n’affecte pas seulement la santé mentale des habitants de la ville mais s’étend aux différentes facettes de leur vie : conjugale, familiale, scolarité des enfants et interactions sociales. De même, l’économie du pays continue de souffrir de façon globale, avec plus de 8 millions de résidents faisant partie de la main-d’œuvre nationale, leur productivité étant réduite par le fait qu’ils passent une grande partie de leur journée à se déplacer dans la ville.
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Lettre ouverte à la Haut-Commissaire des Nations Unies, Michelle Bachelet
Prise de parole de Shohret Hoshur lors d'un événement au New York Festival en 2013 lors duquel il reçut un prix pour un article publié en 2012 sur Radio Free Asia intitulé « Hear the Children Cry Freedom. » Photo fournie par l'auteur, utilisée avec permission.
En mai 2022, la veille de la visite d'une délégation des Nations unies conduite par Michelle Bachelet, Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, au Xinjiang, région autonome au nord-ouest de la Chine, un journaliste ouïghour américain, Shohret Hoshur, nous a demandé de publier cette lettre ouverte au chef de la délégation de l'ONU. Il s'agit de la toute première visite d'un commissaire des droits de l'Homme en Chine depuis dix-sept ans : tous les regards sont rivés sur elle alors que circulent des allégations de graves violations des droits de l'Homme, de génocide, et de crimes contre l'humanité contre les Ouïghours et d'autres groupes minoritaires musulmans au Xinjiang.
La lettre de M. Hoshur met en lumière une histoire commune à de nombreuses familles ouïgoures et musulmanes du Xinjiang : onze membres de sa famille ont été soit arrêtés, détenus, ou ont disparu sans laisser de traces. Il en appelle à Mme Bachelet pour rétablir la justice, la transparence, et la fermeté, comme l'ont fait de nombreuses organisations de défense des droits humains qui l'exhortent à adhérer à des principes :
Chère Mme Bachelet,
Mon frère, Shawket Hoshur, fit nuit après nuit le même rêve lors de sa première arrestation à Urumchi, la capitale de la région autonome ouïghoure du « Xinjiang » : « J'ai rêvé encore et encore qu'un groupe d'étrangers entrait dans notre cellule et demandait : Es-tu le frère de Shohret Hoshur, le journaliste ouïghour américain ? »
Il a raconté ce rêve à ma mère, Tuhan Musa, le 31 décembre 2015, lorsqu'il a été libéré de détention à la suite de l'implication du gouvernement américain dans son dossier. Il est de nouveau en détention depuis septembre 2017, comme le sont onze membres de ma famille. Je suppose que mes proches ont tous fait le même rêve au cours des cinq dernières années. Malheureusement, ma mère de quatre-vingt-deux ans fait désormais partie d'eux. Ce rêve n'a rien d'anodin, et tout à voir avec mon travail pour Radio Free Asia (RFA) aux États-Unis, qu'ils savent être la cause de leur emprisonnement. Il s'attendaient à ce que les États-Unis et les Nations unies les aident à être libérés, mais jusqu'à présent, rien n'a été fait. J'espère que votre visite pourra réaliser, au moins, le rêve de libération de ma mère.
La mère de Shohret Hoshur, Tuhan Musa. Photo fournie par l'auteur, utilisée avec permission.
À la suite d'une intervention du gouvernement américain, en janvier 2016, on a autorisé ma mère à rester en contact avec moi par téléphone, tant que la conversation ne s'éloignait pas de notre vie de famille. J'ai alors commencé à communiquer « légalement » avec ma mère et ai été tenu informé de la situation de mes autres proches. J'ai appris qu'en septembre et octobre 2017, mon frère aîné, Shawket, et mon frère cadet, Rahim, ont été de nouveau emprisonnés et emmenés dans un soi-disant « centre de formation professionnelle ». Ma mère m'a dit qu'ils avaient été sélectionnés pour « recevoir une éducation » à cause d'un appel téléphonique que j'avais passé au comté de Ghulja (Yining). Quand je lui ai demandé comment elle avait appris cela, elle m'a répondu : « J'ai été prévenue : d'autres problèmes viendront si votre fils aux États-Unis continue de semer le trouble. »
Hoshur, père de Shohret Hoshur, et ses frères, Tudaxun et Rexim. Photo fournie par l'auteur, utilisée avec permission.
J'avais appelé les responsables du comté de Ghulja en août 2017 et mis en lumière les agissements du quatrième centre de rééducation du comté. C'était le premier rapport clair et détaillé sur un de ces camps de détention de masse, comprenant son emplacement, son nom, le nombre d'étudiants présents et les soi-disant « crimes » de ces étudiants. Ma mère m'a informé plus tard que mes deux neveux et mes deux beaux-frères avaient été emmenés au centre de formation entre janvier et mars 2018. La dernière fois que j'ai parlé à ma mère, en avril 2018, alors que le nombre de membres de ma famille emprisonnés s'élevait à onze, et elle m'a dit : « Je pense que je serai la prochaine à être emmenée, parce qu'ils m'ont dit : « Vous avez franchi la ligne quand vous avez parlé avec Shohret ». S'il te plaît, ne m'appelle pas ces prochains mois. »
La semaine précédente, ma mère avait dit : « J'ai beaucoup pleuré la dernière fois (quand mes deux frères ont été détenus). Cette année, même si dix personnes de ma famille ont été enlevées, je n'ai pas beaucoup pleuré parce que ça arrivait à toutes les familles de notre quartier. J'ai l'impression que partager le même problème avec d'autres m'apporte du réconfort. » C'est peut-être sa déclaration sur ce qui se passe dans son quartier qui a été considérée par les autorités comme « franchissant la ligne » et révélant un secret d'État. Lorsque j'ai appelé ma mère deux mois plus tard, c'est son petit-fils qui a décroché le téléphone. Il m'a dit que ma mère avait été convoquée par la police la semaine précédente et n'était jamais revenue.
Tuhan Musa dans le comté de Korgas, au « Xinjiang », région autonome ouïghoure. Photo fournie par l'auteur, utilisée avec permission.
Ainsi, onze membres de ma famille sont portés disparus, et je ne connais le sort d'aucun d'entre eux. Depuis fin 2017, je dénonce cette situation au Département d'État américain, et j'ai demandé à la Chine de fournir des nouvelles de mes proches, mais je n'ai reçu aucune réponse de l'un ou l'autre de mes interlocuteurs.
Pendant l'été de 2021, j'ai appris que ma mère avait été condamnée à huit ans de prison à la fin de l'année 2018 pour divulgation de secrets d'État et entrave au processus judiciaire. Ma lettre à l'ambassade de Chine à Washington pour confirmer les accusations portées contre ma mère est restée sans réponse.
Il y a une semaine, j'ai appelé des habitants de notre ville natale dans le comté de Korgas, pour savoir où se trouvait ma mère. Un des résidents m'a dit que la maison dans laquelle vivait ma mère n'avait pas été déneigée depuis plusieurs années, ce qui reflète l'absence des adultes de ma famille.
Je suis convaincu que tous mes proches disparus ont été emprisonnés en guise de représailles pour mon travail de journaliste avec RFA. Ma mère a quatre-vingt-deux ans, mon frère aîné à soixante-deux ans, et mes frères cadets, Tudahun et Rehim, ont des problèmes de santé (à l'estomac et aux poumons, respectivement). Par conséquent, je suis extrêmement inquiet quant à leur état de santé. J'exhorte le personnel de l'ONU à m'aider à obtenir des informations pour savoir si mes onze proches sont vivants, et, si c'est le cas, que je sache où se trouvent-ils, comment ont-ils été punis, et pourquoi. Je pense qu'enquêter sur leur sort pourrait aider l'équipe de l'ONU à mieux comprendre la situation ouïghoure. La Chine ne peut pas nier que les membres de ma famille soient captifs : toutes les informations sur leur détention doivent être rendues publiques dans les médias internationaux. De plus, mes proches auront peut-être le courage de révéler la vérité, car les résultats d'une enquête étrangère en 2015 avaient été en leur faveur.
Les parents de Shohret Hoshur et son grand frère, Shawket. Photo fournie par l'auteur, utilisée avec permission.
La Chine riposte, non seulement en punissant les proches d'un journaliste américain, mais essaie également d'effacer tout signe d'espoir pour des millions de personnes dans la région, en leur faisant croire que le monde extérieur se moque de leur situation et ne veut pas les aider. De ce fait, j'exhorte l'équipe d'enquête de l'ONU à inclure tous mes proches, ou du moins ma mère (Tuhan Musa, 82 ans), mes frères (Shawket, 62 ans, Tudaxun, 48 ans et Rexim, 46 ans), ainsi que mon ex-compagne (Peridem Abdurusul) sur la liste des personnes qui devraient être libérées des camps en Chine.
En 2002, mon ex-femme, Peridem Abdurusul, et nos deux enfants ont été détenus à l'aéroport international de Shanghai alors qu'ils se rendaient aux États-Unis avec des documents d'immigration familiale. Ils n'ont pas pu obtenir de passeports à cause de mes articles parus dans des publications ouïghoures à l'étranger. En 2009, la chaîne de télévision publique chinoise (CCTV) m'a qualifié de provocateur de l'incident d'Urumchi du 5 juillet à cause de mes reportages. Et cette année, j'ai été traité de menteur par le porte-parole de la Chine, Zhao Lijian, pour mon témoignage devant le tribunal ouïghour.
Je sais que la Chine ne me pardonnera pas et ne mettra pas fin aux représailles contre ma famille, mais j'espère que votre expérience et l'équipe internationale de haut niveau que vous dirigez, ainsi que l'enquête sérieuse que vous avez proposée, pourront mettre fin aux années de sanctions injustes de ma famille.
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Une expédition jusqu'au camp de base du Mont Everest permet d'identifier de rares espèces de champignons.
Photographie de Sarah Watson, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Cet article, écrit par Sarah Watson, a initialement été publié dans le Nepali Times. Cette version éditée et abrégée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Ang Jangmu Sherpa a ramassé des champignons pendant vingt-cinq ans dans les forêts avoisinant son refuge de montagne, dans le village de Tengboche situé à 3 867 mètres d'altitude au Népal. Un seul champignon, connu localement sous le nom de « petak », est suffisant pour préparer un repas.
Bhesh Rag Dahal recueille et sèche des champignons pour l'hiver dans son restaurant à Tashingma. Comme les champignons se conservent bien, il possède toujours un stock qui n’a pas été consommé lorsque le tourisme s’est effondré pendant la pandémie. Il vend ses champignons sur le marché jusqu'à 10 000 NPR (roupie népalaise) le kilo (soit 78 dollars US). Il en donne aussi à sa famille et aux lamas (enseignants bouddhistes) de Tengboche ainsi qu'aux autres monastères de la région.
Soupe cuisinée par Bhesh Rag Dahal avec les champignons qu'il a ramassés et séchés. Photographie de Thomas Roehl, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Dans la région de Solukhumbu, au pied de l'Everest, les champignons comestibles font partie intégrante de l'alimentation locale; toutefois, le rôle essentiel qu'ils jouent au sein de la biodiversité de l'Himalaya est souvent ignoré.
Récemment, un groupe de mycologues (scientifiques spécialisés dans l'étude des champignons) népalais et américains ont identifié des champignons lors d’une toute première randonnée écotouristique au camp de base de l’Everest.
L’expédition de trois semaines qui a débuté à la mi-juin de cette année a été organisée par International Mountain Trekking (IMT), et comprenait une équipe internationale du Népal, des États-Unis et du Mexique. Shiva Devkota, mycologue et botaniste népalais, et les mycologues américains, Britt Bunyard et Thomas Roehl, ont identifié plus de 150 espèces de champignons durant le périple.
Un groupe de mycologues népalais et américains, accompagné de citoyens scientifiques, posent pour une photo. Photographie de Alok Tuladhar, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Tous les ans, des milliers de randonneurs et alpinistes effectuent le voyage jusqu'aux deux camps de base de l'Everest mais peu d'entre eux s'intéressent aux centaines d'espèces de champignons qui poussent le long du chemin.
« J’avais toujours vu des champignons, mais j’étais toujours trop pressé », déclare Richard Silber, de l’IMT, qui espère que ces randonnées écotouristiques permettront de reconnaître la région de l’Everest pour sa biodiversité et les riches espèces de champignons au-delà de ses montagnes.
Richard Silber, Devkota et Sonam Jangbu Sherpa travaillent tous à IMT et ont ensemble mis en place la première randonnée écologique de ce type. En plus de mycologues, des citoyens scientifiques intéressés par les champignons ont aussi rejoint l'expédition encadrée par Phu Chiri Sherpa et Tenzing Tashi Sherpa, guides de montagne.
Photographie de Sarah Watson, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Selon Silber, « La biodiversité du Népal est incroyable, et plus particulièrement en raison du remarquable gradient d'altitude de la montagne : en peu de temps on passe de 1 829 mètres d'altitude au point culminant de la Terre. »
La variation d'altitude de Solukhumbu favorise la création de niches écologiques pour des centaines d'espèces d'arbres peu communes qui forment un environnement propice aux champignons dont le développement est étroitement lié à la végétation qui les entoure. Jusqu'à aujourd'hui, il n'existait aucun catalogue systématique des champignons natifs de la région.
Selon Devkota, détenteur d'un doctorat en mycologie, « Avant d'envisager des mesures de gestion et de conservation des champignons, nous devons tout d'abord étudier les espèces spécifiques à la région. J'ai compris qu'il y avait là une lacune à combler et une opportunité à saisir.»
A présent les scientifiques du monde entier sont fortement encouragés à répertorier tous ces précieux champignons avant qu'ils ne disparaissent à jamais. Selon Bunyard : « Ici la forêt grouille de vie, mais elle reste l'une des régions les plus méconnues au monde. Il n'existe aucun ouvrage sur ce sujet, c'est comme une sorte de boîte noire. »
Photographie de Sarah Watson, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Les champignons jouent un rôle essentiel dans la diversité des écosystèmes dont ils en sont partie intégrante. Bunyard ajoute que : « Presque toutes les plantes vivent en symbiose avec les champignons. »
Les champignons forment sous terre de vastes réseaux avec différentes espèces végétales, recyclent les nutriments, assurent la survie des plantes, et augmentent l'apport en carbone et en phosphore dans les sols.
Et selon Thomas Roehl : « Si vous détruisiez tous les champignons de la planète, alors tous les arbres mourraient. Les champignons sont tout simplement responsables de la vie sur terre. »
Il est possible pour les champignons de continuer à se développer au sein d'un environnement endommagé par des activités humaines ; et dans certains cas, ils contribuent même à l'apparition de nouvelles formes de vie. Ils jouent aussi le rôle d'indicateur de santé des écosystèmes. Par exemple, ils peuvent être utilisés pour déterminer les niveaux de pollution atmosphérique, car ils luttent pour survivre dans les zones à fortes émissions.
Les champignons du Mont Everest
Avant même d'arriver au Parc national de Sagarmatha, situé dans la partie est du Népal, l'expédition avait déjà identifié plus de 60 types de champignons, en particulier des espèces très rares.
Durant l'expédition, les scientifiques ont identifié l'Amanita tullosiana, une espèce de champignons très vénéneuse. Photographie de Thomas Roehl, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Les membres de l'excursion ont identifié, entre autres, deux espèces de champignons répertoriées en 2019 : le Tremella salmonea, et le Amanita tullossiana, une nouvelle espèce qui fût découverte dans l'Himalaya indien.
Les chercheurs pensent avoir identifié le Amanita innatifibrilla, une espèce peu documentée dont l'aire de répartition est méconnue, mais qui a précédemment été répertoriée dans le sud de la Chine, et aussi le premier champignon à avoir été inventorié à 5 193 mètres d'altitude.
Les chercheurs ont travaillé en marchant, identifiant de nouveaux champignons et expliquant leurs découvertes aux citoyens scientifiques.
« Ce n’est pas comme dans n’importe quel établissement universitaire », a expliqué Silber pendant la randonnée, en décrivant la façon dont les mycologues travaillaient sur le terrain. « Ils sont attirés par les champignons comme un aimant. Ils s’en réjouissent. C’est inspirant, vraiment, c’est génial. »
En plus de compléter le catalogue des espèces de champignons du Népal, Silber espère que cette toute première randonnée à la découverte des champignons encouragera le développement de l'éco-tourisme, comme c'est le cas dans d'autres régions du pays où les touristes ont la possibilité d'observer les oiseaux, les crocodiles, ou les tigres. La biodiversité, la géologie, et la botanique du Mont Everest pourraient offrir hors saison des expériences touristiques similaires.
Photographie de Sarah Watson, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
Bhumiraj Upadhyaya, délégué à l'exploitation, travaille au Parc national de Sagarmatha depuis plus de 30 ans mais cette excursion spécialisée dans la découverte de champignons est une première pour lui : « Presque tous les touristes viennent ici pour admirer les montagnes alors que la région peut offrir tellement plus. » Il explique qu'il y a encore beaucoup de travail à faire en matière de recherche sur le léopard des neiges, le cerf porte-musc et sur la pollution à proximité des lacs Gokyo.
Leccinum aurantiacum : champignon comestible très populaire et natif du Népal. Photographie de Thomas Roehl, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation
Toutefois, la recherche scientifique dans la région est limitée en raison de vols irréguliers, de coûts élevés et du mauvais état des routes. Les chercheurs sont plus susceptibles de se rendre dans les régions de Annapurna ou de Chitwan qui sont beaucoup plus accessibles.
La population locale cultive ses propres champignons ou bien, dans la majorité des cas, les ramasse dans les forêts avoisinantes. Les champignons peuvent ensuite être séchés, stockés et réhydratés ultérieurement lors de la haute saison touristique, au printemps et à l'automne.
Une analyse scientifique plus poussée des champignons de la région pourrait bénéficier à ceux qui dépendent de ce type d'aliments pour se nourrir. Selon Jangbu Sherpa : « Peut-être qu'à l'avenir nous en saurons plus sur les champignons comestibles. Ils sont ramassés et séchés pour les mois d'hiver durant lesquels les légumes se font rares. »
Une autre expédition pour les passionnés de champignons est déjà prévue pour 2023, et Silber espère que la recherche scientifique au sein de la région de Solukhumbu deviendra une réalité à laquelle la communauté locale pourra participer : « Il est bien sûr très difficile de faire de la recherche dans des régions éloignées comme celle-ci. Venir jusqu'ici et se consacrer à ce genre de travail demande beaucoup de volonté.»
Exemple de pleurotes cultivés dans une ferme. Photographie de Thomas Roehl, publiée dans le Nepali Times. Reproduite avec autorisation.
S'agissant des projets futurset de la recherche, IMT espère travailler avec les populations locales, et notamment construire un centre scientifique à Phortse, dans une maison que la compagnie a reçue en donation. L'objectif principal de la recherche est de faire profiter les communautés locales de nouvelles découvertes et connaissances.
Selon Silber : « L'histoire retient que les scientifiques occidentaux viennent ici, font ce qu'ils ont à faire, puis repartent. Former les populations locales ou travailler avec elles ne fait pas partie de leur protocole de recherche ; et les communautés passent à côté d'une occasion en or. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220819_002328";}s:15:"20220814_233549";a:7:{s:5:"title";s:79:"Un projet de cartographie par satellite recense les dégâts causés en Ukraine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/08/14/273743/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273743";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 14 Aug 2022 21:35:49 +0000";s:11:"description";s:167:"Le projet de cartographie de l’Ukraine utilise des images satellitaires, de drone et une visualisation 3D pour recenser, superposer et vérifier les dommages causés";s:7:"content";s:13165:"
Les militaires et les politiques ne pourront plus mentir
Le nouveau projet de cartographie collaborative du chercheur japonais Hidenori Watanave [en] documente les dégâts et les destructions causés par l’invasion russe en Ukraine.
Le projet, dénommé Cartographie de l’Ukraine par images satellitaires [en], utilise des images satellitaires, des images de drone et une visualisation 3D afin de recenser, superposer et vérifier les dommages causés en Ukraine ainsi que les impacts sur la population. Jusqu’à présent, plusieurs villes et régions ont été cartographiées dont Mariupol, Irpin, Chernihiv et Bucha.
Nous avons superposé ici les résultats d’une série de données temporelles composées d’images satellitaires prises avant la guerre et de GoogleStreetView, et représentant une fosse funéraire trouvée dans l’église Saint André à Bucha. Ces données peuvent être téléchargées au format KMZ, simplifié et géoréférencé. @hwtnvhttps://t.co/NYqLLAdwzdpic.twitter.com/zaix7hXvzC
[Note : Taichi Furuhashi de l’Université d’Aoyama Gakuin participe au projet.]
Les images peuvent être visualisées comme des visites guidées sur le site du projet [en], et les modèles originaux sont disponibles sur SketchFab [en], une communauté en ligne dédiée au partage de modèles 3D, de réalité virtuelle et de réalité augmentée.
Dans une interview [ja] accordée à l’Université de Tokyo, Hidenori Watanave indique :
Des images [de la guerre en Ukraine] se répandent dans le monde entier dans des articles sur Internet et Twitter. Cependant, comme il n’y a pas d’information précise sur leur localisation, il peut être difficile d’identifier leur provenance exacte. Tout ce que l’on peut comprendre est le nom global d’un lieu, comme « Mariupol ». Notre équipe trouve et identifie les emplacements précis sur Google Earth grâce aux images satellitaires. Une fois que l’endroit est identifié, nous affinons alors le ratio, l’orientation et la distorsion de l’image pour le géolocaliser parfaitement, puis nous le cartographions sur Cesium [en] [une plateforme de cartographie en ligne].
Lors d'une interview par mail pour Global Voices, il ajoute :
En pointant du doigt les effets de la guerre sur une carte, il est plus facile de mettre en évidence les événements dans l’espoir que la population prenne conscience de l’ampleur des dégâts. De plus, en superposant et en présentant un grand volume d’images, cela permettra de vérifier les informations publiées par chaque pays. J’aimerais que d’autres personnes utilisent [notre outil cartographique] comme un contenu journalistique, et pour vérifier ce qui se passe en Ukraine.
Selon le chercheur, le projet peut également fournir un dossier historique de l’invasion de l’Ukraine.
Avec ses collaborateurs, Hidenori Watanave cartographie et visualise des images provenant de nombreuses sources, dont des images satellitaires et des images prises par drone. Le projet cartographique utilise la photogrammétrie [fr] pour créer des images 3D des bâtiments et des dégâts qu’ils ont subis.
Comparaison des images multispectrales de #Marioupol, #Ukraine les 24 et 29 mai. De nombreux incendies sont encore présents dans la ville. Celui de l’usine dans le Sud a été éteint. pic.twitter.com/i6Etv6cStk
Hidenori Watanave, professeur et chercheur à l’École supérieure d’études interdisciplinaires sur l’information [en] de l’université de Tokyo, travaille avec de nombreux collaborateurs pour cartographier les images, y compris avec les fournisseurs d'images satellitaires Maxar [fr] et Blacksky [en]. Parmi les collaborateurs, on trouve Hibari Solutions [en], un spécialiste de la 3D, ainsi que Simeon Schmauss, Yaroslav Veprev, Nickolay Omelchenko, Akihiro Takahashi, Taichi Furuhashi, Maksym Khovalko.
Plusieurs d’entre eux, selon le chercheur, ont d’abord pris attache sur SketchFab et Twitter, ajoutant que les techniques d’intelligence open source (OSINT), comme la recherche de ressources disponibles en ligne par tous pour identifier et géolocaliser les emplacements, augmente la crédibilité du projet.
Dans un discours à l’Université de Tokyo, Hidenori Watanave rajoute [ja] :
« [Nous entrons] dans une ère où il est difficile pour les militaires et les politiciens de mentir ». Par exemple, la Russie ne prétend viser que les installations militaires, mais les images satellitaires montrent que les forces russes attaquent des installations non militaires et que des civils sont blessés. Lorsque les images sont superposées sur une carte de cette façon [et] que les images satellitaires individuelles sont connectées d’un point à un autre […], une forme se dessine et il est facile de visualiser ce qui se passe dans l’ensemble.
Le chercheur a également téléchargé une démo du projet sur YouTube.
Après l’invasion, le gouvernement japonais a agi en imposant rapidement des sanctions à la Russie, dans une certaine limite [en], et des foules se sont rassemblées en soutien à l’Ukraine.
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Le Nigéria est le 17e pays au monde où règne l'insécurité
Le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique et l'une des plus grandes économies du Continent, est devenu un État en proie à l'insécurité. Du banditisme armé dans le Nord-ouest au terrorisme djihadiste de Boko Haram dans le Nord-est, la sécurité s'y est détériorée.
L'ironie des défis sécuritaires actuels du Nigéria est que le pays a fait, et continue de faire, d'énormes investissements de ressources financières, humaines, matérielles et militaires afin de promouvoir le développement, la paix et la sécurité de l'Afrique au niveau du continent. Cela explique pourquoi « les pays africains ont toujours des attentes envers le Nigeria» malgré ses nombreux « défauts en tant que nation», affirme John Usanga, ambassadeur du Nigeria en Guinée-Bissau. Pourtant, le Nigéria se classe actuellement au 17e rang des États les moins pacifiques au monde, selon le Global Peace Index 2022.
Attaque dans le train à destination d'Abuja-Kaduna
Le 28 mars 2022, un train à destination d'Abuja-Kaduna a été la cible des terroristes, et au moins 62 personnes ont été prises en otage tandis que neuf ont été tuées. Dans une vidéo enregistrée avant la libération de l'une des personnes enlevées, les bandits auraient déclaré que « le gouvernement devrait se hâter de nous rencontrer avant que nous ne transformions cet endroit en abattoir, car tuer ces personnes n'est rien pour nous ». Mais ce qui était plus choquant, c'est l'affirmation du bandit : « Ce n'est pas une question d'argent. On ne peut pas faire ça pour de l'argent. Le gouvernement sait ce que nous voulons », selon le Vanguard, un journal nigérian. Cet acte de violence était apparemment motivé par une dispute personnelle entre les bandits et des responsables gouvernementaux. Dans ce paysage politique, il n'est pas surprenant que les citoyens soient terrifiés, avec 242 326 Nigérians fuyant à l'étranger rien qu'à la fin de 2019, selon le département en charge des migrants et des réfugiés du Vatican.
Boko Haram
Boko Haram, un groupe terroriste fondé en 2002 dans le Nord-est de Maiduguri, a été la plus grande menace de l'armée nigériane au fil des ans. Le groupe terroriste serait responsable de la mort de plus de 350 000 Nigérians depuis 2009, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). En 2014, le groupe dont le nom « Boko Haram » signifie « l'éducation occidentale est interdite » a enlevé 276 élèves âgées de 16 à 18 ans, pour la plupart des chrétiennes de l'école secondaire publique pour jeunes filles de la ville de Chibok dans l'État de Borno, au Nigéria. A ce jour, 109 de ces filles sont toujours en captivité. Plus récemment, le 6 juin, des terroristes de Boko Haram ont incendié trois camions sur la route très fréquentée de Damaturu-Maiduguri à Borno, dans le Nord-est du Nigeria, rapporte SaharaReporters, une agence de presse nigériane.
Les Nigérians ont peur pour leur sécurité et à juste titre. En 2019, environ 12 meurtres ont été enregistrés pour 1 000 habitants, et 838 cas d'enlèvement ont été signalés en 2018, selon Statista, une société allemande de collecte de données.
Normalisation de la violence ?
Cependant, la situation sécuritaire dans le pays n'est pas seulement menacée par le banditisme armé ou le terrorisme, mais aussi par des citoyens ordinaires.
Le 29 mars, au stade MKO Abiola d'Abuja, la capitale, après le coup de sifflet final, les supporters nigériansont pris d'assaut le terrain et détruit le stade. Cette violente attaque faisait suite à la défaite du Nigeria à la Coupe d'Afrique des Nations, une compétition dans laquelle ils étaient censés être favoris, précise ESPN. En plus de cela, le pays ne s'est pas qualifié pour la Coupe du monde pour la deuxième fois de son histoire — pour la première fois depuis 2006. Des supporters ghanéens auraient été contraints de descendre sur la pelouse après qu'un certain nombre d'entre eux aient été attaqués dans les tribunes. Ces violences pourraient être à l'origine de la crise cardiaque dont a été victime le Dr Joseph Kabungo, l'agent antidopage du match Abuja-Ghana, décédé peu après le coup de sifflet final.
De même, au stade Sani Abacha de Kano le 16 avril, des supporters enragés du Kano Pillars ont pris d'assaut le terrain à la 82e minute, détruisant des véhicules, attaquant d'autres supporters, obligeant les joueurs et les officiels à courir pour se mettre en sécurité et conduisant prématurément à l’arrêt du match. Cet incident s'est produit moins d'un mois après les scènes horribles du match de qualification du Nigeria pour la Coupe du monde contre le Ghana au stade MKO Abiola, à Abuja.
Cela montre également que les citoyens ne sont pas toujours les victimes, mais peuvent aussi être de violents agresseurs. Par conséquent, l'insécurité au Nigéria ira de mal en pie, avec des acteurs de mauvaise foi aggravant la situation, sciemment ou non. En revanche, dans un véritable rapport annuel réel du Global Peace Index, des pays africains comme l'île Maurice, le Botswana et même le Ghana, les voisins du Nigeria sont considérés comme des pays beaucoup plus sûrs. L'île Maurice et le Ghana sont actuellement les 28e et 38e pays les plus en sécurité dans le monde.
Presque toutes les régions du pays sont en proie à l'insécurité. Cette instabilité est le résultat direct du fait que les civils, les entités gouvernementales et le personnel de sécurité nationale se livrent régulièrement à des activités classées comme terroristes. Le Nigeria doit agir immédiatement en tant que front unifié (citoyens et gouvernement) pour mettre en œuvre une stratégie visant à retarder, mais finalement à inverser cette tendance rapide, en défendant son peuple et sa nation afin qu'il puisse continuer à être un Nigeria « uni » pour les générations futures.
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Une communauté sur la côte baltique polonaise cherche des réponses dans le sable
Les enfants s'intéressent à la nature et aux liens de cause à effet. Ils représentent donc un énorme potentiel. Photo de Michał Karmelita, utilisée avec autorisation.
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Lorsque j'étais enfant, je me demandais toujours pourquoi les oiseaux marins mangeaient des déchets plastiques. Beaucoup d'entre nous ont déjà vu ces images d'albatros morts après avoir ingéré des tonnes de plastique [fr]. Pourtant les oiseaux ont une parfaite vision ! Alors pourquoi mangent-ils quelque chose qui ne ressemble en rien à leur repas naturel ? Voici l'histoire de ce que j'ai découvert, tandis que j'étais déterminée à trouver une réponse.
Quand j'étais petite fille, je faisais des expériences en donnant différentes sortes de nourriture aux canards ou aux cygnes. Par exemple, les flocons d'avoine : ils les mangeaient tout de suite. Si je jetais une feuille dans l'eau, ils savaient immédiatement que ce n'était pas bon et ils ne la mangeaient pas. Il ne leur fallait qu'une fraction de seconde pour reconnaître ce que je jetais dans l'eau, que ce soit des flocons d'avoine ou des morceaux de carotte. Alors pourquoi cette vue parfaite fait-elle défaut aux oiseaux lorsqu'il s'agit de distinguer des poissons ou du krill [fr] (leur nourriture naturelle) d'un morceau de plastique ?
On trouve fréquemment du plastique sur les côtes dans la laisse de mer. Photo de Michał Karmelita, utilisée avec autorisation.
Tout un écosystème de micro-organismes, petites plantes et animaux commence rapidement à se former sur les déchets plastiques qui dérivent dans l'océan. Certains d'entre eux produisent du DMS. Vous connaissez sûrement cette odeur : elle se dégage de notre cuisine lorsque l'on fait cuire du chou ou des fruits de mer par exemple. Malheureusement, le DMS est une substance que l'on trouve en grande quantité dans les zones de nourrissage des oiseaux marins. Par exemple, là où il y a des bancs de krill. Par conséquent, les oiseaux marins associent cette odeur de soufre avec le déjeuner. Tandis qu'ils parcourent de nombreux kilomètres, guidés par leur odorat, s'ils atterrissent affamés dans un endroit qui sent le sulfure de diméthyle, ils se font facilement avoir. Ils en concluent que si ça sent comme de la nourriture, c'est que c'en est probablement. Ils ne peuvent pas non plus se permettre de mourir de faim ; ils recherchent parfois pendant longtemps des zones de nourrissage, alors quand elles se présentent, ils ont vraiment très faim.
Science communautaire
Nous savons donc que le plastique est nocif pour les animaux. Et que nous devrions trouver des solutions : pas seulement pour limiter sa production et son utilisation, mais également pour éliminer ces fragments synthétiques qui circulent déjà dans l'environnement. Néanmoins, pour trouver ces solutions, nous devons d'abord découvrir quelle est la quantité exacte de plastique que l'on peut trouver dans les mers et sur les littoraux, et comment ce plastique migre dans la nature.
Une plage à Gdynia, sur la côte baltique polonaise. Photo de Michał Karmelita, utilisée avec autorisation.
Malheureusement, rechercher des petits morceaux de plastique (mésoplastiques [fr]) requiert beaucoup de précision et un grand volume de données. Afin de compter les mésoplastiques sur les rivages, il est nécessaire de tamiser le sable minutieusement, et non pas de regarder simplement à sa surface. Les scientifiques eux-mêmes sont incapables de le faire, car ils manquent de bras pour ce travail. D'où l'importance de la « science citoyenne », aussi connue sous le nom de science communautaire.
La science citoyenne est une initiative dans laquelle des personnes ordinaires non scientifiques, ainsi que les populations locales, peuvent aider les chercheurs professionnels. Leurs missions sont très différentes : parfois ils aident à analyser des données (comme le projet Feature Hunter de la NASA), parfois ils comptent des animaux dans des réserves (comme Iguanas from Above) et parfois ils collectent des échantillons. Ce dernier exemple a été très efficace pour analyser les mésoplastiques. J'ai toujours pensé que l'on obtenait les meilleurs résultats lorsque l'on pense à l'échelle mondiale et que l'on agit à l'échelle locale, car cela est bénéfique non seulement pour la planète, mais également pour les populations locales. Je suis partie du même principe lorsque j'ai commencé à coordonner le projet de science citoyenne sur le mésoplastique au centre scientifique dans lequel je travaille.
Des scientifiques citoyens contribuent à la recherche de mésoplastiques. Photo de Michał Karmelita, utilisée avec autorisation.
La méthodologie du projet a été organisée par l'Institut océanographique de l'Académie polonaise des sciences, situé à Sopot, au nord de la Pologne. Le projet est coordonné en partenariat avec le Centre des sciences Experyment à Gdynia (Gdynia, Sopot and Gdańsk forment ensemble la Tricité). Le rôle de l'Académie polonaise des sciences dans ce projet consiste principalement à développer la méthodologie, l'analyse et l'interprétation des données. D'autre part, le Centre des sciences de Gdynia se charge principalement de : sensibiliser les populations locales, coordonner les bénévoles, mener la communauté jusqu'au bout du projet, organiser des excursions de groupe sur les plages, dispenser sur le terrain des cours sur le mésoplastique avec les écoles, parler du projet dans les clubs seniors, etc. Les deux organisations effectuent leurs missions bénévolement, et les données obtenues au cours de la recherche sont de type « Science Ouverte » : tout le monde y a accès et peut s'en servir librement.
Très forte participation
Le projet de recherche de mésoplastiques sur la côte polonaise a obtenu énormément de succès auprès des populations locales. Le premier cycle du projet s'est étendu de septembre 2021 jusqu'en juillet dernier, et a donc duré toute une année scolaire, avec plus de 500 habitants de la Tricité et ses environs qui se sont inscrits pour participer. Le plus jeune participant avait deux ans et le plus âgé plus de 60 ans. Ensemble, ils ont organisé plus de 300 excursions sur le terrain et ont tamisé plus de 500 litres de sable à la recherche de minuscules particules de plastique. Ils se sont tous portés volontaires pour chercher du mésoplastique et obtenir le plus d'informations possible sur sa répartition.
Quels sont jusqu'à présent les résultats de cette recherche menée par les citoyens scientifiques ? Je pense que la valeur la plus importante est le changement de comportement social des personnes qui ont participé à ce projet, dont Ola, 15 ans :
I think that for me a turning point was finding artificial, acrylic… nail in the sand. A plastic nail, can you imagine that ?!– It's hard to find a more useless invention, something we don't really need, something we use because we find our own nails… too natural or something. And then we go to the beach, such a plastic, artificial nail will fall into the sand, and then some seagull or tern will mistake it for food and die because of it. It made me think a lot.
Je crois que le moment déterminant pour moi a été de trouver dans le sable des faux ongles en acrylique. Un ongle en plastique, vous vous rendez compte ?! C'est difficile de trouver une invention plus inutile que ça, quelque chose dont nous n'avons pas réellement besoin, quelque chose que nous utilisons car nous trouvons nos propres ongles trop naturels ou je ne sais pas quoi. Puis on va à la plage, ce faux ongle en plastique va atterrir dans le sable, ensuite une mouette ou une sterne va le confondre avec de la nourriture et mourir à cause de ça. Ça m'a beaucoup fait réfléchir.
Mais les bénévoles ne venaient pas seulement de Pologne. Étant donné que le Centre des sciences coopère avec le Corps européen de solidarité (un programme international de la Commission européenne, dans lequel des jeunes peuvent participer à des projets bénévoles), certains scientifiques citoyens du projet venaient d'autres pays : Espagne, France ou Turquie. Eva, une bénévole venue d'Espagne, a raconté son expérience :
As a citizen science project it doesn’t require very complicated materials or methods, you can find everything you need to use at home and it’s accessible to anyone, even if you don’t like science! You can participate with your family, your friends or even alone. It just takes around an hour, in which you can also see the beach from another point of view than the usual one: observing the sand composition, the biodiversity present or just paying attention to the sound of the sea. For me it was a way to be more aware of the amount of mesoplastic we could find in the beach and to better understand the problems they can cause, making me to think twice when I buy or I’m going to throw away any plastic bag or packing.
Vu que c'est un projet scientifique citoyen, il ne nécessite pas de matériels ou de méthodes très compliqués, on peut trouver tout ce dont on a besoin à la maison, et c'est accessible à tout le monde, même si l'on n'aime pas la science ! On peut participer en famille, avec ses amis ou même tout seul. Cela prend environ une heure, pendant laquelle on peut également voir la plage d'un point de vue différent qu'à l'habitude : observer la composition du sable, la biodiversité qui s'y trouve ou simplement écouter le son de la mer. Pour moi, ça a été une façon de prendre davantage conscience de la quantité de mésoplastiques que l'on peut trouver sur les plages et de mieux comprendre les problèmes qu'ils engendrent, en réfléchissant à deux reprises avant d'acheter ou de jeter un sac plastique ou un emballage.
Emilie, venue de France, a ajouté :
I would say that collecting mesoplastics is not only useful but also fun to do. It's like going on a treasure hunt, while helping science!
Je dirais que ramasser des mésoplastiques n'est pas seulement utile, mais également amusant à faire. C'est comme participer à une chasse au trésor, tout en aidant la science !
Mais le changement de comportement social n'est pas la seule conséquence du projet. Les analyses montrent que parmi les mésoplastiques trouvés par les bénévoles du Centre des sciences Experyment de Gdynia, il n'existe pas de fragments de pailles, couverts ou gobelets jetables. Qu'est-ce que cela montre ? Le fait que l'interdiction de la vente de produits en plastique à usage unique, mise en place par la Commission européenne en 2021, apporte ses premiers résultats. Des études précédentes montraient que ce genre d'accessoires jetables constituaient une grande proportion de déchets. Actuellement, il n'y en a aucun.
Alors, quelle est la prochaine étape ? Tout d'abord, continuer comme cela. Il est possible de se joindre au projet en contactant le Centre Experyment de Gdynia [pl].
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Illustration de Moshtari Hilal, utilisée avec permission via Unbias the News
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Cet article de Tina Lee a été initialement publié sur Unbias The News. Une version éditée est republiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Imaginez deux journalistes qui veulent enquêter sur une histoire de corruption dans le commerce de la tomate entre la Gambie et l'Italie. Un journaliste avec un passeport britannique peut se rendre en Italie pour couvrir la partie italienne, puis se rendre en Gambie sans visa pour approfondir l’enquête, et obtenir en effet une histoire plus colorée et plus complète à présenter aux publications. Pour une journaliste gambienne, l'obtention d'un visa pour l'Italie présentera un obstacle difficile et coûteux qui peut la limiter à écrire uniquement sur le côté gambien de la question. Qui est le plus susceptible d'obtenir la signature ? Si l'histoire remporte un prix, qui l'aura gagné ?
La question de savoir qui peut encadrer l'histoire et qui est au centre d'un article ou d'une enquête dépend fortement de qui est autorisé à le couvrir – et dans de nombreux cas, cela est prescrit par des réglementations de visa injustes, arbitraires et discriminatoires.
La Déclaration universelle des Droits de l'Homme [fr] de 1949 a consacré deux droits qui sont des protections essentielles pour les journalistes transfrontaliers : le droit à la liberté d'expression (article 19) et le droit de quitter son pays (article 13).
Malheureusement, les deux sont menacés partout dans le monde. Mais alors que nous avons tendance à bien connaître les régimes qui limitent la liberté d'expression de nombreuses manières – comme les arrestations de journalistes, la censure, les menaces et la coercition exercées par des forces puissantes à l'intérieur d'un pays – nous pensons rarement au deuxième droit et à la façon dont les pays en Europe et ailleurs le restreignent à travers leurs lois discriminatoires sur les visas.
Quels journalistes sont autorisés à voyager ?
J'ai eu l'occasion de faire l'expérience directe de cette restriction de la liberté de la presse alors que j'essayais de réunir des journalistes internationaux à Varsovie, en Pologne, pour une conférence.
Les pays d'où viennent bon nombre des journalistes que nous avons invités figurent souvent au bas de la liste des indices de la liberté de la presse – des pays comme l'Égypte, le Myanmar et l'Iran – où de graves menaces parrainées par le gouvernement pèsent sur l'expression journalistique. Mais le pays qui restreignait leur droit de voyager et de s'informer sur le journalisme transfrontalier était la Pologne, en plein milieu de l'Union européenne, qui abrite sept des dix meilleurs pays pour la liberté de la presse, selon Reporters sans frontières.
Bien qu'ils croient en la liberté d'expression et critiquent fréquemment d'autres pays pour leur manque de liberté de la presse, les pays de l'UE présentent souvent des obstacles étonnants aux journalistes qui y voyagent pour des raisons professionnelles.
Des frais importants et non remboursables aux exigences des lettres d'invitation, en passant par les vols pré-réservés et les refus aléatoires et inexpliqués, l'UE rend difficile – et parfois impossible – pour les journalistes d'autres pays d’y voyager pour des conférences, du travail et des recherches.
Afin d'amener des journalistes à Varsovie pendant moins d'une semaine pour notre conférence, nous avons dû valser dans un ensemble de normes arbitraires à couper le souffle pour chaque pays qui semblaient principalement conçues pour faire renoncer le candidat à son désir de quitter son pays, même brièvement. Par exemple, dans certains pays, aucune ambassade européenne locale ne délivrera de visa Schengen, de sorte que les journalistes doivent plutôt se rendre dans le pays voisin pour postuler, parfois à plusieurs reprises.
Dans de nombreux cas, l'ambassade de Pologne ou de l'UE a exigé qu'un vol soit réservé à l'avance afin de considérer la demande comme complète. Mais l'assurance voyage ne couvre pas un visa rejeté. Cela signifie donc en fait que les particuliers doivent acheter un billet d'avion cher sans savoir s'ils pourront l'utiliser, et ne peuvent pas être remboursés s'ils sont refusés. Pour les organisations qui souhaitent payer pour amener des journalistes à des conférences, cela représente un énorme risque monétaire qui peut être suffisant pour empêcher une invitation.
De plus, même si une personne obtient un visa, elle peut toujours faire face à des obstacles. Par exemple, un de nos journalistes s'est vu délivrer un visa pour la zone Schengen, mais s'est vu interdire de rentrer dans son pays par l'aéroport d'Heathrow à Londres.
Saviez-vous que vous avez besoin d'un visa séparé simplement pour vous promener dans les couloirs sacrés d'Heathrow pendant le transfert des vols ? Eh bien, nous le savons maintenant.
Outre les limites aux enquêtes, considérez les limites imposées au réseautage et à l'avancement professionnel. Les journalistes comptent sur les conférences pour apprendre de nouvelles techniques, réseauter avec d'autres dans leur domaine et faire connaître leurs expériences et leur travail. Lorsque seuls les journalistes de certains pays peuvent y assister, ils obtiennent inévitablement les avantages qui accompagnent les échanges professionnels.
En plus de cela, les journalistes restreints peuvent ne pas être en mesure de profiter des bourses et des subventions qui sont des sources de financement et d'accès professionnel extrêmement importants. Si un journaliste n'est pas autorisé à quitter son pays pour recevoir un prix en personne, obtiendra-t-il quand même le prix ? Et le prestige et la notoriété qui vont avec ?
Lorsque nous nous demandons pourquoi le journalisme est un domaine dominé par des journalistes blancs occidentaux primés, nous ne pouvons nous empêcher de réfléchir à la façon dont la réglementation des visas façonne cette réalité.
Deux des journalistes que nous avons invités à nous rejoindre en Pologne ont été entièrement rejetés, après avoir réservé leur voyage et leur hébergement. Bien que l'ambassade n'ait eu aucun problème à communiquer les exigences nombreuses et changeantes qu'elle avait pour les demandes de visa, elle a refusé de nous dire sur quelle base ces professionnels ont été rejetés, et se sont donc vu interdire de profiter de l'occasion pour rencontrer leurs collègues, apprendre de nouvelles techniques et contribuer d'une petite manière à la liberté de la presse dans leur propre pays.
La prochaine fois que vous entendrez des représentants européens critiquer les régimes médiatiques durs d'autres pays, demandez-vous : que font ces représentants pour aider à améliorer la situation, et de quelle manière l'aggravent-ils ?
La plupart des pays du monde sont liés par les accords sur les droits de l'homme qui protègent le droit d'une personne de quitter son pays, mais ce droit n'a aucun sens sans le droit réciproque d'entrer dans un autre pays. À une époque de restrictions croissantes, l'Europe doit montrer qu'elle prend la liberté de la presse au sérieux et cesser d'empêcher les journalistes de faire leur travail.
Nous ne saurons pas vraiment à quoi ressemble un paysage médiatique représentatif et diversifié tant qu'ils ne le font.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220807_184447";}s:15:"20220807_174605";a:7:{s:5:"title";s:113:"Décryptage du lexique chinois en ligne : comment le terme Jade est venu à représenter le Président Xi Jinping";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/08/07/273444/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273444";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 07 Aug 2022 15:46:05 +0000";s:11:"description";s:160:"Les dissidents chinois à l'étranger ont réussi à réinterpréter le terme « Fei Cui » (jade) pour signifier « s'opposer à Xi » ou « Xi meurt ».";s:7:"content";s:7036:"
Le nom de famille du Président chinois est inscrit en caractères chinois
Calligraphie chinoise convertie depuis « fonttaopng.com ». Image de Oiwan Lam.
Ces dernières années, le terme chinois « Jade » ou « Fei Cui » (翡 翠) a été utilisé par les dissidents chinois à l’étranger comme une expression codée pour critiquer le Président chinois Xi Jinping. La tendance devrait se poursuivre, car les dissidents politiques chinois viennent de lancer une campagne en ligne dénommée «Jade Campaign» (Campagne jade) appelant au renversement du dirigeant suprême.
Selon le Dictionnaire analytique des caractères chinois, Fei Cui désigne à l'origine une sorte d'oiseau appelé Oiseau à plumes vertes (青羽鳥), Fei étant l'oiseau mâle tandis que Cui est son homologue féminin. Plus tard, «Fei Cui» en est venu à représenter le jade vert, la pierre précieuse qui représente la noblesse, la richesse et la bonne fortune dans la culture traditionnelle chinoise.
Si nous analysons le terme, le caractère chinois «Fei » (翡) se compose de deux parties : un morphème qui dénote la signification et une composante phonétique qui dénote la prononciation du caractère. La partie phonétique Fei (非), se situe dans la partie supérieure. Cependant, le caractère Fei (非) utilisé seul peut aussi signifier «faux », «négatif » ou «négation » par lui-même. La partie inférieure représente le composant phonétique Yu (羽), qui signifie «plumes ».
Le caractère « Cui » (翠) partage la même structure. Sa signification se retrouve dans la partie supérieure, « Yu » (plumes) alors que la composante phonétique, « Zu » 卒, se trouve dans la partie inférieure. « Zu » signifie « infanterie » ou « mort » quand il est apparaît seul.
Les phonèmes avec deux caractères ont une signification négative et le morphème qu’ils partagent Yu (羽 plumes) est composé de deux caractères chinois simplifiés : « Xi » (习) qui est le prénom du Président chinois Xi Jinping. Les dissidents chinois d’outre-mer ont réussi à réinterpréter le terme « Fei Cui » (jade) pour qu’il signifie « s’opposer à Xi » ou « Xi meurs ».
Le China Digital Times a constaté qu’en 2020 quelques internautes chinois ont utilisé le hashtag « Qi Cui » (祈 翠), qui littéralement signifie c’est « Priez pour jade », pour vilipender le dirigeant. Depuis, des dissidents chinois vivant à l’étranger ont signalé que le mot « Cui » a été censuré sur les réseaux sociaux et dans les jeux en ligne chinois, bien que cette allégation n’ait pas été vérifiée.
La signification politique de Jade (Fei Cui) est devenue de plus en plus populaire alors que les dissidents chinois vivant à l'étranger tentent de protester contre la candidature de Xi Jinping qui en serait à son troisième mandat présidentiel durant le prochain sommet d’été du parti communiste chinois à Beidaihe.
La nouvelle « campagne Jade » est l’une de ces tentatives. L’objectif de cette campagne ligne c’est celui de dénoncer Xi Jinping pour avoir pour avoir mené la Chine vers une régression politique, économique et en matière de droits humains. Elle invite également les internautes chinois à dénoncer la situation avec des hashtags tels que #downXi et #JadeCampaign.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220807_174605";}s:15:"20220728_180804";a:7:{s:5:"title";s:127:"En Chine, une plateforme bureautique confirme que les fichiers des utilisateurs sur son serveur cloud sont soumis à la censure";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/28/273609/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273609";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 28 Jul 2022 16:08:04 +0000";s:11:"description";s:159:"En Chine, les plateformes cloud sont tenues par la loi de vérifier et de censurer les documents de leurs utilisateurs qui sont stockés sur leur cloud privé.";s:7:"content";s:9804:"
Et si l'on vous empêchait d'accéder à d'importants documents stockés dans votre cloud ?
Quelle serait votre réaction si l'accès à d'importants documents stockés dans votre disque dur virtuel était tout à coup suspendu?
Une internaute chinoise, connue sous le pseudonyme de « Metoo veut juste gagner de l'argent » (米兔只想赚钱 et ci-après appelée « Metoo »), prétend s'être vue refuser l'accès à l'un de ses documents en ligne (le brouillon d'un roman de plus d'un million de mots) par WPS Office (une suite d'applications bureautiques cross-plateforme développée en Chine et basée sur le cloud) pour cause de censure.
D'après la capture d'écran d'une notification automatique envoyée par WPS, Metoo ne peut plus accéder à son brouillon, car il contiendrait des informations illégales. Le 11 juillet 2022, Metoo a posté son histoire sur Ikong.com, un forum de littérature populaire :
Selon la notification que j'ai reçue, l'accès à mon fichier a été bloqué en raison de la présence d'un contenu sensible. Il m'est impossible de modifier le document. Est-ce leur soi-disant service aux abonnés ? Même si mon brouillon, qui est stocké dans mon disque local, comportait un contenu sensible, c'est ma vie privée : je ne l'ai ni partagé et ni mis en vente.
Sans compter que le contenu est tout à fait irréprochable, sans aucune donnée sensible. Je pourrai le publier sur d'autres plateformes, mais WPS l'a verrouillé. En vertu de quel droit la plateforme se permet-elle d'espionner mon document et de décider de son sort ? Je vous déconseille fortement de l'utiliser; il ne me reste plus maintenant qu'à défendre mes droits et signaler l'incident.
WPS Office est la suite d'applications bureautiques la plus utilisée en Chine continentale; elle est basée sur le cloud et est similaire à Microsoft Cloud Office et Google Drive. Elle permet à ses utilisateurs de stocker des documents sous différents types de fichiers et formats, de les partager et de les co-éditer. Les accusations de Metoo ont attiré l'attention des internautes qui ont relayé son histoire sur plusieurs réseaux sociaux ; le hashtag «#WPS dénoncé pour avoir effacé des documents d'utilisateurs stockés localement » (WPS 被曝會刪除用戶本地文件) est tout de suite devenu viral, les internautes l'utilisant pour alerter les utilisateurs de WPS. »
Plus tard, Metoo a déclaré à un média local que l'incident était survenu au mois de mai et qu'elle n'avait jamais dit que son document avait été supprimé. Elle précisa qu'en fait son dernier brouillon avait été automatiquement remplacé par une ancienne version et qu'elle n'avait pas pu le récupérer. Elle a également souligné qu'après avoir entamé une procédure d'appel, WPS avait reconnu la présence d'une faille dans les systèmes de détection de la plateforme et avait promis d'y remédier.
Toutefois, d'autres utilisateurs ont commencé a partager leurs propres expériences de WPS sur les réseaux sociaux. Selon un étudiant, sa dissertation aurait disparu et la même chose serait arrivée à l'exposé d'un autre utilisateur. Et un autre encore prétend que WPS lui aurait facturé la récupération d'un document que la plateforme avait supprimé.
En réponse à ces allégations, WPS a nié le fait que la plateforme puisse censurer, verrouiller ou bien encore supprimer des documents stockés sur le disque dur local d'un utilisateur :
正常情况下,后台是不会操作用户的本地文件的。
En temps normal, la plateforme n'a aucun contrôle sur les documents des utilisateurs stockés localement.
Par contre, WPS a ajouté que conformément aux lois en vigueur en Chine, notamment la «Loi sur la cybersécurité », les « Mesures relatives à l’administration des services d’information sur Internet », et le « Règlement sur la gouvernance écologique des contenus d'information du réseau » ), entres autres, les fournisseurs de services d'information en ligne sont tenus d'examiner et d'approuver tout contenu diffusé sur leur plateforme. En conséquence, WPS a déclaré vouloir seulement assurer la sécurité des données des utilisateurs au moyen du cryptage de contenus sensibles et offrir à ses clients la possibilité de faire appel au cas où ils désireraient récupérer leurs documents.
Sur Weibo, des utilisateurs ont résumé en deux lignes ce que WPS a vraiment voulu sous-entendre par ce communiqué :
WPS确实会扫描和审核用户文档
C'est confirmé, WPS va très certainement scanner et censurer les fichiers de ses utilisateurs
就是说,我还是偷窥你们的内裤,原因不再自己,我就是能看
C'est une forme d'espionnage et d'abus de pouvoir.
Un journaliste de Beijing News a testé le mécanisme de censure de WPS et constaté qu'une fois le document comportant un contenu sensible (tel que de la pornographie ou un langage inapproprié) est partagé avec un autre utilisateur, le lien est redirigé vers une page notifiant le refus d'accès. Le journaliste explique que le lien de partage peut déclencher une synchronisation sur le serveur cloud et censurer automatiquement le document. Cependant il n'a pas pu expliquer pourquoi le fichier de Metoo, qui n'était que localement stocké, aurait subi le même sort.
Par ailleurs, des blogueurs high-tech ont spécifié qu'il était absurde pour une plateforme bureautique cloud de dissocier les fichiers cloud et les fichiers locaux étant donné que les principales fonctions d'une suite d'applications bureautiques en ligne sont le stockage en nuage et la co-édition. Si ses utilisateurs ne peuvent pas co-éditer un document avec leurs collègues et sont obligés de le télécharger sur leur propre ordinateur, alors ça ne sert à rien d'avoir un lecteur de stockage dans cloud.
Beaucoup sont d'avis que les problèmes de censure et de violation de la vie privée ne concernent pas seulement WPS. Il est difficile d'affirmer que les plateformes et applications qui synchronisent avec des serveurs cloud ne sont pas fiables, car elles sont tenues, en vertu des lois chinoises, de vérifier et censurer les documents de leurs utilisateurs.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220728_180804";}s:15:"20220722_161932";a:7:{s:5:"title";s:121:"L'ancien responsable des services de renseignement de la Gambie condamné à mort pour le meurtre d'un militant politique";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/22/273618/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273618";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 22 Jul 2022 14:19:32 +0000";s:11:"description";s:174:"Ebrima Solo Sandeng, un jeune leader de l'opposition, a été arrêté en 2015 après avoir réclamé des réformes politiques. Il fut torturé à mort pendant sa détention.";s:7:"content";s:8279:"
Yankuba Badjie était l’ancien chef des services de renseignement de la Gambie
Yankuba Badjie était le Directeur de l’Agence nationale de renseignement (NIA) aujourd’hui disparue de la Gambie. Image du Alkamba Times, utilisée avec permission.
Cet article est apparu pour la première fois dans The Alkamba Times le 14 juillet 2022. Cette version éditée est reprise sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Le 13 juillet, un tribunal de Banjul, la capitale gambienne, a condamné à mort Yankuba Badjie, l'ancien Directeur général de l’Agence nationale de renseignement [fr] ( NIA) pour meurtre. M. Badjie et cinq autres [fr] personnes– Sheik Omar Jeng, Baboucarr Sallah, Tamba Masireh et Lamin Darboe – ont été reconnus coupables du meurtre d'Ebrima Solo Sandeng dans les locaux de la NIA à Banjul il y a sept ans. M. Badjie a dirigé les services de renseignement de décembre 2013 à 2016 sous la dictature de l'ancien Président Yahya Jammeh.
Le 14 avril 2015, M. Sandeng, qui était le chef de la section jeune du parti d'opposition United Democratic Party, a dirigé une marche pacifique de l'opposition pour une réforme politique. Il fut arrêté aux côtés de six membres du parti UDP. Dans les heures qui suivirent, les militants de l'UDP ont été sévèrement torturés au siège des services de renseignement de la NIA. M. Sandeng est mort en détention, à la suite de ce que les procureurs ont décrit comme un traitement sévère et inhumain par des agents de la NIA et des membres d'un commando notoire appelé Junglers. La mort de M. Sandeng avait déclenché « une vague de colère » dans le plus petit pays d'Afrique, rapporte Al Jazeera.
Les accusés ont été reconnus coupables de 25 chefs d'accusation retenus par les procureurs de l'État, allant de complot en vue de commettre un meurtre, crime, préjudice grave, recel, faux et désobéissance à des ordres légaux, entre autres.
Le jugement met fin à un procès de six ans
Ebrima Solo Sandeng est mort en détention, après des tortures inhumaines par des agents de la NIA en 2015. Image d'Alkamba Times, utilisée avec autorisation.
La juge de la Cour suprême, Kumba Sillah Camara, citant l'article 188 du Code pénal et d'autres lois de la Gambie, a déclaré que l'accusation avait satisfait à la « charge de la preuve au-delà du doute raisonnable ». Selon elle, cela a été réalisé grâce à des preuves matérielles et corroborantes présentées au tribunal décrivant comment l'accusé a conspiré et torturé à mort Sandeng.
La juge Camara a en outre déclaré devant une salle d'audience bondée que les accusés avaient fabriqué un certificat de décès indiquant que M. Sandeng était décédé des suites d'un « choc et d'une insuffisance respiratoire ». Cet ensemble de preuves critiques a établi la base qui a servi à démontrer la culpabilité des personnes accusées dans la dissimulation du meurtre. Elle a révélé que les preuves montraient que les Junglers étaient responsables du traitement inhumain infligé aux victimes. La juge a avancé que Sheikh Omar Jeng et Yankuba Badjie étaient les principaux architectes de la torture excessive, qui a causé des dommages temporaires et permanents aux victimes survivantes.
Le responsable des services secrets, M. Badjie, et les quatre autres anciens agents de la NIA ont également été condamnés à des peines de 5 à 10 ans pour diverses infractions qui devaient être exécutées simultanément avec le temps passé en prison. Le docteur Lamin Lang Sanyang a été condamné à 10 ans pour faux. Au cours du long procès pour meurtre, qui a débuté en mars 2017, une autre personne accusée, l'ancien Directeur général adjoint et chef des opérations de la NIA, Leese Gomez, est décédée, tandis qu'une autre a été retirée de l'affaire. Un autre accusé, Haruna Suso, a été acquitté et libéré de tous les chefs d'accusation par la juge présidente de la Cour.
La famille de M. Sandeng salue le verdict
Muhammed Sandeng, fils du défunt chef de l'opposition, Solo Sandeng. Image du Alkamba Times, utilisée avec autorisation.
Un échantillon représentatif de personnes a témoigné, notamment la famille du défunt. Muhammed Sandeng, qui a mené le plaidoyer pour que les assassins de son père soient traduits en justice, a déclaré à Alkamba Times :
Le jugement est rendu avec beaucoup de diligence et les peines sont convenables. Les auteurs du meurtre l'ont commis avec dédain et bien délibérément, car ils se croyaient invincibles jusqu'à ce que la justice les rattrape. Cet un signal selon lequel quiconque détient le pouvoir ne doit pas en abuser, car les bras de la justice sont longs.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220722_161932";}s:15:"20220721_190825";a:7:{s:5:"title";s:130:"Pourquoi la dissidence de genre et la science-fiction queer peut défier la surveillance : interview avec l'artiste Shu Lea Cheang";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/21/273484/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273484";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 21 Jul 2022 17:08:25 +0000";s:11:"description";s:200:"L'artiste cyberpunk Shu Lea Cheang explore la surveillance via l'activisme queer, la dissidence sexuelle et les installations artistiques, pour mettre à l'épreuve l'acceptation du control du public.";s:7:"content";s:12061:"
A l'époque primitive, la fluidité de genre était commune
Une des caractéristiques définissant nos sociétés modernes et technologiquement avancées est l'omniprésence de la surveillance, qui existe avec étonnement peu d'opposition, et nous est vendue comme un système de sécurité. Les artistes sont-iels bien placé·e·s pour tirer la sonnette d'alarme et faire comprendre aux citoyen·ne·s que le concept de vie privée est devenu un mythe ?
Shu Lea Cheang à Berlin. Photo par Filip Noubel, utilisée avec permission.
Afin de répondre à cette question, Global Voices a parlé à Shu Lea Cheang, activiste queer anti-surveillance qui utilise l'art pour contester les sociétés mondiales. Cheang mélange installations artistiques, films, et science-fiction. Ses œuvres ont été exposées au musée du Guggenheim lorsqu'il s'est lancé dans l'art digital, et à la Biennale de Venise, entre autres. Née à Taiwan, elle a passé une grande partie de sa vie à New York et appelle maintenant Paris sa maison. L'interview a eu lieu en présentiel à Berlin, durant la conférence sur la transition de la Disruption Network Lab.
Cheang a d'abord expliqué qu'elle en est venue à embrasser dans son travail le terme de panoptique, utilisé dès le XVIIIe siècle pour décrire une nouvelle forme de prison, où les prisonniers pouvaient être observés par un seul garde invisible à leurs yeux.
J'ai travaillé sur le panoptique après le Projet Brandon de 1998, nommé ainsi d'après un homme transgenre, violé et tué en 1983 aux États Unis. Je souhaitais utiliser le panoptique comme point de départ pour expliquer comment de soi-disant « déviants sexuels » étaient emprisonnés ou hospitalisés au cours de l'histoire. En 2019 j'ai présenté à la Biennale de Vienne mon œuvre 3x3x6, une installation multimédia réalisée à l'échelle d'un téléphone portable, qui évoque le genre et la dissidence sexuelle. Je l'ai exposée au Palazzo delle Prigioni, un bâtiment qui a servi de prison du XVIIIe siècle aux années 1920, où des personnalités comme le célèbre ou infâme coureur de jupons Casanova ont été emprisonnées.
Aujourd'hui le panoptique n'est plus confiné aux quatre murs d'une prison. Il s'est étendu à notre société entière en tant que panoptique numérique, enregistrant toutes nos données, mouvements, et nous enfermant sur la base d'un algorithme qui trie la population selon des caractéristiques raciales et sexuelles.
Ci-dessous le trailer de l'exposition 3x3x6 à la Biennale de Vienne :
Si un enfant n'avait pas filmé sur son téléphone ce qui est arrivé à George Floyd, il n'y aurait tout simplement pas d'affaire judiciaire. Si les citoyen·ne·s deviennent réactifs et documentent ce qu'iels voient, cela peut avoir une réelle portée légale. Quand je suis arrivée à New York dans les années 1980, les caméras vidéos bon marché entraient sur le marché. J'ai rejoint un collectif appelé Paper Tiger TV, et j'ai filmé la rue. Non pas pour faire des documentaires, mais surtout parce que je sentais que c'était ma responsabilité en tant qu'artiste. Mais la véritable question est comment, parmi cet amas géant de données, peut-on trouver une perle qui peut être utile à la justice quand la plupart du contenu lié à la surveillance relève de la délinquance.
Un des plus grands paradoxes est peut-être que les gens offrent ces données volontairement note Cheang :
Le mot d'ordre ici est « volontairement » : on se soumet volontairement à ce système. C'est comme ça que nous menons nos vies dans cette société contrôlée, et il n'y a aucun moyen de s'en extraire. Autant être nu.
Cheang est persuadée que le rôle de l'artiste est de faire comprendre cet état de choses, puisqu'un artiste seul ne peut pas mener de révolution.
Dans mes travaux les plus récents, j'explore la biotechnologie ; j'ai visité de célèbres biolaboratoires et vu comment on traite nos corps, comme on peut le voir à travers la technologie cellulaire. Il faut alors se demander : entre la science et la fiction, laquelle est la plus réelle ? Uniquement la science-fiction ! Une grande partie de la biotechnologie a été développée officieusement : les États-Unis ont utilisé l'arme bactériologique au Vietnam dans les années 1950. C'est seulement grâce à une audience congressionnelle dans les années 1970 que nous l'avons découvert. Aujourd'hui, les scientifiques nient que le clonage des bébés est une possibilité, mais on sait que c'est la prochaine étape après le clonage animal. On est si peu informés sur ce qui est développé en laboratoire. Mon intérêt, dans les films que je produis, est d'explorer ces possibilités dans la rencontre entre science et fiction. Nous pensons que la science-fiction parle du futur, mais elle se déroule aujourd'hui, ou s'est déroulée dans notre passé.
Voici un des films de Cheang, appelé Fluidø :
Culture indigène : une autre façon de voir la fluidité de genre
Taiwanaise ayant passé la majeure partie de sa vie hors de son pays, Cheang renoue avec ses racines, menant de plus en plus de projets à Taiwan. L'un d'entre eux qui explore l'intersection entre la culture aborigène taiwanaise et la catégorisation des genres sera d'abord joué devant la tribu évoquée, pour ensuite être présentée en Autriche, à l'automne 2022. Cheang détaille comment elle en est venue à collaborer avec un membre de cette tribu :
J'ai au l'idée de travailler sur le thème de la forêt et je cherchais un chaman à Taiwan. J'ai rencontré cet artiste-chaman du nom de Dongdong, qui m'a raconté l'histoire d'un chasseur perdu dans la forêt sous une pluie diluvienne et trouve refuge dans une cave. Lorsqu'il s'endort, il reçoit la visite en rêve d'êtres mi-femmes mi-hommes, appelés Hagas. J'ai alors décidé de créer une performance de 48h sur le rêve de Dongdong et les Hagas.
Ce que j'ai appris avec Dongdong, qui partage l'idée du principe de Gaïa que tous les éléments, organiques et non-organiques sont connectés, c'est que depuis l'époque primitive jusqu'à aujourd'hui, le genre dans les tribus taiwanaises n'a jamais été perçu comme un problème, car la fluidité de genre y est commune. C'était le cas, jusqu'à ce que les missionnaires chrétiens imposent leur pensée aux aborigènes. C'est pourquoi il m'était important d'avoir la permission des anciens de la tribu de Dongdong et de jouer ma fantaisie techno, comme je l'appelle, d'abord face à eux.
Visionnez une discussion entre Shu Lea Cheang et d'autres panélistes au Berlin Disruption Network Lab ici :
";s:7:"dateiso";s:15:"20220721_190825";}s:15:"20220721_183221";a:7:{s:5:"title";s:139:"À l'instar de l'Albanie et de la Macédoine du Nord, l'Ukraine franchira-t-elle les portes de l'Union européenne « à pas de tortue » ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/21/273487/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273487";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 21 Jul 2022 16:32:21 +0000";s:11:"description";s:181:"L'Ukraine, en guerre avec la Russie, devient officiellement candidate à l'adhésion européenne. Mais devra-t-elle attendre aussi longtemps que l'Albanie et la Macédoine du Nord ?";s:7:"content";s:14809:"
L'Albanie, le Monténégro et la Macédoine du Nord favorables à l'adhésion de l'Ukraine.
A gauche, le Premier ministre albanais Edi Rama, au centre, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky et à droite, le Premier ministre monténégrin Dritan Abazovic, lors d'une conférence de presse à Kiev, le 15 juin 2022. Capture d'écran extraite d'une vidéo diffusée par l'administration du Premier ministre albanais et mise à la disposition du public.
Cet article a initialement été publié par Faktoje.al, une organisation albanaise de vérification des faits et membre de Western Balkans Anti-Disinformation Hub. Cette version éditée est republiée par Global Voices, avec autorisation.
Alors que l’agression russe se poursuit en Ukraine, le pays obtient le statut de candidat à l'adhésion européenne moins de quatre mois après avoir déposé une demande. L'Ukraine peut-elle alors espérer une accélération du processus d'intégration à l'UE, ou bien devra-t-elle longuement patienter comme c'est le cas pour la Macédoine du Nord, l'Albanie et les pays des Balkans occidentaux ?
Le 15 juin dernier, lorsque Edi Rama, le Premier ministre albanais, et son homologue monténégrin, Dritan Abazovic, se rendent en Ukraine pour soutenir la candidature du pays, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky déclare sur Facebook : « L'Albanie, le Monténégro et la Macédoine du Nord sont favorables à l'octroi du statut de pays candidat à l'UE. Nos pays ne sont pas concurrents sur cette voie européenne, au contraire ils ne font que compléter et renforcer leurs capacités respectives. »
Dimitar Kovacevski, le Premier ministre de la Macédoine du Nord, qui a participé à la réunion par vidéoconférence, a également manifesté son soutien à la candidature de l'Ukraine à l'UE.
Lors d'une réunion avec le Premier ministre ukrainien Denys Shmyhal, le Premier ministre albanais a de nouveau affirmé : « Nous sommes aujourd'hui ici réunis pour soutenir ouvertement le souhait de l'Ukraine de devenir pays candidat à l'adhésion européenne. »
Le chemin vers l'adhésion à l'UE sera long et sans garantie de succès
Le 28 février 2022, l'Ukraine signe une demande officielle d'adhésion à l'Union européenne, soit quatre jours après l'invasion du pays par la Russie. Afin qu'un pays puisse intégrer l'UE, il doit répondre à certains critères et chaque état membre doit donner son accord, ce qui est chose faite le 23 juin 2022 lorsque l'Ukraine obtient le statut de candidat à l'UE.
Selon la BBC, le processus d'octroi de statut a été accéléré de manière fulgurante, et marque la première étape officielle vers l'adhésion à l'UE. Mais le processus peut prendre des années sans aucune garantie de succès. Et les pays des Balkans, qui attendent depuis longtemps de faire partie de l'UE, le savent mieux que quiconque.
L'UE pose pour une photo de famille avec les pays des Balkans occidentaux lors d'un sommet à Bruxelles le 23 juin 2022. Photo publiée par l'UE et mise à la disposition du public.
En effet, l'Albanie, la Macédoine du Nord, et le Monténégro, qui ont manifesté leur soutien à la candidature de l'Ukraine, sont eux-mêmes des pays candidats à l'UE. Alors que le Monténégro, conjointement à la Serbie, a bien avancé dans le processus et a maintenant entamé la phase des négociations d'adhésion, la porte de l'UE reste pour l'instant fermée pour l'Albanie et la Macédoine du Nord en raison du véto de la Bulgarie ; l'État membre européen a bloqué leur aspiration à intégrer l'UE sur fond de vieilles querelles à propos de la langue, l'histoire et les droits de la minorité bulgare en Macédoine du Nord. L'Albanie, dont le dossier de candidature est lié à celui de la Macédoine du Nord, est victime des barrières que Sofia dresse contre Skopje.
Favorables à l'octroi par l'Ukraine, mais aussi par la Moldavie, du statut de pays candidat à l'UE, les Premiers ministres de l'Albanie et de la Macédoine du Nord, lors d'un sommet européen qui s'est tenu à Bruxelles le 23 juin 2022, n'ont pas caché leur déception quant au manque de progrès concernant leurs dossiers de candidature. Edi Rama a précisé que l'Ukraine et la Moldavie ne devraient pas trop se faire d'illusions étant donné que l'Albanie et d'autres pays des Balkans ont obtenu le statut de candidat depuis longtemps déjà, soit en 2005 pour la Macédoine du Nord et en 2014 pour l'Albanie.
Selon Edi Rama : « Le blocage par la Bulgarie est une honte ; un pays de l'OTAN qui prend en otage deux autres pays de l'OTAN alors qu'une guerre fait rage en Europe et sous les yeux de 26 pays, tous totalement impuissants. »
Dimitar Kovachevski, Premier ministre de la Macédoine, n'a pas non plus caché sa frustration :
« La République de la Macédoine du Nord est pays candidat depuis 17 ans….Mais aujourd'hui nous en sommes toujours au même point et les négociations d'adhésion n'ont toujours pas commencé. Je vais être franc, cette situation est très préoccupante et met gravement en péril la crédibilité de l'Union européenne. »
Au deuxième jour du sommet européen, la Bulgarie s'est prononcée en faveur de la levée de son véto sous certaines conditions, mais le processus d'adhésion reste enlisé. Maintenant Skopje doit envisager la possibilité de faire un nouveau compromis, comme ce fût le cas lorsque la Macédoine changea de nom. La France propose que Skopje inclut dans sa constitution les Bulgares « sur un pied d'égalité avec d'autres groupes ethniques » et révise les manuels d'histoire. La Bulgarie soutient que la langue macédonienne est un dialecte du bulgare, et les deux pays s'accaparent chacun certains évènements et figures historiques, datant principalement de la période ottomane.
Mais la proposition de la France fût accueillie à Skopje avec des manifestations d'opposants. Le parti de l'opposition VMRO-DPMNE (Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure – Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne) et ses partisans ne sont pas d'accord avec le compromis qui accorde beaucoup trop de concessions à la Bulgarie par rapport aux différends historiques, linguistiques, culturels et d'identité qui divisent les deux pays.
L'Ukraine peut-elle intégrer l'Union européenne avant l'Albanie et la Macédoine du Nord ?
Malgré que le chemin vers l'adhésion jusqu'à maintenant ait été parsemé d'embûches et que l'élite politique soit fatiguée d'attendre, le public albanais soutient toujours autant la perspective d'une intégration du pays à l'UE. Un sondage réalisé avant le début de la pandémie montre que 97 % des Albanais étaient alors favorables à une adhésion à l'UE. Mais le fait que les négociations n'aient à ce jour pas encore été entamées modifierait-il le soutien des Albanais envers l'Union européenne, en plus d'une certaine lassitude face à un si long délai ?
Lors d'une déclaration faite à Faktoje.al, Gledis Gjipali, du Mouvement européen en Albanie, a précisé qu'une certaine lassitude se faisait davantage ressentir au niveau de l'administration publique, laquelle est supposée accélérer le programme de réformes et être pleinement impliquée dans le processus d'intégration.
« Après un délai de plusieurs années, et malgré que l'Albanie ait fait tout ce qui lui avait été demandé et ait progressé dans la mise en oeuvre de nouvelles réformes, l'ouverture des négociations se fait toujours attendre ; la situation est décourageante et reflète un manque de confiance dans le processus d'intégration. Par contre, et selon les derniers sondages, le soutien du peuple albanais envers l'adhésion à l'UE est resté le même au cours des quinze dernières années et est toujours aussi large.»
À l'inverse, le pourcentage de Macédoniens favorables à l'intégration de leur pays à l'UE n'a cessé de diminuer lors de ces dix dernières années et se situe actuellement à 68 %.
Tanja Mileska, journaliste macédonienne et correspondante à Bruxelles spécialisée dans les questions liées à l'intégration à l'Union européenne, doute que l'Ukraine, comparée à l'Albanie et la Macédoine du Nord, puisse accéder plus rapidement à l'UE. Selon elle :
« Le statut de candidat de ces pays est avant tout un geste symbolique ; pour preuve, la Commission européenne n'a pas encore prévu de leur attribuer les fonds de pré-adhésion (« Instrument d'aide de pré-adhésion » ou IAP ). Les institutions européennes se sont empressées de leur donner le statut de candidat pour faire passer un message politique, mais en coulisses rien n'est prêt pour leur intégration à l'UE ; et c'est le cas plus particulièrement pour l'Ukraine, un vaste pays à forte densité de population dont l'adhésion entraînerait un renforcement considérable de pouvoir en Europe de l'Est. Et je ne suis pas sûre que l'Europe de l'Ouest soit prête à accepter aussi facilement cette probabilité. »
Selon Gledis Gjipali, l'obtention du statut de pays candidat de l'Ukraine, seulement 100 jours après sa demande, est un geste politique significatif et susceptible d'avoir un impact positif sur les pays des Balkans occidentaux.
Gjipali ajoute que : «Toutefois, l'accès à L'UE sera très long et parsemé d'embûches. Dans un esprit de solidarité envers l'Ukraine déchirée par la guerre, nous devons être prêts à reconnaître que les réformes internes et l'européanisation entamées par le pays soient suffisantes pour qu'il puisse franchir une nouvelle étape dans le processus d'intégration. »
Image reproduite avec l’aimable autorisation de Giovana Fleck.
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Le nouveau Président accumule déjà contre-vérités et déformations historiques.
Le Président philippin Ferdinand Marcos Jr délivrant son discours inaugural le 30 juin. Photo issue de la page Facebook des Communications présidentielles (Gouvernement des Philippines)
Plusieurs médias ont relevé des déclarations mensongères et inexactes dans le discours inaugural du Président philippin Ferdinand Marcos Junior, prononcé devant le Musée national à Manille à l'occasion de sa cérémonie d'investiture.
Ferdinand Marcos Jr a prêté serment en tant que nouveau Président le 30 juin, en dépit des allégations de fraude ayant entaché les élections nationales et locales du 9 mai.
Des doutes pesaient également quant à l'éligibilité de Marcos Jr, qui avait fait l'objet d'une condamnation pour évasion fiscale.
Ferdinand Marcos Junior est le fils et homonyme du défunt dictateur Ferdinand Marcos, qui fut à la tête du pays durant deux décennies avant d'être chassé du pouvoir par une révolte populaire non-violente en 1986. Le clan Marcos est accusé d'avoir pillé les caisses de l’État à hauteur de plusieurs milliards de dollars durant son règne. Aujourd'hui, ils continuent de nier les exactions commises lors des années de Loi martiale aux Philippines.
Selon les groupes de défense des droits humains, la famille Marcos aurait utilisé ces biens mal acquis pour regagner de l'influence politique au cours de ces trente dernières années tout en promouvant une relecture trompeuse de la dictature. Ces mensonges, propagés via YouTube, Facebook, TikTok et d'autres plateformes de réseaux sociaux, ont permis aux Marcos de présenter une version purgée de leur règne brutal et de faire oublier leur responsabilité notoire dans le sabotage de l'économie et la démocratie philippine.
Le discours inaugural de Ferdinand Marcos Jr, parsemé de déclarations mensongères et trompeuses, démontre à quel point la désinformation a servi sa candidature.
Marcos Jr a tout d'abord prétendu avoir remporté le mandat électoral le plus important de l'histoire de la démocratie philippine. Vera Files, un organisme indépendant de vérification des faits, a clarifié que « si Marcos Junior avait effectivement obtenu le plus grand nombre de votes de l'histoire électorale des Philippines, il n'était que troisième en termes de part des suffrages ».
Le fils du dictateur a également présenté l’installation d'un parc éolien dans sa province d'origine comme l'une de ses réalisations :
Blades have been turning over the sand dunes of Ilocos Norte, harnessing a power all around but unseen, long before this day. I built them.
Les pales des éoliennes tournent depuis bien longtemps par-dessus les dunes de sable d'Ilocos Norte, canalisant une énergie omniprésente, bien qu'invisible. C'est moi qui les ai construites.
Cette déclaration a été signalée comme fausse, lesdites éoliennes ayant été construites par des entreprises privées.
“I built them,” President Bongbong said of the Ilocos Norte windmills
Rating: FALSE
None of the windmills in Ilocos Norte were developed or even funded by Marcos Jr.#FactsFirstPH
Even before the presidential elections, the Marcos family have appropriated projects and infrastructure enterprises in the attempt to rebrand their name and image in their decades-long disinformation propaganda campaign.
Bien avant les élections présidentielles, la famille Marcos s'était déjà approprié le succès de divers projets et infrastructures afin de blanchir leur nom et leur image, dans le cadre d'une campagne de propagande et de désinformation qui dure depuis plusieurs décennies.
Dans une autre déclaration trompeuse, Marcos Jr a prétendu que « personne n'avait encore inventé une technologie sans énergies fossiles suffisante pour alimenter une économie entière » et que « les pays riches ne s'y essayaient pas sérieusement ». Le site d'informations Rappler a par la suite précisé que cela n'était que partiellement vrai, des économies de premier plan telles que la Suède, la Norvège, le Danemark, la Suisse et l'Autriche ayant « fait preuve de progrès notables dans la lutte contre les émissions liées à la production énergétique. »
Comme l'on pouvait s'y attendre, Ferdinand Marcos Jr a également défendu l'héritage de son père en affirmant que les Philippines n'avaient atteint l'autosuffisance alimentaire que durant sa présidence.
« Le rôle de l'agriculture nécessite que l'on lui porte une attention urgente, après avoir été négligée et détournée. L'autosuffisance alimentaire était une promesse clef de chaque administration. Toutes, sauf une, ont échoué » a déclaré Marcos Jr.
No administration has achieved total food self-sufficiency, which is defined as a country’s ability to produce consumption needs, like staple food crops, rather than buying and importing. Marcos’ 20-year rule brought famine, higher poverty rates, and inflation reaching 50%, all of which are additional measures of a country’s capacity for food self-sufficiency.
Aucune administration n'a réussi à atteindre l'autosuffisance alimentaire totale, qui est définie par la capacité d'un pays à produire de quoi satisfaire ses propres besoins de consommation, tels que les aliments de base, sans avoir à les acheter et les importer. Or, les vingt ans de règne des Marcos ont engendré de la famine, une augmentation du taux de pauvreté et une inflation ayant atteint 50% — autant d'indicateurs de la capacité d'un pays à atteindre l'autosuffisance alimentaire ou non.
Les mensonges ne se sont pas limités au discours inaugural du Président. Une vidéo virale postée par un partisan de Marcos Jr a prétendu à tort que le prince Charles, héritier de la Couronne britannique, avait félicité le discours du nouveau chef de l’État philippin.
L'organisation de défense de la liberté de la presse Center for Media Freedom and Responsibility (CMFR) a averti que la désinformation risquait de se normaliser durant les six années de mandat de Ferdinand Marcos Jr :
The inaugural speech raises concerns over how facts shall be regarded in the next six years. The eloquence in delivery and political speech craft are tools used by politicians to distract from the falsehood of their words. This early, the media should develop the habit of checking the lies that may be issued from the presidential podium.
Ce discours inaugural nous inquiète quant à la façon dont seront traités les faits durant les six prochaines années. L'éloquence et l'art du discours politique sont instrumentalisés par les politiciens pour nous distraire des mensonges qu'ils profèrent. En ce début de mandat, il est essentiel que les médias prennent l'habitude de vérifier la véracité des informations nous provenant de la Présidence.
Le jour du discours inaugural de Marcos Jr, des groupes de défense des droits humains ont organisé une manifestation réclamant l'accès à la justice et la fin de l'impunité [pour les violations commises sous les présidences de Ferdinand Marcos et Rodrigo Duterte, ndlt]. Photo postée sur la page Facebook de la fédération politique BAYAN.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220715_212947";}s:15:"20220715_205754";a:7:{s:5:"title";s:65:"Vagues d'oppositions à l'exploitation minière en eaux profondes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/15/273514/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273514";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 15 Jul 2022 18:57:54 +0000";s:11:"description";s:202:"« Si nous l'autorisons, l'exploitation minière détruira de façon irréversible les habitats ancestraux des profondeurs et aura un impact sur ceux qui dépendent de l'océan pour leur subsistance. »";s:7:"content";s:12960:"
Les nations du Pacifique mènent la campagne de protection des océans
Des écologistes et des activistes opposés à l'exploitation minière en eaux profondes ont participé à la #BlueMarch de Lisbonne. Photo Twitter de The Deep Sea Conservation Coalition
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Des dirigeants du monde entier, des scientifiques, des défenseurs de l'environnement et des organisations de la société civile ont exprimé leur opposition à l'exploitation minière des grands fonds marins lors de la Conférence des Nations unies sur les Océans qui s'est tenue du 27 juin au 1er juillet à Lisbonne.
L'exploitation minière en eaux profondes consiste à creuser le sol des océans afin d'y prélever des minéraux rares tels que le manganèse, le cobalt, le cuivre et le nickel, qu'on utilise fréquemment pour les batteries, notamment celles des véhicules électriques. L'Autorité internationale des Fonds marins (AIFM), un organisme de l'ONU, prépare actuellement des réglementations dont pourrait se servir l'industrie minière en 2023. À ce jour, l'État insulaire de Nauru, dans le Pacifique, manifeste son intérêt à autoriser l'exploitation minière sur son territoire.
Mais les habitants du Pacifique sont aussi parmi ceux qui se sont toujours vivement opposés à ces extractions en eaux profondes en faisant référence à l'héritage colonial destructeur des tests nucléaires menés dans la région.
À la Conférence des Nations unies sur les Océans, les dirigeants des Palaos et des Fidji ont mené le lancement [fr] de l'Alliance des pays pour un moratoire sur l’exploitation minière des océans. Le Président paluan Surangel Whipps, Jr. a déclaré lors de l'événement :
We all have to make sacrifices and come together as nations to achieve the greater good for our planet and our people. We know that deep-sea mining compromises the integrity of our ocean habitat that supports marine biodiversity and contributes to mitigating the impacts of climate change.
Nous devons tous faire des sacrifices et nous unir en tant que nations pour le plus grand bien de notre planète et de nos peuples. Nous savons que l'exploitation minière en eaux profondes met en péril l'intégrité des milieux océaniques qui abritent une biodiversité marine et contribuent à atténuer les impacts du changement climatique.
Le Premier ministre fidjien Frank Bainimarama a ajouté :
If allowed to go ahead, mining will irreversibly destroy ancient deep sea habits and impact those who rely on the ocean for their livelihood.
Si nous l'autorisons, l'exploitation minière détruira de façon irréversible les habitats ancestraux des profondeurs et aura un impact sur ceux qui dépendent de l'océan pour leur subsistance.
Fiji has joined the Alliance for a #DeepSeaMining Moratorium because we refuse to destroy what we do not understand.
We won’t be able to replace the potential discoveries that seabed mining could grind into dust –– we have to put knowledge first and #DefendTheDeep.
Nous ne pourrons pas remplacer les potentielles découvertes que l'exploitation minière des fonds marins réduirait en poussière –– nous devons privilégier la connaissance et #défendre les profondeurs.
Lors d'un événement indépendant de la conférence, le Président français Emmanuel Macron s'est également déclaré opposé [fr] à l'exploitation minière en haute mer, bien que la France ait un contrat d'exploration avec l'AIFM. L'émissaire américain pour le climat a réclamé plus de recherches [fr] sur l'impact de l'exploitation minière des fonds marins. Dans une lettre remise début juin à la Réunion des États parties à la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer, le Chili a appelé à un moratoire de 15 ans sur l'adoption d'une réglementation qui autoriserait l'exploitation minière en eaux profondes.
Arlo Hemphill, le responsable de la campagne Océans de Greepeace, a constaté l'opposition croissante à l'exploitation minière des fonds marins :
The wall of silence is finally being shattered as countries begin to speak out against the destructive deep-sea mining industry, which would put the health of the ocean on which we all depend and the lives and livelihoods of billions of people living in coastal communities at risk.
Le mur du silence se brise enfin à mesure que les pays commencent à s'exprimer contre cette industrie destructrice de l'exploitation minière des profondeurs qui mettrait en danger la santé de l'océan dont nous dépendons tous ainsi que la vie et les moyens de subsistance de milliards de personnes qui vivent dans des communautés côtières.
En attendant, 146 parlementaires ont signé la Déclaration parlementaire mondiale pour un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds marins. Cette déclaration offre une solution alternative [fr] pour les États qui envisageaient l'exploitation minière en eaux profondes afin d'extraire des minéraux nécessaires à la transition vers une prétendue « économie verte » :
Rather than launching a vast new extractive industry, States should be investing in new technologies and systems that reduce the demand for raw minerals through reuse, recycling and innovative design. The green transition must not come at the expense of biodiversity and our planet’s biggest natural carbon sink.
Plutôt que de développer une nouvelle industrie extractive vaste, les États devraient investir dans de nouvelles technologies et de nouveaux systèmes qui réduiraient la demande de minéraux bruts par la réutilisation, le recyclage et une conception innovante. La transition verte ne doit pas se faire au détriment de la biodiversité et de la plus grande source de carbone naturel de notre planète.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220715_205754";}s:15:"20220715_200710";a:7:{s:5:"title";s:142:"La police indienne utilise de vieux tweets pour mettre aux arrêts un journaliste musulman connu pour avoir démystifié les fausses nouvelles";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/15/273479/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273479";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 15 Jul 2022 18:07:10 +0000";s:11:"description";s:184:"L'arrestation du journaliste indien et cofondateur du site Web de vérification des faits AltNews, Mohammed Zubair, à la suite d'un de ses tweets de 2018 a été largement condamnée.";s:7:"content";s:19266:"
Zubair tweete souvent des vidéos mettant en lumière la montée de l'extrémisme hindou en Inde
Logo de quelques plateformes/portails indiens d'information en ligne. Capture d'écran d'une vidéo YouTube de Global Boundary. Utilisation équitable.
Le 27 juin, le journaliste indien et co-fondateur du site de vérification des faits AltNews, Mohammed Zubair, a été arrêté par la police indienne pour un tweet qu'il avait publié en 2018. Il a été accusé d'avoir insulté les croyances religieuses hindoues sur Twitter par le compte aujourd’hui disparu @balajikijaiin. Selon la police, le tweet comportait une image d'un hôtel avec son enseigne « Honeymoon Hotel » repeinte en « Hanuman Hotel ». Hanuman [fr] est la divinité hindoue vénérée pour le courage, la dévotion, la force et la sagesse, et elle est aussi le divin compagnon du dieu Rama [fr].
M. Zubair est resté en garde à vue pendant quatre jours pendant que les autorités cherchaient à accéder à ses appareils électroniques, notamment son ordinateur et son téléphone portable, dans le cadre de l'enquête en cours. Il a été arrêté en vertu des articles 153A et 295A du Code pénal indien, qui traitent respectivement de la promotion de l'inimitié et de la réalisation d'actes délibérés et malveillants destinés à blesser les sensibilités religieuses. Le 2 juillet, il s'est vu officiellement refuser la libération sous caution et a été envoyé en garde à vue pendant 14 jours .
Plus tôt en juin, Zubair avait critiqué Nupur Sharma, le porte-parole national du parti au pouvoir Bharatiya Janata (BJP), dont le Premier ministre Narendra Modi est le chef. Sharma avait fait des commentaires désobligeants sur le prophète de l'Islam Mahomet, entraînant une querelle diplomatique entre l'Inde et 15 nations à majorité musulmane. Les commentaires de Sharma ont été qualifiés d'« islamophobes », ce qui a entraîné sa suspension du parti.
La journaliste Rana Ayyub a souligné qu'il y avait eu une campagne en ligne soutenue pour faire arrêter Zubair :
Chronicling the online campaign to jail Mohammed Zubair
Alt News cofounder’s arrest for a 2018 tweet referencing a film trope is the culmination of a sustained campaign against him. Excellent report by @newslaundryhttps://t.co/ywwZzbIbYY
Chronique de la campagne en ligne pour emprisonner Mohammed Zubair
L'arrestation du cofondateur d'Alt News pour un tweet de 2018 faisant référence à un trope cinématographique est l'aboutissement d'une campagne soutenue contre lui. Excellent article de @newslaundryhttps://t.co/ywwZzbIbYY
Zubair tweete souvent des vidéos mettant en lumière la montée de l'extrémisme hindou en Inde et la restriction des droits des 200 millions de musulmans du pays.
Les efforts de Zubair pour mettre en lumière les cas croissants de commentaires islamophobes par des groupes de droite en Inde ont été cruciaux pour susciter la censure internationale.
De l'arrestation d'activistes à la censure et à l'emprisonnement d'humoristes pour leurs commentaires politiques, le gouvernement indien de droitea été accusé d'utiliser les lois de l'époque coloniale pour réprimer les critiques de la société civile.
L'Inde s'est classée 150e [fr] dans l'Indice mondial de la liberté de la presse 2022, publié par Reporters sans frontières (RSF) ; ce qui suscite des inquiétudes quant à la sécurité des journalistes et au rôle des médias en tant que quatrième pilier de la quatrième plus grande démocratie du monde.
Condamnation généralisée
Pendant ce temps, des militants, des politiciens et des journalistes ont condamné l'arrestation de Zubair, exigeant sa libération immédiate.
DIGIPUB News India Foundation, une coalition d'organisations de médias numériques, a publié la déclaration suivante :
Digipub condemns in the strongest possible terms the arrest of Mohammed Zubair, co-founder of Alt News. pic.twitter.com/POYEaGIdAI
— DIGIPUB News India Foundation (@DigipubIndia) June 27, 2022
Digipub condamne avec la plus grande fermeté l'arrestation de Mohammed Zubair, co-fondateur d'Alt News. pic.twitter.com/POYEaGIdAI
— DIGIPUB News India Foundation (@DigipubIndia) 27 juin 2022
Steven Butler, coordonnateur du programme Asie du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a ajouté :
L'arrestation du journaliste Mohammad Zubair marque un nouveau coup bas pour la liberté de la presse en Inde, où le gouvernement a créé un environnement hostile et peu sûr pour les membres de la presse qui traitent de questions sectaires. Les autorités doivent libérer Zubair immédiatement et sans condition, et lui permettre de poursuivre son travail journalistique sans autre interférence.
Rahul Gandhi, leader du Congrès national indien (INC), à l'opposition a tweeté :
Every person exposing BJP's hate, bigotry and lies is a threat to them.
Arresting one voice of truth will only give rise to a thousand more.
Cependant, Zubair n'est pas le premier militant à être arrêté ces derniers temps. Le 25 juin, deux jours avant son arrestation, des policiers du Gujarat ont enlevé la militante Teesta Setalvad de sa résidence dans la capitale financière de l'Inde, Mumbai. Mme Setalvad est connue pour son activisme autour des émeutes du Gujarat de 2002 qui ont causé la mort plus de 1 000 personnes, pour la plupart des musulmans dans des affrontements communautaires.
L'organisation de défense des droits humains Forum Asia a condamné son arrestation :
.@forum_asia condemns the arrest of human rights defender @TeestaSetalvad by the ATS Gujarat. This is not the first time that an elaborate attempt has been made to hound her. We stand by Teesta and call for her immediate release. #FreeTeestaSetalvadhttps://t.co/93kQjWENSx
Le @forum_asia condamne l'arrestation du défenseur des droits de l'homme @TeestaSetalvad par l'ATS du Gujarat. Ce n'est pas la première fois qu'une tentative élaborée est faite pour la traquer. Nous soutenons Teesta et demandons sa libération immédiate. #FreeTeestaSetalvadhttps://t.co/93kQjWENSx
Selon des informations qui circulent, le Gouvernement indien a également cherché à bloquer les tweets du groupe de défense américain Freedom House, de la journaliste Rana Ayyub, de responsables du Gouvernement pakistanais et de groupes politiques del'opposition comme le parti Aam Aadmi et l'INC. Ce document a été partagé par Lumen Database.
La commentatrice politique Sagarika Ghose a écrit dans un article d'opinion sur NDTV.com :
Utiliser le pouvoir de la police pour condamner des militants et des dissidents ne garantit pas « la loi et l'ordre », ça le détruit en réalité. Les politiciens doivent réaliser la valeur des militants des droits humains comme Teesta Setalvad. Ces militants font appel à la justice et à la compassion du système par des moyens démocratiques légaux. En tant que tels, ils apportent à la démocratie indienne une légitimité et une crédibilité importantes, tant sur le plan intérieur qu'aux yeux du monde.
Pourtant, le jour de l'arrestation de Zubair, le Premier ministre Narendra Modi a assisté au sommet du G7 et s'est engagé à défendre les principes de liberté d'expression, de débat public ouvert et de liberté d’information.
Un éditorial de The Hindu a qualifié les évènements de « théâtre de l'absurde » :
Il est regrettable que le Gouvernement veuille être considéré comme protecteur de la liberté d'expression et des valeurs démocratiques à l'étranger, mais ne se soucie pas de l'opprobre que la traque ou la répression des militants et des journalistes provoque. Au lieu de perpétuer cette parodie de justice, le Gouvernement devrait entendre raison, abandonner cette affaire malveillante et libérer le journaliste.
Le journaliste Umang Poddar a résumé ainsi la réalité de la situation :
Les avocats de Zubair […] ont fait valoir que les appareils numériques d'un journaliste contiennent de nombreuses informations sensibles et ne devraient pas être confisqués. Cependant, en Inde, les journalistes ne jouissent pas d'une liberté d'expression ou d'une vie privée plus élevée que les autres citoyens. Ils ne sont pas non plus protégés contre la divulgation de leurs sources.
Bien que l’article 15(2) de la loi de 1978 sur le Conseil de la presse de l'Inde stipule qu'aucun journaliste ne peut être contraint de divulguer ses sources, cette protection ne s'applique qu'aux procédures devant le conseil.
Le 2 juillet 2022, une enquête du portail d'information The Wire a révélé l'existence d’un réseau de 757 comptes Twitter qui ont été utilisés pour monter des attaques contre AltNews. L'identifiant de messagerie de récupération pour le compte Twitter anonyme (@balajikijaiin) à l'origine de l'enquête initiale est « contact@vikashahir.in ». Il est lié à Vikash Ahir, Président de l'État de l'Hindu Yuva Vahini (HYV) et co-convocateur du Bharatiya Janata Yuva Morcha (BJYM) basé au Gujrat.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220715_200710";}s:15:"20220708_004527";a:7:{s:5:"title";s:81:"Mettre un terme aux violences subies par les femmes en temps de guerre et de paix";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/08/273381/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273381";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 07 Jul 2022 22:45:27 +0000";s:11:"description";s:231:"Lors de conflits armés, les femmes sont prises pour cibles avec l'intention de nuire aux sociétés auxquelles elles appartiennent, ou de façon opportuniste, indépendamment d'une quelconque stratégie, sans crainte de sanctions.";s:7:"content";s:11465:"
La violence sexuelle est la plus ancienne arme de guerre.
Avertissement : cet article fait mention de viol, de violences sexuelles, de violence envers les femmes, de génocide, et d'autres sujets similaires qui pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs.
« Stop Raping Us ! » (Arrêtez de nous violer !) Voilà ce qu'on a pu entendre crier une femme au dernier Festival de Cannes, le corps peint aux couleurs du drapeau ukrainien, en courant sur le tapis rouge tandis que la foule de photographes se bousculait pour obtenir la photo parfaite. Son but était d'attirer l'attention du public sur les violences sexuelles commises par les soldats russes endémiques au conflit en Ukraine, mais elle aurait pu tout aussi bien parler de n'importe quelle zone de conflit, n'importe où dans le monde, de tout temps : aujourd'hui dans le sud du Soudan, au Tigré, et au Yémen, dans l'Irak occupé par l'Etat islamique pendant le génocide des Yézidis de la dernière décennie, dans les actuelles campagnes de viols en République démocratique du Congo, ou durant la première et la seconde guerre mondiales, pour ne citer que quelques exemples.
Comprendre les violences sexuelles qui résultent d'un conflit
La violence sexuelle est de loin la plus ancienne arme de guerre. Une pratique qui a perduré au fil du temps, comme le témoignent les archives de la colonisation dans le monde où le viol est utilisé pour piller, extorquer, s'accaparer des territoires, mais où est également décrite l'utilisation systématique de la violence sexuelle comme outil dans les génocides et nettoyages ethniques. C'est une violence omniprésente, et qui existe en temps de guerre et de paix. C'est une forme d'agression et de domination exercée, en temps de guerre comme en temps de paix, par le patriarcat sur le corps des femmes. Elle ne connaît aucune frontière, et touche toutes les femmes. Ce genre de violences se produit dans un environnement rendu propice par des attitudes sociales et culturelles qui normalisent les discriminations basées sur le genre. Certaines femmes sont particulièrement vulnérables en raison de leur classe sociale, de leur religion, d'un handicap, de leur indigénéité, ethnicité ou couleur de peau, de leur classe d'âge ou leur statut d'immigrante. Les femmes issues de communautés historiquement opprimées sont disproportionnellement susceptibles d'être victimes de violences.
La violence sexuelle, dans le cadre d'un conflit, est l'arme d'une stratégie soigneusement déployée pour briser psychologiquement une société en prenant pour cible les femmes de cette dernière. Tout acteur déployant la violence sexuelle comme une stratégie de guerre est conscient de la relation connexe entre l'égalité des sexes, la non-violence et l'instauration d'une paix durable, et veut précisément rompre cet équilibre. Comme dit ce proverbe Cheyenne, « Une nation n'est pas conquise tant que le cœur de ses femmes n'est pas vaincu. Alors seulement, c'est la fin, quelle que soit la bravoure de ses guerriers ou la force de leurs armes. »
Lors de conflits armés, les femmes sont prises pour cibles délibérément avec l'intention spécifique de nuire aux sociétés auxquelles elles appartiennent, ou de façon opportuniste, indépendamment d'une quelconque stratégie, car l'effondrement des secteurs de la sécurité et de la justice offre les conditions idéales pour agir sans crainte de sanctions. Les dégâts causés par la guerre ont pour conséquence le manque, voire l'absence de moyens disponibles aux femmes pour demander réparation. Et pourtant, très peu semble avoir été fait pour lutter contre cette violence.
En 2015, l'ONU proclame le 19 juin « Journée internationale pour l'élimination de la violence sexuelle en temps de conflit ». Le but est de sensibiliser le public aux violences sexuelles liées à ce contexte, honorer les victimes et les survivant·e·s de violences sexuelles dans le monde entier, et rendre hommage à toutes les personnes qui ont courageusement dédié leur vie à se battre pour l'éradication de ces crimes, ainsi qu'à celles et ceux qui ont perdu la vie à cause de violences sexuelles. Malgré ces efforts, les violences sexuelles liées aux conflits se poursuivent sans relâche.
L'absence d'un traité spécifique et contraignant, consacré à mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles au niveau mondial est un problème monumental. Aujourd'hui, les expériences vécues par les femmes pendant les conflits armés continuent d'être gommées, mises de côté dans les processus de paix et enterrées par des tentatives précipitées de rétablir cette dernière à travers des amnisties qui sacrifient la justice.
Une stratégie pour mettre un terme aux violences sexuelles liées aux conflits
Les mentalités et les attitudes qui laissent cours aux violences sexuelles en temps de conflits sont enracinées dans celles qui prévalent en temps de paix. Une femme est considérée à la lumière du tiercé patriarcal qui régente sa vie, comme Mona Eltahawy le définit : l'État, les rues, et son foyer. Femmes et filles grandissent en entendant l'hypothèse (et parfois en l'intériorisant) que leurs corps sont vecteurs d'honneur et de honte, et que la protection de ces derniers est essentielle à leur acceptation sociale. Si les concepts liants le corps des femmes aux notions d'honneur social et de honte n'existaient pas en temps de paix, les violences sexuelles et sexistes ne pourraient pas fonctionner comme stratégies en temps de guerre.
L'un des moyens d'y remédier consiste à établir mondialement un traité contraignant dont le but est de mettre fin à la violence à l'égard des femmes. Un tel traité nécessiterait la mise en place de mécanismes juridiques au niveau national, la fourniture de services aux survivants et la facilitation de l'éducation préventive. Un traité poserait les bases d'une norme minimale dans le cadre de la lutte pour la protection des femmes et des filles contre la violence. Cette norme assujettirait tous les pays de façon égale. Des réformes législatives au niveau étatique établiraient la norme mondiale à laquelle les systèmes juridiques individuels devraient se référer, et instaureraient des standards de prévention afin de rétablir l'équilibre à la source.
Un traité dont l'objectif est de mettre fin à la violence peut ouvrir la voie à un futur dans lequel un acte de violence perpétré contre toute femme, n'importe où dans le monde, sera reconnu comme inacceptable et passible de poursuite. Fondamentalement, un avenir féministe est un avenir dépourvu de toute forme d'échange militarisé. Alors que nous poursuivons ce rêve, nous devons être lucides quant à lutter contre la violence à l'égard des femmes non seulement en temps de guerre, mais également en temps de paix. Un traité mondial pourrait permettre de s'assurer de ne plus jamais entendre crier « Arrêtez de nous violer ! »
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Alors que les relations du Mali avec la France tournent au vinaigre, les récits pro-russes gagnent en importance dans la région
[Sauf indication contraire tous les liens renvoient à des sites en anglais]
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Le Mali traverse une guerre de l'information qui place les récits anticolonialistes au premier plan. La junte militaire du pays – qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, le président de plus en plus impopulaire – attribue tous les malheurs du Mali à son ancienne puissance coloniale, la France. Entre-temps, des mercenaires russes ont pris le pouvoir dans les récits et le territoire du pays.
L'histoire coloniale du Mali ne remonte qu'à quelques générations. En 1960, le Mali a obtenu son indépendance de la France qui avait pris le contrôle de la région à la fin du XIXe siècle lors de la « ruée vers l'Afrique » [fr] de l'Europe. Au cours des siècles précédents, le Mali faisait partie de trois grands empires ouest-africains riches qui contrôlaient le commerce transsaharien de l'or, du sel et d'autres produits de base. Aujourd'hui, le Mali est l'un des premiers producteurs d'or d'Afrique.
La France a débarqué sur le terrain en 2013 à la demande de Bamako, la capitale, alors que le Mali traversait une vague d'instabilité politique et de menaces terroristes. Le nord du Mali était aux prises avec différents groupes rebelles depuis des années. Peu après leur arrivée, les soldats français ont réussi à reprendre trois villes aux extrémistes islamistes et, en février 2013, le président français François Hollande s'est rendu au Mali, où il a été accueilli en héros.
Bien que la motivation de la France à protéger ses intérêtsminiers et nucléaires dans la région ne puisse être exclue, pour de nombreux observateurs [fr], l'armée française a effectivement aidé à reprendre des territoires aux groupes rebelles, même si la victoire totale n'a pas eu lieu. Aujourd'hui, de nombreux enfants maliens portent le nom de François en hommage à l'ancien Président français François Hollande, selon certaines sources.
Cependant, le gouvernement militaire intérimaire affirme que la France était de connivence avec des groupes rebelles, ce qui a conduit à leur expansion. Les politiciens, les journalistes et les militants aux opinions divergentes risquent des lésions corporelles. Le Mali a perdu 12 places [fr] au classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières entre 2021 et 2022. En raison du durcissement de la position de la junte, « les pressions pour un ‘traitement patriotique’ de l'information se multiplient », dit RSF. Plusieurs journalistes ont disparu et sont « malades de peur ». Il est difficile d'identifier les multiples forces derrière les tactiques d'intimidation.
La junte militaire a refusé de convoquer des élections au début de 2021 et a déclaré une transition de cinq ans, se heurtant ainsi à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui a mis en place un embargo économique contre le Mali. La France ne reconnaît pas la junte et certains Maliens ont protesté contre la présence militaire française, notamment à Bamako. En février 2022, les troupes françaises ont été invitées à quitter le pays au milieu de récits anticoloniaux forts. En mai, les autorités maliennes ont rompu les liens de défense avec la France. Dans les zones rurales du Nord où l'État est moins présent, comme à Ménaka, les populations craignent [fr] que le départ des Français ne laisse un vide de pouvoir aux djihadistes.
Pour les chercheurs maliens, l'accent mis par le gouvernement militaire sur la présence de la France et non sur la démocratie en ruine du pays «est une perversion du discours décolonial».
Sur Facebook, et devant des dizaines de milliers de followers, l'activiste Kemi Seba a apporté son soutien aux autorités maliennes dans leur décision d'expulser l'ambassadeur de France Joël Meyer, affirmant qu'il était « un impérialiste, un négrophobe et un partisan du terrorisme ». Il appelle les autres pays africains à suivre l'exemple du Mali. Pour nos chercheurs, cette vidéo est classée « -1 » au tableau de bord de l'impact citoyen de l'Observatoire, car elle est le reflet d'un large sentiment de la population, mais diffame également l'ambassadeur de France. M. Seba entretient des liens étroits avec les autorités maliennes et russes. M. Seba a rencontré publiquement le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, en mai dernier et s'est rendu [fr] à Moscou pour rencontrer les autorités russes peu après le déclenchement de la guerre contre l'Ukraine. Lire l'analyse complète en anglais ici [fr].
KEMI SEBA: « LE MALI DEMANDE L’EXPULSION DE L’AMBASSADEUR FRANÇAIS JOEL MEYER. QUE DIEU BENISSE LE MALI. »
Toujours sur Facebook, la page pro-junte «Farafina Authorite Krymo» a partagé la nouvelle non vérifiée que l'armée malienne a arrêté l'un des plus importants dirigeants djihadistes, Amadou Koufa. Son arrestation, ou sa mort, a déjà été signalée à tort dans le passé, comme c'est souvent le cas avec les chefs djihadistes. La publication sème de la désinformation pour promouvoir le régime militaire, dont la popularité dépend de la victoire contre les groupes terroristes et séparatistes. Lire l'analyse complète ici en français.
Sur Twitter, un individu autoproclamé ancien soldat malien a accusé l'armée française, avec images graphiques à l'appui, d'avoir tué des civils et de les avoir enterrés dans des fosses communes avant de quitter leur camp à Gossi. Plus d'une centaine de personnes ont commenté le tweet, beaucoup accusant le « Groupe Wagner » de mercenaires russes d'avoir organisé le massacre. Depuis, le compte a été supprimé. Ce point a été classé -3, le score le plus bas de l'Observatoire pour la diffusion d'une désinformation à fort enjeu auprès d'un large public. Analyse complète ici.
Le Groupe Wagner [fr] est, selon différentes définitions, un groupe privé russe non reconnu de mercenaires, d'agents de sécurité privés ou de paramilitaires liés aux autorités russes, ayant acquis une notoriété internationale en Ukraine en 2014. En Afrique, leurs opérations impliquent la Libye [fr], la République centrafricaine et le Mali, où ses soldats entraîneraient l'armée malienne et répandraient ainsi l'influence de la Russie dans la région. Le groupe Wagner aurait été impliqué dans de nombreuses atteintes aux droits humains, notamment le récent massacre de Moura, un village du centre du Mali. L'influence croissante de la Russie dans la région a contribué à détériorer davantage les relations de la France avec le Mali.
Au lendemain du tristement célèbre tweet accusant la France du massacre de Gossi, les militaires français ont répondu en partageant des images de surveillance de la base de Gossi. Un journaliste de France24 a partagé les images qui montreraient des mercenaires russes en train d'enterrer des corps. Le sous-entendu est que les hommes de Wagner avaient tué des gens – probablement des civils – et essayaient d'en faire porter la responsabilité à l'armée française. La plupart des commentateurs affirment que la France a diffusé de fausses images. Voir l'analyse complète ici.
Dans ce contexte de récits contradictoires, certaines voix dissidentes critiquent la junte militaire malienne. En particulier, les chefs religieux populaires ont une grande responsabilité pour peser sur l'opinion publique.
En mars 2022, l'imam Mahmoud Dicko a sévèrement critiqué la junte – sans la nommer – déclarant qu'il avait «décidé de sortir de son silence, car le pays est dirigé par des traîtres et des gens malhonnêtes». L'imam Dicko avait, par le passé, pesé contre des régimes démocratiques tombés par la suite.
La vidéo de l'imam Dicko a été partagée par Diawoye Diaby, un Malien qui publie des vidéos et des informations provenant d'autres médias. Il a recueilli plus d'un million de vues et plus de 4000 commentaires. Dans notre tableau de bord, ce point est classé +1 car il contribue à améliorer la liberté d'expression et les espaces de débat. Lire l'analyse complète ici.
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Le photographe Rafael Freire immortalise les habitants de Belo Horizonte
L'une des premières prises de vue de Rafael a eu lieu dans le parc situé à côté de la communauté où il vit avec ses sujets à Belo Horizonte, dans le sud-est du Brésil. | Photo: Rafael Freire/ Utilisée avec autorisation
Le photographe Rafael Freire, 28 ans, consacre son temps à dépeindre la vie et la beauté de ceux qui vivent autour de lui dans une communauté connue sous le nom d’Aglomerado da Serra, à Belo Horizonte, dans l'État du Minas Gerais, au sud-est du Brésil. Le racisme, la négritude, l'ancestralité et l'invisibilité sociale sont la toile de fond des images qu'il capture.
Freire est né et a vécu toute sa vie dans cette région qu'il n'a pas l'intention de quitter. Les histoires émanent de lui et des modèles que l'on peut voir dans les photos et les vidéos publiées sur les réseaux sociaux du photographe.
« Ce n'est ni de moi ni pour moi, c'est pour les autres », souligne-t-il.
Le droit de rêver
Après la séparation de ses parents, Freire a commencé à « surveiller les voitures », selon ses termes, un travail informel dans de nombreuses régions du Brésil et d'Amérique latine. Il s'occupait les voitures des habitants « de l'autre côté de la colline (Serra) de la favela », la zone où vit la classe moyenne.
L'Aglomerado da Serra est l'une des plus grandes favelas d'Amérique latine. Située dans la partie sud de la ville de Belo Horizonte (BH), elle concentre près de 50 000 personnes qui montent et descendent les collines, chaque jour – BH compte environ 2,5 millions d'habitants.
« Ma maison est en plein milieu. Si vous regardez d'en haut, vous pouvez voir que les rues forment un dessin qui ressemble à une fleur », dit Freire.
À presque 18 ans, Freire a trouvé un emploi dans une papeterie au sein de la communauté.
« Quel est ton rêve ? » lui a demandé l'un de ses collègues de travail.
« Je me souviens avoir répondu que je ne savais pas. Nous naissons, nous grandissons, nous nous reproduisons, nous mourons et nous travaillons. Je n'avais pas le droit de rêver. Je ne savais pas que c'était permis. J'ai dit que je n'aspirais à rien, que je ne voulais plus grandir. »
Son collègue insiste. Freire a finalement révélé qu'il aimait écrire et qu'il prenait parfois quelques clichés. Il se souvient avoir décrit le soulagement qu'il ressentait en prenant des photos avec son téléphone portable de l'époque.
« [Ma collègue] m'a dit que je pouvais m'investir dans ce domaine et devenir photographe », se souvient-il.
Cette collègue l'a ensuite aidé à acheter son premier appareil photo – un semi-professionnel payé en plusieurs fois.
« Elle économisait pour son mariage et a décidé de me prêter une partie de l'argent pour acheter l'appareil. Nous avons passé un accord à l'amiable et j'ai continué à rêver ».
Les premières prises de vues ont eu lieu au Parc municipal de Mangabeiras, également à Belo Horizonte. Chaque matin, Freire emportait son appareil photo et des collations. Il ne revenait que l'après-midi, passant des heures à se familiariser avec l'équipement et à étudier les différentes manières dont la lumière éclairait les arbres, les plantes et sa peau.
Cette expérience a donné naissance à son premier projet : une série d'autoportraits. Freire publie les photos sur un réseau social -Orkut- et obtient peu à peu une certaine reconnaissance dans la communauté et parmi ses camarades de classe.
« On a commencé à me solliciter pour réaliser les portraits d'autres membres de la favela. Cette opportunité m'a donné suffisamment confiance pour élaborer mon premier projet artistique collectif », explique-t-il.
C'est ainsi que « Natureza Nua » (Nature nue) a vu le jour : des portraits de corps nus dans la nature. Ce projet a trouvé un écho dans sa ville, notamment en raison de la diversité des corps représentés par Freire.
« Sans être hypersexualisé, sans qu'il s'agisse du corps en tant qu'objet », souligne le photographe.
Freire a fini par obtenir son baccalauréat. Après quelques temps, il a commencé à travailler dans une école publique locale pour enseigner la photographie aux enfants.
Il souligne que le fait qu'être à l'école lui a ouvert les yeux sur l'importance de la représentation et sur la manière dont celle-ci devait également faire partie de sa démarche artistique.
« J'ai réalisé que j'allais enseigner dans une école avec 90 % d'élèves noirs. Durant cette période j'ai laissé pousser mes cheveux. J'ai également commencé à suivre des cours complémentaires, notamment sur l'esthétique noire », explique-t-il.
Cependant, à la mi-2015, l'école a été suspendue peu après qu'il ait commencé à enseigner. Personne ne pouvait sortir et tout était fermé. « Deux factions se sont affrontées. Je ne savais pas quoi faire avec les enfants. »
Freire a alors décidé de photographier, ce qu'il voyait. De cette période est né le projet « Construindo a Paz : versos em imagens » (Construire la paix : versets en images) – où ses élèves, des enfants d'environ 10 ans, ont créé des poèmes pour accompagner les photos.
« Dans l'un des poèmes, une élève a fait la réflexion : il n'y a pas de fleurs dans la favela. Je ne l'avais jamais remarqué et elle avait tout à fait raison », raconte Freire, soulignant cette incohérence puisque le mot favela désigne également un type de fleur.
Cette réflexion a donné naissance à sa série la plus récente, « Favela Flor que se Aglomera » (Fleur de favela qui s'agglutine). « Ce projet n'a pas encore de maison, mais il en aura une un jour », a-t-il déclaré à propos de ses récentes photos qui n'ont pas encore trouvées de lieu d'exposition.
Actuellement, Freire vit des contributions mensuelles de ceux qui soutiennent son travail, via un financement participatif. À cela s'ajoute son salaire d'enseignant.
Le photographe rêve d'ouvrir une agence dans l'Aglomerado da Serra pour employer réellement les habitants comme modèles et pouvoir partager avec eux une partie des bénéfices de son travail. Les membres de la communauté sont déjà ses modèles photo, mais il n'est toujours pas en mesure de les rémunérer pour leur service. Freire raconte qu'il invite chaque personne au fur et à mesure qu'il trouve des idées pour ses images.
« Je ne veux pas être juste un autre photographe avec une jolie image, je veux faire une différence dans la vie des autres. Si ce n'est pas possible, être photographe n'a aucun intérêt pour moi » dit-il.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220702_021123";}s:15:"20220702_014711";a:7:{s:5:"title";s:69:"Un ridicule exorcisme télévisé s'empare des réseaux sociaux turcs";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/02/273359/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273359";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 01 Jul 2022 23:47:11 +0000";s:11:"description";s:212:"En Turquie, une femme nommée Pelin Hürman, qui se décrit comme une experte en métaphysique, a pratiqué un exorcisme lors d'une émission télévisée et est rapidement devenue la risée des réseaux sociaux.";s:7:"content";s:9108:"
L'expert en métaphysique autoproclamé a pris d'assaut les réseaux sociaux.
L'experte autoproclamée en métaphysique a fait sensation sur les réseaux sociaux.
En Turquie, une femme du nom de Pelin Hürman, qui se décrit comme une experte en métaphysique, a pratiqué un exorcisme dans une émission de télévision, devenant rapidement la risée de la nation sur les réseaux sociaux.
Le 19 juin, un nouvel épisode de l'émission télévisée « Her Açıdan » (Vu de tous les angles) a été diffusé sur Beyaz TV, qui présente habituellement du contenu et des entrevues progouvernement. Hürman a tout donné pendant l'épisode, s'exprimant avec grandiloquence et marmonnant des absurdités afin de purifier des démons le studio et tous ceux qui s'y trouvaient, dont le présentateur et probablement les spectateurs aussi. Hürman s'est vantée durant l'émission que ses cérémonies de purification peuvent lui prendre entre une minute et demie et quatre minutes.
Le numéro a généralement été ridiculisé et critiqué en ligne. Peut-être que c'était la réaction écrasante qui a forcé la chaîne de télévision, qui est la propriété du fils de l'ancien maire d'Ankara, Osman Gökçek, de supprimer l'épisode de YouTube où, au moment de la rédaction de cet article, il est indiqué que la vidéo n'est pas disponible et qu'elle est privée. Cependant, il était peut-être trop tard, puisque les bouffonneries d'Hürman avaient déjà été capturées par les médias locaux et avaient circulé en ligne alors que #PelinHürman était populaire.
L'actrice Aslı Inandık a répondu avec une vision satirique dans une vidéo qu'elle a partagée sur Twitter :
Inandık a choisi un des mots utilisés par Hürman dans sa cérémonie : « donat ». La prétendue experte en métaphysique se référait probablement au terme « préparer », mais Inandık, en renversant le sens du texte cérémonial, l'a saupoudré d'humour en faisant référence à la pâtisserie « donut ».
— Ankara’nın Jazz Hali (@AnkaraJazzHali) June 20, 2022
Lorsque tu dis « donat », mon amie, est-ce que tu parles du donut au chocolat ou de mettre la table ? #PelinHürman
— Ankara’nın Jazz Hali (@AnkaraJazzHali) 20 juin 2022
D'autres utilisateurs Twitter ont mis leur grain de sel :
20. saniyeden sonra yaşayacağınız bir dakikalık sekans, hayatınızın şu anına dek yaşadığınız her saçmalığın toplamını unutturacak cinsten…pic.twitter.com/gMc4YJcncK
La séquence d'une minute que vous allez visionner après la vingtième seconde va vous faire oublier la somme de toutes les absurdités que vous avez vécues dans votre vie. pic.twitter.com/gMc4YJcncK
D'autres utilisateurs des réseaux sociaux ont demandé au Conseil suprême de la radio et de la télévision (RTUK) de prendre des mesures contre la chaîne de télévision. En Turquie, il est illégal de pratiquer des rituels d'exorcisme. L'année dernière, une femme du nom d'Özge Nur Tekin est décédée suite à un rituel d'exorcisme. Selon le Hurriyet Daily News, six personnes, dont le mari de Tekin, Selçuk Tekin, et ses parents, ont été détenues.
Selçuk Tekin a dit que son épouse souffrait de problèmes de santé mentale et que les membres de sa famille lui avaient dit qu'elle était peut-être « possédée par un djinn ».
Ce n'est pas la première fois qu'Hürman a tenu des propos controversés à la télévision. Dans un autre épisode de la même émission, la supposée experte a prétendu que les femmes doivent se doucher avant minuit, en couvrant complètement leurs parties intimes afin d'éviter d'être possédées par des démons.
Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir un exorcisme en direct à la télévision.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220702_014711";}s:15:"20220702_013240";a:7:{s:5:"title";s:110:"Aux États-Unis la communauté sud-asiatique s'exprime sur l'avortement et sur les droits des personnes LGBTQ+";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/07/02/273165/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273165";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 01 Jul 2022 23:32:40 +0000";s:11:"description";s:202:"Alors qu'aux États-Unis l'avortement et les droits des personnes LGBTQ+ sont au coeur d'une bataille culturelle et politique, la communauté sud-asiatique résidant dans le pays s'exprime sur le sujet.";s:7:"content";s:22487:"
La décision concernant l'arrêt « Roe v. Wade » pourrait affecter les droits des personnes LGBTQ+
Alors qu'aux États-Unis l'avortement et les droits des personnes LGBTQ+ sont au cœur d'une bataille culturelle et politique, la communauté sud-asiatique résidant dans le pays s'exprime sur la situation. Gowri Vijayakumar, professeur adjoint de sociologie et d'études sur les femmes, le genre et la sexualité souligne que les communautés sud-asiatiques aux États-Unis ne nient pas toutes forcement les identités queer ; par contre, cela ne les empêche pas pour autant de commettre des actes de violence basée sur le genre, le sexe, l'orientation sexuelle ou la caste.
Deux avocates, Julie F. Kay et Kathryn Kolbert, décrivent dans leur livre « Controlling Women: What We Must Do Now to Save Reproductive Freedom » la manière dont les conservateurs anti-IVG ont œuvré sans relâche depuis plus de 50 ans pour non seulement essayer d'annuler l'arrêt « Roe v. Wade » (le jugement historique rendu par la Cour suprême en 1973 garantissant le droit à l'avortement aux États-Unis), mais aussi d'influencer l'opinion publique contre les droits des personnes LGBTQ+ et du mariage entre personnes de même sexe, en travaillant étroitement avec des mouvements catholiques d'extrême droite.
Julie F. Kay et Kathryn Kolbert écrivent que « les militants extrémistes pro-vie, les suprémacistes blancs, et les groupes anti-gouvernement du mouvement patriote sont tout aussi fermement opposés au mariage entre personnes de même sexe et aux droits des personnes LGBTQ+ que les opposants à l'avortement. » Et bien que le mariage homosexuel ait force de loi dans le pays (et ce depuis l'arrêt historique rendu par la Cour suprême en 2015 dans l'affaire Obergefell v. Hodges), les révélations en mai 2022 émanant directement de la Cour suprême américaine sur l'affaire Dobbs sont inquiétantes. Après tout, la logique utilisée dans l'affaire Obergefell est similaire à celle adoptée dans l'affaire Dobbs v. Jackson Women’s Health Organizationqui conteste directement la constitutionnalité de l'arrêt « Roe v. Wade »).
La révélation de l'avant-projet alarme les militants
Aux États-Unis, la révélation de l'avant-projet de loi décidé à la majorité et rédigé par Samuel Alito, juge à la Cour suprême, consterne les défenseurs des droits reproductifs ; le projet stipule de manière catégorique l'annulation de l'arrêt « Roe v. Wade ». Quelques mois plus tôt, au mois de mars 2022, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, avait fait la une des médias en signant une loi (que ses opposants ont rebaptisé la loi « Ne parlez pas des homosexuels ») qui interdit l'enseignement de sujets sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre à l'école primaire.
La formulation du projet de loi est ambiguë et ne définit pas clairement quels sujets sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre peuvent ou ne peuvent pas être abordés. La loi non seulement touche plus particulièrement les parents LGBTQ+ (étant donné qu'elle ne précise pas si employer les termes « deux mamans » ou « deux papas » est toujours permis à l'école) mais pose aussi le problème d'employer des discours rhétoriques démodés selon lesquels l'homosexualité serait « contre nature », « déviante », et, de ce fait, corromprait les jeunes.
Les conservateurs prétendent que le projet de loi « protégerait » les enfants contre les prédateurs sexuels et les « pervers», une allégation basée de nouveau sur un vieux cliché lié au concept « d'agenda homosexuel » ; cette expression doit son origine à l'américain R. Albert Mohler Jr., un chroniqueur et théologien évangélique populaire qui un jour qualifia de « propagande de l'immoralité » et de « poison pour la morale chrétienne » l'émergence de rôles homosexuels au cinéma dans les années 2000. Aujourd'hui les conservateurs tiennent le même raisonnement en ce qui concerne l'enseignement de sujets LGBTQ+.
Enfin, le projet de loi prévoit des règles qui obligeraient les enseignants à dévoiler aux parents l'orientation sexuelle de leurs enfants LGBTQ+, dans le cas où la « santé » de l'enfant serait compromise. Il stipule que « Les autorités scolaires ne peuvent pas instaurer de procédures ou de systèmes de soutien aux étudiants qui interdiraient à leurs employés d'informer les parents du bien-être ou de la santé mentale, affective, ou physique de leur enfant, » sans pour autant donner de définitions juridiques de « santé » et de «bien-être .»
De manière générale, le risque d'une mauvaise application du projet de loi est l'une des principales conséquences de son manque de clarté.
Réactions aux États-Unis de la communauté sud-asiatique
Sur les réseaux sociaux, la révélation du nouveau projet de loi et la situation concernant les droits des personnes LGBTQ+ provoquent de nombreuses et vives réactions parmi la communauté sud-asiatique.
Alok Vaid Menon , personnalité publique célèbre, activiste et auteur de « Beyond the Gender Binary (soit Au-delà de la binarité de genre en français) » a publié l'image ci-dessous sur Instagram, afin de rappeler à chacun que même si la menace de la révocation du droit à l'avortement porte préjudice aux femmes, elle concerne aussi les hommes trans, les personnes non binaires, et toute autre personne avec un utérus. Ses appels au rassemblement des femmes et des personnes LGBTQ+ pour protester ensemble contre l'éventuelle annulation de l'arrêt « Roe v. Wade » sont bouleversants.
Anisha Singh, défenseuse des droits civils et nommée récemment au poste de directrice générale de Sikh Coalition a également posté des tweets pour soutenir l'arrêt « Roe v. Wade ».
This is why we protested and cried when Trump won.
When Kavanaugh was confirmed.
When Amy Coney Barrett was confirmed.
C'est la raison pour laquelle nous avons manifesté et pleuré lors de l'élection de Trump.
Lors de la confirmation de Kavanaugh.
Lors de la confirmation de Amy Coney Barrett.
Nous savions ce qui allait se passer.
Les élections ont toujours des conséquences. https://t.co/TL5n2tDdup
Toutefois, les débats sont loin de faire l'unanimité parmi les Américains d'origine sud-asiatique.
Bobby Jindal, ancien gouverneur de la Louisiane, a posté un tweet critiquant le Président Joe Biden qui, dans le budget de la santé, prévoit notamment de consacrer 400 millions de dollars au développement de soins après avortement.
People should not expect the @JoeBiden administration to solve problems with the healthcare system anytime soon.https://t.co/axgM48exeY
L'article laisse aussi entendre qu'un IVG peut créer chez les femmes des troubles mentaux importants, et c'est pourquoi elles « méritent mieux » (une manière sarcastique de dire que l'avortement doit être interdit); le raisonnement de Bobby Jindal est tout à fait en conformité avec son opposition acharnée à l'avortement dont il a fait preuve durant son mandat de gouverneur de la Louisiane.
Pendant ce temps, l'entrepreneur Vivek Ramaswamy reproche à Disney son soutien à la communauté LGBTQ+ de la Floride, et prétend que les résultats du deuxième trimestre de l'entreprise américaine allaient souffrir (apparemment à juste titre) en raison de sa vive opposition au projet de loi.
We’ll find out when Disney reports its Q2 results whether its foray into the LGBTQ+ culture war adversely impacted its customer flows. My bet is they’ll try to be opaque about it.
Nous verrons lorsque Disney annoncera ses résultats du deuxième trimestre si son engagement auprès des personnes LGBTQ+ dans une guerre culturelle aura des effets néfastes sur son chiffre d'affaires. Je suis prêt à parier que Disney restera très vague à ce sujet.
Alors que la grande majorité des pays de l'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest ont au fil des années renforcé les droits reproductifs et les droits des personnes LGBTQ+, les États-Unis sont une exception à la règle et semblent au contraire régresser. Et étant donné que récemment les sénateurs démocrates ont échoué à adopter l'arrêt « Roe v Wade » face à l'opposition des sénateurs républicains , il semblerait que les conservateurs aient une longueur d'avance et le Président Joe Biden lui-même ne peut pas faire grand-chose pour remédier à la situation.
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« Les récits sur la musique pré-coloniale restent rudimentaires. »
Une réplique du masque pendentif de la reine mère Edo du Nigeria : Iyoba, créé au XVIe siècle. Le masque est choisi comme emblème du FESTAC 77, le deuxième Festival mondial des arts et de la culture noirs et africains qui se tient à Lagos, au Nigéria, en 1977. Cette photo a été donnée à Wikimedia Commons dans le cadre d'un projet du Metropolitan Museum of Art. (CC0 1.0)
Note de la rédaction: Initialement publié surYaba Left, cet article est republié ici avec permission.
Depuis toujours, la ville de Lagos s'impose comme la capitale culturelle du Nigéria. Compte tenu de son emplacement maritime, et de sa position de siège du pouvoir politique à l'époque coloniale et post-coloniale, ce n'était qu'une question de temps pour que la ville ne se développe et atteigne son véritable potentiel cosmopolite : un lieu où les gens, les idées et la culture entrent constamment en collision.
Les récits coloniaux des formes musicales précoloniales sont soit rares, soit désinvoltes. Le seul flot d'informations fluide advient lors du troc entre des marins occidentaux et nos ancêtres, permettant à des instruments comme des guitares ou des cors d'entrer dans nos propres musiques et cultures.
Notre connaissance des racines de cette culture musicale reste rudimentaire, car son changement constant est une tradition antérieure à l'apparition de la technologie. Des formes musicales précurseures comme le sakara, l'asiko, l'apala et l'agidigbo existent encore aujourd'hui, jouées par des musiciens âgés et vieillissants qui les transmettent souvent de génération en génération. Néanmoins, les musiques highlife et juju ont été largement étudiées et documentées, ayant atteint leur pic de popularité à un moment crucial de l'histoire post-coloniale, une période d'optimisme débridé, et parce qu'elle était également à la portée de la technologie.
L'apparition des boîtes de nuit à Lagos datant de l'époque coloniale
Le quartier Campos, dans le centre culturel et économique du Nigéria à Lagos, fut le domicile d'esclaves affranchis qui revenaient du Brésil en Afrique, souvent avec des noms portugais et adeptes d'une religion chrétienne. Aujourd'hui, le quartier est une zone animée, commerciale, et très fréquentée de la ville. Source image: Carsten ten Brink, 11 novembre 2018, (CC BY-NC-ND 2.0).
A la fin des années 1940, alors que la présence coloniale est importante à Lagos, celle-ci ressemble à n'importe quelle ville européenne à la vie nocturne prospère. Les interactions entre les natifs et les blancs résultent en l'adoption de la culture de ces derniers. Les boîtes de nuit de Lagos sont dynamiques et synonymes de profit pour les différents acteurs de son écosystème (musiciens, groupes de musique, promoteurs, restaurateurs et trafiquants de drogue) qui permettent son bon fonctionnement.
Bobby Benson (11 avril 1922 – 14 mai 1983) était un artiste et musicien nigérian. Source image : Aymatth2 via Wikimedia Commons
De nombreux témoignages évoquent Caban Bamboo, une boîte de nuit appartenant à Bobby Benson, un entrepreneur culturel dynamique et impresario de son temps. Son épouse Cassandra et lui dirigent une troupe de théâtre qui sert alors de divertissement nocturne. Il crée également le Jazz Orchestra Band, qui par la suite deviendra un tremplin et offrira sa tutelle aux plus grands musiciens highlife du Nigéria. A l'époque, le groupe joue de la musique de danse de salon classique pour sa clientèle d'élite : fox-trot, cha-cha et swing. Ils jouent également des morceaux locaux.
Il faut attendre les années 1950 pour qu'une nouvelle vague sonore arrive au Nigéria, en transitant par le Ghana. Il y a eu la tournée ouest-africaine souvent citée, entreprise par E.T Mensah, trompettiste ghanéen, et son Tempos Band, qui a montré aux musiciens nigérians les possibilités de jouer des rythmes d'inspiration africaine avec des instruments occidentaux. Il existe aussi des récits d'un voyage entrepris au Ghana par Bobby Benson et son groupe pour y faire des concerts. Les origines du nom « highlife » du Ghana, suggèrent que le genre musical s'y est établi en premier.
On peut retenir de cette époque qu'à mesure que le Nigéria progresse vers l'indépendance, la musique highlife gagne en popularité. Les boîtes de nuit et les hôtels accueillent généralement des groupes de façon résidents qui jouaient la plupart des nuits de la semaine et le samedi soir. Les derniers vendredis du mois étaient particulièrement importants.
Les musiciens faisant partie de groupes revêtent leurs costumes chic et assurent la musique des lieux populaires de la ville, notamment le Caban Bamboo de Bobby Benson, le Gondola Bar (qui existe toujours, malgré un changement de nom et de propriétaire) et l'Ambassador Hotel, ces deux derniers situés à Yaba et appartenant à un Libanais.
Plusieurs de ces lieux et salles de concert ont aujourd'hui disparu, se transformant en bâtiments résidentiels et autre auditorium d'église. Le temps où leurs salles caverneuses étaient synonymes de danse, musique et liaisons intimes est révolu. Les musiciens highlife étaient populaires auprès des femmes, ces dernières occupant un rôle précieux dans ce genre musical, en particulier de muses et d'inspiration pour les musiciens. Des chansons comme « Sawale » de Rex Lawson viennent à l'esprit, un morceau dansant humoristique qui usa du terme familier « waka waka baby » pour parler des professionnelles du sexe de l'époque. Plusieurs décennies plus tard, Flavour N'bania a repris ce terme dans son tube rythmé intitulé « Nwa Baby (Ashawo Remix) ».
L'âge d'or : les années 1960
L'âge d'or des années 1960 entremêle la nostalgie d'une ère d'indépendance et d'optimisme nationaliste, avec la très populaire musique dansante highlife. Eclipsant le calypso, les danses de salon, le swing et le cha-cha, elle devient la bande originale de l'époque.
Couverture d'album de Roy Chicago (1931-1989) “Highlife Series”
Partout au Nigéria, on joue de la musique dans les hôtels et les boîtes de nuit jusqu'à tard dans la nuit. Des chefs d'orchestre charismatiques avec des noms de groupes sophistiqués font rage. Roy Chicago (né John Akintola Ademuwagun) et les Rythm Dandies. Victor Olaiya et les Cool Cats. Fela Ransome-Kuti et les Koola Lobitos. Rex Lawson et His Mayor’s Band. Chris Ajilo et les Cubanos. Malheureusement, cet optimisme est de courte durée. La très récente république tombe dans le chaos, entraînant une guerre civile qui a fait des millions de déplacés et de morts.
L'album ‘Papingo Davalaya’ de Victor Olaiya’s (1930-2020), sorti en 1986 chez Premier Records.
Immédiatement après la Guerre du Biafra, la popularité de la musique highlife commence son déclin. Un nombre important de ses musiciens viennent de l'est du pays et la guerre les déplace par inadvertance du Nigéria au territoire Biafran, qui s'est autoproclamé indépendant du Nigéria de 1967 à 1970. On peut noter également la montée de la musique soul et funk américaine ainsi que des préoccupations croissantes concernant la sécurité qui entravent la vie et les sorties nocturnes.
Après la guerre civile, la highlife lutte pour rester pertinente. La musique juju, une variante du highlife « Palm-wine » gagne en popularité dans le sud-ouest du Nigéria. Composé d'une flopée de musiciens grattant la guitare, et accompagné d'harmonies entraînantes, le sous-genre devient rapidement populaire parmi l'élite fêtarde Yoruba.
King Sunny Ade (né Sunday Adeniyi Adegeye), chanteur Nigérian de jùjú, compositeur et multi-instrumentaliste. Image: master_xpo via Wikimedia Commons, 12 septembre 2005 (CC BY 2.0).
Indépendamment de la lenteur avec laquelle le juju comble le vide laissé par la musique apala (genre musical datant des années 1930, construit autour des percussions, et originaire du peuple Yoruba du sud-ouest du Nigéria), l'impact d'artistes virtuoses comme le musicien malvoyant Kokoro (né Omoba Benjamin Aderounmu), Tunde King, Avinde Bakare, Ojoge Daniels, JO Araba, et IK Dairo n'a pas été complètement ressenti jusqu'à la domination de deux musiciens : Chief Commander Ebenezer Obey et King Sunny Adé.
La renaissance du Panafricanisme dans les années 1970
Plusieurs fusions comme l'Afro-rock, l'Afro-soul et l'Afro-funk sont également en vogue chez un plus jeune public. Les années 1970 seront définies par un boom pétrolier au Nigéria, et le pays, qui vient de subir un revers majeur à la suite d'une guerre civile longue de presque trois ans, fait preuve de résilience dans ses efforts à épouser une disposition joyeuse, et à aller de l'avant.
En 1977, le Nigéria accueille le deuxième Festival mondial des Arts et de la Culture Noire et Africaine (FESTAC). Des artistes de renommée mondiale se concentrent alors à Lagos, Stevie Wonder et James Brown, entre autres.
“Sorrow Tears And Blood” par Fela Anikulapo-Kuti
Fela Anikulapo-Kuti, qui fait initialement partie du comité FESTAC, boycotte le programme. Mais sa boîte de nuit, Afrika Shrine, devient un lieu incontournable pour les musiciens du monde entier venus à Lagos aux frais du FESTAC.
Le genre de musique de prédilection de Fela Kuti, l'Afrobeat, devient incontournable dans les rues de Lagos, malgré ses paroles incendiaires qui le mettent en désaccord avec la classe politique. Son Afrika Shrine (« Sanctuaire Afrika »), à la fois boîte de nuit et nirvana spirituel du Panafricanisme, ajoute une dimension unique à la vie nocturne de Lagos. Il fournit un écosystème de restaurateurs, dealers et vendeurs en tout genre.
Les Lijadu Sisters (Taiwo et Kehinde Lijadu) au Nigeria’s National Stadium, à Lagos (1970). Image: Pade Aladi via The Lijadu Sisters Facebook group
Les années 1970 sont marquées par des expérimentations dynamiques avec des sons et des musiciens comme Fela Kuti, Segun Bucknor, ainsi que les Lijadu Sisters.
Le style des jumelles monozygotes Lijadu Sisters, est une fusion de jazz, reggae et du plus traditionnel style waka d'appel et de réponse incantatoire. Leur musique s'impose et elles deviennent rapidement des pionnières parmi les femmes musiciennes qui bouleversent les stéréotypes de l'époque. Les musiciens sont alors souvent considérés comme oisifs et ces préjugés sont particulièrement rudes quand ils sont portés sur les femmes.
Emergeant d'un récit colonial sombre, la musique nigériane s'est imposée au milieu du XXe siècle, brillant dans son autonomie, et s'enracinant fermement dans la renaissance du panafricanisme des années 1970. Cette évolution a été conçue, menée à terme et efficacement réalisée à Lagos, la capitale culturelle du Nigeria.
Retrouvez la playlist Spotify de Global Voices qui met en lumière d'autres chansons nigérianes de musique highlife ici. Pour plus d'informations sur la musique africaine, retrouvez notre couverture spéciale, Un voyage dans la musique africaine.
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La crédibilité des élections susceptible d'être affectée par l'utilisation du système chinois d'enregistrement biométrique des électeurs
Après des années de méfiance des citoyens à l'égard des organes de gestion des élections et d'un manque perçu de transparence, l'utilisation de la technologie biométrique, telle que les caractéristiques physiques et comportementales des personnes dans les processus politiques, s'est invitée en Afrique. Alors que le Zimbabwe se dirige vers des élections générales, constitutionnellement prévues en 2023, la campagne battra bientôt son plein.
Le pays a organisé des élections le 26 mars 2022, lesquelles ont vu le parti d'opposition Citizens Coalition for Change (CCC) remporter 22 des 28 sièges à l'Assemblée nationale. Bien que ces élections aient été un test décisif des principales élections prévues pour l'année prochaine, quel rôle l'intelligence artificielle (IA) devrait-elle jouer dans l'élaboration des résultats politiques ?
À l'approche du jour du scrutin, des anomalies liées à la liste électorale ont été relevées et rendues publiques par des organisations de la société civile, soulevant des inquiétudes quant à la crédibilité du stockage des données biométriques des électeurs. Il s'agit notamment d'allégations de manipulation de la liste électorale en déplaçant jusqu'à 177 000 électeurs vers de nouvelles circonscriptions et de changements non autorisés dans au moins 156 bureaux de vote.
Le fait que certaines de ces technologies ne reposent pas exclusivement sur des protocoles de transmission Internet pour transmettre et stocker des données oblige les gouvernements africains à adopter une approche large des contrôles qui traitent de toutes les atteintes à la sécurité de l'information.
Sécurité de l'information
Au cours des 32 dernières années, presque toutes les élections au Zimbabwe ont été accompagnées d'accusations d'intimidation des électeurs, de fraude électorale et de violence. À l'approche des élections du 26 mars, un fil narratif familier de manipulation des données électorales a été soulevé par le CCC et les organisations de la société civile. La Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) a affirmé que presque tout était conforme et que la liste électorale était constamment mise à jour. Ce manque de transparence non seulement corrode la confiance dans la technologie biométrique, mais il frustre également la crédibilité et l'audit de la fonctionnalité technique de cette technologie.
En 2018, le Zimbabwe a conclu un accord de coopération stratégique avec la start-up chinoise CloudWalk Technology, en vertu du quel le Gouvernement aurait accès à une base de données de reconnaissance faciale qu'il pourrait utiliser à toutes sortes de fins. Ces utilisations pourraient aller d'un maintien de l'ordre plus facile dans le cadre de l'initiative des villes intelligentes à la traque des dissidents politiques, entre autres. En retour, la Chine accède à cette base de données de citoyens zimbabwéens afin de former ses algorithmes et d'améliorer la capacité de ses systèmes de surveillance à reconnaître les peaux plus foncées. L'accord est mis en œuvre par étapes et atteindra bientôt le développement de l'infrastructure de caméras et de réseau au Zimbabwe. Les logiciels de reconnaissance faciale basés sur l'IA ont toujours eu des difficultés à reconnaître ces tons de peau et avec cette collecte de données personnelles des Zimbabwéens, la Chine gagnera un avantage concurrentiel mondial sur le marché de l'IA.
Comme le prouve l'histoire électorale du Zimbabwe, les atteintes à la sécurité de l'information demeurent une menace régulière. Par exemple, à l'approche des élections de 2018, la ZEC a refusé de donner au parti d'opposition alors dominant, MDC Alliance, l'accès à la liste électorale stockée sur ses serveurs, arguant qu'un tel accès pourrait compromettre la sécurité des données sensibles. S'adressant aux médias, la présidente de la ZEC, Priscilla Chigumba, a déclaré que les élections de 2018 n'avaient pas pu être truquées parce que le système de vote du Zimbabwe était infalsifiable, car toutes les données personnelles des citoyens qui avaient été collectées dans le cadre du processus d'enregistrement biométrique étaient hébergées sur un serveur de consolidation. Elle a ajouté que ces serveurs avaient des fichiers de protection très sophistiqués et des mots de passe de niveau d'accès impossibles à pirater. Malgré cette déclaration du chef de la ZEC, certains électeurs ont reçu des SMS de propagande ciblés du parti au pouvoir, la ZANU PF, ce qui a confirmé le fait que la commission avait communiqué les données des électeurs au parti au pouvoir. La ZEC a répondu aux allégations en admettant que sa base de données avait été piratée .
Dans une interview, Nate Allen, professeur adjoint d'études de sécurité au Centre d'études stratégiques de l'Afrique, basé à Washington, a déclaré que le problème n'était pas tant la technologie elle-même que les choix que font les régimes répressifs dans l'utilisation de la technologie et à quelles fins.
« Naturellement, les régimes autoritaires vont s'intéresser à la technologie biométrique pour de nombreuses, mais mauvaises raisons, pour surveiller de près les mouvements de l'opposition politique, pour harceler, détenir et potentiellement intimider les électeurs et les militants, en vue d'adopter des sanctions ou la punition sélective de ceux qui ne soutiennent pas suffisamment le régime », a déclaré le prof. Allen à Global Voices.
Il a noté que l'un des plus gros problèmes jusqu'à présent avec le déploiement de la biométrie à travers l'Afrique est qu'il est vraiment difficile de collecter des données biométriques sur chaque citoyen. « Les citoyens des groupes les plus marginalisés sont les plus susceptibles d'être exclus ; ce qui peut avoir toutes sortes de conséquences de second ordre, allant de les empêcher de voter au refus d'accès aux avantages », a-t-il déclaré.
Dans une étude, l'expert numérique et avocat des droits humains de l'Institut d'éthique de l'Université d'Utrecht, Arthur Gwagwa, affirme que , dans le passé, la dépendance à l'égard de la sécurité de l'information au Zimbabwe était basée sur la militarisation et la sécurisation manifestes d'Internet, par exemple, l'implication de l'entreprise israélienne Nikuv collaborant avec l'armée dans les processus électoraux.
Cependant, les allégations récurrentes de manipulation des listes électorales semblent suggérer une intégration plus secrète d'intentions politiques dans les technologies (biométriques). « La gestion d'une élection est principalement dirigée par des civils et sous les auspices d'un ancien juge respecté qui connaît l'importance de respecter l'état de droit. Dans ce cas, l'état de droit devient une épée à double tranchant puisque la constitution donne à la commission électorale le mandat de gérer les élections, y compris les aspects technologiques », souligne M. Gwagwa.
La ZEC, par exemple, a le plein mandat de superviser l'impression du bulletin de vote ; ce qui prive l'opposition de la possibilité de tester les capacités technologiques cryptées et les caractéristiques de sécurité du bulletin de vote.
L'énigme de la biométrie et de la vie privée
Lorsque les technologies sont adoptées en l'absence d'un cadre juridique solide et de garanties strictes, elles constituent des menaces importantes pour la vie privée et la sécurité personnelle, car leur application peut être élargie pour faciliter la discrimination, le tri social et la surveillance de masse. M. Gwagwa souligne qu'au Zimbabwe, certains partis politiquement liés ont menacé de représailles les personnes qui votent d'une certaine manière, car ils ont accès aux données biométriques et aux numéros de série des électeurs afin de surveiller les habitudes de vote. Ce type d'intimidation est plus répandu dans les zones rurales, où résident de larges pans de la population du pays.
Dans une interview accordée à Global Voices, M. Gwagwa a déclaré qu'au Zimbabwe, le phénomène de l'information falsifiée, de la désinformation et de la propagande haineuse peut être limité à WhatsApp et parfois à Facebook, où l'État peut freiner le haut débit pour ralentir les le flux de données qui projettent sur l'opposition une lumière positive. « Contrairement aux démocraties libérales où les interférences numériques menacent la démocratie, les droits humains, l'état de droit, cela peut être atténué par la souveraineté et les dispositions constitutionnelles. L'impact de l'investissement étranger direct en Afrique empêche la réalisation de ces idéaux en premier lieu, l'unité sociale sur laquelle ils sont fondés et tout arrangement constitutionnel squelettique qui existe pour atténuer son impact », a déclaré M. Gwagwa.
En outre, dit M. Gwagwa, « le Zimbabwe peut répéter partiellement ce qu'il a fait la dernière fois ou simplement emprunter à la boîte à outils du Cameroun ou du Malawi, ou procéder à sa propre recette pour faire face à la menace du moment », se référant à la façon dont il a mené les élections générales de 2018, à travers un processus appelé partage et mise en miroir autoritaire. Cela fait essentiellement référence à la manière dont les gouvernements autoritaires adoptent des méthodes répressives utilisées dans des régimes similaires afin d'obtenir les résultats politiques souhaités.
Les élections de mars 2022 étant terminées, les élections de 2023 dépendront de la manière dont la technologie de l'IA sera utilisée, pour le meilleur, pour le vilain ou pour le pire.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220628_175316";}s:15:"20220628_172144";a:7:{s:5:"title";s:60:"Je ne viens pas pour minauder, mais pour acheter des citrons";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/28/273299/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273299";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 28 Jun 2022 15:21:44 +0000";s:11:"description";s:222:"« J'espère qu'un jour on pourra acheter des citrons sans que la supérette du coin de ne devienne un espace où la société se permet de traiter les individus en fonction de ce qu'ils sont censés avoir sous sa jupe. »";s:7:"content";s:8304:"
Le quotidien n'est pas facile pour une mujer diversa [une femme de divers genres], et même faire les courses est une activité à risque. Je suis victime d'attitudes toxiques envers ma personne, allant du regard lubrique à l'agression physique. Et je me demande tous les jours pourquoi, qu'est-ce que j'ai bien pu faire de si mal pour être traitée de la sorte ?
Qu'il s'agisse du chauffeur de bus, du gardien d'immeuble ou du propriétaire de l'épicerie, ce sont les mêmes actes qui se répètent sans cesse.
Quand je sors pour aller acheter des citrons, par exemple, c'est quelque chose qui se produit quasiment à chaque fois. Je dis bonjour et on m'ignore. Dès le début, l'attitude des marchands envers moi est hostile. Si on prend la peine de me répondre, ce sera pour me balancer quelque chose comme « Qu'est-ce tu veux? » Moi, ce que je veux, c'est de ne pas être traitée avec agressivité. Et mes citrons, bien sûr.
À un moment, je pensais que je voulais être traitée comme toutes les autres femmes qui font leurs emplettes. Mais puis j'ai pensé aux sifflements et compliments déplacés que les propriétaires des échoppes font subir à leurs voisines, et au fait que ces dernières doivent leur répondre par un sourire ou une coquetterie si elles ne veulent pas voir l'énergumène se mettre en colère. Ce n'est pas ce que je veux non plus. Je le répète, je veux juste être traitée avec respect.
D'expérience, les gens prennent mon expression de genre comme une blague qui les offusque, alors je me prépare à ce que l'on s'adresse à moi au masculin. Ces micro-agressions sont inévitables; je préfère donc parfois faire comme si de rien n'était. Pour la même raison, j'évite de poser des questions ou de faire des commentaires qui leur donneraient la possibilité, par leur langage, de m'assimiler à un homme.
Du coup, au lieu de demander s'ils ont des citrons, parce que je sais très bien qu'ils répondront « Oui/non, monsieur », je préfère dire quelque chose comme « Où sont les citrons ? » De nouveau, l'important ici, ce sont les citrons. Il ne s'agit pas de donner l'occasion au propriétaire de l'épicerie d'exprimer son opinion désobligeante à propos de ma personne.
Et quand je m'apprête à payer, on peut voir à leurs grimaces qu'ils ont l'impression de me faire une faveur spéciale, comme s'ils me donnaient les citrons en cadeau ou qu'ils s'attendaient à ce que je parte sans payer. Ou alors les caissiers font semblant de ne pas me voir quand je suis dans la file et ils font signe aux personnes derrière moi d'avancer. Mais je ne suis pas une femme qui se laisse faire : j'étais là avant !
Il arrive aussi qu'ils me jettent mes courses à la figure. Quand cela arrive, en plus d’être humilié parce que je dois ramasser les citrons par terre, je me demande pourquoi ils me traitent de cette façon. Le terme « masculinités fragiles » me vient à l’esprit, et j’essaie d’appliquer ce que j’ai appris à ce sujet à la situation.
Je discute avec d'autres femmes qui sont en transition et nous trouvons des points communs. Les hommes à qui nous avons affaire considèrent le service qu'ils nous rendent comme une faveur, mais il y a quelque chose qui est enfui bien plus profondément. Ils ont l'impression que l'on porte atteinte à leur masculinité. Ils pensent que s’ils interagissent avec des femmes comme nous, ils deviendront homosexuels, ils deviendront gais.
Pour eux, le mot « homosexuel » est un terme ambigu qui reflète leur incompréhension de toutes les personnes, homme ou femme, qui s'habillent d'une manière qui ne leur plait pas. Pour eux, on n'est rien d'autre qu'un « pédé déguisé ». Et pourtant, ils n'ont pas l'air de nous trouver si « pédé » que ça quand ils sont persuadés que l'on coucherait aveuglément avec n'importe quel homme qui se présente à nous.
Le discours « je respecte les homosexuels, mais je ne veux rien avoir affaire avec eux » implique qu'ils interprètent comme la démonstration d'une attirance physique et sexuelle toutes les interactions qu'ils ont avec une personne qui ne correspond pas à leurs idées préconçues. Si l'on demande l'itinéraire au chauffeur de bus, il aura l'impression que l'on essaie de flirter avec lui, et il répond comme si vous l’aviez frappé.
Leur compréhension du monde est si limitée que, d’un, ils ne se rendent pas compte que le monde ne tourne pas autour d'eux. De deux, le commun des mortels ne considèrent pas toutes les personnes qu'elles·ils rencontrent comme des partenaires sexuel·le·s potentiel·le·s. Et de trois, tout le monde n'est pas nécessairement attiré par les hommes, et les personnes qui le sont ne sont pas automatiquement attirées par tous les hommes.
J'aimerais que vienne le jour où, en arrivant dans un endroit, l'agent de sécurité me traite avec respect, sans me dévisager d'un regard lubrique, de haut en bas, qu'il respecte le nom par lequel je m'identifie, et non pas qu'il m'appelle comme bon lui semble. Mais surtout, que je ne sois pas victime d'agression physique ou de tentative de viol.
J'aimerais que vienne le jour où mon patron ne m'appelle pas dans son bureau pour m'expliquer que ma tenue vestimentaire indispose les gens, mais pour qu'au contraire, il me soutienne et ne tolère pas les comportements irrespectueux qui portent atteinte à ma personne, qu'il me convoque pour discuter d'une promotion et non pas de mes organes génitaux.
J'espère qu'un jour viendra où acheter des citrons ne sera rien de plus que cela, sans que la supérette du coin de ne devienne un autre espace où la société se permet de traiter les individus en fonction de ce qu'ils sont censés avoir sous la jupe. Celles qui comme moi achètent des citrons ne sont pas des pénis ou des vagins sur pattes, nous sommes des êtres humains.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220628_172144";}s:15:"20220628_162912";a:7:{s:5:"title";s:73:"N'utilisez pas le terme « Tatmadaw » pour désigner l'armée du Myanmar";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/28/273330/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273330";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 28 Jun 2022 14:29:12 +0000";s:11:"description";s:189:"Je demande humblement aux lecteurs internationaux de faire un effort pour comprendre la situation actuelle. Pour cela, le premier pas serait d'utiliser le mot juste pour désigner l'armée.";s:7:"content";s:8463:"
Comment la communauté internationale devrait-elle désigner l'armée du Myanmar ?
Une parade militaire au Myanmar. Photo par Mil.ru via Wikimedia Commons. Attribution 4.0 International (CC BY 4.0)
Cet article, écrit par Desmond, a été initialement publié dans « The Irrawaddy » un site Internet indépendant du Myanmar. Cette version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Je ne suis pas un expert militaire, simplement un citoyen qui déteste l'armée de mon pays. Il n'est donc pas surprenant que j'aie du mal à trouver le bon mot pour désigner les forces militaires actuelles du Myanmar.
Mon travail, qui consiste à rédiger des rapports et des analyses périodiques ainsi qu'à préparer des dossiers pour les donateurs et les audiences internationales, m'oblige à apprendre des centaines de termes militaires. Mon superviseur, un anglophone natif, m'a beaucoup aidé, mais nous sommes encore en désaccord concernant le terme à utiliser pour désigner l'armée du Général en chef Min Aung Hlaing, qui a mené le coup d'État au Myanmar en 2021.
Selon moi, il existe deux termes particulièrement troublants utilisés pour décrire l'armée. Le premier est « Tatmadaw », qui signifie, en Birman: « Forces armées royales ». Ce terme était utilisé pour désigner l'armée birmane à l'ère précoloniale, lorsque la Birmanie était encore une monarchie. Le mot « royal » a une connotation glorieuse dans la culture birmane.
Lorsqu'ils couvrirent et discutèrent du coup d'État, plusieurs analystes, et soi-disant experts birmans ont utilisé l'expression: « l'armée du Myanmar, également connu sous le nom de Tatmadaw ». Mais l'utilisation peu scrupuleuse du terme « Tatmadaw » par de nombreux analystes étrangers est incorrecte et offensante. Ce mot est trop flatteur pour décrire l'armée de Min Aung Hlaing, qui n'est, en fait, qu'un groupe d'hommes armés qui tuent leurs concitoyens. Il n'y a rien de « royal » dans les actions de l'armée birmane actuelle.
Le deuxième terme troublant est : « L'armée du Myanmar ou de la Birmanie ». Pour ceux qui sont familiers avec le Myanmar, Myanmar ou Birmanie, tous deux réfèrent au Bama, l'ethnie majoritaire du pays. Cependant, durant la période post-1988, le régime militaire a délibérément propagé le mot « Myanmar » comme terme général pour désigner tous les groupes ethniques. C'était une tentative de manipulation. Les minorités ethniques, dont certaines possèdent leurs propres armées, ne l'ont jamais acceptée. Les armées ethniques, qui ont combattu le régime militaire durant des décennies, utilisent le terme « Armée birmane », c'est-à-dire: les forces armées qui combattent pour le peuple birman, ou Bama.
Cependant, je n'ai jamais eu l'impression que l'armée représentait le peuple birman ou son pays. L'armée n'a que son propre intérêt à cœur, et la seule voix qui s'élève pour prétendre que l'armée représente le pays est celle de la machine de propagande militaire. Et pourtant, elle contrôle le pays depuis six décennies, et il est indéniable que l'armée est majoritairement composée du peuple Bama, et qu'elle impose donc une idéologie bouddhiste birmane.
En tant que Birman, je me suis toujours senti honteux lorsque mes amis ethniques parlaient de « l'armée birmane », car j'avais l'impression qu'ils disaient que mon armée commettait toutes ces atrocités dans les régions ethniques. Mais j'étais impuissant à changer le nom qu'on lui donnait. Plusieurs de mes compatriotes birmans ont également naïvement accepté l'appellation. Mais depuis le coup d'État de l'année dernière, de nombreux Birmans ont eu l'occasion de voir le vrai visage diabolique de l'armée, et plusieurs d'entre eux se battent maintenant contre elle.
Maintenant, nous, les Birmans, n'utilisons plus le terme Tatmadaw. Nous désignons les forces armées par le terme « Sit-tat », ou militaire, sans aucune référence glorieuse. Certaines personnes utilisent également le terme « Sit-kwe », ou chien-soldat, en référence aux militaires étant des chiens qui n'obéissent qu'à leur maître. C'est un terme péjoratif, mais j'ai le sentiment que c'est le terme le plus juste. Un grand nombre de Birmans affirment que nous avons notre propre force militaire à présent: Les Forces de défense du peuple dirigées par le gouvernement d'unité nationale. Nous avons trouvé une alternative miliaire pour remplacer l'ancienne.
Mais dans les reportages destinés aux audiences internationales, qui n'ont pas conscience des antécédents de brutalité militaire de Min Aung Hlaing, le terme Tatmadaw est commun. Utiliser le terme choisi par le régime militaire aide leur propagande en accordant de la crédibilité à la junte en l'acceptant comme digne représentant du Myanmar. Il serait beaucoup plus adéquat que les reporters utilisent le terme Sit-tat.
Plutôt que le terme « force militaire du Myanmar », le mot juste serait « force miliaire meurtrière », ce qui représenterait mieux la vraie nature de l'armée de Min Aung Hlaing. Il serait également important que les journalistes ajoutent une explication décrivant comment l'armée a organisé un coup d'État et renversé le gouvernement élu, et comment elle commet des crimes de guerre à l'encontre de la population.
Je demande humblement aux lecteurs internationaux de faire un effort pour comprendre la situation actuelle. Et le premier pas pour ce faire serait d'utiliser les mots justes pour désigner l'armée.
Desmond étudie le développement international, en se concentrant sur les processus de paix et les questions de transitions.
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« Nos enfants méritent des plats sains et nutritifs, qui encouragent de bonnes habitudes alimentaires. »
Après deux ans de fermeture, les écoles de Jamaïque ont pu rouvrir en présentiel le 7 mars dernier. Vu les problèmes auxquels les familles ont été confrontées depuis le début de la pandémie de COVID-19, cette décision fut la bienvenue. Mais les difficultés d'apprentissage ne sont pas le seul défi à relever — la nutrition est également un enjeu majeur.
Jamaica Youth Advocacy Network (JYAN), une ONG qui défend les droits des enfants et des jeunes en Jamaïque, s'est attaquée à cette préoccupation de longue date, primordiale pour la santé future des Jamaïcains. La faim est une réalité et pour de nombreux enfants, le repas qu'ils reçoivent à l'école est souvent le seul de la journée.
Whether our children are purchasing food at school, or are provided with lunch via subsidies, they deserve healthy, nutritious meals that will encourage positive food habits.
Que nos enfants achètent de la nourriture à l'école ou qu'ils reçoivent leurs repas grâce à des subventions, ils méritent des plats sains et nutritifs qui encouragent de bonnes habitudes alimentaires.
Dans cette optique, JYAN a présenté une liste de recommandations parmi lesquelles : l'interdiction de franchises de restauration rapide dans les écoles, la création des jardins potagers scolaires, l'encouragement des enfants à adopter un mode de vie sain et à pratiquer une activité physique. Mais l'ONG est surtout préoccupée par le fait que le gouvernement jamaïcain prévoit de céder Nutrition Products Limited, l'entreprise publique qui prépare et distribue les repas scolaires :
The National School Feeding Programme, run by the Government of Jamaica through Nutrition Products Limited (NPL), is undoubtedly one of the fondest school meal traditions that many Jamaicans have. The programme is also partly responsible for the fact that child malnutrition did not increase during the 1970s, in an environment of general economic decline.
[The government's divestment of] the manufacturing and distribution aspects of NPL, signal[s] the end of a state run and funded school feeding programme. In an environment where 70% of Jamaicans do not have resources or access to safe and nutritious food, and recognizing the importance of the school feeding tradition in encouraging attendance and boosting performance, especially among the nation’s most disenfranchised, what will our future look like? What will be provided as food options for students? How will we guarantee that healthy products will be provided? Will students now have to pay for the food provided under this programme? How much will they be required to pay?
Le Programme national d'Alimentation scolaire géré par le gouvernement jamaïcain par l'intermédiaire de l'entreprise Nutrition Products Limited (NPL) est très apprécié par de nombreux Jamaïcains. C'est en partie grâce à ce programme que la malnutrition infantile n'a pas augmenté au cours des années 70 dans un contexte de déclin économique.
La volonté du gouvernement de céder les activités de préparation et de distribution de NPL marque la fin d'un programme d'alimentation scolaire géré par l'État. Alors que 70 % des Jamaïcains n'ont pas accès à une alimentation saine et nutritive, et si l'on considère le fait que l'alimentation scolaire permet d'améliorer la présence des élèves et leur apprentissage, en particulier parmi les plus démunis, à quoi ressemblera notre avenir ? Quelle offre alimentaire sera proposée aux élèves ? Comment pourrons-nous leur garantir des produits sains ? Les élèves devront-ils dorénavant payer pour les repas proposés dans le cadre de ce programme ? Si oui, combien ?
Cette décision souligne l'importance de la mise en place d'une politique efficace en matière de nutrition et de bien-être à l'école, afin de pouvoir définir des recommandations alimentaires et surveiller les produits livrés par les fournisseurs de repas scolaires. Le gouvernement a pour sa part évoqué un problème de rentabilité et d'efficacité opérationnelle. Le programme d'alimentation scolaire dont bénéficient pas moins de 136 000 élèves répartis dans 836 écoles coûte environ 780 millions JMD [près de 5 millions d'euros]. L'idée est de « travailler avec des fournisseurs privés pour faire face aux coûts d'investissement » et améliorer l'offre de repas.
Il serait également question d'une mauvaise gestion financière. Le rapport du vérificateur général pour l'exercice 2020-21 a révélé d'importantes irrégularités dans la gestion de Nutrition Products Ltd. entre 2015 et 2021, notamment des paiements abusifs à des personnes extérieures. La ministre de l'Éducation, Fayval Williams, a déclaré soutenir une investigation complète sur ces abus. Faisant référence au projet de privatisation, elle a affirmé que le système de repas scolaires devait être réformé.
Estimant cependant que l'actuelle absence de politique nutritionnelle « constitue une situation intenable », Rashaun Stewart, étudiant en médecine et membre de JYAN a répondu :
The main constituents of the Western Pattern Diet all increase the risk of chronic illness, especially NCDs [non-communicable diseases]. From a nutritional perspective […] public health and public institutions have to combine to correct this issue before our children fall ill to preventable diseases, and we lose our vision of having a stable and healthy population […] Now, more than ever, our children’s future depends on it.
Les principaux aliments du régime occidental favorisent les maladies chroniques, en particulier les MNT (maladies non transmissibles). Les institutions doivent prendre en compte la santé publique pour résoudre ce problème avant que nos enfants développent des maladies qui pourraient être évitées et que nous perdions l'espoir d'avoir une population stable et en bonne santé […]. Maintenant plus que jamais, l'avenir de nos enfants en dépend.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220628_151450";}s:15:"20220623_191240";a:7:{s:5:"title";s:86:"Invasion russe en Ukraine : la cyberguerre, un élément critique du champ de bataille";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/23/273251/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273251";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 23 Jun 2022 17:12:40 +0000";s:11:"description";s:200:"La guerre de l'information en Ukraine vient à peine de commencer, mais déjà les citoyens des deux camps sont saturés par la propagande de leur gouvernement et privés d'informations équilibrées.";s:7:"content";s:17426:"
Le 3 janvier 2022, Microsoft a détecté une activité inhabituelle en provenance de deux serveurs Microsoft Exchange : l’envoi d’une quantité considérable de données aux adresses IP. D’après les enquêtes, il s’est avéré que l’attaque était menée par les pirates russes, qui ont exploité une faille de Microsoft afin de dérober la totalité des contenus de plusieurs courriels à travers le monde, notamment l’Ukraine, les États-Unis et l’Australie. C’était l’alpha d’une série de cyberattaques contre l’Ukraine. La mise hors ligne des sites web gouvernementaux, la diffusion des messages de menace, l’envoi aux Ukrainiens des messages de retrait d’argent aux guichets automatiques, les attaques DDoS (Déni de service distribué) sur le secteur bancaire, des alertes à la bombe dans les écoles ainsi qu’un logiciel malveillant qui effacerait toutes les données du réseau.
La Russie a déjà été impliquée dans les cyberattaques notamment en Ukraine, en Estonie, en Géorgie et aux États-Unis. En 2014, quatre jours avant les législatives ukrainiennes, un logiciel malveillant a été installé sur le système électoral central ukrainien, qui par la suite a présenté un candidat pro-russe comme vainqueur. Ce logiciel a compromis et supprimé des dossiers capitaux ; il a endommagé le système de décompte des voix. Après la fermeture des bureaux de vote, la Commission électorale centrale ukrainienne a été confrontée aux attaques DDoS qui ont mis leur réseau hors service. En conséquence, pendant deux heures, elle n’était pas en mesure de publier les résultats. Pendant ces deux heures, les médias russes ont présenté le candidat qu’ils soutenaient comme vainqueur avec 37% des voix.
En 2015, des pirates russes ont lancé des attaques à distance contre l’Ukraine. Un logiciel malveillant dénommé BlackEnergy a attaqué des courriels personnels dans plusieurs entreprises énergétiques. Une fois cliquer sur ce logiciel malveillant, KillDisk était activé. Ce dernier est un logiciel malveillant qui formate les disques durs et empêche le redémarrage du système. Cette situation a entraîné des délestages en Ukraine. Les pirates ont simultanément lancé une attaque TDoS (Déni de Service téléphonique) afin d’empêcher les citoyens de contacter le centre d’assistance électrique. Cette double attaque a créé une sérieuse panne d'électricité qui a touché plus de 225 000 citoyens. Cet incident est la première attaque à distance sur des infrastructures publiques avec l’usage des armes cybernétiques.
Une stratégie testée : les attaques cybernétiques sur les voisins de la Russie
En 2007, alors que la Russie et l’Estonie se crêpaient le chignon suite à la décision de Tallinn de déplacer l’un des mémoriaux soviétiques de la Seconde Guerre mondiale de son lieu initial, les pirates russes, après avoir piraté et exploité un million d’ordinateurs à l’échelle planétaire lors d’une opération dénommée BotNet, ont mis hors service les systèmes bancaires et administratifs de l’État estonien. D’après les estimations, la Russie s’est attaquée à plus d’un million ordinateurs dans 70 pays. l’Estonie a sollicité l’aide de l’OTAN comme le stipule l’article V sur la défense collective. Ce dernier n’a pas été en mesure de tendre la main en ce moment, une situation qui a soulevé la question des cyberattaques comme nécessitant la défense collective de l’Organisation. Plus tard, l’Alliance a adopté le concept stratégique pour « prévenir, détecter les cyberattaques, comment s’en défendre et s’en remettre; notamment en utilisant le processus de planification de l’OTAN pour le renforcement et la coordination des capacités nationales de la cyber-défense, en plaçant tous les organes de l’OTAN sous une cyber-protection centralisée, et en intégrant mieux la sensibilisation, l’alerte et la riposte de l’OTAN et les pays membres aux cyberattaques ».
En août 2008, la Russie et la Géorgie se sont engagées dans un conflit armé au sujet de l’Ossétie du Sud, territoire à l’origine de la sécession de la Géorgie. Tout en menant des opérations militaires, la Russie a supervisé des attaques DDoS contre plusieurs sites Web géorgiens qui ont sérieusement affecté les services de communication et de finance. En réponse, le 9 août, la Banque nationale de Géorgie a sommé toutes les banques d’arrêter les services électroniques. Malheureusement, l’infrastructure physique géorgienne passait par la Russie et l’Azerbaïdjan (en plus d’un seul câble de fibres optiques vers la Turquie). Pendant l’escalade du conflit, les troupes russes ont verrouillé les câbles du trafic téléphonique international. Ils ont également saisi le trafic téléphonique international cellulaire et primaire. Ce verrouillage a occasionné une surcharge sur le reste des canaux utilisés par les civils et les organisations non gouvernementales.
Face à la dégradation des canaux de communication, le Gouvernement géorgien a décidé de censurer la communication et les informations, ainsi que de filtrer les adresses IP russes à partir de leur réseau afin de mettre fin aux attaques DDoS. Ces mesures ont permis de réduire temporairement les attaques, mais les pirates ont commencé à masquer leurs adresses IP et à cibler les services géorgiens sur des hôtes étrangers. Par exemple, les pirates russes ont attaqué des serveurs basés aux États unis avec des DDoS après que le Gouvernement géorgien ait migré son serveur vers un serveur Web en Atlanta.
La Russie est sortie victorieuse de cette guerre grâce au contrôle des flux, de l'Internet et du récit par la désactivation des services du gouvernement, des sites Web, des serveurs financiers et le refus d’accès à l’information aux citoyens géorgiens.
Morale à l'endroit de l'Ukraine
Cette situation est riche d’enseignements pour les défis actuels de l’Ukraine. En effet, une fois les cyberattaques russes ont débuté en février 2022, un collectif de pirates anonymes pro-Ukraine a annoncé qu’il avait ciblé les chaînes de télé russes pour la diffusion des messages pro-ukrainiens, tandis qu’une chaîne Telegram avait été créée avec de milliers de membres combattant en ligne pour l’Ukraine.
Contrairement à la Géorgie en 2008, l’Ukraine bénéficie du soutien électronique de l’OTAN et ses voisins. Après que la Russie ait envoyé ses troupes vers Kiev, l’OTAN a signé un accord avec l’Ukraine sur le renforcement de ses capacités cybernétiques et son accès à la plateforme de partage d’informations sur les logiciels malveillants de l’Alliance. La Maison blanche a également apporté son soutien cybernétique au Gouvernement ukrainien. Elon Musk a proposé ses services haut débit par le biais du satellite Starlink, pour le fonctionnement des serveurs du Gouvernement. En outre, l’Union européenne a mis sur pied une équipe de riposte rapide à la cybercriminalité (CRRT) dirigée par la Lituanie. Cette équipe comprend 12 experts en provenance de Lituanie, de Croatie, de Pologne, d'Estonie, de Roumanie et des Pays-Bas issus d'entités privées et gouvernementales. La Roumanie a également signé un partenariat pour fournir gracieusement un appui technique et des renseignements sur les menaces à l’endroit du gouvernement, des entreprises et citoyens ukrainiens.
Il est difficile d’évaluer le succès de l’Ukraine malgré ses tentatives de contre-attaque. Une possible indication date du 9 mai, lorsque les pirates ont interrompu le discours télévisé de Poutine lors de la célébration du Jour de la Victoire. Ce jour-là, les utilisateurs de la smart TV russe ainsi que les téléspectateurs en ligne ont vu les noms de leurs programmes télévisés modifiés en ces termes : « le sang de milliers d’Ukrainiens et de centaines d'enfants est sur vos mains. La télévision et les autorités mentent. Non à la guerre».
Chronologie de la cyberattaque russe contre l'Ukraine. Image utilisée avec la permission de Giovana Fleck.
Malgré leurs compétences, les pirates russes ont juste causé des dégâts modérés à l’endroit des infrastructures numériques ukrainiennes. Les deux parties ont commis des erreurs similaires à celles vécues en Géorgie. Poutine a récemment bloqué tous les sites Web de médias européens et les réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram et Twitter, afin de submerger ses citoyens du discours russe. Les services de sécurité russes ont également entamé des fouilles inopinées dans les téléphones des citoyens, à la quête des publications, photos, vidéos or messages anti-guerre.
Pendant ce temps, l’Union européenne a décidé de bloquer les sites de propagande russes à savoir, Sputnik et Russia Today. Le 20 mars, le Président ukrainien a aussi dissout onze partis d’opposition de gauche accusés de soutenir la Russie. Ces partis détenaient 10% de sièges au parlement national.
En plus des sanctions, les Russes se voient refuser l’accès aux services Internet des fournisseurs étrangers, rendant ainsi plus efficace la censure russe. Dans le même temps, le Gouvernement ukrainien a proscrit et bloqué certaines voix de l’opposition. Alors que la guerre évolue, la leçon à tirer de la Géorgie est que le flux d’informations aux citoyens doit être un facteur décisif.
Veuillez consulter la page du projet pour plus d'informations sur Unfreedom Monitor.
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Cette situation prévaut là où les autochtones protestent contre les activités minières d'envergure.
Photo de Juan Bautista Xol, utilisée avec permission.
Cet article a été initialement publié par Elías Oxom dans Prensa Comunitaria, puis édité et republié par Global Voices dans le cadre d'un partenariat médiatique.
Adela Choc Cuz, membre du conseil ancestral maya Q'eqchi’ de la commune d'El Estor, dans l'Est du Guatemala, et sa fille Sandra Tec Choc, ont été libérées le matin du 17 mai, après avoir été séquestrées par un groupe les accusant de sorcellerie et d'avoir infligé une maladie grave à une femme de la communauté.
D'après Choc Cuz, elles étaient détenues dans une maison pendant plus 18 heures, sans nourriture ni eau, en plus d'être battues par des membres de la famille. Ils lui ont pris ses vêtements, ses meubles et ses ustensiles de cuisine ; elle avait un moulin pour faire du nixtamal (pâte tortilla à base de farine de maïs), un réfrigérateur, une machine à coudre et trois bicyclettes.
Choc Cuz est considérée comme une guide spirituelle dans sa communauté et elle fait également partie de la résistance à l'exploitation minière à El Estor. Elle est accusée de sorcellerie par Mario Caal Pec, le frère de Selvin Pec, qui est le propriétaire la station de radio évangélique La Voz de Chichipate (La Voix de la Chichipate). Le Président guatémaltèque Alejandro Giammattei entretient une relation étroite avec les églises évangéliques conservatrices du pays, notamment sur les questions qui polarisent le Guatemala, comme les lois sur la santé génésique des femmes.
Au Guatemala, une grande majorité s'identifie comme chrétiens : selon un recensement de 2015, 45% des Guatémaltèques affirment être catholiques et 42% disent être évangélistes. Les religions protestantes gagnent de plus en plus du terrain au Guatemala.
De nombreux autochtones pratiquent le catholicisme ou l'évangélisme, fusionnant parfois le christianisme avec les croyances mayas dans le syncrétisme. Selon les rapports et recensements, les autochtones —répartis en 24 groupes ethniques—représentent entre 45 et 60% de la population du Guatemala. Le Groupement international de travail pour les affaires indigènes (IWGIA) déclare : « la disparité entre les populations indigènes et non-indigènes est bien connue, notamment en termes d'emploi, de revenus, de santé et d'éducation. Les statistiques démontrent des pratiques persistantes de racisme et de discrimination contre les peuples indigènes. »
Choc Cuz a déclaré : « Ils m'accusent d'être sorcière, mais je suis une guide spirituelle. Je réclame justice aux autorités. Mr. Simón Tun Sacul m'a attaqué et a menacé de me décapiter, en soulignant qu'il était un Kaibil [une unité d'élite de l'armée], et m'a jeté au sol. Je n'ai commis aucun crime. J'ai sept enfants. Ce sont toutes de bonnes personnes. Les agresseurs m’ont aspergé d’essence sur tout le corps. C’est la faute du COCODE [le conseil communautaire], qui a approuvé tout cela. »
Humberto Cuc, un membre du Conseil Ancestral Maya Q'eqchi’, condamne ses événements et affirme que Choc Cuz est une guide spirituelle et fait partie du Conseil ancestral: « Nous avons célébré des cérémonies mayas avec elle, ce qui lui est arrivé est douloureux. Souvent, les gens ont tort. Ils pensent qu’en s’engageant dans nos pratiques culturelles, nous faisons de la sorcellerie. Mais nous respectons les religions évangéliques. S’ils nous voient utiliser des bougies pour planter, ils nous accusent de sorcellerie. »
Il a mentionné que les conseils ancestraux pendant longtemps avaient été les gardiens des collines et des rivières, bien qu'ils ne soient plus considérés comme tels par la société. « Ils la détestent parce qu'elle fait partie de la résistance contre l'exploitation minière, la haine à son égard a commencé quand elle s'est insurgée contre les activités minières en octobre, » a déclaré Humberto Cuc.
La commune d'El Estor fait face à des tensions dues à l'opposition des habitants à une entreprise d'extraction de nickel de la Guatemalan Nickel Company (CGN), filiale du groupe suisse Solway Investment. Selon les habitants, qui sont majoritairement des Maya Q'eqchi’, la mine Fénix contamine le lac Izabal et réduit la quantité de poissons. À la fin de l'année 2021, après des années de lutte qui se sont soldées par des protestations, les habitants vivaient en état de siège par le Gouvernement du Guatemala et étaient surveillés par des soldats armés.
La guide spirituelle a été libérée à 3h du matin alors que les gens quittaient les lieux, à l'exception des 15 membres du COCODE qui l'ont séquestrée dans la maison.
Après la libération de Choc Cuz et de sa fille grâce aux représentants du Bureau de l’Ombudsman des droits humains et de la Police Civile Nationale, Choc Cuz a déclaré au Prensa Comunitaria : « j'ai été harcelée par le COCODE [Conseil communautaire de Développement] dirigé par José Ich. Ils sont venus mettre le feu à ma maison avec de l'essence et m'ont arrêtée. Je suis restée dans la rue. Ils ont brulé tout ce que j'avais. Ils ont brûlé mon titre foncier et cinq mille quetzales en liquide. »
Quand elle a été relâchée, elle avait des bleus sur le front. Ceux qui l'ont attaqué lui ont interdit de retourner dans la communauté et ont dit qu'ils tiendraient une assemblée le 18 mai pour proposer qu'elle soit expulsée de ce lieu. La guide spirituelle a déposé une plainte auprès du Ministère public.
Photo de Juan Bautista Xol, utilisée avec permission.
L'avocat Juan Castro, du Cabinet d'avocats pour les peuples indigènes, a affirmé que dans la plupart des cas, l'État ne punit pas des violations graves comme celle-ci. Il a également mentionné que le crime de sorcellerie n'existe pas.
German Choc, du collectif de guides spirituels « Oxlaju Q'anil », a expliqué que le rôle d'un guide spirituel dans la société est d'aider les gens, de promouvoir les pratiques culturelles mayas, d'aider à résoudre les problèmes, et qu'ils sont également contadores del tiempo.[les gardiens du temps].
German Choc a déclaré : « J'exige que l'État prenne des mesures pour éradiquer ces cas. J'exhorte également les leaders des églises et des sectes à cesser de criminaliser les guides spirituels et à promouvoir une coexistence pacifique, qu'ils laissent les peuples indigènes exercer leurs pratiques culturelles et spirituelles comme prévu par la Constitution Politique de la République du Guatemala à l'article 66, où l'État reconnait, respecte et promeut les modes de vie, les coutumes, les traditions, les formes d'organisation sociale, l'utilisation des vêtements, les langues et les dialectes des différents peuples du Guatemala. »
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Des dizaines de militants et de journalistes sont à nouveau persécutés.
Sous le puissant Président Ilham Aliyev, l’Azerbaïdjan a souvent été décrit comme le pays de « portes tournantes ». Ce terme renvoi à l’approche que l’État adopte à l’endroit de ses détracteurs. Lorsqu’il libère quelques prisonniers politiques, il lance une nouvelle vague d’arrestations. Par conséquent, la société civile et les défenseurs des droits humains ainsi que les opposants politiques ont pendant des années fait l’objet de harcèlement ciblé, d’intimidation et d’arrestation . La plus récente vague de répression témoigne de l’ancienne tradition.
Suite à la grâce présidentielle du 27 mai, qui ordonnait la libération de plus de 150 prisonniers y compris une poignée de prisonniers politiques, une nouvelle vague d’arrestation et de procès indique le retour à la tradition des « portes tournantes ». Pendant ce temps, ceux qui ont échappé de justesse à un emprisonnement ou une détention administrative continuent à décrier la croissance des actes de torture lors des gardes à vue. Cependant, les institutions gouvernementales compétentes rejettent en bloc cette allégation.
Auparavant, les membres de familles des opposants avérés du gouvernement ont également été ciblés. La dernière victime d’un tel ciblage à caractère politique est l’activiste Rabiyya Mammadova, dont la maman a subi une agression physique à son lieu de service le 3 juin dernier. «Voici ce à quoi ressemble l’engagement politique en Azerbaïdjan en 2022. Ils essaient de m’atteindre de cette façon», a déclaré Mammadova à Global Voices.
Mammadova fait partie d’une douzaine d’activistes ciblés, dont les noms ont fait la une des journaux locaux ces dernières semaines. Le journaliste Aytan Mammadova a été menacé à l'arme blanche suite à un reportage musclé, pendant que l’activiste politique, Bakthiyar Hajiyev était kidnappé et tabassé suite à ses propos à l’endroit des autorités locales. Un autre cas très médiatisé est celui du vétéran de l’opposition, l’activiste Tofig Yagublu, qui était détenu lors d’une manifestation en décembre 2021. Les images de ses blessures étaient fortement partagées sur les réseaux sociaux. Une fois de plus, d’après les résultats d’une enquête ouverte par les autorités, la police n’avait aucune implication dans les blessures de l’activiste.
Les groupes locaux des défenseurs des droits humains à l'instar de « The Defense Line » confirment une accentuation des attaques. Au micro des journalistes le 3 juin dernier, le directeur du groupe, Rufat Safarov a souligné l’augmentation des cas de pression et d’agressions physiques. Safarov a également fait allusion aux mesures légales prises contre les citoyens azerbaïdjanais qui ont été récemment rapatriés de l’Allemagne. D’après les rapports de la presse, au moins six personnes ont été interpellées après leur retour en Azerbaïdjan suite à de fausses accusations de possession de drogue.
Le 20 mai dernier, la police a également interpellé l’ancien prisonnier politique et bloggeur, Rashad Ramazanov. Le lendemain, un tribunal à Bakou a inculpé le bloggeur de détention illégale de la drogue avec intention de vente. Par la suite, le bloggeur a été condamné à quatre mois de détention provisoire. Ramazanov aurait aussi déclaré avoir été torturé, une allégation réfutée par les autorités.
Suite à des accusations liées à la drogue, la police a interpellé le 28 mai dernier, l’activiste politique et membre de l’opposition du Front populaire, Razi Alishov. Selon Ali Kerimli, leader du parti du Front populaire, l’arrestation d’Alishov était politiquement motivée, une accusation rejetée par les autorités.
Dans un communiqué publié par le Conseil national de l’opposition, le groupe condamne les répressions en cours:
La police azerbaïdjanaise interpelle souvent les activistes de l’opposition pour des affaires de drogues. Razi Alishov est un activiste politique condamné par cet article. L’arrestation de Razi Alishov confirme une fois de plus que le Gouvernement d’Ilham Aliyev n’a aucune intention de changer ses méthodes de gouvernance et ne peut non plus fonctionner sans avoir recours à la répression et aux arrestations politiques. Sinon, comment expliquer les nouvelles arrestations politiques orchestrées juste après l’ordonnance incomplète de la grâce présidentielle signée le 27 mai dernier, et qui concernaient plusieurs prisonniers politiques ?
L'abus politique en cours a également été critiqué par le mouvement d'opposition N!DA dans une déclaration publiée sur Facebook :
Nous, activistes politiques civiques, politiciens, défenseurs des droits humains, journalistes et citoyens, sommes fortement concernés par les attaques et persécutions orchestrées ces derniers mois à l’endroit des activistes politiques, des journalistes et des membres de leurs familles en raison de leurs activités politiques. La bastonnade de Tofig Yagublu, membre du parti Musavat, lors de sa détention, l’humiliation de Bakhtiyar Hajiyev, un activiste politique kidnappé ainsi que l’agression physique de la mère de Rabiyya Mammadova, et le journaliste Aytan Mammadova menacé avec une arme blanche, montrent à suffisance que les actes de barbarie étaient posés par certains groupes criminels pour des raisons purement politiques.
La dernière vague de répression a également touché les activistes religieux. Le 7 juin dernier, l’activiste religieux, Fagan Mamedov a été condamné à six ans d’emprisonnement suite aux accusations liées à la drogue, une allégation dont a rejeté l’activiste. Le 20 mai dernier, l’activiste religieux, Razi Abbasov a été condamné à six ans d’emprisonnement suite aux accusations liées à la drogue. Le jour du procès, un groupe d’activistes religieux manifestaient devant la salle d’audience, mais la police a dispersé ce dernier avant de procéder à l’arrestation de cinq d'entre eux.
D’après Turan News Agency, trois personnes ont été condamnées à un mois de détention administrative, et deux autres ont été mises en liberté après plusieurs heures de détention. Selon le récit des deux personnes libérées, elles ont été torturées et humiliées par la police, qui a profané contre Dieu et elles. En réponse, certains détenus religieux ont décidé d’entrer en grève de faim.
L’arrestation des activistes religieux est monnaie courante. Depuis longtemps, le Président se méfie des groupes religieux. En 2015, les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque, la police a procédé à l’arrestation de quinze hommes lors d’une opération spéciale de sécurité menée au Nardaran, un village chiite situé à la périphérie de la capitale. Les autorités ont affirmé « avoir désamorcé une rébellion religieuse des fanatiques croyants chiites, dont l’objectif était l’instauration d’un état de charia dans l’Azerbaïdjan moderne et laïque ». Au cours des prochaines semaines, alors que les résidents en colère ont exprimé leur mécontentement sur la place publique, le bras de fer avec les autorités s’est poursuivi. En conséquence, au moins soixante-dix voire plus de quatre-vingts personnes ont été interpellées au total, d’après certaines estimations. Bien évidemment, plusieurs ont été relâchées à l’exception de quatre personnes et Taleh Bagirzade, président du Mouvement de l’Unité musulmane. Deux ans plus tard, Bagirzade est condamné à vingt ans d’emprisonnement. Son adjoint, Abbas Huseynov, a reçu la même sentence. Tous deux étaient accusés « d’appel public au renversement du gouvernement et d’incitation à la haine ethnique, religieuse et sociale », a rapporté Radio Liberty à l’époque. Les mois suivants, les condamnations se sont poursuivies, et certains se sont vus attribuer des peines allant de douze à quinze ans d’emprisonnement. Cependant, la persécution des activistes religieux ne s’est terminée là. Au cours des années suivantes, les autorités ont continué à interpeller les membres du Mouvement de l’Unité musulmane.
Le 29 mai, l’activiste exilé, Tural Sadigli a déclaré être en danger après avoir reçu les rapports sur la visite de quatre hommes à son domicile en Allemagne. Au micro de Meydan TV, l’activiste politique a déclaré qu’il est ciblé parce qu’il a mis à nu la corruption du gouvernement, en particulier celle de la famille présidentielle. Sadigli tient une chaîne YouTube, Azad Soz [Expression libre], chaîne sur laquelle il critique les autorités azerbaïdjanaises.
Cependant, les activistes continuent à exprimer la défiance malgré la récente vague d’attaques. Se confiant à Global Voices, Rabiyya Mammadova a déclaré qu’elle continue le combat et fera tout son possible pour le bien-être de sa communauté. « Je comprends, je suis sur la bonne voie, je n’ai pas peur », a déclaré Mammadova. Le 14 mai dernier, un groupe d’activistes de la société civile a manifesté à Bakou, capital de l’Azerbaïdjan. Il réclamait une fin aux atrocités à l’endroit des opposants, activistes politiques et journalistes. Les organisateurs ont décidé de tenir ce rassemblement après que les activistes politiques et les journalistes aient été pris pour cible.
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« De toutes les histoires que je suis appelée à documenter, celles de Trinité sont les plus captivantes. »
L'écrivaine trinidadienne Lisa Allen-Agostini, dont le roman The Bread the Devil Knead a été sélectionné parmi les finalistes du Women's Prize for Fiction 2022. Photo de Paula Obe Photography, reproduite avec autorisation.
Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.
Autrice basée à Trinité, Lisa Allen-Agostini écrit depuis toujours. Pourtant, malgré son talent et son œuvre déjà conséquente, la reconnaissance éditoriale grand public lui échappait la plupart du temps. Jusqu'à ce que son dernier roman, The Bread the Devil Knead [Le pain que pétrit le diable, ndlt.], publié il y a près d'un an par la maison britannique indépendante Myriad Editions, soit sélectionné parmi les finalistes [fr] du prestigieux prix féminin de la fiction (Women's Prize for Fiction 2022 [fr]).
Le livre dresse un tableau vivant de Trinité, fourmillant de scènes à la fois chatoyantes et réalistes, qu'on ne peut voir se dérouler que dans des villes post-coloniales telles que Port-d'Espagne. Contribue également à cette vivacité, la langue locale dont le roman est empreint : les trinismes abondent, immergeant le lecteur dans un parler si authentique qu'il lui donne l'impression d'être là avec les personnages. Qu'il s'agisse de l'héroïne complexe et pleine d'esprit, Aletha « Allie » Lopez, victime de violences conjugales, de Léo, son petit ami violent, de son patron avec qui elle couche ou de son groupe d'amis hauts en couleurs, le lecteur vit les péripéties à leurs côtés.
Dans une interview accordée à la BBC Front Row le 9 avril, Allen-Agostini a qualifié son écriture de cinématographique — et c'est vrai. A la lecture de son roman, je me rends à l'idée que les choses tournent mal avec Leo ; je retiens mon souffle tandis qu'Allie affronte la vérité sur son passé. Je pourrais aussi bien être en train de regarder un film d'Hitchcock. Dans les prochains jours qui suivent, Allen-Agostini et moi discutons via WhatsApp et par emails au sujet du livre, de sa sélection en finale, et plus encore…
Le roman de Lisa Allen-Agostini, The Bread the Devil Knead, finaliste du Women's Prize for Fiction 2022. Photo de Corinne Pearlman, reproduite avec autorisation.
Janine Mendes-Franco (JMF): Félicitations pour le livre – ce n'est pas votre premier roman, mais c'est le premier à être sélectionné en finale pour un prix littéraire si prestigieux. Que représente cette distinction pour vous ?
Lisa Allen-Agostini (LAA): As my friend and fellow writer Anu Lakhan said, even if I don’t win, forever after I’ll be a writer whose book was shortlisted for the Women’s Prize for Fiction! I’m in the same category as Margaret Atwood, who was also shortlisted for this prize in the past. I’m waiting to see what happens. God promised the book would go far, and stay in print for a long time. I think he’s very keen on getting its message out: that women don’t have to stay in abusive relationships, that they can be delivered, that they can find loving support and change their lives. The shortlisting helps that happen and so I’m grateful for it.
Lisa Allen-Agostini (LAA) : Pour paraphraser mon amie et collègue écrivaine Anu Lakhan, même si je ne gagne pas, je resterai toujours celle dont le livre a été finaliste du Women's Prize for Fiction ! Je me retrouve dans la même catégorie que Margaret Atwood, qui a elle aussi été finaliste de ce prix dans le passé. J'attends de voir ce que ça donne. Dieu a promis que le livre irait loin et serait imprimé encore longtemps. Je pense qu'il tient vraiment à ce que ce message soit diffusé : que les femmes ne sont pas obligées de rester dans des relations abusives, qu'elles peuvent s'en libérer, peuvent trouver un soutien aimant et reprendre leur vie en main. Être finaliste m'aide en ce sens et j'en suis très reconnaissante.
JMF : Vous avez dit que le personnage d'Alethea vous est venu lors d'un séminaire d'écriture avec l'auteur Wayne Brownau milieu des années 2000. Je trouve ça brillant d'avoir choisi la « red woman », qui est généralement mise sur un piédestal dans la culture caribéenne pour sa peau plus claire, comme personnage victime d'une violence terrible. Cependant, vous ne l'appréciez pas vraiment. Pourquoi ?
LAA: She’s blunt and bitchy— I mean, the things she says about the other characters are really awful and she’s kind of cold and distant in some ways. And I’ve always felt that for a woman to walk away from her family as she did seems to make her less sympathetic even when she’s doing it to save her own life. I am shocked when people say she’s one of their favourite characters. And yes, the point of the story is that she looks like this “browning with tall hair,” which Professor Patricia Mohammed has theorised as the epitome of sexualised Caribbean femininity — men want her and women want to be her — but in private she has had this terrible family history and she lives in hell. But she red, so nobody sees that. The novel is a way to show that our assumptions about a woman’s life may be wrong, and that we may all possibly be living through terrible things, and that all women can be subject to abuse, regardless of class, caste or colour.
LAA : Elle est brusque et vache – je veux dire, elle tient des propos vraiment horribles sur les autres personnages et, à certains moments, elle est froide et distante. Et puis, j'ai toujours pensé que la façon dont elle quittait sa famille, en tant que femme, la rendait à première vue moins sympathique, même si elle le fait pour sauver sa propre vie. Ça me surprend quand les gens disent qu'elle fait partie de leurs personnages préférés. Mais oui, au cœur de l'histoire se trouve l'écart entre son apparence de « métisse aux cheveux épais », que Pr. Patricia Mohammed a théorisé comme étant l'incarnation de la féminité caribéenne sexualisée – les hommes la désirent et les femmes désirent être elle – et sa vie privée, avec cette histoire familiale terrible et l'enfer qu'elle vit. Mais elle a le teint clair, alors personne ne voit cette réalité. Le roman montre que les idées qu'on se fait de la vie d'une femme peuvent être erronées, que chacun d'entre nous peut en fait traverser des épreuves très dures, et que n'importe quelle femme peut être victime de violences, quelles que soient sa classe sociale, sa caste ou sa couleur de peau.
JMF : Parlons de la violence relative au contexte local : la violence faite aux enfants, aussi bien corporelle que sexuelle (qui fait une fois de plus la une des journaux à cause de la maltraitance présumée dans des foyers) ; la violence liée à la couleur de peau, en termes de colorisme et de la façon dont les gens sont traités. À votre avis, comment devrions-nous nous occuper de ces problèmes pour réussir à entraîner des changements positifs ?
LAA: Of course we should talk more about violence across the board and stop pretending it only happens in certain classes of people. I tell young people when I talk to them about mental illness that if they had a “sore foot” (a Trini expression for an ulcerated wound) but that they kept it covered up and never treated it, it would only get worse and worse and eventually cause the foot to rot and fall off. The same is true about the endemic violence we face here. Across all ages, races, classes. We are born and raised in violence because of our national history. We minimise the effects of African chattel slavery here, say it was “mild” compared to Barbados, Jamaica, Cuba, or Brazil — but it was still horrific. And those lessons are in our DNA. We have to talk about it before we can begin to untangle its generational effects and heal.
LAA : Bien sûr, nous devrions parler davantage de violence généralisée et arrêter de faire comme si elle ne touchait que certaines catégories de personnes. Quand je parle aux jeunes de maladies mentales, je leur dis que s'ils avaient « un pied endolori » (une expression de Trini pour une plaie ulcérée) mais qu'ils la dissimulaient sans jamais la soigner, ça ne pourrait qu'aller de mal en pie jusqu'à ce que le pied pourrisse et tombe. C'est la même chose avec la violence endémique à laquelle nous faisons face. Toutes les classes sociales, d'âges ou de couleurs de peau confondues. Nous venons au monde et sommes élevés dans la violence à cause de l'histoire de notre pays. On minimise les effets de l'esclavage des Africains ici, on dit qu'il était « modéré » comparé à la Barbade, la Jamaïque, Cuba ou le Brésil – mais la situation était quand même horrifiante [fr]. Et ces leçons sont dans notre ADN. Il faut que nous en parlions avant de pouvoir commencer à démêler leurs effets à travers les générations et à guérir.
JMF : Ces dernières années, le problème des violences conjugales [fr] a régulièrement fait la une des journaux à Trinité-et-Tobago [fr]. Dans votre livre, vous décomposez la situation en une série de scénarios de causes à effets, vous dépeignez les montagnes russes émotionnelles que provoquent les violences conjugales, donnant peut-être matière à reconsidérer la question « Pourquoi est-ce que tu ne pars pas, tout simplement ? ». Dans la réalité, pourquoi à votre avis nous débattons-nous toujours avec des approches très basiques de ce problème ? Pourquoi les femmes ne sont-elles pas mieux protégées ? Et surtout, pourquoi n'exige-t-on pas des hommes qu'ils répondent de leurs comportements ?
LAA: I think there has been some change in systems and legal protections. For example, it’s no longer legal to beat your wife, even if it is still tacitly approved of by many men across the board in my experience. Violence against women is an intractable problem that has in fact been made worse in a way because women have changed through feminism and men, by and large, have not. So a woman will get box in her mouth because she feels she has the right to say things to her man and he doesn’t feel she has that right at all. So there’s a gap in understanding and a gap in lived experience between men and women. It’s no good telling men, ‘Get over it’ without giving them the tools with which to understand how to get over it; or telling women, ‘Be independent’ when they still have to live with men who don’t really want independent women. It’s complicated and difficult and honestly, I don’t know what the answers are but I am sure that we need to talk about it more honestly and more frequently.
LAA : Il me semble qu'il y a eu quelques changements en termes de systèmes et protection juridique. Par exemple, ce n'est plus légal de battre sa femme, même si, d'après mon expérience, de nombreux hommes toutes catégories confondues continuent de l'approuver tacitement. Les violences faites aux femmes constituent un problème inextricable qui a d'une certaine façon empiré parce que les femmes ont changé grâce au féminisme, et que les hommes, pour la plupart, n'ont pas changé. Ce qui fait qu'une femme aille se faire battre est parce qu'elle estime qu'elle a le droit de dire certaines choses à son compagnon, alors que lui estime qu'elle n'en a pas du tout le droit. Il y a un fossé de compréhension et d'expérience vécue entre les hommes et les femmes. Ça ne sert à rien de dire aux hommes « Tourne la page » sans leur donner les outils adéquats pour le faire ; ou de dire aux femmes « Prends ton indépendance » alors qu'elles doivent encore vivre avec des hommes qui ne veulent pas vraiment d'une femme indépendante. C'est complexe et difficile, et honnêtement je n'ai pas toutes les réponses, mais ce dont je suis sûre c'est qu'il faut que nous en parlions plus souvent et plus ouvertement.
JMF : Dans le livre, il n'y a pas de héros. Personne ne vient à la rescousse d'Allie, et comme vous l'avez vous-même reconnu, elle-même n'est pas vraiment une héroïne. Y a-t-il un message implicite que vous aimeriez que les lecteurs en retirent ?
LAA: The main character is delivered. If you look at the structure of the book, you’ll see that she cries out to God and her life begins to change — and in the end she’s delivered and nobody can explain how. People in secular modern society mock the idea that God can deliver someone from a terrible situation but I’ve seen it. I’ve lived it. I am not a survivor of this kind of violence but I’ve experienced other kinds of deliverance, and there are many who can testify that, indeed, they have been delivered from terrible situations where they could have been killed. I would really like women to know that they don’t have to stay in abusive situations, and that even when things look absolutely hopeless, God is there and he can help them.
LAA : Allie est délivrée. Si vous vous intéressez à la structure du livre, vous verrez qu'elle implore Dieu et que sa vie commence à changer – et à la fin, elle est délivrée, sans que personne puisse expliquer comment. Dans les sociétés modernes profanes, les gens trouvent risible l'idée que Dieu puisse libérer quelqu'un d'une situation difficile, mais j'en ai été témoin. Je l'ai vécu. Je n'ai pas été victime de ce genre de violences, mais j'ai vécu d'autres types de délivrance, et nombreux sont ceux qui peuvent témoigner que, oui, ils ont été libérés de situations terribles qui auraient pu leur coûter la vie. J'aimerais vraiment que les femmes aient conscience qu'elles ne sont pas obligées de rester dans des situations de maltraitance et que même quand tout semble absolument sans espoir, il reste toujours Dieu et il peut les aider.
JMF : Vous avez beau avoir foi en ce que Dieu vous aidera – et vous a aidé – à traverser les épreuves. Il y a eu une époque où vous étiez à deux doigts de renoncer à l'écriture. Pourquoi cela, et qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?
LAA: After many years as a writer of poetry and prose, I had given up. I just wasn’t getting though, not in the way I thought I deserved after decades of hard work and sacrifice. I was what they call a “respected writer” and “widely published,” and I had had some international success with a Young Adult (YA) novella and a book of poems and a collection of short fiction which I had co-edited. But the big success — winning international prizes, getting an agent, selling a book to a really big publisher — kept eluding me. I gave up. I said, “God, I’m done. I am not doing this anymore.”
Not long afterwards, two things happened. First was the news that a manuscript of mine had been awarded in the CODE Caribbean YA Lit prize administered by the Bocas Lit Fest. The other was that Margaret Busby called to invite me to contribute to New Daughters of Africa. Busby is the doyenne of Black British publishing; when she says you’re good, trust and believe that you’re good. That she would personally reach out to ask me to contribute blew my mind and made me realise that I wasn’t yet done with writing. It’s significant, too, that the manuscript that was awarded (it was published as “Home Home” in 2018) was about a young black Trini girl with mental illness; and the anthology New Daughters of Africa is black women’s writing from the African diaspora. It gave me great clarity about what my mission is as a writer, what I had been sent to do and whom I had been sent to reach.
LAA : Après des années à écrire de la poésie et de la prose, j'avais laissé tomber. Je ne m'en sortais tout simplement pas, pas aussi bien que ce que je pensais mériter après des décennies de travail et de sacrifices. J'étais ce qu'on appelle « une écrivaine respectée » et « largement diffusée », et j'avais rencontré un certain succès à l'international avec un court roman Young Adult (YA), un recueil de poèmes et un recueil de nouvelles que j'avais co-écrit. Mais le vrai succès – remporter des prix internationaux, avoir un.e agent, être publiée par une grande maison – m'échappait toujours. J'ai laissé tomber. « Seigneur, j'arrête. Je ne peux plus continuer ainsi », voilà ce que je disais.
Peu après, il s'est passé deux choses. D'abord, j'ai appris qu'un de mes manuscrits avait été récompensé par le Caribbean YA Lit prize parrainé par le CODE(Organisation canadienne pour le développement par l'éducation, ndlt.) et remis par le Bocas Lit Fest [fr]. Ensuite, Margaret Busby m'a invitée à contribuer à New Daughters of Africa. Busby est la doyenne des éditeurs britanniques noirs [fr] ; quand elle dit que vous êtes doué, vous pouvez la croire et avoir confiance en votre talent. Qu'elle prenne la peine de m'appeler en personne pour m'inviter comme contributrice m'a bouleversée, et j'ai réalisé que je n'en avais pas encore terminé avec l'écriture. Ce n'est pas non plus anodin que le manuscrit qui a été primé (publié sous le titre de Home Home en 2018) portait sur une jeune fille noire de Trini qui souffrait de maladie mentale, et que l'anthologie New Daughters of Africa a été écrite par des femmes noires issues de la diaspora africaine. Cela m'a beaucoup aidée à y voir plus clair sur mon rôle en tant qu'écrivaine, ce en quoi ma mission consistait et quelles personnes je devais toucher.
JMF : Vous vous décrivez comme autrice trinidadienne. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
LAA: I chose to stay in Trinidad and Tobago despite the fact that it would hurt my chances at international success. It’s mad to stay here and hope someone will publish your book out there; and it rarely happens, relatively speaking. But I stayed and I continue to stay. I also call myself a Trinidad writer because I write about this place and its people, in its voices. I write about its traditions and its vagaries and its joys and horrors. I write about its past and its present and its future. It’s not that I’ve never written about anything else, but Trinidad and its people are overwhelmingly my theme and subject matter. My Facebook author page is literally @trinidadwriter because, of all the things I’m called to document or give voice to, it is Trinidad and its people’s stories that are the most urgent and compelling.
LAA : J'ai choisi de rester à Trinité-et-Tobago, même si cela risquait de diminuer mes chances de réussir à l'international. C'est de la folie de rester ici et d'espérer que quelqu'un vous publie à l'étranger. Ça arrive assez peu souvent. Mais je suis restée et je continue de faire ce choix. Je me considère aussi écrivaine trinidadienne parce que j'écris sur ce pays et ses habitants, avec ses voix. J'écris sur ses traditions et ses vicissitudes, ses joies et ses horreurs. Sur son passé, son présent et son avenir. J'ai déjà écrit sur d'autres sujets, mais Trinité et ses habitants représentent une majorité écrasante parmi mes thèmes et sujets de prédilection. J'ai littéralement appelé ma page Facebook @trinidadwriter parce que, de tout ce que je suis appelée à documenter ou dont je fais entendre la voix, ce sont les histoires de Trinité et des Trinidadiens qui sont les plus pressantes et captivantes.
JMF : À votre avis, qu'est-ce qui fait qu'un écrivain « réussit » ? La réussite, est-ce être reconnu, ou vendre beaucoup de livres ? Est-ce le sentiment d'avoir créé quelque chose qui en vaille la peine ? Est-ce la joie du processus ?
LAA: For me success is being able to buy groceries and pay the light bill from what I’ve earned as a writer. (Maybe buy a car, build a house, too. I haven’t got there yet.) But also, there’s the kind of success that I have achieved: that my work is respected, that my voice is heard, that the books I have written have largely remained in print for many years, and that generations of readers may come to find something in a Lisa Allen-Agostini piece. Writing gave me life for many years and there was another success in that: the success of finely crafting words to diamond sharpness. I take great pleasure in that. When I know I’ve written the pants off a piece, that’s success.
LAA : Pour moi, la réussite c'est pouvoir faire ses courses et payer l'électricité grâce à l'argent que je gagne en écrivant. (Peut-être aussi acheter une voiture, construire une maison. Je n'en suis pas encore là.) Mais il y a aussi la réussite que j'ai atteint : mon travail est respecté, ma voix est entendue, les livres que j'ai écrits continuent d'être imprimés au fil des années, et les générations de lecteurs à venir pourront peut-être retirer quelque chose d'une œuvre signée Lisa Allen-Agostini. L'écriture m'a donné vie pendant de nombreuses années et j'y vois un autre succès : celui d’affûter ses mots comme des diamants. J'en retire un plaisir immense. Quand je sais que j'ai exploré une histoire à fond, pour moi c'est une réussite.
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Récapitulatif de la politique d'immigration américaine à l'égard de Cuba
Cet article a été initialement publié dans Periodismo de Barrio et republié dans Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat.
Le 16 mai, le département d'État américain a annoncé une série de mesures visant à « soutenir le peuple cubain, en lui fournissant des outils supplémentaires pour se libérer de l'oppression exercée par le gouvernement cubain et pour accéder à de meilleures opportunités économiques ».
Cette déclaration est intervenue près d'un mois après la reprise des discussions semestrielles sur l'immigration entre les deux pays. Elle précède également la réouverture de la section consulaire américaine à La Havane pour traiter les demandes de visa en nombre limité.
Periodismo de Barrio répond à plusieurs questions pour comprendre les changements intervenus le mois dernier dans la politique américaine concernant Cuba.
Quelles sont les nouvelles mesures adoptées par l'administration Biden ?
Selon le communiqué de presse publié par le Département d'État, ces actions visent à offrir plus de liberté aux citoyens cubains et à leur proposer des perspectives économiques plus favorables. En outre, le Gouvernement américain propose de décupler les services consulaires et les services chargés de délivrer des visas. Il annonce la reprise du programme de regroupement familial suspendu en décembre 2018 durant la présidence de Donald Trump.
Il encourage également la croissance du secteur privé cubain grâce au réseau Internet, aux applications et aux plateformes américaines de commerce électronique. Les États-Unis soutiennent les interactions entre les entrepreneurs cubains et les entreprises américaines en créant de nouveaux moyens de paiement électronique et en élargissant l'accès au commerce et au microfinancement.
Dans le même temps, les États-Unis ont supprimé le plafond trimestriel de 1000 dollars relatif à l'envoi de fonds familiaux. Ils ont déclaré qu'ils continueraient à soutenir les transferts de fonds aux entrepreneurs cubains afin de promouvoir l'expansion de leurs entreprises. Le Gouvernement américain facilitera également les visites familiales à Cuba, les voyages professionnels et autorisera la présence des personnes sur l'île pour enquêter.
Quels sujets ont été abordés lors des pourparlers sur l'immigration ?
Le 21 avril 2022, pour la première fois après quatre ans, des représentants des Gouvernements de Cuba et des États-Unis se sont réunis pour discuter de la mise en œuvre des accords migratoires signés par les deux pays. Depuis les années 1990, ces réunions avaient lieu deux fois par an jusqu'à ce qu'elles soient suspendues par l'administration Trump en 2018.
Les flux migratoires, les mécanismes de lutte contre l'immigration illégale, les retours et le rapatriement des citoyens, ainsi que le rôle des ambassades étaient au programme des questions abordées en avril. Ce dialogue visait à promouvoir une migration légale, ordonnée et sécurisée entre les deux pays.
Les nouvelles mesures du Président Biden et la reprise du dialogue autour de l'immigration peuvent être interprétées comme une stratégie visant à réduire le nombre de migrants qui tentent d'entrer illégalement dans le pays. D'autant plus que ces questions sont abordées en compagnie des dirigeants de pays voisins comme le Mexique et le Panama.
Quelles sont les nouvelles mesures adoptées par l'administration Biden ?
Les accords migratoires entre Cuba et les États-Unis comprennent les accords bilatéraux signés en 1984, 1994, 1995 et 2017.
L'accord de 1984 est le résultat de pourparlers entre les deux gouvernements après l'exode massif par le port de Mariel. Cuba avait accepté le retour de 2 746 migrants ayant fui le pays pendant la crise. Ces derniers avaient été qualifiés de criminels et de malades mentaux aux États-Unis.
Les accords de 1994 et 1995 ont été déclenchés par la vague migratoire de 1994, connue sous le nom de « crise des rafleurs », au cours de laquelle environ 30 000 Cubains ont fui le pays par bateau pour émigrer aux États-Unis.
À l'issue de ces négociations, le Gouvernement s'est engagé à délivrer un minimum de 20 000 visas par an. En mai 1995, les États-Unis et Cuba ont signé un autre document attestant que les Cubains interceptés en mer ou entrés illégalement sur la base navale de Guantanamo seraient renvoyés à Cuba. De son côté, le Gouvernement cubain s'engageait à ce qu'ils ne soient pas poursuivis ou punis pour avoir tenté de quitter le territoire illégalement.
Ces deux accords ont conduit à l'introduction de la politique du « Pied mouillé, Pied sec ». Cet écrit stipulait que les migrants cubains interceptés en mer seraient renvoyés à Cuba et ceux qui parviendraient à atteindre la terre ferme seraient autorisés à rester aux États-Unis.
La déclaration de 2017 signée durant les derniers jours d'Obama à la Maison-Blanche a mis fin à cette politique ainsi qu'au programme de permis pour les professionnels de santé cubains. Créé en 2009 sous l'administration de George W. Bush, il permettait l'entrée aux États-Unis du personnel médical travaillant ou étudiant dans un pays tiers et sous la direction du Gouvernement cubain.
Dans quelle mesure l'immigration illégale de Cuba vers les États-Unis a-t-elle augmenté ?
Le 10 décembre 2018, les services de citoyenneté et d'immigration des États-Unis (SCIEU) ont définitivement fermé leur bureau à La Havane. Ils avaient presque entièrement suspendu la délivrance de visas depuis décembre 2017, en raison du supposé « syndrome de La Havane ».
Toujours en 2018, l'administration Trump a mis fin aux accords d'immigration entre les deux nations et le programme de regroupement familial. La suppression des visas pour les États-Unis associée à la détérioration des conditions économiques sur l'île, a provoqué une augmentation de l'immigration illégale aux États-Unis.
Suite à ces mesures, un article publié par l'Institut Quincy explique que l'immigration légale vers les États-Unis a chuté de 90 %. En 2020, le service américain de douanes et de protection des frontières a renvoyé plus de 14 000 Cubains qui tentaient d'entrer dans le pays sans autorisation. En 2021, ils sont au nombre 39 303. L'Institut Quincy rapporte que durant les premiers mois de l'année 2022, le nombre a doublé, 79 835 immigrants illégaux sont présents sur le territoire américain.
Selon les données de Trac Immigration, en avril 2022, 83 478 Cubains espéraient une réponse favorable à leur demande d'asile. C'est un record historique, ce chiffre a doublé par rapport à l'année 2021.
Demandes d'asile en attente des Cubains aux États-Unis de 2010 à avril 2022 (Source: Compilé par Periodismo de Barrio avec des données de Trac Immigration.).
En avril 2022, la plupart des immigrés cubains sont situés dans l'État de Floride, soit 60,1 % du nombre total, suivi du Texas (20,8 %) et du Tennessee (3,8 %). Port Rico est l'état le moins plébiscité, avec seulement 0,02% de Cubains présents.
Demandes d'asile en attente des Cubains aux États-Unis, par état (Source: Periodismo de Barrio avec des données de Trac Immigration.).
Contrairement aux exodes massifs des années 1980 et 1990, ces dernières années, les Cubains ont choisi d'entrer aux États-Unis par voie terrestre plutôt que par voie maritime. La suppression des visas par le Gouvernement nicaraguayen en novembre 2021 leur a permis de se rendre au Nicaragua, puis de continuer jusqu'à la frontière sud des États-Unis.
Un article du Washington Post explique que la plupart des migrants entrent par Yuma, en Arizona, où il existe des brèches dans la clôture frontalière, ou par Del Rio, au Texas, en traversant une partie peu profonde du Rio Grande.
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Elle a hérité d'une entreprise vieille de plusieurs décennies, mais il n'y a pas d'héritier en vue.
La maison d'édition Dar Atlas en Syrie, qui a bravé le temps, la guerre et les crises. Image publiée par Syria Untold.
Cet article a été publié pour la première fois par Syria Untold le 22 avril 2022. Une version éditée est republiée dans le cadre d'un accord avec Global Voices.
Samar Haddad est à la tête de l'éminente maison d'édition Dar Atlas à Damas. Depuis les années 1950, Dar Atlas a entre autres publié ce que la dirigeante Haddad décrit comme de « beaux livres », tant sur le fond que sur la forme, et ce malgré les guerres et les crises.
Dans un vieil immeuble de la rue al-Abed à Damas, attablée à son bureau, Samar Haddad évoque les personnes qui ont fréquenté cet édifice et dont les fantômes peinent à quitter les lieux. Son père lui a transmis Dar Atlas, mais comment peut-elle perdurer ? Samar Haddad se confie au cours d'un entretien avec Syria Untold.
Syria Untold (SU) : Dans le contexte de la crise économique en Syrie et de l'essor des ebooks, les livres – au sens physique du terme – sont-ils en voie de disparition ?
Samar Haddad (SH): This is a question that has been asked for two decades. Imagine! Books should have died by now. But they haven't. Instead, they always return as young as ever. The book transcends itself to become a revelation. Something that the world sees and reads.
For example: physical book fairs still exist. Each fair has dozens of booths, and each booth hundreds of books. That’s just one example of how the physical book is alive.
Physical books are supposed to be the complete transcendence of the bitter, cultural reality we live in. Books are freedom and reading is what frees us. The true publisher, whether small, medium or large, is the freedom fighter of our age. As a publisher, I’m a resistance fighter in this age of consumerism.
And so, the physical book isn’t dying,” I still say: “No it isn’t.” That is, so long as there are people demanding physical books, people who take into account the clear difference — for them — between the physical books both good and bad, and electronic books.
We strive for perfection to the extent that we can, for something resembling intellectual satisfaction and beauty. Nobody works like this. Very few Arabic-language publishers work with this approach, one that has respect for serious readers. Despite our method, our sales inside Syria are at a loss. That’s because we are, first and foremost, a Syrian publishing house and since the beginning we have been oriented towards Syrian readers.
I said “loss” because we are unable to increase the prices of our books. The reason is, simply, that people are dying of hunger. We try to compensate for these losses through our book exhibitions abroad.
In short, I don’t agree with the idea that physical books are dying, regardless of how deeply our lived reality deteriorates.
Samar Haddad (SH) : C'est une question que l'on se pose depuis deux décennies. Figurez-vous ! Les livres devraient déjà avoir disparu mais ce n'est pas le cas. Au contraire, ils se réinventent et ne se démodent pas. Le livre se transcende pour devenir une révélation. Quelque chose que le monde voit et lit.
Par exemple : les foires du livre existent toujours. Chaque foire possède des dizaines de stands et chaque stand expose des centaines de livres. Ce n'est qu'un exemple de la façon dont le livre continue d'exister.
Les ouvrages sont censés transcender la réalité culturelle difficile dans laquelle nous vivons, ils représentent la liberté et la lecture est ce qui nous libère. Le véritable éditeur, qu'il soit petit, moyen ou grand, est le combattant de la liberté de notre époque. En tant qu'éditrice, dans cette ère de consumérisme, je me considère comme une résistante.
Par conséquent, le livre en tant qu'objet n'est pas en train de mourir, je dis toujours : « Non, il ne meurt pas. » J'entends par là, tant qu'il y aura des gens à la recherche d'ouvrages, qui tiendront compte de la différence nette – pour eux – entre les livres physiques, bons et mauvais, et les livres électroniques ils existeront.
Nous cherchons à atteindre la perfection, nous tendons vers cet idéal dans la mesure du possible pour être au plus proche de la satisfaction intellectuelle et de la beauté. Personne ne travaille de cette façon. Très peu d'éditeurs en langue arabe travaillent avec une approche respectueuse des lecteurs passionnés. Malgré nos efforts, en Syrie, nous vendons à perte. Cela s'explique par le fait que nous sommes avant tout une maison d'édition syrienne et depuis sa création, nos livres s'adressent à la clientèle locale.
J'ai dit « à perte » parce que nous sommes dans l'incapacité d'augmenter le prix de nos livres pour la simple raison que la population meurt de faim. Nous essayons de compenser ces pertes par nos expositions de livres à l'étranger.
En résumé, je ne suis pas d'accord avec l'idée que les livres physiques soient amenés à disparaître et ce quelque soit le niveau de dégradation de nos conditions de vie.
SU : Parlez-moi de la diversité des livres que vous publiez. Quelle est l'histoire de ces livres en termes d'écriture, d'impression et de publication ?
SH: The distributor or the publisher has no right to act on behalf of the reader, to define what the reader wants, likes, doesn’t want and doesn’t like.
This is bibliodiversity, which brings us to another topic, that of the justice of expression vs. freedom of expression. Freedom of expression gives and displays the strongest voices to the strongest readers at the expense of marginalized voices. Meanwhile, justice of expression gives light to all voices, including those of books published by independent or self-funded publishing houses.
I choose the bibliographic catalogue that suits me, and I face difficulty from the censorship officers in obtaining the rights to publish books without deleting or adding certain parts.
We’re thinking about upcoming projects to produce. We’re working on a book called The Encyclopedia of Arabic Calligraphy with the help of calligrapher Mouneer al-Shaarani, and another book of excerpts from Ibn Arabi. This book has also been translated into other languages (French, English and Spanish) and includes artwork and an introduction by Mouneer. We also have four books translated into Arabic from German, Catalan and English.
SH : Le distributeur ou l'éditeur n'a pas le droit d'agir au nom du lecteur, de définir ce que le lecteur souhaite ou ne souhaite pas, aime ou n'aime pas.
C'est ce qu'on appelle la bibliodiversité. Cela nous amène à un autre sujet, celui de la justice d'expression contre la liberté d'expression. La liberté d'expression donne l'opportunité et la parole aux voix les plus fortes, aux lecteurs les plus investis, au détriment des voix marginalisées. En revanche, la justice d'expression consiste à entendre toutes les voix, y compris celles des livres publiés par des maisons d'édition indépendantes ou autofinancées.
Je choisis le catalogue bibliographique qui me convient, et je me heurte aux difficultés des agents de la censure pour obtenir les droits de publier des livres sans supprimer ou ajouter certaines parties.
Nous réfléchissons aux prochains projets à élaborer. Nous travaillons sur un livre intitulé « Encyclopédie de la calligraphie arabe » avec l'aide du calligraphe Mouneer al-Shaarani, et un autre livre d'extraits d'Ibn Arabi. Ce livre a également été traduit dans d'autres langues (français, anglais et espagnol) et contient des illustrations et une introduction de Mouneer. Nous possédons également quatre livres traduits de l'allemand, du catalan et de l'anglais vers l'arabe.
SU : Vous semblez sous-entendre que le but de l'édition de livres n'est pas de faire du profit. Le but est-il d'acquérir des connaissances ? Comment peut-on atteindre cet objectif sans générer de revenu ?
SH: As I said previously, we have been oriented since the beginning towards the Syrian audience and the Syrian reader. That is, we take the Syrian reader into account.
SH : Comme je l'ai dit précédemment, depuis la création nous visons le public et le lectorat syrien. Il est au cœur de notre démarche.
SU : Les prix des livres en dehors de la Syrie sont-ils différents de ceux que vous vendez en Syrie ?
SH: Yes, very different. We participate in at least eight book fairs each year. The income we gain from sales at those events outside Syria helps us to stay afloat here. We also rely on grants to translate books from various languages into Arabic as part of what you could call “cultural promotion”: promoting French, Catalan, Spanish and German, for example. These grants fund at least 70 percent of our project.
SH : Oui, très différents. Nous participons à au moins huit foires du livre chaque année. Les revenus générés par les ventes réalisées lors de ces événements en dehors de la Syrie nous aident à rester à flot ici. Nous comptons également sur des subventions pour traduire des livres étrangers en arabe dans le cadre de ce que l'on pourrait appeler la « promotion culturelle » : promotion du français, du catalan, de l'espagnol et de l'allemand, par exemple. Ces subventions financent au moins 70 % de notre projet.
SU : Il est rare d'entendre le dirigeant d'une organisation privilégier les valeurs culturelles et intellectuelles à la rentabilité financière.
SH: Exactly. I concern myself with culture before profit-making as a publisher. Publishing is, in the end, a business venture, and lacking cultural concerns does not negate its sanctity. If you wanted to, you could turn your focus more to the business side of things and make great profits.
SH : Tout à fait. En tant qu'éditeur, mon objectif principal est la culture; l'aspect économique est relayé au second plan. Finalement, l'édition est une entreprise commerciale et l'absence de préoccupations culturelles n'enlève rien à son caractère sacré. Si vous le vouliez, vous pourriez vous concentrer davantage sur l'aspect commercial et réaliser des profits conséquents.
SU : Craignez-vous que les livres que Dar Atlas traduit en arabe soient coupables de « trahison » linguistique par le biais de la traduction ? En tant qu'éditeur, êtes-vous préoccupé par la correspondance entre le texte traduit et l'original ? Comme vous le savez, la traduction vise à accueillir l'étranger ; c'est une écoute, un dialogue et une interaction avec cet autre. Envisagez-vous la traduction dans ce cadre ?
SH: Of course. Without a doubt, I try to achieve a translation that is true to the original to the highest degree possible. However, there can be no “betrayal” in a true sense. Rather, there are certain choices that the translator deems appropriate in context.
SH : Bien sûr. Sans aucun doute, j'essaie de produire une traduction qui soit la plus fidèle possible à l'original. Cependant, il ne peut y avoir de « trahison » au sens propre du terme. Il y a plutôt certains choix que le traducteur juge appropriés en fonction du contexte.
SU : Ces choix découlent-ils de la nature même de la traduction ou du point de vue subjectif du traducteur ?
SH: From the requirements of the text, or the structure.
SH : Des exigences du texte ou de la structure.
SU : Cela s'applique-t-il à tous les traducteurs ?
SH: No. There is no translation that is 100 percent perfect. Rather, there is a set of ethics for translation. For example:
Nabil al-Huffar is among the most important translators, both in Syria and abroad. He translates from German to Arabic. His translations have, in essence, the “perspective of distance,” a beautiful phrase that I borrow from a wondering poet to describe Nabil’s moral and aesthetic expressiveness.
Finally, I read a text by Amin Maalouf in the original language and I noticed the difference: The translated text doesn’t have the same degree of beauty and luster as the original.
Maybe we are lucky to have translators with good knowledge of language, transmission, culture and interaction with others.
SH : Non. Il n'existe pas de traduction parfaite à 100 %. Il existe plutôt une éthique de la traduction. Par exemple :
Nabil al-Huffar est l'un des traducteurs les plus importants, tant en Syrie qu'à l'étranger. Il traduit de l'allemand vers l'arabe. Ses traductions ont, par essence, la « perspective de la distance », une belle expression que j'emprunte à un poète émerveillé pour décrire l'expressivité morale et esthétique de Nabil.
Enfin, j'ai lu un texte d'Amin Maalouf dans la langue originale et j'ai remarqué la différence : le texte traduit n'a pas le même degré de beauté et d'éclat que l'original.
Peut-être avons-nous la chance d'avoir des traducteurs ayant une bonne connaissance de la langue, de la transmission, de la culture et de l'interaction avec les autres.
SU : Ressentez-vous une certaine déception face à la scène culturelle actuelle en Syrie ?
SH: Of course. What can you expect amid this reality we’re living through?
SH : Bien sûr. Que peut-on espérer de cette réalité que nous vivons ?
SU : Excusez-moi pour cette prochaine question, mais je dois la poser : Tout comme vous avez préservé la mission de votre défunt père qui est celle de maintenir Dar Atlas en activité, y a-t-il quelqu'un qui poursuivra cette mission lorsque vous ne serez plus là ? À terme, comment envisagez-vous le futur de Dar Atlas ?
SH: There is nobody, and no heir. I’ve been thinking about this for a long time.
There are several options. I could hand over the publishing house to a competent and honest person so that it stays afloat. However, there’s nobody I can hand it to from my own family, as my sister and I are both unmarried. I have a brother, but he’s not involved in Dar Atlas at all. The whole rest of the family is in the diaspora, given that we are of Palestinian origin.
Yes, this issue bothers me, and I’m thinking of an alternative plan. I don’t know yet. I haven’t yet started the process of handing over Dar Atlas to anyone, as I’m still able to manage everything and follow through on projects.
SH : Il n'y a personne, et pas d'héritier. J'y pense depuis très longtemps.
Il y a plusieurs options. Je pourrais confier la maison d'édition à quelqu'un de compétent et honnête pour qu'elle reste à flot. Mais il n'y a personne dans ma famille à qui je puisse la confier, car ma sœur et moi sommes célibataires. J'ai un frère, mais il n'est pas du tout impliqué dans Dar Atlas. Nous sommes d'origine palestinienne et tout le reste de la famille appartient à la diaspora.
Oui, ce problème m'inquiète, et je réfléchis à un plan alternatif. Je ne sais pas encore. Je n'ai pas encore entamé le processus de transmission de Dar Atlas à qui que ce soit, car je suis encore capable de tout gérer et de mener à bien les projets.
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Le Mozambique punira ceux qui diffusent de « fausses informations »
Journaux publiés au Mozambique | pris par Dércio Tsandzana et utilisé avec la permission de l'auteur – 23.08.2018
[Sauf indication contraire, tous les liens renvoient vers des sites en portugais]
Le Mozambique a connu une augmentation des attaques terroristes dans le nord du pays depuis octobre 2021 [fr], en particulier dans la province de Cabo Delgado, créant une longue période de conflit dans la région. Personne ne sait qui se cache derrière ces actes de violence, bien que certains associent l'aggravation des problèmes de pauvreté ou l'augmentation du radicalisme religieux aux principales causes.
Selon le reportage « Cabo Ligado », les attaques à Cabo Delgado ont déjà fait plus de 2 000 morts et déplacé plus de 2 millions de personnes. Alors que de plus en plus de personnes sont touchées, un débat sur l'accès à l'information en temps de conflit émerge également. Il est devenu difficile de trouver des informations fiables sur ce qui se passe sur le terrain et la sécurité des journalistes est de plus en plus menacée.
L'un des cas emblématiques de cette situation est celui d'Ibrahimo Mbaruco, un journaliste disparu en 2020 alors qu'il travaillait quelque part près d'une zone de conflit. Mbaruco a disparu le 7 avril, après avoir été encerclé par des militaires, comme il l’a dit à sa famille. Cependant, deux ans plus tard, les autorités restent silencieuses sur sa disparition.
Le Gouvernement a déjà tenté de contrôler la manière dont les informations sur le terrorisme sont diffusées dans le pays. Par exemple, en novembre 2020, le Président mozambicain, Filipe Nyusi, a enjoint aux Forces armées mozambicaines (FADM) de rétablir la normalité dans les régions du pays touchées par le conflit. Il a spécifiquement attaqué l'utilisation des réseaux sociaux pour diffuser de la désinformation sur Cabo Delgado.
Plus de trois ans après le début des campagnes de terrorisme, le Mozambique se prépare maintenant à introduire la loi en faveur de la répression, la lutte et la prévention du terrorisme et des actions connexes. Elle vise à lutter contre la propagation de fausses informations sur le terrorisme dans le pays. Bien que ces lois soient considérées comme opportunes, les médias s'inquiètent. Le MISA-Mozambique, une entité régionale de défense de la liberté de la presse, s'interroge sur les intentions du Gouvernement derrière cette législation :
Apesar de um instrumento oportuno e cuja aprovação ampliará a salvaguarda da soberania nacional, esta proposta emendada da lei contempla disposições que colidem com a Constituição da República e demais legislação, especialmente no capítulo das Liberdades de Expressão e de Imprensa.
O número 1 do artigo 19 do instrumento legal refere que “aquele que por qualquer meio, divulgar informação classificada no âmbito da presente Lei, é punido com a pena de prisão de 12 a 16 anos.” Esta disposição reveste-se, em si, de injustiça, ao penalizar o jornalismo assim como os cidadãos em geral, e não a quem tem o dever de salvaguardar o “Segredo de Estado”, no caso, o servidor ou funcionário público detentor de tal informação classificada.
O número 2 do mesmo artigo refere que aquele que intencionalmente difundir informação segundo a qual um acto terrorista foi ou é susceptível de ser cometido, sabendo que a informação é falsa é punido com a pena de prisão de 8 a 12 anos. Esta disposição apresenta-se bastante subjectiva e passível de diversas interpretações quanto à noção de “falsidade” da informação veiculada sobre uma presumível acção terrorista. De facto e objectivamente, a veracidade de informações de um presumível acto terrorista é verificável.
Bien qu'il s'agisse d'un instrument opportun dont l'approbation permettra de sauvegarder notre souveraineté nationale, ce projet de loi modifié contient des dispositions contraires à la Constitution de la République et à d'autres législations, notamment dans le chapitre sur la liberté d'expression et de la presse.
L'article 19(1) de l'instrument juridique stipule que « quiconque, par quelque moyen que ce soit, divulgue des informations classifiées en vertu de la présente loi, sera puni d'une peine d'emprisonnement de 12 à 16 ans ». Cette disposition est en soi injuste, car elle pénalise les journalistes ainsi que les citoyens en général, et non ceux qui ont le devoir de sauvegarder les « secrets d'État », en l'occurrence les fonctionnaires ou les agents publics détenant de telles informations classifiées.
Le paragraphe 2 du même article dispose que quiconque diffuse intentionnellement des informations sur la survenance ou non d'un attentat terroriste, en sachant que ces informations sont fausses, sera puni d'une peine d'emprisonnement de 8 à 12 ans. Cette disposition est assez subjective et sujette à plusieurs interprétations quant à la notion de « fausseté » de l'information diffusée sur un acte terroriste présumé. En effet, objectivement, la véracité d'une information sur un acte terroriste présumé est vérifiable.
Après ces critiques, le Parlement a légèrement modifié la formulation de l'un des articles pour déclarer que :
Aquele que, por dever legal, tiver custódia ou sendo funcionário ou agente do Estado aceder à informação classificada por qualquer meio a divulgar, no âmbito da presente Lei, é punido com a pena de prisão de 12 a 16 anos.
Quiconque, de par ses fonctions, a la garde ou est un employé ou un agent de l'État, a accès à des informations classifiées par tout moyen à divulguer, dans le cadre de la présente loi, est puni d'une peine d'emprisonnement de 12 à 16 ans.
Toutefois, bien que MISA-Mozambique se soit félicité de ce changement, l'humeur reste sombre concernant certaines parties de cette loi. L'organisation régionale a déclaré :
Embora a redacção desta norma tenha evoluído, a mesma ainda manifesta sinais de alguma ambiguidade que podem resvalar na violação dos direitos e liberdades dos funcionários públicos, na medida em que não só criminaliza aquele que tem o dever legal de custódia ou de guardar a informação classificada, o que é compreensível, mas também qualquer funcionário ou agente do Estado.
Tal norma não é razoável, uma vez que este funcionário ou agente pode não estar sujeito a obrigação legal de custódia de informação classificada ou sequer saber que a informação que acedeu, por qualquer, meio é classificada. Esse rigor de custódia não deve ser generalizado a todos os funcionários ou agentes do Estado.
Bien que la formulation de cette loi ait changé, elle présente encore une certaine ambiguïté qui peut conduire à la violation des droits et libertés des fonctionnaires, car elle criminalise non seulement la personne qui a le devoir légal de conserver des informations classifiées, ce qui est compréhensible, mais aussi tout fonctionnaire ou agent de l'État.
Cet article n'est pas raisonnable, car cet employé ou agent peut ne pas être soumis à une obligation légale de conservation d'informations classifiées ou même savoir que les informations auxquelles il a eu accès, par quelque moyen que ce soit, sont classifiées. Une telle rigueur dans la conservation de cette loi ne doit pas être généralisée à tous les employés ou agents de l'État.
Liberté de la presse au Mozambique
Selon Reporters sans frontières, une organisation qui surveille la liberté de la presse dans le monde, un nombre important de médias au Mozambique sont contrôlés directement ou indirectement par les autorités ou les membres du parti Frelimo au pouvoir, ce qui entrave considérablement leur indépendance. Alors que la liberté et l'indépendance des journalistes sont censées être garanties par la Constitution, la loi sur la presse et le droit à l'information, la réalité sur le terrain est différente. La législation susmentionnée est peu appliquée, alors que l'État s'oriente de plus en plus vers l'autoritarisme et la propagande d'État.
Pour le classement général de la liberté de la presse en 2022, le Mozambique est classé 116e sur 180 pays [fr] pris en considération. Reporters sans frontières rapporte que les discours hostiles et les attaques contre les journalistes ont augmenté ces dernières années, avec 12 attaques en 2021. Ils notent qu'il est presque impossible pour les journalistes d'entrer dans le nord du pays sans risquer d'être arrêtés.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220616_004512";}s:15:"20220616_000235";a:7:{s:5:"title";s:125:"Selon les nationalistes chinois, les féministes et la communauté LGBTQ+ sont responsables de la baisse du taux de natalité";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/16/273047/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273047";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 15 Jun 2022 22:02:35 +0000";s:11:"description";s:197:"« Ce gouvernement porte atteinte aux droits reproductifs des femmes, à leur autonomie corporelle et utilise leur corps comme un outil au service de ses objectifs de développement économique. »";s:7:"content";s:18037:"
Les nationalistes chinois veulent une campagne pour relancer la natalité
A graffiti of the Xuzhou chained woman. Screen capture from a viral video on Twitter.
La République populaire de Chine (RPC) exerce un contrôle strict sur les droits reproductifs des femmes depuis 1949. En effet, à l'image du modèle soviétique, pour le nouvel État socialiste en vigueur, les objectifs nationaux priment sur les intérêts des individus et des familles.
Par le biais de la propagande, l'ancien Parti communiste chinois (PCC) Mao Zedong a encouragé la population à augmenter le taux de natalité afin de créer de la main-d'œuvre pour la nation nouvellement établie. En une décennie, la population du pays a doublé. Après la grande famine (1959-1961) qui a provoqué des dizaines de millions de victimes, Mao a de nouveau incité à augmenter le nombre de naissances. Au milieu des années 1970, le pays a été confronté à un problème de surpopulation et le nouveau dirigeant Deng Xiaoping a inversé la politique démographique à la fin des années 1970.
Entre 1978 et 2015, le Gouvernement a exercé un contrôle sur le corps des femmes par le biais de différentes politiques, comme celle de l'enfant unique en vigueur durant trois décennies. Pour faire appliquer cette décision, d'autres mesures ont été mises en place telles que la promotion des mariages tardifs et des contraceptifs, des incitations et des sanctions économiques, des mesures coercitives telles que les avortements et les stérilisations forcés.
Cependant, avec le vieillissement des baby-boomers des années 1960 et 1970, la Chine a reconnu qu'elle pourrait être confrontée à une grave pénurie de main-d'œuvre dans deux décennies. Selon des recherches locales, la population active chinoise (les personnes âgées de 16 à 65 ans) passerait de 790 millions en 2020 à 718 millions en 2040 et 666 millions en 2050. Beijing a donc aboli la politique de l'enfant unique et l'a remplacée par la politique des deux enfants en octobre 2015, puis celle des trois enfants en mai 2021.
Avec ces nouvelles législations, les femmes sont encouragées à procréer. Cependant, les interventions politiques ont été peu efficaces et le taux de fécondité a continué à baisser. Le nombre de nouveau-nés en 2021 était de 10,6 millions, soit 1,38 million de moins qu'en 2020 et 4,04 millions de moins qu'en 2019.
Le déclin important du nombre de naissances a coïncidé avec une augmentation du taux de divorce et une baisse du nombre de mariages prévus. En 2021, les autorités chinoises ont adopté une loi controversée sur le ralentissement des divorces et ont introduit une réforme de la coutume du mariage pour réduire les dépenses liées à cet événement. Ils ont également imposé des restrictions pour les avortements qui ne sont pas motivés par des raisons médicales.
La loi sur le divorce complique la procédure de séparation, car elle exige que les époux suivent une thérapie de couple après avoir déposé leur demande. Ils doivent également reconfirmer leur divorce après 30 jours ou leurs demandes sont automatiquement annulées. La directive sur l'avortement est une campagne visant à réduire les avortements non motivés par des motifs médicaux en Chine. De nombreuses féministes chinoises craignent que les autorités dressent une liste de critères plus concrets pour restreindre les avortements futurs.
Bien que le taux de divorce ait chuté de 43 % un an après la promulgation de la loi, le nombre d'enregistrements de mariages est lui aussi en baisse. En 2021 on dénombre 7,63 millions d'unions célébrées, soit environ 1 million de moins qu'en 2020. L'âge moyen du mariage recule également.
En plus d'être inefficaces, ces politiques suscitent également de nombreuses critiques des féministes qui reprochent au gouvernement de porter atteinte aux droits reproductifs des femmes et à la liberté de mariage.
Wang Yaqiu, chercheur à Human Right Watch, au sujet du problème causé par la nouvelle directive sur l'avortement :
China will reduce “not medically necessary” abortions. This is very alarming, but I'm not surprised. This government is so consistent in treating women's body as a tool for its economic development goals, and in violating women's reproductive choice and bodily autonomy. pic.twitter.com/IGGfGKeQbo
La Chine va réduire les avortements « non médicalement nécessaires ». C'est très alarmant, mais je ne suis pas surpris. Cette décision coïncide avec la manière dont le gouvernement porte atteinte aux droits reproductifs des femmes, à leur autonomie corporelle et utilise leur corps comme un outil au service de ses objectifs de développement économique. pic.twitter.com/IGGfGKeQbo
Au cœur de la polémique, le censeur est intervenu pour réduire au silence les voix des femmes indépendantes et critiques. En avril 2021, soit deux semaines avant l'introduction de la politique des trois enfants, le censeur du Web a lancé une campagne de répression contre les groupes féministes en ligne qui défendent le mouvement 6B4T.
Originaires de Corée du Sud, les membres du mouvement 6B4T renoncent aux relations sexuelles, à enfanter, aux fréquentations et au mariage avec des hommes. Les groupes féministes chinois du mouvement 6B4T ont été interdits sur les réseaux sociaux chinois et qualifiés d'« extrêmes » et de « radicaux » par les organismes de censure sur le Web.
Dans le même temps, les nationalistes ont été mobilisés pour attaquer les féministes qui critiquaient la culture hyper-masculine sur les réseaux sociaux.
Ces dernières années, des trolls nationalistes en ligne ont stigmatisé les féministes défendant les droits reproductifs et sexuels des femmes contre le patriarcat en utilisant des « poings féminins » (女拳) qui se bagarrent avec les hommes. Ces dernières perturberaient les relations harmonieuses entre les sexes en Chine et seraient responsables du faible taux de fécondité du pays. Certains accusent même les féministes révoltés de conspirer avec des « forces étrangères » parce qu'elles critiquent certaines politiques de l'État.
Un article largement diffusé, intitulé « Comment les poings féminins extrêmes incitent les jeunes à ne pas se marier et à ne pas donner naissance ? » (极端女拳如何带节奏煽动年轻人不婚不育?), publié en juin 2021, résume largement les opinions nationalistes sur les féministes chinoises :
[poings féminins]… encouragent les filles à déprécier et à mépriser les hommes. Elles utilisent les perspectives de genre pour créer des conflits au sein de la société. Même si leur impact est limité, celles qui ont subi un lavage de cerveau ont renoncé à la volonté de procréer et ont rejoint les « poings féminins » pour les aider à diffuser leurs idées. Le revers de la médaille est qu'elles incitent les hommes à haïr les femmes, car celles-ci deviennent moins adorables, trop exigeantes et méprisent les hommes…
La répression en ligne s'est également étendue aux populations LGBTQ+. En juillet 2021, la censure a supprimé une douzaine de comptes publics LGBTQ+ sur WeChat et des commentateurs pro-gouvernementaux ont répandu l'idée que l'homosexualité avait été importée d'Occident et était en contradiction avec les valeurs traditionnelles chinoises.
Malgré la répression, les critiques féministes du système patriarcal et des violences contre les femmes ont refait surface en début d'année 2022 après la révélation de l'incident de la femme enchaînée de Xuzhou. Dans une vidéo virale tournée pour promouvoir le programme de lutte contre la pauvreté des autorités locales, une femme semblait enchaînée à un mur. L'enquête a révélé que la victime, retenue prisonnière pendant plus de 20 ans, avait été contrainte à mettre au monde huit enfants. Les images de la femme séquestrée se sont très rapidement propagées sur les réseaux sociaux; les gens ont commencé à protester contre l'esclavage sexuel et l'oppression systématique des femmes en Chine.
Pourtant, une fois l'indignation retombée, les féministes chinoises ont dû faire face à une nouvelle vague d'attaques en provenance des médias nationaux, des leaders d'opinion pro-gouvernementaux et de la Ligue de la jeunesse communiste de Chine (LJCC).
Le 12 avril, la CYLC a publié sur Weibo un message qualifiant le féminisme extrême de « cancer » qu'il fallait éliminer. Ce post hostile a été rédigé après un déluge de critiques en ligne sur la représentation visuelle, l'illustration des héros du PCC par la ligue de la jeunesse dans un ancienpost sous le slogan « Chaque jeune génération a été à la hauteur de son temps » (每一代青年都无愧于时代). Dans la collection de six photos historiques de la ligue, il n'y a aucune figure féminine.
Le média d'État, Beijing Evening News, a également publié un article accusant le « poing féminin » de diffuser des opinions empoisonnées et demandant un contrôle plus strict en ligne à leur encontre. Cela fait écho à l'appel menaçant de la CYLC.
Quelques jours plus tard, Renmin Zhengxiebao, un journal dépendant de la Conférence Consultative Politique du Peuple Chinois, a mis en avant la suggestion d'un expert juridique, Li Huacheng, visant à stimuler le taux de mariage et de fécondité :
Les médias devraient réduire ou supprimer les reportages sur les « femmes indépendantes » et les « DRSE » (Double Revenus Sans Enfant), car ils vont à l'encontre des valeurs dominantes. Les ressources médiatiques devraient être consacrées aux reportages sur la vie de famille satisfaisante… en créant un consensus parmi les jeunes pour que le « yousheng youyu » (优生优育 eugénisme ou naissance et éducation de qualité) soit une obligation.
Cependant, le choix de ne pas se marier et de ne pas avoir d'enfants ne se limite pas aux féministes chinoises. Le faible taux de natalité est devenu une tendance dans la majorité des pays développés. De même, la classe moyenne urbaine chinoise des villes de premier et deuxième rangs préfère consacrer son temps et son énergie à sa carrière, plutôt qu'à élever des enfants.
En outre, depuis le début de l'année 2021, les milléniaux chinois ont lancé le mouvement Lying Flatism, une contre-culture qui prône un mode de vie simple, moins matérialiste et s'oppose à la culture du travail hautement exploitante. L'une de leurs stratégies consiste à refuser de se marier et avoir des enfants.
Après l'épidémie Omicron, des centaines de millions de Chinois ont été privés de leurs droits et de leur liberté. Dans le cadre de la politique de zéro Covid du pays, ils ont été contraints de vivre enfermés, de se soumettre sans cesse à des tests PCR et de voir leurs déplacements limités par le code de la santé. Certains ont perdu tout espoir en l'avenir, ont rejoint le mouvement « Lying Flying » et déclarent appartenir à la dernière génération.
Le nationalisme chinois peut continuer à affirmer que les féministes et la communauté LGBTQ+ sont responsables de la crise démographique mais la lutte idéologique n'empêchera pas l'effondrement du taux de natalité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220616_000235";}s:15:"20220613_182629";a:7:{s:5:"title";s:95:"Mongolie : une sensibilisation à la pollution nécessaire pour éviter de plus grands dommages";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/13/272165/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272165";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 13 Jun 2022 16:26:29 +0000";s:11:"description";s:175:"La Mongolie, pays vaste et peu peuplé, est confronté au problème de la pollution causé principalement par le manque de sensibilisation de la population à l'environnement.";s:7:"content";s:11869:"
Les anciennes méthodes ne cadrent pas avec les nouveaux déchets
Vue d'un coucher de soleil sur le désert de Gobi, Mongolie. Image de Khaliun Ganbaatar, avec la permission de The Nature Conservacy. Utilisation autorisée.
Avec une superficie de 1,5 million de kilomètres carrés, la Mongolie occupe la 18e place sur la liste des plus grands pays du monde. Son vaste territoire renferme des forêts boréales vierges, des écosystèmes montagneux et plusieurs types d'étendues d'herbes sauvages, aussi connues sous le nom de steppes. Avec une démographie de 3,3 millions d'habitants, la Mongolie est aussi l'un des pays les moins peuplés du monde ; ce qui en fait un excellent choix pour la préservation de la biodiversité.
Cependant, au cours des trente dernières années, l'environnement de la Mongolie a été confronté à de multiples menaces, dont l'exploitation minière et le développement des infrastructures, le surpâturage, l'exploitation des énergies fossiles, la désertification et le changement climatique, qui se manifeste par des augmentations sans précédent de la température de l'air et par des fluctuations anormales dans les schémas de précipitations.
Le changement climatique entraîne des conséquences sur les réserves fourragères, la composition des plantes et la diversité des pâturages. De même, il engendre un nombre toujours plus élevé de catastrophes naturelles, comme des sécheresses et des dzuds, ces hivers caractérisés par des conditions climatiques très difficiles, qui causent la mort en masse du bétail, ce dernier se retrouvant incapable de survivre face à la famine ou aux températures négatives extrêmes.
À ce contexte s'ajoute une nouvelle source de pollution : les activités quotidiennes des habitants et leur approche de l'environnement.
Lit d'une rivière jonché de bouteilles en verre et en plastique. Photo d'Amedeo Bastiano. Utilisation autorisée.
Par exemple, il n'est pas rare de trouver en été des bouteilles de vodka vides dans le lit asséché des rivières. Sur les collines, on rencontre des autels constitués d'emballages plastiques et de canettes à côté des véritables autels érigés pour prier le dieu Tenger, un personnage central dans les croyances chamaniques mongoles. En dehors des villages, au milieu de la steppe, on peut tomber sur des décharges à ciel ouvert. À seulement quelques kilomètres de leurs maisons, les habitants amassent les déchets qu'ils produisent pendant l'hiver et les brûlent. Aux alentours, il est ensuite possible d'apercevoir des résidus de plastique déformés pendant de nombreux mois.
Selon une experte locale, la cause à l'origine de cette pollution est le manque de sensibilisation de la population mongole à l'environnement. Batsuren S. est une ingénieure en environnement de 37 ans qui a obtenu son diplôme dans l'une des meilleures universités de Mongolie. Elle a suivi des études spécialisées dans un célèbre établissement d'Asie du Sud, dans lequel elle travaille désormais en tant que chercheuse. Elle a demandé à ce que son nom de famille et son nom de jeune fille restent confidentiels. Elle explique que :
En Mongolie, les habitants ne se rendent pas compte que leurs actions ont des conséquences. S'ils laissent une bouteille dans une prairie, celle-ci pourrait finir dans une rivière ou être mangée par un yak, qui en mourrait. Mais les gens ne sont pas éduqués pour penser de cette manière. Ils disent simplement « j'ai envie de boire une bière », ou de la vodka, ou de l'eau, puis ils boivent et laissent la bouteille dans l'herbe.
Le peuple mongol est un jeune peuple, ce qui signifie qu'il n'est pas complètement conscient de son impact sur le plan social et qu'il ne comprend pas véritablement à quel point la nature est vulnérable, affirme Batsuren S. en mettant en relation le problème avec le changement récent de mode de vie :
Il y a seulement quelques dizaines d'années, les gens d'ici étaient presque exclusivement nomades. Ce n'est que récemment qu'ils ont commencé à se rassembler dans des villes et, même aujourd'hui, environ la moitié de la population suit toujours le mode de vie traditionnel nomade. Dans le passé, les déchets des nomades pouvaient être abandonnés dans la nature sans trop de risque. Il s'agissait de carcasses d'animaux, de fourrures, de bois, et de tissu naturel utilisé pour les vêtements. Après quelques semaines, les agents environnementaux se chargeaient de les dégrader et ils retournaient à leur état d'origine, sans que le sol n'ait subi aucun dommage.
De nos jours, les déchets ont changé de nature et se sont transformés en verre, en plastique, en métal, en essence et en produits chimiques. Cependant, pour ceux qui ne connaissent pas leur danger, il n'est pas simple d'appréhender les conséquences qu'engendre leur abandon dans la nature.
Selon Gala Davaa, directeur de l'ONG The Nature Conservancy, la plupart des personnes sont, dans une certaine mesure, conscientes du changement climatique. C'est particulièrement le cas de la jeune génération. Comme il l'explique :
Une partie de la nouvelle classe dominante en Mongolie exprime une inquiétude particulière à ce sujet. Les communautés d'éleveurs se rendent également compte que des changements sont en train de s'opérer. Ils observent la nature chaque jour et constatent qu'elle ne se comporte plus de la même manière qu'avant. De nombreuses informations circulent sur Internet. Cependant, les institutions ne communiquent pas systématiquement avec la population et, alors que les habitants reconnaissent l'importance de protéger la nature, ils n'ont encore qu'une connaissance limitée des moyens pour le faire.
Il ajoute qu'en 1998, le gouvernement mongol avait approuvé un Programme public d'éducation à l'écologie, qui devait être mis en oeuvre entre 1998 et 2005. Néanmoins, personne n'avait préparé de plan pour le traduire en actions concrètes qui permettraient d'atteindre des objectifs à long terme. En conséquence, les résultats positifs, mais inégaux obtenus à l'origine s'estompent aujourd'hui peu à peu.
Selon Gala Davaa :
Entre 2019 et 2020, le gouvernent a désigné 32 nouvelles zones protégées, soit un total de 4,9 millions d'hectares. Il s'est également engagé à mettre sous protection nationale 30% du territoire du pays. Il est déjà parvenu à en protéger 21%, ce qui équivaut à presque 33 millions d'hectares. À cela s'ajoutent 31 millions d'hectares supplémentaires désormais désignés comme zones localement protégées. Prendre l'ensemble de ces mesures a demandé un effort considérable. Pourtant, à cause de l'absence d'un programme institutionnel pour diffuser les informations, de nombreuses personnes restent ignorantes, même parmi la communauté scientifique. Il manque au pays une approche de la préservation de la nature basée sur la science et la population tend à trop simplifier les questions relatives à l'environnement.
Pour Batsuren S. comme pour Gala Davaa, il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la situation : changer la mentalité des habitants. Pour ce faire, les institutions et le gouvernement doivent s'engager à suivre une politique visant à dispenser une meilleure éducation environnementale.
Pour conclure, Batsuren S. déclare qu’ « ils [le gouvernement] doivent continuer à lancer des campagnes d'information massives, à sensibiliser plus uniformément et systématiquement la population et à pousser cette dernière à prêter plus d'attention à l'environnement. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220613_182629";}s:15:"20220613_180634";a:7:{s:5:"title";s:177:"L'empoisonnement illicite d'animaux sauvages dans les Balkans constitue une menace pour la biodiversité ; et pourtant seulement 1% des cas font l'objet d'une action en justice.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/13/272952/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272952";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 13 Jun 2022 16:06:34 +0000";s:11:"description";s:251:"D'après une étude récente, l'utilisation illicite de substances toxiques envers des animaux « indésirables » continue de passer inaperçue et de rester impunie même si cette pratique reste une menace pour la biodiversité et la santé publique.";s:7:"content";s:13762:"
L'empoisonnement d'animaux sauvages entraine l'extinction de vautours et autres espèces.
Vautour fauve mort empoisonné en Bulgarie. Photo de Hristo Peshev/ FWFF, utilisée avec permission.
BalkanDetox LIFE project est l'auteur de cet article. Une version éditée est republiée sur Global Voices avec autorisation.
L'usage illicite de substances toxiques dans l'environnement envers des animaux qualifiés « d'indésirables » représente une menace pour la diversité biologique ainsi que pour la santé publique. Pourtant, selon une étude récente sur l'empoisonnement des vautours dans les Balkans réalisée par BalkanDetox LIFE (un projet subventionné par le Programme de financement européen LIFE), cette pratique continue de passer inaperçue et de rester impunie.
Au cours de la période étudiée, entre 2000 et 2020, 1 046 cas d'empoisonnement d'animaux sauvages (y compris des cas présumés) ont été répertoriés à travers l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine du Nord, et la Serbie. Les conflits entre humains et mammifères prédateurs (en particulier les loups, renards, chacals et ours) qui représentent une menace pour les cheptels, la production agricole et le gibier dans les zones de chasse semblent être la principale raison derrière ces empoisonnements.
Lors d'un communiqué de presse, Uroš Pantović, le coordonnateur de projets de BalkanDetox LIFE, a déclaré :
« Cette pratique ne résout pas les conflits entre les humains et la faune sauvage. Aussi, elle n'est pas sélective, car elle met en danger des espèces en voie de disparition ainsi que les citoyens (notamment des enfants) qui ignorent son existence. »
Des carbamates, en particulier du Carbofuran, ont été décelés dans presque tous les cas d'empoisonnement. Le carbofuran est un pesticide interdit qui présente des risques pour la santé; selon le Centre américain pour les informations biotechnologiques (NCBI) , une seule dose de quelques milligrammes peut être mortelle pour les humains « en cas d'ingestion, d'inhalation, ou d'absorption cutanée. Un contact avec la peau ou les yeux peut provoquer des brûlures. »
Vautour d'Egypte mort empoisonné dans la Macédoine du Nord. Photo de Metodija Velevski/ MES, utilisée avec permission.
En général ce sont les charognards qui souffrent le plus d'empoisonnement illicite, mais pas autant que les vautours qui sont identifiés dans un cas sur quatre. Entre 2000 et 2020, 465 vautours sont morts dans la péninsule des Balkans, y compris 47 vautours d'Egypte, 17 vautours Moine et un gypaète barbu.
Dans cette région, la population des vautours fauves est la plus touchée : 400 sont morts suite à 233 incidents isolés ou suite à des incidents présumés d'empoisonnement. Ils sont suivis de près de la buse variable (392 morts lors de 190 incidents isolés) et du renard roux (389 morts lors de 141 incidents isolés).
« D'après des estimations, près de 115 vautours meurent empoisonnés chaque année dans les Balkans, y compris les 20% de cas qui ne sont jamais découverts ou signalés.»
Cette pratique a de lourdes conséquences sur les populations de vautours de la région et a entraîné l'extinction de certaines espèces à l'échelle locale et régionale. L'empoisonnement d'animaux sauvages reste la menace la plus importante pesant sur les vautours de la péninsule des Balkans et empêche aujourd'hui leur rétablissement. Ce facteur limitatif doit être pris en compte dans la planification de programmes de conservation, et en particulier des programmes de repeuplement et de réintroduction de vautours.
Besoin urgent de lutter contre l'empoisonnement d'animaux sauvages dans les Balkans
Un manque de sensibilisation, d'engagement des autorités gouvernementales compétentes, de clarté des lois et des juridictions, ainsi qu'un manque de ressources et de capacités nécessaires au contrôle des cas d'empoisonnement, constituent les principaux obstacles auxquels nous sommes confrontés pour lutter efficacement contre ce problème.
Selon l'étude menée en 2022 sur l'empoisonnement des vautours dans les Balkans :
« Cette pratique est illégale en Europe, y compris dans les Balkans, mais la population locale l'utilise encore comme un moyen rapide et bon marché pour résoudre ses différends avec les prédateurs et autres animaux sauvages. La principale motivation pour cet usage intensif de substances toxiques est le conflit qui existe entre les éleveurs de bétail, les chasseurs, les fermiers et les prédateurs mammifères, en particulier les loups, mais aussi les chacals, les renards et les chiens errants ou sauvages…Une mauvaise application de la loi, le marché illégal de pesticides interdits et le libre accès à des substances toxiques sur les marchés, facilitent son usage à grande échelle. »
De plus, « il n'est pas rare que » l'empoisonnement illicite « soit utilisé comme moyen pour régler des différends et disputes entre plusieurs personnes. »
Dans certains pays des Balkans, l'impunité de l'empoisonnement d'animaux sauvages n'a que récemment fait l'objet d'un débat public. Par exemple, jusqu'en 2019, cette pratique n'était pas considérée comme un crime en Albanie. Le court métrage documentaire qui suit, publié sur YouTube par la Fondation pour la Conservation des Vautours, fait la lumière sur le phénomène de l'empoisonnement des animaux sauvages en Albanie, au fil des ans et jusqu'à aujourd'hui.
Les écologistes, qui luttent pour protéger les vautours et autres animaux, cherchent à sensibiliser le public sur la gravité de cette pratique et à la rendre socialement inacceptable.
Ils utilisent différents moyens pour faire passer leur message, notamment des animations pédagogiques pour informer les jeunes mais aussi les plus âgés :
Lutter contre l'empoisonnement illicite d'animaux sauvages nécessite une approche pluridisciplinaire et la concertation de multiples intervenants.
Les principales circonstances aggravantes et barrières à la prévention et à la répression de l'empoisonnement d'animaux sauvages incluent un manque de clarté de la législation, des lacunes dans l'application des lois, des peines trop légères, des protocoles d'intervention policière insuffisants et vagues, ainsi que des capacités limitées de la police.
Le programme de BalkanDetox LIFE vise à impliquer davantage les autorités compétentes et à renforcer leurs capacités grâce à l'Académie de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (WCA) et d'autres projets de formation, dans le but d'améliorer l'investigation et le contrôle des cas d'empoisonnement. Il préconise une élaboration de procédures opérationnelles normalisées plus efficaces et plus claires afin de définir les responsabilités de chacun dans le signalement, l'investigation et le contrôle des cas d'empoisonnement, en se basant sur les meilleures pratiques en vigueur actuellement dans d'autres pays.
Aigle royal mort empoisonné en Grèce. Photo de Lavrentis Sidiropoulos, utilisée avec permission.
Par exemple, selon cette récente enquête menée dans les Balkans entre 2000 et 2020, 1 046 cas auraient été répertoriés dans l'ensemble des pays étudiés . Plus de la moitié (55 %) ont été recensés en Grèce, et plus d'un quart (28 %) en Serbie. Dans ces deux pays, des organisations de la société civile locales ont déployé d'énormes efforts afin de contrôler l'empoisonnement de la faune sauvage.
Les auteurs de l'étude soulignent que le manque d'informations d'autres pays pourrait laisser entendre que ce type de criminalité environnementale est beaucoup plus présent en Grèce. Toutefois, ils notent que le taux d'incidence pourrait bien être plus élevé dans d'autres pays, mais les cas sont quasiment impossibles à évaluer en raison de l'absence d'études au niveau local.
« En vérité, si davantage d'efforts étaient investis dans ce domaine d'études, davantage de cas seraient alors décelés. Cela vaut aussi pour la répartition spatiale des cas d'empoisonnement, et c'est pourquoi les régions qui ont renforcé leurs mesures de contrôle enregistrent en général un nombre de cas beaucoup plus élevé. Par conséquent, il est très probable que la situation actuelle de l'empoisonnement d'animaux sauvages dans la péninsule des Balkans et dans chacun de ses pays ne reflète pas la réalité et qu'un grand nombre de cas d'empoisonnement ne soit pas comptabilisé. »
De plus, le projet préconise d'améliorer la communication et l'échange d'informations entre les institutions judiciaires et les domaines juridiques compétents afin d'accélérer les procédures d'investigation et les procédures judiciaires dans les cas d'empoisonnement de la faune sauvage.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220613_180634";}s:15:"20220613_174101";a:7:{s:5:"title";s:99:"Comment « Squid Game » a détourné Halloween et une cérémonie de mariage traditionnel au Kenya";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/13/273075/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273075";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 13 Jun 2022 15:41:01 +0000";s:11:"description";s:184:"En dépit des critiques reçues pour sa violence et son côté gore, la série est indéniablement devenue un phénomène culturel mondial, exportant la culture pop coréenne au monde.";s:7:"content";s:16185:"
La série Netflix est devenue un phénomène culturel sur Internet
Le marié (en veste bleue) cherche sa femme lors d'une cérémonie de mariage traditionnel au Kenya, inspiré par la série Netflix « Squid Game » (Source : @ViralTeaKe via Twitter)
« Squid Game », la série à succès diffusée en septembre sur Netflix, est devenue le programme télévisé le plus regardé au monde et un phénomène culturel sur Internet. Depuis lors, sa portée a dépassé les frontières d'Internet, a fait son chemin dans la culture populaire. Récemment, une cérémonie de mariage traditionnelle au Kenya s'est déroulée sur le thème de la série. Les célébrations d'Halloween de cette année au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud ont entraîné une augmentation des recherches sur Google de costumes sur le thème de « Squid Game ».
« Squid Game » est une série télévisée de survie sud-coréenne qui tourne autour d’un concours dans lequel 456 concurrents très endettés jouent à une série de jeux classiques pour enfants dans l'espoir de remporter un prix de 38 millions de dollars (américains). Lorsqu'un candidat perd lors d'un jeu, il meurt.
Jusqu'ici, la série — classée TV-MA pour le langage, la violence, le sexe, la nudité, le suicide et le tabagisme — a été visionnée plus de 111 millions de fois. Peu après le début de sa diffusion sur Netflix le 17 septembre, la série a pris l’Internet d'assaut, a engendré des vidéos de challenges inspirés du programme sur TikTok et a inspiré la création de centaines de mèmes sur les réseaux sociaux.
Des masques inspirés de « Squid Game » pour une cérémonie de mariage traditionnel
Il y a quelques jours, des photos et des vidéos d'une cérémonie de mariage traditionnel, connue sous le nom de ngurario, sur le thème de Squid Game ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux kenyans. Sur les photos, on peut voir de jeunes femmes attendant, en ligne, que le marié trouve sa femme, tout en portant les fameux masques de la série, notamment ceux avec le carré, le cercle, le triangle et celui entièrement noir. On peut voir qu'elles étaient également vêtues de différentes tenues traditionnelles, propres de tels événements au Kenya.
Originaire de la communauté Gĩkũyũ/Kikuyu au centre du Kenya, cette cérémonie représente la dernière partie des nombreuses festivités de dot et menant au mariage de la communauté, lors de laquelle le marié doit gũcagũra mũka — identifier son épouse parmi un groupe de femmes dont l'identité a délibérément été cachée.
Celles-ci — souvent des amies, des sœurs ou des cousines de la mariée — sont emmitouflées de la tête aux pieds de khangas (capes) et présentées en groupe au marié et à l'assemblée présente.
Le marié découvre celle qu'il pense être sa femme en enlevant la cape qui lui couvre la tête. Lorsqu'il l'identifie, la cérémonie est marquée par une foule en liesse. En revanche, s'il choisit une personne autreque sa femme, il est condamné à payer une amende à la famille de la mariée. S'il en est dans l'incapacité, il peut demander l'aide de son témoin.
Le maître de cérémonie, Antony Gitau, alias Mc Tony, qui a pris et partagé les vidéos en ligne, a rapporté à Citizen Digital, un organe de presse kenyan, qu'il pense que le masque que portait chaque femme avait chacun un symbole. Dans la série, les masques avec un cercle, un carré et un triangle représentent les différents statuts dont font partie les gardes. Lors de la cérémonie qui s'est tenue samedi, la femme portait légitimement un masque arborant un triangle, et selon Gitau, cela démontre qu'elle sera toujours présente [pour son mari].
You see, from the show, you could tell the ranks and hierarchy of the guards based on the masks they wore.
Workers with square shapes oversee the other workers and the players. The triangle shape masks are traditionally the protectors/enforcers and armed with weapons.
Dans la série, on peut déterminer le statut des gardes et leur hiérarchie en fonction des masques qu'ils portent.
Ceux avec un carré sur leur masque supervisent les autres gardes ainsi que les joueurs. Ceux avec un triangle sur le leur correspondent aux protecteurs et forces armées, et ont justement des armes.
Les internautes kenyans ont trouvé la vidéo drôle et ingénieuse :
When you thought you had seen it all then boom
A squid game themed Ruracio ??????
You gotta love Kenya guys…. pic.twitter.com/5IJ75D2Y04
Tu pensais avoir tout vu et boom, Un mariage sur le thème de Squid Game ??????
Pas d'autres choix que d'aimer le Kenya, les gars….pic.twitter.com/5IJ75D2Y04
Un journaliste de Citizen Digital confirme : « Nous sommes tout simplement heureux de savoir que s'il avait choisi la mauvaise femme, le marié n'aurait pas été abattu d'une balle devant ses proches. »
Des costumes « Squid Game » pour Halloween
Halloween — une fête principalement célébrée aux États-Unis et dans les pays occidentaux le 31 octobre — s'est répandue dans certaines grandes villes d'Afrique.
Depuis la diffusion de la série le 17 septembre 2021, les tendances de recherche Google indiquent que l'intérêt des Kenyans, des Nigérians et des Sud-Africains pour le programme n'a cessé d'augmenter, jusqu'à la semaine précédant Halloween où les recherches pour des costumes inspirés de la série ont connu un pic. Ces dernières constituent même la tendance majeure dans ces trois pays.
Selon Star Newspaper, les Kenyans célébrant Halloween avaient hâte de présenter leurs costumes inspirés du thème pop culture.
URGENT: LOOKING FOR A SQUID GAME MASK FOR WEEKEND. ANY SHOP IN KENYA THAT HAS ONE PLEASE DIRECT ME. RT
En Afrique du Sud, Squid Game a fait l'objet du plus grand nombre de recherches Google pour Halloween, avec les provinces de Cap-Occidental, KwaZulu-Natal, Gauteng, Cap-du-Nord et État libre générant le plus de requêtes.
Au Nigeria, les données des tendances montrent que les recherches du terme « Halloween » n'ont cessé d'augmenter au cours des trente derniers jours, avec les États de Kwara, Oyo, Katsina, Bauchi, et Benue générant le plus de requêtes. « Costumes Squid Game », « Costumes Cendrillon » et « Costumes Père Noël » constituent le top 3 des recherches.
Squid Game faisant désormais partie de la culture populaire, certaines personnes sont inquiètes de savoir que des enfants, parfois de 5 ans seulement, regardent la série. En tant que mère de trois enfants, je me suis demandée, dans une tribune publiée dans The Elephant, si les parents devaient s'inquiéter que leurs enfants regardent et parfois imitent certaines scènes de la série. En effet, des rapports ont émergé en Grande-Bretagne, en Belgique et en Australie montrant que des enfants reproduisent à leur manière la série dans les cours de récréation.
En dépit des critiques que le programme a reçues en raison de sa violence, décrite comme sombre et gore, il est indéniablement devenu un phénomène culturel mondial, qui a permis à la culture pop coréenne de s'exporter dans le monde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220613_174101";}s:15:"20220610_010949";a:7:{s:5:"title";s:67:"Rencontre avec El Hadji Ibrahima DIAGO, militant de la langue wolof";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/10/273083/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273083";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 09 Jun 2022 23:09:49 +0000";s:11:"description";s:127:"Depuis le Sénégal, El hadji Ibrahima DIAGO a crée un podcast afin d'explorer l'intersection entre le wolof et la technologie";s:7:"content";s:10042:"
Photo fournie par El Hadji Ibrahima DIAGO et utilisée avec autorisation.
Dans le cadre de notre série en cours visant à mettre en exergue le travail des activistes qui font la promotion des langues africaines dans des sphères digitales, nous présentons aujourd'hui El Hadji Ibrahima DIAGO (@elibdiago) qui nous vient du Sénégal.
Ce locuteur wolof, langue utilisée par près de 10 millions de locuteurs comme première ou seconde langue au Sénégal et dans d'autres parties de l'Afrique occidentale. Son travail peut être écouté dans le podcast Wolof Tech, qui met en avant les initiatives prises en lien avec la technologie.
Rising Voices (RV): Parlez-nous de vous.
El Hadji Ibrahima DIAGO (EHID): I am a computer engineer and podcaster for several years. I am Senegalese and a passionate of new technologies and that since my childhood. I created two years ago, a podcast called Wolof Tech which is a program that talks about new technologies in Wolof, a local language in Senegal spoken by over 90% of the population.
The podcast is organized in several seasons, each of which includes about ten episodes where we invite experts, entrepreneurs, professors, and students to discuss topics in new technologies.
El Hadji Ibrahima DIAGO (EHID): Je suis ingénieur en informatique et podcaster depuis plusieurs années. Je suis sénégalais et les nouvelles technologies me passionnent depuis mon enfance. J'ai réalisé il y a de cela deux ans un podcast qui s’intitule Wolof Tech un programme qui parle des nouvelles technologies en wolof, langue locale du Sénégal parlée par plus de 90% de la population.
Le podcast est organisé en différentes sections, et chaque section comprend une dizaine d'épisodes dans lesquels nous invitons des experts, des hommes d'affaires, des professeurs et des étudiants à parler des nouvelles technologies.
RV: Quel est le statut actuel de votre langue en ligne et hors ligne ?
EHID: Today, in the field of new technologies, the Wolof language is not very well represented. Most of the course materials are in French and English, which excludes a very large part of the population, i.e., the unschooled who represent 53% of the population.
EHID: Aujourd'hui, dans l'environnement des nouvelles technologies, le wolof est peu représenté. La majeure partie du matériel didactique est en français et en anglais, ce qui exclut une part très importante de la population, c'est à dire, ceux qui ne sont pas scolarisés qui représentent 53% de la population;
RV: Qu'est-ce qui te motive à voir ta langue présente dans les espaces numériques ?
EHID: We believe that language is just a tool to access knowledge which is itself universal, it has no color or belonging. We can and must be able to use our mother tongue to access all kinds of knowledge. And this requires an enormous work to make the translation of the contents and the adaptation of some examples for a better understanding of the concepts.
We think that if we can make our populations understand the impact and the interest of these new technologies in their lives, they will be able to have new reflections to improve their life, their work etc…
A collaboration between the experts of the field and the populations in the need of change and evolution will be the beginning of a new era which will lead us towards the true development where all the parts will be implied with a great improvement of the levels of understanding.
EHID: Nous croyons que la langue est seulement un outil pour accéder à la connaissance; qu'elle est universelle, sans couleur et sans appartenance. Nous pouvons et nous devons utiliser notre langue maternelle pour accéder à toute la connaissance. Et cela requiert un travail énorme pour faire la traduction des contenus et l'adaptation de quelques exemples pour une meilleure compréhension de certains concepts.
Nous pensons que si nous parvenons à faire entendre à notre population l'impact et l'intérêt des nouvelles technologies dans la vie quotidienne, nous pourrons avoir de nouvelles réflexions visant à améliorer la vie et le travail de la population, etc…
Une collaboration entre les experts du secteur et les populations qui ont besoin de changement et d'évolution sera le début d'une nouvelle ère qui nous mènera vers le véritable développement où toutes les parties seront impliquées avec une grande amélioration des niveaux de compréhension
RV: Quels sont les défis qui freinent l'utilisation pleine de votre langue en ligne ?
EHID: The Wolof language is not taught at school in Senegal. It is not included in the school curriculum and this is the reason why our people cannot even write words correctly. Thus we notice a certain anarchy in the spelling of words especially in social networks.
EHID: Le wolof n'est pas enseigné à l'école au Sénégal. La langue ne figure pas dans les programmes scolaires et c'est la raison pour laquelle notre peuple n'est pas en mesure d'écrire des mots correctement. On constate une arnaque dans l’orthographe des mots, en particulier sur les réseaux sociaux
RV: D'après vous, quels actes concrets pourraient être posés pour inciter les plus jeunes à apprendre leur langue ou à continuer à l'utiliser?
EHID: The first step is to add Wolof to the list of languages to be learned in school programs up to university level.
It will also be necessary to promote the language through initiatives such as the podcast that we are doing and that is directly aimed at these populations.
Today, as a French speaker in our companies, meetings with the participation of an English speaker turn directly to the use of English as a language of communication. So why not speak wolof between us for a better understanding especially since we have noticed that in some companies employees are often afraid to express the substance of their thoughts because they do not want to make mistakes.
So let's have the courage to value our languages by using them daily and correctly before they disappear. We owe it to the future generation.
EHID: La première étape est d'ajouter le wolof à la liste des langues qui doivent être apprises dans les programmes scolaires jusqu'au niveau universitaire.
Il sera également nécessaire de la promouvoir à travers des initiatives comme le podcast que nous sommes en train de réaliser et qui est directement orienté vers ces populations.
Aujourd’hui, en tant que locuteur français dans nos entreprises, les rencontres auxquelles participe un locuteur anglais sont directement menées en anglais comme langue de communication. Alors, pourquoi ne pas parler wolof entre nous pour une meilleure compréhension d’autant plus que nous avons remarqué que dans certaines entreprises les employés ont souvent peur d’exprimer le fond de leurs pensées parce qu’ils ne veulent pas faire d’erreurs.
Ainsi il faut que nous ayons le courage de valoriser nos langues en les utilisant quotidiennement et correctement avant qu'elles ne disparaissent. Nous le devons à la génération future.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220610_010949";}s:15:"20220610_004056";a:7:{s:5:"title";s:88:"Les pays africains lusophones peuvent-ils résoudre la crise énergétique de l'Europe ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/10/273049/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=273049";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 09 Jun 2022 22:40:56 +0000";s:11:"description";s:129:"les pays occidentaux tentent de diversifier leur dépendance vis-à-vis du gaz russe et se tournent même vers les pays africains";s:7:"content";s:12888:"
L'Angola, la Guinée équatoriale et le Mozambique disposent d'énormes réserves de gaz
Avec la guerre en Ukraine, les pays occidentaux tentent de diversifier leur dépendance au gaz russe et se tournent même vers les pays africains producteurs de gaz comme alternative viable. Image : Giovana Fleck/Global Voices
Lorsque la Russie a envahi l'Ukraine pour la première fois, plusieurs personnes se sont interrogées au sujet de l'impact sur l'économie mondiale, en particulier sur le secteur de l'énergie. Les analystes anticipent une hausse des prix alimentaires, comme le blé, ainsi qu'une éventuelle pénurie de gaz pour plusieurs pays européens. Pour cette raison, les pays occidentaux tentent de diversifier leur dépendance vis-à-vis du gaz russe et se tournent même vers les pays africains producteurs de gaz comme alternative viable.
Le 12 mai, l'analyste Marisa Lourenço, de Control Risks, qui surveille les économies lusophones, a déclaré à Lusa que l'Angola était le pays africain ayant le plus grand potentiel pour répondre aux besoins énergétiques de l'Europe :
Angola tem o maior potencial para satisfazer as necessidades energéticas da União Europeia a curto prazo; é um dos poucos países da região que já exporta gás para mercados internacionais, incluindo Brasil, Japão, China e Coreia do Sul.
A capacidade de aumentar a produção de gás, juntamente com a bem estabelecida cadeia de abastecimento, faz deste país [Angola] o vencedor imediato da mudança geopolítica provocada pela guerra na Ucrânia, com a Guiné Equatorial, República Democrática do Congo, Mauritânia e Senegal bem posicionados para beneficiar nos próximos dois a três anos.
Angola não só tem uma infra-estrutura de exportação que lhe confere uma vantagem sobre os seus pares regionais, permitindo à União Europeia aceder às cadeias de abastecimento, como as grandes companhias petrolíferas não têm de investir tanto capital para aceder às reservas e são capazes de aumentar a produção.
L'Angola a le plus grand potentiel pour répondre aux besoins énergétiques de l'Union européenne à court terme ; c'est l'un des rares pays de la région qui exporte déjà du gaz vers les marchés internationaux, notamment le Brésil, le Japon, la Chine et la Corée du Sud.
La capacité à augmenter la production de gaz, ainsi que la chaîne d'approvisionnement bien établie, font de ce pays [l'Angola] le gagnant immédiat du changement géopolitique provoqué par la guerre en Ukraine, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, la Mauritanie et le Sénégal étant bien placés pour en bénéficier dans les deux ou trois prochaines années.
Non seulement l'Angola dispose d'une infrastructure d'exportation qui lui donne un avantage sur ses pairs régionaux, permettant à l'Union européenne d'accéder aux chaînes d'approvisionnement, mais les grandes compagnies pétrolières ne doivent pas investir beaucoup de capitaux pour accéder aux réserves et sont en mesure d'augmenter la production.
L'un des arguments de vente est que l'Angola possède sa propre société de gestion des ressources, Sonangol. Pour l'analyste, c'est cette infrastructure qui peut attirer des travailleurs étrangers hautement qualifiés, et de nombreux pays européens considèrent l'Angola déjà comme un partenaire.
Il convient également de noter que des opportunités pour l'Angola peuvent découler des liens historiques avec le Portugal. L'Angola a également renforcé ses relations avec l'Allemagne et la France depuis l'arrivée au pouvoir de João Lourenço en 2017. Le président angolais a visité plusieurs pays européens au cours des derniers mois.
En avril de cette année, il a été rapporté que l'Italie voulait plus de gaz angolais afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie. À cette fin, l'Italie et l'Angola ont signé un accord de coopération énergétique visant, entre autres, à augmenter les exportations de gaz angolais et à réduire la dépendance du pays européen vis-à-vis des approvisionnements russes.
Le 18 mai 2022, les principaux producteurs et exportateurs de pétrole d'Afrique se sont réunis à Luanda, la capitale angolaise. Ils cherchaient des solutions pour augmenter les investissements dans le secteur pétrolier et la transition énergétique.
On s'attend à ce que la Guinée équatoriale et le Mozambique, deux autres pays africains lusophones, soient parmi les plus grands producteurs de gaz au monde d'ici la fin de la décennie. Toutefois, certains responsables notent que la situation politique tumultueuse au Mozambique pourrait entraver ses progrès.
Moçambique, tal como a Nigéria, não poderá agarrar a oportunidade, a primeira devido à situação de segurança volátil e a segunda devido ao desenvolvimento limitado do sector do gás e a um quadro regulamentar confuso.
A insurreição militar na província de Cabo Delgado em Moçambique está a atrasar o progresso do país, de um pequeno produtor que vende a maior parte da sua produção para a África do Sul a um exportador global, com exportações que deverão começar em 2026, “mas esta data ainda está sujeita ao ambiente volátil de segurança.”
Le Mozambique, comme le Nigeria, ne sera pas en mesure de saisir cette opportunité, le premier en raison de la situation sécuritaire volatile et le second en raison du développement limité du secteur gazier et d'un cadre réglementaire confus.
L'insurrection armée dans la province mozambicaine de Cabo Delgado ralentit la progression du pays, qui est passé du statut de petit producteur vendant la majeure partie de sa production à l'Afrique du Sud à celui d'exportateur mondial. Les exportations devraient commencer en 2026, « mais cette date reste soumise à l'instabilité de l'environnement sécuritaire. »
En mars de cette année, le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, s'est rendu au Mozambique et a confirmé la poursuite des investissements d'Eni dans la prospection de gaz naturel à Cabo Delgado; ce qui, selon lui, serait un atout pour les économies du Mozambique et de l'Italie. Il est entendu qu'Eni prévoit de commencer cette année l'exploration de gaz dans la zone 4 du bassin de Rovuma, dans un projet qui consiste en des puits sous-marins et une plate-forme flottante avec une production de 3,4 millions de tonnes par an.
Dans le cas de la Guinée équatoriale, l’analyse indique que le pays devrait bénéficier de ses liens avec l'Espagne, qui est son principal partenaire commercial :
O que significa que terá a oportunidade de reanimar campos de gás adormecidos para servir outros mercados na União Europeia nos próximos dois a três anos.
A Guiné Equatorial, tal como Angola, tem a infra-estrutura de exportação pronta, com carregamentos não só para Espanha mas também para o Chile e os Estados Unidos, mas uma burocracia ineficiente dificulta a atractividade do mercado, embora o aumento da procura e a oportunidade para as grandes companhias petrolíferas se afastarem da Rússia possa motivar melhorias no ambiente empresarial.
Cela signifie que [le pays] aura l'opportunité de relancer les champs de gaz dormants pour servir d'autres marchés de l'Union européenne dans les deux ou trois prochaines années.
La Guinée équatoriale, comme l'Angola, dispose d'une infrastructure d'exportation prête, avec des expéditions non seulement vers l'Espagne mais aussi vers le Chili et les États-Unis, mais une bureaucratie inefficace entrave l'attractivité du marché, bien que l'augmentation de la demande et l'opportunité pour les grandes compagnies pétrolières de s'éloigner de la Russie pourraient entraîner des améliorations de l'environnement commercial.
Au-delà des pays lusophones d'Afrique, il existe d'autres sources gazières potentielles. Par exemple, en avril de cette année, la troisième économie de l'UE, l'Italie, a conclu un accord avec l'Algérie pour augmenter ses importations de gaz naturel. Le pays d'Afrique du Nord fournit déjà du gaz à l'Europe via trois gazoducs, dont l'un va jusqu'en Italie. Les deux autres gazoducs sont reliés à l'Espagne.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220610_004056";}s:15:"20220606_173030";a:7:{s:5:"title";s:52:"Podcast : Qu'en est-il de la liberté de la presse ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/06/272856/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272856";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 06 Jun 2022 15:30:30 +0000";s:11:"description";s:191:"Cette semaine, direction la Chine, l'Inde, la Colombie, l'Indonésie et la Serbie pour entendre ce que des journalistes et chercheurs pensent des défis auxquels les médias sont confrontés.";s:7:"content";s:3619:"
Des journalistes et chercheurs de cinq pays parlent de la liberté de la presse
Image reproduite avec l'autorisation d'Ameya Nagarajan
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Cette semaine, nous avons changé la donne. Dans le cadre de notre reportage spécial sur la liberté de la presse, nous avons interrogé cinq personnes sur l'état de la liberté de la presse dans leur pays pour en savoir plus sur les défis auxquels les médias sont confrontés aux quatre coins du monde. Nous avons discuté avec Fernanda Jaramillo, une journaliste indépendante colombienne, Raksha Kumar, un journaliste et chercheur indien, Wijayanto, un chercheur sur la liberté de la presse indonésienne, Vivian Wu, un journaliste chevronné chinois, et Jovana Presic, une journaliste serbe avec une organisation de vérification d'informations.
Le podcast de Global Voices vous donne des nouvelles régionales des quatre coins du monde. Chaque semaine, des initiés de notre communauté racontent quelles informations comptent le plus pour leur communauté et comment ils créent leurs histoires grâce au contexte régional. Écoutez notre podcast dès maintenant pour avoir votre bulletin hebdomadaire de presse mondiale racontée par des voix locales.
Si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à vous abonner et à en parler autour de vous ! Vous pouvez nous suivre sur Twitter. La musique du podcast est tirée du morceau « Voyage » de NikMartken, de notre communauté élargie Global Voices.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220606_173030";}s:15:"20220606_171924";a:7:{s:5:"title";s:98:"Iran : les manifestants en quête de justice pour les morts de l'effondrement de la tour à Abadan";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/06/06/272997/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272997";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 06 Jun 2022 15:19:24 +0000";s:11:"description";s:217:"À Abadan, dans le Sud-ouest de l'Iran, des milliers d'habitants manifestent contre l'incompétence de leur gouvernement après le catastrophique effondrement d'un immeuble et chantent des slogans anti-gouvernementaux";s:7:"content";s:18901:"
Gaz lacrymogènes et coups de feu pour disperser les foules
Au moins 29 personnes ont perdu la vie après l'effondrement d'un bâtiment dans la ville d'Abadan, en Iran, déclenchant une vague de manifestations dans le pays. Photo provenant de Tasnim News Agency, utilisée sous licence internationale 4.0 Creative Commons Attribution.
Des centaines d'Iraniens sont descendus dans les rues d’Abadan, la capitale du Khuzestan, une riche province pétrolière du sud-ouest du pays, pour demander justice après l'effondrement d'une tour de 10 étages, le Métropole. L'immeuble s'est effondré le 23 mai, où au moins 29 personnes ont trouvé la mort.
Selon des sources gouvernementales, 37 personnes ont été blessées et il est impossible de savoir combien sont encore bloquées sous les décombres. Les opérations de sauvetage continuent.
À Abadan, les manifestants ont chanté contre les « autorités corrompues » et contre « Ali Khamenei, le guide suprême iranien. » Certains ont aussi chanté des slogans dynastiques pro-Pahlavi, en référence à la monarchie qui dirigeait la République islamique avant la révolution de 1979.
Thousands of Abadan residents took to the streets to protest against the incompetence of the Islamic Republic's regime after the catastrophic collapse of the #Metropol، building and chanted anti-government slogans#IranTruthpic.twitter.com/8qt4AUqJDT
Des milliers de résidents d'Abadan sont descendus dans les rues pour manifester contre l'incompétence du régime de la République islamique, après le catastrophique effondrement de la tour Métropole, et ont chanté des slogans anti-gouvernementaux#IranTruthpic.twitter.com/8qt4AUqJDT
Plusieurs personnes en deuil ont également chanté des slogans contre le propriétaire de la tour Métropole, Hossein Abdolbaghi, qui aurait une certaine proximité avec les autorités. En premier lieu, des responsables iraniens ont annoncé l'arrestation d'Hossein Abdolbaghi, avant de finalement déclarer qu'il faisait partie des morts, amenant de nombreux raniens à rejeter la version officielle de son supposé décès.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos des manifestations montrent les forces de sécurité d'Abadan utilisant des gaz lacrymogènes et des coups de feu pour disperser les protestataires.
In Abadan, #Iran they are shooting protesters with live bullets. They are shooting with the intent to kill as a young man is shouting “don’t shoot!”
En Iran, à Abadan, ils tirent sur les manifestants à balles réelles. Ils tirent avec l'intention de tuer, alors qu'un jeune homme crie « ne tirez pas ! »
En parallèle aux manifestations, de nombreux civils ont fait la queue pour aller donner leur sang, destiné à soigner les blessés. Un nombre considérable de citoyens d'Abadan et d'autres villes se sont précipités pour rejoindre les opérations de sauvetage.
Des volontaires de tous les coins d'Iran sont arrivés à Abadan pour apporter leur soutien aux opérations de sauvetage après l'effondrement de la tour Métropole
Lorsque les autorités iraniennes, dont Ali Khamenei, ont ordonné une enquête sur ce désastre ainsi qu'une punition pour ceux qui en sont responsables, de nombreuses autres manifestations de solidarités avec Abadan se sont déclenchées dans d'autres villes du pays, comme à Khorramchahr, Chahinchahr, Ahvaz, Yazd et Behbahan.
May 27 – Bushehr, S #Iran
Locals rallied in Bushehr in solitary with Abadan where a tower collapsed killing 24+ppl. Iranians rightfully blame the collapse on the regime. #IranProtestspic.twitter.com/a3RpzKusc8
Des locaux se mobilisent à Bushehr en solidarité à Abadan où une tour s'est effondrée, tuant plus de 24 personnes. Les Iraniens accusent le régime, à raison, pour l'effondrement du bâtiment. #IranProtestspic.twitter.com/a3RpzKusc8
La tragédie a ravivé l'angoisse de nombreuses personnes à l'encontre des autorités, qui ont fermé les yeux sur des rapports les alarmant des normes de sécurité insuffisantes en matière de construction, et sur la faiblesse de la structure du bâtiment.
L’Iran Construction Engineering Organization [Organisation iranienne de construction et d'ingénierie], une ONG basée à Téhéran fournissant des conseils d'ingénierie et ayant plusieurs contrats avec des municipalités ainsi qu'avec le gouvernement iranien, a annoncé avoir mis en garde la municipalité du danger.
Des critiques ont à plusieurs reprises attiré l'attention sur la corruption sévissant dans les permis de construire (dont des constructions privées ou affiliées à l'État) des projets de reconstructions de la ville d'Abadan après la guerre Iran-Irak, additionné à des plaintes concernant la faible qualité des pratiques de construction.
Précédemment, un officiel de la ville de Téhéran avait déclaré que l'Iran faisait face à une « épidémie » de corruption au niveau municipal.
Cependant, la corruption en Iran ne se limite pas à une ville ou à une municipalité. De temps en temps, des officiels Iraniens s'accusent les uns et les autres de corruption. Plus récemment, la fuite d'un enregistrement audio du corps des Gardiens de la révolution islamique mettait la lumière sur le détournement de 3 milliards de dollars américains. Ce corps est placé directement sous le commandement d'Ali Khamenei. La presse, quant à elle, écrit souvent sur les millions, voire les milliards de dollars qui sont « perdus » ou ont « disparu » dans les Ministères et les banques.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220606_171924";}s:15:"20220531_184616";a:7:{s:5:"title";s:98:"« L'ambition de m'exprimer librement » : un entretien avec l'artiste iranienne Arghavan Khosravi";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/31/272769/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272769";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 31 May 2022 16:46:16 +0000";s:11:"description";s:141:"« Nul n'a besoin d'être iranien pour comprendre le sentiment d'incertitude et de répression qui transparaît des tableaux [de Khosravi] »";s:7:"content";s:20827:"
Un pont subtil entre la Renaissance et la miniature persane.
« La fragilité de la paix, » 2019, par Arghavan Khosravi. Acrylique et transfert de photo sur un bloc de bois trouvé ; tissu imprimé et toile de coton montée sur panneau de bois, 40 x 57 pouces (101 x 145 cm). Reproduite avec la permission l'artiste.
Le musée d'arts Currier à Manchester dans le New Hampshire, présente de nouvelles œuvres créées ces dernières années par l'artiste iranienne Arghavan Khosravi, suivies d'une autre exposition à la Biennale de Venise en 2022. C'est la toute première exposition solo de sa carrière florissante.
Khosravi est née en 1984, à Shahr-e-Kord, en Iran et a déménagé aux États-Unis en 2015. Elle a rapidement basculé sur le devant de la scène artistique américaine avec ses œuvres aux multiples facettes, riches et éblouissantes, qui créent un pont subtil entre la Renaissance européenne et les traditions de la peinture miniature persane.
Tout en étant esthétiquement sophistiquée, son utilisation de métaphores visuelles, de références historiques et de réactions aux récits sociaux actuels crée un monde labyrinthique qui laisse à son public beaucoup de choses à décoder et à apprécier.
Il n'est pas nécessaire d'être Iranien pour comprendre le sentiment d'incertitude et de répression qui transparaît dans ses peintures. Arghavan Khosravi explique qu'en masquant l'identité des femmes représentées dans ses œuvres, elle permet au spectateur de s'imaginer dans chaque situation, indépendamment de son origine culturelle.
Arghavan Khosravi a obtenu son master à l'école de Design de Rhode Island avec la spécialisation peinture en 2018. Elle a terminé le programme d'art studio de l'université Brandeis en 2016, est titulaire d'un master en illustration de l'université de Téhéran (2008) et d'une maîtrise en design graphique de l'université Azad de Téhéran (2005).
Dans un entretien avec Global Voices, Khosravi explique comment l'aspect implicite qui caractérise les miniatures persanes a influencé son travail. Comment elle a réussi à utiliser la métaphore pour traduire l'expérience iranienne de la vie dans une société patriarcale sans cesse au bord de la guerre.
Arghavan Khosravi travaillant dans son atelier. Photo prise par Josephine Sittenfeld, avec la permission de l'artiste.
Extraits de l'entretien :
Omid Memarian (OM) : Vos œuvres tridimensionnelles seront exposées au Rockefeller Center à New York plus tard cette année, dans le cadre du programme 2022 du Fonds de production artistique Art in Focus. Comment avez-vous décidé d'ajouter une troisième dimension à vos œuvres ?
Arghavan Khosravi (AK): Mon expérience des œuvres tridimensionnelles a commencé par une série de peintures dans lesquelles j'ai utilisé des panneaux façonnés. Cette idée m'est venue en regardant des miniatures persanes. Ces peintures étaient presque toujours peintes pour accompagner un texte et faisaient partie intégrante du livre. Il y avait donc un rectangle qui était le papier, puis l'artiste dessinait une autre image à l'intérieur de ce cadre. Pour certaines œuvres, l'artiste décidait parfois de faire dépasser certains éléments du tableau, qu'il s'agisse d'une partie de l'espace architectural, du paysage ou même des personnages.
J'ai souhaité adopter cette idée et la travailler à ma façon. J'ai donc décidé de m'approprier certains de ces espaces architecturaux dans les peintures miniatures et de réaliser des panneaux de bois façonnés à partir de ceux-ci. Cela a permis de souligner la géométrie des éléments architecturaux et de donner l'illusion de profondeur à ces espaces autrement aplatis (principalement en raison de leur perspective superposée).
À partir du moment où j'ai utilisé un panneau façonné, plutôt que le rectangle habituel, les peintures sont devenues plus proches d'un objet en 3D. Cela m'a conduit à une autre série de travaux, dans lesquels j'ai utilisé plusieurs panneaux pour réaliser une peinture. J'ai pu jouer avec différentes profondeurs pour chaque panneau, ce qui a rendu l'œuvre plus sculpturale. J'ai ensuite pensé à intégrer des découpes de bois ou des objets trouvés (tels que de la corde, un cordon élastique ou en cuir, un cadenas, une chaîne, etc.) dans ces pièces. J'étais également intéressée par l'idée de peindre une surface en 2D d'une manière qui semble tridimensionnelle, puis de la juxtaposer sur un espace ou un objet réel en 3D. J'ai aimé la façon dont cette association invite le spectateur à regarder de plus près chaque pièce et à passer plus de temps à déterminer ce que chaque partie représente.
« Pluie Noire, » 2021, par Arghavan Khosravi. Acrylique et ciment sur toile de coton enveloppée d'un panneau de bois façonné, découpe de bois, cordon élastique, 91 5/8 x 105 1/4 x 11, (232.7 x 267.3 x 27.9 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
OM : Comme dans la plupart de vos œuvres, les femmes ont une place centrale dans votre exposition de 2021, « In Between Places » (Entre deux lieux). Qu'est-ce qui est différent dans ces peintures sculpturales par rapport à vos précédents travaux ?
AK: Dans presque toutes mes peintures, je représente des femmes. Peut-être parce que dans toutes mes peintures, je réfléchis à mes souvenirs et à mes expériences de vie en Iran. Dans ces souvenirs, les barrières institutionnelles et culturelles qui limitaient la participation des femmes à la sphère publique sont très présentes. Dans la série « In-Between Places » (Entre deux lieux), j'ai voulu incorporer un élément visuel qui est constant dans presque toutes les œuvres : des panneaux rectangulaires verticaux avec au centre, l'image d'un portrait ou d'une figure féminine. Les portraits rognés masquent l'identité de ces femmes et elles deviennent davantage un exemple ou les représentantes d'un groupe plus large de personnes, plutôt qu'une personne individuelle. Ainsi, le public peut utiliser son imagination pour identifier chacune de ces femmes ou s'imaginer dans chaque situation.
« Halo obligatoire, » 2019 d'Arghavan Khosravi, Acrylique sur un bloc de bois trouvé, tissu imprimé (qui est un tapis de prière) et toile de coton montée sur un panneau de bois, 47.7 × 45 × 2 pouces (121 × 114 × 5 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
OM : Vous avez étudié le design graphique et l'illustration en Iran. Comment votre éducation artistique iranienne a-t-elle façonné le travail que vous faites maintenant ?
AK: En Iran, nous devions décider très tôt (en deuxième année de lycée) de notre filière, ce qui limiterait plus tard nos choix pour la spécialité à l'université. À ce moment-là, bien que je m'intéressais beaucoup à l'art et que j'étais plutôt douée, la jeune fille de 15 ans que j'étais pensait que l'art était quelque chose que je devais poursuivre à côté. J'ai donc décidé de choisir les mathématiques pour devenir ingénieur ou quelque chose comme ça. Plus tard, en dernière année de lycée, j'ai réalisé que j'aimerais faire de l'art ma carrière, mais j'avais encore l'impression que je ne pourrais pas faire carrière dans le domaine des beaux-arts et être indépendante financièrement. J'ai alors décidé d'étudier la conception graphique, qui recoupe à la fois les caractéristiques des beaux-arts et des arts appliqués.
Avec le design graphique, j'ai appris la composition, la couleur et la communication visuelle en général, ce qui m'est utile aujourd'hui dans ma pratique de la peinture. Je pense que les compétences et les expériences que j'ai acquises dans le domaine du design graphique m'ont amené à aborder la peinture d'un point de vue légèrement différent que si j'avais été formée de manière plus conventionnelle. Dans une certaine mesure, cela m'a donc aidé à développer mon propre style peinture et mon processus créatif. Il en va de même pour l'illustration ; elle m'a permise d'acquérir un ensemble de compétences toujours présentes dans mes peintures, par exemple, la prédominance de la narration et du récit visuel. Donc, à ce stade, même si cette discipline est apparue plus dans tard dans la vie, je ne regrette pas mes choix et si j'avais la possibilité de revenir en arrière, mes décisions seraient probablement identiques.
« L'histoire est un état d'esprit, » 2018, par Arghavan Khosravi. Acrylique et feuille d'argent sur textile tissé à motifs trouvés et lin sur panneau de bois., 24 x 20 pouces (60 x 50 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
OM: Dans votre tableau « Sur le fait d'être une femme », un labyrinthe de symboles se déploie. Quelle histoire cache-t-il ? Vous voyez-vous dans cette œuvre ?
AK: Dans ce texte, je pensais au fait de grandir et de vivre dans une société patriarcale. Dans de telles circonstances, les femmes sont traitées comme si elles étaient toujours en train de faire quelque chose de mal et qu'elles devaient se cantonner à ce que la structure patriarcale (ou religieuse) leur impose – comme des criminelles. Par exemple, je me souviens avoir été arrêtée une fois dans les rues de Téhéran parce que le hijab que j'étais obligée de porter n'était pas assez couvrant. Je suis sûre qu'il y a des milliers d'autres femmes qui ont vécu une expérience similaire. Placer le rectangle noir devant les yeux de la figure dans le tableau reflète ces concepts. C'est un élément visuel familier associé à la publication de visages criminels dans les médias.
L'autre métaphore que j'ai utilisée dans cette peinture est le paysage coloré. J'utilise souvent ces paysages verts et colorés comme un symbole d'espoir, un lieu idéal, une utopie. (C'est une métaphore que l'on retrouve également dans la littérature persane). Dans ces œuvres où je réfléchis aux droits des femmes et aux sociétés patriarcales, vous pouvez deviner ce que j'entends par lieu idéal. Mais dans cette œuvre, le paysage vivant est séparé du spectateur par un rideau qui s'est presque effondré ou qui a été déchiré. On voit une ombre derrière le rideau et la main d'un personnage, ce qui suggère que quelqu'un se tient derrière le rideau et nous regarde, mais son visage est manquant. En s'intéressant à la symbolique derrière le paysage, dans ce contexte en particulier, vous pouvez interpréter chaque métaphore visuelle de manière plus poussée.
OM: Dans « La Suspension », nous voyons un missile pointé sur le visage d'une femme, une autre est agenouillée sur un corps, les deux silhouettes sont inclinées vers le bas sur une pente raide. Cette peinture évoque la situation difficile du peuple iranien, où les armes, censées contribuer à la sécurité du pays, ont en fait l'effet inverse et nuisent plus particulièrement aux femmes.
AK: C'est une analyse très intéressante et réfléchie. Dans cette pièce, je pensais au sentiment d'incertitude. J'ai réalisé cette pièce après des mois de quarantaine à domicile pendant la pandémie. L'idée initiale est donc partie de là, mais elle reflète également la situation actuelle en Iran. Au cours des dernières années, voire des dernières décennies, les Iraniens ont eu l'impression de vivre sous la menace constante d'une guerre. Pour moi, c'était comme avoir un missile suspendu devant soi et n'avoir aucune idée du moment où il se serait projeté.
« La Suspension, » 2021 par Arghavan Khosravi. Acrylique et ciment sur toile de coton enveloppée sur panneau de bois façonné, découpe de bois, 57 1/4 x 46 3/4 x 2 pouces (145.4 x 118.7 x 5.1 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
OM: Quel a été l'impact de l'immigration aux États-Unis sur votre art – à la fois en termes de forme et de technique ainsi que sur les sujets que vous abordez ?
AK: Je suis allée aux États-Unis pour étudier la peinture dans une école supérieure. Avant cela, la peinture n'avait jamais été mon centre d'intérêt principal ; c'était une activité à laquelle je m'adonnais durant mon temps libre après le travail. Depuis mon arrivée ici, la peinture est devenue le centre de mes préoccupations et ma vie professionnelle a totalement changé. Chaque jour, je me rends compte à quel point cette décision était la bonne – à la fois immigrer ici, où je peux m'exprimer librement sans me soucier d'une quelconque censure, et devenir peintre. Auparavant, dans le domaine du graphisme et de l'illustration, il y avait toujours un client ou un éditeur que je devais écouter et finalement je ne faisais que transmettre leurs idées, leurs messages.
De plus, la censure imposée par le gouvernement entravait ma créativité. C'était trop pour moi, car j'avais l'ambition de pouvoir m'exprimer librement et de diffuser mes idées dans mon travail. C'est la chose la plus satisfaisante que j'ai ressentie lorsque je suis arrivée aux États-Unis et que je me suis mise à la peinture. Au cours de ces années, pendant mes études supérieures, j'ai pu concevoir mon propre processus créatif et mes techniques de peinture, qui n'ont cessé d'évoluer depuis.
« Les Limbes », 2018 par Arghavan Khosravi. Acrylique et peinture métallisée en spray sur panneau de tilleul brut, 24 x 36 pouces ( 60 x 90 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
OM: Toute personne qui s'intéresse à l'ensemble de votre œuvre peut voir que vous êtes, au-delà d'une artiste sophistiquée, également une conteuse. En ce sens, votre travail évoque les miniatures persanes où le spectateur doit explorer des couches de sens et des éléments interconnectés à travers les peintures pour comprendre les histoires circulaires qui y sont intégrées. Quelle est la source de ce style de narration ?
AK: Votre observation est tout à fait pertinente et c'est très agréable à entendre. La peinture miniature, et plus particulièrement la peinture miniature persane, est l'une de mes principales sources d'inspiration, qu'il s'agisse de la manière dont l'architecture est dépeinte, de l'approche de la représentation du langage ou des couleurs hypnotiques. Sans oublier, la manière dont les personnages s'expriment qui est davantage centrée sur le langage corporel et leurs postures plutôt que sur leur visage.
L'une des autres caractéristiques fascinantes de ces œuvres, comme vous l'avez également mentionné, est qu'elles ont généralement été réalisées pour illustrer une histoire. J'aime avoir une approche similaire dans mon travail. J'aime charger les peintures de symboles, de métaphores visuelles et de codes qui sont superposés de manière à inviter le spectateur à regarder de plus près, à s'attarder sur l'œuvre. Cela permet également aux œuvres d'être accessibles à des publics variés, issus d'horizons divers et de contextes culturels différents.
Autocensure Série 1, 2018 par Arghavan Khosravi. Acrylique et plexiglas sur toile de lin sur panneau de bois. 12 x 12 pouces. (30 x 30 cm). Avec l'autorisation de l'artiste.
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Hommage à un citoyen, un scientifique, un défenseur d'éléphants sauvages
Photo d’ ICIMOD via Nepali Times, utilisée avec permission.
Cet article de Biraj Adhikari, chargé de recherche sur les services écosystémiques à l'ICIMOD, a été publié pour la première fois au Nepali Times. Une version éditée et abrégée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu .
Lorsque je suis arrivé en février, Bahundangi Jhapa dans le district de Jhapa au Népal semblait être une petite ville endormie, mais le calme était souvent interrompu, non pas par la circulation ou des constructions bruyantes, mais par des éléphants sauvages. Le village se trouve sur la route migratoire de générations d'éléphants sauvages se déplaçant depuis des siècles depuis l'État d'Assam, au nord-est de l'Inde, à travers les basses terres du Bhoutan et l'État indien de l'Ouest du Bengale jusqu'au Népal, à la recherche de nourriture et d'eau.
Shankar Chettri Luitel. Photo d’ ICIMOD via Nepali Times, utilisée avec permission.
Cependant, l'expansion récente des établissements humains et la conversion des forêts en terres agricoles et en plantations de thé ont fragmenté ces itinéraires, occasionnant des conflits entre les éléphants et les hommes. Chaque année, ce conflit détruit des cultures et des habitations, blesse et tue des êtres humains, et ainsi des éléphants sont abattus en guise de représailles. Bahundangi a éte particulièrement meurtri par ce conflit, mais les choses évoluent avec le temps, grâce à une poignée de défenseurs de l'environnement — dont Shankar Chettri Luitel.
C’est un homme mince d'une cinquantaine d'années, au comportement sombre, mais à l'humeur serviable. Il fait du bénévolat depuis plus d’une vingtaine d’années en recherche et gestion des conflits entre l'homme et l'éléphant. Luitel détenait une mine d'informations sur la région et l'histoire du contact entre l'homme et la faune, mais je n'arrivais pas à comprendre la raison de sa passion pour la conservation des éléphants.
« Ma première implication émotionnelle avec les éléphants est survenue lorsqu'un éléphant a mis bas dans ma ferme en 2001. Ce fut ainsi le début de mon parcours de conservation », a expliqué Luitel.
Image autorisée d’ ICIMOD via Nepali Times.
Le bien-être de l'homme est tributaire de la biodiversité. Cependant, les activités visant à améliorer notre vie ont un impact négatif sur la nature et les écosystèmes, menaçant l'avenir de la biodiversité et notre existence même. Il est donc vital pour nous de trouver les moyens d’établir une coexistence entre les humains et la faune sauvage.
Photo utilisée avec la permission d’ ICIMOD via Nepali Times.
Cette année, la Journée internationale de la biodiversité (20 mai) célèbre l'idée de coexistence avec le thème « Construire un avenir commun pour toutes les formes de vie. » Cela peut paraître romantique et farfelu, mais j’ai pris conscience de sa possibilité grâce à ce héros méconnu : Shankar Chettri Luitel.
C'est dans le cadre de mes recherches doctorales sur les interactions entre l'homme et la faune sauvage que je me suis rendu à Bahundangi, une petite ville située dans les plaines les plus orientales du Népal, à la frontière avec l'Inde, dans le paysage transfrontalier du Kangchenjunga s'étendant sur des parties du Bhoutan, de l'Inde et du Népal.
Malgré son faible niveau ou son manque de formation formelle en matière de faune, l’implication volontaire de Luitel dans de nombreuses études, activités et plans de gestion des conflits dans la région lui a beaucoup appris sur la biodiversité et la conservation. Avec le temps, il est devenu la personne ressource pour les chercheurs souhaitant en savoir davantage sur les éléphants migrateurs, leur habitat, leur comportement et l'impact socio-économique du contact entre l'homme et l'éléphant sauvage. Son point de vue critique a amélioré la planification et la gestion, et cette participation lui a également permis de s’approprier des méthodes scientifiques, comme l'utilisation du suivi GPS pour la surveillance des schémas migratoires. Il était devenu un véritable citoyen scientifique.
Luitel a désormais acquis le titre d'expert en éléphants, attirant l’attention de la communauté sur la localisation et les déplacements des éléphants sauvages. Contrairement à mes attentes, les gens semblaient tolérer les éléphants sauvages.
« Cela n'a pas toujours été le cas », se souvient Luitel. « Les gens avaient l'habitude de détester les éléphants, et ceux comme nous qui essayaient de les protéger. »
Photo d'ICIMOD via Nepali Times, utilisée avec permission.
Son plaidoyer en faveur des mesures pacifiques de gestion des éléphants sauvages se heurtait à une résistance farouche, voire à des menaces physiques. Les éléphants pillant les cultures, détruisant les moyens de subsistance , voire blessant et tuant les gens étaient les ennemis jurés des habitants de Bahundangi.
Mais, avec le temps, les efforts incessants de Luitel ont commencé à changer la perception des gens. Il a suivi leurs mouvements, organisé des patrouilles et enregistré les dégâts matériels dans le village. Plus important encore, Luitel a aidé les familles touchées à s'orienter dans le processus complexe de demande d'indemnisation, de la rédaction des demandes en leur nom à la collecte des preuves documentaires, en passant par les déplacements au bureau de la municipalité pour enregistrer les demandes.
Voici une vidéo de Shankar Chettri Luitel sur YouTube :
C'est grâce à lui et à quelques-uns de ses collègues que le village est apparu sur le radar des gouvernements, des politiciens et des chercheurs. « Bahundangi a produit de nombreux doctorats », explique M. Luitel, qui a aidé les chercheurs à élaborer des stratégies de réduction des risques et de diversification des revenus des agriculteurs en implantant des cultures commerciales telles que le laurier et le thé, que les éléphants n'ont pas dévalisées. « De nos jours, l’hostilité des habitants envers nous et les éléphants s’est atténuée. »
Une clôture électrique de 18 km longe la rivière Mechi, entre les étendues boisées d'Inde d'où proviennent les éléphants et les champs de culture de Bahundangi. Luitel a participé à la mise en place de cette clôture, destinée à empêcher l’intrusion des éléphants.
Mais il reconnait la précarité de cette solution. En fin de compte, dit-il, la seule solution est la coexistence. Pour cela, il estime que le gouvernement doit reconnaître le combat des habitants de Bahundangi, assurer la fourniture des soins de santé et d’une éducation subventionnés, et aussi créer des emplois.
Photo d'ICIMOD via Nepali Times, utilisée avec permission.
Ce faisant, les habitants ne verraient plus l'éléphant sauvage comme un frein à leurs moyens de subsistance, mais comme un moyen de pression pour obtenir des services du gouvernement. Il leur serait ainsi plus aisé de lui pardonner, même s'il cause des problèmes parfois. En outre, les éléphants pourraient s’insérer dans l'écotourisme de la région, ce qui transformerait effectivement leur présence et leurs déplacements en une opportunité de génération de revenus.
Aujourd'hui, Luitel est la seule personne, de la municipalité de Mechi capable d’identifier les 12 éléphants vivant du côté népalais de la frontière. Sur la base de ses connaissances, il élabore des fiches d'information détaillées et illustrées sur les caractéristiques physiques, les habitudes et la taille de chaque éléphant, pour les distribuer aux habitants.
Photo d'ICIMOD via Nepali Times, utilisée avec permission.
Les prospectus aident les villageois à identifier certains éléphants agressifs, pour les éviter et prévenir les autres habitants à temps. Ces informations permettront également aux futurs chercheurs et étudiants de mieux connaître les éléphants. Le fils de Luitel prépare une licence en sylviculture et il espère que sa formation contribuera à améliorer la coexistence entre les hommes et les éléphants.
Il est facile de comprendre la passion de Shankar Chhetri Luitel d’apprendre à vivre avec les éléphants sauvages – il croit que toutes les vies sur Terre sont égales. Il incarne le thème de la Journée internationale de la biodiversité de cette année, en prouvant qu'une seule personne peut apporter un changement positif dans la vie des humains et des animaux sauvages.
Il y a là une leçon universelle, sur la contribution possible de chacun d'entre nous dans la résolution de l’énorme crise ( !) de la biodiversité et de la perte d'habitat. Nous pouvons coexister, et nous le devons.
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« En tant que biologiste, j'observe la biodiversité au moyen de la photographie. »
À l'occasion de la Journée internationale de la diversité biologique, j'aimerais partager avec vous mes photos préférées de la faune péruvienne et guatémalienne. Je suis biologiste et photographier la faune est devenu un outil de travail essentiel; il est en effet possible de concilier science et conservation de la nature par le biais de la photographie. Une photo permet de visualiser un projet de recherche, de faire connaître des espèces peu prisées, et de répertorier de nouvelles espèces et de nouveaux comportements.
Il y a cinq ans, j'ai récupéré un appareil photo et j'ai commencé à photographier la biodiversité que j'observais depuis un certain temps. J'ai développé une véritable passion pour la photographie durant mes études de biologie à l'Université del Valle au Guatemala. Je participais régulièrement à des excursions pour observer les animaux et c'est à cette époque que j'ai pris la décision de me consacrer à la photographie.
Je me suis tout d'abord intéressé principalement aux reptiles et aux amphibiens, des espèces qui sont souvent stigmatisées, mais petit à petit j'ai commencé à photographier d'autres animaux comme les oiseaux et les mammifères. Voici quelques-unes de mes photos préférées accompagnées d'une brève description :
Le Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno), un oiseau que l'on trouve principalement au Mexique, Guatemala, Honduras et Costa Rica, est, selon moi, l'un des oiseaux les plus extraordinaires du monde. Cette photo est le résultat de plusieurs jours à patienter et à observer le comportement des quetzals dans leurs nids. Après une attente de plus de six heures dans la forêt du volcan Atitlán, dans le département de Sololá au Guatemala, un mâle qui transportait de la nourriture pour ses petits dans son bec s'est approché de son nid et j'ai pris la photo à cet instant précis.
Lors d'un après-midi pluvieux, nous sommes allés à la recherche de félins (en particulier des jaguars et des pumas) le long de la rivière Tambopata dans la Réserve nationale de Tambopata. Malheureusement, nous n'en avons pas vu mais nous sommes parvenus à observer l'une des proies favorites du jaguar… le cabiaï (Hydrochoerus hydrochaeris). Une famille de cabiaï, dont la mère et son petit se trouvaient là, près de la rivière, entre deux averses.
Cette photo illustre l'accouplement de la grenouille aux yeux noirs du Guatemala (Agalychnis moreletii). Pendant la nuit, nous avons observé le comportement de plusieurs mâles et femelles près d'un petit étang artificiel où des espèces telles que celle-ci peuvent profiter de points d'eau pour s'accoupler et pondre leurs œufs. On trouve cette espèce au Bélize, Salvador, Guatemala, Honduras et Mexique.
Cette espèce de grenouilles est sans doute commune, mais j'étais tout de même très content lorsque je l'ai vue pour la première fois. Il existe plusieurs espèces de grenouilles de verre dans la famille des Centrolenidae, mais l'Hyalinobatrachiumviridissimum est la seule espèce originaire du Guatemala. Être capable de voir ses organes avec autant de précision est vraiment impressionnant.
L'une de mes photos préférées, qui représente trois espèces d'aras se nourrissant d'argile sur le Collpa Chunco dans la réserve de Tambopata au Pérou. Le premier jour, je n'ai pas réussi à voir un seul perroquet sur le mur à cause de la pluie, mais le lendemain 30 à 40 aras sont venus virevolter et se nourrir dans les arbres. La photo montre les espèces Ara macao (ara rouge), Ara ararauna (ara bleu et jaune), et Ara chloroptère (ara à ailes vertes).
L'incroyable Vipère des Palmiers (Bothriechis bicolor) est l'un des serpents les plus magnifiques du Guatemala et l'un des premiers que j'ai réussi à photographier; c'est pour cette raison que cette photo est l'une de mes préférées.
L'une des rencontres les plus inattendues et difficiles que je n'ai jamais vécues. Tout a commencé lors d'une randonnée en montagne à 10 heures du matin afin d'étudier d'autres espèces. Après avoir transporté en vain le matériel pendant toute une journée, une rencontre aux alentours de 10 heures du soir nous a fait tout oublier. La vipère à cils (Bothriechis schlegelii) est très commune dans des pays tels que le Costa Rica, mais au Guatemala, on la trouve seulement à quelques endroits sur la côte caraïbe.
Pour finir, l'un des animaux les plus spectaculaires que j'ai pu observer. Ranitomeya fantastica est une espèce endémique des départements de San Martin et de Loreto au Pérou, ce qui signifie que l'on peut seulement la trouver dans cette région. Restreinte à une zone spécifique, la perte d'habitat et les activités humaines la mettent en danger. Ici le mâle porte sa paire de têtards sur le dos, un comportement tout à fait normal pour cette espèce de grenouilles.
Veuillez consulter d'autres photographies sur mes comptes Instagram et Twitter.
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Jayathma Wickramanayake, envoyée du Secrétaire général des Nations Unies pour la jeunesse, s'adressant à un parlement de la jeunesse au Sri Lanka. Août 2013. Image de Sankachandima via Wikipedia. CC BY SA 4.0
[ Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt. ]
Cette publication est apparue initialement sur Groundviews, un site Internet sri-lankais pour médias citoyens récompensé de plusieurs prix. La version publiée ici est éditée dans le cadre de l'accord de partage de contenu convenu avec Global Voices.
Anciennement reconnu comme le peuple le mieux nourri, le plus éduqué et en bonne santé d'Asie du Sud, les Sri-lankais font aujourd'hui face à la sombre perspective d'une crise financière[fr] généralisée qui ralentirait dramatiquement les acquis sociaux ardemment accumulés durant ces dernières décennies. L'économie sri-lankaise a connu une brève relance après la guerre civile[fr] de 30 ans qui a pris fin en 2009.
La Banque mondiale estime qu'en 2021, la barre de 500 000 personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté a été atteinte. Avec l'arrivée des pénuries alimentaires et de carburant, la hausse des prix des produits de première nécessité, l’embargo sur les importations, la fermeture des écoles, ainsi que la dégradation du système de santé due en partie à la mauvaise gestion de la pandémie de COVID-19, les files d'attente s'allongent aux bureaux de délivrance des passeports. Un Sri-lankais sur quatre, et principalement les jeunes et les plus instruits, déclare vouloir quitter le pays. L'explosion des prix des denrées alimentaires impacte la capacité des chefs de famille à subvenir aux besoins de leurs foyers, tandis que les dirigeants politiques quémandent bol à la main à tout un chacun. Même le Bangladesh, qui fait face à ses propres difficultés financières, est devenu un mécène.
Les files d'attente aux bureaux de délivrance des passeports, ajoutées à la forte demande d'avocats spécialisés en droit de l'immigration ainsi qu'aux plaintes partagées sur les réseaux sociaux au sujet de la vie quotidienne, témoignent du mécontentement de la majorité de la population au sujet de leur situation. Celle-ci ressent un manque d'espoir pour le pays, dirigé par des politiques corrompues, fondées sur des discriminations systémiques et sur un écart entre les riches et les pauvres qui se creuse continuellement.
Les plus démunis sont forcés de subir des conditions de vie difficiles en tant que travailleurs immigrés pour des employeurs exigeants dans des foyers, usines et bureaux des pays du Moyen-Orient; tandis que les plus instruits et privilégiés ont la possibilité de tenter leur chance dans des pays occidentaux où la météo, la qualité de vie et les différences de traitement sont des challenges à relever.
Un récent sondage réalisé par l'Institut pour la politique sanitaire (Institute for Health Policy, IHP) révèle que le nombre de Sri-lankais souhaitant quitter le pays ne cesse de croître et est le plus élevé de ces cinq dernières années. Environ un Sri-lankais sur quatre souhaiterait émigrer si l'opportunité se présentait. Les jeunes et les plus instruits composent la grande majorité de ces personnes, dont plus de moitié souhaite quitter le pays. Parmi ceux qui souhaitent émigrer, un sur quatre l'ont déjà planifié. Au-delà des salaires inadéquats et des prix qui grimpent en flèche, la vente des biens nationaux et la gouvernance peu rigoureuse du pays sont des éléments qui motivent également à quitter le pays.
Dans un scénario si désespéré, qu'est-ce qui pourrait empêcher les gens qui ont la possibilité de partir de le faire? Pourquoi sacrifier l'avenir de leurs enfants et continuer à contribuer à un pays qui n'a aucun espoir de rédemption? Quitter le pays semble être la bonne chose à faire.
Mais pas selon Prashan De Visser, président et fondateur de Sri Lanka Unites, une organisation qui lutte pour donner plus de pouvoir aux nouvelles générations et les motiver à coexister en harmonie tout en contribuant à leur pays. Lors d'une interview avec Groundviews, il déclare : « Si des voleurs viennent chez vous et cambriolent votre maison, vous n'allez pas prendre vos affaires et fuir, vous allez rester et vous battre. Nous devons rester et nous battre pour jouer notre partition; nous en avons les capacités ».
Groundviews (G): Pourquoi est-ce que les gens quittent le pays ou ressentent le besoin de partir?
Prashan De Visser (PDV): There has always been an exodus of capable people, with an estimated three million Sri Lankans living offshore. Waves of people are leaving and the brain drain has a direct impact on hopes of becoming a developed country. This generation sees the world more clearly because of social media, access to information and interaction with other young people across the world. The choice is to go because they are not going to achieve their potential here. There are some who are not seeking to leave the country forever but intend to return. However, once you get sucked into life there, it becomes impossible to come back. We need to address this because the country can’t withstand another generation or two of a brain drain.
Prashan De Visser (PDV): Cet exode de personnes capables de rester a toujours existé; on estime que trois millions de Sri-lankais résident à l'étranger. Des vagues de personnes quittent le pays et la fuite des cerveaux a un impact direct sur les espoirs de développement du pays. Cette génération a une vision du monde plus claire grâce aux réseaux sociaux, à l'accès à l'information et aux interactions avec d'autres jeunes à travers le monde. Certains d'entre eux ne cherchent pas à quitter définitivement le pays, mais planifient plutôt de revenir plus tard. Cependant, une fois absorbés par le quotidien dans leurs nouveaux pays, il devient impossible pour eux de revenir. Il est important de parler de ce sujet, car notre pays ne pourra pas supporter la fuite des cerveaux d'une ou deux générations de plus.
G: Comment convaincre la population de rester?
PDV: Not everyone will be inspired by their duty and responsibility to the nation. People who are leaving are the privileged ones who can get visas to go abroad, but we have a responsibility to those less privileged. People who want to leave should realise that if you go to the West, your success is not guaranteed, so these exaggerated notions should be taken away. There are people who have made a success here, having seen opportunities and achieved more here than they could have anywhere else. We have an ageing population, parents who provided and cared for us.
PDV: Tout le monde ne sera pas motivé par son devoir de citoyen ou sa responsabilité envers la nation. Les personnes qui quittent le pays comptent parmi les privilégiés qui ont la possibilité d'obtenir un visa pour aller à l'étranger, mais nous sommes responsables de ceux qui sont moins privilégiés. Ceux qui souhaitent partir doivent prendre conscience qu'aller en occident ne garantira pas leur succès, donc les discours exagérés ne doivent pas être pris en compte. Il y a parmi nous des personnes qui ont réussi ici, qui ont su saisir des opportunités et qui ont accompli plus de choses qu'ils n'auraient pu en accomplir ailleurs. Notre population vieillit, ce sont des parents qui ont subvenu à nos besoins et qui ont pris soin de nous.
G: Comment faire pour transmettre aux minorités un sentiment d'appartenance au pays qui les motiverait à rester?
PDV: Governments and politicians have failed us and created a divisive culture of divide and rule. Fellow citizens are treated as second class. We have a responsibility to speak out against injustices; for too long we have been passively against it or turned away. The cost to pay is that people will embrace extremism and send the country back through cycles of violence. You and I can’t continue to be silent about discrimination and racism and have to speak out. People are realising that politicians have created hate to hide their political incompetence.
PDV: Les gouvernements et politiques n'ont pas été à la hauteur et ont créé une culture divisionnaire du diviser pour mieux régner. Nos concitoyens sont traités comme des personnes de seconde zone. Nous avons le devoir de dénoncer les injustices, car depuis bien trop longtemps nous nous contentons de nous y opposer passivement ou de simplement détourner le regard. Le prix à payer est que des gens en viennent à adhérer à des courants extrémistes qui ne font que replonger le pays dans des vagues de violence. Ni vous ni moi ne pouvons continuer à garder le silence sur la discrimination et le racisme, nous devons les dénoncer. Les gens commencent à prendre conscience que les politiques nourrissent un climat de haine dans le seul but de masquer leur incompétence politique.
G: Qu'est-ce qui nourrit votre optimisme?
PDV: Given everything we have been through as a country, we have to be optimistic regardless of how bad the situation is, as it is darkest before light. This generation can be the generation that thinks beyond themselves and have a vision for the country where no one is a second-class citizen. Young people want to serve, be honest, and be held accountable, living beyond the parameters of their own selfish needs so we need to invest in them to come together across ethnic, religious, professional and regional lines. This is what gives me hope. For 15 years I have been dedicated to working with young people, mining for the incredible talent of young Sri Lankans who are the greatest asset of our nation. We need to ensure that they are not depressed or lose the capacity to hope.
PDV: Au vu de tout ce que le pays a traversé, nous nous devons de rester optimistes, peu importe à quel point la situation est mauvaise, car l'orage est toujours suivi d'une éclaircie.Notre génération peut être celle qui ne pensera pas qu'à elle même et qui aura une vision du pays où il n'y aura pas de citoyen de seconde zone. Les jeunes souhaitent contribuer au pays, être honnêtes, être tenus responsables, et vivre sans se baser uniquement sur leurs propres intérêts, donc nous devons leur donner les moyens de se rassembler au-delà des limites ethniques, religieuses, professionnelles et régionales. Je dédie mon travail aux jeunes depuis maintenant 15 ans, et je creuse à la recherche du talent des jeunes sri-lankais qui sont le plus grand atout de notre nation. Nous devons nous assurer qu'ils ne sombrent pas dans la dépression ou qu'ils ne perdent pas leur capacité à garder espoir
G: Quels changements avez-vous constatés à travers votre travail avec Sri Lanka Unites?
PDV: Students who believed that violence was the only way and hated others today believe in peace. Sinhalese from the south who thought every Tamil was a terrorist now see the injustices done and speak out for them. There are hundreds of stories of young people whose minds have been transformed; they want to be part of the solution.
PDV: Les étudiants qui pensaient autrefois que la violence était la seule solution et qui éprouvaient de la haine envers les autres ont aujourd'hui opté pour la paix. Les Cinghalais du sud qui pensaient que tous les Tamils étaient des terroristes ont pris conscience des injustices dont ceux-ci sont victimes et prennent leur défense publiquement. Nous avons des centaines d'histoires de jeunes dont la façon de penser s'est métamorphosée; ils souhaitent désormais apporter des solutions.
G: Quel avenir envisagez-vous pour vos enfants?
PDV: We have two sons aged three and four. If we went abroad we could have a more affluent lifestyle but we decided to stay and serve here. The question is whether our sons will curse us 20 years from now and ask why we didn’t leave. That means I have a responsibility to work hard so that they will proud of our generation for not giving up, and we can talk about the history of violence, broken structures, poverty and corruption in the past tense. We would have lived up to our potential and become a model to other nations — a success story from bankruptcy to a thriving nation. It seems improbable and impossible right now but all things that inspired us seemed improbable until they were done.
We have to give it a shot, give it with everything we have got. Politicians and political parties have no solution or vision so it is we the people who have to transform the country.
PDV: Nous avons deux fils âgés de trois et quatre ans. Si nous déménagions à l'étranger nous pourrions mener une vie plus confortable mais nous avons décidé de rester ici et de contribuer au pays. La question réside plutôt autour de nos enfants qui d'ici 20 ans pourraient nous maudire et nous demander pourquoi nous ne sommes pas partis. Cela signifie donc que j'ai la responsabilité de travailler dur afin qu'ils soient fiers de notre génération pour sa persévérance, et pour que l'on puisse parler des climats de violence, du vandalisme, de la pauvreté et de la corruption au passé. Nous aurons alors atteint notre potentiel et serons devenus un exemple pour les autres nations, l'exemple de réussite d'un pays endetté devenu prospère. Cela paraît pour le moment improbable et impossible, mais toutes les choses qui nous ont inspirées semblaient improbables jusqu'à ce qu'elles se réalisent.
Nous devons tenter et tout donner. Les politiques et leurs partis n'ont aucune solution ni perspective d'avenir, c'est donc à nous le peuple de transformer notre pays.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220531_155208";}s:15:"20220531_151755";a:7:{s:5:"title";s:112:"La réponse désespérée d'un jeune chinois face au confinement : « Notre génération sera la dernière ! »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/31/272773/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272773";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 31 May 2022 13:17:55 +0000";s:11:"description";s:169:"Certains ont interprété « notre génération sera la dernière » comme la résistance envers la tyrannie la plus désespérée que nous n'ayons jamais rencontrée.";s:7:"content";s:12200:"
« Ne faites pas d'enfants. Ce n'est que de la souffrance. »
Dans la vidéo, des agents chargés du contrôle de l'épidémie, dont un policier, frappent à la porte du domicile d'un jeune homme et exigent que tous les membres de la famille soient envoyés dans un centre de quarantaine pour plusieurs jours. Le jeune homme s'y oppose expliquant qu'il n'y a aucun cas positif dans son entourage. Le policier alors l'avertit que s'il refuse d'obéir aux ordres, les trois futures générations de sa famille subiraient de graves représailles. Le jeune homme lui répond calmement : « Désolé, mais notre génération sera la dernière, merci [ de vous inquiéter ] ! »
Veillez trouver ci-dessous la vidéo en question publiée sur twitter :
La menace de punitions à l'encontre de plusieurs générations était couramment utilisée à l'époque de Mao Zedong. Durant son règne, lorsque qu'une personne était qualifiée de capitaliste ou de droite, ses descendants devaient porter une étiquette sur laquelle était indiquée qu'ils faisaient partie des « ennemis du peuple » et étaient frappés d'ostracisme social et politique.
Beaucoup ont été choqués par la réponse du jeune homme qui, au lieu de se sentir menacé, s'est défendu calmement en laissant entendre qu'il n'aurait jamais d'enfants.
Dans la culture chinoise, ne pas avoir d'enfants est considéré comme une malédiction, et entraîne une stigmatisation sociale. Toutefois, la franchise du jeune homme a suscité des sentiments similaires sur les réseaux sociaux chinois. Beaucoup utilisent les hashtags #ThisIsTheLastGeneration (#这是最后的一代),#WeAreTheLastGeneration (#我们是最后的一代) et #TheLastGeneration (#最后的一代) pour poster des commentaires du même genre et ouvrir des débats sur la question d'élever des enfants en période d'oppression sociale et politique :
确实很绝望,不想生了
La situation est vraiment désespérée. Moi non plus je ne veux pas d'enfants.
其实是消极的抵抗,报复不了施害者,其实可以说 我三代都不放过你!
C'est de la résistance passive. Il n'existe aucun moyen de se venger des instigateurs. Il aurait pu dire que les trois prochaines générations de sa famille trouveraient le moyen de leur faire payer !
En vertu de la stratégie « zéro Covid » de la Chine, un confinement que l'on pourrait qualifier de « dynamique » a été imposé dans de nombreuses villes, et notamment dans les grandes métropoles de Shanghai et Pékin, où des centaines de milliers de personnes sont cloîtrées dans leurs appartements ou quartiers résidentiels. Les habitants sont obligés d'effectuer régulièrement des tests PCR et doivent suivre des mesures de quarantaine très strictes. Par exemple, lorsqu'un cas unique de COVID-19 est diagnostiqué dans un immeuble, tous ses résidents sont envoyés dans des centres de quarantaine. Et les familles dans lesquelles des cas positifs sont dénombrés, ou bien qui ont été en contact étroit avec des personnes contaminées, sont contraintes de laisser entrer chez elles du personnel sanitaire pour désinfecter les lieux en profondeur.
Beaucoup de gens sont en colère en raison du manque apparent de respect des libertés et droits fondamentaux. Malgré un appel à l'assouplissement de la politique « zéro-COVID » suite au confinement drastique de Shanghai qui avait entraîné de graves pénuries alimentaires, des émeutes, et la censure, Pékin persiste à maintenir ses mesures de lutte contre l'épidémie et s'engage à combattre les détracteurs opposés aux stratégies de prévention menées par le pays.
Dans un tel contexte, certains ont interprété « notre génération sera la dernière » comme la résistance envers la tyrannie la plus désespérée que nous n'ayons jamais rencontrée. Par exemple Zhang Xuezhong, professeur de droit chinois a déclaré sur Twitter :
« Notre génération sera la dernière, merci ! » Quelle expression tragique et remplie de désespoir. L'auteur de cette phrase a pris la décision de ne jamais avoir d'enfants parce que selon lui l'avenir dont il a été privé est beaucoup trop sinistre. C'est là la plus vive des protestations que le jeune homme pouvait exprimer à l'encontre de son époque.
L'interprétation est légèrement différente sur Weibo. Beaucoup ne considèrent pas le commentaire comme un acte de résistance politique. L'une des réponses les plus populaires souligne que :
On ne note aucune rancune, aucune résistance et aucun éloge aveugle des pratiques menées dans d'autres pays.
C'est plutôt l'expression d'un sentiment d'impuissance; il veut être fier de son identité mais il est privé de tous ses droits fondamentaux; il accepte son incapacité à faire évoluer les choses même s'il avait bon espoir; il se défend alors que ses descendants sont menacés de représailles.
Il n'a fait aucune requête, n'a demandé aucune protection, ou n'a pas réclamé de changement. Il n'a pas parlé ni des droits qui lui ont été enlevés de manière implicite, ni des accords qui ont été enfreints. Il n'a pas fait de revendications, ni n'a protesté. Il a juste exprimé son point de vue calmement comme s'il retournait tristement le couteau dans la plaie en désespoir de cause.
Ces dernières années, le gouvernement chinois a encouragé ses citoyens à avoir plus d'enfants notamment suite à une forte baisse du taux de naissances en 2020. Cependant, ces efforts auront tous été inutiles en raison d'un manque de soutien public.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220531_151755";}s:15:"20220531_144755";a:7:{s:5:"title";s:141:"Des figures de l'opposition arrêtées à Saint-Vincent-et-les-Grenadines un mois après les manifestations contre la vaccination obligatoire";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/31/267968/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=267968";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 31 May 2022 12:47:55 +0000";s:11:"description";s:175:"Une femme arrêtée pour avoir blessé le Premier ministre lors d'une manifestation en août, et quatre autres opposants inculpés en lien avec les protestations dans le pays.";s:7:"content";s:17399:"
La Constitution garantit pourtant « liberté d'expression, de rassemblement et d'association ».
Ralph Gonsalves, le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, s'adresse au Sommet des Nations Unies sur l'adoption du programme de développement post-2015, le 25 septembre 2015. Photo prise par UN Photo/Mark Garten sur Flickr, CC BY-NC-ND 2.0.
Il n'aura pas fallu longtemps aux forces de l'ordre pour arrêter le coupable du prétendu lancer de pierre à la tête du Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Ralph Gonsalves, lors de la manifestation du 5 août contre la décision de rendre la vaccination contre la Covid-19 obligatoire dans les Caraïbes. Le week-end suivant l'incident, Annamay Lewis a été inculpée pour avoir blessé le Premier ministre. Au même moment, le ministre Julian Francis a averti que davantage d'arrestations pourraient très prochainement avoir lieu.
La manifestation aurait été entreprise sans accord de la police, une condition requise pour les rassemblements publics en vertu de la législation de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. De plus, cet acte de violence a été vivement critiqué, y compris par l'opposition et les voix régionales. Cependant, le Premier ministre Gonsalves a été enregistré déclarant qu'il tient le dirigeant de l'opposition, Godwin Friday, personnellement responsable, quoique pas de manière criminelle, de l'attaque qui a causé sa blessure.
Selon des sources, la manifestation organisée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le service public du pays ainsi que les syndicats d'enseignants, a été incitée par la proposition du gouvernement d'enlever le mot « volontaire » devant le mot « vaccination » dans le Public Health Act [loi visant à assurer la santé publique], et par les inquiétudes relatives au processus d'exemption concernant le vaccin contre la Covid-19. Le taux de personnes entièrement vaccinées à Saint-Vincent-et-les-Grenadines est actuellement estimé à juste au-dessus de 12 % de la population. Au 1er septembre, le ministère de la Santé du pays rapporte 38 cas actifs de Covid-19, avec un total de 12 décès.
Le 6 août, soit le lendemain de l'attaque contre le Premier ministre Gonsalvez, le gouvernement a apporté des amendements à la loi relative à la santé publique devant le Parlement, rendant la vaccination contre la Covid-19 obligatoire pour certaines catégories de travailleurs à risque. Les conditions de ce nouvel arrangement doivent encore être définies par le Cabinet ministériel.
Cependant, les arrestations des activistes de l'opposition Adriana et Kenson King, le 13 août, ont attisé la flamme du sujet du droit des habitants du pays de manifester, reconnu par la constitution, étant visé par les autorités ou non. Les King ont tous deux été reconnus coupables de quatre chefs d'accusation pour avoir troublé l'ordre public par leur rôle prétendu dans l'organisation et la participation à la manifestation du 5 août.
La constitution du pays énonce que « chaque personne à Saint-Vincent détient […] des droits et libertés fondamentaux », ce qui inclut « la liberté de conscience, d'expression, et d'association ».
En 2016, le gouvernement a adopté une législation controversée sur la cybercriminalité, que l’International Press Institute (IPI) [organisation assurant la prospérité de la presse et du domaine journalistique] et d'autres organisations de défense des droits ont considérée comme « une grave menace pour la liberté de la presse, la libre circulation d'informations en ligne, et le débat public ». La nouvelle loi a étendu la portée des dispositions antérieures en matière de diffamation pour y inclure l'expression en ligne, légèrement définie comme « cyber-harcèlement ».
Le 1er septembre, l'équipe juridique des King (Kay Bacchus-Baptiste, un membre de l'opposition, à sa tête) a alerté via Facebook les utilisateurs des réseaux sociaux de l'arrestation de deux autres individus : Colin Graham, l'animateur d'un talk-show de l'opposition diffusé à la radio, et Tyrone James, le secrétaire général du NDP. L'un comme l'autre ont été inculpés des mêmes quatre chefs d'accusation que les King.
Bacchus-Baptiste, caractérisant ces arrestations d'« abomination », a déclaré que trois nouvelles interpellations pourraient avoir lieu avant le 3 septembre ou ce jour. Il a ajouté :
It is against what the United Nations and the OAS has said about protests and upholding human rights. […] I condemn it, and I am calling on our prime minister Ralph Gonsalves, who is a lawyer, who represents St. Vincent on the UN Security Council, to come out and condemn it […] speak up for the rights of Vincentians.
Ces actions sont contre ce que les Nations unies et l'Organisation Armée Secrète ont dit sur les manifestations et le respect des droits humains. […] Je les condamne, et j'appelle notre Premier ministre Ralph Gonsalves, qui est aussi avocat et qui représente Saint-Vincent au Conseil de sécurité de l'ONU, à en faire de même […], à défendre les droits des Vincentiens.
L'opposition a aussi signalé des incidents qui auraient été causés par des agents de police, les « Black Squad ». Ceux-ci, lourdement armés, auraient fait des descentes directement chez les manifestants. Selon le Premier ministre, cette revendication a été transmise à ses avocats.
Au moment de la publication de cet article, le post de Bacchus-Baptiste a recueilli 200 commentaires sur l'incident. Parmi eux, on retrouve celui de Carla Dougan, utilisatrice de Facebook :
Abuse of process! These charges are frivolous and vexatious and certainly NOT in the public interest: to charge citizens for exercising their constitutional rights is ridiculous! Political victimisation is what it looks like to me!
C'est un abus de procédure ! Ces accusations sont frivoles, vexatoires, et ne représentent certainement PAS l'intérêt public. Inculper des citoyens pour avoir exercé leurs droits constitutionnels est ridicule ! Ça ressemble surtout à de la victimisation politique, à mon avis !
Hewitt James a qualifié ces actions de « nouvelle déchéance » :
This is human rights abuse on steroids in St. Vincent and the Grenadines. […] Nothing should stop Vincentians to peacefully and rightfully protest. It […] speaks volumes about those in power whom have now become desperate to rule by what ever means. We will never forget this dark chapter in Vincentian history.
En ce moment à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, on assiste à un abus sous stéroïdes des droits humains. […] Rien ne devrait empêcher les Vincentiens de manifester en paix et légalement. Ça […] en dit beaucoup sur ceux qui sont au pouvoir et qui sont déterminés à régner par n'importe quel moyen. Nous n'oublierons jamais ce sombre chapitre de l'histoire des Vincentiens.
When you break the law, it's the responsibility of the Police to follow up with the consequences […] We can't have it both ways. Criticizing the Police for failure to apply the laws accordingly, then turn around and criticize when they try to apply the laws accordingly. SVG is a country of laws. Let us live by them […] trust the system.
Quand vous enfreignez la loi, la police a la responsabilité d'en faire subir les conséquences. […] On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Vous critiquez la police pour ne pas appliquer la loi convenablement, puis vous changez d'avis et la critiquez lorsqu'ils essaient de le faire. Saint-Vincent-et-les-Grenadines est un Etat de droit. Laissez-vous porter par ces lois, […] faites confiance au système.
Dans un échange avec Global Voices, un utilisateur des réseaux sociaux a fait part de ses inquiétudes quant à la « tournure du scénario […], le fait de traiter la participation à des manifestations comme un acte criminel ». Il a demandé à rester anonyme par peur de représailles. Il a également déclaré que certaines vidéos de l'attaque contre le Premier ministre ayant été postées sur des plateformes comme Facebook ou YouTube ont été supprimées, laissant entendre que l'objectif était d'humilier. Global Voices n'a pas été en mesure de confirmer cela.
Dans un article du 11 août intitulé « The Buss Head Agenda », Wesley Gibbings, un journal de Trinidad-et-Tobago, a contextualisé la situation par rapport à ce qui a causé la manifestation en premier lieu, à savoir le problème de la vaccination :
We are fresh from election campaigns in several countries. [St. Vincent and the Grenadines held its general elections in 2020.] There is the stench of both recently-shed and longstanding political blood in the air.
St Vincent and the Grenadines remains in the throes of a volcanic crisis that has decimated its agriculture, displaced hundreds, and drained the country’s treasury.
As an aside, it is unbelievable that the official opposition has resorted to a form of victim-blaming in the case of the prime minister and his injury. It betrays unfortunate denial of the slippery slope some politicians have chosen to engage.
Des campagnes électorales viennent d'avoir lieu dans plusieurs pays. [Saint-Vincent-et-les-Grenadines a tenu ses élections générales en 2020.] Il y a, dans l'air, l'odeur du sang politique fraîchement versé, mais aussi versé depuis longtemps.
Saint-Vincent-et-les-Grenadines demeure au sein d'une crise volcanique qui a décimé son agriculture, a causé la migration de centaines de personnes et a drainé la trésorerie du pays.
Ainsi, il est impensable que l'opposition officielle ait eu recours à une forme de condamnation des victimes, en ce qui concerne l'affaire de l'attaque du Premier ministre. Cela trahit le déni malheureux de la pente glissante que certaines personnes politiques ont choisi d'emprunter.
Cependant, dans un appel téléphonique, la source anonyme a déclaré à Global Voices :
I am fully vaxxed, and the same way I have a right to want to be vaccinated is the same way that others have the right to choose not to be—but to have your rights trampled on for publicly expressing that opinion? That's something else entirely.
Mon schéma vaccinal est complet, et de la même manière que j'ai le droit de vouloir être vacciné, d'autres ont le droit de ne pas vouloir l'être. Mais avoir ses droits piétinés pour exprimer publiquement son opinion, c'est autre chose.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220531_144755";}s:15:"20220531_131810";a:7:{s:5:"title";s:119:"Les politiciens nigérians indifférents à la grève des enseignants d'universités, se concentrent sur les élections";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/31/272740/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272740";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 31 May 2022 11:18:10 +0000";s:11:"description";s:222:"L’indifférence du gouvernement face à la grève des enseignants témoigne du désintérêt profond pour l'éducation. Malheureusement, les grèves répétée impactent majoritairement les étudiants maintenus chez eux.";s:7:"content";s:12235:"
Au Nigéria, un politicien gagne dix fois plus qu'un enseignant.
Une cérémonie de remise de diplômes dans une université privée au Nigeria. Image Flick de Rajmund Dabrowski/ANN, le 7 juin 2009. (CC BY-NC-ND 2.0).
L'Academic Staff Union of Nigeria Universities (ASUU) (le Syndicat des enseignants du supérieur du Cameroun) est en grève « totale et complète » depuis le 14 février 2022, obligeant les universités publiques nigérianes financées par le gouvernement fédéral à fermer leurs portes. Au cours des deux derniers mois, de nombreux étudiants nigérians sont restés chez eux pour tenter de limiter les perturbations de leur calendrier universitaire.
La grève a débuté après l'échec du syndicat et du gouvernement à trouver un terrain d'entente pour répondre aux revendications des professeurs d'université.
Sur les 170 universités que compte le Nigeria, 43 sont gérées par le gouvernement fédéral et 48 sont détenues et gérées par les gouvernements d'États. Les 79 restantes sont des institutions privées.
L'incapacité du gouvernement à mettre en œuvre l'accord conclu en 2009 avec les enseignants d'universités est l'une des principales causes de cette grève. Plus précisément, l'ASUU a accusé le gouvernement d'avoir renoncé au paiement d'« environ 880 milliards de NGN » (à peu près 2,2 milliards de dollars), somme destinée à la « redynamisation des universités ». « Il a également refusé d'intégrer les primes d'enseignement supérieur au budget de l'année 2022 comme promis ».
Le professeur Ayo Akinwole, responsable de l'ASUU, déplore la situation et explique « bien que les politiciens nigérians soient parmi les mieux payés au monde, les enseignants sont parmi les moins bien rémunérés. Les professeurs gagnent moins de 1 000 dollars par mois ». Le revenu annuel des législateurs nigérians est un des plus élevés au monde et varie entre 150 000 et 190 000 dollars.
Le gouvernement, par l'intermédiaire du ministre du Travail et de l'Emploi Chris Ngige, a déclaré qu'il ne disposait pas des fonds nécessaires pour répondre aux demandes des enseignants en grève. Néanmoins, le ministère de l’Éducation a mis en place un comité pour négocier avec le syndicat le 2 mars et trouver une issue favorable à la situation.
Trop de grèves de l'ASUU ?
La toute première grève de l'ASUU était contre les excès dictatoriaux du régime militaire alors en place et a entraîné la suppression du syndicat le 7 août 1988. Depuis lors, le syndicat n'a cessé de recourir aux actions de grève comme moyen de négociation avec le gouvernement.
Le Premium Times, un journal en ligne nigérian déclare que depuis 1999, date du retour à un régime démocratique pour le Nigéria, les enseignants d'universités sont entrés en grève à 15 reprises. Soit une période équivalente à 50 mois. La grève de l'ASUU de 2020 a duré neuf mois, l'équivalent d'une année universitaire. Selon un éditorial du Nigerian Tribune, un journal local, « entre 1999 et 2020 l'ASUU a fait grève 17 fois pour un total de 1 450 jours. Le syndicat a donc fait grève tous les 15 mois, l'équivalent de quatre années civiles sur 21 ans ».
L'effet cumulatif de ces grèves a eu un impact dévastateur sur l'enseignement universitaire dans le pays. « Les performances académiques des étudiants sont affectées négativement et l'ensemble du système éducatif est presque paralysé. Il en résulte des étudiants et des diplômés mal formés, inemployables, qui n'ont pas les compétences élémentaires nécessaires pour survivre dans des environnements dynamiques comme le Nigeria et le reste du monde », déplore The Cable, un journal en ligne.
Un gouvernement impitoyable et insensible ?
La grève de l'ASUU n'est que le reflet du « manque d'intérêt fondamental du gouvernement nigérian pour l'éducation publique », affirme Ebenezer Obadare, professeur et maître de conférences au pôle des études africaines du Conseil des Relations internationales (CRI).
Les nombreuses grèves organisées par les syndicats dans les universités nigérianes confirment l'affirmation selon laquelle le gouvernement serait insensible à l'enseignement public.
Le Non-Academic Staff Union of Universities (NASU) (Syndicat du personnel non enseignant des Universités) et le Senior Staff Union of Nigerian Universities (SSANU) (Syndicat du personnel supérieur des universités nigérianes) ont entamé une grève d'avertissement le 27 mars 2022. Le motif était le non-respect par le gouvernement des accords d'octobre 2020 et de février 2021 conclus avec les syndicats sur le bien-être du personnel. Suite au « silence persistant du gouvernement nigérian face aux requêtes des syndicats », la grève a été prolongée d’un mois le 21 avril.
La vague de grèves est directement liée au financement insuffisant accordé à l'enseignement public au Nigéria. Le montant de 1,09 trillion de NGN (environ 2,8 millions d'USD) alloué à l'éducation durant l'année 2021 est l'un des plus faibles depuis une décennie. Selon une analyse de BudgIT, une organisation de la société civile nigériane, ce montant est inférieur à la norme de l'UNESCO, qui prévoit de réserver « 15 % à 20 % du budget national à l'éducation ».
Si le gouvernement nigérian souhaite prendre la problématique du financement des universités à bras-le-corps, le budget de l'éducation « devrait se situer dans une fourchette de 2,03 à 2,7 trillions de NGN, et non de 1,09 trillion de NGN », a souligné BudgIT, un groupe de réflexion économique nigérian.
La gouvernance suspendue pour les élections électorales
M. Ngige et son homologue, Emeka Nwajiuba, vice-ministre de l'Education, représentent tous deux le gouvernement fédéral dans les négociations avec l'ASUU. Les deux ministres ont également déclaré leur intention de briguer le poste suprême du pays, celui de président.
The Minister of State for Education bought a N100M Presidential form while ASUU is on strike. The Minister of Labour and Productivity too wants to become president. The main Minister of Education is like a ghost worker. But he has managed to keep his job for 7 years. Tragicomedy.
Le ministre d'État à l'EQducation a acheté un formulaire présidentiel à 100 millions de dollars alors que l'ASUU est en grève. Le ministre du Travail et de la Productivité veut lui aussi devenir Président. Le ministre de l'Education fait figure de travailleur fantôme. Mais il a réussi à conserver son poste pendant 7 ans. Tragicomédie.
Malheureusement, cela donne l'impression que la gouvernance au Nigeria a été suspendue. Les étudiants nigérians passeront peut-être leur année scolaire à la maison, tandis que les ministres poursuivent leur campagne électorale.
Alors que l'ASUU négocie avec un gouvernement qui fait la sourde oreille, il est peut-être temps pour le syndicat de repenser sa stratégie, selon les conseils d'un éditorial du Nigerian Tribune. Sinon, le syndicat court le risque d'être « perçu par beaucoup comme ayant fait de la grève sa vocation ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20220531_131810";}s:15:"20220530_214938";a:7:{s:5:"title";s:101:"Une nouvelle chauve-souris découverte à Trinité-et-Tobago, juste à temps pour le Jour de la Terre";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/30/272443/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272443";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 30 May 2022 19:49:38 +0000";s:11:"description";s:161:"Des scientifiques enregistrent une nouvelle espèce de chauves-souris à Trinité-et-Tobago, portant à 70 le nombre total d'espèces enregistrées dans le pays.";s:7:"content";s:9853:"
« C'est une chauve-souris très rare […] une découverte vraiment passionnante ! »
Chauve-souris Mimon crenulatum appartenant à la même famille que la chauve-souris découverte récemment. D'après les scientifiques, il pourrait s'agir d'une nouvelle espèce de Gardnerycteris. Photo de Karin Schneeberger (Felineora) sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).
L'une d'elles est la découverte d'une nouvelle espèce de chauves-souris à Trinité-et-Tobago, portant à 70 le nombre total d'espèces de chauves-souris enregistrées dans le pays. La page Facebook Trinibats, qui a annoncé la nouvelle, a précisé que la nouvelle chauve-souris appartient au genre Gardnerycteris, collectivement connue sous le nom de chauve-souris à nez poilu, et couramment appelée « Mimon » localement. La découverte a eu lieu le 3 avril dans la réserve forestière Arena sur l'île de Trinité, par une équipe de scientifiques dirigée par Jasmin Camacho, chercheur au Stowers Institute for Medical Research aux États-Unis, qui a rapporté :
The first net of the night […] trapped a Gardnerycteris species, distinguished by the crenulated and elongated lancet and the wing membrane attached to the metatarsal. In Mimon, the wing membrane attaches to the ankle. However, we noticed it lacked a backstripe and was red in color. We concluded it could not be G. crenulatum nor G. keenani, because both have the backstripe and dark fur. The only other known Gardnerycteris species is G. koepckeae, which lacks a backstripe and is red. It was first found in Peru, then also found in Columbia & Bolivia. It is a very rare bat. Tentatively, we have identified it as ‘cupcake’ until we can compare DNA from all known Gardnerycteris species to the DNA sample of ‘cupcake’. It is either the known G. koepckeae or a new species of Gardnerycteris.
Le premier filet de la nuit […] a permis de capturer une espèce du genre Gardnerycteris. Celle-ci se caractérise par une feuille nasale en forme de fer-de-lance et par le fait que la membrane alaire – ou patagium – est rattachée au niveau des métatarses. Chez les chauves-souris Mimon, la membrane alaire est reliée aux pattes arrière. Cependant, nous avons remarqué que cette chauve-souris avait un pelage de couleur rougeâtre, sans bande dorsale. Nous en avons conclu qu'il ne pouvait pas s'agir des espèces G. crenulatum ou G. keenani qui possèdent toutes les deux une bande dorsale et un pelage sombre. La seule autre espèce connue de chauve-souris Gardnerycteris est G. koepckeae, dont le pelage rougeâtre est dépourvu de bande dorsale. Elle a été découverte au Pérou puis aperçue par la suite en Colombie et en Bolivie. C'est une chauve-souris très rare. Nous l'avons provisoirement nommée « cupcake » en attendant de pouvoir comparer son ADN à celui des espèces connues de Gardnerycteris. Il s'agit soit de G. koepckeae, soit d'une nouvelle espèce de Garnerycteris.
Jasmin Camacho prévoit de ramener l'échantillon d'ADN au laboratoire de Stowers pour réaliser « le séquençage et l'analyse phylogénétique qui permettront de le comparer aux échantillons d'ADN des autres espèces de Gardnerycteris. » Les tests compareront également les mensurations de cette nouvelle chauve-souris à celles d'un holotype conservé dans un musée américain. Les résultats seront publiés dans une revue examinée par des pairs.
Quoi qu'il en soit, les amateurs de chauves-souris sont enthousiasmés par les perspectives. Comme l'explique Trinibats,
The bat in question […] is either the very rare Koepckeae’s Hairy-nosed Bat, Gardnerycteris koepckeae, which will be a first ever record for Trinidad, or even more intriguingly, it could be an entirely new species of Gardnerycteris, which will elevate this bat’s status to not merely a new discovery for Trinidad and Tobago, but the discovery of an entirely new species of bat! This may not be the case but time will tell. Either way, this is officially the 70th species of bat to be recorded locally—a truly exciting find!
La chauve-souris en question […] est soit la rarissime chauve-souris à nez poilu de Koepcke, Gardnerycteris koepckeae, – et ce serait la première fois qu'on l'observe sur l'île de Trinité – soit une toute nouvelle espèce de Gardnerycteris. Il ne s'agirait alors plus uniquement d'une découverte à Trinité-et-Tobago mais d'une toute nouvelle espèce de chauves-souris ! Ce n'est peut-être pas le cas, mais le temps nous le dira. Quoi qu'il en soit, c'est officiellement la 70e espèce de chauves-souris enregistrée localement et cette découverte est vraiment passionnante !
Même si les chauves-souris ont tendance à être des créatures incomprises aux Caraïbes — elles effraient de nombreuses personnes et leur lien avec la transmission de la rage et de l’histoplasmose est incontesté — elles jouent également un rôle majeur dans l'équilibre écologique. Elles participent en effet à la pollinisation, aident à réguler les populations d'insectes et favorisent la dispersion des graines.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220530_214938";}s:15:"20220530_210139";a:7:{s:5:"title";s:107:"Les partisans de la junte militaire birmane utilisent Facebook pour justifier la violence contre les civils";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/30/272534/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272534";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 30 May 2022 19:01:39 +0000";s:11:"description";s:121:"Les médias traditionnels étrangers omettent de dénoncer les rhétoriques pro-junte militaire qui circulent au Myanmar.";s:7:"content";s:19771:"
Trois types d'arguments favorables à la junte militaire.
De nombreux Birmans se rendent sur Facebook pour discuter du régime militaire. La population compte en son sein des partisans de la démocratie, mais aussi des partisans de la junte militaire comme en témoignent les groupes, pages et profils individuels publiés sur la plateforme. Les différents messages, que les posts sur les réseaux sociaux véhiculent, cherchent à influencer une nation déjà déchirée, or les médias traditionnels étrangers omettent d'en parler.
Des chercheurs birmans ont analysé (en passant au peigne fin les réseaux sociaux) la manière dont les citoyens partisans de la junte militaire justifient la violence des forces armées envers les civils.
Pourquoi est-ce si important ?
Cela fait plus d'un an que les forces militaires ont pris le pouvoir dans le pays et arrêté ses dirigeants démocratiques, ainsi que près de 10 000 civils. Des douzaines de personnes ont été condamnées à mort. L'armée serait à l'origine du massacre de plus 1 700 personnes, y compris des enfants. Des centaines de milliers de jeunes (étudiants, professionnels, activistes politiques) ont fui pour se réfugier dans les pays voisins ou alors se cachent à l'intérieur de Myanmar.
Suite l'an dernier à la répression brutale des nombreuses manifestations pro-démocratie, des milliers de jeunes ont pris les armes afin de mener ce que l'on pourrait appeler une guérilla contre la junte militaire. Des milices ethniques, qui critiquent depuis des décennies le gouvernement, ont formé beaucoup d'entre eux. Le Myanmar est dirigé par un régime militaire de 1962 à 2011, année durant laquelle le pays entre dans une période de transition démocratique avant de tomber de nouveau entre les mains de la junte militaire.
Des dons de la population birmane financent en grande partie la nouvelle résistance armée civile et décentralisée, plus connue sous le nom de « Forces de Défense populaires » (PDF). Les partisans de la junte militaire, qui sont généralement conservateurs, cherchent à discréditer et justifier la violence envers la résistance.
Utilisation quotidienne de Facebook : fonctionnement
En 2021, la junte militaire bloque Facebook, Twitter, et Instagram mais la population réussit à accéder à ces plateformes en utilisant des VPN. Les sympathisants de la junte soutiennent cette mesure comme moyen d'empêcher la publication de commentaires pro-démocratiques. Mais eux aussi utilisent des VPN, et du coup enfreignent les mesures instaurées par leurs dirigeants.
La Tatmadaw veut interdire complètement l'utilisation des VPN et a coupé l'accès à Internet dans les fiefs de la résistance.
Une grande partie de la doctrine militaire repose sur des informations fausses et trompeuses. La propagande permet de discréditer les dénonciations de massacres et d'atteintes aux droits humains. Les utilisateurs de Facebook d'un côté publient des vidéos désinvoltes de soldats en train de danser et de l'autre des vidéos de scènes violentes et humiliantes.
Les partisans de la junte ont tendance à ne pas partager les posts avec lesquels ils sont d'accord, mais préfèrent plutôt copier-coller leur contenu et les publier séparément. De cette manière, ils peuvent échapper aux modérateurs de Facebook.
Les militants pour la démocratie et ceux pour l'armée ont tendance à utiliser des polices de caractères différentes. Les mobinautes préfèrent Unicode à Zawgyi pour poster en birman alors que les sympathisants de la junte utilisent toujours Zawgyi, une police de caractères illisible et indéchiffrable sur certains portables.
Depuis le coup d'État de 2021, la Tatmadaw (les forces armées de Myanmar) est accusée d'avoir commis de graves violations des droits humains. Au mois de janvier 2022, Michelle Bachelet, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a déclaré que l'armée affiche « un mépris flagrant pour la vie humaine. » De nombreux civils (qui n'ont pas toujours de liens avec la résistance) « ont été abattus d'une balle dans la tête, brûlés vifs, victimes d'arrestations arbitraires, torturés ou utilisés comme boucliers humains. » Par exemple, au mois de décembre dernier, un camion militaire a foncé sur une foule de manifestants, tuant cinq personnes. Deux jours plus tard, l'armée aurait brûlé vives 11 personnes dans la région de Sagaing.
Face à la montée de la répression, des milliers de civils pro-démocrates ont uni leurs forces pour se défendre et contre-attaquer. Durant ces derniers mois, ils ont ciblé des commissariats de police, des camions et des petites unités militaires et ont tué du personnel militaire et de police. Une grande partie de la population birmane continue à réunir des fonds afin de soutenir les Forces de Défense populaires.
Ce genre de discours conduit à d'autres, plus dangereux, tels que ceux justifiant les actes de violence meurtrière envers les Forces de Défense populaires, une tendance qui dernièrement s'est accentuée alors que certains partisans de la junte estiment que la Tatmadaw s'est « ramollie ».
Déroulement du récit sur Facebook
Thingyan, un festival de l'eau, a lieu chaque avril à Myanmar. Durant le festival, les gens s'éclaboussent avec de l'eau. Certains distribuent de la nourriture. Le post ci-dessous prétend que les Forces de Défense populaires auraient versé de l'acide dans des bouteilles d'eau et empoisonné des œufs. Les Forces de Défense populaires ne sont pas citées dans le commentaire mais il est évident qu'il s'agit bien d'elles (en raison de l'utilisation des termes « destruction et troubles »). Les réponses à ce post et les personnes qui l'ont partagé mettent en garde les autres utilisateurs contre les attaques présumées des Forces de Défense populaires. Pour une analyse plus détaillée, cliquez ici.
Les sympathisants de la junte sont davantage attachés aux valeurs traditionnelles telles que la religion organisée, le nationalisme, et l'éducation formelle. En 2011, lorsque le pays entre dans une phase de transition démocratique, certains conservateurs se sentent menacés. Le parti de l'activiste pro-démocrate Aung Suu Kyi remporte les élections de 2020 avec une majorité écrasante, mais quelques mois plus tard, la Tatmadaw déclare que les résultats sont frauduleux et annule le vote.
Selon nos chercheurs : « Suite à l'instauration du gouvernement civil dans le pays, la population birmane est devenue plus progressiste; ce qui représente une menace pour les partisans de la junte qui sont nationalistes et font partie de groupes bouddhistes radicaux. Ils pensent qu'en vivant sous une dictature qui partage les mêmes valeurs, ils peuvent poursuivre leurs activités religieuses quotidiennes en toute sécurité. »
Les sympathisants de la junte accusent les jeunes activistes d'être sous l'influence de la drogue, de l'alcool, ou de valeurs occidentales. Ce genre de rhétorique comporte également des connotations sexistes à propos de la vie sexuelle des jeunes femmes et incite à la violence sexuelle.
Propagation du récit sur Facebook
Cette page de Facebook pro-junte partage deux photos : la première montre une jeune femme enceinte, et membre présumée de la résistance, et la deuxième dépeint Aung Myo Min, le Ministre des droits humains sous le Gouvernement d'unité national (NUG), l'entité d'hommes et de femmes politiques élus en 2020, et aujourd'hui en exil. La légende de la photo indique que « la jeune femme enceinte, appartenant aux Forces de Défense populaires, et le ministre homosexuel » vont figurer dans un documentaire pro-démocrate. Pour une analyse plus détaillée, cliquez ici.
Après le coup d'État en 2021, les sympathisants des forces armées se sont félicités de la mise en place de la junte et du nouveau conseil militaire présidé par Min Aung Hlaing. Cependant, un an plus tard, certains ont exprimé leur mécontentement face au laxisme et à l'indécision du régime à lutter contre le mouvement pro-démocrate, et ce en dépit des violentes représailles. Ce point de vue est justifié par les nouvelles de soldats tués durant des affrontements avec des groupes rebelles armés. D'autres insistent que l'armée pourrait facilement détruire les Forces de Défense populaires si elle en avait vraiment envie.
Interprétation des récits sur Facebook
Une page de Facebook partisane pro-junte partage un post nostalgique de l'ancienne période dictatoriale. La légende qui accompagne une photo montrant d'anciens dictateurs birmans (les généraux Than Swe et Khin Nyut) explique qu'à cette époque, le pays était paisible et que l'auteur du post aimerait que ces dirigeants retournent au pouvoir. Le post laisse sous-entendre que le pays est de plus en plus instable à cause de la résistance armée et que le régime actuel est trop laxiste envers l'opposition. Pour une analyse plus détaillée, cliquez ici.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220530_210139";}s:15:"20220520_144304";a:7:{s:5:"title";s:103:"La célèbre journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh abattue par une balle israélienne à la tête";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/20/272779/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272779";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 20 May 2022 12:43:04 +0000";s:11:"description";s:158:"Bien que vêtue d'une veste de presse et visible aux soldats israéliens qui tiraient, Shireen a été tuée d'une balle à l'oreille en dessous de son casque";s:7:"content";s:18213:"
Surnommée la « Voix de la Palestine », son meurtre est pleuré par beaucoup
« Ce n'est pas facile de changer la réalité, mais j'ai au moins été capable de porter ces voix au monde », c'est ce qu'a déclaré la correspondante assassinée Shireen Abu Akleh dans une précédente interview à l'occasion de ses 25 ans de reportage sur la Palestine. Le 11 mai, elle a été abattue par une balle israélienne à la tête, envoyant des vagues de chagrin et de rage parmi ceux qui suivaient la cause palestinienne. Image par alwatan_live, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Cet article a été publié pour la première fois par Raseef22 le 11 mai 2022. Une copie éditée est republiée par Global Voices dans le cadre d'un partenariat de republication.
La nouvelle du meurtre de la célèbre journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh par une balle à la tête, tirée le 11 mai par les forces israéliennes, a provoqué des vagues de chagrin et de rage dans le monde arabe et au-delà, dans un contexte d'appels à mettre fin, une fois pour toutes, aux crimes commis par Israël contre tous les Palestiniens, et les journalistes en particulier.
L'assassinat de Shireen à Jénine, en Cisjordanie occupée, alors qu'elle couvrait l'incursion de l'armée israélienne dans la ville, a attristé des millions de personnes à travers le monde.
Shireen Abu Akleh was EXECUTED with a shot to the head by Israeli snipers while wearing her helmet & bullet proof vest that said PRESS on in.
How long will we continue remaining silent while our “allies” kill journalists for telling inconvenient truths?#شيرين_ابو_عاقلة
Shireen Abu Akleh a été EXÉCUTÉE avec une balle à la tête par des tireurs d'élite israéliens alors qu'elle portait son casque et son gilet pare-balles portant l'inscription PRESS.
Combien de temps continuerons-nous à garder le silence pendant que nos « alliés » tuent des journalistes pour avoir dit des vérités qui dérangent ? #شيرين_ابو_عاقلة
Des témoins ont déclaré que la correspondante d'Al-Jazeera portait un gilet de presse, et un casque, ce qui indique fortement qu'elle avait été ciblée par un coup de feu tiré à la tête dans la partie visible du casque – sous l'oreille.
According to a reporter accompanying Shireen when she was shot, she was not only wearing a press vest but also a helmet.
The reporters were facing the Israeli snipers. There is no way they mistook her. They hit Shireen where her head was exposed in order to kill her. pic.twitter.com/W6KTeHwVZZ
— Marwa Fatafta مروة فطافطة (@marwasf) May 11, 2022
Selon une journaliste accompagnant Shireen lorsqu'elle a été abattue, elle portait non seulement un gilet de presse mais aussi un casque.
Les reporters faisaient face aux tireurs d'élite israéliens. Il n'y a aucun moyen qu'ils l'aient confondue. Ils ont frappé Shireen là où sa tête était exposée afin de la tuer. pic.twitter.com/W6KTeHwVZZ
— Marwa Fatafta مروة فطافطة (@marwasf) 11 mai 2022
Dans une vidéo devenue virale sur Twitter, le collègue de Shireen qui l'accompagnait sur le terrain a déclaré :
My fellow journalists and I gathered at a point very close to the (Israeli) army. We readied ourselves, putting on all our gear – the helmets, the shield. We waited for Shireen to come, along with another colleague. I was there first with another colleague. We made ourselves visible to the army. We then advanced a few metres, and were shot at.
Mes collègues journalistes et moi étions réunis à un endroit très proche de l'armée (israélienne). Nous nous sommes préparés, enfilant tous notre équipement – les casques, le gilet protecteur. Nous avons attendu l'arrivée de Shireen, accompagnée d'un autre collègue. J'y étais d'abord avec une autre collègue. Nous nous sommes rendus visibles à l'armée. Nous avons ensuite avancé de quelques mètres et avons essuyé des tirs.
Et il a ajouté : « Après la fusillade, nous avons essayé de soulager Shireen autant que nous le pouvions. L'occupation a ciblé Shireen alors qu'elle portait un casque. La blessure était sous l'oreille… L'occupation tenait absolument à nous tuer par des tireurs d'élite. »
Le producteur d'Al-Jazeera Ali Al-Samudi, qui se tenait près d'elle, a également été touché par une balle au dos, tirée par un soldat israélien.
Shireen, dont les reportages professionnels avec un visage et un nom emblématique, ont été une source fiable d'informations sur les agressions et les violations commises par Israël à l'encontre des Palestiniens en Cisjordanie, est décédée sur place; les médecins et sa propre équipe n'ayant pu l'atteindre immédiatement en raison des tirs nourris.
Condamnation et chagrin
Dans un communiqué, le réseau Al Jazeera a dénoncé le meurtre tragique « qui viole les lois et les normes internationales » commis par l'occupation israélienne contre son reporter, soulignant que « ce crime odieux vise à empêcher les médias de faire passer leur message ».
Soulignant qu'Abu Akleh portait une veste de presse lorsque des soldats de l'occupation israélienne lui ont tiré dessus, le réseau a tenu le gouvernement israélien et les forces d'occupation pour responsables du meurtre de la journaliste, appelant la communauté internationale à « condamner et à tenir l'occupation israélienne pour responsable d'avoir ciblé et assassiné délibérément Abu Akleh ».
Le ciblage militaire de la presse est une pratique fréquente de l'armée israélienne afin de réduire au silence les récits de sa brutalité et de ses crimes. Il y a exactement un an, le 11 mai 2021, une frappe aérienne israélienne visait et détruisait une tour qui abritait des bureaux de l'Associated Press (AP) dans la bande de Gaza malgré « des appels urgents répétés de l'agence de presse aux militaires pour arrêter l'attaque imminente » selon un rapport de l'AP. AP a qualifié l'attaque de « choquante et horrifiante ».
Commentant l'exécution de Shireen, le réseau Arab Reporters for Investigative Journalism (ARIJ) a écrit : « Les journalistes, hommes et femmes, qui exercent leur rôle et leur travail dans la paix, sont ciblés par l'occupation israélienne parce qu'ils véhiculent la vérité ».
Endeuillée par la perte de Shireen, la chaîne a souligné qu'elle « a toujours été la voix qui a amené la Palestine dans chaque foyer ».
La journaliste palestinienne Christine Rinawi a écrit que Shireen « se lève en martyr après avoir couvert des centaines de funérailles de martyrs. Sherine est un grand nom dans le monde du journalisme. Sherine est un grand cœur. Sherine est un mentor en matière d'humanité, de respect et d'éthique avant le journalisme. »
« La Voix de la Palestine »
Née en 1971 à Jérusalem occupée, Abu Akleh est titulaire d'une licence en journalisme et médias de l'Université de Yarmouk, en Jordanie. Elle faisait partie de la première génération de correspondants d'Al-Jazeera en Palestine, vu qu'elle a rejoint la chaîne en 1997, un an après son lancement. Avant de rejoindre le réseau qatari, Abu Akleh a travaillé pour Palestine Radio et Amman Satellite Channel.
Pendant près d'un quart de siècle, Shireen a couvert et rapporté au monde les agressions et les attaques d'Israël contre le peuple palestinien dans les territoires occupés.
I am shocked to hear of the death of Al-Jazeera journalist Shireen Abu Akleh, who was shot by Israeli forces in the occupied West Bank.
This appalling killing must be investigated and justice sought for her family. https://t.co/KTCc7zsV4T
Je suis choqué d'apprendre la mort de la journaliste d'Al-Jazeera Shireen Abu Akleh, qui a été abattue par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée.
Ce meurtre épouvantable doit faire l'objet d'une enquête et la justice doit être rendue pour sa famille. https://t.co/KTCc7zsV4T
Dans une interview précédente, Abu Akleh a déclaré à propos du danger auquel elle est confrontée lorsqu'elle couvre des lieux dangereux, en particulier lors de l'invasion israélienne de la Cisjordanie en 2002 : « Dans les moments difficiles, j'ai surmonté la peur. J'ai choisi le journalisme pour être proche des gens. Ce n'est peut-être pas facile de changer la réalité, mais j'ai au moins pu faire entendre cette voix au monde. »
“I chose journalism to be close to people. It might not be easy to change the reality but at least I could bring their voice to the world. I am Shireen Abu Akleh”. That sign off will forever be iconic. Rest in power and peace Shireen. pic.twitter.com/WKFjypywEa
« J'ai choisi le journalisme pour être proche des gens. Ce ne sera peut-être pas facile de changer la réalité, mais j'ai au moins pu faire entendre cette voix au monde. Je suis Shireen Abu Akleh ». Cette signature restera à jamais emblématique. Repose en puissance et en paix Shireen. pic.twitter.com/WKFjypywEa
Dans une autre interview accordée à Al Jazeera, Abu Akleh a déclaré que l'occupation israélienne l'a toujours accusée de photographier les zones de sécurité, exprimant son sentiment constant d'être prise pour cible et d'être confrontée à l'armée d'occupation israélienne et aux colons armés.
L'un des moments où elle a eu le plus d'impact, a raconté Shireen, a été sa visite à la prison d'Ashkelon où elle a vu la condition des prisonniers palestiniens, dont certains ont passé plus de 20 ans derrière les barreaux.
« Les yeux rivés sur la vérité »
Dans un article publié par le journal égyptien indépendant Mada Masr, Sahar Mandour, une romancière et journaliste libano-égyptienne a écrit :
على مرّ حياتها الراشدة، شيرين نقلت الخبر كاملًا من موقع حدوثه على الأرض. ولما صارت هي الخبر، وصلنا أيضًا كاملًا، دقيقًا، لا لبس فيه، ومن موقع حدوثه على الأرض.
Tout au long de sa vie d'adulte, Shireen a rapporté la nouvelle dans son intégralité du lieu de l’événement. Et quand c'est elle qui est devenue la nouvelle, on a eu aussi l'information intégrale, précise, sans ambiguïté et du lieu de l’événement.
Sur sa page Facebook, Mandour a écrit : « Israël a tué Shireen Abu Akleh parce que Shireen lui a fait du tort. Dès le premier jour où elle s'est tenue devant la caméra et a transporté le monde au cœur de la Palestine, elle a lancé le plan de son assassinat. Au fil des décennies et des guerres, de l'intifada à aujourd'hui, nous avons fait confiance à Shireen, et nous avons marché avec elle sur les collines et entre les arbres, nous avons conquis les quartiers des villages et nous avons balayé les rues des villes du regard. Nous avons vu la Palestine à travers elle, et nous avons vu l'occupation de près, œil pour œil, avec elle. »
Elle a conclu : « Son assassinat est un choc, bien sûr, mais c'est le résultat d'un crime organisé. Ce n'est pas par accident ou par erreur, mais par une décision et une action réelle. Israël a tué une des héroïnes de la Palestine. »
Le chercheur du Centre palestinien Masarat, Razi Nabulsi, a écrit sur Facebook :
In every corner, in every house, there is a TV, in every corner, in every house, there is tears today. In every Palestinian home, we cry, Shireen Abu Akleh – Palestine.
Dans chaque coin, dans chaque maison, il y a une télé, dans chaque coin, dans chaque maison, il y a des larmes aujourd'hui. Dans chaque foyer palestinien, nous pleurons, Shireen Abu Akleh – Palestine.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220520_144304";}s:15:"20220520_134907";a:7:{s:5:"title";s:103:"Sentiment anti-musulman croissant à travers l'Inde provoqué par des groupes hindous d'extrême droite";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/20/272604/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272604";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 20 May 2022 11:49:07 +0000";s:11:"description";s:161:"Des affrontements communautaires entre des groupes suprémacistes hindous de droite et la communauté musulmane minoritaire ont été signalés à travers l'Inde";s:7:"content";s:24730:"
Les campagnes anti-musulmanes se multiplient en Inde
Un rassemblement Rama Navami à Howrah, West Bengla, Inde. Image via Wikimedia Commons par Biswarup Ganguly. (CC BY-SA 4.0.)
[Sauf indication contraire certains liens de cette page renvoient vers des sites en anglais]
Des affrontements communautaires entre des groupes suprématistes hindous de droite et la communauté musulmane minoritaire ont été signalés dans toute l'Inde lors de deux festivals hindous récents en une semaine.
Ram Navami [fr] est une importante fête hindoue qui est traditionnellement observée par le jeûne et culmine le neuvième jour, la naissance de Lord Ram, l'une des divinités hindoues les plus importantes. Les fidèles offrent des prières et des rituels dans les temples, chantent des chants dévotionnels et organisent des rituels et des processions de chars à domicile et au niveau communautaire. Cependant, il existe une histoire centenaire de processions violentes et d'utilisation de ces occasions religieuses hindoues comme des opportunités pour galvaniser les hindous, les inciter à la haine et affirmer la suprématie hindoue .
Des reportages suggèrent que lors des affrontements les plus récents, des processions bruyantes de Ram Navami ont traversé les quartiers musulmans avec un groupe d'hommes hindous vêtus de robes safran, portant des bâtons et des épées et jouant des chansons anti-musulmanes provocantes devant les maisons et les mosquées musulmanes. Des vidéos virales sur les réseaux sociaux ont confirmé ces informations.
À noter, certains quartiers en Inde sont identifiés comme « zones musulmanes » parce qu'ils sont obligés de vivre dans des ghettos, car les propriétaires ou les marchands de biens évitent de louer ou de vendre des maisons aux musulmans. Pendant des décennies, la ségrégation a été pratiquée secrètement, mais après l'arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata Party [fr] (BJP) de Narendra Modi [fr], des appels ouverts au boycott des musulmans ont été lancés par ses dirigeants du BJP alléguant que ceux-ci menaient un « jihad des terres » (obliger les gens à vendre leurs terres). En revanche, plusieurs rapports ont émergé des États du Gujarat et de l’Uttar Pradesh selon lesquels des musulmans auraient été forcés de vendre leurs maisons et de déménager, et une politique de « pas de vente ni de location » aurait été pratiquée à Mumbai et dans d'autres villes.
Le BJP, le parti nationaliste hindou de droite, est au pouvoir au niveau fédéral indien avec une majorité écrasante depuis 2014.
À maintes reprises, il a été constaté que des dirigeants et des législateurs du BJP prononçaient personnellement des discours anti-musulmans ou chantaient des chansons incendiaires. À Hyderabad, le membre du BJP de l'Assemblée législative T Raja Singh, a chanté une chanson et brandi des slogans faisant la promotion de la suprématie hindoue. Le chef du BJP, Kapil Mishra, est apparu dans une vidéo virale prononçant un discours haineux anti-musulman le 10 avril, à peu près au même moment où les violences ont eu lieu à Khargone, dans l'État du Madhya Pradesh. Khargone a vu l'un des pires cas de violence dans lequel au moins une personne est décédée.
Hanuman Jayanti célèbre la naissance de la divinité hindoue Hanuman. Comme Ram Navami, qui se fête traditionnellement en visitant les temples pour faire des offrandes et des rituels, avec des événements comme l'alimentation communautaire et la récitation de prières et d'hymnes à domicile ou dans la communauté. Cependant, le « Hanuman Jayanti Shobha Yatra » qui a eu lieu dans certaines régions cette année est un phénomène apparemment nouveau sans pratiquement aucun document historique dans le domaine public sur ses origines.
Des jets de pierres sur les yatras, prétendument par la communauté musulmane, ont été signalés dans les trois endroits après que des groupes extrémistes hindous ont amené la yatra près des mosquées pendant l'Azan, l'appel musulman à la prière. Dans la région de Jahangirpuri à Delhi, trois yatras de ce type ont eu lieu tout au long de la journée et des violences ont éclaté au troisième . Selon la police, la troisième yatra a eu lieu sans autorisation.
Des groupes hindous et musulmans se sont accusés d’avoir provoqué la violence dans la région de Jahangirpuri. La police de Delhi a jusqu'à présent procédé à 23 arrestations, tant dans les communautés hindoues que musulmanes, et a également enregistré des affaires contre les groupes extrémistes hindous Vishwa Hindu Parishad [fr] (VHP) et Bajrang Dal [fr]. VHP et Bajrang Dal sont tous deux connus pour leurs antécédents criminels et ont été qualifiés de « groupes terroristes religieux » par la CIA .
La vague de violence sur Ram Navami et Hanuman Jayanti a été précédée d'une série d'actions, par des acteurs étatiques et non étatiques, visant à approfondir la fracture religieuse en Inde et à reléguer la communauté musulmane au statut de citoyen de seconde zone, une vision avancée en premier lieu par Rashtriya Swayam Sevak [fr] (RSS), idéologue et co-fondateur de MS Golwalkar. Le RSS est apparenté idéologiquement au BJP au pouvoir.
Environ 14% de la population indienne est musulmane [fr], ce qui en fait la troisième plus grande population musulmane au monde. Les hindous sont majoritaires, représentant environ 80% de la population. Les deux communautés vivent en harmonie, bien qu'avec des affrontements sporadiques, depuis environ 1 000 ans. L'Inde se vante souvent de sa riche culture syncrétique et de son unité dans la diversité sur la scène mondiale, des aspects qui sont mis en danger en raison du nationalisme hindou de droite croissant du parti au pouvoir, le RSS et de milliers de groupes suprémacistes hindous affiliés.
Plus tôt ce mois-ci, à Meerut, dans l'Uttar Pradesh, un chariot de nourriture appartenant à un musulman a été vandalisé par un groupe appelé « Sangeet Som Sena » (le chef de l'armée du BJP Sangeet Som) affirmant que l'homme vendait de la viande pendant le jeûne du Ram Navami. La victime, cependant, a déclaré qu'elle vendait du biryani végétarien. En octobre 2021, des magasins de viande ont été fermés de force par une organisation appelée « Hindu Sena » (armée d'hindous), une organisation de droite parmi tant d'autres, dans la région de Najafgarh à Delhi.
Un maire de Delhi a passé un ordre verbal ce mois-ci pour fermer les magasins de viande pendant les neuf jours de Ram Navami pour répondre aux «sentiments hindous» même s'il n'y a aucune loi dans le pays qui le permette, et les plateformes de livraison de nourriture en ligne, les restaurants et les bars étaient tous autorisés à vendre de la viande, et ils le font fait. Ladite interdiction n'a pas été adoptée par écrit et personne n'a vu la communication officielle, mais les magasins de viande du sud de Delhi sont restés fermés par peur et confusion.
Des appels ouverts au génocide musulman ont été lancés par le chef religieux hindou Yati Narsinghanand lors d'un soi-disant « Dharam Sansad » (réunion religieuse) qui s'est tenu en décembre 2021 à Haridwar, dans l'Uttarakhand. Quatre autres chefs religieux hindous ont été nommés dans un premier rapport d'information (FIR) lié à l'affaire, connue sous le nom de discours haineux de Haridwar . L'appel clair à la violence a secoué la nation, conduisant à l'arrestation de Narsinghanand. Cependant, il a obtenu une libération sous caution en un mois, proche des élections à l'Assemblée de l'Uttar Pradesh et il a répété le discours de haine à Una, dans l'Himachal Pradesh, un autre État qui se rend aux élections en novembre de cette année, enfreignant ses conditions de mise en liberté sous caution. Les discours de haine anti-musulmans ont tendance à attiser le sentiment de nationalisme hindou d'extrême droite du BJP pendant les campagnes électorales.
Un autre chef religieux hindou, Bajrang Muni, qui avait menacé de violer des femmes musulmanes le 2 avril a été arrêté.
Pendant des mois, il y a également eu des campagnes anti-musulmanes ciblant presque tous les aspects de leur vie, tels que leur commerce et leurs affaires traditionnelles, le droit de gagner leur vie, leur style alimentaire, les opportunités d'emploi, l’habillement religieux porté par les femmes musulmanes, le droit de prier, ou de choisir un partenaire romantique. Même la langue ourdou a été attaquée car on pense que son origine se trouve chez les musulmans. La majeure partie de cette propagande anti-musulmane a été menée par des nationalistes hindous de droite sur les chaînes de télévision grand public, les médias sociaux et dans la rue avec le soutien tacite ou explicite d'acteurs étatiques, y compris le pouvoir judiciaire.
La haine anti-musulmane, l'imposition forcée de symboles, pratiques et restrictions alimentaires hindous au reste de l'Inde, tout en s'opposant simultanément aux pratiques et symboles musulmans, ainsi que les attaques violentes telle que le lynchage populaire des musulmans sont devenues monnaie courante en Inde depuis que le gouvernement Modi est arrivé au pouvoir.
Ces sentiments anti-musulmans sont encadrés par le projet de nationalisme hindou du RSS, qui envisage l'Inde comme une nation pour les hindous, les autres communautés, en particulier les musulmans et les chrétiens, ayant des droits secondaires. La laïcité adoptée par les dirigeants du Congrès national indien [fr] tels que Jawaharlal Nehru [fr] et Mahatma Gandhi [fr] au moment de l'indépendance de l'Inde de la Grande-Bretagne n'était pas acceptable pour le RSS.
Après l'arrivée au pouvoir du gouvernement de M. Modi, plusieurs projets favoris du RSS dans la constitution d'une «nation hindoue» se sont concrétisés, comme l'abrogation de l’article 370 – un statut spécial pour les régions du Cachemire dominées par les musulmans pour des raisons de protection démographique et culturelle — et une interdiction nationale de l’abattage du bœuf. Il y a aussi la Citizenship Amendment Act (CAA), qui, pour la première fois, ajoute des facteurs religieux à la citoyenneté indienne et interdit spécifiquement aux musulmans des pays voisins, le Pakistan, le Bangladesh et l'Afghanistan, qui sont entrés en Inde avant le 31 décembre 2014, de demander la citoyenneté indienne par convenance, même si les hindous (et les sikhs, les jaïns, les bouddhistes, les chrétiens) de ces pays peuvent obtenir instantanément la citoyenneté).
De plus, dans le but de détruire complètement la culture indienne syncrétique, même la représentation de l'amour hindou-musulman inoffensif dans les publicités télévisées et au cinéma a été attaquée. L'une des chaînes d'information télévisées les plus populaires d'Inde, Zee News, a colporté un « tableau du jihad » étiquetant chaque activité d'un musulman comme l'une ou l'autre forme de jihad (guerre sainte) – une propagande qui se propage ensuite parmi des millions de personnes via les réseaux sociaux.
L'Inde semble être dans un état continu de conflit armé entre le groupe dominant et les minorités religieuses aidées et encouragées par l'organisation suprémaciste hindoue RSS, qui a été formée dans les années 1930 et directement inspirée par le parti nazi, et son bras politique, le BJP, qui dirige actuellement le pays pour la huitième année consécutive.
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Les églises évangéliques prônent la méritocratie et la réussite individuelle
Jéssica, une fidèle de l'église presbytérienne explique que l'église aide le quartier | Léu Britto/Agence Mural
Initialement publié sur le site d'Agência Mural en mai 2021, ce texte rédigé par Lucas Veloso, Patrícia Vilas Boas et Vagner Vital est le fruit d'un partenariat avec Pindograma, un site web de journalisme de données. L'article est republié en partenariat avec Global Voices, avec quelques modifications.
Située entre une maison et un institut de beauté, l'église du Ministère de la mission de l'Assemblée de Dieu, issue du courant pentecôtiste, dispose d'une petite entrée de 2,5 mètres de large pour accueillir les adeptes. Elle a été inaugurée il y a environ quatre ans, lorsque les fidèles ont décidé qu'il était important d'avoir un autre lieu de culte à Cidade Ademar, un quartier de la banlieue de São Paulo, dans le sud-est du Brésil.
D'autres ouvertures ont suivi. Ces dernières années, 33 nouveaux sites religieux sont apparus dans le quartier. À Grajaú, également au sud de la ville, 37 ont émergé et 26 autres à Jardim Ângela, selon les données officielles.
Dans un quartier de Jaraguá, au nord-ouest, en moins d'un kilomètre, quatre nouvelles églises ont ouvert – deux d'entre elles dans des garages dont les services peuvent accueillir jusqu'à 10 personnes. Des exemples de ce type sont répartis dans tout São Paulo. Ces églises sont principalement évangéliques ou apparentées.
Les données issues de Pindograma, un site journalistique de données, montrent qu'au cours de la dernière décennie, tous les six jours à São Paulo, une nouvelle église évangélique voyait le jour. Les données indiquent que leur expansion dans les quartiers pauvres incite les fidèles et les pasteurs à s'impliquer davantage dans la vie politique.
D'après les chiffres de Pindograma extraits de l'IPTU (impôt foncier) de São Paulo en 2011, il y avait 1 633 églises évangéliques. En 2020, il en existait 2 186, soit une augmentation de 34 %. Parmi les quartiers à proximité de la capitale économique du pays, Cidade Ademar a connu l'augmentation la plus significative : 200%.
João Paulo Berlofa Gomes, un pasteur de 34 ans de l'église Garage, connu sous le nom de pasteur Berlofa explique que ce phénomène est antérieur à cette décennie. Il vit dans la ville de Mogi das Cruzes, dans la métropole, et note que l'essor des églises évangéliques date de la fin des années 1980, début des années 1990.
Selon lui, des promesses telles que « l'église et Dieu résoudront tous vos problèmes », « vous apporteront la victoire dans toutes vos luttes » et « vous assureront la prospérité » ont séduit la population alors en période de crise économique après 21 ans de dictature militaire.
Amanda Souza, jeune chercheuse en sciences sociales de 24 ans, confirme et évoque le pseudo « évangile de prospérité ». Ce terme désigne la prédication par les églises évangéliques de la croyance en la méritocratie et la réussite par soi-même.
Ces églises prêchent un message qui fait écho à la vie quotidienne des travailleurs. En effet, ils cherchent l'ascension sociale et trouvent dans cet espace ecclésial un leader qui sert d'exemple de ce qui peut être réalisé, en partant du principe que « tout est possible », a-t-elle déclaré.
L'augmentation du nombre d'églises ces dernières années est également liée à une tendance que l'on retrouve dans de nombreuses nouvelles églises évangéliques. Celle de l'adepte qui décide de créer lui-même une nouvelle église ou de celui ayant grandi au sein d'une organisation religieuse et qui se voit confier la mission d'ouvrir une « cellule » dans un quartier.
« Tu ouvres le garage de ta maison, tu y mets quatre chaises, une chaire, un micro, tu te désignes, tu t'octroies un titre, tu t'oins pasteur, c'est bon, c'est prêt », résume Berlofa.
Dans le cas de la religion catholique, par exemple, il y a plus de bureaucratie. L'ouverture de nouvelles églises dépend de l'approbation du Vatican, via le pape.
AUGMENTATION DES ÉGLISES ÉVANGÉLIQUES DANS LA VILLE DE SÃO PAULO
Au cours des dix dernières années, le nombre d'espaces religieux a fait un bond de 34 %, mais dans certaines zones périphériques, il a triplé.
NOMBRE TOTAL D'ÉGLISES ÉVANGÉLIQUES DANS LA VILLE
En outre, les églises et autres entités religieuses bénéficient d'exonérations fiscales garanties par la constitution brésilienne.
Les personnes qui fréquentent les centres religieux soulignent également leur rôle au sein des communautés.
Habitante de Jardim Ângela, dans le sud du pays, Jéssica Keyla Barreto Santana, 24 ans, était autrefois membre de l'église l'Assemblée de Dieu et est aujourd'hui membre de l'église presbytérienne, deux appellations traditionnelles.
Lors d'une période de chômage difficile, elle raconte que sa famille a reçu l'aide d'autres fidèles qui ont uni leurs efforts pour collecter des dons alimentaires. « Ils ont aidé ma mère ainsi que toutes les personnes dans le besoin au sein de l'église. »
Parmi les activités les plus courantes, elle mentionne également les dons de vêtements, de couvertures et la distribution de colis alimentaires. « Il est inutile d'offrir du pain spirituel si vous oubliez que votre frère a besoin de nourriture et de vêtements », a déclaré Jéssica.
Selon de nombreuses personnes interrogées, ce rôle social se substitue souvent à l’État. Une enquête réalisée en 2020 par Rede Nossa São Paulo indique que pour 22% des personnes, l'église est l'institution qui contribue le plus à l'amélioration de la qualité de vie à São Paulo, suivie par les municipalités (19%) et les ONG locales (18%).
Darla Barbosa, 24 ans, responsable du groupe de jeunes de l'église baptiste de Canaã, commente : « Je crois que [cette perception] correspond au moment actuel que nous vivons, où les gens ont besoin de se rattacher à quelque chose et se tournent vers l'église. »
« Nous avons reçu beaucoup de messages de personnes en grande souffrance lors de la pandémie. Nous avons pu les orienter, obtenir les coordonnées de psychologues et les guider autant que possible », dit-elle.
« Nous avons ouvert nos lignes d'écoute pour les victimes de violences sexuelles et de racisme », a-t-elle ajouté.
Alexya Salvador est un révérend de 40 ans de la Metropolitan Community Church. Sur son site Web brésilien, l'église dit reconnaître qu'il existe des attentes au niveau des droits de l'homme, de la justice, des communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et queer partagées à travers le monde. « L'église a toujours été la première à atteindre les endroits où les politiques publiques échouent », dit-elle.
Pour cette communauté, l'église sera bien souvent le seul endroit où elle aura accès aux services sociaux.
« Nous voyons beaucoup d'églises sérieuses, travaillant dans des les zones environnantes, parler de criminalité, de drogue, de sexualité, de prévention de grossesse chez les adolescentes », souligne-t-elle.
D'un autre côté, elle reconnaît aussi que la croissance des églises évangéliques est motivée par l'appât du gain.« Malheureusement, la dîme est un des préceptes fondateurs du christianisme évangélique. Par conséquent, la foi est souvent utilisée à mauvais escient pour soutirer de l'argent aux fidèles », dit-elle.
31% de la population brésilienne est évangélique. Le pourcentage le plus élevé se trouve dans la région du Nord avec 39%.
Malheureusement, les églises risquent peu à peu de se transformer en plateformes électorales. D'après les sondages de l'institut de recherche Datafolha en janvier 2020, 31 % des électeurs sont évangéliques, 54 % sont catholiques. Parmi l'électorat national, 85 % se définissent comme chrétiens.
L'IBGE (Institut brésilien de géographie et de statistique) confirme cette évolution lors des derniers recensements. En 1980, 6% de la population se considérait comme évangélique, ils sont 22% en 2010. Malgré une baisse de 73% à 64% en dix ans, les catholiques sont toujours majoritaires. Le Brésil attend toujours qu'un nouveau recensement soit effectué.
Selon une étude du Diap (Département intersyndical de conseil parlementaire) basée sur les données disponibles sur le site du TSE (Tribunal supérieur électoral), lors des élections de 2018, les évangélistes ont gagné en représentation au Congrès national.
À la Chambre des députés, 84 candidats évangélistes ont été élus, soit neuf de plus que lors des dernières élections. Le nombre de sénateurs évangélistes est passé de trois lors de la précédente législature à sept en 2019. Au total, le groupe qui comptait 78 membres compte désormais 91 parlementaires.
Récemment, cette présence s'est renforcée avec la confirmation de la nomination du Ministre André Mendonça au STF (Cour suprême fédérale). Le président Jair Bolsonaro a tenu sa promesse, celle de faire siéger à la Cour un candidat « véritablement évangéliste ». Mendonça est un pasteur presbytérien.
L'obédience religieuse de Bolsonaro a semé la confusion chez les Brésiliens. Bien qu'il ait précédemment déclaré être catholique, il a été baptisé par un pasteur de l'église Assemblée de Dieu dans le fleuve Jourdain en Israël en 2016. Le pasteur Everaldo était également candidat à la présidence et a été arrêté pour fraude en 2020.
La première dame Michelle Bolsonaro est évangéliste, de confession baptiste. Une vidéo d'elle célébrant l'approbation de la nomination de Mendonca à la Cour suprême du Brésil, en parlant en langues, est devenue virale en ligne. Les pentecôtistes pensent que ce discours, sans traduction connue, est la manifestation du Saint-Esprit.
Selon le pasteur Berlofa, l’Église et l’État s'entremêlent de plus en plus. « En théorie, nous savons que l'église ne doit pas se mélanger à l'État, mais en réalité il est secrètement influencé, commandé, exploité, sponsorisé », a-t-il déclaré.
« Les évangélistes étaient la principale base électorale du président. Maintenant, il est temps de rendre la pareille. Ces personnalités réclament [un soutien]. »
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Les lyriques du groupe Okean Elzy parlent de résistance et de persévérance
Une capture d'écran de la chaîne YouTube d'Okean Elzy avec le titre de la chanson « Misto Vesny » (La ville du printemps). Dans le coin inférieur droit, un message en anglais et un autre en russe rappelant l'invasion russe en Ukraine.
La guerre de la Russie contre l'Ukraine est également culturelle : le refus d'une identité distincte du « monde russe », le bombardement de bâtiments culturels et religieux, etc. Ainsi, la résistance en Ukraine n'est pas seulement militaire, mais aussi culturelle, et dans cette guerre, la musique occupe une place de choix.
Le groupe musical Ukrainien Okean Elzy (Океан Ельзи en ukrainien, littéralement l'Océan d'Elsa) est une vedette de premier plan sur la scène musicale du pays. Il a été créé en 1994 à Lviv, une ville historique de l'ouest de l'Ukraine. Après avoir déménagé à Kiev, le groupe a commencé à recevoir une attention internationale et est devenu le premier groupe ukrainien moderne à être diffusé sur MTV Russia en 1998. Finalement, le groupe s'est fait connaître et a gagné des fans dans de nombreux pays post-soviétiques. La plupart des russophones peuvent, avec peu d'efforts, comprendre ou deviner le sens des paroles ukrainiennes. Le groupe a également commencé à donner des concerts en Russie et en Europe, et a fini par acquérir le statut de groupe culte en Ukraine.
Le chanteur principal, Svyatoslav Vakarchuk est devenu une célébrité à part entière : en 2005, il est devenu ambassadeur de bonne volonté des Nations unies, en 2007-2008, puis à nouveau en 2019-2020, il a été député au parlement ukrainien; Il a été un temps considéré comme un favori aux élections présidentielles de 2019. Le 7 mars, il a rejoint l'armée ukrainienne pour servir dans les forces de défense de la région de Lviv.
Depuis lors, il s'est exprimé publiquement sur la guerre, appelant les célébrités russes à rompre leur silence et à s'exprimer contre la guerre. Jusqu'à la guerre, un certain nombre de chanteurs russes étaient très suivis en Ukraine et faisaient des tournées commerciales réussies dans le pays.
Depuis le début de la guerre, Vakarchuk s'est produit gratuitement devant le public ukrainien, souvent en solo, en chantant et en jouant du piano ou de la guitare dans des stations de métro, devant des gares et des camps de relocalisation temporaires, comme on peut le voir dans cette vidéo dans le métro de Kharkiv.
https://youtu.be/MGi2JxqYTJc
Une chanson qu'il joue régulièrement a une signification particulière. Elle s'appelle « Місто весни » (Misto Vesny, ou « La ville du printemps ») et est dédiée à sa ville natale, Lviv.
La version originale, qui est sortie en 2021, est un duo avec la chanteuse Irina Shvaydak, du groupe Odin v kanoe. Vakarchuk, qui a écrit les paroles, explique que c'est la première chanson qu'il a écrite sur sa ville natale.
Aujourd'hui Lviv est devenue une porte d'entrée pour plus de 3 millions de réfugiés ukrainiens qui ont quitté l'est et le nord de leur pays pour fuir les bombes russes et trouver refuge en Pologne, en Slovaquie et en Hongrie. Ils ont tous transité par Lviv, en train, en voiture, en bus. De la fin du 18e au début du 20e siècle, Lviv faisait également partie de l’Empire austro-hongrois et symbolise aujourd'hui les aspirations dominantes des Ukrainiens à faire à nouveau partie de l'Europe et à s'éloigner de la Russie.
Ainsi, les paroles de la chanson ont acquis une signification symbolique et semblent en effet parler de la tragédie d'aujourd'hui. La chanson commence par les mots suivants :
Чому мені сниться, як знову і знову
Гуляєм з тобою по рідному Львову
Там пахне весною, і сонце сідає
На березі річки, якої немає
…
У Львові так просто своє не вмирає
Pourquoi je rêve que, encore et encore / Je me promène avec toi dans ma ville natale de Lviv / Elle sent le printemps, et le soleil se couche / Sur les rives d'une rivière qui n'est plus / … / Ce qui t'est cher ne meurt pas facilement à Lviv.
En effet, les derniers mots, traduits en russe, sonnent comme un message de défi aux troupes russes : « Во Львове так просто своё не умирает », ce qui signifie « Ce qui vous est cher ne meurt pas facilement à Lviv ».
Pour plus d'informations à ce sujet, veuillez consulter notre page dédiée à l’invasion russe en Ukraine.
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Hong Kong en voie de perte de son statut de plaque tournante de l’aviation internationale
Le port de Hong Kong. Photo par Georgia Popplewell.
Hong Kong est devenue l'une des villes les plus isolées du monde en raison d'une politique de déplacement extrêmement stricte dans le cadre de la politique « zéro COVID ». Malgré une tentative d'assouplissement des restrictions du transport aérien le 1er avril, les compagnies aériennes continuent d'éviter de desservir la zone.
La semaine dernière, Willie Walsh, Directeur général de l'Association Internationale du Transport aérien, a déclaré aux journalistes de Bloomberg et du South China morning post que Hong Kong était en train de perdre son statut de pôle aérien international :
“Hong Kong as an international hub airport has slipped. It is effectively off the map now and I think it is going be difficult for Hong Kong to recover,” IATA chief says #aviation#CathayPacific#COVID19 https://t.co/vG9JR2vxR9
« Hong Kong a perdu son statut d'aéroport pivot international. À l'heure actuelle il a véritablement disparu de la carte et je pense qu'il sera difficile pour Hong Kong de s'en remettre », a déclaré le directeur de l'IATA.
Dans une tentative de renouer avec le monde, Hong Kong a abandonné son système de classement des risques sanitaires par région. La ville a également levé son interdiction totale de vol pour neuf pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie à compter du 1er avril 2022. En outre, la durée de la quarantaine obligatoire dans les hôtels est passée de 14 à 7 jours.
Photo prise à l'aéroport International de Hong Kong le 9 avril 2022.
Pourtant, les nouvelles mesures n'ont pas incité les compagnies aériennes à programmer des vols à destination de Hong Kong ou transitant par cette ville, car les autorités insistent sur le maintien d'un ensemble de règles dites « coupe-circuits ». Ces mesures punissent les compagnies aériennes en suspendant une route aérienne pendant sept jours si un seul vol transitant par cette route transporte trois passagers infectés ou plus.
Au cours de la première semaine d'application des nouvelles mesures, six compagnies aériennes, dont Singapore Airlines, Emirates, Cathay Pacific, Qatar, Korean Airlines et Malaysia Airlines, ont vu leurs liaisons interdites à Hong Kong en vertu des règles de « coupe-circuits ».
Les interdictions de vol ont entraîné une hausse du taux d'annulation de vols des passagers, comme l'a souligné David Webb, un analyste de marché basé à Hong Kong :
Only 14 passenger flights arrived @hkairport yesterday (5-Apr) from an original 54 scheduled, a cancellation rate of 74%, largely due to the ludicrous flight ban rule when 3 pax test +ve. #HK, Asia's Isolated City. 1/3https://t.co/L3x9Eab3Hw
Seuls 14 vols de passagers sont arrivés à l'aéroport de Hong Kong hier (5 avril) sur les 54 prévus à l'origine, soit un taux d'annulation de 74 %, en grande partie à cause de la règle absurde d'interdiction de vol lorsque 3 passagers sont testés positifs.
Le raisonnement qui sous-tend cette sanction est grandement contestable, car les compagnies aériennes n'ont aucun contrôle sur les résultats imprédictibles des tests COVID-19 de leurs passagers. Jerome Taylor de l'APF a souligné :
HK already requires a – PCR for all arrivals within 48 hours of landing, so everyone boarding a plane to HK was – less than two days ago.
There is nothing airlines, or returning HKers, can do about people then testing + on arrival.
HK exige déjà un PCR – pour toutes les arrivées dans les 48 heures suivant l'atterrissage, donc toute personne embarquant dans un avion à destination de HK a été testée – il y a moins de deux jours.
Il n'y a rien que les compagnies aériennes, ou les Hongkongais de retour dans la ville, puissent faire pour empêcher les gens d'être testés + à l'arrivée.
Plusieurs compagnies aériennes, dont Qantas, British Airways et Virgin Atlantic, qui exploitent des liaisons en provenance de pays précédemment interdits, ont donc décidé de repousser leurs plans vols vers Hong Kong.
Le 10 avril, les autorités hongkongaises ont suspendu deux autres lignes aériennes. La première, en provenance d'Istanbul, exploitée par Turkish Airline, la seconde en provenance de Tokyo, exploitée par Japan Airlines.
Le nombre de vols de passagers prévu atteint difficilement 14 le 12 avril :
Just 14 passenger-flight arrivals remain scheduled for today (Tuesday), tying last Tuesday's record low. None from the Americas, Africa, Europe, Middle East or Australasia. Far more airlines have given up serving #HK than have been suspended. https://t.co/yCfGWnbhOIpic.twitter.com/WrVMA06grA
Seules 4 arrivées de vols de passagers sont prévues aujourd'hui (mardi), égalant ainsi le triste record de mardi dernier. Aucun vol en provenance des Amériques, d'Afrique, d'Europe, du Moyen-Orient ou d'Asie du Sud-Est. Les compagnies aériennes ayant renoncé à desservir #HK sont beaucoup plus nombreuses que celles qui ont été suspendues. https://t.co/yCfGWnbhOIpic.twitter.com/WrVMA06grA
En décembre 2019, avant la pandémie, le nombre d'avions entrants et sortants s'élevait à 33 999 par mois, avec un volume atteignant 5,7 millions de passagers. En février 2022, selon les statistiques mensuelles de l'aéroport international de Hong Kong (AIHK), les chiffres ont drastiquement chuté : 8 330 vols au total et 86 000 passagers.
Selon les « règles du coupe-circuit », l'annonce de la suspension est soudaine et les passagers des vols annulés sont responsables de la reprogrammation de leurs vols et de leur quarantaine à l'hôtel.
En parallèle, Carrie Lam, Chef de l'exécutif de Hong Kong, continue de défendre la politique de suspension des vols en soulignant que « le statut de Hong Kong en tant que centre international de l'aviation a été inscrit dans le 14e plan quinquennal [de la Chine]. »
Hong Kong s'est efforcé de rouvrir sa frontière avec la Chine continentale en maintenant ses mesures de lutte contre la pandémie en accord avec la politique chinoise du zéro COVID. Après plus de deux ans, les restrictions de passage de la frontière entre Hong Kong et la Chine sont toujours extrêmement strictes; ce qui a fait perdre à la ville son statut de plateforme internationale.
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Anti-Muslim violence followed the hate spewed on digital forums
Manifestation à Kolkata (Calcuta), en Inde, contre la « campagne de démolition au bulldozer » à Delhi. Image par Ashid Reza. Utilisée avec autorisation.
La violence anti-musulmane s'est intensifiée en Inde, les attaques parrainées par l'État contre les musulmans et les appels clairs au génocide devenant de plus en plus courants. D'autre part, à travers des campagnes stratégiques de désinformation et de propagande sur les plateformes des réseaux sociaux et les chaînes d'information aux heures de grande écoute, des groupes de droite ont fait croire aux hindous qu'ils étaient victimes. Ils ont convaincu la majorité que la seule façon de protéger ses droits et sa liberté était d'éliminer les musulmans du pays. « Les hindous sont menacés », « Les musulmans doivent être traités comme des citoyens de seconde zone » et « La laïcité marginalise les hindous de l'Inde » étaient les principaux éléments narratifs présents dans les articles médiatiques de la recherche du CMO.
Moins d'une semaine après que l'Inde ait été témoin d'affrontements communautaires et d'émeutes dans plusieurs États le 10 avril 2022, lors de la célébration de Ram Navami (un festival pour célébrer le dieu hindou Rama), des violences similaires ont éclaté dans la capitale indienne, New Delhi, à l'occasion de Hanuman Jayanti(un festival célébrant la naissance du dieu hindou Hanuman).
Sous la gouvernance du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) [fr], les groupes de droite de l’Hindutva [fr] ont obtenu le soutien et l'autorisation de mener à bien leur prétendue mission de transformer l'Inde en une nation hindoue. À cette fin, les fêtes et processions religieuses hindoues auraient été armées pour affirmer la suprématie hindoue et menacer les communautés minoritaires. Ces « Shobha Yatras », ou processions, ont été utilisées comme un outil pour perturber l'harmonie communautaire existante dans plusieurs endroits en Inde et attaquer les musulmans qui sont considérés comme des ennemis de l'Hindutva.
Que s'est-il passé à Jahangirpuri ?
Le samedi 16 avril, des affrontements communautaires ont éclatéà Jahangirpuri, à New Delhi, lorsque des groupes hindous ont organisé une shobha yatra pour célébrer Hanuman Jayanti. Des vidéos de la procession montraient des hommes hindous vêtus de safran brandissant des épées, des fusils de chasse, des bâtons et d'autres armes en traversant Jahangirpuri (qui compte une importante population musulmane), dansant sur des chansons et scandant des slogans contenant tous des déclarations islamophobes et des menaces anti-musulmanes. Ils auraient tenté d'agiter des drapeaux safran (qui sont un symbole de l'hindouisme et de l'hindutva) devant une mosquée locale, ce qui a ensuite provoqué des affrontements. Dès le lendemain, la police de Delhi a procédé à 22 arrestations liées à la violence. Toutes les personnes arrêtées étaient musulmans.
Pendant ce temps, des groupes de droite hindous [fr] et leurs partisans se sont tournés vers les réseaux sociaux pour lancer le cri de guerre « Hindu khatre main hain » (les hindous sont menacés). Les médias de droite comme Sudarshan TV, OPIndia, Aaj Tak et Zee News n'ont pas tardé à construire un récit qui diabolise les musulmans et les blâme entièrement pour la violence. Ils ont affirmé que les musulmans ciblaient intentionnellement les hindous qui essayaient simplement de célébrer pacifiquement leur fête. Ils ont affirmé que toute action qui empêche les hindous de célébrer leurs fêtes religieuses d’une manière qui leur plaît est un acte d'agression anti-hindou.
Le tweet ci-dessus n'est qu'un exemple des récits islamophobes qui ont inondé les plateformes de réseaux sociaux la semaine suivant l'incident.
En réponse, les groupes hindous ont commencé à exiger des bulldozers à New Delhi pour démolir les maisons et les magasins des musulmans qu'ils prétendaient être des «émeutiers», tout comme ce qui s'était passé plus tôt dans le Madhya Pradesh le 11 avril, à la suite des violences de Ram Navami. Les données de recherche du CMO montrent que les médias de droite douteux pro-Hindutva ont contribué à amplifier cet appel et à soutenir une demande plus large, que les musulmans soient punis pour avoir perturbé les festivals hindous.
« The News », qui fait partie d'un ensemble de médias, connus pour leurs reportages manipulés et biaisés, a publié son commentaire sur l'incident avec 9,9 millions de vues sur Facebook. La vidéo comprenait des interviews de membres de la communauté hindoue qui affirmaient que les musulmans étaient responsables des émeutes et de la violence dans la région. À la demande du journaliste, les répondants se sont également mis à accuser l'incompétence du gouvernement du parti Aam Aadmi dirigé par Arvind Kejriwal pour la violence communautaire à Delhi. Ils ont affirmé que seuls des dirigeants puissants comme Yogi Adityanath [fr] (né Ajay Singh Bisht, le saint homme qui est le ministre en chef du BJP de l'État voisin d'Utter Pradesh) peuvent ramener la paix à Delhi en faisant passer des bulldozers sur la propriété des « émeutiers ».
Réalisant les rêves des nombreux groupes hindous qui avaient formulé de telles demandes en ligne, des bulldozers ont atteint Jahangirpuri le mercredi 20 avril au matin, accompagnés d'un grand nombre de membres du personnel de sécurité. Malgré une ordonnance de la Cour suprême de maintenir le statu quo, les bulldozers ont continué à raser les magasins et les maisons à Jahangirpuri. Ils ne se sont arrêtés qu'à midi après des appels répétés d'avocats et de militants, et l'intervention physique de dirigeants politiques comme Brinda Karat du Parti communiste indien (marxiste) (CPI(M)), qui se sont tenusdevant un bulldozer pour arrêter la démolition.
Alors que les gens ont défendu la campagne de déguerpissement, affirmant qu'elle était simplement faite pour supprimer des constructions illégales, les musulmans ont affirmé que cette campagne était orchestrée uniquement pour cibler et punir la communauté musulmane. Ils ont cité la chronologie des événements (des démolitions ont eu lieu à Jahangirpuri juste après l'incident de Hanuman Jayanti) et le mépris des ordonnances du tribunal comme preuve qu'il s'agissait d'une attaque ciblée parrainée par l'État.
L'utilisateur de droite de Twitter, Sanjeev, a affirmé :
L'avocate des droits humains Kawalpreet Kaur, ainsi que d'autres militants, se sont rendus sur les réseaux sociaux pour partager les images des destructions causées.
Same road. Same area. Same Corporation. Same encroachment so to say. However, different treatment. Why? pic.twitter.com/mk3VD7Zp7t
Les photos qu'elle a partagées montrent un temple et une mosquée à Jahangirpuri qui sont tous deux des empiétements. Pourtant, la mosquée a été endommagée par des bulldozers tandis que le temple est resté intact. Incidemment, c'est aussi la mosquée à l'extérieur de laquelle les affrontements de Hanuman Jayanti ont eu lieu.
Pendant ce temps, il y a eu des manifestations sporadiques à travers le pays contre la « campagne de démolition au bulldozer » à Delhi. Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont condamné l'incident et le hashtag #StopBulldozingMuslimHouses a fait tendance sur Twitter, car de nombreux critiques ont qualifié la campagne de démolition d'« inconstitutionnelle ».
Les plateformes de réseaux sociaux deviennent un chaudron oùest brassée la haine anti-musulmane
La haine et la violence que nous voyons dans les rues sont encouragées par celle vomie sur les forums numériques. Les pages de réseaux sociaux et les canaux de médias éditoriaux défendent les idées d'autochtone hindoue et de suprématie hindoue. Les hindous sont mobilisés pour lutter pour une « Hindu Rashtra » [fr] (nation hindoue). On leur fait croire à leur victimisation collective, la seule solution possible étant présentée comme l'élimination des musulmans du pays.
The_hindu_talks1 est l'une des nombreuses pages nationalistes hindoues sur Instagram qui ont répandu la haine communautaire. Ce message particulier essaie de mettre en avant l'idée que les gentils hindous montrent de l'amour et du respect envers les musulmans. Cependant, les musulmans attaquent les hindous et essaient de leur faire du mal. Les hindous aveuglés par l'idée de laïcité sont incapables de voir la réalité.
Les données d'une recherche du CMO ont montré que les fils Twitter utilisent souvent de faux récits. Les hashtags utilisés pour attirer l'attention sur la violence anti-musulmane qui se déroule en Inde sont détournés pour présenter des récits islamophobes. Quiconque s'élève contre cela est qualifié de traître, d'anti-national et de terroriste. Les critiques et les points de vue opposés se heurtent au mépris, au harcèlement et souvent à des poursuites judiciaires.
Ceci, associé aux campagnes de désinformation menées par des médias louches de droite, garantit que les citoyens inconscients d'un pays obtiennent un récit manipulé unilatéral qui les encourage à sauter dans le train en marche de l'Hindutva, comme l'ont montré les données du CMO.
Alors que les partis d'opposition ont signé des déclarations publiques et des pétitions, ils n'ont pas dénoncé la nature de cette violence communautaire pour ce qu'elle est, c'est-à-dire la violence anti-musulmane, peut-être par peur d'offenser leur base de partisans hindous de caste supérieure. Pendant ce temps le gouvernement indien militarise les lois et les politiques pour cibler ses détracteurs et fait taire quiconque s'élève contre sa politique hindoutva, l'espace pour la dissidence en Inde se rétrécit rapidement.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220516_165412";}s:15:"20220516_141620";a:7:{s:5:"title";s:138:"Incarcération d'enfants : comment le gouvernement Salvadorien tente en vain de lutter contre l’enrôlement des mineurs dans les gangs ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/16/272550/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272550";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 16 May 2022 12:16:20 +0000";s:11:"description";s:99:"Il est grand temps de changer le regard que nous portons sur les enfants impliqués dans les gangs.";s:7:"content";s:13839:"
Les politiques de répression de la criminalité ne fonctionnent pas
Au Salvador, dans le cadre de lois récentes visant à réduire la criminalité dans le pays, les enfants âgés de 12 à 16 ans peuvent désormais être condamnés à 10 ans d'incarcération et purger leur peine dans des prisons pour adultes. Cependant, en tant que psychologue du développement, je soutiens que les politiques de répression de la criminalité, en particulier celles qui visent les enfants, ne fonctionnent pas – surtout dans un pays où les relations communautaires et familiales sont à couteaux tirés.
Le Salvador est soumis à un état d'urgence de 30 jours depuis que le pays a connu un pic d'homicides à la fin du mois de mars. En 24 heures, 62 homicides ont été commis; c'est la journée la plus violente depuis la fin de la guerre civile. Les droits constitutionnels, tels que la liberté de réunion et l'accès à une défense financée par l'État, ont été suspendus. Les militants des droits de l'homme ont critiqué ces mesures, estimant qu'elles empiètent sur les droits civils des Salvadoriens. Les enfants sont particulièrement vulnérables au harcèlement et au profilage effectués par la police civile et l'armée.
Les craintes des militants ne sont pas exagérées. Des parents ont signalé que leurs enfants font l'objet d'arrestations, de fouilles arbitraires et leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés. En effet, certains ont déclaré n'avoir aucun accès ou aucune communication avec leurs enfants en détention.
Ces modifications du droit pénal des mineurs s'inscrivent dans le cadre d'une série de lois de répression de la criminalité appelées Mano Dura (« poing de fer »). Promulguées pour la première fois au Salvador sous l'administration de Francisco Flores en 2003, ces lois donnent à l'armée une plus grande marge de manœuvre dans les affaires civiles. Elles autorisent également les forces armées salvadoriennes à mettre en place des politiques arbitraires qui permettent de soupçonner des individus « d'appartenir à un gang » sur la base de leur apparence physique.
Le Salvador n'est pas le seul pays à avoir recours à ce type de pratiques. Des politiques similaires ont été mises en place aux États-Unis. Au début des années 2000, les services de police de l'État de Washington, du district de Washington, du Maryland et de la Virginie se sont réunis pour former le Groupe de Travail de la Virgine du Nord (GTVN). Les protocoles établis par le GTVN ciblaient les individus présentant certaines « caractéristiques liées aux gangs ». La plupart étaient noirs et/ou latino-américains. Malgré cette approche de répression, depuis 2006 aux États-Unis, le nombre d'individus appartenant à un gang n'a cessé de croître.
Au Salvador, le nombre élevé de membres de gangs incarcérés n'a fait que transformer les prisons en lieux de recrutement et de formation, aggravant ainsi la situation. Au cours des deux dernières semaines, 13 000 membres présumés de gangs ont été placés en détention, ce qui a intensifié le problème de surpopulation carcérale dans le pays.
S'il est prouvé que les politiques de type Mano Dura ne fonctionnent pas, mais exacerbent au contraire le problème, pourquoi le gouvernement salvadorien – qui prétend apporter le changement et l'innovation – se tourne-t-il vers des pratiques désuètes et inefficaces ?
En revanche, les efforts doivent porter sur les causes profondes de l'implication des jeunes dans les gangs. Pour le Salvador, cela signifie qu'il faut s'attaquer au traumatisme collectif sous-jacent subi par les familles et les communautés marquées par une guerre civile de 12 ans (1980-1992).
On estime que 75 000 civils ont été tués par les forces armées du gouvernement lors de la guerre menée contre une coalition de groupes de gauche appelée Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN). Selon les Nations unies, les violations des droits de l'homme fondamentaux, tels que la torture et l'enlèvement de civils soupçonnés d'être des sympathisants du FMLN, ont été omniprésentes durant cette période.
Des enfants ont été recrutés de force par les forces gouvernementales, alors que d'autres ont rejoint le FMLN. Environ 80 % des troupes de l'État étaient des mineurs, tandis qu'ils représentaient un cinquième des combattants du FLMN. Dans les deux cas, de nombreux enfants ont activement participé aux combats en zone de guerre à des périodes cruciales de leur développement. Malgré le nombre élevé d'anciens enfants soldats à la fin de la guerre, ils ont été complètement exclus de nombreux programmes sociaux du gouvernement et des ONG visant à soutenir les personnes à cause de leur âge. Les enfants ont malheureusement été livrés à eux-mêmes ne sachant comment gérer leurs vécus traumatiques.
Pour ceux qui ont émigré aux États-Unis, la prise en charge a été réduite au strict minimum, car le statut de réfugié leur a été refusé. En l'absence de structure de soins adaptés, les enfants salvadoriens n'ont pas pu faire face aux stratégies de manipulation de recrutement des gangs. Des expériences négatives subies durant l'enfance, comme la guerre, peuvent avoir des conséquences négatives sur la vie d'un individu. Elles ont un impact défavorable sur la santé, peuvent entraîner une mort précoce, des changements dans le développement et le fonctionnement des systèmes endocrinien, immunitaire et neurologique. Le traitement des événements traumatiques causés par les conflits armés était impératif pour cette génération d'enfants témoins des atrocités de la guerre, à un moment critique pour leur développement socio-émotionnel et cognitif.
Selon la théorie des systèmes écologiques de Bronfenbrenner, les environnements immédiats, les relations et le contexte sociopolitique ont une influence sur le développement des enfants. La théorie de l'attachement, initialement développée par John Bowlby s'articule autour de deux éléments centraux. Il explique que les enfants façonnent leur sentiment de confiance et de sécurité à travers leurs relations avec les adultes de leur vie. En outre, ces différents styles d'attachement ont des répercussions sur nos relations futures à l'âge adulte. Ces processus nous aident à former notre sens moral, nos croyances, nos valeurs et nos identités qui sont finalement transmises à la génération suivante. Sans un suivi adapté pour prendre en charge et traiter les séquelles psychologiques de la guerre, le traumatisme est transmis aux descendances futures. Il n'est pas surprenant que des générations d'enfants salvadoriens aient été enrôlées dans des gangs.
Bien que la guerre ait eu lieu il y a plus de 40 ans, les enfants et les familles du Salvador ainsi que la diaspora en ressentent les effets, encore aujourd'hui. Le « problème actuel des gangs » au Salvador n'est pas le reflet d'une spécificité propre à la population salvadorienne. Elle témoigne au contraire du manque d'attention portée aux enfants dans les politiques du Salvador, pays déchiré par la guerre et l'après-guerre.
Les études montrent que les enfants impliqués dans des organisations criminelles ont des expériences similaires à celles des enfants soldats. D'ailleurs, la communauté internationale et les chercheurs considèrent les enfants enrôlés dans des gangs comme des enfants soldats. L'UNICEF les définit comme tels :
Any person, 18 years of age or younger, who is or has been recruited or used by an armed group in any capacity. The role of children in armed forces conflict is often direct combat, but they also act as spies, cooks, messengers, porters, and sex slaves among other roles.
Toute personne, âgée de 18 ans ou moins, qui est ou a été recrutée ou utilisée par un groupe armé à quelque titre que ce soit. Le rôle des enfants dans les conflits armés est souvent le combat direct, mais ils servent également d'espions, de cuisiniers, de messagers, de porteurs et d'esclaves sexuels, entre autres.
En outre, les enfants ne peuvent pas vraiment consentir à intégrer un gang en raison du pouvoir sociopolitique exercé par les adultes sur les enfants dans la société.
Il est temps de changer la façon dont nous abordons ce problème et de nous tourner vers des cadres plus efficaces qui peuvent apporter des changements significatifs. Il s'agit notamment de changer la façon dont nous considérons les enfants impliqués dans des organisations criminelles.
Le choix d'utiliser des politiques de type Mano Dura contre la violence des gangs n'est ni nouveau, ni créatif, ni efficace. Au contraire, il s'agit d'une nouvelle itération de l'échec des adultes au pouvoir vis-à-vis des jeunes Salvadoriens. Si l'administration Nayib Bukele veut observer des changements notoires, elle doit investir dans l'avenir des jeunes.
Les récents amendements du droit pénal des mineurs et les coupes budgétaires dans les programmes sociaux montrent que l'histoire se répète. La solution à la violence des gangs ne réside pas dans une surveillance accrue ni dans les mêmes politiques de Mano Dura qui nous ont fait défaut par le passé. Elles sont amorcées par un développement positif des jeunes, des soins psychologiques tenant compte des traumatismes et d'espaces de soutien pour les enfants et les familles.
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De nouveaux bus électriques vont être déployés à Katmandou
Un des trois bus, importés par la Sajha Yatayat à la Chine, roule à côté de la centrale hydroélectrique d'Upper Bhote Kosi, le jeudi 14 avril 2022. 37 bus de plus ont été commandés. Photo de Bhushan Tuladhar via le Nepali Times. Utilisée avec permission.
Cet article a fait sa première parution au Nepali Times. Il est republié dans le cadre d'un accord de partage de contenu et a été édité pour correspondre au style de GV.
Rien ne pourrait être plus symbolique de l'objectif du Népal de parvenir à une consommation énergétique nette zéro d'ici 2045 que cette scène du Nouvel An, le jeudi 14 avril 2022 où trois nouveaux bus électriques chinois sont passés devant une centrale hydroélectrique et un réseau de panneaux solaires sur la rivière Bhote Kosi.
Ces trois véhicules sont les premiers des 40 bus à batteries commandés par le service de transport public coopératif Sajha Yatayat à la Chine. Ils fonctionneront grâce à l'énergie renouvelable produite par des centrales électriques telles que le projet hydroélectrique Upper Bhote Kosi, d'une capacité de 45 MW, situé le long de la route Arniko à Phulping Katti, dans le centre du Népal, jusqu'à la frontière chinoise.
Les trois bus ont franchi les douanes de Tatopani, un point crucial de la frontière sino-népalaise, il y a quelques jours. Ils seront ensuite acheminés à Katmandou sur des camions à plateaux, l'autoroute étant par endroits difficiles d'accès pour ces bus qui ont un niveau proche du sol. Puis, après avoir passés des contrôles techniques et des tests d'autonomie dans la capitale Katmandou, les 37 bus restants devraient arriver plus tard au courant de l'année.
Le contrat de 3,7 millions de dollars américains avec l'entreprise chinoise CHTC inclut également la livraison de 20 chargeurs de 90 kW chacun, pouvant recharger les batteries de deux bus simultanément en quatre heures.
« C'est l'énergie du futur pour les transports au Népal » a déclaré Bhusan Tuladhar, membre du conseil d'administration de Sajha Yatayat et activiste pour l'énergie verte. « Nous devons faire la transition aux transports électriques non seulement pour réduire notre empreinte carbone et nos importations de pétrole, mais aussi pour réduire la pollution de l'air générée par les véhicules diesel. »
Bhusan Tuladhar met en avant la manière dont les bus vont répondre aux critères 3E du Népal : gestion de l'énergie, de l'environnement et de l'économie. « Les bus électriques sont une situation gagnante-gagnante-gagnante pour nous, » ajoute-t-il. « Malgré un coût initial élevé, avec les prix du diesel étant ce qu'ils sont, nos coûts opératoires seront amortis pour les rendre vraisemblables avec le temps. »
Même avec l'actuelle montée du prix de l'essence, 40% des coûts opérationnels de Sajha Yatayat étaient répartis entre l'essence, les pièces détachées et la maintenance. Avec le pic du prix du diesel, ces coûts opérationnels ont grimpé jusqu'à 50%. Un des points positifs des véhicules électriques est que leurs coûts de maintenance sont moins élevés.
En plus des 40 bus électriques chinois, Sajha Yatayat négocie avec une entreprise indienne pour quatre plus petits bus pouvant rouler dans Patan, avec davantage de bus à venir.
Un bus de Sundar Yatayat. Image du Nepali Times. Utilisée avec permission.
Plus tard, Sajha Yatayat compte aussi ajouter 12 bus électriques pour des lignes inter-régionales à longues distances. Récemment, l'entreprise privée Sundar Yatayat (ici en photo) a elle aussi acheté quatre bus électriques opérant sur ses routes de Ring Road. De plus, Guna Airlines utilise une flotte de navettes électriques au sein de l'aéroport de Katmandou.
Pendant la dernière année fiscale, le Népal a importé plus de 2 000 véhicules électriques, dont 800 ayant passé la frontière depuis la Chine vers le district de Rasuwa. La transition aux véhicules électriques dans le privé est une conséquence directe de la politique du gouvernement visant à réduire la consommation d'énergies fossiles. Cependant, le prix des bus électriques reste élevé dû à de fortes taxes et à des marges conséquentes prisent par les détaillants.
Le Népal prévoit d'électrifier 25% des voitures personnelles et 20% de ses bus d'ici 2025. Or, tandis que les SUV bénéficient de taxes réduites et que les bus diesel sont subventionnés, les bus électriques coûtent quant à eux cinq fois plus cher à cause de frais de douanes élevés et d'autres taxes.
Graphique via le Népali Times.
L'année passée, le Népal a augmenté de 700 MW sa capacité de production dans ses centrales hydroélectriques, amenant à un total de 2 150 MW. Néanmoins, la plupart dépendent des cours d'eau, signifiant que la production chute pendant la saison sèche et qu'elle est excédentaire pendant la mousson. Actuellement, pour combler ce déficit, le Népal importe jusqu'à 400 MW à l'Inde, mais peut également lui en exporter pendant la saison des pluies.
Au cours de la 26e Conférence des parties sur le climat (COP26) à Glasgow en 2021, le Premier ministre Sher Bahadur Deuba a affirmé que le Népal serait sur la voie du « zéro carbone net cumulé » en 2022 et sera carbone négatif d'ici 2030 après avoir réduit sa consommation en énergies fossiles et augmenté de 45% ses forêts.
Graphique via le Népali Times.
Pendant la dernière année fiscale, le pays a dépensé 217 milliards de roupies népalaises (1,66 milliards d'euros) en importations de pétrole, et 180 milliards (1,38 milliards d'euros) seulement sur les six derniers mois. Avec la hausse mondiale du prix du pétrole brut, ce montant sera probablement bien plus haut pour l'année fiscale en cours. Les produits issus du pétrole représentent 13% des importations du Népal.
Les prix de l'essence et du diesel ont augmenté quatre fois pendant les six derniers mois. Le litre d'essence est maintenant à 160 NPR (1,24 euros) – presque le double par rapport à l'année précédente. Le gouvernement prévoit d'annoncer une semaine de travail de cinq jours, pouvant ainsi réduire la consommation de pétrole de 20%.
Graphique via le Népali Times.
L'entreprise publique Nepal Oil Corporation (NOC) a annoncé perdre 16 NPR (0,12 euros) par litre d'essence et 12 NPR (0,093 euros) par litre de diesel vendu, accumulant des pertes de 5 milliards de roupies népalaises (39 millions d'euros) par mois, signifiant que de nouvelles montées des prix sont à venir. La NOC a déclaré être à court de liquidités pour payer de futures importations de carburant en provenance de l'Inde.
Malgré cette image idyllique de bus électriques longeant les centrales hydroélectriques et solaires depuis la Chine jusqu'à Katmandou, les conditions défavorables de l'autoroute Araniko sont aussi une indication de l'état déplorable des infrastructures du réseau routier du Népal. Ces bus sont incapables d'arpenter les routes cahoteuses et doivent être chargés à l'arrière de camions pour atteindre Katmandou.
L'autoroute, de même que le point de passage de Kodori entre le Népal et la Chine, est restée fermée après les dégâts du tremblement de terre de 2015. Construite en 1996, la centrale électrique d'Upper Bhote Kosi a consécutivement été touchée, en 2015, par le tremblement de terre et par les inondations dues à la fonte d'un glacier. Elle a repris du service il y a seulement trois ans après des réparations.
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Les autorités locales ont démenti tout reportage de piratage de données
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Le 19 avril, les autorités turques ont arrêté le journaliste indépendant İbrahim Haskoloğlu en l'accusant d'avoir obtenu et diffusé illégalement des informations personnelles. Cette arrestation intervient après que Haskoloğlu ait fait un reportage [tr] sur un présumé piratage de la base de données du gouvernement. Le journaliste déclare [tr] avoir été contacté il y a deux mois par le groupe de pirates affirmant être à l'origine de ce piratage. Les autorités locales démentent les reportages d'une quelconque fuite [tr], tandis que le « ministre de l'Intérieur a porté plainte contre İbrahim Haskoloğlu, qui a partagé sur Twitter des cartes d'identité qui appartiendraient au Président Recep Tayyip Erdoğan et au président de l'organisation nationale du renseignement (MİT) Hakan Fidan,» a rapporté Bianet, une plateforme d'informations en ligne.
Yaklaşık 2 ay önce yayındayken bana bir hacker grubu ulaştı.
E-Devlet ve devlete ait sitelerden verilerin çalındığını söylediler. Verileri hala da sızdırıyor olduklarını belirttiler. Bazı devlet yetkililerinin bilgilerini benimle paylaştılar. Buna yeni kimlik kartları da dahil. pic.twitter.com/9pICjgZWNO
Some two months ago when I was on air, I was contacted by a hacker group. They told me they had breached personal data from the e-government website and other government websites. They told me they were leaking that data. They also shared some of the government officials data with me. This data includes new ID cards.
Il y a deux mois, quand j'étais à l'antenne, j'ai été contacté par un groupe de pirates. Ils m'ont dit avoir piraté les données personnelles du site Internet de l'administration électronique et d'autres sites Web du gouvernement. Ils m'ont informé être en train de faire fuiter les données. Ils m'ont également envoyé des données officielles du gouvernement, y compris des nouvelles cartes d'identité.
Avant son arrestation, Haskoloğlu a également partagé sur Twitter [tr] un échange qu'il a eu avec les autorités après avoir partagé publiquement les captures d'écran du groupe de pirates. « Ils [les autorités] ont déclaré que les données personnelles (pièce d'identité personnelle) partagées ici [sur Twitter] ne provenaient pas de la base de données électroniques du gouvernement, mais de l'ÖSYM [le Centre d'évaluation, de sélection et d'implantation est le corps responsable de l'organisation des examens d'entrée à l'université à l'échelle nationale],» a annoncé Ibrahim Haskoloğlu, ajoutant [tr] que « la provenance des données n'a pas d'importance, mais qu'elles ont été piratées.»
Dans une déclaration du comité pour la protection des journalistes (CPJ), le directeur du programme du CPJ Carlos Martinez de la Serna a déclaré que « les autorités turques devraient se soucier plus du prétendu piratage des données gouvernementales que des journalistes qui couvraient le reportage.»
Selon l’ExpressionInterrupted, une plateforme qui documente et surveille les processus juridiques à l'encontre des journalistes, Haskoloğlu a déclaré au bureau du procureur avoir transmis toutes les informations qui lui ont été données par le groupe de pirates aux institutions publiques compétentes, y compris à Mahir Ünal, Vice-président du parti de la justice et du développement (AK) actuellement au pouvoir, à Mustafa Şentop, porte-parole du parlement, et au Vice-président du parti de l'opposition, le parti républicain du peuple, Özgür Özel et à Engin Özkoç. Ünal a conseillé à Ibrahim Haskoloğlu « de remettre les informations pertinentes à la Direction générale de la Sûreté (EGM). Ibrahim Haskoloğlu a également annoncé dans sa déclaration qu'il avait clairement demandé à la Direction des communications « s'il encourait des risques en faisant un reportage sur l'affaire,» question à laquelle « il n'a reçu aucun retour négatif.»
L'avocat de Haskoloğlu, Emrah Karatay, a confirmé que son client avait été arrêté avec pour simple motif de n'avoir pas informé les autorités compétentes – bien que, d'après la déclaration du journaliste, il l'a fait. « En tant que journaliste, il se devait d'avertir les gens et de publier les informations. Aujourd'hui, il s'est fait arrêter,» a déclaré Emrah Karatay.
Le 20 avril, le journaliste Seyhan Avşar a déclaré qu'il y a de fortes chances qu'il y ai eu un piratage[tr]. Dans un fil de discussion sur Twitter, Avşar a écrit « qu'il se pourrait que quelqu'un ait en effet accès à toutes ces pièces d'identité en ce moment même, et pourtant, le véritable problème dans cette affaire est qu'un journaliste qui a essayé d'exposer ce piratage se retrouve actuellement derrière les barreaux.»
Dans une histoire d'actualité publiée sur le site d'information en ligne Yetkinreport le 14 avril, il a été dit qu'il y avait en effet un piratage des données; sauf que cela ne serait pas la base de données du gouvernement qui aurait été piraté, mais les informations personnelles de quelques 30.000 à 40.000 utilisateurs de la base de données du gouvernement qui ont fait l’objet d’une fuite en ligne par l’hameçonnage.
L'arrestation de journalistes : une tendance en Turquie
Ibrahim Haskoloğlu n'est pas le premier journaliste à se présenter devant la cour pour avoir obtenu illégalement et avoir dissimulé des informations personnelles. Le journaliste Yakup Önal a été inculpé pour le même délit en novembre 2021. La cour l'a acquitté.
Dans une autre affaire, six journalistes ont été accusés du même délit pour avoir couvert la fuite d'emails de l'ancien ministre Berat Albayrak. Ces six journalistes ont également été accusés de répandre « une propagande terroriste », d'avoir participé à « l'entrave ou la destruction d'un système de traitement de données», « d'avoir commis des délits au nom d'organisations terroristes auxquelles ils ne sont pas membres », et « d'être membres d'organisations terroristes ». Le journaliste-citoyen Metin Cihan encourt une peine de six ans d'emprisonnement pour le même chef d'accusation, à savoir : avoir « publié des documents qui dénotent un népotisme généralisé dans les nominations aux postes de l'État via une fondation proche du Gouvernement.» En 2019, six journalistes ont été condamnés à 40 mois d'emprisonnement pour « violation de la vie privée » et pour « avoir obtenu et divulgué illégalement des données personnelles.»
Cependant, ce qui fait que l'affaire Haskoloğlu sorte du lot est qu'il ait informé les autorités du piratage, et publié les informations par la suite. C'est également la première fois qu'un journaliste est accusé d'avoir exposé la fuite de la base de données du gouvernement. En 2016, quand la base de données de la citoyenneté en Turquie a été piratée – dévoilant les informations personnelles de quasiment 50 millions de citoyens – aucune des personnes ayant couvert la fuite n'a été arrêtée. Même chose en 2010, puisqu'aucun des journalistes ayant fait un reportage [tr] sur des réseaux criminels vendant les données personnelles des Turcs n'a été arrêté.
Selon [tr] un reportage de BBC Turquie, « les experts sont d'accord pour dire que, cette fois-ci, il n'y a aucune fuite de données majeure de MERNIS (le système central d'administration de la population). Cependant, ils pensent que, cette fois-ci, les pirates ont peut-être pris le contrôle d'un serveur ou de comptes d'utilisateurs finaux qui ont accès à MERNIS.»
En Turquie, les journalistes sont souvent réduits au silence par l'article 136 du Code pénal turc. Selon cet article, « toute personne qui obtient illégalement , dissimule ou donne à quelqu'un les données personnelles de quelqu'un d'autre sera condamnée à une peine d'emprisonnement de deux à quatre ans.» De plus :
Article 135 sets out that a person who records personal data unlawfully will be punished with a prison sentence of one to three years. Apart from this, under Article 135/2, it is stipulated that (i) the recording of personal data concerning political, philosophical or religious opinions, racial origins; (ii) illegally recording of personal data revealing moral tendencies, sex life, health conditions or trade union relationship is sentenced to a term of imprisonment. In the event that a person charged with the erasure of personal data does not implement his/her duty in spite of expiration dates prescribed by law, he/she will be imprisoned from one to two years (Article 138/1).
L'article 135 précise que toute personne qui enregistre des données personnelles illégalement sera soumise à une peine d'emprisonnement de un à trois ans. En outre, l'article 135/2, stipule que (i) l'enregistrement de données personnelles sur des opinions politiques, philosophiques et religieuses ; et (ii) l'enregistrement illégal de données personnelles révélant des tendances morales, la vie sexuelle, l'état de santé et la relation syndicale sont condamnés à une peine d'emprisonnement. Dans l'éventualité où une personne condamnée pour avoir effacé les données personnelles n'applique pas son devoir en dépit des dates d'expiration prescrites par la loi, il/elle sera emprisonné(e) pendant un à deux ans (article 138/1).
Les antécédents de la Turquie en termes de mise en oeuvre d'une législation nationale large dans le but de faire taire les critiques sont nombreux. Les journalistes sont souvent les plus durement touchés. Par conséquent, à quelques jours de la journée mondiale de la liberté de la presse, l'environnement propre à la liberté de la presse en Turquie est sombre. Selon la plateforme #FreeTurkeyJournalists (#LibérezLesJournalistesTrucs), qui souligne les cas de journalistes détenus et emprisonnés, 36 journalistes sont actuellement derrière les barreaux. Rien que l'année dernière, les autorités ont poursuivi en justice 241 journalistes, selon le traqueur de la plateforme.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220512_230233";}s:15:"20220512_220555";a:7:{s:5:"title";s:90:"Opposants russes et biélorusses réunis à Munich pour apporter leur soutien à l'Ukraine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/12/272434/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272434";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 May 2022 20:05:55 +0000";s:11:"description";s:202:"Au sud de l'Allemagne, les Russes et Biélorusses opposés à leurs gouvernements et à l'invasion russe en Ukraine s'unissent aux Ukrainiens pour manifester leur solidarité et soutenir les Ukrainiens.";s:7:"content";s:14439:"
Munich regorge une grande population de Russes et d’Ukrainiens
Une capture d'écran tirée de la chaine YouTube de Yostef montrant une manifestation contre l'invasion à Munich où l'on peut apercevoir le drapeau ukrainien et le drapeau blanc-rouge-blanc utilisé par les groupes d'opposition à Loukachenko.
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les autorités russes ne cessent d'affirmer [ru] que la majorité des citoyens russes soutiennent cette « opération militaire spéciale » en Ukraine, comme s'entête à l'appeler Moscou. Ils essayent de convaincre la population mondiale et les citoyens russes que leur position est la bonne en organisant des concerts et des événements en soutien à Vladimir Poutine et ses politiques, à la fois en Russie et à l'étranger. Cependant, depuis le premier jour de la guerre le 24 février, de nombreux Russes à travers le monde manifestent dans des manifestations anti-guerre pour montrer leur désaccord avec les décisions et les actions de Moscou, et pour exprimer leur solidarité avec le peuple ukrainien. Munich, une ville au sud de l'Allemagne, ne fait pas exception, puisqu'elle abrite un nombre important de Russes et d'Ukrainiens.
La communauté russophone en Allemagne n'est pas homogène. Elle comprend ceux qui habitent en Allemagne depuis longtemps, mais qui, depuis ces 20 dernières années, regardent la télévision russe et tiennent l'Union européenne responsable de tous leurs problèmes. Pour la plupart, ils ont quitté la Russie pour aller en Allemagne dans les années 90, sous le programme de rapatriement des Allemands de l'étranger et ne sont pas retournés en Russie depuis.
Mais il y a également ceux qui ont pu voir de leurs propres yeux comment était la vie en Russie et qui ont connu des branches du pouvoir dysfonctionnelles, l'oppression des PME, la répression et les restrictions liées à la liberté d'expression. En effet, un grand nombre de Russes en Allemagne soutiennent les valeurs démocratiques et sont, sans équivoque, contre la guerre et le gouvernement russe.
La première différence entre le peuple russe vivant à l'étranger et ceux vivants en Russie est qu'ils ont accès plus librement aux différentes sources d'information et ne sont pas autant conditionnés aux discours du Kremlin que ceux qui habitent toujours en Russie. De plus, ceux qui vivent à l'étranger peuvent parler ouvertement et donner leur point de vue sans craindre de se faire arrêter.
La Bavière, la région allemande où se trouve Munich, abrite une assez grande communauté de Biélorusses, et une grande partie est opposée au gouvernement de Loukachenko. Malgré que les troupes biélorusses ne soient pas impliquées dans la guerre en Ukraine, Loukachenko a fourni [fr] aux troupes russes un territoire pour pouvoir attaquer les villes ukrainiennes et a fourni de la logistique à l'armée russe, faisant du pays un complice de ce massacre.
Dans le but de condamner publiquement les actions des deux gouvernements, mais aussi de montrer l'amitié et l'unité des peuples qui appartenaient autrefois au même état, une grande partie des Russes et des Biélorusses qui habitent à Munich depuis le début mars a décidé de lancer des manifestations anti-guerre avec pour slogan « La Russie et la Biélorussie ne veulent pas de la guerre ». Le lien fort entre ces deux communautés a été établi grâce à Facebook [ru] il y a plus de 5 ans et est devenu encore plus fort depuis les événements en Biélorussie en 2020, quand des rassemblements organisés par les Biélorusses étaient fortement soutenus par la population russe d'Allemagne.
Les manifestations communes anti-guerre ont eu lieu quasiment tous les week-ends, et les organisateurs ont créé un groupe Telegram [ru] pour coordonner et annoncer les événements spéciaux, car les manifestants n'utilisent pas le drapeau officiel de leur pays, mais un autre drapeau adopté de façon informelle qui symbolise l'affiliation du peuple à leur pays ou leur nation, et non au gouvernement au pouvoir. Les Biélorusses ont un drapeau rouge-blanc-rouge, qui est apparu et a gagné en popularité pendant les événements qui se sont déroulés dans le pays en 2020. Ensuite, les opposants russes ont récemment commencé à utiliser le drapeau blanc-bleu-blanc, qui est différent du drapeau officiel blanc-bleu-rouge, comme symbole des manifestations anti-guerre. Le nouveau drapeau s'est vu être une bonne solution pour ceux n'étant pas prêts à renier leur origine et leur langue, mais qui ne voulaient pas être associés au régime fasciste du Président Poutine, ceux qui aiment leur pays et qui s'opposent ouvertement au régime au nom de leurs compatriotes en Russie.
Un des manifestants, Andreï Soboliev, a décrit à Global Voices que ses motivations de participation étaient les suivantes : « Je comprends à quel point c'est important de préserver l'amitié entre les peuples ukrainiens, russes, et biélorusses, surtout aujourd'hui, en montrant et en apportant son soutien de son côté pour que nos enfants puissent,à l'avenir, vivre en paix et en harmonie ».
Anna, dont on taira le nom de famille, est l'une des organisatrices de ces manifestations. Elle a confié ses inquiétudes à Global Voices :
As a Russian, I feel responsible for how our people will be perceived in the future. So we try to join our hands against the war — we come out for rallies, we support Ukrainians by collecting humanitarian aid, meeting and resettling refugees and, of course, we support the protesters in Russia. The latter is one of our primary goals: to unite and consolidate Russian society in Munich and to build a bridge to the communities of other cities and countries and to Russia so that we can plan further joint actions together.
En tant que Russe, je me sens responsable de l'image que reflétera mon peuple dans l'avenir. Donc on essaye de se serrer les coudes contre la guerre – on se rassemble dans la rue, on soutient les Ukrainiens en recueillant de l'aide humanitaire, en rencontrant et en relogeant les réfugiés, et bien sûr, nous soutenons les manifestations en Russie. Cette dernière est notre objectif principal : unir et consolider la société russe présente à Munich, et construire un pont avec les communautés russes d'autres villes et d'autres pays et de Russie pour pouvoir organiser de futures actions communes tous ensemble.
En général, ce n'est pas facile de rester en contact avec les gens de son pays. L'un des moments les plus difficiles pour les Russes et les Biélorusses vivants à l'étranger et qui sont contre la guerre est justement la communication avec leurs proches et leurs amis restés dans les pays assaillants. Ils doivent lire des discours de propagande sur la situation en Ukraine et en Europe, où les Russes souffrent prétendument de discrimination.
« Contrairement à la propagande de Poutine, nous pouvons dire avec certitude que personne ne nous harcèle ici. En fait, c'est plutôt le contraire : nous recevons du soutien de la société, de notre travail et de nos universités,» a déclaré Anna. La description de la réalité ne va pas loin, et malheureusement, beaucoup de personnes se voient obligées de réduire ou d'arrêter de communiquer avec ceux qui, autrefois, étaient proches d'eux. Cependant, il y a des cas où, à l'aide de faits et d'explications raisonnables et logiques, cela devient possible, peut-être pas pour convaincre des gens, mais au moins pour leur faire analyser et remettre en cause ce qui est diffusé à la télévision russe.
À part la population en Russie, les militants essayent également d'aller à la rencontre de Russes n'étant pas encore intégrés à la société allemande et qui reçoivent encore la majeure partie des informations de sources russes. Les manifestations ont pour but d'attirer leur attention et de changer leur point de vue pour qu'ils puissent, à l'avenir, diffuser des informations plus objectives à leurs proches et leurs connaissances en Russie.
De manière importante, des Ukrainiens participent également aux actions organisées par leurs amis biélorusses et les Russes pour montrer l'absence de haine envers les individus qu'ils connaissent personnellement, mais aussi envers les nations russes et biélorusses. L'un des participants ukrainiens, Denis, à défini sa position à Global Voices en utilisant les mots suivants :
Yes, today Russia and Belarus have become hostile states for us, but Russians and Belarusians have not become hostile people. I have many friends who come from Russia and Belarus. I see their support and assistance to refugees from my country every day and I just can't call these people enemies.
Oui, aujourd'hui, la Russie et la Biélorussie sont des États hostiles pour nous, mais les Russes et les Biélorusses ne sont pas pour autant devenus des personnes hostiles. J'ai énormément d'amis qui viennent de Russie et de la Biélorussie. Tous les jours, je vois le soutien et l'aide qu'ils apportent aux réfugiés de mon pays, donc c'est impossible pour moi de considérer ces personnes comme des ennemis.
Lors des manifestations, un des militants russes, Alexander, a commencé son discours en demandant aux personnes présentes d'applaudir pour eux-mêmes pour avoir trouvé la force et le courage d'être présent et de faire entendre leur voix. « Nous sommes Russes,» a-t-il déclaré, « nous sommes fiers d'être nés en Russie, et nous voulons montrer au monde entier que nous sommes de véritables Russes et que nous faisons de bonnes actions – nous aidons les réfugiés, nous essayons de faire de ce monde un monde meilleur et l'union fait la force !»
Image reproduite avec l’aimable autorisation de Giovana Fleck.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220512_220555";}s:15:"20220512_211047";a:7:{s:5:"title";s:91:"Des jeunes monténégrins sortent une chanson anti-guerre en soutien aux enfants ukrainiens";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/12/272451/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272451";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 May 2022 19:10:47 +0000";s:11:"description";s:164:"La chanson et le clip vidéo ont été publiés par la société de médias Vijesti qui les utilise pour promouvoir des actions humanitaires en faveur de l'Ukraine.";s:7:"content";s:8832:"
Komnen Vuković et Milica Radan. Photo : vignette de la vidéo YouTube publiée par Vijesti. Utilisée avec autorisation.
Cette histoire a été initialement publiée par Meta.mk. Une version éditée est republiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et Metamorphosis Foundation.
Le 17 mars, les jeunes chanteurs monténégrins Milica Radan et Komnen Vuković, ainsi que le groupe vocal D-mol, ont publié une vidéo pour leur chanson anti-guerre « Vratite nam snove » (« Ramenez nos rêves »), dédiée aux enfants ukrainiens.
La chanson est un message demandant la fin de la guerre qui a commencé le 24 février lorsque la Russie a envahi l'Ukraine. Elle promeut l'empathie pour les enfants qui souffrent. Le clip vidéo comprend des sous-titres en anglais.
…Zaustavite bombe, vratite nam snove,
suncokrete naše što se mraka plaše.
Mi smo vojska sunca, armija smo sreće
zbog nas planeta mirno nek se okreće.
Arrêtez les bombes, ramenez nos rêves,
Nos tournesols, qui ont peur de l'obscurité.
Nous sommes l'armée du soleil, nous sommes l'armée du bonheur,
C'est grâce à nous que la planète de la paix tourne.
Le clip vidéo a été publié par l'entreprise médiatique Vijesti, éditrice du journal, de la télévision et du site Internet éponymes, qui figure parmi les médias les plus influents du Monténégro.
L'auteur des paroles de la chanson est Marijana Kadić Bojanić, tandis que la musique a été écrite par Danijel Alibabić.
Dans une interview pour Balkansmedia.org, Marijana Kadić Bojanić a déclaré que les images de la guerre en Ukraine (les enfants privés de leurs proches, les maisons détruites, les colonnes de réfugiés, la souffrance, l'incertitude) ont réveillé en elle la plus profonde des tristesses, mais lui ont aussi inspiré le désir de faire quelque chose, aussi petit soit-il, qui encouragerait la compréhension de toutes les personnes de bonne volonté et les inciterait à agir.
Slike stradanja vratile su mi i potisnuta sjećanja na ono što smo mi sa područja ex Yu preživljavali devedesetih godina kada je i moje spokojno i bajkovito djetinjstvo bilo prekinuto užasima rata.
Sa druge strane – u samom korijenu nastanka medija u kojima radim je anti-ratni aktivizam – od Monitora, preko novine, televizije, portala Vijesti i Centra za istraživačko novinarstvo – osnivači su uvijek dizali glas protiv nepravde i agresije moćnih. Sve to je uticalo da pjesmu napišem, skoro pa u jednom dahu, dok sam sa koleginicama i kolegama pripremala akciju pomoći djeci Ukrajine…
Les images de souffrance m'ont rappelé les souvenirs refoulés de ce que nous tous, habitants de la région de l'ex-Yougoslavie, avons subi dans les années 1990, lorsque ma propre enfance tranquille et féerique a pris fin à cause des horreurs de la guerre.
D'un autre côté, les médias pour lesquels je travaille ont un activisme anti-guerre à leur base, qu'il s'agisse de l'hebdomadaire Monitor, du journal, de la télévision et du portail Internet Vijesti ou du Centre pour le journalisme d'investigation. Leurs fondateurs ont toujours élevé leur voix contre l'injustice et l'agression des puissants. Tout cela m'a influencé pour écrire la chanson presque d'un seul souffle, au moment où je préparais une action humanitaire pour aider les enfants ukrainiens avec mes collègues…
La chanson « Vratite nam snove » a été interprétée pour la première fois au festival international de chansons pour enfants « Zlatna Pahulja » (« Flocon de neige doré ») à Rožaje.
Le festival, qui a une tradition de 28 ans, s'est déroulé cette année les 4 et 5 mars et a consisté en deux soirées, la première pour les artistes nationaux et la seconde pour les artistes internationaux, avec des enfants des pays voisins.
Vijesti utilise la chanson pour promouvoir des actions humanitaires en faveur de l'Ukraine. La première était une soirée de bienfaisance à Podgorica le 10 mars, qui a permis de récolter 10 000 euros de dons.
À la demande de la population locale, une action similaire a été organisée par des organisations de la société civile locale à Bijelo Polje le 23 mars, afin d'aider les réfugiés ukrainiens hébergés dans cette ville depuis l'invasion russe. Un hôtel local accueille désormais 14 familles comptant 36 membres, qui ont remercié les citoyens et les entreprises locales pour cette initiative.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220512_211047";}s:15:"20220512_203113";a:7:{s:5:"title";s:84:"Le Japon baptisé « Fossile du jour » pour ses projets de « charbon propre »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/12/271031/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271031";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 May 2022 18:31:13 +0000";s:11:"description";s:154:"Les efforts que le Japon met en place pour réduire ses émissions de carbone au cours des 10 prochaines années n'auront sans doute qu'un impact marginal";s:7:"content";s:17989:"
Le Japon remporte régulièrement ce prix lors des COP mondiales.
Un coprolithe (un morceau d’excrément fossilisé [fr]) provenant d'un dinosaure herbivore de l'ère jurassique et présenté au Musée préfectoral des dinosaures de Fukui au Japon. Le coprolithe a été exhumé dans l'Utah aux États-Unis. Photo par Nevin Thompson; utilisée avec son aimable autorisation sous la licence : CC BY 3.0
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages web en anglais, ndlt.]
Lors de la vingt-sixième Conférence des Nations unies sur le climat qui s'est tenue le 2 novembre dernier à Glasgow, le Japon a remporté un Fossile du jour en raison de sa frilosité, perçue comme rétrograde, à sortir progressivement du charbon pour sa production d'électricité ; ce qui contribuerait à réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre.
Ce prix satirique récompense quotidiennement l'action climatique des pays qui « en font le plus pour accomplir le moins » et qui « font de leur mieux pour être les plus mauvais ». Il est décerné lors des Conférences des parties (COP) par le réseau Climate Action Network, qui fédère 1 500 organisations non gouvernementales à travers le monde.
Au cours des réunions annuelles des COP, le Japon remporte régulièrement ce titre pour les mêmes raisons qu'à Glasgow. Cette année, Tokyo a partagé le podium avec la Norvège et l'Australie pour avoir encouragé l'utilisation de combustibles fossiles.
?? Norway (1st) ?? Japan (2nd) and ?? Australia (3rd) for all promoting fossil fuels – from Norwegian gas to coal in Asia, and CCS ?#RayoftheDay? also goes to ??????? Scotland and ?? India ?
— Climate Action Network International (CAN) (@CANIntl) November 2, 2021
Aujourd’hui, le Fossile du jour de la COP 26 a été décerné à ….. la Norvège (1er), au Japon (2ième) et à l'Australie (3ième) pour la promotion des énergies fossiles (allant du gaz naturel norvégien au charbon asiatique). L'Écosse et l'Inde ont reçu un Rayon du jour.
— Climate Action Network International (CAN) (@CANIntl) 2 novembre 2021
Tokyo a remporté ce prix suite au discours du Premier ministre japonais Kishida Fumio qui n'est resté que 8 heures à Glasgow avant de rentrer en avion au Japon. Lors de son intervention, le Chef du gouvernement ne s'est pas engagé à sortir progressivement du charbon. Selon les estimations, ce combustible devrait servir à produire au moins 25 % de l'énergie nationale en 2030, contre 31 % en 2019 – 2020. À l'heure actuelle, 140 centrales thermiques sont toujours en activité dans l'archipel japonais.
D'un autre côté, 40 pays participants à la COP 26 se sont engagés à abandonner peu à peu l'électricité produite au charbon pour l'éliminer complètement à l'horizon 2040.
Terminal charbonnier de la centrale de production électrique situé à Tsuruga dans la préfecture de Fukui appartenant à la compagnie Hokuriku Denryoku. Les centrales à charbon fournissent en électricité de nombreuses petites villes japonaises éloignées des grands centres urbains, comme Tokyo et Osaka. Photo de Nevin Thompson, utilisée avec son aimable autorisation sous la licence CC BY 3.0
Certains considèrent le Japon comme étant le 5e pays le plus gros émetteur de CO2 au monde. Ses émissions de gaz à effet de serre ont néanmoins diminué au cours des 10 dernières années. Toutefois, les centrales thermiques émettrices de CO2 produisent encore 76 % de l'électricité japonaise.
Les efforts engagés semblent négligeables si le pays souhaite réduire ses émissions de carbone lors des dix prochaines années. Climat Action Tracker, un consortium international indépendant d’analyse scientifique évaluant les actions menées par les états pour préserver le climat affirme que le programme japonais de fermetures progressives des centrales à charbon vieillissantes n'aura qu'un impact limité sur la réduction des émissions de carbone :
The reported plan would not take Japan beyond the country’s “Highly insufficient” 2030 climate target (nationally determined contribution, or NDC) in the light of fair contributions to limiting warming to the Paris Agreement’s long-term goal of 1.5°C.
Le projet annoncé ne permettra pas à Tokyo de dépasser ses objectifs climatiques 2030, appelés aussi Contributions déterminées au niveau national ou CDN. Elles sont d'ailleurs « largement insuffisantes » si on les compare à l'ambition climatique qui devrait affichée pour contenir la hausse des températures à 1,5°C, conformément aux objectifs des Accords de Paris.
L'attribution du Fossile du jour lors de la COP 26 découle également d'une déclaration du Premier ministre japonais qui s'est engagé à poursuivre la construction de centrales thermiques utilisant des technologies dites de « charbon propre » dans des pays asiatiques en voie de développement.
Japan, through the Asia Energy Transition Initiative, will develop leading projects worth 100 million USD to transform fossil-fuel-fired thermal power into zero-emission thermal power such as ammonia and hydrogen.
Dans le cadre du partenariat Asia Energy Transition Initiative [pdf], le Japon développera des projets de premier plan d'une valeur de 100 millions de dollars américains pour transformer l'énergie thermique alimentée par des combustibles fossiles en énergie thermique à émission zéro, comme l'ammoniac et l'hydrogène.
Lors de la COP 26, le Premier ministre japonais a déclaré que son pays poursuivrait l'exportation de technologies qui permettent de produire de l'électricité à partir du charbon. Cette annonce semble contredire une promesse faite un peu plus tôt en 2021 selon laquelle la nouvelle majorité au pouvoir devait cesser de soutenir l'utilisation « sans relâche du charbon ».
Au même moment, l'agence de crédit à l'exportation Japan Bank International Cooperation (JBIC), qui aide les industriels japonais à commercialiser à l'étranger, a annoncé qu'elle soutiendrait les exportations de centrales à charbon lorsque des mesures de réduction des émissions telles que le captage-stockage du carbone (CCS) et la combustion d'ammoniac seront effectives ».
Selon l'organisme Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), spécialisé dans l'analyse des questions relatives aux marchés de l'énergie, aux tendances et aux politiques, le Japon participe à la construction de centrales à charbon un peu partout en Asie depuis une dizaine d'années.
JBIC, and to a lesser extent the Japan International Cooperation Agency (JICA), have been key enablers of coal-fired power development in developing Asia. Such projects are sold to nations like Bangladesh, Vietnam, and Indonesia, often based on overly optimistic power demand growth projections.
JBIC, et, dans une moindre mesure, l'agence gouvernementale japonaise de coopération internationale JICA, ont été des acteurs phares pour favoriser l'implantation de centrales à charbon dans des pays asiatiques en développement. Ces projets ont été vendus à des états comme le Bangladesh, le Vietnam et l'Indonésie. Ces contrats ont souvent été conclus après une surestimation des futurs besoins énergétiques de ces pays.
Le JBIC a également déclaré soutenir l'utilisation d'ammoniac ou d'hydrogène, comme combustibles de co-combustion dans la production thermique, afin de réduire les émissions carbone. Cette nouvelle technologie coûteuse requiert l'extraction de combustibles fossiles et amenuise les chances de voir le pays atteindre l'objectif de 1,5 degré Celsius.
Toutefois, des sceptiques, comme Greenpeace, soulignent que, en tant que technologie, la cokéfaction de l’ammoniac n’en est qu’à ses débuts et que de nombreux problèmes doivent encore être réglés. Par exemple, l’ammoniac n’est pas particulièrement efficace lorsqu’il est utilisé comme combustible pour produire de l’électricité, et il génère également du protoxyde d'azote qui est un gaz nocif.
L'organisation Institute for Energy Economics and Financial Analysis explique qu'en fin de compte les projets japonais visant à exporter ses technologies dites de « charbon propre » vont sans doute entraîner une nette augmentation des émissions de gaz à effets de serre :
Using ammonia as cover for further “abated” coal power developments overseas will mean more coal consumption and further economic burden from this expensive power source in nations that can’t afford it.
L’utilisation de l’ammoniac comme couverture pour d’autres projets de production d’électricité au charbon « réduits » à l’étranger se traduira par une consommation accrue de charbon et un fardeau économique supplémentaire de cette source d’énergie coûteuse dans les pays qui n’en ont pas les moyens.
En attribuant ce prix au Japon, l'organisation Climate Action Network a souligné que « ces nouvelles techniques coûteuses nécessitent l'extraction de combustibles fossiles. Il y a donc très peu de chances que le seuil des 1,5 °C soit respecté en cas de recours à cette technologie ».
Setsu Mori [ja] est le rédacteur en chef du magazine d'affaires Alterna qui est axé sur les questions environnementales. Suite au dernier Fossile du jour, le journaliste japonais a demandé à son pays d'abandonner son programme de production d'électricité à partir de l'ammoniac et d'investir plutôt dans les énergies renouvelables.
Le porte-parole du gouvernement japonais Matsuno Hirokazu a déclaré [ja] que son pays ne souhaitait pas réaliser de commentaires suite à l'attribution de ce prix et aux critiques sur le projet de « charbon propre ».
Le Japon a reçu au moins six Fossiles du jour en raison de sa faible volonté à réduire significativement ses émissions de gaz à effet de serre. Ce fut notamment le cas en 2010, 2011, 2013, 2019, 2020 et 2021.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220512_203113";}s:15:"20220512_153934";a:7:{s:5:"title";s:167:"Les Jamaïcains endeuillés suite au décès de la défenseure des droits de l'homme Nancy Anderson qui œuvra pour aider les citoyens les plus vulnérables de l'île.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/12/272495/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272495";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 12 May 2022 13:39:34 +0000";s:11:"description";s:207:"« Fière défenseure des droits de l'homme », l'un des principaux accomplissements d'Anderson a été de contribuer à la facilitation de l'accès aux services juridiques aux Jamaïcains les plus démunis.";s:7:"content";s:22039:"
Elle s'est démarquée comme défenseure des droits humains, compatissante et déterminée
La Jamaïcaine Shanique Myrie devant la Cour de Justice des Caraïbes, avec son avocate Nancy Anderson en arrière-plan. Anderson a représenté Myrie dans une affaire très médiatisée de violation des droits de l'homme, qu'elle a gagnée. Photo prise par le Jamaica Gleaner, utilisée avec autorisation.
Nancy Anderson, militante des droits de l'homme, formatrice et avocate née aux États-Unis, est décédée le 29 novembre à Kingston, en Jamaïque, des suites d'une courte maladie. Diplômée de l'université d'État du Michigan, de l'université de Londres et de la faculté de droit Norman Manley, Nancy Anderson est arrivée pour la première fois en Jamaïque en 1969 . Elle enseigne comme bénévole au sein du Corps de la paix des États-Unis, relié au ministère de l'Éducation. Elle a adopté l'île qui est devenue son foyer et obtient à terme la citoyenneté jamaïcaine. Nancy Anderson a pu exercer en tant qu'avocate en Jamaïque en 1981.
L'avocate Nancy Anderson lors d'un atelier à dans une ambassade en Jamaïque il y a quelques années. Photo prise par Emma Lewis, utilisée avec autorisation.
Peut-être à l'image de sa vie et de son héritage, Mme Anderson est décédée lors de la Journée internationale des femmes défenseures des droits de l'homme, dans le cadre des 16 jours d'activisme. C'est en tant que directrice de la Clinique d'aide juridique de Kingston, de 1990 jusqu'à sa disparition que Nancy Anderson a réalisé un de ses plus grands accomplissements. Elle a facilité l'accès aux services juridiques aux plus démunis en Jamaïque. Après un passage dans le secteur privé, elle est devenue directrice exécutive du Conseil d'aide juridique du ministère jamaïcain de la Justice en 2002.
Sa compassion et sa détermination en tant que défenseure des droits de l'homme a marqué les esprits. De 2003 jusqu'à son décès, elle a occupé le poste de conseillère juridique au Conseil indépendant de la Jamaïque pour les droits de l'homme – l'ONG jamaïcaine la plus ancienne. En 2020, les citoyens de l'île font part de leur inquiétude après la publication de rapports indiquant qu'un nombre élevé de détenus souffrants de troubles mentaux étaient toujours emprisonnés. Elle a rejoint le comité du Juge en chef chargé de régler la question en partenariat avec le ministère de la Sécurité nationale :
(1/2) Yesterday, we officially opened the Medical Centre Infirmary at the Tamarind Farm Adult Correctional Centre. This facility is the first of its kind and is to house approximately 20 bed-ridden and infirmed inmates who are not eligible for release. pic.twitter.com/dsuoww3KkI
(1/2) Hier, nous avons officiellement inauguré l'Infirmerie du Centre médical de l'établissement pénitentiaire pour adultes Tamarind Farm. Cet édifice, le premier de ce type, accueillera une vingtaine de détenus alités et infirmes, non admissibles à une libération. pic.twitter.com/dsuoww3KkI
(2/2) This new facility follows a commitment made by Deputy Prime Minister and Minister of National Security, Dr. Horace Chang after the death of Noel Chambers at the Tower Street Adult Correction Centre (TSACC) in January. pic.twitter.com/YFLw15PKvt
(2/2) Cette nouvelle structure fait suite à l'engagement pris par le Vice-Premier ministre et ministre de la Sécurité Nationale, M. Horace Chang, après le décès de Noel Chambers au centre pénitentiaire pour adultes de Tower Street (CPATS) en janvier dernier. pic.twitter.com/YFLw15PKvt
En 2017, Mme Anderson fut agressée physiquement par un détenu souffrant de troubles mentaux, mais elle déclara que cela ne la dissuaderait pas de poursuivre son travail. L'année précédente, elle avait reçu l’Ordre de distinction de la Jamaïque.
Mme Anderson a participé à de nombreuses affaires majeures relatives aux droits de l'homme au sein d'administrations locales et régionales. Elle a représenté Shanique Myrie et gagné une action judiciaire menée contre le Gouvernement de la Barbade pour motif de détention illégale. Cette affaire très médiatisée a été jugée à la Cour de Justice des Caraïbes. En 2015, Nancy Anderson est autorisée à exercer en tant qu'avocate à la Cour d'appel du Belize. Elle a également participé à la compilation de recueils de lois pour Trinité-et-Tobago ainsi que les Caraïbes orientales. Elle devait comparaître devant la Cour d'appel jamaïcaine le jour de son décès.
L'avocate et animatrice radio Jodi-Ann Quarrie a raconté comment Anderson, alors jeune avocate, lui a ouvert les yeux sur le sort des prisonniers jugés « inaptes à plaider » laissés à l'abandon dans le système carcéral. Noel Chambers, fut un des cas les plus connus.
It was Nancy Anderson that allowed me to even know that such horrors existed. She took me to Tower Street to meet with 1 such man. It was a defining moment in my life. I've worked with her for years since then. Rest in eternal peace, Ms. Anderson??? https://t.co/AZ64HnUbx2
— Jodi-Ann Quarrie (Yoo Need More Jodi) (@yooneedmorejodi) November 29, 2021
Grâce à Nancy Anderson j'ai pu réaliser que de telles horreurs existaient. Elle m'a emmené à Tower Street pour rencontrer un homme dans cette situation. Ce fut un tournant décisif dans ma vie. Après cette rencontre notre collaboration a perduré pendant des années. Reposez en paix éternelle, Mme Anderson ??? https://t.co/AZ64HnUbx2
— Jodi-Ann Quarrie (Yoo Need More Jodi) (@yooneedmorejodi) 29 novembre 2021
Un groupe de défenseures des droits des femmes a rendu hommage à Mme Anderson via WhatsApp, rappelant ses activités de réseautage avec plusieurs groupes de pression, ainsi que son soutien aux droits des femmes, aux droits des personnes en situation de handicap et à la santé mentale. Aloun N'Dombet Assamba, éminente avocate, militante des droits des femmes et ancienne haut-commissaire de la Jamaïque au Royaume-Uni, a déclaré à Global Voices :
I met Nancy in 1979 when I went to Norman Manley Law School. She had been in Jamaica for a few years by then. She was associated with [attorneys] Crafton Miller & Co. as a Legal Clerk all through our law school days, and joined his firm on being called to the bar […] I used to see her in London, as she always took her moot court team to visit me on their way back to Jamaica after their matches […] She was so proud of her work tutoring the team as part of her job at the law school. She was a very proud advocate for human rights […] She applied to become a Jamaican as she loved the country and had no intention to go back to live in the U.S.
J'ai rencontré Nancy en 1979, lorsque j'étudiais à la faculté de droit Norman Manley. Elle habitait en Jamaïque depuis plusieurs années déjà. Durant ses études de droit, elle travaillait en tant que conseillère juridique pour le cabinet d'avocats Crafton Miller. Après l'obtention du titre d'avocate, elle continua à exercer chez eux […] J'avais l'habitude de la voir à Londres, car après les procès fictifs elle venait me rendre visite accompagnée de son équipe avant de retourner en Jamaïque […] Dans le cadre de son emploi à la faculté de droit, elle était chargée de leur supervision. Cette mission et son rôle de défenseure des droits de l'homme la rendaient extrêmement fière […] Elle demanda à obtenir la citoyenneté jamaïcaine car elle aimait ce pays et n'avait aucune intention de retourner vivre aux États-Unis.
Mme Anderson était très impliquée dans d'autres domaines, notamment l'observation des élections. Elle a été directrice de l'Action des Citoyens pour des Élections Libres et Équitables (ACELE) à partir de 2000. L'ACELE lui a rendu hommage sur Twitter, en disant :
Miss Anderson was never afraid of taking on difficult tasks or reluctant to give her services free of costs to the poor when the need existed and the cause was worthwhile.
Mme Anderson n'a jamais eu peur d'entreprendre des tâches difficiles ni hésité à offrir gratuitement ses services aux pauvres lorsque le besoin se faisait ressentir et que la cause en valait la peine.
La volonté d'Anderson de servir – et de partager ses connaissances – ne connaissait aucune limite. Elle a siégé à des conseils consultatifs et à des tribunaux d'examen liés au VIH/sida, à la toxicomanie et à la protection des témoins. De plus, Madame Anderson a fait partie de l'Institut de formation en justice, présidé par le Président de la Cour Suprême, de 2010 à 2016.
Un jeune avocat a exprimé son admiration pour la disponibilité sans pareille d'Anderson :
Nancy fought relentlessly for poor people and dedicated her life to service … what a way to be remembered man
Le mentorat des étudiants est devenu l'une des grandes passions d'Anderson. Elle a enseigné le plaidoyer et l'éthique à la faculté de droit Norman Manley de 2009 jusqu'à sa mort, et s'est particulièrement impliquée dans l’équipe de procès fictif de l'école. Cette dernière rencontra un grand succès et remporta le titre mondial quatre années successives. Elle a été juge au concours mondial de procès simulés des droits de l'homme Nelson Mandela à Genève en 2017, et au concours Jessup de l'Association internationale des étudiants en droit en 2018 et en juillet 2021.
Sur Twitter, les Jamaïcains, en particulier les jeunes avocats qu'elle avait encadrés et inspirés, ont immédiatement rendu des hommages remplis d'émotion. Beaucoup se souviennent surtout d'elle pour sa bonté et son altruisme.
Les étudiants de la faculté de droit Norman Manley ont tweeté :
The NMLSSA extends our deepest condolences to the Family and Friends of Ms. Nancy Anderson.⁰
Time can never fade the memories we have created with Ms. Anderson. She has touched our lives abundantly. We will never forget her invaluable impact. pic.twitter.com/A5uLlhHjjv
La FDNM présente ses plus sincères condoléances à la famille et aux amis de Mme Nancy Anderson.⁰
Le temps ne pourra jamais effacer les souvenirs que nous avons créés avec Mme Anderson. Elle a marqué nos vies à plusieurs égards. Nous n'oublierons jamais son impact inestimable. pic.twitter.com/A5uLlhHjjv
— Norman Manley Students Assoc. (@NMLS_Students) 29 novembre 2021
Un professionnel des médias lui a rendu hommage en saluant sa détermination :
Nancy Anderson was the attorney on the 1st case I heard of someone spending decades in Jamaican prison w/o trial and she didn't stop until that woman was released. I admired her selflessness. She'll be missed. https://t.co/VEh0H3GptV
Un jour j'entendis parler pour la première fois d'une femme incarcérée dans une prison jamaïcaine depuis plusieurs décennies sans qu'aucun procès n'ai eut lieu. Nancy Anderson était son avocate et travailla sans relâche jusqu'à sa libération. Elle nous manquera. https://t.co/VEh0H3GptV
Un jeune Jamaïcain issu d'un milieu défavorisé a partagé :
You taught me so much. Your kindness and stellar service continues to live on in the minds and lives of so many young attorneys and people from the hardened streets in Jamaica. #RIP#NancyAndersonhttps://t.co/twd20gOelj
Vous m'avez tant appris. Votre gentillesse et votre aide exceptionnelle perdurent dans les esprits et dans les vies de tant de jeunes avocats et d'habitants des quartiers difficiles de Jamaïque. #RIP#NancyAndersonhttps://t.co/twd20gOelj
Leanne Levers, politologue et militante des droits des femmes, a déclaré :
When I took an interest in human rights as a teenager, Nancy took me under her wing, took me to the prisons, gave me research opportunities, and my first real internship. And always kept in touch. I owe so much to Nancy Anderson. This country owes so much to her. ?
À l'adolescence, lorsque je me suis intéressée aux droits de l'homme, Nancy m'a pris sous son aile, m'a emmené dans les prisons, m'a offert des possibilités de recherche et mon premier véritable stage. Et elle est toujours restée en contact. Je dois tellement à Nancy Anderson. Ce pays lui doit tant. ?
Bien que Mme Anderson ne soit pas née en Jamaïque, son amour et son dévouement pour les insulaires les plus marginalisés, ainsi que ses conseils et ses encouragements à de nombreux jeunes avocats -l'ont rendue populaire auprès de nombreuses personnes, qui regretteront profondément son rôle de championne des droits de l'homme.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220512_153934";}s:15:"20220511_170603";a:7:{s:5:"title";s:134:"« Demandez pardon ! » Manifestations et demandes de réparations pour l'esclavage au cœur de la visite du couple royal en Jamaïque";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/05/11/272034/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272034";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 11 May 2022 15:06:03 +0000";s:11:"description";s:225:"« (la Reine Elizabeth II) n'a rien fait pour réparer les souffrances de nos ancêtres durant son règne et durant toute la période de la traite des africains, de l'esclavage, de l'engagement et de la colonisation (...). »";s:7:"content";s:34335:"
Malgré ses regrets, le Prince William ne s'est pas excusé.
Le duc et la duchesse de Cambridge lors d'une visite de Calgary dans la province d'Alberta, Canada, le 7 juillet 2011. Photo par Kat2Kat2 sur Flickr, CC BY-NC-ND 2.0.
Les commentaires qui suivirent la descente d'avion le 22 mars dernier du duc et de la duchesse de Cambridge, le prince William et sa femme Catherine (« Kate »), par un après-midi venteux à l'aéroport international Norman Manley de Kingston, ne se sont pas seulement contentés d'épiloguer sur la robe couleur jonquille que portait la duchesse, bien au contraire. Mais le couple royal savait, sans nul doute, à quoi s'attendre à son arrivée en Jamaïque.
La tournée officielle dans les Caraïbes du couple royal à l'occasion du jubilé de platine de la Reine Elizabeth II a provoqué une vague importante de controverses. Avant même son arrivée, des manifestants s'étaient rassemblés devant le haut-commissariat britannique afin d'exiger des excuses de la part de la famille royale britannique pour avoir encouragé l'esclavage (qui prit fin en 1830 en Jamaïque) et de demander des réparations pour les torts commis sous l'ère coloniale.
La visite du Belize, pays du Commonwealth situé en Amérique centrale et première étape de la tournée, s'était plutôt bien passée quoiqu'une manifestation de villageois avait dû contraindre le couple royal à modifier son programme. Une écrivaine britannique s'est exprimée sur l'incident :
I’m really impressed by Q’eqchi Maya, a small group of people who stood up to a huge organisation and the might of the Royal machine, and managed to get the enforced visit to their village cancelled.
Je suis vraiment impressionné par Q’eqchi Maya, un petit groupe de personnes qui ont tenu tête à une énorme organisation et à la puissance de la machine royale, et qui ont réussi à faire annuler la visite forcée dans leur village.
Si seulement nous faisions tous preuve de moins de complaisance et de plus de courage !
Pendant ce temps en Jamaïque, Wayne Chen, administrateur dans le secteur de la santé, a partagé une photo sur Twitter qui a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Elle montre la duchesse de Cambridge lors de son arrivée à l'aéroport avec à ses côtés Kamina Johnson Smith, la ministre des Affaires étrangères de la Jamaïque (à gauche de la photo), et Lisa Hanna, la représentante du Parti national populaire (PNP) qui semble ignorer Kate Middleton :
Une Lettre ouverte adressée à William et Kate, publiée le 20 mars et rédigée par « Advocates Network » qui lutte « pour les droits humains et pour une bonne gouvernance dans le but d'améliorer les conditions socioéconomiques des Jamaïcains et transformer leurs vies. », est à l'origine des manifestations de la population locale. Une centaine de Jamaïcains (y compris l'auteur de ce message) ont signé la lettre :
We see no reason to celebrate 70 years of the ascension of your grandmother to the British throne because her leadership, and that of her predecessors, have perpetuated the greatest human rights tragedy in the history of humankind. Her ascension to the throne, in February 1952, took place 14 years after the 1938 labour uprisings against inhumane working/living conditions and treatment of workers; painful legacies of plantation slavery, which persist today. During her 70 years on the throne, your grandmother has done nothing to redress and atone for the suffering of our ancestors that took place during her reign and/or during the entire period of British trafficking of Africans, enslavement, indentureship and colonialization […]
We will, however, celebrate 60 years of freedom from British colonial domination. We are saddened that more progress has not been made given the burden of our colonial inheritance. We nonetheless celebrate the many achievements of great Jamaicans who rejected negative, colonial self-concepts and who self-confidently succeeded against tremendous odds. We will also remember and celebrate our freedom fighters, including our National Heroes, who bravely fought against British tyrannical rule and abominable human rights abuses. We welcome you to join this celebration.
« Nous ne voyons pas pourquoi nous devrions célébrer les 70 ans de règne de votre grand-mère, car c’est sous son autorité et celle de ses prédécesseurs qu’a été perpétrée la plus grande tragédie des droits humains de l’histoire de l’humanité. Son accession au trône au mois de février 1952 a eu lieu 14 ans après la révolte de 1938 contre le traitement et les conditions de vie et de travail inhumaines des travailleurs; vestiges douloureux de l'esclavage dans les plantations, encore présents aujourd'hui. Durant ses 70 ans de règne, votre grand-mère n'a rien fait pour réparer les souffrances que nos ancêtres ont dû endurer durant son règne et durant toute la période de la traite des Africains par les Britanniques, de l'esclavage, de l'engagement et de la colonisation (…).
Par contre, nous célébrerons nos 60 ans d'indépendance laquelle a marqué la fin de la domination britannique en Jamaïque. Nous sommes consternés par le peu de progrès réalisés compte tenu de notre lourd passé colonial. Néanmoins nous célébrerons les accomplissements de Jamaïcains exceptionnels qui ont rejeté les conceptions négatives de l'époque coloniale et qui ont réussi avec confiance contre vents et marées. Nous nous remémorerons et fêterons aussi nos combattants de la liberté, notamment nos héros nationaux, qui avec courage se sont battus contre le régime tyrannique britannique et contre les atteintes inacceptables aux droits humains. Nous vous invitons à vous joindre à cette célébration. »
Patricia Phillips et la professeure Rosalea Hamilton ont remis la lettre au Haut-commissariat britannique, laquelle contient une liste de « 60 raisons », y compris un recueil d'atrocités commises durant la traite des esclaves. Des membres de la communauté rastafari, des universitaires, musiciens et artistes faisaient partie du groupe de manifestants. Ka'Bu Ma'at Kheru, animateur sur la radio Irie FM de la populaire émission « Running Africa Forum » a posté sur Facebook :
The STRUGGLE is REAL. This morning we PROTESTED. This evening RASTAFARI drumming, chanting and WELCOMING the children of the ENSLAVERS with the NYABINGHI DRUMS
~KMK~
LE COMBAT est RÉEL. Ce matin nous AVONS MANIFESTÉ. Ce soir RASTAFARI joue du tambour et chante pour ACCUEILLIR les enfants des ESCLAVAGISTES au son des TAM-TAMS NYABINGHI
~KMK~
Le 23 mars, durant la brève visite du couple royal à Montego bay, l'un des responsables de la Coral Gardens Benevolent Society a déclaré que la monarchie « nous doit des millions, des milliards, des milliers de milliards de dollars. »
Ras Iyah V of the Rastafari Coral Gardens Benevolent Society shares his displeasure after police asked them not to display a sign demanding reparation from the British. The group is protesting near the venue of the St James leg of the royal visit at Cambridge Infantry. pic.twitter.com/taZDyvLyEu
Ras Iyah de la Rastafari Coral Gardens Benevolent Society exprime son mécontentement après que la police ait demandé au groupe de manifestants de ne pas montrer une banderole demandant des réparations aux Britanniques. Les manifestants protestent près de l'infanterie de Cambridge, étape de la visite du couple royal à St James.
— Jamaica Observer (@JamaicaObserver) 23 mars 2022
Leader of the Opposition Mark Golding has stated his intention to sit with you and your husband to discuss reparations. We appeal to you as a mother, as a wife, as a woman, and as a human being to encourage a real conversation, which results in your understanding of the role of your family in our development as a country and the role that justice demands you play in righting those wrongs.
We believe you want to see a world where every human being's life is treated with dignity no matter the colour of his/her skin. But to level the playing field requires more than awareness of the injustice, it requires investment.
It was only in 2015 that the British Government made their last payment to the descendants of plantation owners as compensation for the loss of slaves resulting from Emancipation.
It is now time to make payments to the descendants of the enslaved.
« Mark Golding, chef de l'opposition, a fait part de son intention de vous rencontrer, vous et votre mari, afin de demander des réparations. Nous vous implorons en votre qualité de mère, d'épouse, de femme et d'être humain d'encourager à cette occasion un véritable débat lequel vous aidera à mieux comprendre le rôle de votre famille dans le développement de notre pays et le rôle que vous devez jouer pour réparer les torts commis par le passé au nom de la justice.
Nous sommes persuadés que vous voulez vivre dans un monde où chaque être humain est traité avec respect, quelle que soit la couleur de sa peau. Toutefois rétablir la situation requiert bien plus qu'une prise de conscience d'injustice, il faut des compensations.
Les dernières indemnités versées par le gouvernement britannique aux descendants de propriétaires de plantations, à titre de compensation pour la perte d'esclaves suite à leur émancipation, remontent seulement à 2015.
Il est temps maintenant de dédommager les descendants des esclaves. »
La visite a attiré beaucoup d'attention de la part des médias étrangers, et plus particulièrement de la part de la presse britannique ainsi que de la presse écrite et des médias des États-Unis, de l'Australie et du Canada qui pour la plupart avaient envoyé des journalistes sur place. La couverture médiatique des « spécialistes de la royauté » était, comme on pouvait s'y attendre, élogieuse et positive contrairement à celle d'autres journalistes.
Des utilisateurs de réseaux sociaux discutant de la visite royale à la communauté de Trench Town étaient aussi sur le coup :
Bert Samuels, avocat de renom et panafricaniste, a déclaré :
William “ every time we hear the crack of a whip our blood runs cold , when we recall how you brutalized our very souls “
So Bob seh down a trench town weh dem a host u https://t.co/7LrSVIlj9Y
William « nous tremblons à chaque fois que nous entendons un claquement de fouet, lorsque nous nous rappelons de la manière dont vous avez maltraité nos âmes »
Au cours de la deuxième journée de la visite royale, le Premier ministre Andrew Holness durant une séance photo a déclaré au duc et à la duchesse que la Jamaïque envisageait « de passer à autre chose » et de renoncer à la monarchie pour devenir une république, tout comme la Barbade l'an passé :
(1/4) I was delighted to welcome the Duke and Duchess of Cambridge, Prince William and Kate Middleton to Jamaica and to the Office of the Prime Minister for a courtesy call this morning. pic.twitter.com/vAq7bznWet
« (1/4) J'ai été enchanté ce matin d'accueillir le duc et la duchesse de Cambridge, le prince William et Kate Middleton en Jamaïque et dans les bureaux du Premier ministre pour une visite de courtoisie. » pic.twitter.com/vAq7bznWet
Revenant sur les remarques de l'ancien Premier ministre britannique David Cameron lors d'une visite en 2015 invitant les Jamaïcains à « passer à autre chose » et « oublier » l'esclavage (des paroles qui à l'époque avaient suscité énormément de colère), Dennis Jones, économiste retraité et blogueur jamaïcain a déclaré sèchement :
Sean Major Campbell, prêtre anglican et membre de « Advocates Network » a adressé une lettre au « Jamaica Gleaner » (journal jamaïcain) dans laquelle il rappelle que Cameron « avait fait preuve d'un manque de décence, d'intelligence émotionnelle, et de sensibilité envers la douleur et la souffrance endurées par nos ancêtres vénérés et envers les esclaves émancipés qui n'ont jamais été compensés pour avoir contribué pendant des siècles à la prospérité de la Grande-Bretagne aux dépens de leurs vies et de traitements inhumains. »
Cependant, malgré les manifestations, les deux premiers jours de la visite se sont plutôt déroulés dans la convivialité, lorsque la Jamaïque accueillit le couple royal avec son hospitalité et sa courtoisie légendaires.
Un Jamaïcain a tweeté avec ironie que :
Jamaicans love foreigners . It’s in our DNA to welcome the stranger even if we don’t like them. #RoyalVisitJamaica
Cependant si beaucoup avaient espéré des excuses de la part du Prince William durant son discours, ils furent très déçus. Bien qu'il ait exprimé du regret, il ne s'est pas excusé. Le 23 mars, lors d'une réception à King's House (résidence du Gouverneur général qui est aussi Chef d'Etat de la Jamaïque), Fae Ellington, journaliste réputée, a déclaré :
Prince William in his reply at the dinner at King's House says he wants to his express his profound sorrow, “slavery was abhorrent and should never have happened.”@KensingtonRoyal
Le prince William dans sa réponse au dîner à la maison du roi affirme qu’il veut exprimer sa profonde tristesse : « l'esclavage était odieux et n'aurait jamais dû avoir lieu. » @KensingtonRoyal
This is not an apology. Try this “my direct familial line was a bunch of criminals and I am sorry that their greed allowed them to be directly responsible for 400 years of chattel slavery.” https://t.co/CEEW3sVmQ6
— Chloe x Halle locs stan (@MsNeedsaBreak) March 24, 2022
Ce n’est pas une excuse. « Essayez plutôt « mes ancêtres n'étaient qu'une bande de criminels et je suis désolé si leur cupidité les a conduits à être à l'origine de 400 ans d'esclavage. »
- Chloe x Halle locs stan (@MsNeedsaBreak) 24 mars 2022
Verene Shepherd, professeure d'histoire à l'université des Indes occidentales et présidente de la Commission nationale pour les Réparations, a participé à une émission d'affaires publiques télévisée en Jamaïque au cours de laquelle la question a été posée de savoir si les Jamaïcains comprenaient vraiment leur histoire, et le lien entre le colonialisme, l'esclavage et la monarchie britannique :
Dans le contexte de certaines des questions et observations soulevées par la visite royale, @djmillerJA pose la question suivante : avons-nous échoué dans la manière avec laquelle nous enseignons l'histoire, notre histoire ? #TVJAllAngles#Jamaicapic.twitter.com/RIH80eaeV7
Une chargée des relations publiques jamaïcaine a résumé la situation en quelques lignes :
Still don't why we need an apology from the British? Here it is from Prof Verene Shepherd.
An apology has three dimensions:
1) You take responsibility for your actions
2) You commit to non-repetition
3) You commit to reparations. #RoyalVisitJamaica#TVJAllAngles#slavery
Pourquoi attendons-nous toujours des excuses de la part des Britanniques ? Selon la professeure Verene Shepherd,
une excuse comporte trois dimensions :
Vous assumez la responsabilité de vos actions
Vous vous engagez à ne pas les répéter
Vous promettez de les réparer
Le couple royal a quitté la Jamaïque le 24 mars pour se rendre aux Bahamas où des demandes de réparations ont déjà été formulées; un Jamaïcain, peu surpris que la dernière étape de la tournée royale ait un air de déjà-vu, a tweeté :
Not a soul drop the baton in dis relay.
Belize to Jamaica to Bahamas.
Le duc et la duchesse peuvent s'attendre à d'autres manifestations lors de la fin de leur tournée royale :
Royal Ambassador of the Ethiopia Africa Black International Congress Priest Rithmond Mckinney reacts to the royal visit, saying rastafrians are still oppressed. They plan to protest during the Duke and Duchess of Cambridge's visit. pic.twitter.com/jOOO1hVAEF
Le prêtre Rithmond Mckinney, ambassadeur royal de Ethiopia Africa Black International Congress, réagit à la visite royale en déclarant que les rastafariens se sentent toujours opprimés et comptent bien manifester durant la tournée du duc et de la duchesse de Cambridge. pic.twitter.com/jOOO1hVAEF
Toutefois, tous les Jamaïcains ne défendent pas la position de Advocates Network. Pour ceux qui n'ont pas accès aux réseaux sociaux, c'est juste une question de « laisser tomber », alors que d'autres affichent leur soutien à la monarchie :
I honestly don’t believe he needs to apologize for slavery because this generation isn’t responsible for those actions in the past. But I want to challenge my people though to let it go It happened! and cannot be changed, we need to remove that chip off our shoulders and move on.
Je ne pense vraiment pas qu'il ait besoin de s'excuser pour la traite des esclaves car la génération actuelle n'est pas responsable des actions passées. Et je mets au défi mon peuple de laisser tomber. C'est arrivé ! Et on ne peut rien y changer ; nous devons l'accepter et passer à autre chose.
Alors que le Gouvernement jamaïcain réfléchit aux prochaines étapes qui lui permettraient de renoncer à la monarchie et de devenir une république, une telle ambivalence de la part d'une éventuelle « majorité silencieuse » pourrait se révéler lors d'un référendum sur le sujet. Toutefois, étant donné qu'à l'heure actuelle rien n'a encore été décidé, il est difficile de prévoir si les Jamaïcains feront bientôt leurs adieux à la monarchie.
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« Il s'agit d'un logiciel. Il ne voit pas la foi »
Image par Randeep Maddoke, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des articles en anglais, ndt.]
En Inde, l'utilisation de la technologie pour contrôler les dissidents notamment ceux qui manifestent est en forte hausse. Elle a un effet très dissuasif et porte sérieusement atteinte à la liberté d'expression. Depuis 2018, trois manifestations notables de taille variable ont connu le même sort : une utilisation systématique des outils technologiques pour surveiller et contrôler les manifestants.
Instrumentalisation de la technologie dans la politique
Le 5 août 2019, le Gouvernement indien a révoqué l'article 370 qui offrait à l'État de Jammu-et-Cachemire un statut particulier, conférant l'administration de ce territoire à l'État central. L'article 370 garantissait aux résidents de cette région un certain niveau d'autonomie politique par rapport au reste du pays. Pour justifier cette décision, le Gouvernement a affirmé devant le parlement que cela permettrait de combattre la corruption, le terrorisme et les difficultés de développement qui se sont accumulées dans cette région. Suite à cette décision, le Gouvernement a imposé une coupure totale des communications au Jammu-et-Cachemire. Différents rapports laissent penser que des dirigeants politiques y ont été détenus, que les médias régionaux ont été restreints et les rassemblements publics interdits. Selon le peu d'informations disponibles, il semblerait que des manifestations aient eu lieu alors que les mesures de restriction étaient levées, ce que le gouvernement conteste.
Quelques mois plus tard, le 11 décembre 2019, le Citizenship Amendment Act (CAA) (Loi modifiant la Loi sur la citoyenneté) fut voté au parlement, ce qui a déclenché une série de manifestations dans plusieurs États du pays. Les manifestants affirment que cette loi est discriminatoire envers les musulmans, ce que dément le Gouvernement. Alors que la plupart des manifestations se sont déroulées dans le calme, des scènes de violence ont éclaté dans la capitale New Delhi, le 23 février, donnant lieu à des émeutes intercommunautaires. On compte au moins 53 décès et 200 blessés à la suite de ces violences; des habitations et des commerces ont également été vandalisés.
Le 5 juin 2020, le Gouvernement a fait trois propositions de lois agricoles pour qu'elles soient examinées par le parlement, et a affirmé qu'elles stimuleraient la croissance des exploitations en favorisant la privatisation et en réduisant l'intervention du Gouvernement. Cependant, les agriculteurs craignent que ces lois les mettent en position délicate. Ce désaccord entre les agriculteurs et le gouvernement a débouché sur un bras de fer, qui dure depuis plus d'un an. Alors que le Gouvernement a affirmé ne détenir aucune donnée concernant le nombre de décès d'agriculteurs durant les manifestations, les syndicats agricoles affirment qu'au moins 537 fermiers ont trouvé la mort. En novembre 2021, le Premier ministre Modi a annoncé que ces trois lois seraient abrogées par le Gouvernement.
Une tendance à la surveillance technologique
Dans les trois cas, les forces de l'ordre ont utilisé des drones pour surveiller les manifestants. Un manifestant, interrogé par la presse du Cachemire, affirme qu'initialement les gens « se couvraient le visage » à la vue des drones. Mais il explique que cette pratique a pris fin, les manifestants s'étant habitués à leur survol. La police affirme que les drones permettent aux forces de l'ordre de suivre les mouvements des manifestants et de prendre des mesures préventives.
Des drones de la police ont enregistré des images des manifestants au cours des deux manifestations, contre la CAA ainsi que celle des agriculteurs. Dans les deux cas, la technologie de reconnaissance faciale a été utilisée. Un article publié par le quotidien national Indian Express, décrit comment la police a utilisé la reconnaissance faciale automatique pour surveiller la foule lors d'un meeting politique en décembre 2019. De plus, et c'est sans doute le plus inquiétant, ce système a utilisé des extraits de vidéos filmés par des responsables officiels sur « les sites principaux de manifestation à travers la ville ». Qu'elle comprenne ou non les données des manifestations contre la CAA, l'absence d'information disponible concernant le système laisse planer le doute.
Alors que des participants à la manifestation s'inquiètent de la mauvaise utilisation que l'État pourrait faire de ces données, les responsables officiels affirment ne pas avoir l'intention de les conserver. Dans un article publié par Reuters, un responsable de la police clarifie la situation : « Nous n'arrêtons que des gens ciblés ». Avant d'ajouter : « nous n'avons aucune donnée sur les manifestants, et n'avons pas l'intention d'en conserver ».
De plus, les autorités affirment que la reconnaissance faciale permet d'identifier les auteurs d'infraction et facilite les arrestations. Interrogé au parlement à propos des émeutes de Delhi, le ministre de l'Intérieur Amit Shah a déclaré que la technologie de reconnaissance faciale avait permis d'identifier 1900 personnes responsables d'incitation à la violence. Défendant le mouvement, il dit : « Il s'agit d'un logiciel. Il ne voit pas la foi. Il ne voit pas les vêtements. Il voit uniquement les visages de ceux qui se font attraper ». Alors que le procédé est entouré de zones d'ombre, des articles de presse suggèrent que des images de caméras de surveillance ont été comparées avec les photos de cartes d'électeur et de permis de conduire. Au-delà de la reconnaissance faciale, les responsables ont utilisé « des données préalablement effacées sur les appareils électroniques des personnes ayant participé aux émeutes », la géolocalisation, la cartographie réalisée par drones, les outils d'intelligence artificielle, les empreintes ADN. Il affirment que ces différents outils permettent de mener une « enquête libre et juste ».
Au delà de la surveillance des manifestants sur le terrain, le Gouvernement a tenté de limiter leur possibilité d'expression en perturbant les services de communication et par le contrôle des médias lors des différentes manifestations. Le territoire de l'Union Jammu-et-Cachemire a connu des coupures de communication de différentes intensités depuis le 4 aout 2019. Notamment une interdiction des réseaux sociaux empêchant les personnes présentes au Cachemire d'exprimer leurs inquiétudes. Ce n'est qu'en février 2021 qu'Internet haut débit a été remis en place, le territoire de l'Union ayant traversé la pandémie de Covid-19 sans connexion Internet. En ce qui concerne les manifestations anti-CAA, au moins sept États ont subi une coupure Internet à un moment donné. Alors que les mouvements des responsables de fermes agricoles s'intensifiaient, une variété de blocages ont étés imposés de façon préventive à Delhi et Haryana après qu'une manifestation ait tourné à la violence.
Actes de résistance : quand le politique s'empare de la technologie
Ces mouvements de répression ont déclenché diverses formes de résistance. Alors que la reconnaissance faciale était utilisée dans les manifestations anti-CAA, les manifestants partageaient des conseils sur les réseaux sociaux permettant de passer inaperçus en se couvrant le visage. Dans un autre cas, un chercheur sur la gouvernance des données a publié un article qui montre les dégâts que la reconnaissance faciale peut causer et suggère des façons de les atténuer. Les syndicats de fermiers ont dénoncé le contrôle des communications et les coupures Internet d'une façon inédite. Ils ont exigé que les services soient restaurés, sans quoi ils promettent d'organiser de nouvelles manifestations.
Les ONG présentes dans le pays utilisent différentes stratégies pour contester l'utilisation excessive et souvent inappropriée de la technologie. Elles informent notamment le public, recherchent la transparence en produisant des requêtes de droit à l'information et s'assurent que les représentants officiels remplissent leurs engagements. L'organisation de défense des droits numériques « Internet Freedom Foundation », a par exemple envoyé des textes juridiques à la police de Delhi, les notifiant de leur utilisation illégale de la technologie de reconnaissance faciale automatique. Dans un autre cas, le « Software Freedom Law Centre », une autre ONG pour la défense des droits et libertés numériques, a fait plusieurs fois appel à la justice pour contester les mesures de coupure d'Internet.
Alors que de tels actes de résistance portent une lueur d'espoir, l'Inde éprouve toujours les plus grandes difficultés à protéger la vie privée et les droits numériques des manifestants.
Veuillez consulter la page du projet pour plus d'informations sur Unfreedom Monitor.
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Militants bulgares pour le climat : « La Mère Terre fait partie de la lutte pour les droits des femmes ».
« La Mère Terre fait partie du combat des femmes », tel était l'un des messages de la Marche pour les droits des femmes à Sofia, en Bulgarie, le 8 mars 2020, soulignant le lien entre les droits des femmes et les problèmes environnementaux. Photo : Darina Kokonova/archives personnelles, utilisée avec la permission de BlueLink.
Cet article de Velina Barova a été initialement publié sur BlueLink Stories, un magazine électronique couvrant l'Europe centrale et orientale. Une version légèrement modifiée est republiée ici grâce à un partenariat de partage de contenu avec Global Voices.
La lutte pour la réduction des émissions nocives pour le climat est une lutte en faveur des droits des femmes. C'est la conclusion à laquelle parviennent de plus en plus de défenseurs de ces deux causes dans le monde entier, notamment en Bulgarie. À la veille de la Conférence des Nations unies sur le climat à Glasgow, ils ont appelé à des négociations et à des politiques qui donnent aux femmes une voix et cherchent des solutions aux effets négatifs spécifiques que le changement climatique a sur elles.
Lors de la marche pour les droits des femmes à Sofia, le 8 mai 2020, parmi tous les messages lumineux liés à la cause, une affiche se démarquait. Elle dépassait les limites habituelles pour parler des droits des femmes et invitait à une discussion plus large – « La Mère Terre fait partie du combat des femmes ».
« Peut-être que les deux parties sont traitées avec le même mépris », a déclaré l'auteur de l'affiche un an et demi plus tard. La jeune militante Darina Kokonova explique qu'à travers ce jeu de mots, elle avait présenté la Terre comme une mère qui a donné naissance aux gens et qui prend soin d'eux – comme toutes les femmes et les mères. Kokonova avait préparé l'affiche pour les manifestations du mouvement de jeunesse « Les vendredis pour l'avenir de la Bulgarie » qui fait partie du mouvement international pour le climat lancé par Greta Thunberg en 2018.
En tant que membre de divers groupes militants, Kokonova est impliquée dans de nombreuses causes. Souvent, lorsqu'elle manifeste dans la rue pour une cause, elle se heurte à des questions sur la raison pour laquelle elle ne manifeste pas pour une autre ou une troisième. « Je manifeste ! » est sa réponse habituelle et honnête. « Il est très gênant que les gens n'établissent pas le lien entre les différentes causes ; pour moi, elles font partie d'une plus grande », explique-t-elle. Et elle estime que cette perspective fait défaut dans les mouvements de femmes en Bulgarie.
Le changement climatique et les droits des femmes font l'objet d'une même discussion, estime la militante Darina Kokonova (à droite). Photo : Darina Kokonova/archives personnelles, utilisée avec la permission de BlueLink.
Nous venons tous de la nature, et nous nous en détachons tous dans une certaine mesure, nous rappelle Kokonova, mais elle pense que le lien des femmes avec la nature est plus fort en raison de leur rôle ancien dans les soins aux enfants et au foyer. En 2020, elle a peint quatre portraits de femmes issues de mouvements civiques du monde entier, en hommage à leurs combats et au travail domestique qui les accompagne. Les portraits sont peints au fusain sur des feuilles, avec des taches de couleur provenant de matériaux entièrement naturels qui sont associés au travail domestique – betteraves, paprika, curcuma, bicarbonate de soude, épinards. Elle a noté :
« Les femmes sont souvent les premières à constater les effets négatifs du changement climatique, car elles travaillent avec le sol et en sont dépendantes, surtout en dehors des villes. »
Perspective d'une femme
Les droits des femmes sont fortement liés à la justice climatique, estime Rada Elenkova du Fonds des femmes bulgares. Photo : Fonds des Femmes bulgares, utilisé avec autorisation.
Les droits des femmes sont fortement liés à la justice climatique, a déclaré Rada Elenkova du Fonds des Femmes bulgares. « Le changement climatique affecte les femmes dans une large mesure, les privant de leurs droits et de leur accès aux ressources. » Et ce ne sont là que quelques-unes des conséquences spécifiques du changement climatique :
« La pauvreté, tant en Bulgarie que dans le monde, est féminisée – une part beaucoup plus importante de la population pauvre est constituée de femmes. Cela les prive de l'accès à l'information et à des solutions adéquates pour leur santé et la protection de leurs droits. »
Les femmes et les familles dirigées par des femmes sont plus susceptibles de vivre dans des logements inadaptés de faible valeur, ce qui les rend vulnérables aux inondations, aux tempêtes, aux tremblements de terre et aux glissements de terrain, selon le « General Recommendation No. 37 on Gender-related dimensions of disaster risk reduction in the context of climate change » (Recommandation générale n°37 sur les dimensions sexospécifiques de la réduction des risques de catastrophes dans le contexte du changement climatique), publié par la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) en 2018. Selon l'ONU, « 80% des personnes déplacées par le changement climatique sont des femmes. »
Dans le même temps, d'après le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, la destruction des infrastructures de base pourrait réduire la qualité et l'accessibilité des services de santé sexuelle et reproductive, entraînant des grossesses non désirées et des décès à la naissance. Selon la CEDAW, les femmes et les filles courent également un risque accru de violence sexiste, notamment de violence et d'exploitation sexuelles, de violence domestique et de mariage précoce ou forcé, pendant et après les catastrophes naturelles. Le changement climatique pousse les filles du nord du Kenya à revenir aux pratiques traditionnelles telles que le mariage précoce et les mutilations génitales, a rapporté le Centre de Pulitzer en mars 2020. L'enquête décrit comment, par exemple, trois saisons de sécheresse suivies d'une vague de criquets liée au changement climatique entraînent l'épuisement des ressources et la mort d'animaux; ce qui, à son tour, oblige les familles désespérées à retirer leurs filles de l'école, à les envoyer à l'étranger pour des cérémonies de circoncision dans des pays où cela est possible, puis à les marier au Kenya pour de l'argent.
Le changement climatique peut également exacerber les inégalités sur le marché du travail, où les femmes sont confrontées à de nombreux défis. À la suite des catastrophes naturelles, on peut s'attendre à ce qu'elles répondent aux attentes et aux besoins accrus de leur famille; ce qui rendra difficile leur retour sur le marché du travail, résume le Haut-Commissariat aux droits de l'homme.
Les femmes dans l'agriculture
Il y a un an, Darina Kokonova s'est rendue avec sa grand-mère au marché d'une petite ville de Dobrudja. En entendant les conversations entre les gens, elle a pu sentir leur anxiété – la récolte était faible, car l'année avait été sèche. « Très souvent, ces conversations n'ont pas lieu dans les villes, mais les gens dans le village vivent cette réalité – à la fois les sécheresses et les inondations », a noté Mme Kokonova.
« Les femmes les plus touchées par le changement climatique sont peut-être celles qui travaillent dans l'agriculture en tant que petits producteurs, y compris les producteurs biologiques », a déclaré Radostina Slavkova de l'association environnementale « Pour la Terre. » Il est extrêmement important pour elles de disposer d'un système d'alerte rapide en cas de catastrophe naturelle, notamment en cas de précipitations extrêmes; mais aussi de sécheresse, conclut Mme Slavkova. « Si une sécheresse est prévue en Bulgarie, les cultures qui sont semées doivent être plus résistantes à la sécheresse. Nous avons des régions où c'est la principale source de vie. »
Mme Slavkova attire également l'attention sur les femmes qui vivent dans les régions d'extraction du charbon et qui ont souffert toute leur vie des effets néfastes du travail dans cette industrie. En même temps, elles sont exposées aux effets néfastes des catastrophes naturelles, qui sont causées par le changement climatique, dit-elle. C'est pourquoi exiger la justice climatique couvre à la fois la lutte pour les droits de l'homme et les droits des femmes, a-t-elle ajouté.
Les politiques de justice
L'un des objectifs de développement durable des Nations unies visant à lutter contre le changement climatique est axé sur le renforcement des capacités dans les pays les moins avancés, avec une attention particulière pour les femmes, les jeunes et les communautés locales et marginalisées. Le soutien à ces communautés est extrêmement important en Bulgarie, estiment les militants du Fonds des femmes bulgares.
Début 2021, le Fonds a lancé un nouveau programme intitulé « Égalité et justice climatique » qui offre une formation d'expert aux personnes intéressées par la lutte contre le changement climatique et les inégalités sociales et permet aux parties de concourir pour des projets qui traitent de ces questions, ainsi que d'engager les communautés locales à les résoudre. Le programme vise à faire participer les femmes et les personnes issues de groupes vulnérables, d'établissements isolés et de communautés marginalisées au débat sur le changement climatique, en leur donnant des informations sur le changement climatique et ses conséquences sociales.
« À long terme, ces personnes seront les plus durement touchées par le changement climatique. Elles contribuent le moins au changement climatique et sont privées d'un certain nombre de droits tels que l'accès à l'information et aux ressources. Tout cela les place dans la position délicate de personnes sans voix, éloignées des processus de décision », explique Rada Elenkova, coordinatrice du programme.
L'importance des aspects liés au genre a également été soulignée par l'Accord de Paris sur le climat, que la Bulgarie a ratifié en 2016. En décembre 2019, les parties ont décidé de nommer des coordinateurs nationaux pour l'égalité des sexes et le changement climatique. Cependant, la Bulgarie ne fait pas partie des pays qui ont nommé un tel coordonnateur.
Radostina Slavkova de l'association environnementale « Pour la Terre ». Photo : Ivan Donchev avec le soutien de l'association civile « Equal BG », utilisé avec la permission via BlueLink.
Il y a plus de femmes parmi les activistes climatiques et les organisations d'experts, a observé Radostina Slavkova. Cependant, les femmes sont encore sous-représentées dans les négociations climatiques au plus haut niveau. Le 10 décembre 2020, plus de 400 femmes leaders dans le domaine du climat ont signé une lettre ouverte au gouvernement britannique appelant à une « représentation équilibrée » des hommes et des femmes dans l'équipe de haut niveau de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) en novembre 2021 à Glasgow. Au moment de l'envoi de cette lettre ouverte, moins de 25 % des postes clés de la prochaine conférence étaient occupés par des femmes, rapporte Euronews.
Slavkova voit l'une des solutions possibles à ce problème dans la loi européenne sur le climat, adoptée par le Parlement européen en juin 2021. Elle vise à limiter les émissions de carbone européennes de 55% d'ici 2030 et à atteindre la neutralité climatique d'ici 2050 :
« Plus vite nous parviendrons à réduire les émissions, plus grande sera la chance pour tous les groupes vulnérables, notamment les femmes, de subir moins de dommages. »
« La loi européenne sur le climat oblige les États à impliquer tous les groupes concernés, et chaque État membre de l'UE s'est engagé à le faire par le biais de ses lois locales », a ajouté Plamen Peev, analyste principal des politiques environnementales à la Fondation BlueLink. En mars 2021, BlueLink a comparé la loi européenne sur le climat avec la législation bulgare sur le climat et a formulé des recommandations pour son amélioration.
L'une des initiatives visant à soutenir la mise en œuvre de la loi européenne sur le climat est la création du Pacte européen pour le climat, qui invite les personnes, les communautés et les organisations à prendre part à l'action climatique et à construire une Europe plus verte. « Il sera beaucoup plus facile d'entendre la voix des femmes des zones, des professions et des secteurs touchés et d'avoir une voix et un rôle plus importants dans la prise de décision », a déclaré Slavkova, notant que le fonctionnement du mécanisme n'est pas encore clair.
Pour que les décisions soient discutées par le plus grand nombre de personnes possible, les militants du climat recommandent d'organiser des assemblées citoyennes sur le climat, où experts et citoyens peuvent participer et partager leurs points de vue, notamment sur les droits des femmes, a ajouté Mme Slavkova.
Entre-temps, les discussions sur le changement climatique se déroulent non seulement dans des forums de haut niveau, mais aussi dans la rue, lors d'événements censés défendre d'autres causes. Darina Kokonova attire l'attention sur l'idée de considérer la Terre non seulement comme une mère, mais aussi comme une sœur – avec un sentiment de solidarité et de connexion mutuelle : « Depuis des générations, les gens ont un lien avec leur environnement parce qu'ils se rendent compte qu'ils en dépendent. »
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Peinture murale de Bob Marley dans Hoxton Street, à Londres. Photo par Luke McKernan sur Flickr, CC BY-SA 2.0.
Penser à la Jamaïque, c'est penser à Bob Marley. Bien qu'il soit décédé il y a plus de quarante ans, Bob Marley est sans doute l'exportation la plus célèbre de cette nation insulaire des Caraïbes. Il reste un pionnier de la musique reggae qui a mis en lumière la musique, la culture et la vision du monde de la Jamaïque sur la scène internationale. Les gouvernements jamaïcains successifs sont restés très conscients de son pouvoir de star durable, en utilisant sa musique dans des publicités touristiques, en faisant la promotion du musée Bob Marley comme une attraction incontournable, et même en dépénalisant la marijuana (Marley était un fervent rastafari, une religion qui utilise la ganja comme partie intégrante des observances spirituelles).
Cependant, Marley, bien que vénéré dans le monde entier, n'a pas encore obtenu la reconnaissance ultime dans son pays natal : le titre de héros national. C'est un oubli reconnu de longue date que l'ancienne ministre de la Culture, Lisa Hanna, a officiellement porté cette résolution au Parlement le 5 avril, citant le message de paix de Marley, son façonnement de la conscience noire et son franc-parler contre les systèmes d’injustice, son « activisme lyrique pour les pauvres et les démunis », sa représentation brillante du reggae et du rastafari, sa gentillesse et sa philosophie « One Love » comme autant de raisons pour lesquelles il devrait recevoir cet honneur à titre posthume :
Les héros nationaux de la Jamaïque appartiennent à un club restreint et exclusif ; ils ne sont actuellement que sept. Le panafricaniste Marcus Garvey a été le premier à avoir cet honneur. Parmi les autres héros figurent Paul Bogle, diacre et militant du XIXe siècle qui a mené la rébellion de Morant Bay Rebellion et est mort entre les mains des autorités coloniales ; George William Gordon, défenseur des Africains réduits en esclavage; Samuel Sharpe, qui a organisé une rébellion qui a abouti à l'abolition de l'esclavage en Jamaïque; Norman Manley, l'un des architectes de l'indépendance de la Jamaïque, le tout premier Premier ministre du pays, Alexander Bustamante ; et la seule femme héroïne, Nanny of the Maroons, un chef des marrons du XVIIIe siècle dont les stratégies militaires affûtées ont contribué à la libération de son peuple. L'honneur de l'Ordre du héros national est détaillé dans la loi sur les distinctions honorifiques et les récompenses nationales du pays, adoptée en 1969.
Notre loi sur les distinctions honorifiques et les récompenses nationales décrit la devise du héros national : « Il a construit une ville qui a des fondements ».
Aujourd'hui, alors que le monde semble plus en proie à des conflits géopolitiques et que les États-nations s'inquiètent de la survie économique de leur population, nous avons besoin des conseils de Bob, de son réconfort et de son pouvoir révolutionnaire pour rétablir notre humanité les uns envers les autres.
Si nous voulons sérieusement devenir une république, démontrons-le d'abord en embrassant les nôtres, en reconnaissant l'impact monumental qu'ils ont eu sur nos vies et sur le village mondial. Il est temps de faire de Bob Marley notre huitième héros national.
J'ai regardé le documentaire Who Shot the Sheriff et appris de nouvelles révélations sur Bob Marley. Il a littéralement mis sa vie en jeu pour encourager la paix dans tout le pays. Son plaidoyer, par le biais de la musique, pour les droits des nations, y compris la nôtre …., est un véritable héros national.
Même si les gens ont discuté de la pertinence durable de Marley, beaucoup ont estimé que le titre de héros national nécessitait un ensemble de critères différents. L'utilisateur de Facebook UniqueYan Pryce a expliqué :
Je n'ai absolument aucun problème avec les accolades nationales et internationales accordées à Bob Marley, professionnellement il méritait tout cela. Mais en tant que héros national, NON, NON et NON. Loin de là. Les sept qui sont là maintenant ont gagné leur titre de manière désintéressée. Ils sont morts en se battant pour ce pays et les générations à venir afin que nous soyons libres dans tous les domaines […] sans aucun gain personnel. […] Mettre Bob Marley et Usain Bolt dans cette catégorie est donc de la folie.
En décembre 2021, le sénateur de l'opposition Floyd Morris a demandé que quatre personnalités culturelles et sportives jamaïcaines — Marley, Jimmy Cliff, Usain Bolt et Louise Bennett-Coverley — soient élevées au rang de héros nationaux avant le 6 août 2022, date du 60e anniversaire de l'indépendance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne.
D'ailleurs, l'histoire de la Jamaïque en tant qu'ancienne colonie britannique fait partie des arguments des partisans du statut de héros de Marley. Le 30 novembre 2021, à l'occasion du 55e anniversaire de son indépendance de la Grande-Bretagne, la Barbade a renoncé à la Reine Elizabeth II comme chef d'État, devenant officiellement une république et profitant de l'occasion pour conférer à la pop star d'origine barbadienne Rihanna le titre de héros national.
Pour une île des Caraïbes autrefois surnommée la « Petite Angleterre », la décision de la Barbade de se débarrasser de ce vestige du colonialisme de manière aussi délibérée a ravivé la curiosité de savoir si et quand la Jamaïque allait suivre le mouvement. Après une visite embarrassante du duc et de la duchesse de Cambridge dans le pays le mois dernier, au cours de laquelle le Prince William a habilement évité de parler de réparations et s'est contenté de présenter des excuses pour l'esclavage, la pression est à nouveau montée pour que la Jamaïque suive les traces de la Barbade, tant en termes de statut de république qu'en honorant les ressortissants qui se distinguent. La sénatrice barbadienne Crystal Haynes a tweeté :
Aujourd'hui, la députée jamaïcaine de l'opposition et l'une de mes femmes préférées en politique régionale, @LisaHannamp a présenté une résolution au Parlement pour que Bob Marley soit désigné comme héros national.
Alors, @LisaHannamp vient de demander la reconnaissance de Bob Marley comme héros national de la Jamaïque. Je penche pour le oui, mais la façon dont il a traité Rita pèse lourdement contre.
Combien de fois allons-nous battre ce tambour ? Rihanna n'était même pas née au moment où Bob Marley est mort, et pourtant elle est déjà une héroïne nationale de son pays natal. Combien de temps encore Babylone va-t-elle persécuter les Rastas, même dans la mort ? Rendez au Gong ce qui lui est dû. Il est grand temps ! Quel est le problème ?
La Jamaïque sera-t-elle le dernier pays à reconnaître un homme qui a contribué à l'amélioration et à la prise de conscience de la justice sociale et de la paix mondiale et à en faire un héros national ? Il sera probablement le Jamaïcain le plus célèbre de tous les temps. En tant que nation, nous avons l’air d’une province embarrassante, toujours dirigée par les conneries coloniales arriérées et l’hypocrisie dont il a parlé. Soit c’est cela, soit nous sommes incroyablement stupides de ne pas l’embrasser comme un fils du terroir, le terroir d’où vient Bob Marley, parce que, que cela plaise ou non, il est la principale association que les gens du monde entier ont avec la Jamaïque.
« Association principale » ou non, il reste à voir si la Jamaïque choisira d'accorder à son citoyen le plus célèbre la plus haute distinction du pays.
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Cet événement dévastateur menace la survie à long terme du récif
Capture d'écran d'une vidéo d'ABC News intitulée « La Grande Barrière de Corail face à un autre épisode de blanchiment aggravé »
Le cycle d'actualités chargé semble avoir évincé la couverture du quatrième blanchiment massif des coraux en six ans sur la Grande Barrière de Corail d'Australie. L'autorité du parc marin de la Grande Barrière de Corail l'a confirmé dans son rapport du 25 mars 2022 sur la santé des récifs :
Cet épisode n'a pas reçu l'attention qu'un tel événement suscite habituellement sur les réseaux sociaux ou dans les médias grand public ; que ce soit au niveau local ou international. La guerre en Ukraine, des inondations en Australie orientale, les débats sur le budget fédéral australien avant les élections nationales en mai, la mort inattendue du célèbre joueur de cricket Shane Warne [fr] et autres infos sur des célébrités ont occupé le devant de la scène.
Le scientifique, expert des récifs coralliens, le professeur Terry Hughes a déploré :
This week Will Smith gets more media coverage, for bad behaviour, than the ongoing decline of the world’s coral reefs.
Cette semaine, le mauvais comportement de Will Smith a obtenu une couverture médiatique bien plus importante que le déclin continu des récifs coralliens du monde.
C’est quand même insensé, n'est-ce pas ? https://t.co/aLuO2WpeAH
De l'autre côté du continent, le membre du parlement fédéral Josh Wilson s’inquiète. Des dommages identiques, dont est victime le récif de Ningaloo dans son État d'Australie-Occidentale, ont, eux, besoin de plus de publicité :
It’s right that bleaching of the Great Barrier Reef is a matter of enormous national and international concern, but marine heatwaves off the WA coast are also of grave ecological and biodiversity consequence. https://t.co/UfIlbaop0N
Il est vrai que ce blanchiment de la Grande Barrière de corail soit préoccupant au niveau national et international, mais des vagues de chaleur marines au large des cotes d’Australie-Occidentale ont de lourdes conséquences pour l’environnement et la biodiversité.
Le budget fédéral a été présenté une semaine après l’annonce du blanchiment. Dans son discours, le ministre des Finances, Josh Frydenberg, n’a mentionné le problème du changement climatique qu’une seule fois. Beaucoup condamnent le manque de fonds supplémentaires pour combattre le changement climatique. Le Climate Council, une ONG australienne qui fournit des informations indépendantes sur les changements climatiques, a déploré cet échec sur le plan financier :
LE budget fédéral de 2022 a échoué à s'engager de façon significative à faire face à l'escalade du changement climatique en Australie.
Nicki Hutley, conseillère en climatologie, économiste de premier plan et ancienne associée chez Deloitte Access Economics, qui était présente dans le huis clos budgétaire d'aujourd'hui, a calculé que seulement 0,3 % des dépenses totales pour la période 2021-2024 ont été engagées dans des initiatives de lutte contre le changement climatique, et que ce chiffre tombe encore plus bas, à seulement 0,2 % en 2024-2026.
L'Institut pour l'économie et l'analyse financière de l'énergie (IEEFA), favorable aux énergies renouvelables, n'est pas optimiste vis-à-vis de ces chiffres :
Il a fait valoir que : « Bien que le gouvernement fédéral affirme qu'il s'engage à financer des mesures de réduction de l'énergie et des émissions dans le budget de 2022-2023, les dépenses en matière de climat diminuent au cours des quatre prochaines années, alors que les dépenses en GNL, en gaz, en captage et en stockage du carbone ainsi qu'en hydrogène “propre”, mais pas nécessairement “vert”, ont, elles, augmenté. »
In Australia's 2022-23 Budget, spending on climate is reducing over the next four years, and spending on LNG, gas, carbon capture and storage, and ‘clean’ but not necessarily ‘green’ hydrogen has increased.https://t.co/b1cftmzKMr#auspol#ClimateCrisis#energy
Dans le budget australien de 2022-2023, les dépenses en matière de climat diminuent au cours des quatre prochaines années, alors que les dépenses en GNL, en gaz, en captage et en stockage du carbone ainsi qu'en hydrogène « propre », mais pas nécessairement « vert », ont, elles, augmenté. https://t.co/b1cftmzKMr#auspol#ClimateCrisis#energy
Sur le site de The Conversation, des scientifiques de l'Université de James Cook dans le nord du Queensland ont mis en évidence un autre aspect inhabituel du blanchiment :
C'est la première fois que le récif blanchit dans les conditions de refroidissement dû au phénomène climatique naturel de La Niña ; ce qui montre à quel point la tendance au réchauffement à long terme du changement climatique est forte.
Comme par hasard, la mission de suivi [fr] du Centre du patrimoine mondial des Nations Unies s'est rendue en Australie pour décider si le récif devrait être inscrit sur la liste du patrimoine mondial en danger :
Le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO et l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) effectuera une mission sur la Grande Barrière de corail australienne du 21 au 30 mars 2022 pour évaluer son état de conservation et un plan de durabilité à long terme pour sa protection.
En juillet 2021, le ministre de l'Environnement Sussan Ley a réussi à éviter ce résultat qui aurait pu être embarrassant.
Dans une autre partie de l'est de l'Australie, la plage de Bondi, une plage de Sydney de renommée mondiale, a connu un autre événement lié au climat :
Entre-temps, le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a averti que « limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est hors de portée ».
Craig Foster, star du football à la retraite et militant des droits humains, est parmi ceux qui soulignent l'urgence :
‘The world can still hope to stave off the worst ravages of climate breakdown but only through a “now or never” dash to a low-carbon economy and society..a final warning for governments on the climate.’
Le monde peut encore espérer repousser les pires ravages de la dégradation du climat, mais pour cela, il faut qu’on fasse très vite, c'est « maintenant ou jamais » si on veut créer une société et une économie bas carbone… un dernier avertissement pour les gouvernements sur le climat.
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Entretien avec « Hormiguita », militante des droits des femmes au Mexique
Au Mexique, le 8 mars, la Journée internationale de la femme est un jour qui concerne des dizaines de milliers de personnes. La violence au Mexique est une évidence. En 2021 seul, plus de 30 000 Mexicains ont perdu la vie à cause de la violence. Beaucoup de victimes sont des femmes : les féminicides ont augmenté de 137% entre 2015 et 2020, et sept femmes sur dix de plus de 15 ans ont souffert de violences sexistes, selon les données de l'Université nationale Autonome du Mexique.
Une activiste féministe mexicaine, dont le témoignage met en évidence la situation délicate que traversent les femmes au Mexique, raconte son quotidien à Global Voices en tant que militante des droits des femmes. Pour des raisons de confidentialité, le nom de la féministe sera remplacé par le pseudonyme « Hormiguita » [petite fourmi]. La jeune femme habite à la périphérie de la ville de Mexico.
Son activité en tant que féministe a commencé en 2020. « Tout a commencé pendant la pandémie », raconte Hormiguita. « Les nanas ont décidé d'agir ». « Morras » [nanas], est une expression mexicaine qui se réfère à des femmes qui sont jeunes et qui sont, dans ce contexte, des jeunes femmes organisées.
Selon Hormiguita, « l'amour entre femmes est révolutionnaire et un moyen de résistance; c'est se donner une nouvelle opportunité de vivre chaque jour avec une perspective différente. »
Sa première manifestation a eu lieu devant le palais de Bellas Artes, dans le centre-ville de la capitale. Cependant, Hormiguita affirme que les vendeurs à la sauvette étaient en colère. « Ils nous ont agressés physiquement et verbalement, ce qui nous a incitées à ne pas retourner sur cette zone dangereuse afin d'éviter des affrontements ».
Les féministes mexicaines dénoncent l'incompétence et l'inaction du Gouvernement mexicain face aux violences sexistes, ainsi que la bureaucratisation excessive des moyens de dénonciation qui démontre le peu ou l'absence d'intérêt pour trouver une solution au problème. Seuls 4 % des cas de féminicides font l'objet d'un procès, et ce taux élevé d'impunité est l'un des principaux sujets de protestation des féministes.
Hormiguita raconte que les manifestations féministes sont un système d'organisation compliqué, ce que l'on peut constater par l'ampleur des manifestations au Mexique qui peuvent atteindre jusqu'à 20 000 personnes.
« Je me suis rendu compte plus tard que les collectifs étaient gérés par une assemblée et un syndicat. Les assemblées rassemblent plus de 10 ou 15 collectifs et nous avons également le soutien de réseaux très importants qui organisent des réunions avec d'autres groupes féministes venant d'autres États du Mexique ». En général, les gens pensent que les féministes sont divisées et que les désaccords sont fréquents au sein du mouvement, mais elle affirme qu'elles « cherchent toujours à prendre soin les unes des autres. »
En 2020, des manifestantes féministes ont peint en rouge la porte du Palais national, qui sert de siège au gouvernement fédéral dirigé par le président de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador (AMLO), avec des messages contre les violences sexistes. L'année suivante, les manifestantes ont transformé la clôture, qui avait été érigée pour protéger les murs du palais, en un mémorial pour toutes les victimes de féminicide. Cette année, le gouvernement a de nouveau clôturé le palais.
Il y a également d'autres manifestations dans différentes parties du pays. Guerrero, un État au sud du Mexique avait pour candidat au poste de gouverneur Felix Macedonio qui a été accusé de viol. Morena, le parti politique au pouvoir, l'a tout de même ouvertement soutenu. En février 2021, des féministes ont manifesté devant le tribunal électoral de l'État de Guerrero, s'opposant à sa collaboration à la candidature de l'homme politique : « si il n'y a pas de contestation, il y aura la révolution » ont-elles déclaré. Quelques mois plus tard, AMLO s'est rendu dans ce même État, où se déroulaient le trafic illégal et la prostitution de jeunes filles. Il a minimisé le problème en disant que « l'exception n'est pas la règle » et en insistant sur le fait qu'il y a « beaucoup de valeurs culturelles, morales et spirituelles » dans ces communautés.
Hormiguita nous a expliqué la raison pour laquelle elle souhaitait rester anonyme. « J'ai dénoncé publiquement [une autorité académique de] mon école quand j'étudiais au lycée, et j'ai remarqué que beaucoup de jeunes filles ont souffert de la même chose dans cette école. Les autorités académiques, professeurs et élèves ont commencé à me menacer et à m'agresser, j'ai reçu des menaces et des accusations parce-que le fait de dénoncer une faille dans le système monte tout le monde contre vous ».
Cette expérience a poussé Hormiguita à devenir une féministe connue dans son quartier. « Cette histoire a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, parce que les nanas du quartier ont commencé à m'envoyer des messages pour me demander de l'aide pour avorter en sécurité (l'avortement n'est pas légal au Mexique, ou seulement sous certaines conditions), pour dénoncer un agresseur ou pour me demander des conseils. J'ai cependant reçu des menaces de la part des agresseurs de ces mêmes victimes ; j'ai également fait face à mon agresseur et les personnes de mon entourage l'ont défendu ».
Mais les menaces n'ont cessé d'empirer. « Ils m'envoyaient des messages ou me téléphonaient même sur mon portable et me disaient ”nous allons te violer”, ”nous allons te faire disparaître”, ”nous savons où tu vis” en mentionnant mon adresse ». Hormiguita a également exprimé comment ses associés et elle-même avaient le sentiment d'être surveillés par des agents de l'État et la police.
Pour 2022, Hormiguita nous parle de l'axe principal des revendications féministes : « Pour le 8 mars de cette année, nous organisons une manifestation pacifique et nous étudions également la possibilité d'ouvrir un dialogue pour exiger l'avortement légal dans l’État du Mexique. »
Malgré les difficultés et les menaces, Hormiguita se sent soutenue par sa communauté de militantes. « Je ressens de la fraternité au sein du féminisme, parce-que nous nous entraidons. Mon gagne-pain c'est d'aider les nanas et de dénoncer des cas de viol, d'accompagner les familles en jugement dans des cas de féminicide ; ce que je fais actuellement n'est pas pour moi, mais pour les générations futures. »
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La lutte environnementale n'est pas perdue d'avance pour la journaliste nahuatl Miryam Vargas
“L'avenir est une terre à protéger”. Illustration de Futuros Indígenas, utilisée avec autorisation.
La Journée de la Terre, le 22 avril, a soulevé des débats quant à la manière de s'attaquer à la crise écologique mondiale que nous connaissons. Global Voices s'est entretenu avec Miryam Vargas, une journaliste nahuatl de Choluteca, au Mexique, pour nous aider à comprendre ce que nous pouvons apprendre des communautés indigènes.
Vargas travaille sur les questions environnementales et collabore avec sa communauté d'origine depuis plus de dix ans. Elle pense que la réponse à l'urgence climatique et environnementale se trouve dans les communautés indigènes et rurales, et non dans les solutions occidentales, urbaines ou “écocapitalistes”. Vargas veut également mettre fin aux récits de fatalisme – “que nous sommes tous condamnés”.
Elle fait partie de Futuros Indígenas (“Futurs indigènes”), un réseau de journalistes indigènes du Mexique qui s'efforcent de reformuler l'urgence climatique selon leurs propres termes. Ils luttent contre les récits obsolètes concernant les peuples indigènes, la notion de développement et l'atmosphère morose qui encadre ces questions.
Au sein de Futuros Indígenas, nous considérons que ce [fatalisme] ne correspond pas à ce que nous vivons dans nos communautés. [De plus] ce n'est pas nous qui sommes responsables de cette crise. Nous appelons les individus à prendre conscience que la crise climatique est due à des entreprises très spécifiques. Il y a des entreprises qui s'approprient les ressources naturelles de la planète entière.
À titre d'exemple, une centaine d'entreprises seulement sont responsables de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre depuis 1988, et plus de la moitié de toutes les émissions mondiales sont imputables à 25 entreprises privées et publiques seulement. Les conséquences de l'inaction face au changement climatique sont terribles pour l'humanité et les autres espèces. Le changement climatique ne se limite pas aux combustibles fossiles : il se traduit également par la dégradation des écosystèmes qui abritent la biodiversité, la déforestation, la surconsommation de ressources naturelles ( y compris dans les secteurs de la technologie et de la mode), l'agriculture industrielle, etc.
En comparaison, les populations indigènes, elles, protègent 80 % de la biodiversité mondiale et jouent donc un rôle crucial dans la lutte contre les effets du changement climatique. Par exemple, la forêt amazonienne produit plus de 20 % de l'oxygène de la planète. Vargas explique :
En changeant de récit, nous voulons avant tout mettre en avant les communautés indigènes et rurales, remettre au centre du débat leur importance et la manière dont nous [les populations indigènes] construisons la vie, dont nous guérissons le territoire et les espaces, même là où des projets d'extraction ont été menés.
Vargas estime que les modes de vie des populations indigènes sont un exemple à suivre si nous voulons résoudre la crise climatique et vivre en harmonie avec l'environnement.
Nous nous réapproprions ces récits en employant des mots d'espoir qui ravivent le courage qui peut parfois se perdre à cause de tout ce qui s'est passé. Nous voulons créer un récit dans lequel notre avenir est plein d'espoir, où nous gagnons une bataille chaque fois que nous semons, chaque fois que nous protégeons la vie, chaque fois que nous nous organisons en tant que communautés, et aussi chaque fois que nous continuons à exister, que nous sommes présents.
Ce qui lui donne du courage, c'est la joie que lui procurent les traditions, l'art et le langage. La langue, en tout premier lieu, est au cœur de l'identité de sa communauté et fait partie intégrante de son combat pour protéger les écosystèmes de la planète.
Plusieurs communautés indigènes ont même intégré leurs propres langues dans leurs efforts de changement du récit [sur le climat]. De cette façon, nous nous tissons encore plus solidement [dans ce nouveau récit], parce que nous parlons en détail de notre cosmovision en tant que peuples indigènes et nous abordons en profondeur ce qui nous fait du mal, mais aussi ce qui nous rapproche de la terre.
Pour la défense de la vie
L'élément central de sa pensée est la défense de la vie (la defensa de la vida), en particulier contre ce qu'elle appelle “les pratiques mortifères à l'encontre de la terre”. À ses yeux, orienter la conversation sur le vivant permet de penser en termes de coexistence avec toutes sortes de biodiversité dans un espace déterminé.
Quand on parle de défendre la vie, il s'agit de défendre les conditions de vie [de la biodiversité] pour continuer à exister, pour continuer à avoir la possibilité d'exister.
Cependant, elle soutient que certains projets de développement font fi des préoccupations liées à la biodiversité. “Il n'y a plus d'eau, plus de terre, l'air est contaminé. Ce qui subsiste de l'eau ou de la terre rend les gens malades”, affirme-t-elle.
Les mines, utilisées pour extraire et vendre des métaux destinés à des infrastructures et équipements technologiques de par le monde entier, polluent les cours d'eau, entrainent la déforestation et causent à terme des dommages sur la santé des populations locales, provoquent des déplacements de population et contribuent aux conflits sociaux. Les communautés indigènes et rurales d'Amérique latine protestent fréquemment contre les implantations de mines, de barrages et d’autres grands projets d'infrastructure, au péril de leur vie. Après avoir dénoncé les effets néfastes d'un gazoduc, d'une centrale thermoélectrique et d'un aqueduc sur sa communauté, des agresseurs anonymes ont fait irruption à deux reprises au domicile de Vargas en avril 2022.
“Il est impressionnant de voir comment ces terres qui sont riches, de cette autre richesse, cette autre façon de vivre, sont considérées comme une page blanche prête à accueillir le développement”, témoigne Vargas.
La plupart des produits industriels et agricoles provenant des zones rurales sont destinés aux centres urbains. Ainsi, pour réduire l'impact négatif du développement, Vargas plaide pour que les citadins réduisent leur consommation. Elle poursuit :
En tant que communautés [rurales], nous ne pouvons plus vivre, littéralement, nous ne pouvons plus boire d'eau, nous ne pouvons plus respirer, ils extraient tout ce qui génère nos conditions de vie pour l'emmener dans ces endroits où ils génèrent des modes de vie qui absorbent tout ce qui pourrait être utile à des millions de personnes.
La solution ne viendra pas de l'occident
La plupart des pays occidentaux et des pays du Golfe consomment beaucoup plus de ressources que la planète ne peut en reconstituer. “Ces modes de vie ne fonctionnent pas”, déclare Vargas. “Dans nos communautés, notre mode de vie nous a permis d'atteindre un équilibre jusqu'à présent, et nous devons y revenir.”
C'est la raison pour laquelle elle ne croit pas que les solutions à l'urgence climatique seront trouvées en Occident et dans les villes, mais plutôt dans les communautés rurales et indigènes.
Les solutions à la crise ne se trouvent pas là-bas, dans le Nord ou dans le monde des grandes entreprises, mais chez nous qui vivons ici, plus près de la terre, qui cultivons du maïs et des haricots et qui, grâce à ces pratiques, guérissons la terre des activités industrielles, des pratiques qui ont fini par détériorer l'ensemble de notre territoire. Nous devons nous concentrer sur ce que notre peuple a fait pendant de nombreuses années, et qui est maintenant récupéré par les jeunes et les femmes.
That is not to say that Indigenous communities in Mexico do not relate with other people from across the globe — far from it.
Mais cela ne veut pas dire que les communautés indigènes du Mexique n'ont pas de points communs avec d'autres peuples du monde entier, loin de là.
Lors de la conférence COP-26 qui s'est tenue à Glasgow l'année dernière, Vargas et ses collègues ont été encouragés par des personnes venues du monde entier avec lesquelles elle a pu imaginer d'autres avenirs possibles pour la planète.
Les récits nationalistes ne pourront pas nous séparer, nous formons des peuples qui ont été tissés et unis dans tous les aspects. Lorsque nous nous rencontrons, nous pratiquons de nombreux rituels qui convergent à bien des égards et nous partageons l'amour de la terre.
Et Vargas de conclure :
C'est pourquoi nous disons que l'avenir est indigène. Quand tout le monde demande comment nous allons sortir de cette crise, nous répondons : ” La solution est ici”. Nous n'avons pas besoin d'aller bien loin pour la trouver, notre existence est une alternative vivante, nous construisons et transformons des alternatives.
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« Les gens ont peur de la médecine ancestrale par méconnaissance »
María Eugenia Quiñónez Castillo. Photo personnelle, utilisée avec son autorisation.
En Équateur, la « santé ancestrale » ou « traditionnelle » est la médecine des différentes populations et nationalités indigènes qui vivent sur ce territoire. Si la Constitution équatorienne garantit la reconnaissance, le respect et la promotion de cette médecine, la guérisseuse ancestrale afro-équatorienne María Eugenia Quiñónez Castillo explique qu'il reste encore un long chemin à parcourir pour parvenir à une réelle convergence des sagesses et des pratiques dans le pays. Dans cet entretien, cette guérisseuse du Centre médical ancestral La Fe et professeure à l’Institut supérieur technologique des études sociales Los Andes (ILADES) nous invite à mieux comprendre la médecine ancestrale.
Belén : Pouvez-vous me parler un peu de vous et de votre travail ?
María Eugenia: Yo soy una mujer que se siente feliz de haber vivido, y quiero dar esta felicidad a otras personas. Soy sanadora ancestral del pueblo afroecuatoriano y llevo muchos años en este recorrido. En realidad, he estado en este camino casi toda mi vida. Yo digo que empecé mi carrera a los cuatro años en Esmeraldas, mi provincia natal ubicada en la costa ecuatoriana. Cuando mis amigos o hermanos se golpeaban o estaban enfermos, yo les sanaba con las hierbas y plantas que estaban a mi alcance, siguiendo el ejemplo de mi mamá y mi papá porque ellos también son sanadores. Ellos me decían que yo tengo el don de sanar, como dice la Biblia en Corintios 12: 4,7-10, y me ayudaron a despertar este don espiritual en mí. Luego me preparé académicamente, pero mis padres fueron mis primeros y mejores maestros. Y es que la maravillosa universidad de la vida es donde los sanadores ancestrales aprendemos lo que nadie más nos enseña. Después yo usé este conocimiento para sanar a mis siete hijos cuando ellos se enfermaban, y ahora ellos también hacen lo mismo porque nuestra medicina está basada en sabiduría que se transmite de generación en generación.
María Eugenia : Je suis une femme qui se sent heureuse d'avoir vécu, et je veux donner ce bonheur à d'autres personnes. Je suis une guérisseuse ancestrale afro-équatorienne et je suis sur cette voie depuis de nombreuses années. Presque toute ma vie a été consacrée à cela. Je dirais que j'ai commencé ma carrière à l'âge de quatre ans à Esmeraldas, ma province natale située sur la côte équatorienne. Lorsque mes amis ou mes frères et sœurs étaient blessés ou malades, je les guérissais avec les herbes et les plantes qui étaient à ma portée, suivant l'exemple de ma mère et de mon père, car eux aussi sont des guérisseurs. Ils m'ont dit que j'avais le don de guérison, comme le dit la Bible dans Corinthiens 12:4,7-10, et ils m'ont aidée à éveiller ce don spirituel en moi. J'ai ensuite étudié à l'université, mais mes parents ont été mes premiers et meilleurs professeurs. Et c'est à la merveilleuse université de la vie que nous, guérisseurs ancestraux, apprenons ce que personne d'autre ne nous enseigne. Plus tard, j'ai utilisé ces connaissances pour guérir mes sept enfants lorsqu'ils étaient malades, et maintenant eux aussi font de même, car notre médecine est basée sur une sagesse qui se transmet de génération en génération.
María Eugenia Quiñónez Castillo. Photo personnelle, utilisée avec son autorisation.
Belén : Et quelle est l'origine de cette médecine ?
María Eugenia: La medicina ancestral nace con la creación divina y es la esperanza de salud y vida. Lo certifica la Biblia en Jeremías 6:16. El amor con que Dios hizo la creación y la fe en el creador ofrece la mejor esperanza de vida porque es la certeza de lo que se espera y la convicción de lo que no se ve (Hebreos 11:1). Por mi gran misión y por mi gran amor, yo recibo a mis pacientes en mi casa. Ellos aquí viven una nueva vida y adquieren una nueva familia porque toda mi familia es familia de la persona que llega acá. Aquí compartimos la misma casa, compartimos la misma mesa, compartimos bailes, música, risas, y gozamos. Es otro tipo de vivencias. ¿Qué médico occidental invita a sus pacientes a vivir en su casa hasta que se sanen? Cuando usted está con un médico ancestral, toda la casa es suya también. Mientras me quede un aliento de vida, difundiré esta esperanza y la compartiré con en el mundo entero.
María Eugenia : La médecine ancestrale est née avec la création divine, c'est l'espérance de la santé et de la vie, comme le dit La Bible dans Jérémie 6:16. L'amour avec lequel Dieu a fait la création et la foi dans le créateur offrent la meilleure espérance de vie, car il s'agit de l'assurance des choses qu'on espère et la démonstration de celles qu'on ne voit pas (Hébreux 11:1). En raison de ma grande mission et de mon grand amour, je reçois mes patients chez moi. Ils vivent ici une nouvelle vie et acquièrent une nouvelle famille, parce que toute ma famille est aussi la famille de la personne qui arrive ici. Ici, nous partageons la même maison, la même table, les mêmes danses, la même musique, les mêmes rires, et nous en profitons. C'est une expérience différente. Quel médecin occidental invite ses patients à vivre chez lui jusqu'à ce qu'ils soient guéris ? Quand vous êtes avec un médecin ancestral, toute la maison est à vous aussi. Tant qu'il me restera un souffle de vie, je répandrai cette espérance et la partagerai avec le monde entier.
Belén : Et quelles sont les autres différences entre la médecine ancestrale afro-équatorienne et la médecine occidentale ?
María Eugenia: La medicina occidental ofrece una cura rápida para aliviar síntomas o tratar males urgentes, como una fractura o un dolor de cabeza, por ejemplo, mientras que la medicina ancestral busca el origen de la enfermedad. En los primeros tiempos la espiritualidad y la ciencia estaban tomadas de la mano, pero después la medicina occidental las separó y se enfocó solamente en el ámbito físico. La medicina ancestral aborda la totalidad de la persona, abarcando el campo del cuerpo, la mente y el espíritu del ser humano; es una técnica no invasiva del cuerpo de la persona. Otra característica muy importante es que en la medicina ancestral sanamos con hierbas y plantas, con lo que viene de la Madre Tierra, porque ella tiene todo lo que necesitamos para sanarnos.
María Eugenia : La médecine occidentale propose un traitement rapide pour soulager les symptômes ou traiter les affections urgentes, comme une fracture ou un mal de tête, par exemple, tandis que la médecine ancestrale recherche l'origine de la maladie. Au début, la spiritualité et la science allaient de pair, mais plus tard, la médecine occidentale les a séparées et s'est concentrée uniquement sur le domaine physique. La médecine ancestrale implique l'individu dans son ensemble, englobant le corps, l'esprit et l'âme de la personne. Il s'agit d'une technique non invasive. Une autre caractéristique très importante est que, dans la médecine ancestrale, nous guérissons avec des herbes et des plantes, avec ce qui vient de la Mère Terre, car elle a tout ce dont nous avons besoin pour nous guérir.
María Eugenia Quiñónez Castillo. Photo personnelle, utilisée avec son autorisation.
Belén : Y a-t-il des idées reçues sur la médecine ancestrale afro-équatorienne que vous aimeriez clarifier ?
María Eugenia: Yo creo que las personas tienen miedo de la medicina ancestral porque nos alejaron y no la conocen, piensan que nosotros buscamos reemplazar una medicina por otra y no es así. Lo que buscamos es una convergencia de saberes. Son dos escuelas diferentes, pero igualmente válidas. ¿Por qué no las vamos a juntar? Es necesario que ambas avancen juntas para el bien de la humanidad y la felicidad. Ellos en su ciencia y nosotros en la espiritualidad, siendo humildes, debemos juntarlas para alcanzar una armonía en la salud integral.
María Eugenia : Je pense que les gens ont peur de la médecine ancestrale parce qu'ils en ont été éloignés et qu'ils n'en savent pas grand-chose. Ils pensent que nous cherchons à remplacer une médecine par une autre, mais ce n'est pas le cas. Ce que nous cherchons, c'est une convergence des savoirs. Ce sont deux écoles différentes, mais tout aussi valables. Pourquoi ne pas les réunir ? Il est nécessaire que les deux avancent ensemble pour le bonheur et le bien de l'humanité. Eux dans leur science et nous dans la spiritualité, avec humilité, nous devons nous unir pour atteindre l'harmonie dans la santé globale.
Belén : Que faudrait-il pour réaliser cette convergence ?
María Eugenia: Hace falta apertura para conocer los aportes de la medicina ancestral. Se debería enseñar saberes ancestrales en las escuelas, colegios y universidades para que los alumnos puedan aprender que hay varias competencias y diferentes maneras de vivir, sentir, pensar y sanar. Algunas personas consideran que la medicina ancestral es peligrosa o es brujería solo porque es diferente a lo que han están acostumbradas, pero si le vamos a temer al cuco, conozcámoslos primero, ¿no es verdad?
María Eugenia : Il faut de l'ouverture pour comprendre les apports de la médecine ancestrale. Les savoirs ancestraux devraient être enseignés dans les écoles, les collèges et les universités afin que les élèves puissent apprendre qu'il existe différentes compétences et différentes façons de vivre, de sentir, de penser et de guérir. Certaines personnes considèrent la médecine ancestrale comme dangereuse ou comme de la sorcellerie simplement parce qu'elle est différente de ce à quoi elles sont habituées, mais nous devons d'abord apprendre à connaître ce qui nous fait peur, n'est-ce pas ?
Belén : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter ?
María Eugenia: Me gustaría hacer una invitación para que no nos quedemos solo con una alternativa, no nos conformemos solo con lo que nos han enseñado. Abrámonos a probar varias formas de vida y salud, y veamos cómo nos va.
María Eugenia : Je voudrais lancer un appel pour que nous ne restions pas avec une seule alternative, pour que nous ne nous contentions pas de ce qu'on nous a enseigné. Ouvrons nos esprits et essayons différentes manières de vivre et de guérir, et voyons comment nous nous en sortons.
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Etudier à l'étranger reste un parcours de combattant pour les jeunes filles turkmènes
Tout le monde ne peut pas savourer la vertu d'une éducation impartiale, sans préjugés et progressiste. Avoir la liberté de raisonner et d'exprimer ce que l'on pense peut s'avérer fascinant, déroutant et contradictoire si vous avez grandi au Turkménistan [en]. La détérioration du système éducatif du pays remonte au début des années 1990, lorsque le Président de l'époque, Saparmurat Niyazov [en], a décrété que tous les livres soviétiques devaient être détruits, cela en vue de contrôler la circulation des documents imprimés [en]. Depuis lors, les écoles du Turkménistan souffrent d'une pénurie de manuels scolaires.
J'ai obtenu mon diplôme d'études secondaires au Turkménistan il y a plus de dix ans; et je me souviens encore très bien que seuls trois ou quatre jeux de manuels scolaires étaient disponibles pour 30 élèves ou plus dans chaque classe. Les leçons étaient structurées autour de la prise de notes à partir de livres et de la mémorisation, sans aucune place faite à l'analyse.
En 2001, Niyazov a décrété que nos luttes pourraient être aggravées et a comprimé 10 années de scolarité en neuf [en]. En conséquence, les heures allouées aux matières scolaires ont été réduites et de nombreuses disciplines telles que l'éducation physique, les statistiques et l'économie ont été définitivement supprimées du programme. Bien que mes camarades de classe et moi étions en difficulté, les autorités ont demandé aux enseignants d'accorder une note de passage à chacun, afin de mettre en lumière les progrès de l'école. Les écoles secondaires sont devenues des « usines à diplômes ».
Malgré les difficultés, j'étais toujours avide de connaissances. J'ai profité des opportunités offertes par les ambassades étrangères pour apprendre l'anglais gratuitement et emprunter des livres à la bibliothèque. D'aucuns parmi nous ont suivi des cours supplémentaires sur l'histoire, les mathématiques, les cultures du monde, la grammaire anglaise et la conversation, dispensés par des professeurs étrangers qui ont partagé leurs connaissances avec les jeunes turkmènes. C'est cette expérience qui m'a poussé à poursuivre mes études.
Pourtant, le chemin vers l'obtention un diplôme universitaire n'a pas été sans obstacles. Des obstacles financiers, culturels et politiques ont entravé ma poursuite des études supérieures. L'éducation, bien que gratuite, reste hors de portée de la majorité des citoyens de la classe ouvrière. Pour entrer dans une université au Turkménistan, la coutume [en] veut qu'on donne un pot-de-vin aux responsables de l'école. La corruption et les réformes épouvantables du système éducatif ont radicalement changé la nature et le but de l'éducation au Turkménistan. Aujourd'hui, la majorité des citoyens turkmènes ne voient dans l'éducation qu'un moyen d'obtenir un diplôme et de se qualifier pour des emplois mieux rémunérés.
Un combat pour la transition
Mes parents ont perdu leurs emplois obtenus durant l'ère soviétique après l'indépendance parce que les diplômes d'associé qu'ils avaient obtenus n'étaient plus suffisants sur le nouveau marché du travail. Malgré leur douloureuse expérience, ils accordaient toujours une très grande importance à l'éducation et sacrifiaient parfois la qualité de notre nourriture et de nos vêtements afin de financer mes cours d'anglais.
Ma mère nous répétait inlassablement que nous devions étudier pour éviter les difficultés financières qu'ils avaient traversées. Ses conseils sont restés profondément ancrés dans mon esprit.
Face aux faibles opportunités d'étudier dans mon pays d'origine, j'ai cherché des parrainages pour étudier à l'étranger. Les ambassades étrangères proposaient des dispositifs d'aide, tels que des bourses et des dispenses de frais de scolarité pour les étudiants turkmènes talentueux. J'ai pleuré quand j'ai reçu l'appel : je serais entièrement financé pour poursuivre un baccalauréat dans une université à l'étranger avec un programme d'études américain. C'étaient les larmes d'un bonheur délirant.
Obtenir l'approbation de mon père était le dernier obstacle à surmonter. Au Turkménistan, on a cette coutume : « Ogul düzde, gyz öýde » (« Les garçons doivent être au champ, les jeunes filles à la maison »). J'avais besoin de l'aide de tout le village pour convaincre mon père. Quand il consentit, j'ai pensé que ma vie allait enfin prendre un nouveau tournant.
Au moment de partir, les membres de ma famille élargie se sont réunis à l'aéroport pour me faire leurs adieux. Après tout, j'étais la première fille de ma famille à quitter le pays. Je ne pouvais pas cacher mon excitation parmi les inquiétudes de mes proches. Après une série interminable de câlins, j'ai marché joyeusement vers le point de contrôle des passeports. Je pouvais voir un avenir radieux qui m'attendait, tout au moins c'est ce que je pensais.
Après avoir soigneusement examiné mon passeport et mon visa d'étudiant, un agent d'immigration m'a dit texto que je n'étais pas autorisée à quitter le pays. Il n'accepterait pas mes questions ; au lieu de cela, il a attrapé mon bras et m'a expulsé de la zone de contrôle des passeports. J'étais abasourdie. Ce n'est que plus tard que j'ai appris de l'ambassade que le gouvernement turkmène avait unilatéralement interdit aux étudiants de quitter le pays pour étudier dans certaines universités étrangères.
Des mois difficiles, ce que je pensais être mon premier semestre était déjà en cours, mais j'étais coincée au Turkménistan. « Pourquoi nous combattent-ils ? », telle était la question que je me posais depuis six mois.
Pendant ce temps, j'étais régulièrement « interviewée » par des officiers du Comité de la sécurité de l'État (anciennement connu sous le nom de KGB). D'autres étudiants qui ont partagé mon sort ont également dû subir ce qui se révélait être en réalité des interrogatoires de plusieurs heures. Les questions de la sécurité de l'État m'ont amené à croire que le gouvernement s'était méfié de l'objectif des bourses et avait décidé de nous mettre sur liste noire. Peut-être que les officiers du KGB ont émis l'hypothèse que les ambassades et les universités étrangères préparaient de futurs dissidents, qui défieraient le régime. La liste noire [en] est une tactique courante du KGB depuis des décennies pour contrôler la société et semer la peur. Ces tactiques ont cultivé l'anxiété et la peur, et entraîné une dépression chronique, que je tente toujours de surmonter.
Plus je subissais la pression et la coercition, la censure et la répression, plus je me rappelais les vers du poème de la dissidente féministe Annasoltan Kekilova [en] des années 1960 : « Dönmerin öz pikrimden/Atsalarda ýanaryn oda… » (« Je n'abandonnerai pas mes pensées, et si ils me jettent au feu, je brûlerai »). J'ai utilisé ses strophes comme un mantra pour m'accrocher à mes rêves tout en vivant sous un régime prolongé, cruel, oppressif et totalitaire. Mentalement, j'étais prête à aller en prison, me jetant métaphoriquement dans le feu, plutôt que de renoncer à mon espoir de recevoir une éducation.
Des mois de négociations diplomatiques ont finalement permis de lever l'interdiction de certains étudiants, réduisant la liste noire. J'ai réussi à quitter le pays et à réaliser mon plus grand rêve d'éducation et j'ai même obtenu une maîtrise. Pourtant, ces événements ont profondément affecté ma santé mentale et mon âme, qui restent meurtries même après plus d'une décennie. Je suis toujours hantée par les horreurs que j'ai subies, dans mes cauchemars, et en réalité, à chaque fois que je dois passer les contrôles douaniers à travers le monde.
Souvenez-vous de nos filles
Depuis début 2020, les autorités turkmènes ont utilisé le prétexte de la pandémie de COVID-19 pour interdire [en] à ses citoyens de se rendre à l'étranger. Alors que je lis des nouvelles alarmantes sur la fermeture [en] d'écoles soit en raison de la pandémie – bien que le gouvernement affirme toujours que le pays n'a pas été touché – ou de la crise environnementale dite « Dust-19 », mon cœur saigne pour les jeunes, en particulier les jeunes filles , dont la scolarité à l'intérieur du pays est généralement sacrifiée au profit de l'éducation de leurs frères. Après tout, selon la coutume turkmène, les filles peuvent être mariées tandis que les garçons doivent être les soutiens de famille. En effet, en période de crise économique persistante, les familles optent pour le mariage des enfants comme moyen de soulager les difficultés économiques. Marier les filles lorsqu'elles sont encore jeunes est une coutume séculaire utilisée pour assurer la sécurité financière de la mariée et de sa famille. Dans de telles conditions, les filles turkmènes seront de plus en plus exclues de l'espace déjà restreint de l'enseignement supérieur.
À moins que la communauté internationale ne se fasse entendre et ne commence à faire pression sur le Gouvernement turkmène pour qu'il reprenne les vols et facilite les échanges internationaux.
J'espère que les propos [en] de la Vice-Présidente américaine Kamala Harris lors de la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme le 16 mars dernier, lorsqu'elle a déclaré que « la condition de la femme est la condition de la démocratie », se traduiront par un engagement international renouvelé en faveur de l'égalité des sexes, des droits de l'homme et des initiatives de transition démocratique au Turkménistan.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220427_173006";}s:15:"20220427_140718";a:7:{s:5:"title";s:128:"Turquie : l’organe de surveillance des médias se sert des licences de diffusion pour tenter de censurer la presse étrangère";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/27/272132/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272132";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 27 Apr 2022 12:07:18 +0000";s:11:"description";s:174:"Une loi de 2020 sur les réseaux sociaux a introduit un ensemble d'exigences qui auront un impact durable sur les droits numériques et la liberté d'expression en Turquie. ";s:7:"content";s:16670:"
Deustche Welle, Voice of America et Euronews ont demandé une licence.
Le 25 février, RTUK, l’organe turc de surveillance des médias a annoncé qu’il demanderait une ordonnance du tribunal pour bloquer la diffusion des services en langue turque de Deutsche Welle (DW), Voice of America (VoA) et Euronews. Cette annonce fait suite au refus des trois chaines de solliciter des licences de radiodiffusion dans le délai de 72 heures accordé par l’organe de surveillance le 21 janvier.
Licensing is the norm for radio and TV broadcasting, because the broadcast spectrum is a finite public resource, and governments have a recognized responsibility to regulate the spectrum to ensure it is used in the broader public’s interest. The internet, by contrast, is not a limited resource, and the only possible purpose of a licensing requirement for internet distribution is enabling censorship.
L'octroi de licences est la norme pour la radiodiffusion et la télédiffusion, car le spectre des fréquences de diffusion reste une ressource publique limitée. Et il est de la responsabilité des gouvernements de réglementer ce spectre afin de garantir son utilisation dans l'intérêt du grand public. En revanche, l'Internet n'est pas une ressource limitée et exiger une licence pour la diffusion sur Internet a pour seul but d’autoriser la censure.
After having subjected the local media outlets in Turkey to such regulation, an attempt is now being made to restrict the reporting of international media services. This move does not relate to formal aspects of broadcasting, but to the journalistic content itself. It gives the Turkish authorities the option to block the entire service based on individual, critical reports unless these reports are deleted. This would open up the possibility of censorship. We will appeal against this decision and take legal action in the Turkish courts.
Après avoir imposé une telle réglementation aux médias locaux turcs, une tentative de restreindre les reportages des services de médias internationaux est actuellement en cours. Cette démarche ne vise pas les aspects formels de la diffusion, mais le contenu journalistique proprement dit. Elle donne la possibilité aux autorités turques de bloquer l'ensemble du service sur la base de rapports individuels et critiques, à moins que ces derniers ne soient supprimés. Cette mesure ouvre la voie à une possibilité de censure. Nous allons faire appel de cette décision et engager une action en justice devant les tribunaux turcs.
Depuis quelques années, RTUK s'est vu accorder des pouvoirs énormes dans le contrôle du contenu Internet des médias. Cette manœuvre n'est pas inhabituelle, étant donné que plus de 90 % des médias grand public sont détenus par des entreprises progouvernementales. Selon un rapport 2021 de l’association locale Freedom of Expression Association, en fin 2020, un total de 467 011 sites Web, 150 000 URL, 7 500 comptes Twitter, 50 000 Tweets, 12 000 vidéos YouTube, 8 000 publications Facebook et 6 800 publications Instagram ont été bloqués. Tous les contenus bloqués étaient soumis à la Loi n° 5651 (également connue sous le nom de Loi sur l'Internet) et à d'autres dispositions légales émises par 764 tribunaux pénaux de paix et autres institutions autorisées.
Les moyens répressifs sur les plateformes des médias se sont intensifiés après l’échec du coup d’État militaire de 2016. Les cibles n’étaient pas uniquement les médias indépendants et critiques. Un nombre incalculable d’internautes sur les réseaux sociaux se sont fait persécuter pour avoir « insulté le président ». Selon l’Article 299 du Code pénal turc, insulter le président est illégal. L’accusé pourrait être condamné à quatre ans d’emprisonnement. Depuis l’élection d’Erdoğan en 2014, Freedom House fait état de « 100 000 personnes accusées d'avoir diffamé le Président » et d'avoir enfreint l’Article 299 du Code pénal — une disposition rarement utilisée dans le passé, d’après un rapport de Human Rights Watch en 2018. Étudiants, artistes, journalistes, avocats, et citoyens lambda, tous ont été poursuivis en justice ou ont fait face à un procès. Selon le ministère de la Justice, précisément la Direction générale des casiers judiciaires, 36 000 personnes en 2019 et 31 297 en 2020 ont fait l’objet d’enquêtes pour avoir prétendument insulté le Président. Comparé à 2010 où seules quatre personnes avaient fait l’objet d’enquêtes au titre de cet article.
En février 2022, lorsque le Président Erdogan a contracté la COVID-19, au moins 36 enquêtes ont été ouvertes contre des utilisateurs de réseaux sociaux ayant exprimé trop d'enthousiasme par rapport à cette nouvelle. Parmi eux, l'ancien nageur olympique Derya Büyükuncu. « Il a la COVID-19 et désire qu’on prie. Nous prions, ne vous inquiétez pas. J'ai commencé à préparer 20 pots de halva. J'en donnerai à tout le quartier le moment venu », a tweeté Büyükuncu après l'annonce de la nouvelle. Pour ceux qui ne connaissent pas le halva, en plus d'être un dessert populaire, fait à base de farine ou de semoule, du beurre et du miel, il est également servi lors des obsèques. Peu après le tweet de Büyükuncu, le Bureau du procureur général a présumé que le nageur avait commis un acte criminel en souhaitant indirectement la mort du Président, et a émis un mandat d'arrêt à son encontre.
Un autre utilisateur des médias sociaux a été placé sous assignation à résidence pour les mêmes chefs d’accusation. La Turque, pour sa défense, a déclaré que le tweet n'était pas destiné au Président, mais à son petit ami, car ils s’étaient disputés. « Je ne savais pas que le hashtag halva (un dessert traditionnellement cuisiné et mangé après le décès d'une personne) concernait le Président qui a attrapé la maladie. Quand j'ai vu le hashtag et comme mon petit ami et moi nous sommes en froid, j'ai écrit quelque chose qui me passait par la tête, en pensant qu'il verrait la publication. Mon tweet ne visait pas le Président. Je plaide non coupable. Je suis innocente, je demande ma libération. », a déclaré la femme dans son témoignage.
Le Président Erdoğan n'est pas un grand fan des réseaux sociaux, et en particulier de Twitter. Depuis que la manifestation populaire pour l'environnement s'est transformée en manifestation antigouvernementale en 2013, il est déterminé à mettre au pas les plateformes de réseaux sociaux. Au pic des protestations, Erdoğan, qui occupait alors le poste de Premier ministre du pays, a qualifié les plateformes de réseaux sociaux de « pire menace pour la société. » Un an plus tard, il a promis « d'en finir avec toutes ces [plateformes de réseaux sociaux]. » Ce jour-là, Twitter a été bloqué dans tout le pays. Il aura fallu quelques années pour que le détracteur virulent des réseaux sociaux finisse par sévir contre ces plateformes. En 2020, les législateurs turcs ont signé la nouvelle loi sur les réseaux sociaux (Loi sur la réglementation des publications sur Internet et la répression des crimes commis au moyen de ces publications) introduisant un ensemble d'exigences qui auront un impact durable sur les droits numériques et la liberté d'expression en Turquie.
Pendant ce temps, le contrôle des plateformes médiatiques indépendantes et critiques se poursuit. La loi sur les insultes, dont la teneur est vague, est utilisée pour cibler ces médias. Le 22 janvier, la police turque a arrêté la célèbre journaliste Sedef Kabas en raison d'un proverbe qu’elle a utilisé lors d'une émission de télévision, puis sur son compte Twitter. « Quand le bœuf débarque au palais, il ne devient pas un roi, mais le palais devient une étable », a déclaré Kabas, en omettant toute référence ou nom. RTUK a également ouvert une enquête contre la chaîne de télévision pour « déclarations inacceptables envers notre Président. » Deux jours plus tard, l'organe gouvernemental de surveillance a infligé une amende à Tele1 pour « incitation à l'animosité et à la haine du peuple. » RTUK a également suspendu l'émission de Kabas de cinq épisodes, tandis que l'animateur de l'émission s'est vu interdire de présenter toute émission sur une chaîne de télévision pendant 30 jours.
Veuillez consulter la page du projet pour voir d'autres pièces de l'exposition Unfreedom Monitor.
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La musique a fait partie intégrante des luttes de libération africaine
[Sauf indication contraire, tous les liens renvoient à des pages en anglais]
Tout comme les artistes ougandais et nigérians ont utilisé leur musique pour défier l'oppression gouvernementale et militaire, les artistes de tout le continent l'ont fait. Voici la deuxième partie de cette série de deux articles où nous mettons en lumière des musiciens du continent dont la musique encourage l'activisme et la dissidence. Pour la première partie, voir ici. Dans cet article, nous discutons de la musique de dénonciation au Kenya et en Afrique du Sud, et du rôle vital qu'elle a joué dans la libération des peuples.
Kenya
La scène musicale du Kenya a connu de grands changements depuis l'époque coloniale; de nombreux chanteurs locaux se sont fait connaître grâce aux chansons de protestation. Un exemple emblématique est le regretté Joseph Kamaru, un musicien kikuyu qui aurait eu un catalogue de plus de 1 000 chansons. Né dans le centre du Kenya, il a développé un mélange unique de mélodies traditionnelles kikuyu, accompagné à la guitare, au clavier et parfois à l'accordéon. Il a fréquemment chanté des chansons liées à des problèmes sociaux, reflétant l'indépendance et l'urbanisation de la nation.
Cependant, en 1969 – seulement six ans après son indépendance – le Kenya a été plongé dans des conflits politiques à la suite des élections controversées, qui ont opposé le parti alors au pouvoir KANU et l'opposition KPU. Cela a divisé les communautés, en particulier après qu'un politicien populaire,Tom Mboya [fr], ait été abattu en plein jour.
Pour cette circonstance, Joseph Kamaru a composé une chanson, « Aromaka » (« Puisse-t-il avoir peur »), qui cherchait à faire l'éloge du parti au pouvoir, mais n'a pas séduit grand monde en raison de sa partialité perçue autour de l'assassinat.
En 1975, un autre politicien populaire, cette fois de la partie centrale du Kenya, Josiah Mwangi Kariuki, également connu sous le nom de JM Kariuki, a été tué quelques mois après une autre élection très disputée. Le regretté JM Kariuki, initialement pro-gouvernemental, était devenu l'un des critiques les plus éminents du tribalisme et de la corruption croissants du gouvernement, inventant une phrase : « Le Kenya devenait un pays de dix millionnaires et de dix millions de mendiants ». En raison de ses critiques publiques, il s'est vu interdire de faire campagne et a été contraint de recourir au porte-à-porte ou aux visites à domicile. À la mort de M. Kariuki en 1975, M. Kamaru a chanté une chanson intitulée « JM Kariuki » pour pleurer la mort du héros national, ainsi que pour rendre hommage à son ami personnel.
Cette chanson particulière était l'un de ses succès les plus vendus, avec plus de 75 000 exemplaires au cours de la première semaine de sa sortie. Il devient rapidement une cible du gouvernement; et la chanson est interdite à la radio nationale, la Voice of Kenya (aujourd'hui la Kenya Broadcasting Corporation), en juin 1975.
Le chanteur ne s'est pas arrêté là et après la mort du premier Président du Kenya, Jomo Kenyatta [fr], il s'est approché du président entrant Daniel arap Moi [fr], qui l'a invité à un voyage au Japon. Cela a conduit à la composition de « Safari ya Japan ». Cependant, il ne lui a pas fallu longtemps pour se brouiller avec le pouvoir en place et il s'est retrouvé à exprimer à nouveau des critiques. Il a composé une autre chanson mêlée de langage ambigu et d'idiomes kikuyu pour avertir le gouvernement du Président Moi du mécontentement et de la désillusion de la population en général et des Kikuyu en particulier. La chanson s'intitulait « Ni Maitho Tunite » («Nous avons seulement changé notre regard ») . Cela a également été interdit dans les stations radio/TV nationales.
L'alliance de M. Kamaru avec la politique de l'époque ne s'est pas arrêtée là. En 1988, alors que le pays se préparait à une autre élection, il a composé une autre chanson, « Mahoya ma Bururi » (Prières pour le pays), qui, bien qu'ayant initialement une version kikuyu, a attiré l'attention de l'État, en particulier du Président de l'époque, Daniel Moi. Celui-ci a d'abord perçu la chanson comme une attaque indirecte contre lui, avec la mention de « guikio irima ta Daniel » traduit par « être jeté dans le trou/la grotte comme Daniel ».
L'explication de M. Kamaru suggérait que le nom « Daniel » était une référence au Daniel biblique, qui a été jeté dans une grotte avec des lions pour avoir refusé de s'incliner devant le roi. En guise de compromis, M. Moi a demandé que la chanson soit traduite dans la langue nationale, le swahili. Bien que la chanson ait été publiée par M. Kamaru, elle n'a jamais été aussi diffusée que la version en kikuyu, à la grande stupéfaction de M. Kamaru.
Les relations intermittentes entre les chansons de Joseph Kamaru et les politiciens de l'époque signifiaient que si de nombreux politiciens tentaient de dicter ou d'interdire des chansons, l'intersection de la créativité, des problèmes sociopolitiques et de la voix commune des maux affectant la population prévalait. Les mêmes problèmes résonnent toujours dans la situation actuelle au Kenya.
Afrique du Sud
L'État le plus au sud du continent africain a connu une période d’Apartheid[fr] lorsque les Boers de la minorité blanche gouvernaient le pays au détriment de la majorité noire. C'était de 1948 aux années 1990. La période a vu des injustices infligées à ces derniers et un certain nombre de leurs dirigeants politiques arrêtés et enfermés à vie.
Cherchant à devenir une voix pour les sans-voix, un certain nombre de musiciens sud-africains ont utilisé leur métier pour attirer l'attention nationale et internationale sur les problèmes de l'époque. Parmi eux se trouve Miriam Makeba [fr]. La musicienne célèbre pour ses différentes chansons en xhosa et en anglais a chanté «Beware, Verwoerd ! (Ndodemnyama) », faisant référence au Premier ministre sud-africain de l'époque, Hendrick Verwoerd, qui avait joué un rôle clé dans la mise en place du régime d'apartheid. La chanson a été interdite à la radio nationale en raison de sa position anti-apartheid.
Makeba a dû s'exiler en 1960 et a été rapidement interdite de retour en Afrique du Sud. Elle est devenue une icône aux États-Unis et a continué à jouer et à écrire des chansons de protestation qui dénonçaient l'apartheid dans le monde entier.
Peu après le procès de Makeba, Brenda Fassie [fr] a suscité la controverse pendant la majeure partie de sa carrière. Elle a chanté la chanson « Black President » en hommage au « prisonnier le plus célèbre » de l'époque, Nelson Mandela. La chanson a été écrite par Fassie et Chicco Thwala en 1990. C'était à une époque où le gouvernement de l'apartheid touchait à sa fin et où Mandela était sur le point d'être libéré. Le gouvernement avait toujours interdit les chansons de Fassie en raison des discussions controversées sur la sexualité et les maux sociaux dans les bidonvilles sud-africaines.
Une autre chanson sud-africaine « Asimbonanga », chantée par Johnny Clegg et le Savuka Band, a été interdite par le gouvernement de l'apartheid. La chanson signifie « réveil » en zoulou et est sortie en 1987 dans l'album de Clegg, « Third World Child ». Il invoquait à la fois Mandela et Steve Biko, considérés comme des symboles du mouvement anti-apartheid qui cherchaient à obtenir justice pour les communautés indigènes sud-africaines. M. Clegg, issu de racines écossaises-zimbabwéennes et juives, avait réuni le premier groupe multiracial à Juluka [fr] et plus tard à Savuka [fr]. Il avait grandi dans certaines parties du Zimbabwe (alors Rhodésie) avant que ses parents n'immigrent à Johannesburg, en Afrique du Sud. Cela l'a amené à faire face à la souffrance des minorités à Jo'burg et dans d'autres grandes villes. Il a également appris le zoulou, la langue locale, qui deviendra l'une de ses signatures dans ses chansons.
Ce que la plupart de ces chansons et musiciens signifient, c'est la devise commune de la protestation et de la parole contre les maux de la société et la discrimination, quel que soit le niveau socio-économique. Ces chansons, alors qu'elles étaient temporairement hors antenne, ont pu être exposées en pleine lumière et inonder nos ondes, permettant au public de tous les pays d'écouter et d'apprendre ces phénomènes musicaux.
Trouvez la liste de lecture Spotify de Global Voices mettant en évidence ces chansons et d'autres chansons interdites dans le monde entier ici. Pour plus d'informations sur la musique interdite, consultez notre couverture spéciale, Striking the Wrong Notes (Jouer la mauvaise note).
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Un député russe provoque la colère des dirigeants russes et des responsables de Bakou.
Réunion entre le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan (à gauche), le Président du Conseil européen Charles Michel (au centre), et le Président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliyev (à droite) à Bruxelles. Crédit photo, Administration présidentielle d'Azerbaïdjan. Sous licence CC-BY-4.0
En mars dernier, alors que les tensions s'intensifiaient au Karabakh, une série de déclarations provocatrices de la part du député russe Mikhaïl Delyagin l'ont mis à froid avec les dirigeants russes ainsi qu'avec les responsables de Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan. Dans une interview télévisée, Delyagin a premièrement accusé l'Azerbaïdjan de violation du cessez-le-feu au Karabakh, puis l'a ensuite qualifié de «satellite des Américains». Enfin, dans un sondage sur sa chaîne Telegram, Mikhaïl a sollicité l'avis de ses lecteurs sur la question de l'atomisation de l'industrie pétrolière azerbaïdjanaise par la Russie.
Dans un premier temps, l'Azerbaïdjan a gardé son calme. Toutefois, trois jours après les propos désobligeants de Delyagin sur la chaîne de télévision russe, le ministère public a engagé des poursuites pénales contre ce dernier, et a par la même occasion sollicité un mandat de perquisition auprès d’Interpol.
La réaction du Kremlin
Kremlin ne s'est pas fait attendre. Dmitriy Peskov, porte-parole du Président russe Vladimir Poutine, a essayé de calmer les tensions par ces propos: «les hommes politiques russes doivent s'abstenir des déclarations émotionnelles sur le Haut-Karabakh, où la Russie fournit de gros efforts afin de normaliser la situation.» De l'autre côté, une porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré : «Nous considérons de telles déclarations comme étant absolument inacceptables et irresponsables. Nous sommes convaincus que de telles déclarations provocatrices feront l'objet d'une évaluation appropriée».
Le 30 mars, l'ambassadeur de Russie en Azerbaïdjan, Michail Bocharnikov, a déclaré que «Les propos de M. Delyagin ne traduisaient pas le point de vue officiel de Moscou et avaient ainsi heurté les relations que partagent les deux pays».
Sur sa page Facebook, Delyagin a publié un semblant d'excuses.
Ma déclaration ainsi que le sondage effectué sur Telegram s'adressaient à une partie de la bureaucratie azerbaïdjanaise, qui a peut-être décidé que, lorsque les forces russes sont détournées par une opération militaire spéciale, ses casques bleus peuvent être négligés. Bien évidemment que, dans le but de se faire entendre, des exagérations doivent être permises. Toutefois, je fais mon mea culpa à tous les peuples (pas seulement les Azerbaïdjanais) qui se sont sentis effrayés, offensés et confus, ou qui ont éprouvé d'autres émotions négatives à la suite de mes propos.
La pomme de discorde
Selon l'armée de l'autodéfense du Karabakh, depuis le 24 mars 2022, au moins 15 soldats arméniens ont été blessés et trois autres tués lors de la reprise du conflit concernant la région contestée du Haut-Karabakh, dont l'Azerbaïdjan en a le contrôle actuel. Cette armée a également affirmé l'existence des victimes du côté azerbaïdjanais, propos qu'a réfuté le Ministère azerbaïdjanais de la Défense.
En référence à l’escalade des tensions dans la région et de la clarification de l'Azerbaïdjan sur « les positions et les emplacements [de ses forces armées] sur le terrain », le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères dans une note publiée le 25 mars a déclaré qu'il n'est pas nécessaire de céder à l’hystérie.
Dans un rapport d'Eurasianet, les autorités de facto du Haut-Karabakh ont en début du mois d'avril accusé l'Azerbaïdjan de bloquer l'approvisionnement en gaz naturel au Karabakh, et ce, une deuxième fois en un mois. Le gaz destiné au Karabakh est acheminévia l'Arménie. Cependant, le gazoduc transite désormais par le territoire contrôlé par l'Azerbaïdjan dont il a reconquis lors de la deuxième guerre du Haut-Karabakh en 2020.
La première perturbation a été signalée le 8 mars et, bien qu'elle ait été rétablie le 19 mars, l'approvisionnement a de nouveau été interrompu le 21 mars. La perturbation avait pour cause l'endommagement d'un gazoduc qui approvisionnaitle Karabakh le 5 mars . Selon un rapport d'Eurasianet, le gouvernement de facto du Karabakh a déclaré dans un communiqué que : «nous avons des raisons suffisantes de croire que, lors des réparations du gazoduc, la partie azerbaïdjanaise a installé une vanne qui a interrompu l'approvisionnement en gaz il y a quelques heures», des accusations qu'a démenties Bakou. Dans une déclaration publiée le 25 mars, le Ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a souligné que l'Arménie «se servait de la situation comme instrument de manipulation politique» en pointant plutôt le climat glacial et les problèmes techniques comme sources des problèmes d'approvisionnement en gaz.
Le 26 mars, le Ministère russe des Affaires étrangères a prononcé un discours exhortant l'Arménie et l'Azerbaïdjan à faire preuve de retenue. Ses propos faisaient aussi référence à un bulletin d'information du Ministère russe de la Défense daté du 26 mars 2022. Dans ce bulletin, le ministère de la Défense déclarait que : «les forces armées azerbaïdjanaises ont franchi la zone de responsabilité liée à la mission des casques bleus russes dans le Haut-Karabakh et à l'aide d'un drone Bayraktar TB2, quatre attentats ont été perpétrés sur les forces armées situées près du village de Furukh». Ainsi, le Ministère russe des Affaires étrangères accuse l'Azerbaïdjan de violer le cessez-le-feu du 10 novembre 2020.
En retour, le Ministère azerbaïdjanais de la Défense a souligné que cette déclaration russe était unilatérale, et renouvelait par la même occasion l'engagement officiel de Bakou dans le cadre de la déclaration conjointe de cessez-le-feu.
Le 27 mars, le Ministère russe de la Défense a indiqué le retrait de la présence militaire azerbaïdjanaise de Farrukh, propos qui ont été réfutés par le Ministère azerbaïdjanais de la Défense, qui en a profité pour confirmer que les positions militaires restent intactes. Dans un communiqué, le Ministère azerbaïdjanais de la Défense déclare : «nous avons le regret de vous notifier que la déclaration du Ministère russe de la Défense du 27 mars est infondée. Les positions des forces armées azerbaïdjanaises demeurent intactes dans le village de Farrukh et sur les hauteurs voisines, qui sont une partie indissociable de notre pays».
Selon l'agence de presse publique russe, TASS, lors d’un discours prononcé le lundi 28 mars, le Ministère arménien des Affaires étrangères a indiqué qu'il attendait des troupes de casques bleus russes une prise de mesure concrète afin d'arrêter et de sécuriser le retour de l'armée de Bakou à leurs positions initiales.
Selon OC Media, le 29 mars, des casques bleus russes ont été déployés au Karabakh afin «d’empêcher toute nouvelle avancée de l'armée azerbaïdjanaise près du village de Parukh (Farukh)».
Pendant ce temps, le 6 avril, à l'issue d'une réunion organisée à Bruxelles par le président du Conseil européen Charles Michel, le Président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev et le Premier ministre de l'Arménie, Nikol Pashinian se sont engagés à étudier la possibilité d'un «traité de paix» afin de résoudre définitivement le conflit.
Une soirée fructueuse avec des résultats concrets et tangibles auprès de @presidentaz et @NikolPashinyan. L'engagement à travailler pour la préparation d'un futur traité de paix qui aborderait toutes les questions nécessaires.
D'autres points qui étaient à l'ordre du jour à Bruxelles portaient sur la recherche d'une issue aux problèmes humanitaires, le déminage et le rétablissement des liaisons de transport entre les deux pays. Le président du Conseil européen, Michel a réaffirmé que l'UE était prête à donner des conseils et apporter son soutien en vue de la réalisation de ces étapes.
Cette fois, la Russie est le pays qui a manqué à l'appel. Aussi, aucune mention du groupe Minsk de l'OSCE n'a été faite. Ce groupe qui a accueilli les pourparlers de paix, connus sous le nom de processus de Minsk, depuis la première guerre du Karabakh, était co-présidé par la France, la Fédération de Russie et les États-Unis.
D'après Valiyev, cette situation est directement liée à l'engagement de Bruxelles dans la région qui est devenue plus vitale avec la guerre russo-ukrainienne. «Le Caucase du Sud est important pour l'UE, car il met à la disposition de cette dernière des lignes d'énergie et de transport alternatives. Après la guerre russo-ukrainienne, le besoin de l'UE en sources d'énergie alternatives a grandi et le bloc a commencé à accorder plus d'importance à la stabilité politique dans la région riche en ressources énergétiques», a relevé Valiyev. Bien que la Russie soit absente aux dernières discussions, le porte-parole de Kremlin, Dmitry Peskov a indiqué que la Russie n'a pas salué la bonne nouvelle, il a également souligné «la longue durée» du processus.
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Plusieurs gouvernements utilisent des lois contre la désinformation pour faire taire les dissidents.
Photo publiée avec l'aimable autorisation d'Ameya Nagarajan
Une semaine après le début de l’invasion russe en Ukraine, la Douma (Parlement) a adopté une loi punissant la diffusion de « fake news » concernant l’opération militaire en cours. Toute personne discréditant les forces armées russes et demandant des sanctions sera passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans d’emprisonnement. Ici, le terme « fake news » peut désigner toute opinion allant à l’encontre des annonces officielles. Cette loi s’applique aux organisations, aux journalistes professionnels et aux civils qui publient n'importe quoi, qu'il s'agisse des articles ou même des publications sur les réseaux sociaux. Les personnes réagissant par le biais de commentaires ou de « likes » sont également concernées. La Douma n’a pris qu’un jour pour examiner la loi, le lendemain elle a été signée par le Président Vladimir Poutine.
Cet acte de censure sans précédent a été justifié comme un contrôle de la désinformation ; un débat au cœur de l’actualité. Il y a à la fois des partisans et des opposants à l’imposition de réglementations sur la désinformation. Les partisans prônent la responsabilité comme seul outil permettant d’arrêter la diffusion de fausses informations tandis que les opposants affirment qu’elle portera atteinte à la liberté d’expression.
En 2017, la déclaration conjointe sur la liberté d’expression et les « fake news », la désinformation et la propagande produite par l’ONU et les organisations régionales a suggéré d’abolir les interdictions générales et d’incriminer la diffusion d’informations fondées sur « des idées vagues et ambiguës, notamment les fausses nouvelles ». Selon cette déclaration, de telles lois seraient incompatibles avec les normes internationales en matière de liberté d’expression. Pourtant, la remise en cause de la fiabilité d’une information pose souvent problème pour les questions de démocratie et de sécurité de l’État. Les États sont confrontés à de nombreux défis propices à la diffusion de la désinformation. La lutte contre les déclarations diffamatoires, les fausses informations diffusées sur l’épidémie de la COVID-19 et les discours haineux à propos des élections sont des sujets récurrents.
La plupart des pays prennent des mesures pour lutter contre la désinformation malgré l’avertissement de l’ONU. Il s’agit généralement d’une réponse de la société civile, des législateurs et des entreprises technologiques. Les Pays-Bas et le Nigéria, par exemple, ont réagi en lançant des campagnes de sensibilisation des médias. En Allemagne, les fournisseurs de services en ligne, tels que les plateformes de réseaux sociaux ont été légalement contraints de lutter contre la désinformation en supprimant dans les 24 heures les contenus jugés nuisibles et « manifestement illégaux ». L’Assemblée nationale française a adopté deux projets de loi visant à réduire la désinformation électorale. Elles permettraient aux partis et aux candidats d’entamer une procédure juridique accélérée en cas de diffusion publique de fausses informations. Le gouvernement britannique a d’abord rejeté la terme « fake news » et a pris les mesures nécessaires pour encourager les entreprises de réseaux sociaux à veiller à la véracité des publications. Toutefois, pour tenter de lutter contre la désinformation diffusée à propos de la COVID-19, un projet de loi sur la sécurité en ligne a été élaboré, imposant aux plateformes en ligne un « devoir de diligence », à savoir la responsabilité de retirer le contenu en ligne avant qu'il ne nuise aux utilisateurs.
Ces affaires se concentrent essentiellement sur la réglementation des procédures de gestion de contenu, permettant aux institutions de prendre des mesures dans des cas spécifiques. Pourtant, ils ont été critiqués pour leur capacité à favoriser la censure. Il n’existe toujours pas de consensus public concernant la réglementation de la désinformation. Les définitions des contenus préjudiciables ou illégaux sont encore source de débats. De plus, dans certains pays, les initiatives législatives utilisant les termes « fake news » et « désinformation » deviennent des instruments de surveillance, de réduction au silence des voix et de lutte contre la dissidence.
Lorsque la loi prévoit la possibilité de poursuites pénales, il est important de définir clairement la véracité des informations. C’est le cas de nombreux régimes politiques qui émettent une responsabilité légale en matière de désinformation. Au Myanmar, la diffusion en ligne de « fake news ou de désinformation » dans l’intention de « diffamer, diviser une organisation, d’alarmer le public ou de ruiner la confiance du public » est passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 3 ans. Cette loi vise les journalistes et les médias. L’Égypte a imposé des restrictions strictes sur les médias et les réseaux sociaux depuis 2016. Cette règle juridique vise les médias, les comptes de réseaux sociaux connus pour « publication de fausses nouvelles » et « utilisation abusive des réseaux sociaux ». Ceux qui publient du contenu qualifié « d’offensant » se verront infliger une amende importante, voire une peine de prison.
En Russie, la loi sur les « fake news » est parvenue à éclaircir le champ médiatique des reportages libres et des diverses interprétations des événements en Ukraine. Elle est devenue un acte clair de réduction au silence des médias et du public. Plus tôt cette semaine-là, l’organisme de régulation de l’information a également ordonné à tous les médias de retirer les contenus où l’intervention militaire en Ukraine a été qualifiée de « guerre » et de bloquer l’accès aux quelques médias indépendants restant en Russie. Les conséquences de la législation adoptée rapidement et des actions du régulateur sont similaires à celles des cas où une censure de guerre a été imposée dans le pays. En moins d’une semaine, les Russes ont perdu l’accès aux journaux indépendants, le droit d’échanger et d’interpréter publiquement les événements.
De plus, la Douma a un autre projet de loi à l’étude qui permettra au ministère public d’avoir un large accès aux données personnelles des Russes. Le ministère aura le droit de traiter les données personnelles « obtenues non seulement dans le cadre du contrôle des poursuites, mais aussi dans l’exercice d’autres pouvoirs ». En d’autres termes, le texte élargit les motifs de demande d’accès aux données personnelles, incluant notamment les opinions politiques des individus.
Vers la fin du mois de mars, la Douma a étendu la loi afin d’imposer une responsabilité administrative et juridique pour la diffusion de fausses informations sur les forces armées, mais aussi sur toutes les organisations gouvernementales travaillant à l’étranger. Cela couvre le travail des ambassades, des procureurs, des comités d’enquête et d’autres organismes publics. Si le législateur soutient que de telles mesures sont nécessaires afin de protéger l’image publique des « défenseurs du pays », ce droit renforce inévitablement la présence de la censure. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, au moins sept procédures pénales ont été ouvertes et de nombreuses amendes administratives ont été imposées pour des manifestations anti-guerre dans les rues et sur les réseaux sociaux.
Dans les trois cas, les gouvernements vendent la loi comme étant un moyen de protéger leurs citoyens. En outre, ces dernières sont généralement des lois déclaratives et donnent lieu à des interprétations larges des termes utilisés. Comme dans d’autres pays, les lois sur la désinformation vont de pair avec les capacités pour l’État de filtrer et réacheminer rapidement l’information en ligne. Somme toute, elles créent un vide informationnel pour les citoyens, suscitent la peur et la méfiance, et ont tout le potentiel nécessaire pour étouffer toute dissidence.
Le cas de la Russie montre comment le régime politique peut utiliser les fake news comme arme pour punir quiconque conteste les actions du gouvernement. Cela démontre une fois de plus la nécessité d'une responsabilisation pour fixer les limites entre les vraies et fausses informations.
Pour plus d’informations, consultez la page du projet Unfreedom Monitor.
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Ces chansons défiaient les gouvernements et l'oppression
Il y a un peu plus de 60 ans, les États africains obtenaient leur indépendance de leurs maîtres coloniaux. On espérait que le vent du changement apporterait un nouveau sens du nationalisme, du bien commun et de l'identité. Cependant, de nombreux chefs d'Etats et de gouvernements ont presque rompu sans tarder leur promesse de promouvoir une autre forme de gouvernance.
La musique a toujours fait partie intégrante des luttes de libération et de liberté en Afrique. En Afrique du Sud, la musique anti-apartheid a fait face à une censure importante. De même, au Nigeria, des musiciens se sont montrés solidaires des Sud-Africains, exigeant la libération de Nelson Mandela ou dénonçant la brutalité policière, en voix de protestations. Ces musiciens sentaient qu'ils ne pouvaient pas continuer à danser quand tout ce qui les entourait ne valait pas la peine d'être célébré.
Ils se sentaient en devoir d'utiliser leur voix pour parler de l'époque qu'ils vivaient. Dans le même ordre d'idées, de nombreux citoyens ont trouvé leur voix auprès de groupes et de musiciens populaires, bien qu'initialement acceptés par les autorités, mais ceux-ci ont fini par être sanctionnés et/ou carrément interdits.
Dans cette série en deux parties, nous racontons l'histoire de divers musiciens à travers le continent dont la musique a été jugée trop politique et explorons pourquoi leurs œuvres ont été considérées très « dangereuses » par leurs gouvernements.
Nigeria
Une représentation artistique de Fẹlá Aníkúlápò Kútì. Image de Danny PiG téléchargée sur Flickr le 11 septembre 2012. (CC BY-SA 2.0)
Au cours de sa vie, le légendaire Afrobeat de Fẹlá Aníkúlápò Kútì, a été témoin d'un certain nombre de sanctions, de procès, de brutalités policières et d'une interdiction de sa musique révolutionnaire à la radio. Malgré la pression de l'Etat, il n'a jamais cessé de débiter des mélodies auxquelles se réfèrent de nombreux Nigérians et Africains du monde entier.
À l'époque des régimes militairesdu Nigéria , il était interdit à toute station de radio de diffuser les chansons de Kútì et tout citoyen vu en compagnie du musicien révolutionnaire en personne ou à travers ses chansons était considéré comme un ennemi public. Une fois, la résidence de Fẹlá, à Lagos, la capitale commerciale du Nigeria , connue sous le nom de République de Kalakuta, a été attaquée par un millier de soldats, qui commirent divers actes malveillants comme violer, voler et battre des citoyens. Au cours de l'agression, sa mère âgée a été éjectée d'un grand immeuble, un incident entraînant une fracture de sa jambe et finalement sa mort. Après cette invasion militaire de sa maison, Fẹlá a publié « Zombie » et « Unknown Soldier » en 1981, deux chansons, dédiées aux soldats qui ont envahi sa maison.
En 2004, l'ancien président nigérian Olúṣẹ́gun Ọbasanjọ́ a interdit « Jàgà-jágá », une chanson à thème populaire de ce pays frappé par la pauvreté. Dans Jàgà-jágá, une chanson devenue virale même en dehors du Nigeria, Eedris Abdulkareem chantait avec colère, déplorant la souffrance des Nigérians et aussi les maux sociaux qui s'en sont suivis comme moyen de survie face à une pauvreté abjecte. L'album controversé a conduit à l'interdiction de la chanson à la radio et à la télévision; ce qui lui a valu une invitation à la villa présidentielle ( Aso Rock) dans le Territoire de la capitale fédérale où le Président l'a averti de s'abstenir de publier des chansons qui ridiculisent le pays et le présentent sous un mauvais jour aux yeux du monde extérieur. L'artiste s'est obstiné et a diffusé la demande du Président dans une autre chanson intitulée « Lettre à Monsieur le Président » sortie l'année suivante.
En 2017, Robert Kyagulanyi Ssentamu, également connu sous le nom de Bobi Wine, alors qu'il était député au parlement ougandais, a publié une chanson intitulée « Freedom ». Utilisant sa popularité de leader local et son influence parmi les jeunes urbains du pays, la chanson de M. Bobi cherchait à dénoncer les défis que constituent pour le pays les dirigeants qui restent trop longtemps au pouvoir.
Il mentionnait la guerre du Président Bush en Ouganda dans les années 1980 qui a vu l'actuel Président Yoweri Museveni évincer Milton Obote. Il se demandait aussi pourquoi M. Museveni pratiquait ce contre quoi il s'était battu – comparant le gouvernement actuel à l'esclavage et la tension au système d'apartheid de l'Afrique du Sud.
M. Bobi se demande également l'utilité de la Constitution ougandaise qu'il appelle le dernier espoir du pays. Il mentionnait le manque de liberté d'expression, exhortant les Ougandais à dénoncer l'injustice, la liberté étant pour tous, quels que soient l'âge, la classe sociale, la religion ou l'éducation.
L'une de ses chansons les plus populaires, « Ghetto », parle de la brutalité policière contre les habitants des bidonvilles de Kampala et des services inadéquats qui leur sont fournis. En avril 2019, Bobi Wine a été assigné à résidence, et pendant ce temps, il a composé une autre chanson multilingue sur la brutalité policière intitulée « Afande », un mot swahili signifiant officier.
Depuis 2018, certaines de ses chansons ont été interdites d'être interprétées, voire diffusées, car les fonctionnaires de l'Etat pensent qu'il utiliserait sa musique à des fins politiques et promotionnelles. Peu de temps après, il a déclaré son intérêt à se présenter aux élections présidentielles qui ont eu lieu au début 2021.
S'est joint à lui pour les élections, un autre musicien populaire Joseph Mayanja également connu sous le nom de Jose Chameleone. Son entrée en politique en tant que candidat au poste de maire de Kampala, a vu ses concerts annulés. En 2016, l'artiste devenu politicien a agressé un journaliste et un DJ, ce qui a entraîné l'interdiction de sa musique par Trace TV, une chaîne de télévision musicale basée en France qui diffuse la musique dans le monde entier.
Pour voir la deuxième partie de cette série cliquer ici.
Trouvez ici la liste de lecture Spotify de Global Voices mettant en évidence ces chansons et d'autres chansons interdites dans le monde entier. Pour plus d'informations sur la musique interdite, consultez notre couverture spéciale, Striking the Wrong Notes (Jouer des fausses notes).
";s:7:"dateiso";s:15:"20220422_233841";}s:15:"20220422_231656";a:7:{s:5:"title";s:61:"Undertones : les récits des talibans sur les femmes afghanes";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/22/271962/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271962";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 22 Apr 2022 21:16:56 +0000";s:11:"description";s:164:"Depuis le retour au pouvoir des talibans en Aout 2021, de très nombreuses femmes s'opposent à leur politique et refusent d'être effacées de la sphère publique.";s:7:"content";s:17022:"
Image de la célèbre journaliste afghane: Anisa Shaheed. Photo: UN Women/Ryan Brown (CC BY-NC-ND 2.0)
Bienvenue à Undertones, le bulletin d'information du Civic Media Observatory ! Dans chaque édition nous analyserons un événement, une tendance émergente, ou une histoire complexe. Nous identifierons les questions clés d'intérêt public et plongerons dans le contexte et le sous-texte des médias locaux, vernaculaires et multilingues. Undertones offre également un point d'entrée vers les ensembles de données publiques, qui sous-tendent notre travail d'observatoire.
Alors que les leaders talibans sont en quête de reconnaissance et de soutien financier, ceci même après avoir pris le pays par la force, leurs combattants et militants n'hésitent pas à faire usage de la force pour réduire leurs opposants au silence, en particulier les femmes.
Des dizaines d'Afghanes ont protesté publiquement contre leur effacement progressif et systématique de la sphère publique par les talibans depuis leur retour au pouvoir en août 2021. En septembre, les combattants talibans ont battu des activistes et interdit toute manifestation publique.
Sur Internet, des femmes refusent toujours de se plier aux nouvelles règles et critiquent l'obligation de porter le voile, l'interdiction aux filles d'accéder à l'éducation, le meurtre et la disparition de militantes, l'obligation pour les femmes d'être accompagnées d'un « mahram » ( chaperon masculin ) à chacune de leurs sorties et le silence de la communauté internationale.
Les femmes activistes considèrent ce moment comme essentiel. Elles sont convaincues que si elles se taisent maintenant, les talibans leur prendront tout ce pour quoi elles se sont battues ces vingt dernières années.
Depuis janvier, des dizaines de militantes ont été kidnappées au cours de raids nocturnes, et certains de ces enlèvements se sont déroulés sous silence, pour préserver l'honneur des familles ou par peur des menaces. Certaines ont été libérées, mais plus encore ont été enlevées en février. Des activistes défenseurs des droits humains et des diplomates pensent que les talibans sont derrière ces enlèvements, ce que ces derniers nient.
Les différentes facettes du mouvement
Une courte liste des celles qui ont mis leurs vies en danger pour défendre les droits des femmes en Afghanistan:
Les talibans rétorquent que les femmes, qui protestent contre leur lois, ont été perverties sous l'influence des valeurs occidentales anti-islamiques en place depuis qu'ils ont quitté le pouvoir en 2001.
De nombreux talibans appellent à des actions fortes contre les manifestantes et les qualifient de « prostituées » dont l'âme et l'esprit ont été « pervertis par la pensée occidentale » ou par les « espions » des gouvernements étrangers. Les dirigeants talibans ont dit à plusieurs reprises qu'ils ne laisseraient pas les femmes manquer de respect à leurs valeurs, même en « utilisant la carte des droits de la femme ».
Par exemple, le port d'un voile couvrant des pieds à la tête (niqab ou tchador) est obligatoire sous la loi islamique, selon les talibans. Les femmes qui manifestent contre cette obligation de se couvrir entièrement sont qualifiées d'anti-islamiques.
Un sympathisant des talibans affirme sur Facebook que la loi contre laquelle les femmes manifestent est basée sur l'Islam. Le tweet comprend la photo d'une femme portant l'habit traditionnel des hommes et qui brandit une pancarte sur laquelle on peut lire : « Les lois contre les femmes devraient être abrogées ». Elle porte le vêtement réservé aux hommes pour insister sur le fait qu'elle n'a besoin d'aucun chaperon ou accompagnateur. Elle porte également un bracelet aux couleurs du drapeau afghan et exprime ainsi son refus du drapeau blanc des talibans. Voir l'analyse ici.
« Les droits des femmes ne sont pas une priorité pour l'instant. »
Le discours des talibans, soutenu par leurs sympathisants, consiste à dire qu'ils ont des problèmes plus urgents à régler que de s'intéresser aux droits des femmes, comme la sécurité et l'économie. Ce discours est similaire à celui qu'ils diffusaient lorsqu'ils ont pris le pouvoir pour la première fois dans les années 90 ; les droits des femmes ne représentaient pas une priorité, leur première mission consistait alors à conquérir tout l'Afghanistan.
Ce discours était très populaire quand les talibans ont repris le pouvoir en 2021. Depuis, leurs positions par rapport aux droits des femmes se sont encore endurcies.
Le hashtag #StandWithPeopleInAfghanistan (se tenir aux côtés du peuple afghan) a émergé en réaction à #StandWithWomenInAfghanistan (soutenir les femmes en Afghanistan), dont le but était de mettre la pression sur la communauté internationale pour appeler les talibans à relâcher les femmes manifestantes ainsi que les membres de leurs familles. Le nouveau hashtag a un but de diversion et participe à éloigner l'attention des femmes. Ce tweet de Diva Patang, une sympathisante des idées talibanes suivie par 112 500 personnes sur Twitter, réplique que le soutien doit être apporté aux hommes et aux enfants afghans et pas uniquement aux femmes. Voir l'analyse ici.
Les activistes des droits des femmes en Afghanistan, ainsi que les féministes à l'étranger, affirment que les mauvais traitements que subissent les femmes sont motivés principalement par la peur de femmes véhémentes et indépendantes. Aujourd'hui en particulier, les femmes sont plus organisées que dans les années 90; elles ont goûté à la liberté et aux droits, et font un usage important des réseaux sociaux. Certaines d'entre elles sont nées après 2001 et n'ont jamais connu la loi talibane. En réponse, les talibans ont mis en place des mesures extrêmes pour s'assurer que les femmes ne puissent pas manifester contre leur autorité.
Sweeta Sadat, une journaliste qui travaille en Afghanistan, a tweeté le 22 février que la manifestante Wahida Amiri, qui a été détenue dans une cache, risque d'être condamnée. Sadat implique que les talibans intimident désormais les femmes en les poursuivant en justice, et en les découragent de mener toute résistance. Voir l'analyse ici
Les talibans – un mouvement islamique fondamentaliste principalement pachtoune– ont contrôlé l'Afghanistan de 1996 à 2001. Les femmes n'avaient pas accès ni à l'éducation ni au travail, et n'étaient pas autorisées à sortir de chez elles sans un gardien masculin ou « mahram ». Elles étaient traitées comme des citoyens de seconde classe.
Après la prise de Kaboul par les talibans en août 2021, certains étrangers et Afghans ont fait valoir que puisque les talibans recherchaient une légitimité internationale, ils veilleraient à ce que les droits fondamentaux – en particulier ceux des femmes, des membres des minorités ethniques et d'autres populations vulnérables – soient maintenus. D'autres affirment que les talibans n'ont pas changé.
Ramin Mazhar, un ancien employé de la Commission indépendante des droits de l'homme en Afghanistan, met en garde contre la capacité future des talibans à exporter leurs kamikazes dans d'autres pays. Par le passé, les talibans ont utilisé des kamikazes pour terroriser et tuer des personnes, des responsables gouvernementaux et des troupes internationales présents en Afghanistan. Fin 2021, les talibans ont créé l'unité « Badri Command » au sein de leur armée, qui comprend des combattants de la ligne dure et de futurs kamikazes. Voir l'analyse ici.
Undertones est le bulletin d'information du Civic Media Observatory, créé grâce à la collaboration des chercheurs de l'Observatoire, des éditeurs coordonnateurs et du chef de la rédaction du projet. Découvrez davantage sur notre mission, notre méthodologie et sur les données accessibles au public.
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Le film contient de nombreuses références à la Colombie, à sa culture et à ses traditions.
La famille Madrigal. Photo : Disney, issue de Wikimedia . Usage autorisé.
Quelques mois après sa sortie en salle, le nouveau film de Walt Disney, « Encanto, la fantastique famille Madrigal » est sans conteste un énorme succès en Colombie. Bien que les films Disney aient longtemps été associés aux princesses et aux contes de fées, grâce au formidable travail des cinéastes qui se sont plongés dans la culture et les traditions colombiennes, « Encanto » est un film dont les Colombiens peuvent être fiers.
« Encanto » raconte l'histoire d'une famille matriarcale qui vit dans une maison enchantée au cœur de la Colombie. Chacun de ses membres possède une faculté magique allant d'une force surhumaine au pouvoir de guérison en passant par celui de prédire l'avenir. Seule Mirabel Madrigal, petite-fille de la matriarche, n'a reçu aucun don et se demande quelle est sa place dans la famille.
Les deux réalisateurs du film, Jared Bush et Byron Howard, effectuent des recherches en Colombie depuis 2016 aux côtés d'un comité de Disney.
Affiche du film Disney “Encanto”. Photo : Disney, issue de Wikimedia. Usage autorisé.
Ils ont également été conseillés par des experts colombiens notamment des anthropologues, des botanistes, des architectes, des musiciens et des linguistes. Ce qui est intéressant, c'est que le doublage espagnol du film a été réalisé par une équipe presque entièrement hispanique, comprenant des chanteurs et des acteurs colombiens tels que Carlos Vives, Sebastián Yatra et Maluma.
Les réalisateurs se sont inspirés des aspects sublimes, mais souvent méconnus de la Colombie. Les Colombiens eux-mêmes sont émerveillés par les références au réalisme magique de Gabriel «Gabo» García Márquez, écrivain colombien et prix Nobel de littérature.
Avec ses chansons aux genres variés (cumbia, salsa), le film nous invite à voir la Colombie comme un pays multiculturel. Cette richesse s'exprime également par la présence de symboles traditionnels comme l'accordéon, la ruana, la mochila, les espadrilles, les chapeaux et autres costumes typiques. Voici ci-dessous une vidéo du célèbre chanteur colombien, Rubén Dario Salcedo.
« Encanto » célèbre également la mixité du pays grâce à la diversité physique et ethnique de ses personnages. Tous sont en effet très différents que ce soit par la couleur de leur peau, de leurs yeux, par leur taille, leur physionomie ou encore leur type de cheveux.
Concernant le sport, le film fait référence au tejo (un jeu traditionnel colombien qui consiste à lancer un disque de métal sur une petite cible explosive située à une vingtaine de mètres) et au football, deux sports très prisés en Colombie. Le personnage de Luisa Madrigal rend hommage à María Isabel Urrutia, haltérophile colombienne qui remporta la première médaille d'or de son pays aux Jeux Olympiques de Sydney de 2000. La carrure musclée de Luisa pourrait également être un clin d'oeil à Fernando Botero, peintre et sculpteur colombien originaire d'Antioquia.
Capture d'écran de l'athlète María Isabel Urrutia sur la chaîne Señal Colombia/YouTube
En ce qui concerne la culture populaire colombienne, le film fait référence à plusieurs superstitions. La scène où Bruno jette du sel par-dessus son épaule renvoie ainsi à la croyance selon laquelle le sel offrirait une protection contre le danger. Le personnage de Dólores Madrigal fait quant à lui allusion aux potins. En Colombie, il n'est en effet pas rare de voir des personnes issues de tous les milieux faire des commérages et colporter des rumeurs.
La richesse gastronomique, représentée par différentes régions de Colombie comme le Triangle du café, la côte ou le cœur de Bogota, est illustrée sur des céramiques peintes et produites à El Carmén de Viboral, à l'est d'Antioquia. En 2020, les céramiques de ce village considéré comme le « berceau de la céramique artisanale » ont été classées au patrimoine immatériel de la nation.
Capture d'écran d'une artisane dans le village d'El Carmén de Viboral, sur Comercial Vivoral Cerámica/YouTube
Le film fait référence au café, aux arepas, au maïs, aux buñuelos, à l’ajiaco (soupe de poulet et de pommes de terre), ainsi qu'aux plantes médicinales que la mère de Mirabel, Julieta Madrigal, conserve dans ses poches pour leurs vertus thérapeutiques.
Le film dépeint avec brio ce pays mégadivers où la faune et la flore se mêlent à la luxuriance de la végétation amazonienne merveilleusement représentée. Les montagnes qui entourent l'Encanto sont quant à elles inspirées des paysages de la vallée de Cocora et ses fameux palmiers de cire.
La sœur de Mirabel, Isabela Madrigal, a le pouvoir de faire pousser les plantes et porte une orchidée – fleur nationale de Colombie – dans les cheveux. Cette profusion de fleurs rappelle les silletas, ces arrangements floraux réalisés par les horticulteurs du village de Santa Elena. Les silletas sont des structures en bois ornées de fleurs de toutes sortes. Elles sont dotées d'une corde pour que les fermiers, les silleteros, puissent les porter sur le dos. Ces réalisations sont ensuite présentées à l'occasion de la Fête des Fleurs de Medellín pour rendre hommage aux fermiers de l'époque qui parcouraient de longues distances avec leurs fleurs sur le dos pour les vendre au marché de Medellín.
Le film met en scène plusieurs animaux comme le ara rouge, l'âne, le capybara, le jaguar, le colibri. Les papillons jaunes sont quant à eux une référence directe au roman « Cent ans de solitude » de Gabriel García Márquez, prix Nobel de littérature.
Personnellement, je pense qu'il aurait pu y avoir davantage d'interactions avec le voisinage de la famille Madrigal pour illustrer les problèmes sociaux du pays. Il est vrai cependant qu'au début du film on voit que la famille a été contrainte de fuir son village, ce qui est tout à fait crédible dans la mesure où la Colombie est le pays qui compte le plus grand nombre de déplacés internes.
Le film offre une image positive de la Colombie où tout est en abondance alors qu'en réalité, selon un rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) une grande partie de la population colombienne souffre de la faim.
À vrai dire, « Encanto » (qui signifie « charme » en espagnol) est littéralement charmant. Ce film offre à ceux qui le regardent la possibilité de se détendre et d'éprouver des émotions, que ce soit l'admiration, le rire, la colère ou la tristesse. Mais surtout, il permet de rêver; car il reflète l'image positive et éclatante de la Colombie que nous avons toujours rêvé d'avoir et de montrer au reste du monde.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220422_213747";}s:15:"20220422_204741";a:7:{s:5:"title";s:88:"Il y aura un monde sans Poutine, mais pourrons-nous vivre dans un monde sans la Russie ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/22/272089/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272089";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 22 Apr 2022 18:47:41 +0000";s:11:"description";s:179:"S'en prendre à Poutine et à son entourage semble être, actuellement, la bonne solution. Mais comment maintenir un dialogue avec son successeur pour éviter de futurs conflits ?";s:7:"content";s:7552:"
Les sanctions peuvent aider, mais l’Occident abat-il la bonne carte ?
Le Kremlin, siège du gouvernement russe. Photo de Larry Koester sur Flickr (CC BY 2.0)
Les sanctions contre la Russie ont provoqués diverses réactions. Des sources russes, tant gouvernementales qu’oligarques, affirment que l’Occident agit de la mauvaise manière. Bien que des indicateurs montrent que l’économie du pays a, dans une certaine mesure, été affectée, des spécialistes disent qu’il en faut davantage pour mettre fin à cette guerre. L’élite russe peut encore subir des dommages supplémentaires, mais un changement de position ou la destitution de Vladimir Poutine ainsi que de son entourage proche est moins probable.
Dans son livre « De la dictature à la démocratie » , Gene Sharp annonce que pour « tuer » un dictateur, il faut le priver du soutien de la population. Cette option ne semble pas d’actualité pour la Russie compte tenu du soutien, direct et indirect, dont elle bénéficie de la part de la population.
Mais la révolte n’est pas le seul moyen de changer la situation. Comme le souligne le « Manuel du parfait dictateur », lorsque le sélectorat (l’élite la plus puissante d’un pays, vitale pour un dictateur voulant rester au pouvoir) se lasse d’un dirigeant, il peut le destituer et organiser une relève de la garde. La destitution de Poutine ne signifierait pas forcément un changement radical de la société. Mais, cela pourrait aider à mettre fin au conflit avec l’Ukraine.
Les rumeurs au Kremlin semblent indiquer qu’un remaniement de l’élite est dans l’air. Mais cette option n’est pas la meilleure, notamment si les sanctions n’atteignent pas directement Poutine. Imaginez que vous soyez une personne proche de Poutine en capacité de faire un coup d’État. Vous devrez faire face à la guerre et prétexter le renversement de l’homme politique le plus populaire du pays. De plus, vous ne pourrez guère compter sur un soutien extérieur. Si vous en êtes à ce stade, ceci signifie que vous avez probablement fait l’objet de sanctions sévères. Vos propriétés londoniennes et votre yacht risquent d’être confisqués et vous risquez même d’être arrêté si vous mettez le pied sur le sol européen ou américain. Auriez-vous la certitude de regagner la confiance du peuple après avoir renversé Poutine ?
À ce prix, il faut choisir entre rester sur un bateau qui coule ou sauter en pleine mer sans gilet de sauvetage. Beaucoup peuvent s’en plaindre, mais peu, voire personne, ne prendrait un tel risque dans la Russie d’aujourd’hui.
Est-il possible de mettre en péril, en quelques semaines, l’organisation qui a conduit à la formation des élites actuelles pendant 30 ans ? Cela peut-il être fait de l’extérieur ? Il n’y aura pas de révolution russe 2.0 prochainement. Poutine se retirera un jour mais son successeur aura la même idéologie.
Poutine n’acceptera jamais la défaite. Mais, il y a peut-être parmi les siloviki (membres des agences du maintien de l’ordre), quelqu’un capable de calmer la situation. Cette personne devra être disposée à rejeter toute responsabilité liée à la guerre et aux événements antérieurs liés à Poutine. Les sanctions actuelles et la pression diplomatique peuvent être un bon moyen de modifier la position de la Russie sans la faire dériver vers une guerre mondiale. Mais, si l’élite russe est incriminée, qui assumera la charge de devenir le prochain président russe ? Et sera-t-il ouvert à un dialogue avec l’Occident ?
Nous espérons que le prochain dirigeant soutienne l’UE, qu’il respecte la liberté individuelle et qu’il se souciera de son peuple. Cependant, il devrait être disposé à dialoguer de manière constructive avec ses voisins.
Il n’est pas possible d’importer la démocratie en Russie. Cette démarche doit venir directement des Russes eux-mêmes. Mais nous pouvons limiter les risques de conflits futurs et ouvrir la voie à un dialogue sur les enjeux primordiaux ; non pas avec Poutine mais avec son successeur. Trouver un accord est plus simple en discutant plutôt qu’en rompant tous les liens et agissant en émettant des hypothèses erronées.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220422_204741";}s:15:"20220422_203251";a:7:{s:5:"title";s:89:"Guerre des drones : le droit international humanitaire peut-il rattraper la technologie ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/22/272079/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272079";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 22 Apr 2022 18:32:51 +0000";s:11:"description";s:201:"Les drones deviennent habituels dans les opérations militaires des États-Unis dans les pays du Sud. Le droit international est inefficace pour rendre responsable les gouvernements et les entreprises.";s:7:"content";s:12460:"
Gouvernements et entreprises nient toute responsabilité lorsque des bavures surviennent.
Les drones ont révolutionné la guerre moderne. Cependant, le droit international est-il suffisamment équipé pour encadrer l'utilisation de cette technologie qui évolue rapidement, et qui provoque la mort de civils ?
Le drone, aussi appelé aéronef sans équipage, a commencé à être utilisé à des fins militaires dès les années 1840, surtout pour de la surveillance. Les choses ont radicalement changé au début des années 2000, lorsque le gouvernement américain a commencé à utiliser des drones avec une capacité de frappe en Afghanistan. L'argument avancé par Washington était que les frappes de drones représentaient une forme de « guerre propre » car elles n'engagent pas de troupes américaines sur le terrain. L'administration Obama les a effectivement décrites comme des frappes chirurgicales, censées minimiser les pertes civiles.
Le droit international
Aucun article du droit international ne fait spécifiquement référence à l'utilisation des drones. La principale référence juridique est la Convention de Genève, établissant les normes du droit humanitaire international en temps de guerre. L'un des éléments clés de cette convention est la définition des conflits armés et la protection des civils – qui ne sont pas directement engagés dans des actes de guerre, mais qui en souffrent. La Convention de Genève a posé les bases du droit international humanitaire et des lois internationales sur les droits de l'homme. Ces loi s'efforcent de protéger les civils, et peuvent servir de référence dans le contexte d'attaques de drones militaires contre des civils.
Lors d'une conférence sur les drones organisée à Berlin par le Disruption Network Lab, Global Voices s'est entretenu avec Khalil Dewan, avocat et chercheur spécialisé dans les affaires impliquant des civils victimes de drones militaires. Il explique :
Le problème n'est pas l'absence de lois, mais l'interprétation très large du droit international préexistant, qui régit le recours à la force à l'intérieur et à l'extérieur des zones de conflit où opèrent les drones armés.
En effet, le droit de la guerre, utilisé comme une pâle excuse pour justifier les frappes de drones, exige de deux pays qu'ils soient officiellement en état de guerre. Or, cela ne s'applique pas à des endroits comme le Yémen pour les États-Unis par exemple. Khalil Dewan, qui a enquêté sur la mort de 14 victimes de drones à travers quatre cas différents en Somalie, précise que lorsqu'il a parlé aux américains de l'AFRICOM, ils ont nié toute perte civile. Cela témoigne d'une politique d'arrogance et d'impunité empêchant toute enquête après les frappes, conclut Khalil Dewan.
Par exemple, la mort du citoyen américain Anwar al-Awlaki en septembre 2011, tué au Yémen par un drone américain, est un cas révélateur de violation du droit à un procès équitable.
Néanmoins, comme l'affirme Khalil Dewan, il existe un autre problème majeur que de nombreuses organisations de défense des droits de l'homme semblent vouloir éviter :
Dans quelle mesure est-il légal et éthique de tuer de supposés combattants au lieu de les capturer et de leur offrir un procès équitable ? Dans des pays qui ne sont pas officiellement en état de guerre avec les États-Unis ?
Comme il le souligne, il semble qu'il y ait un accord général dans les pays occidentaux sur le fait que les exécutions extrajudiciaires sont une pratique acceptable, parce que les victimes sont qualifiées de « terroristes. »
Le Kill Cloud : le nuage de fumée parfait pour éviter toutes responsabilités
Un autre défi majeur dans l'attribution des responsabilités est le système de données extrêmement puissant qui exploite les drones, auquel différents pays ainsi que diverses entreprises contribuent activement.
C'est probablement ce qui échappe aux personnes qui ne connaissent pas les drones : l'engin volant sans pilote est un simple véhicule doté de capteurs, mais il peut être transformer en une arme mortelle avec ce que certains experts appellent le « Kill Cloud », un vaste réseau de données extrêmement complexe et riche permettant de rendre les drones autonomes et de les faire frapper. Le Kill Cloud absorbe des volumes massifs de données provenant de satellites et d'autres dispositifs de surveillance. Ces données sont traduites et par la suite, analysées par des humains avant d'êre réinjectées dans le drone qui se voit alors attribuer une mission. Comme l'expliquent Lisa Ling et Cyan Westmoreland, deux anciens membres de l'armée américaine et experts en drones devenus lanceurs d'alertes, dans le livre « Whistleblowing for Change » (qui peut être téléchargé gratuitement ici) :
[Nous devons] éviter l'encadrement étroit qui cache les systèmes distribués, les institutions bureaucratiques et les préjugés culturels à l'origine de la production intensive de renseignements, de surveillance et de reconnaissance dirigeant ces plateformes vers leurs cibles. Le concept est sans précédent et sa portée coloniale continue d'apporter une guerre sans fin aux communautés de couleur du monde entier.
La capacité du Kill Cloud s'accroît de manière exponentielle et c'est là que la responsabilité peut être facilement brouillée : différentes entreprises fournissent des logiciels, des images ou du contenu. Exactement comme le font des pays alliés des États-Unis. Lorsqu'un drone frappe, et tue des combattants, mais aussi des civils, qui est responsable et sous quelle juridiction ?
Comme l'explique Khalil Dewan, tout le monde s'empresse de nier toute responsabilité directe :
Quand je parle aux militaires français, la première chose qu'ils me disent, c'est : « Nous ne sommes pas comme les États-Unis, nous ne menons pas de frappes signatures. » Pourtant, ils contribuent à alimenter en données, en analyses et en surveillance, permettant au Kill Cloud américain de fonctionner.
Un nouveau joueur : la Turquie
Si les drones ont révolutionné la guerre moderne, la Turquie semble être sur la voie de sérieusement changer les règles du jeu. En 2004, la Turquie a commencé à produire sa propre marque de drones militaires, les Bayraktar. Ils ont fait leur apparition dans les conflits internationaux en 2020, lors de la guerre entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie pour la reprise de ses territoires occupés [seconde guerre du Haut-Karabakh], et, plus récemment, lorsqu'Ankara a reconnu en avoir vendu à l'Ukraine. Ils ont été si efficaces dans la lutte contre l'invasion russe qu'une chanson a été composée à leur gloire en Ukraine.
Selon Khalil Dewan, les drones turcs opèrent dans un contexte totalement différent :
La Turquie n'a pas la capacité du Kill Cloud des États-Unis. Lorsqu'elle a annoncé qu'elle allait développer ses propres drones, cela a suscité une vive opposition et des critiques de la part d'experts en Allemagne. Pourtant, ils ont opéré en Azerbaïdjan et en Ukraine, et pour autant que l'on puisse en juger, uniquement sur des cibles combattantes, avec des cibles civiles minimes voire inexistantes.
Alors que la guerre en Ukraine fait rage, l'utilisation des drones et de la technologie s'avère être un intérêt stratégique pour tous les pays disposant d'une armée importante.
Pour aller plus loin sur la question, il existe une présentation vidéo de Khalil Dewan, trouvable ci-dessous (à partir de la minute 40).
";s:7:"dateiso";s:15:"20220422_203251";}s:15:"20220419_195019";a:7:{s:5:"title";s:116:"En Macédoine du Nord, certains jeunes parviennent à créer des entreprises prospères pendant la crise de Covid-19";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/19/272155/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272155";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Apr 2022 17:50:19 +0000";s:11:"description";s:188:"Trois jeunes entrepreneurs de Bitola, une ville du sud de la Macédoine du Nord, donnent des exemples de jeunes qui ont fait face à la crise du COVID-19 de manière créative et positive.";s:7:"content";s:13801:"
La pandémie stimule l'esprit d'entreprise chez les jeunes macédoniens
Darko Milevski, Teona Mango et Goran Bakrevski. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.
Cette histoire a initialement été publiée par Meta.mk dans le cadre de sa couverture continue des questions liées à la génération Z. Une version éditée est republiée ici dans le cadre d'un accord de partage de contenu entre Global Voices et Metamorphosis Foundation.
Pendant la crise du coronavirus, certains jeunes de la Macédoine du Nord ont vu l'opportunité de créer leur propre entreprise ou d'adapter leurs entreprises existantes à la nouvelle normalité imposée par les mesures restrictives contre le coronavirus.
Cela va à l'encontre des positions largement répandues qui préconisent l'apathie et l'émigration comme solution au faible niveau d'opportunités économiques en Macédoine du Nord, en particulier hors de la capitale Skopje (qui sert de plus grand marché local pour les biens de consommation). Une analyse du sous-emploi des jeunes menée par l'ONG Finance Think a indiqué qu'à 49 pour cent, le taux de chômage des jeunes en 2015 était presque le double de la moyenne nationale d'environ 25 pour cent. Une enquête réalisée en 2019 a montré que 52 pour cent des jeunes envisageaient de quitter l'État afin de gagner décemment leur vie. Selon les données d'Eurostat pour 2020, le taux de chômage global est tombé à 16 pour cent, tandis que le chômage des jeunes reste très élevé, à 29,5 pour cent.
Plusieurs études de Finance Think montrent que l'épidémie de COVID-19 a gravement perturbé les conditions du marché du travail, car les lockdowns, la fermeture des frontières et les restrictions de mouvement ont contribué à réduire l'activité, interrompant les chaînes d'approvisionnement, la production et la vente.
Les histoires qui ont été racontées à Meta.mk par Teona Mango, Goran Bakrevski et Darko Milevski, des entrepreneurs de Bitola, une ville du sud du pays, fournissent des exemples de jeunes qui ont fait face à la crise de manière créative et positive.
Teona Mango, fondatrice de la marque Beyond Green. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.
La blogueuse Teona Mango est la fondatrice de Beyond Green, une marque de mode écologique et durable fondée en 2020. Les produits de Beyond Green sont fabriqués à partir de matériaux écologiques et durables, et l'idée derrière la marque est de promouvoir un mode de vie écologique et vert, tout en diminuant la production et l'utilisation de produits qui polluent l'environnement.
Mango a déclaré que la pandémie a également modifié ses habitudes d'achat, et a expliqué :
Живеев во Лондон до 2020 година, кога почна короната се вратив овде и останав непланирано веќе една година. Во карантин, како и сите, имав премногу време. Кога се вратив тука да живеам, забележав колку е ниска еко-свеста и колку немаме еко-одржливи производи, па така се роди идејата да започнам еко-френдли одржлив бренд. Вишок времето кое го имав, пак ми овозможи да истражувам и да најдам кои производи и кои материјали се најдобри, најодржливи.
J'avais vécu à Londres jusqu'en 2020 et lorsque la crise du coronavirus a commencé, je suis revenue ici et j'y suis restée de manière inattendue pendant plus d'un an. Pendant la quarantaine, comme tout le monde, j'avais trop de temps libre. À mon retour, j'ai remarqué le peu de conscience écologique et le manque de produits éco-durables. C'est ainsi qu'est née l'idée de lancer une marque écologique et durable. Le temps supplémentaire dont je disposais m'a permis de faire des recherches et de découvrir quels produits et matériaux sont les meilleurs et les plus durables.
« Les gens ont commencé à faire leurs achats en ligne plutôt que dans les magasins. Aussi, tous les produits que j'ai achetés ont été pris dans une boutique en ligne », explique Mango.
Goran Bakrevski travaille comme dentiste, mais cette profession a été parmi les premières à être durement touchée par la pandémie de COVID-19. Il a déclaré que pendant les trois premiers mois de la pandémie, il n'a pas travaillé du tout, ce qui lui a laissé suffisamment de temps pour se consacrer à la production de la bière artisanale BAK , qui est « 100 % naturelle. »
Bakrevski a expliqué :
Goran Bakrevski, producteur de la bière artisanale BAK. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.
Планови за развојот на семејната пиварница имавме и пред корона кризата, но работата ја убрзавме за време на ковид-19, бидејќи имавме доволно време. Брат ми е професор по музичко, но и тој беше дома. Во тој период активно работевме на вкусовите на пивата и подобрување на технологијата за производство. Луѓето не излегуваа, седеа дома, што беше одлична можност за тестирање на вкусовите на производите. Тогаш ја добивме поддршката од битолчани. Младите во тој период седеа на социјални мрежи каде што направивме индиректна реклама за производите.
Nous avions prévu de développer la brasserie familiale avant la crise du COVID-19, mais nous avons ensuite accéléré ce travail, car nous avions beaucoup de temps libre. Mon frère est professeur de musique, donc il était aussi à la maison. Pendant cette période, nous avons travaillé activement sur les arômes des bières et sur l'amélioration de la technologie de production. Les gens ne sortaient pas, ils étaient à la maison, ce qui s'est avéré être une excellente occasion de tester les saveurs des produits. C'est alors que nous avons obtenu le soutien de la population de Bitola. À cette époque, les jeunes passaient plus de temps sur les réseaux sociaux et nous avons fait de la publicité indirecte pour nos produits à cette période.
Darko Milevski est un ancien joueur de football et sa profession a toujours dicté son régime alimentaire. Il vivait en Suède, mais il est revenu à Bitola, où il a ouvert il y a trois ans le restaurant végétarien et végétalien Centar. Son objectif était de sensibiliser les jeunes à une alimentation saine, mais aussi de leur apprendre à revenir à leurs racines, c'est-à-dire à rendre les aliments végétaux plus présents dans l'alimentation.
Darko Milevski, propriétaire du 21/10 Fast & Healthy. Photo par Meta.mk, utilisée avec permission.
Кога фати корона кризата се појавија многу потешкотии и бевме затворени скоро пет месеци. Во 2020 година некако преживеавме, а во 2021 година беше важно да се продолжи. Изборот беше малку да се намалат ресурсите но да се продолжи со иста пареа. Затоа направивме ребрендинг затоа се создаде „21/10 Fast & Healthy“ што e take away за брза и здрава храна. Почнавме во мај, кога се уште постоеја рестрикции. Но ние и во такви рестрикции работевме бидејќи имавме само кујнa.
Lorsque la crise du coronavirus a commencé, de nombreuses difficultés sont apparues et nous avons été en confinement pendant près de cinq mois. Nous avons survécu à 2020 tant bien que mal, mais en 2021, il était important de continuer. Nous avons choisi de réduire la capacité, mais aussi de continuer à plein régime. Nous nous sommes donc rebaptisés et nous avons créé le 21/10 Fast & Healthy, une entreprise qui propose de la restauration rapide saine à emporter. Nous avons commencé en mai, alors qu'il y avait encore des restrictions. Mais même pendant ces restrictions, nous avons travaillé, car la seule chose dont nous devions nous occuper était la cuisine.
Il souligne que la crise du coronavirus les a incités de la bonne manière à faire quelques changements, car, comme il le dit, nous sommes tous assez statiques et avons appris à fonctionner dans nos zones de confort, donc cette crise n'a fait qu'accélérer nos efforts. Milevski est satisfait de la réaction des habitants de Bitola et souhaite étendre sa marque à d'autres villes.
« Les jeunes font des recherches sur les moyens de se nourrir et changent lentement leurs habitudes alimentaires », conclut M. Milevski.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220419_195019";}s:15:"20220419_180131";a:7:{s:5:"title";s:68:"Les conséquences climatiques de la guerre en Ukraine pour le Népal";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/19/272125/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272125";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Apr 2022 16:01:31 +0000";s:11:"description";s:205:"La crise ukrainienne pourrait mettre en veilleuse les objectifs climatiques du Népal pour les prochaines années, mais elle pourrait être l'occasion d'éliminer progressivement les combustibles fossiles.";s:7:"content";s:10603:"
Image par Amit MachaMasi via Nepali Times. Utilisée avec permission.
Cet article de Sonia Awale a été publié pour la première fois dans le Nepali Times. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu. Les noms ont été modifiés pour préserver l'anonymat.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a été qualifiée de « guerre des combustibles fossiles », car elle a mis en évidence la dépendance de l'Europe à l'égard des importations de combustibles fossiles. Mais elle a également souligné l'urgence de passer aux énergies renouvelables pour atténuer le dérèglement climatique mondial.
La guerre a entraîné une inflation mondiale ; les prix des denrées alimentaires ont explosé ; le gaz est dix fois plus cher en Europe. Au Népal, le prix du diesel et de l'essence a atteint des sommets, et les importations de pétrole ont tellement augmenté que le gouvernement pourrait réintroduire la règle de « pair-impair » imposée pendant la pandémie.
La guerre entre la Russie et l'Ukraine pousse les pays à abandonner les objectifs d'émissions de carbone visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5° Celsius dans les 30 prochaines années. Dans le monde, les émissions de carbone ont rebondi après la pandémie de 6 % en 2021 pour atteindre 36,3 gigatonnes, soit la plus forte augmentation d'une année sur l'autre dans l'histoire de l'humanité, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
« La fenêtre d'opportunité pour réduire les émissions – en passant, en partie, à ces sources d'énergie à faible teneur en carbone et renouvelables – se ferme très rapidement », a récemment déclaré la climatologue ukrainienne Svitlana Krakovska à la BBC . « Cette guerre rend la fenêtre d'opportunité encore plus étroite parce que maintenant nous devons d'abord résoudre ce problème ».
Graphique de l'Agence internationale de l'énergie via le Nepali Times.
Toutefois, le conflit pourrait également inciter des pays comme l'Allemagne et l'Italie, qui dépendent le plus du gaz russe, à accélérer le passage à des énergies plus propres. La Commission européenne s'est engagée cette semaine à réduire de deux tiers sa dépendance à l'égard de la Russie cette année, et à y mettre un terme d'ici à 2030. Toutefois, elle devra encore augmenter ses importations en provenance de fournisseurs alternatifs comme les États-Unis et le Qatar.
Selon les experts, le Népal devrait également profiter de cette occasion pour commencer à éliminer progressivement les combustibles fossiles, non seulement pour respecter son propre engagement en faveur d'un taux zéro lors de la COP26 de Glasgow l'année dernière, mais aussi pour sauver son économie. Au cours des six derniers mois, le Népal a dépensé 180 millions de NPR (1,48 million de dollars) en importations de pétrole, et cette somme va augmenter.
« Nous aurions dû tirer les leçons après le blocus indien de 2015. Si nous avions déjà réduit notre dépendance au pétrole, cette crise nous aurait été moins préjudiciable », déclare Manjeet Dhakal, qui est également responsable de l'équipe de soutien aux PMA chez Climate Analytics. « Mais il n'est pas trop tard, nous pouvons encore renverser la tendance en passant rapidement à l'abondante énergie hydraulique du Népal. »
Pour ce faire, il faut donner la priorité à l'électrification des transports et de la cuisine. Le rabais fiscal pour les véhicules électriques privés devrait inclure les bus à batterie. Actuellement, un bus électrique est cinq fois plus cher qu'un bus diesel de même capacité. Le Népal compte actuellement 1,5 million de deux-roues à essence, alors que des véhicules à batterie sont disponibles.
Source d'image : Nepal Oil Corporation. Via Nepali Times.
« La crise ukrainienne est susceptible de mettre sur la touche nos objectifs climatiques pour les prochaines années », déclare Dhakal. « L'Europe devrait s'en servir comme d'une opportunité et montrer l'exemple au reste du monde en opérant une transition rapide vers les énergies renouvelables et les carburants plus propres. »
Par coïncidence, le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) du 28 février 2022 a averti que les mesures d'adaptation au climat sont trop lentes et trop limitées pour atteindre les objectifs de 2050.
« La paix est une condition préalable à toute collaboration mondiale, et en particulier à quelque chose d'aussi urgent et énorme que la crise climatique mondiale », déclare Shilshila Acharya, militante népalaise pour le climat, du Avni Center for Sustainability.
Contrairement aux prix volatils des combustibles fossiles, le coût des panneaux solaires, des batteries de stockage et des éoliennes diminue. Alors que les prix internationaux du pétrole brut ont atteint le niveau record de 127 USD par baril cette semaine en raison de la crise ukrainienne, le coût des énergies renouvelables est resté le même.
Les politiques réactives et les réglementations ad hoc ne permettront pas au Népal d'atteindre ses objectifs climatiques sur le long terme. Des mesures telles que la règle « pair-impair » pour les véhicules ne sont que des pansements.
Selon Shilshila Acharya : « Le gouvernement devrait placer les citoyens au centre de l'élaboration des politiques, leur santé et leur bien-être passant avant les revenus ou les industries. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons surmonter la crise actuelle et faire des progrès sur le plan climatique. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220419_180131";}s:15:"20220419_023402";a:7:{s:5:"title";s:122:"Podcast: une crise, une tournée royale et l’impact de la pandémie sur les habitantes handicapées d’Amérique Latine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/19/272084/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=272084";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Apr 2022 00:34:02 +0000";s:11:"description";s:134:"Nous nous rendons aujourd'hui en Jamaïque et au Sri Lanka. Nous entendons parler des femmes d'Amérique latine partout dans le monde.";s:7:"content";s:5141:"
Nos rédacteurs et nos contributeurs vous donnent des nouvelles de leurs régions.
L’épisode d’aujourd’hui s’intéresse à l’accueil du Duc et de la Duchesse de Cambridge aux Caraïbes. Les sujets abordés portent principalement sur les protestations et les demandes de dédommagements ainsi que sur la crise financière au Sri Lanka. Nous concluons par les témoignages de femmes latines handicapées, leur expérience sur la pandémie.
Le podcast Global Voices vous tient informé de l’actualité dans le monde. Chaque semaine, nos spécialistes vous partagent l’actualité à partir de leurs pays et vous content leurs histoires en contexte. Écoutez maintenant votre dose hebdomadaire de l'actualité dans le monde en voix locales.
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";s:7:"dateiso";s:15:"20220419_023402";}s:15:"20220419_021634";a:7:{s:5:"title";s:98:"Piégés à Marioupol : le ressenti des habitants à l'intérieur de la ville assiégée d'Ukraine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/19/271836/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271836";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 19 Apr 2022 00:16:34 +0000";s:11:"description";s:158:"Marioupol, dans le sud-est de l'Ukraine, est encerclée par les troupes russes depuis plus d'une semaine. Voici les témoignages de certains de ses habitants.";s:7:"content";s:10895:"
La Russie bombarde quotidiennement cette ville du sud de l'Ukraine
Un immeuble de Marioupol, au sud-est de l'Ukraine, touchée par un tir d'artillerie russe. Capture d'écran d'une vidéo de Skynews, 11 mars 2022.
Cet article a été écrit par Valeria Costa-Kostritsky pour le compte de OpenDemocracy le 11 mars 2022. Il est republié dans le cadre d'un accord de partage de contenu et a été édité pour correspondre au style de GV.
Marioupol, une ville portuaire d'Ukraine, est le foyer de 500 000 personnes. En 2014, elle a été brièvement capturée par les séparatistes pro-russes. La ville a été reprise par les troupes ukrainiennes la même année. Depuis lors, Marioupol est restée très proche de la ligne de front entre les forces ukrainiennes et les séparatistes.
Aujourd'hui, Marioupol est à nouveau attaquée. L'attaque fait suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie débutée le 24 février 2022. La prise de Marioupol permettrait à la Russie de créer un corridor terrestre entre les zones contrôlées par les séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine et la Crimée, annexée par la Russie, sécurisant ainsi l'accès à la mer d'Azov. La ville est actuellement assiégée, et ses habitants sont pris au piège. Selon les estimations, plus de 1 200 personnes seraient mortes.
« Il fait toujours un froid de canard dehors et dans la maison », écrit Angela Timchenko, une psychologue de Marioupol, sur sa page Facebook le 10 mars. « Il nous reste un peu de nourriture. Les adultes en consomment de moins en moins. Hier, l'un d'entre nous a fait la queue pendant 6 heures dans le dernier magasin ouvert pour obtenir de la pâte à tartiner sur du pain (que nous n'avons pas) et des bonbons. »
Le jour suivant, elle ajoute :
J'ai une question, et je ne suis pas sarcastique. Quel est l'intérêt de protéger Marioupol… si la ville est jonchée de cadavres, si les gens meurent dans des explosions, meurent de faim ou décèdent sous les décombres ? Un bout de terre en ruine compte plus que la vie des gens, plus que l'avenir de nos enfants ?
Petro Andriushchenko, membre du conseil municipal, écrit que les habitants ont enduré « sept jours d'un siège complet de la ville avec la destruction de ses infrastructures. Cela signifie que la ville est privée d'électricité, de chauffage, d'eau potable et de gaz. Depuis neuf jours, la ville est constamment sous le feu de l'artillerie, des tirs et des bombes aériennes. »
Olha Yatchuk est une universitaire vivant dans le petit village de Berdians'ke, dans la banlieue est de Marioupol. Le 1er mars, elle et sa famille ont tenté de fuir en voiture après le bombardement de leur village. Ils ont réussi à atteindre Marioupol, qu'ils ont rapidement quitté, pour prendre la direction du Nord.
« Il n'y avait personne dans les rues », dit-elle. « Nous avons compris que la ville était encerclée de tous les côtés et qu'elle serait soumise à des tirs. Des soldats ukrainiens nous ont dit qu'il pouvait être dangereux de sortir. Nous l'avons tout de même fait, mais nous avons peut-être été les dernières personnes à partir. Il y avait des tirs et des explosions. En sortant, nous avons vu des troupes avec des armes lourdes se rassembler autour de la ville. »
En raison des dégâts subis par les infrastructures, la plupart des habitants n'ont plus de ligne téléphonique ni d'Internet. Ils n'ont aucun moyen de dire à leurs proches restés hors de la ville qu'ils sont en vie. Ces derniers doivent surveiller une chaîne Telegram partageant des photos des bâtiments touchés, ainsi que les noms des personnes encore en vie. Le régiment Azov, un groupe paramilitaire créé par deux groupes néonazis et désormais intégré à la garde nationale ukrainienne, publie aussi régulièrement des mises à jour sur la situation dans la ville.
Le réalisateur Sashko Protyah, originaire de Marioupol, mais vivant actuellement à Zaporizhzhia, a réussi, le 10 mars, à parler à un ami au sein de la ville.
« Il n'y a qu'un seul quartier où il y a du réseau », a-t-il déclaré à openDemocracy.
Il faut y aller à pied, à travers la boue – il n'y a plus de transports, évidemment – dans une ville qui est constamment bombardée. C'est près de la place de la Liberté. Pendant que nous parlions, j'entendais des explosions. Les habitants de Marioupol sont tellement fatigués. Il a dit qu'il connaissait plusieurs immeubles résidentiels où les gens ont dû enterrer les morts dans la cour.
La partie occidentale de la ville a d'abord été détruite. Hier [9 mars], une maternité a été bombardée, ainsi que le marché central. Ils bombardent sans distinctions les zones résidentielles de la ville. Ces derniers jours, j'ai vu plusieurs photos et je n'arrive pas à reconnaître la ville dans laquelle je vivais.
Le manque de contact va dans les deux sens. Les proches disent que les habitants de la ville ne savent rien de ce qui se passe à l'extérieur. Uliana Tokarieva, directrice d'une ONG et dont les proches et collègues se trouvent dans la ville, nous a dit : « ils ne sont au courant de rien – s'il y a une évacuation, comment ils en seront informés, où se rassembler, si c'est sans danger, ce qu'il se passe à l'extérieur de la ville, si l'Ukraine est toujours l'Ukraine. »
Pendant plusieurs jours successifs, il a été annoncé qu'un couloir humanitaire serait mis en place pour entrer et sortir de la ville afin que l'aide puisse arriver et que les civils puissent partir.
Néanmoins, comme le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy l'a déclaré à CNN le 10 mars :
Les envahisseurs ont lancé une attaque avec des chars exactement dans la zone où ce couloir était censé se trouver. […]
Aujourd'hui, ils ont détruit le bâtiment du Département du service d'urgence de l'État dans la région de Donetsk. Juste à côté de ce bâtiment se trouvait l'endroit où les habitants de Marioupol devaient se rassembler pour être évacués.
Lors d'une rencontre en tête-à-tête avec son homologue ukrainien le 10 mars, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a tenté de justifier l'attaque contre la maternité et l'hôpital pour enfants de Marioupol. Il a déclaré que la Russie avait prévenu l'ONU quelques jours auparavant que l'hôpital était « occupé depuis longtemps par le bataillon Azov et d'autres groupes radicaux. Ils ont chassé les femmes en couches, les infirmières et le personnel. » Il a ajouté : « ce n'est pas la première fois que nous assistons à un pathétique tollé concernant les prétendues atrocités perpétrées par l'armée russe. »
Or, le journaliste ukrainien Ivan Sinepalov nous a précisé : « le régiment Azov sert d'épouvantail à la propagande russe. Leur public cible, en Russie, croit que Marioupol est occupé par Azov. »
Avant d'ajouter : « Lavrov a déclaré que la Russie continuerait de bombarder Marioupol à moins que l'Ukraine ne réponde aux exigences [de la Russie]. En fait, ils tiennent toute la ville en otage. Dans leur esprit, Marioupol est une ville pro-russe. Les habitants auraient dû accueillir les troupes russes avec des fleurs. C'est une vengeance. »
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De nombreuses présentatrices de télévision ont été licenciées pour avoir porté le hijab
Capture d'écran d'une vidéo Youtube montrant la première présentatrice algérienne voilée depuis la fin de l'occupation française.
Cet article a été publié pour la première fois par Raseef22 le 25 février 2022. Une version éditée est reprise ici dans le cadre d'un partenariat avec Global Voices.
Pour la première fois en un demi-siècle, les Algériens ont vu une présentatrice portant un voile faire un bref exposé à la télévision d'État le matin du 15 février 2022. Cela a été largement considéré par les Algériens comme un événement historique, après que la chaîne ait levé cette interdiction du port du voile à la télévision publique.
Depuis le jour où l'Algérie a obtenu son indépendance de l'occupation française le 5 juillet 1962 et a retrouvé la souveraineté sur ses chaînes radio et télé le 28 octobre 1962, Najwa Gedi est considérée comme la première femme voilée à présenter le bulletin d'information.
Le présentateur de la TV algérienne et animateur principal du bulletin d'information Said Toubal a posté sur sa page Facebook officielle, en disant :
Pour la première fois depuis l'indépendance, la TV publique algérienne accorde une place aux femmes voilées dans les bulletins d'information, et la collègue Najwa Jedi brille de mille feux dans sa présentation.
Le voile est interdit
Un membre du Syndicat national des journalistes algériens (SNJ), Reda Jawadi, affirme que la télévision algérienne « n'a pas permis aux femmes portant le voile d'apparaître à l'écran depuis plus d'un demi-siècle depuis la restauration de la pleine souveraineté sur la radio et la télé publiques, malgré le fait que l'islam soit la religion de l'État. »
S'adressant à Raseef22, M. Jawadi a déclaré: « L'interdiction de la parution du voile à l'écran est une mentalité héritée des orchestrateurs de cette institution publique, et il n'y a aucune loi à l'intérieur du bâtiment de la station de télévision qui interdit les femmes voilées sur l'écran, mais ce sont plutôt des instructions héritées de la domination française.
Il a ajouté:
Le voile a été interdit à la télévision en raison de convictions personnelles et de décisions improvisées émises par les responsables successifs à la direction de la télévision d'État algérienne depuis l'indépendance, et cela bien sûr, sous l'impulsion des gouvernements successifs très satisfaits de cette politique.
Reda Jawadi a déclaré : « La dernière mesure prise par la télévision marque le début de la possibilité offerte à des milliers de femmes diplômées des collèges de médias et de communication du pays et à d'autres portant le voile qui aspirent à apparaître dans les médias, de travailler dans le bâtiment de la télévision d'État, rue Al-Shuhada, ou dans l'une de ses antennes régionales à travers l'État ».
Le corps féminin à l'écran
Malgré la restauration de la souveraineté algérienne en matière de télévision et de radio le 28 octobre 1962, Yamin Boudhan, professeur de médias à l'Université du Qatar, soutient dans ses commentaires à Raseef22 que tous les décideurs successifs « ont hérité de la pensée européenne à la fois en apparence et sur la présentation. »
À leurs yeux, le voile est « une image arriérée et non civilisée, une idée héritée de la pensée française », a-t-il dit, citant les politiques françaises largement considérées comme intolérantes envers les traditions et pratiques musulmanes. Il a ajouté qu'il est regrettable que cette façon de penser, qu'il a décrite comme « cherchant à détruire l'identité algérienne au plus profond de la société », se soit poursuivie pendant plus d'un demi-siècle, même après l'indépendance.
Lors d'un entretien avec Raseef22, il a poursuivi en ajoutant que l'image promue du corps féminin « avait été cruciale pour apparaître à la télévision, et il avait été important de montrer des aspects de la femme comme image ou reflet de la civilisation et afin d'attirer téléspectateurs, et c'est ce sur quoi la télévision algérienne s'est concentrée tout au long de cette période.
Voilée? Faut même pas rêver d'un travail
Selon M. Boudhan, cela a fait le rêve des femmes hijabi de travailler à la télévision publique algérienne « un fantasme farfelu et une quasi impossibilité, de sorte que toutes les femmes diplômées des départements des médias et de la communication en Algérie ont fini par travailler dans l'administration ou l'éducation, et ceux qui veulent se spécialiser dans le domaine des médias finissent par aller à la radio, aux agences de presse et à divers journaux.
La journaliste algérienne Sabah Boudras, qui enseigne en Suède depuis plus de quatre ans, confirme avoir « postulé pour travailler à la télévision publique algérienne, mais sa candidature avait été rejetée lors de son premier entretien à cause du hijab ».
Dans une déclaration à Raseef22, Mme Boudras atteste que :
La réponse fut dure et directe, et ouvertement liée au hijab avec les mots : « Vous voulez travailler dans le service des nouvelles et présenter des bulletins d'information… N'en rêvez même pas, car cela ne se réalisera pas. Si vous voulez travailler, vous devez vous diriger vers la chaîne Al-Qur'an Al-Kareem ( Quran TV ) ».
Mme Boudras ajoute encore : « J'adore les bulletins d'information, alors comment puis-je faire pour travailler dans un autre secteur, et pourquoi était-ce interdit ? Pourquoi les espoirs et les rêves des femmes voilées d'être créatives et d'apparaître dans les médias sont-ils brisés et ruinés par la chaîne officielle algérienne ?
Pour cette raison et pour d'autres liées au secteur de l'éducation dans lequel elle travaillait, Sabah Boudras a décidé de quitter son pays natal et de s'installer en Suède, où elle travaille actuellement dans le secteur de l'éducation et crée des reportages pour les chaînes arabes depuis ce pays, et par contre, le voile ne créait pas de problèmes.
Licencier les femmes voilées
En Algérie, un certain nombre de femmes journalistes ont décidé de porter le hijab à la télévision publique algérienne, mais elles ont été empêchées de présenter le journal et même d'autres programmes.
Naima Majer, une figure médiatique algérienne, est la première présentatrice de la télévision algérienne à avoir porté le hijab, notamment pendant le mois du Ramadan en 1994. Mais elle a alors été empêchée d'apparaître à l'écran simplement parce qu'elle portait le hijab.
Naima Madjer a déclaré dans une interview à Raseef22:
J'ai été très satisfaite de l'apparition de Najwa Jedi portant le hijab à la télévision publique, une décision que nous attendions depuis de nombreuses années, car l'interdiction était la position dominante dans les couloirs de la station.
Elle ajoute que cette apparition « nous ramène à 1994, lorsque j'ai décidé de porter le hijab. À l'époque, on m'avait empêchée de poursuivre mes émissions et interviews télévisées pour lesquelles il y avait un public, et je me suis contentée d'un travail administratif à l'intérieur du bâtiment de la télévision [Malgré qu'on m'ait enlevée de l'écran], à ce jour, je n'ai pas regretté ma décision de porter le voile ».
Mais, dit-elle : « J'ai revécu la douleur que ressentent les femmes voilées en Algérie, chaque fois que j'ai essayé de réaliser leur souhait de présenter le journal à la télévision publique. Je suis prête à reprendre la présentation et la diffusion d'informations suite à la décision de la direction de lever l'interdiction avec l'apparition de la présentatrice voilée, Najwa Jedi.
De nombreuses femmes journalistes et personnalités médiatiques de la télévision algérienne ont été empêchées d'apparaître à l'écran en raison du hijab, notamment Naima Madjer, Nassira Mazhoud, Iman Mahjoubi, Houria Harath et Sawsan ben Habib, selon la plateforme algérienne Ouras.
L'apparition du voile sur les bulletins d'information de la télévision algérienne redonnera espoir aux femmes diplômées en médias et à celles qui aiment le travail journalistique de pouvoir accéder à cette institution médiatique publique.
Mais on craint aussi d'autres décisions impromptues qui pourraient intervenir à tout moment pour interdire à nouveau le hijab, tant que la réglementation sera improvisée et que les décisions seront arbitraires, sans véritable base juridique au sein de l'institution.
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La transformation fondamentale de Moscou dans le monde.
Personne ne gagne une guerre. Jour de la Victoire en 2017 à Moscou, Russie. Photo de Sovraskin, (CC BY 2.0).
Cet article de John Foster a été initialement publié sur The Battleground le 25 février 2022, un jour après le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Il est republié sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Aussitôt la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d'hiver était-elle terminée que l'invasion de l'Ukraine commençait.
Intentionnel ou non, l'exercice de sportswashing de Xi Jinping a donné à Vladimir Poutine le temps supplémentaire dont il avait besoin pour se préparer à son plus grand succès : la « démilitarisation » de l'Ukraine.
Il est encore trop tôt pour répondre aux grandes questions, telles que savoir si le dénouement de cet acte populiste se jouera à Kiev, ou à La Haye.
Alors que le rideau se baissait, annonçant la fin des Jeux olympiques, Vladimir Poutine déclarait que la Russie reconnaissait l'indépendance de facto des « Républiques populaires » du Donetsk et de Louhansk. Le fait que ces revendications soient le résultat d'un processus mené par l'argent et le matériel militaire russes est sans doute le secret le moins bien gardé du monde de la géopolitique.
La guerre par procuration de Poutine dans l'est de l'Ukraine a, à ce jour (25 février 2022), coûté environ 14 000 vies. Plus prosaïquement, le conflit a coûté à l'Ukraine environ 15 % de son PIB chaque année depuis 2014.
Les montants du côté russe ne sont pas connus, mais ils sont probablement moins élevés. La facture a dorénavant augmenté de façon spectaculaire pour toutes les parties concernées. La guerre est une obscénité – elle est aussi affreusement coûteuse.
La gravité de la situation en Russie peut être évaluée à partir de la série d'événements narratifs mis en scène par Poutine en début de semaine. Le premier étant la « réunion » du conseil de sécurité, au cours de laquelle le conseil devait approuver la reconnaissance des régions séparatistes. Une réunion qui s'est tenue à une distance légèrement supérieure de 12 mètres. Il a été suggéré que placer les conseillers de Poutine à un niveau nettement supérieur à celui d'un bras avait un rapport avec la COVID-19; mais l'événement ressemblait plutôt à un spectacle autoritaire. Cette impression a été renforcée par le comportement étrangement timide des membres du conseil de sécurité. La plupart d'entre eux ne semblaient pas enthousiastes à l'idée de donner leur accord au plan et plusieurs d'entre eux ont cafouillé.
L'affaire avait un caractère étrangement pantomimique, comme si ce qui se passait n'était pas une réunion de conseillers, mais une façon de faire en sorte que tout le monde soit présent afin que les responsabilités puissent être correctement attribuées si les choses tournaient mal. Le Guide suprême a enchaîné avec un discours mettant la cerise rhétorique sur le gâteau de sa précédente annonce .
Poutine a commencé par affirmer que l'Ukraine n'existait pas vraiment, ou plutôt qu'elle n'était qu'une créature des cartographes bolcheviques malveillants. Tout est de la faute de Lénine. C'est un thème que Poutine a fréquemment abordé depuis les années 90. Il a poursuivi en suggérant que le démembrement de l'Ukraine par la Russie ne serait que l'achèvement du processus de décommunisation.
L'Ukraine d'aujourd'hui, selon Vladimir Poutine, est l'expression d'un nationalisme divisé et fondé sur des mesures égales de russophobie et de néonazisme.
Essayer de déterminer quel côté est le côté nazi (ou plutôt lequel est le plus nazi des deux) est l'un des clichés les plus anciens du plaidoyer pro-Kremlin chez les Tankies et chez les commentateurs ex-gauchistes.
Depuis les manifestations de l’Euromaïdan en 2014, l'accusation selon laquelle le mouvement démocratique ukrainien a servi de couverture aux fascistes est omniprésente dans leurs rangs ainsi que chez les enthousiastes de Russia Today – ce qui ne veut pas dire que ces accusations manquent totalement de fondement. Bien qu'il s'agisse d'une minorité distincte, les chemises brunes ukrainiennes ont passé une grande partie de leur liberté post-soviétique à minimiser les crimes horribles commis par les collaborateurs nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il y a effectivement des groupes d'extrême droite en Ukraine aujourd'hui. Le plus choquant serait d'ailleurs s'ils n'essayaient pas de saper les nouvelles institutions démocratiques du pays. En ce sens, l'Ukraine est comme le reste de l'Europe de l'Est. Mais, ironiquement, elle est moins réactionnaire que les États membres de l'OTAN et de l'UE dans la région, comme la Hongrie et la Pologne. Toutefois, la réponse à la question de savoir si c'est le côté ukrainien ou le côté russe qui est le côté nazi est évidente.
L'actuelle impulsion impérialiste de la Russie est certainement motivée par l'héritage de la guerre froide de Vladimir Poutine, ainsi que son besoin de distraire les Russes de la COVID-19 et des difficultés économiques actuelles. Mais elle découle également d'une source d'idéologies extrémistes. Poutine et son entourage sont fortement influencés par des penseurs d'extrême droite tels qu’Alexandre Douguine, la principale référence de la Russie en matière de fascisme et d'impérialisme.
D'autres personnalités moins connues en Occident sont particulièrement importantes pour Poutine. Comme Lev Gumilev, historien nationaliste et eurasiste, fils de la poétesse Anna Akhmatova. La combinaison de ces influences est à l'origine d'une politique en pleine évolution, à la fois tournée vers l'intérieur et vers l'extérieur, qui n'apprécie pas d'être imposée, mais est désireuse de dominer.
L'aspect eurasien est l'un des moins bien compris. Les distinctions que les Russes de droite font entre eux et les « Anglo-Saxons » sont particulièrement inquiétantes. Dans l'imaginaire populiste de Poutine, la Russie est un ethnos, pas un pays multiculturel. De telles références sont récurrentes de la part des porte-paroles du Kremlin.
Si seulement l'Occident était aussi simple. Par conséquent, l'animosité est dirigée vers les oligarques juifs d'Ukraine, qui, contrairement à ceux de Russie, s'accrochent au monde occidental pour préserver leur pouvoir et leur richesse. Les élites ukrainiennes sont responsables de tous les péchés, qu'il s'agisse d'essayer de détruire la culture russe ou d'inciter à la violence, que ce soit les néonazis ou les terroristes islamiques. Selon cette vision du monde, leur objectif ultime est de faire entrer l'Ukraine dans l'OTAN afin qu'elle puisse miner la Russie, tant militairement qu'économiquement, pour protéger leurs intérêts.
Pourquoi est-ce que les riches du pays voudraient commettre un tel suicide national ? Voilà une question à laquelle seul Poutine semble détenir la réponse. Cela fonctionne pour lui, et permet en plus de créer un écho typiquement conspirationniste.
Si la vie dans notre environnement de post-vérités nous a bien appris quelque chose, à force de répétitions, c'est que la vérité est de plus en plus grande. Le Kremlin s'est montré plus que capable de raconter des conneries au monde entier. C'est dans la nature de la guerre de multiplier des mensonges de la sorte, et la désinformation raciste reflète la politique nationaliste de Poutine.
La tournure que prennent les événements aujourd'hui ne devrait surprendre personne. Vladimir Poutine a l'habitude d'utiliser la force militaire dans les régions où il voit la possibilité d'un avantage russe. De la Tchétchénie à la Géorgie, en passant par la Syrie et la Crimée, l'ancien officier du KGB a maintes fois bafoué le droit international dans le but de récupérer des possessions soviétiques.
Le mépris de l'État de droit est une routine pour les puissances impériales. Il suffit de voir les justifications de l'invasion de l'Irak et de l'Afghanistan par les États-Unis. Elles étaient également fondées sur des fantasmes et des mensonges. Or, même selon ces critères, l'invasion de l'Ukraine est une attaque particulièrement effrontée contre le statu quo – dans ce cas, la sécurité européenne qui existe plus ou moins depuis 1945.
L'OTAN a peut-être rompu des accords visant à ne pas s'étendre aux anciennes colonies russes. Le problème étant que ces colonies voulaient en faire partie pour se protéger si Moscou sortait à nouveau de ses gonds. Comme aujourd'hui.
C'est un classique cercle vicieux rendant impossible de faire ce qui est juste. L'Est et l'Ouest sont tous deux à blâmer.
Souhaiteriez-vous partager une frontière avec la Russie ? Même dans le meilleur des cas, c'est une relation exigeant beaucoup de gestion et davantage de dépenses dans la défense. Il suffit de demander aux Finlandais, aux Norvégiens ou aux Suédois.
En ce qui concerne l'Ukraine, il existe toute une série de possibilités quant à la manière dont la situation pourrait évoluer. Au cours des deux dernières semaines, il semblait judicieux de miser sur une intervention limitée dans les régions à l'est du pays. La défense des territoires sécessionnistes aurait été plus facile à justifier que l'invasion en cours.
Cela aurait pu laisser le temps à d'autres fissures d'apparaître dans cet édifice déjà branlant qu'est le système de sécurité de l'Atlantique Nord. Naturellement, cela aurait provoqué des sanctions. Or, une opération plus limitée aurait permis aux États-Unis et à l'Union européenne de passer plus de temps à débattre des sanctions les plus appropriées et de la durée de leur application.
Vladimir Poutine a opté pour l'option du tout pour le tout, pensant qu'il valait mieux arracher le pansement du premier coup.
Néanmoins, cela semble avoir créé un grand nombre de problèmes, dont le moindre est qu'il puisse installer un gouvernement fantoche à la place du Président élu Volodymyr Zelenskyy. Il est difficile d'imaginer une sorte de gouvernement russe par procuration sur le modèle de celui dirigé par Viktor Yanukovych de 2010 à 2014.
L'homme fort de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, est un meilleur modèle, susceptible d'être importé des rangs des chefs rebelles d'Ukraine de l'Est. Il est beaucoup plus impliqué que, par exemple, le Président syrien Bashar al-Assad, qui au mieux est la figure de proue des généraux russes dirigeant la Syrie. Une occupation à long terme en Ukraine impliquerait également des dépenses financières importantes.
Bien que l'on puisse s'attendre à une augmentation des revenus de la Russie provenant du pétrole et du gaz naturel, le coût des inévitables sanctions et la perturbation des échanges commerciaux pourraient facilement contrebalancer cette hausse. Ironiquement, plus le prix du pétrole reste élevé, plus les opérations de fracturation aux États-Unis et ailleurs risquent de reprendre, menaçant de faire baisser les prix et ainsi nuire à Moscou.
Plus les troupes russes resteront en Ukraine et plus leur présence sera lourde, menant à une probabilité plus grande qu'une insurrection locale se forme pour les contrer.
Les expériences de la Russie en matière de guérilla ont jusqu'à présent varié de l'échec en Afghanistan à une victoire extrêmement coûteuse en Tchétchénie. Ces deux guerres ont été menées dans des endroits où les Américains et les Européens ne se souciaient guère des populations locales ou craignaient qu'elles ne soient composées de djihadistes désespérés, et qu'elles puissent ainsi bien être éliminées. Les Ukrainiens, en revanche, sont des Blancs dans le lexique occidental. Ils sont comme nous. La perspective de mener avec eux une guérilla à long terme ne fera que ternir la mauvaise image de la Russie.
Imaginez les violations des droits humains et les atrocités qui seront commises contre les Ukrainiens. Les antécédents de la Russie dans l'est de l'Ukraine sont déjà déplorables. En considérant la violence extrême employée par les Russes pour écraser la résistance djihadiste dans des villes comme Grozny, ou plus récemment, dans des villes syriennes comme Alep, et vous en aurez une idée.
Quelle que soit l'issue, il est difficile d'imaginer la Russie revenir dans la courtoisie internationale, de refaire des opérations bancaires à Londres et d'exporter du gaz en Allemagne. Nous assistons à une transformation fondamentale de la place de Moscou dans le monde.
Tout comme dans le cas de la COVID-19, il n'existe plus de statu quo « normal » auquel revenir. La situation est fluide et change rapidement. Il est difficile de se tenir au courant, et une analyse aujourd'hui a une date de péremption très courte.
Ce qui est clair, c'est que nous assistons au déroulement d'une horrible tragédie. Les événements de nos jours sont un désastre, et de plus grandes calamités sont certainement à venir.
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La culture et les coutumes des Mros doivent être préservées
Younguang Mro: « son apparence est comme un rayon de lumière dans la région sombre et isolée de Chittagong Hill Tracts. » Oeuvre et mots de Tufan Chakma. Utilisée avec permission.
Chaque année, la Journée internationale de la langue maternelle vise à promouvoir une prise de conscience de la diversité culturelle et linguistique et à célébrer toutes les langues maternelles parlées dans le monde. Cette année, le point fort de cette journée au Bangladesh a été la publication du premier livre de grammaire écrit en mru, une langue indigène en voie de disparition.
Le peuple Mro (ou Mru) vit dans le district de Bandarban, dans la région des Chittagong Hill Tract (CHT), au Bangladesh. Selon le recensement de 1991, sa population s'élevait à 22 178 habitants. Sa langue fait partie de la famille des langues sino-tibétaines.
En 1982, un adolescent de 17 ans du nom de Kramadi Menle a mis au point l'alphabet mru. C'est un alphabet simple, qui s'écrit de gauche à droite, et dont les caractères ne se combinent pas. Cependant, le développement plus approfondi de la langue se révèle être un processus lent. Il existe aujourd'hui un bloc Unicode pour la langue mru, mais il ne peut toujours pas être écrit en ligne.
Première et quatrième de couverture du premier livre de grammaire mru « Totong ». Image transmise par Younguang Mro et Adibasi Barta. Utilisé avec permission.
Le premier livre de grammaire mru s'intitule « Totong » et a été écrit par Younguang Mro, un auteur et chercheur membre de la communauté Mro, dans la région des Chittagong Hill Tracts. Il l'a développé et écrit en s'inspirant des codes des grammaires anglaises et bengalies. Même si quelques livres avaient déjà été publiés en mru auparavant, c'est la première fois que des structures grammaticales figées de la langue sont renseignées sur papier.
Le lancement du livre s'est déroulé dans un cadre informel, le 17 février 2022, dans la maison de l'auteur à Ujani Para, dans la ville de Bandarban. Au cours de la cérémonie, Younguang Mro a prononcé les mots suivants :
এ বইয়ের মাধ্যমে ম্রো সম্প্রদায়ের লোকজন শুদ্ধভাবে তাদের ভাষায় লিখতে ও পড়তে পারবে। বিশেষ করে ম্রো শিক্ষার্থীদের বাংলা ও ইংরেজি ব্যাকরণ বোঝার জন্য বইটি সহায়ক ভূমিকা রাখবে।
Ce livre permettra aux membres de la communauté Mro de lire et d'écrire correctement dans leur langue. Il aidera particulièrement les élèves Mro à également comprendre les grammaires bengalies et anglaises, puisqu'elles sont construites de manière similaire.
Après avoir été diplômé du Département des langues orientales de l’Université de Chittagong, Younguang Mro a commencé à travailler pour le développement socio-culturel de sa communauté. En qualité d'auteur, il a publié jusqu'à présent un total de 28 livres portant sur la culture mro et sur les contes de fées, dont 18 sont écrits en mru et 10 en bengali.
Ngansing Mro, professeur de mru, était présent au lancement du livre. Il a participé à la discussion et a déclaré :
ম্রো বর্ণমালা আবিষ্কারের পর তাদের হাতে লিখে লিখে বর্ণমালা পড়ানো হতো। এখন নিজেদের ভাষায় বই আকারে ছাপা হলো। এর ফলে এখন থেকে বইটির মাধ্যমে শিক্ষার্থীরা ম্রো ভাষা আরও শুদ্ধভাবে লিখতে ও পড়তে পারবে।
Depuis la création de l'alphabet mru, nous utilisons des manuscrits écrits à la main pour enseigner aux élèves. Maintenant que l'alphabet et la grammaire sont imprimés dans un livre, les élèves seront capables de lire et d'écrire notre langue avec plus d'exactitude.
Le Salon du livre d'Ekushe, le plus grand au Bangladesh, se déroule actuellement et de nouveaux livres sont publiés chaque jour. Sur Facebook, la jeune autrice Suhan Rizwan témoigne de la gratitude qu'elle ressent à la publication de premier livre de grammaire mru :
বইমেলার সমস্ত বইয়ের মাঝেও যে বইটা অমূল্য।
Parmi tous les livres du Salon, celui-ci est d'une valeur inestimable.
Le jeune artiste Tufan Chakma met en évidence, par le biais des arts visuels, plusieurs problèmes auxquels sont confrontées les communautés autochtones au Bangladesh. Sur Facebook, il a relevé que l'apparence de Younguang était « comme un rayon de lumière dans la région sombre et isolée de Chittagong Hill Tracts ».
Une pluralité de langues au Bangladesh
Au Bangladesh, 98 % de la population parle le bangla, aussi connue sous le nom de bengali. Selon les données fournies par les anthropologues et par les chefs de tribu, le pays compte environ 5 millions d'habitants répartis en 47 communautés indigènes. Dans ces dernières, 30 langues appartenant à 4 groupes linguistiques sont largement parlées, et 12 à 16 langues sont en plus ou moins en voie de disparition. Le chercheur autochtone Salek Khokon a mentionné dans un article sur le site d'information en ligne BdNews24.com que le kurukh et le nagari avaient presque disparu. Le mru, quant à lui, figure sur la liste des langues grandement en voie de disparition établie par l'UNESCO.
Une carte des langues parlées au Bangladesh. Image issue de Wikipedia, réalisée par Map Master. CC BY 3.0.
Afin de protéger les langues menacées, la Politique nationale d’éducation adoptée en 2010 reconnaît le droit des enfants autochtones à apprendre dans leur langue maternelle à l'école primaire. Il y est stipulé que « les enfants autochtones doivent être instruits par des enseignants de leur communauté et disposer de manuels scolaires dans la langue locale afin de pouvoir apprendre dans leur langue maternelle. » Selon l'article 20, « des écoles primaires seront érigées dans les zones isolées habitées par des tribus (collines ou plaines). » Dans le cadre de la mise en oeuvre de cette politique, le Gouvernement a commencé à équiper les écoles primaires de manuels scolaires écrits dans un certain nombre de langues autochtones. Cependant, cinq ans plus tard, l'initiative se heurte à une crise provoquée par le manque d'enseignants autochtones qualifiés.
Les peuples tirent leur progrès de l'acquisition de connaissances par le biais des langues. C'est d'ailleurs un rôle majeur que jouent ces dernières, et particulièrement la langue maternelle, dans leur survie. Pour apprendre et pratiquer une langue correctement, une grammaire structurée est requise. Dans ce contexte, le manuel « Totong » réalisé par Younguang tourne une nouvelle page de l'histoire du développement linguistique de la communauté Mro.
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Chats dans la voiture. Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
Cet article est le deuxième d'une série de trois articles rédigés par Abel Polese sur sa fuite de Kiev vers la Roumanie accompagné de ses enfants, de ses deux chats, de son ex-femme et de son mari après l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février. Abel Polese est chercheur, formateur et agent de développement. Il dirige plusieurs projets sur les économies parallèles en Ukraine. Le soir du 23 février, il s'est rendu par avion à Kiev, mais a dû quitter la capitale dès le lendemain à l'aube.
Des routes de campagne à n'en plus finir. Les yeux rivés sur les portables, vous attendez tous nerveusement les dernières nouvelles du front. L'espoir, partagé par beaucoup, que l'ouest de l'Ukraine sera toujours considéré comme un lieu sûr est en train de se dissiper. Des attaques sont menées presque dans tout le pays. Tout est silencieux autour de vous. Quelques voitures, des paysages magnifiques, des arbres, des montagnes, des rivières gelées. F ne peut pas s'empêcher de faire l'éloge de toute cette beauté. Votre ex-femme ne dit rien, mais vous savez que son cœur saigne à l'idée de devoir abandonner tout cela.
C'est si tranquille. Les Russes parviendront-ils jusqu'ici ? Bientôt des blocs de béton semés sur la route ralentissent la circulation ; des points de contrôle et des soldats sont présents même sur les petites routes. Vous vous demandez comment les Russes vont-ils pouvoir avancer de là-bas jusqu'ici, mais il est préférable que votre question reste sans réponse. Après tout, même Ivano-Frankivsk, l'une des provinces les plus éloignées, a été touchée ; la seule solution possible est bien évidemment de quitter le pays.
Un pont, une centrale hydroélectrique. Arrêt de la circulation. Tous les véhicules sont inspectés. Que font les soldats ici, si loin du conflit ? Ne soyez pas si crédule… L'attente est longue ; c'est enfin votre tour et vous traduisez pour F à qui on demande d'ouvrir le coffre de la voiture.
- Vous transportez des explosifs ?
- Bien sûr que non! Nous fuyons Kiev, nous avons pris des vêtements, les chats et avons pris la route.
- Je demandais juste comme ça; vous pourriez avoir vos réserves personnelles (peut-être espère-t-il que oui et que nous pourrions les partager avec eux ?)
- Non, nous n'en avons pas; on peut y aller maintenant ?
La route est encore longue mais un ami apprend que vous êtes près d'un village ou habitent des proches. Hésitant un peu vous annulez votre réservation et changez d'itinéraire en avertissant les passagers qu'ils vont sans doute manger du bortsch !
L'endroit est tranquille. On ne dirait pas qu'un conflit fait rage à quelques kilomètres. Contre toute attente, vous passez une très bonne nuit. La maison est immense et votre clan occupe même deux chambres ; du coup on peut séparer les chats, qui quelques fois miaulent en chœur dans la voiture. Un verre de vin de pays, des paroles réconfortantes et au lit. Le lendemain matin des syrniki tout chauds et fraîchement préparés vous attendent dans la cuisine. C'est votre premier repas depuis 24 heures.
Le temps est comme suspendu et vous êtes apeuré. Ne serait-il pas plus prudent de rester ici pour quelque temps ? Vos hôtes ont des fruits et des légumes. Ils élèvent des poulets, des cochons et ont un énorme cellier bondé de provisions (confiture, tushenka, kompot…). Votre voiture est remplie de pommes, de conserves et d'espoir. Il fait chaud ce matin et vous gardez espoir. Du coup, personne n'est pressé de partir. Vous avez choisi de traverser à un petit poste frontalier où il ne devrait pas y avoir trop de circulation. Les au revoir n'en finissent pas. Quand enfin vous partez, c'est déjà la fin de la matinée.
Un autre monde, loin de Kiev. Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
La route qui mène à la frontière ne ressemble pas à ce que vous imaginiez. Le chemin n'est pas du tout direct, vous devez faire de nombreux détours et empruntez des routes non goudronnées. Pourtant, même sur ces petites routes des camions déversent de la terre pour ralentir les voitures. Quand tout cela va-t-il s'arrêter ? N'y a t-il vraiment plus aucun endroit sûr et sans danger dans ce pays ? Pire encore, le poste frontalier que vous aviez choisi est fermé. Vous voulez à tout prix éviter le poste principal où la plupart des gens risquent de se rendre, mais apparemment toutes les autres frontières avec la Roumanie sont fermées . Vos amis appellent, mais personne ne décroche. Ce n'est pas le moment de prendre des risques. Il faut aller à la frontière principale.
Vous contactez vos amis roumains pour finaliser les derniers détails de votre arrivée en espérant être en Roumanie ce soir ou tôt demain matin. Mais quand vous êtes enfin à la frontière, vous comprenez tout de suite que malheureusement ce ne sera pas le cas. Une longue file de voitures vous empêche d'aller plus loin et de voir le poste frontalier. Combien de voitures attendent dans cette file ? La seule façon de le savoir est de marcher jusqu'à la frontière.
Franchir la frontière…peut-être
Vous n'avez toujours pas atteint le poste frontalier après 30 minutes de marche. Il fait anormalement chaud, très chaud pour un mois de février et heureusement. Beaucoup se seraient écroulés à attendre sous une tempête de neige. La file de voitures se divise en deux, puis en trois, puis de nouveau en deux. La police essaie de maintenir l'ordre mais en vain, trop de personnes (la plupart au volant de SUV ou de voitures de luxe) essaient de dépasser d'autres véhicules dans l'espoir de franchir plus vite la frontière. Là-bas c'est la guerre, et ici on se bat pour sortir du pays. Vous tremblez à l'idée de ce qu'il pourrait se passer si encore plus de voitures commençaient à se faufiler à l'avant de la file en cas de rumeurs de l'arrivée des Russes. Ce serait un vrai carnage.
En marchant vers le poste frontalier vous demandez aux gens depuis combien de temps attendent-ils. Certains depuis 24 heures. Vous regrettez d'être parti si tard, voire même de ne pas être arrivé à la frontière hier, quelle que soit l'heure. Mais heureusement vous avez bien dormi, pris une douche et mangé un repas chaud ce que sans doute vous ne pourrez pas faire dans les prochains jours.
Voitures à la frontière. Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
Les gardes frontaliers vous disent que oui, ils vous laisseront passer à la frontière, vous devez juste être patient. Du coup vous mettez au point une stratégie pour laisser la voiture en Ukraine et franchir la frontière à pied, vous devez juste convaincre le reste de la bande. Puis vous apprenez que l'autre voiture avec les trois grands-parents et le chien sont sur le chemin et arriveront dans la soirée. Ils seront en fait retardés à cause d'un barrage et n'arriveront seulement que demain, dans l'après-midi. Mais c'est logique de les attendre et de les aider à traverser la frontière.
Une fois de retour à la voiture, votre portable vous félicite d'avoir atteint votre cible de 10 000 pas par jour. Effectivement vous avez marché presque 14 kms pour aller jusqu'à la frontière et en revenir, avez des ampoules aux pieds et une seule paire de chaussures, celle que vous portez. Pour la première fois vous avez faim. Les biscuits portugais et le jus de fruit que vous avez emportés avec vous sont un vrai régal.
Mais vous ne pouvez pas vous empêcher d'être inquiet. Les rayons dans les magasins se vident et le TPV ne marche plus. Avec très peu d'argent, combien de temps pourrez-vous tous tenir ? De plus en plus de gens campent dehors alors que l'eau et les provisions diminuent.
À la tombée de la nuit, le froid s'installe et vous vous emmitouflez dans vos vêtements pour vous réchauffer. Les voitures avancent doucement mais à intervalles irréguliers. Parfois la circulation s'arrête pendant une heure, d'autres fois vous avancez de quelques mètres. Si ça continue comme ça, vous allez tomber en panne d'essence. Et vous devez conduire à tour de rôle par crainte de vous endormir et d'être doublé par d'autres voitures.
Embouteillages à la frontière pendant la nuit. Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
Le véhicule devant vous ne bouge pas. Le conducteur doit être en train de dormir ou est parti quelque part. F double la voiture, ce qu'il avait promis de ne pas faire. Il y a trop de voitures et lorsqu'il essaie de se réengager dans la file d'attente, on vous y empêche. Que faire ? Retourner où vous étiez est maintenant impossible, votre place est prise. Le seul moyen est de continuer à avancer. Comme les files de voitures n'ont plus aucun sens, vous lui dites de continuer même si vous allez énerver beaucoup de conducteurs. Puis la voiture s'arrête à quelques mètres d'un camion; vous êtes sur la file d'attente réservée aux camions et ne pourrez pas traverser la frontière que si vous restez dans cette voie.
De nouvelles rencontres
Des gens discutent juste à côté de vous, entre les voitures. Vous voulez dormir, il fait froid dehors, mais vous savez que c'est votre seule chance de retourner sur la bonne file. C'est la meilleure chose à faire. Très vite vous parvenez à deux choses : trouver une solution acceptable et légitime pour regagner la bonne file et vous faire de nouveaux amis. Les conversations vous rappellent les longues heures passées dans les trains ukrainiens à discuter avec des étrangers de tout et n'importe quoi, comme dans cette chanson de Mashina Vremeni, « razgovor v poezde ». Vous revenez à la voiture en grelottant mais maintenant vous êtes copains avec Dimitry, d'origine bulgare et spécialiste en informatique de Mykolaev qui offre des services aux gouvernements ukrainien et bulgare et qui vous dit tout sur le blanchiment d'argent dans le pays; et Andrey, un jeune homme qui a parcouru 48 kms de Kharkhiv seulement pour accompagner sa femme et ses enfants à la frontière, en sachant très bien qu'il ne sera pas autorisé à quitter le pays. L'Ukraine a proclamé la loi martiale et les hommes entre 18 et 60 ans ne peuvent pas sortir du territoire.
Vous avez avancé d'environ 800 mètres durant les 16 premières heures. Vous remarquez des bus remplis d'étudiants indiens et vous êtes étonné de la rapidité avec laquelle leur évacuation du pays a été organisée. De plus en plus de gens arrivent et la situation devient tendue. Des jeunes essaient de former une équipe pour tenter d'arrêter les voitures qui ignorent la file d'attente. Un homme d'âge moyen commence à crier et insulter une femme qui l'accuse de vouloir la doubler. Vous vous mettez d'accord avec vos nouveaux amis pour aller de nouveau jusqu'au poste frontalier et voir où en est la situation. Votre plus jeune fils vient aussi. Il a besoin de se dépenser et marcher fera l'affaire.
La situation est bien pire qu'hier. Des voitures font demi-tour et repartent, leurs passagers probablement effondrés; la compagnie d'assurance n'a plus de formulaires (les voitures immatriculées en Ukraine doivent avoir une assurance auto internationale pour entrer dans l'UE et tous les services en ligne sont bloqués, du coup seul l'imprimé de la police d'assurance est accepté). Même la file d'attente pour traverser à pied la frontière n'est plus qu'une foule de gens amassée autour de la barrière de sécurité et les gardes les autorisent à entrer à pas de tortue.
Au retour, votre ami décide d'acheter un café quelque part. Le premier magasin est plein, le deuxième aussi. Le troisième a du café mais pas de gobelets; si vous avez un gobelet, on peut vous faire un café. De plus en plus inquiet, vous remarquez que les rayons sont de plus en plus vides. Il reste des bouteilles d'eau gazeuse contrairement aux bouteilles d'eau plate qui ont toutes été vendues.
Deuxième article d'une série en trois volets. La première partie a déjà été publiée, et vous pouvez lire la troisième partie ici.
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La Turquie, l'un des rares pays à accueillir les Russes.
Concert de charité des Russes contre la guerre à Istanbul. Photo publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Lors d’une réunion à Istanbul, un groupe de journalistes russes, anciennement basé en Russie, s’est réuni pour aborder les projets d’avenir du pays. Ils étaient organisés, mais semblaient également inquiets. La plupart des personnes présentes étaient des journalistes d’une chaîne de télévision en ligne indépendante : TV Rain (Dojzd).D’autres faisaient partie de plateformes en ligne nommées The Village et Semnasem.
Les principales préoccupations concernaient leur avenir, la fermeture des frontières et leurs conditions de vie. Mais, surtout, leurs pensées vont vers leurs amis et leurs familles, laissés derrière eux au moment du départ. Ils redoutent fortement la persécution.
En Russie, une nouvelle loi sur les fake news, adoptée le 4 mars, prévoit jusqu’à 15 ans d’emprisonnement et des amendes plus lourdes pour la diffusion de « fausses » informations à propos des forces armées du pays. Le Kremlin a également interdit aux médias d’utiliser le mot « guerre » pour évoquer l’invasion actuelle de l’Ukraine. Les Russes ayant quitté le pays ou envisageant de le faire ainsi que les citoyens ayant exprimé des sentiments anti-guerre ont été, le 16 mars, qualifiés de traîtres et d’ordures par Vladimir Poutine.
« Si c’est le prix à payer pour condamner cette guerre, alors qu’il en soit ainsi ». C’est ce qu’a déclaré un journaliste dans une interview accordée à Global Voices. Il dit avoir fui la Russie pour la Turquie ces dernières semaines.
Mais les journalistes ne sont pas les seuls à fuir la Russie en laissant leur vie derrière eux. Des étudiants, des enseignants, des familles avec des jeunes enfants, des militants et même une danseuse étoile ont fui le pays. La Russie s’isole de jour en jour en raison des sanctions économiques et politiques qui lui sont infligées. La dramaturge moscovite, Polina Borodina, elle aussi contrainte de fuir à Istanbul en début mars, a déclaré : « Ils n’ont pas seulement emporté notre avenir; ils ont aussi emporté notre passé ». La Turquie, la Géorgie, l’Arménie, le Kazakhstan, et le Kirghizstan figurent parmi les principales destinations où les Russes peuvent se rendre sans visa. Konstantin Sonin, économiste de l’Université de Chicago, a déclaré que quelque 200 000 Russes avaient fui avant le 10 mars.
Je ne compare pas la détresse des Russes avec celle des Ukrainiens qui sont bombardés par l’armée russe, mais plus de 200 000 personnes ont fui au cours des dix derniers jours. Un exode tragique jamais vu depuis un siècle.
Selon le ministre géorgien du Tourisme, 20 876 Russes sont arrivés en février 2022. Bien que la Turquie ne dispose pas de chiffres actualisés concernant le nombre de personnes arrivant dans le pays, en janvier 2022, 134 215 Russes avaient choisi ce pays pour leurs vacances. L’Arménie n’a pas communiqué de chiffres récents. Dans un tweet suivant l’exactitude de l’estimation, Sonin note : « Le Gouvernement arménien a donné le chiffre de 80 000 personnes sur place ; le maire de Tbilissi a parlé de 20 à 25 000 personnes. Chaque jour, il y avait plus de vols à destination d’Istanbul que vers Erevan. À cela s’ajoutent les escales à Tel-Aviv, Almaty et Bichkek pour des destinations telles que l’Estonie, la Lettonie et la Finlande. Donc, le nombre réel d’arrivée était inférieur à 200 000. »
Ces dernières semaines, en se promenant dans les rues de certains quartiers d’Istanbul, on ressent davantage la présence de visiteurs russophones. Une femme russe qui s'est confié à Global Voices a déclaré qu’elle était professeur de yoga à Moscou et qu’elle est arrivée sur place le 5 mars. Elle projette maintenant de se rendre à Bali pour rejoindre des amis qui, espère-t-elle, lui viendront en aide. Appareil photo argentique derrière son épaule, elle sourit gentiment, disant qu’elle préfère capturer des portraits. « C’est vieux, mais c’est génial » dit-elle, debout devant une pharmacie locale du quartier Faith, accompagnée d’un groupe de Russes, qui tentent d’acheter des produits médicaux et alimentaires à envoyer en Ukraine. Un membre du groupe explique que la dépêche fait circuler une liste de produits médicaux et alimentaires dont a besoin l’Ukraine, dévastée par la guerre.
D’autres aident à travers leur musique. Pour protester contre l’invasion de l’Ukraine par la Russie et collecter des fonds pour les réfugiés ukrainiens, le rappeur russe Oxxxymiron, également connu sous le nom de Miron Fyodorov, a lancé une série de concerts intitulée « Les Russes contre la guerre. » Le premier concert a eu lieu dans le quartier animé de Kadikoy à Istanbul. Une foule composée principalement de Russes ayant récemment fui leur pays s’est lentement rassemblée devant la salle de concert.
Le rappeur russe @norimyxxxo se bat contre la guerre du Kremlin. Son arme de prédilection ? Une série de concerts de charité intitulée « Les Russes contre la guerre » @JomanaCNN en parle : pic.twitter.com/HMha0QdLdW
Oxxxymiron a annulé ses six prochains concerts en Russie.Dans un message vidéo partagé via son Instagram, le rappeur a déclaré : [La guerre en Ukraine] est une catastrophe. C’est un crime. De ce fait, je reporte les six concerts pour une durée indéterminée. Je ne peux pas continuer à vous divertir en faisant abstraction de la situation en Ukraine. Pendant ce temps, les habitants de Kiev sont obligés de se cacher dans des abris et des gens meurent ».
Dans la vidéo suivante, le rappeur explique à ses fans en Russie, qui rejettent catégoriquement cette guerre, qu’il organise une série de concerts de charité appelés « Russes contre la guerre ». « À l’heure actuelle, il est impossible d’organiser un concert anti-guerre en Russie, car aussi étonnant que cela puisse paraître, tout sentiment anti-guerre est actuellement illégal. De par la censure très omniprésente, toute personne s’exprimant contre la guerre, de quelque manière que ce soit, devient une cible potentielle de poursuites pénales ».
Les bénéfices des concerts sont adressés aux réfugiés ukrainiens.
Pour Nigina Beroeva, une journaliste indépendante qui est arrivée à Istanbul le 3 mars, ces rumeurs de persécution sont très proches de la réalité. Basée à Moscou, Nigina a quitté sa famille, sa vie et sa maison, par une décision qu’elle décrit comme émouvante, à la veille de l’adoption de la loi sur les « fake news ». « Cette loi stipule que les citoyens russes ne peuvent pas qualifier ce mouvement comme étant une « guerre ». Ils ont l’interdiction d’utiliser d’autres sources d’information que le ministère de la Défense et de la Fédération de Russie. Travailler en tant que journaliste dans de telles conditions est impossible. Si vous violez cette loi, vous risquez 15 ans de prison. C’était une décision très choquante. Oui, nous avions peur qu’ils ferment le pays. Nous avions peur que les journalistes soient emprisonnés », a déclaré Nigina à Global Voices.
Nigina reporte actuellement les témoignages des Russes ayant fui leur foyer pour se rendre à Istanbul. Pour elle, chaque entrevue sonne comme une perpétuelle répétition de sa propre histoire. « Je filme les gens. Je filme leurs histoires. Et je me rends compte que c’est aussi mon histoire. Je ne pourrais pas revenir en arrière. Il n’y a nulle part où aller ».
De retour au concert de Kadikoy, Evgeniy, qui est arrivé à Istanbul il y a une semaine, a assisté à une manifestation de solidarité contre la guerre, tenant une pancarte qui indiquait : « nous avons permis à cette guerre de commencer. Dans une interview, Evgeniy a expliqué que lorsque la Russie a annexé la Crimée en 2014, les Russes étaient trop occupés pour y prêter attention. Notre attention est maintenant détournée ». « Personne ne s’attendait à ce que cela se produise maintenant. Je pense qu’en ce moment, ici à Istanbul, les Russes ont les yeux ailleurs, notamment avec : l'ouverture des comptes bancaires et la demande de permis de séjour. Mais la guerre fait toujours rage en Ukraine et même si je comprends que les gens puissent avoir des choses importantes à régler, cela n’est sûrement pas aussi essentiel que ce conflit armé ».
Evgeniy, tenant sa pancarte devant la salle de concert. Photo fournie par l'auteur.
Nigina est d’accord. Dans l’appartement où Nigina et quelques autres journalistes russes séjournent temporairement, elle déclare que « les dilemmes moraux auxquels, les Russes en fuite, sont confrontés sont bien plus importants que des cartes de crédit inutilisables. Comment parler aux Ukrainiens ? Comment répondre aux accusations ? »
Depuis le 10 mars, suite aux sanctions appliquées, les cartes Visa et Master émises par les banques russes ne fonctionnent plus. Comme beaucoup d’autres personnes planifiant leur nouvelle vie en dehors de la Russie, Nigina ne sait toujours pas où elle sera dans quelques temps et si elle retournera dans son pays. « Je ne sais pas quand et si je pourrais rentrer chez moi. J’en aurai peut-être la possibilité » a-t-elle dit. Une chose est sûre, elle est contre cette guerre, tout comme d’innombrables autres personnes à l’intérieur et à l’extérieur de la Russie dont les voix sont étouffées par les actions d’un homme, de ses partisans et de sa machine de propagande.
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Quatre générations se retrouvent au milieu de nulle part.
Abel Polese, sur la route depuis Kiev. Photo d'Abel Polese, reproduite avec autorisation.
Cet article est le premier d'une série de trois articles rédigés par Abel Polese sur sa fuite de Kiev vers la Roumanie avec ses enfants, ses deux chats, son ex-femme et son mari après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Abel Polese est chercheur, formateur et agent de développement. Il dirige plusieurs projets sur les économies parallèles en Ukraine. Le soir du 23 février, il s'est rendu par avion à Kiev mais a dû quitter la capitale dès le lendemain à l'aube.
Il est 5 h 48 lorsque vous regardez l'horloge en vous demandant pourquoi vous vous êtes réveillé si tôt. Il vous faut un moment pour réaliser que votre (ex) beau-père (FIL) vous parle. Les mots « Demilitarizatsiya i denatsizatsiya » (démilitarisation et dénazification) retentissent à vos oreilles. Vous reprenez vos esprits et vous comprenez maintenant le sens de la phrase. Après tout, travailler jusqu'à 3 heures du matin la nuit dernière n'était pas une si bonne idée.
Mais le jeu a déjà commencé. Vous apprenez que vos enfants ont déjà quitté Kiev dans une autre voiture et que votre ex-beau-père part chercher une babouchka (grand-mère) alors que l'autre l'a clairement dit « je n'irai nulle part. »
Vous allez dans le jardin et entendez des explosions tout près. Vous n'êtes pas encore en danger, mais manifestement il se passe quelque chose. Vous vous souvenez des bombardements factices durant les guerres de Yougoslavie mais vous n'êtes pas certain que l'on puisse vraiment parler de la même chose dans ce contexte.
Vous ne comprenez pas pourquoi il faut tant de temps pour prendre une décision. Le pays est sous les bombardements et vous vous trouvez au cœur de la capitale. Ils viendront pour vous tous alors pas de besoin de discuter. Mais Babouchka ne cesse de répéter : « Je ne peux pas imaginer Poutine tirer sur son peuple frère, tout va bien se passer. » En est-il vraiment capable ? Pendant un instant vous espérez que Poutine se contentera des régions de Donetsk et Lougansk et d'exhiber sa puissance militaire.
Mais votre situation est différente de la leur, il vous est donc plus facile de prendre une décision rapide. Fuir pour vous signifie rentrer à la maison alors que pour eux, il signifie abandonner tout ce qu'ils ont, et peut-être pour toujours (maison, amis, possessions), et entasser les souvenirs de toute une vie dans une petite valise.
Lorsque vous prenez enfin la route, vous regrettez avoir perdu tant de temps à discuter. La voiture qui transporte vos enfants, leur mère, son mari et les deux chats a déjà quitté Kiev. Vous êtes bloqué dans un embouteillage. Vous vous demandez si cette circulation dans Kiev à 7h du matin est normale ou si les gens s'enfuient de la capitale, et où vont-ils?
Vous convenez d'un lieu de rendez-vous avec l'autre voiture mais devez le changer après la découverte d'une cible militaire sur le chemin; c'est trop risqué. Mais prendre d'autres routes est aussi dangereux. Finalement, vous convenez de vous retrouver dans un petit village facile à repérer même en cas de coupure totale des réseaux Internet et mobiles.
Guerre ou pas guerre
La vie semble suivre son cours dans la capitale. Pendant un instant vous envisagez de rester. Après tout, vous avez un rendez-vous à 11h et un massage prévu après le déjeuner. Mais comme les enfants ne sont pas là, vous n'avez pas vraiment de raison de rester. Et puis vous remarquez les files d'attente aux supermarchés et aux stations d'essence et félicitez votre ex-beau-père d'avoir fait le plein dès l'apparition des premières tensions. Vous annulez tous vos rendez-vous pour aujourd'hui et la semaine prochaine. Vous ne voyez aucun GAB mais apprendrez plus tard que les guichets automatiques sont aussi pris d'assaut par la population.
Kiev est gigantesque. Vous le saviez déjà mais maintenant vous en faites aussi l'expérience. Au travers des embouteillages et files d'attente aux stations d'essence, vous apercevez la ville d'Irpin où vous aviez l'habitude de vous rendre pour parler aux élèves de l'école de police. C'était il y a longtemps, une époque d'insouciance maintenant révolue.
En tout cas les avions volent toujours. Nous pourrions peut-être fuir le pays par avion si beaucoup d'Ukrainiens, espérant que la situation ne s'aggrave pas, décidaient de rester. Mais vos espoirs sont de courte durée. Quelques minutes plus tard, vous apprenez que l'espace aérien ukrainien est fermé. Vous êtes bloqué dans le pays et le seul moyen d'en sortir est par la route.
Vous vous rappelez vos années estudiantines lorsque, pour économiser de l'argent, vous traversiez presque toutes les frontières de l'Ukraine à pied ou en train en transportant des marchandises pour des petits contrebandiers. Vous idéalisez cette époque (picoler avec des contrebandiers, découvrir d'autres mondes), mais vous vous souvenez aussi très bien qu'en temps normal traverser la frontière à pied est un véritable enfer, et vous ne pouvez imaginer ce qui vous attend vu le contexte actuel.
Une fois de plus vous changez de route à cause des nombreux bombardements. Même l'ouest du pays, que vous considériez sans danger, a été bombardé. Pour l'instant ce ne sont que des cibles militaires, mais existe-t-il un endroit où vous pourriez vous cacher pour quelque temps?
Une réunion de famille inhabituelle
Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
L'heure pour la réunion de famille a sonné. L'autre voiture est garée entre un bois et une station d'essence abandonnée. Quatre générations se retrouvent au milieu de nulle part : vos enfants, leur mère, ses parents et son mari, sa grand-mère, deux chats et un chien. Une famille qui fuit la guerre. On oublie tout et on fait un selfie avec tout le monde dans un endroit des plus inattendus.
C'est décidé. Vous continuerez la route avec les enfants. Leur mère, les grands-parents et le chien vont rentrer à Kiev. Elle a déjà expliqué à de nombreuses reprises qu'elle ne voulait pas partir et votre ex-beau-père en a assez d'entendre la même chose, du coup ils vont la ramener là-bas. Ils disent qu'après tout, si l'Internet et l'électricité fonctionnent encore, la situation n'est peut-être pas si grave.
Vous prenez des petites routes en direction du Sud-ouest. Votre ex-femme a réservé une chambre dans une région supposée sans danger. Le propriétaire a promis de loger tout le monde. Pour l'instant l'objectif est d'y parvenir en un seul morceau, de dormir un peu et de décider de la suite.
Vous quittez la route principale et commencez à prendre les petites routes. Le GPS indique une durée de trajet de six heures ou plus. Vous conduisez depuis plus de deux heures lorsque vous apprenez que votre ex-beau-père a fait demi-tour et va vous rejoindre. La région de Kiev vient d'être bombardée et il est trop dangereux d'y retourner.
Photo de Abel Polese, reproduite avec autorisation.
Votre portable n'arrête pas de sonner. Votre famille et vos amis vous demandent avec insistance où vous êtes, ce que vous faites, où vous allez, ce qui se passe. Étant donné que la situation peut empirer à tout moment et qu'ils sont inquiets, ils répètent sans cesse les mêmes questions. Vous êtes touché par toute cette attention mais vous êtes légèrement occupé à essayer de rester en vie et avez besoin de votre portable pour lire la carte et vous informer sur les zones de combats.
En plus l'Internet ne marche pas très bien, du coup vous abandonnez tout espoir d'assister à vos deux réunions d'affaires par téléconférence depuis la voiture et vous les annulez. Aussi, vous ne savez pas combien de temps l'Internet va encore fonctionner, alors vous laissez tomber et passez en mode de survie.
Premier article d'une série en trois parties. Le deuxième article sera publié bientôt.
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La Chine continue de « démentir le génocide du peuple ouïghour »
Manifestation pour la défense des droits du peuple ouïghour, le 19 janvier 2020 à Berlin, Allemagne. Photo par Leonhard Lenz, CC0, via Wikimedia Commons.
[ Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt. ]
Aujourd'hui, le monde entier est en deuil, compatissant envers le peuple ukrainien qui est guerre face à un ennemi beaucoup plus puissant que lui, priant Dieu qu'il ne subisse pas le même sort.
Mais il y a à travers le monde des personnes qui observent la situation en Ukraine avec intérêt et qui, en effet, sont envieuses de ce que les Ukrainiens traversent, aussi étrange que cela puisse paraître. Ces personnes adressent silencieusement leurs prières à Dieu : « Seigneur, pourrais-tu nous accorder une opportunité similaire à celle accordée aux Ukrainiens ? »
Qui sont ces personnes ? Ce sont les Ouïghours du Turkestan oriental (région du « Xinjiang » en Chine) qui depuis plusieurs années sont victimes d'un génocide commis par la Chine.
Il y a plusieurs raisons qui motivent les Ouïghours à éprouver de l'admiration envers les Ukrainiens. La semaine dernière, le Président ukrainien Volodymyr Zelenskyy s'est adressé aux médias et a fait part de son courage et de sa loyauté envers son peuple. Lors d'une conférence téléphonique, celui-ci a également déclaré à des collègues dirigeants : « ceci est probablement la dernière fois que vous me voyez vivant ». L'année dernière, les dirigeants ouïghours Shirzat Bawdun et Sattar Sawut, accusés d'avoir organisé des activités « séparatistes », se sont exprimés à travers les médias, se lamentant[zh] « je me suis repenti, j'ai commis une erreur ». La différence entre ces individus n'est pas liée à leur niveau de patriotisme ou à leur personnalité, mais plutôt au statut politique (c'est à dire le destin) des deux peuples auxquels ils appartiennent. L'une de ces régions a déjà été envahie, tandis que l'autre est en train de l'être. L'une s'exprime sous la menace des tanks, l'autre dans la douleur et la torture.
Aujourd'hui, des Ukrainiens de 7 à 77 ans font fièrement part de leur position, ils déclarent « je suis contre l'occupation », tirent sur leurs ennemis, expriment leur haine, et manifestent leur colère afin de soigner leurs esprits blessés. En revanche, au Turkestan oriental, les Ouïghours sont forcés de remercier la Chine qui occupe leur territoire et dont le Gouvernement viole leurs droits et pille leurs richesses. Ceux qui parmi eux ne font pas preuve de gratitude envers la Chine sont emprisonnés pour suspicion de séparatisme, de terrorisme et d'extrémisme.
Depuis le 6 mars, plus d'un million de personnes ont fui l'Ukraine afin d'échapper à la mort et bénéficier de l'aide des pays voisins, tandis que les Ouïghours sont retenus contre leur gré et ne peuvent se déplacer d'un quartier à l'autre sans permission. Au cours des 10 dernières années, les Ouïghours qui ont tenté d'échapper aux restrictions, en fuyant sans passeport ou avec un faux passeport, et qui ont franchi la frontière avec le Cambodge, le Vietnam, l’Égypte, le Tadjikistan, le Kazakhstan, Dubaï[fr], l’Arabie Saoudite, et d'autres pays, ont été rapatriés en Chine par ces mêmes pays. Seulement quelques Ouïghours chanceux et quelques réfugiés kazakhs fuyant l'Ukraine ont réussi à trouver refuge en Pologne.
Le 4 mars, le Bureau des droits de l'Homme de l'ONU a confirmé le bilan des 331 civils tués et des 675 blessés depuis le 24 février, début de l’invasion russe en Ukraine. Ces chiffres choquants montrent la vitesse à laquelle sont commis ces crimes. En parallèle, depuis maintenant cinq ans, plus de trois millions d'Ouïghours connaissent une mort lente dans des camps et prisons. Erkin Sidick, scientifique et président de la fondation Uyghur Projects, qui a établi plusieurs conclusions au vu des chiffres officiels, à soulevé une question: « 8,3 millions de Ouïghours ont disparu en 2-3 ans. Où sont-ils passés? »
Selon des militants ouïghours, plus de 500 corps provenant des camps sont rapportés quotidiennement à leur domicile, mais seul Dieu et les officiers du Gouvernement chinois connaissent le véritable nombre de morts jusqu’à présent. Personne ne sait quand ce « processus » génocidaire cessera. Il est donc compréhensible que certains ouïghours considèrent la mort sanglante des Ukrainiens comme douce et facile.
Ce que les Ouïghours trouvent d’autant plus intéressant au sujet de la situation des Ukrainiens, c’est l’attention internationale qu'on y porte. Si un Ukrainien décède de cette guerre, les médias en parleront. Cependant, la situation terrible des Ouïghours ne reçoit que peu d’attention de la part du reste du monde. Par exemple, lorsque 150 d’entre eux sont décédés dans un des 380 camps de la région Ouïghour, seul le service ouïghour de la RFA (Radio Free Asia) localisé aux États-Unis a fait le choix et a été en mesure de traiter[uig] de ce sujet.
Le 28 février, 27 pays européens, avec lesquels les Ukrainiens s'identifient culturellement, ont émis un rapport en soutien aux Ukrainiens et ont imposé des sanctions à la Russie. En revanche, le monde musulman, auquel appartiennent les Ouïghours, a voté du côté de la Chine au sujet de la question des Ouïghours au sein de l'ONU. Le Secrétaire général de l'ONU António Guterres a condamné les actions de la Russie dès le deuxième jour de la guerre et a fait appel à une cession de l'invasion, tandis qu'il lui aura fallu cinq ans après les révélations sur le génocide des Ouïghours pour demander à la Chine d'autoriser l'ouverture d'une enquête sur la situation. L'ONU n'a d'ailleurs toujours pas reconnu le caractère génocidaire de cette situation, bien que huit pays occidentaux ainsi qu'un tribunal indépendant l'aient reconnu comme tel.
Bien que le soutien ne soit pas suffisant, et que les sanctions ne soient pas assez dissuasives, le monde prend la parole au nom des Ukrainiens et condamne les actions de la Russie. Dans le cas des Ouïghours, en revanche, la Chine a été récompensée par le monde pour ses performances aux Jeux olympiques d'hiver, alors que le génocide des Ouïghours était en cours.
D'ici la parution de cet article, l'Ukraine sera peut-être tombée entre les mains de la Russie dans son entièreté, mais les Ouïghours continueront d'envier les Ukrainiens, car ceux-ci demeurent toujours libres de choisir quand et avec qui se marier, tandis que les femmes ouïghour, elles, sont forcées d’épouser des hommes de l'ethnie chinoise Han qui ont occupé le pays, et leurs enfants, eux (environ 500 000) sont déportés dans desorphelinats de chine centrale, loin de leur terre natale.
Peut-être que les Ouïghours d'aujourd'hui deviendront les Ukrainiens de demain, comme les Ukrainiens d'aujourd'hui étaient hier des Ouïghours.
Aujourd'hui, la Russie a invité une délégation ukrainienne au Belarus afin de discuter de la situation, et exhorte Zelenskyy à accepter l'autorité russe. De la même manière, il y a 73 ans, Mao Zedong[fr] a invité des leaders de la République du Turkestan oriental, tel que Exmetjan Qasim[fr], afin de discuter des relations futures de leurs peuples. Les dirigeants ouïghours ont accepté l'invitation avec le « soutien » de Staline[fr], mais ils décédèrent[zh] dans un crash d'avion[zh] au sein même de l'espace aérien russe.
Ces éléments ne sont pas les seuls facteurs qui contribuent à l'envie et l'intérêt que les Ouïghours ressentent au sujet des Ukrainiens; l’enthousiasme dont fait preuve la Chine au sujet de la guerre entre la Russie et l'Ukraine en est un autre. Cette guerre qui agit comme une distraction pour le monde et qui donne à la Chine une opportunité rêvée de laisser le génocide des Ouïghours dans l'ombre durant cinq à dix ans de plus, la rapproche davantage de son objectif final qui est d'éradiquer l'ethnie ouïghoure à tout jamais.
Si les ouïghours du Turkestan oriental avaient un jour l'opportunité d'adresser une parole aux Ukrainiens, elle serait très certainement semblable à celle-ci: « Chanceux Ukrainiens ! Même si la moitié d'entre vous devaient être tués, ne baissez pas les armes. Autrement, vous devrez tous faire face à la mort, de la même manière que nous. »
Pour plus d'informations à ce sujet, veuillez consulter notre page dédiée à l’invasion russe en Ukraine.
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Ces films mettent en lumière la longue lutte du Myanmar pour la démocratie
Une capture d'écran du film Burma Rebel Artist : Moe Thandar Aung
Cette playlist de films provient de Cinemata, une plateforme de films sociaux et environnementaux sur l'Asie-Pacifique. Il s'agit d'un projet d’EngageMedia, une organisation à but non lucratif qui promeut les droits numériques, les technologies ouvertes et sécurisées, et les documentaires sur les questions sociales. Ce document est édité et republié dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.
Février 2022 marque marque le premier anniversaire de la prise de contrôle du gouvernement du Myanmar par la junte militaire, qui a fait dérailler la marche du pays vers la démocratie. Un an plus tard, des violations flagrantes des droits humains continuent de peser sur la population. Face à l'escalade des menaces sur leurs droits numériques, les habitants du Myanmar ont besoin de soutien pour tirer la sonnette d'alarme sur la détérioration de la situation des droits humains dans le pays.
EngageMedia a sélectionné une liste de films qui montrent l'ampleur des violations des droits humains dans le pays, ainsi que les formes courageuses de résistance à la violation continue des droits de la population. Marquant le premier anniversaire du coup d'État, « Une année de résistance » met en lumière la lutte de longue haleine du peuple du Myanmar pour la démocratie.
Cette collection de films a été conçue en solidarité avec le peuple du Myanmar. En mettant en lumière les histoires de troubles et d'atrocités, ces films espèrent inspirer l'action et le plaidoyer pour la justice et la liberté.
Après le coup d'État militaire de février 2021 au Myanmar, Moe Thandar Aung, une graphiste dont le travail abordait des thèmes liés au féminisme, a commencé à réaliser des œuvres de protestation pour soutenir les appels à la défense et au maintien de la démocratie dans le pays.
Aujourd'hui, des militants du mouvement de désobéissance civile en plein essor au Myanmar impriment ses œuvres en masse et sont encore plus nombreux à les partager publiquement.
Cette vidéo est réalisée par le cinéaste Stephen Minus (également connu sous le nom de Thet Oo Maung), basé au Myanmar. Il a récemment été interviewé dans un épisode de Pretty Good Podcast au sujet de son expérience de documentation des manifestations au Myanmar après le coup d'État.
« Black out »
À la suite du coup d'État de 2021 au Myanmar, le pays est confronté à des coupures d'Internet et d'informations imposées par l'État. Hnin, une mère célibataire, et Mon, sa fille et une manifestante contre le coup d'État, font partie de ceux qui ne peuvent plus accéder à Internet chez eux. Dans leur quête d'informations sur ce qui se passe sur le terrain, elles ne trouvent que des histoires inventées et des informations peu fiables.
« Myanmar activists denounce selling of their data to military »
Telenor – la deuxième entreprise de télécommunications du Myanmar – quitte le pays, vendant 100 % de la société à un groupe d'investissement libanais. Cette décision a fait craindre aux militants que leurs données ne se retrouvent entre les mains de l'armée à la suite de cette vente. Ils ont donc créé une pétition en ligne et organisé des cyber-manifestations pour mettre fin à cette « trahison ».
« Names and Faces of Myanmar’s Bloody Days »
Au cours des six mois du coup d'État de la junte, au moins 950 civils ont été violemment tués. Au total, 90 enfants de moins de 18 ans ont été assassinés, tandis qu'au moins 48 enfants ont été arrêtés.
« Wave »
Une militante humanitaire indépendante de l'État de Shan décrit le traumatisme qu'elle subit en travaillant dans un environnement imprégné de désespoir, mais aussi son engagement à aider les personnes contraintes de fuir les conflits armés. Ce film a été réalisé par Sai Naw Kham, Mon Mon Thet Khin, et Soe Yu Maw.
« Digital Rights in Myanmar »
Dans cette vidéo, des militants du Myanmar évoquent les défis auxquels ils sont confrontés en matière de droits numériques et de sécurité numérique, en faisant valoir que la liberté d'expression, la liberté d'organisation et la liberté d'association doivent rester des éléments protégés des droits numériques.
« Wake Up Myanmar »
Cette chanson a été créée par 24 jeunes de six régions différentes du Myanmar qui ont participé au projet de cohésion sociale d'un an de Turning Tables Myanmar « La voix des jeunes ». Ensemble, ils ont produit et enregistré la chanson « Wake Up » qui appelle à la démocratie, à la participation des jeunes et au développement durable pour remplacer la corruption et l'injustice.
« Striving for Democracy: Burma's Road to Freedom »
En quête de démocratie : le chemin de la liberté en Birmanie montre le voyage de deux moines birmans vers Jakarta, en Indonésie, quelques semaines après le passage du cyclone Nargis, à l'époque la pire catastrophe naturelle enregistrée au Myanmar. Au cours de leur voyage, ils ont raconté des histoires du Myanmar et de son peuple, et ont trouvé de nombreux supporters indonésiens en chemin.
Ce film de 2009 montre des images fortes de la révolution safran, une série de manifestations économiques et politiques menées par des étudiants et des moines bouddhistes qui ont balayé le Myanmar d'août à septembre 2007. Il met également en évidence le besoin permanent de solidarité internationale entre les Asiatiques du Sud-Est en période de bouleversements politiques, comme dans la situation actuelle au Myanmar.
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Elle écrit une nouvelle page de l'histoire de son pays
Francia Márquez. Photo de Darwin Torres. Utilisée avec autorisation.
Le nom de Francia Márquez Mina s'est fait connaître en 2018, après qu'elle ait reçu le prix Goldman pour l'environnement grâce à son travail de protestation contre l'exploitation minière illégale dans sa communauté. Aujourd'hui, elle est pré-candidate à la présidence de la Colombie.
La philosophie politique de Francia Márquez s'inspire de l’Ubuntu, un mot zoulou et xhosa qui signifie « Je suis parce que nous sommes ». Ce concept traditionnel sud-africain est devenu la devise de la pré-candidate, marquant une philosophie de la communauté et de l'interdépendance. « Je suis un maillon de la chaîne et la chaîne ne se brise pas ici », a-t-elle déclaré lors d'une convention féministe en 2021.
Sa proposition est centrée sur la construction collective depuis la base et sur l'intégration de toutes les populations historiquement exclues. Sa campagne et ses discours se sont concentrés sur les femmes, les peuples indigènes, les peuples afro-descendants et les communautés LGBTQ+.
Elle a parcouru les principales villes de Colombie avec des rassemblements massifs, pleins de couleurs, de musique et d'espoir pour ceux qui voient en Francia Márquez, une femme dont l'histoire est semblable à la leur et qui vient de régions et de contextes sociaux similaires, contrairement aux mêmes élites colombiennes qui dominent habituellement la politique.
Elle a reçu le prix Goldman après un long processus de militantisme communautaire au cours duquel elle a organisé les femmes de la communauté indigène de La Toma, dans les montagnes du Cauca, pour mettre fin à l'exploitation illégale de l'or sur leurs terres ancestrales en 2014. Francia Márquez a ensuite conduit 80 femmes pendant 10 jours dans une marche de plus de 500 km jusqu'à la capitale colombienne. À la suite de cette campagne, tous les mineurs illégaux et leur matériel ont quitté le territoire.
Dans son court discours d'acceptation du prix, Francia Márquez a clairement fait montre de son leadership dans les luttes environnementales, sa conscience de la lutte des Afro-descendants et son engagement pour la liberté, la justice et la vérité :
Soy una mujer afrodescendiente. Crecí en un territorio ancestral que data de 1636. Desde pequeños nos enseñan el valor de la tierra. Sabemos que los territorios en los que construimos nuestra comunidad y recreamos nuestra cultura no son un regalo, pues le costó a nuestros mayores muchos años de trabajo y sufrimiento en las minas y haciendas esclavistas. La crianza en mi comunidad se basa en valores como la solidaridad, el respeto y la honestidad.
Je suis une femme afro-descendante. J'ai grandi sur un territoire ancestral qui remonte à 1636. Dès notre plus jeune âge, on nous enseigne la valeur de la terre. Nous savons que les territoires sur lesquels nous construisons notre communauté et reconstituons notre culture ne sont pas un cadeau, car il ont coûté à nos aînés de nombreuses années de travail et de souffrance dans les mines et les plantations d'esclaves. L'éducation dans ma communauté est basée sur des valeurs telles que la solidarité, le respect et l'honnêteté.
Ainsi, à 36 ans, Francia Márquez continue de dénoncer une réalité qui touche non seulement sa région, mais également de nombreux autres territoires ancestraux, afro-descendants et indigènes. Elle a même risqué sa vie dans un pays qui, selon Amnesty International, est « le pays le plus meurtrier pour les défenseurs des droits humains ».
En Colombie, les peuples afro-descendants font partie des groupes historiquement marginalisés, car ils sont le résultat de l'esclavage des populations africaines. Aujourd'hui, ils continuent d'être victimes d'un racisme structurel, d'homicides et de déplacements forcés dus aux conflits armés, au trafic de drogue et à l'appropriation de leurs terres par les compagnies minières et forestières.
Francia Márquez fait aujourd'hui partie du Pacto Histórico (Pacte historique pour la Colombie), une alliance de partis de gauche et de centre gauche qui tiendra sa concertation nationale le 13 mars afin de choisir son candidat pour les élections présidentielles de mai 2022. Pour l'instant, Gustavo Petro, sénateur et ancien maire de Bogotá, est en tête des sondages préélectoraux.
Contrairement aux autres pré-candidats, Francia Márquez n'a pas une grande expérience dans l'arène politique. Malgré cela, elle s'est présentée telle qu'elle est : une avocate, afro-descendante, mère, cheffe de famille et leader communautaire qui a passé la majeure partie de sa vie à militer pour l'environnement et les droits humains. Jusqu'à récemment elle était particulièrement reconnue dans les communautés afro-descendantes et les mouvements environnementaux, mais son profil et ses idées sont devenus considérablement plus visibles, et la force avec laquelle elle se présente a été une source de débat et de surprise pour le pays.
Pendant la pandémie, et avec les limitations imposées aux foules et sur les places publiques, la campagne de Francia Márquez a inondé les réseaux sociaux de messages, de réunions, de photos, de musique et du soutien d'individus et de groupes sociaux.
Pour de nombreux Colombiens, Francia Márquez, femme afro-colombienne et pré-candidate à la présidence, a déjà écrit une nouvelle page de l'histoire de la Colombie. Cette femme, dont la vie a été menacée pour son militantisme et qui a vu des camarades perdre la vie en défendant la vie, est devenue une référence non seulement pour les femmes et les filles afro-descendantes comme elle, mais également pour toutes les personnes afro-descendantes, afin qu'elles sachent qu'il est possible d'écrire un avenir différent.
Dans cet esprit, la première femme noire à se présenter aux élections présidentielles dans l'histoire de la Colombie a conclu sa candidature officielle par ces mots :
Díganle a Colombia que después de 200 años, la nieta de las mujeres que fueron quemadas vivas por parir la libertad y la dignidad para este país, coloca todos sus esfuerzos, todo su amor, todo su compromiso, para hacer de esta Colombia un mejor lugar. Para que nuestros hijos e hijas puedan vivir en dignidad. Soy porque somos y como pueblo no nos rendimos, ¡carajo!
Dites à la Colombie que, 200 ans plus tard, la petite-fille des femmes qui ont été brûlées vives pour avoir donné naissance à la liberté et à la dignité pour ce pays met tous ses efforts, tout son amour, tout son engagement, pour faire de cette Colombie un endroit meilleur. Pour que nos fils et nos filles puissent vivre dans la dignité. Je suis parce que nous sommes, et, en tant que peuple, nous n'abandonnerons pas, bon sang !
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[Tous les liens de cet article renvoient vers des pages Web en anglais].
Appelée Xaymaca, « la terre du bois et de l'eau », par les Taïnos, la Jamaïque est d'une part confrontée à une menace majeure pour ses forêts en raison de la déforestation. D'autre part, la qualité de l'eau du Rio Cobre, l'une des principales ressources de l'île, a également été gravement compromise par un récent déversement d'effluents caustiques provenant de l'usine voisine de bauxite.
L'exploitation, gérée par la West Indies Alumina Company (Windalco), propriété de UC Rusal Jamaica Limited, une société russe, est située à proximité de la rivière qui traverse les pittoresques gorges calcaires de Bog Walk. La première route menant à la région a été creusée en 1770. Deux ponts historiques enjambent la rivière : le Flat Bridge situé dans les gorges et le pont en fer de Spanish Town. Plusieurs mythes et légendes sont associés au Rio Cobre, lui donnant une dimension environnementale et culturelle considérable.
Au cours du week-end du jour de l'Émancipation, le 1er et le 2 août, la communauté de Kent Village, située le long de la route principale en parallèle du Rio Cobre, a été confrontée à une forte odeur nauséabonde émanant de la rivière de couleur marron, qui présentait une couche de mousse et d’écume et crachait des poissons morts sur les berges. Pendant les jours suivants, les riverains ont manifesté leur colère en brandissant les poissons empoisonnés pour les montrer aux passants et ont partiellement bloqué la route principale. La députée Natalie Neita Garvey qui, lors d'un incident similaire en 2019, avait menacé d'intenter une action en justice contre Windalco, a soutenu leurs efforts.
L'entreprise nie toute responsabilité
À cette occasion, l’Agence nationale de l'environnement et de l’urbanisme (NEPA) en charge du contrôle et de la mise en œuvre des réglementations environnementales, a émis une injonction en date du 4 août, exigeant la réhabilitation de la zone dans les 48 heures. Il s'agissait de retirer les poissons morts et de neutraliser l'eau et les sédiments pollués qui auraient pu être transportés dans le Rio Cobre. L'équipe de la NEPA a visité la zone le lendemain de l’événement et a confirmé que le pH de la rivière était revenu à un taux raisonnable.
Windalco a immédiatement publié une déclaration dans laquelle elle concède que « suite aux fortes pluies de la semaine dernière, il y a eu un déversement des effluents […] le 1er août 2021 ». Cependant, même si la société a mentionné les mesures prises pour contenir ce déversement, elle a nié toute responsabilité concernant les poissons empoisonnés :
À partir de nos données de contrôle et des mesures de prévention déployées, nous sommes convaincus que le déversement n'a pas eu d'impact nocif sur l'environnement.
Nous ne sommes pas responsables de la mort des poissons ; cependant, nous sommes conscients de l'importance de la rivière pour ses habitants … et avons pris des mesures pour rétablir la salubrité, notamment le retrait des poissons morts.
Outre la destruction de l'environnement et la perte de ressources alimentaires, les habitants – dont beaucoup sont agriculteurs – ont été privés d'eau pendant plusieurs jours. Les commissions nationales de l'eau et de l'irrigation ont été dans l'obligation de suspendre l'approvisionnement en eau de la région pour le reste de la semaine :
#NewsRecap : Le directeur des relations publiques de la Commission nationale de l'eau (NWC), Andrew Canon, affirme que l'alimentation en eau sera bientôt rétablie mais que la pression risque d’être faible. Pour plus de détails : https://t.co/CKGFjmtW1B#CVMTV#News
Le Jamaica Environment Trust (JET) a exprimé son mépris face à cet incident, soulignant que ce n'était pas la première fois qu’un tel événement se produisait et déclarant que Windalco était un récidiviste :
C'est un problème de longue date. Windalco a reçu de multiples avis d'infraction au cours des décennies et sous différents propriétaires ou directions. La société est actuellement inculpée dans une action en justice intentée par la NEPA au sujet de déversements ayant entraîné une mortalité massive de poissons et la maladie de plusieurs personnes en 2019.
Après des tests préliminaires, la NEPA a déclaré que Windalco est probablement responsable de la mort des poissons survenue lundi dans le Rio Cobre. L’agence a déclaré que Windalco est en infraction avec la loi sur la protection de la vie sauvage et envisage une action en justice à son encontre. La nature répétée de ces infractions suggère un manque de respect des lois et des règlements jamaïcains en matière d'environnement et des droits de l'homme quant aux personnes concernées.
Les amendes prévues par l'Autorité de conservation des ressources naturelles (NRCA) pour de telles infractions sont relativement faibles – 50 000 dollars jamaïcains [323 dollars américains] pour une violation de permis, et à peine le double pour la loi sur la protection de la vie sauvage. Notant que ces amendes ne suffisent pas à dissuader les entreprises dont les revenus annuels se chiffrent en millions, le JET a suggéré que la licence d'exploitation de l'entreprise soit suspendue ou retirée ; action prévue dans la législation de la NRCA, en particulier « compte tenu de la nature récurrente des infractions ».
Selon un rapport, la NEPA a signifié à Windalco huit avis d'injonction, deux avis d'infraction, un avertissement et un avis de suspension pour pollution du Rio Cobre depuis 2010. L'un de ces avis d'injonction, qui fait actuellement l'objet d'une action en justice, a été émis le 18 octobre 2019 et doit être présenté au tribunal en octobre 2021. Il semble maintenant que Windalco pourrait avoir un autre procès sous la main.
Le ras-le-bol des citoyens
Les habitants restent très inquiets à l'idée que cet événement se répète, car de tels faits se produisent régulièrement, surtout après de fortes pluies. La région est actuellement en pleine saison des ouragans.
Avant les épisodes de 2019 et 2021, un affluent du Rio Cobre avait également été pollué par le même déversement caustique en juillet 2018. La NEPA avait alors déclaré :
Les bassins de confinement, connus sous le nom de bassins « est » et « ouest », qui étaient conçus pour collecter et acheminer les eaux pluviales vers l'usine pendant les épisodes pluvieux, n'ont pas réussi à contenir l'eau contaminée. Par conséquent, ils ont débordé et l'eau s'est engouffrée dans deux ravines naturelles menant à l'affluent du Rio Cobre à Byndloss.
Les Jamaïcains ont exprimé leur mécontentement sur Twitter, exigeant une plus grande responsabilité de l’entreprise et que des mesures plus strictes soient prises à son encontre :
Tant que nous n'aurons pas commencé à enfermer les gens de Windalco, ils ne cesseront de polluer le Rio Cobre https://t.co/kdzq86PTR5
Un militant jamaïcain pour l'environnement a déploré le fait que les entreprises de bauxite ne peuvent apparemment rien faire de mal en Jamaïque et qu'elles sont trop peu inquiétées :
Ce problème dure depuis des années. Je ne parlerai même pas de la pollution avant d'arriver au Rio Cobre. La bauxite n'a rien fait de mal en Jamaïque et c'est notre problème. Revenez quand vous serez sérieux. https://t.co/M6a8bMSUbd
S'adressant à Global Voices par courriel, Theresa Rodriguez-Moodie, PDG du Jamaica Environment Trust (JET), a exprimé plusieurs préoccupations :
On ne sait pas si des études ont été réalisées afin de déterminer le temps nécessaire à la population de poissons pour revenir dans la rivière [après] l’épisode de pollution. Il n'y a donc pas une vraie compréhension de l'impact réel sur les pêcheurs qui dépendent de la rivière pour survivre. Il est très important qu'un mécanisme de compensation soit mis en place pour traiter de tels problèmes.
Réaffirmant que des sanctions et des contrôles plus stricts sont nécessaires, Mme Rodriguez-Moodie plaide également pour que des études soient menées afin de déterminer les effets à long terme de ces pollutions à répétition sur l'écosystème de la rivière. En outre, le JET estime qu'il devrait être possible d'intenter des poursuites civiles dans de tels cas, si celles-ci sont étayées par des preuves scientifiques adéquates.
Entre-temps, le ministre en charge du Logement, de la Rénovation urbaine, de l'Environnement et du Changement climatique, Pearnel Charles Jr, affirme que des sanctions plus sévères sont en cours.
Mais qu'en est-il de l'avenir et de la volonté de Windalco de poursuivre l'exploitation de la bauxite dans la paroisse voisine de Saint Ann ? Le JET s'inquiète également de savoir si les licences seront accordées compte tenu des violations répétées des lois environnementales par la société.
Alors que les parties prenantes attendent les résultats des enquêtes de la NEPA, des questions ont refait surface concernant les impacts environnementaux de l'exploitation de la bauxite en Jamaïque dans son ensemble. Si l'industrie est une importante source d’apport de devises étrangères, ses actions valent-elles la peine de détruire l'environnement, la santé et les ressources de la population ? Une réglementation plus stricte résoudrait-elle le problème ? La seule façon d'avancer, selon Mme Rodriguez-Moodie, est « d'envisager la question de manière globale ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20220408_164527";}s:15:"20220405_190949";a:7:{s:5:"title";s:32:"Les koalas menacés d'extinction";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/05/271586/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271586";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 Apr 2022 17:09:49 +0000";s:11:"description";s:184:"« Le défrichement de son habitat est le principal facteur de déclin de la population de koalas. Aucune somme d'argent ne sauvera les koalas si nous ne nous attaquons pas à cela.»";s:7:"content";s:20542:"
Le marsupial, emblème de l'Australie, est menacé sur de nombreux fronts
Koalas traversez ici : Remix de la photo originale avec l'aimable autorisation de l'utilisateur Aaron Jacobs sur Flickr (CC BY-SA 2.0)
Février n'a pas été un bon mois pour les populations de koalas d’Australie. Après la réouverture des frontières internationales le 21 février 2022, le ministre australien du Tourisme, Dan Tehan, était à l'aéroport avec des koalas en peluche pour y accueillir les voyageurs et voyageuses. Mais, il aurait mieux fait d’en parler d'abord à sa collègue, la ministre de l'Environnement, Sussan Ley. Dix jours auparavant, le pays apprenait de tristes nouvelles au sujet de son célèbre marsupial.
On pouvait lire sur le site d'information New Daily:
Les koalas vont être classés dans la catégorie des espèces en danger, au lieu de celle des espèces vulnérables, sur une grande partie de la côte est de l'Australie, afin de tenter de protéger les populations en déclin.
Mais les groupes de défense de la nature avertissent que cette inscription – qui couvre le Queensland, la Nouvelle-Galles-du-Sud et l'ACT – ne suffira pas à sortir les populations de marsupiaux de l'ornière.
Le Bureau des défenseurs de l'environnement (Environment defenders office) a observé qu’ « il s'agit d'une intervention triste, mais bienvenue pour protéger le marsupial emblématique de l'Australie alors que les populations continuent de décliner ».
L'annonce faisait suite aux recommandations du Comité scientifique des espèces menacées. Elle est intervenue peu de temps après la décision du gouvernement fédéral d’allouer 50 millions de dollars australiens à la conservation des koalas.
Pour ceux qui ne connaissent pas trop bien ces créatures photogéniques, les koalas ne sont pas des ours. Ils vivent près des côtes est et sud du Queensland, de la Nouvelle-Galles-du-Sud, de Victoria et de l'Australie-Méridionale. Comme les kangourous, ils élèvent leurs bébés, appelés joeys, dans leur poche.
L'affectation de ces fonds a suscité des réactions mitigées. Sur le site de The Conversation, trois universitaires ont soutenu que les efforts de conservation actuels restaient insuffisants :
…tant que les problèmes d'habitat et de défrichement ne sont pas résolus, les populations nationales de koala continueront de diminuer.
Aucune somme d'argent ne sauvera les koalas si nous ne nous attaquons pas au défrichement de leur habitat, qui reste le principal facteur de déclin de leur population.
Menaces
Les koalas doivent faire face à des menaces très diverses. Leur habitat est assiégé sur plusieurs fronts, notamment en raison du défrichement associé à l'agriculture et de l'exploitation minière. Les villes en plein essor empiètent également sur leur territoire.
Ils sont aussi menacés par les sécheresses et les incendies de forêt, que la crise climatique rend de plus en plus fréquents. La hausse des températures influe sur l'état des forêts, réduisant la disponibilité et la qualité de leur alimentation.
Les collisions sur les routes et les attaques d'animaux sauvages et domestiques ravagent également le nombre de koalas.
Riposte
En plus de l’aide du gouvernement fédéral, des organismes gouvernementaux et privés ont mis en place de nombreux programmes de rétablissement et des campagnes de sensibilisation adressées au public pour riposter à ces menaces.
Les états où vivent les koalas dépensent des millions pour sauver ces créatures en danger. Après les incendies de 2019-2020 [fr], le gouvernement de Nouvelle-Galles-du-Sud a lancé un programme de protection, qui a failli provoquer une scission au sein du gouvernement. Le Parti national, dont la base électorale est en milieu rural, a menacé de quitter la coalition.
L’ Hôpital koala, géré par Koala Conservation Australia (KCA), est l'un des plus grands organismes non gouvernementaux qui œuvrent en faveur de la protection de ces animaux :
Sleeping soundly, but Summer needs your support. By adopting our koala, you help fund our ongoing work to conserve koalas. Please click the link below to make a real difference to wild koala conservation. https://t.co/HWYi3SzTjZ
Thank you for your support pic.twitter.com/xG84wu6OW5
Elle dort profondément, mais Summer a besoin de votre soutien. En l’adoptant, vous contribuez à financer notre travail pour la protection des koalas. Veuillez cliquer sur le lien ci-dessous pour faire une réelle différence dans la protection du koala sauvage. https://t.co/HWYi3SzTjZ
Merci pour votre soutien
Le 25 février 2022
La vidéo ci-dessous explique leur travail :
Pour accroître la population des koalas, ces organismes les introduisent dans de nouvelles zones et les transfèrent des zones à forte densité vers celles à faible densité de population – des méthodes qui ne font pas toujours l'unanimité. Si l'introduction de koalas sur l'ile Kangourou d'Australie méridionale a créé des problèmes de surpopulation, leur population a ensuite été décimée par les incendies qui ont ravagé l'ile en 2020 ; il n’y aurait plus que 8 500 animaux contre 48 000 avant.
Polémique
Cependant, l'efficacité des programmes de conservation est souvent remise en cause. L'Australia Koala Foundation (AKF) s'interroge sur les projets de relocalisation :
Mais au lieu d'avoir trop de koalas, l'AKF estime qu'il y a trop peu d'arbres.
Ces koalas ont été transférés dans un habitat qui n'était pas assez riche au départ.
Le dessinateur humoristique du journal The Guardian Australia a fait montre de son humour noir coutumier après l'annonce du ministre :
“The best thing about recovery plans is nobody pays any attention except for a few greenists and weary scientists”
Good riddance to the koala bear, Australia's most useless animal! | First Dog on the Moon https://t.co/bQ1WVc9xv1
« La meilleure chose à propos des plans de rétablissement est que personne, à l'exception de quelques écolos et scientifiques fatigués, n’y prête attention »
Bon débarras! Le koala est l'animal le plus inutile d'Australie ! | First Dog on the Moon https://t.co/bQ1WVc9xv1
Le journaliste à la retraite Neil Naessens a pris pour cible ceux qu'il considère comme coupables :
#Koalas went from from “Vulnerable” to “Endangered” under Australia’s national environmental law. As worrying as this is, the REALLY shocking thing is that business interests (mining, farming, coal and gas etc) are deliberately driving the extinction threat.
Les koalas sont passés de « vulnérables » à « en voie de disparition » sous la loi australienne sur l'environnement. Aussi inquiétant que cela puisse paraître, le plus choquant est que des intérêts commerciaux (mines, agriculture, charbon et gaz, etc.) contribuent en toute connaissance de cause à cette menace d'extinction.
— Neil Naessens, Le 17 février 2022
La publicité du ministre du Tourisme a été accueillie avec dérision sur les réseaux sociaux :
The Tourism Minister greeting international arrivals like a serial killer waiting in a darkened carpark pic.twitter.com/x6IkqgIseZ
Dan Tehan à l'aéroport. Et il donne des koalas en peluche aux passagers qui débarquent ! Vous pouvez parier qu'ils ne portent pas d'étiquette avec « espèce en voie de disparition » dessus.
— CreakingGum (@CreakingG) Le 21 février 2022
Kailas Wild, qui a travaillé pour sauver des koalas brûlés sur l'ile Kangaroo en 2020, n'est pas fan du gouvernement fédéral actuel :
Hey @sussanley promise you’ll have your photo taken with me next time we have to euthanise a burnt koala.
Toi, Sussan Ley, promets que tu te ferras prendre en photo avec moi la prochaine fois qu'on devra euthanasier un koala brûlé.
— Kailas Wild (@kailaswild) Le 30 janvier 2022
À quelques mois d'une élection nationale, il n'est pas surprenant que beaucoup de gens soient cyniques à propos de toutes ces postures politiques :
Over the past 10 years we have seen a revolving door of Environment Ministers who have done nothing. But, now that an election campaign is ramping up, we seem to see them cuddling a Koala every second day #AusPol#Election2022pic.twitter.com/d1WtjQAY59
Au cours des dix dernières années, on a assisté à un véritable ballet des ministres de l'Environnement, et aucun n’a fait quoi que ce soit. Mais, maintenant que nous sommes en pleine campagne électorale, on les voit avec un koala dans les bras tous les deux jours. #AusPol#Election2022pic.twitter.com/d1WtjQAY59
Selon certaines estimations, le tourisme lié au koala apporterait jusqu'à 3,2 milliards de dollars américains à l'économie australienne chaque année et créerait jusqu'à 30 000 emplois. Ces animaux sont une source de fierté économique et culturelle dans tout le pays. D'ailleurs, notre Café Local Italian à Sandringham (Victoria) vend cet article populaire :
Un biscuit koala en pain d'épice. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220405_190949";}s:15:"20220405_181519";a:7:{s:5:"title";s:100:"Les chansons féministes latino-américaines au-devant des manifestations de la Journée de la femme";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/05/271828/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271828";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 Apr 2022 16:15:19 +0000";s:11:"description";s:146:"Une sélection d'hymnes et de chansons féministes latino-américaines pour vous inspirer à l'occasion de la Journée internationale de la femme.";s:7:"content";s:12283:"
Une sélection d'hymnes et de chansons féministes latino-américaines
« Nous, les femmes, faisons la grève ». Grève des femmes à Santa Fe, en Colombie, 2017. Wikimedia commons(CC BY-SA 4.0)
Les manifestations et protestations massives organisées chaque année à l'occasion de la Journée internationale de la femme en Amérique latine ne seraient pas complètes sans les chansons féministes qui font partie intégrante de ces manifestations. Elles servent de bande sonore aux femmes qui réclament plus de sécurité et plus de pouvoir de décision sur leur vie et leur corps.
Voici une sélection d'hymnes féministes célèbres accompagnés d'autres chansons qui réinventent le monde selon les femmes.
Vivir Quitana – Canción sin miedo (2020)
Vivir Quintana est une chanteuse et compositrice mexicaine, auteur de « Canción sin miedo » (chanson sans peur), devenue un hymne féministe en Amérique latine souvent chantée lors des manifestations pour les femmes et les filles disparues et assassinées. La chanson a été commandée par l'artiste chilien Mon Laferte pour un concert à l'occasion de la Journée des droits de la femme en 2020 et chantée avec le chœur El Palomar. Vivir Quintana a récemment reproduit la chanson en Ayuujk, une variation de la langue Tlahuitoltepec de Oaxaca. Écoutez cette chanson sur Spotify.
Yo todo lo incendio, yo todo lo rompo Si un día algún fulano te apaga los ojos Ya nada me calla, ya todo me sobra Si tocan a una, respondemos todas
Je mets le feu à tout, je casse tout.
Si un jour un type t'enlève la vie des yeux
Rien ne me fait plus taire, tout jaillit de moi
S'ils touchent l'un de nous, nous riposterons tous
Las Tesis – Un violador en tu camino (El violador eres tú) (2019)
Un violador en tu camino (« Un violeur sur ton chemin ») est une performance de protestation féministe rendue virale dans le monde entier à la fin de 2019 et au début de 2020. La chanson et la performance ont été créées par le groupe féministe Las Tesis de Valparaíso, au Chili, en 2019, dans le contexte du soulèvement social de masse au Chili contre la hausse du coût de la vie, la corruption, la privatisation et les inégalités. Les rapports d'abus sexuels de la part des forces de l'État chilien abondaient.
Les paroles – qui ont été traduites et interprétées dans au moins 15 langues, dont la langue des signes – dénoncent la façon dont les femmes sont fréquemment blâmées d'être victimes d'agressions ainsi que l'impunité systémique de ces crimes. Écoutez la chanson de la performance sur Spotify.
La performance comprend les paroles désormais iconiques :
Y la culpa no era mía
Ni dónde estaba
Ni cómo vestía
El violador eras tú
Et ce n'était pas ma faute
Ni où j'étais
Ni comment j'étais habillé
Tu étais le violeur
Sara Curruchich – La Siguanaba (2020)
Sara Curruchich est une chanteuse et compositrice Maya Kaqchikel du Guatemala. Elle défend les droits des femmes et ceux des peuples indigènes. Dans la chanson La Siguanaba, elle réinvente un célèbre conte populaire d'Amérique centrale et chante en espagnol et en kaqchikel. Les versions de la légende diffèrent, mais un point commun à toute la région raconte l'histoire d'une femme belle et surnaturelle qui attire les hommes vers leur mort la nuit. Pourtant, Curruchich contredit le récit original, dénonçant ainsi la diabolisation des femmes dans la société. Elle dépeint La Siguanaba comme une femme indigène innocente fuyant les abus sexuels.
« Certains la craignent », chante-t-elle, « ils croient qu'elle est surnaturelle, mais je veux raconter son histoire », avant d'ajouter : « Ils l'appellent La Siguanaba, ils l'appellent sorcière, ils l'appellent animal, parce qu'elle se bat contre le système patriarcal. » Écoutez cette chanson sur Spotify.
Receba Lane – Flores Rojas (2022)
La rappeuse guatémaltèque Rebeca Lane est une « artiviste » féministe qui est aussi sociologue et poète. Après avoir sorti plusieurs chansons féministes ces dernières années, sa première sortie de 2022 est Flores Rojas (Fleurs rouges), une chanson et un clip illustré qui vise à informer les filles et les adolescentes sur les menstruations. À travers Flores Rojas (dont le projet comprend également une série d'art mural dans des espaces publics avec des organisations locales), Lane veut partager un nouveau récit sur le sang menstruel, un récit incluant la positivité, l'amour et la tendresse, au lieu des mythes nuisibles. Écoutez cette chanson sur Spotify.
Miss Bolivia – Se Quema (2019)
Miss Bolivia est une chanteuse et compositrice argentine dont la musique combine la cumbia, le hip hop et le reggaeton. Avec J'Mena, Miss Bolivie interprète « Se quema » (It's Burning), une chanson à fort message politique sur un rythme dansant. La chanson critique la violence sexiste et les normes de beauté. Écoutez cette chanson sur Spotify.
Ya me cansé de que te metas
Ya me cansé de que me digas que esté quieta
Que sea dócil, tranquila, discreta
De que te asuste cuando mostramos las tetas
J'en ai marre que tu te mêles de mes affaires
J'en ai marre que tu me dises de me taire
Que je dois être sage, silencieuse et discrète
De te faire peur quand on montre nos seins
YEИDRY - Nena (2020)
La jeune star de la musique pop latino Yendry, chanteuse et compositrice italo-dominicaine, a sorti l'une de ses premières chansons les plus célèbres en 2020, « Nena ». Dans Nena, elle adopte le point de vue d'une mère qui s'inquiète pour la sécurité de sa fille. Pour certains, la signification est celle de la fille qui quitte la mère pour migrer.
La chanson raconte que la fille quitte la maison tôt et tente de survivre aux prédateurs ; la mère prie pour elle afin de repousser « le mauvais œil ». Ses autres chansons, comme « Barrio » et « El Diablo, » questionnent la dynamique du pouvoir au sein des couples hétérosexuels. Écoutez « Nena » sur Spotify.
Caminando por la calle la ves
Con el pelo negro largo se va
Ella corta la mirada otra vez
Los tigres no la dejan pasar
Elle descend la rue, elle marche
Avec ses longs cheveux noirs
Elle baisse à nouveau les yeux
Les tigres ne la laissent pas passer
";s:7:"dateiso";s:15:"20220405_181519";}s:15:"20220405_164524";a:7:{s:5:"title";s:74:"Nouvelle demi-finale de la CAN ou moment de rédemption pour le Cameroun ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/04/05/271611/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271611";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 05 Apr 2022 14:45:24 +0000";s:11:"description";s:170:" Le Cameroun avait perdu la CAN tenue pour la toute première fois à domicile en 1972. Pourra-t-il se racheter 50 ans plus tard, face à l'Égypte prête à s'imposer ?";s:7:"content";s:14780:"
Les Lions indomptables du Cameroun gagneront-ils face aux Pharaons d’Égypte?
Les Lions indomptables du Cameroun avant un match le 2 janvier 2006. Image Flickr par oka_bol (CC BY-NC 2.0)
Le Cameroun, pays hôte de la CAN 2021, affronte l'Égypte, éternelle rivale, dans une demi-finale épique le 3 février au stade Olembe de Yaoundé, la capitale du pays. Ce duel déterminera qui parmi les deux nations les plus titrées du continent se qualifiera pour la finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) en cours. Les deux équipes se partagent 12 trophées, dont sept pour l'Égypte et cinq pour le Cameroun.
Le match entre l'Égypte et le Cameroun est l'une des rencontres les plus respectées du football africain, avec 27 rencontres toutes compétitions confondues depuis février 1983. L'Égypte peut se vanter de battre un record de succès dans ce genre d'occasion et les statistiques sont une pilule amère pour les supporters camerounais. Lors de leurs 10 derniers matchs de la Coupe des Nations, les Pharaons d'Égypte ont enregistré cinq victoires et leurs rivaux de l'Afrique centrale en ont eu quatre. Le graphique a rarement favorisé les Camerounais.
« Nous entrons dans le vif du sujet. Cameroun contre Égypte, c'est du déjà vu. L'Égypte reprend progressivement du poil de la bête. La tâche s'annonce difficile pour le Cameroun. Cependant, ils jouent à domicile et languissent de réduire l'écart avec l'Égypte. Ils désirent aussi être le neuvième pays à accueillir et gagner la CAN », explique le journaliste sportif camerounais Afeseh Apong sur GPmedia, un portail d'actualités en ligne.
Les dieux du football n'ont jamais rendu la tâche facile au Cameroun face à l'Égypte. Ils ont à deux reprises manqué l'occasion de remporter le trophée contre les Nord-Africains, en 1989 et 2008. Ils ont connu des moments difficiles et une série d'évasions improbables. Il leur a toujours fallu beaucoup de temps pour surmonter la tempête égyptienne au fil des ans, mais lorsqu'il s'agit de matches cruciaux, surtout sur la plus grande scène africaine à domicile, le Cameroun veut changer la donne.
L'Égypte, championne d'Afrique en titre, abordera certainement la rencontre de jeudi avec des souvenirs de 2017, lorsqu'elle a été privée du trophée de la pire des manières, après s'être inclinée en finale face au Cameroun, suite à une remontée spectaculaire en demi-finale. La douleur de la défaite a évidemment été aggravée par la manière avec laquelle ils ont perdu. Mais cela ne dissipera pas leur conviction qu'ils peuvent se venger de leur défaite et arriver en finale.
Le Cameroun ne laisserait pas facilement passer une telle occasion et croit certainement qu'il possède tout ce qu'il faut pour remporter ce tournoi majeur à domicile. Mais l'un des problèmes de l'équipe au fil des années est que l'on ne sait jamais exactement ce à quoi s'attendre d'elle. La quête de trophées est une constante. La défaite n'est pas étrangère pour le Cameroun. Et si l'histoire est un guide pour ce match, une autre victoire peut sembler insaisissable.
À NOUVEAU RIVAUX
Une famille du Caire affichant fièrement son soutien à l'équipe nationale égyptienne avant la finale de la Coupe d'Afrique des Nations contre le Cameroun, le 5 février 2017. Image Flickr prise par Mark Fischer (CC BY-SA 2.0)
Cette année-là était pleine d'attentes, mais elle a malheureusement tourné au vinaigre, avec des scènes violentes à la fin, après que les Lions indomptables aient été éliminés de manière choquante, en s'inclinant 0-1 contre le Congo, qui a remporté son premier trophée de la CAN, dans un stade Ahmadou Ahidjo plein à craquer devant son public.
La déception a accompagné les joueurs de l'équipe nationale du Cameroun pendant qu'ils quittaient le terrain . Ils ont toutefois réussi à arracher la troisième place en battant le Zaïre par un score de 5-2. Mais cette victoire n'est qu'une maigre consolation pour certains supporters camerounais fanatiques qui ne célèbrent la réussite que si elle est en or.
Cinquante ans plus tard, la douleur est toujours présente. Maintenant que les Lions indomptables sont à nouveau qualifiés pour les demi-finales, la simple pensée d'une nouvelle élimination sans précédent dans le dernier carré après une brillante série d'invincibilité est terrifiante pour des raisons évidentes.
Michel Kaham, 70 ans, était à l'époque un jeune arrière-droit et n'a connu que sa première sélection avec l'équipe nationale lors de la phase finale de la CAN 1972. « Je garde un très mauvais souvenir de la Coupe d'Afrique des Nations 1972. Nous rêvions tous de remporter le titre à domicile. Mais nous avons laissé passer cette chance après avoir été éliminés par le Congo en demi-finale. Mais nous avons réussi à gagner la troisième place contre le Zaïre. C'est un échec que nous n'ayons pas pu gagner ce tournoi », a déclaré Kaham au journaliste.
Kaham partage le souvenir à Global Voices : « Après le coup de sifflet final, c'était la désolation totale sur le terrain et dans les vestiaires. Plusieurs ont pleuré et nous nous sommes sentis mal parce que nous avons donné et le moins que nous pouvions faire était de remporter le trophée. Nous avons perdu contre une équipe que nous pensions inférieure à nous. Nous avons passé environ cinq heures dans les vestiaires avant de sortir. La foule déçue, était dans tous ses états dehors. Notre bus a été impitoyablement caillassé. Et j'ai d'ailleurs reçu une blessure à la tête. »
Kaham pense qu'en tant que pays hôte, le Cameroun a appris de ses erreurs et ne subira pas la même humiliation une deuxième fois. Une victoire cette fois-ci apportera un grand soulagement au footballeur retraité.
« Il est vrai nous avons manqué l'occasion en 1972, mais nous avons appris de notre échec. Je serais heureux de voir les joueurs actuels soulever le trophée, 50 ans après avoir accueilli la compétition et être arrivés en finale. J'espère que cette fois-ci ils arriveront en finale et remporteront ce trophée. Je suis ravi que nous ayons enfin une équipe compétitive. Ce serait formidable de voir le Cameroun accueillir et gagner la CAN 50 ans après », a déclaré Kaham.
Pour le Cameroun, l'enjeu est double à l'approche des demi-finales contre l'Égypte. D'une part, effacer les mauvais souvenirs de 1972 en atteignant la finale et, d'autre part, battre son rival le plus redouté, l'Égypte, et lui refuser toute possibilité de battre le record de huit titres.
La talentueuse équipe camerounaise
Les Lions indomptables du Cameroun n'ont jamais été en aussi bonne forme pour affronter l'Égypte. L'entraîneur Antonio Conceiçao dispose d'une équipe bourrée de talents pour défier la puissante Égypte et rattraper le trophée perdu de 1972.
« L'Égypte représente l'équipe la plus performante du continent africain. Notre objectif est donc de réduire cet écart. Nous connaissons très bien de quoi l'Égypte est capable et nous espérons que les garçons se donneront corps et âme pour arriver en finale. C'est notre objectif », a déclaré Conceiçao aux journalistes.
L’entraîneur d'origine portugaise dispose d'une jeunesse passionnante et d'un mélange d'expérience avérée. Le noyau dur de l'équipe de la CAN 2017 et 2019 est toujours en place, et de nouveaux héros ont été forgés.
Pendant la majeure partie de la compétition en cours, les Camerounais ont été impressionnés par la performance débordante de rythme, de précision et d'énergie de leur équipe contre les débutants que sont l'Éthiopie et la Gambie. Les Lions indomptables figurent en tête de liste en ce qui concerne le record du nombre de buts marqués (11). Deux de leurs joueurs, le capitaine Vincent Aboubakar et Karl Toko Ekambi, sont jusqu'ici les premiers au classement des meilleurs buteurs, avec respectivement 6 et 5 buts.
En plus de sa performance en termes de buts, le Cameroun possède d'autres atouts en sa faveur. La solidité de sa défense est vraiment impressionnante, bien qu'elle ait encaissé quatre buts pour un seul sans encombre. Son milieu de terrain, constitué de joueurs doués, créatifs et indestructibles, est solide. Ces derniers sont capables de donner toute une autre tournure au match.
Même si l'Égypte sera privée de certains de ses titulaires habituels, les Lions indomptables devront tout de même surveiller de près Mohamed Salah. La star de Liverpool, auteur de deux buts depuis le début de la compétition, n'a montré qu'un aperçu de son fameux instinct de prédateur et certains signes montrent qu'il est en train de retrouver sa forme optimale en club.
Le Cameroun est devenu accroc à la victoire, c'est certain, et entend bien terminer en beauté sa campagne d'invincibilité. Il est temps de tenir ses promesses et de s'assurer que le trophée ne leur échappe pas une fois de plus à domicile.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220405_164524";}s:15:"20220331_175551";a:7:{s:5:"title";s:100:"L'Internet ukrainien peut-il résister aux attaques et aux destructions à long terme de la Russie ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/31/271779/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271779";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 31 Mar 2022 15:55:51 +0000";s:11:"description";s:210:"En Ukraine, l'internet est devenu le principal front de défense contre l'invasion russe. De nombreux experts se demandent pourquoi la Russie n'a pas essayé de détruire l'infrastructure Internet de l'Ukraine.";s:7:"content";s:19415:"
Les réseaux de télécommunications Ukrainiens sont essentiels pour se défendre contre l'invasion russe
Capture d’écran provenant de la chaine YouTube d’Euronews sur laquelle on voit des personnes à Kiev se réfugier dans le métro tout en restant informées via l’Internet mobile.
En Ukraine, l'Internet est devenu le principal front de défense face à l’invasion russe. Par ce biais, les militaires informent les Ukrainiens sur les attaques russes imminentes, l’aide humanitaire est organisée, les cyberjusticiers se rassemblent et le reste du monde est informé de la guerre. C’est devenu l’arme la plus importante de l’Ukraine, tant elle domine dans la communication du déroulement de la guerre et résiste à la désinformation russe. Grâce à Internet, les compagnies occidentales à l’instar de Microsoft ont pu analyser et corriger les vulnérabilités des réseaux ukrainiens, créant ainsi une défense efficace contre les cyberattaques de Moscou. Bon nombre d’experts s’interrogent sur la raison pour laquelle la Russie n’a pas tenté de détruire les infrastructures Internet ukrainiennes.
En 2014, le contrôle par la Russie des réseaux Internet de la Crimée a été la cause majeure du succès du référendum qui s’était soldé sur le rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie. Moscou s’attendait à ce qu'une manœuvre similaire fonctionne lors de l’invasion en Ukraine. Depuis le 24 février, Vladimir Poutine s'appuie sur l'Internet ukrainien pour organiser un mouvement d’opposition interne à Volodymyr Zelensky et inciter les Ukrainiens à prendre les armes contre leur propre gouvernement. Si l’appel de la Russie n'a pas été entendu par la plupart des Ukrainiens, il a convaincu certains d'entre eux, car ces derniers aident l'armée russe en marquant des terrains d'atterrissage et des cibles de bombardement.
Si la guerre s'éternise et que la Russie reste incapable de contrôler l’opinion des Ukrainiens, l’option de prendre pour cible les infrastructures de télécommunication serait envisageable. Pour l’instant, la plupart des manœuvres militaires russes visaient les concentrateurs Ethernet urbains de l’Ukraine. Par anticipation, les entreprises et gouvernements du monde entier ont aidé à renforcer les réseaux de communication ukrainiens. L’Américain Elon Musk, magnat des affaires, a fait don d’un nombre inconnu de systèmes de communication par satellite Starlink en cas de dysfonctionnement d’Internet. Les opérateurs de télécommunication européens ont offert des services gratuits aux Ukrainiens. Bien que gentils et utiles, ces gestes s’avéreront vains si la Russie décide d’attaquer la fibre optique et les câbles sous-marins.
L’état des infrastructures Internet de l’Ukraine
Le cyberespace peut être compris sur trois niveaux. Le premier et le plus essentiel est l’infrastructure physique : les câbles sous-marins de la fibre optique et les satellites qui transmettent les données. Le second niveau se compose de protocoles qui permettent aux ordinateurs et aux sous-réseaux de communiquer entre eux : le système de nom de domaine (DNS), les protocoles TCP/IP et BGP. Ces deux niveaux sont extrêmement vulnérables étant donné qu’il y a possibilité de bombarder la fibre et les câbles sous-marins, pirater les serveurs DNS et détourner le trafic avec IP.
Le dernier niveau se compose des destinations familières aux utilisateurs. Nous pouvons citer entre autres : les sites gouvernementaux, Telegram et Facebook, etc. Il s’agit là du niveau le plus fiable, car il y a la possibilité de créer des sites miroir, supprimer les informations fallacieuses et restaurer les pages piratées. Les réseaux virtuels privés ( RPV ) intervenant au deuxième niveau peuvent être exploités pour contourner les restrictions des sites Web du troisième niveau.
Le premier niveau, l’infrastructure physique, est le plus à même d’influencer la dynamique des conflits militaires sur le terrain. Le rôle principal des nœuds Internet est d’abriter des « systèmes autonomes (SA), un ensemble connecté de [nœuds] de routage du protocole Internet (IP) que les opérateurs de réseau contrôlent et qui définissent la politique de routage vers l'Internet ». Le contrôle des systèmes autonomes permet à l'opérateur de restreindre ou détourner le chemin des données. Au cas où la Russie prendrait le contrôle de Mariupol, Zaporizhia, Dnipro et Odessa, elle pourrait presque entièrement contrôler le flux du trafic Internet de l'Ukraine.
Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas attaqué les réseaux de télécommunication de l’Ukraine ?
Le 24 février, le jour de l'invasion russe, l'Ukraine a été confrontée à des pannes d'Internet généralisées. Le fournisseur d'accès à Internet Triolan, qui dessert la majeure partie de l'Ukraine et en particulier Kharkiv, a subi des cyberattaques contre ses installations, causant ainsi des pannes partielles. Les serveurs DNS de Triolan, qui acheminent le trafic des appareils vers les sites Web, ont été partiellement bloqués.
Depuis le début de la guerre, l'Internet ukrainien est resté pratiquement intact, et les pannes restent locales. Lorsque l’armée russe a occupé Zaporizhzhya le 7 mars, elle a déconnecté les réseaux mobiles et Internet. Notons que la ville abrite la plus grande centrale nucléaire d'Europe et constitue l'un des principaux nœuds de télécommunication de l'Ukraine. En réponse à cette occupation, l'Agence internationale de l'énergie atomique a fait savoir que « les lignes téléphoniques, les courriers électroniques et les télécopies ne fonctionnaient plus », empêchant ainsi toute communication avec la centrale nucléaire.
Déconnecter la totalité des réseaux Internet de l’Ukraine renvoie à mettre hors service plusieurs fournisseurs d'accès Internet du pays. Cela peut se faire soit par des cyberattaques en continu, soit par des bombardements directs. Lanet, un FAI ukrainien de haut débit a subi des pannes dans la ville de Sievierodonetsk lorsque ses câbles ont été endommagés lors des combats. Malgré quelques attaques visant des tours de télévision, les principaux services de télécommunication en Ukraine n'ont pas encore été attaqués. Il y a deux raisons possibles à cela.
Tout d'abord, les infrastructures de télécommunication ukrainiennes résistent aux attaques russes. La distribution de l’Internet ukrainien est décentralisée. En raison de l'absence de réglementation dans les années 1990, de nombreux fournisseurs d'accès à Internet (FAI) indépendants ont mis en place des réseaux dans tout le pays sans une véritable concurrence. Plus de la moitié des internautes ukrainiens sont couverts par un réseau qui détient moins de 1 % du marché national. Contrairement à la plupart des pays du monde, l'Internet ukrainien est extrêmement local, avec peu de points de contrôle.
En outre, depuis 2014 les réseaux de télécommunication de l'Ukraine ont connu des améliorations. À la suite de l'invasion de la Crimée et du Donbas, le département de la cyberpolice a vu le jour afin d’améliorer les capacités numériques de l’Ukraine. En 2016, le pas a adopté la Stratégie nationale de cybersécurité. L'Union européenne a également investi 27 millions USD poursoutenir la cybersécurité de l'Ukraine et renforcer ses infrastructures numériques.
La deuxième raison est que la Russie espérait très probablement utiliser les réseaux Internet et cellulaires de l'Ukraine pour ses propres communications. L'expérience militaire des États-Unis a démontré la difficulté de mettre en place un réseau de communication dans une zone de guerre active en partant de zéro. Les infrastructures de télécommunication existantes en Ukraine ont largement aidé l’armée russe. John Ferrari, un général deux étoiles à la retraite, soulignait : « Il est inconcevable de démolir les tours de téléphonie cellulaire, car ça renvoie à aveugler toute votre armée ». Après que les compagnies de téléphonie ont bloqué le réseau aux numéros russes, il était reporté que les soldats russes volaient les téléphones portables des Ukrainiens pour communiquer avec leurs commandants.
Ne pas attaquer les réseaux de télécommunication permet également de contrôler et d'espionner. Compte tenu du fait que la Russie envisageait une victoire éclair, les réseaux de communication auraient été essentiels au contrôle de l’Ukraine. Des réseaux de télécommunication intacts offrent également la possibilité de recueillir des renseignements sur les communications civiles et militaires de l'Ukraine. Maintenant que l’idée d’une victoire éclair est pratiquement exclue, il reste à voir si la Russie va se concentrer sur la perturbation des réseaux de communication de l'Ukraine.
Que faire pour contrer les perturbations d’Internet?
Par anticipation, la société Starlink d'Elon Musk a fait don de quelques dizaines de systèmes satellitaires au Gouvernement ukrainien. Si l'on ne sait pas encore très bien comment ils sont utilisés, le système suscite de nombreuses inquiétudes. Comme l'a indiqué Musk, la communication par satellite est une cible facile lors des attaques. Si l'espace aérien est contrôlé, la transmission de l'utilisateur au satellite peut être interceptée et triangulée jusqu'à l'emplacement du signal. Par ailleurs, la communication par satellite est plus facile à brouiller et à perturber. De ce fait, Starlink a récemment axé ses efforts sur la cyberdéfense et la prévention du brouillage des signaux.
En outre, comme 99 % du trafic Internet passe par des câbles terrestres, les connexions par satellite jouent un rôle négligeable dans les infrastructures de télécommunication d'un pays. Starlink ne sera pas la solution pour les communications de l'Ukraine en cas de contrôle total par la Russie. Même si chaque Ukrainien disposait d'une antenne parabolique Starlink, la portée géographique du satellite est limitée et les régulateurs ont toujours le contrôle des fréquences du spectre requises.
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Nos spécialistes vous expliquent la réaction de ces pays.
Image reproduite avec l’aimable autorisation de Ameya Nagarajan
Dans ce nouvel podcast de Global Voices, nos rédacteurs nous parlent de la façon dont l’invasion russe en Ukraine pourrait affecter ou non l’Amérique latine, l’Asie du Sud, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique subsaharienne. Que pensent les habitants de ces pays à propos de l’invasion russe en Ukraine ? S’attendent-ils à une réaction à l'échelle gouvernementale ? Chocs pétrolier, faim dans le monde, quels sont les impacts à long terme pour ces régions ?
Le podcast Global Voices vous tiens informé de l’actualité dans le monde. Chaque semaine, nos spécialistes vous partagent l’actualité à partir de leurs pays et vous conte leurs histoires en contexte. De façon hebdomadaire, gardez dès à présent un œil sur l’actualité mondiale grâce à nos épisodes.
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Plusieurs théories existent sur l'origine du nom d'Armenia. Laquelle croire ?
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en espagnol]
Dans tout le continent américain, il est courant de trouver des villes aux noms européens, mais une en particulier a suscité la controverse : Armenia en Colombie. La Colombie compte 43 points géographiques portant le nom « Armenia », mais c'est la capitale du département du Quindío qui a donné lieu à toutes sortes de spéculations sur les motivations qui ont présidé à l'attribution de ce nom.
Dans l'imaginaire collectif national, le nom d'Armenia commémorerait les victimes arméniennes de l'Empire ottoman. En revanche, lorsqu'un étranger apprend l'existence d'une ville appelée Armenia en Colombie, il suppose immédiatement que cela est dû à la présence de diasporas ou à l'origine de ses colonisateurs. Mais les spécialistes affirment qu'aucune de ces théories ne soit correcte.
La ville colombienne d'Armenia, au centre de cette controverse, est située près de la cordillère centrale des Andes colombiennes, à 290 kilomètres à l'ouest de Bogotá. Elle compte environs 300 000 habitants et jouit d'une température agréable de 20 °C toute l'année. Avant la colonisation espagnole, il s'agissait du territoire principal de la civilisation disparue des Quimbaya. Après sa fondation par les Espagnols, la ville a été l'épicentre de la ruée vers le café colombien, qui a duré jusqu'à la fin du XXe siècle.
Jardinière tractée par un âne. Avec la permission de Carlos Alberto Castrillón
Cette Armenia-là a une histoire très différente de l'Arménie du Caucase du Sud. Le pays est situé dans la chaîne de montagnes entre l'Europe et l'Asie. Les Arméniens ont été pendant des siècles une nation sous la domination de différents empires (ottoman, perse et russe), qui a réussi à conserver une identité grâce à sa langue millénaire, à l'adoption précoce de la religion chrétienne et, plus récemment, grâce à la lutte pour la reconnaissance du génocide dont ils ont été victimes.
Le génocide arménien désigne le meurtre et l'expulsion d'environ un million d'Arméniens par l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. Plus de 30 pays reconnaissent le génocide. La Turquie, le pays qui se trouve actuellement sur le territoire de l'ancien Empire ottoman, n'a jamais admis qu'il s'agissait de l'anéantissement systémique de cette nation, arguant que la réinstallation des Arméniens était une action légitime de l'État en réponse au mouvement révolutionnaire arménien qui menaçait l'empire pendant la guerre. Bien que la Colombie ne le reconnaisse pas, la ville d'Armenia a adopté en 2017 un décret commémorant le centenaire du génocide.
Les historiens et les médias arméniens n'ont pas manqué l'occasion d’attribuer l'existence de cette ville colombienne à leurs compatriotes. Par exemple, l'historien arménien Hovhannès Babesian a initialement écrit qu’ : « au XIXe siècle, la ville a été fondée par un groupe d'immigrants arméniens ».
Cette théorie des Arméniens a été renforcée par Sabundjián, un autre historien, qui, en 1983, a déclaré qu'un monument avait été érigé « en mémoire des fondateurs de la ville et de leurs compatriotes martyrs ». Plus tard, la revue Erevan est allée plus loin en publiant : « il s'agit d'un monument symbolique évoquant les victimes arméniennes de l'année 1896 ». Ils font référence à l'emblématique monument aux fondateurs situé dans le parc du même nom, qui se compose d'une hache, symbole du travail des Antiochiens qui ont construit la ville en abattant l'épaisse jungle.
L'hypothèse de la présence d'une diaspora arménienne en Colombie est compréhensible. L'expulsion violente ou la mort de presque la totalité des Arméniens chrétiens résidant dans l'Empire ottoman a créé la deuxième plus grande diaspora au monde après celle des Juifs. On estime qu'environ trois millions d'Arméniens vivent dans l'actuelle République d'Arménie et sur le territoire du Haut-Karabakh, tandis que dix millions d'autres seraient dispersées dans le monde.
En effet, plusieurs vagues de migration d'Arméniens vers l'Amérique latine ont été enregistrées depuis le XIXe siècle et la plupart d'entre eux ont échappé au génocide. L'Argentine abrite la plus grande diaspora de la région avec environ 150 000 Arméniens, mais la relation la plus marquante est celle avec l'Uruguay, premier État à reconnaître le génocide arménien. Aucune diaspora arménienne ne s'est installée en Colombie ; au contraire, par décret en 1937, le pays a interdit l'entrée de plusieurs nationalités titulaires de passeports égyptiens, grecs, bulgares, roumains, russes, syriens et turcs. Plus tard, en 1954, l'évêque arménien Cirillo Zohrabian s'est rendu en Colombie et a observé que « dans toute la Colombie, il n'y a même pas l'ombre d'un Arménien ».
L'origine du nom de la ville colombienne d'Armenia n'est pas due à l'origine de ses fondateurs. Ce que l'on sait, c'est que la ville d'Armenia a été fondée le 14 octobre 1889, par des colons de l'ancien État d'Antioquia, qui ont établi des hameaux à ce point intermédiaire entre l'est et l'ouest de la Colombie, à la recherche de terres fertiles, de possibilités d'extraction du caoutchouc et de la nécessité de s'éloigner du champ de bataille des guerres civiles de 1876-1899.
Un hommage au peuple arménien ou une allusion religieuse ?
En 1986, le massacre de plus de 300 000 Arméniens à une époque où la Fédération révolutionnaire arménienne, également appelée Dashnaktsutyun, prônait une Arménie libre, indépendante et unifiée, ou du moins une plus grande autonomie et la protection de leurs droits en tant que minorité dans l'Empire ottoman, a choqué le monde entier. Cependant, la fondation de la ville d'Armenia en Colombie a eu lieu près de dix ans avant ces événements et vingt ans avant le génocide.
Pour soutenir cette théorie, l'historien Miguel Ángel Rojas Arias, de Quindío, affirme qu'« Il est très probable que les prêtres dans leurs chaires aient fait mention de l'Arménie, première nation à avoir adopté le christianisme comme religion officielle, et un lieu connu comme le Paradis terrestre ou comme le port de débarquement de l'Arche de Noé. Un nom qui resterait dans l'esprit des premiers colons ».
Mais l'attribution du nom à l'Église ne fait pas non plus consensus. Le professeur Carlos Alberto Castrillón, du programme d'Espagnol et Littérature de l'Université du Quindío, dans son article « Apuntes para una toponimia del Quindío » (Notes pour une toponymie du département du Quindío), affirme que la reproduction des noms étrangers dans le département est due à l'aura de mystère et d'éloignement qui entourent les toponymes étrangers, ainsi qu'aux possibilités de vie des colons sur les nouvelles terres.
Vue sur la cordillère près d'Armenia, Colombie. Photo de McKay Savage/Flickr. (CC BY 2.0)
Dans une interview accordée à Global Voices, Castrillón a déclaré :« Aucun des textes connus de l'époque ne mentionne quoi que ce soit en rapport avec les traditions religieuses. Lorsqu'on analyse la toponymie majeure de la région, on ne trouve aucun toponyme religieux, contrairement à ce qui se passe dans d'autres parties de la Colombie. Les colons fondateurs se définissaient comme des libres penseurs et des hommes instruits, ce qui explique l'abondance de noms tirés de la littérature ou de l'histoire universelle ».
Une autre ville du département porte également le nom d'une autre nation caucasienne. L'un de ses fondateurs, un franc-maçon bien connu, a proposé de changer le nom ordinaire du territoire, « La Plancha », en un nom plus exotique : Circasia.
Mais surtout, au moment de la fondation de la ville, le nom était déjà présent dans la région. Le contrat de vente du domaine des colons mentionne la propriété comme étant située dans le village d'Armenia. Par conséquent, Carlos Alberto conclut que « Relier, comme certains le font, ce nom à l'histoire de Noé semble une pure imagination historique ou une explication post-toponymique ; s'il y a avait une motivation religieuse pour ce toponyme, c'était pour nommer le village. »
L'origine du nom du hameau où la ville a été fondée est peu connue ; à une époque elle a été attribuée à des colons provenant de la ville d'Armenia, dans le département d'Antioquia.
En l'absence de consensus, les motivations du choix du nom de la ville restent un mystère.
Note de l'éditeur : le génocide arménien, ou « Grande Catastrophe » (« Meds Yeghern »), décrit le massacre et la déportation d'environ 1,5 million d'Arméniens ottomans en 1915. Bien que la plupart des historiens reconnaissent qu'il s'agit d'un génocide, ce terme reste très contesté, notamment en Turquie. Outre la réticence de la Turquie et d'autres pays à reconnaître le massacre comme un génocide, le célèbre expert Tom de Waal explique (en) que le terme « génocide » est parfois utilisé à des fins politiques. Global Voices utilise le mot « génocide » car la plupart des historiens s'accordent (en) sur son appellation : le génocide arménien.
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Le cyberespace ukrainien est-il immunisé ou le pire reste à venir ?
La litanie d'échecs pourrait encourager la Russie à mener des cyberattaques plus audacieuses, avec des enjeux plus élevés, contre des infrastructures urbaines, des chaînes d'approvisionnement et des équipements militaires à travers le monde. Il est possible que la Russie n'ait pas utilisé toutes ses capacités numériques. Il se peut également que le Gouvernement ukrainien soit parfaitement préparé à résister à la plupart des attaques russes. Quoi qu'il en soit, il est temps d'évaluer sérieusement le cyber-croquemitaine russe.
Histoire de la cyberguerre russe
L'armée russe a utilisé pour la première fois un soutien informatique lors de son invasion de la Géorgie en août 2008. Les attaques digitales ont commencé des semaines avant la présence physique. Le 20 juillet, le site Internet du Président de l'époque, Mikheil Saakashvili, a été la cible d'une attaque par déni de service (DDoS) – consistant à submerger un site Internet de trafic jusqu'à ce qu'il cesse de fonctionner. Tout le trafic fabriqué vers le site en question comprenait la phrase « win+love+in+Russia » [victoire+amour+en+Russie]. Le site du Président est resté injoignable pendant plus de 24 heures.
Au début de la guerre avec la Géorgie, les attaques numériques se sont concentrées sur le façonnage et le déni d'informations. Le Président Mikheil Saakashvili n'a pas pu se connecter à une interview avec CNN suite à la déconnexion du système géorgien au protocole Internet Voix sur IP (VoIP). Puis, le 9 août, des attaques DDoS ont forcé la fermeture de la Banque nationale de Géorgie. Les sites du Président et du ministère des Affaires étrangères ont été défigurés par des photos où apparaissaient côte à côte Mikheil Saakashvili et Adolf Hitler. Le trafic des sites gouvernementaux géorgiens était également redirigé vers des sites d'information pro-russes couvrant la guerre.
Montage photo apparaissant sur le site du ministère des Finances de Géorgie après un piratage russe.
Si la Russie a fait ses débuts dans la cyberguerre en Géorgie, elle en a perfectionné ses capacités en Ukraine. Quand l'Ukraine a soutenu l'Accord d'Association avec l'Union européenne à la mi-2013, la Russie a orchestré l'opération Armageddon pour voler des informations aux responsables du gouvernement et aux militaires ukrainiens. Pendant les manifestations de l'Euromaïdan, lorsque les Ukrainiens ont marché contre le dirigeant pro-russe Vladimir Yanukovych dans le centre de Kiev, la Russie a lancé l'opération Snake pour siphonner les données des serveurs du Gouvernement ukrainien. Les hackers russes ont même piraté le système de décompte des voix avant les élections législatives d'octobre 2014.
La plupart des cyberattaques menées par la Russie depuis 2014 visent des infrastructures critiques d'Ukraine : en 2015 et 2016, des pirates russes ont infiltré les réseaux électriques de Prykarpattyaoblenergo et Chernivtsioblenergo. Les deux fois, l'alimentation a été coupée à distance, laissant les habitants d'Ivano-Frankivsk (dans l'ouest de l'Ukraine) et de Kiev sans électricité pendant plus de 5 heures. En 2016, le Trésor public, le ministère des Finances et le Fonds de pension ont été fermés pendant 2 jours.
En raison de la nature interconnectée d'Internet, des cyberattaques à l'échelle locale peuvent rapidement devenir mondiales. Le 27 juin 2017, le virus Petya, conçu pour les banques ukrainiennes, les groupes énergétiques, les organes de presse et les sites gouvernementaux est devenu la « cyberattaque la plus dévastatrice de l'histoire. » En quelques jours, le virus est passé des systèmes de surveillance des radiations de Tchernobyl à la compagnie maritime internationale Maersk, puis à des centaines d'autres. Selon les estimations, l'attaque aurait coûté 10 milliards de dollars au niveau mondial.
L'invasion digitale de la Russie en Ukraine
Les premiers jours de l'invasion de 2022 suggèrent que la Russie utilise la même procédure que celle utilisée en Géorgie. Les cyberattaques se sont concentrées sur les sites Web gouvernementaux, les médias et les infrastructures financières. Cependant, depuis le 24 février, la plupart de ces attaques ont été déjouées. L'Ukraine emploie des milices de cyberdéfense pour protéger ses systèmes et attaquer ceux de la Russie.
Similaire à sa guerre en Géorgie, la Russie a anticipé son invasion en Ukraine en orchestrant un effort numérique. Le 14 janvier 2022, une attaque russe a mis hors service plus de 70 sites du Gouvernement ukrainien. Ces sites ont été défigurés par des images en ukrainien, en russe et en polonais, indiquant : « ayez peur et attendez le pire… ceci est pour votre passé, votre présent et votre avenir… et pour les terres historiques. » Tous les sites ont été restaurés en quelques heures.
Image affichée sur la page d'accueil de sites gouvernementaux ukrainiens après les piratages russes.
En parallèle, une autre attaque a eu lieu le 13 janvier 2022. Le Microsoft Threat Intelligence Center (MSTIC) a détecté Whisper Gate, un logiciel malveillant (malware) conçu pour supprimer définitivement tous les fichiers de l'ordinateur des victimes. Le MSTIC a noté que ce logiciel était destiné aux « organisations gouvernementales, aux organisations à but non lucratif et aux organisations des technologies de l'information, toutes basées en Ukraine. » En quelques heures seulement, Microsoft a publié un correctif permettant de supprimer le logiciel infectieux.
La cyberguerre est principalement destinée à détourner les flux d'informations et à perturber des services essentiels. Depuis le début de la guerre, l'Ukraine n'a pas subi de perturbations majeures. L'Internet ukrainien continue de fonctionner, le Président Volodymyr Zelensky continue de dominer le récit de la guerre par le biais d'encarts sur son smartphone, et une partie du monde a interdit les chaînes d'information soutenues par l'État russe.
Plus important encore, contrairement à la guerre en Géorgie et en Crimée, l'offensive médiatique de la Russie ne fonctionne pas en Ukraine. Les Ukrainiens sont plus unis que jamais pour rejeter la désinformation russe. Les principaux médias ukrainiens se sont réunis sur une même plateforme pour diffuser un récit cohérent. Sur Telegram, les chaînes officielles parviennent pour la plupart à bloquer les bots russes et à communiquer les informations officielles du Gouvernement.
Au final, la Russie est devenue la grande victime de la cyberguerre, et non l'Ukraine. Des médias russes comme TASS, Kommersant, Izvestia, Fontanka, Forbes, RBK ainsi que plus de 300 sites gouvernementaux ont été temporairement désactivés le 28 février après avoir affichés des messages anti-Poutine. Des chaînes de télévision russes ont été piratées pour diffuser des chansons ukrainiennes. Des documents de fabricants d'armes bélarusses et de la banque russe Sberbank ont été divulgués.
En Russie, la vérité sur la guerre en Ukraine est diffusée par tous les moyens possibles. Des sites Internet russes détournés ont affiché le message : « Chers citoyens. Nous vous exhortons d'arrêter cette folie, n'envoyez pas vos fils et vos maris vers une mort certaine. Poutine nous force à mentir et nous met en danger. » Le 7 mars, des chaînes de télévision publiques de toute la Russie ont été piratées pour montrer des images de la guerre en Ukraine.
Le Gouvernement ukrainien a vivement demandé une aide mondiale dans le cyberespace. Le ministre ukrainien de la Transformation numérique, Mykhailo Fedorov, a appelé les hackers du monde entier à rejoindre la lutte numérique contre la Russie. Le 24 février, les forums de hackers du monde entier ont commencé à recruter des volontaires avec le message « Cybercommunauté ukrainienne ! Il est temps de s'impliquer dans la cyberdéfense de notre pays. »
La guerre numérique en Ukraine s'est transformée en une mêlée générale. Les attaques indépendantes et celles soutenues par l'État, tant en Russie qu'en Ukraine, vont probablement créer davantage de confusion sur le terrain. Il est devenu impossible d'organiser ou d'attribuer les attaques. Bien qu'il soit flou si le Gouvernement russe a l'intention ou la capacité de mener des cyberattaques plus dévastatrices, le monde entier a les yeux rivés sur les réseaux ukrainiens.
Des experts venant d'Israël, des États-Unis et de Singapour ont prévenu que les cyberattaques ne faisaient que commencer et qu'elles allaient inévitablement se transformer en un problème mondial. James Sullivan, du groupe de réflexion britannique sur la défense et la sécurité RUSI, précise : « Nous devons toujours garder à l'esprit que la Russie, avec le bon objectif stratégique et la bonne quantité de ressources, se concentrera sans aucun doute sur les infrastructures occidentales si cela devait lui donner un avantage. »
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Ces artistes prônent l'émancipation des femmes africaines par la musique.
Au moment où la plateforme de streaming Apple Music célébrait mondialement la Journée internationale des femmes en 2019, pas une seule femme africaine ne figurait sur la playlist Global Feminism. L’absence de chanteuses féministes africaines en a interpellé plus d’un. Elle a été le fruit de débats autour du racisme et des préjugés présents dans le monde de la musique. À peine un an plus tôt, le géant technologique avait publié, en 2018, une playlist de musique africaine. Elle comprend des chanteuses célèbres, dont Teni (Teniola Apata), d’origine nigériane, ayant souvent été décrite comme la superstar féministe de la musique africaine.
Global Voices se connecte au monde entier pour marquer la Journée internationale de la femme. Le hashtag officiel #BreakTheBias (briser les préjugés) vise d’ailleurs à dissiper les préjugés, les stéréotypes et la discrimination. En ce jour, nous célébrons l’accomplissement des grandes chanteuses féministes africaines dont la musique, à travers une playlist, appelle à l’émancipation des femmes africaines.
Qu'il s'agisse de dénoncer les abus sexuels, les mutilations féminines génitales (MGF), de célébrer l’identité sexuelle ou de promouvoir l’égalité des sexes, pour ces chanteuses féministes africaines, la musique reste l’arme ultime.
Consultez notre playlist Spotify pour écouter des hits d’artistes tels que Fatoumata Diawara, Cesária Évora, Shishani Vranckx, Thandiswa Mazwai et plus encore !
";s:7:"dateiso";s:15:"20220329_183005";}s:15:"20220329_175954";a:7:{s:5:"title";s:79:"En l'honneur de la Journée mondiale des zones humides, les Caraïbes en images";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/29/271663/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271663";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 29 Mar 2022 15:59:54 +0000";s:11:"description";s:231:"Dans les petits États insulaires en développement (PEID) comme les Caraïbes, qui subissent les pires effets des changements climatiques, les zones humides jouent un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.";s:7:"content";s:18846:"
Le thème de l'édition 2022 est un appel à l'action
Great Goat Island au sud de la Jamaïque. Photo d'Emma Lewis utilisée avec sa permission.
La Journée mondiale des zones humides, célébrée chaque année le 2 février – date à laquelle fut signée la Convention sur les zones humides à Ramsar (Iran) en 1971 – rappelle l'importance vitale de ces milieux pour notre planète. Le thème de l'édition 2022 est un appel à agir par le biais d'investissements humains, financiers et politiques pour restaurer et protéger ces écosystèmes si précieux et si fragiles.
Bien qu'elles couvrent moins de 10 % de la surface terrestre, 40 % de toutes les espèces végétales et animales vivent ou se reproduisent dans les zones humides. En plus d'être une importante source de nourriture pour les hommes et les animaux, les zones humides sont essentielles pour l'équilibre de notre climat, car elles contribuent à la régulation de l'eau, à sa filtration et à la gestion des inondations.
Dans les petits États insulaires en développement (PEID) comme les Caraïbes, qui subissent les pires effets du changement climatique – baisse des réserves d'eau douce, déforestation et élévation du niveau de la mer – les zones humides jouent un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique en aidant à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre et en stockant le carbone dans leur sol (elles sont de véritables puits de carbone).
Hélas, plusieurs zones humides comme les mangroves de Trinité-et-Tobago au sud des Caraïbes, sont menacées par la pollution et les sargasses, des algues dont la prolifération serait causée par le réchauffement des océans, conséquence directe des changements climatiques.
À l'occasion de la Journée mondiale des zones humides, le Pointe-à-Pierre Wildfowl Trust, l'un des plus célèbres défenseurs des zones humides de Trinité-et-Tobago, a posté des images sur sa page Facebook et promis de continuer d'agir en faveur de « la préservation des zones humides et des espèces qu'elles abritent. »
SpeSeas, une ONG également installée sur l'île de Trinité, a quant à elle tweeté :
As part of #WorldWetlandsDay, we would like to draw attention to sustainable use of our very own wetlands, the Nariva Swamp, Caroni Swamp & Buccoo Reef/ Bon Accord Lagoon complex and encourage their protection and conservation efforts pic.twitter.com/Y8okrVVkbL
À l'occasion de la #WorldWetlandsDay (Journée mondiale des zones humides), nous aimerions rappeler qu'il est important de gérer durablement nos zones humides – le marais de Nariva, le marais de Caroni et le récif corallien de Buccoo / lagon de Bon Accord – et d'encourager les efforts de préservation. pic.twitter.com/Y8okrVVkbL
This #wetlandsday I've been thinking a lot about the awareness-action gap & what I can do better to #ActForWetlands and #climatechange. I think for starters I'd like to build more inclusive narratives around OUR identity & wetlands.
— Jahson B. Alemu I, Ph.D (@jahson_alemu) 2 février 2022
En plus d'être utiles, les zones humides offrent également de magnifiques paysages. À l'occasion de la Journée mondiale des zones humides, nous vous proposons de partir à la découverte des zones humides les plus époustouflantes des Caraïbes, depuis la Guyane jusqu'au nord de l'archipel.
La Guyane
East Demerara Water Conservancy, Guyane. Photo de John et Elaine Chesterton sur Flickr, CC BY-SA 2.0.
Même si l'on considère qu'elle fait partie des Caraïbes, la Guyane est située en Amérique du Sud. C'est un vaste pays où marais et zones humides s'étendent sur plusieurs kilomètres.
Trinité-et-Tobago
Vie sauvage au Pointe-à-Pierre WildFowl Trust sur l'île de Trinité. Photo de Janine Mendes-Franco utilisée avec sa permission.
Le Pointe-à-Pierre WildFowl Trust recueille, soigne puis relâche des oiseaux blessés. Il réalise aussi des études et des actions de sensibilisation à la préservation de l'environnement, en particulier des zones humides.
Des oiseaux sauvages, notamment des Ibis rouges, regagnent au crépuscule le marais de Caroni pour se percher sur la mangrove. Photos de Janine Mendes-Franco utilisées avec sa permission.
Ces écosystèmes permettent de purifier l'eau et de protéger les côtes contre l'érosion, les tempêtes et les inondations. Ce sont également des sites parfaits pour l'écotourisme et l'éducation à l'environnement.
Coucher de soleil à Petit Trou Lagoon, Lowlands, au sud-ouest de Tobago. Photo de Janine Mendes-Franco utilisée avec sa permission.
Ce lagon pittoresque, situé dans l'enceinte de la station balnéaire de Tobago Plantations, comporte une épaisse mangrove à travers laquelle un trottoir de bois a été construit au-dessus des racines de la mangrove. Le lagon lui-même est un mélange d'eau douce et salée.
La Barbade
Le sanctuaire naturel de Graeme Hall abrite la dernière grande zone de mangrove de la Barbade. Relais pour des milliers d'oiseaux migrateurs, il a été fermé en 2019 en raison d'un conflit avec le gouvernement de l'île. Photo de David Stanley sur Flickr, CC BY 2.0.
Environ une semaine avant la Journée mondiale des zones humides, une pétition a été lancée sur Internet par un groupe de militants qui souhaitent « empêcher la destruction de la dernière mangrove de la Barbade ». Cette pétition vise à faire inscrire le marais de Graeme Hall sur la liste des zones protégées de catégorie OS-2. À l'heure où nous publions cet article, la pétition a déjà récolté plus de 4 500 signatures.
La Jamaïque
Aigrette dans les étangs salés de Yallahs en Jamaïque. Photo d'Emma Lewis utilisée avec sa permission.
Les zones humides sont des milieux fragiles menacés notamment par les projets d'urbanisme, le développement touristique et l'intensification de l'agriculture. Dans plusieurs régions, la faune et la flore des zones humides sont aussi menacées par les pesticides et les engrais.
Oiseaux de rivage dans les étangs salés de Yallahs et crocodile américain à Salt River en Jamaïque. Photos d'Emma Lewis utilisées avec sa permission.
Les zones humides sont des réservoirs de biodiversité. Elles abritent de nombreux oiseaux, reptiles, crabes, crocodiles, grenouilles, huîtres… qui peuvent tous être menacés par la présence d'espèces envahissantes.
Mangrove à Salt River en Jamaïque. Photos d'Emma Lewis utilisées avec sa permission.
L'une des principales menaces pesant sur les zones humides des Caraïbes est la pollution, en particulier les déchets solides qui se prennent dans les racines des arbres et peuvent détruire des zones entières de mangroves. Ces dernières servent également de pépinière pour les jeunes poissons et autres espèces marines.
Mason River en Jamaïque. Photo d'Emma Lewis utilisée avec sa permission.
Les zones humides des Caraïbes peuvent prendre des formes très diverses. Celle de la zone protégée de Mason River (ci-dessus), est la seule zone humide de Jamaïque située à l'intérieur des terres et ressemble à une tourbière. Les zones humides de Salt River (ci-dessous), sur la côte sud de l'île, ont quant à elle une ambiance plus balnéaire.
Salt River en Jamaïque. Photo d'Emma Lewis utilisée avec sa permission.
Le message de l'édition 2022 de la Journée mondiale des zones humides est qu’indépendamment de leur aspect et de l'endroit où elles se trouvent, les zones humides méritent à la fois notre attention et notre protection.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220329_175954";}s:15:"20220325_162144";a:7:{s:5:"title";s:86:"L'autorisation du passage de migrants cubains au Nicaragua est-il un outil politique ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/25/271225/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271225";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 25 Mar 2022 15:21:44 +0000";s:11:"description";s:112:"Comme par le passé, l'émigration est devenue une porte de sortie de la crise économique et politique du pays.";s:7:"content";s:12236:"
Le nombre de migrants cubains a doublé entre 2020 et 2021.
Cet article a été rédigé par un.e auteur.e sous anonymat à Cuba. Son nom fictif est « Luis Rodriguez. »
Après l'échec de la marche citoyenne pour le changement qui a eu lieu le 15 novembre 2021 et l'exil du leader Yúnior García Aguilera, il semble que le flambeau de la rébellion et de l'opposition ait été étouffé à Cuba. La situation ne pourrait pas être pire : l'inflation est montée en flèche, la pénurie, le manque de médicament et de nourriture se sont aggravés. L'inefficacité du Gouvernement cubain et le blocus américain ont exacerbé notre crise humanitaire.
Dans un contexte où la qualité de vie cesse de se détériorer, de nombreux Cubains ont fait le choix de fuir le Pays coûte que coûte. Comme les années précédentes, l'émigration reste une échappatoire à la crise économique et politique qui traverse le Pays.
Le nombre de migrants cubains détenus à la frontière américaine à doublé entre 2020 et 2021. Il a atteint un pic en décembre 2021, où 8 199 migrants ont été retenus. Tous les jours, des centaines de Cubains recherchent des vols pour Managua au Nicaragua.
De nombreux analystes, tant sur l'île qu'à l'extérieur, ont interprétél'annonce inattendue du Président Nicaraguayen Daniel Ortega, le 22 novembre 2021 au sujet de la délivrance de visas gratuits aux citoyens cubains comme une faveur politique accordée à Cuba. Cette mesure est considérée comme un stratagème visant à atténuer la pression interne à laquelle Cuba est confrontée depuis les manifestations du 11 juillet 2021. Elle vise également à encourager les personnes susceptibles de participer à de nouvelles manifestations sociales à quitter le pays. Officiellement, la mesure a été prise dans l'optique de « promouvoir les échanges commerciaux, le tourisme et les relations familiales humanitaires. »
Selon la journaliste indépendante Yoani Sánchez, directrice de la plateforme 14ymedio dont l'accès est bloqué sur l'île,
Con la jugada que acaba de hacer, el régimen cubano se asegura de que Joe Biden tenga muy pronto un quebradero de cabeza y una gran discusión interna debido al aumento considerable en el número de migrantes provenientes de esta Isla. De paso, se libra dentro del territorio nacional de los más inconformes y rebeldes, que podrían protagonizar la próxima explosión social al estilo de la ocurrida el pasado 11 de julio.
Avec le geste qu'il vient de faire, le régime cubain s'assure que Joe Biden se cassera la tête et qu'il y aura un grand débat interne en raison de l'augmentation considérable du nombre de migrants en provenance de l'île. Le régime cubain se débarrasse par la même occasion des anticonformistes et des contestataires à l'intérieur du territoire; ceux qui pourraient entraîner la prochaine révolte sociale comme celle du 11 juillet dernier.
Cette stratégie du régime cubain n'est pas nouvelle. L'exode de Mariel en 1980 et la crise des Balseros en 1994 ont servi au régime comme moyen de réduire l'indignation générale envers le totalitarisme qui a toujours existé à Cuba, bien que ce soit une image de loyauté envers le socialisme qui ait toujours été montrée au monde.
Cette thèse a été soutenue par Brian Latell, un ancien chercheur à l'Institut d'Etudes cubaines et cubano-américaines de l'Université de Miami. Brian Latell explique dans sa biographie sur Fidel Castro que les exodes migratoires de Cubains vers les Etats-Unis ont été la stratégie historique utilisée par le régime cubain pour exporter la révolte.
Jusqu'en 2015, la décision de l'Equateur de ne pas accepter de visa cubain a engendré une vague d'immigration vers les Etats-Unis. Par conséquent, beaucoup de migrants cubains ont perdu la vie et ont été victimes de groupes criminels liés au trafic d'humains.
Dans ce contexte, le Nicaragua joue un rôle de soutien parmi les pays d'Amérique centrale envers l'émigration irrégulière aux Etats-Unis. Arturo Cruz, l'ancien ambassadeur du Nicaragua aux États-Unis, a mené des négociations avec les États-Unis en 2008, dans le but de contrôler le trafic de drogue, le terrorisme et la migration.
En 2019, suite à l'assouplissement du processus d'obtention des visas et à la pénurie de marchandises sur l'île, les voyages des Cubains au Nicaragua pour faire du commerce et acheter des produits impossibles à obtenir à Cuba, sont devenus communs. Entrée en vigueur en janvier 2022, la décision de reprise des vols après l'assouplissement des restrictions liées à la pandémie permettrait d'économiser environ 1600 km sur leur trajet vers le Mexique.
Une stratégie contre les Etats-Unis ?
Certains analystes, dont Yoani Sánchez, allèguent que derrière cette décision se cache un autre objectif : utiliser le Nicaragua comme tremplin et générer une crise migratoire aux Etats-Unis à la frontière avec le Mexique. Cet argument a été soutenu par le sénateur républicain Marco Rubio, qui a déclaré :
Este verano expresé mi preocupación y advertí que el régimen cubano utilizaría la migración masiva como un arma tras las históricas protestas del 11 de julio. El régimen Ortega-Murillo está ayudando a la dictadura cubana al eliminar los requisitos de visa para instigar la migración masiva hacia nuestra frontera sur.
Cet été, j'ai exprimé mon inquiétude et prévenu que le régime cubain utiliserait la migration de masse comme une arme après les protestations historiques du 11 juin. Le régime Ortega-Murillo soutient la dictature cubaine en éliminant les prérequis de demande de visa afin d'inciter la migration massive vers notre frontière sud.
En 2017, le Président américain de l'époque, Barack Obama, a mis fin à la politique des « pieds secs, pieds mouillés » qui pendant 20 ans, permettait aux Cubains de vivre aux Etats-Unis même s'ils avaient immigré de manière illégale.
Mais pour la journaliste Yoani Sánchez, « l'administration américaine peut aborder cette question de manière très différente de celle que projette la Havane, et la fuite de milliers de Cubains aurait également beaucoup de conséquences sur une société déjà vieillissante. »
Même si le régime cubain parvient à diminuer temporairement la pression interne et les nouvelles formes d'opposition, les conséquences de cette crise provoqueront un dommage démographique au niveau social encore plus important; la population de Cuba étant la plus vieille d'Amérique latine. De nombreux professionnels et jeunes migrants ont vendu leurs maisons et leurs propriétés pour pouvoir financer un voyage truffé d’embûches et de dangers.
Si le régime cubain ne voit pas cet exode comme un signe alarmant qu'un changement politique est nécessaire à Cuba, alors il ne s'agit pas seulement de son suicide politique, mais de la continuité de l'agonie et de la souffrance d'une nation.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220325_162144";}s:15:"20220324_161752";a:7:{s:5:"title";s:68:"Les sites Web du Gouvernement mozambicain subissent une cyberattaque";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/24/271529/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271529";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 24 Mar 2022 15:17:52 +0000";s:11:"description";s:150:"Les pirates ont posté une demande de rançon en échange des données du site gouvernemental. Les autorités n'ont pas encore identifié les auteurs.";s:7:"content";s:8465:"
Les cyberattaques sont un problème majeur au Mozambique.
Les pirates ont remplacé les sites Web du Gouvernement par des avis ainsi qu'une photo d'un homme avec une mitrailleuse et un foulard indiquant que les sites avaient été « attaqués par des pirates yéménites ». Image : Giovana Fleck/Global Voices
Les Mozambicains ont été surpris d'apprendre que divers portails gouvernementaux avaient été altérés par un groupe de pirates informatiques le 21 février 2022. Les pages principales de nombreux sites Web gouvernementaux avaient été remplacées par des avis montrant un homme avec une mitrailleuse et un foulard indiquant que celles-ci avaient été « attaquées par des pirates yéménites ». Les responsables gouvernementaux n'ont pas encore identifié les auteurs ou déterminé leur motivation pour l'attaque.
Selon le portail d'information A Carta, l'ensemble de l'appareil Web du Gouvernement mozambicain est géré (et hébergé) par l'Institut national des technologies de l'information et de la communication ( INTIC ), l'organisme chargé de réglementer, de superviser et d'inspecter les technologies de l'information et de la communication (TIC).
Alors que l'attaque a provoqué la suspension temporaire de toutes les opérations sur les sites, le directeur général de l'Institut national de l'électronique (INAGE), Hermínio Jasse, a déclaré le même jour que tous les portails étaient à nouveau opérationnels.
Le directeur général de l'Institut national d'électronique (INAGE), Erminio Jasse, a déclaré aujourd'hui lors d'une conférence de presse que les portails gouvernementaux qui ont été la cible d'attaques de pirates informatiques sont désormais opérationnels. Il a expliqué qu'il n'y avait pas eu de perte d'informations et que tout le contenu des portails était destiné à la consommation publique.
Selon le directeur général de l'INAGE, la principale préoccupation après la détection du problème était d'établir un « diagnostic rapide » des dommages. L'enquête a révélé que le contenu du site était resté intact, bien que dans l'annonce du pirate, il ait déclaré que des données avaient été extraites et qu'elles seraient vendues à bas prix. Jusqu'à présent, rien ne permet d'étayer cette affirmation, et on ne sait rien ou presque de l’importance réelle de ces données.
Toutefois, cette solution n'a duré que 24 heures. Le lendemain matin, 22 février, les mêmes sites Web sont redevenus inopérants – cette fois, les pirates ont posté une demande de rançon en échange des données des sites gouvernementaux. On ne sait pas encore si ces sites seront à nouveau récupérés et quelles mesures seront prises pour prévenir de futures attaques.
À ce sujet, le directeur de l'Entreprise nationale des parcs scientifiques et technologiques (ENPCT), Julião Cumbane, a déclaré que ce problème découle du manque de préparation des institutions mozambicaines en matière de sécurité de leurs données.
Le GOUVERNEMENT du Mozambique a subi des CYBERATTAQUES ?!?!…. Nous avons insisté auprès des institutions et des entreprises (publiques et privées) sur le fait qu'elles DOIVENT avoir des COPIES DE SÉCURITÉ de leurs DONNÉES et de leurs SYSTÈMES INFORMATIQUES dans un endroit sûr mais nous sommes IGNORÉS par ceux qui devraient nous écouter. Et maintenant ?
La cyber-insécurité est un problème majeur depuis quelques années, comme l'a révélé sur sa page Facebook la Confédération des associations économiques du Mozambique (CTA) :
ATTENTION AUX E-MAILS CONTENANT DES LIENS MALVEILLANTS
Le CTA vous informe par la présente que votre domaine de messagerie a été cloné et que des courriels contenant des liens malveillants sont envoyés. Veuillez ne pas cliquer sur ces liens pendant que le travail de nettoyage interne est en cours. Dès qu'il sera terminé, nous vous en informerons. Merci de votre compréhension.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220324_161752";}s:15:"20220324_155707";a:7:{s:5:"title";s:58:"Azerbaïdjan : un journaliste et militant queer assassiné";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/24/271451/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271451";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 24 Mar 2022 14:57:07 +0000";s:11:"description";s:218:"La mort d'hafizli a déclenché un tollé sur les réseaux sociaux. L’Azerbaïdjan a été critiqué pour son constant refus à réagir face aux crimes de haine, surtout ceux envers les groupes marginalisés du pays.";s:7:"content";s:13924:"
Le journaliste et militant pour les droits des personnes LGBTQ+, Avaz Hafizli, âgé de 24 ans, a été assassiné par un membre de sa famille le 22 février. Sa mort a déclenché un tollé sur les réseaux sociaux. De nombreux activistes ont critiqué l’Azerbaïdjan, pays qui se refuse toujours à réagir face aux crimes de haine, et en particulier ceux ciblant les groupes marginalisés du pays.
The culprits of this death are the society, the Azerbaijani government and state security agencies.
Despite the fact that we reported every incidence to the police, they never considered the complaints, even terminating it arbitrarily, never punishing the perpetrator
Les vrais coupables de cette mort sont, en fait, la société, le Gouvernement azerbaïdjanais et les agences de sécurité de l’État.
Bien que chaque incident ait été signalé à la police, celle-ci ne les a jamais pris au sérieux, les classant sans suite de façon complètement arbitraire, et l’auteur, lui, n’a jamais été puni.
— Lili Nazarov #BayramaNeOldu (@lilinazarov) 22 février 2022
#AvazHafizli, reporter pour la chaîne Internet #Kanal13, également militant #LQBT, aurait été tué, par son cousin. 5 mois auparavant, il s’était enchaîné devant le bureau du procureur général pour protester contre les menaces auxquelles la communauté LGBT en #Azerbaïdjan est confrontée. @prokurorluq. pic.twitter.com/7OmXCVs6Kc
Les amis de Hafizli ont déclaré que la communauté LGBTQ+ a perdu un ami cher, quelqu’un qui avait été au premier plan de la lutte pour la protection et la reconnaissance des droits de la communauté LGBTQ+ en Azerbaïdjan.
Our courageus friend, LGBTQ+ activist and journalist Avaz Hafizli is killed today. Azerbaijani goverment is directly responsible for his death by justifying the killing of so many queers and fueling systematic homophobia/transphobia. We will not forget!
Notre courageux ami, militant LGBTQ+ et journaliste, Avaz Hafizli, a été tué aujourd’hui. En justifiant le meurtre de tant d’homosexuel·les, en alimentant en permanence l’homophobie et la transphobie, le Gouvernement azerbaïdjanais se rend directement responsable de sa mort. Nous n’oublierons jamais.
En septembre 2021, Hafizli s’était enchaîné devant le bureau du procureur général en signe de protestation contre l’inaction de l’institution après que la blogueuse Sevinj Huseynova, ait ouvertement appelé à la violence contre les citoyen·nes homosexuel·les du Pays. Huseynova avait également ciblé Hafizli. Après quoi, selon les propres récits du journaliste, il avait été renié par sa famille et avait aussi fait une tentative de suicide.
Un discours permanentanti-LGBTQ+
Selon ILGA Europe, une organisation non gouvernementale internationale qui défend les droits et libertés des personnes LGBTQ+, l’Azerbaïdjan occupe la dernière place, sur 49 pays, dans l’indice Arc-en-ciel de l’organisation.
Ces dernières années, le Gouvernement azerbaïdjanais a intensifié les mesures de répression contre la communauté LGBTQ+. En 2017, au moins 83 personnes ont été arrêtées [en] par la police parce qu’elles étaient homosexuelles ou transgenres. Les détenu·es ont déclaré avoir été victimes de torture et de chantage. Cette même année, au moins quatre citoyen·nes azerbaïdjanais·es s’identifiant comme LGBTQ+ se sont suicidé·es.
En 2018, le journal israélien Haaretz a rapporté que le Gouvernement azerbaïdjanais utilisait l’équipement et le logiciel de surveillance Verint Systems d’Israël, pour identifier l’orientation sexuelle de ses citoyen·nes sur Facebook.
Selon Meydan TV et Minority Magazine, plus d’une douzaine de personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en 2019. La plupart étaient des travailleuses du sexe transgenres qui avaient été sollicitées puis arrêtées.
En mars 2021, Minority Magazine a signalé un nouveau mouvement, « Pure Blood » (« Pur sang »), qui se mobilisait sur l’application Telegram pour cibler les personnes LGBTQ+ en Azerbaïdjan.
Puis, à l’été 2021, pendant le mois de la FIERTÉ, Minority Magazine, encore, a documenté d’autres attaques contre des personnes LGBTQ+.
La police ou les voies juridiques officielles offrent peu de recours aux membres de la communauté LGBTQ+, victimes de discrimination ou de violence. Par exemple, en novembre de l’année dernière, une femme transgenre et son partenaire ont été attaqués dans la rue de la capitale, Bakou. Conscients du piètre bilan de la police auprès des citoyen·nes homosexuel·les, ils ont décidé de ne pas déposer de plainte officielle, craignant des représailles et une potentielle ingérence dans leur vie privée.
Selon une recherche d’OC Media, un site Web basé à Tbilissi en Géorgie, qui s’est penché sur les discours de haine homophobe dans le pays en analysant les rapports des médias, la rhétorique anti-LGBTQ+ en Azerbaïdjan est omniprésente chez les politicien·nes, les célébrités et les personnalités publiques.
Cette étude a aussi souligné les discriminations auxquelles les personnes LGBTQ+ sont victimes dans le service militaire. En Azerbaïdjan, les personnes qui s’identifient comme LGBTQ+ sont exemptées du service militaire obligatoire en vertu de l’article 18, paragraphe b, du règlement sur les examens médicaux militaires, qui stipule qu’une personne est considérée comme inapte ou partiellement apte au service militaire sur la base de troubles de la personnalité, et en vertu de l’article 17/b, qui indique des psychoses réactives et des troubles névrotiques.
La blogueuse Sevinj Huseynova n’est pas la seule à avoir ouvertement appelé à la violence contre la communauté LGBTQ+. Selon Minority Magazine, en janvier 2022, un religieux, Haji Tayyar Huseynli, a qualifié les membres de la communauté LGBTQ+ d’ « ordures » et a déclaré que les couples de même sexe ayant des relations sexuelles devraient être condamnés à mort. « C’est-à-dire que, selon les règles religieuses, on doit tuer ceux qui commettent cet acte odieux. C’est ce que demande la religion », a déclaré Huseynli dans une interview pour une plateforme d’information locale.
Selon la déclaration publiée par le Bureau du Procureur général, Hafizli a été tué par son cousin, alors sous l’influence de l’alcool, après que les deux hommes se soient disputés. Le bureau a dit qu’une enquête avait été lancée.
Cependant, les activistes du pays n’en attendent pas grand-chose. Sur sa page Facebook, la militante des droits civiques, Gulnara Mehdiyeva, a déclaré : « Les personnes LGBTQ sont sans importance aux yeux de la loi azerbaïdjanaise. Ils ne sont pas considérés comme des êtres humains, et ni le parquet, ni le Service de la sûreté de l’État, ni aucun autre organe ne bougent leur petit doigt pour éviter les massacres. Le Gouvernement azerbaïdjanais est directement coupable d’avoir légitimé l’assassinat de personnes LGBTQ à tous les niveaux. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220324_155707";}s:15:"20220324_132226";a:7:{s:5:"title";s:177:"Hong Kong : les employés de maison étrangers empreints à « une crise émergente » alors que la COVID-19 limite les possibilités de logement et les options de déplacement";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/24/271371/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271371";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 24 Mar 2022 12:22:26 +0000";s:11:"description";s:154:"À Hong Kong, une employée de maison philippine de 35 ans a vécu dans la rue suite au refus de son visa et après être testée positive à la COVID-19.";s:7:"content";s:11864:"
Les employés de maison ont un accès limité aux soins de santé et au logement
J chez son ancien employeur. Photo de Hong Kong Free Press. Reproduite avec autorisation.
Cet article a été publié le 17 février 2022 sur Hong Kong Free Press. Il est republié sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
À Hong Kong, une employée de maison originaire des Philippines et âgée de 35 ans a été contrainte de vivre dans la rue pendant deux jours suite au refus de sa demande de visa. Et elle venait d'être testée positive à la COVID-19. Sa situation a suscité une vague de sympathie et a fait l'objet de nombreuses récriminations quant au manque de ressources disponibles pour les migrants à Hong Kong. Par ailleurs un groupe d'appui aux travailleurs migrants parle de « crise émergente ».
J, qui souhaite garder l'anonymat, a déclaré jeudi à HKFP qu'elle vivait dans un parc du quartier de Yau Ma Tei depuis qu'elle a été testée positive au COVID-19, mardi dernier. Suite au refus de son visa, son vol retour vers les Philippines était prévu pour mercredi.
J ne présentait aucun symptôme et l'hôpital, débordé, lui a demandé de s'isoler chez elle. Toutefois la jeune femme n'avait aucun endroit où aller, ayant démissionné de son dernier emploi en raison de mauvaises conditions de logement et un nouveau permis de travail lui ayant été refusé. Selon la loi hongkongaise, les employées de maison doivent « habiter avec » leur employeur.
Elle a demandé de l'aide à la Fédération des syndicats des employés de maison de Hong Kong (Hong Kong Federation of Asian Domestic Workers Unions ou FADWU) qui lui a donné une tente, un sac de couchage, des masques, des produits de toilette et de la nourriture.
« Je suis gelée, il fait un froid de canard. Je ne sais vraiment pas quoi faire, » a déclaré J.
La température à Hong Kong devrait baisser de 10 degrés Celcius pendant le weekend.
Dans un communiqué de presse adressé à Au Ka-wang, le Directeur de l'immigration, FADWU mentionne que la Fédération a tenté de contacter le Centre de protection de la santé (CHP) mais la ligne était sans cesse occupée.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220324_132226";}s:15:"20220324_124858";a:7:{s:5:"title";s:66:"La Russie et l ‘Amérique latine: si loin et pourtant si proches";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/24/271458/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271458";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 24 Mar 2022 11:48:58 +0000";s:11:"description";s:187:"« Poutine estime que les États-Unis continuent de considérer l'Amérique latine comme leur chasse gardée et affirme de ce fait que son pays a le même droit d'influencer l'Ukraine. »";s:7:"content";s:11991:"
En défiant l'Occident, la Russie vise à renforcer sa position dans le monde.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages Web en anglais, ndt.]
Cet article a été initialement publié dans Connectas [es]. Une version abrégée et mise à jour est publiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
« La chose la plus importante qui se soit produite dans le monde en termes de guerre et de paix depuis la Seconde Guerre mondiale. »
C'est ainsi que le Président américain Joe Biden décrit ce qu'une invasion russe de l'Ukraine signifierait pour les États-Unis. Biden a refusé de s'étendre davantage sur les conséquences probables d'une telle situation; ce qui n'est d'ailleurs pas nécessaire – personne n'en serait inconscient. Puis, le 24 février, survint l’attaque de la Russie contre l'Ukraine.
Mais quel impact, et quel effet un tel conflit — qui ne se désamorce pas malgré toutes les tentatives — pourrait-il avoir sur l'Amérique latine ?
Pour tenter de trouver une explication, il faut d'abord essayer de comprendre la longue et complexe relation d'amour-haine entre la Russie et l'Ukraine. Le récit selon lequel les Ukrainiens et les Russes ne forment qu'un seul peuple est le principal argument utilisé par Vladimir Poutine pour justifier ce qu'il cache en réalité : il voudrait faire de son voisin, l'État satellite qu'il a été pendant une grande partie du 20e siècle, au service de Moscou.
Vladimir Rouvinsky, professeur à l'université d'Icesi à Cali, en Colombie, a expliqué son point de vue à CONNECTAS :
In the end, Ukraine is nothing more than an excuse. What is really at stake here is the international order being challenged by new emerging powers, in this case, Russia. In a way, we are beginning to see how Russia will act on the world stage in the future. Putin believes that the United States still regards Latin America as its backyard and based on this, claims that Russia has the same right to influence Ukraine, Belarus and other nations in its surrounding area.
En fin de compte, l'Ukraine n'est rien de plus qu'une excuse. Ce qui est réellement en jeu ici, c'est la remise en cause de l'ordre international par de nouvelles puissances émergentes, en l'occurrence la Russie. D'une certaine manière, nous commençons à voir comment la Russie agira à l'avenir sur la scène mondiale. Poutine estime que les États-Unis considèrent toujours l'Amérique latine comme leur chasse gardée et, sur cette base, il affirme que la Russie a le même droit d'influence sur l'Ukraine, le Belarus et d'autres nations de son entourage.
Le président russe n'acceptera pas qu'on lui dise quoi faire ni comment agir dans ce qui faisait partie de l'ancienne Union soviétique. Selon Rouvinsky, « C'est à ce moment-là que des actions réciproques ont commencé à apparaître en Amérique latine, je dirais de manière plus symbolique, pour démontrer à quel point la Russie est capable d'influencer un territoire apparemment étranger. »
Il est clair que, du moins pour l'instant, les destinations favorites de la Russie sont le Venezuela et le Nicaragua. Les deux pays ont des régimes dictatoriaux dont Poutine tire le meilleur parti en les soutenant dans les défis auxquels ils sont tous deux confrontés en termes de garanties démocratiques et de droits humains.
À première vue, le Cuba figurerait également sur cette liste, mais le professeur Rouvinsky, en désaccord, lance :
Today Cuba is separated from Russia by ideology. Cuba is socialist, Russia is capitalist. Cuba may agree with the anti-American discourse led by Maduro and Ortega, but that is not enough to make it an ally. There is no longer that degree of trust from the time of the Soviet Union.
Aujourd'hui, le Cuba est séparé de la Russie par l'idéologie. Le Cuba est un pays socialiste tandis que la Russie est plutôt capitaliste. Le Cuba peut approuver le discours anti-américain donné par Maduroet Ortega, mais cela ne suffit pas à en faire un allié. Il n'y a plus ce degré de confiance depuis l'époque de l'Union soviétique.
L'influence russe semble s'être étendue au-delà des dictatures. Il semble que le président argentin Alberto Fernández ait été, ces derniers jours, ajouté à la liste, alors qu'il se trouvait même au Kremlin. Fernández a confié à [es] un Poutine visiblement satisfait : « Je suis déterminé à ce que l'Argentine cesse d'être aussi dépendante du FMI et des États-Unis, et s'ouvre à d'autres opportunités, et je pense que la Russie occupe une position très importante. »
Fernández est allé plus loin que ce à quoi l'on aurait pu s'y attendre :
We have to see how Argentina can become a gateway to Russia in Latin America, so that Russia enters in a more decisive way.
Nous devons voir comment l'Argentine peut devenir une porte d'entrée pour la Russie en Amérique latine, de sorte qu'elle y entre de manière plus décisive.
La Russie est aussi le pays que tous les Colombiens évoquent. Les récentes déclarations de responsables des deux parties ont affecté les relations bilatérales. Selon le ministre de la Défense, Diego Molano, les conditions de sécurité complexes à la frontière avec le Venezuela sont le résultat de la présence à proximité de troupes de la République bolivarienne qui bénéficient « du soutien de l'Iran et de la Russie. »
Et à l'ambassadeur de la Russie de répondre [es] immédiatement: « Les tentatives incessantes d'accusations portées à l'endroit de la Fédération de Russie d'une prétendue “ingérence dans les affaires intérieures de la Colombie”, sans aucun fondement, nous rendent perplexes. » Toujours selon lui, Molano fonde ses accusations sur des « données de renseignement » non fondées.
Il est donc clair que la Russie, en défiant l'Occident, fait sentir sa présence en Amérique latine. Le professeur Michael Shifter, de l'Inter-American Dialogue, a déclaré à CONNECTAS que la Russie « fait montre de sa force en se présentant dans la région. (…) Poutine est intéressé par la promotion de la démocratie telle qu'il la conçoit. » De plus, il ne le fait pas à n'importe quel moment, dit Shifter, mais « profite du fait que les États-Unis ont de graves problèmes internes, avec une situation politique très polarisée et très toxique.
La Russie est accompagnée d'un allié peu probable : la République populaire de Chine. Selon Shifter, « le pacte de solidarité entre les deux pays leur permet d'agir au Venezuela, où ils sont fortement impliqués dans des projets technologiques et d'infrastructures. » Le professeur Shifter a ajouté que, par le passé, la République populaire de Chine était davantage intéressée par les seules opportunités commerciales, mais qu'elle ose de plus en plus en faire davantage, « compte tenu de la perte d'influence indéniable des États-Unis dans la région. »
Cela a été clairement démontré lorsque le Président Fernández a inclus Pékin dans sa tournée, après quoi il a tweeté [es] : « J'ai eu une rencontre cordiale, amicale et fructueuse avec Xi Jinping, Président de la Chine. Nous avons convenu d'intégrer l'Argentine dans l'initiative la Ceinture et la Route ». Il a également qualifié les résultats de la rencontre d'« excellente nouvelle (car) notre pays obtiendra plus de 23 milliards de dollars d'investissements de la part de la Chine pour des travaux et des projets. »
Pourtant, avec ou sans la Chine, Poutine s'avère être un joueur d'échecs agressif qui n'hésite pas à déplacer ses pions où bon lui semble. Comme le note Shifter, un élément important à prendre en compte est que personne ne peut prévoir combien de temps encore cet homme — provocateur et autoritaire, et qui semble incarner la ruse — restera à la barre du puissant navire russe.
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Les Présidents Aliyev et Poutine signent un accord de partenariat
Une capture d'écran d'un reportage vidéo de l'agence de presse nationale Azertag montrant l'arrivée à Moscou, du Président Ilham Aliyev et la Première dame, Mehriban Aliyeva, le 21 février 2022.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]
Après la signature par Vladimir Poutine de son désormais tristement célèbre décret le 21 février, reconnaissant l'indépendance des soi-disant Républiques populaires de Donetsk et Lougansk en Ukraine, et qui ordonne aux forces présentes dans les régions séparatistes d'exercer ce qu'il a décrit comme des « fonctions de maintien de la paix », les chefs d'Etat occidentaux ont commencé àpeser de tout leur poids sur ces déclarations, condamnant cette décision. L'Azerbaïdjan est le seul pays à avoir gardé le silence.
Le même jour, en visite officielle à Moscou, le Président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et la Première dame Mehriban Aliyeva ont été accueillis par la garde d'honneur et le Vice-ministre russe des Affaires étrangères. A l'heure de la rédaction de cet article, le ministère azerbaïdjanais des affaires étrangères a gardé silence sur cette escalade.
La plupart des médias azerbaïdjanais pro-régime ont fait de même.
Il convient de noter que la visite du Président Aliyev en Russie a été annoncée en premier par le service de presse du Kremlin. Alors même qu'aucune déclaration officielle n'a été publiée sur l'escalade des tensions entre la Russie et l'Ukraine, et que les médias sont restés silencieux, les utilisateurs des réseaux sociaux, quant à eux, ont discuté de la visite d'Aliyev et critiqué cette initiative. En revanche, d'autres ont exprimé leur soutien à l'Ukraine, remplaçant leurs photos de profil par le drapeau national ukrainien.
Le lendemain, le 22 février, au lieu de faire une déclaration officielle, le Président azerbaïdjanais se serait plutôt rendu sur la tombe du Soldat inconnu à Moscou, avant la rencontre prévue avec Poutine.
Ce qui se rapproche un peu d'une déclaration a été faite le 22 février, en fin d'après-midi, au Parlement national de l'Azerbaïdjan, par le député Elman Nasirov du parti au pouvoir, le Nouvel Azerbaïdjan. Selon lui, il n'y avait rien de surprenant dans la décision prise hier soir par le Président Poutine. « Comme il l'a indiqué dans son discours au peuple russe, ils [le Kremlin] ont été contraints, dans la situation actuelle, de prendre cette mesure en raison de problèmes de sécurité » a rapporté [az] le député, selon l’Azerbaïdjan Service for Radio Liberty.
Nasirov faisait référence à l'affirmation de Poutine de protéger la sécurité de la population du Donbas. Depuis 2014, la région du Donbas, dans l'est de l'Ukraine, est une véritable poudrière pour les tensions entre la Russie et l'Ukraine. Selon l'International Crisis Group, « la guerre oppose les forces gouvernementales ukrainiennes aux séparatistes soutenus par la Russie pour le contrôle de la majeure partie des deux régions fortement industrialisées de Donetsk et de Louhansk, également connues sous le nom de Donbas ».
Il y a tout juste un mois, le président Ilham Aliyev s'est rendu en Ukraine pour une visite officielle, au cours de laquelle les deux dirigeants ont signé une déclaration commune annonçant « le soutien à l'intégrité territoriale de leurs pays et la volonté de contrer conjointement les menaces hybrides, » rapporte Reuters. Lors d'une conférence de presse menée conjointement, à la suite de la signature de la déclaration, le Président ukrainien Volodymyr Zelenskiy a annoncé que la déclaration réaffirmait leur « désir d'assurer la paix et la stabilité dans la région de la mer Noire-Caspienne et au-delà, » ajoute Reuters.
Le 22 février, le Président Aliyev a discuté avec son homologue russe Poutine de « toute une série de questions concernant le développement ultérieur des relations bilatérales politiques, commerciales, économiques, culturelles et humanitaires », a déclaré le service de presse du Kremlin. « A l'ordre du jour également, un examen de la mise œuvre des accords du Nagorny-Karabakh entre les dirigeants de la Russie, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie, du 9 novembre 2020, du 11 janvier 2021, et du 26 novembre 2021, y compris des mesures visant à rétablir les liens économiques et de transport dans le Caucase du Sud. À l'issue des pourparlers, les parties signèrent une déclaration sur l'interaction entre alliés qui élèvera les relations entre la Russie et l'Azerbaïdjan à un niveau d'alliance », lire la suite du communiqué de presse.
Le contenu de l'accord est resté bien inconnu du grand public jusqu'à ce que les deux présidents signent [az] finalement ce document de 43 articles [az].
Avant la rencontre des chefs d'État, l'ancien diplomate azerbaïdjanais Nahid Jafarov a déclaré, sur sa page Facebook personnelle [az], que la politique étrangère inadéquate de l'Azerbaïdjan a entraîné une dépendance excessive de la nation à l'égard de la Russie.
Azerbaijani state does not have a sound foreign policy. There is a foreign policy led by Ilham Aliyev's policy. This policy is unsuitable for the people and the state of Azerbaijan. It is suitable only for the leadership of Ilham Aliyev. He engages with countries like Russia to protect his leadership.
L'État azerbaïdjanais ne dispose d'aucune politique étrangère solide. Il existe, cependant, une politique étrangère dirigée par la celle d'Ilham Aliyev. Cette politique n'est pas adaptée au peuple et à l'État azerbaïdjanais. Elle ne profite qu'au leadership d'Ilham Aliyev. Il s'engage avec des pays comme la Russie pour protéger son leadership.
Anar Mammadli, ancien prisonnier politique et chef d'une organisation non gouvernementale locale chargée de la surveillance des élections, est allé dans le même sens que Jafarov. « Nous devons accepter que les accords de partenariat signés entre les États dirigés par des régimes autoritaires n'impliquent pas un partenariat signé entre les États, mais plutôt des accords signés entre les régimes », écrit [az] Mammadli. « Tant que dans des pays comme la Russie et l'Azerbaïdjan, il n'y aura pas de régimes politiques élus et pluralistes, nous assisterons à la signature d'un plus grand nombre d'accords de partenariat de ce genre. »
Mais les avis concernant l'accord ont peu changé après la signature du document. S'exprimant [az] sur Azadliq Radio, l'Azerbaijan Service for Radio Liberty, l'analyste politique et journaliste, Rauf Mirkadirov, a annoncé : « L'Azerbaïdjan a visiblement approuvé la politique étrangère de la Russie non seulement en se rendant à Moscou, mais aussi en signant le document. » Mirkadirov a également ajouté que la visite d'Aliyev avait été planifiée par Moscou, afin de montrer au reste du monde qu'il existe encore des dirigeants étrangers qui soutiennent Poutine.
Au cours de la rencontre des deux dirigeants, le président Ilham Aliyev s'est abstenu de toute déclaration ou commentaire direct sur la récente escalade entre la Russie et l'Ukraine. Et ce, pour une bonne raison, car à partir du 22 février, et selon l'accord signé, les deux parties « s'abstiendront de toute action, y compris celles menées par l'intermédiaire d'États tiers, dirigée contre l'un et l'autre. »
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Ce drame souligne « l'absence de voies migratoires sûres pour les demandeurs d'asile
Navire des garde-côtes construit à Portsmouth pour Trinité-et-Tobago, d'apparence similaire au navire qui patrouillait sur les eaux de Trinité-et-Tobago le 5 février 2022. Photo de navylookout sur Flickr, CC BY-NC 2.0.
Le 5 février vers minuit, un navire des garde-côtes de Trinité-et-Tobago, le TTS Scarborough, effectuait une patrouille de routine le long de la côte sud de Trinité. Un bateau vénézuélien avait franchi la frontière, ce qui n'est pas surprenant compte tenu de la situation complexe que connaît ce pays sud-américain au niveau politique et socio-économique et de la crise humanitaire qui en a découlé. Cependant, la suite des évènements n'a rien d'habituel.
D'après la déclaration officielle des garde-côtes, l'équipage aurait envoyé un bateau plus petit pour intercepter le navire vénézuélien qui aurait tenté de « repousser » l'intervention des garde-côtes malgré le respect du « protocole standard », c'est-à-dire l'utilisation de mégaphones, de la corne du navire et de fusées. L'équipage a tiré des coups de feu d'avertissement, visant manifestement le moteur du navire vénézuélien. Quand ce dernier a fini par s'arrêter, des garde-côtes ont découvert des migrants à bord du bateau, notamment une mère, Darielvis Sarabia, et son fils de neuf mois, Yaelvis, qui se trouvait à l'arrière du bateau, près du moteur, lors de l'intervention. Le nourrisson a été atteint à la tête par les coups de feu et est décédé dans les bras meurtris de sa mère — une tragédie au regard de laquelle, les garde-côtes ont exprimé leurs condoléances.
Ce drame a suscité un tollé de la part des groupes de défense des droits humains. Dans une déclaration commune, le HCR (l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés), l'OIM (l'Organisation internationale pour les migrations), le HCDH (Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme) et l'UNICEF (Fonds des Nations unies pour l'enfance), se sont dits profondément attristés par cette nouvelle. Le Dr Eduardo Stein, représentant spécial conjoint du HCR et de l'OIM pour les réfugiés et les migrants vénézuéliens, a ajouté :
Personne ne devrait avoir à perdre la vie dans sa quête de sécurité, de protection et de nouvelles opportunités […] Cet incident met en lumière la détresse à laquelle sont confrontées les personnes en déplacement lors de voyages désespérés et dangereux vers la sécurité.
L'île de Trinité n'est séparée de la côte vénézuélienne que par un bras de mer de onze kilomètres. Les demandeurs d'asile originaires d'Amérique du Nord font souvent la traversée; courte, mais dangereuse, en quête d'une vie meilleure. Des millions de personnes ont déjà fui le pays en raison des difficultés économiques qu'il traverse et de la violence qui y règne. Parmi ces personnes, des milliers migrent vers Trinité. L'arrivée massive de réfugiés a poussé le Gouvernement de Trinité-et-Tobago à se tourner vers la régularisation en recensant les demandeurs d'asile afin de leur fournir un statut documenté et des opportunités d'emploi légitimes.
Cette politique d'accueil fait toutefois l'objet de critiques, car elle serait « incomplète ». La politique nationale de 2014 visant à traiter les questions relatives aux réfugiés et à l'asile n'est pas mise en œuvre. Du fait de la non-application de cette réglementation, les demandeurs d'asile et les personnes ayant le statut de réfugié (octroyé par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) sont traités comme des sans-papiers. Une fois le processus d'enregistrement terminé le 14 juin 2019, toute personne souhaitant entrer à Trinité-et-Tobago depuis le Venezuela devait présenter un visa.
Depuis lors, le Gouvernement de Trinité-et-Tobago campe sur ses positions. En novembre 2020, le ministre de la Sécurité nationale de l'époque, Stuart Young, a défendu l'expulsion de 16 mineurs et 11 adultes vénézuéliens avant une audience d'habeas corpus, affirmant que cela faisait partie de ses responsabilités de protéger le pays, notamment en cette période de pandémie de la COVID-19.
Le HCR s'est opposé à cette prise de position et a affirmé :
En l'absence de routes migratoires régulières et sûres, de nombreux réfugiés et migrants vénézuéliens sont contraints d'emprunter des voies maritimes et terrestres dangereuses; lesquelles sont devenues d'autant plus complexes que les restrictions en matière de voyage et de santé limitent les voies d'accès officielles. Les voies d'accès et d'accueil devraient être conformes au droit international des droits de l'homme et aux considérations humanitaires. Elles devraient inclure l'accès à une procédure légale et à des garanties procédurales.
La mort du nourrisson a ravivé les inquiétudes concernant le comportement de Trinité-et-Tobago à l'égard des réfugiés et des demandeurs d'asile. La presse, des membres de la communauté locale des migrants et le Président vénézuélien Nicolás Maduro en personne ont demandé que des enquêtes appropriées soient menées sur cet incident. Le ministre de la Sécurité nationale, Fitzgerald Hinds, a depuis déclaré que l'enquête était en cours, bien que menée par le service de police de Trinité-et-Tobago (TTPS) et les garde-côtes eux-mêmes. Le Premier ministre Keith Rowley a qualifié la mort du bébé d'« accident ».
Jean Gough, directrice régionale de l'UNICEF pour l'Amérique latine et les Caraïbes, a fait remarquer :
Aucun enfant migrant ne devrait mourir, qu'il voyage seul ou avec ses parents. Aucune mère ne veut risquer la vie de son enfant sur un petit bateau en mer, à moins qu'elle n'ait pas d'autre choix. Deux Vénézuéliens sur trois qui effectuent la traversée sont des femmes et des enfants. Cette situation tragique nous rappelle, brutalement, que ces personnes sont les plus vulnérables parmi tous. Elles ont besoin d'une attention toute particulière, de protection et de sécurité, partout et à tout moment.
Sur Facebook, le Centre caribéen pour les droits humains s'est également exprimé :
Cet événement met une fois de plus en lumière les lacunes de nos politiques et de nos lois concernant la protection des migrants et des réfugiés ainsi que l'incapacité de l'Etat de s'adapter à la situation actuelle en matière d'immigration et de trouver des solutions à la crise humanitaire au Vénézuéla. Les migrants et les réfugiés sont contraints de franchir illégalement la frontière car il n'existe pas de voies de migration sûres et régulières pour rentrer sans risque dans le pays. La militarisation des frontières n'est pas une solution et expose les personnes vulnérables à plus de risques.
Dans le même temps, la Commission catholique pour la justice sociale (CCSJ) et le ministère de l'archevêque pour les migrants et les réfugiés (AMMR) ont également appelé les citoyens de Trinité-et-Tobago à « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les populations migrantes et les réfugiées qui sont arrivées sur nos côtes ». Ils ont déclaré qu'ils attendaient avec impatience les résultats de l'enquête.
Cependant, sur les réseaux sociaux, des internautes ont estimé que les garde-côtes avaient fait leur travail, comme le démontre ce commentaire de Nandani Bhagwhansingh sur Facebook :
Entrée illégale et refus de coopérer, ce qui a été fait ne devrait pas être condamné
Sous une autre publication Facebook, Joanne Tenia a exprimé le même point de vue :
Le fait que quelqu'un ait perdu la vie est très triste, cependant, les parents qui ont pris le risque délibéré de pénétrer dans nos eaux territoriales auraient dû anticiper que l'issue d'une telle entreprise pouvait être celle-là. […] Les garde-côtes ne devraient en aucun cas être critiqués pour avoir fait leur travail.
La Garde nationale vénézuélienne fait exactement la même chose […]
En effet, malgré les relations cordiales qu'entretiennent Trinité-et-Tobago et le Vénézuela, des différends en matière de politique maritime ont émergé au fil des années. Il semble qu'il y aurait un certain malentendu au sujet des frontières, car des pêcheurs trinidadiens, qui auraient pêché sur le territoire de Trinité-et-Tobago, ont été la cible de tirs des autorités vénézuéliennes, et ont même été enfermés en prison pendant de longues périodes dans certains cas. La piraterie et le trafic d'êtres humains sont également en hausse, ce qui a incité un journal à réclamer une « politique cohérente » concernant les migrants et les réfugiés :
Des siècles de liens historiques entre T&T et le Venezuela ont été brisés par cette crise migratoire. La bonne volonté a été remplacée par des niveaux effrayants de xénophobie et de suspicion; et la situation a été aggravée par l'importante activité criminelle ayant cours dans les eaux entre les deux pays. […]
La tragédie de dimanche met en évidence les lacunes de la politique actuelle d'interception et d'expulsion des migrants qui continuent d'arriver par bateaux entiers, sans être dissuadés par les risques.
Il faut trouver un meilleur système pour résoudre ce problème. Avec les conseils du HCR et d'autres agences travaillant dans le monde entier avec les migrants et les réfugiés, des efforts doivent être faits pour faire face à cette crise et réduire les risques dans les eaux turbulentes du golfe de Paria.
L'une des conséquences du drame a également été la séparation de la mère blessée de sa fille de deux ans, qui se trouvait également sur le bateau mais n'a pas été blessée. L'enfant est actuellement hébergée dans un centre de détention.
Le HCR a souligné que l'organisation, ainsi que d'autres parties prenantes, entretiennent des « relations fructueuses » avec les agences gouvernementales de Trinité-et-Tobago – notamment les garde-côtes – et a réitéré son engagement à partager son expertise et à offrir une assistance technique pour aider ces agences à protéger et à aider « toutes les personnes affectées par la mobilité humaine. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220323_150101";}s:15:"20220318_174801";a:7:{s:5:"title";s:93:"Qui sont les athlètes africains en compétition aux Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022 ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/18/271380/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271380";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 18 Mar 2022 16:48:01 +0000";s:11:"description";s:192:"Bien que la majorité des États africains aient peu ou pas de neige, créant un environnement difficile pour les entraînements olympiques d'hiver, les athlètes africains relèvent le défi.";s:7:"content";s:22405:"
La représentation de l'Afrique aux Jeux olympiques d'hiver 2022
Alors que les Jeux olympiques (JO) d'hiver de 2022 ont débuté à Pékin, en Chine, le 4 février, des athlètes du monde entier y ont afflué pour participer à l'événement, l'Afrique ne faisant pas exception. Bien que la majorité des États du continent africain aient peu ou pas de neige, créant un environnement difficile pour l'entraînement olympique d'hiver, les athlètes africains relèvent le défi. Jusqu'à présent, aucun athlète africain n'a remporté de médaille aux JO d'hiver. Cette année est-elle l'occasion pour l'Afrique de changer la donne ?
Seuls cinq pays africains seront présents à Pékin cette année, une baisse par rapport aux huit pays qui ont participé aux Jeux de Pyeongchang en Corée du Sud en 2018. Contrairement à la programmation de 2018, l'Afrique du Sud, le Togo et le Kenya ne seront pas représentés faute de temps pour la qualification et par manque de fonds.
Voici les cinq pays africains et les athlètes hissant leurs drapeaux aux jeux cette année :
Madagascar
Cette nation insulaire envoie Mathieu Neumuller tandis que Mialitiana Clerc revient pour ses deuxièmes JO d'hiver après ses débuts en 2018 à Pyeongchang, en Corée. Chacun d'eux participera aux épreuves de ski alpin. Clerc est la seule skieuse du continent pour les Jeux de cette année après le forfait de la Kényane Sabrina Samider. Clerc a déclaré aux organisateurs olympiques qu'elle espère « inspirer les Africains », ajoutant :
J'essaie d'être la première femme [africaine] à monter sur le podium de la Coupe du monde et à ramener une médaille d'or aux JO. Je veux être l'un des meilleurs skieurs du monde du ski alpin. Et aux JO de Pékin, je veux être dans le top 40.
Clerc est née à Antananarivo, la capitale malgache, et a grandi en France. Elle a commencé à skier à l'âge de trois ans dans sa région natale de Haute-Savoie, sur les Alpes françaises. Grâce à son amour pour le sport et son courage, elle s'est qualifiée pour les Jeux de Pyeongchang 2018 à l'âge de 16 ans. Elle a également participé à d'autres compétitions de ski en Amérique du Sud et en Europe au cours des quatre dernières années. Son succès a servi de motivation à son compatriote, Mathieu Neumuller. Celui-ci est né à Madagascar, mais a également grandi en France.
L'Érythrée
Shannon Abeda participera à l'épreuve de ski alpin représentant l'Érythrée. Shannon revient pour ses deuxièmes JO après avoir subi le racisme, la xénophobie et une vague d'abus en ligne lors de ses derniers matchs. Il avait démissionné et n'a cherché à se qualifier qu'à la fin de 2021. Il dit qu'il espère inspirer la prochaine génération de skieurs érythréens. Il souhaite également s'éloigner du ski et commencer à participer à des compétitions de bobsleigh. Il a publié une vidéo intitulée « Dear Shannon » sur Instagram à propos de son parcours avec pour but de se motiver à prendre part aux Jeux et à surmonter les abus auxquels il a été confronté en grandissant au Canada. La vidéo parle de sortir de sa zone de confort et de son choix de retourner aux JO une fois de plus. Il a attribué son choix à son système de soutien et à ceux qui l'entouraient.
Le Maroc
Le Maroc sera représenté par Sami Lamhamedi, un skieur pour les épreuves masculines de ski alpin et de slalom. Il cherche à améliorer ses précédentes performances aux championnats du monde. Son père est marocain et sa mère est canadienne. Mais il a choisi de concourir pour le pays de son père. Il a remporté l'or aux JO de la jeunesse d'hiver de 2012 à Innsbruck, en Autriche, et a ensuite représenté le Maroc aux JO d'hiver de 2014 à Sotchi, en Russie. Il espère améliorer ses apparitions seniors aux JO d'hiver de Pékin.
Le Nigeria
Le Nigérian Samuel Ikpefan Uduigowme participera à l'épreuve de ski de fond. Il est le premier skieur de fond nigérian et le seul représentant africain à ne pas participer à la compétition de ski alpin. Il a activé son changement de double nationalité française à la nigériane en 2016 et a été contraint de se rendre à Abuja, au Nigeria, pour convaincre la Fédération de ski de ses capacités. Il aide déjà à combler le fossé avec d'autres skieurs nigérians à l'étranger qui souhaitent représenter leur pays d'origine. Il espère attirer plus de skieurs nigérians aux JO de 2026 à Milan et Cortina.
Il a traversé un processus rigoureux de qualification pour les JO de 2021, car les autorités nigérianes l'ont fait venir au pays pour démontrer ses compétences en utilisant des skis à roulettes. Il s'est entraîné dans les Alpes françaises, où il a grandi. Il a également participé à la Coupe du monde en Suède en 2021 pour confirmer sa place, où il a fait ses débuts en ski de fond.
Ghana
Le Ghanéen Carlos Maeder est le skieur alpin le plus âgé des Jeux et seulement le troisième skieur ghanéen. Ayant été adopté et élevé en Europe, il a cherché à représenter son pays de naissance.
Donner le bon exemple et montrer aux jeunes de Suisse et du Ghana qu'on peut tout faire avec la volonté et les efforts nécessaires, il n'y a pas de montagne assez haute !
À l'aide de son blog, il explique que bien qu'il ait été donné en adoption par sa mère, il est resté connecté à sa culture et à ses racines ghanéennes. Ancien footballeur, il a ravivé son intérêt pour le ski en 2017 et s'est qualifié pour les JO de 2018 bien qu'il n'ait pas concouru. Il a décidé d'y faire honneur en prenant part aux Jeux de cette année.
Sabrina du Kenya n'est pas parvenue à obtenir de financement
La seule représentante du Kenya, Sabrina Samider, une skieuse qui aurait concouru en ski alpin pour ses deuxièmes JO consécutifs, n'a pas pu obtenir de financement du Comité national olympique du Kenya (CNO-K). C'est une triste tournure des événements, car en 2018, le CNO-K l'avait financée et l'avait même accompagnée. Aucune explication n'a été donnée quant à la raison pour laquelle le CNO-K n'a pas pu obtenir son financement cette année.
L'histoire de l'Afrique aux JO d'hiver
Il y a six décennies, lors des Jeux de Squaw Valley en Californie en 1960, l'Afrique du Sud avait été le premier État africain à représenter l'Afrique aux Jeux d'hiver. Un quart des athlètes africains étaient des patineurs artistiques, dont Marcelle Matthews, qui était la plus jeune participante aux Jeux à 11 ans. Elle a été rejointe par Patricia Eastwood, 12 ans, Marion ‘Penny’ Sage, 16 ans, et Gwyn Jones, 20 ans.
C'était la dernière fois que l'Afrique du Sud assistait aux JO d'hiver pour les 34 années successives, après avoir été initialement interdite de participation en 1964 en raison du refus de la fédération nationale olympique de condamner l'apartheid. Finalement, le Comité international olympique (CIO) a expulsé les athlètes sud-africains pour protester contre l'apartheid et les politiques nationales de discrimination raciale. Depuis lors, 15 pays ont représenté l'Afrique aux JO d'hiver, soit environ 28 % des 54 pays du continent.
Contrairement aux JO précédents où des équipes ont participé à l'épreuve de bobsleigh, cette année, tous les participants africains concourent dans des épreuves individuelles.
Ces participants font face à des défis uniques avec des opportunités de préparation limitées. La majorité des skieurs ont des liens étroits avec des pays enneigés de l'hémisphère nord, comme la France, la Suisse et l'Allemagne. De nombreux Olympiens sont soit nés de parents d'origine africaine et européenne, soit adoptés par des familles européennes. D'autres ont quitté le continent pour des opportunités d'études ou de carrière et se faire former.
Ces défis représentent un facteur de motivation pour plusieurs skieurs. Pour les athlètes, ces JO sont l'occasion d'inspiration et d'encouragement des futures générations d'olympiens africains.
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La radio : un outil éducatif au service des zones rurales.
Filles et garçons de zones rurales en Bolivie prenant part au projet de Radio Escuela (Radio scolaire). Photo: Avec la permission de CEPRA.
Global Voices a réédité cet article publié pour la première fois dans Muy Waso , l'un de ses médias partenaires.
En Bolivie, les écarts en matière d'accès à l'éducation entre les écoliers vivant dans les zones rurales et urbaines se sont accentués depuis le début de la pandémie à Covid-19. Un projet de radio scolaire a pour ambition d'y remédier.
Au cours de l'année 2021, les leçons étaient enseignées à la fois en classe et en ligne en raison de la pandémie. Cependant, près de 30 pour cent d'élèves sont scolarisés dans des zones rurales où l'accès à l'Internet et à des ordinateurs est limité. En 2021 le taux de désertion scolaire en Bolivie se situait autour de 20 pour cent, l'un des taux les plus élevés en Amérique latine et aux Caraïbes.
Selon des données de l'Institut national de la statistique datant de 2018, neuf sur 10 familles vivant dans les zones rurales du pays n'ont pas accès à l'Internet. La situation n'est guère meilleure dans les villes où seulement six sur dix foyers sont connectés à l'Internet. Et d'après une enquête d'opinion réalisée par l'UNICEF, quatre sur dix jeunes et adolescents n'assistaient à aucun cours virtuel.
Filles et garçons de zones rurales de la Bolivie participant au projet de Radio Escuela (Radio scolaire). Photo: Avec la permission de CEPRA.
À la recherche des solutions
C'est dans ce contexte qu'en 2021 l'ONG Centro de Producción Radiofónica (CEPRA) a développé un projet de radio scolaire dans le but de fournir du matériel pédagogique aux enfants des écoles primaires de 24 communes. Le projet était entièrement sous financement de CEPRA.
La radio scolaire du CEPRA était diffusée dans des zones qui ne recevaient que peu ou pas de ressources de l'État. CEPRA produisait des émissions radiophoniques et des publications telles que des livrets, des reportages radio, ou des feuilletons radiophoniques afin d'encourager les enfants à apprendre.
« Notre objectif pour 2021 est de combler les écarts qui sont à l'origine du manque de soutien et de directives dont ont souffert les zones rurales à la fin de l'année scolaire 2020. (Conformément à la réglementation gouvernementale) sont prévus des radios et livrets pédagogiques (élaborés sur la base de leçons) destinés exclusivement aux étudiants, » explique Juan Luis Gutiérrez, coordonnateur du CEPRA.
Le projet visait également à identifier les différentes formes d'intelligence et d'apprentissage de chaque enfant « sans faire de distinction ou toutefois les classer par catégories. »
Les enfants de quatre départements ruraux de Bolivie (Potosí, Oruro, Cochabamba, et Chuquisaca) ont bénéficié du projet. Les livrets et émissions radiophoniques couvraient des thèmes, des personnages ainsi que la faune et la flore caractéristiques à chacune de ces régions. Le projet traitait des sujets spécifiques à chaque département.
Les activités liées au projet de CEPRA couvraient des sujets de société ainsi que la faune et la flore de chaque région participante. Photo: Avec la permission de CEPRA.
Un projet participatif
Le but du projet était non seulement de distribuer du matériel pédagogique, mais aussi de former les enseignants et radiodiffuseurs communautaires.
« Vingt-quatre stations radiophoniques diffusaient une heure d'émissions dédiées aux enfants, ce qui n'était jamais arrivé jusqu'à présent, » souligne Gutiérrez, qui est également spécialiste en neuroéducation. C'était compliqué, certains enseignants se plaignaient que la réalisation du projet leur demandait « plus de travail » alors que d'autres y ont activement participé.
Ils évaluaient les problèmes de connexion et vérifiaient si les élèves avaient accès à l'internet ou recevaient un signal radio, ce qui leur a également permis d'intervenir au sein de familles suspectées de violences.
« Les 15 équipes d'éducateurs en charge d'assurer les programmes scolaires ont procédé à une évaluation de la situation dans les écoles durant laquelle nous avons été témoins d'actes de violence de la part des enseignants, des parents… c'est pourquoi nous avons mis en place des cellules d'aide psychopédagogique et les pédagogues ont augmenté le nombre de visites chez les familles, » explique Gutiérrez.
Le projet était aussi censé instaurer des valeurs environnementales, communautaires et culturelles, selon la pédagogie Montessori. « Notre approche encourage l'accès des élèves à une multitude de ressources pédagogiques et ne se concentre pas seulement sur l'enseignant. Nous prenons en compte le point de vue de l'élève. Nous voulions donner de l'importance à chaque enfant, les encourager à se faire entendre, à exercer leur pouvoir de décision, à développer une relation positive avec le monde éducatif, » déclare Gutiérrez avec enthousiasme.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220318_170813";}s:15:"20220318_164212";a:7:{s:5:"title";s:80:"Journal de la diaspora : témoignage d'un travailleur migrant népalais au Qatar";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/18/271175/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271175";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 18 Mar 2022 15:42:12 +0000";s:11:"description";s:203:"« C'est notre réalité. Ils préfèrent les personnes silencieuses. Celles que l'on peut museler ». Voici le récit d'un travailleur migrant népalais rentré chez lui, après 3 mois passés au Qatar.";s:7:"content";s:12534:"
Je partage mon histoire afin que d'autres découvrent mon expérience
Un chantier de construction au Qatar. Photographie publiée par le Nepali Times, reproduite avec autorisation.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages Web en anglais.]
Cet article a été initialement traduit à partir d'un entretien en népalais et publié dans l'hebdomadaire anglais, Nepali Times. Cette version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Plus d’un million de Népalais travaillent dans les pays du Moyen-Orient et on estime que 12,5 % de la population qatarie, forte de 2,8 millions de personnes, est originaire du Népal.
Au cours des dernières années, des milliers de personnes ont été embauchées au Népal pour la construction de stades, d'hôtels et d'autres infrastructures dans la perspective de la Coupe du monde de football de 2022 [fr], prévue au Qatar. Des témoignages font état de conditions de travail déplorables et d'un nombre élevé de décès inexpliqués parmi les travailleurs migrants. Découvrez ici le récit d'un travailleur migrant népalais au Qatar, ayant regagné son pays en 2021 :
“I am sharing my story so others can learn about my experience. I prefer to remain anonymous.”
« Je raconte mon histoire pour que d'autres personnes puissent apprendre de mon expérience. Je souhaite rester anonyme ».
Trois mois ne se sont même pas écoulés depuis mes adieux à ma famille, et je suis déjà de retour au Népal après un séjour au Qatar.
J'avais reçu la promesse d'un emploi de personnel de chambre dans un hôtel cinq étoiles, mais je me suis retrouvé sur un chantier de construction où je devais porter du matériel lourd toute la journée. J'ai déboursé plus de 100 000 roupies népalaises (soit 837 dollars américains) pour cet emploi, grâce à des prêts et à la vente des bijoux de mes sœurs. Pourtant, ce n'était pas ce pour quoi j'avais signé.
Malgré cela, je n'avais pas d'autre choix que celui d'accepter mon sort. Après un mois de travail physique, je suis tombé malade et j'ai compris que je n'étais pas fait pour ce travail. Mon entreprise ne s'est jamais préoccupée de ma santé lorsque j'étais à l'hôpital ou en convalescence dans ma chambre.
Je voulais rentrer chez moi mais mon employeur refusait de me libérer, et j'ai finalement été contraint de m'échapper sans qu'ils ne sachent. Les employeurs ont la réputation de constituer des dossiers accusant à tort, des personnes comme moi, de vol dans le but d'empêcher ainsi les travailleurs de quitter le pays.
Je n'avais pas de chance
Je m'en suis sorti seulement grâce au soutien de quelques amis Népalais vivant au Qatar. Aucune aide de l'ambassade. Aucun appui de la part de l'employeur ou encore du responsable du recrutement. Juste des Népalais avec un grand cœur.
Ils m'ont beaucoup conseillé sur la démarche à suivre et m'ont offert un trajet en taxi. Ils ont cotisé pour financer mon billet. Ils m'ont appelé pour me dire de garder le moral. Aujourd'hui encore, à Katmandou, mon séjour dans cet hôtel est pris en charge par un compatriote Népalais du Qatar.
À l'étranger, le simple fait d'être Népalais rapproche les gens, qui se mettent alors ensemble pour venir en aide à de simples inconnus – c'est une forme de fraternité impossible à expliquer, une fraternité que je ne pourrai jamais oublier ni honorer.
En dépit de mon infortune, la chance m'a souri à bien d'autres égards. Je suis jeune, j'ai demandé de l'aide et celle-ci est venue spontanément de la part de nombreuses personnes. Cependant, je sais pertinemment que beaucoup de personnes comme moi, vivant une situation encore plus grave, souffrent en silence et se battent.
La situation n'est pas catastrophique pour tout le monde. Je connais d'autres Népalais qui vivent au Qatar depuis des années et sont heureux d'y travailler. C'est comme une loterie, et cette fois, la chance ne m'a pas souri. L'entreprise, dans laquelle j'ai été affecté, s'est révélée être la pire de toutes.
J'ai eu la main heureuse auparavant. J'ai travaillé en Malaisie dans un hôtel pendant trois ans en 2011, et je gagnais 480 dollars américains par mois (57 356 roupies népalaises), ce qui à l'époque représentait une grosse somme d'argent pour moi. À mon retour, j'ai travaillé dans un hôtel au Népal. Mais je devais gagner davantage et cela ne pouvait se faire sans un nouvel emploi à l'étranger. Cette fois, j'ai opté pour le Golfe, mais ce fut un mauvais choix.
Alors que je me trouvais seul dans ma chambre au Qatar pendant ma convalescence et que mes colocataires étaient au travail, je méditais sur beaucoup de choses, j'avais tellement de temps libre. Vous quittez votre maison pour quelques milliers de roupies supplémentaires pour un pays étranger, mais que perdez-vous au passage ?
Travailleurs migrants népalais au ministère de l'Intérieur à Doha. Photographie fournie par le Nepali Times, reproduite avec autorisation.
Des conditions de travail insurmontables
Mon travail au Qatar nécessitait que je me lève à 4 heures du matin pour prendre le bus qui venait nous chercher. Nous emportions de la nourriture préparée la veille, mais parfois elle se gâtait en raison de l'absence de réfrigérateur sur le chantier. Vous ne pouvez pas non plus manger lorsque vous avez faim ; vous mangez uniquement lorsqu'on vous y autorise.
Je devais même demander à mon superviseur l'autorisation d'aller aux toilettes sur le chantier. Le travail se terminait vers 18 heures, mais le temps de rejoindre notre campement, il était 8 heures. Nous devions alors préparer le dîner et notre repas pour le lendemain. Quand nous avions terminé et que nous étions prêts à nous détendre, il était déjà minuit passé et nous nous levions à quatre heures du matin le lendemain.
Cette situation a perduré. Nous avons été déplacés trois fois pendant la courte période de mon séjour. Vous n'avez pas votre mot à dire là-dessus, vous vous contentez de faire ce qui est demandé, de faire ce qu'ils disent.
Je me souviens avoir contemplé des bâtiments luxueux par le passé et avoir souhaité y travailler. Mais il m'a suffi d'une terrible expérience à l'étranger, au Qatar, pour réaliser que ce sont les personnes à l'intérieur de ces bâtiments qui ont de l'importance. Un Népalais travaillant dans ce qu'ils appellent une Wakala (petite boutique) était beaucoup plus heureux que moi.
Alors que je me rétablissais, seul dans ma chambre, impatient de rentrer chez moi, je me disais que jamais plus je n'envisagerais d'émigrer à l'étranger. Que je ferais plutôt quelque chose au Népal même. Je ne saurais expliquer la montée d'adrénaline ressentie lorsque j'ai enfin tenu ma carte d'embarquement entre mes mains à l'aéroport de Doha. C'était une évasion bien planifiée, mais qui aurait pu tourner au vinaigre.
Telle est notre réalité
Cette réalité m'a cependant rattrapé peu de temps après mon retour au Népal. Où est l'emploi ? Que vais-je faire ici ? Qu'est-ce que je vais gagner ? Je dois nourrir ma famille et j'ai des prêts à rembourser. Vous consentez beaucoup de sacrifices pour un emploi à l'étranger, parfois même votre dignité. Mais ces emplois, nous en avons aussi besoin.
Je raconte mon histoire pour que d'autres puissent découvrir mon expérience. Je préfère rester anonyme. En dehors de mon épouse, personne dans ma famille ne sait ce que j'ai vécu à l'étranger. Je souffrais tellement et j'étais si stressé que je ne voyais pas l'intérêt d'inquiéter ma mère malade.
J'ai engagé une bataille avec mon employeur pour récupérer mon argent, et il a fait preuve d'une certaine volonté de collaboration. Il est possible que je sois amené à retourner à l'étranger un jour, et le fait de raconter mon histoire publiquement peut nuire à mes futures candidatures, car je passerai alors pour un « fauteur de troubles ».
Au Qatar, un compatriote népalais, n'ayant pas été payé depuis des mois, a été transféré et accusé d'être un « chef de file » au sein des travailleurs du chantier, pour avoir simplement demandé au directeur une allocation alimentaire en retard.
Voilà notre réalité. Ils préfèrent des personnes discrètes. Celles que l'on peut museler.
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La préservation des semences garantit la souveraineté alimentaire.
Des hommes et des femmes échangent des graines à Silvia (Cauca). Photo de Giovanna Landazabal, reproduite avec autorisation.
Mónica Solarte est agronome et originaire du peuple autochtone Polindara, situé dans la municipalité de Totoró, à 30 kilomètres de Popayán, dans le Cauca, au sud de la Colombie, un peuple ancestral qui a été reconnu comme tel en 2014.
Elle est professeure de lycée et fait partie d'un projet du peuple Polindara intitulé « Sabores y Saberes » (Saveurs et savoirs), qui encourage la consommation d'aliments locaux tels que le tubercule arracacha, la patate douce et le haricot cacha.
Dans son village, l'agroécologie garantit la disponibilité d'aliments sains pour la consommation, préserve les systèmes de production traditionnels et favorise la conservation de la diversité biologique grâce aux potagers.
En Colombie, un pays qui perd de plus en plus sa souveraineté alimentaire en raison des importations (es), le troc de leurs propres semences permet non seulement de les récupérer et de préserver les savoirs ancestraux, mais il s'agit également d'une forme de résistance paysanne (en) et indigène qui contribue à promouvoir l'importance de consommer des aliments produits localement par les agriculteurs.
Dans sa communauté, on sème de petites quantités qu'on utilise également pour faire des échanges, pour « troquer », et non pour vendre. En plus de contribuer à la subsistance de la communauté, « les connaissances des semences que nous collectons sont des savoirs gastronomiques, ethnobotaniques et ethnovétérinaires, de la technologie et de l'agriculture », explique Mónica Solarte.
Il existe deux types de potagers dans sa communauté : le potager familial, situé à côté de la maison, où l'on cultive des plantes médicinales, des plantes fruitières telles que l'arracacha, la patate douce, la coriandre, cultivées en petites quantités, pour la consommation quotidienne tout au long de l'année, et la cementera, un potager cultivé une fois par an, où l'on combine des cultures de maïs, de haricots, de fèves, de pois, de pommes de terre et d'« ulluco ».
Elle a participé au troc de semences organisé en septembre par l'association Jardín Botánico Las Delicias et mené par le peuple indigène Misak à Silvia (Cauca), car elle croit en la nécessité de leur préservation.
« Si l'agriculteur ne la consomme pas ou ne peut pas la vendre, la graine n'est pas semée et se perd avec les connaissances qui gravitent autour », explique-t-elle à Global Voices.
Cette rencontre s'inscrit dans le cadre de deux projets menés par le Jardin botanique Las Delicias : le projet « Guardianes de la Tierra » (Gardiens de la Terre), financé par Cultural Survival et sur le point de se terminer, et « A Ciencia Cierta », un concours remporté par le Jardin botanique.
Différentes espèces de pommes de terre et de maïs, entre autres denrées alimentaires, sont échangées lors des trocs, qui cherchent à retrouver les habitudes de consommation du passé. Photo de Giovanna Landazabal, reproduite avec autorisation.
Conservation des semences
Mónica a répondu à l'invitation de Giovanna Landazabal, biologiste de l'Université nationale, l'une des collaboratrices et organisatrices de l'événement, qui souligne que l'un des objectifs de ce type de rencontre est de réunir les organisations, les gardiens et les conservateurs de semences afin de partager leurs expériences en matière de défense et de conservation de celles-ci.
L'autre objectif était de faire connaître le Jardin botanique Las Delicias et son projet économique et de gouvernance, de récupération des pratiques ancestrales et de défense du territoire. Pour cette raison, l'une des activités consistait à montrer et à visiter les jardins familiaux et la collection de la maison des semences, où une diversité des semences y est conservée.
Des membres du peuple Misak se sont réunis autour de l'échange de semences, grâce auxquelles circule le savoir ancestral qui se transmet de génération en génération. Photo de Giovanna Landazabal, reproduite avec autorisation.
« Je pense que la présence du gardien des semences Julio Guauña de la maison des semences de Puracé (Cauca), qui veille à conserver et à récupérer ses propres semences de variétés de pommes de terre et qui en a apporté une douzaine, dont certaines sont également conservées par la gardienne des semences et Mama Misak Cayetana Almendra (…) a été importante, lors de cette rencontre », ajoute Giovanna Landazabal.
Au travers de sa maison de semences, le Jardin botanique cherche à conserver la diversité des pommes de terre, à récupérer des ullucos, des tubercules et d'autres espèces qui, par le passé, étaient consommés et avaient une importance dans le territoire.
Clara Sierra, du ministère des Sciences, de la Technologie et de l'Innovation, explique que son ministère met en œuvre le programme de développement local A Ciencia Cierta (es), qui reconnaît et soutient les expériences des organisations communautaires du pays.
« Le programme privilégie les processus d'appropriation sociale de la connaissance par les sciences, la technologie et l'innovation, comme axe de modélisation de la stratégie. Cela comprend notamment l'articulation des savoirs locaux et ancestraux avec les connaissances académiques pour la génération de nouvelles connaissances dans des contextes spécifiques, afin d'atteindre son objectif de renforcement de la gestion communautaire et du développement local pour transformer les réalités », ajoute Clara Sierra.
Elle souligne également que l'agroécologie et la conservation des semences contribuent à la souveraineté alimentaire des populations et à la récupération des savoirs ancestraux qui garantissent le bien-être des communautés.
« L'utilisation de semences natives est une condition que les communautés privilégient et, dans chaque cas, leur utilisation procure du bien-être. L'échange entre les communautés et les bénéfices adaptatifs soulignent les efforts des communautés et la défense des usages dans chaque territoire », souligne Clara Sierra.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220318_154510";}s:15:"20220318_143151";a:7:{s:5:"title";s:105:"En Ouganda, un écrivain emprisonné pour avoir qualifié le fils du Président, Yoweri Museveni d'obèse";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/18/271142/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271142";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 18 Mar 2022 13:31:51 +0000";s:11:"description";s:209:"Critique inconditionnel du gouvernement Museveni, Kakwenza s'est fait connaître en avril 2020 lorsqu'il a été arrêté et détenu pendant une semaine par les services de renseignements militaires ougandais.";s:7:"content";s:18658:"
Cela fait presque un mois depuis que Kakwenza Rukirabashaija a été arrêté.
En prélude à son arrestation, Kakwenza avait publié une série de tweets critiquant le fils du Président Yoweri Museveni, le général d'armée Muhoozi Kainerugaba, le commandant des forces terrestres de l'armée ougandaise. Les tweets ont depuis été supprimés.
Il y a eu des critiques en Ouganda sur la rapide ascension de Muhoozi dans les rangs des Forces de défense du peuple ougandais et son positionnement dans la politique nationale, largement perçu comme une préparation à la succession. Les tweets de Kakwenza ont remis en question la capacité du premier fils du Président à lui succéder.
Critique acerbe du gouvernement Museveni, Kakwenza s'est fait connaître en avril 2020 lorsqu'il a été arrêté et détenu pendant une semaine par le service de renseignement militaire, à propos de son livre The Greedy Barbarian, (Le barbare cupide) qui décrit la corruption de haut niveau dans un pays fictif. Il a été arrêté et détenu à nouveau en septembre 2020. En 2021, il a reçu le prix PEN Pinter Prize International Writer of Courage.
Détention illégale
Après son arrestation le 28 décembre 2021, Kakwenza a été emprisonné pendant plus de 48 heures prescrites par la Constitution. Alors que la police a initialementadmis qu'il était détenu, la Commission ougandaise des droits humains, l'institution mandatée par la Constitution pour enquêter sur les violations des droits humains, a tweeté qu'elle n'arrivait pas à localiser l'endroit où il était détenu.
1/2The UHRC has over the past days visited various security & detention facilities in & around the Country to locate @KakwenzaRukira.
The Commission has equally been engaging security agencies & relevant government authorities to ensure that justice for Kakwenza prevails.
— Uganda Human Rights Commission (UHRC) (@UHRC_UGANDA) January 7, 2022
Ces derniers jours, l'UHRC a visité divers centres de sécurité et de détention dans le pays afin de localiser @KakwenzaRukira.
La Commission a également exigé à des agences de sécurité et des autorités gouvernementales compétentes qu'ils veillent à ce que justice soit rendue à Kakwenza.
— Uganda Human Rights Commission (UHRC) (@UHRC_UGANDA) 7 janvier 2022
L'avocat de Kakwenza, Eron Kiiza, a tweeté que celui-ci était détenu dans un centre du Commandement des forces spéciales (SFC) à l'extérieur de Kampala. Le SFC est une unité des Forces de défense du peuple ougandais qui protège le Président et sa famille.
La @UHRC_UGANDA devrait exiger et se faire dire où se trouve @KakwenzaRukira par les agences de sécurité. Pourquoi @GovUganda, @PoliceUg & @updf_ devraient-ils faire en sorte que l'UHRC s'interroge comme si Kakwenza était enlevé par une bande criminelle ? Le SFC le détient à Entebbe. https://t.co/vgD3TJiIgq
Le Gouvernement a ignoré une ordonnance du tribunal exigeant la libération de l'écrivain, et il en a fallu une deuxième, émise par la Haute Cour de Kampala, pour contraindre les ravisseurs de l'écrivain à le présenter et à l'inculper au tribunal. Fait intéressant, Kakwenza a été inculpé devant le tribunal en l'absence de ses avocats et de la presse, un jour après la publication de la deuxième ordonnance du tribunal. Certains suggèrent que la comparution précipitée pourrait être due au fait que Kakwenza avait été torturé, et le présenter devant le tribunal dans cet état aurait eu une mauvaise image de l'État.
Kakwenza a été libéré sous caution le 25 janvier 2022 et arrêté de nouveau quelques heures plus tard. Il lui est interdit de discuter de son cas avec les médias.
Une communication offensante
Kakwenza a été accusé de communication offensante et son premier procès public a eu lieu le 21 janvier 2022. La loi sur l'utilisation abusive des ordinateursdéfinit la communication offensante comme « l’utilisations répétées de la communication électronique pour troubler ou tenter de troubler la paix, la tranquillité ou le droit à la vie privée de toute personne et n'ayant aucun but de communication légitime sans qu'aucune conversation ne s'ensuive… »
Maitre Eron Kiiza, l'avocat des droits humains qui défend Kakwenza, soutient qu'il est inacceptable que l'armée détermine quel discours est offensant ou non.
La Computer Misuse Act (loi sur la mauvaise utilisation de l'ordinateur) a été utilisée ces dernières années pour étouffer les voix dissidentes. L'universitaire et écrivaine Dr Stella Nyanzi a été emprisonnée en 2018 pour des publications offensantes sur Facebook dans lesquelles elle qualifiait le Président de « paire de fesses ».
Eron Kiiza, l'avocat des droits humains qui défend Kakwenza, a fait valoir qu'il est inacceptable que l'armée détermine quels discours sont offensants ou non.
D'autres Ougandais ont pris la parole sur les réseaux sociaux pour remettre en question le rôle de la famille du président, dont plusieurs membres ont occupé de hautes fonctions publiques et militaires. Les critiques ont également relevé la détérioration de la gouvernance et de la situation des droits humains dans le pays, les promesses non tenues de l'État et la question taboue de la transition politique après plus de trois décennies de règne de Museveni. Il y a eu plusieurs cas très médiatisés dans lesquels des citoyens ont été accusés de communication offensante en raison de publications sur les réseaux sociaux concernant le Président et sa famille.
Dans un pays où les formes d'expression légitimes et légalement protégées sont de plus en plus fermées, les citoyens ont moins d'options. Selon le Dr Nyanzi, l'impolitesse est une forme de résistance qui « fait comprendre ce qu'une conversation polie ne peut pas faire ». La réponse du Gouvernement à l'expression en ligne de militants comme le Dr Nyanzi est brutale : arrestations, torture, taxe sur les réseaux sociaux et coupures d'Internet. Facebook est interdit dans le pays depuis 2021.
En 2019, des organisations de la société civile ont déposé une requête devant la Cour constitutionnelle de Kampala pour contester la constitutionnalité des frais de communication offensante. Une décision n'a pas encore été rendue.
Une pression croissante
Depuis son arrestation le 28 décembre 2021, le hashtag « FreeKakwenza » est devenu une tendance sur les réseaux sociaux ougandais. Les messages de soutien et les appels à la libération de M. Kakwenza proviennent de citoyens, d'organisations de la société civile, du barreau et d'ambassades en Ouganda.
We are concerned that Kakwenza Rukirabashaija remains in detention, despite the court order on 4 January to release him. Upholding the rule of law is vital to all democracies.
Nous sommes préoccupés par le fait que Kakwenza Rukirabashaija soit toujours en détention, malgré la décision de justice du 4 janvier de le libérer. Le respect de l'État de droit est vital pour toutes les démocraties.
L'Ouganda est l'un des principaux bénéficiaires de l'aide du Gouvernement américain. Cependant, ces dernières années, la détérioration de la gouvernance et des droits humains [fr] dans le pays a fait l'objet d'une attention accrue. En conséquence, des responsables ougandais ont été sanctionnés par le Gouvernement américain pour « atteinte à la démocratie ».
Un cas comme celui de Kakwenza confirme qu'à maintes reprises, les États-Unis se contentent de condamner les violations des droits humains tout en poursuivant leurs relations avec un gouvernement dont la police et l'armée commettent ces violations. En fin de compte, les tweets de Kakwenza ont mis à nu ce que signifient la liberté d'expression et l'indépendance judiciaire en Ouganda.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220318_143151";}s:15:"20220317_180850";a:7:{s:5:"title";s:55:"Les ABC du carnaval de Trinité-et-Tobago, style TikTok";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/17/271211/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271211";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 17 Mar 2022 17:08:50 +0000";s:11:"description";s:116:"Le CarnivALPHABET explore de A à Z les termes relatifs au carnaval de Trinité-et-Tobago, avec une pointe d'humour.";s:7:"content";s:7596:"
« A », pour le mercredi des Cendres ; et les autres lettres ?
Capture d'écran de la nouvelle série CarnivALPHABET de l'utilisateur de TikTok, Stephon Felmine.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]
Juste à temps pour le carnaval 2022 de Trinité-et-Tobago (ou du moins pour sa manifestation pandémique), voici une toute nouvelle série TikTok de l'enseignant populaire devenu humoriste en ligne, Stephon Felmine, qui s’est lancé sous les projecteurs des réseaux sociaux en 2020 avec ses performances de l'« Alphabet Trini ».
La version du thème du carnaval, astucieusement baptisée « CarnivALPHABET », a déjà fait le tour des réseaux sociaux. L'approche de Felmine se concentre sur les termes liés au carnaval de A à Z : il explique la signification de ces termes (utile pour les non-locaux) et en utilise ensuite un dans une phrase conçue pour susciter le rire. Il porte, tout au long de la série, des morceaux de vieux costumes de carnaval. Ce qui rend ainsi les sketches encore plus drôles.
C'est encore précoce, mais Felmine a commencé par un « A », pour mercredi des Cendres, qu'il décrit comme le jour qui marque le passage du « vin et de la confiture » des bacchanales du Carnaval au ton « calme et docile » de l'observation chrétienne du Carême :
New series Alert
Welcome to the Trinbago CarnivAlphabet! The Letter of the Day is A! A is for… pic.twitter.com/v12gHuZ2QE
Il s'est également penché sur le personnage traditionnel du carnaval de Baby Doll et sur la pertinence des célébrations de Canboulay pour l'incarnation moderne de la mascarade.
Felmine a même réussi à donner une tournure pandémique à Dimanche Gras (Grand dimanche), l’événement au cours duquel le roi et la reine du carnaval, ainsi que le monarque du calypso de chaque saison, sont couronnés :
";s:7:"dateiso";s:15:"20220317_180850";}s:15:"20220317_175635";a:7:{s:5:"title";s:113:"La Nouvelle-Calédonie vote non à son indépendance lors un référendum boycotté par la communauté autochtone";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/17/270882/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270882";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 17 Mar 2022 16:56:35 +0000";s:11:"description";s:177:"« L'avenir de la Nouvelle-Calédonie ne peut être décidé sans le peuple autochtone. La voix des Kanaks est la pierre angulaire du destin commun de la Nouvelle-Calédonie. »";s:7:"content";s:12549:"
Les Kanaks souhaitaient reporter le référendum suite aux nombreux décès
Carte électorale pour le vote par référendum de novembre 2018 sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Photo Flickr prise par gérard (CC BY-SA 2.0).
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]
Le 12 décembre dernier, les votants néo-calédoniens ont majoritairement décidé de demeurer un territoire français lors d'un référendum marqué par un faible taux de participation et l'abstention de la population[fr] autochtone kanake.
La Nouvelle-Calédonie, territoire du Pacifique Sud, fut colonisée par la France en 1853 et devint une colonie pénale[fr] abritant des détenus et dissidents politiques. Elle figure sur la liste de l'ONU des territoires en attente de décolonisation depuis 1986.
Durant les années 1980, de violents affrontements éclatent entre les Kanaks et les descendants de colons européens, menant à la création et à la signature de l’accord de Nouméa[fr] en 1998 qui établit un référendum d'indépendance divisé en trois parties, afin de déterminer l'avenir politique de la Nouvelle-Calédonie.
Le premier référendum a eu lieu en novembre 2018 tandis que le deuxième vote a eu lieu en octobre 2020. À l'issue de chacun de ces votes, les participants ont fait le choix de demeurer un territoire français, mais on ne comptait que 10 000 voix pour un taux de participation de plus de 80%. Le nombre estimé d'électeurs n'ayant pas fait de choix s'élevait à 25 000. Le bloc anti-indépendantiste s'attendait à une victoire écrasante de leur cause, mais les deux référendums ont plutôt reflété le soutient croissant envers la campagne d'autodétermination de la population Kanake.
Différents groupes ont appelé à ce que le troisième référendum soit reporté, au vu de l'impact des restrictions imposées suite à la pandémie de COVID-19[fr]. Les aînés kanaks ont également déclaré vouloir mettre en place une année de deuil suite au décès de plus de 300 Kanaks décédés de la COVID-19 cette année. Cependant, la France a rejeté cette pétition et programmé le référendum pour le mois de décembre, malgré la possibilité de tenir le vote jusqu'à un an après la date prévue, tel que le permet l'accord de Nouméa.
En réponse à cela, les groupes pro-indépendantistes ont exhorté les votants à boycotter le référendum, et avec l'abstention de la population kanake, le taux de participation s'est élevé à seulement 43,9%.
Des organisations de la société civile du Pacifique ont déclaré rejeter les résultats du référendum :
The referendum was not consultative and it does not serve the common good of the Kanaky population, who exercised their right to not participate in the pseudo-referendum.
This non-participation of pro-independence indigenous people should have been a clear signal to France of the public mood, recognising that the poll results cannot be received as the genuine resolve of the Kanak people.
L'approche du référendum n'était pas consultative et il ne répond pas au bien commun de la population de Kanaky qui a joui de son droit de non-participation à ce prétendu référendum.
Cette abstention des autochtones pro-indépendantistes aurait dû être une preuve évidente de l'ambiance générale pour la France qui doit reconnaître que les résultats du vote ne peuvent être pris en compte comme étant la véritable décision finale du peuple kanak.
Le Melanesian Spearhead Group, une organisation sous-régionale composée de cinq membres qui regroupe la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Fiji, le Vanuatu, les îles Salomon ainsi que le principal rassemblement néo-calédonien pour l'indépendance (FLNKS), a demandé à ce que l'ONU déclare les résultats de ce troisième référendum comme nuls et non avenus suite à l'abstention du peuple autochtone de Kanaky.
We firmly support the call by FLNKS for the UN to declare the results of the 3rd Referendum null and void due to the ‘non-participation’ of the people of Kanaky. Voter turnout was below 50% of registered voters hence cannot be taken as the legitimate wish of the silent majority!
Nous soutenons fermement la demande du FLNKS à ce que l'ONU déclare les résultats du troisième référendum nuls et non avenus suite à la « non-participation » du peuple de Kanaky. Le taux de participation au vote représentait moins de 50% du nombre d'électeurs inscrits et ne peut donc être interprété comme étant le souhait légitime de la majorité silencieuse!
Marylou Mahe, étudiante kanake en France, nous partage les sentiments de son peuple :
The future of New Caledonia cannot be built without its indigenous people. The Kanak voice is the cornerstone of New Caledonia’s common destiny.
This is a time for traditional Kanak mourning. More than 50 per cent of the people who have died from the virus are Kanak. The Customary Senate, the representative body of the Kanak people, has declared a period of mourning of one year.
Yet the state has dismissed this issue. We felt this was a sign of contempt. I have the impression that my culture is being ignored, that my Kanak identity is being denied, and that we are being set back more than 30 years. To a time when our voice did not count. As if I and we didn’t exist.
L'avenir de la Nouvelle-Calédonie ne peut être décidé sans le peuple autochtone. La voix des Kanaks est la pierre angulaire du destin commun de la Nouvelle-Calédonie.
Nous sommes dans une période de deuil traditionnel kanak. Plus de 50% des gens décédés du virus sont des Kanaks. Le Sénat coutumier, organisme représentatif du peuple kanak, a déclaré mettre en place une période de deuil d'un an.
Néanmoins, l'État a rejeté la question. Nous avons perçu cela comme du mépris. J'ai le sentiment que ma culture est ignorée, que l'on rejette mon identité kanake, et que nous reculons 30 ans en arrière à l'époque où notre opinion ne comptait pas, comme si nous n'existions pas.
Le chercheur David Robie souligne l'importance de la Nouvelle-Calédonie pour la France au plan géopolitique:
New Caledonia is critically important to France’s projection of its Indo-Pacific economic and military power in the region, especially as a counterbalance to growing Chinese influence among independent Pacific countries. Its nickel mining industry and reserves, important for manufacturing stainless steel, batteries and mobile phones, and its maritime economic zone are important to Paris.
La Nouvelle-Calédonie est extrêmement importante pour l'influence économique et le pouvoir militaire de la France dans la région indo-pacifique, et plus particulièrement pour faire face à l'influence chinoise croissante dans les pays indépendants du Pacifique. L'industrie minière du nickel et ses réserves, qui sont importantes pour la fabrication de l'acier inoxydable, des téléphones portables et des batteries, ainsi que la zone économique maritime sont des enjeux importants pour Paris.
La France a accepté les résultats du référendum et s'engage à mettre en place davantage de réformes et de dialogues en Nouvelle-Calédonie. Les responsables du vote ont déclaré que le faible taux de participation n'affectait pas la validité légale du référendum.
Il est à craindre que la décision d'ignorer l'appel des Kanak à reporter le référendum n'enflamme à nouveau les tensions politiques. En attendant, en Nouvelle-Calédonie, le combat pour l'autodétermination kanake continue.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220317_175635";}s:15:"20220316_181033";a:7:{s:5:"title";s:118:"Les tisserandes de l'Assam font face à la pandémie et au changement climatique en créant des groupes communautaires";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/16/271132/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271132";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 16 Mar 2022 17:10:33 +0000";s:11:"description";s:203:"Des femmes de 210 villages d'Assam créent un réseau de groupes solidaires pour promouvoir les savoir-faire traditionnels comme le jardinage, le tissage et compléter leurs revenus pendant la pandémie.";s:7:"content";s:16149:"
Les groupes d'entraide peuvent être autosuffisants en quatre mois
Jonali Pegu, du village de Major Chapori, exerçant son métier à tisser. Crédit image: North East Area Affected Development Society (NEADS) – Avec autorisation.
Les entretiens avec les protagonistes de cette histoire ont été réalisés sur place lors de la recherche sur le terrain entre octobre et décembre 2021.
L'État d'Assam, dans le nord-est du pays, a été plus touché par le changement climatique que n'importe quel autre endroit en Inde. Les femmes provenant de 210 villages de l'Assam ont créé un réseau de groupes d'entraide pour promouvoir les savoir-faire traditionnels tels que le tissage et le jardinage et compléter les revenus de leurs familles pendant la pandémie de la COVID-19.
Priyanka Pegu tisse un tchador (étole) pourpre au design complexe dans le jardin couvert de sa maison. Ses doigts habiles entrelacent soigneusement des fils multicolores au milieu du cliquetis de son métier à tisser en bois et du tapotement de ses pieds. Et ce qu'elle réalise est un régal visuel de couleurs et de motifs accrocheurs.
Elle n'a pas reçu de formation formelle et le métier à tisser sur lequel elle travaille a plus de 70 ans. « Tisser c'est quelque chose d'inné chez nous, nous avons hérité ce savoir-faire de nos mères et de nos grands-mères par la tradition. », explique Priyanka, du village de Bholukaguri dans le district de Golaghat en Assam.
Jusqu'à présent, sa machine à tisser restait inutilisée et poussiéreuse.
Des études nationales ont déterminé qu'Assam est l'Etat le plus vulnérable quant aux effets destructeurs du changement climatique parmi les douze États indiens de la région de l'Himalaya. Les pluies irrégulières, les crues soudaines et l'érosion ont dévasté les moyens de production traditionnels de la région, notamment l'agriculture et la pêche. Depuis mars 2020, cette incertitude liée aux conditions de vie s'est agrandie en raison des vagues répétées de la pandémie de la COVID.
Cette situation a obligé les femmes comme Priyanka à quitter leur foyer et à s'installer dans les villes les plus proches à la recherche d'un travail rémunéré à la journée afin de subvenir aux besoins de leur famille.
Priyanka Pegu, du village de Bholukaguri, tisse un tchador (étole) Mekhla dans la cour de sa maison. Crédit image: NEADS – Avec autorisation.
Faire revivre les savoir-faire traditionnels
« Pour faire face à ces crises imprévisibles, nous nous sommes réappropriés les techniques traditionnelles de tissage des femmes pour en faire une source durable de revenu », explique Jamini Payeng, du district de Majuli en Assam. En 2015, elle a reçu le prix d'excellence de tissage artisanal de Shanta Prasad, délivré par le Conseil indien de l'Artisanat.
Pendant ces 20 dernières années, son initiative en faveur des femmes, la Société de développement de l'économie rurale (REDS), en collaboration avec la Société de Développement de la Zone Affectée du Nord-Est (NEADS), a constitué des groupes d'entraide de tisseuses avec plus de 6000 femmes dans les districts de Majuli, Golaghat et Jorhat.
Selon Jamini, son objectif initial était d'aider les femmes touchées par l'érosion et les inondations, à compléter leurs revenus sans avoir à abandonner leur domicile. Mais au cours de ces deux dernières années, Jamini a également aidé les familles à survivre pendant la COVID et la récession économique.
Il existe actuellement 200 groupes d'entraide de femmes tisserandes réparties dans 210 villages choisis en fonction de la vulnérabilité des effets du climat, déclare Ibhimni Singh, coordonnatrice de la restauration des moyens de subsistance pour NEADS.
Les produits finis par Priyanka sont présentés par les membres du groupe du village de Bholukaguri. Crédit image: NEADSc- Avec autorisation.
Un appui aux entreprises émergentes
Chaque groupe d'entraide compte environ 30 membres. Comme aide au de base, la NEADS fournit 90 kg de fil par groupe; chaque femme recevant trois à cinq kilos, en fonction de sa production. Jamini et ses associés du REDS les informent des dernières tendances du marché en matière de mariage de couleurs, de design, des motifs, etc. afin que les produits se commercialisent.
« Avec trois kilos de fil, il est possible de réaliser trois à quatre mekhla tchador [robe traditionnelle de l'Assam qui ressemble à une longue jupe et une étole] », explique Ranu Doley, cheffe du groupe d'entraide de Birangona dans le village de Bonkuwal Balichapori à Golaghat. Il faut environ sept à dix jours pour tisser une tenue qui se vendra entre 2000 roupies (27 dollars) et 3000 roupies (44 dollars), selon les motifs.
Afin d'obtenir un prix équitable pour ses produits, la NEADS a mis en relation les groupes d'entraide avec des groupes coopératifs de tisserandes. Jamini appuie également la commercialisation par le biais d'un point de vente dans son village natal, Kamlabari, où ses produits sont exposés et vendus. Majuli est une destination touristique populaire qui attire des acheteurs de tout le pays.
Un complément de revenu
Ranu Doley qui exerce son métier à tisser depuis le village de Bonkuwal Balichapori. Crédit image: NEADS – Avec autorisation.
Selon Ranu, chaque membre a pour objectif de tisser en moyenne trois à cinq ensembles par mois, à un rythme d'environ trois ou quatre heures par jour. Une partie des revenus de chaque membre est versée sur un compte bancaire ouvert au nom du groupe respectif. Cet argent sert à acheter du fil et pourra servir à demander un prêt à la banque dans le futur.
« De cette façon, en trois ou quatre mois, un groupe devient autosuffisant et nous passons au village suivant sélectionné », explique Ibhimni.
Depuis qu'elle contribue au groupe d'entraide, Ranu parvient à rapporter entre 2000 et 2500 roupies (27-34 dollars) à sa famille tous les mois, ce qui l'aide à atteindre son objectif mensuel de 8000-9000 roupies (108-122 dollars). « Le mieux c'est que ce revenu arrive après la gestion de notre maison, de notre foyer et de nos enfants, et cela nous permet également de rester à la maison pendant la période de COVID », affirme-t-elle.
Les doux fruits de leur labeur
En 2019, Rupali Morang et une douzaine d'autres femmes de son village de Morangaon, dans le quartier de Jorhat en Assam, ont rassemblé 0,5 hectare de terre pour élaborer un concept unique : créer un « jardin nutritif », composé de surfaces multicolores de divers fruits et légumes. Par exemple, des lits rouge et orange contiendraient des tomates, des carottes et de la papaye; les aubergines et les oignons formeraient les sols violets; et la partie verte contiendrait les concombres, les courgettes, les épinards, les brocolis, les citrons verts, etc.
Photo des membres du groupe d'entraide à côté de leur champ communautaire, dans le village de Morangaon, en Jorhat pendant la période de COVID. Crédit image: NEADS – Avec autorisation.
Selon Rupali, ces champs étaient initialement destinés à répondre aux besoins sanitaires des femmes enceintes et allaitantes et aussi des enfants souffrant de malnutrition dans les villages. Cependant, peu de personnes savaient qu'elles pouvaient goûter aux fruits savoureux de leur travail pendant la pandémie.
« Les couleurs des fruits et des légumes sont des indicateurs de différents nutriments, minéraux, oligoéléments, etc. dont nous avons besoin pour rester en bonne santé et lutter contre les maladies », explique Ashaporna Borah, Directrice du Programme de Santé et de Nutrition de NEADS.
Ashaporna Borah (à gauche) explique la création d'un champ nutritif avec un groupe d'entraide dans le village de Phesual, en Jorhat. Crédit image: NEADS – Avec autorisation.
« Nos champs, qui produisent entre 15 et 18 kilos de divers fruits et légumes par jour, nous évitent d'avoir à traverser les marchés bondés pour acheter nos provisions pendant la crise du COVID », affirme Moni Doley, une autre villageoise.
Les excédents sont également vendus aux autres habitants du village. A ce jour, près de 400 familles venant de 40 villages ont participé à la création de ces champs communautaires, à travers l'échange de graines et de semis.
La médecine traditionnelle pour le renforcement du système immunitaire
Certaines familles cultivent également collectivement des parcelles de « terre sauvage cultivée » avec des plantes médicinales. Selon Jyotirmoy Doley, ancien guérisseur du village Nikori, dans le district de Golaghat, ces plantes sont utiles pour soigner la fièvre, les douleurs corporelles, la toux et les rhumes avec une infusion préparée à partir de feuilles fraîches.
« L'une des principales manières de se protéger du COVID, c'est d'avoir un système immunitaire solide », explique la docteur Jahanara Khanam, praticienne en médecine ayurvédique dans le centre de santé publique du village de Dhula, dans le district de Darrang en Assam. Jahanara a traité les patients atteints du Corona avec des plantes médicinales.
Selon elle, les plantes médicinales traditionnelles sont riches en antioxydants et possèdent de nombreuses propriétés thérapeutiques et nutritives. « Alors, pourquoi aller à l'hôpital quand on dispose d'un dispensaire de plantes médicinales dans son jardin ? ».
Note : La recherche et le reportage réalisés dans le cadre de cet article ont été financés par la National Geographic Society, dans le cadre d'une bourse de reportage sur les impacts climatiques dans la région de l'Himalaya.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220316_181033";}s:15:"20220316_170812";a:7:{s:5:"title";s:148:"Les principaux articles de Global Voices sur les catastrophes environnementales alors que le monde célèbre la Journée mondiale de l'environnement";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/16/271433/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271433";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 16 Mar 2022 16:08:12 +0000";s:11:"description";s:246:"Global Voices a largement couvert les questions environnementales, notamment la manière dont la pollution, l'urbanisation massive, les infrastructures de développement et les accidents causés par l'homme détruisent les écosystèmes fragiles.";s:7:"content";s:7911:"
Le projet Kanal Istanbul diviserait le continent européen d'Istanbul par un canal de navigation de 45 km de long reliant la mer Noire à la mer de Marmara, et parallèle au détroit du Bosphore. Capture d'écran de BBC News Türkçe video
Le 5 juin marque la Journée mondiale de l'environnementment, date choisie par les Nations unies en 1972 pour sensibiliser le monde sur l'importance vitale de l'environnement.
Global Voices a largement couvert les questions environnementales au fil des ans, et l'un des points forts de nos articles a été la manière dont la pollution, ainsi que l'urbanisation massive, les infrastructures de développement et les accidents causés par l'homme détruisent les écosystèmes fragiles, empoisonnent la chaîne alimentaire et nuisent aux humains comme aux animaux. Voici les sujets qui ont le plus retenu notre attention jusqu'à présent cette année :
PIB et protection de l'environnement sont-ils nécessairement contradictoires ? Alors que de nombreux gouvernements ont tendance à donner la priorité à la croissance économique, y compris aux investissements étrangers, ils oublient ou ignorent le fait qu'à long terme, les sociétés finissent par payer un prix élevé pour compenser la destruction naturelle causée par des projets ne respectant pas les normes environnementales.
Pour certains gouvernements, un moyen rapide de revendiquer un PIB vert consiste simplement à exporter leurs déchets vers d'autres pays et à laisser ces derniers faire face aux conséquences de leur propre modèle de consommation non durable.
Alors que près de 70 % de la population mondiale vit aujourd'hui dans des villes, le développement urbain omet souvent d'inclure des modèles verts de planification pour accueillir un nombre encore plus important de citadins.
Le Gouvernement japonais a annoncé qu'il prévoyait de rejeter l'eau contaminée de la centrale nucléaire de Fukushima dans l'océan Pacifique en 2023. Cette décision a pourtant de graves conséquences pour les communautés vivant le long du littoral de Fukushima.
Les pétroliers sont une source de pollution majeure des océans et de l'eau dans le monde entier. Lorsque les gouvernements ne réagissent pas à temps face à de telles menaces, les militants écologistes sont en première ligne pour sensibiliser l'opinion publique et réclamer des mesures concrètes.
À Oman, le gouvernement est déterminé à ignorer les inquiétudes des défenseurs de l'environnement afin de poursuivre le développement urbain malgré les menaces qui pèsent sur une vallée luxuriante.
Un projet de développement portuaire pourrait mettre en péril la biodiversité du Pérou, reconnue comme l'une des plus diversifiées au monde. Alors que la société civile a pu faire pression une première fois, le gouvernement semble approuver le projet sans changements majeurs et malgré une évaluation environnementale indépendante démontrant un impact négatif pour les communautés locales.
À Trinité-et-Tobago, les habitants se sont engagés à stopper un projet de carrière dans la dernière vallée du pays dont le bassin versant est intact, et ce pour la troisième fois, le gouvernement et les entreprises semblant ignorer leur plaidoyer en faveur de l'abandon du projet.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220316_170812";}s:15:"20220316_165158";a:7:{s:5:"title";s:104:"Gouvernance exemplaire : quels sont les pays que les nations à taux élevé de COVID devraient suivre ?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/16/264619/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=264619";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 16 Mar 2022 15:51:58 +0000";s:11:"description";s:179:"« Ce qui semble clair, c'est que les exemples mondiaux ne doivent pas nécessairement se ressembler en termes de structures politiques, de revenus ou d'idéologie économique. »";s:7:"content";s:25909:"
Connecter la maladie, la mort et la gouvernance dans un monde COVID
Pendant qu'une grande partie de l'Amérique, de l'Europe et de nombreux pays anglophones sont confrontés à la multitude de choix d'actions possibles qui s'offrent à eux alors qu'ils entrent dans ce qui est considéré comme une « deuxième vague » de COVID-19, leurs médias mentionnent de manière répétée un petit groupe de nations qui pourraient être copiées – des exemples de bonne gouvernance COVID.
Deux points pour commencer. Depuis un certain temps, on ne sait pas si cette nouvelle vague est une fonction directe de la mutation parmi les nombreux ADN du virus lui-même, ou principalement un cycle créé par l'homme suivant les hauts et les bas de l'adhésion des sociétés civiles à la réglementation. Les pics résultent-ils du laxisme civil ? Le deuxième point découle de cet argument du laxisme civil : on peut affirmer que la capacité d'une nation à réduire l'incidence et la mortalité du COVID est un signe de son pouvoir de gouvernance. Une bonne gestion de la COVID devient alors une mesure de la force et de la portée des politiques, de la fermeté d'un gouvernement à convaincre ses citoyens d'adhérer aux réglementations, et de sa propre capacité à s'adapter aux circonstances changeantes induites de l'extérieur. De ce fait, on peut affirmer que les bons résultats du COVID sont un indicateur de la capacité d'un gouvernement à mener sa nation vers une reprise économique post-COVID. Les enjeux peuvent donc être considérables.
Ainsi, le choix du meilleur exemple peut refléter la conviction sous-jacente d'un grand nombre de personnes qu'un pays particulier a un statut élevé dans le concert des nations. En d'autres termes, les résultats satisfaisants de la gestion du COVID peuvent être considérés par de nombreuses personnes à travers le monde comme l'exemple d'une gouvernance réussie et d'une économie morale solide. À l'inverse, l'échec dans la gestion du COVID lors de la « deuxième vague » peut désormais être considéré comme le signe d'un État défaillant. Nous avons assisté à l'éviction de Donald Trump.
De toute évidence, les exemples notables ne peuvent pas être si moindres qu'ils soient clairement aberrants, sinon des endroits aussi variés que les Malouines ou le Groenland prendraient la tête. Cela met à l'écart des nations qui ont effectivement été applaudies, comme Hong Kong et Singapour. Il en est de même pour les îles isolées et les vastes territoires à très faible densité de population comme l'Islande, Madagascar, la Finlande ou même la Norvège. Dans un raisonnement plus direct, ceux qui recherchent des exemples devraient certainement omettre les nations qui ne rapportent pas de tests par million, comme le Burkina Faso, qui a une population de plus de 24 millions d'habitants, un nombre impressionnant de Cm (cas par million) de 122 et un nombre exceptionnellement bas de Dm (décès par million) de seulement 3, mais qui ne rapporte pas le nombre de tests. Bien sûr, il existe des pays qui ont enregistré si peu de cas d'hospitalisation ou de décès qu'ils n'ont pas du tout institué de tests, mais il est difficile de les distinguer clairement de ceux où les cas seraient élevés si des tests approfondis avaient été institués.
Mesurer l'expérience COVID et sélectionner des modèles
Le tableau 1 ci-dessous présente les détails de 10 nations, dont 5 sont assez couramment représentées dans le monde, et 5 autres qui ne le sont pas, mais dont les résultats méritent d'être pris en considération. Les données mondiales sont incluses dans la dernière ligne.Coronavirus Worldometer
Le tableau 1 contient de nombreuses mises en garde. Cm mesure le nombre total de cas de COVID par million, Dm le nombre total de décès par million, D/C est la proportion de décès par rapport au nombre total de cas enregistrés, que nous considérons comme un bon indicateur du taux de mortalité effectif ; Tests/m est le nombre de tests de dépistage de la COVID par million de la population. Les chiffres sont dérivés des totaux pour la période allant du 13 janvier 2020, jour du premier cas confirmé au Japon, au 11 novembre 2020.
Les cinq exemples communs sont en gras, et ils offrent en fait des expériences de COVID très différentes selon leurs propres données officielles enregistrées sur l'ensemble de la période. Il semble clair que l'Allemagne et la Suède sont des exemples, en particulier dans les pays occidentaux, car ils ont de bons résultats dans la lutte contre la COVID-19 par rapport à d'autres grandes nations européennes comme le Royaume-Uni ou la Belgique avec des chiffres Dm de 719 et 1 112 respectivement et les États-Unis (un Dm de 734). Ces pays ont également des résultats élevés pour les tests par million, en particulier la Suède. Mais le principal inconvénient de ce pays en tant qu'exemple est la taille beaucoup plus petite de sa population, et les caractéristiques inhabituelles pour l'Europe de son isolement spatial relatif par rapport à des nations à haut COVID comme l'Italie. En outre, le taux de D/C ou de mortalité de la Suède, à 3,6 %, est en fait le plus élevé des 10 nations de ce tableau, malgré un taux de dépistage élevé. Cela pourrait suggérer soit un défaut dans les procédures d'hospitalisation effective après que les tests se sont révélés positifs, ce qui entraîne une plus grande mortalité, soit le résultat de la proportion relativement élevée de citoyens âgés – 20,3 % de sa population a plus de 65 ans, contre environ 16 % pour l'Australie et les États-Unis. Toutefois, cette thèse est sérieusement affaiblie lorsque l'on constate que l'Allemagne a un ratio de 22,2 % de sa population dans ce groupe de personnes âgées, et le Japon une proportion encore plus grande de 28,2 %. Ces deux pays ont un rapport D/C de 1,7 %. Compte tenu de la faible population de la Suède, cela jette un certain doute sur son exemplarité en termes de résultats réels du COVID à ce jour.
En Europe, l'Allemagne est donc probablement le meilleur cas, d'autant plus que, contrairement à la Suède, elle est bordée par des nations à fort COVID comme la Belgique, la France et les Pays-Bas (mesures Dm de 1 185, 651 et 484, respectivement).
Hors de l'Europe – problèmes
Mais à première vue, aucun des prétendants européens ne peut rivaliser avec l'Australie non européenne, le Japon et Taïwan qui affichent tous des Dms exceptionnellement bas (Taïwan avec son taux inégalé de 0,3 %) et des Cms beaucoup plus faibles. La faiblesse apparente des cas japonais et taïwanais est leur faible nombre de tests par million. Toutes choses étant égales par ailleurs, cela signifie qu'un nombre plus faible de tests conduit à un nombre plus faible de « cas enregistrés » si une nation s'appuie sur les résultats des tests comme principale source de COVID, plutôt que sur les collectes officielles de données auprès des hôpitaux et des médecins généralistes des patients diagnostiqués comme porteurs du virus. Il ne s'agit en aucun cas d'un rejet catégorique. Il est très possible, et certainement compréhensible qu'une nation dont la covidité est réellement faible ne ressente pas le même besoin de procéder à des tests de masse que les nations dont les problèmes sont manifestement graves. Il est intéressant de noter que les États-Unis et le Royaume-Uni ont les ratios de tests proportionnels les plus élevés de toutes les grandes nations, soit environ 50 % de leur population respective. Étant donné que le nombre de tests ne dit pas grand-chose sur la qualité des procédures de test, il y a de bonnes raisons de considérer Taïwan et le Japon comme des exemples à suivre.
L'Australie n'a pas ce problème, ses taux de dépistage étant parmi les plus élevés au monde et notamment supérieurs à ceux de l'Allemagne. Son Dm est exceptionnellement bas. Le seul problème réside dans le caractère inhabituel de sa démographie (une proportion énorme de la population vit sur les côtes massives), dans l'absence de frontières terrestres, dans son isolement relatif global de tous les points chauds à fort COVID et dans sa capacité à se fermer malgré le nombre élevé de touristes et de relations d'affaires. Ces caractéristiques ne peuvent pas être simplement imitées, mais elles peuvent être plus déterminantes pour son succès en tant que frein au virus que n'importe quel élément de politique ou séquence spéciale d'interventions officielles.
Il y a plus à dire sur les raisons pour lesquelles certaines nations apparaissent comme exemplaires et d'autres non, malgré leurs données directement liées au COVID. Ceci est abordé dans trois rangées du tableau 1. Pol-FrR fournit un indicateur de la liberté politique au sein des nations, tel que mesuré au cours des années depuis 1973 par Freedom House, Washington DC. Les chiffres sont un indice avec 100 (Suède) en tête parmi toutes les grandes nations. Notre tableau 1 indique également – avec un * à côté des noms des 10 nations – toutes celles qui sont étiquetées par Freedom House comme des « démocraties électorales », et on peut voir que les 5 principales nations exemplaires sont dans cette catégorie, et chacune est très bien classée sur l'indice Pol-FrR, entre 93 et 100. Les 5 exemplaires sont un groupe démocratique libre, partageant une série de marqueurs de statut, d'attributs d'une culture politique, avec plusieurs nations qui les considèrent comme exemplaires.
Même si Taïwan, avec son étonnante histoire COVID, n'est pas officiellement reconnue comme une nation indépendante par les 4 autres pays de ce groupe restreint, ses caractéristiques correspondent parfaitement à celles de ce groupe, dans son ensemble. La colonne PPA montre que ces nations font partie des nations industrielles les plus riches et les mieux établies du monde, et les estimations de leur caractère exemplaire par les principaux médias du monde doivent certainement refléter une sorte de club culturel. La colonne PPA est une mesure de la Banque mondiale de la parité de pouvoir d'achat par habitant, qui ajuste les comparaisons simples de revenus par habitant pour tenir compte des différences de coût de vie en remplaçant les taux de change normaux par ceux conçus pour égaliser les prix d'un « panier de biens » et de services standard.
L'indice est basé sur les États-Unis à 100. Il semble assez clair que les exemples choisis sont considérés comme appropriés à imiter – démocratiques et libres – et c’est ce qui est retenu par les médias qui créent les mantras des «leçons à tirer », Ou « suivre la science », et ainsi de suite. Cela est confirmé dans la colonne Econ-Fr , qui fournit un indice de liberté politique pour 2020 calculé par la Heritage Foundation , Washington DC, dans son énorme indice de liberté économique 2020 disponible gratuitement, où Singapour est en tête du monde à 89,4, l'Australie apparaissant 4e avec 82,6, la Suède apparaissant au 22e rang avec 74,9, et ainsi de suite. Autrement dit, ce groupe est considéré comme exemplaire, malgré les grandes différences de performance COVID en son sein, sur la base d'une culture mondiale dans laquelle, à travers un média international, le libéralisme basé sur le marché à hauts revenus obtient le statut le plus élevé parmi les nations du monde. Le statut s'accompagne de notions de véracité, de probité et de confiance élevée, les récompenses secondaires d'un revenu élevé.
On peut donc affirmer que la notion de ce qui pourrait être une nation exemplaire dans un monde COVID, n'est pas principalement fondée sur le bilan COVID, mais sur certaines preuves de réussite COVID et sur de nombreuses preuves de statut national élevé parmi les autres nations de notre monde. Ainsi, malgré toutes les mises en garde et les inconvénients notés dans cet article, il semblerait que les nations apparemment très différentes du groupe resteront exemplaires.
Au-delà des apparences : un autre regard sur les meilleures performances COVID
Nos cinq autres nations sont d'un tout autre ordre. Bien que la Pologne et l'Inde soient toutes deux des démocraties parlementaires, elles partagent avec ce deuxième groupe un revenu par habitant beaucoup plus faible, l'Éthiopie étant l'une des nations les plus pauvres de la planète. Ils ont tous des degrés moindres de liberté économique et politique, mais ils ont aussi tous de très bonnes performances COVID, mesurées dans les colonnes Dm et D/C, et des chiffres généralement raisonnables pour les tests par million (le pire étant l'Angola, qui dépasse en fait le chiffre de Taïwan !) Ce ne sont pas de petits pays du point de vue démographique, et dans cette mesure, ils méritent une certaine attention en tant que cas exemplaires possibles.
Avec sa grande mesure Cm, la Pologne semble à première vue un candidat improbable, mais notez que son chiffre est égal à celui de la Suède, et bien inférieur à ceux de l'Espagne (29 692), ou de la France (26 769), ou de l'énorme chiffre belge de 42 547. Ses tests par million dépassent ceux du Japon. Son rapport D/C est très faible, très inférieur à celui du Royaume-Uni, de l'Italie, de la France et même de l'Allemagne. Elle est limitrophe de 7 nations à la covidité élevée ou incertaine, comme la République tchèque. Et, bien sûr, elle est européenne. Nous pourrions suggérer qu'elle n'a jamais été considérée comme exemplaire en Occident en raison de sa particularité culturelle, à savoir son faible revenu par habitant, égal à celui de la Malaisie, et ses degrés de liberté économique et politique inférieurs à ceux que l'on trouve dans le groupe exemplaire accepté. Et, bien sûr, il faut en dire autant de l'Éthiopie et de l'Angola. Les causes les plus probables de leurs faibles mesures de COVID sont le manque d'infrastructures pour un dépistage efficace et le faible nombre de personnes âgées dans leurs populations, principalement en raison de leurs faibles revenus. Comme nous l'avons déjà noté, ce seul facteur tendrait à faire baisser les taux de mortalité. L'Inde et la Malaisie sont de loin les exemples les plus probables à suivre pour les autres. La population massive et l'extrême pauvreté de l'Inde, toutes deux notées dans le tableau 1, n'ont pas empêché un faible Cm et surtout de faibles mesures de mortalité. En tant que démocratie parlementaire bien établie, l'Inde jouit d'un niveau relativement élevé de liberté politique, bien que sa détermination à continuer à planifier une croissance économique élevée (un taux de croissance annuel du PIB de plus de 7 % depuis 2012) signifie que le Gouvernement ne laisse pas les forces du marché régir la production et la distribution des biens et des services. Aidée par sa répartition par âge, mais sans oublier l'énormité de sa population, l'Inde pourrait bien être considérée comme faisant partie d'un groupe exemplaire de nations à faible COVID.
La Malaisie fait figure de bon élève ?
En tant que cas exemplaire à bien des égards, la Malaisie a été la plus négligée par les commentateurs des médias internationaux. Pourtant, avec des niveaux élevés de liberté économique, elle a obtenu des statistiques de COVID remarquables basées sur un niveau raisonnable de tests. En cela, elle a été aidée par le fait qu'elle est entourée des nations à faible covidité, comme l'Indonésie (Dm de 55) ou la Thaïlande (Dm de 0,9 et un total de cas de seulement 3 861 !). Ses niveaux de Dm et de D/C sont remarquables. De plus, son histoire en matière de lutte contre la COVID montre beaucoup plus d'empressement et d'intelligence que la plupart des nations occidentales. Le dépistage a été adopté dans tous les aéroports après que le premier cas en Thaïlande ait été rendu public le 13 janvier, et la Malaisie n'a signalé son propre premier cas que le 25 janvier – bien après le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis et Taïwan. Les scanners thermiques ont été adoptés très tôt. En vertu de l'ordonnance de contrôle des mouvements du 18 mars, le Gouvernement, avec la bonne coopération des médias, a activement diffusé les instructions « #stayhome » (ne sortez pas), des ONG et des détenus ont fabriqué des EPI pour ceux qui se trouvaient en première ligne, et les premières mesures de stimulation financière visant à prévenir une récession économique complète ont été lancées en février. Très tôt, la Malaisie a admis que la Chine avait prouvé qu'en isolant le groupe d'individus infectés et en pratiquant la distanciation sociale, la pandémie pouvait être contenue. Afin de financer de nouveaux hôpitaux et de constituer des stocks de médicaments, le ministère de la Santé et Tenaga Nasional Berhad (TNB) ont créé une « coalition d'action » pour obtenir une aide financière de la part de sociétés commerciales, de sociétés liées au gouvernement (GLC) et d'autres organisations en Malaisie, une forme de financement entre le secteur privé et le secteur public que l'Occident n'a pas encore vraiment exploitée. Le Gouvernement a atténué toute division entre les secteurs privé et public, en faisant appel à l'aide directe des médias sociaux, et les ONG (et non les entreprises privées) ont été utilisées dès le début pour fournir des masques de protection, des chambres de désinfection et pour éduquer les citoyens sur la COVID-19. Le 11 avril, la Malaisie avait signalé un total de 4 346 cas et un total de 1 830 cas guéris, soit une proportion de 42 %. Aujourd'hui, ces chiffres sont de 32 969 et 45 095, soit une proportion de 73 %.
Bien plus rapidement que des pays comme le Royaume-Uni, les autorités malaisiennes ont reconnu le problème clé des personnes âgées dans les maisons de retraite. Dès le 27 mars, le Gouvernement malaisien a mis en place le programme de stimulation économique Prihatin Rakyat (PRIHATIN), doté de 25 millions de RM pour venir en aide aux maisons de retraite, notamment en versant de l'argent, en fournissant de la nourriture et des articles de santé, ainsi qu'un versement unique de 250 RM pour les retraités du Gouvernement. La Malaisie consacrait une proportion beaucoup plus importante de ses ressources très limitées à l'aide aux personnes âgées que la plupart des pays occidentaux, et ce, à une date beaucoup plus précoce, ce qui était manifestement récompensé par ses statistiques très basses de Dm et de D/C.
Au-delà des discours occasionnels : faire un choix réfléchi
L'exemple malaisien détaille la variété des réponses positives apportées dans des nations qui n'étaient pas jusqu'ici considérées comme exemplaires et qui ont pourtant obtenu des résultats COVID largement supérieurs à ceux de nations beaucoup plus riches. En soi, ce type de preuve ne permet pas de choisir un modèle pour tous. Il est peu probable que l'examen de cas isolés permette de choisir un modèle. Mais ce qui semble clair, c'est que les modèles mondiaux ne doivent pas nécessairement se ressembler en termes de structures politiques, de revenus ou d'idéologie économique. Il vaut mieux que chaque nation examine ses propres circonstances et sélectionne les éléments jugés appropriés. La meilleure option pourrait être de considérer l'image plus globale, mais de tenir compte en particulier des différences dans la répartition des revenus et des âges, le caractère des frontières, les densités et les niveaux d'urbanisme, et les degrés de pollution atmosphérique. Ces éléments peuvent orienter la sélection vers des pays ou un pays aux circonstances similaires, et le meilleur élève du COVID parmi eux pourrait bien être votre meilleur exemple. Mais ne vous réjouissez pas trop vite !
Des éléments tels que la structure d'âge ou les frontières peuvent être des mesures raisonnablement reconnaissables et objectives. Les systèmes et politiques sont tout le contraire, ils changent avec les régimes (nous pouvons nous réjouir des progrès réalisés aux Etats-Unis). La seule façon de sortir de cette apparente énigme est d'admettre d'abord que l'incidence et la mortalité du COVID ne sont que très partiellement liées aux politiques officielles de gestion d'une nation donnée. En fait, à ce jour, seule la plus faible lumière a été jetée sur la relation entre la maladie, la mort et la gouvernance dans un monde COVID. Pour cette seule raison, un grand exemple de COVID peut ne pas être un grand exemple de vie politique et civile, en particulier tel que défini par les décideurs dans les démocraties parlementaires. Peut-être le choix entre l'Australie et le Japon, entre l'Inde et la Malaisie, ne devrait-il pas être aussi normatif. Il faudrait peut-être évaluer soigneusement les performances apparentes de COVID dans le contexte de tous les éléments, en admettant que les politiques de gouvernance ne soient peut-être pas les plus importantes.
Le professeur Ian Inkster est un historien mondial et économiste politique à l'Université SOAS de Londres, qui a enseigné et fait des recherches dans des universités britanniques, australiennes, taïwanaises et japonaises. Il est l'auteur de 13 livres sur les dynamiques asiatiques et mondiales avec un accent particulier sur le développement industriel et technologique, et l'éditeur de History of Technology depuis 2000. Les livres à paraître sont Distraction Capitalism: The World Since 1971 , et Invasive Technology and Indigenous Frontiers . Études de cas de changement accéléré dans l'histoire , avec David Pretel. Suivez-le sur Twitter à @inksterian
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“Beaucoup font ce voyage à pied, donc les défis ne manquent pas”
Les drapeaux ukrainien et jamaïcain, créés à partir d’ éléments Canva gratuits
Il y a un très long chemin entre les plaines sombres et enneigées d'Europe de l'Est et les îles chaudes et tropicales des Caraïbes – et pourtant, les Jamaïcains ont été touchés par les événements entourant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, y compris les récits personnels dramatiques de compatriotes qui tentent de sortir du pays.
Des messages déroutants, notamment des appels à l'aide et des accusations de certains selon lesquels le Gouvernement jamaïcain n'a pas fourni suffisamment d'aide à ses citoyens, se sont répercutés sur les réseaux sociaux, une grande partie de l'inquiétude étant centrée sur les étudiants jamaïcains en Ukraine.
La plupart d'entre eux sont des étudiants en médecine, vivant principalement à Kharkiv, dans l'Est de l'Ukraine, car le coût des études n'y est qu'une infime partie de ce qu'il serait aux États-Unis, ou même sur le campus de l'Université des Antilles à Mona, en Jamaïque. Un étudiant a décrit sa lutte pour monter à bord d'un train, tandis que chez lui, les parents d'étudiants étaient morts d’anxiété sur le sort de leurs enfants.
La question a été assombrie par des allégations sur les réseaux sociaux – qui ont suscité une indignation considérable – indignation relative au fait que le Gouvernement aurait accordé des prêts aux étudiants pour leur permettre de rentrer chez eux; mais qu'ils devraient rembourser.
Un observateur de Twitter a commenté :
Kamina said Embassy staff wz shocked at postings on social media cuz some ppl knew but we're posting information that they knew to be false.
Kamina a déclaré que le personnel de l'ambassade était choqué par les publications sur les réseaux sociaux, car certaines personnes le savaient, mais nous publions des informations qu'ils savaient être fausses.
Kamina Johnson-Smith est la ministre jamaïcaine des Affaires étrangères. Lors d'un point de presse le soir du 26 février, elle a réaffirmé le soutien du Gouvernement aux étudiants:
Il n'y a aucune obligation de rembourser quoi que ce soit. Il n'y a pas de prêt prévu actuellement. Pas de prêt.
La ministre a confirmé que 23 des 42 étudiants inscrits dans différentes institutions en Ukraine se trouvaient à Lviv, non loin de la frontière polonaise. Elle s'est engagée à prendre en charge les frais de subsistance des étudiants à Lviv et en Pologne, ainsi que les frais de voyage en avion vers la Jamaïque. L'ambassade de Jamaïque à Berlin, a-t-elle noté, était en contact avec les étudiants depuis janvier, les informant de la recommandation du ministère selon laquelle ils devraient être prêts à être évacués si nécessaire.
Une étudiante jamaïcaine a suivi les consignes à la lettre, mais a refusé de laisser son chat, Victoria, derrière elle :
Cependant, la polémique persiste et un journaliste jamaïcain a contesté sur Twitter :
Seeing some quite interesting feedback via twitter.
So let me ask … if you were overseas studying & war or a hurricane for instance threatened the country you elected to study, would you feel entitled to tax payers money being used to bring you home free of cost ?
Je vois des débats assez intéressants sur Twitter.
Alors, permettez-moi de vous demander… si vous étudiiez à l'étranger et que la guerre ou un ouragan, par exemple, menaçait le pays où vous avez choisi d'étudier, vous sentiriez-vous en droit d'utiliser l'argent du contribuable pour vous ramener chez vous gratuitement ?
Le 26 février, Irina Bruce, une citoyenne ukrainienne et entrepreneure en tourisme vivant à Montego Bay (sur la côte nord de la Jamaïque, ndt) a publié à propos de certains étudiants via sa chaîne YouTube. Elle a également défendu les actions du Gouvernement jamaïcain, soulignant que le transport routier en Ukraine est impossible en raison de l'absence de chauffeurs, de véhicules et de pénuries de carburant. Elle avait personnellement essayé d'appeler diverses organisations – y compris des pompes funèbres – pour aider au transport, sans succès. « Lorsque vous entendez depuis sept ans que Poutine est sur le point d'envahir l'Ukraine et qu'il ne le fait pas, vous ne prenez pas un autre avertissement aussi sérieusement que vous le devriez. », a-t-elle déclaré, ajoutant dans sa section de commentaires YouTube :
La seule personne responsable de TOUT ce qui se passe actuellement en Ukraine est POUTINE et POUTINE seul. L'ampleur de cette attaque est un événement historique que nous n'avons pas vu depuis 81 ans et que nous pensions ne jamais revoir. Si quelqu'un m'avait dit la semaine dernière que cela arriverait, je n'aurais jamais cru. […] Courage Ukrainiens Courage Jamaïcains Courage aux Forces armées ukrainiennes qui protègent les Jamaïcains en Ukraine pendant leur évacuation. Courage au ministère des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de la Jamaïque Courage à l'Ambassade de la Jamaïque en Allemagne Courage à POLOGNE le peuple de POLOGNE - ce sont les vrais frères et sœurs de l'UKRAINE
Notant que les Jamaïcains en Ukraine, comme des milliers d'autres qui cherchent à fuir, sont toujours confrontés à des difficultés, la ministre Johnson-Smith a souligné :
Beaucoup font ce voyage à pied, alors les défis ne manquent pas.
C'est peut-être un euphémisme pour certains Jamaïcains, dont un homme d'affaires, sa femme ukrainienne et leurs cinq enfants qui, après avoir marché pendant 20 kilomètres, se sont retrouvés bloqués dans une gare routière après une tentative infructueuse de traverser la frontière vers la Pologne. Son récit de leur expérience et les scènes dont il a été témoin à la frontière étaient si affligeants que la famille a ensuite fait demi-tour :
This is the experience of a Ukrainian refugee, as told by Jamaican businessman, William Massias.https://t.co/FNqu2ysXcy
Les mises à jour de la famille Massias ont été largement diffusées sur WhatsApp. Le 27 février, il écrit :
Les anges de Dieu nous ont permis de rencontrer une bonne samaritaine hier soir dans une gare routière en Ukraine et elle ne voulait pas nous laisser dormir là car il n'y avait pas de chambres à l'auberge, alors elle nous a emmenés, nous et une autre famille, dans son restaurant et l'a transformé en lits. Nous avons eu un dîner incroyable et nous avons tous dormi profondément après être restés sans dormir pendant plus de 36 heures. Nous avons pris le petit déjeuner et maintenant nous sommes prêts et reposés pour commencer un autre voyage vers la Pologne. J'ai été en contact avec notre Premier ministre Holness et notre ministre des Affaires étrangères Kamina Johnson, qui [les deux] font tout pour nous aider. Vos prières et votre inquiétude [nous ont] tellement encouragés et mon âme est dans la joie et la paix malgré toute la douleur et la tristesse que j'ai rencontrées ici en Ukraine.
Le même jour, la ministre a également fait le point sur l'évacuation des étudiants :
#UPDATE6A 24 Students left L'viv by bus towards an agreed Polish border crossing where we have made arrangements for them to be met. The journey by bus was however disrupted. I have explained below. Thankfully they are well and some are even in high spirits #indomitablespirithttps://t.co/501zKblKEXpic.twitter.com/MwEzJGHa4u
#UPDATE6A 24 étudiants ont quitté L'viv en bus vers un poste frontalier polonais convenu où nous avons pris des dispositions pour qu'ils soient accueillis. Le trajet en bus a cependant été perturbé. Je l'ai expliqué ci-dessous. Heureusement, ils vont bien et certains sont même de bonne humeur #espritindomptablehttps://t.co/501zKblKEX
Malgré les problèmes de communication et la controverse, le principal espoir des Jamaïcains à ce stade est que leurs concitoyens soient saufs et rentrent chez eux en toute sécurité :
La Jamaïque, ainsi que le reste de la Communauté des Caraïbes ( CARICOM ) a condamnéles actions de la Russie en Ukraine, affirmant qu'elles sont en « violation flagrante de la Charte des Nations Unies, en particulier de l'obligation de respecter les droits souverains et l'intégrité territoriale des États ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20220315_152759";}s:15:"20220315_133627";a:7:{s:5:"title";s:104:"La bataille des identités : pourquoi le Kremlin prétend parler au nom des « russophones » en Ukraine";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/15/271606/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271606";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 15 Mar 2022 12:36:27 +0000";s:11:"description";s:226:"Moscou s'est présenté comme le protecteur des russophones dans l'espace post-soviétique, mais beaucoup ne s'identifient pas à la Russie. Aujourd'hui, il instrumentalise une communauté diversifiée pour attaquer l'Ukraine.";s:7:"content";s:12667:"
Parler russe ne signifie pas que vous vous sentez Russe
Une capture d'écran de la chaîne YouTube de l’humoriste Sergey Larin sur laquelle on peut lire « великий и могучий русский язык » – ou la « grande et puissante langue russe ».
Un concept clé dans le récit de Moscou autour de sa guerre en Ukraine est le terme « русскоговорящие » (russophones) ou « русскоязычные » (russophone) faisant référence aux citoyens utilisant la langue russe. À quoi ce terme fait-il référence et pourquoi est-il politiquement instrumentalisé ?
Linguistiquement parlant, le russe, l'ukrainien et le biélorusse forment ce qu'on appelle la branche orientale [fr] des langues slaves. Elles sont toutes issues du slave commun qui était la principale langue de communication dans la Rous’ de Kiev [fr], une civilisation qui a émergé dans ce qui est aujourd'hui Kiev et a rayonné de là vers l'Ukraine, la Biélorussie et la partie européenne de la Russie du IXe au XIIIe siècle. Malgré leurs nombreuses différences, les trois langues utilisent l'alphabet cyrillique et permettent un certain degré de compréhension mutuelle sans traduction. Ils sont toujours intrinsèquement séparés et ont une littérature et des contextes distincts.
Jusqu'à la fin de l'Empire tsariste russe en 1917, les territoires où ces trois langues étaient parlées étaient pour la plupart sous contrôle russe et polonais. La Russie tsariste a imposé le russe comme langue de l'administration, de l'armée et de l'enseignement, tandis que l'ukrainien et le biélorusse étaient parlés à la maison, dans la rue, dans les églises et à certaines périodes dans les écoles. Dans la plupart des régions de l'Empire tsariste, les élites étaient bilingues, car parler russe offrait des privilèges sociaux et économiques.
La notion soviétique de «russophones»
Lorsque le nouvel État soviétique a émergé et renforcé ses institutions dans les années 1920, il a mis en œuvre diverses politiques; mais au bout du compte, en 1938, il a déclaré le russe obligatoire dans toutes les écoles soviétiques.
Le russe était censé devenir la langue dominante de tous les peuples du bloc soviétique dans un avenir communiste utopique – une langue de la science, des progrès et de paix. Le russe, dans cet esprit, était souvent décrit par une citation de l'écrivain russe du XIXe siècle Ivan Tourgueniev [fr] comme « великий, могучий русский язык », ou la « grande et puissante langue russe ».
Ainsi, les politiques tsaristes antérieures ont été renforcées et ont amené de nombreuses élites non russes à envoyer leurs enfants dans des écoles exclusivement russes, plutôt que dans des écoles dont le programme d'études était rédigé dans la langue dominante de l'une des 14 républiques soviétiques non russes. Le russe était renforcé à la maison et devenait la langue principale à la télévision. En conséquence, un grand nombre de Russes non ethniques sont devenus des locuteurs natifs du russe, avec des degrés variables de connaissance de leur langue d'origine. Celles-ci étaient souvent considérées comme non attrayantes ou inutiles. Pour certaines nationalités, il était tout simplement impossible d'apprendre la langue d'origine, car il n'y avait pas d'écoles, pas de manuels et pas de professeurs pour faciliter leur processus d'apprentissage. C'était le cas des Coréens, des Juifs (considérés comme une communauté ethnique et non religieuse selon la définition soviétique des nationalités) et des Allemands.
Petit à petit, le terme « russophone » est devenu un signe de sophistication, d'éducation supérieure, de meilleures perspectives de travail et de carrière, de niveau de vie plus élevé et une partie de la notion soviétique de « культурный человек » (homme de culture) – ou une personne ayant une bonne éducation et des qualités intellectuelles progressistes qui pouvait accéder à la connaissance grâce aux traductions en russe.
Chute de l'Empire et identités floues
Lorsque l'Union soviétique a cessé d'exister à la fin de 1991, toutes les républiques ex-soviétiques, y compris la Russie, se sont lancées dans la redécouverte de leur identité historique, culturelle et linguistique qui avait été largement censurée et déformée par l'idéologie soviétique.
Les Russes ethniques, qui avaient souvent été privilégiés en tant que porteurs de la « grande et puissante » langue russe dans toutes les républiques autres que la république russe, ont dû faire des choix inattendus. Ils pouvaient soit adopter le nouveau discours culturel de leurs nouvelles patries, où le russe perdait, dans la plupart des endroits, son statut de langue officielle, et voir leurs positions supérieures prises par les nouvelles élites locales – généralement des membres de l'ethnie dominante des nouveaux États ou des États récemment ressuscités. Ou bien ils pouvaient s'installer dans la nouvelle Russie où ils pensaient ne pas avoir à subir ce qu'ils considéraient comme une perte de statut.
À ce stade, le terme russophone en est venu à décrire deux groupes différents qui peuvent être distingués sur une base ethnique. Le premier groupe fait référence aux Russes de souche, et par extension aux Slaves de souche, mais comprend également les Juifs, les Allemands, les Grecs et qui sont une minorité dans leur nouveau pays de résidence.
Le deuxième groupe comprend les personnes du groupe ethnique dominant, comme les Azerbaïdjanais ou les Kirghizes, qui parlent le russe comme leur langue maternelle, parfois uniquement, rejetant souvent les références au renouveau religieux que connaissent les autres, et sont considérées comme un groupe distinct par la majorité.
Bien sûr, les frontières entre tous ces groupes sont floues et peuvent changer au cours de la vie des individus.
Une Russie vide s'érige en protectrice de tous les russophones
Pour la Russie d'aujourd'hui, il s'agit des communautés russophones qui vivent dans les États d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie, de Biélorussie, d'Ukraine, de Moldavie, d'Azerbaïdjan, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et d'Ouzbékistan (l'Arménie, la Géorgie et le Turkménistan comptant aujourd'hui de petites communautés qui s'identifient comme russophones), soit entre 12 et 16 millions de personnes.
Ce grand groupe est stratégique pour la Russie pour plusieurs raisons. Premièrement, la Russie est un pays largement vide [fr] avec une population en constante diminution [fr] en raison des mauvaises conditions de vie de sa majorité, d'une faible espérance de vie et d'une fuite massive des cerveaux.
Deuxièmement, la Russie s'appuie sur des russophones qui consomment généralement des médias produits par la Russie pour représenter ses intérêts dans un certain nombre de pays et créer des lobbies locaux qui favorisent les intérêts commerciaux et politiques russes.
Troisièmement, Moscou instrumentalise ces communautés lorsqu'elle veut s'opposer à des gouvernements locaux ou étrangers en jouant la carte de minorités prétendument privées de leurs droits culturels ou linguistiques. Cela est souvent fait pour contrarier l'Union européenne via les communautés russophones des États baltes. Cela sert d'excuse pour continuer à soutenir la Transnistrie et a finalement été utilisé dans la justification de Moscou pour occuper la Crimée, des parties des régions de Louhansk et de Donetsk, et plus récemment, l'ensemble de l'Ukraine.
Aujourd'hui, Moscou manipule délibérément la notion diverse et complexe de russophones pour nier leurs propres identités spécifiques : beaucoup de personnes, y compris en Ukraine, qui parlent russe comme leur langue maternelle ou sont bilingues, ne s'identifient pas comme Russes ethniques et certainement pas avec la Russie. Pourtant, Moscou affirme prendre leur défense.
La réalité est que lorsqu'elle bombarde une ville comme Kharkiv dans le nord de l'Ukraine, l'armée russe bombarde à la fois des Russes de souche et des russophones.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220315_133627";}s:15:"20220314_171508";a:7:{s:5:"title";s:78:"Suite à l'invasion de l'Ukraine, la Russie déclare la guerre à ses citoyens";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/14/271640/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271640";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 14 Mar 2022 16:15:08 +0000";s:11:"description";s:152:"Les punitions draconiennes et la persécution sociale rendent de plus en plus dangereux le fait de s'insurger contre le récit officiel du Gouvernement.";s:7:"content";s:20224:"
Vladimir Poutine indigne les Ukrainiens et les Russes
Capture d'écran de la chaîne YouTube de CBC Radio Canada : des habitants de Saint-Pétersbourg attendent dans une gare pleine. Olga, en partance pour l'Espagne, déclare : « La situation peut s'aggraver à tout moment. J'ai vraiment peur. »
Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, plus de 7000 personnes en Russie manifestant contre la guerre ont été interpellées. Alors que des centaines d'entreprises européennes continuent de se retirer de la Russie, et l'isolement de Moscou de l'économie mondiale se perpétue, les Russes fuient le pays.
Plus de 40 pays ont fermé leur espace aérien aux avions russes, limitant ainsi les possibilités de fuite vers l'Asie centrale, le Caucase et le Moyen-Orient. Pour empêcher toute dissidence dans le pays, le Kremlin poursuit l'opposition à un rythme sans précédent, menaçant les médias et les journalistes d’emprisonnement.
Face aux punitions draconiennes et à la persécution sociale, s’exprimer contre le récit officiel du Gouvernement est de plus en plus dangereux. Alors que le pays devient de plus en plus vulnérable et que les rumeurs de loi martiale imminente abondent, le gouvernement russe a déclaré la guerre à ses propres citoyens.
Une guerre contre les médias
Les principales plateformes des réseaux sociaux ont été les premières à recevoir des restrictions. Le 25 février, Moscou a partiellement limité l’accès à Facebook. Le 5 mars, Roskomnadzor, le régulateur russe en charge des communications, a totalement interdit l’accès à Facebook dans tout le pays. Les comptes Twitter de Russia Today et de Sputnik, médias publics russes, ont été supprimés. En réponse à cet acte, l’accès à Twitter a été restreint dans le pays.
Le même jour, la Douma d’État a unanimement adopté un règlement sanctionnant la diffusion de « fake news » dans le pays. Un individu qui diffuse des informations non communiquées officiellement par le gouvernement sur l'armée russe concernant « l’opération spéciale » en Ukraine, ou qui appelle à des sanctions, peut être passible d'une peine allant jusqu'à 15 ans d'emprisonnement. La Douma a fourni plusieurs exemples de désinformation grave qui doivent être sanctionnés, notamment le partage d'images « trafiquées » d'équipements militaires brûlés, la diffusion de rapports sur des attaques contre des civils et des estimations des pertes militaires russes.
La loi sur les fake news fait suite aux restrictions imposées par la Russie en 2019 aux médias qui « manquent de respect au gouvernement » même si la sanction était beaucoup plus légère il y a trois ans. Les personnes qui diffusent des informations « non fiables » sur les représentants gouvernementaux et perturbent l'ordre social sont passibles d'amendes pouvant atteindre 1,5 million de roubles (soit 20 924€) et 15 jours d'emprisonnement.
Par conséquent, l'accès aux médias étrangers a été sévèrement réduit. À la suite d’une demande des procureurs, le Roskomnadzor a « limité » l'accès à la Meduza, la BBC, la Deutsche Welle, et à Radio Free Europe. En réponse à cet acte, Bloomberg, le Guardian et la BBC ont suspendu leur travail dans le pays. L’association internationale de journalistes d’investigation OCCRP a également été placée dans la liste des « organisations indésirables ».
Dans toute la Russie, les médias nationaux critiques ont été réduits au silence. Face à une forte pression, avec notamment la menace de poursuite judiciaire, Ekho Moskvy, Znak.com, The Village, Taiga.info, Dozdh, Tomsk's TV 2 et bien d’autres, ont été contraints de mettre un terme à leurs activités. Znak a mentionné « le grand nombre de restrictions qui sont apparues récemment et qui affectent le travail des médias en Russie » pour justifier sa fermeture.
Ceux qui n'ont pas fermé leurs portes sont harcelés en personne. Les bureaux du journal Pskovskaya Guberniya ont été perquisitionnésdans la matinée du 5 mars. Le site web a ensuite été bloqué.
Les médias n’ayant pas encore mis fin à leurs activités sont contraints de supprimer leurs articles et de ne publier que les rapports officiels de l'État. Douze médias nationaux ont annoncé qu’ils cesseraient de mettre la guerre à la une. Parmi ceux-ci figurent The Bell, VPost, et The Blueprint. Novaya Gazeta, lauréate du prix Nobel de journalisme en 2021, a supprimé la plupart des articles en rapport avec la guerre.
Une guerre contre la population
Des sondages sanctionnés par l’État indiquent que la plupart des Russes soutiennent les « opérations spéciales » en Ukraine. Les résultats indiquent que les résidents de Moscou et de Saint-Pétersbourg, en particulier les jeunes, soutiennent tout particulièrement le mouvement. Compte tenu de l’augmentation de la répression dans le pays, nombreux sont ceux qui ont mis en doutela validité de ces sondages.
Le 1er mars, deux mères et cinq enfants ont été arrêtés pour avoir déposé des fleurs devant l'ambassade d'Ukraine à Moscou. Les mères ont toutes deux été inculpées pour non-respect des devoirs parentaux et violation des ordres d'un événement public.
Des centaines de personnes sont interpellées chaque jour pour manifestations contre la guerre et opposition politique. La police procède à des perquisitions et à des arrestations à travers le pays alors que les citoyens tentent juste de montrer leur soutien au peuple ukrainien, notamment en manifestant et en dénonçant la guerre sur les réseaux sociaux.
Les autorités moscovites ont répertorié tous les messages publiés sur les réseaux sociaux en rapport avec l'Ukraine et ont utilisé le logiciel de reconnaissance faciale « Sphere »pour identifier et arrêter les personnes empruntant les transports en commun. Depuis son lancement le 1er mars 2020, plus de 2788 personnes ont été arrêtées en montant dans le métro. Depuis le 24 février, la police utilise « Sphere » pour arrêter les Moscovites s’étant exprimés ouvertement contre la guerre.
Les autorités soumettent les partis d'opposition à une surveillance accrue. Les partisans du leader de l'opposition, Alexandre Navalny, reçoivent des avertissements d'arrestation de la part des procureurs afin de prévenir toute réaction à grande échelle. Dans la matinée du 6 mars, les forces spéciales ont perquisitionné les bureaux de Vladimir Arzhanov et de Ekaterina Aleksandrova, assistants des députés indépendants du conseil municipal de Novosibirsk.
Les organisations de défense des droits humains à travers la Russie sont également visées. Les bureaux du Memorial, la plus ancienne organisation russe de défense des droits humains recensant les crimes contre l’humanité perpétrés par l’Union soviétique, ont été perquisitionnés le 4 mars. Les autorités ont également perquisitionné les bureaux du Comité d’assistance civique, une organisation moscovite qui fournit de l'aide aux migrants en Russie.
Les ministères lancent également une campagne d'information organisée dans les écoles russes. Dès le 1er mars, des leçons spéciales intitulées « Mon pays » ont été distribuées pour une diffusion immédiate aux élèves de la 6e en Seconde. Les rapports de Vkontakte ont souligné que « les étudiants ont reçu des informations sur les raisons pour lesquelles notre Président et le Gouvernement ont été contraints d'envoyer des troupes sur le territoire de l'Ukraine; indiquant qu'il ne s'agit pas d'une guerre, mais d'une opération spéciale de maintien de la paix, dont le but est de protéger la population des Républiques populaires de Donetsk ainsi que de Louhansk et de dissuader les nationalistes menaçant la population russe ».
Le 3 mars, le ministère russe de l'Education a organisé des cours sur les « défenseurs de la paix » pour toutes les écoles du pays. Ces leçons font partie du projet fédéral de l'Institut public en charge de l'éducation intitulé « Éducation patriotique des citoyens de la Fédération de Russie ». L'émission est animée par une chanteuse de 12 ans, Sofia Khomenko, qui affirme que les Ukrainiens et les Russes ne forment qu'un seul peuple, que les Occidentaux ont tenté de diviser et de conquérir l'Europe de l'Est. Elle ajoute également que l'Amérique a commis la plupart des crimes de guerre au cours des 70 dernières années, que l'OTAN a trahi la Russie et que les nazis ont totalement infiltré le Gouvernement ukrainien.
Les vols internes vers le centre et le sud de la Russie ont été suspendus jusqu'au 14 mars. Les avions n'atterrissent plus près de la frontière sud de la Russie et les villes d’Anapa, Belgorod, Bryansk, Voronezh, Gelendzhik, Krasnodar, Kursk, Lipetsk, Rostov-on-Don, Simferopol et Elista sont concernées.
Les agents des frontières russes ont soumis les personnes voulant quitter le pays à de longs interrogatoires, des fouilles et des menaces. Les personnes sont interrogées sur leur attitude envers le Président, la guerre en Ukraine, ainsi que sur le but et la durée de leur voyage.
De nombreuses personnalités ont été démises de leurs fonctions pour leurs déclarations contre la guerre. Ekaterina Dolinina, directrice des cinémas Polet et Zvezda, a été contrainte de présenter sa démission pour avoir signé une lettre d’opposition à la guerre en date du 26 février.
La Russie est déjà confrontée à des pénuries alimentaires. Les grandes chaînes de supermarchés imposent des restrictions temporaires sur tous les achats. Le groupe X5, qui gère les chaînes de magasins Pyaterochka, Perekrestok, Karusel et Chizhik, a déclaré : « Pour que les produits de première nécessité soient disponibles en permanence, les chaînes de magasins de la société et l'hypermarché en ligne Vprok.ru Perekrestok limitent les volumes d'achat importants de certains produits ». La guerre en Ukraine est susceptible de provoquer une pénurie d’ordre mondiale.
Des milliers d'hommes à travers la Russie ont reçu des appels à la mobilisation militaire. Ces lettres, appels téléphoniques et courriels interviennent suite à la publication du décret du 18 février de Vladimir Poutine. Il impose à tous les réservistes de suivre une formation militaire.
La banque centrale a interdit les virements de plus de 5000 dollars américains à des proches à l'étranger. Ce décret fait suite à l’interdiction par Vladimir Poutine de tout transfert de devises étrangères à des non-résidents à l'étranger, des crédits sur des comptes bancaires étrangers et des transferts via des prestataires de services de paiement électronique internationaux.
La Douma d'État souhaite voir apparaître des sanctions plus sévères. Le 3 mars, le Parti libéral démocrate a présenté un projet de loi visant à envoyer les manifestants détenus en service militaire à Donbas et Luhansk. L’attaché de presse de Vladimir Poutine a rejeté l’idée.
Les poursuites engagées par le gouvernement russe contre ses propres citoyens vont continuer à s'aggraver. Plus la nation est isolée sur le plan international, plus la voix de ses habitants sonne creux. Tous ceux qui étaient en mesure d'organiser une opposition solide ont été emprisonnés ou exilés. Ceux qui ont un semblant de sentiment anti-guerre sont traqués, détenus et menacés pour être contraints au silence. Vladimir Poutine suscite de l'indignation tant du côté des Ukrainiens que des Russes.
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Voyage difficile, longue attente, et maintenant un avenir incertain
Les Népalais en Ukraine. Des collages de captures d'écrans extraites de vidéos d’Ishwor Devkota. Photo tirée du Nepali Times. Utilisée avec autorisation.
Cet article est initialement paru dans le Nepali Times. Une version révisée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices. Nous avons changé les noms pour garder l'anonymat.
Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.
Lorsque Govinda a fini sa journée de travail en tant que coursier et est retourné dans son foyer à Kiev le 24 février 2022, son téléphone affichait de nombreux appels manqués et messages de sa famille et de ses amis vivant au Népal. Il savait que la situation empirait; puisque la Russie occupait des parties de l'Ukraine, mais il était tellement occupé qu'il n'avait pas réalisé qu'une véritable guerre avait éclaté.
« Ma famille vivant au Népal savait ce qu'il se passait bien avant que je ne l'apprenne,» nous a-t-il répondu au téléphone.
Initialement, comme beaucoup des 4 000 Népalais vivant en Ukraine, Govinda et ses amis ont décidé d'attendre que la situation se calme. Malheureusement, alors que les sirènes commençaient à retentir près de son foyer situé non loin de l'Aéroport international de Kiev (Jouliany), ils savaient qu'il était temps de partir.
« Nous avons appris que les frontières étaient ouvertes, alors nous nous sommes sauvés », raconte Govinda; mais ils étaient loin d'imaginer ce qui les attendait à la frontière.
Ils ont quitté Kiev à bord d'un train bondé à 19 heures, sont arrivés à Lviv et ont pris un bus, puis un taxi les a déposés à 25 km de la frontière, car il y avait des bouchons. Ils ont marché pendant sept heures dans un froid glacial et ont atteint la frontière à 18 heures. Ils ne pouvaient pas prendre leurs sacs avec eux, alors ils les ont abandonnés au bord de la route.
Dans une épreuve vécue, plusieurs milliers de fois en ces temps de crise, Govinda et d'autres Népalais ont dû attendre 24 heures supplémentaires, dans un froid insoutenable, pour pouvoir traverser la frontière.
Les Ukrainiens suivaient un système priorisant les femmes, les enfants et les personnes âgées à traverser en premier. C'était ensuite au tour des étrangers étant membres d'un pays de l'Union européenne ou autres étrangers, et seulement ensuite au tour des étudiants et travailleurs africains et asiatiques.
« Nous avons vécu énormément de racisme,» explique Govinda. « Tout le monde était fatigué, avait faim et était irritable. On attendait tous désespérément de s'enfuir. Mais on était plutôt chanceux, puisque d'autres personnes ont vécu bien pire que nous. Je me suis beaucoup attaché à l'Ukraine, et cela me fait vraiment de la peine de voir ce que les personnes traversent là bas.»
Au poste de contrôle à la frontière de Przemyśl [fr] côté Pologne, les services d'immigration interdisaient aux personnes sans visa d'entrer en Pologne. Mais, au fur et à mesure que la foule grandissait, ils ont cédé et remettaient des visas d'entrée d'une durée d'un mois.
« La Pologne est un pays chaleureux et accueillant, les habitants nous ont nourris et conduits jusqu'à la capitale,» a déclaré Govinda.
Au moment où Govinda et d'autres Népalais étaient bloqués à la frontière, Ishwor Devkota, membre de la NRNA (Association des Népalais non résidents) a reçu un appel des Népalais bloqués à la frontière, et a conduit pendant sept heures pour arriver au poste de contrôle de Przemyśl. C'était le chaos absolu, et toutes les tentatives pour convaincre les gardes polonais de faire sortir les Népalais n'ont servi à rien.
« À l'époque, il n'y avait rien à faire, alors nous avons rebroussé chemin les mains vides,» a déclaré Ishwor Devkota, directeur du restaurant Népalais Namaste à Wrocław.
Les cinq jours qui ont suivis, les plus de 200 Népalais qui ont réussi à fuir l'Ukraine sont arrivés à Varsovie, où la NRNA s'occupe d'eux. Plusieurs d'entre eux sont des femmes.
« Nous avons loué une auberge et avons utilisé les dons pour prendre soin de nos compatriotes népalais, mais cette guerre pourrait s'éterniser, et nous devons trouver une stratégie à long terme,» a indiqué Ishwor Devkota au téléphone, priant le Gouvernement de Katmandou d'intervenir au plus vite.
Il semblerait que Ram Kaji Khadka, l'ambassadeur du Népal en Allemagne, serait en route vers les frontières ukrainiennes pour essayer d'apporter son aide aux Népalais toujours bloqués de l'autre côté. Tandis que les réfugiés bloqués manquent de nourriture et d'argent, certains Népalais toujours bloqués en Ukraine ont appelé en disant avoir peur de se faire voler.
Environ une dizaine de Népalais ont également réussi à se rendre en Slovaquie. Jaya Prasad Siwakoti, membre d'un comité européen de secours de la NRNA, a fermé son restaurant à Bratislava pour les nourrir et les loger. Plus de 70 Népalais ont également traversé la frontière pour se rendre en Roumanie.
En Ukraine, les Népalais qui s'y trouvent encore déclarent avoir peur de voir les villes prises d'assaut par les Russes. Plusieurs d'entre eux sont des étudiants, tandis que d'autres sont des travailleurs, comme Govinda.
« J'ai réussi à m'enfuir en toute sécurité, mais mon avenir reste incertain,» a indiqué Govinda au Nepali Times par téléphone. « Je ne me vois pas retourner au Népal tout de suite. De plus, l'ambassade nous a demandé d'acheter nos billets retours par nous-mêmes. On va essayer de travailler un peu en attendant.»
Govinda a dépensé NPR 800 000 (environ 5 900 euros) pour qu'un agent le conduise en Europe, et c'était pour aller en Ukraine. « Je n'avais jamais entendu parler de l'Ukraine avant ça, et ça m'avait l'air pas mal quand j'ai regardé sur Google. L'Europe reste l'Europe, et c'est tout ce qui m'importait,» se rappelle-t-il.
Il est entré en Ukraine avec un visa étudiant pour des cours de langues, mais ce n'était qu'une excuse pour pouvoir entrer dans le pays. Il a ensuite arrêté ses cours de langues, et a commencé à travailler dans un restaurant de shawarma, puis a finalement changé pour un travail de coursier qui le payait 500 dollars (environ 450 euros) par mois.
Prakash est un autre Népalais qui a également réussi à atteindre Varsovie. Il nous a indiqué que, pour le moment, il était juste heureux d'avoir échappé à la zone de combat en Ukraine. « À l'heure actuelle, on vit au jour le jour, et on essaye de jauger la situation et travailler s'ils nous le permettent.»
Prakash a tout d'abord travaillé en Malaisie, puis grâce à ses économies, a dépensé NPR 1.4 million (environ 10 400 euros) pour qu'un recruteur le conduise en Europe. Cependant, une fois arrivé en Ukraine, il s'est rendu compte que l'Europe occidentale était inaccessible. Il touchait 800 dollars (environ 730 euros) par mois et remboursait encore ses prêts.
Il a ajouté que « même s'il retournait au Népal, il devrait émigrer à nouveau pour pouvoir rembourser ses prêts.»
";s:7:"dateiso";s:15:"20220312_161753";}s:15:"20220312_151533";a:7:{s:5:"title";s:137:"La guerre en Ukraine engendre un flot de racisme de la part des médias et politiques à l'encontre des victimes de guerre du monde arabe";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/12/271632/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271632";s:7:"pubDate";s:31:"Sat, 12 Mar 2022 14:15:33 +0000";s:11:"description";s:168:"Des arguments tels que la couleur de peau et la classe sociale sont évoqués pour décrire l'atrocité de la guerre en Ukraine, en opposition aux pays du Moyen-Orient.";s:7:"content";s:23468:"
Les Ukrainiens, eux, sont « blonds aux yeux bleus », « civilisés »
À de nombreuses reprises, des correspondants et politiques on formulé des remarques discriminatoires en évoquant la guerre en Ukraine et ses victimes, en référence aux victimes de guerre du Moyen-Orient. Capture d'écran d'une vidéo de CBS dans laquelle le principal correspondant à l'étranger fait une de ces remarques.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]
Tandis que le monde a les yeux rivés sur l'escalade de la violence en Ukraine, des correspondants de médias occidentaux et prestigieux ont provoqué la colère du public arabe et moyen-oriental par leurs remarques racistes. Ces remarques consistaient à exprimer de la sympathie pour les victimes de la guerre en Ukraine et à susciter de l'effroi au sujet des images de ces victimes, celles-ci semblant plus « européennes » et plus « civilisées » que les victimes de guerre du Moyen-Orient.
Le 27 février, un utilisateur Twitter d'origine syrienne, @WardFurati88, a publié un fil de discussion rassemblant toutes les remarques racistes et discriminatoires formulées par des correspondants de chaînes d'information mondiales lors de leurs interventions au sujet de la guerre. Depuis sa publication, son fil de discussion a engendré des milliers de réactions : plus de 11 500 retweets, plus de 1500 tweets cités, et plus de 41 300 j'aimes.
إذا كنت مسلماً.. أو شرق أوسطياً.. أو إفريقياً، وتتساءل لماذا يتم التعامل مع دمائنا كأنها مياه تسفح حول العالم؟! بل لعل للمياه منظمات حماية بيئة تحاول التقليل من هدرها.. تابع هذه التغريدات التي ربما تجيب عن سؤالك، من خلال رصد تغطيات وتصريحات حول الحرب في أوكرانيا
Si vous êtes musulman, ou originaire du Moyen-Orient ou d'Afrique, et que vous vous demandez pourquoi notre sang est perçu comme de l'eau qui inonde le monde ?! Dites vous que, même l'eau est protégée par des organisations environnementales qui tentent d'en réduire le gaspillage… Lisez ces tweets qui pourront peut-être répondre à votre question, avec la couverture médiatique et les commentaires faits au sujet de la guerre en Ukraine.
Le premier tweet du fil de discussion révèle des commentaires faits par Chris D'Agata, le principal correspondant à l'étranger de CBS, où celui-ci exprime sa compassion envers les Ukrainiens, qui eux sont plus européens que les Irakiens et les Afghans. Ward cite le correspondant en modifiant légèrement son propos:
نبدأ بمراس CBS الذي تحدث عن الأوكرانيين في الملاجئ، ثم غلبته مشاعره فقال “هذا المكان ليس العراق.. ولا أفغانستان.. هذا بلد أوربي متحضر.. لن تتوقع أو تتمنى أن يحدث شيء كهذا فيه”.. وهذا يلخص الطريقة التي ينظر بها إليك
فمن الطبيعي أن تقضي يومك جرياً للاختباء من القصف.. لست أوربياً pic.twitter.com/ZJB63bkTa4
Commençons par le correspondant de CBS qui a évoqué le sujet des Ukrainiens se trouvant dans des refuges, puis s'est laissé emporter par ses émotions et a déclaré : « Ici il ne s'agit pas de l'Irak, ni de l'Afghanistan. Il s'agit d'un pays européen civilisé. On ne s'attendrait pas et ne voudrait pas, qu'une telle chose s'y produise ».
Cela résume la manière dont il vous perçoit. C'est normal pour vous de passer vos journées à fuir les raids : vous n'êtes pas européens. pic.twitter.com/ZJB63bkTa4
Puis, deuxièmement, il évoque les remarques faites par David Sakvarelidze, ancien procureur général adjoint de l'Ukraine, sur la chaîne BBC. Dans ce tweet, Ward décrit l'essence des propos tenus par l'ancien procureur, bien qu'il l'ait confondu avec un journaliste reporter de la BBC :
الآن مع مراسل BBC الذي استعبر خلال حديثه على الهواء وبرر ذلك بقوله “أعتذر.. لكن ما يحدث يثير المشاعر، لأني أشاهد أشخاصاً أوربيين بعيون زرقاء وشعر أشقر.. أطفالاً يقتلون.. بصواريخ بوتين كل يوم”، وهذا لا يحتاج تعليقاً pic.twitter.com/VuIMaahcjd
Ensuite, nous avons ce correspondant de la BBC qui a été épris d'émotions alors qu'il était à l'antenne. Il justifie ses propos en ces termes : « Je suis désolé… mais ce qui est en train de se passer m'émeut, car je vois des européens blonds aux yeux bleus… des enfants tués… par les missiles de Poutine tous les jours ». Aucun commentaire n'est nécessaire. pic.twitter.com/VuIMaahcjd
Depuis que la guerre en Syrie a éclaté en 2011, plus de 6,6 millions de syriens ont été forcés à fuir leur territoire, et selon les chiffres de l'ONU, plus de 6,7 millions d'habitants sont toujours en déplacement à l'intérieur du pays. Tandis que des milliers d'entre eux ont pris la dangereuse initiative de traverser la mer Méditerranée dans le but de rejoindre l'Europe et d'y tenter leur chance. Les pays européens, eux, ont pris des décisions politiques, mis en place des lois et des barrières pour les empêcher de pénétrer leur territoire; délaissant ainsi des centaines de familles dans des camps appauvris, seules face à la nature et à la privation.
Ward relaye ensuite les propos d'un présentateur de la chaîne Al Jazeera English :
الآن مع مذيع الجزيرة الإنكليزية الذي علق على مشاهد تزاحم الأوكرانيين للركوب في قطار هرباً من الحرب بقوله “ما يثير القهر.. أنظر كيف يرتدون.. هؤلاء ليسوا أشخاصاً يحاولون الهرب من بلادهم في الشرق الأوسط أو إفريقية.. إنهم يبدون مثل أية عائلة أوروبية”.. هذا ما يهم حقاً.. أنهم أوروبيون pic.twitter.com/4yEwWMk5ia
Puis, nous avons le présentateur d'Al Jazeera English qui commente au sujet de la foule d'Ukrainiens embarquant dans un train afin d'échapper à la guerre, je cite « Ce qui est percutant c'est… regardez comment ils sont vêtus.. Ce ne sont pas des gens qui essayent de fuir leur pays au Moyen-Orient ou en Afrique. Ils ressemblent à n'importe quelle famille européenne ». Voilà ce qui est vraiment important : ils sont européens. pic.twitter.com/4yEwWMk5ia
Après cette déclaration, vient le tour de la presse écrite. Ward cite une tribune libre de Daniel Hannan publiée dans le journal britannique The Telegraph, en modifiant légèrement son propos :
ولنقرأ ما تقوله التلغراف البريطانية: “إنهم يشبهوننا، و هذا ما يجعل المسألة صادمة. أوكرانيا بلد أوروبي، أهله يشاهدون نتفلكس ولديهم حسابات على إنستغرام، و يصوتون في الانتخابات، ولديهم صحافة حرة. الحرب لم تعد تحدث في المجتمعات الفقيرة المعزولة، الحرب قد تحدث لأي أحد” pic.twitter.com/wUWBDhulnI
Lisons ce que le Telegraph britannique nous dit à ce sujet: « Ils nous ressemblent, c'est ça qui est choquant. L'Ukraine est un pays européen. Ce sont des gens qui regardent Netflix, ont des comptes Instagram, votent dans des élections libres, et dont la presse n'est pas censurée. Désormais la guerre ne se passe plus uniquement dans des pays pauvres et lointains. Elle peut arriver à n'importe qui. » pic.twitter.com/wUWBDhulnI
Ward poursuit ensuite avec les remarques formulées par des hommes politiques, et souligne celles faites par le Premier ministre bulgare :
هنا يقول رئيس وزراء بلغاريا صراحة “اللاجئون الأوكرانيون ليسوا من اللاجئين الذين اعتدنا عليهم، لذلك سنرحب بهم، هؤلاء أوروبيون أذكياء ومتعلمون، ولا يملكون ماضياً غامضاً، كأن يكونوا إرهابيين” pic.twitter.com/9RbOMt7xd6
Ici, le Premier ministre bulgare fait une déclaration franche : « Les réfugiés ukrainiens ne sont pas comme les réfugiés auxquels nous sommes habitués, de ce fait nous allons les accueillir. Ce sont des européens intelligents et instruits, et ils n'ont pas un passé obscur, comme le fait d'être potentiellement des terroristes. » pic.twitter.com/9RbOMt7xd6
Le tweet suivant de Ward évoque un autre argument soulevé par de nombreux arabes, qui contraste l'acclamation de l'Occident pour la résistance ukrainienne face à l'occupation russe, avec la condamnation par ce même Occident de la résistance palestinienne face à l'occupation israélienne. Il déclare :
وبما أن رئيس بلغاريا ذكر الإرهاب، فلنقرأ كيف تصف “نيويورك بوست” جندياً أوكرانياً قام بتفجير نفسه على جسر لمنع التقدم الروسي، وصفته “جندي أوكراني بطل” pic.twitter.com/DiDPJgigh7
Étant donné que le premier ministre bulgare mentionne les terroristes, voyons ensemble la manière dont le New York Post décrit un soldat ukrainien comme « héroïque » après que celui-ci se soit fait exploser sur un pont afin d'empêcher l'avancée des troupes russes. pic.twitter.com/DiDPJgigh7
Il dénonce ensuite l'hypocrisie des gouvernements occidentaux et leur différence de traitement en matière d'immigration, pendant que les pays européens renforcent les contrôles aux frontières afin de restreindre l'entrée des réfugiés de guerre, de crainte que ceux-ci ne soient impliqués dans des combats au sein de leurs pays d'origine.
ماذا عن “المهاجرين”.. أعني الأشخاص القادمين من خارج حدود البلاد للقتال مع أهلها ضد الغزاة.. هنا نقرأ تصريح وزيرة الخارجية البريطانية الذي دعمت فيه الدعوات لتوجه الراغبين بالقتال إلى أوكرانيا، بمن فيهم البريطانيون، كما نقرأ إعلان رئيس أوكرانيا تأسيس فيلق للمتطوعين الأجانب. pic.twitter.com/7kgCHT9h7K
Qu'en est-il des « immigrés »… C'est à dire les gens provenant de l'extérieur des frontières du pays pour se battre avec le peuple contre les envahisseurs… Nous pouvons lire ici les commentaires du Premier ministre britannique qui encourage l'appel à ceux qui souhaitent se battre en Ukraine, y compris le peuple britannique, mais aussi la déclaration émise par le Président ukrainien au sujet de la mise un place d'un peloton d'armée composé de volontaires étrangers. pic.twitter.com/7kgCHT9h7K
Ward souligne également la tolérance et le soutien dont font preuve les organisations mondiales vis-à-vis des formes de solidarité exprimées envers les ukrainiens, contrairement à celles exprimées envers les palestiniens qui sont soumis à l'invasion israélienne. Il fait une référence à la star égyptienne du football Mahmoud Abu Trika, qui fut réprimandé par les autorités du football pour avoir exprimé sa solidarité envers Gaza suite aux bombardements et raids israéliens de 2008.
ماذا عن لاعب يرفع قميص ناديه في مباراة بعد تسجيل هدف، وقد كتب تحته “لا للحرب في أوكرانيا”، هل ستقول له الفيفا ما قالته لأبو تريكة سابقاً عندما رفع قميصه بعد تسجيل هدف، لتظهر عبارة “تعاطفاً مع غزة” تحته pic.twitter.com/FB3awNjxPb
Qu'en est-il du joueur [de football] qui a levé son t-shirt après avoir marqué un but lors d'un match, en révélant un autre sur lequel il avait inscrit « No war in Ukraine » (Non à la guerre en Ukraine). La FIFA va-t-elle lui adresser les mêmes propos qu'à Abu Trika qui par le passé a lui aussi levé son t-shirt après avoir un marqué un but pour en révéler un autre sur lequel était inscrit « Sympathize with Gaza » (Compatissez avec Gaza) ? pic.twitter.com/FB3awNjxPb
Ward analyse ensuite la façon dont les institutions mondiales se sont empressées de boycotter la Russie et d'en bloquer l'intervention à tous les niveaux, l'excluant ainsi de la sphère internationale, tandis que celle-ci a continué à tenir et participer à des événements internationaux alors qu'elle était un acteur majeur de la guerre en Syrie, guerre qui a causé la perte de milliers de civils, en a forcé de nombreux autres à fuir, a brisé des familles et réduit le pays en ruines.
Au cours des jours suivants, Ward a continué d'alimenter son fil de discussion, avec l'aide de certains de ses abonnés, y ajoutant davantage d'exemples montrant la manière dont le monde occidental, ses hommes politiques et ses médias, font une distinction claire entre les peuples qui méritent le droit de vivre et de paix, et les moins méritants, sur la base de leur ethnie et de leur couleur de peau.
Alors que Twitter continue d'être submergé d'informations concernant le racisme auquel font face les habitants ukrainiens d'origine africaine et moyen-orientale quand eux aussi tentent de fuir le pays, chose que l'ONU affirme, les utilisateurs arabes et africains du réseau social débattent sur la façon dont leurs pays respectifs ont été traités par l'Occident lorsque ceux-ci ont traversé des périodes de crise.
Un utilisateur Twitter a déclaré :
The difference between how refugees from the Middle East & Africa have been treated versus refugees from Ukraine isn’t whataboutism, the word you’re looking for is racism.
La différence de traitement qu'ont subi les réfugiés d'Afrique et du Moyen-Orient en comparaison avec les réfugiés ukrainiens n'est pas un argument utilisé pour noyer le poisson. Utilisez les bons termes, c'est du racisme.
Un utilisateur Twitter est également revenu sur l'utilisation des termes « civilisé » et « en développement » mentionnés dans de nombreux commentaires racistes tentant de définir les personnes dignes d'être traitées comme des êtres humains. Il répond :
The developing countries is also inaccurate. The correct term is “countries that are recovering from the colonial exploitation”
D'ailleurs, le terme « pays en développement » est incorrect. Le bon terme à utiliser c'est « pays en voie de rétablissement suite à l'exploitation coloniale ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20220312_151533";}s:15:"20220307_160816";a:7:{s:5:"title";s:92:"Guerre en Ukraine : comment nous nous sommes enfuis de Kiev pendant que la guerre éclatait.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/07/271534/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271534";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 07 Mar 2022 15:08:16 +0000";s:11:"description";s:201:"Tetiana Bezruk raconte comment l'invasion de l'Ukraine par la Russie a obligé des personnes à quitter leur maison à Kiev pour la deuxième fois, huit ans après avoir échappé au conflit du Donbas.";s:7:"content";s:11742:"
Un groupe d'amis s'enfuit de Kiev après l'attaque de l'armée russe
Kiev, Ukraine, le 25 février 2022. Capture d'écran de la vidéo de PBS Newshour sur YouTube.
Cet article rédigé par Tetiana Bezruk a été publié sur OpenDemocracy le 27 février 2022. Il a été republié dans le cadre d'un partenariat de partage de contenu, et édité pour correspondre au style de la GV.
Il y a huit ans, Sofia, Dima, Vika, Andriy et Maryna avaient quitté leur ville natale dans la région du Donbass à l'Est de l'Ukraine, après que la Russie ait pris le contrôle du pays en 2014.
Le groupe d'amis s'est installé à Kiev. Ils ont cependant quitté la capitale ukrainienne le 25 février après le début des frappes de l'armée russe sur la ville.
Tetiana Bezruk, une correspondante pour openDemocracy, a quitté Kiev avec eux pour se rendre à Khmelnitski — une ville située à 350km à l'Ouest — afin de mieux comprendre à quoi cela ressemble que de fuir de sa maison pour une seconde fois en l'espace de huit ans.
Le 25 février
Il est six heures du matin dans une grande maison à l'extérieur de Kiev. 12 personnes sont endormies à même le sol dans une grande pièce avec une cheminée non encore allumée. Les rideaux sont fermés. Il y règne un silence de mort.
« Debout! Nous devons nous dépêcher. Debout! », hurle soudainement Sofia*. « Debout tout le monde. Nous devons rapidement courir au sous-sol. »
Je me lève. J'entends un bourdonnement au-dessus de la maison – probablement un avion. J'ôte ma couverture, prends ma veste et mon téléphone, et je me dirige en toute vitesse vers le couloir. une longue file devant moi. Nous descendons un escalier en fer en file indienne jusqu'au sous-sol. Il y fait un froid de canard et l'endroit est humide; mais il y a quelques planches de bois sur le sol – les propriétaires de la maison les ont apprêtées pour qu'il y ait ce sur quoi s'asseoir.
La connexion téléphonique n'est pas très bonne, mais on peut lire les journaux. L'armée russe bombarde les quartiers résidentiels de Kiev. Sur les réseaux sociaux, on voit des photos du ciel nocturne criblé de lignes lumineuses. On aurait dit des feux d'artifice, ce qui n'est pas le cas. Sofia distribue des couvertures chaudes à tout le monde.
La petite Diana* est au sous-sol avec moi. Elle a huit mois. Elle est profondément endormie dans les bras de son père, portant sur elle une couverture d'enfant en peluche, recouverte de personnages de dessins animés. Elle me regarde et sourit. Ici, dans ce sous-sol humide, la mère de la petite fille essaie de changer sa couche. Diana est stoïquement silencieuse et ne bouge pas.
Oleg*, six ans, se trouve à quelques mètres de Diana. Il porte un pull vert et une veste. Oleg joue sur son téléphone. Derrière Oleg, deux lycéens partagent une couverture tout en ricanant. Diana, Oleg et les autres petits ici sont les enfants de parents qui ont dû quitter leur ville natale dans le Donbass. Certains ont déménagé à Kiev lorsqu'ils étaient encore enfants ; quant à Diana et Oleg, ils sont nés ici. Jusqu'en février 2022, ils n'avaient aucun souvenir de la guerre ou n'en connaissaient pas.
Sofia et ses amis ont quitté leur ville natale en 2014 après que la ville a été occupée par des militants pro-russes à la suite de la révolution. Elles sont montées dans une voiture et ont parcouru les 800 km qui les séparaient de Kiev. Pendant cet été, elles ont vécu toutes ensemble dans un grand appartement. Huit ans plus tard, elles sont à nouveau sur la route.
Nous montons dans les voitures pour quitter la région de Kiev. En approchant la voiture, tout juste au moment où nous arrivons aux portes, nous entendons un bruit fort. Est-ce un avion ? Nous nous regardons l'un l'autre. Puis le même bruit reprend. Le bruit puissant et fort d'un avion au-dessus de nos têtes. Nous ne pouvons pas voir où il est. Nous ne savons non plus s'il est proche. Nous montons dans la voiture et nous partons.
Les routes sont jonchées de voitures. Certains conducteurs prennent la voie opposée pour doubler. Le soir, le ciel est couvert d'une couleur rose orangé. Pour la première fois, je me sens à même de regarder le ciel – pas pour écouter les sons qui en proviennent, pas pour chercher un avion, mais pour regarder le coucher de soleil. Derrière nous, des dizaines de voitures suivent. Tout le monde prend la fuite.
« Il nous faut une corde », dit Dima*. De l'huile a commencé à s'échapper d'une voiture et nous devons soit chercher un nouveau moyen de transport au milieu de nulle part, soit tirer la voiture avec une corde. Nous optons pour cette dernière solution. Deux cordes multicolores sont attachées à l'une des voitures, puis accrochées à la seconde, et nous nous remettons en route.
Nous arrivons dans un village de la région de Khmelnitski, tard dans la nuit. Mon amie a de la famille dans cette contrée. Elle ne les a pas vu depuis plus de 15 ans. ils ont accepté que nous passions la nuit avec eux car nos chauffeurs sont fatigués après une longue journée de route.
La femme qui a accepté de nous héberger s'appelle Lyudmyla*. Elle nous retrouve à l'entrée du village. Nous garons nos voitures dans la cour devant sa maison et nous entrons. Il fait chaud. Le poêle en pierre est allumé. Lyudmyla nous a préparé une soupe, mais je n'ai aucune envie de manger – tout ce que je veux c'est dormir.
Nous nous préparons déjà à aller au lit. Les enfants et leurs mères dorment sur les lits, et les autres au sol. Quelqu'un étend les tapis de camping qu'ils ont apportés avec eux.
Notre hôte nous donne des couvertures chaudes. J'en prends une et la pose sur le sol. Je mets mon chapeau. Un courant d'air passe par la fenêtre. Je me couvre avec ma veste d'hiver, pleine de poussière de la route. Je ne me souviens pas de la fin de la soirée. Je m'endors en deux minutes environ.
Le 26 février
Le matin, la pièce ressemble presqu'à une plage avec des gens qui s'y détendent. Mais il n'y a pas de temps pour une quelconque détente.
« On y va », dit Vika* au petit Oleg, qui est confortablement allongé sur le lit et chaudement recouvert.
« Maman, mais où allons-nous encore ? » Oleg qui dormait, se met à pleurer.
« OK, OK. Je te le dirais », répond Vika qui commence à expliquer à son fils où et pourquoi ils vont. Le garçon se calme et enfile sa veste.
Lyudmyla nous distribue des pommes. « Mangez-vous du salo [une charcuterie traditionnelle à base de graisse de porc séchée] ? Quelqu'un veut-il du lait ? » demande-t-elle. Nous refusons et demandons seulement des allumettes, si possible, car nous n'avons pas vu un seul magasin tout le long du chemin. Lyudmyla nous en donne plusieurs boîtes.
Nous sommes sur le point de partir lorsque d'autres résidents arrivent dans la maison. Un homme nous a apporté un bidon d'essence. Cela nous sera utile, car il est impossible de faire le plein dans toutes les stations – elles sont à court de carburant. Enfin, Andriy*, qui a également quitté le Donbass en 2014, embrasse et remercie toutes les femmes qui se sont rassemblées devant la maison. Nous reprenons la route.
Nous arrivons à Khmelnitski. Le personnel d'un restaurant a retiré les tables du deuxième étage et a disposé des matelas afin que les voyageurs puissent se reposer du voyage. Mes compagnons poursuivent leur route. « A bientôt », nous disons-nous les uns aux autres. Et j'espère que nous nous reverrons. Je lis à peine les journaux ce jour-là, et n'ouvre mon téléphone que le soir. Les Russes ont à nouveau bombardé les quartiers résidentiels de Kiev. Mes amis se cachent dans des sous-sols et des abris dans la capitale. Certains journalistes que je connais se sont engagés dans la défense du territoire.
Plus tard dans la nuit, déjà sur le point d'aller me coucher, j'essaie de savoir quel jour nous sommes. Vendredi ? Je n'en sais rien. Ah! Nous sommes samedi. Le quatrième jour de la guerre, depuis que les chars russes se sont mis à bombarder les villes ukrainiennes.
Khmelnitski, Ukraine. Image par Tetiana Bezruk pour le OpenDemocracy, exploitée avec permission.
* Les noms ont été changés afin de protéger l'identité des individus dans ce reportage.
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Les étudiants africains en Ukraine utilisent les réseaux sociaux pour se localiser
Lorsque l'Ukraine a été envahie le 24 février par la Russie, des milliers de citoyens ont fui leurs maisons pour des espaces plus sûrs au-delà des frontières de ce pays d'Europe de l'Est. Les vols civils reliant l'Ukraine au reste du monde ont été annulés et les gens ont dû se déplacer par voie terrestre en train, en bus et en voiture. Parmi les civils qui ont fui se trouve la communauté de la diaspora africaine, qui doit faire face au manque de soutien officiel de la part de leurs pays et à la discrimination raciale sur le terrain en Ukraine et aux postes frontaliers.
La bravoure et la résilience des Ukrainiens défendant leur nation ont été largement célébrées sur les réseaux sociaux, comme leurs soldats répondant au navire de guerre russe d'« aller se faire foutre », ou cette femme ukrainienne offrant aux soldats russes des graines de tournesol, afin que « les tournesols poussent quand ils mourront » ou leur président rejetant l’offre américaine d'évacuation.
Pourtant, c'est loin d'être un tableau complet de la situation en Ukraine. Les étudiants africains qui s'expriment sur les réseaux sociaux racontent une expérience plus complexe de la discrimination.
16 000 étudiants africains en Ukraine
L'Ukraine, avec plus de 240 universités et plus de 76 500 étudiants internationaux, reste une destination populaire pour les étudiants des pays du Sud comme l'Inde et les pays africains. Myroslava Hladchenko, chercheuse à l'Université Nicolaus Copernicus, en Pologne, explique qu'un diplôme d'une université ukrainienne est bien reconnu pour poursuivre des études, tandis que le processus d'admission est moins strict et que les frais et le coût de la vie sont inférieurs à ceux d'autres pays européens.
Il y a 16 000 étudiants africains en Ukraine. Les étudiants marocains formant le groupe le plus important avec 8 000 étudiants, environ 4 000 nigérians et 3 500 égyptiens, rapporte Deutsche Welle. Alors que l'Égypte et le Maroc ont averti leurs étudiants de quitter l'Ukraine avant l'invasion, les étudiants d'autres nationalités africaines ont dû s'organiser de leur propre chef.
Selon World University News, Study in Ukraine ((Étudier en Ukraine), la source d'information officielle du Gouvernement ukrainien pour les étudiants internationaux les a conseillé le 24 février de suivre l'actualité, de rester en contact avec leurs universités et de donner la priorité à leur sécurité.
Le 26 février, The East African, un journal basé au Kenya, rapportant les réactions des pays d'Afrique de l'Est – l'Ouganda et la Tanzanie – a également encouragé les étudiants à « suivre les instructions des autorités locales et à surveiller la situation sur les chaînes d'information ». Une déclaration (non datée) des ambassades tanzaniennes à Stockholm et à Berlin a circulé sur les réseaux sociaux le 28 février avec un contact WhatsApp pour les étudiants tanzaniens ayant besoin d'aide.
Le ministère nigérian des Affaires étrangères a annoncé le 24 février que des plans étaient en cours d’élaboration pour évacuer les étudiants nigérians, le jour même où l'Ukraine fermait son espace aérien. Cependant, le 26 février, l'ambassade du Nigéria en Pologne a tweeté qu'un diplomate attendrait les étudiants nigérians qui passeraient d'Ukraine en Pologne.
Le 26 février, le Gouvernement sierra-léonais avait déclaré, selon un tweet du journal local Newswatch que 97 étudiants sierra-léonais en Ukraine étaient sains et saufs. Le gouvernement de ce pays ouest-africain a également demandé aux pays européens voisins comme la Hongrie d'accueillir les étudiants qui parviendraient à franchir la frontière.
Mobilisation de l'aide informelle
Pourtant, dans une crise où tout le monde fuit vers des espaces plus sûrs au-delà des frontières, les autorités locales travaillent sous pression et la situation sur le terrain devient complexe. En l'absence de directives officielles concrètes des gouvernements africains et des ambassades sur la manière d'évacuer pour des raisons de sécurité, les concernés se sont tournés vers les réseaux sociaux pour s'organiser et se signaler eux-mêmes.
Sur Twitter, WhatsApp, Telegram et dans des groupes spécifiques en fonction de leur ville de résidence en Ukraine, ou d'autres groupes en ligne soutenant les personnes fuyant l'Ukraine, tels que Host a Sister, les Africains en Ukraine et hors d'Ukraine, ont commencé à se coordonner entre les personnes dans le besoin et les personnes qui sont en mesure d'apporter leur aide. Par exemple, Mlle Koko, une étudiante zimbabwéenne, à Dnipro en Ukraine, a coordonné des efforts collectifs à partir de ses plateformes de réseaux sociaux. Elle a demandé des ressources pour les étudiants africains dans le besoin, formé des groupes WhatsApp, partagé un modèle pour écrire à l'ambassade et des informations utiles en temps de crise .
Les Africains ont été invités à voyager en groupe vers la frontière. Beaucoup d'africains ont signalé des problèmes d'accès à l'argent, aux moyens de transport et à l'augmentation des prix des trajets. L'absence de communication claire des pays d'origine peut compliquer les problèmes de migration lors du franchissement des frontières.
Il est évident que la situation sur le terrain s'est encore compliquée pour les étudiants africains, qui ont fait état d'expériences de discrimination raciale .
Dans ce tweet , un clip vidéo montre des responsables ukrainiens empêchant dans une gare des Africains d'entrer dans le train vers la frontière. Un autre tweet dans le même fil de conversation ci-dessus indique que « les Africains sont restés bloqués à la gare après avoir été empêchés de monter dans un train pour se mettre en sécurité (Pologne), mais ils se sont tenus aux côtés des Ukrainiens#racism#Ukraine #ukraineracism. »
Depuis le profil Instagram de Bernice Fernande, nous pouvons suivre son voyage de 24 heures avec une amie tanzanienne Nenyo de Kharkiv à Lviv où elles ont été hébergées pour la nuit dans une église avant de planifier leur passage en Pologne.
Des étudiants zimbabwéens ont partagé leurs expériences avec la « ségrégation et le racisme » aux postes de contrôle frontaliers en Roumanie. À la frontière avec la Pologne, un étudiant nigérian a rapporté que « les gardes-frontières arrêtent les Noirs et les envoient au fond de la file d'attente, disant qu'ils doivent laisser passer les ‘Ukrainiens’ en premier ».
Le Nigérian Nze a tweeté depuis la frontière avec la Pologne :
Trekked for more than half a day to the border and still gotta be treated like shit here. Immediately the media guys with camera left, they start pushing us Africans to go back even when have formed a queue like we are pests to be get rid of.
J'ai parcouru plus d'une demi-journée jusqu'à la frontière et là je dois encore être traité comme de la merde. Immédiatement après que les gars des médias avec leurs caméras soient partis, ils ont commencé à nous pousser, nous les Africains, à aller derrière même quand nous étions dans la file d'attente comme si nous étions des parasites dont il faut se débarrasser.
« Nous sommes étudiants. Nous sommes sans défense », a crié à plusieurs reprises ce groupe d'étudiants africains à un poste frontière avec la Pologne, les mains en l'air. Ils ne sont pas armés de fusils mais de téléphones portables.
Le témoignage des étudiants africains sur leur calvaire en Ukraine a été confirmé par les médias.
Le Globe and Mail et l’Irish Times ont suivi les reportages des réseaux sociaux et ont interviewé des Africains victimes de discrimination raciale. Le chef de la diplomatie publique sud-africaine, Clayton Monyela, confirme le traitement discriminatoire des Africains aux frontières polonaise et hongroise.
Alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie est répréhensible, la discrimination raciale des étudiants africains et autres l'est tout autant. Le tweet satirique du romancier nigérian Elnathan John rend bien compte de la vérité contradictoire de cette triste réalité : « Je respecte le racisme. Mais si même dans une guerre, vous avez la force de séparer les gens en fonction de la race, je respecte ce niveau d'engagement. C'est le niveau d'éthique de travail auquel j'aspire. Bénédictions. »
Pour plus d'informations sur ce sujet, consultez notre couverture spéciale Russia invades Ukraine (Invasion de l'Ukraine par la Russie).
";s:7:"dateiso";s:15:"20220307_140053";}s:15:"20220304_153102";a:7:{s:5:"title";s:114:"Du Kosovo en 1999 à la Russie en 2021 : la tendance aux photos « cheapfake » alimente une propagande dangereuse";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/03/04/271325/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271325";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 04 Mar 2022 14:31:02 +0000";s:11:"description";s:324:"Il est de plus en plus difficile de savoir si un contenu est authentique ou faux.Publié à l'origine sur Global Voices en Français Collage d'une fausse photo représentant des réfugiés albanais du Kosovo et de l'original de Reuters en 1999. Cet article de Dren Gërguri a été précédemment publié par... ";s:7:"content";s:10724:"
Il est de plus en plus difficile de savoir si un contenu est authentique ou faux.
Manipuler des images pour leur donner un faux contexte ou transmettre des informations erronées est une pratique courante de nos jours. Baptisée « deepfakes », cette tendance est facilitée par l'accès à du matériel coûteux et à des mécanismes d'IA capables de créer des faux convaincants en haute définition. Elle est devenue un fléau pour les secteurs de la technologie et des médias, qui ont de plus en plus de mal à déterminer si un contenu est authentique ou faux.
Mais récemment, ces pratiques ont suscité de plus en plus d'inquiétudes, car la baisse du nombre d'unités de traitement graphique de qualité grand public a facilité l'accès aux outils de « deepfakes ». Cela a donné naissance à une autre version du trucage appelée « cheapfakes » – une manipulation qui consiste à accélérer ou ralentir une vidéo réelle ou à modifier l'arrière-plan ou d'autres détails d'une image réelle. Ces productions grossières diffèrent des deepfakes techniquement sophistiqués, qui sont des contenus fabriqués montrant une personne disant ou faisant quelque chose qu'elle n'a jamais réellement dit ou fait.
Les motivations de cette tendance émergente des contrefaçons bon marché vont du divertissement inoffensif à la propagande politique potentiellement dangereuse. Cette pratique est de plus en plus courante car elle ne nécessite qu'un logiciel de base pour ordinateur ou téléphone portable. Il suffit d'une légère manipulation pour modifier le message d'une photo.
Le montage d'une photo de l'agence Reuters, publiée en 1999 pendant la guerre du Kosovo, est un exemple troublant de falsification. Elle montre une femme d'origine albanaise, Sherife Luta, qui, avec 2 000 autres réfugiés, tentait d'entrer en Macédoine du Nord au poste frontière de Blace.
Montage d'une photo altérée publiée par les institutions publiques russes en 2021, comparée à l'original publiée par Reuters en 1999.
Deux décennies plus tard, la même photo est réapparue en ligne. Cette fois, cependant, elle avait été retouchée pour servir d'outil de propagande. L'image modifiée vise à persuader le spectateur que la même femme est une victime serbe d'un bombardement de l'OTAN. L'ambassade de Russie en Afrique du Sud a publié cette image truquée sur son fil Twitter.
Today is 22nd anniversary of the day when NATO brought death & destruction to #Yugoslavia by attacking a sovereign state in total disregard for intl law. NATO’s 78 days long “humanitarian intervention” took lives of 2000 innocent people, turned thousands more into refugees pic.twitter.com/VCX43bRmDU
C'est aujourd'hui le 22e anniversaire du jour où l'OTAN a semé la mort et la destruction en #Yougoslavie en attaquant un État souverain au mépris total du droit international. L'« intervention humanitaire » de l'OTAN, qui a duré 78 jours, a coûté la vie à 2 000 personnes innocentes et transformé des milliers d'autres en réfugiés.
- La Russie en RSA (@EmbassyofRussia) 24 mars 2021
L'idée de cette propagande, semble-t-il, est de soutenir le récit de la Serbie et de la Russie concernant l'intervention injustifiée de l’OTAN au Kosovo en 1999. Le faux bon marché dépeint ostensiblement un survivant du bombardement de l'OTAN. En réalité, le sujet est une fois de plus la réfugiée albanaise Sherife Luta, qui a été forcée de quitter sa maison par les forces serbes.
Démystifier la propagande
La propagande se nourrit de l'ignorance et de la désinformation. Les diplomates russes ont utilisé cette photo de manière très délibérée dans une partie du monde où les gens connaissent peu le Kosovo.
Mais si les photos manipulées peuvent en tromper certains, elles sont faciles à démystifier. Vous pouvez, par exemple, utiliser les indices et les comparaisons de l'option « rechercher une image sur Google » pour déterminer si une image a été trafiquée. Parmi les autres ressources de vérification des images, citons TinEye, qui vous indique quand la photo a été initialement publiée en ligne, et fotoforensics.com, un outil gratuit qui détermine si une photo a été modifiée et quelles parties ont été altérées.
Capture d'écran d'une émission de l'agence de presse russe de 2014 sur l'Ukraine, utilisant une image trafiquée de Sherife Luta.
Pourquoi nous devrions tous interroger nos sources ?
Nous ne connaissons pas encore tout l'impact des cheapfakes sur l'opinion publique. Mais nous savons que pendant des années, la Russie a diffusé des informations erronées dans le monde entier au sujet de la guerre au Kosovo.
La manipulation de photos peut créer des récits basés sur des contre-vérités, qui peuvent à leur tour influencer l'opinion des gens. C'est pourquoi il est important de sensibiliser le public à l'utilisation répandue de fausses images bon marché et de reconnaître que certains gouvernements utilisent cette pratique comme un outil de propagande.
L'une des leçons les plus importantes que nous pouvons enseigner à la prochaine génération est d'interroger correctement leurs sources et d'évaluer soigneusement toutes les informations visuelles afin d'éliminer les faux trompeurs et dangereux.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220304_153102";}s:15:"20220228_165944";a:7:{s:5:"title";s:86:"Les accords de Minsk font l'actualité, mais quelle est leur substance pour l'Ukraine?";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/28/271205/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271205";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 28 Feb 2022 15:59:44 +0000";s:11:"description";s:180:"Si l'Ukraine accepte l'interprétation russe des accords de Minsk, elle pourrait être confrontée à une influence russe indéfinie dans ses affaires et à une opposition interne.";s:7:"content";s:15911:"
La Russie et l'Ukraine interprètent différemment les accords de paix
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, s'exprime lors de la rencontre du Président ukrainien avec les chefs de missions diplomatiques d'États étrangers et d'organisations internationales, le 28 janvier à Kiev, Ukraine. Image : Présidence ukrainienne, CC BY 4.0. Image: Bureau présidentiel de l'Ukraine, CC BY 4.0.
Cet article d’ Isobel Koshiw est paru sur OpenDemocracy le 04 février 2022. Il est republié dans le cadre d'un partenariat de partage de contenu et a été adapté au style de GV.
Les accords de paix de Minsk 2 entre la Russie et l'Ukraine, destinés à arrêter les combats dans la région de Donbas en Ukraine, ont été signés en février 2015, alors que l'Ukraine subissait certaines de ses plus lourdes pertes contre les forces contrôlées par la Russie. Des centaines de soldats ukrainiens ont été tués et de nombreux autres ont été blessés après avoir été encerclés durant un mois dans la ville ukrainienne de Debaltseve et ses environs. Ces pertes interviennent juste après une autre défaite cuisante de l'Ukraine à l'aéroport de Donetsk.
Alors que la première partie des accords de Minsk établit un cessez-le-feu, un échange de prisonniers et un retrait militaire de la ligne de contact, la seconde porte sur le rétablissement par le Gouvernement ukrainien du contrôle de sa frontière orientale et la tenue d'élections locales dans les territoires occupés, suivis de la réintégration du Donbas dans l'Ukraine via un statut d'autonomie spécial.
Sept ans plus tard, les deux parties souhaitent des résultats diamétralement opposés et ont deux interprétations des accords. Pourtant, les pourparlers, avec la participation de la France et de l'Allemagne, se poursuivent.
Les accords de Minsk n'ont jamais permis de réduire l'intensité des combats, et même cette situation n'est jamais permanente et évolue constamment. Les dispositions politiques visant à résoudre définitivement le conflit penchent en faveur de la Russie.
Des représentants de l'Ukraine, de la Russie, de la France et de l'Allemagne – le « Format Normandie » – doivent se réunir le 10 février à Berlin pour tenter de désamorcer la présence militaire russe autour de l'Ukraine. Mais jusqu'à présent , le Format n'arrive pas à débloquer l'impasse et, cette semaine, la Russie est allée de l'avant avec ses exercices militaires prévus le long de la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie, ce qui a inquiété Kiev et l'Occident.
Alambiqué et déroutant
« Les principales dispositions politiques sont incompatibles, à mon avis, avec l'existence de l'Ukraine considérée comme un pays souverain », a déclaré Duncan Allan spécialiste des accords de Minsk à Chatham House.
Selon lui, l’élaboration hâtive du plan de Minsk pour la réintégration politique du Donbas comporte des points contradictoires qui ont conduit les deux parties à défendre des interprétations personnelles favorables.
En effet, d'autres analystes suggèrent que si Kiev était contraint de mettre en œuvre la version russe de Minsk, les Ukrainiens ordinaires pourraient subir une réaction brutale susceptible de déstabiliser le pays de l'intérieur.
Allan estime que les accords ont une « procédure de séquençage très alambiquée et confuse. »
En vertu de ces accords, l'Ukraine souhaite que la Russie et ses forces supplétives se retirent pour permettre à l'Ukraine de reprendre le contrôle de la frontière avant la tenue des élections locales proposées dans le respect des normes internationales. Ensuite, au lieu d'accorder aux territoires le statut spécial réclamé par la Russie, Kiev va leur octroyer quelques pouvoirs additionnels, mais les intégrerait essentiellement dans son programme de décentralisation actuel.
L'interprétation de l'accord par l'Ukraine prévoit une modification de certains des éléments politiques les plus épineux, mais ce faisant, elle annule les attentes manifestes de la Russie envers Minsk, à savoir la possibilité d’assurer le contrôle des territoires et, à travers eux, de garder un droit de regard permanent sur les affaires nationales de l'Ukraine.
Si l'Ukraine se conformait à l'interprétation russe des accords, elle accorderait un statut spécial à la région occupée. Selon la Russie, cela comprendrait sa propre force de police, décrite comme une « milice populaire », le droit de choisir le personnel judiciaire, le soutien de Kiev à la coopération transnationale de la région avec la Russie, l'amnistie pour toute personne impliquée dans les combats du côté russe et des élections. Tout cela se produirait avant le retrait des forces russes et de celles sous contrôle russe.
Élections : propagande et délégations de pouvoirs
Le principe des élections et l'octroi d'un statut spécial à un territoire ayant vécu les horreurs de la guerre et de l'occupation semblent être un modèle raisonnable.
Mais les experts, comme le sociologue Oleksandr Shulga de l'Académie nationale des sciences d'Ukraine, affirment que les Ukrainiens craignent que la réalité ne diffère du principe et que la Russie refuse de définir correctement le fonctionnement pratique des processus.
Tout d'abord, selon M. Shulga, il est difficile d'envisager que la Russie ou ses forces dans l'est de l'Ukraine permettent à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) d'organiser des élections libres et équitables de type occidental dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Même si c'était le cas, selon M. Shulga, il est fort probable que les candidats soient des membres des anciennes autorités, qui ont tué des soldats ukrainiens. Les amnisties de ces personnes seraient extrêmement controversées.
Selon Shulga, les personnes vivant dans les territoires séparatistes ont été exposées à une propagande anti-ukrainienne extrême depuis le début de la guerre huit ans auparavant, ce qui ajoute un autre niveau de difficulté à toute élection : « Comment des élections peuvent-elles avoir lieu dans ces circonstances ? Leur cadre de référence sur la guerre est complètement différent. » La ligne officielle des autorités dans les territoires occupés suit la propagande d'État russe, qui décrit l'Ukraine comme perpétrant un génocide contre l'Ukraine orientale.
L'idée russe d'un statut spécial pour le Donbas conduirait plus probablement qu'autrement la Russie à utiliser ses mandataires pour avoir un droit de regard sur le parlement ukrainien pour une période indéfinie. Et la « milice populaire », qui serait théoriquement intégrée aux forces de police ukrainiennes, serait très probablement subordonnée de facto à la Russie. Toutefois, selon M. Shulga, le plus dur à supporter pour le public ukrainien serait de voir d'anciens chefs de guerre, dont la plupart sont des citoyens russes, siéger au parlement ukrainien ou même être membres des forces de police ukrainiennes.
La crainte de réactions internes
Il estime que si les dirigeants ukrainiens cèdent, en se considérant comme devant choisir entre la version russe de Minsk et davantage de mort et de destruction, ils pourraient être confrontés à un contre-courant interne.
« Remarquez que [le Président ukrainien] Zelenskyi ne lie pas l'escalade aux frontières de l'Ukraine et la mise en œuvre de Minsk, car il sait que celle-ci pourrait être plus dangereuse pour la stabilité de l'Ukraine que ce qui se passe aux frontières », a déclaré Shulga.
En 2015, quatre gardes nationaux ont été tués devant le parlement ukrainien lorsque des membres d'un parti politique nationaliste d'extrême droite ont jeté une grenade pour protester contre une loi visant à introduire des éléments du statut spécial pour les régions occupées. La première version de la loi a été adoptée, mais elle n'est as allée plus loin et a été ensuite annulée.
L'expert d'extrême droite Michael Colborne estime que si le gouvernement de Kiev tentait de mettre en œuvre le processus de Minsk, des pans entiers de la population ukrainienne réagiraient mal.
« Avec Minsk, ce ne serait même pas explicitement l'extrême droite. Je pense que c'est surtout la société civile nationaliste [en Ukraine] qui serait la force motrice, même si l'extrême droite essayait certainement de se présenter comme à l'avant-garde de ces efforts », a-t-il déclaré.
Colborne définit la société civile nationaliste comme ceux, y compris de nombreux anciens combattants, qui ont des opinions nationalistes non exclusives sur le plan ethnique_ et considérées comme compatibles à un gouvernement démocratique libéral. Colborne voit des similitudes avec les éléments anti-impérialistes du nationalisme irlandais.
« C'est ce que j'appelle l’élan patriotique général de la société ukrainienne après 2014, qui, encore une fois, est compréhensible. C'est un phénomène courant dans un pays en guerre », a-t-il déclaré.
Dans le même temps, rien n'indique que la Russie acceptera l'interprétation ukrainienne de Minsk, même si elle s'inquiète de ses futures relations avec l'Occident, mais certains affirment que l'Ukraine devrait peut-être se recentrer sur Minsk pour se donner une « marge de manœuvre » face à l'accumulation alarmante de troupes le long des frontières.
Volodymyr Artiukh, anthropologue à l'université d'Oxford, estime que si l'Ukraine faisait des ouvertures à la version russe de Minsk, cela pourrait servir d’occasion de sauver la face à la Russie demandeuse pour faire marche arrière et peut-être la rendre plus disposée à faire des concessions.
« Cela pourrait créer une lueur d’espoir d'éviter le danger immédiat – la destruction immédiate de l'État [ukrainien] existant actuellement », a déclaré M. Artiukh. « Cela suscitera probablement une sorte de concession de la part de la Russie qui devra atténuer sa rhétorique »
« Cette attitude ne résoudra pas tous les problèmes, mais permettrait de souffler un peu, d’avoir une marge de manœuvre pour la poursuite probable des négociations », a-t-il ajouté.
Le contrôle : l'essentiel pour la Russie
Le récent déploiement des troupes russes le long des frontières ukrainiennes montre que la Russie est prête à utiliser davantage sa force militaire pour obtenir le résultat escompté. Il pourrait s'agir de faire pression sur l'Occident pour que l'Ukraine applique la version russe des accords, ou d'autres politiques restant à déterminer.
L'Occident réitère périodiquement son soutien aux accords de Minsk en faisant des déclarations telles que la promesse de « lever les sanctions de l'UE à l'encontre de la Russie après la mise en œuvre des accords de Minsk », mais il le fait sans définir la version des accords qu'il soutient.
Dans un article, Allan a exhorté l'Occident à décider : « L'Ukraine est-elle souveraine, comme l'affirment les Ukrainiens, ou sa souveraineté doit-elle être limitée, comme l'exige la Russie ? » Mais, selon Allan, il s'inquiète du fait que « certains décideurs occidentaux ne veulent pas affronter la dure réalité ».
Si le problème de la Russie avec l'Ukraine ne concernait qu'un aspect politique, comme les lois sur la langue, les lois anti-communistes, l'adhésion à l'UE ou même à l'OTAN, avec la seule utilisation de méthodes diplomatiques, alors peut-être qu'une solution aurait pu être trouvée par le biais de pourparlers médiatisés.
Mais la Russie a déclenché une guerre en 2014 parce qu'elle veut contrôler l'Ukraine de manière permanente et quotidienne. Elle continue à alimenter la guerre parce qu'elle est incapable d'accepter que l'Ukraine ne veuille pas être contrôlée par la Russie.
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Aucun pays d'Afrique anglophone n'est exempté de passer l'IELTS.
Un Nigérian prononce un discours à la cérémonie de clôture du Forum de la jeunesse du Commonwealth. Image du Secrétariat du Commonwealth prise le jeudi 14 novembre 2013 (CC BY-NC-ND 2.0)
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais, ndt.]
Une pétition en ligne lancée par Policy Shapers, une plateforme de plaidoyer dirigée par de jeunes Nigérians, pour exiger une réforme du système international d'évaluation en langue anglaise (IELTS), a recueilli près de 40 000 signatures en seulement 14 jours.
L'IELTS est un examen administré aux personnes dont l'anglais n'est pas la langue maternelle. Les Nigérians qui souhaitent étudier, migrer ou travailler au Royaume-Uni, au Canada et en Australie sont tenus de passer le test ou son équivalent pour prouver leurs compétences en anglais. Depuis sa mise en place en 1989, l'IELTS est géré conjointement par le British Council, le Programme de développement international (IDP) Australie et l'Université de Cambridge English Language Assessment.
Les auteurs de la pétition demandent que les citoyens nigérians soient dispensés du test de compétence en anglais qui coûte entre 83 000 Naira (environ 200 USD) pour les tests académiques et 89 000 Naira (216 USD) pour les tests généraux. L'IELTS, qui expire au bout de deux ans, coûte plus cher que le test de compétence en français, le DALF/L'examen du DALF ne coûte que 16 000 nairas (environ 39 dollars US).
Un rapport de l'International Center for Investigative Reporting (ICIR), un journal en ligne nigérian, estime qu'entre 2016 et 2021, le Gouvernement britannique a généré 771,2 millions de dollars (319,2 milliards de nairas) de profits bruts réalisés sur le dos de potentiels étudiants nigérians et des demandeurs de visa qui ont passé les tests.
L'indice de compétence en anglais du Nigeria est classé élevé. Il s'agit du troisième meilleur pays d'Afrique et du 29e meilleur pays au monde selon l'indice de compétence en anglais EF 2021. Selon Policy Shapers, le niveau de compétence en anglais du Nigeria est plus élevé que celui de certains des 18 pays exemptés par le ministère de l'Intérieur britannique.
En tant qu'ancienne colonie de la Grande-Bretagne, l'anglais est la langue véhiculaire du Nigeria et la langue d'enseignement dans les écoles. Pourtant, le Nigeria et d'autres pays africains, qui sont d'anciennes colonies britanniques et font partie du Commonwealth, ne sont pas exemptés.
Réformez l'IELTS maintenant!
De nombreux utilisateurs des réseaux sociaux pensent que l'IELTS est une activité rentable :
No single Anglophone African country is exempted from writing the IELTS because they know we are their cash cow.
I can argue that majority of the profit from IELTS might come from Nigeria.
Le Nigeria, dont la langue véhiculaire est l'anglais, ne devrait pas être obligé de passer l'IELTS avant de pouvoir travailler ou étudier au Royaume-Uni.
Cela n'a aucun sens.
J'ai obtenu un emploi au Royaume-Uni et je n'ai pas eu de problèmes de communication même sans IELTS#ReformIELTSPolicy
Le Vice-Président nigérian, le professeur Yemi Osinbajo, a convenu que l'IELTS devait être réformé. Le 31 octobre 2021, alors qu'il s'entretenait avec Ebenezar Wikina, bénéficiaire du Mandela Washington Fellow 2021, M. Osinbajo a déclaré: « Je suis tout à fait d'accord pour dire qu'en tant que pays anglophone, nous devrions bénéficier d'une certaine concession au lieu d'être obligés tous les deux ans de passer le même test, surtout si l'on l'a déjà réussi auparavant. »
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Déjà huit personnes arrêtées pour des faits de « propagande contre l'État »
Prisonniers politiques au Vietnam Le Trong Hung (gauche), Le Chi Thanh (en haut à droite), Le Manh Ha (en bas à droite). Photo de The 88 Project
Cet article est extrait d'une publication sur The 88 Project, un site d'actualités indépendant qui couvre le Vietnam, une version modifiée est republiée sur le site de Global Voices en vertu d'un accord de partage de contenu entre les deux médias.
Après une avalanche de procès très médiatisés au cours des deux dernières semaines de 2021, l'activité soutenue du tribunal populaire du Vietnam s'est poursuivie en ce début de nouvelle année. Huit citoyens ont été arrêtés au cours des deux premières semaines de 2022 pour des actes de « propagande contre l'État » ou de violations de la liberté d'expression, et quelques peines de plusieurs années ont été ajoutées pour faire bonne mesure.
Le procès ayant le plus attiré l'attention à l'international est celui de Pam Doan Trang, auteure et journaliste indépendante, qui n'a eu connaissance de la date de son procès du 14 décembre seulement un jour avant qu'il ait lieu. À la suite du procès, la nouvelle de sa condamnation choquante à neuf ans de prison a à peine eu le temps de faire son chemin qu'elle a été suivie de trois autres procès qui se sont succédés rapidement.
Trinh Ba Phuong et Nguyen Thi Tam ont été reconnus coupables et condamnés le 15 décembre à dix ans et six ans de prison, respectivement, pour avoir aidé des villageois de Dong Tam à faire connaître leur histoire concernant une attaque contre leur village qui a entraîné la mort de trois policiers et d'un villageois. Le lendemain, Do Nam Trung, militant de longue date, a été condamné à dix ans de prison au titre de l'article 117, une disposition du Code pénal vietnamien souvent utilisée pour réduire les militants au silence.
La veille de Noël 2021 a été marquée par les procès en appel de Can Thi Theu et son fils Trinh Ba Tu. Comme prévu, le tribunal a confirmé la peine de huit ans d'emprisonnement pour chacun de ces deux militants de longue date pour les droits fonciers, qui ont également participé à l'aide aux victimes de la descente de police meurtrière de Dong Tam. Sans surprise, les deux accusés ont fait preuve de provocation et ont assuré fermement aux juges qu'ils n'avaient violé aucune loi.
Puis, vint le tour de Le Trong Hung, la veille du jour de l'an. Le défenseur de la Constitution s'est présenté aux législatives en tant que candidat indépendant et a été jugé et condamné à cinq ans de prison pour « propagande contre l'État ». La femme de Hung n'a même pas été autorisée à entrer dans la salle d'audience pour entendre la défense de son mari.
Comme si ces condamnations ne suffisaient pas, ce début de nouvelle année a été marqué par une affaire très inhabituelle et étrange. Le Tung Van, un homme de 90 ans ayant fondé un temple et un orphelinat dans la province de Long-An, a été arrêté, ainsi que trois de ses enfants adoptifs. Son temple, Tinh-That Bong-Lai, n'appartient à aucune tradition religieuse ou organisation qui serait sanctionnée par l'État. Depuis des années, ce lieu est connu pour avoir mis en avant des chanteurs talentueux ayant remporté de nombreux prix lors d'émissions télé. En réalité, l'une des chaînes YouTube du temple compte des millions d'abonnés.
Au départ, la police a accusé Van et son temple de trois crimes : fraude fiscale, inceste et abus des libertés démocratiques. Sur Facebook, des rumeurs ont commencé à circuler, accusant le vieux moine, entre autres, d'être le père d'enfants illégitimes et d'avoir eu des rapports sexuels avec certains d'entre eux, donnant ainsi naissance à encore plus d'enfants. Ces allégations malsaines ont provoqué une tempête sur les réseaux sociaux qui semble avoir été programmée pour détourner l'attention des citoyens d'un important scandale de corruption lié à la vente de « tests de dépistage du COVID-19 ». Plusieurs ministres et des centaines de millions de dollars sont impliqués dans cette affaire. Alors que les internautes ont commencé à remettre en question la véracité des accusations contre Van et les motivations derrière de telles rumeurs, les autorités ont rapidement retiré les deux premiers chefs d'accusation contre le temple.
Le Tung Van a par la suite été relâché mais il reste assigné à résidence. Les trois hommes maintenus en détention sont Le Thanh Hoan Nguyen, 32 ans, Le Thanh Nhat Nguyen, 31 ans, et Le Thanh Trung Duong, 27 ans. Les chefs d'accusation contre ces trois personnes ne sont pas encore connus.
Dans le même temps, les accusations non-officielles « d'inceste » gagne considérablement du terrain sur Facebook. Des groupes et des pages du réseau social sont suspectés d'appartenir à Force 47, l'armée de cyber-attaque dirigée par le Ministère de la Propagande vietnamien. L'objectif final de ces groupes reste incertain à ce jour.
Enlèvements illégaux
Le 5 janvier, la police est entrée de force chez le Youtubeur Nguyen Thai Hung alors qu'il était en train de diffuser du contenu en direct et l'a arrêté alors que la caméra était encore allumée. La vidéo surréaliste dans laquelle on entend des bruits de vitres brisées et les cris de policiers est devenue virale. La femme de Hung, Vu Thi Kim Hoang, a également été arrêtée. La soeur de Hoang a révélé plus tard aux micros de Radio Free Asia que les hommes ayant pénétré dans la maison ne portaient pas d'uniformes de policiers ce qui a conduit sa mère, qui vit juste à côté, à les prendre pour des cambrioleurs et à appeler à l'aide.
Lors de l'arrestation, aucun mandat d'arrêt et aucune explication n'ont été fournis à la famille du couple. Ce ne sont que quelques jours plus tard que les autorités ont dit à la famille que Hoang été accusé « d'abus des libertés démocratiques » selon l'article 331. Hung n'a pas encoré été inculpée et le couple reste en détention.
Une semaine plus tard, le 12 janvier, des policiers en civil ont enlevé Le Manh Ha alors qu'il voyageait dans la province de Tuyen Quang. Ha gère une chaîne YouTube sur laquelle il traite de questions juridiques liées à l'accaparement de terres. Il en a été lui-même victime par le passé. La femme de Ha, Ma Thi Tho, a déclaré que la police avait ramené son mari chez eux et ont procédé à une perquisition leur permettant de saisir plusieurs équipements et appareils électroniques. Bien que ces officiers de police ne portaient pas d'uniformes, ils ont toutefois présenté un mandat de perquisition et d'arrêt. Sans surprise, Le Manh Ha a été accusé d'avoir fait de la « propagante contre l'État » selon l'article 117.
Le 14 janvier, dans la province de Ha Tinh, la police a procédé à l'arrestation de Nguyen Duc Hung, 31 ans, accusé de « propagante contre l'État » également. Les actes illégaux que Hung est accusé d'avoir commis ne sont pas encore clairs à ce jour mais l'homme devient la huitième personne arrêtée depuis le début de l'année.
Des arrestations mais aussi des jugements
Plusieurs procès ont eu lieu au cours des deux premières semaines de 2022.Le 11 janvier, Mai Phan Loi, fondateur et directeur très respecté de l'ONG Center for Media in Educating Community (MEC), a été condamné à quatre ans de prison pour « fraude fiscale ». Il a également été condamné à payer une amende d'environ 90 000 dollars américains.
Loi, un journaliste discret et indépendant depuis maintenant cinq ans, informe discrètement ses lecteurs sur la Constitution et la loi vietnamiennes. En juillet de l'année dernière, cet homme a été arrêté, ainsi que son associé Bach Hung Duong qui a été condamné à 30 mois de prisons pour le même chef d'accusation. La « fraude fiscale » est un chef d'accusation fréquemment utilisé par le gouvernement pour faire taire les critiques qui sont souvent émises par des chefs d'entreprises. Dang Dinh Bach, directeur de l'ONG Law and Policy of Sustainable Development (LPSD), sera traduit en justice le 24 janvier 2022. Il est également accusé d'évasion fiscale.
Enfin, dans le cadre d'une affaire inquiétante de maltraitance de prisonnier, le chef de la police, Le Chi Thanh, a été condamné à deux ans de prison pour « entrave à l'action des fonctionnaires dans l'exercice de leurs fonctions ». Thanh possédait une chaîne YouTube où il publiait régulièrement des récits dans lesquels il parlait de violences policières et de corruption. Dang Dinh Manh, l'avocat de Thanh, a déclaré que son client a affirmé lors du procès qu'il avait été torturé, battu et même accroché par les jambes plusieurs jours durant dans une pièce tapissée d'excréments humains. L'avocat a fait remarquer que l'on avait dû aider Thanh à marcher pour entrer au tribunal, lui qui était auparavant un policier fort et en forme physiquement. Une photo de Thanh révèle des bleus sur des parties de son corps. Après l'annonce de la condamnation de Thanh, le ministère public a déclaré qu'il ajouterait un nouveau chef d'accusation d'« atteinte aux libertés démocratiques » au titre de l'article 331; ce qui garantit pratiquement qu'une peine de prison supplémentaire sera prononcée.
Alors que débute la nouvelle année lunaire, l'année du Tigre, les observateurs des droits de l'homme attendent de voir si le Président vietnamien accordera des grâces de bonne volonté. Mais si l'on en croit les premières semaines de 2022, il est fort peu probable que des prisonniers politiques figurent sur une telle liste.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220225_154518";}s:15:"20220224_170100";a:7:{s:5:"title";s:119:"Chrétiens de Jérusalem : « Nous sommes passés de 20% à 2% de la population à cause de la violence israélienne »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/24/271075/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271075";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 24 Feb 2022 16:01:00 +0000";s:11:"description";s:147:"Les dirigeants de l'Église à Jérusalem ont évoqué dans un communiqué des agressions physiques et verbales « organisées et systématiques »";s:7:"content";s:15930:"
Les dirigeants chrétiens demandent un soutien international pour mettre fin aux harcèlements israéliens
Les chrétiens palestiniens ont été la cible des agressions israéliennes, qui ont fait fuir une grande partie de la minorité religieuse. Image utilisée sous Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale 2.0 Générique ( CC BY-NC 2.0 )
Cet article a été initialement publié le 21 décembre 2021 par Raseef22. Cette version éditée de l'article est republiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat.
Alors que les tensions s'intensifient à Jérusalem à la suite de la dernière vague d'expulsions de Palestiniens de la ville par Israël, il est important de noter que le ciblage par Israël des civils arabes ne s'est pas limité aux seuls musulmans. Ce ciblage a également atteint les chrétiens palestiniens de Jérusalem ; ce qui a amené les dirigeants chrétiens à pousser un cri de détresse : « Notre existence est incertaine et notre avenir est en danger ».
Selon les chiffres publiés en 2017, Jérusalem comptait 901 300 habitants, dont environ 342 000 citoyens arabes à Jérusalem-Est, près de 345 000 Juifs à Jérusalem-Ouest et 215 000 colons juifs à Jérusalem-Est. La présence chrétienne était limitée à 15 800 personnes (12 600 chrétiens arabes et 3 200 chrétiens non arabes).
Selon l'Institution internationale Al Quds (QII), une ONG arabe qui cherche à protéger la ville de Jérusalem, à préserver son identité arabe et à sauver les lieux saints islamiques et chrétiens des projets de judaïsation et d'israélisation, la population chrétienne de Jérusalem se trouve dans les quartiers de la vieille ville, Beit Hanina, Beit Safafa, Mont des Oliviers (Jabal al-Zaytoun), Shu'afat, Dahiat al-Barid, Sheikh Jarrah, Kafr ‘Aqab, al-Matar et Semiramis.
Depuis 2012, parallèlement à l'escalade des attaques contre les communautés chrétiennes et les sanctuaires de Jérusalem, les églises ont lancé à plusieurs reprises des appels à l'aide contre les tentatives d'Israël de « saper » la présence chrétienne dans la ville. Les récentes attaques, complots et violations à leur encontre ont été considérées comme « sans précédent » et particulièrement inquiétantes.
Terroriser les chrétiens et profaner leurs lieux saints
Fin décembre, le père Francesco Patton, Custode de Terre Sainte de l'Église catholique et Custode en chef des Lieux saints chrétiens à Jérusalem, a déclaré dans un article sous le titre : « Les chrétiens de Terre Sainte sont menacés d'extinction : les radicaux israéliens font une guerre d'usure contre des croyants pacifiques qui n'ont aucune envie de se battre. Nous avons besoin d'une aide extérieure pour survivre ».
Le père Patton a expliqué que si la présence chrétienne en Palestine remonte à plus de deux mille ans, elle est « menacée et notre avenir est en danger. Là où autrefois nous comptions 20% de la population de Jérusalem, aujourd'hui la communauté chrétienne compte pour moins de 2%. »
Le père Patton a accusé des « groupes locaux radicaux aux idéologies extrémistes » de rendre « la vie de nombreux chrétiens insupportable » en commettant à plusieurs reprises des « crimes inspirés par la haine » et des infractions contre des prêtres, des moines et des fidèles.
En conclusion, il a insisté sur le fait que « les groupes radicaux ne peuvent pas être autorisés à saper la présence de toute communauté ou la belle diversité qui fait de Jérusalem la capitale spirituelle du monde ».
Le Times of Israel a reconnu que « des militants juifs extrémistes ont commis pendant des années des actes de vandalisme contre des sites chrétiens à Jérusalem et dans d'autres régions d'Israël, notamment en écrivant des graffitis haineux et en provoquant des incendies criminels ».
La semaine dernière, les patriarches et les dirigeants des églises chrétiennes de Jérusalem ont invité les gouvernements israélien, palestinien et jordanien à combattre les groupes radicaux menaçant les communautés chrétiennes locales.
Dans leur déclaration, les dirigeants de l'église de Jérusalem ont évoqué des agressions physiques et verbales contre des prêtres, des attaques contre des églises et des actes de profanation et de vandalisme contre des sanctuaires et des lieux saints. Ils ont déclaré que ces « abus continus depuis 2012 » sont désormais une tentative organisée et systématique de chasser la communauté chrétienne, qui fait « partie intégrante du panorama de la communauté locale », hors de la ville. Cela pose des risques pour la liberté de culte et de religion dans la ville occupée.
Bien qu'il n'y ait pas de condamnation directe des autorités israéliennes, les dirigeants chrétiens jettent le blâme sur les groupes extrémistes pour leurs crimes qui continuent « sans contrôle et impunis »; ce qui rend celles-ci complices contre les chrétiens de Jérusalem.
De même, les dirigeants chrétiens ont exprimé leur grave préoccupation face à « l'incapacité des politiciens locaux, des responsables et des services de sécurité (services chargés de l'application des lois) à mettre un terme aux activités des groupes radicaux qui intimident régulièrement les chrétiens locaux ». Les membres de ces groupes achètent également des biens immobiliers stratégiques dans les quartiers chrétiens « dans le but de diminuer la présence chrétienne, souvent en recourant à des transactions sournoises », des accords de vente non publics et « des tactiques d'intimidation pour expulser les résidents de leurs maisons et modifier davantage l'histoire », tels les chemins de pèlerinage entre Bethléem et Jérusalem.
Même si elle n'a pas été spécifiquement nommée dans la déclaration publique, l'accusation s'applique à l'agenda et aux plans de l'organisation sioniste « Ateret Cohanim », qui essaie de remplir la vieille ville et les différents quartiers de Jérusalem-Est avec des résidents juifs après avoir acheté les propriétés des non juifs.
Tout en soulignant que le pèlerinage est un droit pour tous les chrétiens du monde, les chefs des églises de Jérusalem ont souligné les profits qu'en tire Israël en matière d'économie et de société.
Une étude récente de l'Université britannique de Birmingham a montré que le pèlerinage chrétien et le tourisme contribuent pour 3 milliards de dollars à l'économie israélienne. Mais cette activité a récemment diminué, Israël interdisant l'entrée des touristes et pèlerins chrétiens jusqu'au 22 décembre sous prétexte de contenir la pandémie de COVID-19 et la variante Omicron, même s'il a permis l'entrée de groupes juifs.
En outre, les patriarches et les évêques ont averti que la communauté chrétienne de Jérusalem, bien que peu nombreuse, fournit « une quantité disproportionnée de services éducatifs, sanitaires et humanitaires dans les communautés à travers Israël, la Palestine et la Jordanie ».
En conclusion de la déclaration, les chefs religieux ont exigé que les autorités « traitent d'abord les défis posés par les groupes radicaux à Jérusalem à la fois à la communauté chrétienne locale et à l'État de droit, afin de s'assurer qu'aucun citoyen ou institution n'ait à vivre sous la menace de la violence ou l'intimidation », et, deuxièmement, « entamer un dialogue sur la création d'une zone culturelle et patrimoniale chrétienne spéciale pour sauvegarder l'intégrité du quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem ».
Dans un article conjoint, l'archevêque de Cantorbéry Justin Welby et l'archevêque anglican de Jérusalem Hosam Naoum ont mis en garde contre une « tentative concertée et coordonnée d'intimider et de chasser les chrétiens ». Ils considèrent que l'augmentation des communautés de colons israéliens, ainsi que les restrictions de mouvement associées au mur de séparation érigé par Israël avaient « renforcé l'isolement des villages chrétiens ».
Solidarité internationale et assistance
Les appels répétés des chrétiens de Jérusalem ont provoqué une large interaction de la part de la communauté ecclésiale mondiale. Le Conseil œcuménique des Églises (COE), qui représente 349 Églises, leur a exprimé son ferme soutien dans une déclarationsoulignant la nécessité pour les chrétiens de Terre Sainte d'être « respectés et valorisés comme faisant partie à la fois du patrimoine et de l'avenir de la région. »
À son tour, les « Églises pour la paix au Moyen-Orient (CMEP), une organisation basée aux États-Unis, ont souligné l'importance des communautés chrétiennes en Terre Sainte. »
Selon une étude récente de l'Institution internationale Al Quds lancée début décembre, les Israéliens suivent plusieurs voies simultanées pour la judaïsation de la ville : une voie religieuse et urbaine, incluant des repères culturels, religieux et urbains ; une pour inventer une identité juive pour Jérusalem ; une autre la judaïsation démographique ; et enfin la judaïsation des secteurs de la vie quotidienne des habitants de Jérusalem en termes d'éducation, de santé et d'institutions économiques et civiles.
La recherche a mis en garde contre le danger de déplacer la population palestinienne, musulmane et chrétienne, de quartiers tels que Sheikh Jarrah et Silwan et d'autres, sous prétexte que les Juifs avaient revendiqué leurs maisons et leurs terres il y a des décennies, ou sous le prétexte de l'intérêt public, qui est l'outil le plus dangereux du plan de judaïsation de Jérusalem.
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Un militant échangeant avec une femme handicapée tout en documentant les problèmes de droits humains à Taez, au Yémen. Photo prise par Watch Team et utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]
Les derniers pourparlers de paix à Oman se sont effondrés, ce qui signifie un retour à la case départ pour les Yéménites. Les escalades à Marib ont aggravé la situation humanitaire désastreuse et les souffrances des civils dans un conflit qui vient d'entrer dans sa sixième année.
L'optimisme était apparu lors de l'éloignement de l'administration Trump, quand le Président américain Joe Biden a annoncé que la guerre devait « se terminer » et qu'il mettrait fin à « tout soutien américain aux opérations offensives dans la guerre au Yémen. » Plus facile à dire qu'à faire. Une fois de plus, le conflit est dans une impasse. Les armes parlent plus fort que les négociations politiques. Une offensive militaire majeure des forces Houthi, dans la région stratégique et riche en pétrole de Marib – la dernière province reconnue sous contrôle du Gouvernement, au nord du pays – est en cours, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.
Le Yémen est souvent tristement qualifié de « pire crise humanitaire. » Le conflit qui a éclaté en 2015 a eu un impact dévastateur sur la population déjà appauvrie. Les besoins sont énormes et d'innombrables médias ont diffusé des images déchirantes d'enfants mal nourris ou les mauvaises conditions de vie, mais cette situation inhumaine n'est pas nouvelle au Yémen.
Depuis des décennies, le pays se situe en bas de la plupart des indices internationaux, notamment en matière d'éducation, de droits des femmes et de liberté d'expression. Bien avant le conflit, une longue dictature avait empêché l'émergence d'un État de droit et le développement. Le Yémen était marqué par un taux élevé d'analphabétisme, de chômage et de mauvaises infrastructures. Des formes de violations flagrantes des droits de l'homme se produisaient, notamment la traite des êtres humains, les mutilations génitales féminines et le mariage des enfants.²
Les lueurs d'espoir et de liberté aperçues lors du Printemps arabe de 2011, ont été éteintes par la guerre civile. Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont installé une théocratie oppressive dans le Nord, région où réside environ 70 % de la population, tandis que le Gouvernement reconnu dans le sud, accusé de corruption généralisée, n'a pas réussi à fournir les services de base et une gestion efficace.
Toutes les parties sont hostiles aux droits humains et « ne montrent aucun respect pour le droit international ou la vie, la dignité et les droits du peuple du Yémen, » explique une déclaration accompagnant un rapport de 2020 d'un groupe d'experts internationaux et régionaux . « Une pandémie d'impunité dans un pays torturé » est le titre du troisième rapport des Nations unies documentant les violations des droits humains au Yémen. Selon le rapport, « L'ampleur et la nature des violations devraient choquer la conscience de l'humanité. Pourtant, trop souvent, le Yémen est le conflit oublié. »
Le Groupe d'experts éminents de l’@ONU [fr] a publié un rapport complet sur la situation des #Droits humains au #Yémen.
Il détaille comment le Canada, la France, l'Iran, le Royaume-Uni et les États-Unis ont perpétué le conflit en continuant à fournir des armes aux parties prenantes. https://t.co/ZPLZ23BOFQpic.twitter.com/fsFYh6BABb
La guerre a plongé la nation déjà appauvrie et repliée dans davantage de chaos et d'anarchie, rendant les femmes et les jeunes plus vulnérables à de multiples formes d'exploitation et d'abus. La population vit dans un climat de peur et d'insécurité à cause des bombardements et des autorités locales répressives. Kamel Jendoubi, l'un des experts de l'ONU, a rapporté que « le Yémen reste une terre torturée, avec son peuple ravagé d'une manière qui devrait choquer la conscience de l'humanité. »
Une culture omniprésente d'irresponsabilité perpétue le cycle de l'impunité et de la violence. Les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite ont mené de nombreuses frappes aériennes qui ont tué et blessé des civils sans discrimination. Depuis que tout semblant d'État de droit et de justice a disparu, les groupes tribaux armés maintiennent l'ordre local par la force. De nombreux récits de détentions arbitraires, de tortures et d'exécutions extrajudiciaires circulent.
L’ampleur de la violence est probablement plus élevée en raison de la sous-déclaration. Les voix dissidentes et progressistes sont censurées ou autocensurées en raison de la pression sociale. Les familles sont désormais noyées dans la pauvreté; les parents marient leurs filles plus tôt et les enfants sont forcés de travailler ou d'être envoyés sur le champ de bataille. La violence à l'égard des femmes, qui était déjà répandue, a augmenté de façon exponentielle, notamment les violences domestiques et sexuelles, les enlèvements et le travail forcé.
Un militant documentant les problèmes des droits humains dans la ville de Taez, au Yémen. Photo prise par Watch Team et utilisée avec permission
Suspension des droits humains
La guerre a non seulement aggravé la vie quotidienne et a épuisé les mécanismes d'adaptation, mais elle a également suspendu les droits humains. L’ effondrement de l'économie et l'environnement répressif ont provoqué la fermeture des médias locaux et des organisations de la société civile qui défendent les droits humains. Harcelés et attaqués, de nombreux journalistes et militants des droits humains au Yémen se sont exilés, tandis que beaucoup de ceux qui sont restés ont dû quitter la profession. Leur attention, jadis portée sur le reportage et la revendication a été déplacée vers le travail humanitaire. Dawla, une militante des droits humains, m'a confié :
Nous luttions pour survivre avant la guerre, et tout était un défi. Il nous était impossible de croire que la situation puisse s'empirer. Depuis que la guerre a éclaté, tout s'est effondré. Maintenant, il y a encore plus d'enfants dans les rues et qui se battent, des jeunes femmes qui mendient et se marient trop jeunes, des militants harcelés et sans ressources.
Elle poursuit :
J'étais journaliste, mais les médias locaux ne peuvent pas payer les journalistes. Beaucoup sont partis, surtout les femmes. La situation est si mal en point que j'ai commencé à faire du bénévolat dans une organisation locale pour venir en aide aux familles pauvres.
Depuis, j'ai été recrutée par l'organisation afin de pouvoir au moins subvenir aux besoins de ma famille. Mais je n'ai plus le temps d'être reporter et de raconter ce qu'il se passe.
La relocalisation des rares ressources humaines qualifiées dans le domaine de l'aide est une des conséquences du conflit. En effet, c'est dans le secteur humanitaire que se trouvent les financements et les emplois rémunérés. Au Yémen, la plus grande crise humanitaire au monde, est sous-financée et les bailleurs de fonds internationaux sont plus plus enclins à financer l'aide que les programmes de défense des droits humains. Cette situation a eu un effet pervers qui favorise les urgences à court terme plutôt que les efforts de paix et de réconciliation à long terme qui jetteraient les bases pour mettre fin au conflit. L'aide a été critiquée pour avoir contribué à alimenter le conflit. Pire encore, toutes les parties ont été accusées de constituer une entrave aux opérations humanitaires ou de les détourner. Certaines agences d'aide ont dû temporairement suspendre leurs programmes dans le Nord à cause de la corruption.
Nouvelle stratégie pour mettre un terme au conflit
Comme d'autres conflits l'ont montré, il ne peut y avoir de paix sans justice. Pour mettre fin au conflit qui a décimé la population, les experts de l'ONU ont exhorté le Conseil des droits de l'homme à veiller à ce que les droits humains au Yémen soient une priorité. Comme l’a souligné Jendoubi, « La communauté internationale a la responsabilité de mettre un terme à cette pandémie d'impunité, et ne doit pas fermer les yeux sur les violations flagrantes. Après des années passées à documenter le terrible bilan de cette guerre, personne ne peut dire : « Nous ne savions pas ce qui se passait au Yémen. La responsabilité est essentielle pour s'assurer que justice soit rendue au peuple yéménite et à l'humanité. »
Les actions militaires ont échoué. Mettre fin à une guerre plongée dans une impasse géopolitique régionale complexe nécessite une nouvelle stratégie qui met l'accent sur la diplomatie plutôt que sur les armes, les droits humains étant une priorité.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220224_150514";}s:15:"20220223_165443";a:7:{s:5:"title";s:79:"Ces podcasteurs transportent les langues africaines dans le nouveau monde audio";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/23/270934/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270934";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 23 Feb 2022 15:54:43 +0000";s:11:"description";s:174:"S'agissant de la langue du podcasting, l'anglais est le choix dominant pour de nombreux podcasteurs africains en raison de son large attrait au niveau continental et mondial.";s:7:"content";s:16383:"
Face à la prévalence des podcasts anglais, des podcasters indifférents au regard occidental émergent.
« Podcasting » par mikemacmarketing est sous licence (CC BY 2.0)
[Sauf indications contraires, tous les liens renvoient vers des pages en anglais]
Alors que le podcasting en tant que média de narration a connu une croissance exponentielle depuis sa naissance dans les années 2000, son adoption et sa consommation en Afrique ont été lentes. Entravé par des coûts de données élevés et une fracture numérique toujours croissante de la part des auditeurs dans un continent où l'accès à Internet reste un privilège, le chemin des podcasteurs africains a été ardu dans leur tentative de rejoindre ce renouveau contemporain des traditions de la narration orale.
Les coûts de production, qui peuvent varier entre 60 et 100 USD par épisode [fr], sont encore prohibitifs dans la plupart des pays africains, sans parler de la fourniture peu stable en électricité. La plupart des podcasteurs doivent souvent démarrer, en puisant des fonds dans le fruit de leur travail quotidien ou leurs économies personnelles, jusqu'à ce qu'ils puissent atteindre un certain seuil d'écoute où la publicité devient une source de revenus plus viable et plus durable. Pour la plupart d'entre eux, cette masse critique d'auditeurs réguliers est restée comme un mirage dans le désert. Beaucoup ont essayé d'y parvenir, mais la plupart se sont lassés de chercher cette oasis.
Alors qu'il y a cinq ans, il n'y avait qu'une poignée de voix africaines dans l'espace mondial du podcasting, au cours des deux dernières années, celui-ci a connu une croissance phénoménale sur le continent à la suite de la pandémie de COVID-19. La pandémie a contraint les citoyens à rester chez eux, ce qui a entraîné une énorme augmentation du trafic de données, car beaucoup ont élargi leur palette de consommation numérique. De nombreux fournisseurs de données ainsi que des entreprises technologiques à travers le continent ont soit détaxé leurs services, soit trouvé des moyens de rendre leurs installations plus accessibles.
L'Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya sont les plus grands marchés de podcasting, tant en production qu'en consommation. Le kiswahili – une langue bantoue parlée par plus de 80 millions de personnes en Afrique orientale et centrale est devenue l'une des langues africaines les plus utilisées et les plus reconnues. L'année dernière, l'UNESCO a déclaré [fr] le 7 juillet Journée mondiale du kiswahili. Malgré cela, l'utilisation de cette langue parmi les podcasteurs est encore limitée par rapport à l'anglais.
Pourtant, sur un continent qui compte 1,3 milliard d'habitants, 54 pays et plus de 1 500 langues, en matière de langue, l'anglais est le choix dominant pour de nombreux podcasteurs africains en raison de son large attrait au niveau continental et mondial. Alors, à qui s'adressent les podcasts si plus de la moitié de la population africaine ne parle pas anglais ?
S'adressant à Radio France international en 2021 lors du premier Africa Podcast Festival qui a eu lieu le 12 février, Journée mondiale du podcast, Melissa Mbugua, co-fondatrice du festival, a déclaré:
Les langues qui sont largement parlées sur le continent sont le swahili, l'arabe, l'amharique, le yoruba, le zoulou… Nous commençons à en voir un certain nombre apparaître – c'est une attente que nous avons de l'avenir de l'industrie du podcasting, dans laquelle nous avons de nombreuses langues, sans une inhibition due à la barrière de la langue.
Des podcasters indifférents au regard occidental
Au milieu de la prévalence des podcasts en anglais, une communauté de podcasteurs qui ne s'intéresse décidément pas au regard occidental émerge. Au-delà de la langue comme barrière, ils ont plutôt vu le potentiel de ce média pour amplifier les voix des Africains ordinaires et le pouvoir qu'il donne pour contrer les récits publics dominants.
Parmi les podcasts non anglophones les plus actifs et les plus écoutés, citons : Swahili Program, America Swahili News, NHK World Radio Japan, SBS Swahili, Adventist World Radio (AWR), Swahili Radio Sermon, Back 2 basics, Salama Na et Africa & Beyond qui intègre également l'anglais avec des traductions en kinyarwanda. Bien que la liste ne soit en aucun cas exhaustive, elle souligne le manque de variété dans le type de contenu disponible pour les auditeurs en swahili, de nombreux podcasts étant de nature religieuse ou d'actualité.
Situation en Afrique de l'Est
Stoneface Bombaa, un animateur communautaire du Kenya, et April Zhu, une journaliste, ont créé le podcast « Until Everyone is Free » (Jusqu'à ce que tout le monde soit libre) sur Pio Gama Pinto, un combattant de la liberté socialiste de Goa-Kenya, assassiné par le Gouvernement kenyan en 1965, deux ans après que le pays soit devenu indépendant.
Enregistré en sheng et kiswahili, Mme Zhu et M. Bombaa affirment que :
Lors de l'enregistrement du podcast, ils savaient qu'ils échangeaient avec un plus « large public mondial » par rapport à celui qui comptait le plus pour eux : les personnes qui parlaient le sheng et vivaient dans des régions où la langue était parlée.
Shagz Chronicles, qui en est actuellement à sa quatrième saison, est également un autre podcast kenyan dont les hôtes utilisent un langage inusuel. Présentée en kikuyu – une langue bantoue parlée comme première langue par 6,6 millions de personnes au Kenya – les animateurs de l'émission, Wathiomo et Jehudi, puisent dans la nostalgie des téléspectateurs en partageant des histoires de leurs aventures d'enfance dans la campagne kenyane dans les années 1990.
Matire Ngemi est également un autre podcast du Kenya qui utilise le kikuyu et l'anglais pour explorer l'histoire, la culture et le patrimoine.
Situation en Afrique de l'Ouest
Il existe également de nombreux podcasts en langue yoruba, Adventist World Radio, Omoluabi, Ohun Anu et The Yoruba Proverbs étant parmi les plus récents et les plus actifs. UPGNRS et Pidgin Reviews sont des podcasts populaires qui utilisent le Pidgin, parlé dans toute l'Afrique de l'Ouest et du Centre. Le pidgin emprunte [fr] beaucoup à d'autres langues locales, notamment l'igbo et le yoruba.
Wolof Tech [fr], un podcast animé par El Hadji Ibrahima Diago parle de l'actualité informatique et des technologies à venir en langue wolof avec des textes de présentation en français. Comme indiqué dans son profil de podcast :
Pour nous le wolof est capable de jouer un rôle de langue d’enseignement et de communication pour accéder à l’information et aux nouvelles technologies.
L'auteur lors d'un de ses enregistrements pour son podcast, le podcast KenyanPoet. Photo utilisée avec permission
Situation en Afrique australe
La majorité des podcasts enregistrés en shona, isiZulu, xhosa et d'autres langues majeures d'Afrique australe sont diffusés via IONO.FM, une plate-forme d'hébergement et de distribution audio qui fournit des solutions uniques aux stations de radio et aux podcasteurs d'Afrique du Sud. Certaines des émissions notables sur la plate-forme incluent 4IR Simplified, Jazzing With Dumza Maswana, Brazoville: A Podcast et Ezomndeni.
Plateformes locales de distribution et de diffusion en direct
Trouver des podcasts africains, en particulier ceux destinés à un public local, peut s'apparenter à trouver une aiguille dans une botte de foin. Les plates-formes audio en ligne locales telles que Audiomack, Afripods, Ionofm, Africanpodcasts.com et Africa Podfest fournissent des services tels que l'hébergement audio, la distribution, la diffusion audio en direct ou des services de référencement aux podcasteurs. Cela permettra aux auditeurs locaux de trouver facilement des podcasts pertinents dans leur langue, comme c'est le cas pour IONOfm qui a une page de langues et un menu avec une liste de plus de 25 podcasts – dont 12 sont présentés dans diverses langues africaines.
Selon Cities Alliance, près de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, ce qui fait de l'Afrique le continent le plus jeune du monde . Les podcasts ont un potentiel incroyable sur ce continent dont la population croissante de jeunesnés à l’époque du numérique a une énorme affinité avec les réseaux sociaux et leur capacité à démocratiser le divertissement. Beaucoup de ces jeunes boudent la radio qu'ils jugent excessivement conventionnelle et rigide. En revanche, les podcasts s'intègrent dans leur mode de vie où le divertissement est basé sur la commodité lorsqu'il s'agit de savoir qui, où, quand et comment écouter.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220223_165443";}s:15:"20220223_162412";a:7:{s:5:"title";s:98:"Des expériences mitigées lors de la célébration du Ramadan par les femmes musulmanes tchèques";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/23/265758/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=265758";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 23 Feb 2022 15:24:12 +0000";s:11:"description";s:93:"Comment les femmes musulmanes se sentent-elles à Prague et comment vivent-elles le Ramadan ?";s:7:"content";s:16365:"
Certains critiquent l'Islam, d'autres vantent la liberté religieuse.
Le Ramadan au centre Al Firdaus de Prague. Après la prière de l'Aïd dans la salle réservée aux femmes. Photo d'Elmira Lyapina, tous droits réservés.
Le 13 mai, le monde musulman et, par conséquent, les musulmans tchèques, ont célébré l'Aïd al-Fitr, la fête de rupture du jeûne du Ramadan. En Tchécoslovaquie, où les musulmans représentent moins de 0,1% des 10,7 millions d'habitants [cz], l'Islam est souvent au centre de nombreux débats et critiques. A l'occasion de l'Aïd, des femmes ont témoigné de la façon dont elles envisageaient leur vie de musulmane en République tchèque et ont évoqué les célébrations de ce mois saint.
Comme chaque année, les musulmans de Prague, la capitale tchèque, ont célébré l'Aïd à la mosquée, qui ressemble plus à une salle de prière au sein du centre islamique Al Firdaus. À Prague, il n'y a pas de mosquée de style classique. Il n'y a en fait qu'un seul minaret dans toute la République tchèque, qui remplit plus une fonction esthétique que religieuse, ajoutant un élément oriental au paysage du château de Lednice [cz].
Toutefois, il existe un certain nombre de centres communautaires islamiques qui servent de mosquées en Tchéquie [cz], principalement à Prague et à Brno, ou, dans d'autres villes, de plus petites salles de prière. Ces centres ont également des activités éducatives et caritatives.
Aujourd'hui, certains hommes politiques ont de plus en plus recours à une propagande anti-Islam dans leur discours populistes ; l'islamophobie allant souvent de pair avec la peur des immigrés. La communauté musulmane de Tchéquie est pourtant également composée de citoyens locaux convertis. Parmi ces discours figurent ceux de Tomio Okamura [cz], le co-fondateur des partis politiques d'extrême-droite Úsvit et SPD, ainsi que du mouvement « Islam v ČR nechceme », dont le nom peut être traduit par « Nous ne voulons pas de l'Islam en Tchéquie ». Ces entités participent, organisent et soutiennent différents événements [cz], et rédigent notamment des articles et des blogs qui portent atteinte à l'image des musulmans et de l'Islam.
En 2017, cette rhétorique d'incitation à la violence a conduit à une attaque terroriste ratée contre la communauté musulmane [cz], lorsqu'un citoyen est parvenu à faire dérailler deux trains voyageurs et à en faire porter la responsabilité aux immigrés de confession musulmane. Bien que fluctuantes, les idées islamophobes restent prédominantes en Tchéquie : le hijab révélant leur foi, les femmes musulmanes constituent les cibles principales et habituelles des discours et des attaques haineuses. Les agresseurs anti-Islam justifient souvent leur comportement en affirmant qu'ils protègent les valeurs des droits de l'Homme et souhaitent « sauver » les femmes musulmanes qu'ils considèrent comme oppressées et contraintes à porter le hijab.
« Mon corps, mon choix. Je suis oppressée par ceux qui [se permettent] de me dire ce que je dois porter », affirme Katya Novoselova, musulmane d'origine russe. Elle vit à Prague depuis plus de 10 ans et porte le hijab depuis 8 ans, suite à sa conversion.
Quand on leur demande ce que c'est d'être musulmanes en Tchéquie, les femmes répondent de plusieurs façons. Certaines Tchèques converties expliquent qu'elles ont été acceptées par la société, tout comme certaines immigrées, telles la photographe turque Sera Sönmez. Lorsque l'on compare la Tchéquie avec les autres États européens, en particulier la France, elle précise:
Je me sens plus libre et en sécurité ici et personne ne me juge. Personne ne me demande pourquoi je porte ou non un hijab.
Toutefois, d'autres femmes relatent avoir fait l'objet d'attaques verbales, de discours haineux et expliquent, par conséquent, ne pas se sentir à l'aise. Les médias locaux rapportent quotidiennent des incidents islamophobes [cz], comme des discours haineux à l'égard des femmes qui portent un foulard et des attaques sur Internet [cz], certaines ayant été portées devant les tribunaux.
C'est le cas de 2016, de l'histoire médiatisée d’une étudiante somalienne qui, portant le hijab en classe [cz], a fait l'objet de pressions par la directrice de l'école visant à lui faire retirer son foulard, sous peine d'exclusion. Cette dernière a reçu le soutien des mouvements et partis politiques islamophobes et a même reçu une médaille [cz] en 2018, des mains du Président du Gouvernement tchèque, M. Zeman, issu de l'extrême-droite, pour la féliciter d'être « une femme courageuse [cz] dans la lutte contre l'intolérance, [et] pour services rendus à l'État ».
Le dossier de cette jeune femme est parvenu jusqu'aux tribunaux. Les tribunaux de première instance et les juridictions d'appel ont initialement décidé de soutenir la position de la directrice de l'école, insistant sur l'attachement de la Tchéquie aux « valeurs libérales occidentales » [cz]. Toutefois, la Cour suprême a affirmé en 2020 que l'étudiante musulmane était en droit de porter le hijab, considérant que « l'interdiction du port du hijab ne poursuivait pas un objectif légitime » [cz].
Bien que cette décision ne soit pas définitive puisque la directrice a prévu de faire appel [cz], les membres de la communauté musulmane tchèque considèrent qu'il s'agit d'un développement positif, non seulement dans le cadre de la confrontation entre l'Islam et les islamophobes, mais également pour le système démocratique qui a vu s'opposer les politiciens au système judiciaire.
Malgré cela, la Tchéquie ne peut être décrite comme étant islamophobe, ces incidents demeurant des cas isolés plutôt que révélant une approche systématique.
De plus, les sentiments d'hostilité à l'encontre des musulmans dans le pays varient selon le climat politique. Les musulmans de Tchéquie multiplient les efforts pour améliorer la connaissance de leur communauté auprès du public. Ils organisent et participent à différents événements, à des moments de dialogue ouvert, [cz] rédigent des articles [cz] et des blogs [cz] pour éduquer la population. Ils invitent également celle-ci à participer aux fêtes religieuses musulmanes dans leur foyer ou à la mosquée.
« Un Ramadan féminin »
Le Ramadan à Prague, partage du repas. Photo par Elmira Lyapina, tous droits réservés.
Tout au long du mois du Ramadan, des femmes de différentes tranches d'âges, classes sociales et d'origines différentes se rendent à la mosquée au moment de l’iftar [fr], le coucher du soleil qui marque l'heure à laquelle les musulmans rompent le jeûne et s'assoient à la même table.
Certaines viennent à la mosquée tous les jours, d'autres pas. Au cours de la journée, elles poursuivent leur vie quotidienne, étudient ou travaillent, puis se rendent à la mosquée pour les prières du soir. D'autres passent leur journée à la mosquée, étudiant dans la petite salle de classe ou lisant le Coran.
Zulfira, une jeune femme tatare de Moldavie, qui vit à Prague depuis plus de 4 ans, explique :
Cette année, je me suis rendue à la mosquée pour l'iftar presque tous les jours, 3 à 4 fois par semaine. Cela me donne de la force et de la patience pour affronter le jeûne, car ce n'est pas facile de ne pas manger ni boire pendant toute la journée. Vous avez besoin de vous motiver d'une manière ou d'une autre. Les gens ici sont très gentils : ils jeûnent également et font preuve de respect, ce qui est une source d'inspiration.
Pour beaucoup de femmes, les célébrations de l'Aid Al-Fitr commencent bien avant : elles achètent des cadeaux et font des préparatifs. Elles passent la nuit précédant l'Aïd à cuisiner.
Le jour de l'Aïd, l'imam en charge de la prière commence les récitations à 8 heures du matin, au rez-de-chaussée. Sa voix parvient jusqu'au premier étage grâce aux haut-parleurs où les femmes prient, installées en rangs. Contrairement à de nombreuses autres régions, comme les Balkans ou la Russie, dans lesquelles les hommes assistent à la prière alors que les femmes restent généralement à la maison, les familles viennent ensemble dans les mosquées tchèques : mari, femme et enfants qui souhaitent participer.
Ensuite, les membres de la communautés échangent leurs vœux ainsi que des cadeaux, des plats et des recettes. Les plats servis reflètent la diversité des femmes musulmanes présentes. En plus des cuisines arabes et turques, Šárka, une tchèque convertie, a préparé des crêpes traditionnelles et Katya, convertie russe, a apporté des gâteaux et des salades traditionnels russes. On trouve également d'autres plats nationaux du monde entier.
Si les plats de l'Aïd sont variés selon les différentes régions du monde, les rituels suivis par la communauté musulmane sont assez similaires. Après la prière, la famille et les amis se retrouvent. La photographe Sönmez évoque ses souvenirs :
En Turquie, les enfants reçoivent beaucoup de friandises, en particulier des « baklava » ou des « kadaif ». Les proches et les voisins viennent et nous échangeons des cadeaux. Les jeunes rendent visites aux personnes âgées.
Jacquiline, une femme d'origine tchèque et soudanaise, qui célèbre le Ramadan dans les deux pays, prépare habituellement des biscuits appelés « Ka'ak » :
En Tchéquie, nous ne passons pas beaucoup de temps à cuisiner, contrairement au Soudan. Les femmes tchèques passent donc plus de temps à prier Allah.
Quand on lui demande comment elle se sent en tant que musulmane en Tchéquie, Jacquiline répond :
Je porte le hijab et cela me convient. Même si parfois je suis critiquée, je peux résister. »
Les célébrations du Ramadan pour l'année 2021 ont été affectées par les effets de la pandémie, par les conflits à Gaza, en Syrie, au Yémen, en Afghanistan, par la fusillade dans une école du Tatarstsan ou encore par les souffrances de la communauté Ouïgour, sujets auxquels la communauté musulmane est sensible. Bien que le message principal diffusé au cours de ce mois saint consiste à partager la joie en famille et entre amis, les célébrations se sont concentrées sur la foi, l'humilité et le renoncement. Dans ce sens, l'esprit du Ramadan, tout comme la philosophie de l'Islam, enseigne la patience.
Comme le dit Kamila, tchèque de confession musulmane :
« L'Islam révèle en fait la vraie nature d'une personne.»
";s:7:"dateiso";s:15:"20220223_162412";}s:15:"20220223_145057";a:7:{s:5:"title";s:111:"« Récupérer une identité autochtone d'Amérique centrale est la clé pour mettre fin à notre effacement »";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/23/268954/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=268954";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 23 Feb 2022 13:50:57 +0000";s:11:"description";s:183:"« Nous devons laisser derrière nous les concepts coloniaux et les idéaux capitalistes selon lesquels le capital est plus important que les moyens de subsistance des autochtones ».";s:7:"content";s:13871:"
« Un voyage qui commence par l'amour de notre peau brune ».
Peinture de l'auteur, Samaria Polet Carias Ayala, utilisée avec son autorisation.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais]
Les habitants du sol centraméricain ont inculqué la pensée coloniale à travers les normes sociales espagnoles et un système éducatif occidentalisé. Les enfants apprennent l'espagnol et l'histoire de leurs semblables à travers les voix des conquistadors et les textes qu'ils ont laissés derrière eux. Cette situation se perpétue ensuite par des éducateurs blanchis qui ne racontent que le côté européen de l'histoire.
Ces voix s'infiltrent dans le cœur et l'esprit des peuples indigènes [fr], rongeant de l'intérieur plusieurs de ceux-là qui veulent s'identifier à leurs origines et à leurs ancêtres autochtones, mais qui ressentent un certain degré de confusion, de honte et même de culpabilité en raison du manque d'informations concernant leur ascendance indigène. Imaginez que vous souhaitiez vous connecter à vous-même et à votre famille, mais que vous deviez rassembler des pièces très limitées d'un puzzle volé, tandis que d'autres personnes autour de vous perpétuent votre effacement.
Récupérer une identité nativa (autochtone) est la clé pour renverser des pouvoirs oppressifs. D'après mon expérience, ce terme se réfère davantage aux Centraméricains qui ont, à un moment donné, vécu en harmonie avec la terre, mais qui résident désormais au nord de Turtle Island ou dans des villes d'Amérique centrale. Le terme indígena (indigène) est réservé à ceux qui vivent encore isolés de la Madre Tierra (Terre Mère) et sans communion avec le mestizaje (métissage) des Amériques.
L'effacement revient à considérer ces identités comme absurdes. L'effacement consiste à voler des terres et à pousser les peuples autochtones vers des environnements arides ou stressants, tels que des lieux urbanisés ayant un lien limité avec l'environnement naturel. L'effacement signifie imposer le mestizaje, une identité qui prend racine dans l'acceptation de la conquête espagnole et la négligence de l'existence des indigènes avant la colonisation.
En effet, selon Mujeres de Maíz, un collectif en ligne de peuples indigènes, « le Guatemala a l'une des plus grandes populations indigènes du monde ». Pourtant, le gouvernement guatémaltèque ne reconnaît que 40 % de la population comme indigène, alors que les dirigeants indigènes locaux affirment qu'ils en représentent plus de 60 %. Ceci est un exemple d'effacement statistique. Cela vaut également pour d'autres États-nations d'Amérique centrale, comme le Honduras, qui indique seulement que « près de 9 % de la population totale s'identifie comme membre d'un groupe autochtone ou minoritaire ». Par conséquent, tout autochtone qui a été déconnecté de son être intérieur indigène, même s'il est né dans une zone urbaine, n'est pas reconnu, mais plutôt identifié comme mestizo (d'origine mixte).
Les autochtones de la queue de Turtle Island subissent les contrecoups du blanchiment puisque les personnes qui s'identifient comme mestizo n'ont pas envie d'avoir des traits physiques et des manières autochtones. En tant qu'autochtones d'Amérique centrale, nous sommes confrontés à certains des pires traitements qu'un être humain puisse subir, tels que l'assimilation forcée, les conversions religieuses forcées, la violence physique et les « nettoyages » culturels qui constituent un véritable génocide de nos identités autochtones.
Pourtant, nous persévérons ! Nous volons au-dessus d'une tempête d'exploitation et de douleur sociale comme le feraient nos parents Guacamaya (aras). C'est la véritable perseverancia (persévérance) comme le diraient mes aînés. Nous appartenons à cet hémisphère, nous y appartenons depuis des centaines d'années, bien avant la colonisation en cours. Nous, les indigènes du centre des Amériques, existons et résistons à des forces très puissantes qui espèrent régner sur nos idéologies indigènes, notre lien avec la terre et la protection des ressources en nous effaçant.
Les injustices commises à l'encontre des peuples autochtones des Amériques comprennent le vol des terres, le travail forcé des enfants, les déplacements forcés et le lavage de cerveau par le biais des systèmes éducatifs. Nos femmes autochtones ont été les premières à être exposées aux missionnaires et aux entreprises religieuses qui les violent, elles et la terre, et qui les emmènent aussi dans les terres étrangères du Nord pour servir.
Plusieurs de mes cousins et ma propre mère ont été pris dans les mains des colonialistes de cette façon, les étrangers les enchantant avec des mensonges d'une vie meilleure, mais la réalité étant désastreuse une fois qu'ils s'installent dans le Nord.
C'est pourquoi les autochtones se battent pour arrêter les projets de construction des forces extérieures qui continuent à piller, violer et modifier le paysage sacré que nous protégeons en y consacrant nos vies. Aujourd'hui, les Garinagu de la côte du Honduras luttent toujours pour leurs droits fonciers et exigent le retour de leurs frères volés [es]. Les Lenca [fr] de Gracias de Dios ne sont reconnus que le « Dia del Indio Lempira », tandis que les Tawakh de l’aldea de ma Nana (le village de ma grand-mère) sont de plus en plus oubliés, car il n'y a pas de justice pour leur déplacement violent, le vol de leurs terres et le pillage de leurs cultures par les trafiquants de drogue et les entreprises du Nord. L'effacement affecte les voix autochtones qui se battent pour un mode de vie centré sur la Madre Tierra et nos parents de la flore et de la faune.
Carte du Honduras montrant les lieux où vivent les populations autochtones aujourd'hui.
Je parle en connaissance de cause, car je suis née et j'ai été élevée sur la terre hondurienne, avec un teint brun et noir, alors qu'on m'a appris de manière implicite à ne pas tenir compte de mon origine et à rejeter ma couleur de peau. J'ai subi une assimilation forcée aux normes coloniales et j'ai été déplacé de ma terre natale. Je suis la personnification vivante de notre résistance aux enseignements coloniaux tandis que nous subissons le contrecoup de notre vie d'autochtone.
En pensant à l'effacement, j'ai demandé à Edwin Pastor, photographe et natif du Guatemala, de me parler de son expérience en tant que membre de la diaspora d'Amérique centrale et de sa tentative de se connecter à son être indigène. Il a dit :
I am living proof that roots cannot be eradicated. I think it is my responsibility to inherit my culture and keep it alive.
Je suis la preuve vivante que les racines ne peuvent être éradiquées. Je pense qu'il est de ma responsabilité d'hériter de ma culture et de la maintenir en vie.
Pastor s'est efforcé de poursuivre les cérémonies sacrées du cacao avec son frère jumeau, d'enregistrer l'existence colorée de ses aînés et d'autres Chapins (Guatémaltèques) dans la ville natale de son père, Totonicapán, et d'informer les autres sur les festivals Maya K’iche. Il souhaite un jour créer un collectif pour apprendre aux jeunes de Totonicapán à utiliser des appareils photo et leur fournir des outils pour exprimer leur belle existence.
En tant qu'artiste, je fais de mon mieux pour faire revivre les anciennes coutumes et montrer à mes ancêtres qu'on se souvient d'eux dans leur véritable beauté : en tant qu'ingénieurs, artistes, architectes, protecteurs de l'eau et commerçants honnêtes. Leur héritage vit dans des personnes comme moi. Il est nécessaire de guérir du génocide de notre identité et de notre culture afin de se reconnecter et de vivre cette vie dans la paix et la transparence. Il est crucial pour les générations futures de se débarrasser de ce qui ne nous sert pas. Nous devons laisser derrière tous les concepts coloniaux tels que l'homophobie, le classisme, l'acquisition possessive des terres et des idéaux capitalistes selon lesquels le capital est plus important que les moyens de subsistance des autochtones.
Les tactiques délibérément anti-indigènes telles que la violence, le vol de terres, l'enseignement colonial et le catholicisme suscitent la honte et la culpabilité chez les indigènes. Il n'y a pas de fierté culturelle lorsqu'il s'agit d'être appelé « indio » (indien), car ce mot évoque des peuples sauvages et non civilisés, à l'image d'un Christophe Colomb perdu en mer.
Lorsque vous dites à un Hondurien, à qui on a appris à s'identifier à un État-nation, qu'il est un indio, vous obtenez souvent une réponse mystifiée. « Yo? Yo no soy indio », répondra-t-il avec un certain dégoût, comme si le fait de s'identifier comme tel était totalement inacceptable, même si la personne a des traits autochtones très distincts.
On nous apprend, explicitement ou implicitement, à haïr nos nez monumentaux qui rappellent les ruines de nos ancêtres. On nous apprend à haïr notre peau couleur terre qui rappelle nos terres fertiles. On nous apprend la haine alors que l'acceptation et la tolérance sont la voie à suivre. Il est vraiment décourageant de vivre en intériorisant des perspectives déformées de soi-même. Il a fallu que j'aille dans le Nord, où j'ai fait l'expérience de l'effacement d'autres groupes de personnes, pour réaliser ce qui était caché en moi et en tous ceux qui m'ont précédé : que mon identité autochtone, elle aussi, avait été effacée et diffamée.
C'est une lutte et un voyage qui commence par l'amour de notre peau brune. Pour aller de l'avant, nous devons centrer et augmenter les voix autochtones de l'isthme, en particulier celles d'origine afro-indigène, car ce sont les populations qui ont été le plus effacées. Bien que nous ne portions pas tous des coiffes, puisque les tenues sont gagnées ou données lors des cérémonies, nous existons tous dans notre plénitude, chaque autochtone ayant un parcours distinct. Nous avons besoin d'être respectés, entendus et de nous sentir vus. Nous sommes les graines qu'ils essaient si désespérément de labourer et nous continuerons à germer et à nous adapter. Nous sommes les nouveaux ancêtres. Bénis soient ceux qui aident les peuples indigènes et nous hébergent sans violence et sans effacement culturel.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220223_145057";}s:15:"20220222_170110";a:7:{s:5:"title";s:69:"Indonésie: la police met violemment fin à une manifestation afghane";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/22/270879/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270879";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 22 Feb 2022 16:01:10 +0000";s:11:"description";s:189:"En Indonésie, des réfugiés vivent dans l'instabilité depuis plus de 10 ans. Des manifestants se sont rassemblés devant l'UNHCR à Medan afin que des mesures soient prises au plus vite.";s:7:"content";s:17663:"
Les réfugiés souhaiteraient obtenir la nationalité ou bénéficier d'une réinstallation
Des réfugiés afghans se mobilisent afin de dénoncer l'inaction visible du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés. Ils demandent à obtenir la nationalité indonésienne, ou à bénéficier d'une réinstallation. Image provenant de Youtube.
[Sauf mention contraire, tous les articles renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]
Avis relatif au contenu: cet article fait mention de la dépression, du suicide et des violences policières.
Le 17 janvier, une manifestation pacifique regroupant des réfugiés afghans a violemment été stoppée par la police à Pekanbaru en Indonésie, ville située sur l'île de Sumatra. Les réfugiés tentaient d'attirer l'attention du monde entier sur les années de déplacement, de maltraitance et de négligence qu'ils ont subi de la part du gouvernement indonésien et de la communauté internationale. La police a dispersé la foule en battant les manifestants à coups de matraque. De nombreux manifestants auraient été blessés.
La manifestation a débuté devant le bureau du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR) suite au suicide d'un membre de la communauté afghane le 16 janvier dernier. Cette personne était la quinzième parmi les membres de la communauté à décéder des suites d'un suicide. Veronica Koman, une représentante d'Amnesty International, a tweeté une vidéo de l'affrontement [attention: le contenu de cette vidéo peut être choquant, âmes sensibles s'abstenir] :
Dozens of Afghan refugees were subjected to violence during forced dispersal by Indonesian police today (17/1/22) in Pekanbaru.
They were protesting in front of the @UNHCRIndo office following the suicide of an Afghan refugee yesterday.
Certains réfugiés afghans vivent en Indonésie dans l'instabilité totale depuis plus d'une décennie, dans l'attente de recevoir la nationalité indonésienne ou des documents leur permettant de se rendre dans un autre pays.
Mohammad Juma Mohseni a été forcé de quitter l'Afghanistan en 2011 et vit en Indonésie depuis bientôt dix ans. Lors d'un entretien avec Gandhara news, une succursale de Radio Free Europe, il aurait déclaré « Quinze personne se sont suicidées et nous en avons empêché dix de le faire ». Il ajoute « ni le gouvernement indonésien ni l'UNHCR n'a eu de bonne nouvelle à nous donner ».
Le gouvernement indonésien n'est pas État partie de la convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés, ni du protocole de 1967 visant à éliminer les restrictions quant aux personnes auxquelles s'applique le statut de réfugié. Le Gouvernement ne dispose d'aucune loi officielle en matière d'asile et délègue toute supervision au bureau de l'UNHCR ainsi qu'à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). L'Indonésie compte plus de 13 700 réfugiés afghans présents sur le territoire depuis plus de dix ans.
Selon la SUAKA, une organisation de la société civile indonésienne pour la défense des droits des réfugiés, les demandeurs d'asile en Indonésie ne sont pas autorisés à travailler, à percevoir des prestations sociales de la part du gouvernement indonésien, à posséder une voiture ou une moto, à voyager en dehors des limites de la ville où ils se trouvent, ou à s'inscrire à l'université.
L'OIM subvient à leurs besoins fondamentaux en attendant leur rapatriement ou leur réinstallation.
Inattention internationale et tragédie
Depuis plusieurs mois, des réfugiés afghans campent devant le bâtiment de l'UNHCR en Indonésie. Capture d'écran provenant de Youtube, reproduite avec autorisation.
L'incident qui s'est produit lundi est le plus récent parmi les nombreux incidents déchirants qui se sont produits au cours de ces derniers mois, tandis que les réfugiés afghans tentent désespérément d'attirer l'attention sur la détresse à laquelle ils font face en Indonésie. Certains d'entre eux campent devant les bureaux de l'UNHCR depuis plusieurs mois dans l'attente de nouvelles informations concernant leur réinstallation et dans l'espoir de sensibiliser le public quant à leur situation.
Le 30 novembre 2021, à Medanon, un groupe de réfugiés afghans a tenu une manifestation d'une durée de 24 heures en face des bureaux de l'OIM. Au cours de cette manifestation, un participant, Ahmad Shah, âgé de 22 ans, s'est immolé. Il vivait en Indonésie depuis 2016, séparé de sa famille et de ses proches, où il demeurait bloqué dans l'attente de pouvoir bénéficier d'une réinstallation.
Celui-ci a souffert de brûlures au troisième degré et aurait été conduit à l'hôpital privé le plus proche avant d'être transféré dans un hôpital public le même jour.
Lors d'un entretien avec The Jakarta Post, Dwi Prafitria Juma, porte-parole de l'UNHCR en Indonésie, aurait déclaré que l'agence était « profondément préoccupée » au sujet de cet incident et qu'une enquête était en cours.
Au moins une vingtaine de personnes s'étaient déjà immolées par le passé. Six d'entre elles ont survécu.
« C'est le septième réfugié que nous sauvons qui souffrait de stress excessif et de dépression à cause de l'instabilité dans laquelle il vit depuis près de sept ans » à déclaré Juma lors d'une conférence de presse tenue devant les bureaux de l'UNHCR.
Au cours de ces derniers mois, en Indonésie, de nombreux réfugiés se sont cousus la bouche en guise de protestation et de désobéissance civile.
Lors d'une interview avec l'agence de presse Voice of America, Ali Yusef, fondateur de Solidarity Indonesia for Refugees (SIR), explique que les réfugiés d'Indonésie se sentent dans l'obligation de prendre de telles mesures car ils se sentent ignorés et réduits au silence. Il s'inquiète également pour leur santé mentale et exhorte les représentants de l'UNHCR à prendre des mesures immédiates.
The facts on the ground are that the UNHCR is less responsive to the fate of refugees in Indonesia. The proof is that they are not able to communicate with UNHCR when they want. … Don't let their delay mean the refugees who are sewing their mouths can injure themselves or even take their own lives. In the name of humanity UNHCR, please meet them. Explain that UNHCR is looking for a solution for them.
La réalité sur le terrain est que l'UNHCR est moins réactive face au sort des réfugiés en Indonésie. La preuve en est que ceux-ci ne peuvent même pas communiquer avec l'UNHCR comme ils le souhaitent. … Ne laissez pas ce manque d'action signifier que les réfugiés qui se cousent la bouchent peuvent s'automutiler ou s'ôter la vie sans conséquences. Au nom de l'humanité, cher UNHCR, allez les rencontrer. Expliquez-leur que l'UNHCR est à la recherche d'une solution pour eux.
Il ajoute « Le monde entier pointera l'Indonésiedu doigt pour avoir été indifférente face à ses citoyens internationaux ».
La prise en charge des réfugiés en Indonésie revient à l‘UNHCR et l'OIM jusqu'à ce que ceux-ci bénéficient d'une réinstallation permanente. Par le passé, ils ont tous deux déjà été accusés d'avoir négligé et mal géré des situations impliquant des réfugiés.
Avant la reprise du pouvoir par les Talibans en août 2021, l'Indonésie abritait le quatrième plus grand nombre de réfugiés afghans au monde après l'Iran, le Pakistan et l'Inde. La plupart de ces réfugiés n'avaient l'intention de rester en Indonésie que temporairement avant de pouvoir rejoindre l'Australie. Cependant, en 2013, l'Australie a fermé ses frontières pour les réfugiés et demandeurs d'asile, forçant donc plusieurs d'entre eux à se retrouver bloqués en Indonésie sans aucun recours.
Depuis la chute de Kaboul en août 2021, la situation s'est empirée. Selon les experts, la situation en Afghanistan ne ferait qu'accroître le sentiment d'impuissance auquel de nombreux réfugiés afghans font face. Cette situation brise également les maigres espoirs de pouvoir retourner dans leur pays d'origine ; et cela amoindrit leurs chances de bénéficier d'une réinstallation en raison de l'afflux supplémentaire de nouveaux réfugiés ayant fui les Talibans.
Qui plus est, au cours de ces dernières années, de nombreux pays ont réduit le quota de réfugiés qu'ils puissent accueillir, et selon l'UNHCR, durant la pandémie du Covid-19, le nombre de réfugiés à avoir bénéficié d'une réinstallation à atteint la plus grosse baisse de ces vingt dernières années. L'agence de l'ONU déclare avoir découvert que 160 pays ont fermé leurs frontières en 2020 pendant la pandémie, dont 99 qui n'auraient mis en place aucune exception pour les personnes en danger cherchant refuge.
Par conséquent, de nombreux réfugiés n'ont trouvé aucun moyen de bénéficier d'une réinstallation dans un troisième pays ou d'obtenir ne serait-ce qu'une certaine stabilité.
Pendant plusieurs années, des organisations pour la défense des droits des réfugiés ont demandé à ce que l'Indonésie prenne des mesures pour améliorer les conditions de vie des réfugiés, mais ces demandes n'ont abouti qu'à peu de changements. En attendant, les citoyens fournissent leur aide à hauteur de leurs capacités, en utilisant notamment le hashtag #HelpRefugees_Indonesia sur les réseaux sociaux tels que Twitter ou Instagram, en appel au soutien des réfugiés.
Dans une pétition sur change.org au sujet de la situation des réfugiés afghans en Indonésie, Musa Zafar à déclaré:
Their most basic fundamental rights, which are emphasized in international instruments such as the Universal Declaration of Human Rights, are systematically infringed on a daily basis. Their freedom of movement, education, employment, and political and social rights have been ignored. These people have been forgotten and the world has turned a blind eye to their crisis.
Leurs droits fondamentaux, qui sont mis en avant dans des documents internationaux tels que la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, sont enfreints systématiquement et de manière quotidienne.Leur liberté de circulation, d'enseignement, d'emploi, ainsi que leurs droits sociaux et politiques ont été mis de côté. Ces personnes ont été oubliées et le monde entier ferme les yeux sur la crise qu'ils traversent.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220222_170110";}s:15:"20220222_144943";a:7:{s:5:"title";s:43:"L'Observatoire des médias citoyens en 2021";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/22/271013/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271013";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 22 Feb 2022 13:49:43 +0000";s:11:"description";s:114:"2021 a été une grande année pour l'Observatoire des médias citoyens. Voici un récapitulatif de notre travail.";s:7:"content";s:17283:"
[Sauf mention contraire, tous les liens de cette article renvoient vers des pages web en tchèque, ndt.]
2021 a été une grande année pour l'Observatoire des médias citoyens. Voici une synthèse de notre travail.
Quels sont nos activités à l'Observatoire des médias citoyens ?
Nous identifions et analysons la manière dont les gens construisent et partagent des récits dans les médias Nous expliquons le contexte et le sous-texte qui sous-tendent ces récits et ces articles de presse. Nous évaluons l'impact des articles de presse sur la société à l'aide d’une carte de score Nous partageons les résultats de la recherche dans une base de données publique, via des articles de Global Voices et d'un bulletin d'information.
Alors que le travail de l'Observatoire est axé sur l'analyse qualitative approfondie des cadres narratifs et des contenus médiatiques, il est également intéressant de considérer le travail produit par l'Observatoire en chiffres. Cette année, nous avons :
Texte de l'image : 1388 articles de presse analysés, 371 cadres narratifs investigués, 40 chercheurs, 20 pays couverts, 41 articles de l'observatoire
Voici un aperçu de nos projets de 2021 :
L'initiative chinoise de la Ceinture et de la Route : affaire ou vol ?
À mesure que la Chine se développe et fait valoir ses intérêts en tant que puissance mondiale, nous avons analysé la manière dont Pékin exerce son influence dans d'autres pays.
Nos chercheurs ont identifié et analysé des articles de presse basés sur des récits tels que « L'IRB apporte de véritables avantages aux pays partenaires », « Les autres pays doivent tenir tête à la Chine » ou « Les interventions et projets chinois dans d'autres pays nuisent à l’environnement ».
A ce jour, les chercheurs ont produit 37 articles sur la base de leurs analyses. En voici quelques-uns :
Texte de l'image : Le sujet sensible des Ouïghours : la Turquie face à la politique étrangère de la Chine
Texte de l'image : Les programmes d'enseignement supérieur chinois attirent un nombre croissant d'étudiants du Kazakhstan
Texte d’image: Pourquoi les élites tchèques sont-elles captivées par les récits de Pékin ?
Image de texte : Un influenceur chinois arabophone divise l'opinion publique en Égypte
Un choc de récits : Identité nationale et conflit violent en Éthiopie
En 2020 et 2021, Global Voices a exploré les visions concurrentes de l'identité nationale de l'Éthiopie — des conflits de longue date qui ont dégénéré en violence pendant la période où nous poursuivions nos recherches.
Le rapport sur l'écosystème médiatique éthiopien qui en résulte documente les récits d'identité nationale et ethnique, le conflit du Tigré, le nationalisme oromo et les changements significatifs dans les alignements politiques.
La base de données contient 336 éléments médiatiques et comprend plus de 170 sources médiatiques, dont des médias éditoriaux, des réseaux sociaux, d'autres médias en ligne et des médias hors ligne. Les sources médiatiques comprennent également un éventail de diffuseurs populaires, d'organes de presse et de canaux de réseaux sociaux de premier plan.Voir les articles :
Nos principales observations sont les suivantes :
Les récits changent en réponse à des événements importants, notamment autour du conflit du Tigré ;
L'infrastructure médiatique éthiopienne est fragile et dépend de l'autorité publique ;
Les médias de la diaspora, y compris les médias sociaux, semblent avoir un impact important sur les médias en Éthiopie.
En 2020-2021, nous avons mené des projets d'observatoire au niveau national en Bolivie, au Brésil, en Haïti, au Venezuela, en Inde et au Myanmar, en nous concentrant principalement sur les élections et les crises de légitimité.
Dans le cas du Myanmar, la crise autour des élections générales a provoqué un coup d'État qui a débouché sur une dictature militaire. Nous avons couvert ces événements dans trois sections de couverture spéciale :
En novembre 2021, nous avons lancé de nouveaux observatoires en Inde, au Pakistan, au Myanmar, en Russie, au Nicaragua et en Afghanistan. Le Mali, le Bangladesh et la Turquie seront ajoutés en 2022. Cette nouvelle collection d'observatoires présente notre première base de données publiques continuellement mise à jour.
Cet ensemble de données permet aux personnes intéressées par la recherche sur les observatoires de s'engager dans une analyse approfondie des éléments médiatiques, des récits, des thèmes, des personnes et des entités d'intérêt dans tous les observatoires actifs.
Texte d’image: Undertones : La violence en ligne au Myanmar et la dissimulation du smog au Pakistan
Texte d’image: Undertones : Une plongée dans l'hyper-nationalisme indien
Texte d’image: Undertones : Les élections « bidon » du Nicaragua ont l'effet d'une douche froide sur les médias
Nous organisons des observatoires pour soutenir la participation de reporters indigènes à des activités d'éducation aux médias et à l'information.
Le premier projet explorera les récits liés aux changements climatiques dans la région bolivienne du Gran Chaco, vulnérable sur le plan environnemental, tout en examinant les différences dans la représentation des perspectives et des récits de divers groupes dans les médias.
Des représentants des communautés indigènes et d'autres populations historiquement marginalisées de Bolivie participeront à un projet de cartographie de l'écosystème médiatique et à des ateliers en 2022.
Merci à nos donateurs !
L'Observatoire est soutenu par de multiples sources, notamment des subventions et des contrats de la BBC Media Action, de la Fondation MacArthur et de la National Endowment for Democracy, ainsi que des dons de Facebook (désormais Meta) et de donateurs individuels.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220222_144943";}s:15:"20220222_131826";a:7:{s:5:"title";s:106:"L'accès aux soins de santé ne sera plus refusé aux Mozambicains en raison de leur tenue vestimentaire..";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/22/269995/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=269995";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 22 Feb 2022 12:18:26 +0000";s:11:"description";s:205:"Le ministère de la Santé a publié une déclaration dissuadant les professionnels de la santé sur l'interdiction d'accès des usagers à l'unité sanitaire à cause des vêtements ou autres accessoires.";s:7:"content";s:16121:"
Auparavant, les hôpitaux pouvaient refuser des soins de santé
Fin du manque d'accès aux établissements de santé dû à l'habillement | Photo de l'Observatoire citoyen de la santé (utilisée avec autorisation, novembre 2021)
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en portugais, ndt.]
Pendant des années, au Mozambique, on a peu parlé des règles hospitalières qui excluaient les patients à cause de leurs vêtements ou de leur apparence. La situation a connu un changement en juin 2020, lorsqu'une organisation de la société civile appelée Observatoire citoyen de la santé (OCS) a publié une pétition [por] exigeant un accès égal aux soins de santé pour tous les Mozambicains – quelle que soit leur apparence.
Jusque-là, les personnes portant des jupes courtes, des chaussures simples, des shorts, des vêtements de sport, des tenues décolletées, ou même celles qui avaient les cheveux tressés en dreadlocks pouvaient être refoulées dans les hôpitaux et les prestataires de soins de santé.
L'OCS a publié une étude [por] sur le sujet, en déclarant que l'interdiction d'accès dans les structures sanitaires en raison de l'habillement constitue une violation manifeste des droits de l'homme. Cette décision est contraire à [por] la Constitution de la République du Mozambique et aux autres traités internationaux relatifs à la protection des droits de l'homme, tels que la Charte africaine [por] des droits de l'homme et des peuples.
Selon l'OCS, en octobre 2020, le ministère de la Santé (MISAU), par le biais de la Direction nationale de l'assistance médicale, a publié une circulaire qui dissuadait [por] les professionnels de la santé d'interdire aux utilisateurs, l'accès aux unités de santé à cause de leurs vêtements.
Cependant, à peine un an plus tard, en octobre 2021, une mesure entra en vigueur, interdisant officiellement la discrimination qui a été rendue publique dans les hôpitaux du pays. L'OCS a qualifié cette loi de réalisation importante, en particulier pendant la pandémie de coronavirus :
— Citizen's Observatory for Health (OCS) (@DoObservatorio) November 4, 2021
Les professionnels de santé sont interdits d'empêcher l'accès aux services de #santé [por] à cause des vêtements pic.twitter.com/od4P5I1Tjg
— Observatoire citoyen de la santé (OCS) (@DoObservatorio) 4 novembre, 2021
O Observatório Cidadão para Saúde (OCS) iniciou com a fixação de cartazes, nas Unidades Sanitárias da cidade de Maputo, contendo mensagens que anunciam o fim da proibição de acesso às unidades de saúde em função da indumentária pic.twitter.com/wbKF2WdubU
— Observatório do Cidadão para Saúde (OCS) (@DoObservatorio) October 20, 2021
The Citizen's Observatory for Health (OCS) has started posting posters in Health Units in the city of Maputo, containing messages announcing the end of the ban on access to health units due to clothing pic.twitter.com/wbKF2WdubU
— Citizen's Observatory for Health (OCS) (@DoObservatorio) October 20, 2021
L'Observatoire citoyen de la santé (OCS) a commencé à coller des affiches dans les structures sanitaires de la ville de Maputo. Lesquelles affiches contenaient des messages annonçant la fin de l'interdiction d'accès aux unités de santé à cause des vêtements pic.twitter.com/wbKF2WdubU
— Observatoire citoyen de la santé (OCS) (@DoObservatorio) 20 octobre, 2021
Iva Mugalela, professeur de danse, a exulté sur sa page Facebook, affirmant que cette décision était attendue depuis longtemps :
Foi muita luta, mas valeu a pena…Espero que se estenda para outras instituições….mas dreads mesmo???? Ihiiii distras… Clélia Francelina, sei que isto faz parte do teu trabalho, well done… Julio Messa, pronto, pelo menos já podes ir de shorts, sem stress (apesar de que, o melhor é não ter que ir, ntsem).
Andarei com esse panfleto na bolsa e uma foto aqui no cell…
It was a lot of struggle, but it was worth it…I hope it spreads to other institutions….but dreads anyway???? Clélia Francelina, I know this is part of your job, well done… Julio Messa, that's it, at least you can wear shorts, without stress (although the best thing is not to go).
I'll walk with this pamphlet in my bag and a photo here on the phone…
C'était une lutte acharnée, mais ça en valait la peine…J'espère qu'elle s'étendra à d'autres institutions….mais les dreads quand même ???? Clélia Francelina [por], je sais que cela fait partie de votre travail, bien joué… Julio Messa [por], ça y est, au moins on peut porter des shorts, sans stress (même si la meilleure chose à faire est de ne pas y aller).
Je vais marcher avec ce dépliant dans mon sac et la photo-ci dans le téléphone…
Nilza Nhamachua a même souligné [por] que le mode de fonctionnement des hôpitaux au Mozambique est le résultat de la stigmatisation de la vie quotidienne :
Eu ate hoje luto no seio da minha familia para fazer entender que o facto de alguém ter Dreadlocks não lhe torna diferente na sua maneira de ser, estar e pensar na sociedade. Esse estigma não só parte da rua mas de casa mesmo. Ainda precisamos de descolonizar mentes.
I still fight within my family to make people understand that the fact that someone has Dreadlocks does not make them different in their way of being, being and thinking about society. This stigma not only comes from the street but from the house itself. We still need to decolonize minds.
Je me bats encore au sein de ma famille pour faire comprendre aux gens que le fait qu'une personne ait des Dreadlocks ne la rend pas différente dans sa façon d'être, de se comporter et de penser de la société. Cette stigmatisation ne vient pas seulement de la rue mais de la maison elle-même. Encore faut-il décoloniser les esprits.
Dans la même publication, certains ont demandé à l'État d'aller plus loin dans l'amélioration de la prestation des services de santé dans le pays, explique [por] Mendes Alfazema :
Também deve ser proibido que os profissionais de saúde façam perguntas desnecessárias para pacientes com necessidades urgente de atendimento….Passei muito mal, estava entre a vida e a morte e não queriam me atender antes de abrir processo.
It should also be prohibited for health professionals to ask unnecessary questions to patients with urgent care needs…. I was very sick, I was between life and death and they didn't want to see me before filing the process.
On devrait également interdire aux professionnels de la santé de poser des questions inutiles aux patients ayant des besoins urgents en matière de soins…. J'étais très malade, étant entre la vie et la mort. Toutefois, ils ne voulaient pas me recevoir avant d'entamer la procédure.
Les restrictions vestimentaires n'ont aucun fondement juridique au Mozambique, et le COH suppose que l'interdiction a refait surface, de manière organique, au niveau de l'entreprise, sur la base des coutumes et pratiques locales.
Cependant, l'étude [por] de l'organisation a noté qu'il était impossible d'extraire des données ou des chiffres précis sur le nombre de personnes ayant réellement souffert de cette mesure prohibitive. Ainsi, le COH espère rassembler des résultats sur la façon dont les changements récents impactent les services de santé mozambicains.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220222_131826";}s:15:"20220218_155552";a:7:{s:5:"title";s:78:"En cette année électorale, la liberté de la presse prend du recul en Angola";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/18/271129/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=271129";s:7:"pubDate";s:31:"Fri, 18 Feb 2022 14:55:52 +0000";s:11:"description";s:158:"De nombreuses chaînes de télévision sont récemment passées sous la tutelle de l'État après avoir été suspendues pour avoir critiqué le gouvernement.";s:7:"content";s:10678:"
Le président actuel, João Lourenço, a été élu en 2017
En avril 2021, le Gouvernement angolais a ordonné la suspension des activités de TV Record África dans le pays, invoquant des irrégularités. Image : Giovana Fleck/Global Voices
[Sauf indication contraire, tous les liens de cette page renvoient vers des sites en portugais]
L'Angola organisera les élections présidentielles et parlementaires en août 2022. L'actuel Chef de l'État, João Lourenço, du parti Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), a été élu en 2017, après que son prédécesseur, José Eduardo dos Santos, ait démissionné après plus de 30 ans au pouvoir.
Fondé en 1956, le MPLA gouverne l'Angola depuis son indépendance du Portugal en 1975. Depuis lors, il est le plus grand parti du pays et, par conséquent, contrôle divers secteurs de gouvernance et sociaux, notamment les médias.
Pendant le mandat de José Eduardo dos Santos, l'Angola était considéré comme un pays où la liberté d'expression et de la presse était menacée, principalement en raison des interdictions de manifestations publiques et des arrestations contre les militants et les politiciens de l'opposition.
L'un des cas emblématiques, couvert par Global Voices [fr] en 2016, est celui où 17 militants ont été arrêtés [fr] après avoir discuté d'un livre considéré comme une « arme de guerre » par le gouvernement précédent. Ils ont été libérés quelques mois plus tard.
Les électeurs espéraient un changement lorsqu'ils ont élu le président actuel en 2017. Alors qu'il semblait prometteur au début de son mandat, le temps montre que son mandat s'est avéré plus ou moins le même. Sous son mandat, les citoyens n'ont toujours pas le droit de manifester et font face à des arrestations et détentions injustifiées.
Les libertés fondamentales en année électorale
L'Angola a vu la tension monter depuis les élections de 2017, marquées par des protestations et des conflits politiques. En 2021, les citoyens sont descendus dans la rue après l'approbation d'une loi électorale, alors que les principaux acteurs politiques du pays n'étaient pas parvenus à un consensus.
Outre les protestations, les médias (traditionnellement dominés par l'Etat) ont également subi un revers, notamment, les chaînes de télévision et les journaux à plus grande diffusion. L'incident le plus récent concerne la suspension des chaînes de télévision privées qui opéraient dans le pays.
Le premier cas de suspension date d'avril 2021, lorsque le Gouvernement a ordonné l’arrêt des transmissions de TV Record Africa, invoquant des irrégularités. Cette télévision est l'un des plus grands groupes d'audio-visuel commercial au Brésil. Le ministère des Télécommunications, des Technologies de l'information et de la Communication sociale (MINTTICS) a justifié la suspension au motif que son directeur exécutif est un citoyen « non national ».
A la même occasion, un autre groupe de médias, qui exploite des chaînes de télévision, appelé ZAP, a également été suspendu sur des soupçons d'illégalités dans ses opérations. À l'époque, les autorités avaient déclaré que l'évaluation effectuée par ce ministère avait révélé que des journaux, des magazines et des stations radiophoniques étaient enregistrés dans le pays, mais qu'ils ne fonctionnaient pas de manière effective.
En réaction à cela, Angela Quintal, coordonnatrice du programme Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a invitéle Gouvernement à mettre fin à la suspension, priant l'exécutif de cesser de persécuter les médias qui le critiquent :
Com a aproximação das eleições do próximo ano, o Presidente João Lourenço e a sua administração deveriam promover a pluralidade de perspetivas nos ‘media’ e assegurar que o Estado não tem o monopólio da informação crucial para o público tomar decisões fundamentadas.
À l'approche des élections de l'année prochaine, le Président João Lourenço et son administration devraient promouvoir une pluralité de points de vue dans les médias et veiller à ce que l'État n'ait pas le monopole d'informations cruciales pour que les citoyens puissent faire des choix éclairés.
En janvier 2022, il a finalement annoncé que les chaînes seraient remises sous la gestion de l'État. Il se trouve que le bureau du procureur général a décidé que la gestion des sociétés ZAP Media S.A et Finstar devait être confiée au ministère qui supervise les médias en Angola et qui doit garantir la réintégration des travailleurs licenciés de la chaîne.
Dans son récent rapport sur l'Angola, Human Rights Watch a attiré [fr] l'attention sur le nombre croissant de violations des libertés fondamentales dans ce pays, en mettant l'accent sur le secteur de la presse.
O Comité de Protecção dos Jornalistas, CPJ, relatou pelo menos seis outros casos de queixas por difamação criminal contra jornalistas em Angola desde Março de 2021. Milhões de angolanos em todo o país continuam a ter acesso a informação livre, diversa e imparcial, uma vez que Angola continuou a ser o único país da África Austral sem estações de rádio comunitárias.
Le Comité pour la protection des journalistes, (CPJ), a signalé au moins six autres cas de plaintes pour diffamation criminelle contre des journalistes depuis mars 2021. Des millions d'Angolais à travers le pays continuent d'avoir accès à des informations libres, diverses et impartiales, car l'Angola est resté le seul pays d'Afrique australe à ne pas disposer de stations de radio communautaires.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220218_155552";}s:15:"20220210_150521";a:7:{s:5:"title";s:114:"Melbourne: trois adolescents attirent l’attention du public avec leur site de suivi de données sur la Covid-19.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/10/268300/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=268300";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 10 Feb 2022 14:05:21 +0000";s:11:"description";s:178:"« Nous avons reçu notre première dose de vaccin. J'ai pensé que c'était le moment idéal pour révéler qui nous sommes. Ravi de finalement faire partie de nos données ! »";s:7:"content";s:12340:"
Trois jeunes deviennent leaders de la communication de données Covid.
COVID Base AU logo – image utilisée avec la permission de @CovidBaseAU
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.]
Pour ceux qui attendaient une histoire optimiste sur la covid-19, en voilà une venue d’Australie.
Les trois personnes derrière le projet CovidBaseAU, l’un des sites Internet et comptes Twitter australiens les plus populaires depuis le début de la pandémie, ont fait leur coming-out. Le Guardian Australia explique les dessous de cette histoire :
It turns out one of the most authoritative Covid-19 tracking sites in Australia is run by three teenagers.
The team, who have been running CovidbaseAU, became part of their own statistics after getting their first doses of the Moderna vaccine in Melbourne.
« Il s'avère que l’un des sites les plus respectés dans le domaine de l’analyse des données Covid-19 en Australie est dirigé par trois adolescents.
L’équipe, à l'origine du projet CovidBaseAU, a intégré ses propres statistiques en recevant leurs premières doses du vaccin Moderna à Melbourne. »
CovidBaseAU présente des données quotidiennes sur la pandémie en Australie, ceci comprenant le nombre de cas locaux, de tests, d’hospitalisations, de décès et de vaccinations. Ils utilisent des statistiques nationales ainsi que celles des différents États australiens.
Jack et Darcy ont quinze ans, Westley en a quatorze. Leur Tweet publié pour célébrer leur première injection du vaccin leur a également permis de sortir de l’ombre :
Boum! Les 12-15ans ont maintenant accès au vaccin!
Aujourd’hui Jack, Westley et Darcy, tous trois responsables du projet @CovidBaseAU, avons reçu nos premières doses du vaccin Moderna.
J’ai pensé que c’était l’occasion parfaite pour révéler qui nous sommes vraiment.
Absolument ravis d’être finalement inclus dans notre base de données!
Seulement quelques heures après sa publication plus de 1400 réponses au Tweet avaient été postées. Cet échange a jeté les projecteurs sur ces trois jeunes pionniers:
Mark Stoove : « Bon boulot les gars ! Besoin d'un travail à mi-temps?
CovidBaseAU :
(Jack) : « J'en ai un, je travaille effectivement dans un restaurant (sauf en ce moment à cause du confinement). Darcy travaille un peu dans la modélisation thermique. Westley n’a pas encore 15 ans, ce qui ne facilite pas les choses. Mais merci ! »
Des félicitations de personnalités de haut rang ont été remarquées, notamment ce Tweet du professeur de Santé publique Bill Bowtell :
Warmest congratulations and many thanks for your great contributions to quantifying Covid. Good policy can only be made on basis of good and honest figures provided quickly. You have made a real difference.
Mes chaleureuses félicitations, et merci infiniment pour cette superbe contribution à la quantification de la Covid. Ce n’est qu’avec les bons chiffres, fournis dans les meilleurs délais, qu’une bonne mesure peut être mise en place. Vous avez vraiment fait la différence.
Le trio était interviewé par un autre « Gremlin amateur de chiffres », Casey Briggs, sur la chaîne de télévision australienne ABC TV News (du groupe Australian Broadcasting Corporation). Briggs a été l’expert des données, présent régulièrement sur les plateaux d’ABC TV depuis le début de la pandémie. Ces explications graphiques, très appréciées, ont inspiré de nombreuses personnes à le suivre sur les réseaux sociaux.
Le présentateur d’ABC a plaisanté, disant que le trio était démasqué, ce qu’ils étaient littéralement dans la vidéo:
Ils ont expliqué que leurs cours à distance, mis en place pendant le confinement, les avaient aidé pour ce projet.
Le « data geek » Ben Kraut a salué la complexité de leur travail :
Pour ceux qui ignoreraient les éblouissantes capacités de codage du trio derrière le projet @CovidBaseAU, regardez ce superbe Tweet aujourd’hui. Partis d’un BOT, ils ont créé un code ! C’est l’un des Tweets les plus perfectionnés que j’ai pu voir sur la Covid. Tellement génial !
Mon fils de huit ans vous a vus ce soir travailler sur votre projet. Il s'est émerveillé de voir ce que vous faites. Continuer de chercher et de nous inspirer. Nous sommes pleins d'espoir !
Warm congratulations from the Netherlands ?? You 3 really put a big smile on my face. Keep up the good work you'll do on your website, it is really incredible!
Nos chaleureuses félicitations des Pays-Bas !! Vous m'avez vraiment arraché un grand sourire. Continuer le bon boulot sur votre site Internet, c'est vraiment incroyable !
Hi all. Just wanted to put out this tweet. We've received a number of messages from people in the media who have reached out. Really sorry but its just impossible to get to everyone. We're working it people but the number of messages we have received is very overwhelming.
Salut à tous. Je souhaitais simplement publier ça dans un Tweet. Nous avons reçu un nombre incroyable de messages provenant des hommes de médias. Vraiment désolé mais c'est juste impossible de répondre à tout le monde. Nous y travaillons mais le volume de messages que nous avons reçu est vraiment immense.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220210_150521";}s:15:"20220210_142335";a:7:{s:5:"title";s:54:"Les vols entre la Turquie et l'Arménie vont reprendre";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/10/270944/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270944";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 10 Feb 2022 13:23:35 +0000";s:11:"description";s:186:"Après la réunion à Moscou, les deux pays ont annoncé que les vols affrétés assurés par la compagnie aérienne Pegasus et la compagnie aérienne FlyOne reprendraient le 2 février.";s:7:"content";s:9216:"
Les vols entre la Turquie et l'Arménie reprendront le 2 février
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Le 2 février 2022, la Turquie et l'Arménie vont reprendre les vols pour la première fois depuis novembre 2019. À l'heure actuelle, aucun vol ne circule entre les deux pays. Auparavant, les vols passagers étaient assurés [tr] par la compagnie aérienne Atlasjet qui a fait faillite [tr] en 2019. L'annonce intervient au milieu de tentatives de normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie.
La décision a tout d'abord été annoncée l'année dernière par le ministre des Affaires étrangères turc Mevlüt Çavuşoğlu. Peu de temps après l'annonce, les deux pays ont fixé des envois spéciaux sur une base de réciprocité.
Le 14 janvier, les deux porte-paroles, Serdar Kilic, un ancien ambassadeur des États-Unis, et Ruben Rubinyan, Vice-président de l'Assemblée nationale arménienne, se sont rencontrés pour la première fois à Moscou. À la suite de cette rencontre, les deux pays ont annoncé que les vols affrétés assurés par la compagnie low-cost turque Pegasus Airlines et la compagnie low-cost moldave FlyOne reprendraient le 2 février.
D'après les reportages de Reuters, « un porte-parole de la compagnie aérienne Pegasus a déclaré qu'elle tiendra son premier vol d'Istanbul à Erevan le 2 février, avec un vol retour prévu pour le 3 février, et que l'itinéraire ouvrirait trois autres vols réciproques par semaine. »
Dans une déclaration [tr] du ministère turc des Transports et de l'Infrastructure, les vols de FlyOne devraient atterrir à l'aéroport d'Istanbul à 19 h 50, tandis que le vol pour Erevan partira de l'aéroport international Sabiha Gökçen à 23 h 35 heure locale le même jour.
Parmi les autres développements positifs, il y a la levée de l'embargo sur les produits turcs par Erevan au vu des évolutions positives du processus de normalisation de l'année dernière. La décision a été imposée le 31 décembre 2020 en représailles, après qu'Ankara soutienne Bakou pendant la guerre de 44 jours avec l'Arménie sur le territoire du Haut-Karabakh.
Lors de la réunion de janvier à Moscou, les partis se sont concentrés sur « la stimulation du commerce et des réseaux de transport, ainsi que sur la nomination de représentants diplomatiques, » a rapporté le Financial Times.
En 2008, la Turquie et l'Arménie avaient presque trouvé un terrain d'entente, quand le président turc de l'époque, Abdullah Gul, est allé à Erevan pour regarder le premier des deux matchs de qualification de la Coupe du Monde entre la Turquie et l'Arménie. Un an plus tard, Serge Sarkissian, le président arménien, est allé dans la province turque de Bursa pour regarder un autre match de football entre les deux équipes nationales. Le match et la visite de Sarkissian en Turquie ont eu lieu après la signature d'une série de protocoles à Zurich, ayant pour but de normaliser les relations entre les deux pays. Décrite alors comme « diplomatie du football », les négociations ont fini par tomber à l'eau après que la Turquie se soit retirée suite à la pression croissante de l'Azerbaïdjan. En 2018, l'Arménie a officiellement déclaré les protocoles caducs.
Tandis que la prochaine réunion entre la Turquie et l'Arménie n'a pas encore été fixée, une agence de presse turque [tr] a rapporté le 21 janvier qu'elle aura probablement lieu en Turquie ou en Arménie puisque la présence d'un tiers n'est plus nécessaire, a annoncé l'agence de presse en donnant des sources diplomatiques.
Les négociations en cours sont un signe positif, quelque chose qui est répété dans tous les domaines par un certain nombre d'experts et d'observateurs couvrant les points de développement régionaux. Cependant, comme l'indiquent les analystes du groupe de crise international dans leur mémoire publié le 13 janvier, « d'autres tremplins de ce genre seront nécessaires pour rétablir la faible confiance entre les partis. Une perturbation de cet effort pour établir des liens de voisinage — seulement le troisième effort en autant de décennies et une opportunité importante pour la Turquie, l'Arménie et l'ensemble de la région —ne pouvait que faire baisser cette méfiance. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220210_142335";}s:15:"20220210_135232";a:7:{s:5:"title";s:156:"Attaque d'un centre de la communauté LGBTI à Sofia : les activistes bulgares et les politiciens traditionnels condamnent la violence de l'extrême droite.";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/10/270592/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270592";s:7:"pubDate";s:31:"Thu, 10 Feb 2022 12:52:32 +0000";s:11:"description";s:180:"Un groupe paramilitaire a mis à sac le centre LGBTI de Sofia. Gloria Filipova a été agressée, quelques jours après l'annulation de la ratification à la convention d'Istanbul.";s:7:"content";s:14462:"
Les crimes de haine toujours absents du code pénal bulgare
Samedi 30 octobre 2021, Gloria Filipova du Rainbow Hub s'est retrouvée sous les feux des projecteurs. Photo : capture d'écran d'une vidéo Facebook du Rainbow Hub, utilisée avec permission.
Samedi 30 octobre, un groupe d'une dizaine d'hommes costauds du parti ultra-nationaliste Bulgarian National Union- New Democracy (BNU-ND) a attaqué le Rainbow Hub, un centre de la communauté LGBT de Sofia, la capitale bulgare. Le groupe extrémiste proche des mouvements néo-nazis a vandalisé les lieux, détruisant meubles et équipements, au moment même où le candidat à la présidentielle Boyan Rasate s'en prenait physiquement l'activiste Gloria Filipova.
Our office and LGBTI community center in #Sofia – Rainbow Hub, was attacked tonight during a #trans community gathering. The leader of the attack Boyan Rasate is well known for his LGBTI-phobic actions and statements, and is currently running for President in #Bulgaria (read ) pic.twitter.com/StwibomFGL
Notre bureau ainsi que le Rainbow Hub, le centre de la communauté LGBTI de #Sofia, ont été attaqués ce soir pendant un rassemblement de la communauté #trans. Le meneur de cette attaque Boyan Rasate est bien connu pour ses déclarations et actes anti-LGBTI. Il est actuellement en lice pour l'élection présidentielle #bulgare. (lire ) pic.twitter.com/StwibomFGL
Selon la chaîne Nova.bg TV News, la police a ouvert une enquête pour « hooliganisme » à la suite du témoignage de Gloria Filipova qui a subi des examens médicaux suite à son agression :
Физически съм добре. Нараняването е минимално. Психически съм доста стресирана. Имахме събитие и към 17.30 ч. се почука на вратата. Едно момиче стана да отвори. Аз също отидох, за да видя кой е. Влезе група, ръководена от Боян Расате. Започнах да викам, че не може да влизат и тогава той ме удари. Започнаха да чупят всичко наоколо. Всичко продължи няколко минути. Звъннах на 112.
Physiquement, je vais bien. Les blessures sont superficielles. Psychologiquement je suis très stressée. Nous tenions une rencontre, lorsque vers 17:30 quelqu'un a frappé à la porte. Une fille est allée ouvrir. Je l'ai suivie pour voir qui c'était. Un groupe dirigé par Boyan Rasate est entré. Je me suis mise à crier, leur disant qu'ils n'avaient pas le droit de rentrer, puis il m'a frappée. Ils ont commencé à tout saccager. La scène a duré plusieurs minutes. J'ai téléphoné à la police.
D'autres témoins ont confirmé que l'homme suspecté d'avoir mené l'attaque, Boyan Rasate, avait asséné Filipova d'un coup de poing sur le visage. Selon le Sofia Globe, Filipova a ajouté :
In the end, Boyan Rasate and another man remained. I had said that they had done their job and could leave, but he replied that he had not finished yet and took out a knife and cut the tires of a scooter that was here. The knife was not used against us, but there was a weapon.
A la fin, il ne restait que Boyan Rasate et un autre homme. Je leur ai dit qu'ils avaient terminé leur travail et qu'ils pouvaient partir. Il me répondit qu'ils n'avait pas encore fini. Il sortit un couteau et creva les pneus d'un scooter qui se trouvait là. Bien que le couteau n'ait pas été utilisé contre nous, il s'agissait bien d'une arme.
Monsieur Rasate a déclaré sur Nova.bg dimanche matin que la police ne l'avait jusqu'alors pas sollicité.
Selon Radio Free Europe en bulgare, quatre partis politiques ainsi que de nombreux politiciens ont condamné l'attaque.
Radan Kanev, membre de centre droit du parlement européen, a déclaré dans un post publié sur Facebook que l'événement, bien que «scandaleux et perturbant» était prévisible; car la « violence basée sur une haine des sexualités différentes, et spécifiquement des personnes gays, n'est pas un problème nouveau en Bulgarie. Au contraire, c'est un problème qui s'aggrave et qui a déjà fait de nombreuses victimes innocentes. »
Il a également réitéré l'appel à ce que les délits motivés par une haine des sexualités différentes soient qualifiés de crime dans le code pénal.
L'attaque néo-nazie sur le centre #RainbowHub de #Sofia est tout aussi scandaleuse et alarmante qu'elle était prévisible, car la violence basée sur la haine des sexualités différentes, particulièrement des homosexuels, n'est pas un problème nouveau en #Bulgarie. Bien au contraire, c'est un problème qui s'aggrave. @Europarl_EN@hrw#LGBTpic.twitter.com/aweENn9Dlb
Selon Monitor.bg, le parti politique de centre gauche We Continue the Change a publié un communiqué sur Facebook, dans lequel ils affirment que les assaillants, issus d'une « organisation de type paramilitaire » étaient armés, et réclamaient une action rapide, la révocation de l'immunité parlementaire de leur chef.
Le fondateur de Rainbow Hub, Blitis Foundation, a déclaré sur Twitter que l'attaque avait eu lieu tout juste dix jours après que la pétition co-écrite par All Out ait recueilli plus de 8000 signatures. Celle-ci a été envoyée au Ministère de la justice et demandait que les crimes anti-LGBTI soient inscrits dans le code pénal. Les crimes de haine, motivés par l'orientation sexuelle ou le genre de la victime, ne sont pour l'instant pas reconnus spécifiquement en Bulgarie.
Le 26 octobre, la Cour constitutionnelle de Bulgarie a jugé que la ratification de la Convention d'Istambul, un traité international des droits de l'homme contre la violence envers les femmes et la violence domestique, serait anticonstitutionnelle. Selon le site d'information Balkan Insight, les activistes présents en Bulgarie ont vivement critiqué cette décision, qui précisait que le mot « genre » s'applique uniquement au sexe biologique.
En Bulgarie, le terme « genre », traduit littéralement par le mot : « джендър » est utilisé comme une insulte pour rabaisser les minorités sexuelles et les personnes en non-conformité de genre. Le terme est également souvent utilisé pour dénigrer les féministes et les défenseurs des droits de l'homme.
De nombreuses personnes sur Twitter ont lancé un appel à la solidarité avec Rainbow Hub, et ont précisé que les dons seraient utilisés pour la reconstruction et l'achat de matériels nécessaires pour les locaux.
Yesterday evening an LGBTI Community Centre in Sofia was attacked by the Bulgarian National Union, with one person injured. If you’d like to support the Centre in rebuilding and continuing its important work, here’s how to donate pic.twitter.com/uaaM74YFUd
Hier soir le centre de la communauté LGBTI de Sofia a été attaqué par l'Union Nationale Bulgar, une personne a été blessée. Si vous souhaitez soutenir le centre pour son travail et sa reconstruction, voilà comment donner : pic.twitter.com/uaaM74YFUd
";s:7:"dateiso";s:15:"20220210_135232";}s:15:"20220209_160507";a:7:{s:5:"title";s:125:"Enda, la première marque de chaussures de course du Kenya espère se tailler une place sur la scène sportive internationale";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/09/270871/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270871";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 09 Feb 2022 15:05:07 +0000";s:11:"description";s:139:"Enda, qui signifie « Allez ! » en swahili, veut défier Adidas, Nike et Puma parmi les coureurs d'élite et récréatifs du monde entier.";s:7:"content";s:10764:"
[Sauf indication contraire, tous les liens de cette page mènent vers des sites en anglais]
Pour un pays célèbre pour ses coureurs de fond couronnés de succès, il était temps qu'une marque de chaussures de course fabriquées localement prenne son essor au Kenya. Enda est une entreprise kenyane pionnière dans le domaine des vêtements de sport. Elle espère devenir la première marque africaine à faire la concurrence aux grandes marques de chaussures comme Adidas, Nike et Puma. Enda signifie « Allez ! » en swahili.
En décembre 2021, la société a levé 1 million de dollars en financement de série A pour les start-ups auprès deTalanton, une société américaine de capital-risque; ce qui lui permettra d'étendre sa marque à l'échelle mondiale en renforçant ses efforts de développement et de distribution.
Enda a été fondée en 2016 par son PDG actuel, Navalayo Osembo et Weldon Kennedy, un militant social, passionné de chaussures de course. Compte tenu de la popularité de la course à pied parmi de nombreux Kenyans, en particulier ceux de la vallée du Rift, Osembo a vu une lacune sur le marché national de la chaussure et a cherché à y remédier.
Leur première série de chaussures Enda, les Iten, lancées en 2017, porte le nom d'une célèbre ville de la vallée du Rift, principalement occupée par la communauté Kalenjin et a produit certains des meilleurs coureurs du monde. La communauté compte la plus grande part d'athlètes de fond du Kenya. La chaussure Iten a été développée grâce à des efforts de financement participatif, qui ont attiré plus de 1 000 contributeurs. Ils ont réussi à lever plus de 120 000 USD sur un objectif initial de 75 000 USD grâce à la plateforme de financement participatif Kickstarter.
En 2019, le Lapatet, leur deuxième série, a été développé après 18 mois de recherche et de tests. Lapatet est un nom Kalenjin qui signifie « courir ». Chaque série de chaussures est conçue de manière unique pour incorporer un aspect du Kenya ou des communautés locales, telles que des modèles de vêtements locaux ( kitenge [fr] et kikoys [fr]) et des couleurs (le drapeau kenyan est rouge, noir, blanc et vert).
Bien qu'encore largement inconnue de la plupart des Kenyans, la marque s'est développée et emploie actuellement plus de 100 personnes sur sa ligne de production à Kilifi, sur la côte kenyane. Elle a également utilisé la capacité de production d'un fabricant local de chaussures qui produisait à l'origine des chaussures économiques en caoutchouc.
Dans une interview accordée à AfroTech, Navalayo Osembo, née au Kenya, a déclaré qu'elle avait été inspirée pour créer la marque par le fait que les chaussures de course sont l'équipement le plus important financièrement et culturellement pour les amateurs de course professionnelle et récréative. Il a fallu environ un an pour créer un échantillon de chaussures et l'utiliser comme modèle. Elle a lancé ensuite la campagne Kickstarter et a commencé la production en série en 2016.
À la mi-2021, l'entreprise s'est associée à une entreprise locale de fabrication de bière pour produire une marque de baskets de course qui séduirait le grand public, soutiendrait les entreprises locales et rendrait hommage aux athlètes kényans. C'était en reconnaissance de la performance de l'équipe olympique du Kenya aux Jeux Olympiques de Tokyo. Osembo a également noté qu'il s'agissait d'une collaboration de marques locales pénétrant sur la scène mondiale et acceptées comme faisant partie de la culture kenyane.
Enda est désormais la première entreprise d'athlétisme du Kenya et d'Afrique de l'Est à obtenir un financement de démarrage pour son expansion. Elle a rejoint d'autres start-ups dansles technologies financières, de l'agriculture et des transports qui ont traditionnellement attiré des investisseurs en capital-risque du monde entier. L'entreprise cherche à produire [fr] des chaussures baskets pour les distances quotidiennes et une autre série pour les distances courtes en utilisant des matériaux d'origine locale.
Les statistiques de RunRepeat indiquent que la course à pied a connu une popularité mondiale croissante au cours de la dernière décennie. Au cours des deux dernières années, avec les blocages et les restrictions de mouvement dus à la pandémie de COVID-19, la course à pied a été l'une des plus grandes tendances pour la remise en forme en 2021, car de nombreux nouveaux coureurs ont battu le pavé pour la première fois pour soulager le stress. Cela place les chaussures de course d'Enda dans une position privilégiée. Avec une cible s'étendant au-delà des athlètes d'élite qui ornent les pistes d'entraînement au Kenya. Enda cherche à se développer dans l'espace de course récréative qui s'est considérablement développé dans le pays et dans le monde.
L'équipe d’Enda croit que la course à pied peut être plus qu'un simple moyen d'améliorer la santé physique et mentale. Elle peut également être utilisée pour se concentrer sur des questions sociales telles que l'équité, la justice et l'égalité, non seulement au Kenya, mais dans le monde entier. Grâce à l'impact social positif de la marque, Enda espère briser le silence en devenant l'une des principales marques africaines de chaussures de course.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220209_160507";}s:15:"20220209_152118";a:7:{s:5:"title";s:107:"Australie : les réfugiés réagissent au traitement de faveur accordé à la star de tennis Novak Djokovic";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/09/270914/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270914";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 09 Feb 2022 14:21:18 +0000";s:11:"description";s:171:"C'est dommage que les journalistes m'aient contacté hier pour me questionner sur Djokovic. Aujourd'hui j'ai 24 ans, je suis enfermé depuis 9 ans, mais Il n' y a que lui.";s:7:"content";s:19521:"
Djokovic expulsé; les réfugiés et demandeurs d'asile toujours en détention.
Un rassemblement mené par le collectif Refugee Action, appelant à la libération des réfugiés détenus à Park Hotel, Carlton. Flickr photo de Matt Hrkac, (CC BY 2.0)
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Les réfugiés et demandeurs d'asile australiens ont mis l'accent sur leur lutte pour la justice en comparant leur situation avec celle du joueur de tennis serbe Novak Djokovic. Il est arrivé à Melbourne le 5 janvier, mais s'est vu refuser l'entrée dans le pays après que son visa ait été annulé par les services de l'immigration.
Novak Djokovic a refusé de se faire vacciner contre la COVID-19, mais a reçu une dispense médicale lui permettant de participer à l'Open d'Australie. Pour pouvoir aller en Australie, il faut être vacciné. Après l'annulation de son visa, il a été placé dans le même hôtel que 25 réfugiés et 7 demandeurs d'asile, qui avaient été détenus là pour une durée indéterminée. Il a plaidé sa cause devant le tribunal, mais a finalement perdu son appel et a été expulsé d'Australie le 16 janvier. Le ministre de l'immigration Alex Hawke a fondé sa décision sur le simple fait que Novak Djokovic pouvait « être un danger “pour la guerre civile” et “un talisman du sentiment d'anti-vaccination” »
Pendant une grande partie de son histoire récente, l'Australie a accueilli des réfugiés pour les relocaliser. Selon la bibliothèque fédérale parlementaire, plus de 800000 réfugiés et personnes déplacées se sont installés en Australie depuis 1945.
Chaque année, le gouvernement australien alloue environ 14000 places aux réfugiés et autres personnes ayant des besoins humanitaires.
La différence principale entre un demandeur d'asile et un réfugié est que le demandeur d'asile est une personne sollicitant une protection internationale dont la demande de statut de réfugié n'est pas encore déterminée.
Toutefois, un réfugié n'a peut-être pas obtenu de visa, auquel cas, il pourrait être détenu pour une durée indéterminée.
Depuis juillet 2013, toute personne arrivant en Australie par bateau sans visa valide n'était pas éligible à la demande d'asile. Beaucoup ont été détenus à l'étranger dans des centres de détention à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Beaucoup ont également été refoulés et envoyés en Indonésie. Certains d'entre eux se sont installés dans d'autres pays comme les États-Unis ou sont rentrés dans leur pays d'origine ; tandis que d'autres ont été amenés en Australie pour des soins médicaux.
De plus, comme l’explique le conseil pour les réfugiés d'Australie :
…detention is mandatory for those without a valid visa. It is also indefinite, and there is no independent review.
…Australian law requires that a person should be detained until they are granted a visa or leave the country.
… la détention est obligatoire pour les personnes ne possédant pas de visa. Sa durée est indéterminée, et il n'y a pas d'examen indépendant.
… la loi australienne demande que toute personne soit détenue jusqu'à l'obtention d'un visa ou qu'elle quitte le pays.
Ils peuvent être détenus dans des prisons, comme des centres de détention ou des résidences surveillées.
Plusieurs réfugiés ont réussi à attirer l'attention sur leur situation désespérée grâce à la passion du public pour l'affaire Djokovic.
La réaction des communautés de réfugiés en Australie
Mehdi Ali, un réfugié iranien, est déçu que les intervieweurs s'intéressent plus au joueur de tennis serbe qu'aux réfugiés qui, comme lui, ont été détenus au cours de ces neufs dernières années.
It's so sad that so many journalists contacted me yesterday to ask me about Djokovic. I've been in a cage for 9 years, I turn 24 today, and all you want to talk to me about is that.
Pretending to care by asking me how I am and then straight away asking questions about Djokovic.
C'est tellement triste de voir le nombre de journalistes qui m'ont contacté hier pour me poser des questions sur Novak Djokovic. Cela fait 9 ans que je suis enfermé. Aujourd'hui je fête mes 24 ans, et vous n'avez d'yeux que pour lui.
Faire semblant de vous intéresser à moi en me demandant comment je vais pour vite enchaîner sur des questions à propos de Novak Djokovic.
Il a publié une photo avec d'autres réfugiés où ils tiennent tous une banderole indiquant le nombre d'années pendant lesquelles ils ont demandé l'asile en Australie :
Adnan Choopani, un réfugié du sud de l'Iran, a critiqué les deux mesures du gouvernement et a déclaré que certains citoyens sont plus favorisés que d'autres en Australie.
All animals are equal,but some animals are more equal than others”.
32refugees hold 3years in hotel detention no access to the basic rights. my wish since when I was 15 In detention until now they call me by my name instead detainee or ANA–023.#Djokovic
Tous les animaux sont égaux, mais certains animaux sont plus égaux que d'autres ».
32 réfugiés détenus 3 ans dans un hôtel n'ont pas accès aux droits fondamentaux. C'est mon souhait le plus cher depuis que j'ai 15 ans. Jusqu'à présent, en détention, ils m'appelaient par mon prénom, mais désormais ils m'appellent détenu ou ANA—023. #Djokovic
Il était également curieux de savoir si les forces frontalières australiennes (ABF) traitaient le joueur de tennis serbe avec respect :
I'm just wondering did ABF handcuff Djokovic or hold his arms? remember rules are rules.
ABF handcuffs me and @MehdiAli98, with 2 officers grabbing us at any appointments we go to.
Rules are not for everyone in Australia! #only15
Je me demande juste si les ABF ont menottées Djokovic ou s'ils l'ont tenu par le bras ? Les règles sont les règles. Les ABF nous ont menottés @MehdiAli98 et moi, et deux officiers nous accompagnent à tous nos rendez-vous.
Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde en Australie ! #only15 (#15AnsSeulement)
Lors de cette manifestation, les réfugiés ont demandé à voir les droits de l'homme fondamentaux qui leur ont été refusés. Mohammed Joy, un réfugié issu du Bangladesh, a twitté leurs demandes et a déclaré être reconnaissant envers les Australiens qui se sont battus pour la reconnaissance et la protection des droits des réfugiés. Dans cette vidéo, il parle de la situation désespérée des réfugiés tout en s'adressant à la foule située devant l'hôtel :
Please listen to refugee Mohammed Joy in the Park Hotel, Melbourne, speaking to protesters today.
When the Djokovic saga ends tomorrow, one way or another, the spotlight will move on.
And they’ll still be inside those rooms, crying out for help.
D'anciens réfugiés, Mostafa Azimitabar se sont également penchés sur le dossier et ont poussé le public à apprendre davantage sur les conditions de traitement des réfugiés et des demandeurs d'asile en Australie :
The whole world is watching as Novak Djokovic is detained at Park hotel prison. As a refugee I was imprisoned there, & refugees are still imprisoned there in tiny rooms without fresh air. No one deserves this. Let’s not forget the people that will remain long after Novak leaves.
Le monde entier regarde Novak Djokovic détenu à la prison du Park Hotel. En tant que réfugié, j'ai été emprisonné là bas, et les réfugiés sont encore emprisonnés là bas dans des chambres minuscules sans air frais. Personne ne mérite ça. N'oublions pas que ces personnes vont rester là bas bien après que Novak Djokovic ne parte.
Le journaliste et écrivain primé Behrouz Boochani, un réfugié kurde iranien qui a été détenu pendant six ans dans un centre de détention pour migrants en Australie, avant d'être libéré [fr] en 2019, a comparé la situation des réfugiés à celle de Novak Djokovic en Australie :
The difference between refugees and @DjokerNole goes beyond the length of their detentions. The asymmetry extends to the fact that Djokovic is able to defend himself in court and refugees are not; they are totally failed by the judicial system.
La différence entre les réfugiés et @DjokerNole va bien au-delà de la durée de leur détention. L'assimétrie s'étend au fait que Djokovic a pu se défendre devant un tribunal alors que les réfugiés n'ont pas ce droit ; le système judiciaire les a totalement laissé tombé.
While Djokovic has a safe, comfortable life to return to, refugees who flee their homes only to be deported- are doubly persecuted. They cannot return safely. This is what it means to be a refugee.
Tandis que Djokovic est en sécurité, bien au chaud chez lui, les réfugiés qui ont fui leurs pays pour être déportés sont doublement persécutés. Ils ne peuvent pas rentrer sains et saufs. C'est ça être réfugié.
Une nouvelle fureur est apparue après la décision du tribunal, quand le Premier ministre Scott Morrison a tenté d'envenimer la situation :
How can the PM of this country not know that most of the detainees being held in cruel conditions at the park hotel are genuine refugees? Not asylum seekers. We have totally lost our moral compass. https://t.co/CrZYNQ8Hoj
Comment est-ce possible que le Premier ministre de ce pays ne sache pas que la plupart des détenus enfermés dans d'affreuses conditions au Park Hotel sont de véritables réfugiés ? Pas des demandeurs d'asile. Nous avons totalement perdu notre sens moral. https://t.co/CrZYNQ8Hoj
Novak Djokovic est déjà en Serbie, mais la campagne pour les droits des réfugiés en Australie se poursuit. Jusqu'à présent, il n'a pas fait de déclaration pour soutenir les réfugiés détenus dans l'hôtel, malgré les nombreux appels pour qu'il le fasse.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220209_152118";}s:15:"20220207_170828";a:7:{s:5:"title";s:125:"Le combat de la Turquie contre les catastrophes naturelles : feux de forêt, sécheresse, inondations et un éventuel séisme";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/07/268131/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=268131";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 07 Feb 2022 16:08:28 +0000";s:11:"description";s:189:"Au vu des dernières catastrophes naturelles et des faibles réponses gouvernementales, beaucoup se demandent si le gouvernement est prêt à faire face à un éventuel séisme à Istanbul.";s:7:"content";s:19434:"
Le bilan environnemental de la Turquie n'est pas reluisant.
Les experts affirment qu'un séisme destructeur pourrait toucher Istanbul dans les années à venir. Image de Şinasi Müldür, accessible depuis Pixabay.
[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.]
Ces derniers mois, la Turquie a été frappée de plein fouet par une série de catastrophes naturelles et de crises environnementales. La sécheresse du Lac de Van a causé la mort de milliers de flamants roses [fr] en juillet, tandis que la substance appelée « morve de mer » a recouvert les côtes [fr] de la mer de Marmara pendant des mois, rendant la côte impraticable. Le mois dernier, 240 feux de forêt ont ravagé la côte sud de la Turquie [fr]. Peu de temps après, la région de la mer Noire, tout particulièrement les villes de Bartın, Kastamonu, Sinop, et Samsun ont été touchées par des inondations éclaires et des coulées de boue à cause de la pluie torrentielle. En conséquence, 112 villages de Kastamonu et 86 villages de Sinop se sont retrouvés sans électricité, tandis que six ponts se seraient effondrés, et les routes de la région ont été laissés en ruine. Plus de 2000 personnes ont été évacuées et déplacées à cause des inondations. La Présidence de la gestion des catastrophes et des situations d'urgences (AFAD) a annoncé que 8000 membres du personnel, soit 20 chiens de sauvetage et une flotte d'hélicoptères étaient à la recherche de personnes blessées et de survivants. Selon les dernières informations, 82 habitants [tr] sont décédés, et 16 personnes sont toujours portées disparues [tr] au 27 août.
Tandis que le réchauffement climatique et les pluies excessives ont joué un rôle dans les dernières inondations destructrices, certains experts affirment que le mauvais placement de barrages et les constructions excédentaires près des lits de cours d'eau ont contribué aux inondations. L'expert en séisme et ingénieur en géologie Ramazan Demirtaş a déclaré [tr] lors d'un entretien avec le journal Birgun que :
If we confine a 400-meter-wide stream bed into 15-meters, and if the water also rises by 7–10 meters, the result is a natural disaster. It is the humanity that directly narrowed the stream bed and opened the bed to development and construction that is the culprit. Let's not blame it on the excessive rainfall as if it’s unprecedented in history. An artificial dam was formed with buildings built alongside, and the flood caused by torrential rain made the situation worse.
Si on confine un lit du ruisseau de 400 cm de largeur dans 15 mètres, et si l'eau monte de 7 à 10 mètres, cela provoque une catastrophe naturelle. Le coupable est l'humanité qui a directement réduit le lit du ruisseau et qui a ouvert le lit au développement et à la construction. Ne rejetons pas la faute sur les précipitations excessives comme si c'était la première fois de l'histoire que cela arrivait. Un barrage artificiel s'est formé à l'aide des bâtiments construits à côté, et l'inondation causée par la pluie diluvienne n'a fait qu'empirer les choses.
D'autres experts disent que les catastrophes et leurs conséquences sont d'ordre politique. Dans un entretien avec France 24, le chercheur en politiques de l’eau et du climat Gokce Sencan a déclaré :
I don’t see Turkey having any comprehensive and holistic climate change policy that addresses everything in an interconnected way. You cannot separate food security issues from energy security issues, and food prices from the issue of drought.
Je ne crois pas que la Turquie ait une une politique globale et holistique sur le réchauffement climatique qui traite de tout de manière interconnectée. Vous ne pouvez pas séparer les problèmes de sécurité alimentaire des problèmes de sécurité énergétique, et les prix des denrées alimentaires des problèmes de sécheresse.
Lors de sa visite à Bozkurt, l'un des endroits le plus affecté par les inondations, le président Erdogan a promis d'aider la région à se rétablir le plus vite possible :
Hopefully, we will rise from our ashes again. We can’t bring back the citizens we lost, but our state has the means and power to compensate those who lost loved ones.
Avec un peu de chance, nous renaîtrons de nos cendres. On ne peut pas ramener à la vie les citoyens que nous avons perdu, mais notre état a les moyens et le pouvoir d'indemniser ceux qui ont perdu un être cher.
Cependant, améliorer l'intervention de la Turquie en cas de catastrophe ne se limite pas à apporter de l'aide, restaurer les villes endommagées par les inondations et replanter les forêts qui ont été réduites en cendres. La Turquie fait partie de la poignée de pays qui n'a pas encore ratifiée l'Accord de Paris de 2015 ; ce qui a fortement été critiqué par de nombreux écologistes à la suite des catastrophes. « C'est la première étape. Il faut qu'on se rallie à la lutte mondiale contre le réchauffement climatique, » a exprimée Emine Ozkan, la porte-parole du parti écologiste turc, dans une interview avec France 24. Ankara annonce qu'elle n'a pas signé l'accord à cause d'une classification injuste. La Turquie est classée comme pays « développé », ce qui l'empêche de demander une aide financière, contrairement aux pays « en voie de développement ».
Les incendies font rage parce que les capacités de lutte contre les incendies ont été réduites. Les inondations se sont transformées en tsunamis à cause de la mauvaise planification urbaine et du drainage insuffisant.
La priorité principale de la Turquie devrait être de se débarasser de ces personnes avant que le séisme ne touche Istanbul.
La Turquie se situe dans une zone sismique active et est connue pour ses séismes destructeurs. Le pire séisme s'est déroulé en 1939 à Erzincan quand un séisme de magnitude 7,9 a tué près de 30000 personnes. Le dernier gros incident s'est déroulé en 2020 à Elazığ, faisant 1600 blessés et 41 morts.
La zone la plus sismique de Turquie est la péninsule d'Armutlu, au sud d'Istanbul. Selon la recherche publiée par GFZ, le Centre de recherche des sciences de la Terre allemand, la péninsule d'Armutlu « est une bordure de plaque tectonique active connue pour ses séismes destructeurs laissant un grand nombre de blessés. » En 1999, un séisme de magnitude 7,5 a causé la mort de 18000 personnes et a laissé 250000 personnes sans-abris.
Les souvenirs de cette catastrophe sont toujours présents et la recherche indique que certains des adultes qui ont vécus ce séisme souffrent d’ESPT.
Cette année, le 17 août, la Turquie fête le 22e anniversaire de ce terrible séisme. Cependant, les experts avertissent que si un séisme de même magnitude frappait le pays, des dégâts encore plus importants seraient inévitables ; ce qui souligne le manque de préparation ou de stratégies d'atténuation de la part du gouvernement.
Un nouveau rapport publié par la fondation pour la transformation urbaine (KENTSEV) au début de ce mois estime qu'un séisme de magnitude 7,5 ou plus toucherait 6,1 millions de personnes et détruirait 1,8 millions de domiciles.
Un rapport de sondage réalisé en 2020 par Konda a révélé que 81 % des personnes interrogées ont déclaré ne pas être prêts à vivre un autre séisme, 67 % ont répondu ne pas avoir reçu de formation de préparation à un séisme et 68 % ont affirmé ne pas savoir quoi faire en cas de séisme.
Mesures préventives
Quand les feux de forêt sont apparus sur les côtes méditerranéennes et égéennes turques au début du mois, le président turc a rapidement rejeté les appels à l'aide. Même après avoir avoué que la Turquie ne disposait pas d’avions de lutte contre les incendies, le parti de la justice et du développement au pouvoir a gardé un ton polarisant et a ignoré les offres d'aide internationales.
Mais les experts affirment que cette stratégie est peu judicieuse, à la fois du point de vue écologique et politique. Can Selcuki, le responsable général de la société de sondage Istanbul Economy Research, a déclaré dans un entretien avec le Middle East Eye que la société de sondage voit plus d'intérêt de la part des électeurs à propos du réchauffement climatique et des problèmes environnementaux. Il a ajouté qu'en Turquie, « le tableau de bord du gouvernement n'est pas très bon quand il s'agit d'environnement. »
D'autres personnes comme Koray Dogan, le porte-parole du parti écologique turc, a déclaré à Middle East Eye que le gouvernement donne la priorité à l'économie aux dépens de l'environnement.
Il existe beaucoup de preuves à ce sujet, comme l'énorme projet Kanal Istanbul ou la loi d'amnestie de zonage qui a été adoptée en 2018. Depuis 1948, la Turquie a adopté 19 lois d'amnestie de zonage, qui pardonnent (moyennant des frais) les entreprises de construction qui ne respectent pas les normes de sécurité. Beaucoup de zones de rassemblement enregistrées pour les tentes après le séisme et une aide humanitaire ont disparu avec le boom de la construction. De plus, l'AKP a jusqu'à présent rejetée 58 mouvements d'hommes politiques de l'opposition demandant la création d'un comité de surveillance indépendant chargé de la sécurité des bâtiments.
Une question reste en suspens : si aucune des dernières catastrophes ou tragédies environnementales n'a poussé le gouvernement au pouvoir à revoir son approche pour la sécurité environnementale, alors qu'est-ce qui le fera ?
";s:7:"dateiso";s:15:"20220207_170828";}s:15:"20220206_195618";a:7:{s:5:"title";s:93:"Arctique russe : une nouvelle vague de colonisation menace les droits des peuples autochtones";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/06/270789/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270789";s:7:"pubDate";s:31:"Sun, 06 Feb 2022 18:56:18 +0000";s:11:"description";s:174:"La pression augmente sur les activistes autochtones de la Russie du Nord, de Sibérie et de l'extrême Orient, bien que ces groupes ne se mêlent presque jamais de politique.";s:7:"content";s:17745:"
Peuples autochtones oppressés par l’état au profit du secteur privé
Cet article [en] de Tatiana Britskaya a été initialement publié par Novaya Gazeta. Il est apparu en ligne sur le site Transitions Online le 13 décembre 2021. Il est republié ici grâce à un partenariat de partage de contenu, et a été modifié en conformité avec la ligne éditoriale de Global Voices.
Cent seize organisations internationales et des douzaines d'individus ont signé une lettre ouverte [ru] adressée au président russe Vladimir Poutine et à son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, leur demandant de renoncer à toutes mesures répressives contre les défenseur·es des peuples autochtones. Cette lettre fait suite à la récente détention [ru] dans l’oblast de Mourmansk, d'Andrei Danilov, le directeur du Fonds Sami pour le patrimoine et le développement. Son cas n'est pas unique. Au contraire, la pression augmente sur les activistes autochtones de la Russie du Nord, de Sibérie et de l'Extrême Orient, bien que ces groupes ne se mêlent presque jamais de politique, au sens le plus strict du mot. En effet, leurs préoccupations sont plutôt liées aux problèmes urgents concernant la survie de leurs petites populations.
Sur fond de répression d’activistes politiques, de persécution de la presse indépendante, de recherche d’extrémistes parmi les étudiant·es et les enthousiastes de selfie, quelle absurdité de faire pression sur les peuples autochtones ! Quelle était la véritable raison derrière les allégations de la police de Yamal, péninsule à l'extrême nord du pays, qu'un rassemblement d’éleveur·es de rennes dans la toundra constituait une « manifestation » (ce dont est accusé l’activiste Eiko Serotetto [ru]) ? En fin de compte, ce rassemblement n'a plus été considéré comme une manifestation, mais peu de temps après, Eiko a été accusé pour coup et blessures – une bagarre qu'il n'avait pas commencé – et a été condamné : des restrictions ont été imposées sur ses déplacements pendant 3 mois.
Et quel a été le préjudice ou l'entrave au gouvernement de Yana Tannagasheva, originaire des Kouzbas (sud-ouest de la Sibérie), qui s'est battue pour préserver l'ancienne colonie du peuple Shor, Kazas ? La maison de son père a été incendiée et elle-même a été contrainte à l'exil. Le village de Kazas n'existe plus.
Ou peut-être qu’Andrei Danilov, du peuple Sami, dont toute l'activité se résume à une simple proposition – que les lois adoptées en Russie soient respectées – pose une menace au pays ? La cour constitutionnelle elle-même a manifestement reconnu ses droits en confirmant que l'activiste recherche l'application concrète des lois de la fédération russe. Cependant, peu après, il a été arrêté et détenu. Dans sa cellule, il a reçu la visite d'un homme habillé en civil, qui lui a dit combien difficile la vie pourrait devenir pour quiconque serait proche de citoyen·nes, qui, comme lui, seraient quelque peu trop zélé·es.
Ensuite, le tribunal de Monchegorsk a condamné Danilov à 5 jours de prison, car il avait refusé de se soumettre à une fouille sans témoin. Dans son jugement, le juge a cité une loi qui permet à la police de fouiller les possessions de quiconque participe à des rassemblements publics, bien que, lorsque l'officier de police a été questionné, [son explication était] en accord avec la déposition de Danilov.
Lorsqu’Arsenty Nokolaev, du peuple Evenk, membre du parlement de Iakoutsk et chef d'une association de village, mourut récemment après un an d'assignation à résidence, la nouvelle a été annoncée par des agents de la société de la mine d'or qui avait construit une route passant au travers des terres de la communauté. Nikolaev avait soi-disant fait pression sur l’entreprise pour qu’elle utilise les compagnies de transports publics d’Evenk. Bien que l’arbitrage ai conclu que la société minière avait agi librement, les poursuites envers NiKolaev n'avaient jamais été abandonnée.
Stepan Petrov, de Iakoutie (aussi appelée République de Sakha), a deux fois été considéré comme un « agent de l’étranger », car il a été inscrit sur « le registre des médias considérés comme des agents de l’étranger ». Roskomnadzor, l’organisme fédéral russe de surveillance des communications, des technologies de l'information et des médias de masse a aussi accusé Petrov de ne pas afficher le tag « agent de l'étranger » sur 14 posts Facebook. En désespoir de cause, Petrov a demandé à Mark Zuckerberg qu’il aide « les agents de l’étranger » de Russie, en écrivant un algorithme, qui automatiquement mettrait un tag sur leurs publications.
Deuxième vague
Ceci est la deuxième vague de répression contre les peuples autochtones dans l'histoire de la Russie. La première a eu lieu pendant la période d'industrialisation quand les soviets colonisèrent l’Arctique et la Sibérie, les subordonnants aux besoins du pays. L’herbe coupée sous le pied, les éleveurs de rennes furent tout simplement délocalisés dans des réserves, et ceux qui se rebellèrent furent envoyés au désert de Levachovo, où se trouve maintenant un cimetière mémorial. Il en fut de même dans l’oblast de Mourmansk, où une carte des cimetières Samis révèle le confinement des populations autochtones dans le centre de la péninsule de Kola.
Entre 1936 et 1938, au moment des grandes purges staliniennes, 125 dès 2000 Samis Kolas furent arrêtés par les autorités soviétiques : la majorité fut exécutée ; 55 furent envoyés au goulag. Il n’y eut que 5 survivants. Presque toute l'élite intellectuelle Sami ainsi que le créateur du premier abécédaire en langue Sami étaient parmi ceux qui furent arrêtés. Peu nombreux, les Samis furent vite subjugué·es.
Quant aux Nénètses de la péninsule de Yamal, ils se sont soulevés – un mouvement appelé le Mandalada [en] – refusant purement et simplement de livrer leurs rennes à l'état. Rester dans la toundra sans rennes équivaut à une peine de mort. Le même jour du procès, une peine de 10 ans dans un camp de prisonniers fut prononcée, sans aucune investigation. Notons que le premier Mandalada eut assez de succès et que ses chefs de fil engagèrent des pourparlers directs avec le gouvernement. Ils lui lancèrent un ultimatum, demandant le rétablissement des droits des chamans, l’égalité entre les koulaks (les fermiers les plus riches qui possède des terres) et les pauvres, l’abolition des restrictions en approvisionnement d'alimentation, et la disparition de la quasi-totalité du pouvoir soviet au Yamal. En conséquence, le Mandalada fut liquidé sans qu'aucun sang ne soit versé. Le deuxième soulèvement dans les années 40 fut, lui, sauvagement réprimé.
Au nord de la région actuelle de Krasnoïarsk, les Dolganes se sont, eux aussi, rebellés contre la division entre les koulaks et les pauvres. Ci-dessous est un extrait d'une lettre d’appel du chef de fil de la révolte des Taïmyrs en 1932 [ru] :
Reconnaissant le pouvoir soviétique comme le pouvoir du peuple travailleur, et ne cherchant nullement à le renverser, nous, les natifs du district national de Taïmyr, dès la fondation de [l'État soviétique] avons commencé à subir le poids des impôts et une pression sans précédent de la part des autorités locales. L’économie a été reconstruite sur des bases socialistes à la même vitesse que celle des parties centrales de l'Union, sans aucune considération pour les conditions spécifiques du nord. L'imposition d’impôts, de paiements, de stricts quotas de fourrure dépassant notre capacité réelle, une définition incorrecte de la structure des classes, des patrouilles de Russes [ethniques] armés et les autorités locales dépassant la politique nationale de diverses manières parmi la population locale, ont abouti à une rage absolue.
En lisant au sujet de la colonisation du Nord dans les années 1930, il est impossible de ne pas établir des parallèles avec la situation actuelle. Des demandes toutes simples et très raisonnables – qui au début n'était même pas des demandes – de la part des habitants autochtones furent repoussées avec une violence disproportionnée. Entre temps, les autorités prirent des décisions qui portent l'empreinte d'une ignorance vicieuse – un quasi-illettrisme – en ce qui concerne les terres et les peuples locaux. À cause de celles-ci, les tribus du Nord peinent à survivre, et ce sont elles qui étaient à l’origine des protestations.
Presque un siècle plus tard, nous colonisons encore une fois l’Arctique. Il est toujours sur l’agenda des agences de presse, et cela reste un refrain constant dans les discours officiels. Pour la Russie du XXIe siècle, l'Arctique est devenu un objectif aussi important que l'espace pour l'Union soviétique, mais sans son côté romantique. L’Arctique, c'est le pétrole, le gaz et le platine ! L’Arctique, c'est une arme. C'est la puissance. La colonisation progresse à toute vitesse et non moins brutalement qu'il y a un siècle.
Il y a toutefois une différence. Si la première colonisation de l'Arctique a été menée dans l'intérêt de l'État, la colonisation actuelle, avec toutes ses considérations géopolitiques, promet des richesses colossales aux entreprises du secteur privé. L'Arctique, c'est de l'argent. Cette fois-ci, la machine étatique n’ai pas au service du bonheur universel, elle sert les intérêts du secteur privé.
Rodion Sulyandziga croit que cet programme concernant l'Arctique est derrière cette vague de répression contre les peuples autochtones. Il était à la tête de la plus large organisation à but non-lucratif qui se concentrait sur les problèmes de l'Arctique : le Centre de soutien aux populations autochtones du Nord (Center for Support of Indigenous Peoples of the North, ou CSIPN) – aboli par le tribunal de Moscou sur une formalité en 2019. L'organisation avait précédemment réussi à se retirer du registre des « agents de l’étranger », mais la machine de répression remporta la victoire finale. Sulyandziga est convaincu que les persécutions des peuples autochtones sont liées aux enjeux de l'Arctique :
Pour la Russie, l'Arctique est une question de développement, d'équilibre budgétaire et d'accès aux ressources. Les peuples autochtones ne sont, en aucun cas, opposés au développement économique du pays. Mais un équilibre est nécessaire entre les intérêts des entreprises et les droits des peuples autochtones. Les entreprises ont besoin de vastes territoires, mais les éleveur·es de rennes, par exemple, ont eux [aussi] besoin de terres. L'État devrait être le garant non seulement de cet équilibre, mais aussi de l'État de droit dans ce domaine. Or, l'État se contente de donner le feu vert aux entreprises. Quiconque s'y oppose subit la pression des autorités.
« Être considéré comme un « agent de l’étranger », un fou, ou un criminel – voilà ce qui attend tout activiste en Russie », résume tristement Andrei Danilov, alors qu’il se prépare à un nouvel affrontement devant les tribunaux, contre les responsables locaux qui refusent d‘accepter, sans se battre, l'arrêt de la cour constitutionnelle. Ce même jour, il sera aussi jugé pour avoir « désobéi à la police », tandis qu'il tente de faire appel devant le tribunal régional contre la détention qu'il a déjà encouru. Son statut sur Facebook dit : « Nous devons parler même lorsque tout espoir est perdu », une citation d'un film sur le soulèvement anticolonial des Samis en Norvège – un soulèvement qui avait été violemment réprimé. Cependant, les Samis réussirent à obtenir l’égalité des droits – après 200 ans. Et depuis, plus personne n'a le droit de mettre les pieds dans l’Arctique norvégien sans leur permission.
Les Samis de Russie se considèrent aussi les gardiens du Nord. Ils n'ont jamais eu aucun droit de propriété sur leurs terres. Quand une famille obtient une portion de la toundra ou d'un lac, cela n’équivaut pas un droit d'usage, mais plutôt à une obligation de protéger et de mettre en valeur ce petit lopin de l'Arctique. Ce ne serait pas une mauvaise idée de prendre exemple sur eux.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220206_195618";}s:15:"20220202_205732";a:7:{s:5:"title";s:116:"Google supprime les publicités YouTube mettant en scène les interrogatoires de prisonniers politiques biélorusses";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/02/270730/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270730";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 02 Feb 2022 19:57:32 +0000";s:11:"description";s:192:"Ces courtes vidéos, mettent en scène des membres de l'opposition et des journalistes indépendants emprisonnés par le régime de Loukachenko s'adonnant éventuellement à des aveux forcés.";s:7:"content";s:11014:"
D'après l'opposition, ces publicités ont transgressé la politique de YouTube.
Google et YouTube auraient supprimé des publicités vidéo controversées présentant des scènes d'interrogatoire de prisonniers politiques biélorusses diffusées par des chaînes YouTube biélorusses pro-gouvernementales.
Ces publicités ont été repérées pour la première fois en mai 2021 par des journalistes et des militants biélorusses et internationaux. Tadeusz Giczan, journaliste et chercheur biélorusse, a parlé de cette découverte sur Twitter :
Fun fact : depuis près d'un an, l'agence de presse biélorusse BelTA utilise des vidéos d'otages comme celle de Roman Protasevich comme publicités payantes sur YouTube, avec des liens vers son réseau de chaînes Telegram pro-gouvernementales. Malgré nos efforts, YouTube dit qu'il n'y a rien de mal à cela. pic.twitter.com/suFn3ISdPi
Ces courtes vidéos mettent en scène des membres de l'opposition et des journalistes indépendants emprisonnés par le régime de Loukachenko s'adonnant à ce qui ressemble à des aveux forcés. Les publicités ont été utilisées pour faire la promotion du média pro-gouvernemental BelTA et renvoient à des vidéos plus longues publiées par la chaîne YouTube « Belarus – a country for life », liée au réseau de chaînes Telegram de l'État, selon une enquête de EUvsDisinfo. Parmi les personnes apparaissant dans les annonces vidéo figurent Raman Pratasevich, journaliste indépendant et ancien administrateur de la chaîne Telegram NEXTA Live, et sa petite amie Sofia Sapega, qui ont été arrêtés après que la Biélorussie ait immobilisé de force un avion Ryanair en mai 2021.
La Biélorussie a déjà utilisé des vidéos d'aveux forcés pour discréditer des dissidents, notamment la dirigeante de l'opposition en exil Sviatlana Tsikhanouskaya. En août 2020, peu après le début des manifestations antigouvernementales dans le pays suite à une élection falsifiée, l’État a publié une vidéo de Tsikhanouskaya disant à ses partisans de « ne pas risquer leur vie » et de ne pas se joindre aux manifestations de masse. Tsikhanouskaya a quitté la Biélorussie peu après et a battu campagne en faveur de la libération de tous les prisonniers politiques.
Les groupes de défense des droits de l'homme ont condamné la mise en avant de vidéos d'aveux forcés, les militants soulignant qu'elles allaient à l'encontre des politiques des plateformes de Google et de YouTube ; et qu'elles violaient également la Convention des Nations unies contre la torture. Selon certains des détenus qui ont été libérés par la suite, les services de sécurité de l'État ont eu recours à la torture et à la violence physique et psychologique pour obtenir les témoignages enregistrés.
En mai 2021, un porte-parole de Google a déclaré à Rest of World que la société avait « identifié les deux publicités (celles de Pratasevich et de Sapega – GV) et pris les mesures nécessaires conformément à sa politique en matière de contenus inappropriés ». La politique de YouTube en matière de publicité interdit explicitement les publicités qui « mettent en avant quelqu'un pour des abus ou du harcèlement ; le contenu qui nie l'existence d'un événement tragique, ou que les victimes ou leurs familles sont des acteurs, ou complices d'une dissimulation de l'événement ». Les directives communautaires de la plateforme interdisent également les discours discriminatoires, l'exploitation, le harcèlement et les contenus encourageant les comportements violents, dangereux ou illégaux.
Cependant, les chaînes pro-gouvernementales biélorusses ont depuis continué à publier des annonces vidéo YouTube similaires présentant des aveux forcés d'autres prisonniers politiques et de la propagande pro-gouvernementale.
Le 21 décembre 2021, la dirigeante de l'opposition Tsikhanouskaya, agissant au nom du Conseil de coordination de l'opposition et des familles des personnes détenues, a adressé une lettre ouverte au PDG de Google, Sundar Pichai, demandant à Google et à YouTube de retirer les vidéos incriminées, de bloquer le placement de publicités similaires à l'avenir et de restreindre l'accès au service pour les personnes responsables de ce type de contenu.
Le 3 janvier de cette année, Tikhanovskaya a indiqué avoir reçu une réponse de Karan Bhatia, vice-président de Google chargé des affaires gouvernementales et des politiques publiques.
Suite à ma lettre, @Google a retiré les publicités contenant des interrogatoires de prisonniers politiques. D'après leur réponse, les comptes diffusant ces publicités sont maintenant restreints. Les vidéos de témoignages forcés violent la Convention des Nations unies contre la torture. Merci à @Google pour son soutien à la Biélorussie. pic.twitter.com/qJITO19o2z
Dans sa lettre, Bhatia indique que Google a supprimé les annonces signalées pour « violation de nos règles » et a « interdit aux comptes responsables de diffuser d'autres annonces ». La plateforme a également confirmé que toute nouvelle annonce liée à des vidéos ou à des pages à accès limité « n'apparaîtrait pas sur » YouTube.
Selon l'organisation de défense des droits humains Viasna 96, 968 personnes sont actuellement considérées comme prisonniers politiques au Belarus, et ce nombre ne cesse d'augmenter. La plupart des personnes emprisonnées ou détenues ont fait l'objet de poursuites motivées par des considérations politiques, en lien avec les troubles qui ont suivi l'élection présidentielle et les manifestations de masse d'août 2020. Plusieurs des prisonniers politiques les plus en vue, dont le blogueur et journaliste Ihar Losik et Syarhey Tsikhanouski, ancien candidat à l'élection présidentielle et mari de Tsikhanouskaya, ont récemment été condamnés à de longues peines de prison.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220202_205732";}s:15:"20220202_192110";a:7:{s:5:"title";s:61:"L'héritage du reporter et indigène de Colombie se perpétue";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/02/270254/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270254";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 02 Feb 2022 18:21:10 +0000";s:11:"description";s:163:"La mort de la journaliste indigène Efigenia Vásquez a relancé le combat de la communauté Kokonuko visant à protéger sa réserve et sa propriété collective.";s:7:"content";s:12025:"
La journaliste a été tuée alors qu'elle documentait une manifestation indigène.
Graffiti réalisé en hommage à María Efigenia Vásquez, par le collectif Iskra collective dans la ville de Popayán, image utilisée avec autorisation du photographe.
Note de l'auteur : Cet article fait partie d'une série de reportages portant sur les menaces contre les reporters indigènes dans le Cauca (Colombie). Le premier article traite de l'impunité des crimes commis à l'encontre des reporters, et le second, de la situation que traversent les indigènes ainsi que leur combat pour dénoncer les difficultés liées à la propriété que rencontrent les communautés.
C’était un dimanche comme les autres, tout était normal. María Efigenia Vásquez Astudillo et son compagnon John Miller, tous deux journalistes dans la communauté indigène du Sud de la Colombie, s’étaient munis de leur caméra pour se rendre dans la réserve indigène de Kokonuko.
Le travail de Miller consistait à filmer la manifestation de la communauté indigène de Kokonuto et, par la suite, sa confrontation avec l’Esmad, l’unité de police anti-émeute. Les évènements ont eu lieu dans la réserve de Kokonuko, à Puracé, une petite ville à quelques heures de la grande ville de Popayán.
Miller a confié à Global Voices que lui et Efigenia Vásquez avaient été contactés par des voisins afin de documenter de potentielles confrontations avec la police. La communauté de Kokonuko s’était rassemblée pour protester contre un projet touristique privé dirigé par Diego Angulo et qui devait s’implanter dans ce que la communauté considère comme le coeur de la réserve (resguardo en espagnol). Cette zone est une propriété collective au regard de la loi colombienne.
Le 8 octobre 2017, au matin, le couple de reporters se trouvait dans la réserve, près de l’entrée de Agua Tibia N.2, sur le terrain du futur centre écotouristique de Diego Angulo qui propose spa et thermes, le Centro de Turismo y Salud Termales Agua Tibia.
Miller a déclaré qu’il filmait avec leur matériel, comme le lui avait enseigné Vásquez, c’est-à-dire en faisant abstraction des distractions et à l'affût d’une éventuelle confrontation entre la police et la communauté indigène. Vers 15 heures, Vásquez a proposé à Miller de rentrer chez eux pour qu’elle s’occupe de ses trois enfants.
Alors qu’ils descendaient de la montagne, elle l’a regardé brusquement et lui a dit : « Je passe par là » et s’est engagée dans une autre direction. Miller a continué de filmer.
Il a réussi à filmer les coups de feu tirés par un membre de l’Esmad sans parvenir à voir qui en était la cible. Ensuite, il a entendu les cris au secours des membres de la communauté. Il a tout de suite posé sa caméra et s’est mis à chercher d’où venaient les cris.
John Miller (à droite) montrant à l'auteur (à gauche) la montagne où Efigenia a été tuée par les forces armées. Photo de Willian Mavisoy Muchavisoy, utilisée avec son autorisation.
C’est là qu’il découvrit, choqué, le corps de Vásquez, étendu sur le sol. Il s’est précipité vers elle avec d’autres membres de la communauté. Sur la route en dessous, l’Esmad continuait d’interpeller des manifestants et empêchait, de ce fait, l’ambulance de passer.
Un automobiliste qui passait par cette route a transporté Vásquez jusqu’à l’ambulance pour qu’elle soit emmenée dans l’hôpital le plus proche. Malheureusement, la petite ville voisine n’avait pas les équipements nécessaires pour la soigner. Il a donc fallu l’emmener à l’hôpital Saint Joseph à Popayan dans le département de Cauca.
Durant le trajet, Vásquez a supplié : « S’il-vous-plaît, ne me laissez pas mourir » et « Ne dîtes pas à mes parents ce qu’il s’est passé ». Quelques heures plus tard, une infirmière a annoncé à Miller que c’était terminé. Il était dévasté. Son amoureuse et associée avait succombé aux blessures par balles. Le lendemain, l’Institut de médecine légale a confirmé qu’il s’agissait d’une mort par balles.
Vásquez Astudillo, journaliste-reporter indigène pour la Radio Renacer Kokonuko, ancienne garde indigène et mère de trois enfants, a perdu la vie alors qu’elle documentait le combat de tout un peuple, son peuple, pour récupérer ses terres. C’était il y a quatre ans ; mais cela n’empêche qu'encore aujourd'hui, sa mort pousse les membres de sa communauté à poursuivre leur combat pour la protection de leur réserve et de leur propriété collective.
Un combat pour préserver les terres ancestrales
La récupération des terres est fondamentale pour les Kokonuko car leur identité est enracinée dans la nature.
Sulma Yace, une figure d'autorité ancestrale Kokonuko, a souligné la relation de la communauté avec Mère Nature. Elle a également déclaré que les Kokonuko étaient plus engagés dans la défense d'Agua Tibia N. 2 depuis le jour où Vásquez y avait laissé sa vie alors qu'elle faisait un reportage sur le combat de leur communauté. En 2021, les communautés indigènes protestent toujours contre la présence de la station thermale de Diego Angulo sur leur réserve.
Pour sa part, Jhoe Sauca, le représentant légal des Kokonuko au Conseil régional indigène du Cauca (Cric, pour son acronyme en espagnol) a expliqué à Global Voices la raison pour laquelle il était si important de récupérer Agua Tibia N.2 : « pour étendre leur réserve ; pour pratiquer les rituels traditionnels et pour revendiquer le droit au territoire au nom d'Efigenia. »
Radio indigène de la communauté Kokonuko. Photo de Willian Mavisoy Muchavisoy, utilisée avec son autorisation.
Suite à la mort de Vásquez, tuée en faisant son travail, la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP, pour son acronyme en espagnol) a indiqué à Global Voices que le procureur général de Colombie devrait suivre la procédure et prendre en compte les exactions commises par Esmad contre les journalistes.
Le bureau du procureur général a répondu à Global Voices par mail, nous informant qu'une procédure disciplinaire avait été engagée contre l'agent de police pour le comportement suivant : « limitation supplémentaire des droits et fonctions innominales ».
Bien que justice ne soit pas encore faite en faveur de Vásquez, sa mémoire reste bien vivante. Ses trois enfants se souviennent d'elle comme d'une mère dévouée, passionnée par son travail à la radio et engagée dans sa communauté indigène.
Sa mère, Ilda Astudillo, est heureuse que sa fille soit devenue ce qu'elle voulait : une présentatrice radio. Son père, Luis Vásquez, continue d'être inspiré par le rêve irréalisé de sa fille d'étudier le journalisme et le droit.
John Miller, son partenaire de travail et de vie, a déclaré que malgré cette tragédie et les risques auxquels les militants indigènes sont confrontés dans le Cauca, il continuera à faire des reportages à Agua Tibia N.2. Miller réveille des souvenirs et reprend les mots de María Efigenia Astudillo : « Pourquoi courir ? Je dois être fort, avoir de la personnalité, et ne pas me laisser vaincre ».
John ajoute que « Nos actes doivent être le reflet notre pensée ».
Cet article est le troisième d'une série de cinq reportages sur les crimes commis contre des journalistes en Colombie, en particulier les reporters indigènes de la province de Cauca, soutenus par la fondation Justice for Journalists (JFJ), une organisation non gouvernementale basée à Londres. La JFJ finance des enquêtes journalistiques sur les crimes violents commis à l'encontre des professionnels des médias et aide les journalistes professionnels et citoyens à atténuer les risques qu'ils encourent.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220202_192110";}s:15:"20220201_165933";a:7:{s:5:"title";s:92:"Décryptons « l'effet Saakachvili » avec deux experts en matière de politique géorgienne";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/02/01/270759/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270759";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 01 Feb 2022 15:59:33 +0000";s:11:"description";s:177:"La Géorgie se prépare pour les élections municipales tandis que Saakashvili continue sa grève de la faim. Le pays demeure divisé, et les espoirs de stabilité sont infimes.";s:7:"content";s:14445:"
Son retour pourrait perturber les relations intérieures et internationales
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.]
La Géorgie traverse actuellement une crise politique et sanitaire majeure. En plus de ces tensions, s'ajoute l'arrestation controversée du politique Mikheil Saakachvili suite à son retour illégal au pays le 1er octobre dernier après une longue période d'exil. Anciennement président de la Géorgie de 2004 à 2013, Saakachvili fut immédiatement arrêté à son retour et inculpé pour abus de pouvoir, accusation à laquelle il répond par une grève de la faim dans l'attente de son jugement. Son retour a engendré de nombreuses manifestations dans les rues de la capitale Tbilissi. Afin d'essayer de décrypter les enjeux que représentent les différents récits face une situation si explosive, Global Voices s'est entretenu avec deux analystes politiques connaisseurs de l'histoire contemporaine de la Géorgie.
La Géorgie a été frappée de plein fouet par la pandémie. Cette situation est due non seulement en raison du grand nombre d'infections et de décès, ayant pour principale source le manque d'accès aux vaccins, mais aussi et surtout à cause d'une forte baisse de l'activité touristique depuis printemps 2020, secteur sur lequel le pays base principalement son économie. La Géorgie fait également face à un recul démocratique majeur. Cette dernière année, déjà marquée par les crises politiques, a atteint un point culminant lors des violents affrontement du mois de juillet ; affrontements au cours desquels la police a violemment dispersé la communauté queer du pays et leurs alliés s'étant mobilisés en soutien à la marche Tbilisi Pride. Plusieurs journalistes présents sur place pour relater ces événements ont été battus, dont un serait décédé des suites des blessures qu'il aurait subi lors des violences perpétrées par la police. Plus récemment, le 2 octobre, le parti politique controversé Rêve Géorgien déjà au pouvoir a remporté les élections municipales. Bien que les électeurs soient appelés le 30 octobre pour un nouveau scrutin dans plusieurs grandes villes, les résultats initiaux demeureront très certainement inchangés.
Ce contexte politique difficile ne s'arrête pas là. L'Ossétie du Sud et l'Abkhazia, deux territoires du nord de la Géorgie, sont sous occupation russe depuis la guerre de 2008 contre Moscou. Avec l'appui renforcé de la Russie, ces territoires ont tous deux déclarés leur indépendance de facto.
En ce contexte d'instabilité, l'ex-président Mikheil Saakachvili qui avait quitté la Géorgie en 2013 s'est réintroduit clandestinement dans le pays et se trouve désormais en prison où il entame sa troisième semaine de grève de la faim.
Global Voices s'est entretenu avec Thorniké Gordadzé[fr], un expert franco-géorgien, ancien ministre adjoint des affaires étrangères chargé des relations avec l'Union Européenne, et également ministre de l'intégration européenne et euro-atlantique de 2010 à 2012 sous la présidence de Saakachvili. Il est désormais chercheur à l’Institut International d'Études Stratégiques. Lors de cet entretien avec Global Voices, Gordadzé a clarifié la situation quant aux éventuelles raisons relatives au retour dramatique de Saakachvili, ainsi que ce qu'il pourrait en advenir :
C'est un véritable retour en politique géorgienne, il a voulu prouver qu'il était prêt à s'engager totalement pour ce pays. Il risque beaucoup car personne ne peut garantir sa sécurité en prison : la Géorgie est mal protégée des interventions russes de tout niveau, notamment des services secrets. On ne peut pas exclure qu'il lui arrive quelque chose en prison. Saakachvili veut donc rétablir sa réputation auprès de l'opinion publique géorgienne car les gens commençaient à douter de son retour qu'il avait annoncé plusieurs fois. À ce titre, il a réussi, comme en témoigne la manifestation du 14 octobre à Tbilissi qui a mobilisé non seulement les membres de son parti, mais aussi des membres d'autres partis d'opposition, qui par ailleurs le critiquent fortement dans leurs discours officiels mais aujourd'hui reconnaissent que le rétablissement de la démocratie en Géorgie passe par sa libération. Saakachvili ne laisse personne indifférent, soit on l'adore, soit on le déteste, mais aujourd'hui il est le seul instrument capable de défier le Rêve Géorgien au pouvoir.
Global Voices s'est également entretenu avec Régis Genté, journaliste français basé en Géorgie depuis plus de 20 ans :
Il est bien sûr quasi impossible de faire des pronostics quant à la façon dont Saakachvili pourrait affecter aujourd’hui la politique géorgienne et revenir au pouvoir d’une façon ou d’une autre. Mais il a créé une sorte d’électrochoc : il incarne le rejet du parti Rêve Géorgien de l’oligarque Bidzina Ivanichvili. Chaque élection montre que les électeurs géorgiens veulent changer. Lors de la présidentielle de 2018, ils avaient clairement voté contre la candidate Salomé Zourabichvili, soutenue par le « Rêve Géorgien ». Elle accusait 10 points de retard sur le candidat du Mouvement National Uni. Il a fallu que M. Ivanichvili promette dans l’entre-deux tours le rachat de 600.000 prêts pour faire basculer le vote. Le scénario le plus réaliste est que la « présence » de M. Saakachvili pèse sur le vote du 30 octobre, le 2nd tour des élections municipales. Cela peut renforcer les chances de l’opposition de remporter plusieurs mairies importantes dans le pays.
Ivanichvili[fr] est une personnalité très importante de la sphère politique géorgienne: millionnaire accompli ayant construit une partie de sa fortune en Russie dans les années 1990, il fonda le parti politique Rêve Géorgien en 2012 pour ensuite exercer en tant que Premier ministre géorgien en 2012 et 2013. Bien qu'il ait annoncé vouloir se retirer de la sphère politique début 2021 et quitter son poste de président du parti Rêve Géorgien, il n'en demeure pas moins un des acteurs principaux. En cette période de tensions accrues, le parti politique se trouve dans une situation complexe: les deux experts expliquent que toute décision prise au sujet du sort de Saakachvili semble mauvaise. Selon Genté:
Beaucoup en Géorgie disent que le gouvernement est embarrassé par la présence de Saakachvili dans le pays ; qu’il préférerait l’extrader en Ukraine ou ailleurs. J’ai l’impression que depuis 2012 Ivanichvili veut garder son meilleur ennemi derrière les barreaux pour très longtemps. Aujourd'hui, le soutien à Saakashvili ne doit probablement pas être négligé, mais il n'y a aucun moyen de le mesurer.
Gordadzé explique que cette situation constitue un problème à l'échelle internationale pour le parti au pouvoir :
Saakachvili, mort ou vivant représente un danger: les autorités ne peuvent pas le relâcher car elles ont bâti leur légitimité sur une idéologie anti-Saakachvili et risqueraient de perdre le soutien de leurs électeurs dont certains lui sont farouchement opposés car ils ont perdu leur pouvoir, leur influence, leurs affaires, leur source de corruption sous son gouvernement.
En prison il est aussi un problème interne mais aussi international car il est citoyen ukrainien. Les diplomates le mentionnent dans toutes les rencontres. L'idéal serait de l'expulser vers l'Ukraine mais pas tout de suite; car il a été condamné par contumace pour six ans. Il veut rencontrer ses juges mais on ne lui donne pas cette opportunité car il s'en servirait comme tribune.
En effet, la question Saakachvili divise également au delà des frontières de la Géorgie : de nombreux diplomates russes et occidentaux l'accusent d'être à l'origine de la guerre de 2008 contre la Russie. Gordadzé soulève le fait que le retour de Saakachvili dans la sphère politique géorgienne crée donc également des tensions dans les relations qu'entretient Moscou avec Bruxelles ou encore Washington:
Saakachvili est totalement pro-occidental mais peut-être plus que les Occidentaux eux-mêmes et ceci est un problème : Saakachvili est la personne qui symbolise le conflit russo-géorgien ; donc son retour va raviver ce conflit, Moscou ne va pas tolérer une telle personnalité, par conséquent de nombreux diplomates pensent qu'il vaut mieux avoir le Rêve Géorgien au pouvoir car c'est un parti qui négocie avec Moscou et qui ne veut pas faire de vagues. L'Europe ne veut pas une confrontation avec la Russie, d'où la gêne que représente le dossier géorgien.
Genté partage ce même point de vue mais il ajoute qu'aujourd'hui, pour la plupart des Géorgiens, la préoccupation principale serait plutôt la pauvreté :
Pour les Georgiens, la première question à se poser est : comment mieux vivre ? Quand l’Allemagne propose au printemps dernier un quota de 5 000 personnes pour des emplois saisonniers, près de 100 000 Géorgiens ont postulé à ces emplois. Cette situation a suscité beaucoup d'étonnement ici et dépeint le degré de désespoir des gens face au marché de l’emploi. Ce sentiment de ne pas être écouté est renforcé par une série de faits montrant que le parti Rêve Géorgien entretient une relation plutôt ambiguë avec Moscou. En juin 2019, un député russe du Parti communiste s'est assis sur le siège du président du Parlement géorgien. Les manifestations qui en ont suivi ont duré des semaines, mobilisant non seulement les partis d'opposition mais aussi les citoyens ordinaires.
Tandis que la Géorgie se prépare pour le deuxième tour des élections municipales qui aura lieu le 30 octobre, et que Saakachvili continue sa grève de la faim, la stabilité ne demeure qu'un vœu pieux au sein d'un pays profondément divisé sur le plan politique et financier.
Note éditoriale: Afin de clarifier la position de Gordadzé sur la question des relations russo-géorgiennes, la rédaction a ajouté la clarification suivante: « Donc de nombreux diplomates pensent qu'il vaut mieux avoir le Rêve Géorgien au pouvoir car c'est un parti qui négocie avec Moscou. »
";s:7:"dateiso";s:15:"20220201_165933";}s:15:"20220126_165346";a:7:{s:5:"title";s:99:"Les Golden Horse Film Awards de Taiwan mettent en lumière les productions censurées de Hong Konga";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/01/26/270094/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270094";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 26 Jan 2022 15:53:46 +0000";s:11:"description";s:180:"Le boycott par Pékin des Golden Horse Film Awards a ouvert un espace pour des productions hongkongaises, indépendantes et moins commerciales sur le marché international du film.";s:7:"content";s:17163:"
Les films censurés parlent des manifestations de 2019 contre l'extradition en Chine.
Clara Law, Jun Li et Kiwi Chow. Image fournie par The Stand News [zh], reproduite avec autorisation.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.]
La 58ème édition des Golden Horse Film Awards, surnommée les « Oscars » en langue chinoise, s'est tenue à Taipei le 27 novembre. En 2019, le conseil national du cinéma chinois a enjoint les réalisateurs et les acteurs à boycotter l'événement si bien que, pendant trois années consécutives, le festival du film n'a proposé aucun film chinois grand public sur la liste des nominations.
La pression politique exercée par Pékin a aussi affecté Hong Kong. Des réalisateurs et des acteurs de premier plan dans l'industrie du film commercial ont été contraints de refuser les nominations aux prix par crainte de perdre le marché de la Chine continentale. Contre toute attente, ces tensions ont généré un espace pour les productions hongkongaises, indépendantes et moins commerciales.
Cette année, « Revolution of Our Times » de Kiwi Chow [fr], documentaire interdit consacré aux manifestations de 2019 contre l'extradition chinoise à Hong Kong, a décroché le prix du meilleur documentaire. « Drifting Petals » de Clara Law a remporté le prix du meilleur réalisateur et « Drifting » de Jun Li le prix du meilleur scénario adapté. Ces trois films relatent les récits sur les mouvements militants de la ville.
Prix du meilleur documentaire : « Revolution of Our Times »
Le titre de « Revolution of Our Times » est tiré d'un slogan de protestation lancé lors des manifestations de 2019. En juillet dernier, la Haute Cour de Hong Kong a statué sur le fait que la diffusion de ce slogan était assimilée à un acte d'incitation dans le cadre du procès de Tong Ying-kit. L'œuvre de Kiwi Chow a été interdite à Hong Kong, tout comme les autres films évoquant les mouvements pro-démocratiques de la ville et ses tensions politiques avec la Chine.
En vertu de l'ordonnance sur la censure des films récemment modifiée [fr], les films portant atteinte aux intérêts de la sécurité nationale ne peuvent être projetés à Hong Kong, et toute personne diffusant illégalement des films sans licence est passible de trois ans d'emprisonnement et d'une amende d'un million de dollars hongkongais. Sur Twitter, @MenSuen a compilé une liste de films bannis ou fortement modifiés avant leur sortie :
You may remember that a while ago we did a Q&A about what films #CCP hates, well here are a fresh batch of films made about #HongKong‘s fight for freedom. Many were censored in #HK but that cannot stop the world from watching them. PLEASE REQUEST THEM FROM @netflix ! pic.twitter.com/6gROEYNYIv
Vous vous souvenez peut-être qu'il y a quelque temps, nous avons réalisé une séance de questions-réponses sur les films que le Parti Communiste Chinois (CCP) a en horreur, et bien voici un nouveau lot de films consacrés à la lutte pour la liberté de Hong Kong. Beaucoup ont été censurés à #HK mais cela n'empêche pas le monde entier de les visionner. Veuillez les réclamer auprès de @netflix ! pic.twitter.com/6gROEYNYIv
– IFC (@MenSuen) 21 octobre 2021
Le documentaire de Kiwi Chow a été critiqué par les médias pro-Pékin pour avoir prôné l'indépendance de Hong Kong après sa projection au Festival de Cannes 2021.
Kong Tsung-gan, activiste hongkongais, a relevé sur Twitter la réaction du public et le discours filmé du réalisateur au moment de la remise du prix :
.@RoOT_film wins Best Doc at Golden Horse Awards. After screening, the audience shouted, “Liberate Hong Kong, revolution of our times!” Director Kiwi Chow: “This film belong to every HongKonger with a conscience & righteousness who sheds tears for HK.”https://t.co/IRmRKwSWEepic.twitter.com/poZ2iEBkU7
Le film @RoOT (“Revolution of Our Time”) remporte le prix du meilleur documentaire aux Golden Horse Awards. Après la projection, le public a scandé : « Liberate Hong Kong, revolution of our times ! » (« Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps ! »). Le réalisateur Kiwi Chow : « Ce film est la propriété de tous les Hongkongais doté d'une conscience et d'une légitimité et qui versent des larmes pour Hong Kong ». https://t.co/IRmRKwSWEepic.twitter.com/poZ2iEBkU7
– Kong Tsung-gan / 江松澗 (@KongTsungGan) 27 novembre 2021
Prix du meilleur réalisateur : « Drifting Petals »
La réalisatrice Clara Law est née à Macao, a grandi à Hong Kong et a émigré en Australie. Dans son film « Drifting Petals », elle a revisité les villes jumelles pendant les manifestations de 2019 et a raconté l'histoire de Hong Kong et de Macao sous le prisme de la diaspora.
Hong Kong et Macao sont deux anciennes villes coloniales situées à la périphérie de la Chine continentale. À la fin des années 1990, elles ont été réunifiées au sein de la Chine selon le principe constitutionnel « Un pays, deux systèmes » [fr]. À travers la rencontre du voyageur avec les manifestants et les esprits du passé, au fil de son périple la réalisatrice tisse des liens entre le conflit contemporain à Hong Kong, les émeutes de Macao de 1966 [fr] contre le gouvernement colonial portugais et le soulèvement de Guangzhou de 1895 contre la dynastie Qing.
Bien que le film ne traite pas directement des manifestations de 2019 à Hong Kong, il a peu de chances d'être projeté dans les cinémas de la ville, comme l'a souligné Lai Chak Ling, une actrice du film, qui a représenté Clara Law lors de la remise du prix du festival du film :
Prix du meilleur scénario adapté : « Drifting »
« Drifting » du réalisateur Jun Li est le seul des trois films primés à avoir pu être diffusé dans les cinémas de Hong Kong. Le film est inspiré d'un procès réel survenu en 2012 et impliquant un groupe de sans-abri dans le quartier de Sham Shui Po, quartier à faibles revenus et en voie d'embourgeoisement. Le procès a été initié par un groupe de sans-abri réclamant une compensation et des excuses de la part du gouvernement, après que des agents de police et des nettoyeurs de rue les ont forcés à quitter leurs campements en jetant leurs affaires sans aucun préavis.
La demande d'excuses officielles des « citoyens sans abri » a trouvé un écho auprès des manifestants pro-démocratie de la ville lors des manifestations de 2019.
Comme l'a souligné Michael Mo, membre de la diaspora hongkongaise au Royaume-Uni, le réalisateur a utilisé le chant politiquement sensible « Hong Kong Add Oil » 香港加油 quand il a reçu le prix :
#HongKong based film #Drifting have just won the best adapted script at the 58th @Golden_Horse Awards. At the end, the director gave his speech in Cantonese, ending with #香港加油 (Cheer up Hong Kong), a slogan which is deemed seditious now.
Thank you #Taiwan. pic.twitter.com/0JcYdPCGFR
Le film « Drifting », réalisé à Hong Kong, a reçu le prix du meilleur scénario adapté lors de la 58ème édition des @Golden_Horse Awards. À la fin, le réalisateur a prononcé son discours en cantonais, concluant par #香港加油 (« Cheer up Hong Kong »), un slogan jugé désormais séditieux.
Merci Taiwan. pic.twitter.com/0JcYdPCGFR
– Michael Mo (@michaelmohk) 27 novembre 2021
« May you stay forever young » et « Coffin Homes »
Outre les lauréats, deux autres productions hongkongaises nominées ont été saluées [zh] par les critiques du festival.
Doté d'un budget de production inférieur à 600 000 dollars hongkongais (environ 77 000 dollars américains), « Will you stay forever young » de Rex Ren et Lam Sum a été nominé dans les catégories meilleur nouveau réalisateur et le meilleur montage de film.
Le film a également été censuré [zh] à Hong Kong parce qu'il abordait la question des manifestations de 2019. Il met en scène une équipe de secours à la recherche de jeunes manifestants ayant tenté de se suicider du fait de conflits générationnels dans leurs familles.
Le titre, « Will you stay forever young », tire son inspiration d'un jeune manifestant de 15 ans dans le film : « Les gens seront-ils condamnés à changer en grandissant ? Si c'est le cas, je ne veux pas grandir ».
Le film « Coffin Homes » du cinéaste confirmé, Fruit Chan, a été nominé sur plusieurs prix. Cette comédie à suspense, projetée à Hong Kong en août 2021, critique vivement l'exploitation capitaliste dans la ville, à tel point que les fantômes eux-mêmes doivent se disputer l'espace vital entre eux, et avec les vivants.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220126_165346";}s:15:"20220126_160939";a:7:{s:5:"title";s:156:"Un rappeur cambodgien promet de reprendre l'écriture de ses textes engagés, après avoir purgé une peine d'un an de prison pour incitation à la violence";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/01/26/270098/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270098";s:7:"pubDate";s:31:"Wed, 26 Jan 2022 15:09:39 +0000";s:11:"description";s:164:"« Je ne cesserai pas de composer et chanter mes textes sur mon pays, à sensibiliser les gens au travers de mes chansons et à entretenir un esprit patriotique ».";s:7:"content";s:12796:"
Les autorités affirment que ses paroles pourraient inciter au crime.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.]
Kea Sokun, rappeur cambodgien, a purgé une peine d'un an de prison après avoir été reconnu coupable d'« incitation à commettre un délit » pour deux morceaux qu'il a écrits et publiés sur YouTube.
Sokun a été interpellé en septembre 2020 après que le ministère de la Culture et des Beaux-Arts ait déposé une plainte auprès de la police contre le rappeur de 22 ans pour la publication de deux titres sur les réseaux sociaux incitant prétendument des personnes à renverser le gouvernement. Sokun a contesté l'accusation mais le tribunal l'a reconnu coupable en décembre 2020, et il a été relâché neuf mois plus tard.
Très jeune, Kea Sokun a été contraint d'abandonner l'école pour gagner sa vie et aider sa famille en tant que photographe amateur. Il a créé une chaîne YouTube en 2015, et a commencé à poster des chansons qui ont séduit des jeunes Cambodgiens. Sa chaîne compte près de 35 chansons et plus de 200 000 abonnés.
Les compositions de Sokun explorent souvent son identité cambodgienne et ses opinions sur les luttes de son pays. Sur le morceau « Sad Race » [km], Sokun évoque la disparité entre les riches et les pauvres. Dans sa chanson virale « Khmer Land » [km], il déplore le délogement des Cambodgiens de leurs terres. Vous trouverez ci-dessous un extrait d'une traduction non officielle de ce morceau :
I was born in a poor territory, with a transparent heart.
I’m opposed to the dictator and attacks on our heritage,
And opposed to oppression,
And I help the nation through singing this song.
When we lost all our land, we were busy drinking.
Watch out: Our map is in someone else’s hands.
While the other race is encroaching —
While we are breaking up —
They will encroach on it.
Je suis né dans une région pauvre, avec un cœur innocent.
Je suis hostile à la dictature et aux attaques contre notre patrimoine,
et suis opposé à toute forme d'oppression,
Et je soutiens la nation en chantant ces paroles.
Lorsque nous avions perdu toutes nos terres, nous étions affairés à boire.
Prenez garde : notre territoire est entre les mains de quelqu'un d'autre.
Alors que l'autre peuple empiète sur le territoire
Tandis que nous nous disloquons
Ils vont nous envahir.
À l'heure où nous entrons sous presse, la vidéo compte déjà plus de quatre millions de vues.
Après sa libération, dans un entretien avec VOD, une agence de presse cambodgienne, Sokun a précisé la signification de la chanson :
In [the song] Khmer Land, I wanted to talk about the ancient times. And it is about how every citizen should wake up to love their society, religion and nation.
Dans la chanson « Khmer Land », je souhaitais aborder les temps anciens. Et il s'agit de savoir comment chaque citoyen devrait se réveiller pour aimer sa communauté, sa religion et sa nation.
Mais les autorités ont fait valoir que les paroles de la chanson pouvaient inciter les gens au crime. Durant le procès, aucune preuve n'a été présentée permettant de relier la chanson à un acte criminel.
Am Sam Ath, responsable du suivi auprès du groupe de défense des droits humains, Licadho, a résumé les arguments de l'avocat de Kea Sokun :
There were a lot of challenges [made] — the key thing that the lawyer raised about this was the freedom of expression of people, including composing songs and singing songs, and that there was no intention to incite chaos in society or serve anybody’s interest. His intention was to earn money on YouTube.
The prosecutor still kept their stance that the song has an inciting nature and is a crime. As civil society, we do not see it as a crime as charged. But we see that he has talent in composing songs and expressing his views.
Nous avons été confrontés à de nombreuses difficultés – l'élément clé, soulevé par l'avocat, était la liberté d'expression des individus, notamment la composition et l'interprétation des chansons, ainsi que la volonté de ne pas provoquer le chaos dans la société ou de servir les intérêts de quiconque. Son intention était de générer de l'argent sur YouTube.
Le procureur a maintenu sa position selon laquelle la chanson a un caractère incitatif et représente un délit. En tant que société civile, nous ne considérons pas qu'il puisse s'agir d'un crime. Mais nous reconnaissons le talent de cet homme à composer des chansons et à exprimer ses opinions.
Having met with family of jailed young rapper Kea Sokun at Siem Reap province. He was offered a service to shoot a wedding but instead that was the plot to transport him to police station and he was arrested & charged of incitement. His conviction was appealed in January 2021. pic.twitter.com/npCbAa8Tzc
Nous avons rencontré la famille du jeune rappeur Kea Sokun, incarcéré dans la province de Siem Reap. On lui avait proposé de filmer un mariage, mais c'était un piège, il a été alors conduit au poste de police où il a été arrêté et accusé d'incitation. Sa condamnation a fait l'objet d'un appel en janvier 2021. pic.twitter.com/npCbAa8Tzc
L'arrestation et la condamnation de Kea Sokun s'inscrivent dans un contexte alarmant qui témoigne de la dégradation de l'espace de la liberté d'expression au Cambodge sous le gouvernement de Hun Sen, au pouvoir depuis près de quarante ans. Invoquant la réglementation relative à l'urgence pandémique, les autorités ont ordonné l'arrestation de nombreux citoyens, dont des journalistes et des artistes, pour s'être insurgés contre les politiques gouvernementales.
Kea Sokun a été exhorté à présenter des excuses afin de bénéficier d'un jugement plus clément, mais il a refusé et affirmé qu'il n'avait rien fait de mal. Il a réitéré cette position à sa sortie de prison. Il a déclaré aux médias que :
Going back, I would not have said sorry. Because I believe that I did not do [incitement] like what they said.
Avec le recul, je ne me serais pas excusé. Parce que je suis sûr de n'avoir provoqué aucune incitation comme ils l'ont affirmé.
Kea Sokun was released from Siem Reap prison this afternoon. The Cambodian rapper was arrested in September last year and convicted of incitement over his lyrics. For background info: https://t.co/dnddBFiAWZpic.twitter.com/f33XgsZ6Bl
Kea Sokun a été libéré de la prison de Siem Reap cet après-midi. Le rappeur cambodgien avait été arrêté en septembre de l'année dernière et condamné pour incitation en raison de ses textes. Pour plus d'informations : https://t.co/dnddBFiAWZpic.twitter.com/f33XgsZ6Bl
– LICADHO | លីកាដូ (@licadho) 3 septembre 2021.
Il a promis de produire de nouvelles chansons après avoir consacré du temps avec sa famille :
I will not stop writing and singing my songs about my country. I will continue to educate the people through my songs and keep the patriotic spirit going.
Je ne renoncerai jamais à l'écriture. Je continuerai à chanter mes compositions qui parlent de mon pays. Je continuerai à sensibiliser les gens à travers mes chansons et ainsi à entretenir l'esprit patriotique.
Le drame de Kea Sokun fait l'objet d'un court-métrage sorti en novembre 2021. Intitulé « Not Love Songs », le film du journaliste Jackson Brook, basé au Cambodge, met en lumière l'impact de l'arrestation de Kea Sokun sur sa famille et la façon dont ils « se sont réunis pour dénoncer l'arrestation du rappeur, et comment ils ont su trouver leurs propres arguments pour faire face à cette injustice ».
";s:7:"dateiso";s:15:"20220126_160939";}s:15:"20220125_205645";a:7:{s:5:"title";s:173:"Les autorités de Hong Kong lancent un avertissement contre les campagnes de boycott en raison du faible engouement des électeurs à l'approche des élections législatives";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/01/25/270092/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270092";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jan 2022 19:56:45 +0000";s:11:"description";s:177:"Les élections du Conseil législatif de Hong Kong se tiendront le 19 décembre 2021. Les autorités ont lancé une mise en garde contre les campagnes de boycott des élections.";s:7:"content";s:19511:"
Arrestation de personnes suspectées d'inciter le vote blanc
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.]
Les élections du Conseil législatif de Hong Kong (Legco) se tiendront le 19 décembre 2021.
Compte tenu du mécanisme de sélection « réservé aux patriotes », prévu par les nouvelles règles électorales, seules 153 personnes ont reçu un nombre suffisant de candidatures auprès de la commission électorale pour devenir des candidats légitimes et ainsi concourir dans la course aux 90 sièges que compte l'organe législatif. Et seulement 35 candidats individuels sont en lice pour briguer les 20 sièges attribués au suffrage direct dans les 10 districts des circonscriptions géographiques.
La population, unanimement, estime que le taux de vote sera très faible car la majorité des politiciens pro-démocratie sont en prison, et les nouvelles règles électorales empêchent les membres de l'opposition politique de passer la porte des bureaux de vote. Catrix, un hongkongais de la diaspora installé en Écosse, traduit ce ressenti général sur Twitter :
Election is choosing someone you want to serve in the Government. All the people HKer love are either in jail or force outside HK. Now #ccp Hk blame us for not interested in Votings. fxxk u #ccp & hksar. #FreeHongKong first … https://t.co/FL00AmrC8r
— Catrix?????????HKer in Scotland. FIGHT! (@Catrix_BorninHK) November 30, 2021
Les élections permettent de choisir celui ou celle qui servira au sein du gouvernement. Toutes les personnes que les Hongongais apprécient sont soit en prison, soit ont été contraintes de quitter Hong Kong. Aujourd'hui, le Parti communiste chinois (CCP, Chinese Communist Party) « de Hong Kong » nous reproche notre indifférence vis-à-vis des élections. Allez vous faire voir vous, le Parti communiste chinois (#ccp) et vous, la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine (HKSAR). Libérez d'abord Hong Kong …
– CatrixHKer en Ecosse. FIGHT! (@Catrix_BorninHK) 30 novembre, 2021
Répression policière contre la campagne du bulletin blanc
Illustrant la frustration politique des citoyens pro-démocratie, Ted Hui, militant en exil, a lancé une campagne « Be water campaign » [zh] sur Facebook fin octobre et a exhorté les Hongkongais à voter blanc ou nul en signe de protestation contre les nouvelles règles électorales. L'ancien législateur a indiqué (via HKFP) :
Faced with the reality that, under the tyranny of the regime, Hong Kong people have very limited options for political mobilisation with substantial influence… The implementation of strategic voting is not aimed at ‘who is elected’ or ‘how many seats.’ Instead, we can use official blank votes to express our resistance to tyranny and our thirst for freedom. This is the greatest political mobilization we can actually achieve at the moment…
Confrontée à la réalité selon laquelle, sous la tyrannie du régime, la population de Hong Kong ne dispose que de très peu d'options de mobilisation politique permettant une influence déterminante… La mise en œuvre du vote stratégique ne vise pas à savoir « qui sera élu » ou « le nombre de sièges ». Nous pouvons plutôt utiliser les votes blancs officiels pour manifester notre résistance à la tyrannie et notre soif de liberté. Il s'agit de la plus grande mobilisation politique que nous pouvons véritablement mener à l'heure actuelle…
La campagne a suscité une forte réaction de la part des autorités de Hong Kong et la police a réagi rapidement en procédant à l'arrestation de trois personnes qui avaient diffusé un message en ligne appelant les citoyens à voter blanc. Ils encourent une peine maximale de trois ans d'emprisonnement et une amende de 200 000 dollars de Hong Kong (25 600 dollars américains).
Ensuite, le 29 novembre, la Commission indépendante contre la corruption (ICAC, Independent Commission Against Corruption), organisme de surveillance de la corruption à Hong Kong, a émis des mandats d'arrêt à l'encontre de deux militants en exil, Ted Hui et Yau Man-chun, accusés de pousser une tierce personne à ne pas voter ou à voter de manière non valide. Le groupe politique Hong Kong Democracy Council (Conseil de la démocratie de Hong Kong), basé à Londres, a interprété la répression policière comme le reflet de leur inquiétude face au faible taux de vote :
The HK govt. is so afraid of the low turnout for their fake election that they issued an arrest warrant to HKDC's Advisor @tedhuichifung, who advocated a protest against the upcoming legislative council election by boycotting or casting blank votes. https://t.co/Lp6pX4n19j
Le gouvernement de HK est si préoccupé par le faible taux de participation à ses fausses élections qu'il a émis un mandat d'arrêt à l'encontre du conseiller du HKDC @tedhuichifung, lequel a appelé à protester contre les prochaines élections du conseil législatif par un boycott ou des votes blancs.
— HKDC – Conseil de la démocratie de Hong Kong (@hkdc_us) 29 novembre 2021
Cependant, la répression exercée sur les campagnes de vote blanc ne suffit pas à faire progresser le pourcentage de votants. Selon une enquête menée par l'Institut de recherche sur l'opinion publique (PORI, Public Opinion Research Institute), la propension des électeurs hongkongais à voter 31 jours avant les élections a atteint son plus bas niveau depuis 1991, soit 52 %, ce qui est inférieur de 30 % à la tendance observée lors des élections du Legco menées en 2016, lorsqu'un total de 84 listes de candidats impliquant 200 personnes avaient été enregistrées afin de disputer 35 sièges élus directement dans 5 districts des circonscriptions géographiques.
Les pro-Pékin ont répondu au sondage avec indignation. Le Ta Kung Pao (le plus ancien journal en langue chinoise toujours disponible en Chine), journal financé par l'État chinois, a reproché à PORI de tromper les citoyens et de les inciter à boycotter les élections en intégrant dans son enquête l'option « vote blanc ou nul ». Tom Grundy, fondateur du site d'actualités HKFP, a souligné le caractère professionnel et indépendant de PORI :
.@hkporihkpop came under fire from the Beijing-backed Ta Kung Pao, which claimed their surveys have “incited and misled” citizens.
@hkporihkpop s'est attiré les foudres du Ta Kung Pao, journal soutenu par Pékin, en affirmant que ses sondages ont « incité et induit en erreur » les citoyens.
Nommez un autre institut de sondage crédible en ville ?
Les instituts équivalents pro-Pékin ne publient pas leur méthodologie et n'ont aucune transparence en matière de propriété et de financement. https://t.co/sakWAzE9Dypic.twitter.com/KoQqxcN5Rq
Le vice-président de la All-China Federation of Returned Overseas Chinese (Fédération pan-chinoise des Chinois de retour de l'étranger), Lo Man-Tuen, a également pointé du doigt le PORI et a affirmé [zh] dans un article publié le 29 novembre que Pékin avait observé que des forces étrangères étaient intervenues dans le but de saboter les élections du Legco en lançant des campagnes de boycott.
Simon Peh, commissaire de l'organisme anti-corruption, s'est également fait l'écho des accusations des partisans de Pékin en soutenant que le sondage électoral de PORI avait peut-être enfreint la loi.
Bureaux de vote frontaliers
En parallèle à cette répression, le gouvernement de Hong Kong a choisi de mettre en place trois bureaux de vote frontaliers afin que les 110 000 électeurs domiciliés en Chine continentale puissent voter. Toutefois, les observateurs électoraux et les médias sont tenus à l'écart du processus de vote dans ces centres.
Richard Scotford, défenseur de la démocratie à Hong Kong, a analysé cet aménagement comme un effort visant à gonfler le nombre de votes :
HK Gov: This election is gonna be really embarrassing cus no one will vote.
CCP: No worries, we’ll just send people from China to vote. https://t.co/E0Y3ilNXc0
Le gouvernement de Hong Kong : Cette élection risque de devenir très embarrassante puisque personne ne viendra voter.
Le Parti Communiste Chinois : Pas d'inquiétude, nous allons tout simplement faire venir des personnes de Chine pour qu'elles votent. https://t.co/E0Y3ilNXc0
– RichS (@RichScotford) 29 novembre 2021
Nathan Ruser, chercheur en cyberpolitique à l'Australian Strategic Policy Institute (Institut australien de politique stratégique), voit dans cette disposition une normalisation du trucage des élections :
After it's become clear that Hong Kongers do not have any appetite to vote in a rigged election, the government is going to get ~100,000 people not from Hong Kong to vote in and crudely attempt to legitimise a rigged election. https://t.co/8kdmZ4izmB
Après avoir compris que les Hongkongais n'ont aucune envie de participer à une élection truquée, le gouvernement va faire voter environ 100 000 personnes extérieures à Hong Kong et ainsi tenter de légitimer une élection truquée.
En effet, cette disposition est très controversée car, selon les règles électorales en vigueur, seuls les citoyens qui « résident habituellement à Hong Kong » ont le droit de voter, alors que rien ne permet de prouver que les 110 000 électeurs de Chine continentale vivent toujours à Hong Kong.
Le dernier sondage réalisé par PORI a révélé que la moitié des résidents locaux étaient hostiles à la mise en place de bureaux de vote frontaliers. Même l'ancien enquêteur en chef de l'ICAC, Stephen Char, s'est inquiété [zh] du fait que l'autorité de lutte contre la corruption n'aurait pas la capacité de surveiller les fraudes électorales en Chine continentale.
Mais, en raison du climat politique actuel, tout résultat d'enquête d'opinion contraire à la politique du gouvernement peut être perçu comme une menace. Jérôme Taylor, journaliste à l'AFP, a ainsi résumé cette tendance politique dans un tweet :
Not only is it now illegal to encourage people to cast blank votes or not vote in Hong Kong's upcoming ‘patriots only’ election — it might even be illegal to even do polling on voting intentions, the ICAC has warned https://t.co/dSrT1weTKS
Non seulement il est désormais illégal de pousser les électeurs à voter blanc ou à ne pas voter lors de la prochaine élection des « patriotes seulement » à Hong Kong, mais il pourrait même être illicite d'effectuer des sondages sur les intentions de vote, a averti la Commission indépendante contre la corruption (ICAC, Independent Commission Against Corruption of Hong Kong). https://t.co/dSrT1weTKS
– Jerome Taylor (@JeromeTaylor) 30 novembre 2021
";s:7:"dateiso";s:15:"20220125_205645";}s:15:"20220125_180950";a:7:{s:5:"title";s:91:"Bangladesh : le conflit homme-éléphant susceptible de causer l'extinction des éléphants";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/01/25/270096/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270096";s:7:"pubDate";s:31:"Tue, 25 Jan 2022 17:09:50 +0000";s:11:"description";s:189:"Environ trois dizaines d'éléphants résidents et itinérants ont été abattus dans différentes régions du Bangladesh depuis janvier 2020. Sept ont été tués rien qu'en novembre 2021.";s:7:"content";s:17767:"
« Ce sont les humains qui envahissent les habitats des animaux ».
Éléphant d'Asie à Inani, Cox's Bazar. Image fournie par Syedabbas321 via Wikipedia, sous licence CC BY-SA 4.0.
[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages web en anglais.]
Les éléphants sauvages d'Asie peuplent le Bangladesh depuis plus de mille ans, mais leur population décline en raison d'un conflit de plus en plus important entre l'homme et l'éléphant dans le pays. Environ trois dizaines d'éléphants résidents et migrants ont été massacrés dans différentes régions du Bangladesh depuis janvier 2020, sept pour le seul mois de novembre 2021.
Le journaliste environnemental, Rafiqul Montu, a tweeté :
Seven elephants have died in Bangladesh in the last two weeks. Wildlife experts say that if the death of elephants continues like this, this endangered animal could become extinct in Bangladesh very quickly. pic.twitter.com/0BwOr4vgi9
Sept éléphants ont trouvé la mort au Bangladesh au cours des deux dernières semaines. Les experts de la faune sauvage estiment que si la mortalité des éléphants se poursuit ainsi, cet animal en voie de disparition pourrait s'éteindre très rapidement au Bangladesh.
– Rafiqul Montu (@ri_montu) 20 novembre 2021
La population des éléphants sauvages est tombée à moins de 300, leur habitat se resserrant sous l'effet de la multiplication des implantations humaines dans les forêts et les collines.
La destruction de leur habitat entraîne leur extinction
En effet, selon la liste rouge des espèces menacées (Red List of Threatened Species) de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN, International Union for Conservation of Nature), l'éléphant est devenu une espèce en danger critique d'extinction au Bangladesh. Il y a seulement un siècle, ils étaient largement présents [pdf] dans les différentes forêts du Bangladesh. Durant la période coloniale britannique, les éléphants étaient capturés pour être dressés avant d'être envoyés au service des Zamindars ou pour rejoindre les troupes. Aujourd'hui, on recense des dizaines d'éléphants en captivité, principalement exploités dans l'industrie du bois, pour transporter le bois et pour certains être utilisés dans des cirques.
Le Bangladesh compte trois types d'éléphants : les éléphants captifs, les éléphants résidents et les éléphants de passage. Les éléphants dits migrateurs se concentrent dans les forêts proches des frontières indiennes, à Sherpur, Netrokona, Kurigram, Sylhet, Moulvibazar, et des frontières du Myanmar, dans les régions de Bandarban et Cox's Bazar.
Le Bangladesh fait partie des pays les plus densément peuplés du monde. L'augmentation des habitations a empiété sur les forêts et les collines, entraînant une diminution de l'espace disponible pour les animaux sauvages, notamment les éléphants.
Shahriar Shakir évoque [bn] dans un reportage vidéo disponible sur le portail en ligne bangla NewsBangla24.com :
শেরপুরের সীমান্তবর্তী গারো পাহাড় একসময় বিরাট এলাকাজুড়ে বিস্তৃত ছিল। ধীরে ধীরে তা সংকুচিত হয়ে এসেছে। পাহাড়ে আদিবাসীদের বসবাস থাকলেও নানা জায়গা থেকে মানুষ পাহাড় কেটে বসতবাড়ি গড়ে তুলছেন। বর্তমানে বন বিভাগের শত শত একর জমি দখলের কবলে।
একাধিক প্রজাতির হাতির দল বাংলাদেশ ও ভারতের পাহাড়ি এলাকায় বিচরণ করে। কিন্তু বাংলাদেশ অংশে হাতির আবাসস্থল মানুষের দখলে থাকায় নিরাপদে থাকতে পারছে না হাতি। স্থানীয় লোকজন হাতিকে নানাভাবে বিরক্ত করছেন। এতে নিরাপত্তাহীনতায় ভুগছে হাতি।
Les collines Garo situées dans le district de Sherpur, en bordure de l'Inde, étaient jadis très vastes. Peu à peu, elles se sont réduites à mesure que des personnes extérieures s'y sont installées, en plus des populations autochtones locales. Ces intrus rasent les collines et construisent des maisons. Actuellement, des centaines d'hectares de terres relevant du département des forêts sont occupés illégalement par ces individus.
Plusieurs espèces d'éléphants parcourent les régions montagneuses et migrent entre les frontières du Bangladesh et de l'Inde. Malheureusement, l'habitat des éléphants au Bangladesh se réduit suite à l'augmentation des implantations humaines. Les occupants harcèlent les éléphants et leurs espaces de différentes manières, les plongeant dans l'insécurité.
La présence de l'homme dans les espaces initialement habités par les éléphants a intensifié le conflit homme-éléphant dans le pays. Les éléphants cherchent de la nourriture tandis que les hommes veulent protéger leurs cultures et leurs maisons.
Les éléphants descendent [bn] jusqu'aux zones d'habitat humain en raison de la crise alimentaire dans les collines. Ils endommagent les cultures agricoles et les habitations. Les populations sont parfois terrifiées par les déplacements des éléphants.
Chaque année, plusieurs personnes sont tuées au Bangladesh lors d'attaques de troupeaux d'éléphants. Les mouvements des éléphants sauvages à proximité des habitats humains génèrent de la peur au sein de la population locale. Plus d'une dizaine d'éléphants meurent également chaque année du fait d'une intervention humaine : ils sont abattus, électrocutés [bn] ou chassés.
Le 6 novembre 2021, un troupeau de 18 éléphants sauvages a fait irruption dans des zones d'habitat humain dans le sud de Mithachari, quartier de Cox's Bazar, et cinq personnes, parmi lesquelles des agents forestiers, ont été blessées [bn] alors qu'elles les chassaient vers les forêts. Dans le district de Sherpur, au nord du Bangladesh, les villageois passent des nuits blanches [bn] pour protéger leurs vies et leurs biens. Ils éloignent les éléphants en battant des tambours, en faisant exploser des pétards et en allumant des torches, mais ces moyens ne suffisent pas à dissuader les éléphants affamés des collines de venir la nuit.
Plus tôt, en novembre 2021, sept éléphants au total ont été assassinés [bn] au Bangladesh, cinq d'entre eux ont été électrocutés et un a été abattu. Le journaliste Mostafa Yousuf a tweeté :
Hello, wildlife and animal lovers.
Today another young elephant calf was killed in Cox's Bazar, southern part of ??. I am traumatized and tired to see the decimation of gentle giant. The forest dept, govt all turned spectators. pic.twitter.com/w4XycNdnyc
Bonjour, les amoureux de la faune sauvage et des animaux.
Aujourd'hui, un autre éléphanteau a été massacré à Cox's Bazar, dans le sud du pays. Je suis traumatisé et fatigué de constater la disparition de ce gentil géant. Le département des forêts et le gouvernement sont devenus des observateurs.
– Mostafa Yousuf (@mostafayousuf6) 21 novembre 2021
Plusieurs protestations ont été organisées à travers le pays pour réclamer l'arrêt des massacres. « Save the Nature of Bangladesh » (Sauvez la Nature du Bangladesh), a tweeté :
Part of a protest rally organized by Save The Nature Of Bangladesh at the premises of Sreevardi Upazila in Sherpur district to protest against the brutal killing of 6 wild elephants in Bangladesh in one week. pic.twitter.com/5sXxeH54xW
— Save The Nature Of Bangladesh (@SaveTheNatureBD) November 16, 2021
Une partie du rassemblement de protestation organisé par « Save The Nature Of Bangladesh » dans les locaux de Sreevardi Upazila situé dans le district de Sherpur pour dénoncer l'abattage brutal de 6 éléphants sauvages au Bangladesh en une semaine.
– Save The Nature Of Bangladesh (@SaveTheNatureBD) 16 novembre 2021
Le 21 novembre 2021, la Haute Cour du Bangladesh a ordonné aux autorités concernées de prendre des mesures rapides visant à mettre fin au massacre des éléphants. La cour a donné suite à la requête déposée par trois défenseurs de la faune sauvage visant à mettre fin au massacre des éléphants à Cox's bazar, Chittagong, Sherpur et dans d'autres régions du pays.
বন্যপ্রাণীরা কখনও মানুষের জায়গা দখল করেনা। মানুষ বন্যপ্রাণীর জায়গা দখল করে তাদের হত্যা করে। মানুষ পৃথিবীতে সবচেয়ে অসভ্য জীব।
Les animaux ne conquièrent jamais les habitats des humains. Les humains envahissent les habitats des animaux et les tuent. Les humains sont les créatures les plus barbares de la planète.
Mostofa Firoz, professeur à l'université Jahangir Nagar et membre du groupe des experts des éléphants d'Asie, a déclaré dans une interview au Daily Kaler Kontho [bn] que les lois en vigueur dans le pays sont adaptées à la sauvegarde des éléphants. Cependant, il est essentiel de faire appliquer ces lois.
হাতি রক্ষায় আমাদের যে আইন আছে তা কিন্তু যথেষ্ট। কেউ হাতির আঘাতে মারা গেলে রাষ্ট্র তিন লাখ টাকা অর্থ সহায়তা দেয়। কেউ হাতি হত্যা করলে সর্বোচ্চ যাবজ্জীবন কারাদণ্ডের বিধান রয়েছে। এটি খুবই ভালো আইন।
Les lois en vigueur pour protéger les éléphants sont satisfaisantes. Si quelqu'un succombe à une attaque d'éléphants, l'État fournit une aide financière de 300 000 takas bangladais (3 490 dollars). Il y a même une disposition prévoyant une peine maximale de prison à vie pour le meurtre d'un éléphant. Ce sont de solides lois.
D'après Mostofa Firoz, il faut cesser l’empiétement de l'homme sur l'habitat des éléphants et les agressions systématiques. En outre, il faut redoubler d'efforts pour sensibiliser les gens. Il a également suggéré la création d'équipes spéciales de volontaires composées d'agents forestiers et de résidents locaux chargés de maintenir le calme au sein de la population des villages concernés et de veiller à ce que le déplacement des éléphants ne soit pas interrompu.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220125_180950";}s:15:"20220124_171214";a:7:{s:5:"title";s:57:"Un an après, l’Université du Bosphore résiste encore";s:4:"link";s:46:"https://fr.globalvoices.org/2022/01/24/270827/";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=270827";s:7:"pubDate";s:31:"Mon, 24 Jan 2022 16:12:14 +0000";s:11:"description";s:178:"Alors même que le recteur contesté Melih Bulu nommé par le gouvernement, a désormais été renvoyé, les étudiants et les professeurs continuent de manifester sur le campus.";s:7:"content";s:10898:"
Les manifestations de l'Université du Bosphore fête leur premier anniversaire
Extrait d'une interview vidéo d'une des professeures licenciées, par Gerçek Gündem
Ce mois marque l'anniversaire des manifestations de l'université de Boğaziçi, qui ont eu lieu après la nomination d'un nouveau recteur par le président Recep Tayyip Erdoğan. Alors que le recteur controversé Melih Bulu, nommé par le gouvernement, a été démis de ses fonctions, les protestations se poursuivent dans la prestigieuse école.
L'Université Boğazici se bat pour défendre la liberté et l'autonomie académiques. Les étudiants ont protesté sans relâche, malgré la violence policière, les arrestations et les détentions, et ils n'abandonneront pas tant qu'ils ne seront pas entendus.#Boğazici1YıldırDireniyor#KabulEtmiyoruzVazgecmiyoruzpic.twitter.com/hvuRFMlBzm
Le conflit a débuté en réaction à la nomination externe d’un nouveau recteur le 1er janvier 2021 ; ce que les étudiants et les universitaires ont dénoncé comme un nouveau recul de la démocratie en Turquie, comparant cette nomination au remplacement de plus de cents maires élus au profit d’individus nommés par le gouvernement au cours des dernières années. L’année dernière, de nombreux affrontements ont eu lieu entre la police et les étudiants. Ces derniers ont aussi organisé des sit-ins sur le campus. De son côté, le corps enseignant a protesté en tournant le dos tous les jours au bâtiment du rectorat depuis le début des protestations.
Puis en juillet, le parti au pouvoir, le Parti de la Justice et du Développement (AKP), a révoqué Melih Bulu par un décret de minuit, remplaçant l'ancien recteur par le Professeur Naci İnci. Ce dernier dirigeait auparavant le département de physique de l'université et occupait le poste de vice-recteur pendant le mandat de Bulu. Ce remplacement a provoqué de nouvelles manifestations, qui continuent encore aujourd'hui.
L'école dispose d'un vaste processus d'élection interne, de sorte que les deux nominations externes ont été considérées comme une « violation de la liberté académique, car elles contournaient les élections du rectorat et c'était la première fois qu'une personne extérieure à l'université était placée au siège du rectorat depuis le coup d'État du 12 septembre 1980 », a rapporté Gazete Duvar.
Le 3 janvier 2022, les enseignants de l’établissement ont publié un communiqué dans lequel ils s'engagent à continuer leur lutte contre la nomination d'Inci. Cette nomination s’est faite selon eux de manière « opaque » en « méprisant la volonté de l'université. »
Can Candan a été renvoyé en juillet 2021 du programme de certificat d'études cinématographiques du département des langues et littératures occidentales de l'université, sur ordre du nouveau recteur. Depuis son compte personnel Tweeter, il a écrit :
Il y a exactement un an aujourd'hui, le 3 janvier, en qualité de professeurs de l’Université du Bosphore, nous avons pour la première fois affirmé #Nousrefusonsd'accepternousn'abandonneronspas. Nous continuerons à défendre nos valeurs et notre établissement, pour une université libre, indépendante et démocratique en Turquie.
Inci a également licencié d’autres employés de l’université, Feyzi Erçin, Özcan Vardar et Seda Binbaşgil, malgré la contestation des étudiants et du corps enseignant. Des dizaines d'étudiants ont en outre été victimes de violence policière durant l'année dernière, et au moins deux étudiants du Bosphore, Berke Gök et Perit Özen, sont en garde à vue depuis octobre 2021 selon Bianet [agence de presse turque]. Toujours en octobre, Inci a fait suspendre plusieurs des étudiants qui avaient manifesté contre sa nomination.
Dans ses réflexions sur l'année écoulée, la professeure Ayşe Gürel a écrit,
Depuis un an, l'université du Bosphore, l'une des très rares universités publiques turques qui est accessible financièrement à de nombreux jeunes et qui offre des cours de rang mondial, est démolie de façon méthodique. Comme plusieurs de mes collègues qui ont consacré leur vie à cette université, un bien commun de ce pays, je déplore ce qui est arrivé. Je pense que l'administration qui a conduit l'université à cette destruction programmée, et toutes les autres personnes et organisations qui sont responsables de cela, devront rendre des comptes à notre pays et surtout à sa jeunesse. Quoi qu'il en soit, nous continuerons à nous battre et à dire ce que nous pensons juste, pour que l’institution puisse survivre à ces bouleversements.
";s:7:"dateiso";s:15:"20220124_171214";}s:15:"19700101_010000";a:7:{s:5:"title";s:141:"Arrestation de figures de l'opposition à Saint-Vincent-et-les-Grenadines un mois après les manifestations contre la vaccination obligatoire";s:4:"link";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=267968";s:4:"guid";s:37:"https://fr.globalvoices.org/?p=267968";s:7:"pubDate";s:0:"";s:11:"description";s:188:"After the prime minister was injured during an August protest, a woman was arrested for the assault. Four opposition members/supporters have since been charged in relation to the protests.";s:7:"content";s:13858:"
The country's constitution protects ‘freedom of expressions, assembly and association’
Ralph Gonsalves, le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, s'adresse au Sommet des Nations Unies sur l'adoption du programme de développement post-2015, le 25 septembre 2015. Photo prise par UN Photo/Mark Garten sur Flickr, CC BY-NC-ND 2.0.
Il n'a pas fallu longtemps aux forces de l'ordre pour arrêter le coupable du prétendu lancer de pierre à la tête du Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Ralph Gonsalves, lors de la manifestation du 5 août contre la prise de décision de rendre la vaccination contre la Covid-19 obligatoire dans les Caraïbes. Le week-end suivant l'incident, Annamay Lewis a été inculpée pour avoir blessé le Premier ministre. Au même moment, le ministre du gouvernement Julian Francis a averti que davantage d'arrestations pourraient avoir lieu très prochainement.
La manifestation aurait été entreprise sans accord de la police, une condition requise pour les rassemblements publics, en vertu de la législation de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. De plus, cet acte de violence a été vivement critiqué, y compris par l'opposition et les voix régionales. Cependant, le Premier ministre Gonsalves a été enregistré déclarant qu'il tient le dirigeant de l'opposition, Godwin Friday, personnellement responsable, mais pas de manière criminelle, de l'attaque qui a causé sa blessure.
La manifestation, selon des sources organisée par le Nouveau Parti démocratique (NPD) ainsi que le service public du pays et les syndicats d'enseignants, a été incitée par la proposition du gouvernement d'enlever le mot « volontaire » devant le mot « immunisation » dans le Public Health Act (loi visant à assurer la santé publique), ainsi que par les inquiétudes relatives au processus d'exemption concernant le vaccin contre la Covid-19. Le taux de personnes entièrement vaccinées à Saint-Vincent-et-les-Grenadines est actuellement estimé à juste au-dessus de 12 % de la population. Au 1er septembre, le ministère de la Santé du pays reporte 38 cas actifs de Covid-19, avec 12 décès au total.
Le 6 août, soit le lendemain de l'attaque contre le Premier ministre Gonsalvez, le gouvernement a amené les amendements à la loi relative à la santé publique devant le Parlement, rendant la vaccination contre la Covid-19 obligatoire pour certaines catégories de travailleurs à risque. Les conditions de ce nouvel arrangement doivent encore être définies par le Cabinet ministériel.
Cependant, l'arrestation des activistes de l'opposition Adriana et Kenson King, le 13 août, ont attisé la flamme du sujet du droit des habitants du pays de manifester, reconnu par la constitution, étant visé par les autorités ou non. Les King ont tous deux été reconnus coupables de quatre chefs d'accusation pour avoir troublé l'ordre public par leur rôle prétendu dans l'organisation et la participation à la manifestation du 5 août.
La constitution du pays énonce que « chaque personne à Saint-Vincent détient […] des droits et libertés fondamentaux », ce qui inclut « la liberté de conscience, d'expression, et d'association ».
In 2016, the government adopted controversial cybercrime legislation that the International Press Institute (IPI) and other rights organisations called “a serious threat to freedom of the press, the free flow of online information, and public debate.” The new law extended the reach of previous defamation provisions to include online expression, loosely defined as “cyber-harassment” and “cyber-bullying.” En 2016, le gouvernement a adopté une législation controversée sur la cybercriminalité, que
The Kings’ legal team, led by Kay Bacchus-Baptiste, a member of the opposition NDP, took to Facebook on September 1 to alert social media users to the arrests of two further individuals: opposition radio talk show host Colin Graham, and NDP secretary-general Tyrone James. Both Graham and James were charged with the same four counts of breaching the public order as the Kings.
Calling the arrests “an abomination,” Bacchus-Baptiste said that three additional arrests would likely take place on or before September 3, adding:
It is against what the United Nations and the OAS has said about protests and upholding human rights. […] I condemn it, and I am calling on our prime minister Ralph Gonsalves, who is a lawyer, who represents St. Vincent on the UN Security Council, to come out and condemn it […] speak up for the rights of Vincentians.
The opposition has also reported alleged incidents of heavily armed, “Black Squad” police officers raiding protestors’ homes, a claim the prime minister says he has referred to his lawyers.
As at the time of publishing, Bacchus-Baptiste's post garnered close to 200 comments on the issue, with Facebook user Carla Dougan Bac commenting:
Abuse of process! These charges are frivolous and vexatious and certainly NOT in the public interest: to charge citizens for exercising their constitutional rights is ridiculous! Political victimisation is what it looks like to me!
This is human rights abuse on steroids in St. Vincent and the Grenadines. […] Nothing should stop Vincentians to peacefully and rightfully protest. It […] speaks volumes about those in power whom have now become desperate to rule by what ever means. We will never forget this dark chapter in Vincentian history.
When you break the law, it's the responsibility of the Police to follow up with the consequences […] We can't have it both ways. Criticizing the Police for failure to apply the laws accordingly, then turn around and criticize when they try to apply the laws accordingly. SVG is a country of laws. Let us live by them […] trust the system.
In an exchange with Global Voices, one social media user who asked to remain anonymous out of fear of victimisation, voiced concern over “where the scenario is heading […] by treating participation in protests as a criminal act.” The same netizen claimed that some videos of the attack on the prime minister, which had been uploaded to platforms like Facebook and YouTube, had been removed, implying that there was a takedown order—something that Global Voices has been unable to confirm.
In an August 11 column entitled “The Buss Head Agenda,” Trinidad and Tobago journalist Wesley Gibbings contextualised the situation against the backdrop of what caused the protest in the first instance—the vaccination issue:
We are fresh from election campaigns in several countries. [St. Vincent and the Grenadines held its general elections in 2020.] There is the stench of both recently-shed and longstanding political blood in the air.
St Vincent and the Grenadines remains in the throes of a volcanic crisis that has decimated its agriculture, displaced hundreds, and drained the country’s treasury.
As an aside, it is unbelievable that the official opposition has resorted to a form of victim-blaming in the case of the prime minister and his injury. It betrays unfortunate denial of the slippery slope some politicians have chosen to engage.
The anonymous source, however, in a telephone interview, told Global Voices:
I am fully vaxxed, and the same way I have a right to want to be vaccinated is the same way that others have the right to choose not to be—but to have your rights trampled on for publicly expressing that opinion? That's something else entirely.