Autoblog de Global Voices (fr)http://fr.globalvoicesonline.org/http://fr.globalvoicesonline.org/ Le COVID-19 entraîne la fermeture de librairies appréciées au Bangladeshhttps://fr.globalvoices.org/?p=253508http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200711_184252_Le_COVID-19_entraine_la_fermeture_de_librairies_appreciees_au_BangladeshSat, 11 Jul 2020 16:42:52 +0000Pandémie et confinement frappent les libraires de plein fouet.

Le marché des livres d'occasion de Nilkhet. De nombreux livres de toutes les couleurs sont entassés sur différents étals.

Le marché des livres d'occasion de Nilkhet à Dhaka. On y trouve des livres anciens, rares ou épuisés. Photo de Francisco Anzola via Flickr, sous licence CC BY 2.0.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

La situation se détériore au Bangladesh, comme en témoigne l’augmentation du nombre de décès liés au COVID-19. Le pays est désormais le 18e pays le plus touché en termes de nombre de cas de coronavirus diagnostiqués.

La crise économique causée par la pandémie s’accélère également. L’un des premiers signes de ces turbulences économiques est la fermeture de nombreux magasins de la capitale, Dhaka, alors même que les restrictions ont été assouplies en juin.

Les librairies font partie des commerces qui subissent de plein fouet les répercussions économiques.

La grande majorité des librairies ont été contraintes de fermer en mars 2020 lorsque le confinement a été imposé en réponse au COVID-19. La chute des revenus des libraires n’est pas prête de se résorber, étant donné que les établissements scolaires restent fermés jusqu’au 6 août et que les principaux acheteurs de livres sont les étudiant·e·s et les professionnel·le·s.

Dhaka compte plus de 21 millions d’habitants. Les librairies peinaient déjà à répondre à la demande, et la pandémie a contraint un grand nombre d’entre elles à mettre la clé sous la porte.

Le quartier de Nilkhet est le centre du marché des livres d’occasion de Dhaka. Au-delà des ouvrages d’enseignement usagés, des livres de fiction, de non-fiction ou encore des ouvrages de référence sur le Bangladesh et les pays étrangers, on trouve au marché des vieux livres de Nilkhet des ouvrages rares, ou même épuisés. La librairie Mostafa Baighar, l’une des plus grandes dans le domaine des livres d’occasion à Dhaka, avait démarré son activité il y a trente ans. La pandémie leur a fait fermer boutique [bn].

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sidewalks as open book shop…#nilkhet

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Librairie à ciel ouvert sur les trottoirs… #nilkhet

La fin d’une époque dans la vente de livres anciens

Il existe de nombreux autres magasins de livres neufs ou d’occasion à Nilkhet, mais l’auteur Shoaib Sarwanam explique sur Facebook en quoi Mostafa Baighar était singulier [bn] :

বাংলা ভাষায় প্রকাশিত যে কোন রেয়ার বই, প্রিন্ট আউট বই, হারায়ে যাওয়া গুরুত্বপূর্ণ বইটা দরকার হইলে একমাত্র ভরসা ছিল মোস্তফা।
মোস্তফা হয় একজন অলৌকিক ক্ষমতাসম্পন্ন লোক। যে কোন বইয়ের নাম বললেই সে চোখ বন্ধ করে সেই বইটার লেখকের নাম, প্রকাশনীর নাম, গায়ের দাম গড়গড় করে বলে দিতে পারে। তার চেয়ে বড় কথা, যেইখান থেকেই হোক বইটা ঠিকই জোগাড় করে এনে দিতে পারে!

Mostafa était votre seul espoir lorsque vous étiez à la recherche d’un livre rare, épuisé, ou tout autre livre publié en bangla. Mostafa faisait des miracles. À chaque fois qu’un client mentionnait le nom d’un livre, il fermait les yeux et retrouvait l’auteur·e, la maison d’édition, et le prix du livre. Et surtout, il était capable de se procurer le livre n’importe où !

Mostafa, le propriétaire de la librairie, avait une connaissance approfondie des livres publiés en bangla [bn]. Eshan Islam l’a souligné dans l’un de ses posts sur Facebook :

বই অনেকেই বিক্রি করে নীলক্ষেতে, পাঠক অনুযায়ি আগ্রহ জাগানিয়া বইও তুলে দিতে পারেন নাকের সামনে, কিন্তু বইয়ের প্রসঙ্গ ধরে আরেকটা বইয়ের খবর সবাই দিতে পারে না। আমি অজস্র দিন দেখেছি, মোস্তফা ভাই ঝুঁকে পড়ে বই পড়ছেন। নিতান্ত ফ্ল্যাপ নয়, ভেতরের পাতা উল্টে উল্টে পড়ছেন। গল্পের চমকলাগা খটকা নয়, প্রবাহটুকুও বলতে পারেন। পরের মুখে ঝাল খাওয়ার মতো শুনে শুনে আত্মস্থ করে তা বলা যায় না, বোঝা যায়।

Il y a de nombreux vendeurs à Nilkhet qui proposent des livres intéressants en fonction des goûts et des attentes spécifiques des client·e·s. Mais tous ne sont pas à même de conseiller un livre similaire ou complémentaire. Je ne compte plus les jours où j’ai pu voir Mostafa assis, penché en avant à lire des livres. C’était un lecteur vorace, qui ne faisait pas que feuilleter les pages. Il pouvait vous raconter tout le déroulement de l’histoire, pas uniquement les faits marquants. Les lecteur·ice·s se rendaient bien compte qu’il ne s’agissait pas simplement d’un discours de vente appris par cœur.

Narzul Syed, chercheur et dramaturge, a décrit sur Facebook l’impact possible de la fermeture des librairies anciennes [bn] sur la préservation de la culture littéraire bengali :

পরিবারে বিশাল বিশাল কয়েকটা তাক ভর্তি পুরনো পোকায় কাটা বই অধিকাংশ পরিবারের জন্যই অভিশাপের। অনেকটুকু জায়গা খেয়ে ফেলছে! হয়তো আস্ত একটা ঘরই দখল করে আছে! এগুলো কেউ পড়ে না, ছুঁয়েও দেখে না। পরিবারের বৃদ্ধ মানুষটি ঘোলা চোখে মাঝে মধ্যে তাকান, ধুলো ঝাড়েন, গন্ধ নেন। পরিবারের তরুণ সদস্যরা অপেক্ষা করে থাকে বুড়োর একটা গতি হলে এই জঞ্জাল ঝেঁটিয়ে বাড়ি থেকে বিদায় করার।
[…]

এই বইগুলো তখন কিনে নেন মোস্তফা মামারা। হয়তো একা পারেন না, কয়েকজন মিলে কিনে নেন। লট ধরে কিনে নেন। তারপর ফোন যায় আমাদের কাছে, যারা পুরনো বইয়ের পুরনো ক্রেতা। তাঁরা ঠিক চেনেন এই শহরে কে কে এই বইগুলো কিনতে পারে। আমি নিজে অসংখ্য দুষ্প্রাপ্য বই কিনেছি এই সুবাদে।

মোস্তফা মামাদের পেশা বদলের ফলে এই ব্যাপারটি ঘটার আর সুযোগ থাকবে না। বইগুলো তখন চলে যাবে ভাঙ্গারির দোকানে। এমন অসংখ্য বই, যেগুলোর সারা পৃথিবীতেই হয়তো আর কোনো কপি নেই, কেউ জানেও না তার খবর… হারিয়ে যাবে বাংলা সাহিত্য সংস্কৃতির অমূল্য সব দলিল…

Dans de nombreuses familles, on trouve quelques étagères immenses ou bien une grande pièce remplie de livres négligés et infestés d’insectes qui prennent beaucoup de place ! Les plus jeunes membres des familles ne les lisent pas et ne les touchent pas. Ils attendent les derniers jours de l’ancienne génération pour pouvoir se débarrasser de cette camelote après leur mort.
[…]

Seuls quelques libraires achetaient fréquemment ce type de livres, comme Mostafa. Parfois, quelques-uns d'entre eux se regroupaient pour acheter ensemble ces trésors. Ils en informaient ensuite les personnes comme nous, qui sommes contamment à la recherche de livres rares et anciens. Ils savaient exactement qui dans cette ville était intéressé par quels types de livres ! J'ai moi-même acheté à Mostafa de nombreux livres rares.

Cela ne sera désormais plus possible puisque de nombreux vendeurs, comme Mostafa, ferment boutique et changent de métier. Ces vieux livres finiront au recyclage. Il existe tellement de livres d'occasion dont il n'y a probablement plus d'exemplaire ailleurs dans le monde. Personne dans la génération d'aujourd'hui n'en a conscience… C'est comme cela que de nombreux documents inestimables de la culture littéraire bengali vont disparaître.

La librairie Dipanpur où je me suis rendu récemment…

Les librairies alternatives déclinent de jour en jour

À Dhaka, les librairies alternatives (librairies indépendantes spécialisées dans les livres de fiction et non-fiction, qui offrent des commodités telles que des espaces de lecture ou un café) se sont développées au cours des dix dernières années, suscitant l'intérêt des amateurs de livres. Cependant, un certain nombre de librairies indépendantes éminentes de la ville telles que Nalanda, Madhyama, Pencil et Dipanpur, ferment leur portes en raison de la crise économique liée à l'épidémie du coronavirus.

La fermeture de Dipanpur en particulier a généré de la déception chez de nombreuses personnes car il ne s'agissait pas d'une simple librairie : elle fonctionnait également comme un café et servait de point de rassemblement aux artistes. Divers événements littéraires y étaient organisés. Elle avait été ouverte en mémoire de l’éditeur Faisal Arefin Dipan, qui a été abattu brutalement à Dhaka par des militants islamistes en 2015. Des proches de Dipanpur ont initié une campagne pour essayer de relancer la librairie.

Cependant, l'auteure Munmun Sharmin Shams pense que la baisse de la demande est la raison principale derrière ces fermetures de librairies alternatives. Selon elle, les livres sont la dernière des préoccupations des Bangladais·es d'aujourd'hui, et nombreux sont les lecteurs qui ignorent l'existence de ces librairies qui peinent encore à survivre.

Un étal de livres dans le vieux Dhaka vendant principalement des manuels scolaires. De nombreux livres colorés remplissent les étagères et sept personnes sont devant l'étal. Le vendeur est adossé a l’étagère, bras croisés.

Un étal de livres dans le vieux Dhaka, vendant principalement des manuels scolaires. Photo de David Brewer via Flickr, sous licence CC BY-SA 2.0.

Les éditions numériques ne sont pas encore répandues

Au Bangladesh, la publication de livres numériques ne s'est pas encore développée, et ce pour diverses raisons telles que le prix élevé des liseuses ou la demande insuffisante. Rifat Munim a décrit ce problème sur Scroll.in, un site d'information indien en ligne :

Although many publishers, such as the University Press Limited, are increasingly considering the potential of releasing ebooks, digital editions are yet to gain wider currency in Bangladesh, mainly owing to cultural orientation, and also because of the high prices of devices.

Bien que de nombreux éditeurs, à l'image de University Press Limited, envisagent de plus en plus la possibilité de sortir des e-books, les éditions numériques ne sont pas encore monnaie courante au Bangladesh, principalement du fait des préférences culturelles, mais aussi des prix élevés des équipements.

Rifat Munim a constaté une augmentation du rythme de publication de livres ces dernières années :

In 2010, a little more than 3,000 books were published yearly, and the number now exceeds 6,500. Members of the Academic and Creative Publishers Association of Bangladesh reckon that more than 75% of books are launched during the Ekushey Book Fair, the country’s biggest book event. Currently, some 2,00,000 people depend directly on the publishing industry for their livelihoods, with nearly 10 times as many people involved indirectly with the industry.

En 2010, un peu plus de 3 000 livres étaient publiés par an. Ce chiffre dépasse désormais les 6 500. Des membres de l'Association des éditeurs académiques et créatifs du Bangladesh estiment que plus de 75 % des livres sortent à l'occasion de la foire aux livres d'Ekushey, le plus gros événement littéraire du pays. Environ 200 000 personnes dépendent aujourd'hui directement du secteur de l'édition pour leur gagne-pain, et presque dix fois plus si l'on considère les personnes qui en dépendent indirectement.

Selon des études, 4 919 nouveaux livres [bn] ont été publiés lors de la foire aux livres d'Ekushey de 2020 et il s'est vendu pour 720 millions de taka (8,47 millions de dollars US) de livres. On ne détient pas d’information sur le nombre de livres qui sont vendus le reste de l’année.

Ces dernières années, le pays a vu se développer quelques plateformes de vente en ligne de livres en exemplaire papier. Parmi elles, la plus grande librairie en ligne du pays, Rokomari, vend environ un million de livres par an.

Mais cela suffira-t-il a compenser la perte liée à la fermeture soudaine de librairies très appréciées telles que Mostafa Baighar et Dipanpur ?

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Le Mechrep ouïghour : un rendez-vous communautaire traditionnel censuré en Chinehttps://fr.globalvoices.org/?p=253555http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200711_160703_Le_Mechrep_ouighour___un_rendez-vous_communautaire_traditionnel_censure_en_ChineSat, 11 Jul 2020 14:07:03 +0000Les autorités considèrent ces rassemblement comme des foyers d'activisme religieux.

Un groupe d'hommes ouïghours assez âgés jouent de divers instruments lors d'un mechrep.

Capture d'écran d'une vidéo YouTube sur le mechrep.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.

Le peuple ouïghour [fr], nation turcique de plus de 25 millions de personnes vivant dans toute l'Asie centrale, est riche d'une longue histoire et d'un héritage culturel qui conjugue des éléments de nomadisme et de sédentarisme, des traditions spirituelles préislamiques, soufies et musulmanes. Une des composantes de cette culture est le Mechrep ( مەشرەپ in Uyghur), un rassemblement communautaire, essentiellement masculin, où la musique et le jugement en termes de conduite morale occupent une place prépondérante.

Des hommes se retrouvent, généralement, dans une cour, jouent de la musique traditionnelle comme le muqam, et animent une sorte de tribunal moral, au cours duquel le comportement des hommes de la communauté est revu et critiqué, le plus souvent de manière humoristique, au moyen de moqueries, de blagues et d'imitations non violentes de châtiments corporels, comme en témoigne cette courte vidéo d'un Mechrep qui s'est tenu à Almaty, au Kazakhstan :

La taille et la durée des Mechreps sont variables : les festivités peuvent s'étendre sur plusieurs heures et regrouper de 30 à plusieurs centaines de personnes. Les femmes et les enfants sont les bienvenus en qualité d'observateurs de la cérémonie.

Au cours des années 1980, les Mechreps, notamment dans la ville de Ghulja, à l'ouest de la province chinoise du Xinjiang (où vit aujourd'hui la grande majorité des Ouïghour·e·s), ont peu à peu adopté un caractère plus politique, abordant librement les questions de désenchantement de la jeunesse, du chômage et de la pratique religieuse. Dès 1995, le Parti communiste chinois (PCC) les avait bannis sous prétexte qu'ils représentaient une menace contre son propre discours d'« unité ethnique », et étaient considérés comme des foyers d'activisme religieux. Dans son ouvrage Down a Narrow Road : Identity and Masculinity in a Uyghur Community in Xinjiang China (Traduction libre : Sur un chemin étroit : identité et masculinité dans une communauté ouïghoure du Xinjiang en Chine), Jay Dautcher, spécialiste de la culture ouïghoure, analyse la situation :

The increased role of meshrep groups in community activism and social mobilization, in forms such as anti-alcohol campaigns and youth sports leagues, led to a realization on the part of the local government official that unregulated grassroots organizations in Uyghur neighborhoods were proving more effective than official campaigns and state institutions at mobilizing Uyghurs.

Grâce au rôle plus affirmé des Mechreps dans l'activisme communautaire et la mobilisation sociale, comme les campagnes anti-alcool et les ligues sportives pour les jeunes, le responsable du gouvernement local a réalisé que les structures informelles de la société civile dans les quartiers ouïghours se révélaient plus efficaces que les campagnes officielles et les institutions de l'État dans la mobilisation des Ouïghour·e·s.

Face à la persistance des Mechreps illicites, les autorités chinoises décidèrent de distinguer les Mechreps « nuisibles » (et donc prohibés) des Mechreps « sains ». Cette dernière catégorie a été cooptée par le gouvernement, qui l'a même fait recenser en 2010 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO [fr]. Suite à la migration massive des Ouïghour·e·s vers le Kazakhstan, en réaction à la politique de persécution ethnique de Pékin [fr], la tradition retrouve un nouveau souffle dans cet État d'Asie centrale abritant plus de 200 000 Ouïghours, aussi bien locaux que nouvellement arrivés.

Afin d'en savoir plus sur la portée du Mechrep, et d'explorer l'approche des autorités chinoises à son égard, Filip Noubel s'est entretenu avec Rachel Harris, une professeure basée à Londres qui enseigne l'ethnomusicologie à la SOAS (School of Oriental and African Studies, en français : École des études orientales et africaines), au sein de l'université de Londres. Elle est désormais à la tête d'un projet de développement durable de la British Academy, visant à revitaliser le patrimoine culturel ouïghour au Kazakhstan. Elle va aussi publier son livre, Soundscapes of Uyghur Islam (Traduction libre : Paysages sonores de l'islam ouïghour), à l'automne 2020.

Ce qui suit est une version abrégée de l'entretien.

Une réunion d'hommes, la plupart assis et quelques uns debout. L'un d'eux est à genoux sur un tapis, les autres semblent plaisanter et rire face à lui.

Photographie d'un “tribunal” improvisé lors d'un Gheyret Mechrep, Kazakhstan, 2019. Photo réalisée par Mukaddas Mijit, reproduite avec autorisation.

Filip Noubel (FN) : Comment définiriez-vous le Mechrep ? Quelles en sont les origines ? Est-ce un rituel exclusivement masculin ? En quoi la musique est-elle un élément clé ? 

Rachel Harris (RH) Basically a meshrep is a party. But it's also much more than that. Formally, we might say that it is a system of community gatherings maintained by Uyghurs across the Uyghur region and in the diaspora. Meshrep gatherings involve food, music and dance, joking, readings, and an informal community court. They are an important part of Uyghur culture because they forge lasting community bonds, they support the transmission of language and expressive culture, and they provide a forum for discussion, planning, and community action.

There are many accounts of Uyghur meshrep by travelers in the region going back to the 19th century, but the roots of this tradition likely go back much further. Uyghur researchers have documented many different kinds of meshrep. Depending on local traditions, they are held for different reasons: sometimes to celebrate an annual festival, or to welcome guests. In some Uyghur communities – notably in the northwest Ili region and Uyghur communities in Kazakhstan and Kyrgyzstan – they are held monthly, organized by a fixed group of men who host the meshrep on a rotating basis in their family homes.
Uyghurs are proud of their meshrep. They say that meshrep teach the rules of communal behavior to young men, and they serve as a way to perform and transmit expressive culture and communally shared knowledge. Music plays a central role: it accompanies social dancing, and song lyrics provide an important way for people to remember their history and their homeland.

Rachel Harris (RH) : Un Mechrep est fondamentalement une fête. Toutefois, c'est aussi beaucoup plus que cela. Officiellement, nous pourrions dire que c'est un dispositif de réunions communautaires animées par les Ouïghours, dans toute la région ouïghoure et au sein de la diaspora. Les rassemblements de Mechrep comprennent des repas, de la musique et de la danse, des plaisanteries, des lectures et un tribunal communautaire officieuse. Ils sont une composante essentielle dans la culture ouïghoure car ils tissent des liens communautaires durables, ils soutiennent la transmission de la langue et de la culture expressive, et ils offrent un forum de discussion, de planification et d'action communautaire.

Il existe de nombreux récits de voyageurs relatant des Mechreps ouïghours dans la région depuis le XIXe siècle, mais les racines de cette tradition remontent probablement beaucoup plus loin. De nombreux spécialistes ouïghours se sont penchés sur les différents types de Mechrep. Selon les traditions locales, ces rassemblements sont tenus pour diverses raisons : soit pour célébrer une fête annuelle, soit pour accueillir des invités. Certaines communautés ouïgoures, notamment dans la région nord-ouest de l'Ili et au Kazakhstan et au Kirghizstan, les organisent une fois par mois. Ces rencontres sont animées par un noyau permanent d'hommes, qui vont accueillir le Mechrep à tour de rôle dans leurs maisons familiales.

En effet, les Ouïghours sont fiers de leur Mechrep. Selon eux, il transmet aux jeunes hommes les règles du comportement en communauté et constitue un moyen d'exercer et de transmettre une culture expressive et des enseignements communs. La musique occupe une place centrale : elle accompagne la danse sociale, et les textes des chansons offrent aux gens une possibilité précieuse de se souvenir de leur histoire et de leur patrie.

Selfie de Rachel Harris, souriante. Elle est blonde et porte des lunettes. Derrière elle, on distingue une assemblée de personnes assises, des hommes et des femmes.

Selfie du professeur Rachel Harris, lors de l'édition 2018 du Festival international de maqam à Shahrisabz, en Ouzbékistan. Photographie de Rachel Harris, reproduite avec autorisation.

FN : Que devient le Mechrep dans le cadre prévu par l'État chinois ? 

RH Meshrep gatherings were inscribed by China on UNESCO’s list of “intangible cultural heritage in urgent need of safeguarding” in 2010. I've been observing China's approach to safeguarding meshrep over the past ten years. In the early years it took the form of the kind of “top-down” approaches to heritage that we so often see in China: spectacular song-and-dance performances for television and tourists, organized by government agencies.
At the same time, the ever-tightening restrictions on community life in the region under the “anti-religious extremism” campaigns meant that it was increasingly difficult for local communities to organize their own meshrep. Since 2016 the situation has become much worse. China’s radical policies of surveillance, mass internment, and coercive forms of “reeducation” in Xinjiang have seen an end to virtually all cultural activities except those organized by the state. These are massive abuses of human rights which violate many international norms and laws. Under these campaigns we saw the transformation of meshrep into compulsory singing and dancing sessions for Uyghur villagers, which were intended to “cleanse” them of the “virus” of their faith. This context renders China's commitment to UNESCO’s heritage agenda completely void. In my view, UNESCO should no longer sanction the Chinese government's claim to be “safeguarding” Uyghur culture.

RH : En 2010, la Chine a fait inscrire les rencontres du Mechrep sur la liste de l'UNESCO du « patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente ». Ces dix dernières années, j'ai observé la démarche de la Chine quant à la sauvegarde du Mechrep. Dans les premières années, l'initiative consistait en une approche « verticale » du patrimoine, comme c'est souvent le cas en Chine : des spectacles de chant et de danse spectaculaires destinés à la télévision et aux touristes, organisés par des agences gouvernementales.

Dans le même temps, le durcissement des restrictions imposées aux communautés de la région, dans le cadre de campagnes contre « l'extrémisme religieux », rendait de plus en plus difficile la mise en place du véritable Mechrep par les communautés locales. À partir de 2016, la situation s'est considérablement détériorée. Les politiques radicales de la Chine relatives à la surveillance, à l'internement de masse et aux formes coercitives de « rééducation » dans la région du Xinjiang, se sont traduites par la disparition de presque toutes les activités culturelles, à l'exception de celles orchestrées par l'État. Elles constituent de graves atteintes aux droits humains et enfreignent de nombreuses normes et lois internationales. Dans le cadre de ces campagnes, nous avons constaté la transformation du Mechrep en séances obligatoires de chants et de danses destinées aux villageois ouïghours, dans le but de les « purifier » du « virus » de leur foi. Un tel contexte invalide complètement l'engagement de la Chine vis-à-vis du programme de l'UNESCO en matière de patrimoine. À mon avis, l'UNESCO ne devrait plus approuver la prétendue « sauvegarde » de la culture ouïghoure revendiquée par le gouvernement chinois.

Voici un échantillon de la performance du Mechrep gérée par le gouvernement, et destinée aux touristes :

[description vidéo]
Un spectacle folklorique, de musique et de chants est organisé dans une salle. Des musiciens et des chanteurs en vêtements traditionnels font un show. Le logo CCTV apparaît en haut à gauche de la vidéo. Un message en chinois défile en bas de l'écran. Quelques plans de spectateurs chinois, qui applaudissent.

FN : Peut-on parler de la renaissance du Mechrep au travers des communautés ouïghoures présentes au Kazakhstan ? Cet « héritage intime » va-t-il être préservé en tant que rituel participatif de la culture ouïghoure ? 

RH Over the past few years, Uyghur communities in Kazakhstan have led a meshrep revival that takes a very different form. They are engaged in revitalising meshrep as a tool for community self-organisation and self-support, and a way to transmit Uyghur language and customs to the younger generation. At my university, we have been working with scholars, Uyghur organisations and local communities to document and support these efforts. Of course, the cultural heritage sustained in Kazakhstan represents only a tiny portion of the rich and diverse expressive culture of the Uyghurs, but what they are doing may provide a future model for real, community-based cultural revitalization.

RH : Les communautés ouïghoures du Kazakhstan ont initié, ces dernières années, un processus de renaissance du Mechrep, qui revêt une forme très différente. Elles se sont engagées à le revitaliser pour en faire un outil d'auto-organisation et d'autosuffisance communautaire, ainsi qu'un vecteur de transmission de la langue et des coutumes ouïghoures auprès de la jeune génération. Nous travaillons, au sein de mon université, en collaboration avec des universitaires, des organisations ouïghoures et des communautés locales au recensement et à la promotion de ces démarches. Bien sûr, le patrimoine culturel subsistant au Kazakhstan ne reflète qu'une infime partie de la culture expressive, riche et diversifiée des Ouïghours, mais leurs actions peuvent fournir un futur modèle de redynamisation culturelle, authentique et communautaire.

Pour plus de témoignages sur la persécution des minorités dans la région du Xinjiang en Chine, retrouvez notre dossier spécial [fr].

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Vers les sommets par des chemins étroits : le difficile essor des écrivains moldaveshttps://fr.globalvoices.org/?p=251207http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200711_114839_Vers_les_sommets_par_des_chemins_etroits___le_difficile_essor_des_ecrivains_moldavesSat, 11 Jul 2020 09:48:39 +0000Une interview du romancier moldave Iulian Ciocan

Les couvertures de 6 romans de Iulian Ciocan en tchèque et en français.

Les romans de Iulian Ciocan, en version tchèque et française. Photo par Filip Noubel, utilisée avec la permission de l’auteur.

La Moldavie est située sur des failles tectoniques culturelles, linguistiques et géopolitiques.

Jusqu’en 1991, ce pays d’Europe de l’Est, qui compte près de trois millions d’habitants, faisait partie de l’Union soviétique, où le russe était considéré comme une langue de prestige. Dès sa déclaration d’indépendance, la Moldavie a rapidement renoué des liens culturels forts avec son plus grand voisin occidental, la Roumanie. Entre 1918 et 1940, les deux pays ne faisaient qu’un, et les locuteur·rice·s de leurs deux langues respectives (peu importe le nom qu'on leur donne) se comprennent parfaitement.

Sous le régime soviétique, la langue moldave était officiellement distincte du roumain et écrite, contrairement à celui-ci, en alphabet cyrillique. Aujourd’hui, les deux langues utilisent l’alphabet latin. De nos jours, de nombreuses personnes considèrent cette distinction comme artificielle, estimant que leur langue est bel et bien le roumain.

L'auteur moldave Iulian Ciocan tient deux de ses livres traduits devant la caméra.

Iulian Ciocan et les traductions française et tchèque de ses romans. Chișinău, mars 2018. Photo par Filip Noubel, utilisée avec la permission de l’auteur.

Cependant, la Moldavie connaît aussi des divisions géopolitiques. Lors de l’effondrement de l’Union soviétique, les régions orientales du pays, situées sur la rive gauche du fleuve Dniestr, ont déclaré leur propre indépendance : c’est la Transnistrie. Sa population, majoritairement russophone, est favorable à Moscou.

L’histoire turbulente de la Moldavie et ses identités multiples fascinent ses artistes et ses écrivains, qui cherchent à donner un sens à l’image que leur pays se fait de lui-même et à sa place dans le monde.

Parmi eux, Iulian Ciocan, journaliste, critique littéraire et auteur de premier plan. Il écrit en roumain et, comme de nombreux Moldaves, parle couramment le russe. Iulian Ciocan fait partie des écrivains les plus éminents du pays et a acquis une renommée internationale. En 2011, il est notamment intervenu au sujet de son œuvre au festival PEN World Voices, à New York. Iulian Ciocan est né en 1968 à Chișinău, la capitale de la Moldavie. La plus grande partie de son œuvre, dont les romans Before Brezhnev Died [traduction française introuvable, ndlt] et Le Royaume de Sasha Kozak tentent de faire comprendre la vie quotidienne, les espoirs et les rêves des Moldaves de l’époque soviétique.

Le dernier ouvrage de Iulian Ciocan, L’empire de Nistor Polobok, raconte le destin absurde d’un fonctionnaire corrompu de la mairie de Chișinău. Un destin qui finit littéralement par l’engloutir, ainsi que son pays. L’humour noir des romans de Ciocan lui a valu des éloges, et son œuvre a été traduite en plus de sept langues, y compris le français. En 2018, le prix Coup de cœur du Salon du Livre des Balkans lui a été décerné.

Filip Noubel a interviewé Iulian Ciocan au sujet de son œuvre, de ses sources d'inspiration et de l’état actuel de la littérature en Moldavie. Pour des raisons de lisibilité, la version écrite de l’entretien a été adaptée.

Filip Noubel (FN) : Vous êtes à l’heure actuelle l’un des auteurs moldaves les plus célèbres et les plus traduits. Pourtant, votre chemin a été long pour en arriver là. Quels ont été les défis principaux que vous avez rencontrés ?

Iulian Ciocan: The first and biggest problem is that the Republic of Moldova is almost unknown. I write in a language which, although beautiful, is not widely used internationally. I assume that in the West, Moldova is less known than [North] Macedonia, Kosovo or Albania, which has the famous writer Ismail Kadare. Once, a foreign magazine sent me a parcel, but it had trouble reaching me, because it had been sent to the Maldives. Hence there is a certain distrust from foreign publishers regarding the literati of this small and little known place. Can they really write something remarkable? Of course they can, because your location is not what matters the most.

Yet it is very difficult to convince them, to make them really look at your texts. When I started writing prose at the age of 38, I couldn't even imagine having books published by foreign publishers. And even now I don't have that many. My ninth novel will soon get published abroad, but, believe me, many Moldovan writers cannot even dream of such a thing. I have never had a good literary agent, so it's not easy to interest foreign publishers. In stark contrast to this, all my translators are excellent and have often helped me to find my way to the publishers.

There are many problems, but if you keep complaining, you will not succeed. You have to write your stories, produce high quality texts. Then the problems will decrease.

Iulian Ciocan (IC) : Le problème principal, et le plus important de tous, c’est que la République de la Moldavie est un pays presque inconnu. La langue dans laquelle j’écris est belle, mais très peu utilisée à l’échelle internationale. Je pense qu’en Occident, la Moldavie est moins connue que la Macédoine [du Nord], le Kosovo ou l’Albanie, avec son célèbre écrivain Ismaïl Kadaré. Un jour, un magazine étranger m’a envoyé un colis qui a eu des difficultés à arriver, et pour cause : il avait été expédié aux Maldives. Les éditeurs étrangers éprouvent ainsi une certaine méfiance vis-à-vis des intellectuel·le·s de cette région du monde, si petite et peu connue. Ils se demandent si ces gens peuvent vraiment écrire des textes dignes d’intérêt. Je leur répondrais que oui, bien sûr. Ce n’est pas leur localisation qui compte le plus.

Il est tout de même difficile de les convaincre de prêter attention à nos textes. Quand j’ai commencé à écrire de la prose, à l’âge de 38 ans, je n’imaginais pas que mes livres seraient publiés par des maisons d’édition étrangères. Même aujourd’hui, mes éditeurs hors de mon pays ne sont pas si nombreux. Mon neuvième roman va bientôt être publié à l’étranger, mais croyez-moi, beaucoup d’écrivains moldaves n’envisagent pas un tel succès, même dans leurs rêves les plus fous. Je n’ai jamais eu de bon agent littéraire, il est donc difficile pour moi d’intéresser les éditeurs étrangers. En revanche, tous mes traducteurs sont excellents. Ils m’ont souvent aidé à approcher les éditeurs.

Les problèmes sont nombreux, mais on ne s’en sort pas si on passe son temps à se plaindre. Il faut écrire des histoires, des textes de grande qualité. C’est ainsi que les problèmes s’atténuent.

Couverture de l'ouvrage "Before Brezhnev Died" de Iulian Ciocan, en traduction anglaise.

La traduction anglaise de Înainte să moară Brejnev publiée en 2019.

FN : Dans quel état se trouvent la littérature et l’édition en Moldavie aujourd’hui ? L’État leur apporte-t-il son soutien ?

IC: The situation isn't very good. Reading [printed books] remains the privilege of a very small group of citizens: only around 12,000 people regularly buy books in Moldova, according to data circulated by publishers. Only two euros (US$2.20) are invested in books per capita per year, as opposed to 75 euros ($85) in Germany. The vast majority of writers write in Romanian and Russian, but I have the impression that the share of Moldovan writers on the Romanian market is higher than on the Russian market. As there aren't many readers, private publishers often rely on children's books or textbooks to get state grants.

IC : La situation n’est pas brillante. La lecture [d’ouvrages imprimés] demeure le privilège d’un groupe de citoyen·ne·s très restreint. Selon les données fournies par les maisons d’édition, près de 12 000 personnes seulement en Moldavie achètent des livres de manière régulière. L’argent consacré aux livres n’est que de 2 € par personne et par an, contre 75 € en Allemagne. L’immense majorité des écrivains écrivent en roumain et en russe, mais j’ai l’impression que la part des écrivain·e·s moldaves sur le marché roumain est plus importante que sur le marché russe. Comme le lectorat est limité, les éditeurs privés se rabattent souvent sur les livres pour enfants et sur les manuels scolaires pour obtenir des subventions publiques.

FN : Vous partagez une langue et de nombreux autres liens culturels avec la Roumanie. Cette proximité est-elle pour la littérature moldave un avantage ou une difficulté ?

IC: Of course it's a big advantage. In fact, Romanian-language literature from Moldova is part of Romanian literature. The simple fact that they can publish their books in publishing houses in Romania and appear on a larger market is a great opportunity for writers in Chișinău. Of course, competition is more serious in Romania, but if you have something to say, if you have value, you have nothing to lose. I'll tell you a secret. I conceive my novels, even the dystopian ones, not only as a Bessarabian Romanian writer [Bessarabia is a historical region in eastern Europe encompassing Moldova and parts of Ukraine — ed.], but also as a writer who has experience of the Soviet past, as a man who lived on the Latin periphery of the Soviet empire. Thus there is no risk of being confused with Romanian writers.

IC : C’est un gros avantage, bien sûr. En réalité, la littérature moldave d’expression roumaine fait partie de la littérature roumaine. En elle-même, la possibilité de publier dans des maisons d’édition en Roumanie, et donc d’être présents sur un marché plus large, est une merveilleuse opportunité pour les écrivains à Chișinău. La concurrence est bien sûr beaucoup plus importante en Roumanie, mais pour quelqu’un qui a des choses à dire et des textes de valeur à publier, il n’y a rien à perdre. Je vais vous révéler un secret. Lorsque je conçois mes romans, même dystopiques, je ne le fais pas seulement en tant qu’écrivain bessarabien roumain [La Bessarabie est une région historique d’Europe de l’Est, qui couvre la Moldavie et une partie de l’Ukraine actuelle, ndé], mais aussi avec mon expérience du passé soviétique, en tant qu’habitant de la périphérie latine de l’empire soviétique. Je ne risque donc pas de passer pour un écrivain roumain.

FN : La Moldavie est connue pour son vin et son industrie textile, mais aussi pour son émigration de masse et sa corruption endémique. Ces questions sont particulièrement présentes dans vos textes. Votre dernier roman, Dama de cupă (L’empire de Nistor Polobok), s’ouvre sur une description des mécanismes de la corruption chez les fonctionnaires de Chișinău. Quel est le rôle joué par la corruption en Moldavie aujourd’hui ? La situation change-t-elle ?

IC: Corruption is, in my opinion, Moldova's biggest vice. Cynics and politicians here are not tired of stealing or taking bribes. And my feeling is that nothing changes. The anaemic civil society is also to blame; there is no sense of belonging to a community. But I want to make it clear that corruption is only one dimension of this particular novel. The pit that gradually swallows Chișinău appears as a result of a tiny, insignificant sin, although the protagonist has much greater sins, including the fact that he is corrupt to the bone. ‘The Queen of Hearts’ is a novel in which I tried to say something essential about the world we live in today. It is a dystopian novel, but also a metaphysical and political adventure.

IC : D’après moi, la corruption est le pire vice de la Moldavie. Les individus cyniques et les politiciens ne se lassent jamais de voler ou de recevoir des pots-de-vin. J’ai l’impression que rien ne change. L’état d’anémie de la société civile est également responsable ; le sens d’appartenance à la communauté n’existe pas. Mais soyons clairs : la corruption n’est qu’une dimension de ce roman-là. Le puits qui y engloutit peu à peu Chișinău est le résultat d’un vice minuscule, insignifiant, dissimulé parmi tous les vices bien plus graves du protagoniste, lui-même corrompu jusqu’à la moelle. Dans L’empire de Nistor Polobok, j’ai tenté d’exprimer quelque chose d’essentiel sur le monde où nous vivons aujourd’hui. C’est un roman dystopique, mais aussi une aventure métaphysique et politique.

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Cameroun : le prix du poisson s'envole tandis que les mangroves s'épuisenthttps://fr.globalvoices.org/?p=252674http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200711_093023_Cameroun___le_prix_du_poisson_s_envole_tandis_que_les_mangroves_s_epuisentSat, 11 Jul 2020 07:30:23 +0000Les mangroves du Cameroun pourraient disparaître si rien n'est fait.

Un homme marche sur un pont en bois qui traverse la mangrove.

Un homme traverse la mangrove à pied dans une réserve de faune à Manoka, une ville située dans la région du Littoral au Cameroun. Photo issue de Pisqel et appartenant au domaine public.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Au Cameroun, les vastes territoires de mangroves offrent des ressources abondantes aux communautés environnantes. Depuis des années, les habitant·e·s dépendent des mangroves, appelées localement mantada, pour satisfaire leurs besoins aussi bien en bois de chauffage qu'en poissons.

Ces arbustes qui composent la mangrove se développent dans les zones côtières de faible élévation. Ils résistent aux marées et poussent dans l'eau salée. Ekwadi Songe, délégué de la région Sud-Ouest en charge de l'environnement, de la protection de la nature et du développement durable, estime que les mangroves couvrent 60 % de cette région. Elles s'étendent en tout sur trois zones : le Rio del Ray, l’estuaire du Wouri [fr] et l'estuaire du Ntem.

Au cours des dernières années, ces écosystèmes se sont appauvris à cause de la surpêche et de l'exploitation excessive de la forêt. Ils sont également menacés par la hausse du niveau de la mer, liée au changement climatique. Aujourd'hui, en pleine pandémie de Covid-19, on assiste à une flambée du prix du poisson. Elle est largement attribuée à la dégradation des mangroves.

Jocien Siyir Kinyuy, une étudiante qui vit à Buea, la capitale de la région Sud-Ouest, explique à Global Voices que le prix du poisson a indéniablement augmenté sur le marché à cause de la pandémie. Elle poursuit ainsi : « Avant, je payais 650 francs le kilogramme de poisson, soit 1,11 dollar américain. Maintenant, il coûte 750 francs, soit 1,28 dollar. Le prix monte parfois à 800 francs, soit 1,37 dollar. »

Jocien Siyir Kinyuy estime que les poissons commercialisés aujourd'hui sur le marché sont généralement importés, accentuant ainsi l'augmentation des tarifs : « J'ai constaté que les prix pratiqués par les petits commerçants de la plage de Limbe, qui s'approvisionnent auprès des pêcheurs étaient même supérieurs ». Elle précise également que les entreprises étrangères qui dominent le marché sont soumises à des impôts élevés. Malgré ce contexte, le Cameroun a décidé en février dernier d'interdire l'importation de poissons provenant de Chine en raison de l'épidémie de coronavirus.

Le site Internet de l'agence de presse Andalou Agency rapporte qu'en 2010, les mangroves camerounaises s'étaient appauvries de 75 %. Les chiffres doivent être dorénavant plus élevés.

Ekwadi Songe, le délégué de la région Sud-Ouest, spécifie que « si les mangroves disparaissent, il n'y aura plus de poisson au Cameroun ».

L'offre et la demande de poisson

Chechua Manzo réalise un master en gestion des ressources naturelles au Cameroun et explique que les communautés environnantes bénéficient des richesses fournies par les mangroves. Ces écosystèmes offrent des conditions de reproduction favorables à de nombreuses espèces de poissons et de crustacés, y compris les crabes. Elles sont également un habitat pour les oiseaux migrateurs.

Par ailleurs, les racines des arbres de la mangrove atténuent la puissance des vagues, offrant ainsi des eaux calmes aux poissons juvéniles et un environnement propice où les crabes peuvent déposer leurs œufs. Les résultats d'une étude publiée dans le magazine BusinessCameroon révèlent qu'en 2009, plus de 5 000 tonnes de poissons ont été prélevées dans les mangroves. « Le bossu, le bar, le mulet et le mâchoiron sont quelques exemples d'espèces pêchées dans les mangroves. Ce sont également celles les plus recherchées par les consommatrices et les consommateurs. »

Cette année, le ministère de l'Élevage, des Pêches et des Industries animales a annoncé que 200 000 tonnes de poissons sont importées annuellement pour compenser une production nationale insuffisante et pour répondre à la demande évaluée à environ 400 000 tonnes de poissons par an.

Depuis des années, les mangroves subissent une pression considérable de la part des communautés de pêcheurs où plus de 80 % des habitant·e·s dépendent du bois des mangroves pour le fumage et la conservation du poisson.

Chechua Manzo explique qu'« on voit des souches de mangroves récoltées en passant dans les rues de Yoyo, un village littoral situé dans le département de la Sanaga-Maritime. Les gens trouvent pratique d'utiliser ce bois comme combustible pour fumer le poisson ».

Regina Fonjia Leka témoigne sur Twitter de la façon dont la crise a impacté la ville de Mouanko dans le département de la Sanaga-Maritime :

2 500 mètres cubes de mangrove disparaissent chaque jour à Mouanko au Cameroun. Le bois est ramassé pour le fumage du poisson. Cette pression a entraîné une baisse très importante de cette ressource vitale. L'organisation non gouvernementale locale CWCS [Cameroon Wildlife Conservation Society, en français : Société camerounaise de préservation de la faune], essaye d'inverser la tendance. Regardez comment !

Chechua Manzo indique à Global Voices que « le palmier Nipa est la principale menace des mangroves ». Il ajoute également que l'extension de l'urbanisation en zone littorale contribue grandement à la disparition des mangroves dans cette région.

L'agence de presse Andalou Agency rapporte que, de son côté, le ministère camerounais des Forêts et de la Faune vend le bois des mangroves qui ont été détruites pour moins d'un dollar. Ce bois est utilisé pour la construction.

La préservation de la mangrove

Les autorités ont adopté différentes mesures pour sauvergarder les écosystèmes de mangrove camerounais. En 2016, le Cameroun a signé la Convention de Ramsar qui est la seule réglementation internationale spécifiquement dédiée à la conservation des zones humides. En mars 2007, l'État camerounais a créé son Comité national Ramsar pour les zones humides.

À cette époque, le ministère de l'Environnement avait décrété que 30 % du territoire camerounais, y compris les mangroves, devrait être protégé pour préserver les ressources naturelles du pays. Ekwadi Songe, délégué de la région Sud-Ouest confirme que « ces 30 % sont répartis entre cinq zones agroécologiques ».

En 2006, les autorités ont travaillé en partenariat avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) afin d’encourager les communautés locales [fr] à trouver de nouveaux procédés de fumage du poisson qui remplaceraient ainsi la coupe du bois de mangrove pour cette activité.

Cette démarche s'est poursuivie sous différentes formes :

Venez visiter l'île de Manoka avec @CIFOR. L'équipe du Cameroun a mis en place un projet collaboratif avec une association locale de femmes. L'objectif est de développer des techniques plus efficaces pour fumer le poisson tout en utilisant moins de bois et contribuer ainsi à protéger les mangroves.

La pêche, pour les hommes, et le fumage du poisson, pour les femmes, sont les seuls moyens de subsistance sur l'île. C'est pourquoi @CIFOR et ses partenaires aident la communauté à mieux gérer les ressources naturelles.

En 2011, les autorités ont lancé une campagne de reboisement des mangroves. Le bilan de cette initiative est toutefois à nuancer comme en témoigne Langmi Moses, directeur d'un organisme de protection des mangroves, lors d'un échange avec l'agence de presse Andalou Agency : « Les arbres sont souvent coupés moins de trois ans après leur plantation, avec l'autorisation des pouvoirs publics. » Il poursuit ainsi :

By cutting down mangrove trees that have been planted in less than three years and with the government's permission, operators are destroying the mangroves and preventing their regeneration. … We can't reforest all the time when our work is destroyed after two years.

Avec l’accord des autorités, les exploitants abattent des arbres qui ont été plantés il y a moins de trois ans. Ils détruisent les mangroves et empêchent leur régénération.… Nous ne pouvons pas reboiser en permanence et voir notre travail anéanti deux ans plus tard.

En 2013, le Cameroun a dépensé 3 milliards de francs CFA, soit 5 123 043 dollars américains pour préserver les mangroves. Plus de 195 000 hectares ont ainsi pu être sauvés.

Jean Marie Tchouala Wabo, un gestionnaire forestier camerounais, souligne que la surexploitation reste aujourd’hui la principale menace pesant sur cet écosystème.

« Ces mangroves sont vandalisées sous l’œil complice des autorités », affirme-t-il à l’agence de presse Andaolu Agency.

L'internaute Magalene Ngeve déplore « la disparition prochaine des mangroves du Cameroun, si rien n'est fait ».

Quelle tristesse de voir l'état des mangroves de mon pays ! J'étudie ces mangroves depuis des années. Il est urgent de mettre en place des actions pour renverser la tendance. Les mangroves pourraient disparaître si rien n'est fait.

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Dans un pays hostile aux personnes trans, une Brésilienne fait de son identité de genre une expression artistiquehttps://fr.globalvoices.org/?p=253502http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200710_180707_Dans_un_pays_hostile_aux_personnes_trans__une_Bresilienne_fait_de_son_identite_de_genre_une_expression_artistiqueFri, 10 Jul 2020 16:07:07 +0000Rosa Luz est performeuse, artiste visuelle et rappeuse.

Autoportrait de l'artiste Rosa Luz, le buste dénudé. Elle a écrit sur son torse : "« Et si l'art était un travesti ? ».

« Et si l'art était travesti ? », s'interroge Rosa Luz dans l'un de ses autoportraits. Photo par Rosa Luz, utilisée avec l'autorisation de l'artiste.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des sources en portugais.

Note sur le vocabulaire : Le terme « travesti » est un substantif désignant au Brésil une identité de genre dont la définition n'est pas fixe. Il se distingue du terme « trans » en ce qu'il revêt souvent une connotation plus politique et subversive pour les personnes qui le revendiquent mais peut parfois être inclus dans une définition large des transidentités. Comme il n'existe pas d'équivalent en français, nous maintenons l'usage de travesti en portugais dans le texte.

Rosa Luz a un sourire tendre et une voix douce, mais cela ne veut pas dire qu'elle manque de force.

À 24 ans, l'artiste brésilienne trans, noire et originaire d'un quartier périphérique, a déjà obtenu des rôles dans deux films (Chega de Fiu Fiu en 2018 et Estamos Todos Aqui en 2019) et ses œuvres ont été exposées au Musée des arts de São Paulo (Masp).

Non contente d'être performeuse, artiste visuelle et rappeuse, Rosa Luz est également créatrice de contenu numérique sur YouTube, une activité qui lui a valu autant d'admiration que de haine.

Dans l'une de ses performances (voir la vidéo ci-dessous, en portugais avec sous-titrage en portugais), on la voit debout, immobile, le buste dénudé, au milieu des escaliers du terminal de bus de Plano Piloto à Brasília, que traversent quotidiennement près de 700 000 personnes.

Certain·e·s passant·e·s l'invectivent, utilisant des injures transphobes, d'autres la prennent dans leurs bras. Une femme se lance dans une diatribe sur le fait que des enfants pourraient être influencés et « devenir » homosexuels.

« Notre simple existence importune beaucoup de gens, n'est-ce pas ? », observe Rosa Luz.

Récemment, cette gêne s'est manifestée de façon plus grave sur internet. Dans le cadre de la promotion d'une chanson, Rosa Luz a publié sur ses comptes de réseaux sociaux l'image d'une tête coupée ressemblant à celle du président brésilien. L'artiste a alors commencé à recevoir des menaces de mort par message privé, et son travail a fait l'objet de critiques par des comptes disposant de milliers de fans.

Lors d'un entretien en visio-conférence avec Global Voices, Rosa Luz explique :

Era uma manifestação artística, um som metafórico, pessoal, que fala sobre o racismo no mercado da música. É óbvio que eu não deceparia ninguém, mas as pessoas são tão transfóbicas e racistas que é mais fácil para elas me colocar no lugar da bandida e da terrorista do que entender o contexto.

Il s'agissait d'un geste artistique, d'un son métaphorique, personnel, qui parle du racisme dans le domaine de la musique. Il est évident que je n'irais jamais décapiter personne mais les gens sont tellement transphobes et racistes qu'il leur est plus facile de me considérer comme un voyou et une terroriste que de comprendre le contexte.

Bien qu'elle ait été exposée à des critiques auparavant, cet épisode a été marquant de par la surenchère des menaces. Rosa Luz a mis ses comptes de réseaux sociaux en mode privé et a reçu le soutien de Front Line Defenders [fr], une organisation internationale de défense des droits humains et de Access Now [en], un organisme qui vient en aide aux personnes menacées sur le plan des droits numériques.

Créer pour exister

Rosa Luz a grandi dans la région de Gama (district fédéral), non loin de la capitale Brasília, sur une propriété où se trouvaient trois cabanes. Dans sa famille proche, les histoires de maltraitance et les grossesses adolescentes faisaient partie de la vie. C'est dans ce contexte qu'elle a découvert que le genre masculin qui lui avait été assigné ne correspondait pas à son ressenti. Elle se rappelle :

Eu colocava uma blusa na cabeça para servir de cabelo e dançava com meus primos. Me sentia feliz fazendo isso, era minha essência. Só que parecia que tinha algo errado. Eu tinha pau e não deveria agir daquela forma. As pessoas tratavam isso como um problema e me violentavam.

Je me mettais un chemisier sur la tête pour mimer une longue chevelure et je dansais avec mes cousins. J'étais heureuse dans ces moments-là, c'était mon essence. Seulement, quelque chose semblait clocher. J'avais un pénis et je n'étais pas censée me comporter ainsi. Les gens traitaient cela comme un problème et me violentaient.

Pour la protéger, sa mère l'a placée dans un lycée religieux tenu par des sœurs. La jeune fille trouve alors une échappatoire dans le monde des livres et devient l'une des élèves les plus studieuses sur les questions religieuses. Elle dit en plaisantant que si elle avait été un homme cis hétérosexuel, elle serait une « coxinha » [terme familier désignant au Brésil les personnes conservatrices et de droite].

Au moment où elle a découvert son orientation sexuelle et son identité de genre, elle a été obligée de faire un choix : comme on lui avait dit que son identité n'était pas conciliable avec la foi, elle s'est finalement éloignée de la religion.

Elle a ensuite entamé des études de théorie, critique et histoire de l'art à l'université de Brasília (UnB), pensant qu'elle n'avait aucun talent et que cette formation serait une voie possible pour travailler dans le domaine artistique :

Comecei a estudar auto-retrato e foi a primeira vez que me permiti olhar para mim mesma. Me permiti passar batom, fazer as coisas que eu sempre quis fazer desde quando era criança. A arte salvou a minha existência, sabe? Em momentos que eu estava muito triste, colocar isso para fora através de uma pintura, de um desenho, foi fundamental.

J'ai commencé à étudier l'autoportrait et c'est alors que je me suis autorisée pour la première fois à m'intéresser à moi-même. Je me suis autorisée à mettre du rouge à lèves, à faire des choses que j'avais toujours voulu faire depuis l'enfance. L'art m'a sauvé la vie, tu vois. Quand j'étais très triste, j'extériorisais ces sentiments par la peinture, par le dessin. Cela a été fondamental.

Pourtant, la transphobie du milieu universitaire a commencé à se répercuter sur sa santé mentale, au point de la pousser à abandonner ses études.

Son nom social, celui qui est associé à son identité de femme trans, a été dénigré et les personnes qu'elle côtoyait persistaient à l'appeler par le nom inscrit à son état civil. Après sa transition, il est devenu plus difficile de trouver des stages et des opportunités d'emploi. Elle se rappelle d'une fois où un professeur lui a demandé de venir le voir pour discuter. Elle était impatiente, pensant qu'il s'agirait d'une question de recherche. En fait, il voulait lui demander si sa famille était d'accord avec la « direction » que prenait sa vie.

Alors que plusieurs portes se fermaient à elle, elle a commencé à suivre des chaînes féministes sur YouTube et à élaborer d'autres projets. Fin 2015, Rosa Luz a enregistré une vidéo de rap dans la cabane dans laquelle elle vivait. Ce clip a obtenu plus de 100 000 vues et a été remarqué par des artistes connus au Brésil.

Criei o canal no YouTube por que eu poderia conversar com as pessoas para desmistificar a minha identidade, a minha transição e o tipo de arte que eu fazia.

J'ai créé ma chaîne YouTube pour pouvoir paler aux gens, et démystifier mon identité, ma transition ainsi que ma pratique artistique.

Cependant, elle a un certain recul sur la visibilité que cette chaîne lui a donné :

As pessoas tentam me colocar nesse lugar de quem fala pela comunidade trans. Eu defendo outras coisas, como proporcionalidade e representatividade. Não quero ocupar o lugar de heroína. Angela Davis fala que em certo momento na luta antirracista nos Estados Unidos começaram a pintar alguns ativistas como heróis e invisibilizar outros. Precisamos ficar atentos a isso. Às vezes, querem nos colocar no topo para invisibilizar quem não está no padrão aceito pela sociedade.

Les gens essaient de faire de moi une porte-parole de la communauté trans. Je défends d'autres choses, comme l'équité et la représentativité. Je ne veux pas me présenter comme une héroïne. Angela Davis a dit qu'à un moment donné dans la lutte antiraciste aux États-Unis, on a commencé à décrire certain·e·s activistes comme des héros et à en invisibiliser d'autres. Nous devons prendre garde à cela. Parfois, on nous met en avant pour invisibiliser les personnes qui n'entrent pas dans les codes acceptés par la société.

La transidentité

Le Brésil s'est tristement distingué par son record mondial d'assassinats de personnes trans [fr] et de travestis, avec 124 meurtres [pdf] répertoriés en 2019, selon des données recueillies par l'Association nationale des travestis et personnes trans (Antra). Le Mexique, qui arrive en deuxième position derrière le Brésil, a enregistré presque deux fois moins de cas.

Une autre enquête, réalisée par l'Association brésilienne des lesbiennes, gay, bisexuel·le·s, travestis, personnes trans et intersexe (ABGLT), a constaté que 73 % des personnes non-hétérosexuelles avaient été agressées au moins une fois à l'école, et que ces violences touchaient particulièrement les personnes trans et les travestis.

Dans un pays qui lui est hostile, Rosa Luz s'identifie comme travesti :

Eu olhava as referências de pessoas trans muito marginalizadas na adolescência. Eu poderia ser qualquer coisa, menos travesti. No começo, eu me afirmava mais como uma mulher trans, mas depois eu comecei a reivindicar o lugar da travestilidade na minha existência. Comecei a me identificar com as travestis. É uma identidade de gênero, não uma questão de performance.

J'ai été exposée à des modèles de personnes trans très marginalisées pendant mon adolescence. Je pouvais être qui je voulais, sauf travesti. Au début, je m'affirmais comme femme trans, mais ensuite j'ai commencé à revendiquer la place de l'identité travesti dans mon existence. J'ai commencé à m'identifier avec les travestis. C'est une identité de genre, ce n'est pas une question de performance.

Elle explique qu'elle se sentait mieux acceptée quand elle s'identifiait comme femme trans, puisque les gens ont tendance à concevoir le monde à travers un prisme normatif cisgenre et binaire (homme/femme).

Il n'y a pas de consensus sur la signification du terme travesti, explique Rosa Luz, et ce point fait l'objet d'une discussion entre personnes qui s'identifient comme telles. Mais elle estime que le fait d'assumer cette identité est également un geste politique, une forme de revendication des droits humains de la part de ce groupe :

Cada um pode entender de uma forma diferente. Para mim [trans e travesti] são quase sinônimos, eu afirmo com frequência que eu sou uma mulher trans e travesti. Tem outras pessoas que não são assim. Gosto do que a Linn da Quebrada [atriz, cantora e compositora brasileira] diz, que acredita na possibilidade de termos milhares de identidades de gênero, já que existem milhares de pessoas, como se cada corpo fosse um universo.

Chacun peut le comprendre de manière différente. Pour moi, [trans et travesti] sont quasiment synonymes. J'affirme souvent être une femme trans et travesti. D'autres voient les choses différemment. J'aime bien ce qu'a dit [l'actrice, chanteuse et compositrice brésilienne] Linn da Quebrada : elle croit en la possibilité d'une multitude de termes désignant les identités de genre, puisqu'il existe une multitude de personnes, comme si chaque corps était son propre univers.

Plutôt mourir que d'être réduite au silence

Au sujet des menaces qui l'ont menée à se retirer des réseaux sociaux, Rosa Luz raconte que nombre d'entre elles lui ont paru avoir été orchestrées par des robots, dont l'utilisation est devenue monnaie courante au Brésil. Elle estime que les attaques qui l'ont prise pour cible sont à l'image de la vie politique actuelle au Brésil :

E se tivessem, de fato, me matado? Houve muito silêncio em relação ao que aconteceu comigo. No último mês, um artista trans e negro de São Paulo, o Demétrio Campos, cometeu suicídio. Ele precisou morrer para as pessoas olharem para ele e para a arte dele. Eu fiquei observando isso de longe e percebendo as contradições.

Et s'ils m'avaient réellement tuée ? Il y a eu un grand silence autour de ce qui m'est arrivé. Le mois dernier, un artiste trans et noir de São Paulo, Demétrio Campos, s'est suicidé. Il a fallu qu'il meure pour que les gens lui prêtent attention et s'intéressent à son art. J'ai observé cela de loin et j'ai relevé les contradictions.

À l'avenir, Rosa Luz compte poursuivre son travail dans le domaine de la musique et des arts visuels et développer d'autres sources de revenus qui l'aident à conserver son indépendance :

Hoje eu só quero achar uma forma de continuar produzindo minha arte sem ser silenciada e não necessariamente chegar ao topo ou ter muitas visualizações. Não é sobre isso. Eu prefiro morrer a estar silenciada.

Aujourd'hui, je cherche simplement une façon de continuer à créer sans que l'on me réduise au silence, et pas forcément à arriver au plus haut niveau ou à atteindre un grand nombre de vues. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Je préfère mourir que d'être réduite au silence.

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Hong Kong : les géants du numérique suspendent la remise de données au gouvernement, face à la loi sur la sécurité nationalehttps://fr.globalvoices.org/?p=253553http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200710_154106_Hong_Kong___les_geants_du_numerique_suspendent_la_remise_de_donnees_au_gouvernement__face_a_la_loi_sur_la_securite_nationaleFri, 10 Jul 2020 13:41:06 +0000Apple est le grand absent de cette mini-rébellion

A gauche, un texte en anglais en blanc sur fond violet. A droite, un écran de téléphone montrant diverses applications comme Facebook et YouTube..

Mise en garde des forces de police de Hong Kong, invoquant la loi sur la sécurité nationale et son incidence sur la liberté du Web. Image libre tirée de PxHere.

[Tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

De plus en plus de géants des technologies annoncent qu'ils suspendent le traitement des demandes gouvernementales concernant les données de leurs utilisateur·ice·s à Hong Kong, après la promulgation récente de la loi sur la sécurité nationale élaborée par la Chine.

L'application de messagerie mobile Telegram a été la première entreprise à se positionner. Elle a été fortement utilisée, depuis juin 2019, par les manifestant·e·s de Hong Kong pour débattre des stratégies de protestation et coordonner les actions.

Le Comité de Hong Kong pour la sauvegarde de la sécurité nationale (CSNS), organisme créé dans le cadre de la Loi sur la sécurité nationale (LSN), a dévoilé les détails de la mise en œuvre de la loi, le 6 juillet dernier. De nouvelles sociétés numériques, parmi lesquelles WhatsApp, Facebook, Google, Twitter, LinkedIn, Microsoft et Zoom, ont appliqué ces directives.

Dans le même temps, l'application de partage de vidéos Tiktok a fait part dans un communiqué de son intention de se retirer du marché de Hong Kong, sans faire allusion à la nouvelle loi.

Pouvoirs illimités de la police de sécurité nationale

Conformément à l'article 43 de la LSN, les forces de police de la sécurité nationale sont habilitées à perquisitionner des propriétés privées sans mandat, à contrôler les suspects, à geler les capitaux, à interrompre les communications et à ordonner aux fournisseur d'accès à Internet (FAI) et aux exploitants de plate-formes de supprimer et de bloquer l'accès aux contenus, et de suspendre les services aux utilisateur·ice·s.

Si les fournisseurs d'accès Internet et les opérateurs de plate-forme (ne se conforment pas à cette règle, la police nationale peut demander à un tribunal de saisir l'appareil électronique concerné, de prendre des mesures pour supprimer le contenu et de demander aux FAI et aux opérateurs de plate-forme de lui fournir des données d'identification ou une assistance au décryptage.

Le pouvoir de la police nationale, d'exiger des FAI locaux le blocage des contenus en ligne et la suspension des services, sans aucune procédure judiciaire, pourrait être considéré comme le fondement juridique d'une version hongkongaise de la « Grande muraille électronique » chinoise, laquelle verrouille l'accès des utilisateurs aux contenus « illégaux ».

Avant la réunion du Comité de Hong Kong pour la sauvegarde de la sécurité nationale, Telegram a annoncé, dès le 5 juillet, son intention de ne traiter aucune demande de données relatives à ses abonné·e·s de Hong Kong, « jusqu'à ce qu'un consensus international ne se dégage concernant les changements politiques en cours dans la ville ».

Criminalisation du discours

Si Telegram n'a jamais traité les demandes de données émanant du gouvernement de Hong Kong par le passé, ses termes de confidentialité stipulent que la société « coopérera avec les autorités sur les questions liées au terrorisme ».

Cependant, la définition imprécise du terrorisme inscrite dans la loi de sécurité nationale de Hong Kong, a contraint Telegram à faire une exception.

Les déclarations du gouvernement de Hong Kong ce mois-ci, selon lesquelles le slogan « Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps » (Liberate Hong Kong, Revolution of our times) constituerait un discours subversif et indépendantiste, sont les dernières en date parmi une longue liste de preuves attestant que la LSN sera appliquée arbitrairement pour réprimer la liberté d'expression.

Plus alarmant encore, huit personnes ont été interpellées cette semaine pour le simple fait d'avoir brandi des feuilles de papier sans texte, en protestation silencieuse, un acte que la police a jugé être potentiellement en violation de la LSN :

Désormais, la police de HK va procéder à l'arrestation de Hongkongais·es pour subversion, pour avoir simplement brandi des papiers vides de texte dans un centre commercial, pour protester (Photos de Stand News).

L'avertissement, en anglais, sur le drapeau violet (Photo RTHK)

Le régime va arrêter les Hongkongais·es et fabriquer des motifs de poursuites, la loi de sécurité nationale est le moyen d'y parvenir.
— Patrick (@PatrickinHK)

[image] Sur le premier plan, on distingue des manifestants versus des forces de l'ordre dans la rue. Au milieu de cette image, une banderole de couleur violette, sur laquelle figure un texte en anglais à propos de la LSN. Sur le deuxième plan, nous sommes dans un centre commercial, un manifestant brandit une banderole de couleur violette avec un texte écrit en chinois. Des photographes, en face de lui, immortalisent le moment. Sur le troisième plan, profil en gros plan d'une femme, manifestante, brandissant un papier blanc sans texte, dans un centre commercial. Elle porte un masque et un sac à dos. Elle apparaît telle une écolière. Sur le dernier plan, dans un centre commercial, plusieurs personnes manifestent en brandissant des papiers blancs, sans texte.

Des mesures de non-respect engagées par les géants numériques

Alors qu'ils n'ont rendu publiques leurs déclarations que plus tard, Google et Twitter ont tous deux indiqué aux journalistes avoir cessé de traiter les demandes de données sur leurs utilisateur·ice·s dès le 1er juillet, date à laquelle la LSN a été officiellement promulguée à Hong Kong.

Quant à Facebook, le réseau social a attendu le 6 juillet pour s'engager sur la même voie.

Google, Twitter et Facebook ont été interdits en Chine, depuis de nombreuses années. Cependant, Facebook et Google disposent tous deux de bureaux à Hong Kong. WhatsApp, l'application de messagerie mobile appartenant à Facebook, est l'outil de communication le plus utilisé à Hong Kong.

LinkedIn de Microsoft a signalé, le 7 juillet, avoir interrompu le traitement des requêtes en provenance de Hong Kong, pendant l'examen de la LSN.

Pour sa version chinoise, LinkedIn a créé une entreprise commune en Chine continentale, conforme au cadre de la censure de la Chine. Les utilisateurs du service à Hong Kong ne sont actuellement pas soumis aux mêmes contraintes.

L'application de vidéoconférence, Zoom, a annoncé la suspension du traitement des demandes de données présentées par le gouvernement de Hong Kong.

Néanmoins, voici un mois, celui-ci a bloqué les comptes d'un groupe de militant·e·s chinois·es des droits humains, basés aux États-Unis, après la tenue d'une réunion en ligne commémorant la répression de la place Tienanmen. Par ailleurs, le compte Zoom de l'activiste Lee Cheuk-yan, installé à Hong Kong, a été également gelé, sous la pression présumée des autorités de la Chine continentale.

Toutes les principales entreprises numériques ayant interrompu leurs activités de traitement des données à Hong Kong ont insisté sur leur engagement à protéger les droits des utilisateurs en matière de liberté d'expression et de respect de la vie privée.

Parmi les grands absents, on peut citer Apple, très coopérative avec la censure chinoise. Ce géant de la technologie a indiqué qu'il « évaluerait » les répercussions de la LSN sur son activité commerciale, afin de prendre une décision.

Fait plus curieux, Tiktok a brusquement décidé de se retirer du marché hongkongais.

On distingue deux versions de Tiktok, appartenant à la firme chinoise Bytedance. La version chinoise est celle de Douyu, laquelle travaille dans le cadre des exigences imposées par la censure chinoise. La version mondiale de Tiktok revendique, elle, le fait qu'elle ne transmettrait pas de données au gouvernement chinois.

Une action en justice aux États-Unis a, pourtant, accusé l'application mobileTiktok d'avoir communiqué des données concernant des utilisateur·ice·s américain·e·s à la Chine continentale en décembre 2019. Ses employé·e·s ont également révélé avoir subi des pressions, exercées par leurs supérieurs en Chine continentale, visant à censurer le contenu de la plateforme mondiale.

À Hong Kong, le groupe Tiktok ne dispose que d'un petit réseau de 150 000 utilisateurs.

Pire scénario : la « Grande muraille électronique » de Hong Kong

Jusqu'à présent, le gouvernement de Hong Kong n'a pas réagi directement à l'action collective lancée par les géants numériques. Cependant, des informations relatives aux intentions du gouvernement, visant à renforcer le contrôle d'Internet, circulent depuis août 2019, au moment où les mouvements de protestation contre le projet de loi d'extradition vers la Chine battaient leur plein.

Des allégations non avérées, circulant au sein la communauté locale en ligne, laissaient entendre que Telegram et LIGHK (version hongkongaise de Reddit), constituaient deux cibles probables des mesures de répression. À l'époque, cependant, le gouvernement ne disposait d'aucun outil juridique lui permettant de lutter contre les contenus en ligne, à moins de disposer d'une injonction d'un tribunal.

Avec l'adoption de la LSN, le pire scénario possible pour le non-respect des règles par les géants de la tech’, pourrait être un blocage complet de leurs plateformes. Les Hongkongais·es ne pourraient alors plus accéder aux sites web « récalcitrants » sans disposer d'outils de contournement.

À ce jour, les Hongkongais·es se préparent au pire : au 30 juin, les recherches concernant les réseaux privés virtuels à Hong Kong ont bondi de 321 % par rapport à la moyenne des recherches quotidiennes effectuées les autres jours du mois.

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Manuel Ruelas : l’art entre origine préhispanique, lutte et satirehttps://fr.globalvoices.org/?p=249008http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200710_150022_Manuel_Ruelas___l___art_entre_origine_prehispanique__lutte_et_satireFri, 10 Jul 2020 13:00:22 +0000Entretien avec le graveur et peintre mexicain

Mick and tecutli. Gravure sur bois, 2017, photo publiée avec l'autorisation de l'artiste.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en espagnol, ndlt.]

Manuel Ruelas est un artiste graveur et peintre originaire de l’État de Jalisco, à l’ouest du Mexique, connu sous le pseudonyme de « Fases », dont le travail explore les thèmes du consumérisme, de la migration et de la territorialité avec une vision  profonde et satirique. Ses œuvres mélangent l'art préhispanique et la culture populaire du quotidien et ont réussi à se faire une place sur les scènes nationales et internationales à des événements tels que la sixième Biennale d’Art Graphique de Szeklerland 2020, et la deuxième édition de « la Biennale d'art Lumen », au Mexique.

Son travail est influencé par le Taller de gráfica Popular (TGP), une grande référence de l’art contemporain au Mexique. École, pour de nombreux grands noms de la gravure tels que Leopoldo Méndez [fr], Pablo O’Higgings et Luis Arenal Bastar, cet atelier dénonce la lutte des classes à travers l’utilisation de symboles et éléments populaires du Mexique.

Manuel Ruelas fait également allusion à l’esthétique de l’art chicano [fr], qui se caractérise par l’utilisation de symboles religieux, politiques, autochtones et par le reflet des préoccupations sociales et identitaires dans un contexte mexicain-américain. L'artiste reconnaît aussi une influence stylistique de l’expressionnisme allemand [fr] dans son œuvre.

Aujourd’hui, son travail se développe entre peinture et gravure au sein de l’atelier Galerie Barranca Gráfica, son espace de création, lequel possède actuellement une galerie d’art et deux sièges, l'un au Mexique, et l’autre aux États-Unis. Le premier bureau se situe dans le quartier de Condesa, un des hauts lieux culturels de la ville de Mexico, tandis que le second se situe à Oakland en Californie, où Manuel Ruelas réside actuellement et dirige les deux espaces.

Il y a environ un an, j’ai eu l’occasion de travailler à l'atelier Barranca Gráfica du Mexique où j'ai fait connaissance avec Manuel Ruelas. L'interview suivante présente mon échange récent avec Manuel Ruelas à propos de de ce qui influence son travail et sa vision artistique :

Infortunios de la fe. Gravure en relief 50 x 70 cm 2019, photo utilisée avec l'autorisation de l'artiste.

Alejandro Barreto (AB) : Il y a une grande part de satire dans ton travail, où veut en venir la critique de Manuel Ruelas ? 

MR: El sentido del humor y la sátira es algo inherente en la cultura mexicana, crecemos, vivimos, y morimos con él, el humor ha servido de vehículo para atacar y sobrellevar las miserias y dolencias del país. En mi caso, este se dio de manera natural y casual, me dio la posibilidad de mantener una postura crítica y política ante los acontecimientos históricos. El contexto social, la mezcla de pobreza, violencia y corrupción se convierten en una realidad en México, una defensa constante en una ciudad que termina por volver rudos a sus ciudadanos. En México hay culto a las luchas y a la  rivalidad de todo tipo, la industria del deporte, la política, la religión y la televisión. Trato de captar un fenómeno del cual somos parte; el infortunio  en la sociedad, que va desde enfermarse, o volverse más pobre, violento o corrupto dentro de ella, por ende, el límite del infortunio es la muerte, por eso siempre es recurrente este concepto en mi trabajo.

Manuel Ruelas (MR) : Le sens de l’humour et la satire sont des aspects inhérents à la culture mexicaine, nous grandissons, vivons et mourons avec. L’humour a servi de moyen de combattre et de supporter les misères et les douleurs du pays. Dans mon cas, cela s'est fait de manière naturelle et fortuite, j'ai eu la possibilité de maintenir une position critique et politique face aux événements historiques. Le contexte social, l'intersection de la pauvreté, de la violence et de la corruption deviennent une réalité au Mexique, une défense permanente dans une ville qui finit par rendre violents ses citoyens.

À Mexico, il y a un culte des luttes et des rivalités de toutes sortes, l’industrie du sport, la politique, la religion et la télévision. J’essaie de saisir un phénomène dont nous faisons partie ; le malheur dans la société, qui va de la maladie ou à l’appauvrissement, la violence ou la corruption à l’intérieur d’elle, enfin, la limite du malheur est la mort, c’est pourquoi ce concept est récurrent dans mon travail.

Códex. Gravure sur bois, 2019, photo publiée avec l'autorisation de l'artiste.

AB : À ton avis, quelle place occupe le street art ou “art de la rue” dans la société mondiale actuelle ?

MR: Democratizó los escaparates, cualquier artista o persona que quisiera decir o pintar algo puede hacerlo, llevó el mensaje a públicos que quizá nunca habían ido a un museo o galería. El gran problema para mí en la actualidad, es que ahora los grandes capitales se dieron cuenta de ello y lo ha convertido en un producto comercial y elitista, un recuso  para la gentrificación, lo cual lo vuelve estéril y meramente decorativo, un fondo ideal para “selfies” y publicidad a gran escala. Aún así, hay grandes artistas de él, firmes y congruentes con su postura.

MR : Le street art a démocratisé les expositions, n'importe quelle personne, artiste ou pas, souhaitant dire ou peindre quelque chose peut le faire, il a transmis le message à un public qui  n'a peut être jamais été dans un musée ou une galerie d'art. Mon grand problème à l'heure actuelle est que désormais les grandes capitales se sont rendues compte de cela, et elles l'ont transformé en un produit commercial et élitiste, une ressource pour l'embourgeoisement, ce qui le rend stérile et simplement décoratif, un fond idéal pour les “selfies” et la publicité à grande échelle. Malgré tout , il y a de grand·e·s artistes issu.e.s de ce courant d'art, déterminé·e·s et cohérent·e·s dans leur conception artistique.

AB : Tu résides actuellement aux États-unis, cela a t-il changé ta perception de la culture américano-mexicaine par rapport à l'époque où tu vivais au Mexique ?

MR: El punto de partida y la conexión con la cultura méxico-americana para mí fue el concepto de Nepantla, una palabra indígena náhuatl muy importante para nosotros los mexicanos que significa “en el medio” “entremedio”, entonces, la experiencia de vivir en Estados Unidos, me ha llevado indagar por los caminos de la añoranza; la propia y la colectiva desde “en medio”, ese concepto está muy presente en mi trabajo. Al mismo tiempo voy recolectando historias sobre segregación, xenofobia y racismo, pero también de la superación personal, organización, colectividad y lucha.

MR :  Le point de départ et le lien avec la culture américano-mexicaine a été pour moi le concept de Nepantla, un mot de la langue autochtone nahuatl très important pour nous les mexicains qui signifie au milieu de”, “entre deux”, alors, l'expérience de vivre aux États-unis, m'a amené à rechercher les chemins de la nostalgie, l'individuelle et la collective depuis “le milieu”. Ce concept est très présent dans mon travail. En même temps, je réunis petit à petit des histoires sur la ségrégation, la xénophobie et le racisme, mais également sur le dépassement personnel, l'organisation, la collectivité et la lutte.

Espejo Negro que Humea. Linogravure 15 x 20 cm, photo utilisée avec l'autorisation de l'artiste.

AB : Il y a beaucoup de références à la culture pop et au discours sur le territoire dans tes œuvres. Comment ces deux concepts se reflètent-ils dans ton travail en tant qu'artiste ?

MR: Funcionan partiendo del mito antiguo de la migración de Aztlán de los “Mexicas” o “Aztecas” [hacia donde queda la Ciudad de México hoy], la migración y la construcción de la identidad-territorio. La gente de Aztlán, los Aztecas, tuvo que abandonar su hogar en busca de la tierra prometida por los dioses. Por órdenes del dios de la guerra y el sol, Huitzilopochtli [fr]  iniciaron una peregrinación hasta encontrar un águila devorando a una serpiente, posada sobre un nopal para fundar México-Tenochtitlán, [la actual Ciudad de México]. Esto para mí, es un valor cultural transfronterizo y de migración, con el que quise construir puentes entre lo propio y lo ajeno, la mezcla de la iconografía de los signos aztecas pero idealizados por la cultura de barrio o popular y reinterpretada a la luz de la nueva cultura de consumo de masas. Los elementos consumistas populares y los de culto en el imperio Azteca. Nombres, personajes comunes y marcas presentes en nuestra cultura colectiva. Estos ejercicios de apropiación y e hibridación me han hecho buscar nuevos significados a los iconos, reformulando sus narrativas y dándole nuevas maneras de representación.

MR : Ils sont fondés mythe antique de la migration de Aztlan des “Mexicas” ou “aztèques” ( là où se situe actuellement la ville de Mexico), la migration et la construction de l'identité territoire. Le peuple d’Aztlan, les aztèques, furent obligés d'abandonner leur foyer à la recherche de la terre promise par les dieux. Sur ordre du dieu de la guerre et du soleil, Huitzilopochtli, ils entamèrent un pèlerinage et découvrirent un aigle dévorant un serpent, posé sur un cactus et fondèrent Mexico-Tenochtitlan, (la ville actuelle de Mexico). Ceci est pour moi une valeur culturelle transfrontalière et migratoire, avec laquelle j'ai voulu construire des ponts entre ce qui est proche et ce qui est lointain, le mélange entre l'iconographie des signes aztèques idéalisés par la culture populaire et réinterprétée à la lumière de la nouvelle culture de consommation de masse.

Dualidad. Linogravure 15 x 10 cm, photo publiée avec l'autorisation de l'artiste.

Retrouvez d'autres œuvres de Manuel Ruelas sur son compte Instagram

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Brésil : une mortalité plus élevée pour la population noire face au coronavirushttps://fr.globalvoices.org/?p=253451http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200709_094537_Bresil___une_mortalite_plus_elevee_pour_la_population_noire_face_au_coronavirusThu, 09 Jul 2020 07:45:37 +0000Résultats d'une analyse par Agência Pública

Un homme fait son jogging et un livreur se déplace à vélo. Tous deux portent un masque facial.

Image par Pedro Conforte à Plantão Enfoco, reproduite avec autorisation.

Cet article a d'abord été publié en portugais le 6 mai 2020, et traduit en espagnol par notre partenaire brésilien Agência Publica. Il a ensuite été re-publié, édité, puis traduit par Global Voices avec leur permission.

Le nombre de personnes noires décédées de la COVID-19 au Brésil a été multiplié par cinq en deux semaines. Entre le 11 et le 26 avril, le nombre de morts officiellement confirmées est passé d'un peu plus de 180 à plus de 930 parmi les Brésiliens noirs touchés par le coronavirus. Le nombre de patients noirs hospitalisés pour un syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) engendré par le coronavirus a été multiplié par 5,5.

En revanche, chez les Brésiliens blancs, on observe une augmentation plus faible de la mortalité durant ces deux semaines : le nombre de morts a triplé, et le nombre d’hospitalisations a augmenté de manière similaire.

Au 18 juin, le Brésil atteignait un nombre total de 46 842 morts du coronavirus. Depuis le début de la pandémie, le président Jair Bolsonaro minimise [fr] la gravité du virus et tient à continuer à faire vivre l'économie. Les gouverneurs régionaux ont mis en place des consignes de confinement. À ce jour, le pays est le deuxième le plus touché au monde.

La forte augmentation du nombre de personnes noires hospitalisées ou décédées du fait de la COVID-19 met en évidence les problèmes d'inégalités raciales au Brésil. Parmi la population noire, un patient sur trois est décédé des complications causées par le virus. Ce n'est le cas que d'un sur 4,4 parmi les patients blancs.

[Les graphiques suivants utilisent les termes « branco » pour parler de personnes blanches, et « preto» et « pardo » pour parler respectivement des personnes noires et métissées noires. Dans cette traduction, nous parlerons de « personnes noires » sans distinction, ndlt.]

La mortalité due à la COVID-19 au Brésil augmente plus parmi la population noire. On constate une augmentation d'un facteur de 3,1 pour la population blanche entre le 11 et le 26 avril, tandis que sur la même période la mortalité au sein de la population noire a été multipliée par 5. Graphique utilisé avec autorisation.

Le pourcentage de morts parmi la population blanche a diminué, alors qu'il a augmenté chez la population noire, entre le 11 et le 26 avril. Une note indique que les statistiques du ministère de la Santé ne prennent pas en compte les rapports où la race / couleur de peau n'est pas renseignée. Graphique utilisé avec autorisation.

Morts dues au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) chez les patients hospitalisés pour la COVID-19. On observe 1 mort sur 3,1 hospitalisations parmi la population noire contre 1 mort pour 4,4 hospitalisations pour la population blanche. Données tirées des rapports épidémiologiques du ministère brésilien de la Santé. Graphique utilisé avec autorisation.

Ces données sont issues d'une étude d’Agência Pública utilisant les rapports épidémiologiques du ministère de la Santé brésilien, qui comportent des informations sur la couleur de peau des patients hospitalisés et décédés du fait du coronavirus. Le gouvernement fédéral a publié ces chiffres le 26 avril.

Tombes creusées au cimetière de Vila Nova Cachoeirinha, qui relève de Brasilândia, un quartier de São Paulo dont la population est composée pour moitié de personnes noires et qui détient le nombre le plus important de morts de la COVID-19. Photo utilisée avec la permission de l'auteur.

Pour chaque décès à Moema, quatre meurent à Brasilândia

São Paulo, la plus grande ville du pays et celle avec le nombre le plus important de décès dus à la COVID-19, a enregistré un taux de mortalité plus élevé dans les quartiers dotés d'une forte population noire. Selon Agência Pública, parmi les dix quartiers les plus touchés par des décès liés au coronavirus, huit ont un nombre d'habitants noirs plus élevé que la moyenne de la ville.

Brasilândia est le quartier avec le plus grand nombre de morts [pt] : 103 patients y sont morts du coronavirus. Près de 50 % des habitants de ce quartier se déclarent noirs (alors que la moyenne est de 37 % à São Paulo), ce qui contraste avec le secteur de Moema, le quartier avec le moins d'habitants noirs (moins de 6 %), qui n'a constaté que 26 décès.

Même en analysant les chiffres proportionnellement, la différence nette entre les deux quartiers persiste : en comparaison avec le nombre d'habitants à Moema, Brasilândia subit 25 % de décès en plus. Agência Pública a utilisé les données du dernier recensement, en 2010, pour déterminer la taille de la population et l'appartenance raciale ou la couleur de peau des habitants.

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L'impact de la COVID-19 sur les habitants noirs à Brasilândia et à Moema. À Brasilândia, qui compte 50,60 % de résidents noirs, le taux de mortalité est de 38,8 pour 100 000, alors qu'à Moema, où la population noire représente 5,82 % des résidents, ce chiffre s'élève à 31,1 pour 100 000. Graphique utilisé avec autorisation.

À Jardim Ângela, le quartier de la ville avec le plus important pourcentage de personnes noires, le nombre de morts du coronavirus a presque triplé en deux semaines. Dans d'autres quartiers dont la population est en majorité noire, comme Grajaú, Parelheiros, Itaim Paulista, Jardim Helena, Capão Redondo et Pedreira, le nombre de morts dû à la COVID-19 a plus que triplé pendant cette même période.

La propagation du coronavirus dans les banlieues de São Paulo ralentit dans les quartiers les plus aisés, où les premiers cas étaient apparus. Au 17 avril, les quartiers avec moins d'habitants noirs que la moyenne comptaient 13 % de morts en plus, par rapport aux endroits plus habités par la population noire. Deux semaines plus tard, cette différence n'est plus que de 3 %. Si cette tendance se confirme, le nombre de morts de la COVID-19 dans les quartiers à majorité noire dépassera celui des quartiers où les personnes noires sont moins présentes.

Les zones où résident le plus de personnes noires sont les zones à l'Indice de Développement Humain Municipal (IDHM) le plus bas [l'IDHM évalue l'espérance de vie, l'éducation et le niveau de revenu]. Les dix quartiers de São Paulo à l'IDHM le plus bas sont ceux avec une population noire plus importante que la moyenne de la ville. À l'inverse, les dix quartiers ayant obtenu les plus hauts scores d'IDMH sont ceux où les personnes noires sont moins présentes. Parmi les dix quartiers où on constate les nombres de morts les plus importants, huit ont un IDHM inférieur à 0,8 en moyenne. Le pourcentage d'habitants noirs dans ces huit quartiers est plus élevé que la moyenne de São Paulo.

À Rio, plus de décès dans les quartiers à plus forte population noire

Une femme portant un masque se lave les mains à une station de lavage à Rio, sous les yeux d'un agent de la municipalité.

À Rio, l'accroissement du nombre de cas de COVID-19 dans les quartiers habités par plus de personnes noires que la moyenne de la ville entraîne la constatation de plus en plus de décès. Photo utilisée avec autorisation.

Les quartiers de Rio où réside une plus forte population noire que la moyenne de la ville ont déjà subi un nombre absolu de morts plus important que dans les quartiers dans lesquels cette population est moins nombreuse.

Campo Grande, qui a plus de 50 % d'habitants noirs, est actuellement le quartier le plus touché, dépassant Copacabana, qui détenait précédemment le record du nombre de morts de la COVID-19. Suivent ensuite Bangu et Realengo, deux quartiers à majorité noire, les troisième et quatrième quartiers les plus affectés.

Quartiers de Rio de Janeiro comptant le plus de décès dus à la COVID-19. Graphique utilisé avec autorisation.

Au moment de cette enquête, les chiffres officiels déclaraient neuf morts à Rocinha, le plus gros quartier pauvre de la ville. Les médecins [pt] locaux questionnent ce chiffre, et pointent qu'il y a déjà eu 22 décès dans la favela.

L'écart entre le nombre de cas confirmés et le nombre de décès diffère également entre les quartiers riches et les quartiers pauvres de Rio, ce qui pourrait indiquer une difficulté d'accès aux tests pour les habitants des favelas et des banlieues.

Dans l’État de l'Amazonas, les personnes blanches et noires n'ont pas les mêmes chances de survie

Dans l’État de l'Amazonas, où les structures de santé publique sont dépassées [fr], parmi les patients les plus sévèrement atteints par la COVID-19, les personnes noires meurent en plus grand nombre que les personnes blanches. Selon Agência Pública, chez les malades noirs, on retrouve un mort pour 2,4 patients dans un état grave, tandis que chez les personnes blanches, on constate un mort pour 3,2 patients gravement malades.

La COVID-19 dans l’État d'Amazonas. Parmi les cas graves, on trouve 850 personnes noires et 81 personnes blanches. Concernant les morts dues à la COVID-19, 343 étaient des personnes noires, contre 25 personnes blanches. Données datant du 29 avril, issues du secrétariat à la Santé de l’État d'Amazonas. Graphique utilisé avec autorisation.

L’État de l'Amazonas, premier État brésilien à atteindre sa capacité maximum en soins intensifs pour les malades du coronavirus, a enregistré une augmentation significative des cas de COVID-19 sévères que chez les personnes noires, plus que chez les Brésiliens blancs. Le nombre de patients noirs gravement atteints a doublé fin avril.

Dans l'Amazonas, pour chaque décès d'un malade blanc, 13 malades noirs meurent. Les autorités de santé ont rapporté 850 personnes noires gravement atteintes par le coronavirus, et plus de 340 décès. Parmi les habitants blancs, 81 cas graves et 25 décès ont été constatés. Les données sur l'origine ethnique des malades ont été mises à jour le 29 avril.

Un cimetière à Manaus, au Brésil. Des croix blanches et bleues s'étendent à perte de vue.

À Manaus, la première ville brésilienne victime de l'effondrement de son système de santé public, on observe 13 décès de patients noirs pour chaque décès d'un patient blanc. Photo utilisée avec autorisation.

Malgré les chiffres indiquant une importante augmentation du nombre de décès parmi la population noire, et un nombre plus important de morts parmi les patients hospitalisés, le gouvernement fédéral n'a pas publié d'informations détaillées à ce propos. Par exemple, aucune information sur le nombre de cas confirmés par origine ethnique, ni sur le nombre de tests réalisés par catégorie de population, n'est disponible.

L'avocat Daniel Teixeira, directeur du Ceert, le Centre d'étude du monde du travail et des inégalités, explique que le manque de données officielles sur les origines ethniques est un problème de longue date. D'après lui :

Há vários fatores que podem explicar essa alta letalidade [da Covid-19 entre a população negra]. Justamente, ter informações melhores significa a gente, inclusive, confirmar ou até excluir a importância ou relevância de cada um desses fatores, conforme o caso. Porque aí está a riqueza que os dados podem fazer.

Différents facteurs pourraient expliquer cette forte mortalité [due à la COVID-19 dans la population noire]. Avoir plus d'informations permettrait justement d'exclure ou de confirmer, le cas échéant, l'importance ou la pertinence de chacun de ces facteurs. C'est la raison pour laquelle ces données sont importantes.

Daniel Teixeira estime que ce type d'écart n'est pas seulement présent dans le domaine de la santé, mais qu'il est très répandu dans le pays.

A falta desse tipo de recorte pode ser um impeditivo para que a gente tenha políticas públicas que deem conta dessa situação que, historicamente, desconsidera as dimensões de desigualdades estruturais no Brasil.

L'absence de ce genre de données empêche de mettre en place des politiques publiques qui prennent en compte cette situation particulière. Historiquement, les inégalités structurelles ont été ignorées au Brésil.

Cette enquête a été initialement publiée par Agência Pública
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Se souvenir des paroles déchirantes de la « génération perdue » frappée par la guerre en Yougoslaviehttps://fr.globalvoices.org/?p=253417http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200708_135435_Se_souvenir_des_paroles_dechirantes_de_la____generation_perdue____frappee_par_la_guerre_en_YougoslavieWed, 08 Jul 2020 11:54:35 +0000Le témoignage d'un jeune conscrit terrifié et incrédule en 1991

Le soldat Bahrudin Kaletović en tenue de camouflage.

Photo du conscrit de l'armée populaire yougoslave de Bosnie-Herzégovine Bahrudin Kaletović. Capture d'écran de la vidéo Yutel de 1991 tirée de Wikipedia, usage loyal.

L'entretien est aussi obsédant aujourd'hui qu'il y a 29 ans, peut-être plus encore.

Un jeune de 19 ans découragé, maigre et aux yeux sombres, vêtu d'une tenue de camouflage de l'armée, parle à un journaliste de Yutel, une plateforme yougoslave éphémère connue pour sa couverture relativement impartiale, alors qu'il se met à l'abri des forces ennemies.

Sauf qu'il ne sait pas vraiment pourquoi ils sont des ennemis.

Kolko ja kužim, oni kao hoće da se odcijepljuju, mi im kao ne damo. […] Znaš, care, bio si u vojsci, znaš kako je. Šta ti kaže, radiš. A nijedan oficir nije poginuo, sve moji jarani poginuli…

Il semble qu'ils essaient de faire sécession, et nous essayons de les arrêter. […] Tu connais la chanson, mec, tu as été dans l'armée, tu sais comment c'est. Vous devez faire ce qu'on vous dit. Aucun officier n'est mort, seulement mes amis…

Bahrudin Kaletović [sh] était conscrit dans l'armée populaire yougoslave (JNA). Son interview franche, dépourvue du chauvinisme qui imprégnait les différentes parties de la Yougoslavie au moment où elle a éclaté au début des années 1990, a fait de lui un symbole de la « génération perdue » qui a eu le malheur d'être « en âge de combattre » à cette époque.

Les paroles de Bahrudin Kaletović ont été récemment rappelées dans une publication [bs] sur Facebook du journaliste bosniaque et professeur de philosophie Dragan Bursac pour marquer l'anniversaire de l'interview. Le post daté du 28 juin a suscité plus de 4 100 réactions, dont 329 partages.

« Il me semble que Bahrudin est plus vivant aujourd'hui que beaucoup de nos contemporains », a écrit Dragan Bursać, notant la méfiance qui continue de caractériser les relations des citoyens avec les dirigeants nationaux dans les anciennes républiques yougoslaves, trois décennies plus tard.

Moins on parle, mieux on se porte

Les médias grand public de la région des Balkans ont tendance à éviter de réexaminer le comment et le pourquoi des guerres qui ont provoqué l'éclatement de la Yougoslavie. Les dégâts causés aux conscrits alors adolescents, dont la jeunesse a été sacrifiée sur l'autel du nationalisme, figurent rarement dans les conversations nationales. C'est peut-être parce que beaucoup d'architectes de ces guerres et de leurs descendants directs sont encore aujourd’hui puissants.

Bahrudin Kaletović a combattu du côté yougoslave (JNA) dans la « guerre de dix jours » qui a consacré la sécession slovène de la fédération yougoslave. Cela a entraîné la mort de 44 soldats de la JNA et de 19 membres de la Défense territoriale et de la police slovènes, ainsi que de 19 civils. Près de 5 000 militaires de la JNA ont été capturés [en] par les forces slovènes, pour la plupart des conscrits qui se sont rendus en masse parce qu'ils ne voulaient pas se battre.

Ce schéma a été répété lors des guerres suivantes en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, lorsque des conscrits, officiers et cadets macédoniens se sont rendus aux forces locales avant d'entreprendre un voyage à haut risque pour rentrer chez eux via des itinéraires patrouillés par la JNA et la police serbe, ou bien en les contournant via la Hongrie et d'autres pays voisins.

L’interview de Bahrudin Kaletović a de nouveau été publiée sur YouTube par le service serbe de vérification des faits Istinomer en 2011, dans le cadre d'un reportage marquant les 20 ans [sr] depuis le début de la guerre. Ce reportage décrit les origines des manifestations [en] à l'échelle de la fédération dirigées par les mères des conscrits, y compris un incident au cours duquel les parents ont « occupé » le Parlement serbe pendant une journée, avant de se rendre [en] en Slovénie pour poursuivre les manifestations.

Alors que les paroles du jeune soldat restent indélébiles dans l'histoire des guerres yougoslaves, peu de personnes en dehors de la Bosnie-Herzégovine moderne savaient ce qui lui était arrivé par la suite.

Comme l'a révélé le journaliste Dragan Bursać dans son article :

Bahrudin a survécu à la guerre et à tous ses pièges, a survécu en prisonnier de guerre à deux reprises, il a survécu à la ligne de front, mais il y a 21 ans, il est décédé dans un accident de la route, alors qu'il rentrait chez lui à Tuzla. Il voyageait pour rendre visite à sa famille et à son fils nouveau-né.

Vous trouverez ci-dessous une transcription complète de l'interview légendaire.

Reporter: Šta kaže, jeli znate sve podatke, protiv koga se borite i sve to?
Kaletović: Ma otkud znam. Samo znam da pucaju na nas, ništa više.
Reporter: Ne znate ko puca?
Kaletović: Pucaju teritorijalci. Ko bi drugi?
Reporter: A znate li zbog čega se vodi ovaj rat, ova bitka?
Kaletović: Ma otkud znam… Kolko ja kužim, oni kao hoće da se odcijepljuju, mi im kao ne damo. U stvari mi samo hoćemo da se vratimo u kasarne, ništa više.
Reporter: Šta Vi mislite, šta dalje? Kako dalje? Borite se, ili…
Kaletović: Šta ima da mislim, samo živ da ostanem. Jebem ti sunce… Znaš, care, bio si u vojsci, znaš kako je. Šta ti kaže, radiš. A nijedan oficir nije poginuo, sve moji jarani poginuli….
Reporter: Kolko je tvojih drugova poginulo, znaš li danas?
Kaletović: Danas trojica.
Reporter: Nijedan oficir?
Kaletović: Nijedan oficir…
Reporter: …na vatrenom položaju?
Kaletović: …ma šta ne zna gde mi je glava. Nemam pojma, gde se nalazim, koji je dan, kolko ima… Ja ništa ne znam. Ludnica živa. Nikad u životu, ja da pucam u nekog il neko u mene da puca. Gdje to može? To ne može nikako. Ja ne znam stvarno ovo, samo živ da ostanem molim Boga, ništa više. Samo živ da ostanem, majke mi.
Reporter: Kolko imaš godina?
Kaletović: Devetnaest…
Reporter: Kako se zoveš?
Kaletović: Bahrudin.
Reporter: Koliko je poginulo vojnika?
Kaletović: Četvorica svega dosad.
Reporter: Ovdje, na ovom terenu?
Kaletović: Ne ovdje trojica. Jutros trojica poginulo. Dvojica jutros, dvojica. Pa i onaj treći što je bio ranjen – umro. Pa umro! Pa da!
Reporter: Kakvo je stanje u jedinici, kako je?
Kaletović: Šta ja znam… Šta da Vam kažem. Svi molimo Boga da se ovo završi jednom da se vratimo svojim kućama. Ja ne znam … stara sad. Samo staroj da kažem da sam živ i zdrav, ako Bog da da ću se vratiti. Ništa više, eto. Samo to.
Reporter: Želimo ti mnogo sreće.
Kaletović: Hvala! Kažem apelujte preko svih medija, televizije, novina, radija, sve… Da se ovo smiri. Da nas povuku. Oni kažu da mi nećemo da se povučemo. Evo mi ginemo da se povučemo u kasarnu, da se vrate, da nas puste.
Reporter: A gdje je Vaša kasarna?
Kaletović: U Karlovcu.

Journaliste : Que pouvez-vous dire, avez-vous toutes les données, contre qui vous vous battez et tout ça ?
Kaletović : Comment suis-je censé le savoir ? Je sais seulement qu'ils nous tirent dessus, rien de plus.
Journaliste : Vous ne savez pas qui tire ?
Kaletović : Des membres de la Défense territoriale tirent. Qui d'autre ?
Journaliste : Et savez-vous pourquoi cette guerre, pourquoi cette bataille a lieu ?
Kaletović : Comment pourais-je le savoir… Pour autant que je sache, ils essayent de faire sécession, et nous essayons de les arrêter. En fait, la seule chose que nous voulons, c’est retourner dans nos casernes, rien de plus.
Journaliste : Que pensez-vous, et ensuite ? Et ensuite ? Tu te battrais, ou…
Kaletović : Je n'ai rien à penser, mais seulement à rester en vie. Et puis merde… Vous connaissez le truc, mec, vous avez été dans l'armée, vous savez comment c'est. Vous devez faire ce qu'on vous dit. Aucun officier n'est mort, seulement mes amis…
Journaliste : Combien de vos camarades sont morts aujourd'hui, savez-vous ?
Kaletović : Trois aujourd'hui.
Journaliste : Et pas d'officiers ?
Kaletović : Aucun officier…
Journaliste : …dans la ligne de feu ?
Kaletović : …Comment savoir, je ne sais pas où est ma tête. Je n'ai aucune idée, je ne sais pas où je suis, ni quel jour on est, combien… je ne sais rien. Maison de fous totale. Jamais de ma vie [je n'ai imaginé] tirer sur quelqu'un ou que quelqu'un me tirerait dessus. Comment cela est-il possible ? Ce n'est pas vrai. Je n'ai vraiment aucune certitude sur ce qui se passe, je prie simplement Dieu de rester en vie, rien de plus. Juste pour rester en vie, je jure sur la vie de ma mère.
Journaliste : Quel âge avez-vous ?
Kaletović : Dix-neuf…
Journaliste : Quel est votre nom ?
Kaletović : Bahrudin.
Journaliste : Combien de soldats sont morts ?
Kaletović : Jusqu'à présent, quatre au total.
Journaliste : Ici, dans cette zone ?
Kaletović : Non, ici trois. Ce matin, nous avons eu trois morts. Deux ont été abattus ce matin, deux. Et puis, le gars qui a été blessé, il est aussi mort. Oui, mort ! Pour sûr !
Journaliste : Quelle est la situation dans votre unité ?
Kaletović : Je n'en ai aucune idée… Que vous dire ? Nous prions tous juste Dieu pour que cela se termine enfin afin que nous puissions retourner chez nous. Je ne sais pas… ma maman. Juste pour dire à ma mère que je vais bien et que si Dieu le veut, je reviendrai. Rien de plus. Juste ça.
Journaliste : Nous vous souhaitons bonne chance.
Kaletović : Merci ! Je vous le dis, faites appel à tous les médias, à la télévision, aux journaux, à la radio, tous… Pour calmer la situation. Pour nous retirer d'ici. Ils disent que nous refusons de démissionner. Ici, nous mourons d'envie de nous retirer dans nos casernes, d'être renvoyés [à la base], d'être libérés.
Journaliste : Et où sont vos casernes ?
Kaletović : À Karlovac [Croatie].

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Inde : sensibilisation à la condition des Dalits avec #DalitLivesMatterhttps://fr.globalvoices.org/?p=253492http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200708_092633_Inde___sensibilisation_a_la_condition_des_Dalits_avec__DalitLivesMatterWed, 08 Jul 2020 07:26:33 +0000Les Dalits restent tributaires de mœurs sociales entérinant leur “infériorité”.

Des hommes et des femmes se réunissent tous ensemble, assis les uns à côté des autres. Les sari et autres foulards protègent du soleil. La scène se passe à l'extérieur.

Les Dalits se mobilisent en faveur du droit à la terre en 2013. Les Dalits se font souvent escroquer par des propriétaires terriens de caste supérieure. Image via Flickr d’Action Aid India, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

À la manière de #BlackLivesMatter, les Indien·ne·s tentent de sensibiliser leurs concitoyen·ne·s grâce à l'action des médias sociaux autour de #DalitLivesMatter.

Ce hashtag a été utilisé pour la première fois en novembre 2014, peu de temps après que #BlackLivesMatter ne soit devenu incontournable. Cependant, depuis mai 2020, #DalitLivesMatter a suscité plus de réactions que pendant toute l'année 2019 (les réactions sont mesurées en fonction du nombre de messages ayant reçu 10 réponses ou plus, de messages similaires et, enfin, du nombre de retweets).

Le combat contre la subordination systémique et sociale des Afro-Américains a longtemps trouvé un écho auprès des Dalits, personnes issues de castes inférieures [fr] considérées et traitées comme « intouchables » en Inde. C'est en 1972 que se crée le groupe des Dalit Panthers, qui s'inspire de l'activisme social du Black Panther Party [fr].

Traditionnellement, en Inde, les Dalits se voient exclu·e·s de l'éducation, de la propriété foncière et de l'emploi. Bien que la constitution indienne bannisse la discrimination fondée sur la caste, les pratiques concernant le statut d'intouchable persistent chez plus de la moitié des familles de la classe supérieure. Les infractions mineures perpétrées par les Dalits sont passibles de sanctions allant de l’humiliation à la mort.

Dans un article paru en 2020 dans le Journal of Business Ethics, et intitulé Comprendre les inégalités économiques à travers le prisme des castes, les auteur·e·s Hari Bapuji et Snehanjali Chrispal constatent :

the caste system influences every aspect of socioeconomic life in the Indian subcontinent and elsewhere, through prescriptions that prohibit and restrict actors in particular social arrangements….maintains socioeconomic inequalities through everyday practices and habits, such as last names, food habits, clothing styles, ceremonies, rituals and relationships.

En outre, le système des castes affecte tous les aspects de la vie socio-économique dans le sous-continent indien et ailleurs, au travers de réglementations prohibant et bridant les acteurs selon des modalités sociales particulières…. il maintient les inégalités socio-économiques au moyen de pratiques et de coutumes quotidiennes, tels que les noms de famille, les habitudes alimentaires, les styles vestimentaires, les cérémonies, les rituels et les relations.

En cas de discrimination, les Dalits ne disposent que de peu de recours. De nombreux témoignages démontrent que la police a un parti pris vis-à-vis des personnes dont l'appartenance à certaines castes est visible.

Un jeune Dalit a été assassiné par des garçons de familles de caste supérieure, pour avoir prié dans un temple à Amroha, dans l'État d'Uttar Pradesh. Mais la police dément ce fait, arguant que ce meurtre est le résultat d'une “bagarre” entre garçons. Voilà le mode de fonctionnement historique des castes en Inde, et il est toujours en vigueur aujourd'hui.
— The Dalit Voice (@ambedkariteIND)

[image] L'image, sur deux plans, montre un jeune garçon mort, enveloppé dans un sac en plastique et recouvert d'un linceul blanc. Des personnes prennent soin de lui et sont autour de lui. De larges feuilles vertes sont posées sur le corps du jeune garçon.

Ces faits divers sont corroborés dans un rapport [pdf], publié en 2019 par l'organisation à but non lucratif Common Cause et le Centre d'étude des sociétés en développement (Center for Study of Developing Societies), qui examine les préjugés de la police en Inde. Le rapport a constaté que 50 % des effectifs de police considèrent comme mensongères ou disproportionnées les atrocités commises à l'encontre des Dalits.

Selon un rapport de la Convention des Nations unies contre la torture [pdf], la partialité de la police se traduit sur le terrain par le fait que plus de la moitié des prisonniers indiens appartiennent à des groupes marginalisés et sont plus susceptibles que les autres de mourir en détention.

En 2019, 1 731 personnes ont trouvé la mort en détention en Inde, soit près de cinq décès par jour. La majeure partie des victimes sont issues des communautés pauvres et marginalisées, notamment les Dalits, les peuples autochtones et les musulmans.
— Apurv Jyoti Kurudgikar (@ApurvKurudgikar)

En raison du manque de protection policière, les Dalits restent à la merci des mœurs sociales anciennes selon lesquelles ils seraient « des inférieurs » et se situeraient au bas de l'échelle d'un système socio-économique stratifié.

La fille d'Ashok Paswan, Jyoti Kumari, est allée près du manguier situé derrière la maison voisine. Arjun Mishra a aperçu cette fille Dalit alors qu'elle coupait une mangue, il l'a alors attrapée puis assassinée avec une pierre.
Au Bihar, la terreur des plaignants brahmanes ne cesse de progresser.
— Apurv Jyoti Kurudgikar (@ApurvKurudgikar)

[image] Gros plan sur le visage d'une jeune fille tuée à coups de pierre. Elle est étendue sur l'herbe. Le cou de la victime porte une blessure et ses yeux sont moirés. La victime porte un haut à fleurs.

L'épidémie de coronavirus a accentué ces difficultés pour les Dalits qui vivent dans un environnement surpeuplé et disposent d'un accès insuffisant aux services médicaux. Outre l'aggravation de leur marginalisation, la violence à leur égard s'est intensifiée.

On a reproché aux Indien·ne·s en faveur de #BlackLivesMatter de soutenir les luttes des Afro-Américain·s tout en se faisant les complices de la subordination de leurs compatriotes.

Si l'on ne parle pas des atrocités que subissent les Dalits, le soutien des Indien·ne·s envers #BlackLivesMatter est vide de sens et absolument sans intérêt. Nous ne parlons pas suffisamment de ce sujet.
— V (@ivivek_nambiar)

[description vidéo] Des hommes défilent sur un chemin. Ils ont été tondus et portent leurs chaussures autour de leur cou. La vidéo est floue mais on devine que les hommes ont été battus.

Les Indien·ne·s ayant une forte conscience sociale combattent la sujétion des Dalits au moyen de programmes sur le long terme, tels que l'encouragement à la création d'entreprise et le développement de l’éducation. Comme le disait le docteur Bhim Rao Ambedkar [fr], visionnaire Dalit, la réforme sociale sera difficile, mais elle n'est pas impossible.

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Des emojis ouïghours pour diffuser un message de résistance culturelle sur les médias sociauxhttps://fr.globalvoices.org/?p=253424http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200707_142824_Des_emojis_ouighours_pour_diffuser_un_message_de_resistance_culturelle_sur_les_medias_sociauxTue, 07 Jul 2020 12:28:24 +0000Cette initiative provient de la diaspora ouïghoure de Russie.

L'émoji représente un homme aux cheveux bruns avec une barbichette brune, portant un coeur rouge entre ses mains. Il est lui même intégré dans le symbole d'un coeur rouge.

Voici l'un des emojis représentant un homme ouïghour en vêtements traditionnels. Illustration reproduite avec autorisation.

Des emojis représentant des personnages et la culture ouïghoures, sont désormais proposés sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram, à l'initiative de la diaspora ouïghoure dans les pays russophones, qui entend renforcer sa visibilité.

Tandis que les Ouïghour·e·s installé·e·s en Chine vivent des agressions sans précédent à l'encontre de leurs droits humains les plus fondamentaux, la diaspora ouïghoure des pays russophones (environ 350 000 personnes, principalement au Kazakhstan, au Kirghizstan, en Russie et en Ouzbékistan) bénéficie d'une liberté d'expression sensiblement plus grande et peut plaider pour la défense de ses droits. Une association, baptisée Biz Uyghurlar (Nous sommes ouïghours), établie en Russie, diffuse des informations sur la politique, l'histoire et la culture ouïghoures, essentiellement en russe, sur son site web [ru]. Fin juin, le groupe a aussi lancé une campagne de promotion en ligne, pour accroître la visibilité de la communauté grâce à une série de stickers pour l'application Telegram, particulièrement appréciée dans l'espace post-soviétique. Dans le but de mieux comprendre les motivations de la diaspora ouïghoure de Russie à interagir avec les médias sociaux, Global Voices s'est entretenu avec Regina Uygur, coordinatrice du projet aux côtés de Biz Uyghurlar.

Ce qui suit est une version abrégée de l'entretien.

Homme ouïghour jouant l'un des instruments nationaux, le dutar (دۇتتار, en ouïgour). Illustration reproduite avec autorisation.

Filip Noubel (FN) : Comment est née l'idée de fabriquer des stickers Telegram rendant hommage au peuple et à la culture ouïghoures ? 

Регина Уйгур (РУ) Эта идея пришла к нам очень давно, мы просто продумывали как её реализовать. Во-первых, хотелось открыть пользователям богатую уйгурскую культуру, во-вторых привнести и некоторый социальный посыл. Сегодня, когда на нашей исторической Родине уйгуры подвергаются геноциду, а уйгуры в СНГ чувствуют давление и дискриминацию, мы надеемся, что наши стикеры наполнят сердца уйгуров надеждой и гордостью за культуру и историю своего народа. Мы хотим, чтобы и другие пользователи, увидев наши стикеры или пользуясь ими, заинтересовались нашей культурой. Именно отсутствие стикеров с уйгурской тематикой и подвигло нас разработать их. Нам всегда хотелось чтобы уйгурские пользователи русскоязычных платформ могли делиться с другими частичками своей культуры.

Regina Uygur (RU) : Notre idée initiale a germé il y a longtemps, nous avions juste besoin de temps pour la développer. Notre premier objectif consiste à faire découvrir la riche culture ouïghoure aux internautes. Notre second objectif vise à transmettre un message social spécifique, car aujourd'hui, dans notre patrie historique, les Ouïghours subissent un génocide, tandis que ceux vivant dans les États post-soviétiques sont victimes de pressions et de discriminations. Ainsi, nous espérons que nos stickers sauront remplir le cœur des Ouïghour·e·s d'espoir et de fierté à l'égard de leur culture et de leur histoire. Nous souhaitons vivement que d'autres utilisateur·ice·s les découvrent, les utilisent et se familiarisent avec notre culture. Notre motivation réside dans le fait que rien de tel n'existe. Nous avons toujours désiré que les Ouïghour·e·s utilisant les plateformes en ligne de langue russe partagent des aspects de leur culture avec les autres.

L'homme semble se délecter du plat, qu'il mange avec des baguettes. ll a la bouche pleine et le visage détendu.

Homme ouïghour consommant une assiette de lagman [en]. Illustration reproduite avec autorisation.

FN : Avez-vous une estimation du nombre de personnes les ayant téléchargés ? 

РУ На сегодняшний день (30 июня) стикеры скачало 437 человек, они были использованы 1028 раз.Они доступны с 26 ого июня, но разработаны они были гораздо раньше. Мы хотели одновременно разместить их на разных платформах, но потом решили запустить сначала в Телеграмме и услышать отзывы пользователей. Если нас попросят добавить определенные эмоции, костюмы и тд, то мы будем добавлять, а потом уже загружать стикерпак на другие платформы.

RU : En date du 30 juin, 437 personnes ont téléchargé nos stickers et ceux-ci ont été utilisés 1 028 fois. Ils sont disponibles depuis le 26 juin, mais étaient prêts bien avant. Nous voulions les proposer sur différentes plateformes, mais nous avons finalement décidé de les lancer d'abord sur Telegram, et d'obtenir ainsi les impressions des utilisateur·ice·s. Si les gens veulent que nous ajoutions des émotions spécifiques, des vêtements traditionnels, ou autres choses, nous le ferons, et plus tard nous envisageons de les rendre accessibles sur d'autres plates-formes.

Au-dessus du bol de thé, une bannière rouge proclame : "Etkenchay time".

Image du thé au lait ouïgour et d'un morceau de nan, pain traditionnel. Illustration reproduite avec autorisation.

FN : Comment les avez-vous créés et selon quels critères ? 

РУ Над стикерами работала многонациональная группа художников. Разработка проекта началась с определения эмоциональных типажей и бытовых ситуаций знакомых уйгурам: веселый, бунтарский, довольный, удивленный, влюбленный. Идеи разрабатывала Регина Уйгур, а реализовывали их уже художники. Далее это все обсуждалось и редактировалось. На самом деле чтобы разработать уйгурские стикеры, нам пришлось подробно изучить историю и все тонкости нашей культуры. За богатую многовековую историю уйгуров образ национального костюма постоянно менялся, отражая черты той или иной местности. Каждый город на нашей исторической Родине знаменит уникальным национальным нарядом. Поэтому разрабатывая наши стикеры мы хотели передать не только определенную эмоцию, но и отразить всё разнообразие национального колорита. Именно по этой причине у персонажей меняются головные уборы и костюмы. Еще мы хотели передать интересные моменты уйгурского быта: нашу любовь к чаю с молоком (Əткян чай) и лагману, популярную в прошлом веке соколиную охоту, наш музыкальный талант и тд. Мы постепенно будем пополнять коллекцию по мере появления отзывов от пользователей.

RU : Des artistes de diverses ethnies ont travaillé en équipe. Le processus a débuté avec la sélection des émotions et des situations de la vie quotidienne familières aux Ouïghour·e·s : heureux, rebelle, satisfait, surpris, amoureux. J'ai élaboré ces suggestions, puis les artistes les ont transformées en dessins. Ensuite, ils ont été analysés puis remaniés. En fait, une connaissance très détaillée de l'histoire ouïghoure et de toutes les nuances de notre culture a permis la réalisation de ces stickers. Tout au long de notre histoire, certains détails de nos costumes nationaux ont fréquemment été modifiés, reflétant ainsi les spécificités des régions. Voilà pourquoi, lorsque nous avons conçu nos stickers, notre objectif était de présenter non seulement des émotions, mais aussi toutes les déclinaisons de notre ethnicité. Pour cette raison, nos modèles portent des chapeaux et des vêtements différents. Nous souhaitions également évoquer des aspects attrayants de nos traditions : notre amour du thé au lait (Əткян чай), et du lagman [en], nos fameuses nouilles faites à la main, la chasse à l'aigle, populaire au siècle dernier, notre don pour la musique, et plus encore. Nous élargirons notre collection au fur et à mesure des commentaires des utilisateur·ice·s.

Femme ouïghoure coiffée d'un chapeau traditionnel, appelé doppa (دوپپا en ouïghour). Son bras porte l'inscription “Qizlar küchlük”, signifiant “Le pouvoir des filles”. Illustration reproduite avec autorisation.

FN : Sur quoi portent votre projet et votre site web ? 

РУ Этот проект был изначально создан в далеком 2015 году в виде групп в социальных сетях, как эксперимент. Дело в том, что мы, русскоязычные Уйгуры СНГ все знаем нашу великую историю, поддерживаем нашу богатую культуру и чтим древние традиции. Но к сожалению, политические обстоятельства сложились таким образом, что мы были информационно оторваны от нашей исторической Родины. Нам были доступны только новости западных СМИ связанных с политикой и ущемлениями прав человека в Синьцзянском-Уйгурском Автономном Районе. В 2015 было очень мало сайтов которые бы регулярно публиковали интересный контент связанный с интересными личностями и событиями в Уйгурской Автономии.

Поэтому в 2015-2016 годах мы сделали упор именно на этот контент, практически не затрагивая политику, которой, итак, было много на других ресурсах. Эта инициатива вызвала позитивный отклик и нам удалось развить проект благодаря активной поддержке наших подписчиков.

Ситуация изменилась в 2017, когда стало известно о новом секретаре Компартии  в Синьцзяне, Чэнь Цюаньго который проводит «репрессивную кампанию» против уйгуров, направленную на полное уничтожение уйгурской национальной идентичности. А потом стало известно и о проблемах уйгурских общин в Средней Азии, которые тоже страдают из-за китайского влияния.

Мы не стали ломаться под вездесущей цензурой, которая так душит уйгуров как в Китае так и в СНГ, и начали переводить и публиковать материалы связанные с нарушениями прав человека.

RU : Cette initiative a débuté sous une forme expérimentale en 2015, au sein d'un groupe sur les médias sociaux. La réalité est que nous, Ouïghour·e·s russophones des États post-soviétiques, connaissons notre longue histoire, nous nous impliquons dans la richesse de notre culture et saluons nos traditions anciennes. Cependant, la situation politique est si grave que nous sommes séparé·e·s des flux d'information relatifs à notre pays. Nous ne pouvons accéder aux informations sur les violations des droits humains dans le Xinjiang autrement que par le biais des médias occidentaux. En 2015, très peu de sites affichaient des informations pertinentes sur les personnalités et les événements survenant dans la région du Xinjiang.

C'est pourquoi, en 2015-2016, nous avons choisi de nous concentrer sur cette thématique, sans aborder la politique, qui était déjà traitée sur tant de sites. Cette initiative a été bien accueillie et nous a permis de concrétiser notre projet avec le soutien actif de notre lectorat. En 2017, la donne a changé lorsque le nouveau chef du Parti au Xinjiang, Chen Quanguo, est arrivé et a entamé sa campagne répressive de destruction de l'identité nationale ouïghoure. Ensuite, nous avons appris que la Chine exerçait des pressions sur les communautés ouïghoures d'Asie centrale. Nous avons alors décidé de faire fi de la censure, qui étouffe les Ouïghour·e·s en Chine et dans les États post-soviétiques, et nous avons entrepris la traduction et la publication de contenus relatifs aux violations des droits humains. 

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L'art de rue dans les manifestations à Tripoli : une interview avec l'artiste libanaise Batool Jacobhttps://fr.globalvoices.org/?p=253468http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200707_102803_L_art_de_rue_dans_les_manifestations_a_Tripoli___une_interview_avec_l_artiste_libanaise_Batool_JacobTue, 07 Jul 2020 08:28:03 +0000L'art de rue permet de garder une trace des revendications

Batool Jacob, assise sur des marches en ciment apparent, tient un grand cadre photo où l'on voit un oeil en gros plan et en noir et blanc.

Batool Jacob. Photo tirée de son compte Instagram, utilisée avec permission.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Depuis le début des manifestations contre le gouvernement libanais, le 17 octobre 2019, l'art de la rue est devenu une autre forme de protestation. L'artiste et activiste Batool Jacob, avec un groupe d'artistes de Tripoli, a amené ses œuvres dans les rues pendant que l'art urbain se répandait sur les murs à l'unisson des voix de la contestation dans les villes.

En octobre dernier, lorsque le gouvernement libanais a voulu mettre en place une taxe sur le service d'appel WhatsApp et d'autres plateformes de médias sociaux, des milliers de Libanais·es sont sorti·e·s pour protester dans différentes villes. Pour elles et eux, cette nouvelle mesure a touché de manière disproportionnée la majorité pauvre. Bien que le gouvernement ait retiré cette mesure, les protestations se sont poursuivies, dénonçant la corruption politique, le système sectaire [es] qui établit des quotas fixes pour les sièges en fonction de la religion, la crise économique, ainsi que la défense des droits des femmes et des groupes minoritaires, y compris les Syriens. Le gouvernement est tombé le 29 octobre, mais lorsqu'un nouveau gouvernement a été établi en janvier 2020, il a été accueilli par de nouvelles manifestations [es]. Depuis le début de ce mouvement, le gouvernement a détenu plus de 450 personnes, dont plusieurs ont déclaré avoir été torturées.

La ville de Tripoli et sa zone nord, où vit une population majoritairement musulmane, ont joué un rôle central dans les manifestations. Auparavant, ces zones manquaient de couverture médiatique. Les manifestations de Tripoli ont donc contribué à effacer les stéréotypes liés à la pauvreté et ont plutôt mis en avant les artistes, les porte-paroles, les jeunes et l'unité de la communauté.

Dans ce contexte, Marta Closa Valero, rédactrice pour Global Voices, a interviewé Batool Jacob, une artiste autodidacte de Tripoli qui a peint du street-art pendant les manifestations de 2019, et continue maintenant à réaliser des œuvres d'art depuis chez elle, tandis que le pays commence à assouplir le confinement dû à la COVID-19.

Marta Closa Valero (MCV) : On trouve de nombreuses œuvres réalisées par des artistes libanais·es sur les médias sociaux liés aux manifestations, comme l'espace culturel « Art of change » à Beyrouth. Vous avez fait un travail similaire à Tripoli, comment ce mouvement a-t-il émergé ? 

Batool Jacob: Street art is a new technique for me, the first job I did was in January together with my friends Ghiath Al Robih  a Syrian Palestinian artist living in Tripoli, and Nagham Abboud, also a Tripoli artist. It's interesting because its the first time in the city that a group of artists have come together for a common cause, to show the revolution and to fight for freedom of expression. Before, each area had its own art exhibitions but there wasn't unity.

Batool Jacob (BJ) : Le street art est une nouvelle technique pour moi, le premier travail que j'ai fait était en janvier avec mes amis Ghiath Al Robih [ar], un artiste palestinien syrien qui habite à Tripoli, et Nagham Abboud, également une artiste de Tripoli. C'est intéressant parce que c'est la première fois dans la ville qu'un groupe d'artistes se réunit pour une cause commune, pour montrer la révolution et lutter pour la liberté d'expression. Avant, chaque quartier avait ses propres expositions d'art mais il n'y avait pas d'unité.

Batool Jacob réalise une peinture sur le sol avec son groupe. Derrière, on aperçoit les hauts immeubles de Tripoli.

“La chute de la Lira”, par Batool Jacob, Ghiath Al Robih et Nagham Abboud. Photo de Joao Sousa, utilisée avec autorisation.

MCV : Quel était le motif pour faire la première œuvre d'art ensemble ? Que vouliez-vous montrer ?

BJ: The work was mostly Ghiath's idea. It consisted of a 3D painting on the ground in the square of the Tripoli revolution. We represented the Lebanese pound falling into the abyss. It is a simple way of portraying what we were living through in real time, we were losing the value of state currency without the government doing anything to save the situation.

BJ : Le travail était avant tout l'idée de Ghiath. Elle consistait en une œuvre en 3D sur le sol de la place de la révolution de Tripoli. Nous représentions la livre libanaise tombant dans l'abîme. C'est une façon simple de représenter ce que nous vivions en temps réel, nous perdions la valeur de la devise nationale [es] sans que le gouvernement ne fasse rien pour sauver la situation.

MCV : Individuellement et en groupe, quels sont les principaux thèmes que vous souhaitez transmettre à travers votre travail ? 

BJ: Our main topic is the revolution, to show how people are oppressed and the harsh conditions that we live in, the Lebanese government does not provide us with basic rights. For this reason, as artists we are looking to do something that cannot be underestimated, that is, we want to put on record the demands of the protests and ensure that our voices are heard. We don't want to lose our right to express ourselves, we have a responsibility to do everything that we can to express our message.

BJ : Notre sujet principal est la révolution, pour montrer comment les gens sont opprimés et les conditions difficiles dans lesquelles nous vivons. Le gouvernement libanais ne nous accorde pas les droits fondamentaux. C'est pourquoi, en tant qu'artistes, nous cherchons à faire quelque chose qui ne peut pas être sous-estimé, c'est-à-dire que nous voulons garder une trace des revendications portées lors des manifestations et assurer que nos voix soient entendues. Nous ne voulons pas perdre notre droit de nous exprimer, nous avons la responsabilité de faire tout ce que nous pouvons pour exprimer notre message.

Batool entrain de peindre  en extérieur. La toile représente un vieil homme de profil et un billet de livre libanaise.

Photo par @pixmotion via le compte Instagram de Batool Jacob, utilisée avec permission.

MCV : Considérant que la rue est un espace masculinisé, avez-vous déjà ressenti qu'il est plus difficile de faire de l'art de rue en tant que femme ?

BJ: Being a woman and wanting to make street art or any other artistic discipline that involves performing on the street is more difficult for a woman. In Lebanese society there are different mentalities, and oppression towards women does exist. Society thinks of women as being confined to the home, cooking and taking care of children. In this way our outlook diminishes considerably. It is this mentality that does not accept a woman on the street painting or performing other forms of art, such as dance. As a woman you are allowed to make art at home and then take it to a gallery, since it does not carry negative consequences because there is no public display. However, when it translates into street art, there is a public exhibition and then you can find yourself in negative situations, with lewd eyes, intimidation and people with a bad opinion of you. This leads many women to not make the leap to street art. Despite these aspects, I would like to give courage to all Lebanese women to take to the streets and carry their skills with them.

BJ : Être une femme et vouloir faire de l'art de rue ou toute autre discipline artistique qui implique de se produire dans la rue est plus difficile pour une femme. Dans la société libanaise, il y a différentes mentalités et l'oppression envers les femmes existe bel et bien. La société considère que les femmes sont confinées à la maison, à la cuisine et à la garde des enfants. Ainsi, notre vision des choses diminue considérablement. C'est cette mentalité qui n'accepte pas qu'une femme peigne dans la rue ou pratique d'autres formes d'art, comme la danse. En tant que femme, vous avez le droit de faire de l'art à la maison et de l'amener ensuite dans une galerie, car cela n'a pas de conséquences négatives puisqu'il n'y a pas d'exposition publique. Cependant, lorsque cela se traduit par de l'art de rue, il y a une exposition publique et vous pouvez alors vous retrouver dans des situations négatives, avec des yeux lubriques, de l'intimidation et des gens qui ont une mauvaise opinion de vous. Cela conduit de nombreuses femmes à ne pas faire le saut vers l'art de rue. Malgré ces aspects, je voudrais donner du courage à toutes les femmes libanaises pour aller dans la rue et porter leurs compétences avec elles.

Un triptypique sur fond blanc : une main tient un revolver, une femme crie, des pétales rouges symbolisent l'éclat de sang.

Photo tirée du compte Instagram de Batool Jacob, utilisée avec permission.

MCV : Ces dernières semaines ont vu de nouvelles manifestations à Tripoli. Quel était le motif de ces manifestations et quelle est votre position en tant qu'artiste et activiste? 

BJ: The latest protests have emerged as a result of the rapid increase in the cost of living, the prices of basic products have increased a lot. People no longer have anything to lose, so they are projecting their anger towards the banks, since they are at the top of the institutions that rob the citizens. Personally, I do not think that this reaction is favorable to recover our money. I do believe in the union of the entire Lebanese population to put pressure on the government and to stifle this chaos.

BJ : Les dernières manifestations sont apparues suite à l'augmentation rapide du coût de la vie : les prix des produits de première nécessité ont beaucoup augmenté. Les gens n'ont plus rien à perdre, alors ils projettent leur colère sur les banques, puisqu'elles sont au sommet des institutions qui volent les citoyens. Personnellement, je ne pense pas que cette réaction soit vraiment propice à récupérer notre argent. Je crois en l'union de toute la population libanaise pour faire pression sur le gouvernement et pour étouffer ce chaos.

Une jeune femme se tient les yeux baissés près d'un tableau où une petite fille s'enveloppe du drapeau libanais, l'air désespéré.

Photo par @ahmed_photo86 via le compte Instagram de Batool Jacob, utilisée avec permission.

MCV : Au vu de la situation actuelle au Liban, comment envisagez-vous l'avenir ? 

BJ: The current situation does not make me feel good for the future. I want to have hope but reality shows us that the situation is getting worse. The surge of COVID-19 cases and the lack of preventative measures on the part of the people can make the situation even worse. Despite this, I wish Lebanon freedom and stability, with my art I will continue to do as much as I can to help raise awareness and transmit the messages of our protests.

BJ : La situation actuelle ne me donne pas un bon sentiment pour l'avenir. Je veux avoir de l'espoir mais la réalité nous montre que la situation empire. L'augmentation des cas de COVID-19 et le manque de mesures de prévention de la part de la population peuvent aggraver la situation. Malgré cela, je souhaite au Liban la liberté et la stabilité. Avec mon art, je continuerai à faire tout ce que je peux pour aider à sensibiliser et à transmettre les messages de nos protestations.

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Taïwan : quelle est la prochaine étape après la destitution d'un maire pro-Beijing par référendum révocatoire ?https://fr.globalvoices.org/?p=253252http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200706_160515_Taiwan___quelle_est_la_prochaine_etape_apres_la_destitution_d_un_maire_pro-Beijing_par_referendum_revocatoire__Mon, 06 Jul 2020 14:05:15 +0000Les politiciens favorables au continent de moins en moins éligibles

Une foule dense est réunie de nuit pour demander la destitution du maire Han Kuoyu à Kaohsiung, Taïwan.

Rassemblement pour la campagne de révocation de Han Kuo-yu le 5 juin 2020. Photo de We Care Kaohsiung.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Un politicien prometteur et ancien candidat à la présidence, qui a favorisé des relations plus solides avec Beijing, a été révoqué de sa position de maire de la deuxième ville de Taïwan, créant une nouvelle source d'irritation dans un contexte de relations tendues avec la Chine.

Il convient de noter que c'est la première fois qu'un maire est destitué par un référendum de révocation avant la fin de son mandat. Le référendum du 6 juin a servi de prétexte à 939 090 électeur·rice·s pour voter en faveur de la destitution de Han Kuo-yu, et seulement 25 051 ont voté contre.

Conformément à la loi taïwanaise — réformée en 2016 –, pour que la révocation soit acceptée, il faut que plus d'un quart des quelque 2,3 millions d'électeur·rice·s de Kaohsiung approuve cette procédure, et que le nombre de voix en faveur de la révocation soit supérieur à celui des votes contraires.

Selon Han Kuoyu, la campagne de révocation serait une campagne de diffamation à l'échelle nationale organisée par le Parti progressiste démocratique (DPP) majoritaire, dont la candidate Tsai Ing-wen a battu Han Kuoyu aux élections présidentielles de janvier.

Ascension et chute d'un ami de la Chine

Han Kuoyu a remporté les élections municipales de Kaohsiung en 2018 avec 892 545 voix. Le sud de la cité est considéré comme « vert foncé » — ses habitant·e·s ont voté en faveur du Parti progressiste démocratique pro-indépendance pendant 20 ans avant son élection.

La campagne de révocation a été menée par un certain nombre de petits partis politiques. We Care Kaohsiung, l'un des groupes majeurs de citoyen·ne·s impliqué·e·s dans la campagne, a accusé Han Kuoyu d'avoir déçu les résident·e·s de Kaohsiung en se présentant à la présidence plutôt que de tenir ses promesses de résoudre les problèmes de la ville.

Le programme politique de Han Kuoyu est axé principalement sur la prospérité économique et il envisage une coopération économique et politique plus étroite avec la Chine comme la voie unique pour atteindre cet objectif.

En 2018, son slogan pour les élections était « Les marchandises partent. Les gens viennent. Kaohsiung fait de gros profits » (貨出得去,人進得來,高雄發大財). L'objectif était d'intensifier les exportations en direction de la Chine et d'attirer plus de touristes du continent.

Mais l'économie de Kaohsiung n'a pas prospéré alors qu'il a concentré son énergie sur les élections présidentielles de 2020, portant préjudice à sa popularité au niveau local.

Son slogan de campagne pour les élections nationales était « Sécurité pour Taïwan. Des fonds pour le peuple »(台灣安全 人民有錢), sous-entendant que la sécurité et la prospérité nationales de Taïwan dépendaient de ses relations avec la Chine.

La campagne a manqué son but et Tsai Ing-wen a remporté une victoire écrasante [fr].

La défaite de Han Kuoyu au niveau national et local indique les limites des plateformes pro-Beijing dans le contexte actuel de Taïwan.

Les groupes indépendantistes ont accusé Han Kuoyu d'être soutenu par le Parti communiste chinois (PCC). Han Kuoyu a soutenu publiquement le consensus de 1992, un accord signé entre le parti Kuomingtang (KTM) alors au pouvoir et la Chine, dont le principe était « une Chine à multiples interprétations ».

Cependant, en janvier 2019, le leader chinois Xi Jinping est allé plus loin, en amorçant une mouvement [fr] vers l'adhésion de Taïwan au principe « Un pays deux systèmes » dans l'esprit de Hong Kong.

Mais la confusion qui a suivi – déclenchée par les efforts de la Chine pour faire adopter en force une loi d'extradition par ses mandataires au sein du conseil législatif de Hong Kong — a convaincu de nombreux Taïwanais que « Un pays deux systèmes » ne correspondait pas à la réalité.

Chen Yichi, président du Parti pour la construction de l'État de Taïwan, un parti politique en faveur de l'indépendance de Taïwan qui a été un élément moteur lors de la campagne de révocation, a célébré [zh] le succès de la campagne sur Facebook.

韓國瑜罷掉所釋放的國際政治訊息就是,台灣人民向中國說不,讓習近平難堪,挺香港。…💥 內除中共代理人跟滲透,真的是我們要認真實踐的事情啊!

Le message international de la destitution réussie de Han Kuoyu, c'est que le peuple taïwanais a dit non à la Chine, a embarrassé Xi Jinping et a exprimé son soutien à Hong Kong… Nous devons être sérieux et agir en vue de contrer l'infiltration des agents du PCC à Taïwan.

Crise politique au sein de l'ancien parti au pouvoir

Le vote sans appel en soutien à la destitution de Han Kuoyu porte un sérieux coup au KTM qui considérait le politicien porté sur les affaires comme un sauveur  (一人救全黨) et s'était mobilisé autour de lui [zh].

Hung Hsiu-chu, une figure de proue au KTM, s'est joint [zh] à la critique du vote émise par Han Kuoyu et a attaqué le DPP au pouvoir pour son soutien à la campagne.

罷韓程序及過程完全違反了民主的基本原則。執政黨連最基本的行政中立都未遵守、甚至發動綠媒圍剿!根本就是假藉民主之名踐踏民主,製造仇恨對立,已然埋下台灣不公、不義、不安的種子!…無論罷免成功與否,沒有贏家,已是全民皆輸的民主醜聞!民主退步台灣之恥!

La destitution de Han Kuoyu s'oppose au principe de démocratie dans la mesure où le parti au pouvoir n'a pas suivi le principe de neutralité administrative. Il a mobilisé les médias pan-verts pour dénigrer Han Kuoyu. Au nom de la démocratie, il foule aux pieds la démocratie et produit de la haine et de l'antagonisme. Il a semé les graines de l'injustice et de l'instabilité politique dans la ville de Taïwan… Sans tenir compte du résultat, il n'y a pas de vainqueur étant donné qu'il s'agit d'un scandale de démocratie et que tout le monde a perdu. C'est une régression honteuse du développement démocratique à Taïwan.

Mais l'actuel président du KTM Johnny Chiang a adopté une approche différente, en exprimant [zh] son respect pour le choix des électeur·rice·s et en s'excusant auprès des résident·e·s de Kaohsiung de l'incapacité du parti à répondre à leurs attentes.

L'analyste politique axé sur la Chine Alex Payette a prédit une crise au sein du KTM, fondé il y a un siècle et ayant gouverné sans opposition jusqu'à la victoire du DPP aux élections présidentielles [fr] pour la première fois en mars 2000.

La défaite de HanKuoyu #韓國瑜 le 6 juin a déclenché une crise politique au sein du  KMT 國民黨 . On peut observer l'émergence d'un autre parti à Taïwan 台灣, formé par les éléments les plus progressistes du parti nationaliste, alors que l'élite économique taïwanaise attend encore un parti qui adopte une position modérée.

D'autre part, certain·e·s commentateur·rice·s anticipent [zh] le fait que Beijing utilise progressivement des méthodes plus musclées si le KTM décide de renoncer à son principe de « Chine Unique » qu'il défend de longue date.

Kaohsiung doit élire un nouveau maire avant le 12 septembre. Le vice-président du DPP Chen Chi-mai est susceptible d'être présenté pour le scrutin tandis que le KTM n'a pas encore proposé de candidat·e, ni de programme.

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Made in China : les détails impitoyables de la loi sur la sécurité nationale de Hong Konghttps://fr.globalvoices.org/?p=253422http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200706_113734_Made_in_China___les_details_impitoyables_de_la_loi_sur_la_securite_nationale_de_Hong_KongMon, 06 Jul 2020 09:37:34 +0000Un État policier, dystopique, surgit des cendres de ses institutions.

Deux femmes et un homme se tiennent debout, un document entre les mains, avec un air plutôt grave. En arrière plan, une grande affiche de Hong Kong. En gros caractères, en anglais et en chinois, on peut lire "La loi de la République populaire de Chine, sur la garantie du secret national, dans la région administrative spéciale de Hong Kong".

Conférence de presse du gouvernement de Hong Kong sur la loi de sécurité nationale. Image tirée de The Stand News.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Le 30 juin, le texte de la nouvelle loi de sécurité nationale de Hong Kong (HKNSL, acronyme anglais) a été rendu public, pour la première fois, à 23 heures, heure locale. Ce texte n'a pas été adopté par le Conseil législatif de Hong Kong (Legco) et a pris effet immédiatement.

La loi distingue quatre types d'actes criminels – la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec une puissance étrangère – dans des termes imprécis, susceptibles de criminaliser un large éventail de discours et d'actes de protestation. La peine maximale prévue pour toutes ces infractions est la réclusion à perpétuité.

La mise en œuvre de la loi relève de la compétence de la Chine et les agences de sécurité continentale ne seront pas tenues de respecter les lois locales de Hong Kong lors des interventions dans la mégapole. Pour cette raison, beaucoup annoncent la fin du principe « Un pays, deux systèmes ».

Les principaux organes de presse ont développé des outils de vulgarisation de la loi.

Nous allons examiner ici les principales inquiétudes évoquées sur Twitter.

Juridiction extraterritoriale

À l'instar de nombreux Hongkongais, le journaliste chinois Allen-Ebrahimian a été abasourdi en lisant l'article 38 de la loi :

Mon Dieu, suis-je bien en train de lire ça ?

Article 38 : la loi est applicable aux personnes qui ne possèdent PAS le statut de résident permanent à Hong Kong, et commettent des crimes tels que définis cette loi, EN DEHORS DE Hong Kong.

Pékin vient de s'accorder une extraterritorialité totale pour… toute la planète ?

— B. Allen-Ebrahimian (@BethanyAllenEbr)

En effet, en vertu de l'article 38 de la loi, quiconque a soutenu les protestations de Hong Kong en faveur de l'autonomie politique pourrait être assujetti à la loi à son entrée sur les territoires chinois, y compris Hong Kong et Macao.

Si la majorité des personnes concernées sont des Chinois·es d'outre-mer et des Hongkongais·es détenteur·ice·s de passeports étrangers, les entreprises et les ressortissants étrangers pourraient également tomber sous le coup de la loi, si on découvrait leur participation à l'une des cinq activités illégales visées par l'article 29 :

  • déclarer la guerre ou menacer de recourir à la force afin de porter gravement atteinte à la souveraineté, à l'unification et à l'intégrité territoriale de la Chine ;
  • nuire gravement à l'élaboration et à l'application des lois à Hong Kong et en Chine ;
  • truquer ou saboter une élection à Hong Kong ;
  • infliger des sanctions ou des blocages, ou se livrer à d'autres activités hostiles contre Hong Kong et la Chine ;
  • susciter par des procédés illégaux la haine des résidents de Hong Kong envers Hong Kong et le gouvernement chinois.

Sur cette toile de fond, le Canada, dont deux citoyens ont été emprisonnés pour espionnage en Chine, a émis un avertissement au sujet de Hong Kong à l'attention de ses ressortissants :

La législation sur la sécurité nationale est entrée en vigueur le 1er juillet. Vous êtes peut-être plus susceptible de faire l'objet d'une détention arbitraire motivée par des raisons de sécurité nationale, et d'une éventuelle extradition vers la Chine continentale.

[image] Page de garde du site web du gouvernement canadien sur les voyages vers Hong Kong. On y distingue le drapeau canadien. Au milieu de cette page, il y a un bagage, symbole de voyage, et en grandes lettres est écrit “Hong Kong”. L'image représente en gros plan les doigts d'une main surfant sur un téléphone mobile.

Définitions vagues, criminalisation des manifestations

Le caractère imprécis de la définition des infractions transparaît dans l'ensemble de la loi. Par exemple, l'agression physique et le vandalisme d'installations privées et publiques sont assimilables à des activités terroristes aux termes de l'article 24.

Comme souligné dans une déclaration d'Amnesty International, la définition de la « sécurité nationale », dans la loi nouvellement adoptée, est tellement approximative qu'elle empêche quiconque de déterminer comment et quand il pourrait la transgresser.

Une définition si ambiguë risquerait d'entraîner la criminalisation des échanges en ligne. En effet, au cours d'un point de presse, Zhang Xiaoming, directeur adjoint du bureau de Pékin à Hong Kong et Macao, a déclaré que la notion d'incitation à la haine pourrait être définie de manière aussi large que la propagation de rumeurs sur les forces de police de Hong Kong.

Alvin Lum, journaliste du Hong Kong Citizen News, a tweeté :

Flash info : le député du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao (HKMAO), Zhang Xiaoming, a évoqué des rumeurs relatives aux agissements de la police au poste de Prince Edward le 31 août dernier, rumeurs pouvant être interprétées comme une incitation à la haine contre la police, violant ainsi la loi sur la sécurité nationale.

[image] Sur fond bleu, on distingue un homme, en costume cravate, s'exprimant devant un mirco.

Sous cette définition, de nombreux slogans politiques, comme le célèbre slogan « Flics corrompus, que toute votre famille meure ! »(黑警死全家), dénonçant les violences policières lors des manifestations, pourraient être assimilés à un acte portant atteinte à la sécurité nationale.

Opérations impitoyables de la police secrète

Comme cela a été dévoilé précédemment, Pékin établira un Bureau de sécurité intérieure (NSO) à Hong Kong chargé de superviser la mise en œuvre locale de la loi, de recueillir et d'analyser les informations relatives à la sécurité nationale et de gérer les cas d'infractions à la sécurité nationale (articles 48 et 49).

Néanmoins, de nombreuses personnes été choquées de découvrir que l'article 60 spécifie que la police secrète de Pékin ne sera pas assujettie à la juridiction locale dans l'exercice de ses fonctions :

Prenez bien le temps de digérer ceci : la loi sur la sécurité nationale crée une branche de la police secrète à Hong Kong non assujettie à la loi de HK. Ils sont libres de toute action, de brandir une pièce d'identité aux forces de l'ordre locales et de partir. Les potentialités en matière d'abus sont innombrables.

Par ailleurs, l'article 55 confère au Bureau de sécurité intérieure la compétence d'exercer sa juridiction sur des affaires dans trois catégories de circonstances :

  • si l'affaire implique un pays étranger ou des composantes extérieures ;
  • si l'autorité locale est incapable d'appliquer efficacement la loi ;
  • ou si l'affaire comporte une menace majeure pour la sécurité nationale.

Lorsque les affaires tombent sous la juridiction du Bureau de sécurité intérieure, le Parquet populaire suprême de Chine peut désigner des « procureurs compétents » pour superviser les poursuites, tandis que la Cour populaire suprême peut nommer des « tribunaux compétents » pour les procès.

La loi élargit également de manière significative le pouvoir des autorités locales de sécurité de Hong Kong.

Cette loi contraint le gouvernement de Hong Kong à créer trois organes de sécurité nationale, à savoir le Comité pour la sauvegarde de la sécurité nationale (CSNS), un département de sécurité nationale rattaché aux forces de police de Hong Kong, et une division spécialisée chargée des poursuites judiciaires au sein du ministère de la Justice.

Il est intéressant de noter que l'article 16 stipule que le chef du département de la sécurité nationale de la police de Hong Kong est tenu de « respecter l'obligation de secret », autrement dit de ne pas répondre aux enquêtes publiques, y compris aux enquêtes du Conseil législatif, sur les activités du département.

Il convient également de souligner que le département pourra recruter des cadres et du personnel technique compétents, hors de Hong Kong, très probablement en provenance de la Chine continentale.

Le recours au procès secret deviendra une pratique légitime dans la mesure où l'article 46 confère au Secrétaire à la Justice le pouvoir décisionnel concernant le jugement d'une affaire sans jury devant la Haute Cour sur la base de la protection des secrets d'État, de l'implication de facteurs étrangers, de la protection de la sécurité personnelle des jurés et des membres de leur famille, entre autres.

Nulle autre institution locale, ni même le tribunal, ne peut remettre en cause la décision prise par le Comité pour la sauvegarde de la sécurité nationale car l'article 14 de la loi immunise cette institution contre tout recours judiciaire.

Indépendance judiciaire fragilisée

Plusieurs professeurs de droit ont souligné que la nouvelle loi portera atteinte à la pratique de la common law à Hong Kong, le pouvoir d'interprétation incombant au Comité permanent de l'Assemblée populaire nationale, conformément à l'article 65 de la loi. L'avocat Antony Dapiran, établi à Hong Kong, explique la situation dans un langage clair et simple :

Que représente la loi de sécurité nationale pour l'État de droit de Hong Kong ? Nous disposons désormais d'un texte de loi pénal majeur, prévoyant des peines allant jusqu'à la prison à perpétuité, qu'aucun avocat ou juge de Hong Kong ne peut interpréter ou appliquer avec certitude, et sur lequel ces professionnel·le·s ne peuvent prodiguer de conseils fermes. Pensez-y.

En effet, même sans l'intervention directe de Pékin, le pouvoir du président de la Cour suprême de Hong Kong est fortement affaibli, puisque selon l'article 44, le chef de l'exécutif est habilité à nommer les juges chargés de traiter les affaires de la Cour de sécurité nationale.

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Pas de médicament, pas de guérison : la crise pharmaceutique au Soudanhttps://fr.globalvoices.org/?p=253354http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200706_100933_Pas_de_medicament__pas_de_guerison___la_crise_pharmaceutique_au_SoudanMon, 06 Jul 2020 08:09:33 +0000La crise a commencé avec la suppression des subventions en 2016

Protestation des pharmaciens soudanais dans l'État d'Aljazeera. Debout, formant une ligne, ils portent de petites pancartes blanches.

Des pharmaciens protestent dans l'État d'Al Jazeera, au Soudan. Photo du Comité central des pharmaciens du Soudan, Al Jazeera, Soudan, 12 juin 2020, utilisée avec permission via Facebook.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Avez-vous mal à la tête? Imaginez ne pas pouvoir accéder au paracétamol, au panadol ou à la vitamine C. Oui, c'est le cas à Khartoum, la capitale du Soudan, un pays étranglé par une grave pénurie de médicaments.

La crise pharmaceutique a commencé en 2016 lorsque le gouvernement a annoncé qu'il avait supprimé les subventions pour tous les médicaments. L'opposition a appelé à la désobéissance civile pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il revienne sur sa décision, mais celui-ci n'a pas cédé. Depuis lors, les prix des médicaments ont augmenté de façon exponentielle au Soudan tandis que le gouvernement n'a pas fait grand-chose pour atténuer la pression.

Pour aggraver les choses, la Banque centrale du Soudan manque des devises nécessaires pour acheter des médicaments essentiels. Le Soudan compte environ 27 entreprises pharmaceutiques qui produisent environ 900 types de médicaments, ainsi que 48 sociétés médicales [fr], mais cela ne répond pas à tous les besoins du pays. L'usine pharmaceutique Al-Shifa, le plus grand fabricant de médicaments du Soudan, a été détruite par une attaque de missiles américains en 1998.

La plupart de ces sociétés importent des médicaments et des équipements médicaux via la Banque centrale du Soudan [ar] (CBOS, acronyme anglais), qui est confrontée à une grave pénurie de devises étrangères.

Le 11 juin, l'Association des pharmaciens professionnels [ar] et le Comité central des pharmaciens du Soudan [ar],  membres de l’Association des professionnels soudanais, ont déclaré une protestation silencieuse pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il fournisse un budget mensuel estimé à 55 millions de dollars [ar] pour les médicaments.

Le groupe a créé un hashtag #الدواء_معدوم qui veut dire « les médicaments n'existent pas ».

Dr Akram [ministre de la Santé ] : pour l'instant, nous vous soutenons dans la vérité et vous guidons avec vos défauts à la satisfaction de Dieu. Oui, vous êtes déficient et peu importe la façon dont nous admettons les raisons, la solution reste entre vos mains ou les gens seront confrontés de manière transparente avec ce qui se passe en coulisses.
Le citoyen décède.

En avril, le Conseil national de la pharmacie et des poisons [ar] a convenu avec la Chambre des importateurs de médicaments d'augmenter le prix  [ar] de l'importation de médicaments de 16 % et de majorer de 20 % la marge bénéficiaire des pharmacies, en appliquant cette augmentation rétrospectivement, au bénéfice des sociétés pharmaceutiques.

Cependant, le mois suivant, le ministre de la Santé Dr Akram El-Tom a annulé la décision [ar], en utilisant l'argument que le prix du médicament avait trop augmenté pour être à la portée du citoyen ordinaire. Cette décision reflète les troubles au sein du ministère.

Le 18 mai, la CBOS a annulé 10 % [ar] des revenus des exportations destinés à l'importation des médicaments, ce qui a affecté les stocks de médicaments.

Le Dr Ameen Makki [ar], pharmacien soudanais et activiste politique, a publié sur Facebook [ar] :

We sat with the Minister of Health in several sessions since September 5, 2019, before he became a minister, and we presented him with all the medical problems in the last five years, proposals for solutions, and even the amount of medicines in the storages and we told him that we will reach a stage that we may not find Panadol. All these sessions were attended by experts and consultants working in this field. All plans were aimed at providing an effective, safe and affordable medicine for citizens. In February, Sudan’s Central Pharmacists Committee invited a conference inviting all partners from the National Council of Pharmacy and poisons, the Ministry of Finance, the Central Bank of Sudan, the National Fund for Medical Supplies, members of the Sovereign Council and the Ministry of Health, but the Minister of Health did not attend and did not send a representative. The minister's dealings were with complete neglect of this file, and we every day sounded the alarm to him until we reached this critical stage…

Nous avons rencontré le ministre de la Santé en plusieurs séances depuis le 5 septembre 2019, avant qu'il ne devienne ministre, et nous lui avons présenté tous les problèmes médicaux des cinq dernières années, des propositions de solutions, et même la quantité de médicaments en stock et nous lui avons dit que nous atteindrons un stade où nous ne trouverions peut-être pas Panadol. Toutes ces sessions ont été suivies par des experts et des consultants qui travaillent dans ce domaine. Tous les plans ont pour but de fournir aux citoyens des médicaments efficaces, sûrs et abordables. En février, le Comité central des pharmaciens du Soudan a organisé une conférence invitant tous les partenaires du Conseil national de la pharmacie et des poisons, du ministère des Finances, de la Banque centrale du Soudan, du Fonds national pour les fournitures médicales, des membres du Conseil souverain et du ministère de la Santé , mais le ministre de la Santé n'est pas venu et n'a pas envoyé de représentant.

En juillet dernier, les Nations Unies ont également affirmé que le Soudan faisait face à une grave pénurie de médicaments en raison de sa crise économique actuelle.

Quatre pharmaciennes soudanaises portent des pancartes A4 pour protester contre la crise de la pénurie de médicaments dans le pays.

Des pharmaciennes soudanaises protestent contre la crise de la pénurie de médicaments dans le pays. Photo du Comité central des pharmaciens du Soudan, Khartoum, Soudan, 12 juin 2020, utilisée avec permission via Facebook.

Les débuts de la pénurie critique de médicaments

En décembre 2018, le ministre fédéral de la Santé Mohammed Abuzaid a avoué que la « pénurie de médicaments au Soudan était grave » et a tenu la CBOS responsable.

Selon un rapport de mars 2020 par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA), la crise économique au Soudan continue d'affecter la disponibilité des médicaments.

Un bulletin statistique sur le commerce international  [ar ; en ; pdf] édité par de la CBOS en 2019 montre que le Soudan a importé pour 367 millions de dollars américains de médicaments au cours du quatrième trimestre de 2019. Il s'agit d'une augmentation d'environ 47 millions de dollars (15 %) par rapport à 2018, mais d'une baisse de 91 millions de dollars (20 %) par rapport à 2017 (voir figure 1).

Visuel accompagnant le rapport de l'UNOCHA sur la situation au Soudan, mars 2020. On constate une chute de 20% des importations de médicaments en 2019 par rapport à 2017.

Figure 1 : Capture d'écran du rapport de l'UNOCHA sur la situation au Soudan, mars 2020.

La pénurie de devises a créé un marché noir qui a provoqué une augmantation de l'inflation qui atteignait presque 118,18 % au 3 juin, selon un rapport mensuel sur l'inflation au Soudan par le professeur Steve Hanke [fr].

Le marché noir sert de solution à court terme, permettant au commerce des médicaments au Soudan de se poursuivre par le biais de petits commerçants qui font entrer clandestinement des médicaments des pays voisins dans leurs bagages.

Cependant, ces médicaments ne sont pas soumis à des contrôles de qualité et d'efficacité.

La contrebande a ralenti à cause de la fermeture des frontières le 16 mars dernier, une mesure destinée à éviter la propagation du COVID-19, mais qui rend encore plus difficile l'accès aux médicaments essentiels sur le marché noir.

Le taux d'inflation au Soudan est en augmentation constante depuis 2017, le taux annuel atteignant plus de 118% en mars 2020.

Figure 2 : Taux d'inflation au Soudan, juillet 2017-juin 2020, selon le professeur Steve Hanke via Twitter.

COVID-19 : cherchez le coupable

Depuis mars, lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé le Soudan, les prix des équipements de protection individuelle (EPI) ont augmenté de plus de 300 % en raison de leur rareté [ar].

Les services médicaux ont presque cessé car de nombreux patients et médecins ont arrêté de se rendre dans les hôpitaux et les centres de santé par peur d'être infectés par le virus. Au 18 juin, plus de 8 000 personnes avaient contracté le COVID-19 et près de 500 personnes sont décédées. Cependant, il n'y a pas de compte officiel du nombre de décès dus à d'autres maladies, dont les effets ont été aggravés par la pénurie de médicaments.

Pendant ce temps, les médias sociaux soudanais ont récemment débordé de condoléances [ar], dont celles du ministre des Affaires religieuses [ar] qui a reconnu la mort de plusieurs ecclésiastiques.

La réponse au COVID-19 a été âprement débattue au Soudan, où le blâme est jeté à tour de rôle sur le ministère de la Santé et sur le ministère des Finances.

Une lettre divulguée du ministre de la Santé, Dr Akram El-Tom.

Une lettre divulguée du ministre de la Santé, Dr Akram El-Tom.

Dans une lettre désormais divulguée, le ministre de la Santé, El-Tom, a accusé le ministre des Finances Ibrahim al-Badawi de dépenser l'aide étrangère destinée au coronavirus pour l'électricité et les factures des diplomates.

La lettre accusait également M. Badawi de ne pas avoir payé la facture de médicaments du pays depuis décembre 2019 :

I remind you that you promised to provide monthly 20 million dollars as a partial payment of the medicine bill …I remember that the time when the Ministry of Finance made individual decisions to determine the resources of other ministries has ended on the day that this government was sworn in after a revolution that sacrificed the blood of its martyrs.

Je vous rappelle que vous avez promis de verser 20 millions de dollars par mois en paiement partiel de la facture des médicaments… Je me souviens que le moment où le ministère de Finance prenait des décisions individuelles pour déterminer les ressources des autres ministères s'est terminé le jour où ce gouvernement a été assermenté après une révolution qui a sacrifié le sang de ses martyrs.

M. Elbadawi, du ministère des Finances, a répondu :

The Ministry of Finance and Economic Planning flatly denies the rumor circulating that the Ministry of Finance has acted in any of the benefits or grants in kind or cash that were provided to Sudan to confront the coronavirus for other purposes than that. The Ministry of Finance and Economic Planning confirms that all these subsidies and grants that have reached Sudan have been fully utilized to confront this pandemic…

Le ministère des Finances et de la Planification économique a catégoriquement nié la rumeur qui circule selon laquelle le ministère des Finances aurait agi dans le cadre des avantages ou subventions en nature ou en espèces qui ont été accordés au Soudan pour lutter contre le coronavirus à d'autres fins que celle-là. Le ministère des Finances et de la Planification économique confirme que toutes ces subventions arrivées au Soudan ont été pleinement utilisées pour lutter contre cette pandémie …

Ce jeu des accusations incite les citoyens à se demander quand et comment cette crise sera résolue.

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À quoi ressemble la vie d'un Chinois installé à Hong Kong, qui soutient le mouvement de protestation ?https://fr.globalvoices.org/?p=253344http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200705_111834_A_quoi_ressemble_la_vie_d_un_Chinois_installe_a_Hong_Kong__qui_soutient_le_mouvement_de_protestation__Sun, 05 Jul 2020 09:18:34 +0000Un groupe Facebook soutient cette frange de la population.

Un couple de mariés, lui en costume et elle, dans une robe blanche, apparaissent de dos. Tous les deux tiennent une banderole sur laquelle on peut lire "Libérez Hong Hong, Révolution de notre époque".

Sur la banderole, on peut lire : “Libérez Hong Kong. La révolution de notre temps.” Image tirée du site d'actualités Stand News.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en chinois, ndlt.]

Un an après le lancement des manifestations contre l'extradition vers la Chine, le média en ligne hongkongais Stand News a préparé une série d'articles sur le mouvement d'opposition. Dans le reportage ci-après, Stand News a rencontré un certain nombre de Chinois du continent, victimes de menaces et de harcèlement pour avoir soutenu les mouvements de protestation à Hong Kong. La version originale du reportage ci-après est parue en chinois le 16 juin 2020. Nous en publions ici une version remaniée, dans le cadre d'un accord de partage de contenu. Traduction en anglais par Winnie Ko.

Huaming (pseudonyme), est un Chinois du continent, arrivé à Hong Kong en 2014 en tant qu'étudiant – à la même époque où explosaient les protestations pro-démocratiques massives, plus connues sous le nom de « révolution des parapluies ».

Depuis, le paysage politique de la ville a subi des bouleversements radicaux. Ses études à Hong Kong lui ont donné la chance de vivre un mouvement social unique. Régulièrement, Huaming a fait part de ses réflexions sur la vie quotidienne et politique à Hong Kong, via ses publications Weibo.

Le 17 novembre 2019 au matin, alors que les forces de police de Hong Kong décidaient de boucler le campus de l'université polytechnique de Hong Kong, Huaming a constaté, à son réveil, que son compte Weibo débordait de commentaires. Quelqu'un lui a reproché d'être pour « l'indépendance de Hong Kong » et l'a traité de « petite merde ». Un autre l'a même menacé : « Mec, quand rentres-tu en Chine ? Je viens te chercher à l'aéroport ».

Dénonciations calomnieuses

Depuis le mois de juillet de l'année dernière, un grand nombre de citoyen·ne·s chinois·es du continent, soutenant ou approuvant le mouvement contre la loi d'extradition de Hong Kong, ont été calomnié·e·s et signalé·e·s aux écoles, aux agences pour l'emploi, aux filiales du Parti et même auprès de la police.

Ce procédé a permis de révéler publiquement leurs noms, photos de famille et numéros de téléphone. La cyberintimidation (doxing) peut devenir un véritable harcèlement au quotidien. Parfois, les victimes ont été convoquées par la sécurité publique chinoise à leur retour en Chine, et leurs familles ont également été interrogées par les autorités. Huaming a compris, aux travers des remarques malveillantes formulées sur ses médias sociaux, qu'il avait été dénoncé.

I did a search on my user account on Weibo and found a user with hundreds of thousands of followers had screenshotted one of my posts and exposed me as a mainlander studying in Hong Kong. (The user's post noted) that I support the demands of young people while making no contribution to (Chinese society).

En effectuant une recherche sur mon compte utilisateur Weibo, j'ai constaté qu'un utilisateur, suivi par des centaines de milliers de personnes, avait réalisé une copie d'écran à partir de l'un de mes messages, et m'avait présenté comme un « citoyen du continent » étudiant à Hong Kong. (Son billet a indiqué) le fait que je suis favorable aux revendications de la jeunesse, sans pour autant contribuer à la (communauté chinoise).

Huaming a alors désactivé son compte immédiatement, et le harcèlement en ligne a disparu quelques jours plus tard. Il a également modifié le nom public de son compte WeChat, effacé presque tous les articles publiés, et fait le tri dans sa liste de contacts :

I blocked about 300 to 400 accounts with suspicious names, those with the Chinese flag as profile pictures and people with a warrior-like tone.

J'ai bloqué entre 300 et 400 comptes dont les noms étaient suspects, les comptes avec le drapeau chinois en guise de photo de profil, et les personnes avec un esprit belliqueux.

Ensuite, il a changé de nom sur Facebook, a modifié les paramètres de confidentialité et a supprimé tous les textes et photos se rapportant aux manifestations de Hong Kong.

Asphyxie

L'année dernière, les récits de citoyen·ne·s du continent soutenant le mouvement de Hong Kong contre la loi d'extradition de la Chine et dont les données personnelles ont été divulguées par des collègues, des ami·e·s ou même des parents sur les médias sociaux, sont devenus monnaie courante.

Bien souvent, les conversations sur des timelines personnelles ou les forums de discussion ont été enregistrées comme preuves de leur « trahison politique » envers la « mère patrie ».

Sous le hashtag officiel de Weibo, « Opération de la mère patrie contre les personnes vêtues de noir »(祖國反黑), on trouve beaucoup de messages diffamatoires, et plusieurs « listes de cafards », (cockroaches lists, terme utilisé par la police de Hong Kong pour désigner les manifestants). Ces publications sont souvent partagées des dizaines de milliers de fois.

Parmi les sites de doxing [campagne malicieuse en ligne consistant à révéler les informations personnelles de personnes visées, ndlt] les plus prisés de Weibo, citons « Les cigales de l'aube » (孤煙暮蟬), avec six millions d'adeptes, et « Aigle de Dieu » (上帝之鷹), qui est suivi par 2,2 millions d'internautes. Huaming a indiqué :

Once they set you as target, their followers dig up all your personal information.

Après vous avoir désigné pour cible, leurs contacts fouillent toutes vos informations personnelles.

Yunqi Wang, une citoyenne du continent utilisant un pseudonyme, évoque une existence « étouffante ». Yunqi Wang a rejoint Hong Kong en 2015. Elle a obtenu son diplôme universitaire et s'est inscrite à un programme de doctorat en droit au moment où le mouvement anti-extradition prenait naissance.

La plupart de ses collègues étudiant·e·s appartiennent à l'élite continentale et estiment normal que Pékin ambitionne de prendre le pouvoir suprême sur Hong Kong, nonobstant le principe « Un pays, deux systèmes ».

Même si elle désapprouve de telles opinions, elle ne pouvait pas s'exprimer en classe :

Because it is safer not to speak up. You pay a high price for expressing your views. What if they took a picture and reported you?

En effet, il est plus prudent de se taire. On paie le prix fort lorsque l'on exprime ses opinions. Que se passera-t-il s'ils vous prenaient en photo et vous dénonçaient ?

Progressivement, elle ressent de la distance entre elle, ses ami·e·s et sa famille.

There is a big information gap between us. Many people learned about the events in HK because the journalist from (Chinese state-owned) Global Times was beaten up. They would ask, how can you turn a blind eye to such violence? A good friend from secondary school scolded me, I deleted friends one by one — it hurt.

Il y a un énorme décalage en matière d'information entre nous. Nombreux sont ceux qui ont été informés des événements de Hong Kong, parce que le journaliste du Global Times (appartenant à l'État chinois) a été tabassé. Ils demandaient : comment pouvez-vous ignorer une telle violence ? Un ami du lycée m'a injurié, et j'ai fini par supprimer, un·e par un·e, mes ami·e·s – ça fait mal.

En novembre, en proie à un stress émotionnel, Yunqi Wang a décidé de suspendre ses études.

My mental status has been affected by the movement and I haven't been well. I attended the remembrance event of the university student Tsz-lok Chow after he passed away. The siege of the Chinese University of Hong Kong came on top of everything else and my emotions reached a tipping point. I felt that I couldn’t hold on anymore.

Ce mouvement a affecté mon état mental et je ne me suis pas sentie en grande forme. J'ai assisté à la cérémonie en mémoire de l'étudiant universitaire, Tsz-lok Chow, après sa disparition. Le siège de l'université chinoise de Hong Kong est venu s'ajouter à tout le reste et mes émotions ont atteint un point de non retour. J'ai compris que je ne pouvais plus résister.

De nombreuses personnes engagées dans le mouvement de protestation ont souffert de problèmes de santé mentale. Mais, pour les Chinois·es du continent qui soutiennent ce mouvement, les sensibilités ont été exacerbées par des actes de discrimination.

Certains magasins, engagés dans le mouvement de protestation, ont spécifié qu'ils ne serviraient pas les consommateur·ice·s provenant de la Chine continentale après le déclenchement de l'épidémie de COVID-19 :

I don’t know what the definition of a Hongkonger is. If they refer to someone residing in Hong Kong and speaking Cantonese, that is me! Glory Café [a famous pro-protest restaurant] made it clear that it doesn’t serve customers from the mainland or those who speak Mandarin. This made me think — I treat Hongkongers as comrades, but do they treat me as one of them? I wasn’t actually accepted…I am not patriotic in China, I hate the nation and the party, but in the eyes of Hongkongers I am a Chinese. My identity is vague, whether as a Chinese or as a Hongkonger.

Je ne connais pas la définition d'un·e Hongkongais·e. Si l'on parle d'une personne résidant à Hong Kong et parlant le cantonais, alors c'est moi ! Le Glory Café [célèbre restaurant engagé dans des actions de protestation] a clairement indiqué qu'il ne sert pas les client·e·s de la Chine continentale ni les personnes dont le mandarin est la langue maternelle. Ceci m'a amené à réfléchir : je considère les Hongkongais·es comme mes amis, et eux, me traitent-ils comme l'un des leurs ? En fait, ils ne m'ont pas vraiment accepté… En Chine, je ne suis pas patriote, je hais la nation et le Parti, en revanche, aux yeux des Hongkongais, je suis Chinois. Mon identité est floue, peu importe que je sois Chinois ou Hongkongais.

Un groupe Facebook soutient cette minorité d'opinion

Les conflits entre le continent et Hong Kong ne sont pas récents. Liqi Zhou (pseudonyme) a rejoint Hong Kong avec ses parents lorsqu'il était au lycée, et a alors vécu les aléas des relations entre la Chine continentale et Hong Kong, au cours des deux dernières décennies.

Liqi Zhou a expliqué que ces relations se sont progressivement dégradées, et a imputé cette situation aux différents degrés de répression que Pékin a exercés sur Hong Kong depuis la rétrocession.

Hélas, a-t-il ajouté, la rancœur à l'égard du régime retombe souvent sur les individus.

Au mois de novembre dernier, Liqi Zhou a entrepris de recueillir des articles anonymes depuis la page Facebook « Étudiants de la Chine continentale soutenant les protestations de Hong Kong ». Ce projet est désormais bien connu sous le nom de « Projet : dans le creux de l'arbre » (內地生撐香港).

We know that there is more than one voice in China, we care about the minority who are between the gaps, speaking Mandarin and from the mainland, yet feel connected with Hong Kong, and therefore feeling its pain. We know you face pressure from the friends and relatives, omnipresent propaganda, persecution, doxxing, punishment and the spread of antagonism inside Hong Kong. Life is tough. We know you find it difficult to join the front lines and peaceful protests — even saying something publicly comes with immense pressure. This Tree hole is to let everyone know, no one is an island nor an outsider.

Nous savons qu'il existe plus d'une voix en Chine, nous nous préoccupons de la minorité, située entre les deux, qui parle le mandarin et est originaire du continent, tout en se sentant connectée à Hong Kong, et par voie de conséquence ressentant sa douleur. Nous savons que vous subissez la pression de vos amis et de votre famille, la propagande omniprésente, la persécution, les diffamations, les punitions et la diffusion de l'antagonisme à Hong Kong. C'est une vie compliquée. Nous savons combien il vous est pénible de rejoindre les lignes de front et les manifestations pacifiques – le simple fait de dire quelque chose en public s'accompagne d'un énorme stress. Le projet « Dans le creux de l'arbre » est destiné à informer tout le monde, nul n'est une île ou un étranger.

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Communauté LGBTQ+ et personnalités politiques saluent le Monténégro pour sa loi sur l'union des couples de même sexehttps://fr.globalvoices.org/?p=253395http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200704_154411_Communaute_LGBTQ__et_personnalites_politiques_saluent_le_Montenegro_pour_sa_loi_sur_l_union_des_couples_de_meme_sexeSat, 04 Jul 2020 13:44:11 +0000Les militant·e·s attendent maintenant que la loi soit appliquée.

Quatre femmes tiennent des panneaux aux couleurs arc-en-ciel, en soutien au mariage pour tous au Monténégro.

Des militantes monténégrines à la SeaSide Pride de 2013, à Budva, tiennent des pancartes déclarant “Je suis comme vous” “Pour le droit au mariage”, “L'amour, c'est l'amour” et “Je vote pour l'amour”. Photo par LGBTQ+ Forum Progres, sous licence CC BY-NC-SA.

Le parlement monténégrin a adopté une loi sur l'union civile des couples de même sexe, faisant du Monténégro le premier pays de l'ouest des Balkans à reconnaître légalement les unions entre personnes de même sexe.

Cette loi, adoptée le premier juillet, ne comprend pas [cnr] de disposition pour ouvrir l'adoption d'enfants aux couples de même sexe. En dehors de cela, leurs droits sont les mêmes que ceux des couples hétérosexuels, y compris en matière de droits patrimoniaux, de droits de succession et de protection sociale.

Les associations LGBTI Forum Progres et le Centre Social LGBTI, ainsi que les membres de leur communauté, ont salué l'adoption de la loi, et félicité [cnr] les personnes LGBTQ+ pour cette avancée historique.

Činjenica da je konačno usvojen Zakon o životnom partnerstvu ima neizrecivo velik značaj za sve LGBTI osobe u Crnoj Gori. Ovo je nesaglediv pomak naprijed za crnogorsko društvo, na naročitu radost cjelokupne LGBTI zajednice. Kao organizacija koja niz godina zagovara pravno prepoznavanje istopolnih zajednica i kao aktivni učesnici Radne grupe koja je kreirala ovaj Zakon, veoma smo srećni zbog ovakvog ishoda koji smo dugo čekali. Sada ostaje ono ključno – primjena ovog zakona u praksi – što je sljedeći veliki korak u procesu zaštite ljudskih prava LGBTI osoba.

Que cette loi sur l'union civile soit enfin adoptée, cela revêt une importance incommensurable pour les personnes LGBTI du Monténégro. C'est une grande avancée pour la société monténégrine, qui réjouit toute la communauté LGBTI. En tant qu'association qui milite pour la reconnaissance légale des unions de même sexe, et ayant participé au groupe de travail qui a rédigé cette loi, nous sommes tellement heureux de cet aboutissement tant attendu. Reste maintenant à faire appliquer cette loi en pratique, ce qui sera la prochaine étape du processus de protection des droits fondamentaux des personnes LBGTI.

Le Monténégro a parcouru un long chemin en ce qui concerne la lutte contre l'homophobie ces dernières années.

En 2013, la première Marche des Fiertés avait fait l'objet de violences, d'appel au meurtre et d'insultes de la part d'une contre-manifestation d'environ 200 personnes.

En 2015, les autorités monténégrines avaient interdit la Marche des Fiertés [en], jugeant sa tenue « trop risquée », la police s'étant déclarée incapable de protéger les participant·e·s des menaces de violence de la part de groupes homophobes.

Plus récemment, les Marches de 2017 se sont déroulées sans incident [en], et l'édition 2018 a vu la participation de personnalités politiques de haut rang [en].

L’an passé, le parlement avait échoué à faire voter la loi sur l’union des couples de même sexe, le quorum nécessaire au vote n’ayant pas été atteint

Milo Đukanović, actuel président et haut cadre du gouvernement monténégrin depuis 1991, a salué ce progrès, qui, selon lui, illustre l'avancée du pays dans son rapprochement des « démocraties les plus développées du monde ».

Le Monténégro fait un pas de plus pour rejoindre les démocraties les plus développées du monde ! Avec l'adoption de la loi relative à l'union civile des personnes de même sexe, le Monténégro offre pour la première fois un cadre juridique à la population homosexuelle !

Le Premier ministre Duško Marković s'est également félicité [cnr] de l'adoption de la loi.

Ovo je veliki iskorak u pravom smjeru za crnogorsko društvo, njegovu demokratsku zrelost i proces integracije. Ravnopravnost i jednaka prava za sve osnov su ljudskih i evropskih vrijednosti. Zahvaljujem LGBTIQ zajednici na dijalogu i doprinosu. U evropskoj Crnoj Gori nema i ne treba da bude mjesta za diskriminaciju po osnovu seksualnog opredjeljenja.

C'est un grand pas dans la bonne direction pour la société monténégrine, sa maturité démocratique et sa démarche d'intégration. L'égalité et les mêmes droits pour tous sont le fondement-même des valeurs humains et européennes. J'aimerais remercier la communauté LGBTIQ pour le dialogue et sa contribution. Il n'y a pas de place pour la discrimination en raison de l'orientation sexuelle dans un Monténégro européen.

Les ambassadeurs du Royaume Uni et des États-Unis ont eux aussi salué [cnr] le vote de la loi.

La militante Bojana Jokić, du LGBTI Forum Progress, se montre toutefois prudente, faisant référence aux récentes limitations [en] des rassemblements publics :

Iako je današnje glasanje velika stvar za Crnu Goru, želim kratko da se osvrnem i na dešavanja koja minulih sedmica potresaju naše društvo. Kao aktivistkinja i građanka sam zabrinuta zbog ograničavanja ljudskih prava i sloboda kojima svjedočimo, a koja nas podsjećaju da niko od nas nije slobodan i jednak dok svi u društvu nisu slobodni i jednaki.

Même si le vote d'aujourd'hui est important pour le Monténégro, j'aimerais évoquer les événements qui ont secoué notre société ces dernières semaines. En tant que militante et citoyenne, je m'inquiète des limitations des droits humains et des libertés, ce qui nous rappelle que nous ne sommes pas libres et égaux tant que toute la société n'est pas libre et égale.

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Des craintes pour la liberté d'expression au Timor-Leste, où la diffamation risque d'être à nouveau criminaliséehttps://fr.globalvoices.org/?p=252739http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200704_113733_Des_craintes_pour_la_liberte_d_expression_au_Timor-Leste__ou_la_diffamation_risque_d_etre_a_nouveau_criminaliseeSat, 04 Jul 2020 09:37:33 +0000L'amendement serait justifié par l'usage potentiellement délictueux des réseaux sociaux

Groupe de femmes apprenant à utiliser un ordinateur au Timor-Leste.

Cours d'informatique au Timor-Leste. Photo de José Fernando Real, sous licence Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

[Tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Des responsables des médias et de la société civile au Timor-Leste ont exprimé leurs inquiétudes face à la possible réintroduction de la loi sur la diffamation criminelle dans le pays.

Le 5 juin, le ministre de la Justice a annoncé que le projet de loi [pdf], qu’il envisage de soumettre au Conseil des ministres, restaurera dans le Code pénal du pays le délit de diffamation criminelle, aboli par le gouvernement en 2014 avec l’adoption d’un nouveau Code de la presse.

Le projet prévoit que quiconque « allègue/impute un fait ou porte un jugement dépréciatif qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne, ou communique cette allégation, cette imputation ou ce jugement à un tiers » peut être poursuivi pour diffamation criminelle. La peine encourue est de un an d’emprisonnement ou une amende, mais les contrevenants sont passibles d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison si le plaignant est un fonctionnaire ou si les propos tenus sont diffusés par les médias traditionnels ou sur les réseaux sociaux. Quiconque diffame une entreprise, un·e ancien·ne représentant·e du gouvernement ou une personne décédée encourt également une peine en vertu de la loi.

Parmi les raisons justifiant l’amendement du Code pénal, le document mentionne [pdf] l’utilisation généralisée des réseaux sociaux :

…through the media and social networks, the offenses against honour, good name and reputation are amplified, thus causing repercussions that affect more seriously the dignity of those targeted, and also the dignity of the State, who should also be responsible for protecting its own dignity.

[…] sur les réseaux sociaux et dans les médias, les délits portant atteinte à l’honneur, à la considération et à la réputation sont amplifiés, entraînant de fait des répercussions qui nuisent plus gravement à la dignité des personnes ciblées, ainsi qu’à la dignité de l’État, qui doit également assumer la protection de sa propre dignité.

Cependant, José Ramos-Horta, lauréat d’un prix Nobel et ancien président, a mis en garde le gouvernement sur les potentielles répercussions de ce projet de loi sur la liberté d’expression. Il a également émis des doutes quant au fait que les problèmes du pays puissent raisonnablement être imputés à l’utilisation généralisée des réseaux sociaux :

I do not see that over the years the proliferation of social networks has affected in any way, the security, peace or development of the country and the dignity or prestige of the government.

If we do not want the media and social networks to report embarrassing things that do not dignify, let us behave with greater civility.

Je n’ai pas constaté que, au fil des ans, la prolifération des réseaux sociaux a compromis de quelque façon la sécurité, la paix ou de développement du pays ou encore la dignité et la considération du gouvernement.

Si nous ne souhaitons pas que les médias ou les réseaux sociaux rapportent des faits embarrassants qui nous portent préjudice, faisons preuve de plus de civilité.

Cette dernière phrase faisait référence à une violente altercation qui a opposé des membres du Parlement lors d’une séance, en mai.

Dans une déclaration du 15 juin à l’attention du gouvernement, l’organisation de société civile La’o Hamutuk a affirmé que « personne ne devrait avoir peur de dire la vérité ». L’organisation a alerté sur les potentielles conséquences [pdf] du projet de loi pour les citoyen·ne·s :

This draft law threatens everyone, particularly vulnerable people without political connections or financial resources. The law has the potential to silence women who have experienced violence or sexual assault, and prevent them from writing or talking about their experiences without hard evidence.

Ce projet de loi menace tout un chacun, particulièrement les personnes vulnérables sans relations politiques ou ressources financières. La loi risque de museler les femmes victimes de violences ou d’agression sexuelle et de les dissuader d’écrire au sujet de leurs expériences ou de les raconter, sans preuve tangible.

La’o Hamutuk a ajouté que les autorités seraient susceptibles d’utiliser la loi sur la diffamation pour compromettre l’activité d’organisations de société civile :

If we suggest that policies promoted by politicians to spend hundreds of millions on roads and airports rather than on health and education endanger the lives of ordinary people, could the Government file a case against us? If we oppose military leadership using armed force to limit election campaigning, will the state put us in prison?

Si nous suggérons que les politiques promues par les politicien·ne·s, qui engendrent des dépenses de centaines de millions de dollars pour des routes et des aéroports plutôt que pour la santé et l’éducation, mettent en danger la vie des citoyen·ne·s, le gouvernement est-il en droit de nous poursuivre ? Si nous nous opposons à la militarisation qui restreint les possibilités de campagne électorale en ayant recours aux forces armées, l’État va-t-il nous envoyer en prison ?

Virgilio Guterres, président du Conseil de la presse du Timor-Leste, a critiqué la « consultation publique précipitée » et l’introduction inopportune de cette mesure « en plein état d’urgence alors que la majorité de la population se préoccupe avant tout des mesures prises pour prévenir la Covid-19 ». Il a également rappelé aux autorités la disparition de la liberté d’expression alors que le pays se battait pour son indépendance pendant son occupation par l’Indonésie entre 1975 et 1999 :

Over the years of occupation, many have been jailed for free speech. In order to value and dignify sacrifices, we have to ensure that there can no longer be a citizen imprisoned for expressing himself or for having a different opinion.

Pendant les années d’occupation, de nombreuses personnes ont été emprisonnées pour s’être exprimées librement. Nous nous devons de respecter et d’honorer leurs sacrifices en nous assurant qu’aucun citoyen ne soit plus jamais incarcéré pour s’être exprimé ou en raison de son opinion divergente.

L’Union de la presse timoraise a accusé le gouvernement d’essayer de réduire au silence ses détracteurs :

The government is trying to use a national emergency opportunity to endorse this bill with the aim of punishing those who berate leaders and politicians, but in our opinion this is to criminalize journalists and all citizens not to criticize the government.

Le gouvernement tente d’utiliser une situation d’urgence nationale pour faire passer ce projet de loi, en avançant souhaiter punir celles et ceux qui critiquent vigoureusement les dirigeants et politiciens. Nous croyons cependant qu’il vise à criminaliser les journalistes et l’ensemble des citoyen·ne·s et à les dissuader de critiquer le gouvernement.

Jane Worthington, directeur du bureau Asie-Pacifique de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) a attiré l’attention [pdf] sur un article alarmant de la loi présentée.

This proposed law contains ill defined ‘offences’ and switches the focus of any complaint to the journalist and/or publisher to ‘prove’ the subject to the complaint. Put simply, it places the legal burden of proving that a story is true upon the journalist and/or publisher.

La loi proposée ne définit pas correctement les « infractions » et détourne l’attention en cas de plainte vers le journaliste ou l’éditeur qui est tenu de « prouver » le bien-fondé de sa plainte. Autrement dit, la charge de la preuve incombe au journaliste ou à l’éditeur.

Jim Nolan, expert juridique de la FIJ pour le bureau Asie-Pacifique, a souligné que le Timor-Leste dispose déjà de mécanismes lui permettant d’examiner les plaintes à l’encontre des médias sans risquer de criminaliser la liberté d’expression.

Le gouvernement s’est engagé [pdf] auprès des parties prenantes à prendre en compte leurs commentaires et suggestions, favorables ou défavorables à cette mesure.

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Le système de santé bangladais s'épuise face à la COVID-19 et à l'augmentation du nombre de cashttps://fr.globalvoices.org/?p=252713http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_211927_Le_systeme_de_sante_bangladais_s_epuise_face_a_la_COVID-19_et_a_l_augmentation_du_nombre_de_casFri, 03 Jul 2020 19:19:27 +0000Confinement ou non : quelle solution pour le Bangladesh ?

Dans une chambre d'hôpital, trois lits sont connectés à des respirateurs.

Lits d'hôpital avec apport d'oxygène. Image par Silas Camargo Silão sur Pixabay, sous licence Pixabay.

L’article d'origine a été publié en anglais le 14 juin 2020. Certaines informations ont été mises à jour pour refléter l'évolution de la situation.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais.

Depuis dimanche 31 mai, après avoir levé au bout de deux mois [fr] le confinement national, le Bangladesh enregistre chaque jour un nombre record de morts dues à la COVID-19. Actuellement, les chiffres officiels montrent 87 520 cas confirmés et 1 171 morts [153 277 cas confirmés et 1 926 morts au 3 juillet, ndlt], bien que les chiffres réels puissent être plus élevés. Alors que de nombreux troubles et crises secouent le pays, le système de santé public est en grande difficulté [bn], échouant à stopper l'augmentation de la courbe de contamination par la COVID-19.

L'incompétence du système de santé public face à la pandémie

Le 9 juin, quand une cour de justice à distance, présidée par le juge Enayetur Rahim, s'est enquise des structures de santé du pays, le ministère de la Santé a communiqué les informations suivantes : en ajoutant à la capacité du public celle du secteur privé, il n'y a que 1 000 places en unité de soins intensifs pour une population totale de 165 millions d'habitants. D'après plusieurs articles [bn] parus dans la presse locale, 47 districts sur 64 ne disposent pas d'unité de soins intensifs. Avec l'augmentation du nombre de patients atteints de la COVID-19, ce déficit oblige de nombreuses personnes dans un état grave à repousser leur traitement.

La journaliste Shuprova Tasneem a déclaré sur Twitter :

Réponse du ministère de la Santé à la cour : il y a seulement 733 places en soins intensifs dans les hôpitaux publics. C'est la conséquence de décennies sous-financement, de mauvaise gestion et de corruption. Notre système de santé n'est pas en état de faire face à cette crise sanitaire.

Le 12 juin 2020, Maria Taha, une habitante de Chittagong, avait appelé à l'aide sur Facebook [bn], pour son père malade de la COVID-19 :

একটা icu কেউ manaz করে দিতে পারবেন
আমার আব্বুর জন্য

Est-ce que quelqu'un peut nous aider à trouver une place en soins intensifs pour mon père ?

Quelques heures plus tard, son message est mis à jour [bn] pour annoncer le décès de son père :

লাগবে না ICU. আর

Une place en soins intensifs ne sera plus nécessaire.

Le médecin Dr Atiqur Rahman a réagi à la situation [bn] de Maria Taha :

চট্টগ্রাম এ চিকিৎসা সংকট নিয়ে বেশ কয়েকদিন ধরেই নানান খবর পাচ্ছিলাম। দিন দিন তা যে আরও খারাপ/প্রকট হচ্ছে তার-ই নমুনা এই ঘটনাটি। না, এটি কোন বিচ্ছিন্ন ঘটনা নয়; এটাই স্বাভাবিক ও তিক্ত সত্য।

On recevait des informations par-ci par-là sur la crise de l'hôpital public à Chittagong à cause de la COVID-19. Cela devient de pire en pire chaque jour, et cet incident en témoigne. Ce n'est pas un cas isolé, c'est la nouvelle réalité et une triste vérité.

On constate également une pénurie d'oxygène pour les hôpitaux, car des gens aisés en font des stocks par crainte de la maladie, empêchant ainsi le système de santé public d'y avoir accès. Le Bangladesh dépendant fortement de l'importation pour le matériel médical et celle-ci ayant été temporairement mise à l'arrêt, cette pénurie de matériel permettant de dispenser de l'oxygène représente un sérieux défi. Fournir de l'oxygène est en effet l'une des principales méthodes pour traiter les patients atteints de la COVID-19.

L'internaute Masud Karim rapporte sur Twitter :

“Le prix de l'oxygène grimpe en flèche, les traders manipulent le prix de la bombonne et de sa location devant l'augmentation de la demande due à la crise de la Covid19″ écrit Kamrun Nahar.

Cependant, les patients atteint du coronavirus ne sont pas les seuls à souffir. Les autres patients non-atteints de la COVID mais souffrant de pathologies respiratoires se voient également refuser le traitement, de peur qu'ils soient des porteurs asymptomatiques.

Des protections insuffisantes pour le personnel médical

Lire aussi : Bangladesh : les professionnel·le·s de santé aux prises avec la pénurie de moyens, la stigmatisation et les restrictions

Les médecins et le personnel médical en première ligne sont également victimes de la détérioration des systèmes de santé du pays. 1 169 médecins ont été contaminé·e·s depuis la deuxième semaine de juin 2020 et 35 sont décédé·e·s de la COVID-19.

Le manque d'équipements de protection individuelle (EPI) dans le pays expose d'autant plus les médecins et infirmier·re·s. Il n'y a pas de données disponibles concernant le nombre de professionel·le·s de santé sous traitement, en quarantaine ou contaminé·e·s, mais la gestion de ce problème s'annonce difficile.

“Les infirmier·e·s et les sage-femmes sont en première ligne contre la COVID19, et doivent donc se protéger, avoir accès à des EPI et à une véritable formation pour savoir les utiliser efficacement.” – Dr Dewan Emdadul Hoque, Fonds des Nations unies pour la population, Bangladesh.

Levée du confinement malgré le nombre croissant de contaminations

Malgré le nombre croissant de cas de COVID19, le Bangladesh a levé son confinement le 31 mai 2020. Les spécialistes estiment que l'augmentation du nombre de contaminations est due au respect peu strict des différentes phases du confinement, qui avait été qualifié de jours fériés.

Le 13 juin 2020, l'entrepreneur Nazmul Hossen Shwroz rapportait sur Facebook [bn] que le Bangladesh avait dépassé la Chine en nombre de cas de coronavirus confirmés :

♦করোনা আক্রান্তের সংখ্যায় চীনকে ছাড়াল বাংলাদেশ..!

♦গত বছরের ডিসেম্বরের শেষ দিকে করোনাভাইরাস মহামারী শুরু হয়েছিল চীন থেকে। সেই দেশটি একে একে ১৮টি দেশের পেছনে পড়ে গেল। এবার আক্রান্তের সংখ্যায় তাদের পেছনে ফেলল বাংলাদেশও।

Le nombre de personnes atteintes de la Covid-19 au Bangladesh dépasse celui de la Chine (se classant au 18e rang).

L'épidémie a démarré en Chine en décembre dernier. 18 pays du monde comptent à présent plus de personnes contaminées que la Chine.

Vers un confinement par région ?

Le 10 juin, Manzil Morshed, avocat à la Cour suprême, a déposé une requête au nom de l'avocat Mahbubul Islam, demandant un confinement strict à Dakha, afin de diminuer le nombre de contaminations.

Depuis le 9 juin 2020, le Bangladesh tente d'établir un système de confinement par région, attribuant à chacune un indice de vigilance rouge, jaune ou vert en fonction de l'importance du taux de contamination rapporté par la population locale, dans l'objectif de limiter la propagation du virus. L'observation de 40 cas pour 100 000 personnes entraîne une catégorisation de la région en rouge. Ces zones rouges sont mises sous confinement strict : interdiction de quitter son domicile et entrée interdite aux non-résidents.

Les camps de réfugiés surpeuplés de Cox's Bazar accueillant des Rohingyas sont également surveillés de près, le nombre de personnes testées positives au coronavirus ayant dépassé les 35, avec officiellement 5 morts environ.

Le réalisateur Shafiur Rahman rapporte sur Twitter :

Voici une liste des consignes à suivre dans la zone rouge d'Ukhiya. Cela concerne également les camps de réfugiés Rohingyas.

Cependant, la mise en œuvre de ce confinement par région s'annonce difficile, comme le montre le Dr Parvez Reza sur Twitter :

Un habitant de l'est de Rajabazar essaye de fuir la zone rouge, une zone mise en confinement strict pour ralentir la propagation du COVID-19.

[Traduction de l'image] L'est de Rajabazar a été désigné comme une zone rouge par le ministère de la Santé, qui a ordonné un confinement afin de limiter la propagation de la Covid-19. IL EST INTERDIT DE SORTIR !

Le comité national consultatif sur la COVID-19 a récemment conseillé d'étendre le confinement autant que possible à la majeure partie de la zone à risque pour limiter la propagation du virus. L’instauration complète du confinement par région devrait commencer à la mi-juin.

Soykat Bin Rahman, un internaute, explique sur Twitter :

Face à l'augmentation du nombre de cas et de morts du coronavirus au Bangladesh, le gouvernement s'organise pour confiner les zones à risque (zones rouges) et interdira toute entrée ou sortie de ces régions.

Dr. Ashikur Rahman estime que la situation au Bangladesh nécessite un confinement strict :

Le Bangladesh doit imposer un confinement strict avant que cette vague de Covid-19 ne se transforme en un tsunami. On ne peut plus attendre, des gens meurent dans les rues. J'espère et je prie pour qu'un changement de politique arrive.

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Les Hongkongais ont bravé la loi de sécurité nationale nouvellement promulguée en manifestant sans chefs de filehttps://fr.globalvoices.org/?p=253372http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_193935_Les_Hongkongais_ont_brave_la_loi_de_securite_nationale_nouvellement_promulguee_en_manifestant_sans_chefs_de_fileFri, 03 Jul 2020 17:39:35 +000010 manifestants poursuivis grâce à la nouvelle loi imposée par Pékin

Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues le 1er juillet, défiant la loi de sécurité nationale tout juste promulguée. Photo inmediahk.net

Pour le 23ème anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, jour de la promulgation de la draconienne loi de sécurité nationale de Pékin dans le territoire, des milliers de manifestants ont bravé l'interdiction par la police de descendre dans la rue.

Les manifestations du 1er juillet ont conduit à 370 arrestations. Certains ont été inculpés de participation à un rassemblement non autorisé et d'obstruction aux forces de l'ordre, tandis que dix personnes l”ont été au titre de la nouvelle loi de sécurité nationale.

Sept policiers ont été blessés, dont l'un par un coup de couteau au bras d'un manifestant pendant l'échauffourée.

La police de Hong Kong a interdit au Front civique des droits humains d'organiser le rassemblement annuel du 1er juillet en invoquant les règles de contrôle de la pandémie, ce qui a laissé les manifestants se rassembler sans chefs de file.

Malgré la présence policière massive, des milliers de protestataires sont allés “faire les courses” dans divers centres commerciaux de Causeway Bay avant d'envahir les rues vers 15 heures.

Chassés des avenues par les policiers anti-émeute à coup de gaz poivré, de matraques et de canons à eau, ils se sont abrités dans les rues secondaires et ruelles avant de défiler à nouveau dans la rue principale chaque fois qu'ils s'y sentaient en sécurité.

Loi de sécurité de Hong Kong : jour du défi avec l'éclatement de manifestations à Hong Kong, près de 370 arrestations. Des milliers de manifestants jouent au chat et à la souris avec les policiers dans Causeway Bay, Wan Chai, en criant des slogans, un policier poignardé dans l'affrontement. Les officiels fêtent le 23e anniversaire de la rétrocession.

La plupart des rues latérales le long des grandes avenues ont été envahies de protestataires, scandant “Cinq revendications, pas une de moins” et “L'indépendance de Hong Kong est la seule issue” :

Ignorant les menaces du PCC, du gouvernement communiste de Hong Kong, de la police et de la nouvelle loi draconienne, les civils défilent en masse dans Causeway Bay vers le Parc Victoria. Ils scandent les slogans prohibés : “L'indépendance de Hong Kong est la seule issue”

Le nombre de manifestants présents était immense compte tenu du fait que chaque individu devait surmonter sa peur de se faire arrêter .

Dans l'état actuel, le simple acte de chanter une chanson contestataire dans la rue peut inviter à une fouille au corps par des policiers en armes :

01/07 23e anniversaire de la rétrocession de HK

Une femme est arrêtée et fouillée par les policiers alors qu'elle chante “Entendez-vous le peuple chanter” près du grand magasin Sogo

Le premier cas d'arrestation mentionnant la loi de sécurité nationale a concerné un homme déployant un drapeau de l'indépendance de HK.

[Dernière minute] A Causeway Bay, la police de HK a arrêté un homme avec un drapeau de l'indépendance de HK en application de la loi de sécurité nationale. La première arrestation de la loi de sécurité nationale.

Aux risques d'arrestations et de poursuites politiques se sont aussi ajoutés pour les manifestants des risques physiques :

Nous ne sommes pas des émeutiers, regardez cette vidéo et vous saurez que nous sommes toujours prêts à nous venir mutuellement en aide malgré toutes les menaces et risques. Je suis tellement fier d'être Hongkongais.

Aux alentours de 20h, la police anti-émeutes a chargé dans Time Square, un centre commercial emblématique de Causeway Bay, à coup de gaz poivré, et embarqué nombre de manifestants :

Un immense calicot a résumé l'attitude de défi des manifestants par ces mots : “Nous aimons Hong Kong, putain”.

Photo prise par Oiwan Lam

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Des féministes et militantes syndicales au Mexique subissent une vague d'arrestations et d'emprisonnementshttps://fr.globalvoices.org/?p=253199http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_180328_Des_feministes_et_militantes_syndicales_au_Mexique_subissent_une_vague_d_arrestations_et_d_emprisonnementsFri, 03 Jul 2020 16:03:28 +0000Plusieurs activistes ont été détenues en l'espace de deux semaines

Montage photo des visages de Susana Prieto, Claudia Hernandez et Kenia Hernandez, en noir et blanc.

Susana Prieto, Claudia Hernandez et Kenia Hernandez. Montage effectué par Global Voices, avec des photos de IM-Defensoras et des captures d'écran de la vidéo de Milenio.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en espagnol, ndt.

La contingence sanitaire causée par la pandémie de COVID-19 n’a pas su diminuer le danger et les épisodes de violence auxquels font face les militantes, défenseures des droits humains et journalistes mexicaines. Récemment, des cas d’agressions, de menaces de mort, d’arrestations et d’emprisonnements ont été signalés dans différents États du pays, sur fond de délits qui semblent fabriqués de toutes pièces.

Susana Prieto Terrazas est une avocate spécialisée dans la défense des droits des travailleurs dans la ville de Matamoros, Tamaulipas, dans le nord du Mexique, où elle a pris part à la création d'un mouvement syndical appelé Movimiento 20/32. Au début de l’année 2019, ce mouvement a observé une grève qui a mobilisé des milliers de travailleurs exigeant une augmentation salariale et de meilleures conditions de travail.

Le 8 juin 2020, elle a été arrêtée par la police locale et accusée d’« émeute, de menaces et d’agressions contre des fonctionnaires », une arrestation entérinée par les autorités judiciaires étatiques. Cependant, diverses organisations au Mexique, tels que les syndicats et les groupes de défense des droits humains, considèrent que cette arrestation suivie d’emprisonnement fait de la militante une prisonnière politique, poursuivie pour avoir dénoncé la corruption perpétrée par les sociétés transnationales contre leurs propres travailleurs. Prieto Terrazas est toujours en prison en attendant une décision judiciaire.

Deux jours avant l'arrestation de Prieto Terrazas, soit le 6 juin, est survenue l'arrestation de la militante féministe Kenia Hernández, interceptée par la police de l'État de Mexico (au centre du pays). Elle a été arrêtée en compagnie de trois mineurs qui voyageaient avec elle dans son véhicule.

« Lors de l'arrestation, Kenia et les trois autres ont été sortis de force de la voiture. Elle a été tenue en joue alors que ses compagnons se faisaient tabasser. On leur a tout confisqué et on ne les a pas informés du motif de leur arrestation », a accusé le collectif Zapata Vive, organisation à laquelle appartient la militante. Kenia Hernández a aussi été détenue, avant d'être mise en liberté conditionnelle cinq jours plus tard pour assister au procès intenté contre elle.

Dans sa déclaration, diffusée en ligne et déjà publiée, Kenia Hernández a déclaré : « Ils ne pouvaient même pas bricoler un délit (…) Quand ils m'ont arrêtée après une manifestation, ils ne pouvaient pas me dire pourquoi. »

#En direct : Prise de position sur la libération et le statut juridique de #KeniaHernández

La veille, le 5 juin, la défenseure des droits humains Claudia Hernández avait été arrêtée par des agents de la police d'État de San Luis Potosí alors qu'elle participait à une manifestation pour protester contre l'exécution sommaire de Giovanni López, un jeune travailleur qui a perdu la vie après avoir été maîtrisé par des policiers qui l'auraient arrêté parce qu'il ne portait pas de masque alors qu’il se trouvait hors de chez lui.

Selon une déclaration de l’Initiative méso-américaine des femmes défenseures des droits humains (IM-Defensoras), Claudia Hernández se trouvait à la manifestation pour effectuer un travail d'observation et de médiation pendant la marche. Après avoir été arrêtée avec d'autres personnes, elle a été maintenue au secret. Comme Kenia Hernández, Claudia a bénéficié d'une libération conditionnelle mais reste impliquée dans un procès.

#AlerteDéfenseures MEXICO / Arrestation illégale, torture et criminalisation à San Luís Potosí de la défenseure des droits humains Claudia Hernández pour avoir pris part aux protestations contre l'assassinat de Giovanni López.
Pour plus d'informations➡https://t.co/PWWsMw93mg

Outre les arrestations et les emprisonnements d'individus, des organisations ont été ciblées. Ainsi, le Consortium Oaxaca, une organisation féministe qui travaille à la promotion du respect et la jouissance des droits humains des femmes et à l'égalité de genre, a fait l'objet de menaces.

Le 15 juin, aux environs de 8h40 du matin, l'organisation a trouvé aux portes de ses locaux un sac noir contenant des morceaux de chair, apparemment une tête d'animal, avec un message misogyne et visant à intimider.

L'organisation a rappelé que depuis qu'elle avait initié une campagne afin de réclamer justice pour les cas de féminicides perpétrés dans l'État d'Oaxaca, plusieurs épisodes d'intimidation se sont produits.

Dans ce cas précis, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a exhorté le Mexique à clarifier les incidents dont le Consortium Oaxaca a été victime et à adopter les mesures nécessaires pour protéger l'organisation contre les menaces. Ces précautions concernent en particulier Soledad Jarquín, journaliste féministe faisant partie du consortium, qui est la mère de María del Sol, victime de féminicide.

La CIDH note que le Consortium Oaxaca a fait l'objet d'un acte d'intimidation dans le cadre de sa lutte pour que justice soit faite concernant le féminicide de María del Sol Jarquín à Juchitán, dans l'Oaxaca en 2018, dans lequel sont impliqués des fonctionnaires de l’État d'Oaxacan. #Femmes #DroitsHumains

La  #CIDH exhorte Le Mexique à éclaircir les faits, en tenant compte de la première hypothèse de défense présentée par le Consortium Oaxaca et à appliquer les mesures nécessaires afin de protéger l'organisation contre les menaces, en particulier Soledad Jarquín et sa famille. #DroitsHumains

En 2019, le Mexique dénombrait 23 homicides de défenseur·e·s des droits humains, occupant la quatrième place en Amérique Latine [pdf] en termes de nombre d'assassinats, derrière la Colombie, le Honduras et le Brésil. Le 29 juin, une experte des Nations Unies a enjoint le Mexique à assurer la protection des femmes défenseures des droits humains.

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Améliorer la visibilité du swahili : identité, langue et Internethttps://fr.globalvoices.org/?p=251687http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_153505_Ameliorer_la_visibilite_du_swahili___identite__langue_et_InternetFri, 03 Jul 2020 13:35:05 +0000Ou comment des outils localisés peuvent déclencher une révolution numérique

Les racines de cet arbre s'agrippent à un mur datant du XVe siècle, sur l'île de Kilwa Kisiwani, en Tanzanie. Les ruines du puissant sultanat swahili de l'île ont été inscrites au Patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO en 1981. Photographie de David Stanley, 1er janvier 2017, sous licence CC BY 2.0.

Note de l'éditeur : cet essai personnel a été écrit à la suite d'une campagne Twitter [fr] organisée conjointement par Global Voices pour l'Afrique subsaharienne et Rising Voices dans le cadre du projet « Matrice d'identité ». Chaque semaine, un·e activiste linguistique d'une langue différente a partagé sa vision de l'intersection des droits numériques et des langues africaines. Sauf mention contraire, les liens renvoient vers des pages en anglais.

D'après l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), les diversités culturelle et linguistique [fr] sont d'une importance stratégique pour que les peuples du monde renforcent l'unité et la cohésion des sociétés.

Ce besoin d'une diversité linguistique et culturelle a motivé la conférence générale de l'UNESCO de novembre 1999 à déclarer le 21 février Journée internationale de la langue maternelle (JILM [fr]). Pour soutenir la JILM et attirer l'attention sur les langues autochtones du monde, les Nations Unies ont également déclaré 2019 l'Année internationale des langues autochtones (IYIL 2019 [fr]).

Aujourd'hui, plus de 7 100 langues sont parlées sur Terre, dont 28 % sur le seul continent africain. Malgré cela, l'anglais domine les espaces numériques de cette région. Il y a une vingtaine d'années, 80 % du contenu numérique mondial était anglo-centré. Cependant, aujourd'hui, le contenu anglophone a apparemment diminué jusqu'à un niveau de 51 à 55 %.

4/4 Anglais
Peut-on soutenir que de plus en plus de gens aspirent à se connecter à Internet dans leurs langues locales ? Et est-il vrai que 17 millions de personnes dans le monde n'ont aucune raison de se connecter ?

La grande question est donc la suivante : cette forte chute pourrait-elle indiquer que les internautes préfèrent maintenant surfer sur Internet dans leurs langues maternelles plutôt qu'en anglais ? Après tout, l'anglais est la langue maternelle de moins de 15 % de la population mondiale.

(Re)naissance du swahili ?

Le swahili est l'une des langues officielles de l'Union africaine (UA) avec l'anglais, le portugais, le français, l'espagnol et l'arabe. C'est aussi la lingua franca des États membres de la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) [fr].

Le Rwanda, membre de la CAE, a passé en 2017 une loi faisant du swahili une langue officielle du pays, en plus du kinyarwanda, du français et de l'anglais. Utilisé dans les administrations, le swahili a aussi été intégré dans les programmes scolaires rwandais.

En Ouganda en septembre 2019, le gouvernement a approuvé la création du Conseil national pour le swahili. L'article 6 (2) de la constitution ougandaise précise clairement que « le swahili sera la seconde langue officielle de l'Ouganda, destinée à être utilisée dans des circonstances telles que le Parlement prescrira dans la loi ».

En Afrique du Sud, qui peut se targuer de posséder onze langues officielles, le swahili a été introduit en tant que matière optionnelle dans les programmes scolaires à partir de 2020. En 2019, la Communauté de développement d'Afrique australe (CDAA) a fait du swahili sa quatrième langue officielle.

L'invisibilité du swahili sur Internet

Au-dessus d'un rond-point où se trouve une petite statue de lion trône un énorme panneau éclairé proclamant : "Bienvenue à Nairobi" en swahili.

Karibu Nairobi (Bienvenue à Nairobi) : un panneau en swahili à la sortie de l'aéroport Jomo Kenyatta de Nairobi, la capitale du Kenya. Photographie de Rachel Strohm, 2 septembre 2019, sous licence CC BY-ND 2.0.

Le swahili est la langue africaine la plus parlée : il compte environ cent cinquante millions [fr] de locuteur·rice·s, la plupart en Afrique de l'Est, dans la région des Grands Lacs, dans le sud de la Somalie et certaines parties de l'Afrique du Sud. Malgré cela, sa présence numérique est déplorable.

Dans une tribune du quotidien kenyan Daily Nation, le maître de conférences à l'Université multimédia du Kenya John Walubengo affirme que l'absence de diversité culturelle et linguistique sur Internet crée « une société avec une vision étroite du monde ».

J. Walubengo prédit que la plupart des cultures autochtones finiront par abandonner « leurs identités pour “faire comme les Anglais” ». Cette triste réalité ne peut être renversée que si les civilisations autochtones « se battent pour conserver leurs identités à la fois en ligne et dans la vie ».

Joingez-vous à notre co-fondateur pour une conversation sur Twitter sur l'identité, la langue et les droits numériques en Afrique à partir de demain. Pour le swahili, consultez les liens.

Mais tout n'est pas aussi sombre. Quelques organisations dévouées se retrouvent sur le devant de la scène de la promotion et du développement du swahili sur Internet.

L’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN)

La Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet (ICANN [fr] en anglais) est une organisation mondiale multipartite qui coordonne la distribution des noms de domaine (Domain Name System, DNS), administre l'adressage (Internet Protocol, IP) et les systèmes de numérotation autonomes, et a institué les noms de domaine internationalisés (IDNs [fr]) qui permettent aux internautes d'utiliser des noms de domaine dans leurs langues et dans leurs alphabets.

Ces noms de domaines internationalisés sont formés de caractères de différents systèmes d'écriture tels que l'arabe, le chinois ou le cyrillique. Ils sont ensuite convertis dans le standard Unicode et utilisés comme l'autorisent les protocoles IDN appropriés, un ensemble de règles définies par l’Internet Architecture Board (IAB) et ses filiales, l’Internet Engineering Task Force (IETF) et l’Internet Research Task Force (IRTF).

Le Groupe de pilotage de l'acceptation universelle (UASG)

L'UASG est une équipe communautaire de dirigeants de l'industrie numérique, soutenue par l'ICANN et qui prépare les communautés numériques au prochain milliard d'internautes. Leur travail se base sur un processus connu sous le nom d'acceptation universelle (Universal Acceptance, UA), qui assure que les applications et systèmes internet traitent tous les domaines de premier niveau [fr] et les e-mails basés sur ces domaines de façon uniforme, y compris ceux dans des systèmes d'écriture non latins ou comprenant plus de trois caractères. L'acceptation universelle est au service des internautes autochtones du monde entier, dans leurs propres langues et avec des noms de domaine alignés avec leurs identités culturelles, et ce faisant, cette pratique promeut un Internet multilingue.

ICANNWiki

Cette organisation à but non lucratif fournit un wiki communautaire sur l'ICANN et la gouvernance de l'Internet. Au fil du temps, elle a monté des partenariats avec des organisations, des établissements d'enseignement et des particuliers au Kenya et en Tanzanie. Ceci a permis aux Africain·e·s de l'Est de créer, traduire et ajouter des ressources wiki selon leur propre vision, dans leurs langues et en adoptant une perspective locale.

Cette initiative swahili (dont j'ai moi-même fait partie) a grandement aidé à combler le manque d'information sur les problématiques de gouvernance d'Internet en localisant le contenu de ICANNWiki pour encourager l'engagement local des communautés ciblées.

Le Localization Lab

Le Localization Lab [Laboratoire de régionalisation [fr], ndlt] est une communauté mondiale de bénévoles qui traduisent et localisent des tutoriels de sécurité numérique et des outils tels que Tor, Signal, OONI et Psiphon. Ces technologies traitent de la sécurité, de la vie privée et de l'anonymat numérique en garantissant que les militant·e·s des langues autochtones disposent d'espaces sûrs pour accéder aux informations en ligne. Le Localization Lab a traduit plus de soixante de ces outils de sûreté numérique en plus de cent quatre-vingt langues du monde entier, dont le swahili.

Le Réseau communautaire Kondoa

Ce réseau (Kondoa Community Network, KCN) est le premier réseau communautaire à exploiter l'usage des fréquences télévisées blanches, « une technologie sans fil qui emploie les fréquences inutilisées du spectre radio compris entre 470 et 790 MHz » pour améliorer la connectivité à Internet dans la Tanzanie rurale. Le KCN forme les populations locales à la création et à la présentation de contenus associés à leurs intérêts.

Pour le fondateur du KCN, Matogoro Jabhera, qui est également maître de conférence à l'université de Dodoma, les contenus locaux donnent à une « plus grande partie de la population non-connectée » une motivation de se connecter à Internet car ils ont plus d'affinités avec « les informations locales […] comparé à la situation actuelle où la plupart des contenus sont en anglais ».

Le « prochain milliard » d'internautes

Le monde anticipe la connexion du « prochain milliard d'internautes » [pdf], dont dix-sept millions se connecteront avec leur langue pour identité numérique.

Par conséquent, une pénurie de contenu local pourrait être préjudiciable à l'inclusion numérique. Une telle situation affecterait les droits numériques, essentiellement l'accès à Internet et à l'information en ligne, ainsi que le droit d'utiliser sa propre langue pour créer, partager et disséminer informations et connaissances via Internet.

Il est donc vital d'implémenter des plans d'action ambitieux qui encourageront le développement d'applications et de services numériques tout comme l'utilisation de langues locales, afin de garantir l'inclusion numérique de tous.

Si ces actions sont complétées par d'autres telles que la localisation des formations numériques et du matériel pédagogique et la création de programmes ruraux d'alphabétisation aux technologies de l'information et de la communication, elles pourraient déclencher une révolution numérique, promouvoir les droits numériques des internautes et combler le fossé numérique.

En fin de compte, ce processus accélérera la protection, le respect et la promotion de « toutes les langues africaines et minoritaires sur l'Internet », comme l’énoncent les principes de la Déclaration africaine sur les droits et la liberté de l'Internet (disponible en français en version pdf).

Le projet « Matrice d'identité » est financé par l’Africa Digital Rights Fund de la Collaboration sur les politiques internationales des TIC pour l'Afrique de l'Est et du Sud (Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa, CIPESA).
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« Tremblement de jeunesse » en Thaïlande : l'activisme au temps du COVID-19https://fr.globalvoices.org/?p=253202http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_124426____Tremblement_de_jeunesse____en_Thailande___l_activisme_au_temps_du_COVID-19Fri, 03 Jul 2020 10:44:26 +0000Important outil d'activisme, Twitter déçoit finalement les pro-démocratie

Une marée de lumières dans la nuit laisse deviner une immense foule.

Les étudiant·e·s allument les torches de leurs téléphones portables lors d'une manifestation à l'Université Kasetsart, le 29 février 2020. Photo par Chonthicha Jangrew pour EngageMedia / Coconet.

Cet article de Chonthicha Jangrew provient de Coconet, une plateforme pour la construction de mouvements de droits numériques en Asie-Pacifique hébergée par EngageMedia, une organisation à but non lucratif œuvrant dans le domaine des médias, de la technologie et de la culture. Cette version éditée est publiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.

En Thaïlande, l'espoir d'un changement politique a augmenté en 2020 après une vague de manifestations étudiantes à travers le pays à la suite de la dissolution du parti d'opposition Future Forward Party par la Cour constitutionnelle.

Cette décision a suscité des flash mobs [rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement, ndlt.] contre le Premier ministre thaïlandais Prayot Chan ou Cha et son régime autoritaire, qui était au pouvoir depuis 2014. Du 21 février au 14 mars, il y a eu au moins 79 de ces rassemblements dans les universités, selon le groupe des Avocats thaïlandais pour les droits humains.

Cette vague de protestations, surnommée le phénomène du « tremblement de jeunesse », reflète la croissance de la prise de conscience politique des jeunes thaïlandais·es.

Avec des jeunes de leur côté, les groupes en faveur de la démocratie ont vu la possibilité de renverser le gouvernement qui soutient les militaires.

Mais ensuite, le COVID-19 est arrivé, assorti de restrictions gouvernementales. La jeune société civile thaïlandaise a rapidement été frappée par un décret urgent interdisant les rassemblements publics, ce qui a obligé les activistes à poursuivre leurs activités en ligne. Mais les autorités thaïlandaises ont également renforcé la surveillance d'internet [fr].

Le gouvernement a même un « Centre anti-infox », surnommé le « Centre de l'infox » par des critiques, qui l'ont accusé de se concentrer sur la restriction des droits à la liberté d'expression, plutôt que de traiter de la désinformation.

Le centre est connu pour surveiller les informations et les critiques concernant la gestion de la pandémie par le gouvernement. Il a même porté plainte contre des citoyen·ne·s pour avoir énoncé des vérités évidentes.

Danai Ussama, un artiste de Phuket, a été arrêté par la police en vertu de la loi sur la cybercriminalité informatique après avoir publié sur une plateforme en ligne qu'il n'y avait pas de contrôle du COVID-19 à l'aéroport de Suvarnabhumi, où il est arrivé après son séjour en Espagne en mars 2020.

Mais la répression n'a pas réussi à étouffer l'opposition.

En fait, l'enlèvement de l'exilé politique Wanchalerm Satsaksit [fr] le 4 juin au Cambodge a ravivé la flamme des protestations contre le gouvernement pro-militaire, avec plus de 400 000 retweets utilisant le hashtag #SaveWanchalearm (Venez au secours de Wanchalerm) le lendemain.

L'activisme par les hashtags et les flash mobs

Au milieu des restrictions, Twitter est devenu le principal espace de liberté d'expression en Thaïlande. L'un des hashtags qui est devenu viral lors de la pandémie de COVID-19 a été #nnevy, qui est apparu lorsque les utilisateurs thaïlandais de Twitter ont déclenché une guerre contre les trolls nationalistes chinois et créé « une nouvelle solidarité panasiatique ».

Cela s'est produit après que les fans chinois de l'acteur thaïlandais Vachirawit Chivaaree ont retweeté un tweet qui qualifiait Hong Kong de « pays ».

Les internautes thaïlandais sur Twitter ont exercé des représailles en réaction aux attaques en ligne contre Vachirawit Chivaaree, qui apparamment étaient dirigées par des trolls pro-Pékin.

Peu de temps après, des utilisateurs de Twitter de Hong Kong et de Taïwan ont rejoint la défense, ce qui a conduit à l’apparition des hashtags populaires #MilkTeaAlliance (Alliance du thé au lait) et son équivalent thaï qui se traduit par #LeThéAuLaitEstPlusEpaisQueLeSang [Un détournement de l'expression Blood is thicker than water qui fait référence à la force des liens familiaux, ndlt.]

Joshua Wong, un activiste pro-démocratie de Hong Kong, a posté une photo de l'acteur Vachirawit Chivaaree avec un message selon lequel Hong Kong soutenait les Thaïlandais·es qui aimaient la liberté et s'opposaient à la persécution chinoise. Il a même appelé à la construction d'une alliance asiatique contre la dictature.

Le syndicat des étudiants de Thaïlande a ensuite a lancé une campagne en ligne pour « protester depuis chez soi » en partageant des photos ou des pancartes commentant les performances du gouvernement en utilisant le hashtag #MobFromHome. Ce hashtag a dominé les tendances de Twitter en Thaïlande.

Outre l'utilisation de hashtags, les militants pro-démocratie en ligne ont également adopté une stratégie appelée « bombardement » ou « ทัวร์ลง » [th] en thaï, dans laquelle un utilisateur demande à d'autres de critiquer collectivement un post problématique.

En Thaïlande, ce type de mobilisation publique sur internet a été utilisé pour contrer les opérations d'information du gouvernement qui impliquent des attaques en ligne visant des dissidents et des critiques.

Atteindre une masse critique sur d'autres plateformes

Alors que Twitter était la plateforme préférée des activistes anti-jeunesse, deux événements consécutifs ont sapé la confiance du public dans cette plateforme.

Le 13 mai, le compte Twitter officiel de la Thaïlande, @TwitterThailand, a tweeté son premier message, « Sawasdee khrap, Thailand » (Bonjour, Thaïlande!). Le 19 mai, Twitter a annoncé la mise à jour de sa politique de confidentialité qui permet désormais le partage des activités et des adresses IP des utilisateurs avec des partenaires afin de promouvoir la publicité ciblée.

À la suite de ces mises à jour, #NoTwitterThailand est arrivé en tête de la  page des tendances du pays. Les Thaïlandais·es ont considéré cela comme faisant partie du programme gouvernemental de surveillance et de restriction de la liberté d'expression en ligne.

De plus en plus d'utilisateurs ont commencé à remettre en question la sécurité et de la confidentialité de la plateforme après que Buddhipongse Punnakanta, le ministre de l'Économie et de la Société numériques, a tweeté [th] à propos de sa récente discussion avec le directeur des politiques publiques et des œuvres philanthropiques de Twitter pour l'Asie-Pacifique, basé à Singapour.

Les utilisateurs thaïlandais de Twitter ont rapidement commencé à appeler leurs compatriotes à « arrêter d'utiliser Twitter » et à passer à des « platesformes alternatives » qui sont des sources ouvertes et décentralisées. Une des plateformes alternatives populaires est « Minds », surtout après que l'influenceuse Sarinee Achavanuntakul a tweeté : « Dites au revoir à Twitter et rencontrons-nous sur Minds ».

Par ailleurs, Minds a déjà configuré ses services en thaï pour accueillir les utilisateurs thaïlandais.

Cette nouvelle méfiance à l'égard de Twitter pose des questions pour l'avenir et l'efficacité de l'activisme en ligne.

Le nombre d'utilisateurs thaïlandais affluant vers ces alternatives de réseaux sociaux sera-t-il suffisant pour atteindre une masse critique et ainsi apporter des changements sociaux concrets ? Comment pouvons-nous continuer à parler de divers problèmes dans les mouvements sociaux en ligne ? Comment transformer la prise de conscience en un changement que nous rêvons de voir ?

On ne peut pas répondre facilement à ces questions. Mais dans le cas de la Thaïlande, on continue d'observer un « tremblement de jeunesse » et une croissance de la prise de conscience politique chez les étudiant·e·s.

On continue également d'observer comment les espaces ouverts en ligne ont conduit à un discours plus critique concernant le gouvernement.

La manipulation de l'espace d'information par les autorités n'a fait qu'accélérer ce processus.

*L'activiste thaïlandaise Chonthicha Jangrew (Lookkate) est la co-fondatrice du Groupe pour la restauration de la démocratie (Democracy Restoration Group, DRG). Elle est engagée dans la défense de la démocratie et des droits humains, notamment à travers un travail de plaidoyer en faveur de la liberté d'expression et de rassemblement, qu'elle mène depuis le coup d’État de 2014.
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Des différences monumentales: la dispute entre Prague et Moscou autour de la Seconde guerre mondialehttps://fr.globalvoices.org/?p=250527http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_121916_Des_differences_monumentales__la_dispute_entre_Prague_et_Moscou_autour_de_la_Seconde_guerre_mondialeFri, 03 Jul 2020 10:19:16 +0000Mémoire tchèque de la Seconde guerre mondiale : d'un libérateur à l'autre

Vue de l’ancien monument au maréchal Koniev, le 13 mai 2020. Sa statue a été enlevée. Sur le piédestal en bois, un tagueur a écrit « Koněv = vrah », ce qui signifie « Koniev = assassin ». Photo de Filip Noubel, utilisée avec sa permission

Sauf indication contraire, les liens contenus dans cet article sont en français.

L’arrivée du 75e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, au début du mois de mai, a exacerbé le problème de la perception des personnages historiques, aussi bien en République tchèque qu’en Russie. Le mois dernier, à Prague, la statue de l’un d’entre eux, un maréchal soviétique controversé, a été soudainement déboulonnée d’un square fréquenté malgré les protestations virulentes de Moscou.

Dans le même temps, un monument tout aussi délicat sur le plan géopolitique a été dévoilé le 9 mai, jour anniversaire de la fin de la guerre, en l’honneur d’un autre personnage. L’impasse entre les deux pays puise ses origines dans les disputes autour de la libération de la Tchécoslovaquie, en 1945, qui a ouvert la voie à près d’un demi-siècle de communisme en Europe centrale et orientale.

Frères hier, ennemis aujourd’hui ?

La République tchèque et la Russie vivent une relation fructueuse, mais souvent conflictuelle, sur laquelle l’histoire du XXe siècle jette son ombre.

De 1948 à 1989, la Tchécoslovaquie est un pays officiellement communiste. En 1955, elle rejoint le pacte de Varsovie. La première fissure majeure dans l’axe entre Moscou et Prague se dessine en août 1968 : l’Union soviétique envoie ses troupes en Tchécoslovaquie pour écraser un printemps politique opposé à l’orthodoxie communiste.

Après cet épisode sanglant, les relations officielles entre les deux pays reviennent à la normale. Au moment où le réformiste Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir à Moscou dans les années 80, ce sont les dirigeants tchécoslovaques qui résistent au besoin de changement politique.

Mais les bouleversements ne pouvaient pas être repoussés plus longtemps.

Quand l’esprit de la perestroïka finit par atteindre Prague, des événements jusque-là inimaginables se produisent. Les troupes soviétiques quittent la Tchécoslovaquie. Le rideau de fer tombe, l’Europe s’ouvre à nouveau.

En 1993, la Tchécoslovaquie elle-même se scinde en deux États, la République tchèque et la Slovaquie, qui rentrent toutes deux dans l’Union européenne (UE) en 2004. De 1989 à 2003, la République tchèque est dirigée par l’ancien dissident Vaclav Havel, ouvertement critique vis-à-vis du communisme.

Du point de vue de Moscou, tous ces événements représentent une énorme perte d’influence et de prestige. En 1999, Prague tourne complètement le dos à son ancien allié en rejoignant l’OTAN.

Pendant cette période, l’histoire nationale tchèque est fortement revalorisée, après plus de quatre décennies de censure conforme à la ligne du Parti communiste.

Qui a libéré Prague en 1945 ?

La vision dominante à Moscou, ainsi qu’à Prague jusqu’en 1989, voulait que l’Armée rouge soviétique, emmenée par le maréchal Ivan Koniev, ait eu le premier rôle dans la libération de Prague en chassant les derniers restes de la Wehrmacht allemande.

Aujourd’hui, cette idée est défendue par le Parti communiste de Bohême-Moravie (KSČM), aux positions révisionnistes. Avec plus de 33 000 [cs] membres, ce parti est un soutien habituel de l’actuel président sortant Miloš Zeman.

Cette histoire est encore célébrée par des monuments érigés pendant la période communiste partout dans le pays.

Mais depuis 1989, d’autres interprétations des faits ont revu à la baisse le rôle de l’Armée rouge dans la libération. Contrairement à la version communiste, ces récits soulignent le rôle joué [en] par les « Vlasovtsy », du nom de leur chef Andreï Vlassov, un groupe de Russes recrutés par l’Allemagne nazie pour combattre les Soviétiques, avant de se retourner contre elle.

Ce débat, encore très passionné, est aujourd’hui facile à exploiter au niveau géopolitique. Pour Moscou, l’attitude tchèque s’intègre à la représentation d’une « Europe ingrate » [ru], dont les pays du Centre et de l’Ouest minimisent la libération du continent par l’Armée rouge. Ce sentiment s’est récemment renforcé en Russie à la suite d’une résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019 rendant le pacte germano-soviétique, signé entre Berlin et Moscou, responsable de la Seconde Guerre mondiale.

La mémoire urbaine comme objet de lutte

En République tchèque, les tensions autour de la libération de Prague et de l’image de la Russie en général ont été ravivées par les récentes évolutions politiques.

En mars 2019, le monument au maréchal Koniev est aspergé de peinture rouge, avec les mots suivants : « Non au maréchal sanglant ! Nous n’oublierons pas. » Photo par Filip Noubel, utilisée avec sa permission.

La statue du maréchal Koniev, située dans le district de Prague 6, a été régulièrement vandalisée avec de la peinture [en]. Ondřej Kolář, le maire du district, a proposé de déboulonner la statue en invoquant les efforts et les dépenses consacrés à son nettoyage. Dans l’histoire soviétique et russe, Koniev a le statut d’une icône.

Le 3 avril, en plein état d’urgence [en] déclaré par les autorités tchèques en raison de l’épidémie de COVID-19, la statue est rapidement retirée [cs]. L’ambassade de Russie exprime son indignation sur sa page Facebook :

Очевидно, что своими провокационными действиями инициаторы войны с памятниками добиваются ухудшения всего комплекса российско-чешских отношений. Снос памятника маршалу И.С.Коневу не останется без соответствующей реакции российской стороны.

La chose est claire : par leurs actes de provocation, les initiateurs de cette guerre contre les monuments dégradent les relations russo-tchèques. Le retrait du monument au maréchal Koniev ne restera pas sans réponse : la Russie va réagir.

Pendant ce temps, Pavel Novotný, maire de Řeporyje, une petite ville de 4 000 habitants située dans le 13e district de Prague, a annoncé la construction d’un monument célébrant le rôle positif de l’armée de Vlassov dans l’histoire de sa ville.

Inauguré le 9 mai, le monument est décoré d’une citation [cs] de l’écrivain dissident soviétique Alexandre Soljenitsyne :

Zdali všichni Češi pak pochopili, kteří Rusové zachránili jejich město?

Tous les Tchèques ont-ils vraiment réalisé quel genre de Russes avaient sauvé leur ville ?

Des photos du monument sont partagées sur Twitter :

Le monument aux Vlasovtsy, les patriotes anti-staliniens, qui ont participé avec succès à la défense de Prague contre les troupes SS en mai 1945. Ces hommes ont empêché la mort de nombreux membres de la résistance tchèque et ont rejoint les rangs des héros de l’Insurrection de Prague. Nous saluons leur mémoire.

La bataille des monuments succède à un conflit symbolique autour du nom d’un square praguois, où se trouve l’ambassade de Russie.

Zdeněk Hřib, maire de Prague, est représentant du Parti pirate, membre de l’opposition, et partisan de la défense des droits de l’Homme en Russie et en Chine. Il soutient [cs] la décision, prise le 24 février par la mairie, de renommer ce square, auparavant appelé Pod kaštany (« Sous les châtaigniers »), au nom de Boris Nemtsov, le militant russe des droits de l’homme et homme politique d’opposition assassiné à Moscou en février 2015.

Lors de son ouverture le 27 février, Hřib publie sur son compte Twitter une photo du nouveau nom du square :

Aujourd’hui, à l’occasion du triste anniversaire de l’assassinat de Boris Nemtsov, nous avons [rebaptisé ce square] à son nom, en présence de sa fille, Zhanna Nemtsova.

La réaction de Moscou

Moscou s’est apparemment préparée à réagir à ces insultes par les insultes.

Le 17 avril, la Russie a informé [cs] le ministère tchèque des Affaires étrangères que l’ambassade de Russie à Prague a changé d’adresse postale officielle. Elle se situe maintenant sur une autre rue, la rue Korunovační, car le grand ensemble occupé par l’ambassade ne donne sur le square Boris Nemtsov que d’un seul côté.

Le 16 avril, un groupe de fonctionnaires du ministère russe de la Défense a envoyé une proposition [ru] au ministre de la Défense Sergueï Choïgou : rebaptiser la station de métro moscovite « Prague » au nom du maréchal Ivan Koniev, en réaction au démantèlement de son monument à Prague. Il s’agit cependant d’une recommandation qui n’a pas encore suscité de réaction officielle de la part du gouvernement russe.

Alors que les tensions s’accentuent de plus en plus entre Moscou et Prague, la police tchèque a confirmé [cs] en mai que les trois maires Hřib, Kolář et Novotný avaient été placés sous protection policière spéciale.

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Hong-Kong : entrée en vigueur de la loi de sécurité nationale de Pékinhttps://fr.globalvoices.org/?p=253291http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200703_110031_Hong-Kong___entree_en_vigueur_de_la_loi_de_securite_nationale_de_PekinFri, 03 Jul 2020 09:00:31 +0000Des rumeurs en ligne ont annoncé l'arrestation imminente de militants

Manifestation à Hong Kong. Les manifestants portent des masques à gaz, certains des casques jaunes. La foule est compacte. En arrière plan, dans une photo montage, gros plan du Président de la république populaire de Chine, Xi Jinping. Il est souriant et on distingue sur ses yeux le rajout d'un point rouge, rappelant les yeux du démon. Il appparaît entre deux buildings. Au milieu de l'image, on peut voir des gros caractères chinois en lettres rouges, ombrées jaunes. En bas à droite, on voit le logo du site d'actualités Stand News.

La nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. Image tirée du site d'actualités en ligne, Stand News.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

La Commission permanente de l'Assemblée populaire nationale (APN) (National People's Congress (NPC) Standing Committee) à Pékin a adopté, à l'unanimité, une loi sur la sécurité nationale applicable à Hong-Kong, un geste susceptible de mettre un terme à l'autonomie dont jouissait la ville, en vertu du principe “Un pays, deux systèmes” (“One Country, Two Systems.”).

Durant tout le processus législatif, Pékin a en effet refusé de révéler publiquement le projet de loi, entrant en vigueur à Hong Kong le 1er juillet 2020, jour du 23e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine.

Selon des sources à Pékin, en vertu de la nouvelle loi, les personnes reconnues coupables de “collusion avec des forces étrangères” encourront une peine de prison à vie.

Ces dernières semaines, des personnalités de l'establishment hongkongais, parmi lesquelles des intellectuels universitaires, ont fait l'objet de pressions afin d'exprimer leur soutien aux mesures prises par Pékin visant à imposer la loi sur la sécurité nationale dans la ville.

Les associations pro-Pékin revendiquent avoir recueilli 2,9 millions de signatures de citoyens en faveur de cette législation controversée.

Or, ce soi-disant soutien relève d'une foi aveugle – aucun de ces défenseurs n'a encore pris connaissance du projet de texte.

Un projet de loi secret

Le Conseil de la démocratie de Hong Kong (Hong Kong Democracy Council), dont le siège est à Washington D.C., a dénoncé cette “absurdité” sur Twitter :

On ne saurait trop insister sur l'absurdité du fait que le comité permanent du PCC (CCP Standing Committee) vient de se prononcer en faveur de la #nouvelleloisurlasécuriténationale lors d'une réunion spéciale – PERSONNE – pas même le chef de la direction de HK n'a consulté les textes de la nouvelle loi.

Le texte devrait être publié APRÈS qu'il soit déjà en vigueur. pic.twitter.com/cvYTqeioGg

HKDC – Conseil de la démocratie de Hong Kong (@hkdc_us)   30 juin 2020

Alors que le projet de loi n'a pas été présenté officiellement à la population, l'Assemblée nationale populaire (ANP), (National People's Congress, NPC) a dévoilé certains détails aux médias, lors d'un briefing le 20 juin :

  • Cette loi érigerait en infraction pénale des actes tels que la sécession, la subversion, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures.
  • La nouvelle loi prévaudra sur la législation locale en cas de conflit.
  • Les autorités de Pékin installeront une agence à Hong Kong pour recueillir des renseignements et “surveiller, superviser, coordonner et soutenir” le gouvernement local.
  • Certains litiges, “très peu” comme le souligne l'Assemblée nationale populaire, (NPC), relèveront de la juridiction de Pékin. Ce qui implique que les délinquants pourraient être jugés en Chine continentale où une audience peut être tenue à huis clos.
  • Le gouvernement de Hong-Kong va mettre en place une commission, présidée par le chef de l'exécutif, sous la houlette de Pékin, pour veiller à l'application de la nouvelle loi.
  • Le chef de l'exécutif nommera des juges chargés de présider les affaires.

Selon les dernières informations de l'Assemblée nationale populaire, les infractions à la loi seront passibles de la peine maximale d'emprisonnement à vie.

Dissolution du groupe militant Demosisto

Depuis deux jours, des rumeurs circulent sur Internet, rumeurs selon lesquelles le magnat des médias, Jimmy Lai et, le militant politique Joshua Wong seront interpellés le 1er juillet, date à laquelle la loi sera promulguée :

Jimmy Lai et Joshua Wong seront arrêtés dès que la loi sur la sécurité nationale sera promulguée le 30 juin, selon les sources https://t.co/LSvJxg1wrz

— Dimsumdaily Hong Kong (@dimsumdaily_hk) 28 juin 2020

Parallèlement, une vidéo truquée représentant une réunion interne du groupe démocratique Demosisto de Joshua Wong a largement circulé sur Weibo, et sur les autres plateformes de médias sociaux.

Elle prétend que cette organisation s'est associée au gouvernement des États-Unis dans le but de renverser le parti communiste chinois. Ceci a conduit à la conviction générale selon laquelle Joshua Wong et d'autres membres clés de Demosisto constituent les principales cibles de la nouvelle loi de sécurité.

Très vite, après l'adoption de la loi le 30 juin, quatre membres clés de Demosisto — Joshua Wong, Nathan Law, Jeffrey Ngo et Agnes Chow — annonçaient leur démission de l'organisation sur les médias sociaux. Le mouvement aurait été dissous et ses activités suspendues.

Leung Chun-ying, ancien chef de l'exécutif de Hong Kong et actuel vice-président du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (National Committee of the Chinese People's Political Consultative Conference), a d'ailleurs encouragé la population à dénoncer et à faciliter l'arrestation des suspects et des “fugitifs”, ayant fui Hong Kong :

1/2 Leung Chun-ying, ancien dirigeant de #HongKong, a offert une prime d'un million de dollars HK, sur le fonds 803, pour inciter les gens à dénoncer et faciliter l'arrestation de ceux qui violent la législation sur la sécurité nationale.  https://t.co/v14oZLwtbC pic.twitter.com/1hETXCQ6hn

— Hong Kong Free Press HKFP (@HongKongFP) 30 juin 2020

La manifestation du 1er juillet est interdite, mais devrait néanmoins avoir lieu

Les forces de police de Hong Kong ont interdit le rassemblement annuel du 1er juillet, organisé par le Front civique des droits humains, (Civic Human Right Front, CHRF), sous prétexte de la réglementation relative au contrôle de la pandémie, comme ce fut le cas pour la veillée aux chandelles célébrant la répression de la place Tiananmen le 4 juin dernier [fr].

En dépit de l'interdiction, les militants pro-démocratie (pro-democracy) restent mobilisés pour le rassemblement, alors que le Front civique des droits humains, (CHRF) a fait appel de cette interdiction.

La veille de l'adoption de la loi sur la sécurité nationale, le 29 juin, Raphael Wong, président de la Ligue des sociaux-démocrates (League of Social Democrats), a exhorté [zh] les Hongkongais à surmonter leur angoisse et à poursuivre leurs protestations le 1er juillet.

Raphael Wong a déclaré que les autorités chinoises ” tiennent à ce que les militants s'exilent, de sorte qu'ils perdent leur emprise morale et leur impact politique “.

唔使諗咁多,威照示,街照上,票照投,睇吓邊個人多,佢話293萬人撐佢,我哋就有392萬人反對佢。35+也好,35-都好,總之總票數多過佢,上街嘅人多過佢,就令佢嘅所有威嚇成為笑話!香港人,撐到拫!

Il faut donc laisser les craintes de côté et agir comme il se doit : protester, voter. Choisissez le parti offrant le plus de soutien. Ils affirment qu'ils comptent 2,93 millions de personnes à leurs côtés, nous allons leur montrer que nous avons 3,92 millions de personnes qui refusent la loi. Que nous parvenions à remporter plus ou moins de 35 sièges lors des prochaines élections du Conseil législatif, nous recueillerons davantage de voix. Si nous disposons d'un plus grand nombre de personnes dans la rue, leurs menaces finiront par devenir une plaisanterie. Citoyens de Hong Kong, allez-y !

Voici les modalités du rassemblement du 1er juillet :

#71Rally
CINQ REVENDICATIONS, PAS UNE DE MOINS
RÉSISTER À LA LOI SUR LA SÉCURITÉ NATIONALE
Date|1er Juillet 2020, mercredi
Lieu du départ|Parc Victoria
Rassemblement|14 h
Départ|15 h
Arrivée|Tim Avenue Mei, Amirauté
*Lettre d'autorisation en attente  pic.twitter.com/jikKDUc11o
Front civil des droits humains 民間人權陣線 (@chrf_hk)  25 juin 2020

Depuis 2003, le Front civique des droits humains (CHRF) accueillait le rassemblement du 1er juillet, et pour la première fois, les forces de police ont interdit l'événement. Le 4 juin, des milliers de Hongkongais ont défié cette interdiction et se sont spontanément rassemblés dans le parc Victory pour la veille en souvenir des victimes de Tiananmen.

La manifestation du 1er juillet, au moment où la loi sur la sécurité nationale sera déjà en vigueur, constituera le plus grand test, à ce jour, de la détermination des Hongkongais à résister à un nouveau régime autoritaire.

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L'histoire se répète : le terrorisme d'État chinois et la déconstruction du néo-jadidisme ouïghourhttps://fr.globalvoices.org/?p=253194http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200702_150028_L_histoire_se_repete___le_terrorisme_d_Etat_chinois_et_la_deconstruction_du_neo-jadidisme_ouighourThu, 02 Jul 2020 13:00:28 +0000Il y a trois plans d'hommes, chefs d'entreprise, acteurs de l'éducation ouïghoure. Sur le premier plan, l'homme est assis, vêtu d'un gilet rouge et d'un pantalon bleu. Il porte un bonnet noir et une cravate de couleur bleue. Sur le deuxième plan, l'homme est debout, devant un pupitre et s'exprime en public. Il porte un costume cravate et a des cheveux gris. Sur le troisième plan, il s'agit d'un homme en costume cravate, avec une moustache brune. Il est entouré de jeunes garcons écoliers. Tous sont souriants.

Les chefs d'entreprise Ablimit Halis Hajim (à gauche), Abduweli Muqiyit (au centre) et Nurtay Hajim İskender (à droite) ont été les piliers de l'éducation nationale ouïghoure et des personnalités centrales en matière de développement de la société civile ouïghoure. Tous les trois ont été la cible d'attaques de l'État chinois visant la société ouïghoure. Photos de Dilnur Reyhan et Medine Ablimit, utilisées avec autorisation.

Réputée pour être le centre de la rébellion ouïghoure, la ville de Ghulja a, en fait, souvent été un lieu de résistance à la puissance chinoise. Capitale de la seconde République indépendante du Turkestan oriental de 1944 à 1949, elle abrite de nombreux héros légendaires, tels que Nuzugum, Sadir le Brave et Ghéni le Brave. Ceci n'est qu'une des facettes de son identité : la ville revendique également des artistes et des figures littéraires célèbres tels que Lutpulla Mutellip, Zunun Qadiri, Tiyipjan Eliov et Zordon Sabir.

Ghulja est situé dans la préfecture autonome d’Ili, en bordure du Kazakhstan. Ili fut colonisée par la Russie tsariste durant 10 ans dès la fin du XIXe siècle et a fait office de porte d'entrée aux influences occidentales en provenance de l'Asie centrale russophone. Il est aussi le berceau du jadidisme ouïghour, mouvement de la renaissance entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, emmené par des intellectuels et des chefs d'entreprise désireux de réformer l'Islam et les sociétés musulmanes turques pour les inscrire dans une dynamique de modernisation plus large inspirée des modèles occidentaux et ottomans.
Cette dynamique de réforme sociétale et religieuse a contribué à la prise de conscience par la société ouïghoure de son combat contre le colonialisme chinois et l'obscurantisme religieux. Ce mouvement a engendré la première rébellion dans le sud des terres ouïghoures, donnant naissance à la première République islamique turque du Turkestan oriental de 1933 à 1934.

Durant la décennie des années 1930-1940, connue sous le nom de “terreur blanche” [en], ces réformateurs religieux et culturels – appelés jadidistes dans toute l'Asie centrale – ont été expulsés, emprisonnés et massacrés par les divers représentants de la puissance coloniale chinoise. Des intellectuels tels que Lutpulla Mutellip, Abduhaliq Uyghur, Enver Nasiri, et Memtéli Tewpiq (l'auteur de l'hymne national du Turkestan oriental) ont été brûlés vifs. Le Kuomintang, alors au pouvoir en Chine, persécutait toute personne considérée comme un adversaire politique ou ethnique.

Sur le premier plan, l'homme est assis, vêtu d'un gilet rouge et d'un pantalon bleu. Il porte un bonnet noir et une cravate de couleur bleue et, une barbichette blanche. On distingue des personnes près de lui.

Ablimit Hoshur Halis Hajim. Photo de Medine Ablimit, utilisée avec permission.

Au cours de la seconde République du Turkestan oriental, de 1944 à 1949, Ili a été la région la plus avancée, en matière de culture et d'éducation, au sein des dix districts constituant la région ouïghoure. À ce jour, elle maintient un esprit d'indépendance et offre une fenêtre sur les nouveautés et la modernité du monde extérieur. Depuis les années 1990, date à laquelle les hommes d'affaires ouïghours ont saisi les opportunités des échanges commerciaux avec l'Asie centrale, l'Asie du Sud et la Turquie, un grand nombre d'entre eux, originaire de Ghulja notamment, s'est engagé en faveur de l'éducation des jeunes ouïghours inscrits dans des universités prestigieuses étrangères.

Ablimit Hoshur Halis Hajim, riche homme d'affaires dans le secteur immobilier, était déjà reconnu pour son soutien philanthropique en faveur du développement de l'identité culturelle ouïghoure. En octobre 1994, Halis Halim, en collaboration avec ses collègues entrepreneurs Sadiqjan, Abdurishit Hajim et Memtimin Tewekkül, a rassemblé environ 200 notables de la région Ili à Ghulja et a collecté 1,5 million de yuans (l'équivalent de 200 000 dollars US) afin de constituer le Fonds Ili Halis (Ili Halis Fund), premier fonds privé d'enseignement supérieur de la région. La mission de gestion de ce fonds a été confiée à Abduweli Muqiyitau, professeur et personnalité publique, dans la mesure où Halis Hajim encourageait d'autres chefs d'entreprise ouïghours à y prendre part et à offrir des opportunités aux étudiants ouïghours de la région. La première promotion des bénéficiaires de la bourse était constituée de 800 étudiants, qui avaient été contraints d'abandonner leurs études faute d'argent et, désormais, étaient en mesure de les reprendre.

Par ailleurs, un an après la création du Fonds Ili Halis, un autre jeune entrepreneur de Ghulja, Nurtay Hajim Iskender, a inauguré la première école pour orphelins. Abduweli Muqiyit fut une nouvelle fois sollicité pour assumer la lourde responsabilité de la mise en place du fonctionnement quotidien de l'école, de la liaison avec l'État, de la communication avec les médias, du recrutement des enseignants, de l'établissement du budget, de la sélection des élèves et même du choix de l'emplacement des bâtiments scolaires.

On distingue un homme en costume cravate, avec une moustache brune. Il est entouré par de jeunes garçons, écoliers. Tous sont souriants. La scène se situe à l'extérieur, devant l'établissement scolaire.

Nurtay Hajim Iskender avec les enfants de son école. Photo de Dilnur Reyhan, utilisée avec permission.

Un paisible quartier verdoyant sur une large avenue au bord de la rivière Ili, à proximité du centre ville bruyant et animé, fut sélectionné pour devenir le site d'un bâtiment scolaire moderne et attractif incorporant des éléments architecturaux traditionnels ouïghours. Initialement, l'école accueillait 60 élèves orphelins, nombre qui est vite monté à plusieurs centaines dans toute la région au cours des années suivantes. Nurtay Hajim, avec le soutien d'autres philanthropes ouïghours, a veillé à répondre à tous les besoins des élèves, du primaire à la fin de leurs études universitaires.

Il s'agit d'un établissement scolaire de couleur blanche, avec un étage et de larges fenêtres. On distingue un balcon bleu au niveau de l'entrée. On y accède par des escaliers. La porte d'entrée est bleue et, sur la façade avancée, on peut voir le nom de l'établissement. Une rangée d'arbres est visible sur le côté gauche du bâtiment. Le ciel est bleu.

Établissement scolaire “Nurtay Hajim Iskender” de la ville de Ghulja. Photo de Dilnur Reyhan, utilisée avec permission.

La notoriété de Nurtay Hajim a dépassé Ili et s'est répandue dans toute la région ouïghoure. Avec Ablimit Halis Hajim, sont ainsi devenus les symboles de l'esprit d'entreprise avant-gardiste, caractéristique de l'ère Jadid, tandis qu'un nombre toujours croissant d'entrepreneurs ouïghours investissaient dans des projets similaires.

En 2017, le gouvernement chinois a relancé sa campagne de terrorisme d'État ciblant les intellectuels, les chefs religieux et les entrepreneurs. Malheureusement, et sans surprise, Kurtay Hajim Iskender fut l'une des victimes de ces arrestations, et son école a été fermée et transformée en camp de concentration. La plupart des enseignants de cette école ont également été interpellés, et, on ignore encore ce qui est advenu des étudiants.

Abduweli Muqiyit a été, sans surprise, une autre cible du terrorisme d'État chinois. Son grand-père avait servi dans le gouvernement de la République du Turkestan oriental, et Monsieur Muqiyit, ancien chef de la direction de l'éducation de la ville de Ghulja, a célébré en 2002 le 100e anniversaire de l'école n° 2 de Ghulja, un collège associé à un lycée parmi les plus anciens de la région ouïghoure. En 2014, il a également fondé la librairie Bilal Nazimi, laquelle a très vite tenu une place de choix dans la vie intellectuelle de la communauté, les Ouïghours de diverses classes sociales s'y côtoyant pour des conférences et des débats.

On voit un homme, se tenant debout devant un pupitre, il s'exprime en public. Le pupitre comporte deux micros et, un bouquet de roses est visible sur le devant. L'homme porte un costume cravate et a des cheveux gris. On distingue des personnes assises à ses côtés, l'écoutant. En arrière plan, on peut voir des étagères remplis de livres.

Abduweli Muqiyit dans la bibliothèque Bilal Nazimi à Ghulja. Photo de Dilnur Reyhan, utilisée avec permission.

Il est extrêmement difficile de recueillir des informations sur la situation réelle dans la région ouïghoure, qui est l'une des régions plus surveillées au monde. Une telle situation génère de nombreuses rumeurs, certaines fausses, mais aussi, souvent exactes.

Les rumeurs, selon lesquelles Nurtay Hajim serait mort en détention, ont longtemps circulé au sein de la diaspora ouïghoure, à l'instar de celle relative au célèbre musicien et chanteur Abduréhim Héyit, ont finalement été démystifiées. Les parents de Nurtay Hajim ont également démenti la rumeur, début 2020, en apprenant par des sources non officielles que Nurtay Hajim avait été condamné à la prison à vie. Abduweli Muqiyit aurait apparemment écopé de la même peine, mais la Chine ne communiquant aucune information officielle, celles-ci ne sont pas vérifiables.

Quant à Ablimit Halis Hajim, ses enfants, installés à l'étranger, ignorent s'il a été relâché ou condamné.

Les trois hommes ont été les piliers du système éducatif national ouïghour, en marge des structures officielles, des acteurs essentiels dans le développement de la société civile ouïghoure et, dans leur effort de modernisation de l'éducation, de l'identité et de la société ouïghoure, des pionniers du néo-jadidisme. À l'instar de nombreux autres artistes et chefs d'entreprise ouïghours, ils souhaitaient jeter les bases d'une société à la fois traditionnelle et indéniablement contemporaine, et, sont reconnus pour leur engagement en faveur de la modernisation et de l'ouverture. Leur arrestation puis leur disparition de la ville Ghulja ont provoqué un effet dévastateur sur la communauté ouïghoure.

Vers la fin des années 1930 et au début des années 1940, la politique de “terreur blanche” conduite par le gouverneur chinois de la région ouïghoure, Sheng Shicai , avait pour but d'éradiquer la classe intellectuelle et bourgeoise ouïghoure pour subjuguer la nation ouïghoure. Le démantèlement de la société ouïghoure, engagé ces derniers temps, par le secrétaire du parti de la province du Xinjiang, Chen Quanguo, sous la direction de Xi Jinping, a été perçu comme le retour de cette terrible époque pour beaucoup.

*L'auteur souhaite remercier l'intellectuel ouïghour-australien, Selime Kamal ainsi que la fille d'Albimit Halis Hajim, Medine Ablimit, pour les informations fournies sur la vie d'Abduweli Muqiyit et d'Ablimit Halis Hajim.

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Entre incendies et pandémie, l'Amazonie brésilienne s'achemine vers un scénario catastrophehttps://fr.globalvoices.org/?p=253246http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200702_124501_Entre_incendies_et_pandemie__l_Amazonie_bresilienne_s_achemine_vers_un_scenario_catastropheThu, 02 Jul 2020 10:45:01 +0000Une région grande comme trois fois la ville de São Paulo est menacée

Incendies en Acre en septembre 2019 | Photos: Katie Maehler/ Mídia NINJA/Sous licence CC-BY-NC

Cet article a été initialement publié sur le site de l'agence de journalisme indépendant Amazônia Real. Il est ici publié par Global Voices dans le cadre d'un partenariat de contenu. Ce lien renvoie à la version originale en portugais. [Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en portugais, ndlt.]

L'Amazonie a enregistré l'an dernier [fr] les taux de déforestation les plus élevés de ces dix dernières années. Pourtant, en 2020, ça risque d'être pire. Une étude de l'Institut de recherches environnementales de l'Amazonie (Ipam) au Brésil, indique qu'une zone d'au moins 4 500 kilomètres carrés de forêt déboisée pourrait être brûlée cette année, dont 88 % sur le territoire de quatre états brésiliens : le Pará (42%), le Mato Grosso (23%), le Rondônia (13%) et l'Amazonas (10%). L'étude précise :

Se tudo virar fumaça, a região pode enfrentar estado de calamidade pública na saúde devido a sobreposição de queimadas com pandemia de Covid-19, o que sobrecarregará ainda mais a rede saúde já em colapso nos atendimentos à população.

Si tout part en fumée, la région pourrait être confrontée à une catastrophe sanitaire en raison du chevauchement des incendies avec la pandémie de Covid-19, ce qui provoquerait une surcharge supplémentaire sur le système de santé déjà débordé.

Outre son action de protection de l'environnement, la lutte contre les feux et la déforestation est devenue une mesure de santé publique, d'après l'un des auteurs de l'étude, le chercheur Paulo Moutinho, docteur en écologie et membre de l'Ipam. Une inquiétude qui s'explique par les données recueillies l'année dernière quand les municipalités les plus touchées par les incendies ont vu la pollution de l'air augmenter en moyenne de 53% par rapport à 2018.

Moutinho souligne que si les autorités n'interviennent pas, les pertes en vies humaines pourraient dépasser celles de la pandémie, et que des précautions doivent être prises. Un autre chercheur ayant collaboré à l'étude, le physicien Paulo Artaxo, de l'Université de São Paulo (USP), explique :

Durante a temporada de fogo, extensas áreas da Amazônia têm qualidade do ar pior que no centro da cidade de São Paulo devido às queimadas. Isso tem forte efeito na saúde, especialmente em crianças e idosos, que são as populações mais vulneráveis. (…) Como a poluição das queimadas viaja por milhares de quilômetros, comunidades isoladas de índios respiram esta atmosfera insalubre, que é muito acima dos padrões de qualidade do ar da Organização Mundial da Saúde.

Pendant la saison des incendies, des zones très étendues de l'Amazonie ont une qualité d'air pire qu'au centre ville de São Paulo à cause des feux. Cela influe énormément sur la santé, notamment chez les enfants et les personnes âgées, qui sont les populations les plus vulnérables.  (…) Étant donné que la pollution due aux incendies se répand sur des milliers de kilomètres, des communautés isolées d'indiens respirent cette atmosphère malsaine qui enfreint toutes les normes de qualité de l'air de l'Organisation mondiale de la santé

L'étude de l'Ipam, publiée le 8 juin, mentionne que près de 45% de la zone déboisée en 2019 n'a toujours pas été brûlée – une zone géographique équivalente à trois fois la ville de São Paulo.

Pour la directrice scientifique de l'Ipam, Ane Alencar, qui signe par ailleurs la note technique de l'étude, les autorités environnementales doivent faire preuve de détermination dans la lutte contre la déforestation illégale et les incendies :

Se isso não acontecer, temos chances de ter uma pressão muito grande no sistema de saúde da Amazônia e levá-lo, de fato, ao colapso.

Sinon nous risquons d'être confrontés à une pression trop forte sur le système de santé en Amazonie qui pourrait mener, de fait, à son effondrement.

Le 22 avril, en plein conseil des ministres avec le président Jair Bolsonaro, le ministre de l'environnement, Ricardo Salles, a déclaré qu'il fallait profiter du fait que la presse se concentre sur la pandémie pour faire “passer la pilule” – ce qui signifie pour lui dérégulariser les normes et les lois environnementales.

D'après les calculs des scientifiques, si le rythme rapide de la déforestation se poursuit dans les mois à venir, ce sont près de 9 000 kilomètres carrés qui pourraient se transformer en cendres, car la période la plus intense d'abattage et de brûlis se situe entre juin et août avec l'arrivée de la sécheresse. Le document indique que, si la moitié de cette zone brûle, ce sera pire qu'en 2019.

Les incendies augmentent de 35% en Acre

Le nombre de foyers d'incendies dans l'état de l'Acre détectés en 2020 par l'Institut national de recherches spatiales (Inpe) [fr], l'institution de référence pour la surveillance par satellite du Brésil, dépassaient déjà de 35% ceux de 2019. Selon l'Inpe, entre le 1° janvier et le 14 juin de cette année, il y a eu 84 incendies dans l'état. En 2019 pour la même période, 62 incendies avaient été détectés. En 2019, l'Inpe a détecté 6 802 foyers d'incendies dans les forêts locales.

Le nombre de foyers enregistrés dans les zones urbaines par les services d'incendies de l'Acre étaient au nombre de 6 867 en 2019. Ce qui porte à plus de 13 000 le nombre total d'incendies dans cet état l'année dernière (zones urbaines et rurales).

Le porte-parole des pompiers, le major Cláudio Falcão, affirme que rien qu'à Rio Branco, la capitale de l'état, 999 incendies de forêts ont déjà été enregistrés au 7 juin contre 544 l'an dernier. Quant aux incendies en zone urbaine, 1 086 ont déjà été comptabilisés dans l'ensemble de l'état. Voici ce qu'il dit :

Não sei o que é mais difícil o controle das queimadas ou da pandemia. Todos os anos nós passamos por dificuldades, mas a população continua queimando.

Infelizmente, temos registrados um aumento de queimadas. E isso faz com que o sistema de saúde se sobrecarregue ainda mais porque começam a aparecer doenças respiratórias. Vamos ter um problema muito sério.

É preciso conscientização da população e intensificação dos órgãos de fiscalização para podermos diminuir essa situação

Je ne sais pas ce qui est le plus difficile à contrôler : le brûlage ou la pandémie. Chaque année nous traversons des périodes difficiles, mais les gens continuent de brûler. Malheureusement, on constate que les incendies augmentent. Et cela ne fait que surcharger encore plus le système de santé avec l'apparition de maladies respiratoires. On va au-devant d'un problème très sérieux. Il faut que les gens en prennent conscience et que les organismes de contrôle intensifient leurs actions afin que nous puissions améliorer cette situation.

Selon le laboratoire de géotraitement appliqué à l'environnement de l'Université fédérale de l'Acre (Ufac), plus de 175 000 hectares ont brulé en 2019 notamment dans les “municipios” (municipalités [fr]) de Sena Madureira, Rio Branco, Feijó, Tarauacá et Brasiléia. Au moins 1 700 hectares ont été touchés dans la région du Haut-Acre. D'importants incendies de forêt se sont même produits dans la Réserve extractive Chico Mendes [fr] et sur des terres indigènes.

Trator em área de desmatamento ilegal em São Félix do Xingu, no Pará, em 2012 | Foto: Alberto César Araújo/Amazônia Real

La logique destructrice du brûlage

Après avoir défriché, on brûle, c'est toute l'histoire de la destruction des forêts en Amazonie, explique la chercheuse Ane Alencar. En effet, il existe une très forte corrélation entre la déforestation et les points de chaleur :

Ninguém vai gastar dinheiro para derrubar vários hectares de floresta para depois não usar essa área, mesmo que seja para especulação. Essa área vai ser queimada.

Foi o que vimos acontecer em 2019 e, infelizmente, se nada for feito, é o que deveremos ver em 2020, já que a derrubada continua num ritmo elevado.

Personne ne dépenserait de l'argent pour abattre plusieurs hectares de forêt et ensuite ne rien faire de cette zone, même pour spéculer. Cette zone va brûler. C'est ce que nous avons vu en 2019, et malheureusement, si rien n'est fait, c'est ce que nous allons voir en 2020, car les abattages se poursuivent à un rythme élevé.

Les brûlis augmentent la quantité de fumée dans l'air transportant des particules fines, appelées aérosols. Dans les zones les plus touchées par les nuages polluants, on assiste à une explosion du nombre de patients atteints de maladies respiratoires. Depuis le mois de mars, les services de santé publique sont déjà submergés par les cas de Covid-19 et trois états amazoniens sont parmi ceux qui comptent le plus grand nombre de cas de cette maladie au Brésil.

D'après l'Ipam, fin mai 2020, 20% des décès dus au nouveau coronavirus sont survenus dans région Nord [fr], qui a également enregistré le taux d'incidence et de mortalité le plus élevé pour 100 000 habitants. Le 25 juin, le pays comptait 54 971 décès et 1 228 114 cas enregistrés.

No Amazonas, no Pará e em Mato Grosso, mais de 20% das pessoas moram em áreas que exigem um deslocamento de até quatro horas para chegar ao município mais próximo com condições de atendimento em casos graves de Covid-19. As pequenas e médias cidades, se atingidas simultaneamente por fumaça das queimadas e infecções pelo novo coronavírus, tendem a não conseguir absorver a necessidade da população.

En Amazonas, au Pará et au Mato Grosso, plus de 20% des décès surviennent dans des zones qui demandent un déplacement d'au moins quatre heures pour atteindre le “municipio” le plus proche ayant la capacité d'accueillir des cas graves de Covid-19. Les petites villes et les villes moyennes, touchées simultanément par les fumées des incendies et les infections dues au nouveau coronavirus, ne sont pas en capacité d'absorber les besoins de la population.

Les zones les plus critiques

Comme le souligne l'étude, jusqu'à présent les zones ont été défrichées mais pas brûlées. Ce qui rend essentielle une action concertée du gouvernement fédéral et des états déclare Paulo Moutinho. Notamment dans les états de l'Acre, du Pará et d'Amazonas, où se situent les zones critiques.

Au Pará, il y a “un arc de feu qui relie la région d'Altamira São Félix do Xingu”, déclare l'Ipam. L'étude pointe les régions critiques, le passage qui longe la route transamazonienne [fr] (BR-230), d'Altamira à Rurópolis.

En Acre, les “municípios” autour de Rio Branco et ceux qui bordent la route BR-364 (reliant l'état sud – est de Sao Paulo à l'état de l’ Ouest Acre) sont les plus menacés par les brûlis et les incendies de forêt. Et en Amazonas, ce sont les “municípios” situés au sud de l'état où l'agriculture et l'exploitation forestière exercent une forte pression.

Les villes du Roraima, du Mato Grosso et la capitale du Rondônia, Porto Velho, sont, elles aussi, menacées par les incendies.

Augmentation de la déforestation en 2019

Le 9 juin, l’Institut national de recherches spatiales (INPE) a fait état une augmentation de 34,4% de la destruction de la forêt amazonienne entre août 2018 et juillet 2019 par rapport à la même période en 2017 et 2018. Au total, 10 129 kilomètres carrés ont été déboisés – le chiffre le plus élevé depuis 2008, qui était de 12 911 kilomètres carrés.

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Rejet historique de l'implantation d'une mine de charbon par un tribunal australien au nom du changement climatiquehttps://fr.globalvoices.org/?p=252883http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200702_100006_Rejet_historique_de_l_implantation_d_une_mine_de_charbon_par_un_tribunal_australien_au_nom_du_changement_climatiqueThu, 02 Jul 2020 08:00:06 +0000Hunter Valley coal

Mine appartenant au groupe Rio Tinto sur le Mont Thorley, dans la Vallée de l'Hunter 2014 – Photo partagée sur Flickr par Lock the Gate Alliance sous license CC by 2.0

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Un tribunal australien a pris la décision sans précédent de rejeter le projet d'une nouvelle mine de charbon à cause de son impact sur le changement climatique. Le projet de mine Rocky Hill devait voir le jour près de Gloucester en Nouvelle-Galles du Sud, dans la vallée de l'Hunter. Brian Preston, le président du Tribunal foncier et de l'environnement de la Nouvelle-Galles du Sud a indiqué que l'implantation d'une mine à ciel ouvert serait “malavisée”.

Il conclut :

The construction and operation of the mine, and the transportation and combustion of the coal from the mine, will result in the emission of greenhouse gases, which will contribute to climate change.

La construction et l'exploitation de la mine, ainsi que le transport et la combustion du charbon entraîneront l'émission de gaz à effet de serre, contribuant ainsi au changement climatique.

Les membres de Groundswell Gloucester, un groupe activiste local, se réjouissent de cette décision. Elaine Johnson, avocate spécialiste de l'environnement, a exprimé leur joie sur Twitter:

“La salle d'audience bondée a salué dans le calme le verdict du juge Preston par des embrassades et des poignées de main. Un des opposants à la mine a même fondu en larmes.”

Quel privilège de partager ce moment avec les militants @EDONSW et @GGlo2422https://t.co/L3nZbh3hS2

— Elaine Johnson (@ElaineEDO) 8 Février 2019

Avocats, lobbyistes, universitaires, écologistes et économistes ont réagi en ligne sur les répercussions de cette décision historique. L'activiste environnemental John Englart a résumé ainsi sur Twitter:

La position sur le charbon et le #changement climatique du Tribunal foncier et de l'environnement de la Nouvelle-Galles du Sud en #Australie a envoyé une onde de choc planétaire: les habitants de Rocky Hill ont utilisé la loi pour stopper l'implantation d'une mine de charbon. Qu'est-ce que le contentieux climatique? Via ⁦@p_hannamhttps://t.co/1JG3vk33fW

— John Englart EAM (@takvera) 16 Février 2019

Justine Bell-James, universitaire en droit de l'environnement, a analysé le futur des contentieux climatiques dans The Conversation, et conclut:

It is hard to predict whether his decision will indeed have wider ramifications. Certainly the tide is turning internationally – coal use is declining, many nations have set ambitious climate goals under the Paris Agreement, and high-level overseas courts are making bold decisions in climate cases.

Il est difficile de prédire l'impact de cette décision. Nous assistons à une mobilisation internationale – l'utilisation du charbon est en déclin, bon nombre de pays ont fixé des objectifs climatiques ambitieux dans le cadre de l'Accord de Paris, et de hautes instances étrangères prennent des décisions courageuses en matière de climat.

L'économiste John Quiggin a également étudié les implications à long-terme de cette décision:

[…] miners will sooner or later face demands for compensation for the damage caused by climate change.

The strongest case will be against mines that have commenced operation after the need to leave remaining reserves in the ground was already clear. Anyone considering investing in, lending to or insuring such mines should be prepared for more decisions like Rocky Hill.

[…] les exploitants de mines devront tôt ou tard faire face aux demandes d'indemnisation liées aux dégâts causés par le changement climatique.

Les réactions les plus sévères seront à l'encontre des mines mises en service après la prise de conscience de l'importance de préserver les réserves souterraines. Toute personne qui veut investir, octroyer des crédits, ou assurer des exploitations minières doit se préparer à des décisions comme celle de Rocky Hill.

Herbert Smith Freehills, une entreprise internationale de services professionnels, offre ses conseils pour ‘bénéficier d'opportunités tout en limitant les risques’. Elle conseille à ses actuels et futurs clients:

Proponents seeking consent for new projects, or modifications of existing projects, with ‘material’ greenhouse gas emissions across all industries in NSW should carefully assess climate change impacts, particularly if the proposal is not ‘carbon neutral’.

Dans tous les secteurs industriels de Nouvelle-Galles du Sud, les promoteurs de projets, ou ceux qui souhaitent modifier des projets en cours, doivent minutieusement évaluer les impacts du changement climatique, surtout si les projets en question ne sont pas ‘neutres en carbone’.

Le même jour, l'éminent cabinet juridique australien, Corrs Chambers Westgarth, plaide une cause similaire:

Future proponents will need to seriously consider the decision, as will banks and others who would traditionally invest in or support coal and other fossil fuel-dependent industries.

It is possible that the increasing recognition of causative links between fossil fuel developments and climate change could pave the way for future compensation claims of the kind now being seen in the United States.

Les futurs promoteurs devront sérieusement considérer leurs décisions. Les banques, les acteurs qui traditionnellement investissent dans l'industrie du charbon ou la soutiennent, ainsi que toutes autres industries dépendantes des énergies fossiles devront faire de même.

La plus forte prise de conscience des liens de causalité entre énergies fossiles et changement climatique pourrait ouvrir la voie à des demandes d'indemnisation similaires à celles déjà observées aux Etats-Unis.

Malgré tout, des climato-sceptiques sur internet contestent les arguments scientifiques et se rallient aux médias grand public, comme ceux gérés par Rupert Murdoch:

Ergas critique ouvertement la grotesque décision rendue concernant la mine de Rocky Hill, qui soutient que la crainte du changement climatique (théorie toujours discutable) est un argument suffisant pour refuser l'exploitation d'une mine de charbon: https://t.co/uVHyUDwSiL

— Andrew Deakin (@andrewl5059) 22 Février 2019

Dans le même temps, Glencore, une compagnie minière internationale située en Suisse, annonce qu'elle va plafonner sa production mondiale de charbon pour des raisons environnementales. Glencore est le plus important producteur de charbon en Australie.

Face à la pression des investisseurs, Glencore limite sa production de charbon  https://t.co/A6bqkmqviX pic.twitter.com/dk6BBJIe3R

— GR (@GasEnergyUnion) 20 Février 2019

Même si un recours en justice ou une disposition législative du gouvernement pourrait annuler le rejet de la mine, les risques de contentieux climatiques avec les grands émetteurs de gaz à effet de serre ne sont pas près de disparaître.

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Un court métrage illustre la réalité des Noir·e·s au Japonhttps://fr.globalvoices.org/?p=253289http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200701_185628_Un_court_metrage_illustre_la_realite_des_Noir__e__s_au_JaponWed, 01 Jul 2020 16:56:28 +0000Un jeune garçon doit apprendre à gérer les railleries racistes

Plan extérieur sous la pluie montrant le visage d'un jeune garçon noir, vêtu d'un haut de survêtement et portant un masque de protection faciale baissé sous son menton. Il regarde droit devant lui, son visage est neutre.

Extrait du court métrage Born With It (Né avec), tiré du compte public Vimeo d'Emmanuel Osei-Kuffour Jr.

[Tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Born With It, un court-métrage du réalisateur américain Emmanuel Osei-Kuffour Jr, retrace l'histoire de Keisuke Fujii, un jeune garçon qui quitte Tokyo et change d'école pour suivre sa mère qui vient de trouver un nouveau travail à la campagne. Ce garçon, noir et japonais, va devoir subir et apprendre, en quelque sorte, à faire face aux railleries racistes de ses nouveaux camarades de classe.

Initialement sorti en 2015, le court métrage d'Emmanuel Osei-Kuffour a récemment suscité un regain d'intérêt après une projection conjointe organisée, en juin 2020, par la Japan Society de New York et la Japan-American Society de Houston.

Emmanuel Osei-Kuffour a travaillé en tant que cinéaste à Singapour et au Japon, et est désormais installé aux États-Unis. Le rôle principal du film est interprété par Dadie Takagasugi, originaire du Japon, de mère japonaise et de père ghanéen. Lors d’interviews, Emmanuel Osei-Kuffour a expliqué que l'idée de Born With It était née de son expérience du racisme en tant qu'étudiant de troisième cycle à Singapour, mais il a ajouté que le personnage de Keisuke Fujii était inspiré de conversations tenues avec des amis japonais afrodescendants, notamment sur leurs expériences de jeunesse au Japon.

« Je souhaite que mon film permette aux personnes qui sont différentes de se sentir moins seules et plus confiantes dans leur singularité », a déclaré Emmanuel Osei-Kuffour, au cours d'une interview accordée peu après la sortie du film.

D'autres courts métrages d'Emmanuel Osei-Kuffour restent disponibles en ligne, notamment The First Time (La première fois) et When Doors Open (Quand les portes s'ouvrent). Born With It est accessible en version intégrale sur Vimeo (en japonais avec sous-titrage en anglais).

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L'OMS exhorte le Pakistan à rétablir le confinement après une recrudescence de cas de COVID-19https://fr.globalvoices.org/?p=253189http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200701_151616_L_OMS_exhorte_le_Pakistan_a_retablir_le_confinement_apres_une_recrudescence_de_cas_de_COVID-19Wed, 01 Jul 2020 13:16:16 +0000Un “confinement intelligent” pour cibler, suivre, localiser, tester et isoler

Trois voitures de la police des autoroutes en patrouille, identifiables grâce aux couleurs bleues et jaunes et à un girophare, avec le sigle police. La journée est ensoleillée.

La police des autoroutes patrouille au Pakistan. Image via Wikipedia par Akash0078, sous licence CC BY-SA 4.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Au début du mois de juin, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a adressé une note à l'ensemble des provinces du Pakistan, précisant que le pays se situait parmi les dix pays du monde signalant le plus grand nombre de nouveaux cas de COVID-19 par jour. Après discussion, le Pakistan a donc imposé une stratégie de dépistage et de traçage de type « confinement judicieux » (smart lockdown), dans les régions du pays considérées comme des foyers de coronavirus.

On dénombre aujourd'hui 173 590 cas confirmés au Pakistan et 3 590 personnes ont succombé au virus. Le gouvernement a recommandé aux citoyens de se protéger, d'éviter de sortir, de porter des masques et de se laver les mains, dans la mesure où le système de santé ne sera pas en mesure de prendre en charge l'ensemble des nouveaux cas.

Le nombre de cas de COVID-19 est passé à 165 062 après la détection de 4 944 nouvelles contaminations au Pakistan ces dernières 24 heures, tandis que 136 autres personnes ont succombé au virus mortel. Est-ce que le « confinement intelligent » se révèle efficace ?

[image]
Nous sommes à l'extérieur, dans une rue. Il y a des habitations et des arbres. Un militaire, portant un masque de protection faciale, se tient à l'entrée de cette rue. Derrière lui, des couvertures sont visibles, tendues sur des barrières, et fermant ainsi cette rue. Le militaire  garde cette rue en y interdisant l'entrée.

Augmentation des contaminations suite à l'assouplissement des restrictions

À la mi-mars, le gouvernement pakistanais a entrepris la mise en place de ses premières mesures de bouclage. Le Premier ministre, Imran Khan, avait indiqué, dès le début, que le Pakistan ne pourrait pas se satisfaire d'un confinement total, craignant que les 25 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté ne meurent de faim. Le gouvernement a donc interdit les rassemblements publics, fermé les restaurants et toutes les autres activités quotidiennes, et fermé les établissements scolaires jusqu'au 15 juillet. En revanche, les magasins proposant des articles d'usage quotidien, les boutiques de fruits et légumes, et les pharmacies restaient ouverts.

Ainsi, le 10 mai, deux semaines seulement avant la fête de l’Aïd [fr], célébration islamique au lendemain du Ramadan, le gouvernement a allégé les mesures de confinement, après avoir reçu des pressions de la part du milieu des affaires pour un relâchement des restrictions. La Cour suprême du Pakistan a également émis un avis suo motu (avis émis par un juge ayant pris connaissance d'un incident d'intérêt public sans qu'aucune partie n'ait demandé son examen) et a promulgué une directive enjoignant le gouvernement à rouvrir les centres commerciaux dans tout le pays.

Les autorités pakistanaises signalent 520 nouveaux cas et 17 nouveaux décès au cours des dernières 24 heures. Nous ne sommes pas en mesure d'assouplir le confinement. Le gouvernement, en tant que tel, privilégie l'idée douteuse de nécessité économique au détriment de la vie de nombreuses personnes.

Selon l'Association médicale du Pakistan, le gouvernement devrait considérer le virus avec le plus grand sérieux et la Cour suprême devrait réexaminer son jugement. Les professionnel·le·s de santé redoutaient que le pays ne dispose pas de l'infrastructure nécessaire pour prendre en charge les patients si le gouvernement choisissait de faire pression pour obtenir l'immunité collective.

Quand le confinement a été allégé, la population a été invitée à « se comporter en citoyen·ne·s responsables et avisé·e·s ». Cependant, les personnes ont déferlé, par milliers, sur les marchés pour les achats de l'Aïd, et ont enfreint toutes les procédures opérationnelles permanentes. Dans une interview avec des clients du marché, ceux-ci ont nié l'existence du coronavirus.

🚨🚨🚨🚨#Peshawar Sadar Bazar aujourd'hui
Remarque : Peshawar est la première ville en termes de nombre de décès dus au #COVID__19 au #Pakistan, plus de 80 cas quotidiens positifs et, après une pause dans le confinement, voici la situation.

[image]
Nous nous trouvons dans une rue avec une multitude de boutiques et une foule compacte. On peut voir principalement des femmes en tenues islamiques et portant des masques de protection faciale. La rue est dense et des fils électriques sont visibles en hauteur.

Un mois après la levée du confinement, le Pakistan a enregistré plus de 100 000 cas, entraînant une forte sollicitation du système de santé.

Vous ne pouvez prédire le pic de l'épidémie que si vous avez pris les mesures nécessaires (confinement, mesures énergiques de dépistage, traçage des contacts, etc.)

Le Pakistan a relâché ses efforts dans ce domaine. C'est pourquoi la projection de ce pic continue de varier d'un mois à l'autre.

[article du Washington Post expliquant les simulations]
https://www.washingtonpost.com/graphics/2020/health/corona-simulator-french/

Comme on s'y attendait, le nombre de cas a augmenté et la circulaire de l'Organisation mondiale de la Santé aux provinces a souligné que le Pakistan ne pratiquait pas suffisamment de tests et devait absolument les intensifier. Ce à quoi Bilawal Bhutto, président du Parti du peuple pakistanais [fr], a réagi par un tweet :

Dans sa lettre au gouvernement du Sind, l'OMS fait part de ses préoccupations et de ses suggestions. Le gouvernement du Sind en discutera avant de les appliquer au niveau national. Nous réclamons depuis longtemps que la politique nationale soit associée aux réalités et à nos propres capacités. Malheureusement, jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'approche nationale.

Dans une conférence de presse, le ministre pakistanais de la Planification, du Développement et des Initiatives particulières, Asad Umar, a prévenu que les cas confirmés de COVID-19 pourraient doubler d'ici la fin de ce mois et atteindre 1 million à 1,2 million d'ici la fin juillet si des mesures de précaution n'étaient pas prises par la population.

Mise en place d'un confinement efficace

Le gouvernement pakistanais a décidé, la semaine dernière, de mettre en place un dispositif de confinement sélectif ou « intelligent » contre le virus. Un confinement intelligent est un dispositif ciblé de localisation, de test et de quarantaine, assisté par les services de sécurité nationale pour stopper la propagation des coronavirus. L'objectif est de sécuriser les zones qui comptent un grand nombre de personnes contaminées, tout en assouplissant les restrictions sur les activités économiques selon des procédures opérationnelles permanentes. Néanmoins, les utilisateurs des médias sociaux réfléchissent à cette initiative, estimant que le Pakistan devrait être totalement isolé.

“Fermeture stricte”
“Léger confinement”
“Le coup de grâce”
“Verrouillage sélectif”
“Marchés fermés le samedi et le dimanche, et ouverts les autres jours”
En arrivant au Pakistan, le coronavirus est devenu incontrôlable.

Certaines provinces, comme le Sind, sont face à de véritables défis dans la mise en œuvre efficace d'un confinement sélectif, par manque de ressources et de main-d'œuvre mais aussi du fait d'une méconnaissance de la part de la population.

Suite à la recommandation de l'OMS, toutes les provinces ont réimposé le bouclage des zones les plus exposées au coronavirus. Le gouvernement applique une stratégie de traçage, de dépistage et de quarantaine, conformément aux protocoles stricts définis par l'OMS, et recourt également à la technologie, aux forces de police et à une équipe de volontaires pour déterminer la conformité aux restrictions.

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De la prison à l'exil : entretien avec l'activiste vietnamienne Tran Thi Ngahttps://fr.globalvoices.org/?p=253094http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200701_091555_De_la_prison_a_l_exil___entretien_avec_l_activiste_vietnamienne_Tran_Thi_NgaWed, 01 Jul 2020 07:15:55 +0000Ils ont pu briser son corps, jamais son esprit.

Image de Tran Thi Nga aujourd'hui, accolée à une photo en noir et blanc lors de son arrestation.

L'ancienne prisonnière politique Tran Thi Nga évoque les effets que peut avoir l'incarcération sur les femmes et les enfants. Source : capture d'écran issue de la vidéo YouTube mise en ligne par The 88 Project.

Cet article est issu de The 88 Project, un site d'informations indépendant sur le Vietnam. Il est republié par Global Voices dans le cadre d'un accord d'échange de contenus.

[Tous les liens renvoient vers des contenus en anglais, ndlt.]

The 88 Project a eu l'opportunité d'interviewer l'ancienne prisonnière politique Tran Thi Nga, qui revient pour eux sur son expérience carcérale et sur les conséquences que peut avoir la prison sur les femmes et leurs enfants.

Tran Thi Nga a été libérée de prison en janvier 2020 et immédiatement forcée de s'exiler aux États-Unis. Elle avait alors purgé environ un tiers de la peine de neuf ans qui avait été prononcée à son encontre en raison de son activisme en faveur des droits fonciers et des travailleurs.

Dans la vidéo ci-dessous, Tran Thi Nga évoque les répercussions psychologiques qu'ont eu son arrestation et son emprisonnement sur ses jeunes enfants. Son plus jeune fils avait à peine quatre ans lorsqu'il a vu sa mère être arrêtée par la police dans leur propre maison. Lorsque le mari de Tran Thi Nga a été amené au commissariat pour y être interrogé, leur fils de six ans a lui aussi été détenu et même séparé de son père. Les enfants ont par la suite été confrontés à des discriminations à l'école ainsi que des difficultés pour rendre visite à leur mère en prison. Cette dernière ayant été transférée dans un établissement à 1 000 kilomètres du domicile familial, les autorités se sont souvent servi des droits de visite comme moyen de pression pour tenter obtenir d'elle des aveux de culpabilité.

L'activiste poursuit en exhortant la communauté internationale à s'engager en faveur des droits des femmes et des enfants et à remédier aux injustices et aux mauvais traitements subis par les prisonnières aux mains des autorités vietnamiennes.

Tran Thi Nga est la quatrième prisonnière politique à avoir bénéficié d'une libération anticipée en échange d'un exil forcé ces dernières années, après Nguyen Van Dai (en juin 2018), Le Thu Ha (en juin 2018) et Nguyen Ngoc Nhu Quynh (en octobre 2018).

Tran Thi Nga était auparavant travailleuse migrante à Taïwan, où elle a été confrontée à de nombreuses injustices. À son retour au Vietnam, elle s'est mise à défendre les droits des travailleurs migrants et s'est engagée en faveur d'une démocratie multipartite et des droits des femmes. Elle est également devenue militante pour les droits fonciers et a manifesté contre les confiscations de terres par les autorités au sein de sa communauté.

À au moins deux reprises, elle a été agressée physiquement à cause de son activisme : en mai 2014, des voyous à la solde du gouvernement l'attaquent et lui brisent un bras et une jambe ; puis en août 2015, elle est violemment malmenée par la police cherchant à l'extirper d'un bus.

Tran Thi Nga a été arrêtée à son domicile dans la province de Ha Nam le 21 janvier 2017 pour avoir mis en ligne des vidéos et des écrits considérés comme « propagande contre l’État ».

Elle a ensuite été détenue au secret jusqu'à son procès en juillet 2017. Ce dernier n'a duré qu'une seule journée, et sa famille et ses soutiens n'ont pas été autorisés à assister à l'audience. Elle a été condamnée à neuf ans de prison et cinq ans d'assignation à résidence.

L'équipe de The 88 Project est heureuse de savoir Tran Thi Nga libre et enfin réunie avec son mari et leurs jeunes enfants.

Néanmoins, nous souhaiterions souligner que la libération anticipée de Tran Thi Nga ne devrait pas être considérée comme un signe d'assouplissement de la situation des droits humains au Vietnam. Les libérations anticipées ont été rares ces dernières années, et les prisonniers politiques en ayant bénéficié ont tous dû quitter leur pays. Celles et ceux qui refusent de partir restent derrière les barreaux et s'exposent ainsi à davantage de harcèlement.

Retrouvez l’interview complète (en vietnamien, avec sous-titrage en anglais) :

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Juin 2020, un mois de Black Lives Matter au Japonhttps://fr.globalvoices.org/?p=253121http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200630_184546_Juin_2020__un_mois_de_Black_Lives_Matter_au_JaponTue, 30 Jun 2020 16:45:46 +0000D'éminentes personnalités japonaises biraciales et mixtes ont également été victimes

Une foule compacte marche contre le racisme à Tokyo. On distingue au fond un drapeau arc-en-ciel.

Diffusion en direct de la marche de Black Lives Matter à Tokyo, 14 juin 2020. Capture d'écran de la chaîne YouTube « The Black Experience Japan ».

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndt.

Des rassemblements et des marches Black Lives Matter ont eu lieu dans les villes du Japon tout au long du mois de juin, dans le cadre du mouvement mondial de solidarité avec les manifestants aux États-Unis et dans d'autres pays. Ils ont également souligné l'importance de la vie des Noir·e·s au Japon et le problème des violences policières dans le pays.

Comme aux États-Unis, les marches japonaises de Black Lives Matter ont été précédées d'un incident de violence policière qui a été enregistré sur vidéo. Le 30 mai, plusieurs jours après que les Américain·e·s ont commencé à protester en réaction au meurtre de George Floyd, une vidéo montrait la police à Shibuya, Tokyo, en train d’agresser un homme kurde.

La vidéo a été partagée des milliers de fois dans le cadre d'une campagne sur les réseaux sociaux, sur Twitter et d'autres plateformes, et le 30 mai, 200 personnes ont participé à une manifestation devant le poste de police local.

Bien qu'elle ne soit pas directement liée, la manifestation de Shibuya a donné le coup d'envoi d'un mois de manifestations à l'échelle nationale contre les violences policières et en soutien au mouvement Balck Lives Matter. Il s'agit notamment d'une marche nocturne à Tokyo le 5 juin ; une manifestation Black Lives Matter organisée par des lycéen·ne·s à Nagoya, au centre du Japon ; et une autre à Kyoto.

Alors que l'élan continuait de croître, une marche organisée à Osaka le 7 juin a attiré dix fois plus de participant·e·s que prévu :

Mon père âgé de 72 ans est allé participer à la manifestation #BlackLivesMattter à Osaka aujourd'hui. Environ 1 000 personnes se sont rassemblées. Fier de lui✊🏼

Une deuxième marche de Black Lives Matter, qui s'est tenue à Tokyo le 14 juin, a attiré 3 500 personnes, soulignant le pouvoir organisateur de Black Lives Matter Tokyo et d'un réseau d'organisations similaires mobilisant des citoyen·ne·s ordinaires à travers le Japon :

Participation incroyable pour la marche Black Lives Matter de Tokyo #blm 東京 行進 Très calme, bonne ambiance. Et c'était vraiment merveilleux de voir les manifestants anti-discours de haine nous encourager à Shibuya Crossing.

Le racisme anti-noir est un problème

Alors que le Japon compte depuis longtemps [fr] de nombreux résidents noirs, le racisme anti-noir n'est pas inhabituelL'utilisation des représentations stéréotypées et du blackface [personne se produisant déguisée en personnage Noir, notamment avec un barbouillage de la peau, ndt] dans les médias et dans la publicité japonaise est encore si courante que début juin, une grande chaîne de télévision invité le célèbre suprémaciste blanc américain, Jared Taylor, à fournir un « contexte » sur le mouvement Black Lives Matter.

Un exemple du racisme profondément enraciné contre les Noir·e·s affiché par les médias japonais est un « point » sur le mouvement Black Lives Matter diffusé en juin par la chaîne publique nationale NHK, qui a ensuite été forcée de s'excuser. La vidéo d'animation dépeignait en effet les Noirs américains comme des pillards violents :

Ce programme télévisé vise à éduquer et à mettre à jour les téléspectateur·rice·s sur une gamme de questions et est plutôt une bonne émission. La plupart du contenu est approprié et juste mais pas sûre que cette vidéo soit correcte.

[vidéo] L'animation présente des personnages Noirs, agitant le poing, dans une scène de rue. Deux personnes portent des objets lourds, qui semblent avoir été dérobés dans un magasin mis à feu. La scène est chaotique.

Comme Krissy, un concepteur de jeux, en atteste dans un tweet largement partagé, le danger d'une telle couverture raciste est qu'elle a le pouvoir de désinformer et d'influencer :

Mon bureau au Japon a peur que je commence à casser des trucs ou à piller parce que je suis un Américain noir. La FAQ 😂 Merci NHK

D'éminentes personnalités japonaises biraciales et d'origines mixtes ont également été victimes d'abus. Ariana Miyamoto, qui a été couronnée Miss Univers Japon en 2015, a été critiquée pour « ne pas être assez japonaise ».

La star du tennis Naomi Osaka, qui est noire et japonaise, parle depuis longtemps du racisme au Japon et a récemment déclaré qu'elle n'était « pas d'humeur à renoncer à soutenir Black Lives Matter ».

Pendant ce temps, Jay Jackson, un lanceur de baseball professionnel Noir américain qui joue au Japon, pensait que la façon la plus simple pour favoriser la compréhension était d'avoir des conversations :

Que diriez-vous de demander simplement aux Noirs d'Amérique de le leur expliquer à la place …. ??? Il y en a beaucoup qui vivent ou travaillent au Japon maintenant.

Expliquant l'importance de Black Lives Matter et la crise actuelle des violences policières dans un essai pour le célèbre magazine d'affaires Toyo Keizai, Baye McNeil, commentateur, activiste et résident de longue date au Japon, suggéré [jp]:

もし日本のメディアが本当に注意を払っていて、もし日本でも「ブラック・ライブス(黒人たちの命)」が本当に「マター(大切)」なら、そういう努力をするでしょう。しかしメディアが白人の考えしか取り上げないのを見ていると、メディアは真実を知りレポートしたいのではなくて、単に状況を理解しようとしているように見られたいだけなんじゃないか、と感じてしまいます。

Pourquoi les médias japonais ne font-ils pas un effort pour trouver un commentateur qui soit réellement qualifié pour parler du [racisme anti-noir] et qui puisse informer le public de manière simple ?

Cependant, tous les médias japonais ne se sont pas fourvoyés : Toku, Da Ne, une émission télévisée diffusée en semaine dans la matinée, et populaire auprès des retraité·e·s, a été félicitée pour ses tentatives balbutiantes d'expliquer le phénomène Black Lives Matter. Des marques comme Sanrio (qui est à l'origine de Hello Kitty ainsi que d'autres personnages mignons et kitsch), ont exprimé leur soutien au mouvement BLM :

Les amis sont toujours là l'un pour l'autre. Voici quelques conseils pour devenir un·e meilleur·e ami·e et allié·e 💕

[image] Affiche dans des tons pastels, où figurent des personnages kawaii comme Hello Kitty. Légende : “Comment être un·e meilleur·e ami·e et allié·e : écouter, s'éduquer, soutenir, demander, reconnaître.”

Le mouvement Black Lives Matter ne fait que commencer au Japon, et les manifestations devraient se poursuivre tout au long de l'été, avec notamment une marche le 5 juillet à Nagoya.

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Aller loin ensemble : la diaspora de l'Afrique de l'Est à l'assaut du COVID-19 dans leurs pays d'originehttps://fr.globalvoices.org/?p=252966http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200630_171252_Aller_loin_ensemble___la_diaspora_de_l_Afrique_de_l_Est_a_l_assaut_du_COVID-19_dans_leurs_pays_d_origineTue, 30 Jun 2020 15:12:52 +0000Musique et dons de nourriture pour lutter contre la pandémie

Dans un parc au Kenya, une femme reçoit un paquet de la part de l'ONG Towa Kitu Kidogo, tandis que d'autres attendent leur tour.

Photo gracieusement fournie par Hanif Gilani, de l'ONG Towa Kitu Kidogo (en français : Donne un petit quelque chose), qui effectue des distributions de dons au Kenya.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.

À l'instar de millions de vies menacées dans le monde par le COVID-19, la communauté de l'Afrique de l'Est n'a pas échappé au phénomène. Au 14 juin, la région a enregistré 7 000 cas.

La hausse des cas de COVID-19 en Tanzanie, mon pays d'origine, a commencé à me préoccuper sachant que la plupart des membres de ma famille là-bas présentent de sérieux problèmes de santé les rendant très vulnérables au virus.

Depuis six ans que j'étudie aux États-Unis, je n'ai pu rendre visite qu'une fois à mes parents et à mon grand-père à Mwanza, en Tanzanie. Pour veiller à ce qu'eux-mêmes et d'autres Tanzanien·ne·s restent en bonne santé et aient accès aux informations sur le virus, j'ai mis en place une équipe pour traduire les informations de base sur le virus en kiswahili, la langue la plus parlée en Tanzanie.

Dans le cadre du projet « COVID-19 Health Literacy », les informations ont été publiées sous la forme d'une série de fiches, et nos efforts ont été reconnus par les médias tanzaniens tels que VijanaFM, qui les ont diffusées sur leur site web [sw].

L'auteur Azan Virji avec ses camarades de classe du secondaire en Tanzanie (à gauche), et aujourd'hui (à droite) à Cambridge, Massachusetts, où il fait sa deuxième année à l'école de médecine de Harvard. Photo gracieusement fournie par Azan Virji.

Mais je ressentais encore que je n'avais pas touché assez de gens, surtout les personnes analphabètes ou peu lettrées, ou encore celles vivant dans les zones rurales et qui n'ont pas facilement accès à l'information. De ce fait, ayant entendu l'appel des Nations Unies aux créateurs du monde entier, j'ai décidé de sortir de ma zone de confort en réunissant une équipe pour écrire une chanson pour une meilleure prise de conscience du COVID-19.

La musique est inhérente à la culture de l'Afrique de l'Est et elle a toujours été utilisée pour arbitrer les conflits et renforcer la cohésion communautaire dans les zones rurales [pdf]. La radio reste aussi un média très populaire dans les pays de l'Afrique de l'Est, et j'ai pensé qu'une chanson sur le COVID-19 pourrait avoir un grand succès auprès du public tanzanien.

De ce fait, après de nombreuses sessions d'écriture rapide de paroles et d'enregistrements nocturnes, Corona Tutaishinda (Nous vaincrons le corona) a été créée par des Tanzanien·ne·s dispersé·e·s un peu partout à travers le monde.

Pour cette entreprise, j'ai recruté des ami·e·s tanzanien·ne·s établi·e·s dans d'autres pays, qui comme moi, ont décidé de poursuivre leurs études à l'étranger. D'abord, j'ai contacté un ami passionné de musique vivant à Dubai et je lui ai demandé de faire un petit morceau de deux couplets et un refrain. Ensuite, j'ai joint deux amis tanzaniens de Boston pour produire des textes percutants. J'ai engagé une amie artiste tanzanienne vivant au Canada pour la pochette de l'album.

Contour de la Tanzanie tracé au crayon noir. Le pays est rempli de motifs de fleurs imbriqués.

Pochette de la chanson Corona tutashinda (en français : Nous vaincrons corona) de l'artiste tanzanienne Shamya Jaffer.

L'enregistrement a été de loin l'opération la plus difficile. Ma seule expérience de chant a été en théâtre au lycée et à la chorale de l'Université de Yale. Je n'avais jamais fait de rap avant, ni même enregistré ma propre chanson. J'ai donc fait appel à un expert—un camarade de classe qui avait son propre podcast. Après une courte introduction à l'utilisation de Garageband et d'un microphone professionnel, je me suis lancé. Même un ordinateur obsolète ne cessant de planter en plein milieu de l'enregistrement ne pouvait refroidir mon ardeur à faire cette chanson pour mon peuple.

Non seulement Corona Tutaishinda éduque les auditeur·rice·s sur le COVID-19, mais elle constitue aussi un message d'espoir et de solidarité. La station radio MegaFM à Arusha la diffuse depuis près de deux mois maintenant et elle est aussi téléchargeable. Toutes les recettes des achats en ligne financent l'acquisition d'équipements de protection individuelle (EPI) pour le personnel de santé tanzanien sur le terrain.

Fournir des EPI au personnel de santé tanzanien

Les États-Unis abritent des dizaines de milliers d'immigrants tanzaniens qui s'y considèrent chez eux. Un groupe de Tanzanien·ne·s de la diaspora, dont je fais partie, s'est réuni pour collecter des fonds pour l'achat d'EPI pour les agents de santé de première ligne en Tanzanie.

Notre objectif initial était de 25 000 dollars US, que nous avons pu facilement dépasser au début du mois, en collectant 30 000 dollars US [sw].

Le plan actuel est d'acheter les EPI en Tanzanie, pour appuyer l'économie locale. Pour la distribution du matériel, nous comptons passer par les médecins chefs des régions de Dar es Salaam et Pwani, qui savent en pratique quels hôpitaux de leurs zones respectives ont les besoins les plus urgents en EPI. Dans le souci primordial de s'assurer du succès des opérations, le groupe a recruté des expert·e·s sur le terrain en Tanzanie, qui sont chargé·e·s de s'assurer de l'acheminement effectif des EPI aux personnes prioritaires.

Notre slogan, umoja wetu, ndio nguvu yetu (Notre unité est notre force) reflète notre lien affectif à la Tanzanie. Même si nous sommes physiquement éloigné·e·s de notre patrie, notre engagement à l'aider à combattre le COVID-19 reste fort.

Contribuer à la réduction de l'insécurité alimentaire au Kenya

Selon la Banque mondiale, le COVID-19 fera basculer environ 60 millions de personnes vers l'extrême pauvreté. Cette situation, combinée à des inondations régionales massives, risque de provoquer l'insécurité alimentaire de millions de gens déjà pauvres.

Hanif Gilani, un natif du Kenya qui est actuellement résident en médecine interne à l'Hôpital Griffin au Connecticut, n'était pas prêt à attendre que les graves pénuries alimentaires frappent son pays.

Hanif Gilani s'est associé avec sa compatriote Ashiana Jivraj, étudiante à la faculté de médecine dentaire de Harvard, pour créer une association dénommée Towa Kitu Kidogo (Donne un petit quelque chose). Cette expression familière est employée au Kenya pour demander un pot de vin, mais Hanif Gilani et Ashiana Jivraj ont décidé de la récupérer pour montrer le grand impact que de petits dons remis entre de bonnes mains peut avoir s'ils sont remis à celles et ceux qui en ont le plus besoin. Dans un souci de transparence, les dons et les dépenses sont publiés en détail en ligne sur une feuille de calcul publique.

À ce jour, l'organisation a dépensé plus de 10 000 dollars US sur les 15 000 collectés pour des initiatives telles que la restauration des 150 personnes travaillant au service des urgences de l'hôpital universitaire et de référence Jaramogi Oginga Odinga à Kisumu, Kenya.

Plus récemment, l'ONG s'est associée à la communauté sikh de Kisumu pour nourrir plus de 2 000 personnes restées chez elles à cause du confinement, et dans certains cas pour venir en aide à des communautés affectées par les inondations. Les livraisons de nourriture se sont faites parfois sous deux mètres d'eau dans des villages coupés par les inondations.

Les réseaux amicaux, familiaux, les organisations locales, et les partenaires locaux ont permis à Towa Kitu Kidogo d'identifier et de satisfaire les besoins de divers groupes confrontés à la famine.

Comme le dit un proverbe africain : « Si tu veux aller vite, vas-y seul ; si tu veux aller loin, marche en communauté. »

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En Tanzanie, l'incertitude règne au sein des groupes de femmes pour l'épargne et le crédit pendant le COVID-19https://fr.globalvoices.org/?p=252774http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200630_153811_En_Tanzanie__l_incertitude_regne_au_sein_des_groupes_de_femmes_pour_l_epargne_et_le_credit_pendant_le_COVID-19Tue, 30 Jun 2020 13:38:11 +0000Des membres en difficulté pour rembourser les prêts

Un large groupe de femmes tanzaniennes assises en U autour d'une table assistent à une formation professionnelle.

Une formation professionnelle destinée aux membres et membres potentielles d'une vicoba à Dunga, Zanzibar. Photo de Jessica Ott, utilisée avec autorisation.

Note de la rédaction : Jessica Ott a étudié les organisations de la société civile mises en place par les femmes en Tanzanie. Cet article est fondé sur la recherche et le travail de terrain réalisés dans le cadre de sa thèse, « L’affirmation des droits des femmes : Construction de la nation, solidarité et Islam à Zanzibar. »

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt.

Les vicoba (acronyme en anglais de « village community banks ») sont des institutions de microfinance pour l’épargne et le crédit très répandues à travers la Tanzanie [et comparables aux tontines, ndlt].

La plupart des membres des vicoba sont des femmes qui s’appuient sur ces institutions pour créer leur entreprise et couvrir leurs dépenses courantes. La grande majorité d’entre elles voient ces groupes comme un moyen de prendre leur indépendance économique par rapport aux hommes et de favoriser la solidarité entre pairs.

Les vicoba offrent à leurs membres un accès au crédit pendant des périodes de difficultés financières, néanmoins ces institutions n’ont pas été pensées pour soutenir leurs membres face à une crise touchant toute la société, comme une sécheresse ou une pandémie, pendant laquelle tout le monde a besoin d’emprunter en même temps.

Lorsque la Tanzanie a instauré le confinement en mars 2020 pour éviter la propagation du COVID-19 , cela a pour ainsi dire bloqué l’économie du pays pendant plusieurs mois et par conséquent les vicoba ont cessé de se réunir.

La Banque Mondiale a publié un communiqué de presse le 8 juin qui prévoit un fort ralentissement de l’économie en 2020 en raison du COVID-19. L’industrie du tourisme a estimé des pertes de revenus s’élevant à au moins 80 % pour 2020 et 500 000 habitants de plus passeraient sous le seuil de pauvreté à cause de la crise.

À l’heure actuelle, beaucoup de femmes ne sont pas en mesure d’alimenter l’épargne ni de rembourser les prêts réalisés auprès des institutions, ce qui a suscité des inquiétudes quant aux conséquences financières du coronavirus sur le long terme pour les vicoba.

Selon un article paru dans le quotidien The Citizen, les membres des vicoba ayant des difficultés à rembourser les prêts contractés, la diminution des capitaux des groupes a restreint la possibilité d’effectuer de nouveaux prêts.

La participation des femmes aux vicoba a fait évoluer les normes de genre et leur a permis de participer à la vie économique à différents niveaux. Cependant, les institutions devant aujourd’hui faire face aux répercussions économiques du COVID-19, elles se trouvent dans une situation incertaine.

Présentation des vicoba

Les vicoba existent en Tanzanie depuis le début des années 2000. Elles sont inspirées en partie du modèle d’une Association Villageoise d’Épargne et Crédit (AVEC) qui a été mise en place pour la première fois par l’association CARE (Cooperative for Assistance and Relief Everywhere) au Niger en 1991.

Selon la politologue Aili Mari Tripp, avant la création des vicoba, un nombre sans précédent de femmes faisaient déjà partie d’associations rotatives d’épargne et prenaient part à des activités économiques informelles à Dar es Salaam à la fin des années 1980 et au début des années 1990. À cette époque, la Tanzanie était en période de transition suite à la politique socialiste d’Ujamaa (en swahili : fait de faire famille ou communauté) du premier président Julius Nyerere. Le pays adoptait des réformes structurelles pour libéraliser son économie.

Fondées à une période durant laquelle le marché mondial de la microfinance était en pleine expansion, les vicoba ont été adaptées aux pratiques culturelles de la Tanzanie. Elles sont généralement créées à l’initiative d’une des membres et autofinancées, contrairement aux regroupements d’emprunteurs qui obtiennent des prêts et accumulent une dette auprès d’institutions de microfinance formelles. Les femmes mettent souvent en place des vicoba avec des membres de leur famille, des voisines, des amies et/ou ou des collègues de travail.

À Zanzibar, l’archipel semi-autonome au large de la Tanzanie continentale, où la plupart des habitants sont musulmans, beaucoup de femmes nomment leur groupe d’épargne en référence au passé socialiste du pays ou à l’islam. Il existe par exemple deux groupes situés sur l’île de Pemba qui s’appellent « Umoja ni Maendeleo » (L’unité, c'est le développement) et « Tunaomba Mungu » (Nous demandons humblement l’aide de Dieu).

Chaque membre achète des parts dans la vicoba pour pouvoir en faire partie. Cela va lui permettre de contracter des prêts afin de soutenir son entreprise ou de couvrir ses dépenses courantes, comme les soins de santé ou les frais de scolarité.

Les membres du groupe se concertent pour décider du montant et des conditions pour obtenir un prêt personnel, comme par exemple le taux d'intérêt ou le délai de remboursement. Quand les fonds de la vicoba sont excédentaires, l’argent est investi dans des projets communs générateurs de revenus dont les bénéfices reviennent au groupe.

Les vicoba et la solidarité

Les vicoba permettent aux femmes de subvenir à leurs besoins financiers, mais, en outre, ces institutions favorisent et renforcent la notion d’umoja, « l’unité », caractérisée par la volonté d’être une communauté et de s’entraider.

Un sondage réalisé récemment sur Twitter met en évidence l’importance des vicoba en Tanzanie. Pour plaisanter, l’utilisatrice habimana a posé cette question à ses 18 300 abonné·e·s :

Si le football unit les hommes, si les dessins animés unissent les enfants, alors dans ce cas, qu’est-ce qui unit les femmes ?

Plus de 850 personnes, pour la plupart des hommes, ont répondu au sondage. La réponse la plus courante, plutôt désobligeante, était umbea, « le commérage », suivie de près par les vicoba et les salons de coiffure.

Voici ce qu'a répondu de façon un peu insolente l’utilisateur Abdulraheem sur Twitter :

Avant pour les femmes c’était le commérage, mais aujourd’hui, ce sont les vicoba et les autres groupes d’épargne de ce genre.

Évolution des mentalités

Les commentaires sur Twitter à propos des vicoba ont également mis en lumière l’évolution des normes de genre et de la répartition des finances des ménages.

L’utilisatrice Myra s’est plainte à ses plus de 5 900 abonné·e·s du penchant des hommes à vouloir contraindre leurs femmes à laver le linge à la main au lieu d’acheter des machines à laver :

Hé, vous les hommes, vous aimez persécuter vos femmes en les forçant à laver le linge à la main. Il y a des machines à laver à partir de 500 000 [shillings tanzaniens, soit environ 215 dollars US]. Je dis bien « femme », car même si vous n’êtes pas encore mariée et que vous vous remplissez le rôle de lavandière, vous aurez fait votre choix.

En réponse à ce tweet, l’utilisateur Mgwabi Mwambi a accusé Myra de mettre une trop grande responsabilité financière sur le dos des hommes :

Même les jeunes femmes mariées aiment se tourmenter en lavant le linge à la main. Si une machine à laver coûte dans les 500 000 [215 dollars US], elles ont les moyens de se l’acheter grâce à leurs économies obtenues par la vicoba. Dans ce cas pourquoi ne pas acheter ces machines à laver elles-mêmes, au lieu d’attendre que leurs maris paient pour tout.

Cet échange sur Twitter met en évidence le changement des mentalités et des normes sociales concernant le partage des tâches ménagères et des finances en Tanzanie, et le rôle que jouent les vicoba à cet égard.

La microfinance pendant le COVID-19

La situation en Tanzanie montre la vulnérabilité des institutions de microfinance pour l’épargne et le crédit face à des crises de grande ampleur.

Durant l’épidémie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, les restrictions de circulation ont limité les activités économiques des femmes, ce qui a entraîné une diminution drastique des capitaux des institutions pour l'épargne et le crédit au Libéria et en Guinée, selon un rapport du Groupe des Nations Unies pour le développement [pdf].

Plusieurs organisations humanitaires ont émis des mesures et des directives d’urgence afin de réduire les conséquences économiques et sanitaires du coronavirus sur les initiatives de microfinance. L’association CARE, qui a mis en place 357 000 groupes AVEC dans 51 pays, a publié des directives d’urgence [pdf] pour soutenir les institutions pour l’épargne et le crédit.

Le futur des vicoba en Tanzanie

En Tanzanie continentale, selon The Citizen, certains responsables de vicoba ont envisagé la mise en place de mesures d’urgence, comme l'allongement du délai de remboursement et la réduction du taux d’intérêt des prêts en cours.

Un sauvetage financier du gouvernement serait une mesure d’urgence possible. D’après The Citizen, le ministère des Finances et de la Planification aurait procédé à une analyse de l’impact économique du COVID-19 et devrait donner des recommandations aux vicoba et autres institutions pour le crédit et l’épargne. L’accent ayant été mis sur le terme « recommandations », cependant, cela laisse à penser que l'aide financière du gouvernement pourrait ne pas se matérialiser.

Si des femmes n’arrivent pas à rembourser leurs prêts, les membres de la vicoba pourraient décider de liquider leurs actifs pour couvrir les dettes du groupe, ce qui conduirait potentiellement à la disparition des vicoba, et mettrait alors à rude épreuve les relations sociales. Les membres pourraient également faire le choix d’accepter leurs pertes liées au COVID-19.

Les vicoba, qui favorisent le sens de la communauté, l’entraide et les rapports humains, pourraient aider les femmes à faire face aux difficultés financières résultant du coronavirus.

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En Albanie les stations balnéaires font face à une saison inéditehttps://fr.globalvoices.org/?p=252921http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200630_122620_En_Albanie_les_stations_balneaires_font_face_a_une_saison_inediteTue, 30 Jun 2020 10:26:20 +0000Devant les annulations massives, l'espoir repose sur un tourisme national.

Une plage du sud de l'Albanie, vue à travers de branches d'arbre. L'eau est claire et on distingue des rochers.

Une plage du sud de l'Albanie. Photo par Ardi Pulaj, utilisée avec autorisation.

La plupart des années, rares sont les disponibilités à l'iconique Adriatik Hotel [en] situé dans la ville portuaire de Durrës. Mais 2020, l'année du coronavirus, n'est pas comme « la plupart des années ».

L’hôtel a rouvert le 18 mai, tandis que le pays sortait d’un confinement qui a vu ses plages et ses frontières avec les pays voisins fermées jusqu’à début juin.

D’après Nevila Dudaj, directrice de l’hôtel, les réservations sont en chute de 85 % malgré les assouplissements.

« Depuis l’automne 2019 nous avions beaucoup de réservations pour la saison d’été 2020, mais elles se sont arrêtées la première semaine de mars », a-t-elle expliqué.

Nevila Dudaj, qui dirige également l’agence de voyages Adriatik Tours agency [en] basée aux États-Unis, a ajouté : « Quelques clients qui avaient des réservations confirmées ont reporté leur séjour à l’année prochaine, mais la plupart ont demandé le remboursement des sommes, arguant de difficultés financières. »

« Il faudra pour le moins un ou deux ans avant que le secteur du tourisme ne se relève », a-t-elle présagé, l’air sombre.

Vue de la plage à travers la porte vitrée de l'hôtel Adriatik en Albanie. Les mesures de protection contre le COVID-19 sont affichées, bien en évidence.

Affichage des mesures anti-COVID-19 à l'hôtel Adriatik sur la plage de Durrës, Albanie. Photo par Ardi Pulaj, utilisée avec autorisation.

Cependant, tous ne se plaignent pas.

Dhërmi est une petite ville côtière du sud de l’Albanie située entre Himarë et Vlorë. Elle est célèbre tant en Albanie qu’à l’étranger pour ses plages incroyablement belles et son atmosphère décontractée.

Sur la plage de Dhërmi, l’hôtel bar restaurant 2 Lips  accueille des touristes venus du Royaume-Uni, de Pologne, de République Tchèque, de Belgique, d’Autriche, de France et d’Italie. Des touristes chinois y ont fait leur apparition pour la première fois l’année dernière.

Ernis Osmanaj, le propriétaire de 2 Lips a indiqué que les réservations cette année sont globalement équivalentes à celles de l’année dernière.

« La seule différence », a-t-il ajouté, « est que cette saison nos clients viennent de Tirana et non du Royaume Uni comme l’année dernière ».

Pour Ernis Osmanaj, le plus difficile est de convaincre les clients de respecter les protocoles établis pour lutter contre la COVID-19. Ils devront se soumettre à des contrôles de température et à une désinfection à l’entrée et à la sortie de l’établissement, a-t-il expliqué.

Les protocoles mis en place par le gouvernement albanais exigent des hôtels et des complexes hôteliers qu’ils fassent appel à un « coordinateur » anti-COVID-19 pour superviser ces mesures. Le personnel doit porter masque et gants en permanence.

Plus au sud, la ville côtière de Saranda se prépare également à passer un été difficile.

C’est là que les touristes peuvent admirer les anciennes ruines du parc national de Butrint, flâner sur une agréable promenade ou profiter des superbes plages.

En février dernier, Saranda s’est invitée à la seconde place [en] du classement annuel des destinations de voyage de Tripadvisor [en], derrière Kaliningrad en Russie.

L’hôtel restaurant familial Seaside Artist a vu ses réservations chuter de 60 % par rapport à l’année dernière. Les réservations du mois d’août comptent avec des touristes italiens, tandis que septembre accueillera des touristes bulgares, allemands et grecs.

Comme l’explique Rudina Toska, de l’hôtel restaurant Seaside Artist, « beaucoup d’annulations cette saison résultent de l’incertitude liée à la situation pandémique. Nous opérerons essentiellement en dernière minute. Il n’y a pas eu un seul cas de coronavirus à Saranda et nous sommes prêts à accueillir les touristes ».

Une chambre d'hôtel au Seaside Artist, avec balcon et vue sur la mer.

L'hôtel Seaside Artist à Saranda. Photo fournie par la direction, utilisée avec autorisation.

S'adapter au tourisme local

Ejiris Shoshi aide les hôtels de Ksamil, [une petite ville] proche de Saranda, à gérer les réservations émanant d’agences de voyage en ligne. Elle est en contact direct avec les touristes qui passent leurs vacances sur la côte Ionienne de l’Albanie. Cette année, 72 % des réservations ont été annulées.

À Ksamil, le nombre de touristes scandinaves a considérablement baissé au cours des deux dernières années, et la destination est désormais prisée des touristes en provenance de Pologne, d’Ukraine, de Roumanie et de Russie.

La plage privée de l'hôtel Abalone avec ses transats et parasols en paille tressée. L'eau est limpide.

La plage privée de l'hôtel Abalone à Ksamil. Photo par Ardi Pulaj, utilisée avec autorisation.

« Le peu de réservations que nous avons est pour août et septembre. Cette saison est imprévisible, car les touristes régionaux réservent à la dernière minute et les étrangers – ceux qui peuvent se permettre de voyager cette année – n’ont pas de visibilité sur leurs possibilités de déplacements », a indiqué Ejiris Shoshi.

« La principale préoccupation des touristes étrangers est le voyage – avec non seulement la fermeture des frontières de l’Albanie mais aussi de tous les pays de transit. »

En coopération avec les hôtels de la zone, l’agence d’Ejiris Shoshi a financé des campagnes publicitaires ciblant fortement le marché national sur les réseaux sociaux.

Un tourisme civique

Nevila Dudaj, de l’hôtel Adriatik et de l’agence Adriatik Tours agency a fait le constat que la contribution de la diaspora albanaise serait très importante pour la reprise de l’industrie touristique.

« Déjà au [salon professionnel] New York Times Travel Show auquel j’ai participé en janvier 2020, j’ai lancé un appel à tous les Albanais, où qu’ils se trouvent, afin qu’ils visitent l’Albanie et y passent leurs vacances, car ce sont eux qui peuvent faire vivre le tourisme en Albanie. Et nous avons plus que jamais besoin de leur soutien avec la pandémie liée à la COVID-19 », affirme-t-elle.

Pour l’heure, des touristes en provenance du Kosovo et de l’ouest des Balkans ont rejoint les  touristes nationaux [en] sur les plages d’Albanie.

Au 29 juin, l'Albanie enregistrait 2 042 cas de contamination [en] par le coronavirus, dont 55 décès.

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Les 100 livres des Caraïbes qui ont façonné notre identitéhttps://fr.globalvoices.org/?p=252730http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200630_112358_Les_100_livres_des_Caraibes_qui_ont_fa__onne_notre_identiteTue, 30 Jun 2020 09:23:58 +0000Une initiative du Festival littéraire de Bocas

Affiche de l'initiative partagée sur Facebook: Pour participer, il suffit de partager une sélection de livres en commentaire, d'expliquer pourquoi on les aime, et d'inviter ses ami.e.s.

Capture d'écran d'une publication Facebook du Festival littéraire de Bocas promouvant l'initiative « Les 100 livres clef des Caraïbes ».

Note du traducteur : sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais. Les titres des œuvres sont donnés en français uniquement quand une traduction est parue dans cette langue.

Le Bocas Lit Fest (Festival littéraire de Bocas), qui se tient tous les deux ans à Trinité-et-Tobago, est devenu non seulement le festival littéraire le plus prestigieux des Caraïbes mais aussi l'un des meilleurs au monde. Pour son dixième anniversaire cette année, ses fondateurs avaient prévu de marquer l'événement en grande pompe du 18 au 20 septembre 2020.  Mais en raison de la pandémie de COVID-19, toutes les activités qui d'habitude précèdent le festival doivent se dérouler en ligne – et on ne sait toujours pas si les frontières du pays seront rouvertes à temps pour les dates prévues.

L'une des initiatives prises par le festival pour maintenir la participation et l'intérêt du public est sa campagne « Les 100 livres clef des Caraïbes ». Inspiré par les « 100 livres qui ont façonné notre monde » de la BBC, le défi consiste pour les lecteur·rice·s à soumettre les titres des livres caribéens qui les ont le plus marqué·e·s. Le festival de Bocas insiste sur le fait que « ce n'est pas un concours, mais l'occasion de partager les histoires qui occupent une place de choix sur vos étagères et dans vos cœurs ».

La campagne, qui s'est terminée le 8 mai 2020, a reçu une très bonne réponse sur les réseaux sociaux, via le hashtag #MyCaribbeanLibrary (Ma bibliothèque caribéenne). Certains fans de littérature ont simplement publié leurs choix dans des fils de commentaires, tandis que d'autres ont créé leurs propres publications et vidéos. Voici donc certains des choix les plus intéressants.

Le vlogueur littéraire trinidadien Saajid Hosein a donné le coup d'envoi en expliquant le fonctionnement de l'initiative et en présentant quelques-uns de ses choix (vidéo en anglais, avec sous-titrage automatique en anglais) :

Beaucoup de livres choisis par Hosein ont un thème en commun : le monde intérieur crée le monde extérieur. Parmi ceux-ci, on peut trouver Anna in between d'Elizabeth Nunez, un livre dans lequel l'héroïne apprend que « la maison n'est pas un espace défini, mais est plutôt composée des personnes que vous aimez et auxquelles vous tenez ». Un autre de ses choix, The beast of Kukuyo de Kevin Jared, est « l'histoire d'une fille qui apprend que les véritables monstres, ceux qui ne cessent de nous faire peur […], en fait, résident en nous ».

Le poète et blogueur Amilcar Sanatan a également publié une vidéo pour présenter ses choix (en anglais, sans sous-titrage) :

La liste d'Amilcar Sanatan est éclectique. Elle comprend des classiques de la littérature des Caraïbes comme La danse du dragon [Titre original : The dragon can't dance] d'Earl Lovelace et Growing up stupid under the Union Jack d'Austin Clarke, qui examine « la colonialité de l'éducation et de la vie sociale barbadienne ». Sa liste inclut aussi le recueil de poésie de la Jamaïcaine Lorna Goodison, I am becoming my mother, qui, d’après le blogueur, a contribué à forger son identité.

Il estime également que A Small Place de Jamaica Kincaid est « une œuvre très importante », « une contestation de l'espace, du lieu [et] du pouvoir » dans la région. En tant que poète de tradition orale, Amilcar Sanatan a également été attiré par The history of the voice de Kamau Brathwaite [fr], qui croyait que la poésie, tout comme la culture des Caraïbes, devait être vécue à travers la riche tradition orale de la région.

L'autrice Breanne Mc Ivor a également pris la parole, avec des choix qui comprennent une fiction policière caribéenne, Lire les morts [Titre original : The bone readers, traduction à paraître en octobre 2020, ndt] de Jacob Ross, et le roman acclamé d'Edwidge Danticat, Le briseur de rosée [Titre original :The Dew Breaker].

Breanne Mc Ivor a également choisi le premier recueil surprenant de la poétesse trinidadienne Shivanee Ramlochan, Everyone knows I am a haunting, qu'elle appelle de « la poésie qui nous montre le meilleur et le pire de nous-mêmes ».

Un autre poète trinidadien, Andre Bagoo, estime que le livre de son compatriote Lawrence Scott, Aelred's sin, a eu un impact profond sur lui :

Look closely, it is as though Lawrence Scott has ripped out the spine of Umberto Eco’s “The Name of the Rose,” the yearning root, the bones beneath tender flesh and transplanted the same mood and energy, the same series of baffling yet dazzling antinomies into the heat of the islands— in all senses, across geographies. A book that is bold in its willingness to explore a hidden struggle which, even in all its particulars, manages to be universal. An incredible feat not only of art, but also, in its own way, restitution, justice and song. Bless you, Lawrence Scott.

Quand on y regarde de plus près, c'est comme si Lawrence Scott avait arraché le dos du livre Le Nom de la rose d'Umberto Eco, la racine du désir, les os sous la chair tendre, et transplanté la même atmosphère et énergie, les mêmes antinomies déconcertantes mais cependant éblouissantes dans la chaleur des îles – et cela quel que soit l'angle sous lequel on y regarde –  à travers l'espace géographique. C’est un livre audacieux qui n'a pas peur d'explorer une lutte qui reste cachée et, bien que spécifique, est cependant universelle. Ce livre est un exploit incroyable, non seulement au niveau artistique, mais aussi en tant qu'objet de réparation, de justice et en tant que chanson. Que Dieu te bénisse, Lawrence Scott !

Enfin, les suggestions d'Anna Lucie-Smith restent résolument dans le domaine de la littérature pour enfants et jeunes adultes, afin d'aider à façonner les lecteur·rice·s  – et écrivain·e·s –  des Caraïbes de demain :

The Bocas Lit Fest is asking us to name the 100 [Caribbean] books that made us. Well, I think we might well make it to 1,000! […] Yes, there are the obvious classics and I won't rehash any of that. But there are a few very recent books that I want to see on the list.

Le festival nous a demandé  de nommer les 100 livres [des Caraïbes] qui ont façonné notre identité. Eh bien, je pense qu'on pourrait facilement en citer 1 000 ! […] Bien sûr, il y a les classiques indiscutables sur lesquels je ne vais pas revenir. Mais il y a quelques livres publiés plus récemment que je voudrais voir sur la liste.

Ses choix comprennent Home home de Lisa Allen-Agostini , « un petit livre tout simple, facile à lire mais tellement important car il aborde tant de sujets sérieux que nous, les Caribéen·ne·s, préférons enterrer,  ignorer ou tourner en plaisanterie  – mais nous ne les comprenons jamais vraiment  ».

Anna Lucie-Smith aime également My fishy stepmom de Shakirah M. Bourne pour ses « puissants messages aux jeunes, et pour la façon dont la langue joue avec le folklore des Caraïbes d'une manière plus légère ». Sa liste figure aussi Ready, set … hatch ! de Jeunanne Alkins – un livre d'images qui éduque les enfants sur les tortues luth à travers l’histoire adorable d'un petit bébé tortue qui a l'esprit de compétition et apprend une bonne leçon sur le travail d'équipe.

Lucie-Smith termine en disant :

Bocas Lit Fest forgive me for only mentioning YA [young adult] and children's lit — but it's our foundation! Long before my children read lovelace and naipaul, we will be enjoying Alkins, Bourne and Allen-Agostini as a family!

Le festival littéraire de Bocas me pardonnera de ne mentionner que des livres pour jeunes adultes et enfants – mais c'est par là qu'on commence ! Bien avant que mes enfants ne se mettent à lire Lovelace et Naipaul, nous apprécierons Alkins, Bourne et Allen-Agostini en famille!

Parmi les 20 premiers livres sélectionnés par le festival, la liste comprend « plusieurs genres […] recouvrant plusieurs générations, styles, et milieux  et aussi abordant des problèmes différents. Les barrières de classe, la xénophobie, les amours de jeunesse, le développement de l'espace rural, l'exil, ou encore le colorisme ne sont quelques-uns des thèmes explorés dans ces livres de fiction, non-fiction et poésie ».

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Entre Kolkata, Saint-Pétersbourg et Paris : Entretien avec la romancière Shumona Sinhahttps://fr.globalvoices.org/?p=252661http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200629_160515_Entre_Kolkata__Saint-Petersbourg_et_Paris___Entretien_avec_la_romanciere_Shumona_SinhaMon, 29 Jun 2020 14:05:15 +0000Les langues natales de ma vie antérieure se sont endormies.

Photo (portrait) de Shumona Sinha.

Shumona Sinha. Photo de Francesca Mantovani pour Gallimard, utilisée avec autorisation.

Durant la guerre froide, l’Union soviétique et l’Inde ont entretenu une relation particulièrement amicale, partageant un terrain d’entente idéologique. La Russie tsariste, ayant ses propres ambitions coloniales, a longtemps soutenu les mouvements anti-britanniques dans la région. Après 1917, l’Union soviétique a étendu sa présence en Inde à travers l’idéologie communiste, et selon une interprétation, le Parti communiste indien (PCI) aurait en fait été créé à Tachkent en 1920.

Couverture du livre pour enfants russe Moydodyr. Deux femmes arrosent un jeune garçon avec des jets d'eau pendant qu'il s'enfuit.

Couverture d’une édition de 1952 de l’emblématique histoire pour enfants Moydodyr [en] de Korneï Tchoukovsky, publiée pour la première fois dans les années 1920 par Raduga, la maison d'édition de Lev Kliatchko. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Jusqu’à sa disparition en 1991, l’Union soviétique a soutenu la traduction et la distribution de la littérature russe et soviétique, qui a influencé des générations d’enfants [en] et d’intellectuel·le·s indien·ne·s.

Cette relation Russie-Inde est au cœur de l’intrigue du dernier livre de Shumona Sinha, Le Testament russe.

Comme bon nombre d’enfants de sa génération, Shumona Sinha a grandi à Kolkata en lisant ces mêmes romans. Elle a finalement immigré en France, et est devenue une auteure exophone [en] à succès – soit un·e auteur·e réalisant des œuvres dans une langue qui n’est pas sa langue de naissance.

Le Testament russe met en scène Tania, une jeune fille bengali vivant dans les années 1980 à Kolkata. L’héroïne échappe à son milieu social et familial en rejoignant le mouvement étudiant communiste local, et finalement en étudiant le russe. Mais sa véritable inspiration est Lev Kliatchko [ru], un journaliste russe juif qui décide de devenir éditeur dans les années 1920, lance la maison d’édition politiquement indépendante Raduga [ru], travaille avec les sommités de la littérature et de l’art russes telles que Korneï Tchoukovski et Kouzma Petrov-Vodkine, mais qui sera finalement censuré et mourra en 1933. 

Filip Noubel, auteur à Global Voices, a interviewé Shumona Sinha pour en savoir plus sur la façon dont les livres pour enfants soviétiques ont façonné son propre voyage à travers les langues, les cultures et les identités. Ce qui suit est une version abrégée de l’entretien.

Filip Noubel (FN) : Dans votre dernier roman, vous explorez les liens – dont certains remontent au 18e siècle – qui ont uni la Russie et l’Union soviétique au Bengale à travers l’idéologie et les livres pour enfants en traduction. Pourriez-vous nous en dire plus sur cet héritage ? Cela a-t-il aussi été votre expérience en grandissant à Kolkata ?

Shumona Sinha (SS) : L’héritage de la littérature russe au Bengale occidental crée le cadre de mon roman, oui. Beaucoup de Bengalis qui possèdent une collection de livres chez eux, ont un rayon russe. Les livres russes et soviétiques ont joué un rôle important et pourtant délicat, ont influencé les pensées de tant de Bengalis, façonné leur regard sur la vie. Non seulement les classiques mais aussi les auteurs de la jeunesse comme Nicolaï Ostrovski, Arkadi Gaïdar, Dmitri Mamine Sibiriak, Boris Polevoï… C’était pareil chez moi. D’autant que mon père était économiste, professeur d’économie à l’institut équivalent de Science-Po, marxiste et leader communiste des années 1970. Il a failli être assassiné par les hommes de main d’Indira Gandhi. C’est d’ailleurs le sujet de mon troisième roman Calcutta. J’ai grandi avec les livres russes. Mes premiers contes de fées étaient russes, et non bengalis. C’est pourquoi j’ai été éprise de Kliatchko [ru] ! En fouillant dans les archives on trouve sa trace, mais rien n’a été écrit sur lui depuis sa mort, personne n’a contacté sa famille. Trouver leur trace et raconter cette histoire était une noyade voluptueuse pour moi.

FN : Votre roman est aussi un livre sur les livres. Tania, dont le père possède une librairie qui vend des livres soviétiques, mais aussi Mein Kampf d’Hitler, est fascinée par le sort de l’éditeur Lev Kliatchko. Quel est le pouvoir des livres et de la littérature aujourd’hui ?

SS : La scène d’autodafé de mon roman est imaginaire. La vente libre de Mein Kampf, le fait qu’il soit un best-seller en Inde, surtout parmi les jeunes, m’ont révoltée. Depuis la montée au pouvoir national de Modi alias son parti suprémaciste hindouiste BJP, depuis les déclarations massives et éhontées pro-Hitler, islamophobes de ses électeurs, j’ai voulu en parler dans mon roman. Le pouvoir des livres et de la littérature est majeur. Mais les livres aussi mentent, ce n’est pas mentir-vrai comme a dit Aragon, mais plus compliqué. On propage les idées suprémacistes, sectaires, religieuses, en guise d’une quête personnelle spirituelle. Doit-on bannir ces livres-là ? C’est le piège de la démocratie. Le capitalisme est un totalitarisme à ciel ouvert. On me considère comme un écrivain engagé, mais dans mes livres je cherche à explorer les complexités de la vie, j’ai horreur des discours binaires, dogmatiques. La littérature n’a pas la prétention de changer le monde, mais elle peut dévoiler la condition humaine, elle peut semer les germes d’espoir, de rêve pour un monde meilleur, accompagner le lecteur esseulé et lui donner un élan renouvelé.

FN : Votre roman s’étend à travers l’Inde et la Russie – vous avez également voyagé dans de nombreux endroits, dont les États-Unis, pour faire des recherches pour le roman et sur l’histoire de Kliatchko. Acceptez-vous l’étiquette de roman mondial pour Le Testament russe ? Toute la littérature est-elle mondiale au 21e siècle ?

SS: Bien sûr, je le prends comme un compliment. C’est même l’aspiration du Testament russe. Même si tous les romans du 21e siècle ne le sont pas. Il y a des romans français qui s’inscrivent dans le contexte historico-social franco-français. Ce n’est ni une qualité de plus, ni un défaut évidemment.

FN : Vous êtes une auteure mondiale et exophone. Vous avez fait la transition entre les cultures et les langues – qu’est-ce que ce processus vous a apporté ? Comment avez-vous négocié vos identités multiples ? Quels sont les défis et les avantages de l’écriture dans une langue autre que sa langue de naissance ?

SS : Je suis venue à la littérature non seulement pour franchir les frontières mais pour les voir effacées. Je n’ai jamais eu de solidarité ethnique ou communautaire. Je me considère comme une métisse culturelle, une nomade et heureuse de l’être. Ce n'est pas l’Inde ou la France qui sont ma patrie, mais la langue française.

Quant à écrire en français, on ne choisit pas la langue, c’est la langue qui nous choisit. Alors on n’a plus le choix. Ça se passe dans le corps. On est habité par la langue. Le français m’était d’abord une langue étrangère, ensuite une langue autre, puis la langue, ma langue. Toutes les autres langues natales de ma vie antérieure sont endormies, comme des rivières souterraines, elles ne sont pas manifestes, et le français est devenue ma langue vitale car je ne sais plus concevoir ma vie dans une autre langue que le français. Écrire en français est révolutionnaire pour moi qui ai écrit en bengali quand j’étais adolescente et jeune femme, et je n’ai jamais écrit en anglais. Contrairement au bengali qui est une langue limpide, le français est une langue rationnelle et analytique, ainsi écrire en français a façonné ma pensée. Les interrogations linguistiques et existentialistes sont devenues la matière de mes livres. Quand on est écrivain en situation d'exophonie, on vit toujours une intranquillité vis-à-vis de la langue autre. Cet état est excitant, propice à la création.

FN : Votre livre est également un hommage aux traducteur·rice·s, comme Nani Bhowmik [en]. Vous avez aussi travaillé comme interprète pour des demandeurs et demandeuses d’asile. Quelle est l’importance des traducteur·rice·s littéraires ?

SS : Le travail des traducteurs littéraires est d’une valeur inestimable ! Ils jouent un rôle primordial pour construire les ponts et les passerelles entre les pays et les cultures. Nani Bhowmik est d’un talent rare. Il a écrit lui aussi des romans, primés par l’Académie indienne de la littérature. Son œuvre est marquée par son voyage entre deux langues, sa langue d’écriture est innovante, affranchie, fantasque et profonde. Pour ma part je me sens plus heureuse de mes anthologies de poésie française et bengalie contemporaines dont j’ai assuré la traduction. Les traducteurs qui ne sont pas eux-mêmes des écrivains, ils réécrivent les textes d’origine dans la langue d’arrivée. C’est à la fois une contribution linguistique, littéraire et socioculturelle. Les livres traduits qui franchissent les frontières sont les messagers d’espoir et de liberté.

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Suite aux manifestations “Black Lives Matter”, la mort d'un enfant noir de 5 ans devient le symbole du racisme au Brésilhttps://fr.globalvoices.org/?p=252793http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200629_110035_Suite_aux_manifestations____Black_Lives_Matter_____la_mort_d_un_enfant_noir_de_5_ans_devient_le_symbole_du_racisme_au_BresilMon, 29 Jun 2020 09:00:35 +0000Il chute du neuvième étage sous la surveillance de l'employeuse blanche de sa mère

Pancarte tenue par un manifestant

Un·e· manifestant·e· tient une pancarte où il est écrit “Et si c'était le fils de l'employeur·euse ? Justice pour Miguel” Image / Photo : Mídia NINJA/CC BY-NC 2.0

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en portugais, ndlt.]

Le 2 juin, Mirtes de Souza, travailleuse domestique pour une famille de la classe supérieure à Recif, ville du nord-est du Brésil, a emmené Miguel, son fils de 5 ans, à son travail. Alors que les garderies et écoles sont fermées dans la ville depuis le début de la pandémie de COVID-19, les employeurs de Mirtes ne lui ont pas offert de congés.

Ce jour-là, Mirtes a demandé à sa patronne, blanche, de garder un œil sur Miguel pendant qu'elle promenait le chien de la famille. À son retour, elle a trouvé son fils au rez-de-chaussé du bâtiment, ayant visiblement souffert d'une chute. Miguel a été transporté à l'hôpital en vie, mais n'a pas survécu.

Sur les images de vidéosurveillance récupérées par la police après l'incident, on peut voir la patronne de Mirtes, Sari Côrte Real, mettre Miguel dans un ascenseur, seul, et appuyer sur le bouton pour l'un des derniers étages du bâtiment. Les images montrent ensuite Miguel sortir de l'ascenseur au neuvième étage d'où, les autorités ont déduit, il a grimpé sur un balcon climatisé non protégé, et est tombé.

Côrte Real a été arrêtée et poursuivie pour homicide involontaire, mais elle a été relâchée après avoir payé une caution de 20 000 BRL (environ 4 000 USD). La police poursuit son enquête, et n'exclut pas la possibilité que Miguel ait été poussé du neuvième étage.

Suite aux protestations en hommage à George Floyd au Brésil, cette affaire a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux, beaucoup considérant la mort de Miguel comme un autre exemple du racisme que subissent les citoyens noirs du Brésil.

Lorsque les médias ont évité de publier le nom de Sari et des photos d'elle (révélés par les utilisateurs des réseaux sociaux), Mirtes a donné une interview devenue virale à TV Globo [fr] :

Se fosse eu, meu rosto estaria estampado, como já vi vários casos na TV. Meu nome estaria estampado e meu rosto estaria em todas as mídias. Mas o dela não pode estar na mídia, não pode ser divulgado. (…) Espero que a Justiça seja feita, porque se fosse o contrário, eu acredito que nem teria direito a fiança. Foi uma vida que se foi, por falta de paciência para tirar dali de dentro. Deixar uma criança sozinha dentro de um elevador, isso não se faz. Uma criança que foi confiada a ela.

Si ç'avait été moi, mon visage aurait fait la une, comme je l'ai vu de nombreuses fois à la télévision. Mon nom ferait les gros titres, et mon visage serait partout. Mais le sien ne peut pas être dans les médias, il ne peut pas être rendu public. (…) J'espère que justice sera rendue, parce que si les rôles étaient inversés, je pense que je n'aurais même pas le droit de verser une caution. Une vie s'est éteinte, à cause d'un manque de patience. Laisser un enfant seul, dans un ascenseur, vous ne pouvez pas faire ça. Un enfant qui était sous sa garde.

Le racisme au Brésil

L'histoire de Miguel a rapidement fait la une des journaux nationaux. Beaucoup y voient le symbole du pire au Brésil, en particulier en ce qui concerne le racisme systémique envers les citoyen·e·s noir·e·s dans le pays.

Le Brésil a amené de force environ 5 millions d'africain·e·s pour travailler comme esclaves sur une période de 400 ans — plus de dix fois [en] le nombre des États-Unis. Le Brésil est aussi le dernier pays en Amérique à avoir aboli l'esclavage (en 1888 [fr]).

Mais la mort de Miguel rappelle aussi la corruption rampante et les inégalités au Brésil, et la manière dont la pandémie de COVID-19 n'a fait que les accroître.

Mirtes n'a pas eu d'autre choix que de continuer à travailler pendant la pandémie afin de gagner de l'argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle était loin d'être la seule dans ce cas : La première victime liée au COVID-19 enregistrée à Rio de Janeiro, en mars, était une travailleuse domestique qui n'avait pas pu se confiner à cause de son employeur·euse.

Mirtes a déclaré dans un entretient qu'elle-même, sa mère et son fils Miguel avaient tous les trois été testés positifs au SARS-CoV-2 (virus du COVID-19), mais avec des symptômes bénins.

Le Brésil a enregistré plus d'un million de cas de coronavirus au 22 juin, et plus de 50 000 décès. C'est le deuxième pays le plus touché dans ces deux catégories, derrière les États-Unis.

En attendant, l'employeuse de Mirtes, Sari, une femme blanche vivant dans l'une des zones les plus riches de Recife, est membre d'une famille active en politique depuis longtemps dans l'État du Pernambouc. Son mari, Sérgio Hacker, est le maire de Tamandaré, une petite ville à 100 km de Recife où Mirtes  a déclaré s'être régulièrement rendue avec la famille.

Suite à la mort de Miguel, il a été révélé que Mirtes était employée comme fonctionnaire de Tamandaré. D'après le registre, Mirtes avait un poste de cadre à la mairie, avec un salaire de 1 517 BRL — le salaire mininum au Brésil est de 1 045 BRL (respectivement 282 et 194 USD). Mirtes a déclaré n'avoir jamais travaillé pour la mairie, et dément être au courant qu'elle avait été officiellement embauchée en tant que tel. L'affaire fait actuellement l'objet d'une enquête.

Manifestations

NOUS VOULONS QUE JUSTICE SOIT FAITE POUR MIGUEL !
À Recife, les manifestant·e·s se sont regroupé·e·s à l'endroit où Miguel a trouvé la mort, devant l'appartement luxueux des Twin Towers. 20 000, pour la vie d'un pauvre enfant noir et la douleur de sa mère.

La mort de Miguel a déclenché des manifestations dans les rues de Recife et sur les réseaux sociaux. L'immeuble où le drame a eu lieu est extrêmement symbolique aux yeux des activistes : sa construction est entachée de polémiques liées à son emplacement dans une zone historique protégée.

Le 5 juin, des douzaines de manifestant·e·s, aux côtés de la famille de Miguel, ont marché vers les bâtiments où Madame Corte Real et sa famille vivent. Les protestataires se sont allongé·e·s dans la rue en mémoire de l'enfant qui a perdu la vie.

“Je veux ma mère”, les manifestant·e·s aujourd'hui à Recife, en mémoire du petit Miguel, 5 ans, et demandant justice.

La mort de Miguel a aussi été commémorée dans les manifestations contre le racisme au Brésil suite à la mort de Georges Floyd aux États-Unis et dans les mouvements Black Lives Matter.

Une autre affaire qui resurgit dans les manifestations est celle de João Pedro, un jeune noir de 14 ans tué par la police chez lui à Rio de Janeiro le 18 mai dernier.

Un collectif de filles et fils de travailleur·euse·s domestiques, a été créé en mars pour demander le droit de s'isoler socialement pour leurs parents, a publié une note rappelant que ce qui est arrivé à Miguel aurait pu arriver à n'importe lequel d'entre eux :

O que aconteceu com Miguel, 5 anos, escancara mais uma vez a DESIGUALDADE, o RACISMO, o CLASSISMO.
O direito negado ao isolamento que nossa mães vivem.
Quantos de nós morreram na casa grande?
Quanto terão que morrer nos prédios para algo ser feito?

Ce qui est arrivé à Miguel, 5 ans, ouvre grand la porte à l'INÉGALITÉ, au RACISME, à la DIFFÉRENCE ENTRE LES CLASSES SOCIALES. Le refus au droit de s'isoler socialement auquel les mères font face. Combien d'entre nous sont mort·e·s dans ces grandes maisons ? Combien d'entre nous doivent mourir dans ces immeubles avant que les choses ne changent ?

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Les Afro-Tchèques s'expriment sur la visibilité, le racisme et la vie en République tchèque (Partie II)https://fr.globalvoices.org/?p=252934http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200629_100029_Les_Afro-Tcheques_s_expriment_sur_la_visibilite__le_racisme_et_la_vie_en_Republique_tcheque__Partie_II_Mon, 29 Jun 2020 08:00:29 +0000Le mouvement mondial BLM n'a que faiblement touché le pays

La danseuse et chanteuse tchéco-angolaise Madalena João. Photo de Monika Šimíčková, utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

Longtemps invisibles, les Afro-Tchèques, l'une des plus petites communautés de la République tchèque, émergent progressivement et s'expriment en public.

Ce billet est le deuxième d'une série en deux parties sur leur lutte pour la reconnaissance dans le pays d'Europe centrale. On peut lire la première partie ici [fr].

Alors que la République tchèque est considérée comme un pays sûr et pacifique, occupant  la huitième place dans le classement mondial de l'indice de paix de Vision of Humanity, il existe des cas de racisme réguliers et documentés, principalement envers la communauté rom, mais aussi d'autres minorités.

L'activisme autour de Black Lives Matter (BLM) qui est devenu mondial a eu peu d'échos avec des manifestations qui n'ont rassemblé que peu de participants.

Une exception notable a été le taggage d'une statue de Winston Churchill à Prague avec des mots le décrivant comme raciste.

Une statue de Winston Churchill à Prague a été taguée avec des graffitis, rapporte

La danseuse et chanteuse tchéco-angolaise Madalena João. Photo de Lucie Baldé, utilisée avec permission.

Madalena João, citoyenne tchèque d'origine africaine, a partagé son expérience du racisme avec Global Voices:

Dočetla jsem se, že Česká republika je ve světovém žebříčku na 8. místě v mírumilovnosti ve světě. Pokud je tomu opravdu tak, je to moc hezké hodnocení, i když se tomu někdy nechce věřit. Je fajn vnímat, že je zde v České republice nás víc, kteří jsme řekněme barevní, a konáme, tvoříme, zpíváme, rapujeme, píšeme, nebo se nějak prezentujeme. Myslím, že to místo tu máme, je to naše domovina, a chtěli bychom se zde cítit bezpečně.Přemýšlím spíš teď o synovi, u kterého jsem zažila dvě narážky. Pramení to vždy z domova, tak jak rodiče budou vést své děti.

J'ai lu que la République tchèque occupait la 8e place du classement mondial des pays les plus pacifiques. Si c'est vrai, c'est une bonne évaluation, même si elle est parfois difficile à croire. C'est cool de voir que nous sommes plus nombreux, comme on nous appelle, des «personnes de couleur» qui travaillons, créons, chantons, faisons du rap, écrivons ou nous sommes en quelque sorte visibles. Je pense que nous sommes chez nous ici, et nous voulons nous sentir en sécurité ici. Je suis plus préoccupée pour mon fils, car il a été victime de propos racistes. Cela vient des familles et dépend de la façon dont les parents élèvent leurs enfants.

Obonete Ubam. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission

Obonete Ubam, qui a inventé le terme “afro-tchèque”, a sa propre explication de ce qu'il décrit comme une résurgence du racisme dans son pays natal:

Představa nebílého Čecha je pro českou společnost něčím příliš nezvyklým a mnohdy těžko stravitelným. Pořád jsme terče předsudků nebo antipatií. Souvisí to s odmítavým až nenávistným diskursem posledních let, který otevřela migrační krize. Tendence bránit se cizím vlivům poukazuje hlavně na naše malé národní sebevědomí: samostatnost byla naší zemi dlouho upírána a většina nositelů cizích vlivů, kteří k nám přicházeli, si spíš brousili zuby na naše území. Je tady i problém „skleněného stropu“. Začnete se sám sebe ptát, jak vysoko můžu vlastně dosáhnout než na něj narazím? Kde přesně je ten bod kariérního růstu, za který už nedojdu, protože panuje všeobecné přesvědčení, že bych jako ne-běloch neměl?

Možná jen žijeme v pro nás, nepříznivé době. Pokud nás totiž historie něčemu naučila, pak je to, že každý chvilku tahá pilku. Nejvýznamnější centra lidské civilizace se během staletí posouvají z kontinentu na kontinent. Jak Afrika, Asie tak i Arábie už kdysi pupkem světa byly. Dnes je to západní civilizace, jenže nic netrvá věčně.

Pour la société tchèque, accepter qu'une personne non blanche puisse être tchèque est trop inhabituel et souvent intolérable. Nous sommes toujours la cible de stéréotypes et de rejet. Ceci est lié aux discours de non-acceptation ou de haine de ces dernières années initiés par la crise des migrants. La tendance à résister aux influences étrangères démontre notre complexe d'infériorité en tant que nation: notre indépendance a souvent été refusée et les porteurs d'éléments étrangers sont venus ici pour des avantages personnels.

Il y a un problème de plafond de verre ici: vous commencez à vous demander jusqu'où vous pouvez aller avant de le toucher? Où est exactement ce point de votre carrière que vous ne franchirez pas, car en tant que personne non blanche, vous ne devriez pas?

Peut-être vivons-nous simplement à une époque qui ne nous est pas très favorable. Si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est parce que nous traversons tous des hauts et des bas. Les centres les plus importants de la civilisation humaine se sont déplacés à travers les siècles d'un continent à l'autre. L'Afrique, l'Asie et l'Arabie étaient à un moment donné le centre du monde. Aujourd'hui, c'est la civilisation occidentale, mais rien n'est éternel.

Selon Martin Kříž, la mondialisation peut expliquer en partie le racisme en République tchèque:

Fenoménu globalizace těží spíše progresivní městská omladina a podnikatelské vrstvy. Že se globální společnost čím dál více propojuje a do Čech se stěhují různí cizinci způsobuje pramalou radost lidem středního věku někde na Severní Moravě nebo v severních Čechách, pro které globalizace znamená často úbytek pracovních příležitostí a stres ze změny. Není pak divu že se projevují rasisticky nebo přesněji řečeno xenofobně.

La mondialisation fonctionne bien, surtout pour les jeunes urbains et les milieux d'affaires. Le fait que le monde global soit de plus en plus intégré et que davantage d'étrangers s'installent en République tchèque n'apporte aucune joie aux personnes d'âge moyen des régions en marge du pays, car de leur point de vue, la mondialisation est considérée comme source de moins de possibilités d'emploi et de stress dû au changement. Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils ressentent le racisme ou la xénophobie.

Pour la communauté rom, cependant, le mouvement BLM offre un moyen de recentrer les conversations sur le racisme anti-rom dans l’actualité. Monsieur Kříž indique:

Ve Spojených státech je z neoddiskutovatelné, že afroameričané mají často i přes  svoje vynaložené úsilí mnohem menší šance dosáhnout na kvalitní vzdělání a pracovní uplatnění. V české společnosti se přímo nabízí ke srovnání romská populace ale to je zcela jiný příběh.

Aux États-Unis, il est incontestable que les Afro-Américains ont souvent moins de chances d'obtenir une bonne éducation et de bons emplois malgré leurs efforts. Dans le contexte tchèque, il existe un parallèle avec la communauté rom, mais c'est un cas assez différent.

N.B.: Le magazine en ligne rom Romea couvre régulièrement la question BLM et a récemment rendu compte [cze] d'une manifestation BLM qui a eu lieu à Prague le 16 juin.
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Netflix va diffuser pour la première fois un film mozambicainhttps://fr.globalvoices.org/?p=252844http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200628_151621_Netflix_va_diffuser_pour_la_premiere_fois_un_film_mozambicainSun, 28 Jun 2020 13:16:21 +0000La sortie de “Resgate” est prévue pour juillet

Capture d'écran de Netflix, montrant l'affiche du film "Resgate", dont la sortie est prévue le 1er juillet.

Page de présentation du film Resgate (en français : Sauvetage) sur Netflix. Capture d'écran par Dércio Tsandzana.

Netflix est sur le point de diffuser sa première production 100 % mozambicaine. Le long-métrage Resgate (en français : Sauvetage), réalisé et écrit par le mozambicain Mickey Fonseca, fera sa sortie pendant le mois de juillet sur la platforme de streaming en ligne.

Le film, en partie financé par une campagne de crowdfunding, a été tourné au Mozambique en 2017. Un synopsis [pt] est disponible sur le site du journal portugais Jornal Público :

Resgate centra-se na história de Bruno, que quer mudar de vida depois de ter passado quatro anos na prisão e conhecer finalmente a filha bebé que partilha com Mia.

Tenta encontrar, primeiro sem sucesso, um trabalho como mecânico, a profissão em que se especializou. A tia, irmã da sua recém-falecida mãe, arranja-lhe um emprego numa garagem.

Mas este novo plano de vida cai por terra quando, sem aviso, o banco ameaça despejá-lo da casa da mãe se não pagar o empréstimo, por ele desconhecido, que ela contraiu antes de morrer. E é aí que vai ter de voltar ao mundo do crime.

L'intrigue principale de Resgate porte sur l'histoire de Bruno, qui veut changer de vie après avoir passé quatre ans en prison. Il va enfin rencontrer sa fille, un bébé qu'il a eu avec [sa compagne] Mia.

Il cherche du travail dans son domaine professionel, la mécanique. Ses efforts sont vains jusqu'à ce que sa tante, la sœur de sa mère, elle-même récemment décédée, lui trouve un travail dans un garage.

Mais ce nouveau projet de vie tombe à l'eau quand, sans crier gare, la banque menace de l'expulser de la maison de sa mère s'il ne rembourse par les traites du prêt. Le jeune homme n'avait pas connaissance de ce prêt, que sa mère avait contracté avant de mourir. Et c'est là qu'il se voit contraint de se tourner à nouveau vers le monde du crime.

En 2019, Resgate a été projeté en salles au Mozambique, en Angola et au Portugal. Le film a également été présenté dans des festivals au Burkina Faso et au Zimbabwe.

Il a reçu le prix du meilleur scénario et de la meilleure direction artistique aux Africa Movie Academy Awards (AMA Awards), la cérémonie de récompenses la plus prestigieuse au monde pour le cinéma africain, qui se tient chaque année au Nigéria.

Le prix Courageous Film Award a été également décerné à Resgate en 2019 lors du Festival de cinéma de Zell [de] en Autriche.

Mickey Fonseca a déclaré dans un article publié sur le site du ministère mozambicain de la Culture que c'était pour lui un honneur [pt] que de voir son film sortir sur l'une des plus importantes plateformes de diffusion audiovisuelle en ligne au monde :

“Resgate” foi muito bem recebido a nível nacional e isso foi emocionante para nós, porque fizemos o filme com muito sacrifício e meios próprios. Estamos a levar o filme para o resto do mundo, de modo que todos possam ver.

Resgate a eu une très bonne réception au niveau national et cela nous a touchés, parce que nous avons réalisé ce film au prix de nombreux sacrifices et par nos propres moyens. Nous sommes en train d'amener ce film au reste du monde, afin que n'importe qui puisse le voir.

Le film sera disponible sur Netflix avec un doublage en anglais, une information qui été accueillie chaleureusement sur la twittosphère mozambicaine :

BONNES NOUVELLES !

NETFLIX a décidé de poursuivre le doublage de Resgate en langue anglaise, pour que le film ait une plus grande portée internationale !

La sortie de Resgate sur cette plateforme de streaming est prévue pour juillet, mais pas le 1er.

Restez connecté·e·s pour des mises à jour !

[image] Capture d'écran de Netflix, montrant le titre portugais Resgate au-dessus du titre anglais Redemption en gros caratères rouges ainsi que la mention « disponible en juillet ».

Nous sommes tous contents d'avoir Resgate sur Netflix.
Nous pouvons faire partie d'une révolution artistique. Imaginez la croissance de toutes les autres disciplines, la musique, les arts visuels, etc. Croyez en notre art, nous avons beaucoup à apporter, et il vous suffit de croire et de nous donner UNE CHANCE. Ce n'est pas difficile.

Les productions africaines ont récemment gagné du terrain [pt] sur Netflix. Parmi celles-ci, on trouve la série sud-africaine Queen Sono, la première série originale de Netflix entièrement produite en Afrique.

L'offre Netflix compte d'autres œuvres africaines à découvrir : le film d'animation pour enfants Mama K's team 4 [en] (également une production sud-africaine) et les classiques de Nollywood comme Lion Heart et Chief Daddy, par exemple.

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Les récits déchirants de travailleuses domestiques africaines au Libanhttps://fr.globalvoices.org/?p=252979http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200628_092747_Les_recits_dechirants_de_travailleuses_domestiques_africaines_au_LibanSun, 28 Jun 2020 07:27:47 +0000Ces personnes sont privées des droits humains fondamentaux

Hellina Desta debout, face à l'objectif, tenant un balai entre ses mains gantées. Elle porte une blouse bleue, et se trouve dans un salon d'apparence aisée.

Portrait d'Hellina Desta, une travailleuse domestique qui a quitté l'Éthiopie il y a sept ans pour travailler à Beyrouth, au Liban, et est au service de son employeur actuel depuis 2015. Photo prise à Beyrouth, au Liban, le 18 août 2015. Photo réalisée par ONU Femmes/Joe Saade via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Aujourd'hui, au plus fort de la pandémie de coronavirus, neuf femmes nigérianes dorment dans les rues de Beyrouth, au Liban, suite à leur licenciement de leur emploi de travailleuses domestiques. 

Selon un article publié dans le Middle East Eye du 23 juin, ces femmes se sont adressées à l'ambassade nigériane pour obtenir de l'aide mais elles ont essuyé un refus. L'ambassadeur du Nigéria au Liban, Goni Modu, leur aurait conseillé de « retourner chez leurs maîtres » dans l'attente d'une évacuation. 

Actuellement, le Liban traverse une crise financière sévère, accentuée par la pandémie qui a provoqué une multiplication des pertes d'emplois. 

Néanmoins, ces neuf travailleuses domestiques ne sont pas des employées de maison classiques. Les travailleuses domestiques africaines, dans les pays du Golfe et les pays arabes, sont essentiellement réduites à l'esclavage domestique et le droit du travail dans ces pays pérennise l'exploitation et les abus. 

Esclavage domestique dans le Golfe et les pays arabes

En avril, une Nigériane de 31 ans, Temitope Olamide Ariowolo, a été mise en vente à 1 000 dollars américains, sur Facebook, par un Libanais nommé Wael Jerro. 

Le passeport international de Temitope Olamide Ariowolo a été affiché par Wael Jerro sur la page Facebook du groupe « Vendre et acheter au Liban » (Buy and Sell in Lebanon), selon des copies d'écran recueillies par Middle East Eye, avant que le message ne soit supprimé. 

Cet homme a été interpellé au Liban pour avoir mis en vente une femme de ménage nigériane. Dans une annonce sur Facebook, il avait déclaré que cette employée de maison, âgée de 30 ans [sic], pourrait être acquise pour 1 000 dollars.
Pour en savoir plus https://t.co/ZOpBkzFIgi #BBCAfricaLive

Wael Jerro a depuis été arrêté. 

Dernières nouvelles concernant une jeune Nigériane victime de la traite des êtres humains et mise en vente sur Facebook par un Libanais.
Le gouvernement libanais a annoncé l'arrestation de M. WAEL JERRO dans le cadre d'une poursuite judiciaire pour vente illégale d'une jeune fille nigériane.

— Commission des Nigérians de la diaspora (@nidcom_gov)

Cependant, Temitope Olamide Ariowolo a décliné l'offre de retour au Nigéria, malgré l'intervention de la Commission des Nigérians de la diaspora (NIDCOM), qui proposait de la rapatrier. 

Selon Abike Dabiri, directrice de la NIDCOM, 69 travailleuses domestiques victimes d'abus ont été évacuées vers le Nigéria. 

Cinquante femmes nigérianes, victimes du trafic d'êtres humains, ont été libérées du Liban et rapatriées dans leur pays d'origine, puis mises en quarantaine par mesure de précaution contre le coronavirus.
Le mois dernier, une Nigériane employée comme femme de ménage au Liban, a été secourue alors qu'elle avait été mise en vente sur Facebook pour 1 000 dollars. 😥

[image] Plan serré sur trois jeunes femmes aux cheveux longs, portant du sparadrap de couleur noire sur la bouche. Toutes trois sont positionnées l'une derrière l'autre. Elles regardent dans la même direction.

Au début du mois de juin, l'ambassade du Liban au Nigéria a suspendu la délivrance de visas pour les employées de maison dans le but de « se pencher sur les droits, les abus et les violations » des droits de ces travailleuses nigérianes au Liban. 

Mais cette exploitation des travailleuses domestiques ne se limite pas au Liban, elle concerne toute la région du Golfe.

Mes cher·e·s @GeoffreyOnyeama @naptipnigeria @abikedabiri, je vous demande de bien vouloir venir en aide aux femmes nigérianes, traitées comme des esclaves et non comme des femmes de ménage au Liban et dans le sultanat d'Oman, à rentrer chez elles. Plusieurs d'entre elles sont déprimées, elles ont besoin de votre soutien pour rentrer chez elles. Je vous remercie.

Deux employées de maison originaires du Nigéria, ont été assassinées à Riyad, en août 2018, par leurs employeurs saoudiens. 

Au Nigéria, les jeunes filles sont habituellement recrutées en tant que femmes de ménage par des agences agréées. Le journal nigérian Daily Trust a révélé les termes du contrat selon lesquels, au cours des 24 premiers mois, les travailleuses domestiques « ne peuvent ni demander d'augmentation de salaire, ni cesser le travail ou s'enfuir, ou encore ne peuvent refuser de travailler ou mettre fin à leur contrat, ne serait-ce que pour une journée ».

Le dispositif kafala et le travail des migrant·e·s

Le système de parrainage dit « kafala » autorise un·e migrant·e à travailler dans les pays du Golfe et les pays arabes sous un statut qui dépend de son employeur. Les modalités sont proches de l'esclavage, dans la mesure où la personnes migrante abandonne la plupart de ses droits en contrepartie d'un contrat, favorisant ainsi les abus en toute impunité. 

Le Bahreïn, le Koweït, le sultanat d'Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), la Jordanie et le Liban contribuent tous activement à ce système qui fournit une main-d'œuvre temporaire et bon marché en période de prospérité économique et, de la même manière, abandonne ces travailleurs pendant les périodes moins fastes, selon l'Organisation internationale du travail (OIT) [pdf] :

The migrant worker cannot enter the country, transfer employment nor leave the country for any reason without first obtaining explicit written permission from the kafeel [employer]. The worker must be sponsored by a kafeel in order to enter the destination country and remains tied to this kafeel throughout their stay. The kafeel must report to the immigration authorities if the migrant worker leaves their employment and must ensure the worker leaves the country after the contract ends, including paying for the flight home. Often the kafeel exerts further control over the migrant worker by confiscating their passport and travel documents, despite legislation in some destination countries that declares this practice illegal.

Tout travailleur migrant ne peut ni entrer dans le pays, ni transférer son emploi, ni quitter le pays pour quelque raison que ce soit, sans avoir préalablement obtenu l'autorisation écrite explicite de son kafeel [employeur, qui est garant dans le cadre du système de kafala]. Pour pouvoir entrer dans le pays concerné, il faut être parrainé par un kafeel et être lié à cette personne tout au long de son séjour. Si le travailleur migrant démissionne, le kafeel est tenu de le signaler aux services de l'immigration et de veiller à son départ du pays à la fin du contrat, en prenant notamment en charge le paiement du vol de retour. Bien souvent, le kafeel renforce son contrôle sur le travailleur migrant en lui confisquant son passeport et ses documents de voyage, en dépit de la législation de certains pays de destination stipulant que cette pratique est illégale.

Cette méthode, qui implique la dépendance absolue du travailleur vis-à-vis de son employeur, illustre bien l'esclavage moderne. Il promeut l'abus des travailleurs et travailleuses migrant·e·s.

Ainsi, cette Tanzanienne a été forcée de travailler « tel un robot » sans repos ni jours de congé, à Oman et ce, durant trois années. Sa patronne ne cessait de le lui rappeler : « Je t'ai achetée pour 1 560 rials (4 052 dollars américains) à Dubaï. Rends moi cet argent et tu pourras t'en aller », à chaque fois que la jeune femme réclamait de la nourriture ou de meilleures conditions de travail. 

[description vidéo] Vidéo réalisée par l'ONG Human Rights Watch (droits humains, aide humanitaire) avec l'activiste et enquêtrice Rothna Begum. Elle décrit le parcours de quelques femmes tanzaniennes ayant subi de graves maltraitances et des abus, au travers d'interviews, et explique le système de parrainage (kafala). NB : vidéo en swahili et en anglais, avec sous-titrage en anglais.

En conséquence, les travailleurs migrants disposent de deux sinistres options : s'accommoder des conditions d'exploitation ou s'enfuir. 

Celles qui réussissent à s'échapper ne peuvent prétendre à une indemnisation. En fait, elles « risquent d'être condamnées à une amende, détenues pour une durée indéterminée et expulsées », précise Migrant Rights, organisation de défense des droits des migrants. Et cela ne s'arrête pas là : les migrants abandonnés par leurs parrains sont susceptibles d'être « bloqués pendant des années » étant donné que les frais d'un billet d'avion pour le retour dans leurs pays respectifs sont exorbitants. 

Nul doute que le droit du travail relatif à la kafala pérennise l'exploitation des travailleuses domestiques africaines. Toutefois, les États africains sont également souvent complaisants. 

En 2007, le journaliste éthiopien Zecharias Zelalem a dévoilé que le gouvernement éthiopien avait fait appel à un cabinet de relations publiques américain chargé de faire pression sur le Congrès américain afin qu'il « annule un projet de loi dénonçant le non-respect des droits humains en Éthiopie ». 

Afin de rémunérer la société de relations publiques, plus de 600 000 dollars américains ont été détournés du consulat éthiopien de Djeddah, en Arabie Saoudite. L'enquête menée par Zecharias Zelalem a montré qu'en réalité, ces fonds détournés provenaient des Éthiopien·ne·s de la diaspora et étaient destinés à secourir les « domestiques éthiopiennes croupissant au Liban ». 

Cette affaire a été débattue sur Twitter :

Suite à une vague de suicides d'employées de maison éthiopiennes au Liban, les Éthiopien·ne·s résidant dans ce pays ont réuni 640 000 dollars destinés à soutenir leur communauté.
Puis, cette somme s'est volatilisée. Nul ne savait où, jusqu'à ce jour.

Dans beaucoup de pays africains, comme le Nigéria, le manque de clarté des politiques et des lois ainsi que des mesures d'application insuffisantes – conjugué au désespoir des victimes de migrer vers des cieux plus cléments – a nourri ce trafic d'êtres humains sous couvert de travail domestique. 

Des personnes défilent dans les rues de Beyrouth. Elles représentent les travailleurs domestiques migrants. 5 personnes tiennent une banderole avec des inscriptions en anglais demandant de meilleures conditions de travail. Elles portent toutes une casquette à cause du soleil.

Des travailleurs et travailleuses domestiques migrantes défilent pour de meilleures conditions de travail et un plus grand respect du droit du travail à Beyrouth, au Liban, le 19 novembre 2015. Photo par Migrant Domestic Workers via Flickr, sous licence CC BY-ND 2.0.

Le système du kafala enfreint directement les normes internationales du travail [fr] de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui préconisent « un travail décent et productif, dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité ».

Hélas, depuis l'adoption de la convention C187 [fr] de l'OIT sur le travail décent des travailleuses et travailleurs domestiques en 2011, seuls 29 pays l’ont ratifiée [fr]. Par ailleurs, les pays arabes et du Golfe (le sultanat d'Oman, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Liban) ainsi que leurs homologues africains comme l'Éthiopie, le Nigéria et la Tanzanie, n'ont toujours pas ratifié et intégré cette convention dans leur législation nationale. 

Remédier à un héritage douloureux d'exclusion et d'injustice à l'égard des travailleuses domestiques migrantes peut paraître utopique. Pourtant, Myrtle Witbooi, présidente de la Fédération internationale des travailleurs domestiques (FITD), se montre optimiste [fr ; pdf] : « Un jour, nous serons tous enfin libres », affirme-t-elle.

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Redémarrer les économies caribéennes sous la menace du COVID-19https://fr.globalvoices.org/?p=252700http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200627_110020_Redemarrer_les_economies_caribeennes_sous_la_menace_du_COVID-19Sat, 27 Jun 2020 09:00:20 +0000Quel est l'avenir du tourisme régional? Partie 2 sur 2

Dessin numérique avec fond bleu représente cinq virus corona (3 noirs et 2 en pointillés blanc) et un avion avec sa trajectoire en pointillés blancs. Trois croix rouges illustrent les restriction de voyage là où le COVID-19 est présent.

Voyager au temps du coronavirus. Photo de Prachatai via Flickr, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

L’article d'origine a été publié en anglais le 3 juin 2020. Certaines informations ont été mises à jour pour refléter l'évolution de la situation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

La première partie de cette série a examiné l'état de la lutte contre le COVID-19 dans les Caraïbes au début du mois de juin 2020. Dans ce deuxième volet, nous verrons comment la région planifie la relance de ses économies, qui pour la plupart dépendent du tourisme. 

En 2019, le tourisme des Caraïbes était florissant. Cependant, l'émergence du COVID-19 en fin d'année, il en a résulté une pandémie, qui a poussé l’Organisation du tourisme des Caraïbes à surnommer le virus « le visiteur indésirable » dans une série de podcasts.

En tant que source majeure de devises étrangères et d'emplois pour la plupart des pays des Caraïbes, l'impératif d'ouvrir les frontières en toute sécurité aux visiteurs étrangers, maintenant que certains territoires régionaux semblent avoir contenu le nombre de cas de COVID-19, est devenu de plus en plus pressant depuis le mois de mai.

Cependant, alors que quelques îles ont déclaré être prêtes et ont même fixé des dates de réouverture — provisoires ou définitives — d'autres sont loin d'avoir atteint ce stade. Certaines îles ne sont pas encore prêtes à fixer une date de réouverture de frontières.

Relancer le trafic aérien

Parmi les pays qui se sont déclarés ouverts depuis juin, on retrouve Antigua-et-Barbuda, qui [a accueilli] son premier vol arrivant des États-Unis le 4 juin, et Sainte-Lucie, qui a annoncé avoir pris une « approche responsable et progressive pour la réouverture du secteur du tourisme » à la même date — bien qu'elle ait prolongé l'état d'urgence local jusqu'en septembre.

Belize, un pays des Caraïbes situé le long de la côte nord-est de l'Amérique Centrale, peut se vanter de ne pas avoir eu de cas de COVID-19 pendant plus d'un mois [Mise à jour : 4 cas actifs confirmés au 25 juin 2020, ndlt] ; avec la Grenade et l'île hollandaise d’Aruba, semble prêt à bientôt ouvrir ses frontières. Cependant, aucun des trois pays n'a encore annoncé de dates [Mise à jour : la Grenade et Bélize pensent rouvrir leurs frontières à partir du 30 juin, et Aruba le 1er juillet, ndlt]. Le pays voisin d'Aruba, Bonaire, avec zéro cas, mettra fin à son interdiction de voyager le 15 juin [Mise à jour du 16 juin : 1er juillet 2020, ndlt].

Entre-temps, les Îles vierges des États-Unis ont rouvert aux touristes le 1er juin, même si l'état d'urgence restera en place jusqu'au 11 juillet.

Prendre son temps, malgré le battage médiatique

Les îles Caïmans (population : 64 000 habitants) n'ont pas fixé de date de retour à la normale. Un établissement de santé local envisage de procéder à des tests de détection d'anticorps pour l'immunité au COVID.

En tant que destination de croisière très populaire, les îles Caïmans ont déjà testé près de 20 % de leur population et comptent 150 cas [Mise à jour : 196 cas confirmés au 25 juin 2020, ndlt]. Les responsables du tourisme prévoient une reprise progressive, sans aucun calendrier établi. Cependant, il a été annoncé au 3 juin qu'un enfant de neuf ans a été testé positif. Cette situation, que le médecin en chef des îles dit « consternante », illustre l'imprévisibilité du virus.

Pendant ce temps, les intérêts du voyage et les chaînes hôtelières se préparent, prennent les réservations, et proclament la région comme destination préférée. Un site de voyage, qui montre le taux d'infection relativement faible de la région, a affirmé que les visiteur·se·s américain·e·s seront de retour aux Caraïbes d'ici au mois de juin [L'ouverture au tourisme a été repoussée à une date ultérieure pour certaines îles caribéennes].

Cependant, dans certaines îles qui envisagent leur réouverture, le virus n'a pas encore complètement disparu, et la peur que de nombreu·x·se·s visiteur·se·s mettent en danger les populations locales a installé aux Caraïbes une atmosphère de méfiance.

La présidente actuelle de la communauté des Caraïbes (CARICOM), première ministre de la Barbade Mia Mottley, l'a confirmé dans une interview accordée à la BBC le 26 mai :

We are not going to be driven by dates, we are going to be driven by protocols that make us safe. […] We are trying to balance lives and livelihoods, like everyone else […] but the scale of unemployment has been crippling.

Nous n'allons pas nous laisser influencer par des dates, mais par des protocoles qui nous feront sentir en sécurité. […] Nous essayons d'équilibrer vies et moyens d'existence, comme tout le monde […] mais le niveau de chômage a été paralysant.

Mia Mottley a souligné qu'à l'avenir, « l'enjeu majeur » sera le dépistage auprès des voyageur·se·s. Elle a confirmé que les débats entre les parties prenantes, en ce qui concerne les protocoles de voyage détaillés, sont en cours. Sa propre île, qui possède une population de 287 000 habitants, n'a enregistré aucun nouveau cas de COVID-19 pendant six jours. 11 cas ont été enregistrés en mai [5 cas en juin, ndlt], et de nombreux tests ont été réalisés. Alors que les restrictions en ce qui concerne le shopping ont été levées et que les citoyen·ne·s ont accès aux plages de l'île, le gouvernement de la Barbade n'a pas encore annoncé de date d'ouverture de ses frontières.

En Jamaïque, le premier ministre Andrew Holness a confirmé lors d'une conférence de presse que la CARICOM cherche à collaborer sur de nouveaux protocoles pour les touristes arrivant sur son littoral. Évoquant une « nouvelle normalité », il a déclaré :

These protocols probably won’t be much different to what other countries will have, but as a group, I think there is a general understanding of what the future of travel will look like.

Ces protocoles ne seront probablement pas très différents de ceux des autres pays, mais en tant que groupe, je pense qu'il y a une compréhension générale de ce à quoi ressemblera le futur des voyages.

Une question d'équilibre

C'est un dilemme pour le gouvernement caribéen qui est partagé entre les préoccupations constantes en matière de santé publique et la réalité d'une économie régionale, dépendante du tourisme et qui est à présent sur une mauvaise pente. L'Institut de planification de la Jamaïque a prévu une sévère contraction du produit intérieur brut (PIB) pour le trimestre d'avril-juin, principalement dû aux mesures prises pendant la pandémie.

Un facteur de plus, mentionné par le président de la CARICOM, devrait être ajouté à l'équation : le 1er juin marquait officiellement le début de la saison des ouragans 2020 de l'Atlantique, une période d'inquiétude grandissante pour les Caraïbes, à cause de l'aggravation des effets de la crise climatique. Au cours des dernières années, les ouragans ont gagné en intensité [fr], avec des effets dévastateurs.

2020 se révèle être une année d'importants défis et de grande incertitude pour les Caraïbes. La région a-t-elle passé le pire avec le COVID-19 ? Il semble encore trop tôt pour le dire, mais il paraît probable qu'il y ait plus d'épreuves à venir.

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Le Sri Lanka se prépare aux élections déjà différées deux fois sur fond de réponse militarisée au COVID-19https://fr.globalvoices.org/?p=252741http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200627_104634_Le_Sri_Lanka_se_prepare_aux_elections_deja_differees_deux_fois_sur_fond_de_reponse_militarisee_au_COVID-19Sat, 27 Jun 2020 08:46:34 +0000Le pays se trouve embourbé dans une crise constitutionnelle

Un tuktuk surmonté de hauts-parleurs diffuse des messages électoraux au Sri Lanka.

Un véhicule de propagande électorale à Dharga Town au Sri Lanka. Image de Hafiz Issadeen via Flickr, sous licence CC BY-ND 2.0.

L’article d'origine a été publié en anglais le 21 juin 2020. Certaines données ont été mises à jour afin de refléter l'évolution de la situation.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient à des pages en anglais, ndt.]

Le Sri Lanka organisera le 5 août ses élections parlementaires, qui ont été prorogées pendant de plus de trois mois en raison de la crise du coronavirus.

Les élections [fr] étaient programmées initialement pour le 25 avril, mais ont été reportées au 20 juin puis à nouveau au 5 août, à cause des préoccupations d'ordre sanitaire relatives au COVID-19. Ce scutin a été annoncée après l'assouplissement des conditions de confinement mises en place par le Sri Lanka.

Le Sri Lanka fait preuve d'une meilleure maîtrise de la propagation du COVID-19, comparé aux pays limitrophes d'Asie du Sud. Au moment de la rédaction de cet article, le Sri Lanka a enregistré 1 950 infections au COVID-19  et 11 morts [2 010 infections et 11 morts au 26 juin, ndt.] avec un nombre de cas actifs en baisse et un nombre de décès qui se stabilise depuis deux semaines.

#COVID19 en Asie du Sud : de nouveaux cas ont été signalés en Afghanistan, au Bangladesh, en Inde, aux Maldives, au Népal, au Myanmar, au Pakistan et au Sri Lanka. Il y a au total 693 586 cas et 17 827 décès en Asie du Sud au 19 juin 2020 à 13h00 GMT.  #Coronavirus #AsieduSud

Élections éclair

Lire aussi : Your guide to the 2019 Sri Lankan presidential election

Le président Gotabaya Rajapaksa, qui a été élu aux élections présidentielles de novembre 2019, a exercé son pouvoir constitutionnel pour dissoudre le parlement le 2 mars, six mois plus tôt que la date prévue. Selon lui, cette action était nécessaire dans la mesure où le parlement dominé par l'opposition avait affaibli son autorité. L'un des objectifs du parti de Gotabaya Rajapaksa, Sri Lanka Podujana Peramuna (SLPP), est de regagner sa majorité au parlement, qui se compose de 225 membres. Gotabaya Rajapaksa a appelé à des élections éclair au 25 avril. Beaucoup de critiques ont jugé le moment inopportun, étant donné que le pays fait actuellement face à la pandémie.

Le juriste en droits humains Bhavani Fonseka a posté un tweet au sujet de l'appel au report des élections :

Le Centre pour le contrôle de la violence des élections (CMEV) a poussé la Commission électorale à reporter les élections générales programmées au 25 avril 2020, compte tenu de la propagation de la pandémie du COVID-19 @cmev #COVID19 #coronavirus #SriLanka #lka

Au milieu des appels de l'opposition et de la société civile au report des élections, le commissaire aux élections Mahinda Deshapriya a annoncé l'ajournement indéfini des élections du 19 mars, invoquant la menace du COVID-19.

Harim Peiris écrit sur Groundviews à propos de cette déclaration :

Given that the electoral process requires a mass domestic human migration or movement of people and that campaigning makes social distancing impossible, the decision of the Elections Commission was inevitable. Perhaps in hindsight, the hasty dissolution of parliament when Covid-19 was known as a global pandemic was unwise.

Étant donné que le processus électoral exige une migration humaine nationale en masse ou un déplacement de personnes, et que la campagne rend la distanciation sociale impossible, la décision de la Commission électorale était inévitable. Peut-être avec le recul, la dissolution précipitée du parlement, alors que le COVID-19 était reconnu comme une pandémie mondiale, s'avère-t-elle peu judicieuse.

Le 22 mars, le Sri Lanka a imposé un confinement strict d'une durée de sept semaines pour empêcher l'augmentation des cas de COVID-19.

Le 20 avril, la Commission électorale a annoncé que les élections parlementaires auraient lieu le 20 juin.

Une crise constitutionnelle ?

Les analystes ont immédiatement indiqué que la nouvelle date des élections allait à l'encontre d'une disposition [pdf] constitutionnelle, qui exige que les élections se tiennent dans un délai de trois mois après la dissolution du parlement. Asanga Welikala écrit à ce sujet sur Groundviews :

The Constitution requires even a dissolved Parliament to be recalled in an emergency to fulfil the requirements of legislative oversight of the executive (including the exercise of any emergency powers), and to approve appropriations of public funds for government expenditure. The President, however, has steadfastly refused to do so. Coupled with this refusal, the practical inability to hold an election during the pandemic has resulted in the Election Commission having to set 20 June as the new date for the election. This is a date that is prima facie in breach of the constitutional stipulation that an election must be held, and a new Parliament must meet, within three months of the date of the dissolution of the old Parliament.

La Constitution exige que même un parlement dissous soit rappelé en urgence pour accomplir les obligations d'un contrôle législatif de l'exécutif (notamment l'exercice de tous pouvoirs exceptionnels), et pour approuver les affectations de fonds publics pour les dépenses du gouvernement. Le président a cependant refusé catégoriquement d'agir dans ce sens. En plus de ce refus, l'incapacité pratique à tenir des élections pendant la pandémie a eu pour conséquence d'obliger la Commission électorale à fixer la nouvelle date des élections au 20 juin. Il s'agit, de prime abord, d'une date portant atteinte à une stipulation constitutionnelle selon laquelle des élections doivent avoir lieu, et un nouveau parlement doit être constitué, dans un délai de trois mois après la date de la dissolution de l'ancien parlement.

Beaucoup ont remis en cause l'utilité de l'organisation d'élections pendant la pandémie. Le gouvernement a également été accusé de mobiliser les militaires [pdf] pour consolider le pouvoir. Tisaranee Gunasekara a alerté sur les dangers de la militarisation de la réponse au COVID-19 :

The danger of holding an election in such an atmosphere is obvious. The government will not hesitate to arrest opposition activists and voters for violating this or that anti-virus rule while giving a free pass to its own supporters. But postponing the election repeatedly carries its own dangers. It will habituate the president into acting outside the constitution and strengthen those who are advocating Gotabaya rule.

Le danger d'organiser des élections dans une telle atmosphère est évident. Le gouvernement n'hésitera pas à arrêter des militant·e·s et des électeur·rice·s de l'opposition pour violation de telle ou telle règle de lutte contre le virus, tout en laissant librement circuler ses partisans. Mais reporter les élections de manière répétée comporte ses propres dangers. Cela pourrait habituer le président à agir en dehors des limites de la constitution et à renforcer ceux qui défendent le régime de Gotabaya Rajapakshe.

Le 2 juin, la Cour suprême du Sri Lanka a rejeté un certain nombre de requêtes contestant la décision de la Commission électorale en faveur de l'organisation des élections au 20 juin. De nombreuses personnes ont considéré cette décision comme une justification des actions de Gotabaya Rajapakshe, à savoir la dissolution du parlement et le refus de convoquer le parlement.

[image] Caricature de Gotabaya Rajapakshe, qui est agenouillé sur une femme représentant la Constitution. Elle est allongée par terre, sur le dos, agonisante, alors qu'il l'étrangle avec un genou au niveau de sa gorge (référence à l'affaire George Floyd ?) Un sabre est placé à côté des personnages.

Cependant, Dr Asanga Welikala, maître de conférence en droit, est en désaccord avec la décision de la cour :

Le Sri Lanka entre en opposition avec les dispositions constitutionnelles aujourd'hui 2 juin 2020.

Aucun parlement élu et aucune assemblée. Aucune date légalement prévue pour des élections ou pour la constitution d'un autre parlement.

Lorsque la Constitution est mise de côté, la formation d'un autre parlement est à la discrétion d'un seul homme.

Le 10 juin, le président de la Commission électorale a annoncé que la date des élections serait reportée pour la seconde fois, au 5 août.

Les conseils de santé pendant les élections

En même temps que l'annonce des élections pour le 5 août, la Commission électorale a également publié ses directives sanitaires pour le déroulement du scrutin pendant la pandémie du COVID-19. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • Port du masque obligatoire dans l'isoloir
  • Maintien de la distance d'un mètre dans les files d'attente pour les élections
  • Les personnes n'ayant pas terminé leur quarantaine ne sont pas admises
  • Le nombre de personnes aux réunions de campagne pour les élections est limité à 100
  • Interdiction des manifestations
  • La distribution de prospectus est déconseillée

Pour l'instant, la Commission électorale a organisé deux élections fictives pour tester l'état de préparation de la population pendant la pandémie.

REGARDEZ : le Réseau asiatique pour les élections libres (@Anfrel) se trouve dans l'école primaire de Menerigama dans le district de Kalutara aujourd'hui 14 juin pour observer les élections fictives organisées par la Commission électorale du #SriLanka.

[images] Déroulement des élections fictives : les assesseurs portent des masques de protection faciale et des gants. L'exercice se déroule sous l'observation d'agents de l'Anfrel.

Beaucoup de candidat·e·s aux élections utilisent la publicité payante sur les réseaux sociaux pour leurs campagnes politiques. Selon certaines sources, Facebook publiera les informations concernant les dépenses publicitaires des candidats politiques du Sri Lanka.

La Commission européenne, a décidé de ne pas envoyer de mission d'observation complète pour les élections du 5 août, invoquant le COVID-19.

Vraiment inquiétant. Au milieu de la militarisation + la répression de la dissidence galopantes au Sri Lanka, et juste 9 mois après les élections qui ont mis en évidence de larges atteintes au processus électoral, y compris l'intimidation des électeur·ice·s – des élections parlementaires sans surveillance externe significative comportent des risques considérables.

Alors que le Sri Lanka s'apprête à ouvrir à nouveau ses frontières au tourisme au 1er août, une étape vers le retour à la normale, il reste à savoir dans quelle mesure les élections vont être libres et équitables.

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En mémoire d'Amadou Diallo, un guinéen victime des violences policières aux États-Unishttps://fr.globalvoices.org/?p=252872http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200627_100016_En_memoire_d_Amadou_Diallo__un_guineen_victime_des_violences_policieres_aux_Etats-UnisSat, 27 Jun 2020 08:00:16 +0000Les manifestations Black Lives Matter rappellent le sort de Diallo

Marche contre les violences policières en hommage à Amadou Diallo devant la Maison Blanche, 15 février 1999, Elvert Xavier Barnes Protest Photography via Flickr, sous licence CC BY 2.0

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndt.]

La récente vague de manifestations “Black Lives Matter” aux États-Unis met en évidence une longue histoire de brutalité policière à l'encontre des noirs américains.

Le 25 mai, George Floyd, un homme noir, a été tué par un policier blanc  à Minneapolis, dans le Minnesota. Depuis sa mort, les manifestants et activistes descendent dans la rue, rappelant les noms d'innombrables personnes tuées par la police, notamment l'assassinat du jeune guinéen Amadou Diallo parti étudier aux États-Unis.

Monsieur Diallo, 23 ans, a été brutalement abattu de 41 balles à la porte de son appartement le 4 février 1999, par 4 policiers en civil de New York faisant partie d'une “unité de crimes urbains” aujourd'hui disparue. Ces quatre policiers ont affirmé que Monsieur Diallo était le suspect dans une affaire de viol et qu'ils pensaient qu'il avait une arme sur lui, alors qu'il ne portait que son portefeuille.

Les quatre policiers, Edward McMellon, Sean Carroll, Kenneth Boss et Richard Murphy, ont tous été poursuivis pour meurtre au second degré, mais ont tous été acquittés – comme c'est souvent le cas lorsque la police bénéficie d'une totale impunité devant les tribunaux américains. Cet acquittement a suscité la colère de beaucoup d'Américains de toutes races et a entraîné des manifestations nationales.

L'officier de police Boss demeure dans les forces de police mais a été “réaffecté” en 2012. L'officier Carrol a présenté ses ” excuses affectives ” à la famille, mais longtemps après le drame, explique l'écrivain Janus Marton.

New York “est depuis des siècles la plus grande ville au monde en matière de multicultiralisme, attirant dans ses cinq arrondissements des personnes ambitieuses, porteuses de rêves et de talents, venues de tout le pays et du monde”, se souvient M. Marton, qui se rappelle comment les procès des quatre officiers ont eu lieu à Albany, une ville voisine, par crainte qu'ils “ne puissent obtenir un procès équitable dans le Bronx”, l'arrondissement de New York où Amadou Diallo a été tué.

Des années après le meurtre de Diallo, les manifestants de Black Lives Matter se souviennent des circonstances de son assassinat brutal par des policiers de New York, dénonçant la passivité d'Andrew Cuomo, gouverneur de la ville en ce qui concerne la responsabilité de la police.

Jesse McKinley, chef du bureau d'Albany pour le New York Times, écrit :

INFO : Les familles des victimes des meurtres de la police de New York – Amadou Diallo, Ramarley Graham, Kimani Gray, entre autres – adressent une lettre accablante à @NYGovCuomo, indiquant qu'il a été “l'un des obstacles les plus tenaces” à l'imputabilité de la police.

La lettre est ici : https://t.co/oFTSof5SE3 

— Jesse McKinley (@jessemckinley) 15 juin 2020

Marche contre la brutalité policière en hommage à Amadou Diallo devant la Maison Blanche, 15 février 1999. Photo par Elvert Xavier Barnes Protest Photography via Flickr, sous licence CC BY 2.0

Qui était Amadou Diallo ?

Amadou Diallo est né au Libéria de parents guinéens, Saikou et Kadiatou Diallo, il était l'aîné de quatre enfants, explique Ayodale Braimah, un écrivain africain. Ses parents exportaient des pierres précieuses entre l'Afrique et l'Asie, ce qui a permis à Diallo d'étudier dans différents pays, dont la Thaïlande, où il a vécu un temps avec sa mère après le divorce de ses parents.

Kadiatou Diallo, la mère d'Amadou, était une combattante qui s'est mariée à l'âge de 13 ans qui est tombée enceinte de son fils à 16 ans. Elle a fait ses études et a créé une entreprise en Thaïlande.

En tant qu'étudiant en anglais, il était attiré par la culture américaine. En 1996, Monsieur Diallo part avec sa famille à New York et se lance dans les affaires avec un cousin. Il a travaillé pendant un certain temps comme vendeur de rue et aspirait ainsi à étudier l'anglais et l'informatique.

Une mère et une ville en deuil

Kadiatou Diallo, la mère de d'Amadou Diallo, était en Guinée lorsqu'elle a appris que son fils avait été abattu par des policiers. Elle est alors retournée aux États-Unis et a commencé à se battre pour sa mémoire, devenant “un symbole de la lutte contre la brutalité policière” aux États-Unis qui utilise son expérience afin de donner du pouvoir aux autres, a écrit Charisma Speakers, un blogueur.

“Mme Diallo humanise la tragédie du profilage racial et de la brutalité policière et continue à travailler activement avec les leaders communautaires en vue d'apporter des changements”, a ajouté Charisma Speakers.

La famille Diallo a poursuivi le département de police de New York dans un procès pour homicide par négligence d'un montant de 61 millions de dollars et a finalement accepté une indemnisation de 3 millions de dollars, selon Alexander Starr de Public Radio International, qui a écrit sur les conséquences du meurtre de Monsieur Diallo en 2014, à l'occasion du cinquième anniversaire de sa mort : “Ils ont utilisé une partie de cet argent pour créer la Fondation Amadou Diallo et un fonds de bourses d'études en 2005″, des étudiants bénéficient toujours des bourses d'études jusqu'à présent.

Pour le quatrième anniversaire de la mort d'Amadou Diallo, la ville de New York a dévoilé la plaque de la place Amadou Diallo dans le Bronx pour honorer sa mémoire.

Kadiatou Diallo a collaboré avec 100 Blacks in Law Enforcement Who Care,un groupe de défense des droits visant à améliorer le maintien de l'ordre à New York, et a également travaillé avec des politiciens locaux pour faire adopter une loi sur le profilage racial à Albany, New York.

En 2004, Kadiatou Diallo a publié un livre intitulé “My Heart Will Cross This Ocean: My Story, My Son, Amadou.”  (en français: Mon cœur traversera cet océan: Mon histoire, Mon fils, Amadou). Elle a témoigné dans les documentaires “Death of Two Sons” en 2006, et “Every Mother's Son“, sur trois mères qui ont chacune perdu un enfant non armé aux mains de la police de New York.

La tragédie d'Amadou Diallo a inspiré plus de 20 chansons, cinq documentaires et deux films.

La vie des Noirs est une question d'actualité

Les manifestions Black Lives Matter qui ont éclaté en réaction au meurtre de George Floyd par la police ont incité de nombreux utilisateurs de Twitter à évoquer le nom d'Amadou Diallo, plus de 20 ans après ce meurtre brutal.

Clara || BLM (@quiteclara) recommande une docu-série sur le cas de Diallo :

La docu-série de Netflix “Trial by Media”, ep.3 “41 Shots”.
En 1999, 4 officiers de la police de New York ont tiré 41 coups de feu sur Amadou Diallo, 19 l'ont atteint et tué, devant son appartement. Diallo n'était pas armé. Les 4 officiers ont été accusés de meurtre au second degré, mais ont été reconnus non coupables.
— clara || BLM (@quiteclara) 16 juin 2020

Clint Smith, écrivain et enseignant, tweete “Trop c'est trop” :

Je suis assez vieux pour me souvenir d'AMADOU DIALLO et d'ABNER LOUIMA. Trop, c'est trop. Plus de 20 ans plus tard, nous n'avons pas tourné la page. Arrêtez de dire aux noirs ce qu'ils auraient dû faire ou ce qu'ils doivent faire pour ne pas se faire tuer. C'est le contraire.
— Marla Wolfson (@marla_vous) 15 juin 2020

So African (@Mx_chichi), un anthropologue, écrit :

C'est la même police de New York qui a promu Kenneth Boss un des hommes qui a tué Amadou Diallo. Après avoir tiré sur Diallo 41 fois et que 19 balles ont touché son corps. Les policiers new-yorkais impliqués n'ont jamais été reconnus coupables. Ils ont dit “bas ! Désolé Tumesema !” & Ils ont été “pardonnés”
— So African (@Mx_chichi) 10 juin 2020

Felonious Munk, un comédien, écrivain et acteur américain d'origine éthiopienne, rappelle les noms d'autres hommes Noirs américains qui ont été tués par la police aux États-Unis :

Obama était président lorsque Mike Brown, Eric Garner, et Tamir Rice ont été tués. Clinton était président quand Amadou Diallo (et bien d'autres) ont été tués. Pour qui devons-nous voter afin qu'ils cessent de tuer les Noirs en toute impunité ?

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Comment le traitement «miracle» de Trump attise-t-il le nationalisme en Inde et au Brésil ?https://fr.globalvoices.org/?p=252837http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200627_095814_Comment_le_traitement___miracle___de_Trump_attise-t-il_le_nationalisme_en_Inde_et_au_Bresil__Sat, 27 Jun 2020 07:58:14 +0000Les politiques, et non les scientifiques, mènent le débat.

Une photo de Jair Bolsonaro et de Narendra Modi se serrant la main superposée à une image du visage de Donald Trump et de cachets d’hydroxychloroquine en arrière-plan et en filigrane.

Photo de Jair Bolsonaro et Narendra Modi par Palácio do Planalto, sous licence CC BY 2.0. Photo de Donald Trump par Gage Skidmore, sous licence CC BY-SA 3.0Image éditée par Georgia Popplewell.

L’article d'origine a été publié en anglais le 17 juin 2020.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Début 2020, à l'heure où le COVID-19 se propageait dans le monde, l’hydroxychloroquine, un médicament antipaludique présentée comme un remède miracle par le président américain Donald Trump, a déclenché un vif débat. La controverse autour de son utilisation a lourdement impacté la géopolitique mondiale. 

Le débat autour de l'hydroxychloroquine aux États-Unis a été abondamment repris par les médias anglophones du monde entier. La polémique entourant ce médicament n'a toutefois pas été aussi présente au Brésil et en Inde, deux pays où la politique partisane est pourtant notoire. 

La lutte contre l’épidémie s’est opérée de façon tout à fait différente dans ces deux pays. En Inde, par exemple, un confinement a été instauré dès le 25 mars, ce qui n'a, en revanche, jamais été le cas au Brésil. Les deux pays se rejoignent toutefois autour du débat sur l'hydroxychloroquine, où il est instrumentalisé à des fins nationalistes. L'emploi de l'hydroxychloroquine a été ardemment défendu par le président brésilien Jair Bolsonaro ainsi que par le Premier ministre indien Narendra Modi, bien que son efficacité n’ait pas été prouvée. 

Malgré le fait que l'hydroxychloroquine ait été retirée la liste des médicaments autorisés par l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration) [chargée des normes sanitaires aux États-Unis, ndlt], l’Inde et le Brésil continuent de la présenter comme un traitement valable. 

Le Brésil et l’Inde partagent de nombreux points communs. Ce sont tous deux des pays à revenus intermédiaires et de grandes démocraties ayant porté au pouvoir des gouvernements d’extrême droite au cours des dix dernières années. Les démarches entreprises par le Premier ministre indien Narendra Modi et son parti le BJP (Bharatiya Janata Party) pour que l'Inde soit davantage valorisée sur la scène internationale ont exacerbé le sentiment nationaliste au sein de la communauté hindoue. Les Brésilien·ne·s ont élu leur président, Jair Bolsonaro, en 2018 sur fond de tolérance zéro concernant les questions de crime et de corruption couplée à un conservatisme extrême et à des politiques économiques ultra-libérales promettant la libéralisation radicale du travail et des règles environnementales.

L’Inde, en sa qualité de plus grand fabricant mondial d'hydroxychloroquine, était la mieux placée pour tirer son épingle du jeu quant à la mise en avant de cette molécule par Donald Trump et ses partisan·e·s. Le gouvernement indien a commencé par interdire l’exportation d'hydroxychloroquine, puis est revenu sur cette interdiction pour finalement la distribuer à grande échelle aux États-Unis, au Brésil, au Maroc et à bien d’autres pays.

Au Brésil, qui fait office de petit fabricant de médicaments par rapport à l’Inde, Jair Bolsanaro a ordonné à un laboratoire militaire d’augmenter sa production d’hydroxychloroquine trois jours après la déclaration de M. Trump dans laquelle il annonçait que le médicament pourrait complètement « rebattre les cartes ». À la mi-avril, ce laboratoire avait multiplié sa production par cent [pt].

À son tour, le président Bolsonaro a commencé à promouvoir l’efficacité de l'hydroxychloroquine, provoquant ainsi la démission successive de deux ministres de la Santé entre avril et mai. En avril, Twitter supprimait une vidéo dans laquelle il plébiscitait l’utilisation de l’hydroxychloroquine lors d’un rassemblement politique, citant des violations des règles en vigueur. Il s'agit d'une première pour le réseau social, qui n'avait jusqu'alors jamais supprimé un tweet de chef·fe d’État brésilien·ne. En mai, Bolsonaro, continuant sur sa lancée, a déclaré dans l’une de ses émissions hebdomadaires en direct sur internet que « lorsque vous êtes de droite, vous prenez de la chloroquine ; lorsque vous êtes de gauche, vous prenez de la Tubaína » (Tubaína est une boisson gazeuse populaire dans certaines régions du Brésil).

Afin de fédérer leurs partisan·e·s, Bolsonaro, Modi et Trump s’appuient sur des thèses conspirationnistes pour pouvoir désigner des ennemis ou des traîtres. Tout comme aux États-Unis, en Inde et au Brésil, ces discours reposent sur de prétendues preuves scientifiques qui démontreraient que l'hydroxychloroquine serait efficace contre le COVID-19. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et la Chine, les deux ennemis fréquemment pointés du doigt, sont accusées de dissimuler ces données avec la complicité des réseaux sociaux et des médias. Les grands groupes pharmaceutiques, qui seraient prêts à lancer un nouveau traitement à la fois coûteux et lucratif, profiteraient de ce prétendu complot.

L’idée selon laquelle il existerait un remède miracle à cette maladie ayant tué plus de 400 000 personnes, et qui serait freiné par des organisations puissantes et corrompues, permet à ces dirigeants de s’attribuer le rôle de sauveurs luttant contre un système maléfique.

La science empêchée au Brésil

L'une des méthodes préférées des partisan·e·s de Bolsonaro consiste à exagérer les déclarations des quelques scientifiques et médecins préconisant un traitement précoce à l’hydroxychloroquine pour les patients infectés par le COVID-19.

Lorsque Exame, une revue économique brésilienne renommée, a fait état [pt] d’essais réalisés par une chaîne d’hôpitaux privés qui auraient « guéri 300 patients atteints du COVID-19 grâce à l’hydroxychloroquine », l’article a été largement partagé sur les réseaux sociaux et en particulier dans les milieux de droite. Selon l’article, sur les 500 patients traités à l'hydroxychloroquine dans l'un des centres hospitaliers brésiliens de Prevent Senior, 300 seraient guéris.

À l'instar de l’étude française tant décriée qui a ouvert le débat sur l'hydroxychloroquine, l’expérience Prevent Senior n’a été ni randomisée ni réalisée en double aveugle, des étapes pourtant indispensables à la validation d'essais cliniques. De nombreux·ses expert·e·s ont souligné les failles de cet essai [pt].

Deux semaines plus tard, le Comité national d’éthique de la recherche médicale du Brésil a ordonné la suspension [pt] des essais car Prevent Senior n’avait pas obtenu les autorisations nécessaires pour commencer les recherches. La direction de l'hôpital va d’ailleurs faire l’objet d’une enquête pour faute de la part du conseil d’administration.

Toutes ces controverses n’ont cependant pas empêché Carla Zambelli, l’une des plus proches alliées de Bolsonaro au Congrès, de diffuser l’étude sur Twitter [pt] et sur Facebook [pt], où le message a été partagé plus de 6 800 fois.

Deux captures d’écrans des comptes Twitter et Facebook de la députée Carla Zambelli. Les publications comprennent des images de la façade de la clinique Prevent Senior.

Les messages de la députée fédérale brésilienne et membre du Congrès Carla Zambelli sur les réseaux sociaux, relaient une étude décrédibilisée concernant l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour le traitement du COVID-19. Ces messages ont été commentés des centaines de fois et ont été partagés des milliers de fois sur les deux plate-formes.

À la suite de cette suspension, une analyse de l’étude a également été publiée sur le site de Medicine Uncensored, un portail plébiscité par les partisan·e·s de Trump aux États-Unis et de Bolsonaro au Brésil.

Les études médicales concluant que l'hydroxychloroquine serait inefficace ou dangereuse sont également ciblées par les partisan·e·s de Bolsonaro. Ce fut le cas avec une étude menée à Manaus, l’une des villes les plus durement touchées par la pandémie, qui a comparé les effets de différentes doses d'hydroxychloroquine sur les patient·e·s présentant de graves symptômes et dont les auteur·e·s ont été menacés de mort sur les réseaux sociaux. C’est à la suite de la publication sur le portail en ligne medRxiv d’une conclusion préliminaire dans laquelle il est indiqué que l’hydroxychloroquine pourrait être mortelle chez les patient·e·s dont la maladie en est à un stade avancé que le New York Times a relayé le propos. C’est aussi après cette publication que l’attention s’est focalisée sur ces données au Brésil. Les partisan·e·s de Bolsonaro ont commencé à éplucher les profils des chercheur·e·s sur les réseaux sociaux et ont prétendu avoir trouvé des preuves de leur ralliement à des partis de gauche.

Le 16 avril, la députée fédéral et alliée de Bolsonaro, Bia Kicis, s’est fendue d’un message Facebook dans lequel elle critique l’étude en question. De nombreux commentaires réclamant l’emprisonnement voire la mort d’un des chercheur·e·s pour « meurtres intentionnels dans le but de réfuter l’efficacité de l’hydroyxchloroquine » ont accompagné ce message qui a été partagé plus de 29 000 fois.

Capture d'écran du compte Facebook de Bia Kicis sur laquelle apparaît le visage de l'un des chercheurs ayant travaillé sur l'étude concernée.

La photo de l’un des chercheurs de l’étude de Manaus a été divulguée dans le post Facebook de la collaboratrice de Bolsonaro, Bia Kicis. De nombreux commentaires ont réclamé l’emprisonnement voire la mort du chercheur.

Conexão Política, un site web pro-Bolsonaro, a jeté de l’huile sur le feu en publiant un article avec des captures d’écran et des liens vers les profils des chercheur·e·s sur les réseaux sociaux. Selon l’article : « Tout semble indiquer que la recherche a été financée par des fonds fédéraux distribués par des sénateur·rice·s de gauche. L’ancien ministre de la Santé Luiz Henrique Mandetta, qui a cité l’essai clinique réalisé par des militant·e·s de Manaus lors d’une conférence de presse mercredi 15 avril, n’a ni critiqué ni dénoncé l’irresponsabilité de ces gauchistes de chercheur·e·s ».

Le levier diplomatique de l'Inde

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le parti au pouvoir en Inde a décrit l’exportation massive d’hydroxychloroquine comme l’une de ses réalisations majeures. Le Bharatiya Janata Party (BJP) voit dans le rôle central de l'Inde dans la production du médicament l’occasion de développer le soft power du pays et ainsi renforcer sa position par rapport à sa rivale, la Chine.

Début avril, M. Trump a félicité le Premier ministre Narendra Modi pour le rôle joué dans l’exportation d’hydroxychloroquine à deux reprises : dans un tweet et à l’occasion d’une conférence de presse. Le même jour, Bolsonaro envoyait à Modi une lettre remerciant son homologue indien pour la reprise des exportations du médicament. Les médias pro-BJP et les comptes nationalistes hindous sur les réseaux sociaux ont largement encensé le message de Bolsanaro, considéré comme une avancée pour l’Inde en termes de renforcement des relations diplomatiques, et ont fortement apprécié la référence du président brésilien au dieu hindou Hanuman.

L’idée que l’Inde mène la danse contre le COVID-19 à travers sa production d’hydroxychloroquine a été largement reprise parmi les partisan·e·s du BJP et de Modi. Certain·e·s ont d’ailleurs exploité les tensions pré-existantes avec la Chine et le Pakistan pour valoriser la position de l’Inde dans l’épidémie de COVID-19. Dans une publication Facebook, un internaute se demande si l’Inde pourrait poser certaines conditions à l’approvisionnement du Pakistan en hydrochloroquine. Dans plusieurs publications de groupes Facebook pro-Modi, la Chine est qualifiée d’agresseur ayant infecté le monde avec le COVID-19 et des illustrations avec des légendes telles que « La Chine a envoyé le virus dans le monde … Mon pays a envoyé des médicaments au monde. Fier d'être Indien. » ont été diffusées.

Capture d'écran de comptes Facebook prenant à parti la Chine et le Pakistan et valorisant l'Inde.

Les messages les plus relayés sur les réseaux sociaux sont ceux qui exacerbent les tensions entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Inde et la Chine.

L'OMS et la Chine : les ennemis parfaits

L’un des éléments majeurs du discours de droite autour de l’hydroxychloroquine au Brésil et en Inde est l'hostilité envers l’OMS, bien que sur ce point Bolsonaro et Modi divergent en termes d’approche. Bolsonaro a longtemps rejeté le multilatéralisme, tandis que Modi en a une vision plus favorable, voire opportuniste, estimant que le multilatéralisme pourrait aider l’Inde à promouvoir ses intérêts.

L'enchaînement de plusieurs faux pas de la part de l’OMS a catalysé les propos des dirigeants des deux pays. 

Fin mai, après qu’une étude très médiatisée publiée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet eut conclu que l’hydroxychloroquine augmentait le risque de décès et de complications cardiaques chez les patients atteints de COVID-19, l’OMS a suspendu les essais du médicament. Au final, l’auteur principal s’est rétracté de l’étude, et l’OMS est revenue la suspension des essais cliniques.

Les tâtonnements de l’OMS combinés à des échauffourées toujours plus nombreuses à la frontière sino-indienne et à un discours cherchant à désigner la Chine comme responsable de la pandémie, ont déclenché en Inde une vague de discours radicaux de droite contre l’organisation.

Au lendemain de l’annonce de la suspension des essais par l’OMS, le Conseil indien de la recherche médicale (ICMR) a déclaré que l’Inde continuerait, pour sa part, à tester l’hydroxychloroquine. Les partisan·e·s du BJP ont salué la décision de l’ICMR, qualifiant l’OMS d'« incompétente » et affirmant que l’organisation était contrôlée par la Chine et par les grands groupes pharmaceutiques qui souhaitent « affaiblir l’influence mondiale de l'Inde et son économie ».

À la suite du changement de cap de l’OMS, les partisans de Modi se sont réjouis de cette « capitulation » face à l’Inde, considérant que cette décision portait un coup aux tentatives de la Chine pour affaiblir l’Inde sur le marché international.

Capture d'écran de comptes Facebook prenant à parti l'OMS et valorisant l'Inde.

Publications d’un journaliste pro-gouvernement et d'un groupe Facebook pro-Modi promouvant la production d'hydroxychloroquine en Inde et véhiculant l'idée selon laquelle le COVID-19 serait un virus “made in China”.

Une dynamique similaire s’est installée au Brésil. Le 15 mai, après la démission de Nelson Taich de son poste de ministre de la Santé, le deuxième à démissionner depuis que l’OMS a qualifié le COVID-19 de pandémie, son remplaçant, le général Eduardo Pazuello, a immédiatement établi un protocole [pt] recommandant que les médecins brésiliens utilisent l’hydroxychloroquine pour les patients atteints de COVID-19.

Le gouvernement brésilien n’a pas revu ses positions après la parution de l’étude publiée dans The Lancet. Lorsque cette étude a été retirée et que l’OMS s’est excusée d’avoir arrêté les essais cliniques sur cette seule base, les partisan·e·s de Bolsonaro ont été ravi·e·s de pouvoir enfin justifier [pt] leur hostilité face à l’OMS.

Des comptes [pt] de réseaux sociaux pro-Bolsonaro et des législateurs [pt] ont affirmé que refuser d’administrer de l’hydroxychloroquine à des patient·e·s contaminé·e·s par le COVID-19 était un « crime contre l’humanité ». Une affirmation qui fait écho à celle faite en avril par le médecin américain Vladimir Zelenko dans une interview avec Steve Bannon, l’ancien responsable stratégique de Donald Trump. Le Dr Zelenko est passé de médecin généraliste méconnu à personnage médiatique de droite aux États-Unis pour avoir mis en avant l’utilisation de l’hydroxychloroquine, de l’azithromycine et du sulfate de zinc contre le COVID-19. Des procureur·e·s américain·e·s ont ouvert une enquête fédérale à la suite de propos mensongers tenus par le Dr Zelenko, qui affirmait avoir l’autorisation du gouvernement pour l’utilisation de ces molécules.

Deux nationalismes

Alors que la défiance indienne envers la Chine tire son origine de différends régionaux et de la bataille pour l’influence mondiale, au Brésil, le discours anti-Chine est plus abstrait et basé sur une allégeance idéologique, que certains qualifieraient de soumission totale, aux États-Unis.

L’anticommunisme est une part indissociable de la politique de droite brésilienne depuis les années 1930, dont le gouvernement Bolsonaro est la plus récente incarnation. Selon le discours anticommuniste moderne, le monde serait en proie à une nouvelle guerre froide, un conflit mondial entre la liberté, incarnée par les États-Unis de Trump, et le communisme, incarné par la Chine. Un monde dans lequel le Brésil se rangerait tout naturellement du côté du bien. C’est suivant cette logique que les opposant·e·s de Bolsonaro, dont certaines des figures de droite les plus emblématiques du Brésil, finissent par être désigné·e·s comme des « communistes » par les disciples du président.

Les controverses entourant l’hydroxychloroquine et le COVID-19 témoignent du défi auquel les scientifiques sont confronté·e·s dans cette ère post-vérité. Alors que la recherche sur les traitements efficaces contre le COVID-19 se poursuit, l’hydroxychloroquine continue d’être encensée malgré des fondations bancales. Les partisan·e·s de certains régimes l’utilisent d’ailleurs pour manipuler les populations. En nourrissant les inquiétudes relatives à la complexité de ces questions scientifiques, tous les autres aspects de la pandémie sont occultés. 

Au Brésil et en Inde, qui vivent un déclin rapide de la démocratie et de la confiance du peuple dans le processus démocratique, ces réalités peuvent être particulièrement difficiles à comprendre et à dépasser.

Modi s’était déjà tristement illustré lors de son mandat de Premier ministre de l’État du Gujarat, au cours duquel les musulmans ont été massivement pris à parti et tués. Bolsonaro s’est quant à lui frayé un chemin depuis la marge du Congrès brésilien, où il a fait carrière en s’en prenant aux personnes LGBTQ+ et en glorifiant la dictature militaire de droite, qui a dirigé le Brésil de 1964 à 1985.

Ces deux pays sont marqués par l’affaiblissement des institutions, les atteintes à la liberté de la presse et la persécution des dissidents. En Inde, les minorités religieuses, en particulier les musulman·e·s, sont les premières victimes de ces attaques. Cela porte préjudice à l’Inde multiculturelle et laïque dont les principes sont inscrits dans la constitution républicaine de 1947. Au Brésil, la pluralité de l’opinion politique est particulièrement menacée ainsi que les droits sociaux établis dans la constitution progressiste de 1988.

Asteris Masouras et Alex Esenler ont apporté leur contribution à l’écriture de cet article par un travail d'investigation. 

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En Jamaïque aussi, les vies des Noir·e·s comptenthttps://fr.globalvoices.org/?p=252201http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200626_183431_En_Jamaique_aussi__les_vies_des_Noir__e__s_comptentFri, 26 Jun 2020 16:34:31 +0000Les forces de sécurité jamaïcaines doivent rendre des comptes

Fresque montrant le visage de George Floyde avec, de part et d'autre, le slogan : "George Floyd... Vit en nous."

Une fresque murale en l’honneur de George Floyd, à Oakland en Californie. Photo prise par Thomas Hawk sur Flickr, le 6 juin 2020, publiée sous licence CC BY-NC 2.0.

L’article d'origine a été publié en anglais le 8 juin 2020.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Il existe une version jamaïcaine de #BlackLivesMatter, et elle est très puissante.

Le tragique assassinat de George Floyd commis par des officiers de police de Minneapolis et les manifestations qui ont suivi à travers les États-Unis, puis à travers le monde, ont trouvé dès le début une forte répercussion auprès des internautes jamaïcain·e·s.

Des préoccupations similaires concernant les violences policières et la discrimination de la part des forces de l'ordre ont été évoquées dans l'espace public jamaïcain avec une dimension locale distincte.

Le 25 mai, George Floyd a été tué par asphyxie lorsque l’officier de police Derek Chauvin a exercé une pression du genou sur son cou. Deux jours plus tard, le 27 mai, Susan Bogle, une femme en situation de pauvreté et ayant un handicap intellectuel, aurait été abattue à son domicile lors d'une opération policière/militaire dans le quartier parfois instable d'August Town, dans la banlieue de Kingston.

La fusillade qui a coûté la vie à Susan Bogle est en cours d’investigation par les forces de défense jamaïcaine (JDF) et la commission d’enquête indépendante (INDECOM), qui enquêtent sur les abus commis par les forces de sécurité du pays.

Un détenu âgé, Noel Chambers, qui a purgé 41 ans dans le système carcéral, est mort dans d’atroces conditions. Son état physique déplorable montre des signes de négligence et d'amaigrissement. Leurs morts ont orienté le débat déjà animé en Jamaïque sur les violences policières chez les « voisins du nord » vers les injustices perpétrées dans le pays.

Préjugés inhérents

Beaucoup d'internautes sur les médias sociaux veulent que le débat #BlackLivesMatter devienne un signal d'alarme pour les droits humains en Jamaïque. Un utilisateur de Twitter a fait savoir que, si les Jamaïcain·e·s sont souvent indigné·e·s par les violences policières aux États-Unis, cela n'implique pas une conscience de leurs propres préjugés :

Certains d’entre vous s'indignent que les Américain·e·s diabolisent les victimes de violences policières alors que vous ne vous rendez même pas compte que vous faites exactement la même chose ici. Chaque jeune homme tué en Jamaïque a été étiqueté comme un criminel. Lorsque les habitant·e·s du ghetto manifestent vous les accusez alors de protéger des criminel·le·s. Repensez-y.

Le groupe de lobbying pour les droits humains Jamaicans for Justice a publié une déclaration sur la mort de Susan Bogle. INDECOM n’a pas encore déterminé qui a porté le coup fatal alors que la victime était allongée sur son lit, bien que quatre soldats aient été depuis suspendus de leurs fonctions. Lors d’une conférence de presse, le lieutenant général Ricardo « Rocky » Meade a reconnu que les caméras corporelles étaient pratiquement inexistantes au sein des forces de sécurité.

Le Premier ministre Andrew Holness s’est rendu à la maison de bois délabrée de Susan Bogle et a rencontré sa famille à August Town, une communauté qui a été fréquemment et durement frappée par la violence des gangs au cours des vingt dernières années :

Plus tôt dans la journée, le Premier ministre Andrew Holness et le député Fayval Williams ont rendu visite à la famille de Susan Bogle, une femme handicapée qui a été tuée lors d’une altercation présumée entre des représentant·e·s de la loi et des hommes armés à August Town. Pris en photo au côté du Premier ministre, son fils Omari Stephens.

Le reportage semblait se concentrer sur les conditions dans lesquelles elle vivait et la hausse du taux de criminalité dans le quartier, plutôt que sur le désir de justice de sa famille. Lors d’un entretien avec Reuters, le fils de la victime, Omari Stephens, a pointé du doigt la stigmatisation à laquelle sont confrontées les communautés urbaines, noires et pauvres en Jamaïque, en déclarant, « c’est comme si le fait de vivre ici était un péché capital ».

Suite à sa visite dans cette commune privée de ses droits, le ministre de la Sécurité nationale Horace Chang a déclaré : « Il a trop de violence en Jamaïque. »

À VOIR : le ministre de la Sécurité s’exprime sur la violence des gangs à August Town.

Violations systémiques des droits humains

Le 29 mai, INDECOM a publié son rapport de janvier-mars 2020 [pdf], intitulé Detained at Pleasure: Institutionalized Human Rights Breaches (Détention à volonté : des infractions aux droits humains institutionnalisées). Le document inclut l'histoire de Noel Chambers et contient des photos choquantes de son corps.

Le ministre de la Sécurité nationale a depuis ordonné un audit sur les conclusions avancées par l'INDECOM.

Le maître de conférences et économiste Damien King a partagé sur Twitter :

L’atroce affaire de Noël Chambers, emprisonné à vie (41 ans dans le cas présent) sans procès, ne devrait jamais se produire. Une enquête doit être menée et aboutir à l'un de ces deux résultats : soit une personne a été négligente et doit répondre de ses actes, soit il s'agissait d'un dysfonctionnement du système et des réformes annoncées.

[Inscription] Les tribunaux sur la sellette alors qu’un prisonnier détenu depuis 40 ans meurt sans avoir bénéficié d’un procès.

Suite à la déclaration du Premier ministre Andrew Holness, qui s'est dit « mal à l'aise » face à cette situation, le comité des droits humains de la faculté de droit Norman Manley a commenté sa réaction au sujet de la mort de Noel Chambers :

Si nos dirigeants et nos responsables politiques, sous les gouvernements qui se sont succédés, avaient été suffisamment conscients de ce problème pour prendre des mesures significatives et décisives, nous n'aurions pas autant de Noel Chambers dans le système, encore maintenant.

[Tweet annoté] Le Premier ministre, embarrassé par le décès d'un prisonnier, présente une proposition de nouvelle infrastructure.

Un autre meurtre, plus de manifestations

Le 5 juin, une manifestation houleuse a surgi à Cockburn Gardens à Kingston, à la suite de la mort présumée par fusillade de Jermaine « Shawn » Ferguson, 32 ans. L’affaire est désormais en cours d’investigation par INDECOM.

Le 6 juin, une manifestation importante et animée centrée sur les violations des droits humains en Jamaïque s’est déroulée à l’extérieur de l’ambassade des États-Unis à Kingston, à laquelle même l’ambassadeur Donald Tapia a participé :

L’ambassadeur américain en Jamaïque a rejoint des militants jamaïcains locaux dans une manifestation pacifique contre le racisme et la discrimination qui s’est déroulée en face de l’ambassade américaine.

— Ambassade des États-Unis en Jamaïque

Les noms de plusieurs Jamaïcain·e·s morts à la suite de violences policières, dont Mario Deane et Michael Gayle, figuraient sur des pancartes.

Une pancarte résumait parfaitement la situation : « Justice pour George Floyd et toutes les injustices locales ! »

Un jeune avocat qui réside à August Town, la ville où vivait Susan Bogle, s'est joint à la manifestation et a tweeté une liste de noms :

Nous ne nous lasserons jamais de demander : #justicepoursusanbogle #justicepourmariodeane #Justicepourmichaelgayle #justicepournoelchambers #justicepourjodianfearon #justicepourcarmichaeldawkins #justicepourjermaineferguson #justicepourlesinnocents

[Vidéo] Les manifestant·e·s chantent ensemble le slogan « Nous ne nous lasserons jamais. »

Une autre manifestante a ajouté :

Tandis que mon frère prend parti pour la justice, je vous invite à faire de même. Ne les laissez pas s’en sortir avec impunité pour le meurtre de Susan Bogle ou d’autres personnes comme elle. Nous savons que des hommes armés se trouvent dans les quartiers défavorisés, ils sont aussi dans les quartiers chics. La personne qui l’a assassiné doit être tenue pour responsable.

[inscrit sur la pancarte] La vie des habitant·e·s de quartiers défavorisés compte, on ne va pas s'arrêter de parler.

Même le DJ vétéran du dancehall Bounty Killer s'est joint à la manifestation :

#bountykiller manifestant contre la mort de George Floyd devant l'ambassade américaine #Jamaique #georgefloyd #blacklivesmatter

[Vidéo] Des manifestant·e·s brandissent des pancartes à l'effigie de George Floyd, réclamant justice.

Une prise de conscience renforcée

Les événements de ces deux dernières semaines ont amené les Jamaïcain·e·s à prendre conscience des questions de justice sociale, tout particulièrement la jeune génération. Une caricature publiée dans le journal Jamaica Observer, qui présentait les manifestants comme des pilleurs déguisés, a par exemple dû être retirée en raison d'une vague d'indignation. Le journal a par la suite publié des excuses.

L'animatrice de télévision Emprezz Golding, qui est proche du mouvement garveyiste, a soulevé une question intéressante :

Laissez-moi-vous poser une question que je me pose moi-même ! Est-ce que nous allons continuer d’alimenter ce même système contre lequel nous nous battons ? Dites-moi comment ? Bonjour mon peuple !

[Photo du tweet] La présentatrice garveyiste Emprezz Golding prend la pose sur le plateau de Smile Jamaïca.

Dans une lettre au rédacteur en chef, un avocat de la défense très en vue a pointé du doigt les défenseurs des droits humains :

Ironically, these very same individuals or organisations, part of whose mandate it is to guard against such abuses, have not included in their arguments any modicum of introspection about their own purposes and whether there is a causal link between failings on their part and this situation.

The incidents of Susan Bogle and Noel Chambers demonstrate in the clearest form an unwillingness to confront our own ills in society and take a proactive approach to dealing with them. For the moment, it appears to be all about platitudes. We have all failed the Susan Bogles and Noel Chambers of this country.

Ironiquement, ces mêmes personnes ou organisations, dont une des missions est de protéger le public de tels abus, n'ont pas inclus dans leurs argumentations un minimum d'introspection sur leurs propres objectifs et sur l'existence d'un lien de responsabilité entre leurs manquements et cette situation.

Les incidents ayant frappé Susan Bogle et Noel Chambers démontrent de la manière la plus claire une réticence à affronter nos propres problèmes de société et à adopter une approche proactive pour y remédier. Pour l'instant, il semble qu'il ne s'agisse que de platitudes. Nous avons tous abandonné les Susan Bogles et les Noel Chambers de ce pays.

Sur Twitter, Kyrseliz a fait part de son espoir de voir les Jamaïcain·e·s maintenir la pression :

Nous devons garder la même énergie pour Noel Chambers. Sa mort est notre George Floyd, que fais-tu à ce propos, Jamaïque ?

Il reste à voir si cette pression publique se traduira ou non par des actes de la part des dirigeant·e·s du pays, mais l'atmosphère – inspirée par le destin tragique de George Floyd – a certainement changé.

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Pays du Golfe : les travailleurs migrants victimes de racisme et de violations flagrantes des droits humainshttps://fr.globalvoices.org/?p=252891http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200626_163053_Pays_du_Golfe___les_travailleurs_migrants_victimes_de_racisme_et_de_violations_flagrantes_des_droits_humainsFri, 26 Jun 2020 14:30:53 +0000Les travailleurs migrants subissent l'épidémie du COVID-19 sans assistance médicale

Une manifestation anti-kafala, par une journée ensoleillée. 7 personnes font face à l'objectif, des hommes et des femmes portent des pancartes avec des revendications, écrites en anglais et en arabe. Des personnes brandissent le drapeau du Sri Lanka.

Manifestation anti-kafala au Liban. Sur le panneau en arabe, il est écrit : “Je suis une personne humaine et j'ai le droit de vivre”. Photo fournie par la Fédération internationale des travailleurs domestiques, sous licence CC-BY-NC-ND 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt.]

Cet article est signé Khalid Ibrahim, directeur exécutif de l’Observatoire du Golfe pour les droits humains (Gulf Center for Human Rights, GCHR), une organisation indépendante à but non lucratif qui promeut la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique dans la région ANMO (Afrique du Nord et Moyen-Orient).

Des campagnes féroces empreintes de discours racistes et haineux ont été engagées contre les travailleurs migrants de la région du Golfe et des pays voisins pour exiger leur expulsion. Ces personnes ont été abandonnées à la merci de la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19), sans aucun accès aux soins médicaux ni aux syndicats, selon une étude de l'Observatoire du Golfe pour les droits humains (GCHR).

Depuis des années, les travailleurs migrants au Liban, au Koweït, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis (EAU), au Qatar et à Bahreïn sont victimes de violations massives des droits humains par le fameux système de kafala (parrainage), les privant de leurs droits civils et humains fondamentaux. Ils ne disposent pas du droit de se déplacer, de voyager ou de changer de travail, du droit aux prestations de santé et du droit à la représentation syndicale et à la constitution de syndicats. En outre, les travailleurs migrants sont privés du droit à la citoyenneté – et ce, même s'ils passent toute leur vie à travailler dans ces pays.

Le système de la kafala, fondé sur la discrimination et l'exploitation, enfreint les principes des droits humains et des méthodes de travail modernes prévus par la Convention internationale sur les droits des migrants et des membres de leur famille, signée en 1990. Cette convention est entrée en vigueur le 1er juillet 2003, suite à sa ratification par 20 États, mais les États du Golfe et le Liban ne l'ont pas signée.

Liban

Avec la chute de la livre libanaise et le stress lié à l'épidémie du COVID-19, les travailleurs migrants – et en particulier les employés de maison – sont soumis à des conditions extrêmement difficiles. Le droit du travail libanais ne protège pas les travailleurs domestiques – généralement des femmes – qui sont soumises à un système de parrainage associant leur statut juridique à une relation contractuelle avec les employeurs. Au terme de ce contrat, ces travailleuses perdent leur statut juridique et sont exposées à une éventuelle détention et expulsion. De la même façon, elles ne peuvent quitter leur lieu de travail sans le consentement de leur employeur, ce qui les expose ainsi à l'exploitation, au travail forcé et à la traite des êtres humains.

Au Liban, le nombre de travailleurs domestiques migrants s'élève à 250 000. Ce sont en majorité des femmes, originaires de différents pays, notamment d'Éthiopie. Le 5 juin, les employées de maison éthiopiennes se sont rassemblées devant le consulat de leur pays à Beyrouth, en attente d'un rapatriement. Certaines ont quitté leur travail après avoir reçu un salaire en livres libanaises, insuffisant pour répondre aux besoins quotidiens et rendant impossible tout envoi d'argent à leur famille. D'autres ont quitté leur travail sans avoir été payées au cours des derniers mois. Leur statut est désormais illégal et cette situation nécessite une résolution rapide de la part des autorités.

Selon un article publié par la BBC [ar], la crise au Liban a détérioré la situation de tous les travailleurs migrants.  En 2012, Stop Violence and Exploitation (Halte à la violence et à l'exploitation), une organisation de la société civile, a publié une étude [pdf] sur le système de parrainage, préconisant la fin de l'exploitation des travailleuses migrantes et un système alternatif assurant la protection juridique et la liberté de choisir leur lieu de travail.

Koweït

Le 28 mai dernier, la blogueuse Reem al-Shammari a posté une vidéo sur Snapchat, agressant verbalement des Égyptiens travaillant au Koweït. Elle a expliqué :

Kuwait is for Kuwaitis, not for Egyptians. … You are hired. Understand … Egyptians are not partners with Kuwaitis in the homeland.

Le Koweït est fait pour les Koweïtiens, pas pour les Égyptiens. … Vous êtes embauchés. Compris… Les Égyptiens ne sont pas les partenaires des Koweïtiens au sein de la patrie.

Si la vidéo a suscité une large réprobation de la part des citoyen·ne·s koweïtien·ne·s, les discours de haine restent un phénomène en expansion sur les sites des réseaux sociaux, particulièrement pendant la pandémie COVID-19. Certains de ces propos haineux ont établi une relation absurde entre les travailleurs migrants et la propagation du COVID-19. Cependant, des opinions modérées [ar] se sont élevées pour défendre les travailleurs migrants et les résultats obtenus au prix de leur travail acharné.

Suite à la crise du COVID-19, une forte baisse des prix du pétrole a poussé les pays du Golfe à reconsidérer leurs politiques relatives au nombre de travailleurs migrants – de nombreuses entreprises ont licencié des milliers de personnes et entrepris d'expulser les personnes en situation irrégulière.

Dans une interview accordée à la presse le 3 juin, le Premier ministre koweïtien, Cheikh Sabah Khalid al-Hamad al-Sabah, a souligné que 70 % des 4,8 millions d'habitants étaient des ressortissants étrangers, et a estimé que ce chiffre devrait être progressivement ramené à la moitié. Il a conclu l'interview en ces termes : « Nous sommes face à un futur défi consistant à remédier au déséquilibre démographique ».

Arabie Saoudite

Dans un épisode [ar] de l'émission « Nous sommes tous responsables » diffusé en mai 2020 sur la chaîne de télévision officielle saoudienne, l'animateur, Khaled al-Aqili, a indiqué :

Unfortunately, the control of expatriate workers over the economy has become a real threat to national security and not only on the economic side but beyond much of that.

Hélas, le poids des travailleurs expatriés sur l'économie constitue désormais une véritable menace pour la sécurité nationale, non seulement sur le plan économique mais cela va bien au-delà.

Il a conclu :

We ​​must stop making the Saudi employee a scapegoat with every crisis, and make the expatriate workers, who replaced Saudi workers — who are more efficient than them, the first to be dispensed of, not the sons of the homeland.

Il faut cesser de désigner l'employé saoudien comme bouc émissaire à chaque crise, et veiller à ce que les travailleurs expatriés, ayant remplacé les travailleurs saoudiens – lesquels sont plus performants qu'eux – soient les premiers à être écartés, et non les fils de la patrie.

Ces propos font suite à une décision ministérielle prise le 3 mai dernier, visant à réglementer les contrats de travail lors de la pandémie COVID-19.

Encourager un discours ciblant directement les travailleurs étrangers et les dépeindre comme une menace pour la sécurité nationale exacerbe sans aucun doute les sentiments racistes et hostiles. Justifier un tel comportement ne fait qu'attiser ces émotions.

Émirats arabes unis

Les reportages journalistiques ont révélé, depuis le début de la crise du COVID-19, la prévalence de la maladie parmi les travailleurs migrants, faute de protection et de distanciation sociale. La plupart des travailleurs migrants occupent des espaces communs surpeuplés et vivent dans des quartiers commerçants à forte densité de population.

Dans une lettre, envoyée le 10 avril [pdf] par une coalition de 16 organisations non gouvernementales et syndicats, au ministre émirati des Ressources humaines et des Affaires d'émiratisation, Nasser bin Thani al-Hamli, on peut lire :

Low-wage migrant workers remain acutely vulnerable to severe human rights violations, that increase their risk of infection from COVID-19.

Les travailleurs migrants à bas salaires sont extrêmement vulnérables aux graves violations des droits humains, susceptibles d'accroître leur risque de contracter le COVID-19.

Ainsi, un décret ministériel [pdf] arbitraire a été publié le 26 mars par le ministère des Ressources humaines et de l’Émiratisation, autorisant les entreprises privées à modifier les contrats des travailleurs migrants, à les mettre en congé sans solde ou encore à les forcer à accepter des réductions de salaire permanentes ou temporaires. Ce texte confère aux entreprises une protection juridique à 100 % – les travailleurs expatriés ne disposent d'aucun droit de plainte ou de recours devant les tribunaux.

Qatar

Au Qatar, il est interdit aux travailleurs migrants de constituer des syndicats. Nombre d'entre eux se font exploiter en accomplissant un travail pénible pendant de longues heures pour des salaires de misère. L'épidemie du COVID-19 a mis en évidence un autre problème chronique : un manque de soins médicaux et de logements adéquats. La crise du pétrole a entraîné le licenciement de milliers de travailleurs migrants, contraignant nombre d'entre eux à vivre dans la rue.

Dans un communiqué du 15 avril, Amnesty International a déclaré que les autorités qataries avaient arrêté et expulsé des dizaines de travailleurs étrangers après leur avoir annoncé qu'ils seraient soumis à un test de dépistage du COVID-19.

Une centaine de travailleurs étrangers ont manifesté à Doha, le 23 mai dernier, pour dénoncer le non-paiement de leurs salaires par les autorités qataries.

Selon des sources locales, les travailleurs migrants engagés pour la Coupe du monde 2020 subissent de nombreuses violations des droits humains, en particulier des bas salaires et de longues heures de travail sous le soleil. Ils ne peuvent pas résilier leur contrat ni rentrer chez eux. Un récent rapport publié le 10 juin par Amnesty International UK a confirmé ces conditions et mentionné le cas de travailleurs non rémunérés pendant sept mois consécutifs.

Bahreïn

Enfin, le Bahreïn cible également les travailleurs migrants. Ainsi, le 5 juin, le député Ghazi al-Rahma a annoncé [ar] son intention de présenter, avec un certain nombre de députés, une proposition modifiant le droit du travail dans le secteur privé, afin de favoriser les citoyens bahreïnis dans le processus de recrutement du secteur privé et de prioriser les licenciements de travailleurs étrangers.

Les États du Golfe sont tenus d'abolir le système de la kafala, de ratifier la Convention internationale sur les droits des migrants et des membres de leur famille et de garantir des droits civiques égaux à tous les travailleurs migrants.

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Lettre à la Chine : mon amie ouïghoure Zainur est détenue dans l’un de vos camps depuis deux anshttps://fr.globalvoices.org/?p=249894http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200626_110058_Lettre_a_la_Chine___mon_amie_ouighoure_Zainur_est_detenue_dans_l___un_de_vos_camps_depuis_deux_ansFri, 26 Jun 2020 09:00:58 +0000Elle chérissait une identité musulmane que Pékin veut faire disparaître

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure.

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure. Photo d’Addy McTague.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

L’article d’origine a été publié en anglais le 13 novembre 2019.

Lorsque j’ai découvert la base de données des victimes du Xinjiang, j’ai consulté près de cent témoignages. J’ai pris connaissance des témoins et de leurs liens avec les victimes. Mère. Frère. Cousin·e. Nièce. Proches. De nombreux proches. Voisin·e. Ami·e. Ami·e. Ami·e. Les souvenirs des personnes que j'ai connues et qui sont détenues ont brouillé mes pensées. Ces ami·e·s qui ont disparu. Ces connaissances dont j’ai oublié le nom, par négligence. Ces personnes dont je mentionne le nom dans chaque prière.

Je pensais ne pas détenir suffisamment d’informations sur quelqu’un pour écrire un témoignage. Je ne connaissais pas leurs noms de famille. Le numéro de leurs cartes d’identité chinoise non plus. Mais récemment, alors que je rangeais mon appartement, j’ai pris le temps de rouvrir les lettres données par mes ami·e·s en mai 2017, lorsque j’ai quitté Pékin. Zainur (« Zeynur » en alphabet latin standard) avait écrit la plus longue de ces lettres. Le jour de mon départ, elle m’a accompagnée à l’extérieur de la résidence. Les autres étudiant·e·s de mon programme préparaient leurs bagages et disaient au revoir à leurs ami·e·s en traînant les pieds. Zainur ne disait presque rien. Lorsque je me suis levée pour monter dans le bus, elle a glissé sa lettre entre mes mains, m’a embrassée sur la joue puis elle est partie en courant. Plus tard, j’ai appris qu’elle était retournée dans sa chambre en larmes. Pendant ce temps, je prenais place dans la navette pour l’aéroport en pleurant en silence. C’était le jour de mon anniversaire, j’avais 21 ans.

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure.

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure. Photo d’Addy McTague.

Nous nous connaissions depuis quarante-trois jours. Elle l’a écrit dans sa lettre. Elle avait compté. Une amie commune ouïghoure nous avait présentées, et depuis ce jour nous étions devenues presque inséparables. Notre amitié tournait beaucoup autour de la prière. Même dans un pays tel que la Chine où les lieux de culte sont rares, Zainur, comme beaucoup d’autres Ouïghour·e·s, s’accrochait désespérément à tout ce qui semblait revêtir un caractère sacré. Lorsqu’elle était assise ou debout, elle mimait souvent les gestes de la prière.

Parfois, elle osait même en effectuer tous les mouvements, une fois que je lui assurais qu’il n’y avait aucun risque. Il m’arrivait aussi de surveiller pendant qu’elle imitait avec hésitation les positions du roukou et du soujoud, l’inclinaison et la prosternation, avec son doigt. Oui, son doigt. Un soir alors que nous étions dans le train, elle a posé sa tête sur mon épaule et a commencé à murmurer al-Fatiha [fr], la première sourate du Coran. Ensuite, en lieu et place de chaque changement de position de la prière, elle me serrait la main. Plus tard, elle m’a appris que chez elle au Xinjiang, dans la ville de Kashgar, elle allait chercher sa mère pour chaque salat, ou prière quotidienne, et en faisait de même.

« Ma mère est ma mosquée », m'a-t-elle confié. « Les sœurs sont peut-être ce qu’il existe de mieux après. »

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure.

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure. Photo d’Addy McTague.

Malgré toutes les paroles de Zainur dont je me souviens, j’ai oublié sa voix. Je possède une photo d’elle de dos, où elle prie vêtue d’un voile noir. De ses effets personnels, il ne me reste que cette lettre et une phrase. Je me rappelle seulement de sa voix lorsqu’elle disait « je ne sais pas pourquoi ».

Cadenas fermant la porte d’une mosquée à Pékin.

Cadenas fermant la porte d’une mosquée à Pékin. Photo d’Addy McTague.

Elle disait souvent cette phrase lorsqu’elle me parlait des événements en cours dans sa ville natale. Ils bannissent les femmes des mosquées. Ils scannent les visages de ceux qui entrent dans les mosquées, ainsi que dans les marchés et les aéroports. Ils interdisent le hijab. Le jeûne aussi. Les voisins·es disparaissent. Les caméras de surveillance sont omniprésentes. Nous cachons nos livres. On nous ordonne d’enlever les serrures de nos portes. Ils ont pris mon passeport. « Je ne sais pas pourquoi. »

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure.

Lettre écrite par Zainur Turdi à l’auteure. Photo d’Addy McTague.

Un an plus tard, en juin 2018, je suis retournée à Pékin. Mon avion a atterri la nuit qui précédait l’Aïd. J’ai retiré mon hijab, sachant très bien qu’en ne le portant pas, j’aurai l’avantage d’être considérée comme une Américaine lambda avec un nom anglais. De cette façon, je pourrai rechercher plus facilement les Ouïghour·e·s que je connaissais. J’ai assisté à la prière de l’Aïd seule, coiffée d’une tresse, avec un foulard sur la tête que j’avais porté sans l’ajuster. Une année auparavant seulement, je m’étais rendue à cette mosquée chaque semaine avec de plusieurs ami·e·s ouïghour·e·s. Le jour de l’Aïd 2018, seul un groupe de policiers était posté devant la mosquée. Ils vérifiaient les papiers d’identité des quelques Hui [fr] et des étrangers qui y entraient. Ils ont vérifié mon passeport. Ils ont scruté mon visage. Ils m’ont fait signe de m’éloigner. J’ai essayé d’entrer dans une mosquée encore une fois lors de ce voyage. J’ai trouvé les portes fermées et cadenassées. Des panneaux indiquaient que l’intégrité structurelle de l'édifice était menacée.

Une vieille amie ouïghoure était toujours à l’université, attendant la remise de son diplôme. Elle savait qu’elle serait internée dans un camp si elle n’arrivait pas à trouver de travail. Elle évoquait ses frères et sœurs. Tous ses frères étaient maintenant emprisonnés. Les camps lui avaient pris une sœur, des cousin·e·s et des ami·e·s.Travaux forcés. Travail en usine. Contrôles de police. Disparitions. Incertitudes. Quelques certitudes. Zainur ?

Zainur est internée dans un camp de détention depuis le 5 juillet 2017.*

* Cette information a été confirmée à l’auteure par plusieurs sources ayant connaissance de la situation de Zainur. Son nom complet est Zainur Turdi.

La base de données des victimes du Xinjiang est la principale ressource consultable en anglais sur les victimes de la répression en cours dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Global Voices recueille les témoignages d’ami·e·s et de proches des victimes de cette répression politique.

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Les Afro-Tchèques s'expriment sur la visibilité, le racisme et la vie en République tchèque (Partie I)https://fr.globalvoices.org/?p=252865http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20200626_101000_Les_Afro-Tcheques_s_expriment_sur_la_visibilite__le_racisme_et_la_vie_en_Republique_tcheque__Partie_I_Fri, 26 Jun 2020 08:10:00 +0000Trois générations d'Afro-Tchèques se racontent

Slogan « Black Lives Matter » sur la façade d'un théâtre au centre-ville de Prague. Photo prise le 14 juin par Natalia Marshalkovich, utilisée avec permission.

Longtemps invisibles, les Afro-Tchèques, l'une des plus petites communautés de la République tchèque, émergent progressivement et s'expriment en public. Ce billet est le premier d'une série en deux parties sur leur lutte pour la reconnaissance dans ce pays d'Europe centrale.

Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers des pages en tchèque, ndt.

Jusqu'à la chute du communisme en 1989, les Africains noirs et les Afro-Tchèques [fr] n'avaient aucune visibilité dans l'espace public, même si des centaines d'entre eux vivaient dans ce pays d'Europe centrale.

Dans les rapports et documents couvrant la période 1918-1948, lorsque la Tchécoslovaquie était une démocratie capitaliste, il y a quelques mentions d'Africains noirs et d'Afro-Américains servant dans l’armée ou jouant du jazz dans les bars de Prague.

Lorsque la Tchécoslovaquie est entrée dans le bloc socialiste en 1948, elle s'est activement engagée dans la guerre froide entre Moscou et l'Occident et a apporté un soutien diplomatique [pdf] aux mouvements de libération africains, fournissant même des armes à des guérillas sur le continent. Certains pays nouvellement indépendants deviennent des priorités à mesure que les relations bilatérales s'intensifient : l'Angola, le Bénin, la République démocratique du Congo, l'Éthiopie, le Ghana, la Guinée-Bissau, le Mali, le Mozambique, le Nigéria et la Zambie en font partie.

Des centaines d’étudiants africains ont reçu des bourses pour aller en Tchécoslovaquie, où ils ont appris le tchèque ou le slovaque, et ont obtenu leur diplôme, principalement en sciences, technologies, sciences militaires et médecine. Une université spéciale a été créée à Prague de 1961 à 1974 pour répondre à leurs besoins.

Alors que beaucoup sont retournés dans leur pays d'origine, quelques-uns se sont mariés localement ou ont eu des enfants avec des femmes tchèques et slovaques, donnant naissance à la première génération d'Afro-Tchèques.

L'émergence des Afro-Tchèques

Lorsque le communisme a pris fin en 1989 et le pays a rejoint l'Union européenne en 2004 [en], la société tchèque a commencé à discuter des questions de discrimination et de diversité ethnique, ce qui était interdit depuis quatre décennies, car l'idéologie socialiste prétendait avoir éradiqué le racisme, malgré un traitement épouvantable de la communauté rom.

Depuis lors, trois domaines de la société ont contribué à une intégration partielle des Afro-Tchèques : la société civile, les médias et l'art. Un certain nombre d'ONG plaidant pour une meilleure connaissance de la culture africaine et un soutien aux Afro-tchèques ont vu le jour, contribuant au dialogue interculturel.

Le deuxième domaine est celui des médias, où un certain nombre d'Afro-Tchèques servent de modèles. L'un des noms les plus célèbres est Lejla Abbasová, une citoyenne tchèque d'origine soudanaise, qui présente des émissions de télévision populaires. Le tchéco-ghanéen Rey Koranteng est présentateur à TV Nova, une station privée qui détient [fr] la plus grande part de l'audience nationale.

Martin Kříž, sinologue afro-tchèque. Photo reproduite avec permission.

Martin Kříž est un sinologue afro-tchèque, qui fait régulièrement des apparitions dans les médias tchèques et à la BBC.

Il a partagé ses vues avec Global Voices (GV) :

Posledních asi deset nebo patnáct let přestává být otázka identity otázkou zevnějšku. Vzpomínám si nicméně, že v dobách kdy naše česká společnost ještě nebyla tak otevřená, a to zejména před rokem 1989 a když jsme my v mládí hledali kam sám sebe vrazit, tak tehdy skutečně to bylo jiné. Mluvit v české společnosti o komunitě Afro-Čechů je zatím ještě předčasné. Ve většině měst se stále jedná o jednotky nebo maximálně desítky takových lidí zcela odlišných společenských zájmu a směřování. Ale první vlaštovky se již objevují na facebookových skupinkách.

Depuis 10 à 15 ans, la question de l'identité n'est plus basée sur les apparences extérieures. Je me souviens bien que lorsque notre société tchèque n'était pas aussi ouverte, en particulier avant [la chute du communisme] en 1989, et lorsque nous étions jeunes et que nous voulions sortir quelque part, c'était vraiment différent. Il est trop tôt pour parler d'une communauté afro-tchèque car dans la plupart des villes il n'y a qu'un ou peut-être dix Afro-tchèques, qui ont chacun des intérêts et des priorités très différents. Mais nous voyons apparaître les premiers signes, dans les groupes Facebook.

Un troisième domaine dans lequel les Afro-Tchèques se sont distingués, parfois à l'international, est celui des arts, et nombre d'entre eux se sont fait un nom notamment dans le chant, la danse et la littérature. L'exemple le plus en vue est probablement le danseur et chorégraphe moderne tchéco-nigérian Yemi Akinyemi Dele [en], qui a travaillé avec des stars mondiales telles que Kanye West [fr].

Le chanteur tchéco-angolais Ben da Silva Cristóvão [fr] (connu sous son nom de scène Benny Cristo) est un artiste à succès qui a été sélectionné en 2020 pour représenter la République tchèque au concours de l'Eurovision [fr] avec sa chanson Kemama :

Une autre danseuse et chanteuse tchéco-angolaise est Madalena João, qui chante en tchèque, anglais et portugais, parfois avec son frère Daniel, qui fait du rap.

Ici, elle explique en quoi consiste à son sens l'identité afro-tchèque dans un entretien pour Global Voices :

Můj tatínek studoval veterinární fakultu v Brně, a v té době se seznámil s maminkou. Bavili se v českém jazyce, který tatínek uměl a umí dodnes. Afročeška je Češka s africkými kořeny, tedy koluje ve mně v žilách i africká krev, hlavně v těle rytmus, a jsem za to ráda. Teď si uvědomuji více, v tomto věku, že to má své výhody. V Angole, kde jsem žila 9 let, jsem mluvila hlavně portugalsky, a vlastně dodnes doma s tatínkem a bratrem jinak nemluvím.

Mon père étudiait à Brno [la deuxième plus grande ville de la République tchèque] à la faculté de sciences vétérinaires, où il a rencontré ma mère. Ils parlaient le tchèque, une langue que mon père parle couramment à ce jour. Un Afro-tchèque est une personne tchèque avec des racines africaines, donc cela signifie que j'ai du sang africain, du rythme dans mon corps, et j'en suis heureuse. Maintenant, je suis plus consciente des avantages que cela représente. En Angola, où j'ai vécu pendant neuf ans, je parlais surtout le portugais, et à ce jour c'est la langue que nous utilisons à la maison avec mon père et mon frère.

Voici une des chansons de Joao, Vím, že jsi (je sais que vous existez) où elle chante avec le rappeur tchèque populaire Skipe, sur la visibilité et les relations :

Couverture du dernier livre d'Obonete Ubam Kalangu Africká moudrost na každý den (la sagesse africaine de Kalangu pour tous les jours). Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

La littérature est également un domaine où d'éminents Afro-Tchèques ont laissé leur marque.

Le terme Afroczech a été inventé par l'écrivain et activiste tchéco-nigérian Obonete Ubam [fr], qui a passé sept ans au Nigéria et a écrit un livre dans lequel il raconte comment il a embrassé son héritage, et est finalement devenu le chef de son groupe ethnique natif anaang [fr].

Il a publié en juin un nouveau livre intitulé Kalangu African Wisdom for Every Day (Titre original : Kalangu Africká moudrost na každý den), pour amener la culture africaine aux lecteurs tchèques, et est sur le point d'en publier un autre sur l'histoire des Afro-Tchèques. Voici ce qu'il a dit à Global Voices :

Myslím si, že se Afročeši jako komunita teprve formují. Afročeši jsou v Českých zemích zhruba od konce druhé světové války. Nejdříve se jednalo o potomky amerických vojáků osvobozujících Západní Čechy. Po nich jsme přišli my, potomci afrických a kubánských studentů. Většinou jsme o sobě vzájemně ani nevěděli. Mnozí z nás pak hledali odpovědi na otázky týkající se vlastních kořenů a kulturní identity, až do dospělosti. Je zajímavé, že právě tato generace vyprodukovala ty, momentálně nejvýraznější osobnosti mezi Afročechy. Nyní dospěla třetí, zatím nejpočetnější generace Afročechů a jejich život je naprosto jiný než byl ten náš. Otevřené hranice jim navíc umožňují se i vzájemně stýkat. To je pro povědomí o vlastní identitě nesmírně důležité.

Je pense que les Afro-Tchèques commencent à peine à former leur communauté. Ils sont présents ici à peu près depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en tant que descendants de soldats américains qui ont libéré les parties occidentales du pays. Puis nous, les descendants des étudiants africains et cubains. Nous ne nous connaissions généralement pas, et nous avons cherché des réponses sur nos racines et notre identité culturelle beaucoup plus tard dans la vie. Il est intéressant de noter que c'est la génération qui a produit les Afro-Tchèques les plus en vue. Maintenant, la troisième et plus grande génération arrive, et leur vie est très différente de la nôtre. Des frontières ouvertes signifient qu'ils peuvent se rencontrer, ce qui est extrêmement important pour prendre conscience de leur propre identité.

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