Le gouvernement espère que ce projet stimulera une action mondiale pour la justice climatique
Initialement publié le Global Voices en Français

Vue aérienne du projet adaptatif côtier de Tuvalu. Photo issue de la page Flickr du PNUD – Climate Promise. CC BY-NC 2.0
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de mai 2026, « Une crise mondiale, des solutions locales ». Cette série présentera des histoires de lutte et d'actions pour le climat réussies, un regard sur la façon dont les communautés de l'hémisphère sud font face à la crise, des analyses sur l'impact potentiel de cette situation sur les générations futures, et bien plus. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant un don ici.
Que devient un pays sans territoire ?
C'est cette question qui a inspiré le lancement du projet de Nation Numérique pour Tuvalu afin de faire face à la montée des eaux et à l'aggravation des effets du changement climatique.
Tuvalu, qui compte environ 12 000 habitants, est un État du Pacifique composé d'atolls de faible altitude. Face à l'aggravation de la crise climatique et à l'élévation du niveau de la mer, Tuvalu risque d'être englouti par les eaux au cours des 100 prochaines années.
En 2021, alors ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, Simon Kofe, s'est exprimé lors de la 26ᵉ Conférence des Parties (COP26) — la plus grande conférence annuelle sur le climat au monde — depuis un podium dressé dans la mer, immergé jusqu'aux genoux dans l'eau pour illustrer à quel point les petits États insulaires, historiquement très faibles émetteurs de carbone, sont les plus durement touchés par la crise climatique.

Le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu s'adresse au COP 26, se tenant debout, immergé jusqu'aux genoux pour illustrer la menace de la montée des eaux pour les États du Pacifique. Photo issue du Facebook de Simon Kofe. Utilisation conforme au « Fair use ».
L'année suivante, il a annoncé durant la COP 27 que Tuvalu deviendrait la première Nation Numérique :
This digital transformation will allow Tuvalu to retain its identity and continue to function as a state, even after its physical land is gone. It will also facilitate the governance of a Tuvaluan diaspora by creating a virtual space where Tuvaluans can connect with each other, explore ancestry and culture, and access new opportunities for business and commerce in various industries. Moreover, a permanent digital replica of Tuvalu — a new ‘defined territory’ — will aid in the fight for continued sovereignty under international law.
Cette transformation numérique permettra à Tuvalu de conserver son identité et de continuer à exister en tant qu'État, même après la perte de son territoire physique. La création d'un espace virtuel permettra également aux Tuvaluans de rester en contact, d'explorer leur histoire et leur culture, et d'accéder à de nouvelles opportunités professionnelles et commerciales dans divers secteurs. De plus, une réplique numérique permanente de Tuvalu — un «nouveau territoire délimité » — soutiendra la lutte pour le maintien de sa souveraineté au regard du droit international.
Ce projet est composé de trois volets majeurs : 1) Digital Twin, qui implique de numériser les 124 îles et îlots afin de créer une copie numérique du territoire de Tuvalu ; 2) Digital Ark, une plateforme sur le cloud dédiée à la numérisation et à la modélisation 3D d'objets, de symboles et d'histoires tuvaluans importants ; 3) Des services gouvernementaux en ligne, « afin de garantir un meilleur accès aux services administratifs pour les Tuvaluans, tout en permettant au gouvernement de fonctionner à distance en cas de catastrophe où la population serait obligée de quitter Tuvalu à cause du changement climatique. »
C'est un projet de grande ampleur qui requiert la mobilisation de l'ensemble de la population. Ces concertations sont essentielles pour obtenir le soutien des citoyens et garantir la préservation des éléments les plus précieux du patrimoine culturel.
Digital Nation in Nui
The team continues consultations today, meeting communities & students to hear their views on the project and what should be preserved in the Digital Ark.
Final stop next: Vaitupu#DigitalNation #Tuvalu pic.twitter.com/WRxHXOQ1Pg
— Digital Nation Tuvalu (@digi_nation_tv) April 22, 2026
Nation Numérique à Nui
L'équipe continue les concertations aujourd'hui, et va à l'écoute des communautés et des étudiants pour recueillir leur avis sur le projet et savoir ce qui devrait être conservé dans le Digital Ark.
Terminus : Vaitupu#NationNumérique #Tuvalu pic.twitter.com/WRxHXOQ1Pg
- Digital Nation Tuvalu (@digi_nation_tv) 22 avril 2026
Après avoir participé à des ateliers et à des concertations sur le projet, la population tuvaluane elle-même s'est chargée de déterminer les histoires et les pratiques culturelles qu'elle souhaitait digitaliser. Par exemple, un habitant voulait documenter l'art de la fabrication de canoës.
Un autre a voulu promouvoir le savoir-faire de la fabrication de « l'ano », le ballon utilisé dans un des sports traditionnels de Tuvalu.
Pendant un autre atelier, la numérisation 3D de Pulou (chapeaux traditionnels tissés) et d'oreillers a été faite.
Dans un entretien avec l'auteur, l'équipe derrière le projet de Nation Numérique a partagé des informations sur son avancement :
We are in the middle of Outer Islands consultations promoting and explaining the project to Tuvalu’s Outer Islands communities.
When we are digitizing stories of Tuvaluan objects, values, and practices in the Digital Ark, we have to make sure that the people who store their data are fully protected and we also have to ensure that Tuvalu hosts, houses, and maintains sovereignty over the platforms that support this data.
Nous sommes actuellement au cœur de la phase de concertation pour promouvoir et expliquer le projet aux communautés des îles périphériques. Lorsque nous numérisons les histoires associées aux objets, aux symboles et aux pratiques tuvaluanes dans le Digital Ark, nous devons nous assurer que les personnes qui nous confient ces données soient pleinement protégées. De plus, nous devons garantir que Tuvalu héberge, gère et conserve sa souveraineté sur les plateformes qui stockeront ces données.
Ils ont également énuméré certaines des leçons tirées de la mise en œuvre de ce projet :
- The importance of closely collaborating with all departments who work on digitization in the Government of Tuvalu (there are a lot!) to gather best practices and ensure a streamlined approach to digital futures.
- The strong appetite for digital and cultural preservation, especially among youth in Tuvalu.
- The vast range of objects, values, stories, and practices communities want to digitize.
- The need for different levels of security in digital platforms like the Digital Ark to ensure that people can digitize objects and stories but also ensure that access to those objects and stories can be limited if the people who digitize the objects and stories request that only their family members or specific community can have access.
- L'importance de collaborer étroitement avec tous les services chargés de la numérisation du gouvernement de Tuvalu (et ils sont beaucoup!) pour mieux réunir les pratiques et garantir une approche cohérente pour leur avenir numérique.
- L'intérêt marqué pour le numérique et la préservation culturelle, en particulier au sein de la jeunesse tuvaluane.
- La grande diversité d'objets, de valeurs et de pratiques que les communautés veulent numériser.
- La nécessité de disposer de plusieurs niveaux de sécurité sur les plateformes numériques telles que le Digital Ark, permettant aux utilisateurs de numériser des objets et histoires tout en assurant aux personnes qui les ont numérisé de gérer l'accès à ceux-ci selon leurs besoins et permettre de restreindre l'accès à seulement leur famille ou à une communauté spécifique.
Le projet étant en liaison direct avec Internet, plusieurs inquiétudes ressortent concernant les ressources qu'exigera et consommera le projet, tout comme les risques de cyberattaques.
Certains critiquent aussi le fait que le projet signifie que le gouvernement a admis que Tuvalu disparaîtra inévitablement des cartes.
Ce sont Venu Edwin Pedro et Jess Marinaccio, rédacteurs pour le blog DevPolicy, qui ont évoqué ce problème et affirmé que ce projet était porteur d'un message d'espoir, et non de résignation.
The Digital Nation represents the hope that Tuvalu can prepare for extreme climate impacts, with its culture and government services fully protected in the face of rising sea levels and other disasters
It is about being proactive in the face of climate change and other influences and preserving culture for a better tomorrow.
Digital Nation is an investment in improved connectivity and e-services that can help citizens buy inter-island boat tickets, renew passports or obtain marriage certificates online rather than travelling great distances to do so in person. It is a story of staying in Tuvalu — not leaving it.
Cette Nation Numérique représente l'espoir que Tuvalu puisse se préparer aux effets extrêmes du changement climatique, tout en protégeant sa culture et ses services publics face à la montée du niveau des eaux et tout autre catastrophe.
L'objectif est d'adopter une attitude proactive face au changement climatique et à tout autre facteur, et de préserver notre culture pour un avenir meilleur.
La Nation Numérique est un investissement dans une meilleure connectivité et dans des services en ligne qui permettront aux citoyens d'acheter des billets de ferry inter-îles, de renouveler leur passeport ou d'obtenir des actes de mariage, tout ça en ligne plutôt que devoir parcourir de longues distances pour effectuer ces démarches en personne. Il s'agit de préserver Tuvalu, pas de l'abandonner.
Venu, originaire de Tuvalu, a mis en évidence la manière dont le projet a permis de mieux apprécier les ressources culturelles du pays.
To me, the Digital Nation is a new way to fight, adapt and protect our identity and sovereignty. It is about taking control, shaping our future and keeping our roots alive.
As someone who does not want to migrate, the project is a beacon of hope and a way for Tuvaluans to solve the problems they face without relying on others.
Pour moi, la Nation Numérique est une nouvelle manière de lutter, de s'adapter, de protéger notre identité et notre souveraineté. Cela permettra de prendre le contrôle, de façonner notre avenir tout en préservant nos racines.
En tant que personne qui ne souhaite pas émigrer, ce projet est une source d'espoir et une solution pour les Tuvaluans de résoudre un problème sans dépendre des autres.
Le projet de Nation Numérique complète d'autres initiatives visant à faire face aux graves conséquences du changement climatique, telles que la réhabilitation des terres et la restauration des récifs coralliens à Tuvalu.
Il représente aussi un message fort envoyé au monde, soulignant la nécessité d'agir d'urgence pour mettre un terme à la disparition de petits États insulaires comme Tuvalu.
Un petit État comme Tuvalu se voit contraint de se dupliquer dans le métavers à cause de la lenteur persistante de réaction, de l'inaction et de l'incapacité des États-nations et des institutions mondiales à mettre en œuvre un programme d'action viable et durable visant à réduire les émissions issues des combustibles fossiles et à lutter contre leurs effets néfastes.
En d'autres termes, si le projet de Nation Numérique est principalement axé sur la préservation de Tuvalu, il n'en demeure pas moins crucial à l'échelle mondiale.
Le passé n'était pas aussi rigide que le prétendent souvent les défenseurs actuels des « valeurs traditionnelles »
Initialement publié le Global Voices en Français

Plaque représentant Sirma Voyvoda (à cheval, première en partant de la gauche) et ses troupes à Skopje, en Macédoine du Nord. Photo prise par Rašo via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Dans le discours contemporain des Balkans, sous l'influence des guerres culturelles mondiales, la tradition est souvent présentée comme quelque chose de figé, de simple et de strictement patriarcal. Pourtant, l'histoire, le folklore et la mémoire populaire de la région recèlent des exemples plus complexes : des femmes socialement reconnues comme des hommes, des hommes queers ou non conformes aux normes de genre jouant un rôle rituel visible, et des héroïnes ayant temporairement adopté une identité masculine pour combattre au nom de leur communauté.
Ces exemples ne doivent pas être idéalisés pour servir de preuve que les sociétés balkaniques étaient secrètement égalitaires. La plupart d'entre eux s'inscrivaient dans des systèmes patriarcaux, constituant une sorte d'« exception qui confirme la règle » et renforçant le rôle féminin « traditionnel » : celui d'une fille obéissante destinée à devenir mère et femme au foyer. Ce qu'ils démontrent, en revanche, c'est que le passé (ou du moins l'imaginaire collectif) n'était pas aussi rigide que le prétendent souvent les défenseurs actuels des « valeurs traditionnelles ».
L'un des exemples les plus célèbres est celui de la vierge sous serment, appelée burrnesha ou virgjinesha en albanais, et virdžina dans les régions slaves du sud. Dans les zones montagneuses du nord de l'Albanie, du Monténégro, du Kosovo et de l'ensemble du massif dinarique, une fille issue d'une famille dépourvue d'héritier mâle approprié pouvait endosser le rôle social d'un homme. Cela impliquait généralement un vœu de célibat, l'adoption de vêtements et de comportements masculins, ainsi qu'une reconnaissance publique en tant que chef de famille.
Cette pratique ne relevait pas de l'émancipation moderne. Il s'agissait souvent d'une solution patriarcale à un problème patriarcal : puisque l'héritage, l'honneur et l'autorité au sein du foyer étaient régis par les hommes, la société permettait à une fille de « devenir » un homme sur le plan social lorsqu'aucun homme biologique n'était disponible. La vierge sous serment assumait alors la responsabilité de gérer la famille, tout en bénéficiant de libertés refusées aux autres femmes, comme le port de vêtements masculins ou la possibilité de fréquenter publiquement les hommes en fumant et en buvant du thé. Néanmoins, tout cela se faisait au prix du célibat, sans aucune perspective de mariage, d'expression de la sexualité ou de maternité.
Un article de la BBC publié en 2022 conclut qu'« il ne reste plus qu'une douzaine de “vierges sous serment” dans le monde, alors que cette ancienne tradition balkanique qui voit des femmes vivre comme des hommes est en voie de disparition ».
Un autre exemple figure dans le documentaire d'Aleksandar Manić sorti en 2005, « Šutka Book of Records », qui dresse plusieurs portraits hauts en couleur d'habitants hors du commun de Šuto Orizari, une municipalité à majorité rom située à Skopje, la capitale de la Macédoine du Nord.
Le film suit des champions locaux de l'excentricité, notamment, selon le synopsis, « l'homosexuel du quartier à la garde-robe colorée » qui n'était « pas moins respecté » que les autres personnalités locales marquantes.
Une séquence secondaire qui débute à 45:55 de la vidéo met en scène deux hommes ouvertement gays, au style d'élocution flamboyant et très gestuel, sollicités par les familles de jeunes garçons sur le point de subir le rituel musulman de la circoncision. Ces hommes sont considérés comme les meilleurs décorateurs et responsables de la mise en scène de l'événement, une tâche qui inclut notamment la recherche d'un lit spécifique pour la cérémonie.
Cet exemple appelle une certaine nuance. Si les communautés roms et musulmanes, ou les sociétés balkaniques en général, ne sont pas exemptes d'homophobie, cette scène vient complexifier les stéréotypes. Dans une communauté souvent décrite de l'extérieur à travers le prisme de la pauvreté ou de clichés conservateurs négatifs, le film révèle un univers social plus nuancé, où une figure queer peut être visible, valorisée et pleinement intégrée à la vie rituelle et religieuse.
Le troisième ensemble d'exemples, et le plus riche, est issu du folklore. Dans un texte récent publié sur la plateforme féministe macédonienne Meduza, Leni Frčkoska revisite les contes populaires macédoniens à travers les thèmes du « changement de sexe » et de la « femme guerrière ». Le titre de son article, que l'on peut traduire par « L'héroïne était une fille ! Une relecture féministe des thèmes du changement de sexe et de la femme guerrière dans le folklore macédonien », est une version abrégée de sa thèse de doctorat.
Frčkoska note que si le folklore tend à reproduire des leçons conservatrices et patriarcales, il contient aussi des figures féminines subversives qui ébranlent ces codes de l'intérieur. Le thème de la femme guerrière est souvent associé au travestissement. Dans ces récits, le protagoniste est une fille issue d'une famille sans fils. Elle se déguise en homme, entre dans l'univers guerrier traditionnellement masculin, s'y illustre en héroïne et reprend généralement son rôle féminin initial une fois le danger écarté. Frčkoska explique que, dans plusieurs variantes macédoniennes, la période durant laquelle elle se fait passer pour un soldat s'achève après la victoire, et la plus jeune fille retrouve alors son identité féminine.
Citant un détail tiré d'un conte populaire macédonien recueilli par Marko Cepenkov au milieu du XIXᵉ siècle, Frčkoska montre que cela illustre parfaitement ce schéma. Après la bataille, l'héroïne dénoue ses cheveux, ouvre sa tunique pour dévoiler sa poitrine et déclare au prince :
Дејгиди синче царево, горска еребица в раце ти дошла и не си успеал да ја ватиш за в кафез да ја клајш. Јас девојче си бев и девојче сум си, види ми косите, види ми ‘и боските и седи ми си со здравје.
Hélas, fils de l'empereur, tu tenais une perdrix [oiseau libre] dans ta main et tu l'as laissée s'envoler, au lieu de l'enfermer dans une cage. J'étais une fille, et je suis une fille : regardez mes cheveux, regardez ma poitrine — et maintenant adieu…
La nudité en public constituait et constitue toujours un tabou selon les mœurs patriarcales des Balkans, cette phrase ne représente donc pas seulement une révélation physique ; c'est un véritable retournement narratif. Le « guerrier » a déjà accompli sa mission ; ce n'est alors que l'histoire révèle que le héros était une femme depuis tout ce temps. Le corps devient le signe qui redéfinit l'identité du combattant, mais seulement après que le courage a été prouvé.
La chanson folk macédonienne « Kruševo aber pristigna » (« Un appel parvint à Kruševo ») offre une version populaire de cette même logique de transgression des genres. Elle raconte l'histoire fictive d’un appel lancé à la ville de Kruševo pour que les familles envoient leurs fils adultes devenir komiti (combattants de guérilla) dans le village de Smilevo, célèbre foyer de la résistance révolutionnaire anti-ottomane. Un homme nommé Stojan n'a pas de fils ; il n'a qu'une fille, Todorka. Au lieu d'accepter la fin du devoir civique de la famille, Todorka demande à son père de l'équiper pour qu'elle puisse partir combattre en tant que komita.
Déguisée en homme, Todorka rejoint les combattants avec une telle crédibilité que, comme le dit la chanson : « Personne ne reconnut Todorka comme une fille ». Ici, la transgression des genres va au-delà du simple travestissement. La chanson illustre une remise en question temporaire des règles qui déterminent qui peut combattre par opposition à ceux qui restent au foyer dans un rôle féminin nourricier — et essentiellement impuissant —, qui peut représenter la famille et qui peut entrer dans la mémoire héroïque nationale.
La chanson reste populaire aujourd'hui, ayant été reprise par des artistes contemporains, dont la star macédonienne de la pop-folk Stojne Nikolova. Son interprétation moderne, visible dans le clip ci-dessous, célèbre Todorka comme une héroïne patriotique sans nécessairement expliciter les enjeux de genre sous-jacents au récit. Pourtant, ces enjeux sont bien présents : une fille prend la place vacante réservée à un fils, défendant ainsi l'honneur de son père.
Ce thème trouve également écho dans les biographies historiques de la région, à travers un éventail de situations mêlant déguisement, statut de guerrier et, plus tard, mémoire patriotique.
Sirma Vojvoda (1776–1864), une hajduk (mélange de rebelle, brigand et combattant de la liberté) originaire de la région de Debar, est probablement le parallèle historique le plus proche de Todorka. On se souvient d'elle comme d'une cheffe de combattants des montagnes luttant contre l'oppression ottomane. Un détail concernant sa poitrine a également marqué la mémoire populaire : selon une note de bas de page accompagnant la chanson à son sujet recueillie par les frères Miladinov, les hommes de sa troupe ne comprirent qu'elle était une femme que lorsque les boutons de sa chemise furent arrachés. Elle demeura leur cheffe même après avoir été démasquée.
Čučuk Stana (1795–1849/50) s'inscrit dans une tradition connexe, mais légèrement différente. Associée aux soulèvements serbes et célébrée dans la poésie épique serbe, elle n'incarne pas avant tout la figure de la femme ayant une « identité masculine secrète ». Son histoire illustre plutôt l'entrée d‘une femme dans le « monde masculin » des hajduks, de la résistance armée et de la gloire héroïque. Les récits de sa jeunesse indiquent également qu'elle et ses sœurs portaient des vêtements d'homme lorsqu'elles sortaient de chez elles, faute de frère adulte pour les protéger.
Milunka Savić (1890/1892–1973) transpose ce thème dans l'histoire militaire documentée du XXᵉ siècle. Durant les guerres des Balkans, elle s'engagea dans l'armée serbe en se coupant les cheveux, en revêtant des vêtements masculins et en se faisant passer pour un homme, apparemment pour remplacer son frère. Après la découverte de son genre, elle continua de combattre et devint par la suite l'une des femmes soldats les plus décorées de la Première Guerre mondiale.
Ces figures historiques démontrent que les femmes guerrières travesties ne relevaient pas de la simple fantaisie des contes de fées. Sous diverses formes, des femmes de l'histoire des Balkans ont endossé des rôles réservés aux hommes — que ce soit secrètement ou au grand jour, temporairement ou durablement — s'imposant comme des héroïnes dont le souvenir a perduré auprès des générations suivantes.
Bien que les lecteurs contemporains puissent s'y identifier, ces exemples de transgression des normes de genre dans les Balkans ne s'inscrivent pas aisément dans les catégories identitaires modernes (transgenres, gays, lesbiennes ou non-binaires). Ils remettent toutefois en question le dogme selon lequel la diversité de genre serait étrangère aux Balkans, ou selon lequel la tradition se limiterait à des modèles binaires de masculinité et de féminité. Rien n'est jamais simple dans les Balkans, y compris leur passé et leur présent patriarcaux.
La loi instaure un système de contrôle de l'information davantage ancré dans la société
Initialement publié le Global Voices en Français

Trois affiches gouvernementales annonçant la nouvelle loi sur la sécurité nationale « Règlement de la région autonome ouïghoure du Xinjiang relatif à la protection des secrets d'État ». Affiches issues d'un communiqué de presse. Utilisation équitable.
Le « Règlement sur la protection des secrets d'État dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang » (新疆维吾尔自治区保守国家秘密条例), entré en vigueur le 1ᵉʳ mars 2026, constitue de facto une extension locale du cadre national chinois sur le secret d'État. Dans une région caractérisée par un niveau élevé de gouvernance sécuritaire et de contrôle de l'information, ces modifications législatives ont des conséquences majeures sur la normalisation et la codification de la répression politique.
Les Ouïghours sont un peuple originaire de la région ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Ils possèdent une langue, une appartenance ethnique et une culture distinctes de celles des Hans, qui représentent plus de 91 % de la population chinoise. À la suite des émeutes de juillet 2009 à Urumqi, le gouvernement chinois a instauré un contrôle strict dans la région sous couvert de lutte contre le terrorisme, tandis que les organisations internationales de défense des droits humains ont fustigé la Chine pour ses mesures répressives, citant notamment des rapports faisant état de détentions massives, de disparitions forcées, de systèmes de surveillance généralisés et de restrictions à la vie religieuse et culturelle.
De nombreux pays ont codifié la protection des secrets d'État. Cependant, en particulier dans les démocraties occidentales, une telle législation vise généralement à empêcher la fuite d'informations sensibles sur les institutions gouvernementales et militaires susceptibles de nuire à la sécurité nationale. À l'inverse, le cadre juridique chinois relatif au secret d'État, actualisé en 2024, étend la définition de « secret d'État » aux informations politiques, économiques, technologiques et sociales jugées pertinentes pour la stabilité nationale. Dans la région ouïghoure, cette conception extensive du secret prend une importance particulière, car des aspects de la vie quotidienne — tels que les pratiques religieuses, l'expression culturelle, les modes de communication et d'autres comportements sociaux — relèvent de plus en plus du contrôle sécuritaire et de l'information.
L'extension du droit national chinois à la région ouïghoure s'avère particulièrement préjudiciable, car elle intègre le contrôle de l'information dans le système de gouvernance sociale préexistant, ancrant ainsi la surveillance dans le quotidien de la région.
Alors que la loi nationale fournit un cadre juridique général pour la protection des secrets d'État, la déclinaison ouïghoure détaille son application, la surveillance technologique et les contrôles géographiques adaptés aux priorités sécuritaires spécifiques de la région.
Sur le plan des objectifs, la version locale considère le maintien de la stabilité sociale au Xinjiang comme un enjeu de sécurité nationale et ajoute un mandat spécifique visant à « forger un fort sentiment d'appartenance à la nation chinoise » (article 3). Cela implique que les politiques locales portant atteinte à l'identité ethnique ainsi qu'aux droits culturels et religieux des Ouïghours pourraient être justifiées au nom de la loi régionale sur le secret d'État.
La loi introduit la nouvelle notion juridique de « secrets professionnels » (article 64), qui本 oblige les administrations et les entreprises à établir leur propre « liste de secrets professionnels » (article 43) et à mettre en place des systèmes internes pour prévenir les fuites. Cela élargit encore davantage le champ du secret.
Concernant l'application de la loi, la réglementation de la région ouïghoure met fortement l'accent sur la mobilisation des organisations de base, des unités de travail et des acteurs communautaires pour protéger les secrets d'État (article 8). Les sections locales du parti sont tenues de désigner des agents de liaison chargés des questions de secret, notamment pour encourager la dénonciation publique d'activités suspectes telles que l'espionnage, le vol de secrets d'État ou la divulgation d'informations par le biais de livres, de publications sur les réseaux sociaux et d'autres canaux (article 39). Cela crée un système de contrôle de l'information plus ancré dans la société, l'identification, la surveillance et le signalement des informations « sensibles » devenant partie intégrante de la gestion sociale quotidienne.
L'ampleur technologique du contrôle est également étendue : la loi régionale encourage explicitement le recours à l'IA et au big data pour surveiller les flux d'information et protéger les secrets d'État (article 10). De plus, elle impose un système de « prévention et de contrôle » maintenu grâce à la collaboration entre le gouvernement local, le Corps de production et de construction du Xinjiang et l'armée (article 12). Cela renforce le pouvoir de cette structure de gouvernance militarisée, unique en son genre, dans la régulation de la circulation de l'information.
Dans le cadre du système actuel de maintien de la stabilité, la gouvernance de la région ouïghoure repose largement sur la surveillance numérique et l'intégration des données, incluant la collecte massive de données, l'évaluation algorithmique des risques et la surveillance en temps réel, comme l'ont souligné de nombreuses études.
La définition extrêmement large des « secrets d'État » et des « secrets professionnels », associée aux mécanismes de dénonciation citoyenne et à la surveillance par l'IA, soumet la diffusion d'informations et les communications interpersonnelles à une évaluation sécuritaire constante, les rendant particulièrement périlleuses. Les flux d'informations vers l'extérieur, tels que les échanges avec des personnes ou des médias étrangers, deviennent encore plus précaires.
Plutôt que de réagir à des actes illégaux, la gouvernance sécuritaire fondée sur l'information se concentre désormais sur l'identification et la gestion préventive des risques futurs perçus.
Cela renforce le dispositif de contrôle préventif préexistant au nom de la lutte contre le terrorisme, lequel légitime l'intervention de l'État — notamment à travers les soi-disant camps de rééducation ou de formation professionnelle —, en ciblant les pratiques culturelles, l'associatif, la religion, les modes de communication et autres activités des communautés ouïghoures jugés potentiellement sensibles.
L'intégration de la gestion et de la surveillance de l'information au cœur de la gouvernance sécuritaire ouïghoure entretient une incertitude permanente quant aux données qu'il est possible de partager sans danger, érigeant l'autocensure en norme sociale.
Cette dynamique contribue à instaurer ce que certains chercheurs qualifient de « structure du silence », où l'accès à l'information devient progressivement plus difficile — non seulement parce qu'elle est restreinte, mais aussi parce qu'elle n'est plus jamais rendue publique.
Les débats internationaux sur la situation dans la région ouïghoure portent souvent sur les politiques de détention, les restrictions religieuses, les évolutions démographiques et la surveillance. Certains gouvernements et chercheurs affirment que la politique répressive chinoise à l'égard des Ouïghours constitue des crimes contre l'humanité ou un génocide, tandis que d'autres contestent ces qualifications.
Cependant, ces débats restent tributaires de la disponibilité de l'information. Or, la nouvelle réglementation régionale rend l'accès aux données et leur partage bien plus complexes. Les affirmations des organisations de défense des droits humains ou des médias internationaux deviendront plus difficiles à vérifier, la marge de manœuvre pour enquêter étant restreinte. Les débats et les désaccords risquent ainsi de se politiser davantage.
En ce sens, les lois sur le secret d'État ne se limitent pas à réglementer l'information — elles façonnent les conditions mêmes dans lesquelles se déroulent les discussions internationales sur les droits humains.
L'importance de la réglementation sur les secrets d'État dans la région ouïghoure ne réside pas seulement dans sa formulation juridique, mais dans son rôle au sein d'un système de gouvernance plus vaste, à savoir la manière dont le secret s'exerce dans un environnement politique ultra-sécurisé. Dans un tel cadre, la frontière entre gestion de l'information, surveillance et contrôle social devient de plus en plus poreuse.
En définitive, cette réglementation soulève des questions fondamentales sur le lien entre information, gouvernance et droits humains. Lorsque l'accès à l'information est restreint, l'espace nécessaire à la transparence, à la vérification indépendante et à la responsabilité publique se réduit inévitablement.
La notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine d'éléments intangibles
Initialement publié le Global Voices en Français

Le kendo utilise un système d'arbitre à trois personnes. Capture d'écran de YouTube KendoWorld channel. Utilisation équitable.
L'une des raisons pour lesquelles l'art martial japonais du kendo, souvent décrit comme « la voie de l'épée », ne figure pas aux Jeux olympiques réside dans le jugement subjectif de sa notation.
Contrairement à de nombreux sports évalués par des scores numériques clairs, le kendo repose sur l'appréciation subjective des arbitres (shinpan / 審判) pour déterminer si une frappe satisfait à l'idéal de ki-ken-tai no icchi (気剣体の一致), qui désigne l'unité de l'esprit (ki / 気), de l'épée (ken / 剣) et du corps (tai / 体). Une frappe valide doit combiner un timing parfait, une technique appropriée et une intention affirmée, ce qui rend l'arbitrage du kendo unique mais intrinsèquement complexe.
Cependant, les préoccupations concernant l'équité et la cohérence du jugement se sont accrues. Au fur et à mesure que le kendo se développe à l'échelle mondiale, des questions se posent sur la façon d'équilibrer la tradition avec les demandes de notation plus objective et transparente. Le débat sur l'introduction des technologies de relecture vidéo et de capteurs a suscité des passions au sein de la communauté du kendo.
Il n'est pas rare de voir des pratiquants et des spectateurs exprimer leur frustration face à la notation à l'issue des combats. Voici un exemple d’une telle plainte sur X :
剣道は誤審が多いです。年上の審判が旗上げれば、他の人も上げます。強豪校のネームだけで、旗あがります。 (Le kendo connaît de nombreuses erreurs d'arbitrage. Si un arbitre plus âgé lève son drapeau, les autres le suivent. Parfois, le simple nom d'une école prestigieuse suffit à faire lever le drapeau.)
Kendo Mirai Kenkyujo, un magazine en ligne sur le kendo, a également abordé ce sujet :
後からスローモーションなどで見て、部位に当たっていないのに一本となっている場合、それで剣道への“信頼感’’が揺らぐ。“剣道ってカッコいいね’’と言う人は多いのだが、何のゆかりもない人が剣道ファンになりにくい理由はそこにあると思う。
Lorsque vous visionnez le ralenti après le match et que vous constatez qu'une frappe n'a pas réellement touché la zone cible mais qu'elle a tout de même été accordée, cela ébranle la confiance accordée au kendo. Beaucoup disent : « Le kendo a l'air impressionnant », mais je pense que ce manque de confiance est la raison pour laquelle les néophytes deviennent rarement des passionnés.
Cependant, comme indiqué par un pratiquant du kendo (@kendo358 sur X), certaines contestations d'erreurs d'arbitrage découlent d'un manque de compréhension de l'esprit et des règles fondamentales de cet art martial :
「当たっているのに1本にならない」 剣道の基本が出来ていると思っている時に現れる症状。 審判は理由を言ってくれない。 また、勝手に誤審だと決め付けない。 試合剣道に囚われて基本が抜け落ちていないか。 普段の基本稽古で誰が見ても瞬間的に旗を上げてしまうような打突が出来ているか確認。
La frappe touche la cible, mais n'a pas été comptée comme un point valide. Cela se produit souvent lorsqu'on pense maîtriser les bases du kendo. Les arbitres ne vous diront pas pourquoi, mais ne concluez pas trop vite à une erreur d'arbitrage. Réfléchissez : vos frappes sont-elles si claires et décisives que n'importe qui lèverait son drapeau instantanément ? Veillez à maintenir des fondamentaux solides lors de vos entraînements réguliers.
Néanmoins, le système de jugement du kendo présente quelques limites. Le « système d'arbitrage à trois personnes » actuel (sanshinsei / 三審制) a été introduit dans le Japon moderne au début de l'ère Shōwa (1929–1989) afin de réduire les biais individuels et d'améliorer la précision de la notation.
Une frappe n'est accordée que si au moins deux arbitres s'accordent à dire qu'elle satisfait au ki-ken-tai no icchi. Cela implique un timing correct, un kiai vigoureux (cri d'engagement / 気合), un placement de pieds approprié et un engagement total du corps et de l'esprit. Bien que ce système vise à équilibrer les perspectives et à minimiser les partis pris, contrairement à des sports comme l'escrime qui utilisent des dispositifs électroniques pour valider les touches, la notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine de qualités intangibles.
De plus, le classement des pratiquants de kendo, structuré par le système de grades de 1 à 8 dan (段), instaure une hiérarchie entre tous les pratiquants, y compris les arbitres. Ainsi, bien qu'en théorie les trois arbitres disposent d'une autorité égale, en pratique, les arbitres adjoints se réfèrent souvent à l'arbitre en chef lors des situations douteuses, ce qui compromet le « système d'arbitrage à trois personnes ».
Un débat survenu en 1929 entre le célèbre maître de kendo (kendōka) Sasaburō Takano (高野佐三郎, 1862–1950) et l'historien du kendo Kengo Tominaga (富永堅吾, 1883–1960), à l'issue des tournois impériaux tenran budō (天覧武道大会), laissait déjà présager que l'ancienneté et la hiérarchie ancrées dans le kendo risquaient de nuire à l'équité des combats :
高野「あれは三人が一心同体でやらないといけないですね。表審判が手を挙げれば大概揃ふ様にありたいものです。」
Takano : « Les trois arbitres doivent agir comme un seul esprit et un seul corps. Lorsque l'arbitre en chef signale une décision, idéalement, le jugement des autres arbitres s'y conforme. »
富永「一心同体なら主審はやりよいですが、三心三体の場合は大変なことになる、裏が表と意志が通じてゐない時は、審判しにくい場合が有るかも知れないですなあ。」
Tominaga : « S'ils sont vraiment unis comme un seul esprit et un seul corps, c'est plus facile pour l'arbitre en chef. Mais cela devient très difficile si l'on se retrouve avec “trois esprits et trois corps”. Lorsque l'arbitre en chef et les arbitres adjoints ne sont pas sur la même longueur d'onde, il peut être complexe d'arbitrer. »
En revanche, beaucoup préconisent le recours aux technologies modernes — comme l'assistance vidéo ou la notation par capteurs —, à l'instar des systèmes utilisés en judo et en taekwondo. Leurs partisans soutiennent que cela fournirait des preuves objectives pour analyser les décisions litigeuses et aiderait les arbitres, les combattants ainsi que les spectateurs.
Les opposants, cependant, avertissent que de tels changements saperaient l'essence spirituelle et éducative du kendo. En budō (武道, arts martiaux), les erreurs d'arbitrage peuvent constituer des occasions de faire preuve d'humilité, d'autoréflexion et d'apprentissage — des valeurs jugées plus importantes que le résultat du combat lui-même, comme l'a affirmé Sadayuki Mimori, Renshi 7ᵉ Dan de la Fédération de Kendo du Japon (AJKF) :
武道である剣道にとって、相手の部位を正確に打つことは表層的な目的。本来の目的は精神性の向上です。勝てたならば現状に甘んじることなくより高みを目指す向上心を持ち、負けたならば自分の弱点を認めて改善に努める潔さを養う。仮に誤審で負けたとしても、自分に落ち度はなかったのかと振り返り、進歩的にとらえてその後の糧とする。武道である剣道では、結果自体よりも結果から何を学びとり、その後にどう生かすかが重要なのだと私は考えます。
Pour le kendo en tant que budō, frapper avec précision la zone cible de l'adversaire n'est qu'un objectif superficiel. Le véritable but est l'élévation spirituelle : tendre vers l'excellence dans la victoire et cultiver la dignité d'admettre ses faiblesses pour s'améliorer dans la défaite. Même si l'on venait à perdre en raison d'une erreur d'arbitrage, il convient de se demander si l'on n'a commis aucune faute et de faire de cette expérience un levier de progression. Dans le kendo, plus que le résultat lui-même, c'est ce que l'on en retire et la manière dont on le met à profit par la suite qui importe.
Le débat fait écho à une histoire familière. Le judo (柔道) est devenu un sport olympique en 1964 et a adopté des normes de jugement claires, y compris l'assistance vidéo. Cependant, des années de normalisation et d'intégration de la technologie n'ont pas mis fin aux controverses d'arbitrage, comme l'a montré la polémique sur le judo lors des Jeux olympiques de Paris. Au lieu de cela, certains, à l'image de l'utilisateur X @KatakuroK, affirment que le judo a perdu son âme d'art martial au cours de ce processus :
問題になってる誤審ピック柔道。あれは見てて本当に酷かった。 『柔道』じゃなくスポーツの『JUDO』になって明らかに武道の格が落ちてる。僕も多少なりとも経験あるから。 その点で剣道は『武道は勝ち負けだけじゃないから』とオリンピックに採用を拒否してるとかないとか。
Les erreurs d'arbitrage au judo lors des Jeux olympiques ont fait polémique, et c'était vraiment affligeant à regarder. Pour l'avoir moi-même pratiqué, je dirais qu'il ne s'agit plus de « judo» au sens du budō, mais de « JUDO » en tant que sport, ce qui rabaisse clairement la valeur des arts martiaux. C'est en ce sens que le kendo refuserait d'être intégré aux Jeux olympiques, arguant que « les arts martiaux ne se résument pas à gagner ou perdre ».
De nombreux pratiquants de kendo craignent que des règles strictes ou le recours à la technologie ne poussent cet art martial vers une sportivisation à l'occidentale. Ainsi, avant d'envisager des solutions technologiques, de nombreux membres de la communauté du kendo soulignent la nécessité de renforcer les fondamentaux : éduquer le public, clarifier les critères d'arbitrage et réformer le système de notation afin de le rendre moins dépendant des grades et de l'ancienneté.
Trente-deux ans plus tard, la raison est-elle devenue plus claire ?
Initialement publié le Global Voices en Français

Photo de Yasin Abu Bakr se rendant aux forces du régiment de Trinité-et-Tobago en 1990, réalisée à partir d'éléments de Canva et de captures d'écran tirées de tournages de Walt Lovelace, utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Tous les habitants de Trinité-et-Tobago ont une anecdote liée au coup. Pendant les « vacances d'été » de 1990, je faisais un stage pour la chaîne de télévision gouvernementale Trinidad and Tobago Television (TTT), la seule disponible à l'époque. Le vendredi 27 juillet, comme lors d'une journée normale, je suis allée travailler. Même en y repensant 32 ans après, je ne vois toujours rien qui laissait présager que les choses allaient déraper à ce point.
Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai. Les coups d'État sont les conséquences d'un lent processus. On ne se réveille pas un jour en décidant de prendre le contrôle d'un pays par la force. Cela nécessite de l'organisation. Le meurtre d’Abdul Kareem par la police en 1984, membre du Jamaat al Muslimeen [fr], le groupe islamiste radical dirigé par Yasin Abu Bakr, aurait-il pu en être un des facteurs ?
Il y avait aussi des enjeux sociopolitiques. L’Alliance Nationale pour la Reconstruction (la NAR – National Alliance for Reconstruction) a remporté les élections législatives de 1986 d'une victoire écrasante, devenant ainsi le premier rival victorieux face au Mouvement National du Peuple (PNM – People's National Movement), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1962. Les prix du pétrole ont chuté après le boom du milieu des années 1970 aux années 1980, et le Premier ministre Arthur N. R. Robinson avait instauré des mesures d'austérité qui ont été reçues très négativement par les syndicats, le secteur privé, l'opposition et plus généralement la population. Cette époque était indéniablement rude, mais cette austérité justifiait-elle réellement la trahison ? De toute façon, j'étais encore étudiante en arts audiovisuels et j'étais surtout concentrée sur mon travail chez TTT.
Je finissais le travail en début d'après-midi. Au moment de partir, on m'a demandé si cela ne me dérangeait pas d'aller chercher une boîte de cassettes et de la ramener au bureau à temps pour le journal du soir. J'avais demandé à un ami de m'y conduire. Plusieurs heures plus tard, alors que nous retournions vers Port-d'Espagne en empruntant South Quay, la route qui longe la côte au sud de la capitale, nous avons remarqué une fumée noire qui se dégageait du centre-ville.
C'est contre mon avis que mon ami a tourné et s'est dirigé vers le centre-ville. Il n'y avait pas d'autoradio dans la voiture, nous ne pouvions donc pas savoir que les membres du Jamaat s'étaient introduits de force dans la Red House, le siège du Parlement, et qu'ils avaient tenté de renverser le gouvernement alors que la Chambre était en session. En même temps, ils avaient pénétré dans le QG de la police en faisant exploser une bombe (d'où venait la fumée aperçue sur la route), mais aussi dans les bâtiments de Radio Trinidad et de TTT. Bakr a alors utilisé leurs canaux de communication pour déclarer que le Jamaat était désormais au pouvoir.
Si nous n'avions pas fait ce détour par Port-d'Espagne, j'aurais très bien pu faire l'aller-retour jusqu'au bâtiment qu'on appelait la Television House avant qu'elle ne soit prise d'assaut, avant que les personnes qui s'y trouvaient ne soient prises en otages pendant presque une semaine, dont beaucoup garderont des séquelles psychologiques toute leur vie. C'est finalement quand mon ami s'apprêtait à me redéposer à TTT pour remettre les cassettes que j'ai évité le pire. Nous n'étions vraiment pas loin lorsqu'un petit groupe d'insurgés a avancé rapidement vers nous, tous armés de fusils automatiques. Ils se sont déployés en ligne pour nous bloquer la route. Mon ami a freiné brusquement et les a regardés, totalement stupéfait. J'ai dû lui crier dessus pour qu'il fasse marche arrière.
Plusieurs jours plus tard, l'équipe de production de TTT a été convoquée au Camp Ogden, une base militaire majeure. Par chance, au moment de l'intrusion, une équipe de production opérait en extérieur pour couvrir un match amical de football au stade national ; le signal provenant de la Television House a finalement été coupé et la chaîne a pu reprendre la diffusion grâce à cette équipe. Un couvre-feu très strict avait été mis en place. Seules les personnes détenant une accréditation presse pouvaient sortir dans la rue et filmer. C'était une tâche considérée comme « trop dangereuse » pour les femmes, mais j'avais néanmoins réussi à obtenir une accréditation et à me procurer un appareil photo.
Les images que j'ai pu prendre après les faits ne montrent qu'une partie de l'histoire, et bien qu'elles y apportent de la valeur, je pense que cela ne suffit pas. En l’absence de justice, en l’absence d’excuses collectives formelles, d'un dialogue national encadré sur notre traumatisme collectif et d'une réflexion commune sur ces événements, il ne nous reste que des fragments.
En dehors de la période d'incarcération durant laquelle des procédures d'appel étaient en cours, Bakr et ses hommes n'ont pas purgé de peine pour leurs actions. Ils se sont rendus avec des copies d'un accord d'amnistie en poche. Cet accord a ensuite été annulé par le Conseil privé, soulignant que trop de temps s'était écoulé et qu'il serait déraisonnable d'engager des poursuites à ce stade. Il a fallu attendre 20 ans pour qu’une commission d'enquête sur la tentative de coup d'État soit mise en place, et même là, les conclusions n'ont pas donné lieu à des retombées suffisantes. Quand je cherche à comprendre comment l'insurrection de 1990 nous a transformés à jamais, en tant que démocratie comme en tant que société — dont les fragments ont été marqués par la douleur, le temps et la routine —, j'en viens à me demander si tout s'emboîtera de nouveau un jour.
Bien sûr, il y a déjà eu des tentatives d'en rassembler les éléments. The National Trust [organisme de protection du patrimoine] et les Archives nationales, les médias, ainsi que la Galerie Rotunda de la Red House ont rassemblé des témoignages, des photos et des souvenirs de différentes expériences liées au coup. L'assaut du Parlement est retranscrit dans le Hansard [fr]. La présidente actuelle a instauré un hommage annuel aux 24 victimes ayant perdu la vie durant le coup d'État en installant des plaques gravées de leurs noms devant la résidence présidentielle. Wendell Eversley, un survivant du coup, organise une marche annuelle en mémoire des personnes tuées pendant l'insurrection, permettant aux gens de venir rendre hommage devant le mémorial de la flamme éternelle. Certains survivants ont écrit des livres pour raconter leurs expériences traumatisantes. David Rudder, un chanteur de calypso, a même écrit une chanson à propos de la sienne.
Mais, même plus de 30 ans après, une génération plus tard, s'est-on rapproché de la compréhension et de la guérison, ou la blessure continue-t-elle de s'envenimer ? Trinité-et-Tobago continue de faire face à des problèmes tels que des violences policières, des actes criminels violents (que beaucoup lient directement à la tentative de coup d'État et à l'incapacité du gouvernement à punir les auteurs de ces actes), la corruption généralisée et les trafics de drogues (que Bakr affirmait vouloir démanteler entièrement). Je crains qu'il y ait encore plus de questions que de réponses.
J'ai pu entendre toutes sortes d'opinions depuis 1990, allant jusqu'à glorifier les insurgés et à laisser entendre que le seul moyen pour le pays de se relever des répercussions du coup d'État serait que la police « liquide » ceux qui s'en servent comme modèle pour commettre des crimes en toute impunité. Ces deux extrêmes m'ont fait prendre conscience de l'importance de conserver tous les fragments de ce miroir qu'il nous reste. Mais il est tout aussi important de combler ces vides. Bakr est peut-être mort, mais le Jamaat doit encore répondre de ses actes. La vérité ne sortira que collectivement. Elle ne sera pas racontée parfaitement, certaines réalités seront difficiles à affronter, mais nous y arriverons.
Doit-on rassembler toutes ces informations au même endroit ? Et si l'on créait une sorte de musée retraçant cet événement et ses conséquences ? Ou alors un espace virtuel, qui serait peut-être plus simple, plus économique et doté d'une portée plus large ? L'insurrection de 1990 devrait intégrer les programmes scolaires, mais elle doit être comprise de tous. Je sais que nous sommes une jeune nation et que nous apprenons encore. Mais ne prenons pas les choses importantes à la légère, au risque de les voir s'effacer des mémoires. Nous parlons désormais haut et fort, à juste titre, de la manière dont nos colonisateurs ont effacé notre histoire passée [fr]. Mais l'histoire récente est tout aussi importante : si nous ne prenons pas activement le contrôle de notre propre récit, quelqu'un le fera pour nous, et cette histoire sera remplie d'inexactitudes et de déformations qui ont conduit trop d'entre nous à croire et à répandre des mensonges.
Rendons les informations fiables sur notre histoire plus accessibles. Les Archives nationales pourraient-elles, par exemple, proposer un accès numérique à leurs documents ? Peu importe la façon dont nous choisissons de rassembler ces fragments de 1990, c'est une étape nécessaire et légitime pour prendre en main notre destin collectif, et nous devons le faire avec prudence, avant que le temps ne déforme davantage nos souvenirs.
Ces fragments n'ont de sens que lorsqu'ils sont rassemblés. Dispersés, ils n'ont pas assez de force pour penser les séquelles de cette journée sombre et sanglante. Tous ensemble, ils pourraient bien empêcher que cette tentative de coup d'État à Trinité-et-Tobago ne se transforme en coup de grâce pour le pays.
« Que l'amour l'emporte devant la Cour suprême » : les militants LGBTQ+ japonais visent une victoire historique
Initialement publié le Global Voices en Français

Marche des Fiertés de Tokyo 2026. Capture d'écran de la chaîne YouTube de Tokyo Journey. Utilisation équitable.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En juin dernier, les rues de Tokyo se sont transformées en une mer vibrante de drapeaux arc-en-ciel, de rythmes techno entraînants et de milliers de voix scandant les couleurs de la Tokyo Rainbow Pride. Cette année, le Mois des Fiertés est bien plus qu'une simple célébration de la visibilité ; l'atmosphère est électrique, car la Cour suprême japonaise est attendue pour la première fois dans son arrêt constitutionnel unifié sur le mariage pour tous, et les communautés LGBTQ+ descendent dans la rue pour revendiquer l'égalité des droits au mariage avec le slogan : « Que l'amour triomphe devant la Cour suprême » (最高裁で愛が勝つ).
L'arrêt de la Cour suprême tranchera début 2027 les débats constitutionnels qui agitent les tribunaux de district quant à la conformité de l'exclusion actuelle du mariage entre personnes de même sexe du Code civil japonais avec la Constitution.
La bataille juridique au Japon pour le droit au mariage pour tous a débuté le 14 février 2019, lorsque 13 couples de même sexe ont simultanément porté plainte contre le gouvernement japonais devant les tribunaux de district de Tokyo, Osaka, Nagoya, Fukuoka et Sapporo.
En mars 2024, la Cour d'appel de Sapporo a jugé inconstitutionnelles les dispositions du Code civil et de la loi sur l'état civil qui interdisent aux couples de même sexe de fonder une famille. Quatre autres cours d'appel ont rendu des décisions similaires, et l'opinion dominante est que le système actuel viole l'article 14 (égalité devant la loi), l'article 13 (droit à la recherche du bonheur) et l'article 24, paragraphe 2 (dignité individuelle et égalité essentielle des sexes) de la Constitution japonaise.
Néanmoins, le 28 novembre 2025, la Haute Cour de Tokyo a statué contre ses pairs, jugeant que les couples de même sexe ne sont pas inclus dans la définition constitutionnelle du mariage et que toute modification de cette définition relève de la compétence de la Diète nationale japonaise.
Avec le soutien de l'association LGBT+ « Marriage for All Japan », les plaignants ont interjeté appel devant la Cour suprême du Japon. Comme expliqué par le juriste Yasuhiko Watanabe, la décision de la Haute Cour de Tokyo conférerait un « pouvoir discrétionnaire sans limites au gouvernement conservateur ».
Le Japon demeure le seul pays du G7 à ne pas accorder de protection juridique nationale complète ni de droit au mariage aux couples de même sexe.
Malgré les données des quotidiens conservateurs Yomiuri et libéral Asahi montrant une forte majorité en faveur du mariage homosexuel, à 66 % et 72 % respectivement en 2023, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi et le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir restent opposés au mariage pour tous. Lors de sa campagne électorale de septembre 2025, Takaichi a également invoqué la définition du mariage pour s'opposer au mariage pour tous :
私は基本的には同性婚には反対の立場だ。憲法で結婚は両性の同意によるとされている。だから、現時点で同性婚に賛同する立場ではない。
Je suis fondamentalement opposée au mariage entre personnes de même sexe. La Constitution définit le mariage comme l'union des deux sexes. Par conséquent, je ne soutiens pas le mariage pour tous.
Actuellement, les couples de même sexe sont exclus des avantages sociaux liés au mariage dans plus de 100 lois concernant l'assurance, les retraites, etc. Ils dépendent des systèmes de certification de partenariat régionaux, mis en place à Shibuya (Tokyo) en 2015 et désormais présents dans plus de 500 régions, qui leur offrent des avantages limités et non contraignants, tels que le droit de visite à l'hôpital.
En réponse aux contestations juridiques de ces dernières années, au lieu de modifier la loi sur le mariage pour accorder l‘égalité des droits aux personnes LGBTQ+, le gouvernement conservateur a reconnu les couples de même sexe enregistrés comme ayant le statut matrimonial de facto dans quelques dizaines de lois et a adopté une loi sur la compréhension des personnes LGBTQ+ en 2023 afin de promouvoir la compréhension des minorités sexuelles et de prévenir la « discrimination injuste ». C'est seulement après trois années de stagnation que le gouvernement a récemment dévoilé son premier plan national visant à sensibiliser l'opinion publique et à renforcer les dispositifs de soutien à la communauté LGBTQ+.
Cependant, la reconnaissance du « mariage de facto » par le biais du système de certification des partenariats institutionnaliserait la discrimination, comme l'a affirmé le juriste Yasuhiko Watanabe :
仮に、事実婚制度の整備によって配偶者控除や相続権などの不利益が一定程度解消されるとしても、婚姻と区別された制度にとどまる限り、そこには象徴的な格差が残ります。異性のカップルだけが婚姻の制度に属し、同性カップルはそこから「排除された」別の制度に属するという構図は、社会的に“セカンドクラス”という印象を与えかねません。
Même si l'aménagement du système du « mariage de facto » peut, dans une certaine mesure, remédier à certains désavantages tels que la déduction fiscale pour conjoint et les droits successoraux, tant qu'il demeure un système distinct du mariage, il institutionnalise une discrimination symbolique. Si seuls les couples hétérosexuels relèvent du système du mariage et que les couples de même sexe sont « exclus » dans un système séparé, cela risque de créer un statut de citoyens de « seconde zone » pour les minorités sexuelles.
Qui plus est, même avec l'enregistrement des partenariats civils et le système de « mariage de facto » pour les couples de même sexe, ces derniers ne peuvent pas être inscrits au registre national des familles (Koseki), structuré selon une norme hétérosexuelle, avec un mari, une épouse et leurs enfants célibataires sous un même nom de famille pour retracer la lignée familiale. Au Japon, c'est la famille, et non l'individu, qui constitue l'unité administrative, et c'est elle qui détermine le statut juridique, les droits ainsi que les prestations liées à la citoyenneté et à la filiation. En étant exclus de ce registre, les couples de même sexe ne peuvent pas bénéficier de la succession automatique, de la déduction fiscale pour conjoint, du visa de conjoint, de l'adoption d'enfants, etc.
Pourtant, au sein de la Diète nationale, les législateurs conservateurs s'opposent à une modification de la loi sur le mariage, craignant que ça n'entraîne une révision du système Koseki et ne déclenche un effet domino conduisant à la refonte de la loi sur la nationalité ainsi que de centaines de dispositions du droit civil liées à l'administration publique.
Les militants LGBTQ+ ont vu dans la décision historique de la Cour suprême du Japon de confier ces litiges juridiques aux 15 juges de la Grande Chambre une étape majeure pour briser une stagnation politique qui dure depuis des décennies. Si la Grande Chambre juge la loi actuelle sur le mariage inconstitutionnelle, elle pourrait imposer à la Diète un délai pour réviser les systèmes du mariage et du Koseki, ou pour instaurer un système d'enregistrement d'union civile assorti d'un registre des familles distinct. Le pire scénario serait de s'aligner sur le verdict de la Haute Cour de Tokyo en laissant la Diète déterminer le mécanisme garantissant l'égalité des droits pour les minorités sexuelles.
Depuis mai 2026, l'organisation « Marriage for All Japan » a lancé une campagne nationale « Love Wins » (l'amour l'emporte) pour démontrer le soutien du public à l'égalité totale en matière de mariage pour les couples de même sexe, et s'est engagée à diffuser le slogan : « Que l'amour l'emporte devant la Cour suprême » dans les 47 préfectures durant le Mois des Fiertés.
Dans une Syrie qui tente de les effacer, des femmes trans accrochent leurs rêves d'évasion.
Initialement publié le Global Voices en Français

Image fournie par SyriaUntold, utilisée avec permission.
Ce récit de Jonas Karlov et Roméo Kermarec a été publié initialement sur SyriaUntold le 6 février 2025. Cette version est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Au troisième étage d'un immeuble résidentiel de Jaramana, au sud de Damas, en Syrie, une silhouette écarte discrètement un rideau pour observer la rue en contrebas. Un bref coup de fil suffit. L'autorisation de monter est accordée. Derrière la porte d'entrée, Maya apparaît. La jeune femme transgenre de 20 ans a mauvaise mine.
La veille, deux hommes lui ont tendu une embuscade à l'entrée de son immeuble. « Ils ont attendu que je rentre chez moi, puis m'ont traînée jusqu'à mon appartement tout en me lançant des insultes et en me plaquant la tête contre le sol », raconte-t-elle en fumant délicatement une cigarette à filtre violet.
Dans l'entrée de son petit studio, quelques mèches de cheveux témoignent encore de la violence de l'agression. Le côté gauche de son visage est marqué par des hématomes qu'elle est parvenue à atténuer grâce à son talent pour le maquillage. « Je rêve de quitter mon pays et de devenir maquilleuse » dit-elle avec un léger sourire, interrompu par une douleur dans le cou.
Sous le régime sanguinaire du dictateur Bachar el-Assad, tombé le 8 décembre 2024, les personnes transgenres étaient criminalisées. « Les lois visant la communauté LGBT n'ont pas changé depuis le mandat français », explique François Zankih, directeur du Guardians of Equality Movement (GEM), la première organisation soutenant cette communauté en Syrie. L'époque précoloniale était juridiquement plus permissive, marquée par une sorte de tolérance pragmatique. Après la fin du mandat et l'indépendance de la Syrie, le code pénal de 1949 a été promulgué. L'article 520 est devenu le principal instrument de poursuite judiciaire. « L'un des articles interdit le fait de s'habiller en femme, un délit passible de six à neuf mois de prison », ajoute Zankih.

Maya aimerait devenir maquilleuse, mais il n'est pas facile pour une femme trans de trouver du travail en Syrie. Jaramana, Damas, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Maya a déjà subi cette peine. À son retour du Liban à ses 18 ans, après avoir fugué du domicile familial et passé quatre ans aux mains de proxénètes violents, elle a été emprisonnée. « J'ai passé plusieurs mois en prison à mon retour en Syrie, notamment dans un établissement réservé exclusivement aux femmes transgenres, où je ne pouvais même pas allonger les jambes », soupire-t-elle. « Les gardiens nous regroupaient pour pouvoir abuser de nous. Ils nous ordonnaient de les suivre dans leurs bureaux et nous forçaient à pratiquer des fellations », ajoute-t-elle, le regard presque impassible.
Une fois libérées de l'enfer carcéral des prisons d'Assad, les femmes transgenres syriennes se sont retrouvées condamnées à une autre forme d'enfermement, cette fois à ciel ouvert. « Pour mieux vivre, il faut vivre caché », pourrait-on dire. Dans cette société conservatrice, les regards dans la rue sont incessants ; leurs cartes d'identité portent même la mention « dysphorie d'identité de genre ». Maya ne compte qu'une poignée d'amis dans son quartier de Jaramana, pour la plupart issus de la communauté LGBTQ+. Le reste de ses interactions sociales se déroule en ligne, via les réseaux sociaux.
Pour de nombreux Syriens, la fuite de Bachar el-Assad vers la Russie a signifié la libération et le retour d'un sentiment de liberté après un demi-siècle de dictature totalitaire. Mais pour Maya, il n'y a jamais eu d'illusions quant à son sort. « Je savais que pour les femmes transgenres comme moi, tout serait pire qu'avant. Je m'attendais à être tuée. »
L'été dernier, alors qu'elle rentrait d'une fête d'anniversaire avec quatre amies transgenres, leur taxi a été intercepté à un point de contrôle des forces gouvernementales. « Le soldat a commencé à flirter avec nous, mais quand nous lui avons dit que nous étions transgenres, son attitude a changé. Il nous a insultées et nous a conduites au bureau du cheikh (autorité religieuse) le plus proche », raconte Maya.
« Je vais faire preuve d'indulgence envers vous, mais un autre ne l'aurait pas été », leur a dit le cheikh. Cela sonnait plus comme des menaces que comme de la compassion. Étape suivante : le commissariat. Elles y ont été retenues toute une journée. On leur a coupé les cheveux longs au couteau, puis on les a forcées à signer une déclaration s'engageant à ne pas « imiter une femme ». Depuis, Maya porte une perruque en permanence, par honte.

Maya chez elle à Jaramana, Damas, le 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition de groupes rebelles islamistes en décembre 2024, GEM a recensé une quinzaine d'agressions visant des femmes transgenres. Ce chiffre est probablement sous-estimé, car rares sont celles qui osent parler des violences qu'elles subissent. « Nous avons enregistré des attaques perpétrées aussi bien par des forces liées au nouveau gouvernement que par des groupes armés druzes. Ils se battent entre eux, mais viser la communauté LGBTQIA+ constitue un point commun », déplore Zankih.
Au cours de l'année 2025, GEM a enregistré une augmentation de 60% des demandes d'aide d'urgence. « Quatorze années de guerre ont profondément radicalisé la société, et le pays a adopté des conceptions religieuses bien plus extrêmes », explique Zankih. Pour y répondre, GEM s'efforce d'accroître sa visibilité auprès des communautés concernées afin de mieux faire connaître le soutien qu'elle propose.

Un soldat a coupé les cheveux de Maya après avoir découvert qu'elle était une femme trans, puis l'a emmenée dans une cellule où elle a passé quatre jours. Jaramana, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
L'un des principaux défis auxquels sont confrontées les femmes transgenres est l'impossibilité de travailler et l'isolement forcé imposé par la peur de sortir en public. Maya ne quitte son appartement qu'en portant un hijab pour passer inaperçue, et uniquement pour se rendre à l'épicerie du coin acheter des produits de première nécessité. Elle ne peut pas compter sur sa famille pour payer son loyer : son père a porté plainte contre elle et l'a reniée. Résultat, elle est contrainte de se prostituer pour garder un toit au-dessus de sa tête. Via une application, elle rencontre discrètement des hommes qui viennent ensuite chez elle. Cela lui permet de gagner un revenu indispensable à sa survie. Elle m'a demandé de ne pas détailler le fonctionnement de cette activité ni des applications, afin de ne pas compromettre son « business ».
En réponse, l'organisation a mis au point un programme de formation pour aider les personnes trans à accéder à des opportunités de télétravail. « Nous accordons des subventions pour qu'elles puissent acheter un ordinateur et tout le matériel nécessaire. Le programme dure un an et vise à les affranchir de la discrimination sur le marché du travail », précise Zankih.

Deux hommes ont violemment agressé Maya sur le palier de son appartement. Les hématomes sur le côté gauche de son visage indiquent que sa tête a heurté le sol, et des cheveux arrachés jonchent encore le sol de son appartement. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission
Malgré cette aide, la plupart des personnes trans ne rêvent que d'une chose : fuir la Syrie. Depuis la chute du régime d'Assad, 400 femmes transgenres syriennes ont contacté Helem, une organisation de défense des droits LGBTQ+ au Liban, pour demander de l'aide afin de s'y réfugier. Parmi elles, l'organisation a recensé 32 arrivées en provenance de Syrie.
Mais le voyage est un projet dangereux qui nécessite de remettre sa vie entre les mains des passeurs. En décembre 2024, quatre personnes trans ont disparu alors qu'elles tentaient de rejoindre le Liban — il n'y a aucun rapport sur le sujet, mais c'est une histoire bien connue au sein de la communauté. Cela a profondément marqué Grace et continue de l'effrayer.
Grace n'ose pas prendre le risque. Enveloppée dans un grand manteau blanc qui contraste avec sa silhouette frêle, sa souffrance devient palpable dès les premières secondes de la conversation. « Je passe ma vie à jouer la comédie pour paraître hétérosexuelle. Je déteste mon apparence. Cela me déprime totalement », confie-t-elle à voix basse dans un café du vieux Damas.
Assise au fond du café, elle s'exprime d'une voix hésitante, par phrases très courtes. Malgré sa timidité évidente, Grace a refusé à plusieurs reprises de faire une pause au cours de son témoignage.

Grace, 18 ans, dans un café du vieux Damas. Elle fait partie de la communauté trans en Syrie. bien qu'elle n'ait pas achevé sa transition. Damas, 26 novembre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Issue d'une famille religieuse et ayant perdu son père alors qu'elle était enfant, Grace vit avec sa mère, qui préfère ignorer la véritable nature de sa fille. À la maison aussi, la jeune femme a pris l'habitude de se glisser dans la peau de quelqu'un qu'elle n'est pas. Mais lorsque sa mère a découvert des messages intimes échangés avec un garçon, Grace a cessé de correspondre à l'image attendue d'elle, et des punitions ont suivi.
« Après avoir découvert ces messages, nous sommes allées chez mon oncle, qui m'a battue », raconte-t-elle en montrant des photos de son œil tuméfié et noirci. « Ensuite, elle m'a emmenée chez un psychologue pour que je suive une thérapie de conversion. Il a essayé de me faire culpabiliser et de changer mon orientation sexuelle. Je n'y suis jamais retournée. »
Ce type de thérapie est courant au sein de toutes les sectes en Syrie, et les traumatismes engendrés par ces pratiques vont parfois bien au-delà de la simple violence psychologique. « Nous avons recueilli de nombreux témoignages décrivant des épisodes de torture, notamment l'utilisation de câbles électriques, perpétrés par les psychologues eux-mêmes », explique François Zankih.

Maya, 20 ans, a été confrontée à maintes reprises à une violence inhumaine. Elle a passé deux ans en prison à Damas, Homs et Alep, où elle a subi des violences sexuelles de la part des gardiens. Jaramana, Damas, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission
Comme beaucoup de femmes transgenres, Grace trouve du réconfort auprès de ses amis en ligne. Elle a créé une page Instagram où elle se sentait libre de s'exprimer, mais celle-ci a rapidement été découverte par des camarades de classe. « À la sortie des cours, un garçon m'attendait et m'a poignardée au poignet. Après cela, les professeurs ont cessé de m'adresser la parole », raconte la lycéenne, le regard baissé.
Grace a du mal à envisager l'avenir, prise au piège entre une famille qui la rejette, un environnement scolaire violent et une société qui l'exclut. Elle se réfugie dans ses rêves, qui sont nombreux. « Je veux partir à l'étranger, faire ma transition, devenir pharmacienne, mais par dessus tout, monter mon propre groupe de musique. Quand je joue de la guitare, je suis heureuse et j'oublie tout. », dit-elle, en esquissant le premier sourire de la conversation. Puis elle marque une pause de quelques secondes avant d'ajouter : « Mannequin ! J'aimerais vraiment être mannequin ! »
À l'évocation de ce mot, Grace retrouve un sourire candide, une lueur de rêve enfantin qu'elle aurait dû pouvoir préserver. Pendant un moment, la violence de la réalité semble s'estomper. Le temps d'une rêverie, elle s'imagine ailleurs, perçue autrement, libre dans son corps et son image.
Elle n'a pas choisi le prénom « Grace » par hasard. Elle l'a emprunté à Grace Zak, un mannequin syrien, incarnation d'un idéal qui lui est refusé ici. Un prénom comme un refuge, une promesse silencieuse. Dans un pays qui tente de l'effacer, Grace se façonne une autre existence — fragile et tournée vers le soi — où, l'espace d'un instant, elle peut respirer et être elle-même.
Les crises récurrentes en Somalie révèlent la fragilité des systèmes d'aide axés sur les donateurs.
Initialement publié le Global Voices en Français

Une femme somalienne allant chercher de l'eau. Photo de Said Isse/TRT World, utilisée avec permission.
Plusieurs organismes de développement et de soutien s'appuient sur les systèmes de marketing et de communication pour amasser des fonds et répondre aux défis mondiaux urgents, y compris la prévention des crises humanitaires. Pourtant la plupart de ces stratégies échouent parce qu'elles ne s'engagent pas suffisamment dans la co-création avec les communautés affectées. Ils ont également du mal à supporter les espaces de financement et les changements soudains des politiques des donateurs. J'estime que les organismes d'aide doivent investir plus dans la communication participative comme une approche durable qui autonomise les communautés au-delà du simple secours d'urgence.
En 2017, les partenaires humanitaires, y compris les Nations Unies (UN), les Organisations Internationales Non gouvernementale (NGO), le gouvernement fédéral de la Somalie, et les donateurs internationaux, ont mobilisé environ USD 1,3 milliards de dollars d'aide, la réponse la plus large dans l'histoire du pays. Cinq ans plutard, en 2022, ce montant a atteint 2,1 milliards de dollars,alors que la sécheresse créait à nouveau un risque de famine à grande échelle. Mais, en 2025, le financement à fortement chuté, avec moins d'un quart reçu du montant exigé.
Le domaine humanitaire est également dans d'immenses difficultés financières. Lors de récente suspension des fonds par les États-Unis, les principales ONG ont annoncé les licenciements massifs, soulignant la volatilité de toujours dépendre de quelques donateurs. En même temps, les besoins de ceux qui vivent en Somalie sont immenses. Aujourdhui, 1,8 milliards d'enfants de moins de de cinq ans souffrent de malnutrition, avec près de 470,000 affectés par la malnutrition sévère. Ces chiffres augmentent au fur et à mesure que le conflit, la sécheresse, et les fonds en baisse se convergent.
Le contraste est clair : tandis que les grands titres internationaux et les appels continuent de s'appuyer sur des images et des témoignages percutants qui résonnent avec le public mondial, les communautés locales sont très souvent privées de voix pour façonner le type de soutien qu'elles reçoivent ou la manière dont il est dispensé
Ce qui passe très souvent sous les radars, c'est le modèle de communication qu'utilisent les agences d'aide. La plupart des récits sont construits autour d'images émouvantes, de témoignages de bénéficiaires et de récits d'impact simplifiés conçus pour attirer le soutien des donateurs. La Somalie en est un exemple frappant. En 2022, ABC News s'est rendu sur place pour couvrir la crise humanitaire provoquée par la sécheresse en Somalie et a relaté l'histoire de Maliaka (nom d'emprunt), une enfant sévèrement malnutrie soignée dans un centre de santé soutenu par l'USAID. L'histoire était percutante : elle a touché le public, permis de récolter des fonds et d'intensifier les secours. Pourtant, deux ans plus tard, après le retrait de l'USAID, ce même centre de santé risque de manquer d'aliments thérapeutiques.
De plus, le gouvernement somalien dépend toujours de subventions extérieures pour environ la moitié de son budget. Un changement de politique des donateurs et une réduction de l'aide financière peuvent donc rapidement annuler les progrès réalisés. Les belles réussites peuvent se changer en échecs à mesure que les écoles et les centres de santé ferment une fois les projets terminés. Une communication centrée sur les donateurs est essentielle, mais insuffisante.
Le modèle de communication persuasif soutient la levée de fonds ; en revanche, ses faiblesses sont visibles dans des contextes comme celui de la Somalie, où les crises se répètent et la fatigue des donateurs est réelle.
Un modèle de communication encore plus participatif, qui confie le pouvoir aux communautés et leur permet de guider le dialogue, serait utile pour renforcer l'appropriation et la résilience. Cela signifie impliquer les membres de la communauté de manière active dans la prise de décision, la conception du programme et l'évaluation. Plus important encore, cela exige que tous les produits de communication et des médias diffusés par les agences d'aide et de développement auprès du public national suivent une approche participative. Par exemple : consulter les familles sur le soutien dont elles ont besoin, impliquer les agents de santé locaux dans la planification, engager les chefs de communauté dans le suivi des résultats et adapter les produits de communication aux besoins des participants au programme local.
Bien que certaines de ces pratiques existent déjà dans les programmes en cours, la participation des communautés est souvent plus consultative qu'autonomisante. Les agences peuvent recueillir les retours, mais les décisions relatives aux ressources et aux interventions restent guidées par des forces externes. Les communautés restent des participantes que de nom, acquérant rarement le pouvoir de façonner les projets qui affectent leur vie.
La frontière est floue entre visibilité, levée de fonds et autonomisation. Les récits axés sur les donateurs privilégient la visibilité sur les marchés des donateurs, transposant souvent les mêmes récits au public national sans les adapter. Cela risque de négliger les perspectives locales et d'aboutir à un engagement moins efficace. La levée de fonds axée sur la visibilité est essentielle pour soutenir les interventions vitales, mais lorsque le récit se concentre uniquement sur l'impact immédiat, cela peut nuire au renforcement des capacités à long terme.
La Somalie offre quelques exceptions. Un exemple notable est le magazine radio des Nations Unies, Tubta Nabada (Voie vers la paix). Diffusée trois fois par semaine en partenariat avec des médias locaux, l'émission réunit les communautés, la société civile et les représentants du gouvernement pour échanger sur la paix, la sécurité et le développement. Elle illustre un modèle de communication participatif qui va au-delà de la simple recherche de fonds. En revanche, il existe très peu de données publiques sur son impact, ce qui met en lumière la nécessité d'une évaluation plus rigoureuse des approches de communication participatives.
De la même façon, en 2023, le programme de Save the Children en Somalie a lancé un podcast centré sur les enfants, qui suit un modèle de communication similaire à celui de Tubta Nabada.
Les crises récurrentes en Somalie mettent en évidence la fragilité des systèmes d'aide qui dépendent trop des modèles de communication axés sur les donateurs. Malgré le succès des réponses humanitaires en 2017 et en 2022, les communautés font toujours face aux difficultés posées par les conditions météorologiques extrêmes comme les sécheresses et les inondations. La nécessité de changer d'approche est clairement démontrée par la crise humanitaire actuelle, sur fond de baisse des financements et de réorientations politiques ayant mené au désengagement de l'USAID.
Bien que la visibilité et la levée de fonds restent essentielles pour soutenir les interventions vitales, elles ne peuvent pas remplacer l'autonomisation véritable des communautés. Les organismes d'aide doivent inscrire la communication participative au cœur de leur stratégie en tant que pratique fondamentale. Cela signifie donner une autorité réelle aux communautés dans le façonnage des récits, la définition des priorités et l'évaluation des résultats. En cette période de baisse des financements et de mutation des priorités des donateurs, seule une communication qui autonomise les communautés peut bâtir la confiance, la résilience et l'appropriation nécessaires à un changement durable.
« La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie »
Initialement publié le Global Voices en Français

Image créée en utilisant des éléments de Canva Pro.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Ce billet fait partie de la série Spotlight de juillet 2026 de Global Voices « Apatride ». Cette série présente la notion d'apatridie et comment cela nuit à la liberté de mouvement des personnes, à leurs opportunités d'accès à l'éducation, à leurs possibilités de participation à la vie politique et à bien d'autres aspects. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.
La Cour suprême des États-Unis a ordonné la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, menaçant ainsi environ 350 000 Haïtiens d'expulsion.
En juin 2024, le gouvernement de Biden a prolongé le TPS pour les Haïtiens de 18 mois, reportant ainsi la date de fin au 3 août 2025. Quand le président Donald Trump a commencé son deuxième mandat, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem a décidé d'arrêter le programme déclarant que le pays « n'était plus éligible » pour le TPS.
Le programme devait se terminer le 3 février 2026 mais, deux jours avant, la juge Ana Reyes de la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia [fr] a émis une ordonnance bloquant son annulation. Plusieurs associations de défense des droits des immigrés ont engagé des poursuites judiciaires à l'encontre du gouvernement pour protéger le programme. La Cour de Washington a ordonné la suspension temporaire de l'annulation et a ainsi apporté du soulagement à la communauté haïtienne, repoussant la date de fin au 1er juillet 2026.
Cependant, le 25 juin 2026, la Cour suprême a voté à 6 voix contre 3 en faveur du gouvernement des États-Unis, validant finalement l'accord définitif d'arrêter le programme TPS haïtien comme annoncé. Cette décision s'applique aussi aux ressortissants syriens qui vivent actuellement aux États-Unis bénéficiant de cette protection temporaire.
D'après l’Haitian Bridge Alliance, une association de défense des droits des migrants basée en Californie, Josiane, une Haïtienne qui est arrivé aux États-Unis en 2021, a déclaré qu'elle avait dû quitter son pays après que des gangs l'ont prise pour cible à cause des activités politiques de son mari. Son mari, lui, s'est enfui en République dominicaine, cependant les gangs ont quand même incendié leur maison, la forçant à fuir pour assurer sa sécurité. Le programme TPS états-unien, auquel Josiane a adhéré en 2022, lui a permis de travailler légalement, de soutenir sa famille et de payer ses factures et impôts. « La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie », a-t-elle déclaré.
« À chaque fois que j'entends les gens parler d'expulsion, mon cœur palpite à cause de mon extrême désespoir. »
Pierre (personne anonyme), un autre haïtien bénéficiaire du TPS, vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans. Il a déclaré à Global Voices par WhatsApp que la décision de la Cour suprême l'avait anéanti :
Depi lè mwen aprann desizyon Kou Siprèm nan, mwen santi yon veritab dezolasyon. Mwen pa gen enèji pou mwen fè anyen ankò. Anplis, mwen gen pitit ki fèt nan peyi a. Mwen poze tèt mwen anpil kesyon: kisa mwen pral fè, epi kijan yo pral viv si mwen pa avèk yo? Tout bagay sa yo ap toumante lespri mwen. Epi sa mwen pral fè lè kat travay mwen koupe? Kijan mwen pral peye bòdwo mwen epi pran swen fanmi mwen? Sa ki pi grav la, mwen gen anpil fanmi ann Ayiti ki sou kont mwen. Se mwen kap ede yo.
Je suis complètement anéanti. Je n'ai plus l'énergie de faire quoi que ce soit maintenant. J'ai aussi des enfants qui sont nés dans ce pays. Je n'arrête pas de me poser des questions : qu'est ce que je vais faire, et comment vont-ils vivre si je ne suis pas là ? Toutes ces choses me préoccupent. Et qu'est ce que je vais faire quand mon visa de travail arrivera à son terme ? Comment je vais payer mes factures et prendre soin de ma famille ? Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que j'ai de nombreux membres de ma famille en Haïti qui dépendent de moi. Je suis le seul qui les aide.
Le 25 juin 2026, le directeur général de l'Haitian Bridge Alliance, Guerline Jozef, a souligné que « la décision de la Cour suprême à 6 voix contre 3 dans l'affaire Mullin c. Doe […] est une preuve accablante de la cruauté cautionnée par l'État. Alors qu'Haïti reste en état d'alerte face aux violences armées, à l'instabilité politique, aux mouvements de population et à une grave crise humanitaire, la Cour suprême a donné son feu vert au gouvernement pour qu'il traite des centaines de milliers de familles haïtiennes comme si elles étaient inutiles ».
Le maire de North Miami, le Dr Alix Desulme, a lui aussi fait part de sa profonde inquiétude, soulignant que cette décision plonge des centaines de milliers d'Haïtiens dans une grande incertitude concernant leur avenir, alors même que leur pays continue à faire face à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Il a promis qu'il continuerait de soutenir la communauté haïtienne pendant cette période difficile et qu'il encourageait les familles touchées à contacter des avocats et des associations de défense des droits des immigrés renommées afin de déterminer les recours juridiques possibles pour eux.
Le gouvernement de Trump a mis tout en haut de sa liste des priorités la lutte contre l'immigration illégale, annulant diverses mesures que son prédécesseur avait mises en place, incluant l'application du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis CBP One, mais aussi le Programme de libération conditionnelle à des fins humanitaires qui avait été instauré en janvier 2023 et qui autorisait les Haïtiens, les Cubains, les Vénézuéliens et les Nicaraguayens à entrer légalement aux États-Unis pendant 2 ans.
La communauté haïtienne migrante n'a pas été très bien traitée par le gouvernement actuel. Pendant sa campagne présidentielle, Trump a mis en avant une allégation infondée les accusant de manger des animaux domestiques, une allégation que beaucoup de ses partisans, dont son partenaire de campagne et maintenant vice-président J.D. Vance, ont répétée sur plusieurs plateformes. Le milliardaire Elon Musk [fr], qui possède le réseau social X et qui a occupé le poste de dirigeant de fait du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) [fr], a partagé avec ses millions d'abonnés sur X des publications contenant des images générées par IA, amplifiant ainsi la désinformation et semant une panique considérable dans la communauté haïtienne de Springfield dans l'Ohio, sujet des premières allégations. Celle-ci a qualifié la décision de la Cour suprême sur le TPS de « totalement injuste ».
Parallèlement, l'ancienne présentatrice de Fox News Megyn Kelly est devenue virale suite à « une vidéo dénigrant les immigrés bénéficiant du Statut de protection temporaire qui affaibliraient l'éthique de travail américaine ». Le journaliste, réalisateur et militant pour les droits des immigrés Jose Antonio Vargas a publié sur son compte Facebook « qu'environ 830.000 bénéficiaires du TPS travaillent aux États-Unis. D'après le Conseil américain pour l'immigration, 94,6 % des bénéficiaires du TPS sont employés et les taux d'activité des bénéficiaires de longue date sont nettement supérieurs à ceux de toute la main-d'œuvre américaine. Les bénéficiaires du TPS contribuent à hauteur de 29 milliards de dollars à l'économie des États-Unis et payent 7,8 milliards de dollars d'impôts. Sans parler de l'inhumanité, l'expulsion des bénéficiaires du TPS dans des régions en crise perturberait inutilement des secteurs essentiels tels que la santé, l'alimentation, le bâtiment et l'industrie manufacturière ».
Cette mesure aura également un impact considérable sur la population haïtienne, qui vit principalement de l'argent envoyé par la diaspora. La situation sur l'île est très délicate en raison de l'insécurité et de la violence des gangs. Une grande partie du pays est contrôlée par les gangs, qui sont responsables de l'augmentation du nombre d'incidents d'enlevements, de viols, d'extortions, d'assassinats et de bien d'autres crimes. Plus d'1,5 millions d'haïtiens vivent dans des camps de réfugiés dans des conditions délicates, et plus de 5 millions font face à la crise alimentaire.
Dans la situation actuelle d'instabilité politique et de crise socio-économique persistante que traverse le pays, l'éventuelle expulsion massive des haïtiens pourrait bien être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.
Certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers
Initialement publié le Global Voices en Français

Les sacs poubelles utilisés par les fans japonais pendant la Coupe du monde 2026. Capture d'écran tirée de la chaîne YouTube de @taiyojr.10. Utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais ou en japonais.]
Pendant la Coupe du monde 2026 de la FIFA, les images des supporters Japonais nettoyant les tribunes après les matchs sont encore une fois devenues virales, entraînant l'admiration du monde entier pour ce que certains considèrent comme une expression propre du « respect japonais ».
Mais cette adulation internationale rencontre une réaction absolument différente au Japon : certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers tout en faisant l'impasse sur les problèmes sociaux présents dans la société japonaise, comme la répartition des tâches entre les genres et la hiérarchie générationnelle.
Cette confrontation entre le regard du monde et le cynisme national dévoile une profonde frustration sur la façon dont le Japon représente ses valeurs au monde.
Le 16 juin, @shisou_ a publié sur X une caricature représentant un supporter japonais attendant avec impatience le coup de sifflet final, non pas pour célébrer la victoire, mais pour afficher leur « politesse » aux caméras du monde entier.
- (@shisou_) 16 juin 2026
On peut lire sur l'image :
日本代表の試合の終盤ソワソワするんです あと少しで日本の礼儀正しさを世界にアピールできるぞ…
︎って
Je commence à m'agiter vers la fin des matchs. J'arrête pas de me répéter :
« Encore un peu, et on pourra montrer la politesse japonaise au monde … !! »
Une illustration similaire a été postée par @atsukotamada le même jour, soulignant l'hypocrisie de l'action. On peut lire sur l'illustration : « Veuillez reproduire ça à la maison ».
日本人男性によるサッカー場でのゴミ拾いが注目されているようだが、日本人男性の家庭内労働時間は国際的にみても極めて低い水準。まず家の中のケア労働を分担してほしい。 https://t.co/lHY3adqPEC pic.twitter.com/otbuLTDOoT
- Atsuko TAMADA (@atsukotamada) 16 juin 2026
Il semble que le ramassage des déchets par les hommes japonais dans les stades attire l'attention ; pourtant, le temps qu'ils consacrent aux tâches ménagères est extrêmement faible par rapport aux normes internationales. J'espère qu'ils pourront en faire une priorité une fois rentrés chez eux.
Ce sentiment s'est aggravé avec l'apparition de sacs poubelle marqués d'un « Japan Pride », qui a conduit de nombreuses personnes à considérer cette action non pas comme un geste spontané, mais comme une initiative organisée destinée à renforcer l'image stéréotypée des Japonais.
Aux yeux des détracteurs, cela réduit une vertu culturelle traditionnelle à un simple coup de pub nationaliste soigneusement orchestré pour la communauté internationale comme l'a écrit dans sa publication @awadkend_citizen :
愛国心や自国へのプライドを持つのはいいんだよ
でもそれって個人が内面に持つものじゃない?わざわざそれを文字にして何千人が掲げて
ゴミ拾いしてる様子をカメラで撮らせて
海外メディアに褒められて気持ちよくなって
Japanese Prideってそういうもんか?僕が古いのかもしれないけど… pic.twitter.com/U811EZdVdQ
- 目頭 (@Awakend_Citizen) 16 juin 2026
C'est tout à fait normal d'être patriotique ou d'avoir de la fierté pour son pays. Mais ça ne serait pas quelque chose qu'on devrait garder pour soi ?
Y a-t-il vraiment besoin de l'écrire en gros, de le faire tenir par des milliers de personnes, de les filmer en train de ramasser des déchets et de se réjouir quand les médias étrangers en font l'éloge ?
C'est vraiment ça la fierté japonaise ?
Je suis peut être d'une vieille époque, mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de louche.
Le débat reflète également un conflit entre deux principes traditionnels de l'esthétique japonaise : l'éthique de principe et l'éthique contextuelle.
Culturellement, « laisser les lieux plus propres qu'avant » (来た時よりも美しく) ne représente pas que le simple geste de nettoyer, mais c'est aussi une expression de respect pour l'« espace » (場), un concept profondément ancré dans les arts martiaux japonais (le budo), dans lequel le respect de l'adversaire et de l'environnement font partie intégrante de la discipline de soi.
Ce sentiment de respect est une chose profondément ancrée. Par exemple, il y a une tradition que tous les joueurs lycéens de baseball font après une défaite, elle consiste à récupérer et ramener chez soi un morceau de terre du stade Hanshin Koshien, c'est un rituel extrêmement chargé en émotion. Ce morceau de terre sert de souvenir, un symbole de leur quête de l'excellence mais aussi une promesse de revenir sur les lieux. Ni la balle, ni la batte, mais bien ce morceau de terrain qui devient un souvenir et un symbole de lieu mythique pour les joueurs lycéens de baseball japonais.
Plus encore, les arts martiaux japonais sont caractérisés par une approche unique concernant la compétition. Un pratiquant de Kendo et passionné de football a déclaré à Global Voices que l'origine de cet acte de nettoyage est profondément ancrée dans les valeurs des arts martiaux japonais, ce qu'on est appelle le bushido :
Contrairement à un simple divertissement, les arts martiaux accordent une grande importance au perfectionnement personnel et au respect de l'adversaire. Il y a une phrase bien connue qui résume cet état d'esprit :
« Gagner avec humilité, perdre avec dignité ».
Le président de la Fédération de rugby, Masato Tsuchida, a déclaré que l'état d'esprit japonais du bushido, qui accorde plus d'importance à la discipline mentale qu'à la physique pure, a permis au « fair-play » propre au rugby de s'intégrer à la culture sportive japonaise.
On a pu le voir dans la tradition de saluer en s'inclinant en signe de respect envers son adversaire sur le terrain, un geste qui est devenu viral en 2019 et qui a été reproduit par les All Blacks et autres équipes internationales.
La polémique actuelle reflète un conflit entre deux éthiques traditionnelles japonaises :
l'éthique du makoto (de la sincérité /de principe) et celle du hare et ke (contextuelle).
Les traditions du Bushido mettent l'accent sur la pureté et la sincérité de sa motivation (makoto), ce qui implique de faire le bien sans rechercher les encouragements du public. Le désir d'être reconnu est vu comme quelque chose de superficiel, voire même vulgaire. La culture japonaise comporte également une tradition historique du « Hare (la sphère formelle et publique) » et du « Ke ( la sphère du quotidien et privée) » qui réglemente le comportement d'un individu selon les différents contextes. Par exemple, une personne doit maintenir une attitude disciplinée au travail mais peut adopter une attitude plus détendue en privé.
Les détracteurs demandent de suivre les principes, mais les défenseurs soutiennent que les gens manquent de compréhension de la mentalité japonaise, insistant sur le fait que de telles actions, même purement démonstratives, sont mieux que de ne rien faire (やらない善よりやる偽善).
Les défenseurs de l'acte de nettoyage suggèrent aussi qu'il faut séparer les supporters avec de bonnes intentions de ceux du coup de pub nationaliste. Sur X, @redblue708 explique dans une publication que les gens ne devraient pas supposer que les supporters de football agissaient dans le but d'attirer l'attention des médias :
ゴミ拾いに外面だけだのケチつけてる奴
全く報道されないのに毎試合ゴミ拾いしてるサポーターに謝ってほしいね
4年に一回ゴミ拾いしてるんじゃねえんだよ
お前らの目に入るのが4年に一回だけなんだよ
- ネオイ
(@redblue708) 15 juin 2026
Les gens qui cherchent la moindre chose pour rendre négatif le ramassage des ordures à une simple mise en scène.
Je veux que vous vous excusiez auprès des supporters qui le font à chaque match sans avoir été une seule fois pris en photo.
Ce n'est pas comme s'ils ne ramassaient les déchets que tous les quatre ans.
C'est juste que vous le remarquez que tous les quatre ans.
Le problème majeur n'est pas l'intention des supporters, mais la transformation problématique d'une valeur spirituelle silencieuse en une campagne de publicité nationale ouverte sur le monde. Quand une coutume centrée sur le respect est mise en scène devant les caméras du monde entier, c'est un risque de transformer une valeur culturelle interne en représentation ostentatoire. Le cynisme national sert de rappel fondamental que la véritable dignité nationale ne peut être fabriquée dans le but d'attirer les éloges de la communauté internationale.