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L'application virale « Are You Dead Yet ? » met en lumière l'angoisse et la souffrance des jeunes chinois célibataires

Sat, 18 Apr 2026 00:28:56 +0000 - (source)

La plupart des jeunes négligents doivent faire face à des études ou à une charge de travail très exigeantes sans bénéficier d'un soutien social ni de la présence de leur famille.

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran de la boutique d'applications Chrome. Utilisée avec permission.

Une nouvelle application chinoise « Are You Dead Yet ? » a contre toute attente atteint le top de l'Apple store chinois en janvier 2026, conçue pour les personnes vivant seules afin de notifier leurs contacts d'urgence régulièrement.

Au vu du caractère direct de l'expression chinoise et du fait que la majorité des personnes qui téléchargent sont des jeunes, les analystes en affaires actuels ont souligné que le phénomène reflète l'anxiété croissante chez les jeunes que l'on nomme « “nids vides », un terme utilisé pour les jeunes citoyens vivant seuls. Ils sont une clé démographique dans le développement de ce que les experts appellent « l'économie solitaire ». 

La créativité de l'application vient plus de son nom que de sa technologie. Il a été rapporté qu'il a fallu moins d'un mois aux trois personnes de l'équipe technologique pour concevoir et écrire le programme, comme la fonction de l'application est simple : les utilisateurs doivent soumettre au moins un contact d'urgence, enregistré comme alarme de vérification et doivent se manifester. Une fois qu'ils ont manqué deux pointages consécutifs, l'application alerte automatiquement les contacts d'urgence, et leur suggère de les contacter. Comme d'autres produits similaires sur le marché, l'application était est sortie pendant 6 mois avec peu de téléchargements jusqu'à ce que son nom accrocheur attire l'attention des utilisateurs des réseaux sociaux et fasse le buzz début janvier. Le 10 janvier, elle est entrée dans le top 10 des applications les plus téléchargées sur l'Apple store chinois.

La mort est toujours considérée comme tabou dans les conversations quotidiennes parmi les chinois, surtout au sein de l'ancienne génération. Cependant, pour la plus jeune génération, au lieu de demander « est-ce que tu vas bien ? », les amis peuvent se saluer avec un « es-tu mort ? » en particulier lorsque les temps sont difficiles.

Durant les jours, les développeurs ont dit que le nombre massif de nouveaux utilisateurs enregistrés a poussé la valeur de l'application à s'élever à 100 millions de yuans (environ 14,5 millions de dollars américains), alors que le coût du développement s'élevait à environ 1 000 RMB (145 USD). Les utilisateurs doivent payer 8 RMB (1,2 USD) pour le téléchargement.

Malgré sa popularité, le 13 janvier, le nom officiel de l'application a changé en « Demumu », pour avoir une connotation moins négative, un mouvement qui pourrait aider à empêcher un avis de retrait émis par les autorités chargées de la cyberadministration.

Les jeunes dont les parents sont partis

Mis à part le nom, à la différence des autres applications de sécurité conçues pour aider les personnes plus âgées qui vivent seules à se connecter aux services d'urgences médicales, « Es tu mort ? » cible la jeune génération. Il a été rapporté qu'en 2021, il y avait 125 millions de foyers solitaires en Chine, représentant 1/4 des 494 millions de foyers. Il a été estimé que le nombre total de foyers de personnes seules a augmenté de 92 millions, bien plus importante que celle des personnes âgées vivant seules.

Le nombre croissant de jeunes vivant seuls a conduit à l'émergence et à la propagation du terme en ligne « jeunes des nids vides » , sur les réseaux sociaux ces dernières années. Cela était le résultat d'une division urbaine-rurale dans le développement économique et social, de nombreux jeunes doivent déménager dans des villes de premier ou de deuxième rang pour leurs études ou leur travail, loin de leurs villes d'origine. La plupart doivent vivre seul dans des petits appartements et endurer la pression des études ou de la charge de travail, sans l'accompagnement familial ou un soutien social.

La société chinoise attend des jeunes qu'ils construisent leur propre nid et famille; cependant, de nombreux nids de jeunes restent vides, sans un.e conjoint.e et de descendants. Le nombre de mariages enregistrés en 2024 a chuté de 20 pour cent (6,1 millions). Bien qu'il y ait eu un rebond de 8,5 pour cent en 2025 dû à une série de politiques pro-familiales, la tendance à la baisse risque difficilement de s'inverser. Les dernières statistiques du gouvernement chinois montre que le taux de naissance dans le pays en 2025 a chuté de 5,63 pour cent pour 1 000 personnes, un bas record depuis l'établissement de la République populaire  de Chine, pendant que le taux de mortalité a augmenté de 8,04 pour 1000 personnes, ce qui dépasse le taux de mortalité connu durant la pandémie de Covid-19.

 L'économie de la solitude

Le fait que les jeunes s'abstiennent de construire une famille traditionnelle, est un phénomène mondial. Dans un commentaire sur l'application, a psychiatre chinois, Shi Yuxin, a expliqué sur Weibo que l'aspiration à l'autonomie de la jeune génération a atteint un niveau sans précédent, et que le mariage implique des compromis, responsabilités et la suppression du choix individuel ainsi que de la liberté. La vie en solo permet aux individus de contrôler leurs modes de vie, comment ils dépensent l'argent, le temps et l'énergie.

De plus, une particularité de la Chine, la culture de l'enfant unique dans les familles et le pessimisme suite à la crise sanitaire déclenché par le confinement et la récession de l'économie, dissuadent la jeune génération de fonder un foyer. Le psychiatre chinois a dit :

高压生活让人们害怕亲密关系中的冲突、内耗与承诺压力,选择独处成了规避情感风险的“安全策略”。

Le rythme effréné de la vie rend les gens craintifs face aux conflits, à l'épuisement émotionnel et aux contraintes liées à l'engagement dans les relations intimes, ce qui conduit nombre d'entre eux à choisir la solitude comme « stratégie de sécurité » pour éviter les risques émotionnels.

Au même moment, les jeunes dans les nids vides ont toujours besoin de compagnie, de soin et de soutien social. Une étude de 2022 a montré que parmi les jeunes femmes vivant seules , 42,9 pour cent ne se sentaient pas en sécurité la nuit, car elles sentaient que la sécurité dans les zones résidentielles était inadéquate. Pendant que 17,8 pour cent des jeunes vivant seuls se retrouvaient sans un grand soutien quand ils avaient des accidents ou étaient malades.

Un blogueur chinois, Wen Xiujia, a aussi fait remarquer que « Es déjà tu mort? »  a fait appel à la psychologie des jeunes insécures, qui ne veulent pas perturber les autres, mais souhaitent que quelqu'un fasse attention à eux quand ils en ont besoin. Il a déclaré que les familles chinoises conventionnelles ne répondent pas à ces besoins affectifs :

“死了么”的每日签到机制,恰好提供了一种“低打扰式安全保障”:无需频繁联系,不必刻意寒暄,仅用一个简单操作,就为独居生活加上一道数字保险。这种“不麻烦别人,也能被看见”的设计,精准击中了现代青年的社交痛点,也让8元定价成为一种“买个心安”的情感消费。

La fonctionnalité de « check-in » quotidien de « Are You Dead Yet ? » offre une forme de « garantie de sécurité sans interruption » : pas de contacts fréquents ni de salutations polies et rituelles, juste un simple clic pour ajouter une couche de sécurité numérique à la vie en solitaire. Cette conception, qui permet aux utilisateurs d’« être vus sans déranger les autres », répond précisément aux difficultés rencontrées par les jeunes d’aujourd’hui dans leur vie sociale. Le prix de 8 RMB correspond à une dépense émotionnelle pour la « tranquillité d’esprit ».

De telles anxiétés et de tels besoins chez la population vivant seule a conduit l'expansion de l'économie de la solitude, comprenant le commerce animalier, les services d'escorte, les conseils en ligne, des appartements avec services hôteliers et autre. D'après les rapports des médias locaux, le secteur de l'économie de la solitude a contribué à hauteur de 7 920 milliards de yuans (1 130 milliards de dollars) au PIB du pays en 2025.

Cependant, comme certaines critiques ont souligné, ce genre de « solitude » est une forme d'aliénation causée par les politiques qui réduisent les espaces publics, les longues heures de travail, et la technologie et les médias qui crée un sentiment superficiel de sociabilité qui connecte les gens à la consommation et à des clans idéologiques plutôt que de véritables liens humains. La Chine est connue pour son système de travail 996 : 9 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, 6 jours par semaine, et il est courant que les employeurs utilisent des applications de messagerie pour attribuer des tâches professionnelles en dehors des heures de travail et pendant les jours fériés.

Un blogueur vidéo sur Weibo,  Pi Xiu’s Perspective a exhorté son public à ne pas considérer l’application comme une plaisanterie de mauvais goût, mais à voir ses utilisateurs comme de vraies personnes :

你以为下载的人都是猎奇?其实他们的心态复杂到离谱👇

有人用荒诞对抗焦虑,加班到深夜打开APP,看到“熬夜可能活不过60”的预警,吓得立刻预约体检🏥

有人在写十年后给家人的留言时,边写边哭,突然反思自己是不是太忙了,忙到忘了好好生活❤

还有人更扎心,连紧急联系人都不知道填谁,下载只是为了求个“至少有人知晓”的心理慰藉😔

Pensez-vous que les gens téléchargent l'application par simple curiosité ? En réalité, leur état d'esprit est très complexe :

Certains combattent leur anxiété par l'absurdité : alors qu'ils travaillent tard dans la nuit, ils ouvrent l'application et voient un avertissement : « Rester éveillé tard peut réduire votre espérance de vie à moins de 60 ans. » Terrifiés, ils prennent immédiatement rendez-vous pour un bilan de santé.🏥

D'autres pleurent en écrivant des lettres à leur famille dans dix ans, alors qu'ils commencent à se demander : « Suis-je tellement occupé que j'en ai oublié de profiter de la vie ? » ❤

D'autres sont confrontés à une douleur plus profonde — ayant du mal à désigner un contact d'urgence, ils téléchargent l'application simplement pour le réconfort psychologique de savoir qu'« au moins quelqu'un sera au courant ». 😔


L’intelligence artificielle au service des élections à travers le monde

Sat, 18 Apr 2026 00:00:04 +0000 - (source)

Les outils d’IA rendent les campagnes plus efficaces pour tous les candidats

Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration depicting a dove, emails etc to show AI infludnce on elections by Tactical Tech, with visual elements from Yiorgos Bagakis and Alessandro Cripsta, used with permission.

Illustration réalisée par Tactical Tech, avec des éléments visuels de Yiorgos Bagakis et Alessandro Cripsta, utilisés avec autorisation.

Ce billet fait partie de la série « Coup de projecteur » d’avril 2026 de Global Voices, intitulée « Human perspectives on AI ». Cette série propose un éclairage sur la manière dont l’intelligence artificielle est utilisée dans les pays du Sud global, sur les effets de son usage et de sa mise en œuvre sur les communautés locales, ainsi que sur ce que cette expérimentation de l’IA pourrait signifier pour les générations futures, entre autres. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

Cet article a été rédigé par Safa Ghnaim en collaboration avec le Goethe-Institut Brésil et a été initialement publié sur DataDetoxKit.org. Une version éditée est republiée par Global Voices dans le cadre d’un accord de partenariat.

Pendant une élection, on peut avoir l’impression que les candidats politiques sont partout, tout le temps, s’exprimant sur tous les sujets qui vous concernent. Mais comment les politiciens et autres influenceurs semblent-ils savoir quels messages vous voulez voir et entendre — et même quand et où vous souhaitez les voir ?

Le smartphone que vous tenez dans la paume de votre main peut parfois ressembler à une boule de cristal. Mais, tout comme un faux voyant habile utilise des indices vous concernant pour vous dire ce que vous voulez entendre, les partis politiques peuvent exploiter vos données personnelles pour vous cibler avec les messages les plus susceptibles de vous convaincre. Les données personnelles ont été utilisées lors d’élections dans le monde entier, notamment au Chili, en Georgie, en Inde, en Italie, au Kenya, en Malaisie, au Nigéria, et aux États-Unis.

Aujourd’hui, des entreprises expérimentent des outils d’intelligence artificielle (IA) pour aider les campagnes à rendre leurs messages et leur ciblage encore plus efficaces, convaincants et omniprésents — pour les candidats que vous soutenez comme pour ceux que vous n’appréciez pas.

Qui a le pouvoir d’influencer ?

Nous recevons en permanence des messages directs et indirects, des incitations et des suggestions, en ligne comme hors ligne, qui peuvent influencer nos opinions, nos comportements et nos actions. En réalité, l’influence peut s’exercer de multiples façons et par divers moyens ; elle n’est pas nécessairement négative, mais il est important d’en être conscient.

Si le terme « influenceur » désigne généralement des personnalités des réseaux sociaux ayant un grand nombre d’abonnés (sur Instagram, TikTok ou YouTube, par exemple), beaucoup d’autres personnes ont aussi le pouvoir d’influencer. Les influenceurs peuvent également être des figures publiques, comme des célébrités ou des présentateurs de journaux télévisés. Leur influence se manifeste à travers leurs choix de mots, leurs vêtements et leurs images, ainsi que par les sujets qu’ils mettent en avant et auxquels ils accordent de l’attention.

L’« influence » ne se manifeste pas uniquement sur des applications de réseaux sociaux comme Instagram et TikTok, mais aussi à travers l’affichage des premiers résultats sur des moteurs de recherche comme Google, les systèmes de recommandation qui suggèrent la prochaine vidéo ou publication, ainsi que par l’angle choisi dans certains titres d’actualité dans les médias. Des messages influents peuvent également être diffusés via des applications de messagerie populaires comme WhatsApp.

Un homme ou une femme politique constitue aussi un type d’« influenceur » capable d’exercer une influence considérable, y compris en période électorale. Les campagnes politiques investissent des sommes importantes pour atteindre des électeurs potentiels, au point qu’il existe toute une industrie dédiée à l’identification et au ciblage de groupes spécifiques. En réalité, plus de 500 entreprises spécialisées dans la persuasion politique fondée sur les technologies ont été recensées. Cela signifie qu’elles vendent leurs services à des responsables politiques et à des campagnes électorales, en affirmant pouvoir influencer vos opinions — et votre vote.

Les entreprises actives dans la persuasion politique expérimentent l’intelligence artificielle à grande échelle afin de rendre les méthodes d’influence traditionnelles encore moins coûteuses, plus rapides, plus convaincantes et davantage automatisées. Cela rend ces pratiques encore plus opaques, moins transparentes et plus difficiles à encadrer. Le secteur est en plein essor et les gains financiers sont considérables.

Utiliser l’intelligence artificielle pour capter l’attention

Il ne vous surprendra sans doute pas d’apprendre que les mêmes techniques utilisées pour vous vendre des produits servent aussi à obtenir votre vote. Mais vous pourriez être étonné de voir à quel point les méthodes numériques employées sont nombreuses, d’autant plus qu’elles sont difficiles à reconnaître. Des informations peuvent être collectées à partir des termes que vous saisissez dans un moteur de recherche comme Google ou Bing. Avec des outils comme ChatGPT, des requêtes encore plus avancées et détaillées peuvent révéler davantage d’éléments sur qui vous êtes et sur ce qui vous importe.

Les entreprises spécialisées dans l’influence politique développent de nouvelles techniques pour convaincre les électeurs, collecter des fonds et encourager la participation électorale, et avec l’IA, les possibilités d’optimisation sont encore plus vastes. « L’industrie de l’influence » dispose d’innombrables outils de persuasion reposant sur l’intelligence artificielle, qui deviennent de plus en plus efficaces et nombreux au fil du temps, atteignant des millions de personnes. En vous exposant à certaines de ces méthodes et en vous y familiarisant, vous pourrez mieux comprendre comment cette industrie agit à grande échelle.

Les méthodes de persuasion politique évoluent et se développent au rythme des avancées technologiques. Voici quelques-unes de ces méthodes à découvrir.

L’IA peut être utilisée pour créer un contenu ciblé : plutôt que de s’adresser à de larges groupes de personnes sur la base de caractéristiques générales communes, les outils alimentés par l’IA permettent de micro-cibler automatiquement des individus d’une manière qui correspond le mieux à chacun.

L’IA peut aussi être utilisée pour effectuer le travail des partis politiques : certaines entreprises proposent aux partis politiques des outils d’IA capables de rédiger des discours pour les candidats, des messages aux électeurs, voire de concevoir des stratégies de campagne complètes. Si cela peut rendre la production de messages plus « efficace », cela soulève aussi des questions, notamment sur le degré de supervision humaine de ces nouveaux outils et sur les risques d’ingérence.

L’IA peut également servir à rendre un candidat politique plus séduisant, plus jeune et plus dynamique : des « avatars numériques » d’un candidat peuvent être générés à partir d’un simple échantillon de sa voix et de son image, puis utilisés pour créer des messages personnalisés s’adressant à un électeur potentiel par son nom ou dans sa langue ou son dialecte. Ces messages générés par IA peuvent être si convaincants qu’ils brouillent la frontière entre le « vrai » politicien et son avatar.

Que pensez-vous de l’utilisation de l’IA par les responsables politiques pour accomplir leur travail et atteindre les électeurs ? Quel type d’informations ou d’étiquettes aimeriez-vous voir pour pouvoir distinguer ce qui est réel de ce qui est produit par l’IA ?

Persu(IA)sion en performance

L’utilisation des réseaux sociaux et des outils d’IA par les candidats politiques ou leurs équipes dans leurs campagnes n’est pas seulement une vision futuriste — c’est une pratique actuelle. L’année 2024 a été une année politique majeure, marquée par de nombreuses élections à travers le monde, et l’usage de l’IA dans les campagnes électorales a fait la une des médias. En 2024, plusieurs cas ont été observés.

Un candidat au Congrès américain a publié sur ses réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on entendait ce qui semblait être la voix du défunt Dr Martin Luther King Jr. lui apportant son soutien — mais il s’agissait en réalité d’un clone vocal généré par IA, ce qui a suscité de vives réactions négatives. Des images générées par IA de la chanteuse américaine populaire Taylor Swift soutenant la candidature de Donald Trump à l’élection présidentielle ont été diffusées, et partagées par Donald Trump lui-même. Un appel automatisé généré par IA aux États-Unis, imitant le président Joe Biden, a également conseillé à des milliers d’électeurs de ne pas participer aux élections primaires. Cela a provoqué une grande confusion jusqu’à ce qu’il soit révélé qu’il s’agissait d’une supercherie.

Bien que le politicien pakistanais Imran Khan soit en prison et interdit de se présenter aux élections, son équipe de campagne a pu utiliser de vieilles images et des enregistrements vocaux clonés pour donner l’impression qu’il prononçait des discours. Les vidéos étaient étiquetées « voix IA autorisée ». Il n’est pas clairement établi s’il a participé à la rédaction ou à la validation de ces discours. Lors des élections de 2024 en Indonésie, l’utilisation d’avatars numériques générés par IA a occupé une place centrale, notamment pour capter l’attention des jeunes électeurs. Le candidat Prabowo Subianto a utilisé un avatar numérique attachant sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, et a réussi à complètement reconfigurer son image publique pour remporter la présidence ; rien ne laissait deviner qu’il avait été accusé de graves violations des droits humains.

Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont l’IA façonne l’influence politique dans le monde. Votre responsable politique local a-t-il utilisé l’IA dans ses campagnes ?

Un regard dans les coulisses

Ce n’est pas parce qu’un contenu généré par l’IA semble réaliste et convaincant qu’il l’est forcément. Si vous voyez en ligne ou dans votre fil d’actualité quelque chose de choquant, étrange ou particulièrement inhabituel, il est possible que des outils d’IA générative aient été utilisés pour le créer ou le modifier, même si cela reste difficile à détecter à l’œil nu.

Les images, vidéos et textes en ligne qui suscitent des émotions intenses comme la peur, le dégoût, la surprise, la colère ou l’anxiété sont ceux qui ont le plus de chances de devenir viraux. Ce type de contenu fortement émotionnel est aussi un moyen efficace d’obtenir des clics et de diffuser de la désinformation — et les outils d’IA peuvent contribuer à amplifier cette viralité. Soyez attentif à vos réactions et considérez ces émotions comme un signal indiquant qu’il est nécessaire de prendre davantage de temps pour vérifier si ce que vous voyez ou lisez est fiable. Par exemple, si vous voyez une vidéo d’un candidat politique disant ou faisant quelque chose qui vous alerte, faites des recherches supplémentaires pour vérifier son authenticité ou pour voir si elle a déjà été identifiée comme une désinformation générée par IA.

Vous pouvez vous appuyer sur certaines organisations internationales, comme le International Fact-Checking Network, pour identifier les sources qui prennent un soin particulier à vérifier les informations qu’elles publient. Sur la page des signataires, recherchez votre pays pour voir quelles sources figurent dans la liste.


Trop effrayés pour sortir de chez eux : l’impact de l’ICE sur la prise en charge du VIH chez les Latinos aux États-Unis

Fri, 17 Apr 2026 23:47:24 +0000 - (source)

À Minneapolis, l’augmentation des attaques visant les populations latino perturbe l’accès aux soins liés au VIH.

Initialement publié le Global Voices en Français

Albé Sanchez. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group.

Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

Par Sam Donndelinger et Cameron Oakes

Cet article de Uncloseted Media a été rédigé en collaboration avec Rewire News Group, un média à but non lucratif spécialisé dans le journalisme d'investigation sur la santé sexuelle et reproductive, les droits et la justice. Il est republié ici dans le cadre d’un partenariat de partage de contenu avec Global Voices.

Pendant deux semaines, Albé Sanchez n’a pas quitté son domicile, situé dans le sud de Minneapolis.

« [J’ai été] contraint·e de passer en mode survie », a déclaré Sanchez à Uncloseted Media et Rewire News Group (RNG). « J’avais l’impression qu’un mur invisible me séparait [du monde extérieur], que je ne pouvais franchir qu’au prix d’un risque réel : celui de ne peut-être pas pouvoir revenir. »

Queer et mexicano-américain·e, Sanchez redoutait d’être pris·e pour cible par les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) présents dans son quartier, bien qu’iel soit citoyen·ne américain·e.

Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group.

Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

« Chaque jour représente un risque », explique-t-iel, ajoutant que même avec des papiers en règle, correspondre à un certain profil suffit à faire de vous une cible, au point de rendre angoissant le simple fait d’aller travailler ou faire des courses.

Sanchez, professionnel·le de la santé sexuelle de 30 ans, prend depuis plus de dix ans une PrEP orale, un traitement préventif quotidien contre le VIH. Mais le stress croissant lié aux opérations de l’ICE a rendu plus difficile le suivi de ce traitement.

« Une dose oubliée ci et là m’a poussé à prendre rendez-vous [pour trouver une solution plus durable] », explique-t-iel.

Sanchez indique s’être senti·e soutenu·e par le personnel de sa clinique locale. Située à seulement dix minutes en voiture de son lieu de travail, celle-ci lui était familière grâce à de précédentes consultations et actions communautaires. Iel savait pouvoir y trouver du personnel hispanophone ainsi que des professionnel·le·s de santé d’origine latino-américaine. Cependant, tout le monde n’a pas eu la même facilité d’accès aux soins.

Albé Sanchez. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group. Used with permission.

Albé Sanchez. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

Début décembre, l’ICE a lancé l’opération Metro Surge, une vaste campagne au cours de laquelle plus de 3 000 agents ont investi les rues du Minnesota, supposément pour atteindre les objectifs de déportation fixés par le président des États-Unis, Donald Trump. L’opération a été marquée par la controverse, des erreurs flagrantes, un manque de contrôle et des violences à l’encontre des civils, souvent avec des conséquences terrifiantes, voire mortelles.

Depuis lors, de plus en plus de patients latino-américains du Minnesota retardent ou annulent des soins essentiels, qu’il s’agisse de prévention ou de traitement du VIH.

Ces constats sont particulièrement préoccupants pour les communautés latines. En effet, depuis 2023, celles-ci ont 72 % plus de risques que la population générale des États-Unis d’être diagnostiquées séropositives. Et si le nombre global d’infections a diminué, les cas chez les Latinos ont augmenté de 24 % entre 2010 et 2022.

« Je crains fortement qu’il y ait une forte recrudescence de la transmission », déclare Alex Palacios, spécialiste de la santé communautaire dans la région de Minneapolis.

Dans une déclaration de janvier 2026, dans le cadre d’un procès visant à mettre fin à l’opération Metro Surge après qu’un agent de l’ICE ait tué Renee Nicole Good, une passante non armée, le commissaire du Minnesota Department of Health a indiqué que le dépistage du VIH au sein des populations latinos a « chuté de manière drastique » et que « bien que le personnel des subventions continue de se rendre dans la communauté pour promouvoir et réaliser les tests, les habitants ne se présentent pas ».

Les cliniques locales font état de la même situation. The Aliveness Project, un centre de bien-être communautaire de Minneapolis spécialisé dans les soins liés au VIH, a déclaré à Uncloseted Media et RNG avoir constaté une baisse de plus de 50 % du nombre de nouveaux patients. La clinique accueille un grand nombre de patients latino-américains, ainsi que des patients sans papiers. Alors qu’elle accueille habituellement 750 personnes chaque semaine, elle a enregistré 100 personnes de moins par semaine depuis décembre, selon le personnel.

Red Door, la plus grande clinique spécialisée dans les IST et le VIH du Minnesota, a constaté une « légère augmentation » des absences et des rendez-vous manqués depuis décembre.

Albé Sanchez. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group. Used with permission.

Sanchez reçoit des soins à Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

Que se passe-t-il en cas d'arrêt du traitement ?

Aujourd’hui, il existe de nombreux médicaments permettant de prévenir le VIH, ainsi que des dizaines d’autres pour le traiter une fois qu’une personne est testée positive. De nombreuses personnes qui prennent leur traitement de manière régulière présentent des charges virales si faibles qu’elles ne peuvent pas transmettre le virus par voie sexuelle. Mais pour atteindre une charge virale indétectable, les patients doivent poursuivre leur traitement ; sinon, le virus se réplique et mute, affaiblissant le système immunitaire et augmentant le risque d’infections potentiellement mortelles.

« Si les patients ne prennent pas leurs médicaments de manière régulière, le VIH peut s'adapter au traitement et y devenir résistant. Si cela se produit, le médicament n'aura plus d'effet sur le patient, et le nouveau virus résistant pourrait potentiellement être transmis à d'autres personnes », explique George Froehle, assistant médical et prestataire de soins chez Aliveness Project. « L'observance thérapeutique est l'un des aspects les plus importants de la prise en charge du VIH. »

Pour maintenir les soins et empêcher la propagation de souches dangereuses et incontrôlables dans le Minnesota, les équipes d’Aliveness Project ont commencé à livrer les médicaments aux patients quand c’est possible, à proposer la téléconsultation, et à mettre en pause certains examens de routine afin de limiter les rendez-vous en présentiel.

« Du point de vue de la santé publique, notre priorité est de maintenir les personnes infectées à un niveau de charge virale indétectable afin qu’elles ne transmettent pas le virus », ajoute Froehle, précisant que les professionnels de santé dans d’autres villes ciblées par l’ICE devront prévoir des solutions pour les rendez-vous d’injection manqués, basculer vers la téléconsultation et préparer leurs équipes au « traumatisme qui pourrait en résulter ».

Albé Sanchez. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group. Used with permission.

Sanchez reçoit des soins à Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

Connaissant les risques liés à une prise irrégulière, Sanchez a opté pour le traitement préventif injectable.

« Je suis très exposé·e [au VIH dans ma communauté] », explique Sanchez. « Avec tant d’incertitudes quant à l’avenir et à la stabilité des soins contre le VIH, j’ai réalisé que je ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. »

Cependant, les traitements injectables contre le VIH sont généralement administrés à des intervalles de deux semaines à six mois, et le médicament doit être injecté en clinique, un cadre que de nombreux patients évitent, selon les professionnels de santé.

« Ils disposent d’une fenêtre de deux semaines pour recevoir leur injection », précise Froehle. Il ajoute que, par crainte de se rendre en consultation, les patients ont dû être retirés des traitements injectables contre le VIH. En conséquence, certains sont revenus à des traitements oraux, sans bénéficier du suivi médical habituellement assuré en l’absence de l’ICE à Minneapolis. « [Les traitements oraux] n’étaient pas très efficaces [pour ces patients] au départ, et c’est pourquoi ils sont passés aux médicaments injectables. »

Les médicaments oraux contre le VIH doivent eux aussi être pris de manière régulière pour être efficaces. Face à cette situation, les professionnels de santé ont exhorté les patients à garder leurs médicaments sur eux en permanence, au cas où ils seraient expulsés ou placés en détention.

Cette mise en garde n'est pas infondée. Les centres de détention fédéraux pour migrants des États-Unis sont connus pour refuser des soins médicaux adéquats aux personnes vivant avec le VIH, malgré des normes internes qui les obligent à s’y conformer. Depuis 2025, au moins deux hommes séropositifs ont été privés d’accès à leur traitement dans une prison de Brooklyn, selon des recours judiciaires obtenus par THE CITY. L’un d’eux affirme n’avoir reçu ses médicaments qu’après l’apparition de lésions graves, notamment des fissures aux lèvres et une pustule ouverte à la jambe. En janvier 2025, un autre homme est décédé de complications liées au VIH alors qu’il était détenu par l’ICE en Arizona.

Outre le fait d’être détenus sans traitement médical approprié, les patients encourent le risque d’être expulsés vers des pays où l’accès aux soins liés au VIH est limité, comme le Honduras et le Venezuela, soulignent les experts.

« Beaucoup d’hommes [originaires du Venezuela] ont déclaré avoir quitté leur pays en raison de l’insécurité liée à leur homosexualité et de leurs difficultés à accéder aux soins contre le VIH », explique Froehle. « C’est quelque peu déchirant de voir ces nouveaux arrivants confrontés non seulement au risque d’expulsion, mais aussi à un retour vers des lieux où ils ne se sentaient pas en sécurité, ni sur le plan médical ni sur celui de leur identité. »

« Certains de ces patients mourront dans leur pays d’origine », déclare Anna Person, présidente de la HIV Medicine Association. « C’est une condamnation à mort. »

Une « catastrophe en cascade »

Alors que la présence de l’ICE fragilise le système de prise en charge du VIH mis en place à Minneapolis au fil des décennies, les experts rappellent que les communautés latino ont toujours été ignorées par ce dispositif dans la ville.

Vincent Guilamo-Ramos, directeur exécutif de l’Institute for Policy Solutions à la Johns Hopkins University School of Nursing, décrit la situation du VIH dans ces communautés comme une « catastrophe en cascade », résultat d’inégalités accumulées au fil des années.

« Il existe une crise invisible chez les Latinos qui n’a jamais vraiment été prise en compte », explique-t-il. « Le nombre de nouvelles infections n’a cessé d’augmenter, alors qu’il diminue à l’échelle nationale… Cela devrait constituer un signal d’alarme majeur. »

Cette hausse s’explique par des obstacles structurels, ainsi que par une stigmatisation qui empêche les Latinos d’accéder aux soins. Un rapport de 2022 des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a révélé qu’entre 2018 et 2020, près d’un Hispanique sur quatre vivant avec le VIH a déclaré avoir été victime de discrimination dans les établissements de santé. Selon Guilamo-Ramos, le manque de diversité parmi les soignants, les barrières linguistiques et une méfiance profondément enracinée envers le système médical compliquent davantage l’accès aux soins.

Au-delà du système médical, la stigmatisation au sein des communautés latino peut être tout aussi préjudiciable. D'après les données de la Human Rights Campaign, plus de 78 % des jeunes LGBTQ latinos ont déclaré avoir été victimes d’homophobie ou de transphobie au sein de leur communauté en 2024.

Sanchez outside of Aliveness Project. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group.

Sanchez devant les locaux de l’Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

Sanchez affirme que la stigmatisation et les préjugés constituent de réels obstacles à l’accès aux soins, en évoquant les normes de genre strictes et les croyances catholiques qui prévalent dans de nombreuses communautés latino. Iel estime que la présence de l’ICE fragilise encore plus un accès aux soins du VIH déjà précaire.

« Cela a causé énormément de tort », explique Sanchez. « Ne pas pouvoir se rendre à ses rendez-vous médicaux, c’est un véritable coup de poignard dans le dos. … Gérer toutes ces situations dans des circonstances normales est déjà extrêmement difficile. »

Palacios, une personne afro-latine vivant avec le VIH, affirme que la présence accrue de l’ICE aggrave les obstacles qui, depuis longtemps, compromettent l’accès de la communauté latino aux soins liés au VIH.

« L’avenir a toujours été sombre et incertain », dit Palacios. « Cela s’ajoute à une liste déjà longue de combats à mener. »

Retour en arrière

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, l’accès aux soins liés au VIH s’est considérablement compliqué, le gouvernement fédéral ayant fortement réduit les financements consacrés à la lutte contre le virus, compromettant ainsi des décennies de progrès dans ce domaine.

En février 2026, trois mois après le lancement de l’opération Metro Surge, l’administration Trump a proposé de réduire de 600 millions de dollars les subventions liées au VIH, ciblant quatre États démocrates, dont 42 millions de dollars pour les programmes du Minnesota. Un juge fédéral a temporairement bloqué ces coupes budgétaires.

« Cette mesure anéantirait tous nos efforts de prévention du VIH », déclare Dylan Boyer, directeur du développement à Aliveness Project. « C'est la réalité dans laquelle nous vivons. »

« Nous disposons de tous les outils nécessaires, et pourtant nous assistons à un démantèlement des infrastructures, des financements alloués à la recherche, des efforts de prévention et de traitement, qui vont nous ramener carrément dans les années 1980 », déclare Person, spécialiste du VIH reconnu au niveau national, originaire du Minnesota. « Franchement, [il] n’y a aucune autre explication que la cruauté, puisqu’il n’existe aucune justification scientifique. »

Réparation et représentativité

Selon Jenny Harding, directrice du développement d’un programme de logement accompagné pour les personnes vivant avec le VIH dans la région de Minneapolis, même si la présence de l’ICE s’atténue dans les Twin Cities, « le mal est déjà fait ».

Selon Person, il faudra du temps pour réparer la situation, notamment entre le corps médical et les patients, la relation étant souvent « très fragile ».

« Il faut parfois des années pour instaurer ce niveau de confiance. Et je crains que certains, se sentant vulnérables face à un système qui ne les défend pas, n’abandonnent l’idée de revenir, » explique-t-elle. « Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que tout revienne à la normale. »

« Nous devons demander des comptes au gouvernement fédéral, en particulier au HHS [Département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis]. Il est essentiel de garantir le maintien des financements dédiés à la lutte contre le VIH », déclare Guilamo-Ramos. Il souligne que la réduction des taux d’infection dans les communautés latines passe par des actions ciblées : la mise en place de professionnels de santé bilingues et sensibilisés aux spécificités de la culture locale, des programmes sociaux ciblant les zones les plus à risque, des initiatives visant à restaurer la confiance envers le système médical, des cliniques mobiles, ainsi que des dispositifs spécifiques pour réengager les patients ayant interrompu leur suivi.

Au cours des dernières semaines, le nombre de patients d’Aliveness Project a commencé à augmenter à mesure que les opérations de l’ICE diminuaient. Cependant, le personnel de la clinique reste « vigilant » et signale qu’il est « difficile d’entrer en contact avec des personnes naturellement effrayées par les opérations en cours ».

« Notre priorité absolue en ce moment est de renouer le contact avec les patients grâce à nos actions de sensibilisation, afin que personne ne subisse d’interruption de traitement ou de prévention », explique Boyer

Sanchez at the Aliveness Project. Photo by Liam James Doyle for Uncloseted Media and Rewire News Group.

Sanchez dans les locaux d’Aliveness Project. Photo : Liam James Doyle pour Uncloseted Media et Rewire News Group. Utilisée avec autorisation.

La présence de professionnels de santé hispanophones et d’origine latine à l’Aliveness Project a permis à Sanchez de se sentir en confiance, de prendre contact et de fixer un rendez-vous malgré les risques.

« Il existe de nombreux endroits, ici dans les Twin Cities, où l’on peut recevoir des soins sans jamais voir quelqu’un qui nous ressemble. … Beaucoup de professionnels de santé ont encore, malheureusement, des préjugés. … Aliveness, c’est tout le contraire », explique Sanchez. « Voir cette diversité et savoir que quelqu'un comprend votre contexte culturel, surtout dans ces moments délicats, c’est crucial. »



Cet article a été rédigé avec le soutien de MISTR, une plateforme de téléconsultation offrant un accès gratuit en ligne à la PrEP, au DoxyPEP, aux tests de dépistage des IST, au dépistage et au traitement de l’hépatite C, ainsi qu’à un suivi à long terme du VIH aux États-Unis. MISTR n’a exercé aucune influence éditoriale sur le contenu de cet article.


Les prisonniers politiques peinent à bénéficier de soins médicaux en Thaïlande

Thu, 16 Apr 2026 10:42:32 +0000 - (source)

Son cas a suscité un débat public sur les conditions d'accès des détenus aux soins médicaux

Initialement publié le Global Voices en Français

Ekachai Hongkangwan

Ekachai Hongkangwan. Photo de Yostorn Triyos (Realframe). Source: Prachatai, partenaire de contenu de Global Voices. Utilisée avec permission.

Cet article a été publié par Prachatai, un site d'information indépendant thaïlandais. Une version éditée a été republiée par Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu.

Ekachai Hongkangwan est un citoyen ordinaire qui a soudain émergé comme une “figure secrète” sur la scène politique thaïlandaise après le coup d'Etat de 2006, lequel a non seulement remodelé le cours de la politique thaïlandaise, mais a aussi bouleversé sa vie de manière irréversible. Bien qu'il ait été arrêté à plusieurs reprises et confronté à de nombreuses menaces de mort pour ses actes symboliques de résistance, Ekachai est resté infatigable dans la poursuite de son activisme.

La détérioration de son état de santé en détention met en lumière un débat plus large: l'accès aux soins médicaux — un droit humain fondamental — trop souvent inaccessible aux prisonniers en Thaïlande. La situation est d'autant plus critique pour les “prisonniers d'opinion,” emprisonnés simplement pour avoir critiqué ou défié les autorités.

20 ans de parcours d'Ekachai

Après avoir obtenu son diplôme dans une université privée, Ekachai gagnait sa vie en vendant des tickets de loterie sur internet, mais le coup d'Etat de 2006 a bouleversé son existence. Sa seule source de revenus a disparu lorsque le projet de loterie en ligne a été annulé.

Auparavant peu intéressé par la politique, Ekachai s'est progressivement engagé et a commencé à s'y former, tant en thaï qu'en anglais.

Il a attiré l'attention pour la première fois le 11 mars 2011, après avoir été arrêté lors d'une manifestation organisée par les “Daeng Siam” (les Chemises rouges), un groupe dirigé par le critique politique thaïlandais Surachai Sae-dan, aujourd'hui porté disparu.

Cet incident a conduit à sa première inculpation en vertu de loi thaïlandaise draconienne sur la diffamation royale, qui interdit aux citoyens de critiquer la famille royale. Cette inculpation reposait sur deux éléments qu'il vendait lors de la manifestation : le DVD d'un documentaire réalisé par le média australien ABC traitant de la politique thaïlandaise, évoquant des rumeurs concernant le prince héritier, aujourd'hui le roi Vajiralongkorn, ainsi qu'un ensemble de documents WikiLeaks .

Ekachai a révélé que son intention été simplement de diffuser aux Thaïlandais des informations présentées sous la perspective des médias étrangers, afin qu'ils puissent comprendre comment la Thaïlande était perçue à l'international. De plus, à l'époque,  la société thaïlandaise était profondément divisée, et il estimait que les médias ne remplissaient pas leur devoir.

Ekachai a passé deux ans à se battre dans sa première affaire de diffamation envers la royauté. Il a obtenu une libération provisoire pendant la durée du procès. Cependant, le 28 mars 2013, il a été condamné à deux ans et quatre mois de prison ferme. En 2015, La Court suprême a annulé le verdict initial et prolongé sa peine de quatre mois supplémentaires.

Après sa libération, Ekachai est resté actif à travers ses écrits. Son travail allait de recherches historiques à une série de propositions de réformes militaires, ainsi qu'à des mémoires sur sa vie en prison.

Il n'a pas abandonné son engagement, même alors que la répression politique s'intensifiait sous le Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), la junte militaire qui a dirigé la Thaïlande de mai 2014 à juillet 2019, à la suite du coup d’État de 2014. Pendant une grande partie de son règne, le NCPO a instauré la loi martiale et cherché à faire taire les critiques et les opposants. Au cours de cette période, la campagne la plus marquante d'Ekachai fut son combat pour l'ouverture d'une enquête sur le scandale des montres de luxe impliquant Prawit Wongsuwan, ancien ministre de la Défense et Vice-président du NCPO. Il menait son militantisme avec un style personnel bien à lui.

Entre 2017 et 2019, il a été physiquement agressé et menacé de mort à six reprises, sa voiture a également été incendiait à deux reprises. Selon des avocats thaïlandais défenseurs des droits humains, Ekachai a été inculpé dans 30 affaires, dont la plupart ont été jugées. Il a été incarcéré sept fois.

Il a révélé en 2019 que son approche du militantisme différait de celle des mouvements de protestation traditionnels. L'ancienne méthode, consistant à mobiliser des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, s'est soldée par une répression violente. Selon lui, les grandes manifestations étaient difficiles à contrôler.

“Donc l'activisme ne doit pas se limiter uniquement aux rassemblements. Les résultats des élections ont déjà clairement montré que les gens ne soutiennent plus les manifestations de grande envergure qui implique la fermeture des rues. Nous devons trouver d'autres moyens. Je préfère agir seul et faire la une de l'actualité,” a déclaré Ekachai.

Sa dernière arrestation, en 2020, a mis en lumière un autre problème majeur. Ekachai a été inculpé en vertu de l'article 110 du Code pénal, réprimant tout acte de violence portant atteinte à la liberté de la Reine. Les procureurs n'avaient pas retenu cette accusation contre quiconque depuis des décennies — elle a été “appliquée pour la première fois dans l'histoire moderne,” selon des avocats thaïlandais défenseurs des droits humains (TLHR). La peine est très lourde et peut aller de 16 à 20 ans de prison jusqu'à la réclusion à perpétuité, que l'infraction ait été commise ou simplement tentée.

Cette affaire repose sur une manifestation qui s'est déroulée le 14 octobre 2020, alors qu'une mobilisation massive pro-démocratique, menée pas des jeunes, éclatait à travers le pays. Ce jour-là, les manifestants se sont rassemblés devant l'emblématique Monument de la Démocratie à Bangkok avant de marcher vers le siège du gouvernement.

Certains manifestants, arrivés plutôt, attendaient aux abords du bâtiment gouvernemental. Le cortège de la Reine passait au même moment. Ils n'ont ni bloqué le cortège ni lancé d'objets sur les véhicules, et sont pourtant inculpés d'actes de violence portant atteinte à la liberté de la Reine.

Selon la police, cette route ne faisait pas partie de l'itinéraire habituel du cortège, mais celui-ci l'a choisi en dépit des recommandations d'emprunter des voies alternatives, la manifestation se déroulant à proximité du siège du gouvernement.

Aucune annonce n'a été faite. Les informations dont disposaient les responsables, à travers les différentes agences et niveaux opérationnels, variaient considérablement. Un officier chargé du contrôle de la foule a même témoigné qu'il avait été informé moins de cinq minutes avant l'arrivée du cortège royal.

Le 28 juin 2023, le tribunal de première instance a acquitté Ekachai et les autres militants, estimant que l'incident résultait d'un malentendu causé par la police. Deux ans plus tard, cependant, la cour d'appel a annulé le verdict initial, jugeant que les manifestants étaient conscients du passage du cortège royal et entendaient le bloquer.

Quatre accusés ont été condamnés à 16 ans de prison, tandis qu’ Ekachai a écopé de 21 ans et quatre mois en raison de sa précédente condamnation pour diffamation royale. Il est désormais détenu depuis six mois.

La santé d'Ekachai s'est détériorée en prison. Il souffre d'une hypertrophie de la prostate et d'intenses douleurs abdominales dans la zone où il a précédemment subi une intervention pour un abcès hépatique. Il a été rapporté qu'il pourrait avoir besoin d'une nouvelle opération majeure.

Son avocat a demandé son transfert à l’hôpital pénitentiaire, mais cette requête a d'abord été rejetée. L'administration pénitentiaire a déclaré qu'il serait transféré le mercredi 11 mars.

A la suite de cette affaire, les conditions d'accès aux soins médicaux pour les détenus dans les prisons thaïlandaises ont été largement remises en question.

L'année dernière, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, qui purge une peine d'un an de prison pour abus de pouvoir, a été transféré à l'hôpital dès sa première nuit de détention en raison d'une maladie qui aurait été grave, après son exil volontaire.

Il a ensuite été transféré à l'hôpital de la police plutôt que de recevoir des soins à l'hôpital pénitentiaire, où les détenus ordinaires sont généralement envoyés. Cet incident a suscité le mécontentement de l'opinion publique à l'égard de Thaksin ainsi que du système judiciaire et pénitentiaire, dans un contexte où beaucoup pensaient qu'il avait bénéficié d'un traitement de faveur dans le cadre d'un accord politique avec les dirigeants au pouvoir. Certains ont estimé que Thaksin avait simulé sa maladie pour éviter d'être incarcéré.

La vie d'Ekachai ne tient plus qu'à un fil. Deux “prisonniers d'opinion” thaïlandais sont morts en détention après que leur état de santé s'est dégradé en attendant de recevoir des soins médicaux appropriés.

Son cas représente désormais un nouveau défi de taille pour l'administration pénitentiaire.


L’IA en Afrique : combler le manque mondial en soins de santé

Thu, 16 Apr 2026 10:32:00 +0000 - (source)

Du Kenya rural au nord du Nigeria, l'intelligence artificielle transforme les smartphones en laboratoires médicaux

Initialement publié le Global Voices en Français

 

A child being given an injection.

Un enfant recevant une injection. PhotoKwameghana via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 Deed).

Par Chukwudi Anthony Okolue

En 2024, un cultivateur de maïs âgé de 28 ans, originaire du comté de Siaya, dans l’ouest du Kenya, s'est rendu dans une petite clinique publique parce qu'il souffrait de fièvre. Dix ans plus tôt, il aurait patienté plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant d’obtenir un diagnostic du paludisme, de la typhoïde ou de la dengue. En 2024, il a obtenu un résultat en quatre-vingt-dix secondes. En effet, un agent de santé communautaire a photographié une goutte épaisse à l'aide d'un simple smartphone relié à un microscope portable coûtant 50 dollars américains. Un algorithme d’intelligence artificielle a ensuite analysé l'image et indiqué avec une précision de 98,5 % qu’il était atteint de « Plasmodium falciparum ++ », une précision supérieure à celle de la plupart des techniciens de laboratoire non spécialisés du pays. Le cultivateur est reparti avec un traitement antipaludique adapté le jour même.

Ce projet pilote, mené par le ministère kenyan de la Santé avec le soutien technique de la start-up Ubenytics, est désormais actif dans plus de 420 établissements répartis dans huit comtés. Les premiers résultats de l’étude pilote publiés dans The Lancet Digital Health en mars 2025 font état d’une réduction de 31 % des prescriptions inappropriées d’antibiotiques et une baisse de 19 % des complications graves liées au paludisme dans les zones d’intervention.

Il est important d’apporter quelques précisions terminologiques. Bien que le terme « intelligence artificielle » soit largement utilisé, tant dans les milieux académiques que dans l’espace public, les systèmes évoqués ici correspondent plus précisément à des modèles de langage de grande taille. Ces modèles sont dépourvus d'intelligence générale ; ils effectuent plutôt une reconnaissance statistique rapide des modèles et une génération probabiliste de textes à partir d’énormes quantités de données d'apprentissage. Cet article utilise, lorsque cela est approprié, le terme « LLM » pour refléter cette distinction, tout en reconnaissant que l’IA reste le terme générique sous lequel ces technologies sont souvent classées.

Le Kenya n'est pas un cas isolé

En Afrique de l'Ouest, la start-up ghanéenne Chestify AI, fondée en 2020, utilise des algorithmes d’intelligence artificielle pour aider les cliniciens à interpréter les radiographies pulmonaires et d'autres imageries dans les centres de santé qui manquent de ressources. Elle génère des cartes thermiques visuelles et des scores d'anomalie, qui permettent de détecter des maladies telles que la tuberculose et la pneumonie, accélérant ainsi le diagnostic dans les endroits où les radiologues sont peu nombreux. Déployé dans 25 établissements de santé, Chestify a permis de réduire les délais de diagnostic d'environ 40 %, les rapports d’imagerie étant désormais délivrés en moins de 3 heures au lieu de plusieurs jours.

Des études de validation supervisées par l'OMS sur la détection assistée par ordinateur de la tuberculose à partir de radiographies thoraciques ont démontré des performances élevées et constantes dans les milieux à faibles ressources, avec une sensibilité globale d'environ 94,7 %, souvent équivalente ou supérieure à la précision diagnostique moyenne observée dans les milieux où les capacités en radiologie spécialisée sont limitées.

Le programme de livraison de sang par drone au Rwanda a désormais recourt à des algorithmes de routage, réduisant ainsi le temps moyen de livraison à un délai compris entre 18 et 42 minutes dans les districts difficiles d'accès.

Il ne s’agit pas de promesses pour l’avenir, mais de déploiements documentés et évalués par des pairs, déjà en cours.

Les chiffres qui justifient l'urgence de la situation sont bien connus, mais méritent d'être rappelés : l'Afrique subsaharienne représente 11 % de la population mondiale et 24 % de la charge mondiale de morbidité, mais ne dispose que de 3 % du personnel de santé mondial et de moins de 1 % des dépenses de santé mondiales. Le déficit en spécialistes est encore plus marqué : au Nigeria, par exemple, on compte environ un pathologiste pour 500 000 habitants, contre une moyenne mondiale d’un pour 25 000.

L’intelligence artificielle n’augmentera pas miraculeusement le nombre de médecins, mais son impact se fait déjà sentir dans les régions déficitaires en ressources médicales.

Elle améliore la précision des professionnels non spécialistes. En Ouganda, l’AI Health Lab de l’université Makerere et ses partenaires, dont l’Institut des maladies infectieuses et le NAAMII, utilisent des outils d’échographie obstétrique guidés par l’IA, permettant à des non-spécialistes, y compris des agents de santé communautaires, de capturer et d’interpréter des images fœtales de base.

Ces programmes permettent aux professionnels de santé de détecter les maladies à un stade précoce, lorsque leur traitement est moins coûteux et plus facile. En 2019, The Lancet a publié une étude de validation clinique d’un modèle d'apprentissage approfondi dans le cadre d'un programme de dépistage rétinien en Zambie, qui a montré une performance diagnostique excellente et plus précoce pour la rétinopathie diabétique nécessitant une prise en charge, la rétinopathie diabétique menaçant la vision et l’œdème maculaire diabétique, par rapport aux évaluations humaines. 

Il ne s'agit pas là de théorie. Les coûts baissent plus rapidement que ne le réalisent la plupart des décideurs politiques. En 2022, l’entraînement et l’exploitation d’un modèle LLM performant en microscopie du paludisme coûtaient environ 180 000 dollars. Fin 2025, le coût marginal par test dans des déploiements à grande échelle est inférieur à 0,30 dollar, ce qui est moins cher que le test de diagnostic rapide actuellement utilisé dans de nombreux endroits, une fois les coûts de distribution et de la chaîne du froid pris en compte.

Les implications sanitaires pour l'Afrique

Tout d'abord, la réglementation doit suivre le rythme. Au cours des 18 derniers mois, le Conseil kenyan de la pharmacie et des poisons, et l’Agence nationale nigériane pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments ont tous deux publié au cours des 18 derniers mois des lignes directrices pragmatiques concernant l'IA en tant que dispositif médical, une mesure discrète mais cruciale avec laquelle de nombreuses grandes économies ont encore du mal à se conformer.

Ensuite, les données locales doivent rester locales lorsque cela s’avère nécessaire. Les algorithmes les plus performants pour la drépanocytose, le dépistage précoce du cancer du col de l’utérus ou la pneumonie pédiatrique chez les enfants africains sont entraînés à partir d'ensembles de données issus d’Afrique. Les fondateurs et les gouvernements qui insistent sur la conservation des données et la propriété locale des modèles construisent des atouts stratégiques, et pas seulement des outils de santé.

Enfin, les modèles de financement doivent passer de projets pilotes perpétuellement financés par des donateurs à une intégration pérenne dans les dispositifs nationaux de santé. Le Rwanda et le Ghana intègrent déjà les diagnostics assistés par IA dans leurs régimes nationaux d’assurance maladie. Lorsqu’un service est remboursé entre 1 et 2 dollars par test au lieu de dépendre de subventions ponctuelles, son déploiement à grande échelle devient quasi immédiat.

Risques et limites des LLM

Malgré le potentiel transformateur des grands modèles linguistiques dans le domaine de la santé, leur déploiement comporte des risques et limites importants. L’une des préoccupations les plus fréquemment évoquées est celle des hallucinations, lorsque les modèles génèrent des résultats convaincants mais erronés ou inventés. Dans des contextes cliniques ou para-cliniques, de telles erreurs peuvent avoir des conséquences graves : mauvaise interprétation d’informations médicales, recommandations inappropriées ou atteinte à la confiance dans les processus de prise de décision clinique.

Les LLM dépendent aussi fortement de la qualité, de la portée et de la représentativité de leurs données d'entraînement. Les biais inhérents aux données historiques sur les soins de santé, tels que la sous-représentation de certaines populations, peuvent être assimilés et amplifiés par ces systèmes, ce qui peut conduire à des résultats inéquitables. En outre, les LLM ne disposent ni d’une compréhension contextuelle réelle ni d’un raisonnement clinique ; ils n’ont ni intention, ni conscience, ni responsabilité, et ne doivent donc pas être considérés comme des décideurs autonomes.

Alors que des preuves largement diffusées et évaluées par des pairs concernant les dommages généralisés continuent d'apparaître, le consensus scientifique souligne la nécessité d’une supervision humaine, d’une validation rigoureuse et de garde-fous spécifiques au domaine. Les LLM doivent être envisagés comme des outils d’aide à la décision, et non comme des substituts à l’expertise médicale.

Par ailleurs, les questions relatives à la protection des données, à la sécurité et à la conformité réglementaire demeurent non résolues dans de nombreuses implémentations. En l’absence de cadres de gouvernance robustes, l’intégration des LLM dans les systèmes de santé risque de compromettre la confidentialité des patients et les normes éthiques en vigueur.

Cependant, ces avancées signifient que, d’ici 2030, un enfant né dans un village aux abords de Kisumu ou de Kumasi n’aura plus à parcourir 200 kilomètres pour savoir si une lésion cutanée est cancéreuse ou si une toux est liée à la tuberculose. Un agent de santé communautaire formé, un smartphone à 120 dollars et un modèle LLM continuellement mis à jour via la 5G fourniront une réponse en quelques minutes, et non en plusieurs mois.

Nous n'attendons pas une singularité lointaine. Dans certaines régions d’Afrique, l'avenir des soins de santé est déjà en marche, discrètement, progressivement et à une vitesse que la plupart des observateurs mondiaux sous-estiment encore.

Chukwudi Anthony Okolue est un pharmacien formé au Nigeria et le directeur général de Paraclete Pharmacy & Stores LTD, à Port Harcourt, au Nigeria. Il est également le cofondateur de Bellsbag Pharmaceutical Ltd à Lagos. Actuellement basé à Chicago, où il travaille à la croisée de l'innovation en matière d'IA et de marketing commercial pour une entreprise de soins de santé classée au Fortune 500, il est l'auteur de onze articles de recherche et d'un article de conférence sur l'intégration de l'IA.

Brésil : impact des « tactiques d'intimidation » de l'extrême droite sur les jeunes filles souhaitant recourir à une IVG

Thu, 16 Apr 2026 10:22:33 +0000 - (source)

Selon les militants pro-choix, la suspension d'une résolution au Congrès contribuerait à une mésinformation concernant l'accès à l'avortement

Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration of a pregnant woman's silhouette in front of a door with a red cross

Illustration de Noor, utilisée avec autorisation

Dans une vidéo diffusée sur Instagram au début du mois de novembre, Chris Tonietto, affiliée à l’un des partis conservateurs brésiliens et membre de la Chambre des députés, célèbre la suspension d’une résolution qui selon elle « permettait aux mineures victimes de violence sexuelle d’avorter jusqu’au neuvième mois de grossesse, à l’insu de leurs parents ».

Ladite résolution avait été publiée au mois de janvier par le Conseil National pour les Droits des Enfants et des Adolescents (Conanda) (qui fait partie du ministère des Droits Humains), à la suite d’une décision de justice. Elle ne modifiait aucune loi en vigueur, mais établissait des protocoles à suivre pour les professionnels de la santé afin d‘assurer l’accès de l’IVG aux mineures, un droit déjà garanti par l’article 128 du Code pénal brésilien.

Chris Tonietto, auteure du projet de décret législatif visant à annuler la résolution, insiste dans la vidéo que la bloquer amènerait à « protéger la vie » et « défendre la démocratie au Brésil ».

« Nous venons d’éviter le déclin de civilisation qu'elle tentait d’encourager, » a-t-elle déclaré à ces abonnés après le veto.

Malgré l’exaltation des politiciens de droite, le texte doit d’abord être approuvé par le Sénat afin que la suspension soit applicable ; la plupart des députés sont soit de droite, soit de centre-droite. En 2023, un front parlementaire mixte « anti-avortement et pro-vie » a été créé, composé de 172 députés et 10 sénateurs, et dont le rôle de coordinatrice fût confié à Chris Tonietto.

Dans un courriel adressé à Global Voices, elle explique que sa motion était « une critique légitime du point de vue juridique d’un acte intra légal qui outrepasse sa compétence ».

Selon le site de la Chambre des députés, la motion, entre autres, porte sur le fait que la résolution exclue l’obligation d’un rapport de police pour les mineures souhaitant mettre fin à une grossesse attribuée à un acte de violence sexuelle. Au Brésil, les jeunes filles de moins de 14 ans, l’âge légal de consentement, ont le droit d’interrompre leur grossesse. Toutefois, des obstacles tels que la stigmatisation, le manque d’information, une quantité limitée de services, et une formation insuffisante des professionnels de la santé empêchent souvent l’accès à un avortement médicalisé.

D’après Deila Martins, présidente de Conanda, la résolution faisait suite aux taux élevés de grossesse chez les jeunes filles de moins de 14 ans, et au faible recours légal à l’IVG. Agência Brasil souligne qu’en 2023, près de 14 000 jeunes filles, âgées entre 10 et 14 ans, sont tombées enceintes, mais seulement 154 d’entre elles ont pu bénéficier d’un avortement en toute légalité, soit 1,1 %.

Les politiciens opposés à la résolution ont également critiqué le protocole envisagé dans les cas où la victime et son tuteur légal sont en désaccord sur la décision d’interrompre la grossesse. Soutenant que la résolution crée « un mécanisme décisionnel qui n’est pas prévu par la loi brésilienne », Tonietto explique à Global Voices qu’elle « remplace la règle générale de l’autonomie familiale ».

Mais Deila Martins défend le protocole visant à protéger l’autonomie des mineures enceintes qui sont victimes d’agression sexuelle. Décrivant les pères, les mères, les oncles et les beaux-pères comme étant à la fois des agresseurs et des facilitateurs, elle explique à Global Voices que « la plupart du temps, 60 % des auteurs de violence sexuelle, voire près de 80 % dans certaines régions, font partie de la famille de la victime ». « Exiger le consentement parental équivaut à faire subir à la victime une nouvelle agression, et empêche souvent l'enfant d'exercer son droit à l'avortement ce qui est inacceptable. »

Sur ce sujet, Tonietto n’a pas répondu à une question de Global Voices concernant la prédominance d’agresseurs au sein du cercle familial et le principe de revictimisation.

Ainsi l'extrême droite brésilienne utilise une fois de plus l'avortement pour faire avancer son agenda. Par le biais d’instruments démocratiques, tels les projets de loi et les blocages législatifs, utilisés pour défendre leur position, les politiciens d’extrême-droite, lors des dix dernières années, ont plaidé pour accorder au fœtus le statut de personne, ont répandu de fausses informations à propos d’une condition médicale non-reconnue appelée le « syndrome post avortement », et ont menacé de criminalisation les victimes de violence sexuelle souhaitant exercer leur droit à l’avortement.

L'impact de la désinformation sur l'électorat

Lors d'une manifestation à Rio de Janeiro, des femmes brandissent des photos des politiciens qui ont voté contre la résolution de Conanda. Photo de Nicole Froio, utilisée avec autorisation.

Même si au Brésil, avorter légalement a longtemps fait l'objet d'attaques, l’objection actuelle remonte au mois à 2007, lorsque des députés fédéraux ont proposé une loi afin de modifier le Code pénal brésilien, qualifiant l’IVG de crime odieux, l’interdisant en toutes circonstances, et en prohibant la congélation, la destruction ou le commerce d’embryons humains.

Bien qu’il n’ait pas été approuvé, le projet est devenu un modèle de référence pour les lois anti-IVG et les mouvements politiques qui veulent limiter les droits à l’avortement. Aujourd’hui, la loi au Brésil autorise l’avortement dans trois cas : lorsque la grossesse résulte d’un viol, lorsqu’elle présente un risque pour la santé de la mère, ou en cas d’anencéphalie.

Sous le gouvernement d’extrême droite du président Jair Bolsonaro, des fonctionnaires fédéraux ont été soupçonnés d’avoir empêché l’accès à l’IVG à une enfant âgée de dix, alors que Conanda enregistrait une baisse du nombre de ses membres et était confronté à des mesures visant à perturber son travail. « Il a supprimé les financements destinés aux réunions en présentiel [durant l’épidémie] », se souvient Martins.

Malgré l’élection en 2022 d’un gouvernement de gauche présidé par Luiz Inácio Lula da Silva, les attaques envers les droits à l’avortement protégés par la constitution brésilienne continuent.

Pour influencer les électeurs chrétiens, les adversaires de Lula ont exploité la fausse information selon laquelle il était favorable à l'avortement, qui dès lors est devenu un enjeu majeur de la campagne. Néanmoins, plusieurs mois avant l’élection, il exprima son soutien à l’IVG en tant que question de santé publique. Par ailleurs, Silas Malafaia , un influent pasteur évangélique, le traita « de demeuré et d’imbécile », tout en plaidant, sur sa chaîne YouTube, d'accorder au foetus le statut de personne. Quelques semaines avant les élections, Lula a publié une lettre ouverte s’engageant à ne pas renforcer les droits à l’avortement afin d’apaiser les évangélistes.

Selon un rapport publié en 2024 par AzMinas (une agence de presse), les projets de loi visant à restreindre les droits à l’IVG au Brésil sont de plus en plus fréquents aux niveaux municipal, fédéral et de l’État. En 2025, une autre de ses publications indique que 103 d’entre eux ont été proposés à travers tout le pays entre 2017 et 2024.

Maria Paula Monteiro, journaliste pour AzMinas, avait alors écrit : « Souvent, ces propositions de lois sont une source d’incertitude juridique pour les professionnels de la santé, perturbent leur travail et aggravent la stigmatisation liée à l’IVG. » « Leur objectif est de porter atteinte aux droits reproductifs. »

Selon un rapport publié en mai 2025 par NetLab, un centre de recherche de l’École de Communication de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, l'avortement, sujet de nombreuses « campagnes de désinformation et prétexte pour mener des attaques envers les institutions, le pouvoir législatif et l’opinion publique », a joué un rôle déterminant dans l'intensification de la polarisation politique au Brésil en 2024, une année marquée par des élections municipales. Le rapport donne l’exemple notamment de messages sur WhatsApp affirmant que l’IVG et ses partisans ont des liens étroits avec le diable, et conclut « qu’il est perçu comme le symbole d’une lutte spirituelle et politique qui menace les valeurs chrétiennes ».

Selon la loi au Brésil, les maires et législateurs municipaux n’ont pas le pouvoir de légiférer sur le droit à l’avortement, mais le condamner aide les candidats à obtenir des voix.

Le texte présenté par Tonietto allègue que les protocoles de Conanda imposent un consentement quasi obligatoire à l’IVG, et remet en cause le consensus médical concernant les risques pour la santé liés à une grossesse précoce qui suggère que l’avortement « mettrait gravement en danger la femme enceinte, laquelle, selon la législation actuelle, ne serait pas en mesure de prendre ses propres décisions. »

Bien qu’elle utilise le terme de « femme » dans sa proposition, la résolution de Conanda concerne les jeunes filles enceintes. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les mères adolescentes âgées entre 10 et 19 ans sont exposées à des risques plus élevés d’éclampsie, d’endométrite post-partum et d’infections systémiques, en comparaison avec les femmes âgées entre 20 et 24 ans. Par ailleurs, toujours d’après l’OMS, les nouveau-nés de mères adolescentes encourent un risque plus élevé d’insuffisance pondérale, de naissance prématurée et de conditions néonatales sévères.

Selon la présidente de Conanda, la suspension mènerait à un manque de protection pour les enfants victimes de violence sexuelle, en faveur des agresseurs et pédophiles : « Son objectif est de perpétuer une culture du silence et d’invisibilité autour de ce problème. »

Impacts sur le terrain

Protesters hold a sign saying, ‘Evangelicals defending girls and women's lives: A child is not a mother.’ Photo by Nicole Froio, used with permission

Des manifestants brandissent une pancarte : « Les évangéliques défendent la vie des filles et des femmes : un enfant n'est pas une mère. » Photo de Nicole Froio, utilisée avec autorisation.

Les défenseurs des droits craignent que le chaos provoqué par les partisans du veto n’entraîne une baisse du nombre de jeunes filles ayant recours aux services dont elles ont besoin. Laura Molinari, directrice générale de Nem Presa Nem Morta, une campagne préconisant la décriminalisation de l’IVG, a déclaré à Global Voices : « Nous recevons déjà des messages de professionnels de la santé qui pensent que la pratique légale de l’avortement sur les mineures est maintenant interdite. »

La mésinformation est précisément le type d’obstacle que la résolution de Conanda visait à surmonter. Selon Molinari, la propagation de fausses informations par le biais d’actes politiques est une tactique courante de l’extrême-droite : « La confusion est en soi un avantage pour elle. »

Au brésil, l’accès à l’IVG pour les victimes de viol est précaire en raison d’un nombre réduit de personnels de santé habilités, et de l’absence de lignes directrices unifiées. Selon des chiffres communiqués à la Cour Suprême par l’Institut O’Neill, seulement 4% des municipalités au Brésil possèdent les infrastructures capables d’assurer des services d’interruption de grossesse (soit 88 établissements publics de santé pour 55 cités), constituant une barrière géographique majeure pour une grande partie de la population.

Selon Lígia Maria, infirmière praticienne spécialisée en interruption de grossesse dans un hôpital de Brasilia, en 2024 de nombreuses patientes craignaient d’être tenues criminellement responsables après qu’un projet de loi proposa un amendement au Code pénal afin de classifier l’avortement de meurtre, si pratiqué au-delà de 22 semaines de grossesse.

Par ailleurs, l’hôpital où travaille Maria avait déjà été la cible d’harcèlement et de menaces.  « Nous craignons à présent que ces fausses informations poussent les patientes à ne pas recourir aux services d’avortement, ou encore à ne pas oser venir nous poser des questions », explique-t-elle.

La décision l’an dernier de bloquer la résolution a suscité des manifestations dans plusieurs régions du pays. Les manifestants ont accusé les politiciens qui soutenaient cette mesure d'être des « pédophiles » et des « ennemis des enfants », réinterprétant ses effets comme étant préjudiciables aux droits de l'enfant.

Néanmoins, Lígia Maria pense que cette réaction pourrait occulter l'échec de la tentative de suspension. De plus, elle devrait être considérée comme un appel à reconnaitre le rôle de Conanda dans la défense des droits de l’enfant, plutôt que comme une victoire pour les conservateurs. « C’est comme si valider la revendication de victoire de l’extrême-droite revenait à lui donner raison », ajoute-t-elle.

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Feminist Justice Fellowship

Cet article, réalisé dans le cadre du programme Feminist Journalist Fellowship, fait partie d'une série mettant en avant le travail de nos boursières, élaborée en collaboration avec Global Voices et Noor.


S'inspirer des enseignements mapuches du « poyewvn » pour lutter contre la discrimination en ligne

Wed, 08 Apr 2026 14:37:01 +0000 - (source)

Les enseignements tirés des militants mapuches à la tête de la Convention constitutionnelle au Chili

Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration de Gianni Llanquiray Nahuelhual Tornini pour Rising Voices

Cette article est également disponible en mapundungun

Écrit par Simona Mayo et María Alvarez, et basé sur l’étude de cas de Simona Mayo, Poyewvn and Mapudungun as intercultural political practices: The case of the Mapuche language in the Constitutional Convention of Chile (« Poyewvn et mapudungun en tant que pratiques politiques interculturelles : le cas de la langue mapuche dans la Convention constitutionnelle du Chili »)

La rédaction d’une nouvelle Constitution au Chili en 2022 a offert au peuple mapuche la possibilité d’imaginer une relation nouvelle avec l’État, qui, jusqu'alors, l’avait toujours ignoré et cherché à effacer son existence. Elisa Loncon Antileo, femme mapuche, universitaire et linguiste élue présidente de la Convention constitutionnelle, a également utilisé ce processus de rédaction comme une occasion de positionner le mapudungun dans les espaces institutionnels en tant qu’« acte politique de poyewvn », ou acte d’amour. De cette stratégie, plusieurs enseignements ont été tirés et de nouvelles perspectives sur la manière de promouvoir et de préserver la diversité linguistique sont nées. Ces enseignements servent d’ailleurs désormais d’inspirations pour de nouvelles façons de penser les stratégies dans d’autres espaces tels que les réseaux sociaux.

Lors d’une des séances de la Convention constitutionnelle, Loncon a expliqué que le mot « poyewvn » en mapudungun signifiait « amour » et qu’il pouvait servir de point de départ pour se comprendre et s’écouter les uns les autres. Ainsi, parler de poyewvn n’était pas seulement un acte politique visant à aider le mapudungun à occuper les espaces institutionnels, y  compris les espaces numériques qui favorisent généralement l’espagnol, cela représentait aussi un acte politique de positionnement par le biais de la langue, de l’amour et de la ternura, ou tendresse, pour faire face aux réactions violentes et racistes qui s’amplifiaient avec sa voix et son discours.

J’appelle les membres de la Convention à parler sous le signe du poyewvn, c'est-à-dire avec amour. Nous sommes des êtres humains, nous avons tous les mêmes droits et, grâce à cet amour, nous accepterons nos différences. Car chaque foyer est composé d’identités multiples.

En dépit du rejet ultérieur de la nouvelle Constitution chilienne lors du référendum du 4 septembre 2022, la présence d’Elisa et de son cabinet à la Convention constitutionnelle du Chili a marqué le début d’une nouvelle ère dans l’histoire du pays et dans ses relations avec le peuple mapuche et sa langue. Elle a également mis en évidence le racisme structurel existant au sein de la société chilienne, qui privilégie la langue, la culture et l’organisation politique espagnoles et occidentales au détriment de toutes les autres. Elisa Loncon a su positionner sa langue dans les espaces institutionnels et numériques. Pour mieux comprendre l’importance et le courage d’Elisa en sa qualité de femme mapuche à la tête de la rédaction d’une nouvelle constitution, il est important d’examiner son rôle dans le contexte plus large du Chili et de la lutte persistante du peuple mapuche pour ses droits linguistiques.

Le mythe dun Chili « monolingue »

Comme la plupart des pays d’Amérique latine ayant connu la colonisation, le Chili s’est construit autour d’une tradition monoculturelle et monolingue, marquée par l’empreinte coloniale sur la population autochtone préexistante. Au XIXe siècle, cette stratégie s’est traduite par la mise en place d’un système éducatif centré sur l’espagnol,  favorisant l'homogénéisation et l'assimilation de ces peuples autochtones à travers diverses politiques publiques, dans l’objectif de les « civiliser ». Malgré une dépossession territoriale, sociale, culturelle et linguistique systématique de ces derniers, il existe actuellement au Chili six langues outre l’espagnol : l’aymara, le quechua, le rapa nui, le kawésqar, le yagan, le mapudungun, ainsi que le ckunza, que certains considèrent comme disparu, mais qui fait actuellement l’objet d’un processus de revitalisation.

Face à la persistance de l’État chilien à se définir comme monolingue, les mouvements autochtones du Chili et leurs différentes organisations se sont concentrés sur la revitalisation, le maintien et la diffusion de leurs langues, en particulier au cours des deux dernières décennies. En 2010, le « Réseau pour les droits éducatifs et linguistiques des peuples autochtones du Chili » a commencé à travailler sur le projet de « loi sur les droits linguistiques des peuples autochtones », dans le but de mettre en place un cadre juridique constitutionnel pour la reconnaissance de ces langues et des droits de ceux qui les parlent. Bien qu’aucun progrès n’ait encore été réalisé en matière de reconnaissance officielle et juridique de la diversité linguistique, les organisations poursuivent néanmoins leur travail dans différents domaines, afin de maintenir et de continuer à transmettre les langues aux nouvelles générations.

La diversité et le processus constitutionnel

La révolte populaire du 18 octobre 2019 et le récent débat constitutionnel ont remis au centre des discussions la reconnaissance des peuples autochtones et de leurs droits. Par ailleurs, les droits culturels et linguistiques ont été placés au premier plan des discussions constitutionnelles, un fait sans précédent dans l’histoire du Chili. La mobilisation qui a eu lieu ces deux dernières années reflétait le mécontentement d’une société insatisfaite des institutions politiques chiliennes, mais aussi la profonde crise sociale résultant du système néolibéral mis en place pendant la dictature militaire de 1973 à 1989.

Cette insurrection populaire a donné lieu à deux grands blocs stratégiques : d’une part, les mouvements populaires dans les rues et les organisations extérieures à toute institution politique hégémonique ; d’autre part, le dialogue entre l’État, les partis politiques et les différentes organisations des mouvements sociaux de la société civile, qui a permis la mise en place de la Convention constitutionnelle du Chili. Au sein de ce second bloc, à travers un ensemble de débats et de propositions qui se sont déroulés entre juillet 2021 et juillet 2022, la convention avait pour objectif principal la rédaction d’une proposition de nouvelle constitution destinée à remplacer celle imposée par la dictature militaire d’Augusto Pinochet.

Dans ce contexte, la convention a débuté par l’élection de Loncon à la présidence : une femme mapuche, universitaire et militante engagée dans la revitalisation des langues autochtones, dans un espace traditionnellement patriarcal et profondément marqué par le déni de l’existence des peuples autochtones par l’État. Profitant des opportunités offertes par sa nomination et du pouvoir de sa position, Elisa a inauguré sa direction de l’entité destinée à réécrire la Constitution politique du Chili par un discours en mapudungun. Depuis lors, son cabinet et elle-même ont intégré des mots de la langue mapuche dans le processus, ce qui a entraîné des changements dans les relations établies au cours de ce processus, comme le fait d’appeler lamgen (ou sœurs) tant les personnes mapuches que les Winka (non-Mapuches, en mapudungun). Comme le souligne Marta Yáñez Queupumil, l’une des conseillères juridiques du cabinet d’Elisa :

L’utilisation du mapudungun a été révolutionnaire, car les éditions des journaux du 5 juillet ont inclus en première page la salutation en mapudungun « mari mari kom pu che » (bonjour à tous). Après avoir été élue présidente, Elisa est apparue, souriante, avec un drapeau mapuche à la main. L’utilisation des langues autochtones ou le fait que le premier discours d’Elisa en tant que présidente ait été prononcé en mapudungun nous a permis d’ouvrir la voie à un changement historique et culturel au Chili.

Comme l’a déclaré Rayen Cariman, membre du cabinet, dans une interview, « c’était très agréable de voir notre langue occuper la place qu’elle aurait toujours dû occuper, c’est-à-dire celle de langue et d'instrument de communication, et non de pièce de musée ». En ce sens, à travers l’utilisation du mapudungun, ce qui peut être compris comme une leçon de poyewvn a permis la concrétisation de la diversité et de l’interculturalité au-delà des discours politiques.

Online violence

Ainsi, alors que la diversité culturelle au Chili est devenue visible avec Elisa à la tête du débat constitutionnel, les perceptions et attitudes racistes et discriminatoires latentes dans la société, les médias et les réseaux sociaux à l’égard des peuples autochtones sont également apparues au grand jour. Un exemple très clair en est donné dans les déclarations de la constituante Teresa Marinovic, qui a accusé sur Twitter la machi (autorité traditionnelle et spirituelle mapuche) Francisca Linconao de « ne pas rater une occasion de se donner en spectacle », et ce, pour avoir prononcé un discours dans un espace institutionnel dans sa langue maternelle, le mapudungun. Ce type de déclarations illustre parfaitement le fait que les langues autochtones ne semblent acceptables que lorsqu’elles sont utilisées de manière exotique, c’est-à-dire lorsqu’elles n’affectent ni ne critiquent les structures hégémoniques. En revanche, lorsque ces langues servent à se positionner et à s’identifier dans les espaces de pouvoir, à revendiquer ses droits fondamentaux et à mener des activités politiques, elles mettent mal à l’aise ceux qui ont toujours occupé ces espaces de pouvoir.

L’utilisation du mapudungun comme acte de politique et de poyewvn implique une série de risques, tant dans les espaces institutionnels et publics, que sur les réseaux sociaux qui reproduisent les mêmes normes hégémoniques et monolingues se traduisant notamment par un recours à la violence numérique. Pour commencer, il existe une menace pour les droits linguistiques et culturels : à tel point que l’utilisation de la langue et sa présence dans les espaces de pouvoir ont été remises en question par divers secteurs sur les réseaux sociaux hautement interactifs, ce qui porte atteinte aux droits fondamentaux des personnes qui ont choisi de s’exprimer et d'exister dans la langue qui reflète le mieux leur identité.

Un second risque consistait, et consiste toujours, en la matérialisation potentielle de la violence numérique. Twitter a été le réseau social le plus utilisé pour harceler et menacer les membres de la Convention qui parlent le mapudungun, comme Loncon. Des informations personnelles sensibles, telles que son adresse personnelle, ont même été publiées. Les menaces les plus graves contre le cabinet ont été celles reçues et exprimées sur le compte Twitter de l’Assemblée constituante. Faisant référence à cette situation, Loncon commente dans une interview : « Nous pouvons tous nous unir dans notre diversité, mais en nous respectant les uns les autres et sans nous homogénéiser. Un Chili homogénéisé est très néfaste car il n’accepte pas que nous puissions être différents. »

Dans ses discours, Loncon a réaffirmé que les langues ne sont pas des accessoires ou des ornements, mais des éléments épistémiques qui fournissent à celles et ceux qui les parlent un cadre spirituel, culturel, politique et philosophique. Elle a également mis en évidence l’absence de stratégies numériques visant à protéger la dignité et l’intégrité des personnes telles qu’Elisa : celles qui se servent des réseaux sociaux comme d’un espace politique pour mettre en avant des langues qui ont historiquement été victimes de discrimination.

De ces constatations découle une série de recommandations visant à faire d'Internet un espace d'interaction fondé sur le poyewvn, tout en encourageant la diversité linguistique et l’utilisation d’outils numériques déjà existants au service de l’activisme et de la revitalisation au Chili :

La participation de Loncon et de son cabinet au projet de Convention constitutionnelle au Chili marque une nouvelle ère dans les relations historiques entre l’État et les peuples autochtones, mais aussi avec la société en général. Tout en mettant en évidence le racisme systémique qui a rendu invisible l’existence des peuples dans le pays, cette participation a également permis la création d’espaces fondés sur la langue, le dialogue et la mémoire du mapudungun. Ces espaces ont permis de rappeler la force du Wallmapu (le territoire ancestral du peuple mapuche) et sa volonté de dialoguer dans le respect de la diversité des langues et des territoires qui coexistent (et préexistaient) dans ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Chili. 

Comment s’inspirer de ces enseignements pour imaginer des espaces numériques sûrs et diversifiés ? Comment promouvoir l’utilisation de la langue tout en garantissant la sécurité de ceux qui la parlent ? La stratégie de la convention consistant à reconnaître le poyewvn comme une pratique politique interculturelle au service des relations entre les peuples dans les espaces institutionnels et numériques peut constituer un point de départ pour continuer à promouvoir la diversité linguistique sur Internet.

Pour plus d’histoires et d’informations provenant des communautés linguistiques participantes, veuillez consulter la page du projet « Sécurité numérique + Langue »


Dans une économie de petits boulots, les créatifs africains peinent à obtenir des revenus décents

Wed, 08 Apr 2026 11:14:49 +0000 - (source)

Le cadre légal de protection des travailleurs du clic reste embryonnaire

Initialement publié le Global Voices en Français

Image tirée de Freepik. Utilisation libre.

En moins d'une décennie, l'Afrique est devenue l'un des terrains de croissance les plus dynamiques de l'économie créative mondiale. Portés par une démographie jeune, une pénétration rapide du portable et une culture de production audiovisuelle et musicale que le monde entier consomme désormais, des milliers de créateurs numériques  émergent à Lagos, Accra, Dakar, Lomé ou Nairobi. Pourtant, un fossé économique s'installe entre la valeur de ce qui est généré et les revenus des créateurs.

Un marché en croissance, mais des créateurs à l'écart

Sur le continent, pour les 85 % de travailleurs africains relégués à l'informel, la gig economy, aussi appelée ‘l’économie des petits boulot’ représente le nouveau visage de la survie. Pour comprendre ce que vivent les créateurs numériques d'Afrique de l'Ouest, il faut mesurer l'écart entre ce qu'ils produisent et ce qu'ils en retirent. L’Africa Creator Economy Report 2.0, (Rapport sur l'économie des créateurs en Afrique) publié en janvier 2026 par Communiqué et TM Global lors de l’Africa Creators Summit de Lagos, pose le constat suivant: le marché de l’économie des créateurs africains est aujourd'hui évalué à 3 milliards de dollars américains, avec des projections à plus de 17 milliards de dollars américains d'ici 2030.

Le même rapport révèle que six créateurs africains sur dix gagnent moins de 100 dollars américains par mois pour leur travail numérique. Cinquante-quatre pour cent perçoivent moins de 62 dollars américains par mois. Il s'agit par ailleurs d'individus qui produisent les Afrobeats que la plateforme de musique Spotify propulse en tête des charts mondiaux, les visuels qui circulent sur Instagram jusqu'aux agences de tendances parisiennes, les contenus courts qui cartonnent sur TikTok avant d'être répliqués ailleurs sans attribution ni compensation.

Une seule casquette ne suffit plus

Kofi Dotse est un écrivain de voyage, créateur de contenu et producteur créatif basé au Ghana. Il a grandi à Accra en voulant être producteur, ce qu'il est devenu, tout comme créateur de contenu, monteur, négociateur commercial, et, depuis 2025, formateur.

Dans un épisode de son podcast Hors Script enregistré en anglais début 2026, il décrit avec précision le mécanisme qui l'a transformé:

Looking at the current ecosystem, you cannot appear to have just one hat, so a lot of creatives have had to take on several roles within the space.

Au vu de l'écosystème actuel, il semble impossible de se cantonner à une seule casquette ; c'est pourquoi de nombreux créatifs ont dû endosser plusieurs rôles au sein de ce milieu.

Ce modèle offre une réponse à des opportunités professionnelles qui exigent désormais la maîtrise de plusieurs compétences distinctes pour valider un profil.

Mais malgré l'accumulation de toutes ces compétences, les plateformes ne versent que des rémunérations algorithmiques imprévisibles et déconnectées de l'effort réel. Les marques locales, elles-mêmes sous pression budgétaire, cherchent également à obtenir un maximum pour le moins cher possible. En ce qui concerne les consommateurs, l'Africa Creator Economy Report documente que 78 % des jeunes Africains déclarent dépenser très peu pour les expériences culturelles numériques, non par désintérêt, mais par manque de pouvoir d'achat conséquent. La création circule donc librement mais ne se monétise pas à hauteur de sa diffusion. Les créateurs les plus stables tirent aujourd'hui 25 % de leurs revenus de produits numériques, de formations en ligne, de e-books et 14 % du merchandising, selon le même rapport. Ceci représente bien davantage que des paiements directs des plateformes comme Spotify ou YouTube

Par ailleurs, cette montée en compétences a un coût. Chaque heure passée à apprendre la gestion des droits ou la comptabilité est une heure soustraite à la création elle-même. La polyvalence fonctionne comme une taxe invisible prélevée sur le talent.  Elle épuise et pour la majorité de ceux qui n'y parviennent pas, elle installe une précarité permanente, sans contrat, et sans protection sociale.

Quand l'argent ne traverse pas les frontières

Stripe, une plateforme de service financier, est indisponible dans la quasi-totalité des pays d'Afrique subsaharienne francophone. La plate-forme de paiement PayPal est partiellement accessible, avec des restrictions sur les retraits. Pour un créateur basé à Cotonou, Dakar ou Lomé, encaisser un paiement d'un client américain ou européen relève d'un parcours d'obstacles que ses homologues de Berlin ou de Toronto n'imaginent même pas. Cette réalité constitue un point d'étranglement structurel qui annule, dans les faits, une part importante de l'accès au marché mondial.

Face à cette exclusion, des alternatives ont émergé, comme Selar, M-Pesa, Chipper Cash. Une publication du Nestuge Blog les détaille, avec leurs avantages réels et leurs limites. Ces outils sont devenus l'infrastructure réelle d'une économie que les systèmes officiels ont refusé de servir. Pour Douglas Kendyson, fondateur de Selar, il s'agit d'offrir un moyen digne et direct aux créateurs pour monétiser leur savoir-faire à l'échelle mondiale.  Selon une étude publiée dans l’International Journal of Advanced Scientific Research (Revue internationale de recherche scientifique avancée), les créateurs africains qui utilisent ces plateformes affichent des taux d'autonomie entrepreneuriale significativement supérieurs à ceux qui dépendent exclusivement des canaux occidentaux.

Au final, cette économie parallèle évolue en dehors de tout cadre institutionnel, palliant l’absence d’un écosystème structuré et viable. À l'image des réseaux commerciaux informels qui irriguent le continent par-delà les frontières nationales, elle trace sa propre voie là où l'État et le marché global ont échoué à bâtir des infrastructures de connexion. C’est une architecture de la nécessité, aussi résiliente que spontanée.

Données culturelles, profits ailleurs

Une cartographie de la chaîne d'approvisionnement des données africaines révèle que des milliers de travailleurs, principalement en Afrique subsaharienne, filtrent des contenus traumatisants, annotant des jeux de données pour entraîner les intelligences artificielles des grandes plateformes, et contribuent à des systèmes qui ne leur reconnaissent aucun droit. Les auteurs utilisent le terme d’ ‘apartheid numérique’ pour décrire une architecture où l'accès aux outils, aux marchés et à la rémunération reste structurellement inégal selon la géographie.

L'IA générative a ajouté une nouvelle couche d'ironie au tableau. Des initiatives comme Waxal, lancée par Google pour documenter des langues africaines, sollicitent des milliers de contributeurs africains. Mais le piège est structurel car une fois la machine nourrie de ces données open source, elle génère des contenus qui circulent et se monétisent sans que les gardiens originels de la langue n’en perçoivent le moindre dividende. C’est le passage d’une inclusion numérique à un nouvel extractivisme culturel.

La réalité, documentée dans une étude intitulée Data Flows and Colonial Regimes in Africa: A Critical Analysis of the Colonial Futurities Embedded in AI Recommendation Algorithms in Africa ( Flux de données et régimes coloniaux en Afrique : une analyse critique des perspectives coloniales inhérentes aux algorithmes de recommandation basés sur l'IA en Afrique ) montre que ces mêmes modèles servent ensuite à générer des contenus culturels africains — avatars, musiques, visuels qui concurrencent directement les créateurs humains dont le travail a constitué la matière première. Le circuit est fermé car la valeur circule dans un seul sens.

Le cas de Shudu Gram est exemplaire: cette mannequin entièrement numérique, dont l'esthétique reproduit celle d'une femme noire sud-africaine, a été créée et commercialisée par un photographe britannique blanc. Elle a capté des budgets publicitaires substantiels en imitant une culture dont elle ne partage aucune origine.

Construire à côté du système

Sedo Tossou, créatif Béninois, a fondé Sedo+, une plateforme de streaming africaine, sans levée de fonds auprès d'investisseurs extérieurs. Dans un secteur obsédé par les métriques de croissance, ce choix est en réalité une position politique. Dans un entretien accordé au podcast Hors Script et lors d'une table ronde à Lomé, il en explicite la logique avec une clarté qui dérange les récits dominants de la tech africaine:

Si tu n'as pas le pouvoir de l'argent, il faut que tu développes le pouvoir de la communauté. Le capital étranger cherche rarement à financer les récits africains et cherche à en contrôler le cadre. Cette distinction est fondamentale.

Son diagnostic sur l'écosystème porte sur la structure, notamment la rigueur contractuelle, la maîtrise des droits, la capacité institutionnelle à protéger ce qu'on crée. Cette structure se construit souvent contre un environnement qui décourage l'informalité sans offrir de véritable passerelle vers le secteur formel. Au cœur de cette mutation, les spécialistes de l’éducation par le divertissement occupent désormais une place stratégique. Leur succès repose sur la capacité à hybrider le savoir et le récit pour protéger leur valeur, la rendant illisible aux yeux d'un marché qui cherche pourtant à tout prix à la quantifier.

Qui captera les 17 milliards de dollars en 2030?

En 2020, une étude de l'agence allemande de développement, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) intitulée La gouvernance de l'économie de plateforme dans les pays en développement et émergents soulignait déjà l'absence d'un cadre réglementaire africain robuste. Faute de régulation sur les données, le droit du travail numérique et la fiscalité, la valeur générée sur le continent risque structurellement d'être captée par des acteurs extérieurs. Trois ans plus tard, en 2023, une étude des professeurs Tom Kwanya et Kutoma J. Wakunuma sur la régulation des plateformes au Kenya montre que même dans les pays les plus avancés sur ce terrain, le cadre légal de protection des travailleurs du clic reste embryonnaire.

Trois chantiers sont régulièrement identifiés comme non négociables par les acteurs du secteur. D'abord, une souveraineté des données culturelles car lorsque du contenu africain sert à entraîner des modèles d'IA, les créateurs originaux doivent être identifiés, tracés, rémunérés. Ensuite, une protection des travailleurs du clic puisque la modération de contenu est un travail qui mérite un salaire décent, une couverture sociale, une reconnaissance légale, pas un accord de sous-traitance dissimulé derrière trois couches de prestataires. Enfin, une équité salariale internationale en ce qui concerne le différentiel géographique de rémunération est un choix structurel.

Sans ces trois changements en profondeur, les créatifs africains continueront de voir le fruit de leur travail leur échapper au profit d'autres acteurs non-africains.

Ce reportage a été soutenu par Africa No Filter dans le cadre du Work Reimagined Storylab.


Un roman dit ce que le journalisme contourne: “Le Sang du Pouvoir” du togolais Hubert Kolani plonge dans les abysses du pouvoir africain

Fri, 03 Apr 2026 06:20:54 +0000 - (source)

Dans la politique africaine le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache.

Initialement publié le Global Voices en Français

Photo de Hubert Kolani, utilisée avec permission

Dans un monde où la liberté d’expression est menacée, la parole critique se fait rare. Et quand les journalistes et essayistes s'exposent à des risques réels en abordant les arcanes du pouvoir, la fiction devient une solution alternative.

C'est le pari qu'a fait Hubert Kolani, juriste de formation et jeune écrivain togolais dans sa première œuvre, Le Sang du Pouvoir. Dans ce roman, il explore sans détour les rouages inquiétants de la politique africaine qu'il nomme la « Dark-politique » : les luttes d'influence, les sacrifices humains, et les liens troubles entre pouvoir et spiritualité.

L'auteur revendique le roman comme un espace de liberté où des vérités inavouables s'incarnent dans des personnages de fiction. Premier tome d’une série, Le Sang du Pouvoir est centré sur une figure féminine forte et complexe qui refuse pourtant le misérabilisme trop souvent accolé aux récits africains, comme il l'explique à Global Voices.

Jean Sovon (JS): Pourquoi faire le choix du roman pour parler du pouvoir politique en Afrique?

Hubert Kolani (HK): Je pense que le roman reste un excellent moyen de parler de sujets aussi sensibles que le pouvoir politique en Afrique. Il laisse à l’auteur une liberté de parole que l’essai ou le journalisme ne donnent pas. Je peux dire que la fiction est pour beaucoup d’auteurs un bouclier. Elle permet de dire des vérités sans désigner nommément des acteurs et de raconter des réalités que les gens vivent sans oser forcément les formuler. Le romancier est dans ce cadre-là, un peu plus protégé. Le journaliste doit quant à lui toujours se référer à des faits vérifiables. L’essayiste doit prendre clairement position sur son sujet. Le roman fait appel à des personnages imaginaires dont les douleurs, les peurs, les aventures sont pourtant bien réelles. La fiction permet d’aller là où ni le journaliste ni l’essayiste ne peuvent aller, surtout lorsque qu'on essaie de décrire le côté un peu sombre du pouvoir politique en Afrique, sujet alambiqué dont le roman peut plus facilement capter la complexité.

JS: Votre livre dit-il des choses qu’un autre format n’aurait pas pu dire ?

HK : Oui, absolument. Et c’est pour cette raison en particulier que j’ai choisi de devenir romancier. Parler de sujets politiques sous certains cieux c’est se dessiner une cible dans le dos. Dans nos sociétés africaines, la parole publique est souvent surveillée, canalisée. Un journaliste qui enquête sur les arcanes du pouvoir prend des risques, un essayiste qui parle de ce genre de sujets peut se voir censurer. Le roman reste une histoire qui peut être lue et discutée sans que personne ne soit directement mis en cause. Ce que la parole contrainte a empêché de dire hier, la fiction peut le dire aujourd’hui.

En image, Hubert Kolani : Photo utilisée avec permission

JS  : Quelles sont les thématiques abordées dans votre roman ?

HK : Au-delà, des intrigues politiques, des amitiés brisées et des choix déchirants, vous trouverez dans ce roman la résilience féminine. C'est un clin d’œil à la femme africaine, forte et déterminée capable de surmonter les pires épreuves pour sauver sa vie et celle de sa famille. Je parle aussi du mysticisme dans sa forme la plus noire et la plus horrible. Il s’agit d’une réalité vécue, et très souvent tue, et loin d'un folklore pittoresque. Dans la politique africaine le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache. J'ai abordé également l’amour, un puissant amour maternel et un fort amour charnel. Que serions-nous dans ce monde de brutes sans un peu d’amour ?

JS : Votre génération perçoit-elle le pouvoir politique différemment de celle qui l’a précédée ?

HK : Ma génération s’intéresse déjà bien plus au sujet politique et le conçoit dans une approche bien différente de la génération passée. La génération de nos pères a longtemps pensé la politique comme une affaire de fidélité communautaire. Ils ont grandi dans un système où la parole critique se faisait rare et où le silence était une forme de protection. Notre génération, grâce à l’avènement d’internet et des réseaux sociaux voit ce qui se passe ailleurs, compare et questionne et n’est plus dans l’acceptation silencieuse. Dans ce roman, je définis la politique de deux manières: concrètement en terme d’organisation de la société et de recherche de l’intérêt commun, et de façon plus abstraite, en y décrivant les luttes d’influence, les douleurs, les sacrifices, les peurs, et les liens que la politique a avec la spiritualité en Afrique. En un mot: la Dark-politique: ce sujet est souvent évoqué tel des murmures dans des vases clos, j’ai voulu à travers cette œuvre , m’en faire l’écho.

JS: Quel portrait tirez-vous de l’Afrique?

HK : Beaucoup font l’erreur de ne décrire à propos de l’Afrique que du misérabilisme, des crises, du sous-développement, de la pauvreté, du pessimisme, de la noirceur. Ces maux, certes, minent le quotidien de la plupart des Africains, mais notre génération rêve d’une Afrique nouvelle, riche et prospère. Une Afrique dans laquelle chaque Africain pourra vivre ses rêves – un rêve qui ne soit pas une vie en Occident, fusse-t-elle médiocre. J'évite donc de décrire cette Afrique pauvre et enrhumée de douleur. Je reste convaincu que l’Afrique est un continent de vie. C’est pour cela qu’à travers cette œuvre, vous découvrirez des personnages qui rient, qui aiment, qui doutent, qui rêvent. Vous y trouverez des familles, des amitiés, de la complicité, de l’amour. La dame de fer qui donne son titre à ce premier tome n’est pas seulement une figure de force et de détermination, c’est une femme avec ses fragilités, ses blessures, ses contradictions. A travers elle, je montre également que le pouvoir ne transforme pas forcément en monstres ceux qui le détiennent comme beaucoup le pensent, mais plutôt que le pouvoir fait naître en certains de ceux qui l’exercent, de nouvelles personnes perverties par des systèmes. J’ai toujours voulu être cet écrivain qui cherche à comprendre avant de juger, qui veut montrer la complexité avant de condamner.

JS : Votre roman a-t-il ambition de changer les lectrices et lecteurs? 

HK : Si ce roman a vocation à changer une chose dans l’esprit des lecteurs, c’est tout d’abord leur mentalité ; notre façon à nous tous de concevoir la politique. L'ouvrage n’a pas vocation à donner de leçon mais de transformer notre société pour la rendre plus juste, plus libre, plus fraternelle. La Dark-politique est un univers de violence, de massacres, de tueries, de peines et de douleurs mais en même temps, le lecteur y trouve les aspirations enfouies d’un homme profondément amoureux de l’Afrique. Ce livre espère toucher les cœurs pour que tous ensemble nous essayons de redonner un peu d’humanité au paysage politique en général et africain en particulier. La politique doit rester un débat d’idées dans la construction du destin collectif.  Il s'agit donc d’un livre qui décrit la réalité crue du pouvoir, le côté sombre de la politique africaine, dans un univers romanesque enivrant et haletant. Une merveilleuse histoire qui tient en haleine de la première à la dernière page. Le roman invite à la réflexion, au débat et peut-être à une forme de guérison par la parole.

Quelqu’un m’a dit un jour que “le pouvoir se paie toujours d’un prix”, “Qu’on ne fait pas de la politique pour aller au paradis”: que chacun y comprenne ce qu’il peut. Pour moi, Le sang du pouvoir reste simplement une histoire, et à chacun d’y trouver sa propre vérité.

 


La culture populaire japonaise contient beaucoup de contenu sexuel, alors que l’éducation sexuelle reste insuffisante.

Tue, 31 Mar 2026 15:24:19 +0000 - (source)

Alors que les images sexuelles sont partout, les écoles japonaises considèrent toujours le sexe comme un problème de reproduction biologique

Initialement publié le Global Voices en Français

Adult magazines are displayed outside a bookstore in Tokyo, Japan. Photo taken by Jo Carter. Used with permission.

Des magazines pour adultes sont exposés à l’extérieur d’une librairie à Tokyo, au Japon. Photo prise par Jo Carter. Utilisée avec permission.

Des images sexualisées mettant en scène des corps féminins saturent les espaces publics au Japon, des couvertures de magazines dans les supérettes aux panneaux publicitaires dans les rues et sont devenues largement banalisées.

En octobre 2025, une pétition sur Change.org intitulée « Protégeons l’avenir de nos enfants — Dites non aux magazines sexuellement explicites dans les supérettes » a recueilli plus de 5 000 signatures, appelant les magasins à retirer ces magazines pour adultes afin de protéger les mineurs. Elle soutient que ce contenu explicite constitue une forme de harcèlement sexuel et aura un impact négatif sur les enfants dans la construction de leur identité.

À peu près à la même époque, l’écrivaine Emi S. a partagé ses réflexions sur son blog Medium :

When I was a child, I remember seeing billboards with women’s faces and prices displayed beside them. And yet, I don’t recall feeling any discomfort at the time. Because it was simply there — treated as something normal.

Quand j’étais enfant, je me souviens avoir vu des panneaux publicitaires avec des visages de femmes et des prix affichés à côté. Et pourtant, je ne me rappelle pas avoir été gênée à l’époque. Parce que c’était simplement là — considéré comme quelque chose de normal.

Emi S. a souligné un point important concernant la normalisation de l’objectivation des femmes dans la culture populaire japonaise. Beaucoup de femmes acceptent les images sexualisées comme si elles étaient normales, au point de ne pas remettre en question cette norme, et lorsque certaines expriment leur malaise, leurs voix sont écartées comme étant une exagération.

Images sexualisées et culture populaire japonaise

Mais d’où vient cette norme ? Après la guerre, l’essor des médias et de la culture populaire au Japon a favorisé le développement d’un environnement visuel dominé par les mangas, les animés et la presse écrite. Par ailleurs, l’expansion des supérettes dans les années 1980 et 1990 a facilité l’accès aux magazines, y compris aux publications à caractère pornographique, dans la vie quotidienne.

Selon une enquête de 1989 citée par Nippon.com, 92,3 % des supérettes vendaient des magazines pornographiques. Par la suite, l’essor de l’esthétique moe dans les animés et les mangas a davantage perturbé la frontière entre divertissement et érotisme. Cela se manifeste notamment dans le développement du contenu « lolicon », où des personnages féminins jeunes ou d’apparence enfantine sont sexualisés.

Le profit a été le principal moteur du marché de l’érotisme, les magazines pour adultes assurant des revenus réguliers à de nombreux magasins. Cependant, avant les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020, les grandes chaînes de supérettes japonaises — 7-Eleven, Lawson et FamilyMart — ont annoncé l’arrêt de la vente de ces magazines dans tout le pays. Cette décision, visant à rendre les magasins plus accueillants pour les femmes et les enfants et à préserver l’image du Japon auprès des touristes, a marqué un changement symbolique important.

Cette décision a suscité des réactions partagées en ligne. Les partisans y ont vu un progrès attendu depuis longtemps vers une meilleure prise en compte de la sensibilité de genre dans l’espace public. Les critiques, en revanche, l’ont jugée symbolique, estimant que le Japon n’avait agi que sous la pression d'un examen étranger. Un utilisateur, @asitafukukazen, a écrit sur X en réaction à ce changement en 2019 :

今まで散々女性が苦言を呈しても動かなかったのに、客が来れば国主導でホイホイ動く。女性軽視の社会なのは歴然。

Women have been complaining for years, but nothing changed until the Olympics. That shows how little this country values women’s voices.

Depuis des années, les femmes se plaignent, mais rien n'a changé avant les Jeux olympiques. Cela montre à quel point ce pays accorde peu d'importance à la parole des femmes.

Bien que les images sexuelles soient devenues moins visibles dans les principales supérettes, elles restent des éléments importants de la culture populaire et des espaces publics au Japon. Ces dernières années, des inquiétudes ont également été soulevées concernant la présence de publicités à caractère suggestif sur des sites non destinés aux adultes, ainsi que l’exposition des enfants à des contenus sexualisés dans les jeux, les mangas et d’autres médias communautaires.

Cependant, les appels ont davantage des restrictions comme la mise en place de zones dédiées ou le contrôle de l’âge pour l’accès aux contenus sexuels, en ligne comme hors ligne ont souvent suscité des réactions négatives, certains critiques estimant que ces mesures relèvent de la censure.

Le sexe reste un tabou à l'école et dans la Société

Le débat sur la liberté d’expression et le droit de ne pas être déshumanisé, autour de l’exposition publique d’images érotiques et sexuelles, se poursuit depuis des années sans parvenir à une entente.

Pourtant, même si la sexualisation reste courante, les discussions éducatives sur la sexualité et le consentement sont insuffisantes dans le système scolaire japonais. Aujourd’hui, les cours considèrent encore le sexe principalement comme un phénomène biologique lié à la reproduction. Les cours d’éducation sexuelle sont souvent séparés par genre : les filles étudient la menstruation, tandis que les garçons assistent à des cours de santé générale ou de sport. Les sujets tels que le consentement, les pratiques sexuelles sûres, les relations saines ou les orientations sexuelles sont très peu abordés.

Le programme éducatif séparé par genre renforce l’idée que le savoir sur la sexualité est quelque chose de genré, privé, honteux, voire inutile. Comme l’explique le blogueur Musashi sur Medium :

Japanese sexual education tends to reinforce old norms and stereotypes regarding gender roles. […] The narrative often emphasizes the differences between genders and underscores that men and women are to fulfill distinct roles.

L’éducation sexuelle au Japon tend à renforcer les anciens normes et stéréotypes liés aux rôles de genre. […] Le discours met souvent en avant les différences entre les sexes et souligne que les hommes et les femmes doivent remplir des rôles distincts.

En conséquence, encore aujourd’hui, certaines personnes au Japon considèrent les menstruations comme privé et embarrassant plutôt que comme un enjeu de santé publique, comme l’a souligné la députée Ayaka Yoshida.

Le 1er septembre 2025, une pétition nationale intitulée « Abolir les directives restrictives du ministère de l’Éducation sur l’éducation sexuelle : pour une éducation sexuelle réaliste et inclusive au Japon » a été lancée sur Change.org. Elle appelle à supprimer ces directives, connues sous le nom de « Clause Hadome » (はどめ規定), qui suggèrent que les cours en classe sur la sexualité n’ont pas à aborder « le processus menant à la fécondation » ni « le déroulement de la grossesse ».

Les autorités affirment toutefois que ces directives laissent aux établissements scolaires une certaine liberté pour décider de la profondeur à donner à leurs cours d’éducation sexuelle.

En effet, dans une société où les images à caractère sexuel font désormais partie du quotidien, une éducation sexuelle plus complète s’impose afin de limiter les stéréotypes liés au genre et à la sexualité. Comme le suggèrent les études en psychologie des médias, l'exposition répétée à des contenus sexuellement objectivants peut façonner la vision qu'ont les spectateurs des rôles de genre et des relations.

Au Japon, les blagues sexuelles mal placées, les commentaires sur l'apparence et les préjugés sur le comportement des femmes sont fréquents sur les lieux de travail et dans les écoles. Chez les adolescents, l’exposition répétée à des contenus érotisés dans l’espace public peut atténuer leur sensibilité à ce qui relève d’un comportement respectueux ou inapproprié. Cela contribue à renforcer les stéréotypes et peut même banaliser, dès le plus jeune âge, le harcèlement sexuel et la stigmatisation liée au corps.

Ces agissements sont fréquents. Par exemple, une jeune fille de 14 ans s'est plainte sur un forum en ligne pour adolescents que les garçons commentaient souvent sa poitrine, lui demandant : « Tu n'as pas honte de ta forte poitrine? » et que même les professeurs semblaient regarder sa poitrine avant son visage. Ses messages ont eu largement des conséquences de la part de ses camarades, mais ont également suscité plusieurs blagues sexistes surtout de la part des garçons.

Dans un tel environnement, les femmes sont plus susceptibles de se considérer comme un objet en considérant l’attractivité sexuelle comme un critère principal de leur valeur.

Le défi pour le Japon est de concilier le désir de préserver la liberté d’expression créative et érotique avec la nécessité de garantir que les espaces publics respectent la diversité des individus. Une première étape pourrait consister à introduire un programme d’éducation sexuelle plus ouvert, plus complet et plus inclusif.


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