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Films interdits : la Russie censure des films discréditant les célèbres « valeurs traditionnelles »

Tue, 19 May 2026 17:10:39 +0000 - (source)

Un film sur les procès de Nuremberg interdit avant même que la loi soit promulguée

Initialement publié le Global Voices en Français

 

creenshot taken from the official trailer of the film “Nuremberg,” via the Sony Pictures Classics YouTube channel; fair use.

Capture d'écran tirée de la bande-annonce officielle du film « Nuremberg », via la chaîne YouTube Nour Films. Utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en russe.]

Le 1er mars 2026 est entrée en vigueur une loi en Russie interdisant la distribution et la projection de films qui peuvent être considérés comme discréditant à l'égard des « valeurs spirituelles et morales traditionnelles russes ». Selon ces nouveaux articles, le Ministère de la Culture aura le pouvoir de refuser des licences de distribution de projection de films jugés contraires à ces valeurs ou qui «­ favorisent leur discréditation ». Cette loi s'applique également aux services de streaming et aux réseaux sociaux.

Selon des médias russes, la loi s'appliquera à la fois aux films étrangers et aux films nationaux. De nombreux films hollywoodiens bien connus sont considérés comme à risque, y compris des œuvres de réalisateurs comme David Fincher, Quentin Tarantino et Martin Scorsese. Les autorités accorderont une attention particulière aux films pouvant être interprétés comme promoteurs de « relations non traditionnelles » ou « rejetant les valeurs familiales ».

En Russie, les services de streaming étrangers ne fonctionnent plus [en] depuis le début de l'invasion russe en Ukraine. Toutefois, les services de streaming nationaux restent populaires, et le streaming illégal de contenu piraté, lui, est en augmentation. Poutine a promulgué une loi en juin 2024 qui assouplit les sanctions pour violation du droit d'auteur.

Les services de streaming vont sûrement devoir supprimer beaucoup de films. Selon les observations de Radio Svoboda, les « valeurs traditionnelles » mentionnées dans cette loi comprennent : le patriotisme, l'esprit civique, le service à la patrie et la responsabilité quant à son destin, mais aussi avoir des idéaux moraux exemplaires, une famille forte, un travail productif et une priorité du spirituel sur les biens matériels.

On ne sait pas encore quels films en particulier seront ciblés, bien que la société de production de film World Pictures a confirmé que le film « Nuremberg »[fr] sorti en 2025, dont la première diffusion était prévue le 19 mars 2026, ne sortira pas dans les cinémas russes car le ministère de la Culture a refusé de fournir la licence de distribution. Pour expliquer sa décision, le ministère de la Culture se réfère au paragraphe 19, alinéa Z, des lois régissant la délivrance de licence de distribution, qui mentionne « d'autres cas définis par les lois fédérales ».

Ce drame historique réalisé par James Vanderbilt, raconte l'histoire des procès des dirigeants de l'Allemagne nazie après la Seconde Guerre mondiale. Le film est inspiré du livre « Le Nazi et le Psychiatre » [en] de Jack El-Hai, il suit l'histoire du psychiatre Douglas Kelley, qui doit déterminer si Hermann Göring et les autres associées d'Hitler sont aptes à subir un procès.

Le succès du Festival du film de Sundance [en] « Libre Échange » [fr] a été l'un des premiers films dont la sortie en Russie aurait été refusée en vertu de la nouvelle loi à cause de « sa représentation discréditante des valeurs spirituelles et morales traditionnelles ». Le film, réalisé par Michael Angelo Covino, est une réflexion humoristique sur les relations ouvertes après quarante ans, sur la crise de la quarantaine et sur l'expérimentation sexuelle. Selon Film.ru, il y a un an à peine, un film comme celui-ci aurait probablement été dans les salles de cinéma russes sans aucun problème.

Le public russe a également manqué le nouveau film du réalisateur iranien Jafar Panahi [fr], « Un simple accident » [fr], qui a gagné la Palme d'Or [fr] au dernier Festival de Cannes. Sa sortie officielle au cinéma en Russie était prévue pour octobre 2025.

« Un simple accident » n'a pas été approuvé pour plusieurs raisons. Les agents du ministère de la Culture ont déclaré que le film « comprenait du contenu qui va à l'encontre de la législation russe », incluant la promotion de la violence, de l'extrémisme et des relations sexuelles non traditionnelles.

L'histoire suit Vahid, un ancien prisonnier politique, qui va avoir l'occasion de se venger de ses agresseurs. Un jour, une famille amène leur voiture dans le garage où il travaille. Vahid reconnaît clairement l'un d'entre eux, et après avoir élaboré un plan pour se venger, il commence à douter si l'exécuter est la bonne décision.

« Les Parents sont là, tout près », un documentaire réalisé par Lioubov Arkus [en], experte en cinéma, réalisatrice et fondatrice du journal Seans [en], n'a pas non plus été approuvé par le Ministère de la Culture en 2025. C'est le premier et seul film documentaire, du moins connu publiquement, à s'être vu refusé une licence de distribution.

Arkus, elle-même, a expliqué la situation sur les réseaux sociaux : « Mon film s'est vu refuser la licence de distribution. Il a été retiré des programmes des festivals alors qu'il était déjà annoncé, et même inclus dans les publicités. C'est pas ça qui m'énerve le plus. Le plus horrible, c'est que je ne suis pas autorisée à le diffuser. »

« Les Parents sont là, tout près » est la préquelle d'un autre film documentaire « Anton est ici, tout près » [fr] sorti en 2012. Il raconte l'histoire d'un jeune homme vivant avec un trouble du spectre autistique. Arkus est la fondatrice du premier centre d'aide pour les personnes atteintes d'autisme.

La sortie en Russie de la comédie romantique « Plan à trois » [fr] avec Zoey Deutch, dont la première diffusion était prévue début septembre 2025, a également été annulée. Comme pour « Libre Échange », la raison officielle du refus de licence n'a pas été annoncée. Le film tourne autour du personnage de Connor (Jonah Hauer-King), qui se retrouve relégué au rang d'ami par Olivia (Zoey Deutch). Espérant la rendre jalouse, Connor décide de commencer à fréquenter une amie commune, Jenny (Jenny Brooks). Le triangle amoureux entraîne contre toute attente deux grossesses surprises.

Selon Film.ru, les agents du ministère n'ont pas été autant dérangés que ça par l'idée de relations ouvertes, mais plus par le style de vie chaotique des personnages eux-mêmes, qui pourrait représenter des « valeurs spirituelles et morales non traditionnelles ».

Plusieurs autres films ont été interdits avant même que la loi ne soit en vigueur. Le ministère de la Culture a refusé d'approuver des licences de distribution à la comédie d'Armando Iannucci « La Mort de Staline » [fr], ainsi qu'à « Love » [fr] réalisé par Gaspar Noé. Mais aussi aux films du « project Dau » [fr] d'Ilia Khrjanovsky, supposément à cause de « promotion de contenus pornographiques » et au film de Paul Verhoeven « Benedetta » [fr]. Le film « Fairytale » [fr] réalisé par Alexandre Sokourov a été interdit pour les mêmes raisons que « Nuremberg ». Les agents du ministère de la Culture mentionnent « d'autres cas définis par les lois fédérales ».


Inondations volcaniques à Buea : le Mont Fako menace le Sud-Ouest du Cameroun

Tue, 19 May 2026 17:04:38 +0000 - (source)

Les lahars surviennent lorsque des matériaux volcaniques meubles sont emportés après de longues périodes de sécheresse.

Initialement publié le Global Voices en Français

Mount Cameroon view from Buea, Cameroon.

Vue du Mont Cameroun surplombant la ville de Buea sous un ciel dégagé. Image de Wikimedia Commons par Yona Tientcheu. CC BY-SA 4.0

C’est un jeudi noir pour Clara Efande, résidente du quartier Bonduma à Buea. Alors qu’elle se rend à son église pour sa réunion de prière hebdomadaire, elle doit brusquement changer ses plans : une nappe d’eau noire et visqueuse encercle totalement l’édifice. Des inondations frappent actuellement plusieurs secteurs de Buea, le chef-lieu de la région du Sud-Ouest, et son église située à Bokwai se trouve justement en plein cœur d'une zone sinistrée. Une eau chargée de débris recouvre tout sur son passage, depuis la route bitumée jusqu’au flanc de colline où est bâtie l’église en bois. Ce désastre n’est pas causé par la pluie, mais par un lahar — un flot rapide d’eau, de cendres volcaniques et de débris — qui descend du Mont Fako vers les communautés environnantes ce jeudi 2 avril 2026, pour la troisième fois en seulement six ans.

Les experts expliquent que ces lahars, de véritables coulées de boue volcanique, se déclenchent parce que des matériaux instables accumulés sur les pentes du volcan sont emportés par des pluies soudaines après de longues périodes de sécheresse. Même si le volcan est considéré comme inactif, ses flancs restent en perpétuel mouvement.

Située sur la côte du golfe de Guinée, Buea, capitale régionale du Sud-Ouest du Cameroun, abrite le plus haut sommet d’Afrique de l'Ouest et Centrale : le Mont Cameroun, aussi appelé Mont Fako. Le relief culmine à une altitude de 4 095 mètres (13 435 pieds). La ville s'étend sur le flanc sud-est de la montagne, là même où des sentiers sont tracés chaque année pour la célèbre Course de l'Espoir (Ascension du Mont Cameroun).

Une menace silencieuse

Depuis sa dernière éruption en l'an 2000, le volcan semble s'être endormi. Mais ce calme est trompeur : le 24 mars 2020, après une courte averse, les habitants de Buea assistent, impuissants, à une brusque déferlante d'eau noire. Le sinistre touche alors de plein fouet des quartiers comme Bonduma, Sandpit, Bokwai, Bokoko, Great Soppo, Buea Town, and Bokwango. Trois ans plus tard, le 18 mars, un autre lahar sème la mort : deux personnes perdent la vie et quatre sont blessées. Selon un rapport de 2023 du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, ce drame affecte directement près de 900 personnes dans les quartiers de Bova, Bokwai et Buea Town. Et avant même que la population ne puisse réaliser ce qui lui arrive, un nouveau lahar frappe en avril de cette année.

Ce troisième incident, survenu quasiment sans prévenir, paralyse toute circulation pendant des heures. Pascaline Mupian confie ainsi son désarroi à Global Voices :

 Je ne peux pas rentrer chez moi par mon chemin habituel car ma route est totalement inondée. J'attends un moment, mais en voyant l'intensité de la situation, je cherche un autre moyen de regagner mon domicile.

Pascaline explique également qu'elle possède une plantation. Le lahar coule juste à côté, y déversant des bouteilles et divers déchets ménagers. C’est un calvaire : chaque fois qu’elle retourne au champ après une coulée, sa charge de travail explose. Elle doit d’abord ramasser tous ces détritus qui détruisent la fertilité du sol avant même de pouvoir commencer ses travaux agricoles. D'autres ont encore moins de chance et passent des heures à évacuer l'eau de leurs maisons pour un grand nettoyage de fortune.

Les résidents des quartiers touchés témoignent d'un changement inquiétant lors de cette dernière catastrophe. L'eau se déplace beaucoup plus vite et atteint des zones autrefois épargnées. Contrairement aux deux premières fois, le flot s'engouffre désormais dans des quartiers éloignés comme Molyko. Au Lycée Bilingue de Molyko, les élèves n'ont pas d'autre choix que de marcher dans l'eau qui envahit déjà une bonne partie de l'établissement. « Il m'est impossible de retourner en classe depuis le laboratoire de chimie sans me mettre à l'eau », raconte Faahnui Ghogomu, un élève du lycée.

L'origine des lahars

Si beaucoup confondent les lahars avec des crues soudaines, les experts marquent une distinction nette : les crues naissent de pluies intenses qui provoquent un ruissellement rapide, tandis que les lahars tirent leur origine des dépôts volcaniques meubles. Selon les spécialistes, ce cycle de lahars qui s'écoulent au début de la saison des pluies s'explique par l'interaction de processus environnementaux, sur fond de saison sèche prolongée. Pelagie Limunga, environnementaliste et chercheuse à l’Université de Buea, explique à Global Voices :

Ces premières pluies causent souvent un fort ruissellement car le sol est, au départ, incapable d’absorber l’eau efficacement. Parallèlement, l’altération climatique durant la saison sèche laisse des sédiments volcaniques fragiles sur les pentes et dans les canaux de drainage, qui sont alors facilement emportés par la pluie.

Elle réfute toute hypothèse d'un regain d'activité volcanique, précisant que les lahars sont une « remobilisation de sédiments volcaniques causée par la pluie, plutôt qu'une quelconque forme de réactivation éruptive ».

Pelagie Limunga ajoute également que les zones vulnérables de Buea sont « fortement marquées par la topographie et par l'interaction entre les modes d'implantation humaine et les systèmes de drainage naturels ». Elle précise que ces secteurs se situent le long de pentes raides et de couloirs d'écoulement naturels descendant du Mont Cameroun. Cela concerne des communautés telles que Buea Town, Bokwai, Bokoko, Great Soppo, Sandpit and Bova.

La réaction des autorités

Suite à l'incident de cette année, le délégué régional de la Recherche Scientifique et de l'Innovation pour le Sud-Ouest, George Mafany Teke, appelle les résidents au calme tout en décrivant l'écoulement du lahar comme un processus naturel. Il conseille aux citoyens d'éviter de construire à proximité des cours d'eau et de se tenir loin des ravins en cas de pluie.

L’Observatoire national des changements climatiques (ONACC) publie régulièrement un bulletin décadaire national qui présente des prévisions météorologiques basées sur des relevés précis. Le 1er avril 2026, le bulletin publié sur leur page Facebook officielle prévoit bien des inondations dans la région du Sud-Ouest, mais selon leurs prévisions, la ville de Buea ne figure pas parmi les zones potentiellement touchées. Pourtant, les experts soutiennent que plusieurs indicateurs précoces peuvent aider à prédire ces écoulements dangereux : des pluies d’une intensité inhabituelle, une montée rapide du niveau des ruisseaux, une érosion active sur les flancs de colline, l'obstruction des canaux de drainage ou encore l'apparition soudaine d'eau boueuse venant des hauteurs. Ils insistent sur le fait que « la sensibilisation des communautés à ces indicateurs reste essentielle pour une intervention rapide ».

Alors que la communauté locale est aux prises avec les répercussions sociales et environnementales de ces coulées violentes, l'incertitude plane sur la nature ou l'intensité du prochain lahar. Les experts révèlent en effet que de futurs incidents sont fort probables, au vu des tendances environnementales et socio-spatiales actuelles. Pelagie Limunga explique ainsi que la variabilité croissante des précipitations contribue à multiplier les épisodes de ruissellement sur de plus courtes périodes. Elle ajoute que l'expansion urbaine accentue également ce phénomène.

Bien qu’il existe des cartes des risques de glissements de terrain et de menaces sur les pentes à Buea, plusieurs obstacles persistent : un accès limité, des données obsolètes et une absence de cartographie détaillée au niveau des quartiers. Résultat, de nombreuses communautés restent exposées, car les informations sur les risques ne permettent pas de savoir précisément où et comment construire, ni comment se préparer aux catastrophes. S’il reste une lueur d'espoir dans le fait que les lahars ne sont pas forcément précurseurs d'éruptions volcaniques, une peur de l'inconnu bien plus grande persiste : les populations vulnérables ne sont pas suffisamment informées, alors que des lahars plus violents risquent encore de se produire dans les années à venir.


Barbade : le secteur de la pêche à l’épreuve du choc climatique

Mon, 18 May 2026 15:56:07 +0000 - (source)

Sensibiliser le public est essentiel pour garantir une pêche durable aux générations futures

Initialement publié le Global Voices en Français

Fishing vessels in Barbados waters. Photo by Linton Arneaud, used with permission.

Navires de pêche dans les eaux de la Barbade. Photo de Linton Arneaud, utilisée avec autorisation.

Par Temeka Maxime, Simone Merchant, Dania Greaves, Martin Weekes et Linton Arneaud

Alors que les ports des Caraïbes tentent encore de panser les plaies laissées par les ouragans Beryl (2024) et Melissa (2025), une menace plus insidieuse assombrit l’horizon. Au-delà de la fureur des vents, c'est une étrange marée d'or qui paralyse l’archipel : les sargasses. Ces bancs d'algues cyclopéens, qui étouffent les rivages et grippent les moteurs, sont devenus le visage tangible d’une crise qui bouscule tout l’équilibre halieutique de la région.

La géographie de la région la condamne à être en première ligne. Le moteur de ce chaos ? La surchauffe des océans. Cette chaleur accumulée agit comme un carburant pour les cyclones, leur injectant une force destructrice inédite. Mais ce n'est pas tout : combinée au rejet massif de nutriments par l'homme, elle transforme l'Atlantique en une serre géante où les sargasses prolifèrent de manière incontrôlée.

Thick sargassum mats offshore (east St. Lucia) and onshore (east Barbados). For Barbados fisherfolk, it is both a curse and an opportunity. Photo on the left by Steve McLoughlin (2025), used with permission. Photo on the right by Linton Arneaud (2022), used with permission.

D’épais tapis de sargasses au large (est de Sainte-Lucie) et sur le rivage (est de la Barbade). Pour les pêcheurs bardiens, ces algues sont à la fois un fléau et une opportunité. Photo de gauche : Steve McLoughlin (2025) ; photo de droite : Linton Arneaud (2022). Utilisées avec autorisation.

En faible quantité, les sargasses sont une bénédiction : elles constituent un garde-manger vital, un sanctuaire et une nurserie naturelle pour une multitude d'espèces. C'est là que s'abritent les jeunes coryphènes (Coryphaena hippurus) et que dérivent les œufs et larves de l’exocet hirondelle. Mais aujourd'hui, cette prolifération hors de contrôle asphyxie l'écosystème : en occultant la lumière, ces tapis d'algues brisent la productivité des récifs coralliens et des herbiers marins. Or, la survie des populations de poissons dans les Caraïbes dépend de la santé de ces habitats ; leur dégradation frappe donc le secteur de la pêche en plein cœur.

Pour les pêcheurs bardiens, cette “marée d'or” est un cadeau empoisonné. Près des côtes, c'est une nuisance fétide qui paralyse les ports, obstruant les prises d'eau des moteurs et broyant les hélices. Pourtant, au large, ces mêmes bancs d'algues se muent en mines d'or flottantes : les jeunes coryphènes y sont si faciles à capturer que les prélèvements atteignent des seuils critiques.

Ce déséquilibre — entre la raréfaction de certaines espèces et la surpêche des juvéniles de coryphènes agglutinés sous les sargasses — menace bien plus que la dynamique des stocks. C'est la viabilité économique de toute une filière qui vacille. À la Barbade, la pêche est un pilier social, allant de l'activité commerciale à la subsistance, offrant à chacun une source de revenus et une sécurité alimentaire désormais compromises.

Infrastructure et résilience

Le passage de l’ouragan Beryl a lourdement frappé le littoral et les infrastructures de la Barbade. Le port de pêche de Bridgetown a été particulièrement meurtri : plus de 200 navires ainsi que les jetées brise-lames ont été endommagés. Au total, 70 bateaux ont été définitivement perdus, impactant directement le quotidien de quelque 2 500 personnes dépendant de cette activité.

Out-of-commission longliner Ocean Princess III, a casualty of Hurricane Beryl’s surge and currently unable to fish, is awaiting the long-delayed arrival of essential parts to begin its repairs. Photo by Linton Arneaud (2026), used with permission.

Le palangrier Ocean Princess III, hors service après avoir été frappé par la houle de l'ouragan Beryl. Actuellement immobilisé, le navire attend l'arrivée, maintes fois retardée, de pièces essentielles pour débuter les réparations. Photo de Linton Arneaud (2026), utilisée avec autorisation.

Pour atténuer les conséquences des ouragans, le gouvernement de la Barbade a déployé plusieurs dispositifs de soutien aux professionnels de la mer. La mise en œuvre d'un Plan de relance de la pêche a permis de verser des indemnités pour perte d'activité, d'aider à la réparation ou au remplacement des navires, de réhabiliter les infrastructures maritimes du port de Bridgetown et des sites de débarquement, tout en renforçant la protection du littoral.

Parallèlement, le Projet de récupération et de réponse d'urgence Beryl (BERRP) de la Banque mondiale, doté de 54 millions de dollars US, apporte une aide financière directe pour la remise en état des bateaux. Il finance également la modernisation d'infrastructures critiques au port de Bridgetown et sur des sites côtiers vulnérables comme Payne’s Bay. Ce plan de six ans se distingue par l'inclusion d'une « clause de dette résiliente face au climat » : une innovation qui permet au gouvernement de suspendre le remboursement de ses emprunts lors de futures catastrophes pour consacrer ses ressources aux secours immédiats.

En collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le gouvernement japonais — qui a contribué à hauteur de 2,93 millions de dollars US —, le ministère barbadien de l’Environnement et de la Pêche a aussi lancé un projet d'un an dédié à la résilience des pêcheries côtières. De plus, un Fonds de bienfaisance pour la pêche a été créé grâce à un don de 500 000 dollars US de la Banque de développement d'Amérique latine. Ce dispositif est complété par un fonds de roulement sur 30 ans, destiné à aider les pêcheurs à acquérir de nouveaux navires, réparer ceux existants ou apurer leurs dettes.

Malgré ces efforts, les séquelles socio-économiques de l'ouragan Beryl sont loin d'être effacées. Entre la précarité de leurs revenus et les pressions climatiques — hausse des températures et invasions de sargasses —, les pêcheurs sont peu incités à épargner les juvéniles. Dans ce contexte d'instabilité, la course pour localiser, capturer et vendre autant de coryphènes que possible est devenue la priorité absolue.

Des initiatives au service du changement

L'année dernière, le Parlement a franchi une étape décisive avec l'adoption de deux textes législatifs majeurs : la Loi sur la gestion et le développement durables des pêches à la Barbade et la Loi sur les marchés et entreprises de produits de la mer. Ces nouvelles dispositions encouragent désormais l'achat de poisson et de produits halieutiques exclusivement auprès de vendeurs agréés.

Wrecked fishing vessels at the Bridgetown Fisheries Complex, Barbados. Photo by Linton Arneaud (February 2026), used with permission.

Épaves de navires de pêche au port de Bridgetown, à la Barbade. Photo de Linton Arneaud (février 2026), utilisée avec autorisation.

Cette loi définit également des normes de sécurité pour la manipulation des stocks après récolte, interdit les pratiques de pêche non durables et protège les mammifères marins ainsi que les écosystèmes côtiers. Elle instaure notamment des zones d’interdiction de chalutage dans les eaux peu profondes et proscrit formellement la capture ou la maltraitance des mammifères marins. Ces dispositions concrétisent l'engagement pris dans la Politique de la pêche de la Barbade 2023-2033, qui vise à approfondir les connaissances sur les ressources halieutiques de la Zone Economique Exclusive (ZEE) du pays — un enjeu majeur pour la gestion des stocks de coryphènes, tant au niveau local que régional.

S'il est crucial de gérer efficacement les niveaux de stocks et de prélèvements, cet objectif se heurte aujourd'hui à la fragilité de la collecte de données à l'échelle régionale. C'est pourquoi, en collaboration avec le campus de Cave Hill de l’Université des Antilles (UWI) et la Division des pêches de la Barbade, de jeunes étudiants en biologie marine du Département des sciences biologiques et chimiques prêtent main-forte aux autorités. Dans le cadre du projet « Résilience des stocks sauvages de coryphènes », ils collectent des données morphométriques et méristiques essentielles. Ce partenariat tombe à point nommé pour combler le manque de données nécessaires à la gestion et à la préservation des écosystèmes marins.

Constats, solutions et recommandations

Les données préliminaires issues de six visites de terrain, portant sur plus de 300 spécimens répartis sur deux sites de débarquement majeurs, confirment l’inquiétude croissante quant à la petite taille des coryphènes capturées à la Barbade. L’analyse de leur poids et de leur longueur révèle qu’environ 46 % des prises se situent sous le seuil des cinq livres (2,2 kg), caractéristique des juvéniles. À Oistins, ville de pêcheurs de la côte sud célèbre pour ses fritures de poisson du vendredi soir (Fish Fry), la majorité des captures débarquées étaient sous-dimensionnées, et ce, malgré une seule visite d'inspection sur place.

Bien que ces chiffres ne permettent pas d'établir un lien de causalité direct avec le changement climatique, ils corroborent une inquiétude plus vaste : le dérèglement des conditions océaniques et l'évolution des modes de pêche semblent accentuer la pression sur les pêcheurs. Pour préserver leurs moyens de subsistance, ces derniers se voient de plus en plus contraints de conserver des spécimens trop jeunes.

Male dolphinfish, locally called bull dolphins, being measured by university research students in an attempt to understand stock abundance and population dynamics. Photo by Temeka Maxime (2026), used with permission.

Des coryphènes mâles (appelés localement « bull dolphins ») mesurés par des étudiants chercheurs afin d'analyser l'abondance des stocks et la dynamique des populations. Photo de Temeka Maxime (2026), utilisée avec autorisation.

Pour garantir la sécurité en mer face à des conditions de plus en plus changeantes, la mise en place de plans d'intervention — avant et après les catastrophes — ainsi que d'un système d'alerte précoce est devenue indispensable. La Division des pêches a ainsi diffusé des protocoles de relocalisation des navires et des plans d'urgence, dont l'efficacité a été éprouvée lors d'un exercice théorique et de deux simulations sur le terrain.

L’intégration d’assurances spécifiques au secteur halieutique constitue un autre levier de résilience majeur. En cas de sinistre, ces dispositifs permettent aux professionnels de reprendre la mer dans les plus brefs délais, limitant ainsi la précarité économique tout en préservant leurs revenus. Un programme d'assurance pour les navires est actuellement en cours de développement, en partenariat avec l'Association générale des assureurs de la Barbade. Ce projet s'appuie sur le succès des assurances paramétriques déjà déployées à Sainte-Lucie et à la Grenade via le mécanisme COAST (Caribbean Oceans and Aquaculture Sustainability Facility).

Dolphinfish being sold at the Bridgetown Fish Market, Barbados. Photo by Linton Arneaud (2024), used with permission.

Vente de coryphènes au marché aux poissons de Bridgetown, à la Barbade. Photo de Linton Arneaud (2024), utilisée avec autorisation.

Sensibiliser le public aux conséquences à long terme de la capture des juvéniles de coryphènes est une étape cruciale pour pérenniser la filière. Cette prise de conscience est la clé de voûte de pratiques responsables, indispensables pour préserver les populations de cette espèce au fil du temps. À cet égard, la simulation de procès fictifs organisée à la Barbade illustre parfaitement comment l’éducation peut impulser un changement culturel. En jetant un pont entre la théorie juridique et la réalité du terrain, cette initiative permet aux acteurs du secteur de mieux s'approprier les réglementations. En privilégiant la pédagogie plutôt que la répression, elle transforme les membres de la communauté de pêcheurs en partenaires actifs de la conservation, plutôt qu'en simples sujets d'application de la loi.

Par ailleurs, le projet de marquage des coryphènes de la Barbade constitue un pilier de la recherche locale. Ce programme intègre les citoyens à un réseau scientifique mondial, permettant de collecter des données précieuses sur les schémas de migration et les taux de croissance des poissons. Grâce à cette approche participative, l'île dispose désormais des preuves scientifiques nécessaires pour passer de simples estimations à des politiques de gestion précises, dictées par les réalités de ses propres eaux territoriales.

Si la hausse des températures océaniques est une fatalité climatique, les gestionnaires de l'environnement disposent de leviers pour s'adapter et protéger tant la ressource que les moyens de subsistance. En associant une législation moderne à une gestion agile, les objectifs de durabilité à long terme restent à notre portée.

Sargassum lines a section of the Barbados coast. Photo by Linton Arneaud, used with permission.

Les sargasses s'accumulent le long d'une portion du littoral barbadien. Photo de Linton Arneaud, utilisée avec autorisation.

L'enlèvement mécanisé et à grande échelle des arrivages de sargasses constitue une stratégie de gestion vitale à long terme ; toutefois, son succès dépend d'un alignement strict avec les projets de cadres de réduction régionaux existants. Pour préserver la biodiversité, les biologistes doivent établir des zones de récolte fondées sur des preuves scientifiques, en privilégiant la protection des espèces et de leurs habitats critiques. L'intégration d'infrastructures résistantes au climat sur les sites de débarquement, afin de protéger les quais et les bateaux environnants lors des tempêtes et autres aléas, peut également réduire les dommages et les coûts élevés liés aux interventions post-catastrophes.


Le Nigéria fait face à une hausse des risques climatiques liée à la multiplication des sécheresses, canicules et inondations

Mon, 18 May 2026 15:54:54 +0000 - (source)

Le réchauffement climatique reste le principal facteur de l'intensification des catastrophes naturelles

Initialement publié le Global Voices en Français

A drone view of Nigeria’s landscape.

Vue de drone d'un paysage nigérian. Image de MediaMOF sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0 Deed).

Écrit par Adanna Omeye

Je me promène sur le trottoir et ma peau luit, non pas grâce à la crème solaire, mais en raison de la réflexion des rayons du soleil. La sueur coule le long de mon visage et la seule raison pour laquelle je ne pleure pas est que mon corps produirait alors encore plus de chaleur. En ce mardi après-midi-là, à 15 heures, le soleil est insupportable à Abuja (Nigeria), et je me sens vraiment impuissante. Mais qu’en est-t-il des autres régions du nord du pays ? Si les températures sont si étouffantes dans la région centre-nord, imaginez l’intensité de la chaleur dans les zones arides et semi-arides situées plus au nord, près du désert du Sahara. Comment la population des régions touchées par la canicule peut-elle faire face à une dégradation manifeste des conditions météorologiques ?

Changements climatiques liés à la situation géographique du Nigeria

A map featuring Nigeria and its neighbors.

Carte du Nigeria et de ses pays voisins. Image de Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Le Nigeria, caractérisé par une population principalement jeune, possède des frontières communes avec le Cameroun, le Tchad, le Bénin et l’Océan Atlantique. Bien que ces pays frontaliers facilitent les échanges commerciaux et les liens ethniques, ils ont également un impact négatif sur le climat. Le volume de précipitations varie sensiblement d’une région à l’autre. Les états du sud-est du Nigeria enregistrent les niveaux de pluie les plus élevés, contrairement à ceux du nord-est où les précipitations restent très faibles. Des pluies torrentielles s’abattent régulièrement sur le sud en raison de la hausse de masses d’air en provenance de l’Océan Atlantique et des effets orographiques des montagnes du Cameroun. Par contraste, les pluies sont rares dans le nord qui est relativement éloigné de l’Océan Atlantique et subit l’impact des vents arides du Sahara, le désert le plus chaud de la planète qui s’étend jusqu’au Nigeria à travers le Tchad et le Niger.

Le climat du Nigeria est en grande partie tropical. Il occupe la 41ème place parmi 234 pays en termes de température moyenne annuelle, avec 27,3 degrés Celsius enregistrés entre 1991 et 2020. Tandis que la hausse des températures contribue à la sécheresse dans les régions du nord, les pluies extrêmes peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur les vies et les biens, surtout dans le sud. Selon les estimations du Rapport sur les risques mondiaux, bien que le Nigeria ne figure pas parmi les 10 pays ayant le risque d’inondations le plus élevé au monde, il reste toutefois extrêmement vulnérable avec des taux allant de 31,62 à 100,00, et un niveau d’exposition variant de 40,97 à 100,00.

En 2025, le Nigeria se trouvait au 60ème rang (parmi 193 pays) du classement de l’Indice mondial des risques climatiques, qui évalue et démontre l’intensité et la fréquence de risques environnementaux tels que les inondations, tremblements de terre, tsunamis, cyclones dans les zones côtières et fluviales, sécheresses et l’élévation du niveau de la mer. Bien qu’ils soient en partie dus à l’activité humaine, ils sont également en augmentation à cause de l’intensification des effets du climat. En 2024, le Nigeria était classé 61ème, signe que la situation empire au niveau de la sévérité et de la préparation du gouvernement aux catastrophes climatiques. Même si le Nigeria n’est pas confronté à tous les risques énumérés, ceux encourus par le pays ont souvent un impact dévastateur, à la fois sur les individus et sur l’économie.

Les effets négatifs des changements climatiques

Les changements climatiques ont de profondes répercussions sur les vies humaines, qui à leur tour influent sur le niveau de vie et sur la productivité économique. En 2022, le Nigeria affichait le troisième taux le plus élevé dans toute l’Afrique de personnes déplacées sur le territoire national, principalement en raison de guerres et d’inondations. Bien que les catastrophes naturelles soient des causes moins fréquentes de migration interne, elles continuent de jouer un rôle majeur dans certains états. Par exemple, le centre-nord et le nord-ouest du pays représentaient 7 % de la migration liée aux désastres environnementaux. Des données ventilées montrent des taux particulièrement élevés dans certains états : Kogi (90 %), Katsina (15 %), Nassarawa (14 %), Kano (12 %), et Kaduna (12 %).

La crise climatique reste le principal facteur de l’aggravation des catastrophes naturelles, les inondations étant celle la plus fréquente au Nigeria.

Les catastrophes climatiques peuvent également nuire aux moyens de subsistance des populations. Comptant pour plus de 31 % du PIB au troisième trimestre de 2025, l’agriculture joue toujours un rôle capital dans l’économie du Nigeria, et la production, la disponibilité alimentaire et l'emploi sont directement affectés par les perturbations touchant les capacités humaines et les sources de revenus. Il en résulte une forte dépendance vis-à-vis des importations, une baisse du niveau de vie, et une diminution des opportunités d’emploi. Les femmes sont particulièrement touchées car elles représentent un pourcentage significatif du secteur agricole du pays.

L’État de Kano, plaque tournante pour le commerce et l’agriculture dans le nord du pays, et réputé pour ses productions d’arachides, millet, niébé, maïs, sorgho et riz, est un exemple-type. En 2024, des inondations ont endommagé plus de 25 % de sa production agricole escomptée, provoqué 26 décès, fait 50 blessés, et détruit plus de 1 000 habitations. Entre les mois de juin et septembre 2024, des inondations à travers tout le pays ont causé la mort de 280 personnes, blessé 2 504 autres, détruit 122 330 logements, endommagé 17 000 hectares de terres agricoles, et déplacé près de 641 500 habitants.

La sécheresse et les vagues de chaleur, plus marquées dans les régions du nord du Nigeria, comptent parmi les catastrophes liées au climat.

La voie à suivre

Malgré les répercussions désastreuses de la crise climatique, les Nigérians trouvent des moyens afin d’atténuer ses effets, grâce notamment de l’adoption de plusieurs solutions innovantes. Par exemple, Green Quest, une démarche ludique et basée sur l’action communautaire, créée par Grace James, permet aux communautés de lutter contre les inondations par l’éducation, l’engagement et des pratiques durables. En dépit de l’intervention du gouvernement à travers des politiques de concertation et des initiatives en matière d’infrastructure, il reste encore beaucoup à faire afin de réduire les risques et la souffrance. L’innovation est essentielle et la mobilisation de chacun peut conduire conjointement à des résultats positifs et significatifs.

Selon des conclusions de l’Unité de recherche sur le climat (CRU), basées sur une analyse comparant des données recueillies entre1850 et 2024, cette dernière a été l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale. Le rapport indique :

Each of the last four decades has been successively warmer than any decade that preceded it since 1850. Human influence has warmed the climate at a rate that is unprecedented in at least the last 2,000 years.

Les quatre dernières décennies ont été plus chaudes que toutes celles qui les ont précédées depuis 1850. Depuis au moins 2 000 ans, le facteur humain a entraîné un réchauffement climatique à un rythme accéléré.

Plusieurs activités humaines, telles qu’un accroissement du torchage de gaz naturel, les déversements pétroliers, les émissions de carbone liées aux moyens de transport, les émissions d’origine agricole, et autres, ont contribué aux changements climatiques du Nigeria.

L’intensité du rayonnement solaire est malheureusement un phénomène auquel nous devons souvent nous adapter, mais il est nécessaire de s’attaquer au problème du réchauffement climatique, y compris ses conséquences comme les inondations et sécheresses, afin que les générations à venir puissent éviter son impact dévastateur. Les activités humaines ont largement concourus aux effets extrêmes du réchauffement climatique, mais les humains détiennent aussi le pouvoir de mettre en œuvre des solutions pour y remédier. Nous devons tous nous tenir prêts à imposer les changements auxquels nous aspirons.


Changement climatique : Ce que l’Afrique doit exiger à la COP 31 à Antalya

Tue, 12 May 2026 11:23:34 +0000 - (source)

Entre 2021-2025, plus de 221 millions de personnes ont été affectées par des événements climatiques extrêmes en Afrique.

Initialement publié le Global Voices en Français

Photos montées avec Canva Pro, avec captures d'écran de la vidéo “Réchauffement climatique : quel avenir pour l'Afrique ?” de la chaîne YouTube de France24. Usage loyal.

À quelques mois de la 31è Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP 31) organisée par les Nations Unies, prévue en novembre 2026 à Antalya, en Turquie, gouvernements, institutions financières et organisations internationales sont déjà engagés dans une phase décisive de préparation.  C’est précisément dans ce moment charnière que se joue l’essentiel, car lorsque la conférence s’ouvrira, les marges de manœuvre seront déjà largement réduites. Une question s’impose : avec quelle stratégie, quelles priorités et quel rapport de force l’Afrique compte-t-elle aborder la COP 31 ?

Au nord du Togo, les agriculteurs ne parlent plus de saisons mais de surprises: les pluies arrivent quand elles ne sont pas attendues, s'absentent quand les semences ont déjà été plantées. Les récoltes s'effondrent et les familles préfèrent la migration. Selon, l'Agence nationale de la météorologie du Togo, l'année 2024 a été marquée par des poches de sécheresse sévères ayant provoqué d'énormes pertes de récoltes, rendant certains agriculteurs incapables de rembourser leurs prêts.

Cependant le Togo n'est pas le seul. Dans la Corne de l'Afrique, selon le rapport de l'Organisation météorologique mondiale sur l'état du climat en Afrique 2024, des inondations et glissements de terrain ont tué des centaines de personnes et déplacé plus de 700 000 autres au Kenya, en Tanzanie et au Burundi entre mars et mai 2024. Selon une analyse du magazine Indien Down To Earth, fondée sur la une base de données mondiale sur les catastrophes (EM-DAT), la période 2021-2025 a été la plus meurtrière en Afrique depuis quinze ans : plus de 221 millions de personnes ont été affectées par des événements climatiques extrêmes; les décès liés aux catastrophes ont plus que triplé par rapport à la période précédente.

Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres, des diplomates négocient des textes dont les effets mettront des années à se faire sentir sur ces terres asséchées. C’est cette distance entre l'urgence du terrain et la lenteur des négociations que l'Afrique doit s'employer à combler, lorsque s'ouvrira la COP 31. Le continent émet le moins de gaz à effet de serre au monde mais reste celui qui en subit les plus lourdes conséquences. Cette injustice fondamentale doit se traduire en revendications précises, portées avec une voix unifiée et une stratégie affûtée.

Une conférence sous haute tension géopolitique

Cette conférence se tient dans un contexte particulier. Les États-Unis, deuxième émetteur mondial, ont officiellement retiré leur signature de l'Accord de Paris en janvier 2026 et amorcé leur retrait de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) elle-même, fragilisant l'architecture multilatérale du climat. Dans le même temps, les trois dernières années consécutives ont été les plus chaudes jamais enregistrées, et les projections actuelles pointent vers un réchauffement de 2,8°C d'ici 2100, presque le double de l'objectif de Paris.

Cette réalité signifie des millions de personnes supplémentaires exposées à l'insécurité alimentaire, à la montée des eaux, aux épidémies vectorielles et aux déplacements forcés. Pendant que la Turquie accueillera physiquement la conférence, l'Australie en assumera la présidence des négociations, une configuration diplomatique inédite dans l'histoire des COP. Pour l'Afrique, cette architecture particulière est une opportunité : l'Australie, engagée sur les questions des petits États insulaires et des pays vulnérables, peut être un allié naturel si le continent sait construire les bonnes coalitions.

Quatre batailles que l'Afrique doit mener à Antalya

L’Afrique fait face à quatre défis principaux. Première bataille, transformer le Nouvel objectif collectif chiffré sur la finance climatique [New Collective Quantified Goal on Climate Finance (NCQG)], adopté par les parties en novembre 2024 en financements réels. L'accord appelle à mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars américains par an d'ici 2035 pour les pays en développement, avec un plancher de 300 milliards annuels provenant des pays développés. En théorie, c'est une avancée. Dans les faits, l'histoire récente invite à la prudence.

L'objectif précédent de 100 milliards de dollars par an, promis à Copenhague en 2009 pour 2020, n'a été atteint qu'en 2022, soit deux ans après l'échéance, et dans une proportion majoritairement constituée de mécanismes de prêts. Or les pays africains ont évalué leurs besoins climatiques à 2 800 milliards de dollars pour la période 2020-2030, avec un déficit de 2 500 milliards à couvrir par la communauté internationale. L'écart entre les promesses et les besoins réels reste donc abyssal.

À Antalya, l'Afrique devrait exiger trois choses concrètes : que le NCQG soit mis en œuvre selon un calendrier contraignant, que la part des subventions soit significativement augmentée par rapport aux prêts, et que des mécanismes de suivi transparents et indépendants soient mis en place.

Deuxième bataille : faire de l'adaptation une priorité budgétaire. Mais obtenir davantage de financements ne suffit pas si ces financements continuent d'aller là où l'Afrique en a le moins besoin. Les financements climatiques ont historiquement favorisé l'atténuation au détriment de l'adaptation. Sur sept ans, 59 % des financements approuvés par le Fonds vert pour le climat en Afrique ont concerné des projets d'atténuation, contre seulement 41 % pour l'adaptation. Ce déséquilibre est d'autant plus paradoxal que l'Afrique, faible émettrice, a prioritairement besoin de s'adapter aux effets d'un dérèglement qu'elle n'a pas causé.

À la COP31, l'Objectif Global d'Adaptation devrait entrer dans sa phase active. Cela signifie qu'il ne suffit plus d'affirmer que l'adaptation est une priorité : il faut mesurer concrètement le soutien effectivement parvenu aux populations, et corriger les déséquilibres. L'Afrique doit plaider pour qu'au minimum 50 % des financements climatiques soient dédiés à l'adaptation, conformément aux engagements pris dans l'Accord de Paris. Sans cela, les agriculteurs du nord du Togo continueront d'attendre des pluies qui ne viennent plus, pendant que les fonds climatiques financent des projets d'énergie renouvelable dans des pays mieux dotés.

Troisième bataille : lier les Contributions déterminées au niveau national de troisième Génération (CDN 3.0) et financement conditionnel. La question du financement mène naturellement à celle des engagements nationaux. La nouvelle génération de Contributions Déterminées au Niveau National, les CDN 3.0, sera au cœur des débats d'Antalya. Soumises en 2025 pour la période allant jusqu'en 2035, elles constituent le troisième cycle de révision prévu par l'Accord de Paris, qui oblige chaque pays à rehausser progressivement son niveau d'ambition climatique. Cette fois, l'enjeu est particulièrement élevé : le bilan mondial de la COP 28 a révélé que les engagements actuels restent très insuffisants pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5°C. Chaque pays doit donc soumettre des plans d'action révisés, plus ambitieux et plus concrets. Pour les États africains, cet exercice est politiquement et techniquement délicat : afficher des ambitions élevées sans avoir la garantie des financements qui les rendraient possibles, c'est prendre un engagement dont la réalisation dépend entièrement de la volonté des autres.

Prenons l'exemple du Togo : sa CDN révisée engage une réduction de 50,57 % des émissions d'ici 2030, mais seulement avec un soutien international. Sans financement extérieur, cet engagement tombe à 20,51 %. Ce n'est pas un manque de volonté politique : c'est le reflet d'une réalité économique structurelle que partagent la quasi-totalité des pays africains. Exiger des CDN ambitieuses sans garantir les financements conditionnels qui les rendent possibles, c'est demander à quelqu'un de courir un marathon sans chaussures.

À Antalya, l'Afrique doit faire inscrire dans les décisions finales un lien explicite et contraignant entre le niveau d'ambition des CDN et la garantie des financements conditionnels correspondants. L'ambition ne peut pas être unilatérale.

Quatrième bataille : peser dans la gouvernance climatique mondiale. Ces trois batailles ne peuvent être gagnées que si l'Afrique pèse réellement dans les décisions. Or 2026 est une année charnière pour le continent dans l'architecture climatique mondiale. La COP 32 se tiendra en Éthiopie en 2027, offrant au continent une présidence qu'il doit préparer dès maintenant. C'est le moment de consolider les coalitions, d'affiner les positions communes et de démontrer que l'Afrique peut négocier, pas seulement témoigner.

Des initiatives en ce sens existent déjà et témoignent d'une prise de conscience croissante. Du 9 au 13 février 2026 à Dakar, l'Institut africain de développement économique et de planification (IDEP), et le Centre d'excellence pour le leadership et le management pour le développement de l'Afrique (CELMAD) ont outillés des diplomates et hauts fonctionnaires de quatorze pays africains sur la diplomatie climatique et économique, spécifiquement conçue en préparation de la COP 31 . Karima Bounemra Ben Soltane, Directrice de l'IDEP souligne que :

L'Afrique fait face à un paradoxe : des émissions minimales, un impact maximal. Cette formation est un investissement dans les diplomates qui transformeront notre vulnérabilité en plaidoyer.

A ce rendez-vous, chaque décision ou chaque compromis aura des conséquences directes sur des millions de vies qui n'ont pas de représentants dans les couloirs de négociation.

L'Afrique ne manque ni de légitimité, ni d'arguments, ni de données pour défendre un agenda ambitieux à la COP 31, mais ce qui lui a parfois manqué, c'est la coordination. A Antalya comme ailleurs, l'Afrique ne peut plus se permettre d'arriver les mains vides.


Notre génération continuera à résister aux restrictions imposées par les Talibans aux femmes et aux filles

Tue, 05 May 2026 15:45:32 +0000 - (source)

En Afghanistan, l’éducation est devenue une forme de résistance face à l’oppression.

Initialement publié le Global Voices en Français

Afghan girls taking a university exam.

.Jeunes étudiantes afghanes lors d’un examen universitaire. Capture d’écran extraite de la vidéo «  Afghan girls take university exams two weeks after classroom attack », diffusée sur la chaîne YouTube de l’AFP News Agency. Utilisation conforme au principe de l'utilisation avec permission.

Cet article, rédigé par Fareshtah en 2025, est publié avec son consentement dans le cadre d’une couverture spéciale consacrée aux témoignages de jeunes femmes et de jeunes filles afghanes depuis la prise de pouvoir des Talibans en août 2021.

Je suis parfaitement familière avec l’expression « guerre entre les Talibans et le gouvernement », ayant été témoin, depuis mon enfance, des affrontements et des compromis entre les deux parties. Notre destin n’a cessé d’être tributaire de leurs actions et de leurs décisions.

Je suis née la dernière année du premier régime taliban (1996–2001), dans la province centrale de Ghor, en Afghanistan. J’ai eu la chance d’accéder à l’éducation après la chute de ce premier régime. Je me souviens encore de l’enthousiasme de mon premier jour d’école, vêtue d’un uniforme noir et d’un foulard blanc. C’était un moment particulièrement marquant.

Je n’avais pas encore intégré l’université lorsque nous avons appris les informations concernant les négociations de paix entre les États-Unis et les Talibans en février 2020. Nous avions alors espéré l’avènement de la paix et d’un avenir meilleur.

Finalement, après avoir réussi le concours d’entrée, j’ai intégré l’université. Les années 2020 et 2021 comptent parmi les plus abouties de ma vie : j’avais trouvé ma voie et j’étais sur le point de concrétiser l’ensemble de mes objectifs.

J’étudiais la charia et les sciences islamiques, avec pour objectif de devenir une avocate accomplie. Dans cette perspective, je me suis inscrite au programme de compétences juridiques de deux ans, mis en place par la Fondation Asia en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur.

En même temps, la guerre entre les forces talibanes et gouvernementales s’intensifiait. La situation sécuritaire se dégradait, et en raison de vagues de chaleur extrêmes, les cours universitaires ainsi que les formations en compétences juridiques étaient dispensés à la fois en présentiel et en ligne.

J’ai vu aux informations que les provinces tombaient les unes après les autres, mais je continuais à penser à mes objectifs et à les poursuivre. Le 13 août 2021, la guerre est arrivée aux portes de notre ville, Herat. Le lendemain, j'ai essayé de me connecter à mon cours en ligne dans ma chambre quand mon frère a ouvert la porte et a dit : « Laisse, c’est fini. »

La fin des rêves

Avec la chute de Herat, il n’y a plus eu d’examen, ni de présentation, ni aucune nouvelle du cours ou de sa continuation. Tous mes espoirs se sont soudainement envolés, comme si j’étais dans un très beau rêve et que quelqu’un m’avait réveillé brutalement.

Un choc si violent qu’il m’a coupé la parole et même les larmes. J’ai eu l’impression que mon âme s’était séparée de mon corps, et qu’il ne restait plus qu’un corps sans vie.

Mon cœur brûlait du désir de continuer l’université et le cours de compétences juridiques, mais dans un désespoir total, je ne pouvais rien faire d’autre que pleurer.

Après quelques mois, les universités privées ont rouvert, tandis que les universités publiques restaient fermées. Ce n’est que six mois plus tard qu’elles ont finalement repris leurs activités. J’ai alors étudié de manière intensive durant les trois derniers semestres et achevé la rédaction de mon mémoire. Sa soutenance était prévue un samedi (24 décembre), suivie de la cérémonie de remise des diplômes de ma promotion le lundi (26 décembre).

Cependant, le mardi 20 décembre 2022, un décret a été publié interdisant aux filles de fréquenter les universités.

J’ai contacté mon professeur, et il a dit : « Venez soutenir votre mémoire, puisque vous avez validé votre cursus. »

Un samedi matin, je me suis rendue à l’université, heureuse d’avoir obtenu l’autorisation de soutenir mon mémoire, mais également attristée par le fait que de nombreuses autres étudiantes avaient dû abandonner leurs études.

À mon arrivée à l’entrée de l’université, un membre des Talibans a bloqué le passage et m’a empêché de descendre du rickshaw qui m’y avait conduit.

Je suis finalement descendue et je me suis dirigée rapidement vers le portail de l’université, mais il s’est interposé devant moi, arme à la main.

J’ai ignoré ses paroles et je me suis approchée du portail. Il a saisi la bandoulière de mon sac d’ordinateur, l’a tirée violemment et m’a dit : « Tu ne comprends pas ce que je te dis ? Ou je dois te tirer une balle dans la tête ? »

Il a tiré en l’air, et un sifflement étrange et désagréable a rempli mes oreilles.

Un passant s’est approché de moi et m’a dit : « Ma chère, s’il vous plaît, partez. » C’était l’un des agents de sécurité de l’université que je connaissais. Je suis alors partie et me suis rendue à la maison d’édition Shame Danesh. Dès mon entrée, ma colère a éclaté et les larmes ont coulé sur mon visage. Mes yeux étaient devenus comme la mer, impossible à assécher.

Je ne me préoccupais plus du regard des autres en me voyant pleurer en quittant les lieux. Je rentrais chez moi en larmes lorsqu’il m’a semblé entendre mon téléphone portable sonner.

C’était mon père. Il m’a demandé : « As-tu terminé ta soutenance, et comment cela s’est-il passé ? » En pleurs et d’une seule traite, je lui ai raconté ce qui s’était passé. Il m’a réconforté(e), m’a parlé des difficultés et des épreuves qu’il avait lui-même traversées, et m’a conseillé de faire preuve de patience et de persévérance.

D’un objectif à d'autres.

Je suis rentrée chez moi, j’ai dormi un moment, puis j’ai commencé à rechercher des cours en ligne et des opportunités de formation. Ne trouvant pas d’opportunité adaptée, je me suis tournée vers la lecture.

Je participais deux fois par semaine à un groupe de lecture pour femmes. Nous lisions différents ouvrages, mais cette fois, j’avais particulièrement besoin d’un livre de motivation et de développement personnel.

Lors de ma participation au groupe, j’ai découvert le livre Wuthering Heights. Sa lecture m’a apporté la motivation nécessaire pour reprendre le chemin de mes études et m’a permis de me reconstruire progressivement. Près d’un an après l’obtention de ma licence, j’ai finalement pu soutenir mon mémoire en ligne.

Cependant, je ne ressentais plus le même enthousiasme, car mes objectifs avaient profondément dévié de leur trajectoire initiale. J’ai donc dû redéfinir mes priorités. J’ai repris mes études, mes recherches et ma participation à des programmes de formation en ligne.

J’ai commencé des cours en ligne d’informatique et d’anglais, mais après quelques mois, ils ont de nouveau été suspendus en raison des restrictions imposées par les Talibans, et aucune reprise n’a été annoncée depuis.

Un décret a été publié autorisant les filles à suivre des cours de formation, et je me suis inscrite à un cours en présentiel. Toutefois, cette décision a rapidement été remise en cause et ces cours ont de nouveau été interdits.

Au cours des trois dernières années, j’ai participé à divers programmes en ligne, formations et conférences, mon projet professionnel n’étant pas, à ce jour, accessible.

J’ai compris que l’origine de ces difficultés réside en grande partie dans le manque de sensibilisation et d’accès au savoir. J’enseigne actuellement dans des écoles en ligne destinées aux filles privées d’éducation depuis près de deux ans, et j’ai également commencé à dispenser des cours de culture islamique à l’université.

Je souhaite contribuer, à mon niveau, à la lutte contre l’ignorance et l’injustice. Que ce soit en transmettant le peu de connaissances que je possède à travers la lecture d’une ligne d’un livre, par l’écriture, ou encore en entretenant l’espoir et en ravivant les possibilités de reconstruction dans mon cœur et celui des autres.

J’espère un avenir meilleur et plus lumineux pour mon pays. Notre génération, qui a été confrontée à cette injustice et à cette ignorance, ne formera pas une génération qui se soumettra à l’oppression et à l’ignorance. Elle ne permettra pas que l’histoire se répète une troisième fois avec une expérience aussi douloureuse.


Les syndicats queers ouvrent la voix pour les travailleur·euse·s du sexe en Espagne et en Amérique Latine

Tue, 05 May 2026 15:36:41 +0000 - (source)

Célébration des syndicats des travailleur·euse·s du sexe lors de la Journée Internationale des Travailleur·euse·s du Sexe

Initialement publié le Global Voices en Français

Les travailleur·euse·s du sexe de l'OTRAS mènent une manifestation en Espagne pour célébrer les droits des travailleur·euse·s LGBTQIA. Crédit d'image : OTRAS, utilisé avec permission.

Dans le monde entier, être un·e travailleur·euse du sexe est souvent assimilé à un manque de sécurité, mais de nos jours, les travailleur·euse·s du sexe organisent des mouvements pour renforcer leurs droits. Iels réalisent des progrès constants qui peuvent être reconnus aujourd'hui, à l'occasion de la Journée Internationale des travailleur·euse·s du sexe.

En Amérique latine, 14 pays ont légalisé le travail du sexe tout en criminalisant la gestion et l'organisation de celui-ci, tandis que d'autres pays ont adopté des lois locales qui le criminalisent. Mais même dans les pays où il est légalisé, les droits du travail n'ont pas été étendus aux travailleur·euse·s du sexe, et le travail du sexe n'est toujours pas reconnu comme un travail. Cette situation expose les travailleur·euse·s du sexe à des risques d'agressions, limite leur accès à la justice et les rend plus dépendants des intermédiaires. Nombreux·ses sont celleux qui, par exemple, désignent les forces de l'ordre et la police comme les principaux agresseurs et auteurs de violences sexuelles. De nombreuses personnes émigrent vers l'Europe, où elles sont confrontées à des régimes encore plus sévères face au travail du sexe. En Espagne, par exemple, où l'on compte environ 200 000 travailleur·euse·s du sexe, le gouvernement actuel a présenté en 2022 un projet de loi organique pour l'abolition de la prostitution. Si elle est adoptée, cette loi accentuera la clandestinité des migrant·e·s travailleur·euse·s du sexe sans papiers. En outre, les travailleur·euse·s du sexe migrant·e·s, transgenres et queers courent un risque accru d'être stigmatisé·e·s en raison de leur genre et leur sexualité, de leur statut de migrant·e·s et de leur travail.

Les travailleur·euse·s du sexe migrant·e·s queers n'ont eu d'autre choix que de s'organiser et de créer des alternatives autonomes pour survivre. Cela a conduit à la naissance de syndicats et de collectifs de travailleur·euse·s qui luttent pour leurs droits, leur dignité et la décriminalisation du métier.

Il ne s'agit pas seulement d'histoires de résistance queer, mais également d'histoires de ré-existence. Les personnes LGBTQIA+ transforment les paradigmes, redéfinissent la vie et les économies avec attention, dignité et autodétermination.

OTRAS, le premier syndicat de travailleur·euse·s du sexe en Espagne

L'OTRAS (Organización de Trabajadorxs Sexuales, l'Organisation des Travailleur·euse·s du Sexe) a obtenu son statut juridique en 2021 après des années de lutte. Aujourd'hui, elle soutient plus de 600 membres, dont la majorité sont des migrant·e·s, des personnes queers et/ou transgenres. L'OTRAS travaille de manière transparente, horizontale et intersectionnelle, en mettant l'accent sur la lutte contre le racisme, les droits humains et l'éducation populaire.

Concernant leurs succès sur le terrain, Sabrina Sanchez, l'une des fondatrices d'OTRAS, a déclaré à l’AWID (Association for Women's Rights in Development) :

La mayor victoria del sindicato OTRAS es que el Tribunal Supremo de España haya reconocido nuestra existencia, no se obligó a que se desescribiera, no anuló el registro. Gracias a esto tenemos herramientas para luchar contra las violaciones de los derechos laborales …Otro de los logros fue el poder co-organizar con otras organizaciones un crowdfunding para fondos de emergencia durante la pandemia. También reparto de comida durante los 3 primeros meses de confinamiento total donde además vimos atropellos por las fuerzas de seguridad principalmente contra las compañeras trans. Servir a nuestras compañeras en un momento de emergencia fue lo que había que hacer, lo que nos pedían las compañeras.

La plus grande victoire du syndicat OTRAS est que la Cour suprême d'Espagne reconnaisse notre existence, elle ne nous a pas forcés à nous désinscrire, elle n'a pas annulé l'enregistrement. Cela nous permet de disposer d'outils pour lutter contre les violations des droits du travail… Une autre victoire est la possibilité d'organiser un financement participatif avec d'autres organisations pour obtenir des fonds d'urgence pendant la pandémie. Nous avons également distribué de la nourriture pendant les trois premiers mois de confinement total, période au cours de laquelle nous avons enregistré des agressions de la part des forces de l’ordre visant principalement les femmes transgenres. Venir en aide à nos sœurs dans un moment d'urgence était la chose à faire, ce qu’elles attendaient de nous.

Un réseau latino-américain pour les droits

Des représentant·e·s de RedTraSex assistent à une réunion politique à l'Asamblea General en Colombie, 2019. Crédit d'image : RedTraSex, utilisé avec permission

De même, le RedTraSex (La Red de Trabajadoras Sexuales de Latino América y el Caribe, réseau des travailleur·euse·s du sexe d'Amérique latine et des Caraïbes) regroupe des membres de 14 pays de la région. Le réseau, créé au Costa Rica en 1997, adopte une approche féministe fondée sur les droits afin d’exiger la reconnaissance des travailleur·euse·s du sexe en tant que sujets de droit, ainsi que des conditions de travail décentes et une protection sociale. Iels ont fait des progrès en contactant directement les décideurs politiques dans diverses juridictions, tout en renforçant la mobilisation communautaire.

Carlos Héctor Mesa, coordinateur politique de RedTraSex, a déclaré à l’AWID :

Nuestra Red se conformo con mujeres cis, en estos 25 años logramos que compañeras trans, lesbianas, varones gay e identidades diversas logren sumarse a la lucha para que no se criminalice el ejercicio del trabajo sexual que es una problemática trasversal a cualquier persona que decida ejercerlo.

Notre réseau a été créé avec des femmes cis, et au cours de ces 25 années, nous avons réussi à engager des femmes trans, des lesbiennes, des homosexuels et des personnes aux identités diverses dans la lutte pour que le travail du sexe ne soit pas criminalisé, ce qui est un problème commun à toutes les personnes du milieu.

Lucy Esquivel, présidente de RedTraSex, explique que ce travail fonctionne avec très peu de soutien, car les principaux syndicats dirigés par des hommes cis ne les reconnaissent pas en tant que travailleur·euse·s, et les groupes anti-travail du sexe (dont beaucoup sont regroupés sous le nom de « féministes abolitionnistes ») collaborent avec les gouvernements pour saboter leur travail et leurs actions.

Des chef·fe·s de file queers guident le mouvement

L'OTRAS et RedTraSex travaillent dans des régions qui, suite au colonialisme historique et actuel, accueillent un flux important de travailleur·euse·s migrant·e·s latino-américain·e·s exerçant un travail non-déclaré en Espagne. Iels partagent des tactiques communes — comme la négociation avec les employeurs, l'organisation de campagnes juridiques et la politisation des travailleur·euse·s pour qu'iels rejoignent la lutte contre l'exploitation sur le lieu de travail — afin de contrer les attaques des féministes radicales trans-exclusives et des abolitionnistes.

Les dirigeant·e·s queers des syndicats luttent contre toute forme de discrimination sur le lieu de travail, pour éliminer l’écart racial ou de genre, pour garantir l’accès aux soins, aux droits du travail, aux droits économiques, à la santé sexuelle et aux droits reproductifs pour chacun·e, ainsi que pour garantir de meilleures conditions de travail aux travailleur·euse·s queers et marginalisé·e·s.

Mesa, de RedTraSex, explique la stigmatisation intersectionnelle à laquelle sont confronté·e·s les travailleur·euse·s non binaires et transgenres :

El estigma que vivimos quienes ejercemos el trabajo sexual es acentuado cuando provenimos de identidades no binarias y machistas patriarcales, es necesario poder despojarnos de conductas discriminadoras que no segregan y aíslan dejándonos expuestos a violencias y maltratos por no cumplir los requisitos que el sistema nos impone como ideales.

La stigmatisation subie par celleux d'entre nous qui exercent un travail du sexe est accentuée pour les personnes non binaires dont l’identité entre en conflit avec des normes sexistes et patriarcales. Il est nécessaire d’éliminer nos comportements discriminatoires qui nous ségrèguent et nous isolent, nous exposant à la violence et aux agressions parce que nous ne répondons pas aux exigences que le système nous impose en tant qu'idéaux.

Sanchez a ajouté :

El segundo anhelo es la decriminalización del trabajo sexual conforme a las trabajadoras, poniendo en el centro nuestras necesitdades y problemas. Que se legisle para que lo podamos resolver. Quizás nos tome muche tiempo, pero estamos ahí.

Nous luttons également pour la décriminalisation du travail du sexe en accord avec les travailleur·euse·s du sexe, en plaçant nos besoins et nos soucis au centre du débat. Nous savons que cela peut prendre beaucoup de temps, mais nous n'abandonnons pas.

Les syndicats jouent un rôle clé dans la garantie de conditions de travail plus sûres pour les travailleur·euse·s du sexe, ils luttent pour une dépénalisation du travail du sexe et combattent la stigmatisation, la discrimination et l'exclusion auxquelles les travailleur·euse·s sont confronté·e·s au quotidien. Les luttes et les victoires des syndicats de travailleur·euse·s du sexe ouvrent la voie à la protection des droits de chaque travailleur·euse·s marginalisé·e·s et persécuté·e·s dans le monde.

Remarque : Pour en savoir plus sur les actions des mouvements féministes qui donnent vie à des modèles économiques alternatifs, voir la série de l'AWID sur les « Économies féministes que nous aimons ».


Seize jours d'activisme en marge de la recrudescence des violences numériques à travers l'Afrique

Tue, 05 May 2026 15:27:39 +0000 - (source)

Les violences numériques subies en ligne affectent la vie publique autant que celles subies hors ligne.

Initialement publié le Global Voices en Français

Pour Kgomotso Modise, une journaliste sud-africaine spécialisée dans les affaires judiciaires et la justice pénale, le harcèlement en ligne est devenu une réalité quotidienne. « Les insultes sont clairement à caractère sexuel », explique-t-elle à Global Voices dans un entretien, soulignant que ses confrères masculins exprimant des opinions similaires ne sont jamais confrontés à de telles attaques. Ses opinions sont systématiquement sexualisées et discréditées. Après avoir publié un contenu critiquant les exécutions extrajudiciaires dans son pays, elle a subi certaines réactions hostiles qui ont débouché sur une violation de sa vie privée : des internautes malveillants ont récupéré ses photos d'enfance sur son compte Facebook et les ont publiées accompagnées de menaces de violences sexuelles dirigées contre elle et contre sa nièce mineure.

Mais les dommages s'étendent bien au-delà des journalistes eux-mêmes. La cybercriminalité représente plus de 30 % de l'ensemble des délits signalés en Afrique de l'Ouest et de l'Est, selon le rapport 2025 d'Interpol sur l'évaluation des cybermenaces en Afrique. Les deux tiers des pays africains membres interrogés ont indiqué que les délits liés à la cybercriminalité représentaient une part moyenne à élevée de l'ensemble des délits. Les escroqueries en ligne, les rançongiciels, les attaques par piratage des e-mails professionnels et la sextorsion numérique figurent parmi les menaces les plus fréquemment signalées. Les menaces numériques touchent désormais les utilisateurs lambda, les institutions publiques et les services essentiels, créant ainsi un contexte propice à la diffusion d'intimidations et de contenus malveillants.

Partout en Afrique, Reporters sans frontières a constaté un harcèlement et une surveillance en ligne constants visant les femmes journalistes, soulignant que les attaques numériques constituent désormais un obstacle émergent à la liberté de la presse. Les « 16 jours d’activisme » (du 25 novembre au 10 décembre) de cette année contre la violence basée sur le genre (VBG) interviennent à un moment où les atteintes en ligne façonnent la vie publique tout autant que la violence hors ligne. Les femmes qui s’expriment sur des questions d’intérêt public, travaillent dans le journalisme ou s’engagent dans la vie civique sont confrontées à une hostilité croissante qui a pour conséquence de limiter leur niveau d'implication. 

La technologie facilite la violence dans le cadre des VBG

Lorsque j’ai lancé le podcast Digital Dada, je souhaitais créer un espace où les femmes journalistes pourraient s’exprimer librement sur leurs expériences. Ce que j’ai découvert en interviewant des dizaines de collègues, c’est que la violence en ligne est devenue l’une des formes de violence basée sur le genre qui connaît la plus forte croissance au Kenya et dans toute l’Afrique. Elle se manifeste par des menaces, du cyberharcèlement, de l’usurpation d’identité, une surveillance intrusive et la diffusion de contenus manipulés visant à humilier ou à réduire les femmes au silence. 

Chacune des journalistes que j’ai interviewées a été victime d’agressions en ligne. Ces attaques vont du harcèlement ciblé et du cyberharcèlement aux campagnes de dénigrement coordonnées, en passant par des agressions profondément basées sur le genre. Leur visibilité en tant que femmes dans les médias les rend particulièrement vulnérables, transformant leur présence en ligne en terreau fertile pour l’hostilité et la misogynie.

Cette escalade est terrifiante. L'ONU Femmes met en garde contre le fait que ce qui commence modestement sur les écrans – un message, un commentaire ou une publication – peut dégénérer en un torrent de menaces et de violences dans la vraie vie. Des photos personnelles sont prises sans consentement, de fausses allégations se propagent en quelques secondes, les déplacements sont suivis, et des outils d’intelligence artificielle sont utilisés pour produire des « deepfakes » visant à humilier et à réduire les femmes au silence.

J'ai documenté les conséquences de cette situation. Une présentatrice de journal télévisé a confié qu'elle avait commencé à s'autocensurer par crainte d'être à nouveau prise pour cible. Une autre a révélé avoir suivi une thérapie après avoir été victime de harcèlement en ligne extrême. Une autre encore a rapporté que les attaques s'étaient étendues au-delà de sa personne, visant désormais son mari et ses enfants. Plusieurs journalistes ont pris la difficile décision de désactiver complètement leurs comptes sur les réseaux sociaux afin de préserver leur équilibre mental.

Lorsque les journalistes s'autocensurent, c'est la société qui en pâtit. La liberté d'information est mise en péril. Il ne s'agit pas d'incidents isolés, mais d'attaques systématiques visant à écarter les femmes du débat public.

Des témoignages du sommet de Luanda

La sécurité numérique a occupé une place prépondérante lors du récent sommet Union africaine-Union européenne qui s'est tenu à Luanda, en Zambie. Dans une interview accordée pendant la rencontre, l'ambassadrice Liberata Mulamula, envoyée spéciale auprès de la présidente de la Commission de l'Union africaine sur les femmes, la paix et la sécurité, a qualifié la violence numérique de nouvelle menace pour la paix et la sécurité, soulignant que les espaces en ligne peuvent être particulièrement hostiles pour les femmes occupant des postes de direction. Parlant ouvertement de la charge émotionnelle causée par les attaques persistantes, elle a encouragé les femmes à rester visibles en ligne. Elle a déclaré : « Nous avons mobilisé les femmes pour qu’elles utilisent les médias sans les craindre, car nos voix doivent être entendues. » Elle a ajouté que l’Union africaine avait créé un réseau de femmes professionnelles des médias pour lutter contre la désinformation et soutenir les victimes de harcèlement en ligne.

Elle a également souligné l'adoption par l'Union africaine de sa première convention visant à mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles. Elle a déclaré que la mise en œuvre de cette convention devait placer la cybersécurité au cœur des préoccupations et a indiqué que le Forum de l'Union africaine sur les femmes, la paix et la sécurité, qui s'est tenu en Tunisie les 9 et 10 décembre, aborderait directement la question de la violence numérique.

L'ambassadrice Henriette Geiger, ambassadrice de l’Union européenne au Kenya et représentante permanente auprès du PNUE et d'ONU-Habitat, a souligné la nécessité de renforcer les moyens d'action en matière de cybersécurité au fur et à mesure que les pays numérisent leurs services essentiels. Elle a indiqué que l'Union européenne et le Kenya menaient actuellement un dialogue sur l'adéquation des données afin d'aligner les normes kenyanes de protection des données sur celles de l'UE. Si ce dialogue aboutit, a-t-elle ajouté, le Kenya pourrait devenir un pôle numérique de confiance capable de traiter des données sensibles en toute sécurité. Dans l'ensemble, ces interventions ont montré une reconnaissance commune du fait que des espaces numériques plus sûrs sont essentiels pour la participation des femmes, l'égalité et l'avenir de la coopération numérique entre l'Afrique et l'Europe. 

Pourquoi la crise s'aggrave-t-elle et que faut-il changer ?

L'expansion rapide de l'accès à Internet a accru notre exposition à des contenus malveillants. Interpol met en garde contre le fait que les menaces en ligne visent désormais les utilisateurs lambda et les institutions publiques, rendant difficile le contrôle des discours haineux. Les reportages locaux font état de tendances similaires. Au Kenya, un rapport récent a révélé que de nombreuses Kenyanes se sont retirées des plateformes numériques après avoir été victimes de harcèlement lié à des débats politiques et sociaux. Les victimes ont déclaré ne pas se sentir en sécurité, même hors ligne, soulignant que le harcèlement numérique les suivait souvent jusque chez elles. Les femmes briguant un mandat politique sont confrontées aux mêmes pressions. Un rapport de la Westminster Foundation for Democracy a révélé que les candidates sont victimes d’usurpation d’identité, de divulgation d’informations personnelles, de harcèlement en ligne et de manipulation d’images visant à les dissuader de se lancer dans la vie publique.

La faiblesse des systèmes de signalement et l'application inégale des politiques aggravent le problème. Bien que le Kenya dispose de lois sur la protection des données et la cybercriminalité, de nombreuses victimes ne bénéficient pas d'un soutien rapide, une situation courante dans la plupart des pays d'Afrique. Les plateformes mettent souvent du temps à supprimer les contenus malveillants, et les procédures de signalement claires restent limitées. Ces lacunes favorisent la propagation de la violence en ligne, alors même que de plus en plus de services se déplacent vers Internet.

Pour améliorer la cybersécurité, il faut renforcer les structures de soutien, améliorer les mesures prises par les plateformes et mettre en place des mécanismes plus clairs pour signaler les incidents. Les programmes de culture numérique peuvent aider les utilisateurs à adopter des pratiques plus sûres, en particulier dans les communautés rurales et à faibles revenus. Les plateformes doivent renforcer leurs outils permettant d'identifier les abus et d'y répondre plus efficacement. Les cadres réglementaires en vigueur dans la plupart des pays africains fournissent les bases nécessaires, mais une application cohérente de ces réglementations et des ressources adéquates doivent être mises en place. La coopération régionale peut également contribuer à l'amélioration des normes de cybersécurité et au partage des connaissances sur les cybermenaces émergentes.

Cette année, les « 16 jours d'activisme » ont mis en avant la nécessité de reconnaître la violence numérique comme une forme de violence à part entière et ont rappelé au public qu'il n'y avait #PasDExcuse pour les abus en ligne.


Guérir une région : comment les soins de santé deviennent un vecteur de paix à Arauca, en Colombie

Mon, 04 May 2026 14:14:53 +0000 - (source)

À Arauca comme dans d’autres régions marquées par la violence, l’accès aux soins reste extrêmement difficile.

Initialement publié le Global Voices en Français

Médecins Sans Frontières a mis en place des cliniques mobiles dans les villages touchés par le conflit et où l’accès aux soins de santé est insuffisant. Sur cette photo, une clinique a été installée dans le village de Laureles II, dans le département d’Arauca. Photo : Santiago Valenzuela – MSF, utilisée avec autorisation.

Cet article de Samir Jones a été initialement publié par Peace News Network le 18 février 2026. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d’un accord de partage de contenu.

Mariocy, une mère vénézuélienne de 39 ans vivant dans une zone rurale à la périphérie de la capitale d’Arauca, explique se heurter en permanence à des obstacles lorsqu’il s’agit de trouver un emploi correctement rémunéré et d’accéder aux soins de santé de base pour sa famille. « Pour nous, Vénézuéliens, il est difficile de trouver du travail ici », déclare-t-elle dans un entretien avec Médecins Sans Frontières (MSF). « À Arauca, nous n’avons eu accès aux soins de santé que grâce aux cliniques mobiles des organisations [humanitaires]. »

Arauca se situe dans le nord-est de la Colombie, à la frontière avec le Venezuela, et accueille de nombreux migrants et réfugiés vénézuéliens. Depuis 2022, la région fait régulièrement la une de l’actualité en raison des affrontements entre l’Armée de libération nationale (ELN) et des factions dissidentes de l’État-major central (EMC). Les expériences indirectes des civils touchés par ce conflit, en revanche, sont rarement évoquées dans les médias. Pour de nombreux habitants, la « paix » ne se résume pas à des cessez-le-feu ou à des négociations, mais à l’accès aux besoins essentiels. Une famille peut-elle se déplacer librement ?Une mère peut-elle emmener son enfant malade dans une clinique sans devoir traverser une zone dangereuse ?

À Arauca, la crise ne se résume pas aux affrontements et aux armes. Elle se manifeste surtout dans la vie de tous les jours. Une analyse récente du Global Protection Cluster souligne des risques majeurs : restrictions illégales de la liberté de circulation, confinement des populations et déplacements forcés. Le rapport précise également qu’en 2023, 34 % des habitants du département étaient reconnus comme victimes du conflit armé — des milliers de personnes privées d’accès à l’éducation, à l’alimentation et, surtout, aux soins essentiels. Comme l’explique Siham Hajaj, cheffe de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) en Colombie, à Peace News Network (PNN), « pour les communautés prises entre les groupes armés, ainsi que pour des milliers de migrants, l’accès aux soins est entravé par les multiples conséquences du conflit ».

À Laureles II, les équipes de MSF ont pris en charge des femmes portant leur bébé dans les bras, dont les enfants n’avaient pas reçu tous leurs vaccins ou souffraient de troubles digestifs liés à la mauvaise qualité de l’eau. Photo : Santiago Valenzuela – MSF, utilisée avec autorisation.

Alors, où exactement la santé et la paix se croisent-elles ? Lorsque les familles ne peuvent plus circuler librement et que l’accès aux soins de santé primaires est limité, la santé devient une ligne de fracture, qui accroît le stress et la défiance. Les services se dégradent, les rumeurs se propagent et, surtout, les communautés se fragmentent. Dans une région qui compte une forte proportion de familles vénézuéliennes déplacées, beaucoup sont tenues pour responsables des difficultés rencontrées par les communautés et se retrouvent marginalisées. Selon le Global Protection Cluster, les familles vénézuéliennes à Arauca se voient souvent refuser l’accès à des services et sont confrontées à des discriminations, notamment à des risques de violences fondées sur le genre et de recrutement d’enfants.

Des services de santé fiables et accessibles à tous ne se limitent pas à traiter les maladies. Ils peuvent aussi jouer un rôle de ciment social, en atténuant les tensions au sein des communautés et en faisant des structures de soins des espaces sûrs pour chacun. C’est précisément l’approche adoptée par Médecins Sans Frontières (MSF) depuis mars 2025. Au lieu d’imposer aux patients de longs déplacements à travers des zones dangereuses, MSF va à leur rencontre dans les municipalités rurales, isolées et touchées par le conflit du département, notamment à Tame, Arauquita et Puerto Rondón. Comme l’explique Siham Hajaj : « Entre le 3 mars et le 13 novembre 2025, [MSF] a réalisé 4 899 consultations de médecine générale, 801 consultations en santé sexuelle et reproductive, 65 consultations prénatales et 314 consultations individuelles en santé mentale. »

Between March and November 2025, MSF  implemented a medical project in the department of Arauca, situated in northeastern Colombia near the border with Venezuela. Their work consisted of providing medical and humanitarian care.

Entre mars et novembre 2025, MSF a mené un projet médical dans le département d’Arauca, situé dans le nord-est de la Colombie, à la frontière avec le Venezuela. Ses équipes y ont dispensé des soins médicaux et une aide humanitaire. Photo : Guzmán Botella — MSF, utilisée avec autorisation.

Au-delà des chiffres, ce sont les témoignages des patients de MSF qui donnent la mesure de leur impact. « Les enfants tombent malades tout le temps », confie à MSF une mère vénézuélienne enceinte installée à Arauca. « Je n’ai ni permis de protection temporaire ni carte, mais Dieu merci, une fondation m’a prise en charge et c’est grâce à elle que je peux consulter. »

Une clinique mobile, pas plus que l’accès aux soins, ne peut mettre fin à un conflit armé. En revanche, elle peut créer un terrain commun. Populations locales et nouveaux arrivants partagent les mêmes salles d’attente, s’en remettent aux mêmes équipes et font l’expérience, rare, d’un traitement fondé uniquement sur les besoins médicaux. « La neutralité et l’indépendance, explique Hajaj, nous ont permis d’atteindre des milliers de patients dans des zones touchées par le conflit armé. »

Cette approche des soins, à la fois constante et impartiale, renforce la cohésion sociale, atténue la peur et les mécanismes d’exclusion, et contribue à restaurer la confiance entre des communautés divisées. Comme le souligne le Dr Tedros Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « Il ne peut y avoir de santé sans paix, ni de paix sans santé. » À Arauca, MSF montre que l’accès aux soins va au-delà d’un simple service : c’est un outil de paix, qui repose sur l’idée que chacun doit être soigné.

À Arauca comme dans d’autres régions éprouvées par la violence, assurer l’accès aux soins reste particulièrement difficile. Un rapport de l’OMS sur la reconstruction des systèmes de santé en contexte de conflit souligne que les violences endommagent souvent les infrastructures et désorganisent l’approvisionnement en médicaments. Elles poussent aussi les soignants à partir et empêchent les patients de se faire soigner en toute sécurité, faute de pouvoir se déplacer ou par crainte de traverser des zones dangereuses. Lorsque les routes sont bloquées ou fermées sans préavis, même les services les plus élémentaires deviennent inaccessibles. Dans certains endroits, une clinique peut interrompre ses activités au moindre coup de feu. Dans ces conditions, la neutralité des soins reste ce qui permet, malgré tout, d’assurer une continuité minimale de la prise en charge.


Bangladesh : intensification de la crise énergétique à la suite au prolongement du conflit entre les États-Unis et l'Iran

Mon, 04 May 2026 12:36:24 +0000 - (source)

Comment une guerre lointaine a plongé le Bangladesh dans un rationnement du carburant, des fermetures d’usines et une crise budgétaire

Initialement publié le Global Voices en Français

Motorists queue at a Dhaka fuel station on March 9, 2026, during government-imposed rationing that left delivery riders and commuters waiting hours to purchase limited fuel supplies. Photo: Zulker Naeen.

Files d'attente de motocyclistes et automobilistes dans une station-service de Dhaka le 9 mars 2026, durant le rationnement imposé par le gouvernement, contraignant les livreurs et usagers à attendre des heures pour acheter une quantité limitée de carburant. Photo de Zulker Naeen. Utilisée avec autorisation.

Le 10 mars dernier, Rashid ahmed a patienté pendant deux heures dans une station d'essence de Dhaka dans le district de Mirpur, dans la file de motocyclettes qui s’étendait jusqu’à la rue d’à côté alors que le pompiste refoulait client après client. Ce livreur âgé de 42 ans s’était déjà rendu dans trois stations-service depuis l’aube, pour à chaque fois se retrouver face soit à des citernes vides ou soit à des files d’attente trop longues pour pouvoir attendre avant ses premières livraisons. Sa motocyclette tournait au ralenti alors les revenus de sa famille partaient en fumée avec chaque heure écoulée.

Des centaines de milliers de bangladais, confrontées à des difficultés quotidiennes pour survivre depuis le rationnement imposé par le gouvernement, partagent la même frustration. Cette mesure a été mise en place en raison des tensions qui règnent dans le Golfe persique, à des milliers de kilomètres.

À la mi-mars, le gouvernement a levé le système temporaire de rationnement des ventes de carburant ; néanmoins, les pénuries, longues files d’attente, et irrégularités à la plupart des stations-service rendent difficile l’approvisionnement en essence.

Depuis l’intensification de la crise entre l’Iran, Israël et les États-Unis en guerre ouverte, le Bangladesh s’est retrouvé plongé dans une situation d’urgence malgré la distance géographique. Le pays, qui compte 175 millions d’habitants, importe près de 95 % de son énergie, le rendant presque totalement dépendant des marchés du carburant mondiaux.

Les réserves de pétrole mondiales ont chuté lorsque le détroit d’Ormuz est devenu un champ de bataille, l’étroite voie navigable représentant un point de passage stratégique pour près du tiers des navires pétroliers mondiaux. L’impact s’est tout de suite fait sentir au Bangladesh.

Map of Strait of Hormuz. Image via Wikipedia by Goran_tek-en. CC BY-SA 4.0.

Carte du détroit d'Ormuz. Image sur Wikipedia de Goran_tek-en. CC BY-SA 4.0.

Effet domino provoqué par la perturbation des chaînes d’approvisionnement

Début mars, la crise s’est intensifiée à une vitesse catastrophique.

Qatar Energy, depuis longtemps l’un des trois fournisseurs de gaz naturel liquéfié (GNL) du Bangladesh, a stoppé ses livraisons, invoquant le cas de force majeure, à la suite de l’arrêt de la production provoquée par les attaques iraniennes sur les infrastructures énergétiques. Le Qatar représente 20 % de l'offre mondiale de GNL. En l’espace de quelques jours, les deux autres fournisseurs ont emboité le pas et suspendu leurs engagements contractuels.

Au mois de janvier, le Bangladesh achetait des cargaisons de GNL au comptant à environ 10 dollars par million de BTU, contre  28,28 dollars par MMBtu (million de BTU métriques) à la mi-mars pour des livraisons en urgence.

« Nous achetons du GNL à un prix exorbitant sur le marché spot, soit pratiquement 2,5 fois plus qu’il y a quatre ans », explique à des journalistes Saiful Islam, le ministre chargé de l’énergie.

La flambée des prix a engendré un cercle vicieux. Un premier appel d’offre lancé le 1er mars sur le marché spot par Petrobangla fut un échec total, les négociants considérant le Bangladesh trop risqué et instable. Ce n'est qu'après avoir proposé des prix encore plus élevés que le pays a pu obtenir des livraisons de Gunvor au coût de 28,28 USD par MMBtu et de Vitol à 23,08 USD.

« Nous cherchons maintenant d’autres solutions sur le marché spot pour combler le vide laissé par nos trois fournisseurs, », admet Md Arfanul Hoque, le président de Petrobangla.

Le Bangladesh devait recevoir en tout 115 commandes de GNL en 2026. Selon les prévisions des autorités, quarante d'entre elles ne seront pas honorées en raison des disruptions en Asie occidentale.

À qui le gaz est-il destiné ?

La priorité a été donnée à la production d’énergie et à la consommation énergétique des ménages au détriment des industries. En conséquence, quatre sur les cinq entreprises publiques d’engrais à base d’urée ont été contraintes de fermer pour au moins 15 jours.  Seule  Shahjalal Fertilizer Company est restée opérationnelle, ainsi qu’une usine privée.

La saison du riz Boro battait son plein au Bangladesh, nécessitant une irrigation et une fertilisation régulières des rizières. Selon les autorités, les stocks existants permettraient d’éviter une crise imminente. Mais les agriculteurs et experts agronomes craignent des pénuries à moyen terme.

Par ailleurs, l’approvisionnement en gaz du secteur de l’énergie est passé de 870 millions de pieds cubes par jour à 820, une réduction qui, selon les autorités, serait susceptible d’augmenter le délestage d’électricité à travers le pays et de provoquer des coupures d’électricité.

« Tant que le problème des chaînes d’approvisionnement n’est pas résolu, les réserves dont nous disposons doivent être utilisées à bon escient », explique aux journalistes Iqbal Hassan Mahmood Tuku, ministre de l’Énergie. « Il est important de ménager nos ressources. Si la population coopère, nous pourrons surmonter cette crise. »

Fermeture des universités et rationnement du carburant

Le 8 mars, le gouvernement a annoncé la fermeture prématurée des universités, en avançant la date des vacances de l’Aïd afin de réduire la consommation d’électricité.

Les dortoirs, salles de cours, laboratoires, et la climatisation des campus consomment de grandes quantités d’énergie. Leur fermeture a immédiatement soulagé le réseau électrique déjà sous tension. Les étudiants ignoraient quand les cours allaient pouvoir reprendre.

« Nous faisons tout notre possible afin de réduire la consommation d’énergie et assurer la continuité de l'approvisionnement en électricité, en carburant et en produits importés », explique un haut fonctionnaire du ministère de l’Énergie, de l’Électricité et des Ressources minérales.

Au même moment, le gouvernement a demandé aux stations-service de réduire de 10 % leurs ventes journalières en vue de préserver les stocks de carburant du pays. Le rationnement a déclenché la panique dans les grandes villes. Des files d’attente interminables se sont formées aux stations d'essence lorsque les automobilistes s’y sont précipités pour faire le plein.

Certains ont déclaré avoir attendu des heures pour acheter du carburant. Des stations étaient déjà à sec dès le milieu de la journée.

Impact sur l’industrie

L’industrie textile représente 84 % des exportations du Bangladesh et emploie des millions de personnes.

Les usines se sont retrouvées face à des choix impossibles, à la suite de l’implémentation de coupures d’électricité d’une durée d’au moins cinq heures par jour. Les leaders de l’industrie ont parlé de situation cauchemardesque depuis le début du conflit fin février. Faire tourner des groupes électrogènes durant des pannes prolongées augmente considérablement les coûts d’exploitation.

Ces derniers mois, de nombreuses usines de vêtements et de textile n’ont fonctionné qu’à seulement 40-50 % de leur capacité, et ces pertes de production menacent les commandes à l'exportation.

Au début du mois mars, les réserves de diesel représentaient seulement 9 jours d’approvisionnement, à savoir 115 473 tonnes au 4 mars.

Le gouvernement s’est empressé d’organiser des livraisons en urgence et 5 000 tonnes de carburant provenant de la raffinerie indienne de Numaligarh ont été acheminées vers le Bangladesh via un oléoduc transfrontalier. Les autorités ont également négocié avec Indian Oil Corporation en vue d’obtenir un supplément de 30 000 tonnes.

Les ménages face à des difficultés quotidiennes

La crise énergétique a été particulièrement douloureuse pour les familles bangladaises ordinaires en raison de la hausse des prix des combustibles de cuisson.

Le prix d’une bouteille de gaz de pétrole liquéfié (GPL) de 12,5 kg, utilisé par la plupart des ménages pour alimenter les cuisinières et les brûleurs, est passé de 900 à 1 500 takas (BDT) (l’équivalent de 7,3 à 12,2 USD), soit une hausse entre 500 et 800 BDT (4 à 6,5 USD) des dépenses ménagères mensuelles. Le salaire minimum au Bangladesh est de l’ordre de 12 500 BDT par mois (environ 101 USD). Les familles à faible revenu, déjà aux prises avec l’inflation, ont alors été obligées de prendre des décisions drastiques. Afin d’économiser du gaz, certaines ont commencé à limiter la cuisson de leurs aliments. D’autres ont eu recours de nouveau aux combustibles traditionnels, tels que le bois et le fumier.

« Le conflit au Moyen-Orient rend très difficile l'importation de GPL », explique Abdur Razzaq, directeur général de JMI Group. « Les coûts de transport sont en hausse, les routes maritimes peu fiables, et les négociants de plus en plus prudents. »

Les coûts de transport du GPL ont atteint 275 USD par tonne, alors que la Commission de régulation de l'énergie du Bangladesh les avait estimés à 120 dollars par tonne.

« Le secteur privé avait déjà importé suffisamment de GPL pour éviter toute pénurie jusqu'au mois de mars », a déclaré Mostafa Kamal, directeur de Meghna Group of Industries. « C’est en avril que nous avons commencé à nous inquiéter. »

L'entreprise était à la recherche de fournisseurs de GPL au Vietnam, en Taïwan, Malaisie et Chine, pour remplacer ceux situés au Moyen-Orient.

Une bombe à retardement budgétaire : le coût de la crise

Selon des estimations, le coût d’achat de GNL au comptant entre 2022 et 2024 s’élèverait à 11 milliards. Ces énormes dépenses ont mis à rude épreuve les réserves de change et nécessité des compromis difficiles dans les budgets publics.

« Si la situation ne s’améliore pas, nous serons de plus en plus forcés d’acheter du GNL sur le marché spot, un coût supplémentaire qui alourdira le fardeau des importations et limitera les approvisionnements destinés au secteur de l'énergie et à l'industrie », a déclaré à Reuters un représentant du ministère de l’Énergie, qui a préféré garder l’anonymat.

Chaque mois qui passe, la hausse des prix aggrave la vulnérabilité du Bangladesh.

Petrobangla a sollicité auprès du gouvernement des subventions supplémentaires afin de combler l’écart entre les prix sur les marchés internationaux et les prix de détail à l’échelle nationale. Mais la situation des finances publiques reste fragile, laissant peu de place pour une augmentation des aides énergétiques.

« Pour le moment, il n’y a pas de pénurie de carburant. En fait, les approvisionnements sont en hausse par rapport à l’an dernier », avait récemment affirmé le ministre Tuku. Mais, au début du mois de mars, il a expliqué : « Maîtriser la consommation d’énergie nous permettra de traverser convenablement la crise durant le mois de mars. Si les commandes prévues sont livrées, la pression retombera. »

Les prix du carburant sont restés inchangés pour le troisième mois consécutif grâce aux importantes subventions qui ont été accordées afin d’absorber les coûts d’importation.

Rien qu’au mois de mars, 5 000 crore BDT (soit environ 407,4 millions USD) ont été consacrés aux subventions, alourdissant encore plus le budget et creusant l’écart avec les prix du marché international.

Le litre de diesel est vendu au prix subventionné de 100 BDT (0,82 USD), et celui de l’essence à indice d'octane 95 reste inchangé à 120 BDT par litre (0.98 USD), alors que les prix du marché ont été fixés respectivement à 180 BDT (1,61 USD) et 150,72 BDT (1,22 USD).


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