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De Kingston au monde entier : Jimmy Cliff, la légende jamaïcaine de la musique et du cinéma, s'éteint à 81 ans

Fri, 30 Jan 2026 15:38:42 +0000 - (source)

« Sa musique a servi de réconfort aux gens dans des moments difficiles, elle a inspiré des générations et forgé le respect mondial pour] la culture jamaïcaine. »

Initialement publié le Global Voices en Français

Un microphone apparaît sur un fond craquelé peint dans les couleurs rouge, or et vert du mouvement rastafari. Image principale créée à l'aide d'éléments Canva Pro.

L'icône du Reggae jamaïcain Jimmy Cliff est décédé le 24 novembre 2025 à l'âge de 81 ans. Sa femme Latifa a annoncé sur les réseaux sociaux qu'il est décédé d'une d'une pneumonie, à la suite d'une crise. Elle a remercié toutes les personnes qui ont partagé son voyage incroyable durant son vivant avec lui, comprenant artistes et fans, dont « le soutien a été sa force pendant toute sa carrière ».

Le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a rendu hommage à X :

Cliff était le seul musicien vivant à détenir l'Ordre de Mérite,  la plus grande distinction qui peut être donnée à un Jamaïcain pour ses réussites dans les arts et les sciences. D'autres figures politiques, y compris le leader de l'opposition Mark Golding, le maire de Kingston Andrew Swaby, et le Premier ministre des Barbades Mia Mottley ont également salué l'influence mondiale de Cliff.

Né sous le nom de James Chambers le 30 juillet 1944, à Somerton, Saint James- une région qui était impactée sérieusement par l'ouragan Melissa cette année- Cliff était dans une famille de 10 enfants. Comme de nombreux musiciens jamaïcains des années 70 et au-delà, il a laissé ses racines rurales et a déménagé vers la ville avec son père à l'âge de 14 ans, espérant trouver sa fortune dans le business de la musique. Durant ce temps, le jeune Jimmy avait déjà montré son intérêt pour la musique, écrivant des chansons et chantant pendant ses années à l'école primaire. En tant que garçon, il était fortement influencé par la musique d'église (il chantait dans la chorale), tout comme la soul, le rock'n roll et la musique jamaïcaine.

A Kingston, Cliff a écrit des chansons et a participé à des compétitions de talents durant son adolescence, améliorant sa voix de soul et ses compétences d'écriture. Il a été à l'école technique de Kingston, où il a étudié la radio et la télévision. D'après Jamaica Gleaner, sa première opportunité dans la ville s'est présentée lors de l'émission « Vere Johns Opportunity Hour » au palace théâtre. Il a également performé lors de nombreuses occasions avec le groupe populaire Bryon Lee Il a encouragé le producteur Leslie Kong à le prendre sous son aile, et sa chanson « Hurricane Hattie » a connu un succès local alors qu'il n'avait que 17 ans.

Bientôt le travail de Cliff a attiré l'intérêt de Chris Blackwell, le PDG du label révolutionnaire Island Records, qui l'a amené en Angleterre où il a finalement capté une audience plus large parmi de nombreux secteurs de la société. Assez à l'écart et différente de la génération Windrush, la musique jamaïcaine était très populaire parmi les skinheads, une classe ouvrière jeune et une sous-culture de la fin des années 60. Son premier album international, « Hard Road to Travel, » est sorti en 1967 et a été accueilli chaleureusement. Cela a compris une reprise de la chanson « Waterfall, » qui est devenue un hit au Brésil et a gagné le festival international de la musique. En 1969, « Wonderful World, Beautiful People, » suivi de « Vietnam » en 1970 sont devenus des hits internationaux. Cliff a également enregistré sa propre version du son de Cat Stevens « Wild World », ce qui  a atteint le top 10 au Royaume-Uni.

Cliff a enregistré plus de 30 albums au total, son dernier en date est celui de 2022 « Refugees », inspiré par les crises humanitaires dans différentes parties du monde. Il a gagné le Grammy Awards du Reggae pour « Cliff Hanger » en 1985 et « Rebirth » en 2012. Jusqu'à récemment, il a continué d'apprécier les tournées mondiales. Bien que plusieurs de ses hits étaient repris par plusieurs chanteurs dans différents genres, la popularité de Cliff a décollé après le film théâtral jamaïcain au petit budget dénommé « The Harder They Come », sorti en 1972, ce qui l'a mis sur la carte en tant que puissance culturelle. Dans le film, réalisé par le Jamaïcain Perry Henzell et co-écrit avec Trevor Rhone, Cliff joue le rôle de Ivan, a jeune homme en difficulté dans le pays qui cherche à se faire un nom dans la ville. Les expériences négatives avec la police et les autres figures d'autorité ont transformé Ivan en tireur, « Rhygin », qui est ensuite devenu un  hors-la-loi.

Encore plus impactant que le script, la bande-son du film, qui est devenue un classique culte. La chanson principale, ainsi que les autres de Cliff, comprenait des morceaux de Desmond Dekker et Toots and the Maytals. En 2021, l'album était considéré comme « culturellement historique, ou  significatif » par la bibliothèque du Congrès et sélectionné pour être conservé dans le Registre national des enregistrements. En 2024, Rolling Stone a nommé celle-ci la troisième meilleure bande-son de tous les temps.

Autre lien important avec le cinéma, la reprise par Cliff de « I Can See Clearly Now » de Johnny Nash, qui figure sur la bande originale du film à succès Rasta Rocket sorti en 1993, est également devenue un tube mondial. En 2011, l'album complet de Cliff, « Rebirth », a remporté le Grammy Award du meilleur album reggae et a été inclus dans la liste des « 50 meilleurs albums de 2012 » du magazine Rolling Stone.

Dans une série de messages publiés sur X, Justine, la fille de Henzell, a partagé des souvenirs émouvants, notamment celui de Cliff appréciant une représentation de la comédie musicale « The Harder They Come » dans un théâtre londonien en 2006.

Barbara Blake Hannah, militante dans le domaine des médias et du cinéma, a évoqué son implication personnelle auprès de Cliff et dans le film :

L'ambassade des États-Unis en Jamaïque lui a rendu hommage, soulignant que Cliff avait été intronisé au Rock & Roll Hall of Fame en 2010 par son ami et collègue musicien Wyclef Jean :

Cliff’s songs of struggle and social justice influenced many other musicians. In the late 1960s, Bob Dylan called his song “Vietnam” the greatest protest song of all time, while veteran musician Bruce Springsteen, still on the tour circuit, has incorporated Cliff’s song “Trapped” into his dynamic live repertoire.

American singer Tracy Chapman, meanwhile, shared an on-stage memory:

Les chansons de Cliff sur la lutte et la justice sociale ont influencé de nombreux autres musiciens. À la fin des années 1960, Bob Dylan a qualifié sa chanson « Vietnam » de plus grande chanson contestataire de tous les temps, tandis que le musicien chevronné Bruce Springsteen, toujours en tournée, a intégré la chanson « Trapped » de Cliff à son répertoire dynamique de concerts.

La chanteuse américaine Tracy Chapman, quant à elle, a partagé un souvenir sur scène :

Ali Campbell, membre du groupe de reggae britannique UB40, a également fait part de ses réflexions :

Le commentateur culturel Wayne Chen a décrit Cliff comme « la première star mondiale originaire de Jamaïque » :

Selon une nécrologie publiée dans le Washington Post, Cliff n'aimait pas être catalogué. Il avait déclaré au journal dans une interview en 2004 : « Je ne voulais pas vraiment être connu uniquement comme le roi du reggae ; je voulais en fait être connu comme le roi de la musique ! » Et à bien des égards, c'est ce qu'il était. Tout en faisant découvrir au monde entier la musique jamaïcaine, notamment le reggae — Bob Marley a rapidement suivi ses traces sous le label Island Records —, c'est l'attrait universel de sa musique qui a distingué Jimmy Cliff.

L'économiste jamaïcain Keenan Falconer a fait remarquer :

Ayant grandi dans une région instable, Cliff, avec son humour pince-sans-rire caractéristique, a un jour admis qu'il aurait très bien pu suivre une carrière similaire à celle d'Ivan, l'anti-héros de « The Harder They Come », si sa famille ne lui avait pas jamais pardonné. La Jamaïque et le monde entier lui sont reconnaissants d'avoir choisi une autre voie dans sa vie.


Sly Dunbar, l'un des deux membres du duo «Riddim Twins», précurseur de la musique jamaïcaine, tire sa révérence à l'âge de 73 ans

Fri, 30 Jan 2026 14:43:12 +0000 - (source)

« L'un des plus grands batteurs de tous les temps »

Initialement publié le Global Voices en Français

« Sly » Dunbar, batteur de reggae, en tournée avec Peter Tosh au Top Rank à Cardiff, au Pays de Galles, le 20 juin 1979. Photo de Tim Duncan via Wikimedia Commons, utilisée sous licence CC BY-SA 3.0.

Lowell « Sly » Dunbar, batteur et producteur musical exceptionnellement innovateur, et l'un des célèbres membres du groupe reggae «Riddim Twins», est décédé à son domicile le matin du 26 janvier, à l'âge de 73 ans. La cause de son décès n'a pas été révélée, mais il était malade depuis un certain temps. Son décès était néanmoins inattendu, d'autant plus qu'il survient une semaine seulement après celui d'une autre icône du reggae, Stephen «Cat» Coore.

Thelma, la compagne de toujours de Dunbar, bouleversée, a rapporté que Dunbar avait passé un dimanche tranquille : « Il a passé une très belle journée, hier. Il avait invité des amis à lui rendre visite et nous avons tous passé un très bon moment. Il a bien mangé hier… parfois, il n'avait pas très faim. Je savais qu'il était malade… mais je ne savais pas qu'il était aussi malade. »

Le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a rendu hommage à Dunbar et à son héritage remarquable, aux côtés du bassiste Robbie Shakespeare, décédé en décembre 2021. Les deux musiciens étaient simplement connus sous le nom de «Sly and Robbie» ou les Riddim Twins:

La ministre de la Culture Olivia « Babsy » Grange a partagé sur X :

Nekeisha Burchell, porte-parole de la culture du parti d'opposition jamaïcain, a déclaré : « Sly Dunbar incarnait le rythme, l'innovation et l'excellence en mouvement. Il incarnait le meilleur de la créativité jamaïcaine : audacieux, original et intransigeant sur la qualité. Sa contribution à notre industrie musicale a permis de positionner la Jamaïque comme une superpuissance culturelle bien avant que ce terme ne devienne à la mode. »

Lowell Fillmore « Sly » Dunbar est né le 10 mai 1952 à Kingston, la capitale de la Jamaïque. Il a commencé à jouer à l'âge de 15 ans dans un groupe appelé The Yardbrooms. À 18 ans, il a enregistré pour la première fois à la batterie avec le duo vocal Dave et Ansel Collins, sur leur tube « Double Barrel ». Il a rejoint ensuite un groupe appelé Skin, Flesh and Bones avec Ansel Collins et le bassiste Lloyd Parks, puis a joué de la batterie avec The Revolutionaries, le groupe du célèbre Channel One Studios, avec Robbie Shakespeare (qu'il a rencontré en 1972) et un grand nombre d'autres musiciens talentueux.

Au cours de cette période, la musique dub — expérimentale, utilisant diverses techniques électroniques et des effets innovants — était très en vogue, mais Dunbar a commencé à développer son propre style « rockers », caractérisé par un rythme plus agressif que le « roots reggae », similaire à la musique rock. Les Revolutionaries ont également accompagné plusieurs grands artistes reggae des années 1970, notamment Gregory Isaacs et The Mighty Diamonds.

Sly et Robbie ont officiellement fait équipe pour la première fois en 1975 au sein de Word, Sound and Power, le groupe accompagnant l'ancien membre des Wailers Peter Tosh. L'année suivante, le groupe est parti en tournée avec Tosh aux États-Unis, puis en Europe de 1978 à 1979, après avoir également joué lors du concert One Love Peace de Bob Marley à Kingston en 1978. Cependant, le duo a quitté le groupe en 1981 pour partir en tournée avec Black Uhuru, qui avait signé avec Island Records. Dans ce groupe très populaire, Sly et Robbie ont eu, comme toujours, une influence considérable, se complétant mutuellement avec un son de batterie précis et entraînant et une ligne de basse puissante.

Le duo était toujours à la recherche de nouveaux horizons et de nouvelles collaborations musicales. En 1980, ils ont créé leur propre maison de disques, Taxi Records, afin d'assurer leur indépendance créative et financière. Sous cette bannière, ils ont produit et interprété une série de tubes pour Gregory Isaacs, Black Uhuru, Ini Kamoze et bien d'autres.

Au fil des ans, Sly et Robbie ont joué avec une incroyable variété de musiciens, collaborant notamment avec Bob Dylan (sur deux de ses albums), leur compatriote Grace Jones (sur trois de ses albums) et les Rolling Stones. Ils étaient très demandés en tant que section rythmique dans presque tous les genres musicaux, explorant sans cesse de nouveaux horizons musicaux. Ils ont ainsi contribué à lancer des innovations technologiques dans la musique reggae, la faisant évoluer vers le dancehall et de nouveaux sons. Leurs productions pour le groupe punk No Doubt, par exemple, ont donné lieu à plusieurs disques à succès.

Selon un site web musical, « Sly et Robbie sont sans doute les artistes les plus prolifiques de tous les temps. Selon une estimation, ils auraient joué ou produit quelque 200 000 chansons, si l'on considère que certains de leurs riddims, tels que « Revolution » , ont été utilisés dans plus de 100 chansons. »

Un fan a dressé une liste non exhaustive de certaines collaborations du duo :

Dunbar aurait choisi son surnom Sly en hommage au musicien funk et soul des années 1970 Sly Stone, dont il appréciait la musique. Il a mentionné certaines de ses influences musicales dans une interview accordée en 2008 : « Mon mentor était Lloyd Knibb, le batteur des Skatalites. Et j'écoutais beaucoup le batteur de Booker T. & the M.G.s, Al Jackson Jr., et beaucoup de musique de Philadelphie. Il y a aussi d'autres batteurs en Jamaïque, comme Santa et Carly de The Wailers, Winston Bennett, Paul Douglas, Mikey Boo. Je respecte tous ces batteurs et j'ai beaucoup appris d'eux. Inspiré par eux, j'ai écouté et créé mon propre style. Ils ont joué certaines choses que j'ai copiées, d'autres que j'ai recréées. »

Le journaliste musical Hopewell Chin'ono lui a rendu hommage sur X :

Il a ensuite publié des images d'un concert mémorable avec Black Uhuru :

Un autre fan a publié la vidéo d'un concert avec la chanteuse irlandaise Sinead O'Connor :

Sinead O'Connor en concert avec Sly & Robbie en octobre 2005. Diffusé à la télévision irlandaise. durée 49:50 #RIPSlyDunbar https://t.co/Dc6JQHAxB1

Le groupe de reggae britannique UB40, et en particulier son chanteur Ali Campbell, ont été bouleversés par cette nouvelle :

Le journaliste jamaïcain Cliff Hughes a déclaré : « Le temps passe […] Nous avons perdu un autre grand musicien » :

De même, la commentatrice culturelle jamaïcaine Sonjah Stanley a partagé sur X :

Sur X, BlackHistoryStudies a publié une photo classique du duo :

Un autre fan a déclaré :

Tout au long de sa vie, Dunbar a reçu de nombreuses distinctions. Tout comme Shakespeare, il a reçu l'Ordre de distinction de la Jamaïque ; en 2015, il a également reçu la médaille d'or Musgrave de l'Institut de la Jamaïque. En 2025, il a reçu un prix pour l'ensemble de sa carrière de l'université du Minnesota. Dunbar a reçu pas moins de 13 nominations aux Grammy Awards et en a remporté deux : pour « Anthem » de Black Uhuru en 1985 et pour « Friends » de Sly & Robbie en 1999.

Pour résumer l’exceptionnelle contribution de Dunbar à la musique — à au moins trois genres de reggae, voire plus —, un fan a déclaré :


La vie à la frontière américano-méxicaine sous l'administration Trump

Fri, 30 Jan 2026 14:26:20 +0000 - (source)

Les difficultés rencontrées par les femmes et les jeunes filles — particulièrement vulnérables à la violence et à l'exploitation — sont fréquemment ignorées

Initialement publié le Global Voices en Français

Graffiti on a wall reads, “No Border • No Nation”

Photo de Markus Spiske sur Unsplash, utilisée sous une licence Unsplash.

Cet article de Tania Roa en partenariat avec Border Kindness, a été publié pour la première fois dans la presse des femmes immigrées – Migrant Women Press – le 26 octobre 2025. Une version éditée est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Tous les jours, des migrants pleins d'espoir traversent les déserts inhospitaliers, les régions montagneuses dangereuses du sud des États-Unis à la recherche de sécurité, d'un refuge et de nouvelles opportunités. Alors que ces voyages périlleux font souvent l'objet de reportages dans les médias, les épreuves endurées par les femmes et les jeunes filles  — particulièrement vulnérables à la violence et à l'exploitation — sont souvent négligées.

Depuis son premier mandat présidentiel, les politiques de Donald Trump ont directement ciblé les communautés de migrants et la santé des femmes. Aujourd'hui, durant son second mandat, les effets croissants du réchauffement climatique et des conflits mondiaux ont rendu les périples déjà risqués de ces migrants encore plus urgents et plus meurtriers.

Les effets des règles en vigueur

Trump et ses partisans utilisent souvent une rhétorique incendiaire pour présenter les migrants comme des criminels, des membres de gangs, voire même des prédateurs sexuels, galvanisant ainsi le soutien du public pour renforcer les mesures punitives aux frontières. De telles étiquettes les déshumanisent, suscitent la peur, et justifient des pratiques de contrôle agressives ou des reculs en matière de protection les concernant.

Le président a insulté les femmes à plusieurs reprises — dont des journalistes et son adversaire démocrate pour 2024, Kamala Harris — son administration a adopté des lois mettant en danger la santé des femmes et leurs droits en matière de reproduction. Le croisement de ces récits affecte de manière disproportionnée les femmes immigrées, dont beaucoup n'ont pas de protection juridique aux États-Unis, les rendant particulièrement vulnérables à la discrimination.

Malgré des promesses visant à se concentrer sur les immigrés en situation irrégulière ayant de lourdes condamnations pénales, les données de l'immigration et des douanes – U.S. Immigration Customs Enforcement (ICE) – illustrent la réalité: des personnes ayant contribué à la société et à l'économie américaines sont ciblées, détenues et expulsées illégalement. Parmi les 435,000 immigrants sans papier identifiés par l'ICE et ayant un casier judiciaire,  moins de 3,000 avaient été arrêtés en mai 2025.

Les témoignages de ceux qui ont été détenus et expulsés sans procès décrivent de graves violations des droits humains commises par l'ICE. Beaucoup de gens, ayant été arrêtés par des agents de l'ICE en civil, le visage masqué et sans mandat en règle, racontent avoir eu l'impression de se faire kidnapper. Les détenus se sont vus refuser un procès équitable et ont ensuite été renvoyés dans des pays qu'ils connaissaient à peine, voire où ils n'avaient jamais vécu.

Suspension des programmes d'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés

La demande d'asile aux États-Unis est légale depuis 1980. Conformément  au droit international et américain, les migrants fuyant la violence et la persécution sont en droit de demander l'entrée sur le territoire. En suspendant les programmes d'asile et d'admission des réfugiés, l'administration Trump a efficacement fermé deux des rares voies légales d'accès à la résidence et à la citoyenneté américaine.

Selon le Département de la Sécurité intérieure des États-Unis, en 2024, sous l'administration Biden-Harris , « l'âge médian des femmes réfugiées était plus élevé. » Les admissions ont augmenté chaque année entre 2022 et 2024, atteignant 100,060 réfugiés — soit le nombre le plus élevé en 30 ans — ce qui souligne le besoin mondial de protection humanitaire.

La fermeture de CBP One

CBP One est une application du gouvernement américain permettant aux migrants d'organiser leurs rendez-vous avec les agents de l'immigration. Quelques heures seulement après son retour à la présidence, Donald Trump a ordonné la fermeture de l'application dans le cadre de sa stratégie globale visant à restreindre l'immigration régulière. Des dizaines de milliers de migrants ayant pris rendez-vous ont été informés que leur comparution devant le tribunal avait été annulée. Dans le passé, CBP One avait permis à près d'un million de personnes d'entrer légalement aux États-Unis et de demander un permis de travail. Cet arrêt brutal a mis fin à une autre voie légale essentielle pour des milliers de familles.

Avant la fermeture, environ 280,000 personnes ont tenté d'accéder à l'application chaque jour. Nombre d'entre eux avaient déjà passé des semaines, voire des mois à la frontière américano-mexicaine – dans l'espoir d'obtenir un rendez-vous – une attente prolongée qui faisait suite à un long et périlleux voyage, souvent accompagné de risques sanitaires importants.

l'application n'étant plus opérationnelle, les migrants se retrouvent avec très peu d'options: rester à la frontière sans abri ni protection, chercher un refuge précaire dans des zones du Mexique qu'ils ne connaissent pas, ou retourner dans les pays qu'ils ont fuis, où les dangers à l'origine de leur exode persistent. Toutes ses options comportent des risques graves, en particulier pour les femmes et les enfants, qui sont particulièrement vulnérables aux vols, à l'exploitation et aux violences en l'absence de logement sûr ou de soutien.

La politique du « Remain in Mexico »

Officiellement connu sous le nom de Protocoles de protection des migrants (MPP), le programme « Remain in Mexico » a été introduit pour la première fois en 2019 sous l'administration Trump-Pence. Il contraint les demandeurs d'asile à attendre au Mexique leurs audiences devant les tribunaux, souvent pendant des mois, voire des années.

L'administration Biden-Harris a mis fin au programme, invoquant de graves violations des droits humains; Trump l'a désormais rétabli, suscitant de nouvelles inquiétudes.

Une crise humanitaire, non pas une crise migratoire

Le mur frontalier entre les États-Unis et le Mexique est une représentation physique de la  division, de l'exclusion, et de la peur que cela a engendré entre les différentes ethnies et nationalités. Malgré les nombreuses tentatives de l'administration Trump pour dissuader les migrants, de multiples facteurs poussent les gens à chercher refuge, moyens de subsistance et sécurité. La dégradation de l'environnement, notamment les sécheresses, les ouragans et la désertification, provoque le déplacement de familles à travers le monde.

Bien que les migrants soient conscients des risques liés au voyage et de la position intransigeante du gouvernement américain, beaucoup choisissent malgré tout de prendre ce risque, car ne rien faire signifie souvent la mort, l'instabilité ou la poursuite des violences. La migration est souvent le dernier recours pour se construire une nouvelle vie avec un avenir plus stable.

Le rôle de l'entraide

Depuis 2018, Border Kindness apporte une aide vitale le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Cette organisation à but non lucratif fournit de la nourriture, de l'eau, des soins médicaux, une aide juridique et des vêtements, répondant ainsi aux besoins des migrants que les systèmes officiels ont laissés pour compte.

« Les personnes de couleur sont contrôlées en raison de leur couleur de peau ou de leur accent, et les femmes sont particulièrement vulnérables en cette période, » explique Kelly Overton, fondateur de Border Kindness. « Parallèlement, les donateurs ont cessé de soutenir les organisations comme la nôtre qui viennent en aide aux migrants et militent pour une réforme de l'immigration. Ils craignent d'être accusés de financer des activités antiaméricaines ou illégales. »

L'organisation s'appuie depuis peu davantage sur des collectes de fonds menées par la communauté, principalement auprès d'artistes et de petits donateurs. Selon Mr Overton, ce type d'initiative est plus nécessaire que jamais: « L'entraide est simple. Vous n'avez pas besoin d'avoir beaucoup, mais vous pouvez partager ce que vous avez. Chez Border Kindness, nous facilitons l'entraide en redistribuant les ressources là où elles sont le plus nécessaires. Cela nous expose à des risques, mais nous sommes honorés de le faire. »

La redistribution, affirme-t-il, « c'est quand une femme à Chicago, Los Angeles, ou Austin aide une femme à la frontière à obtenir du lait maternisé pour son jeune enfant. Elles offrent ce qu'elles ont, même si ce n'est pas grand-chose. L'importance de l'entraide réside dans le fait de continuer à donner à celles et à ceux qui ont besoin, et c'est ce que nous sommes en mesure de faire grâce à celles et à ceux qui sont prêts à partager ce qu'ils ont, quelle que soit la quantité. »

Résistance et solidarité

La lutte pour la justice envers les migrants ne s'arrête pas à la frontière. Partout aux États-Unis, des individus et des organisations comme le Centre national du droit de l'immigrationFreedom for Migrants, et The Bridge (Alliance haïtienne de soutien aux migrants), résistent aux politiques d'immigration de l'administration Trump, tout en continuant à informer et à fournir des services directs.

A Los Angeles, les membres de la communauté ont protesté pendant des semaines contre les tactiques de l'ICE. Sur internet, deux femmes ont créé une base de données pour suivre leurs raids afin d'informer les communautés concernées. A travers le pays, des voisins se sont interposés entre l'ICE et leurs communautés, forçant les agents à partir. De nombreux Américains s'expriment, montrant que la solidarité est plus forte que la peur. Alors que le gouvernement fédéral durcit sa position en matière d'immigration, la résistance populaire continue de s'intensifier.


Au Mali les femmes et les jeunes filles paient le prix fort de la dégradation de la situation sécuritaire

Fri, 30 Jan 2026 10:29:28 +0000 - (source)

Plus de 191.000 personnes ont perdu l'accès à la protection essentielle (VBG), et les services de SSR.

Initialement publié le Global Voices en Français

Manifestation au Mali contre les violences faites aux femmes ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de VOA Afrique

Depuis 2012, le Mali est confronté à un bouleversement sécuritaire marqué par l’émergence et l’expansion de plusieurs groupes armés non étatiques radicaux: Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn (JNIM), Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Katiba Macina, Al Mourabitoune et État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces groupes revendiquent l’autonomie et l’indépendance des territoires situés dans la région nord du pays, tout en menant des actions visant à combattre et affaiblir le pouvoir en place. Cet état de fait entraîne une perturbation  progressive de la sécurité sur l’ensemble du territoire malien et dans les autres pays du Sahel central.

Dans ce pays, membre de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) qui a quitté le 28 janvier 2024, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le contexte sécuritaire est aujourd’hui caractérisé par l'affrontement des forces armées maliennes et leurs partenaires et groupes armés non étatiques. Cette situation continue d'affecter de manière disproportionnée les populations civiles, en particulier les femmes et les filles victimes de violences sexuelles.

Selon le Mali Situation Report de mai 2025 du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), les attaques des groupes armés mènent aussi à des mariages forcés et limitent considérablement l'accès aux services essentiels de santé sexuelle, reproductive et de protection. Dans le rapport de mars 2025, l'UNFPA explique :

In March 2025, armed groups intensified their activities, resulting in violent clashes, which led to significant population displacement. Women and girls continue to bear the brunt of this violence, with their rights and safety increasingly at risk.

En mars 2025, les groupes armés ont intensifié leurs activités, entraînant de violents affrontements, ce qui a entraîné d'importants déplacements de population. Les femmes et les filles continuent de supporter le plus gros de cette violence, avec leurs droits et leur sécurité de plus en plus en danger.

De plus, l'impact des coupes budgetaires imposé par les Etats-Unis renforce la vulnérabilté des femmes et filles. Le rapport poursuit :

However, the sudden termination of U.S. funding has caused the cessation of key humanitarian programmes, leaving thousands stranded without critical life-saving assistance, further exacerbating the vulnerabilities of populations already affected by ongoing conflicts. The impact has been particularly severe on GBV services, with over 191,000 people losing access to essential protection, and SRH services, including maternal care and family planning, which has left over 200,000 people at risk.

Cependant, la fin soudaine du financement américain a provoqué la cessation des principaux programmes humanitaires, laissant des milliers de personnes bloquées sans une aide vitale critique, exacerbant encore les vulnérabilités des populations déjà touchées par les conflits en cours. L'impact a été particulièrement grave sur les services de VBG [Violence basée sur le genre] , avec plus de 191.000 personnes qui ont perdu l'accès à la protection essentielle, et les services de SSR [Santé sexuelle et reproductive], y compris les soins maternels et la planification familiale, ce qui met plus de 200.000 personnes en situation de risques.

En plus des attaques, le Mali fait face à un profond bouleversement socio-économique dû en partie au déplacement massif de populations. Ces défis se répercutent sur les femmes et les enfants, mais sont souvent peu visibles dans les rapports officiels.

Les violences sexuelles se vivent dans le silence

En juin 2025, plus de 402 000 personnes étaient déplacées au Mali, dont 58 % de femmes et de filles . Le rapport annuel  2024 du Secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle en période de conflit documente des cas de viols, de mariages forcés, d’enlèvements et d’esclavage sexuel perpétrés par des acteurs armés dans les régions de Gao et Ménaka (centre-est), Kayes (sud-ouest), Mopti et Ségou (centre-sud), et Tombouctou (nord) du pays, illustrant l’ampleur et la gravité de ces violations.

Dans les zones rurales et les camps de personnes déplacés internes, les témoignages s’accumulent sur les cas d’exploitations sexuelles, de harcèlements et de mariages forcés. Les groupes armés non étatiques, profitant de la vulnérabilité des communautés, imposent un climat de peur et de soumission. Les institutions internationales observent que la crise humanitaire affecte fortement les femmes et les filles.

En 2025, Amadou, membre de la société civile malienne, est victime de braquage et temoin de viol commis par les bandits armés sur des femmes. Il témoigne à Global Voices :

C'était un vendredi soir, vers 19h, des bandits armés ont pris d’assaut notre bus, sans qu’aucun secours n’arrive. Nous avons tout de suite compris qu’il s’agissait d’un braquage. Nous avons été tous dépouillés, et une dizaine de femmes ont été violées. La terreur et le désespoir de cette nuit resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Je n’oublierai jamais leurs cris, leurs larmes, et ce sentiment d’impuissance totale. Cette nuit m’a montré combien il est urgent de protéger les femmes et de briser le silence face à la violence.

Le mariage forcé est d'autant plus une pratique courante, car il est implanté dans les traditions, particulièrement dans les zones où la pauvreté et l’insécurité limitent les perspectives. Dans le pays, une fille sur deux est mariée avant l’âge de 18 ans. Ce phénomène entraîne des conséquences lourdes : interruption de la scolarité, grossesses précoces, violences domestiques accrues et atteinte à la santé physique et mentale de la jeune fille.

Lire : Au Mali, des communautés rurales se mobilisent contre le mariage précoce pour protéger l’avenir des jeunes filles

Une résilience féminine face à l’épreuve

Malgré ce contexte difficile, de nombreuses femmes maliennes s’organisent localement pour briser le silence. Des associations communautaires de femmes mettent en place des espaces sûrs, mènent des campagnes de sensibilisation et soutiennent les survivantes. Ces initiatives incarnent une forme de résistance et de résilience face à la violence systémique.

Mais ces organisations locales manquent cruellement de moyens, et leur action demeure fragile face à l’ampleur des besoins comme témoigne Alimata Traore, présidente de la Convergence des femmes rurales pour la souveraineté alimentaire (COFERSA) au Mali :

Les femmes restent le premier groupe social discriminé. Elles ont moins accès à la représentation politique, aux postes de pouvoir économique, à l’éducation et elles sont surtout les premières victimes de la pauvreté.

L'élimination des violences, l’accès aux services de santé reproductive, de la justice pour les victimes de violences sexuelles et de l’éducation pour les filles demeurent des leviers essentiels. 

Les femmes et les filles du Mali se trouvent à la croisée des crises : victimes d’un conflit qu’elles n’ont pas choisi, mais aussi porteuses d’espoir et de changement. Amadou, cité plus haut, ajoute  :

Certes, nous avons été dépouillés, mais ce sont les femmes qui ont survécu à l’horreur et dont la sécurité et la dignité restent profondément mises en péril. Il est urgent que les initiatives locales soient soutenues, et que les autorités écoutent les voix des femmes et leur donne les moyens d’agir pour se protéger.

La protection des femmes et des filles ne devrait pas être une option, mais une priorité absolue pour la paix durable au Mali.

Lire notre cahier spécial : 


« Nous n'attendrons pas la permission de survivre » : le point de vue jamaïcain sur la COP30 après l'ouragan Mélissa

Sat, 24 Jan 2026 00:04:17 +0000 - (source)

« Leurs profits ont été bâtis sur notre souffrance »

Initialement publié le Global Voices en Français

« Promesses de l'Action COP30 » ; Photo de  l’UN Climate Change – Kamran Guliyev sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).

La conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP 30, se tiendra à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre. Cet événement permettra de poursuivre les discussions mondiales sur la crise climatique. Les Caraïbes, composés de petits États insulaires en développement (PEID), se sont fait entendre sur la question de la justice climatique, en particulier en ce qui concerne le programme Pertes et Dégâts. Alors que la conference approche, les Caraïbes ont adopté une attitude attentiste concernant les discussions.

Les réunions de la Conférence des Parties (COP) ont commencé à se tenir chaque année, à la suite de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC), le traité international de 1992 qui a précédé l'accord de Paris de 2015  visant « à limiter la hausse des températures à 1.5°C au-dessus des niveaux préindustriels » — ou, comme on l'appelle dans les Caraïbes, « 1.5 pour rester en vie. »

Les pays de la région sont de plus en plus sceptiques quant aux perturbations environnementales provoquées par ces réunions de la COP, qui semblent donner peu de résultats tangibles. Dans le sillage d'impacts climatiques toujours plus intenses et disproportionnés subis par les PEID — alors qu'ils contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre — et malgré les promesses formulées par la COP 28 concernant les Pertes et les Dégâts, la réalité demeure que des dispositifs encore trop faibles créent un fossé entre les engagements et les actions concrètes.

C'est cette réalité qui pourrait bien avoir poussé le gouvernement jamaïcain  à prendre une obligation liée aux catastrophes naturelles d'une valeur de 150 millions de dollars, dans le cadre de ce que la Banque Mondiale appelle « solide stratégie de financement des risques de catastrophes » de l'île.

AccuWeather estime qu'à la suite du passage de l'ouragan Mélissa, la région aura subi entre 48 et 52 milliards de dollars de dégâts. Son estimation prend en compte bien plus que les pertes assurées, elle inclut les pertes à long terme du secteur touristique, les perturbations liées aux affaires et à l'agriculture, ainsi que les coûts élevés liés aux dommages aux infrastructures, aux évacuations et aux opérations de nettoyage.

Pour des pays insulaires comme la Jamaïque, Cuba, Haiti, la République dominicaine, les Bahamas et les Bermudes, tous touchés par l'ouragan, le traumatisme ne réside pas seulement dans l'attente de l'arrivée de la tempête, sans savoir ce qu'elle va apporter. Il ne s'agit même pas de la traverser dans l'incertitude. Les dégâts apparaissent après que l'orage soit passé, lorsque l'on prend conscience de l'ampleur des pertes: des personnes tuées, des maisons détruites, des moyens de subsistance réduits à néant.

Selon Theresa Rodriguez-Moodie, directrice de la Jamaica Environment Trust (JET), la Jamaïque a été « ébranlée » par la violence de l'ouragan, déclarant à Al Jazeera dans une interview télévisée, « Ces tempêtes deviennent malheureusement la norme, un phénomène amplifié par la crise climatique. »

Lorsqu'on lui a demandé ce qu'elle pensait du fait que les organisateurs de la COP30 aient déclaré n'avoir pas l'intention de dévoiler de nouvelles mesures à la conférence de Belém, Rodriguez-Moodie a répondu, « Ce dont nous avons besoin maintenant est un changement radical. Nous avons besoin d'engagements. Nous avons besoin d'un financement d'adaptation. Nous avons besoin d'argent pour les Pertes et les Dégâts […] ce n'est pas le moment de faire une pause. »

La directrice de la JET a poursuivi en expliquant que selon les premières estimations les dégâts attendraient 6-7 milliards de dollars rien que pour la Jamaïque. « Nous ne pouvons pas nous permettre de, continuellement, payer ce genre de factures années après années, » « et laisser les grands pollueurs s'en tirer à bon compte, » a-t-elle ajouté.

Nombre de grands émetteurs de GES ne participent même pas à la conférence COP30, parmi lesquels les dirigeants des États Unis, de la Chine, de l'Inde et de la Russie qui en sont visiblement absents, mais Roadriguez-Moodie n'en était pas le moins du monde déconcertée: « Même quand ils étaient présents, ils ne se passait pas grand chose, mais le fait est que nous ne pouvons pas avoir ces énormes émetteurs revendiquer la direction alors qu'ils abandonnent leurs responsabilités, car leurs profits ont été bâtis sur notre souffrance. »

Elle a fait remarquer que l'absence des 4 Grands à la COP30 « n'est pas une preuve de neutralité; mais plutôt de lâcheté. » Ce que les PEID demandent, a-t-elle expliqué, ce n'est pas la charité: « Ce que nous réclamons c'est que des comptes soient rendus — et nous n'attendrons pas la permission de survivre […] nous demandons que ces grands pollueurs paient ce qu'ils doivent [et] démantèlent ces systèmes qui les ont enrichis et nous ont rendu vulnérables. »

Cette région « ne peut pas continuer à rester les bras croisés, » a-t-elle ajouté, « mais doit plutôt trouver des moyens créatifs pour renforcer sa résilience et financer sa reconstruction après les Pertes et les Dégâts. »


Cinq ans de lutte : constat de la violence numérique à l'encontre des femmes journalistes et militantes en Indonésie

Thu, 22 Jan 2026 12:53:49 +0000 - (source)

De nombreuses femmes journalistes et militantes sont inlassablement victimes d'attaques numériques.

Initialement publié le Global Voices en Français

Women in Southeast Asia often face harassment online.

Image réalisée avec CanvaPro.

Cet article fait partie du projet « Abondance de l'information en Asie du Sud Est » de l'université nationale australienne. Irma Garnesia est une assistante de recherche travaillant du côté indonésien.

En Indonésie, les femmes journalistes et les militantes sont inlassablement confrontées à des attaques numériques. De nombreuses femmes signalent des cas de harcèlement de la part d'influenceurs politiques rémunérés et de « wibu » (fanatiques de dessins animés), au communauté de fans de K-pop et de personnes ayant des opinions politiques opposées. Journalistes, éditeurs, activistes, avocats, et défenseurs des droits numériques expliquent comment cette violence s'est développée au cours des cinq dernières années et pourquoi elle reste un problème très répandue.

Bunga (un pseudonyme) ne s'était jamais imaginée que sa conférence au festival culturel japonais aurait pu faire d'elle une cible. Sa présentation explorait la façon dont les bandes dessinées japonaises représentent souvent les femmes de manière dégradante et comment ce portrait reflète les normes patriarcales du Japon. Mais ensuite, sa conférence est devenue virale, et des fans d'animés ont inondé ses réseaux sociaux, l'accusant d'être une « féministe hardcore » qui ne comprenait rien à la culture japonaise.

Bientôt, ses informations personnelles se sont répandues en ligne. Son identité en tant que journaliste d'un magasine féminin a été divulguée, ses photos ont été diffusées et modifiées sur des groupes Discord. « Les attaques ne critiquaient pas seulement mon travail », se rappelle-t-elle. « Elles s'en prenaient à moi personnellement. »

Le harcèlement l'a traumatisé et elle avait peur d'être reconnu en public. « Et s'ils me poignardaient dans les transports en commun? » plaisantait-elle à moitié, bien que derrière ses mots l'anxiété était bien réelle.

L'expérience de Bunga est loin d'être isolée. Kania, une journaliste indépendante et  activiste, est régulièrement confrontée au harcèlement en ligne de la part d'influenceurs politiques de l'ancien président indonésien Joko Widodo. Pipit a été attaquée sur Internet après avoir critiqué l'agence nationale d'assurance maladie indonésienne. Pendant que Nala, une vérificatrice de faits, a été ciblée par des groupes antivax en Indonésie.

Ces cas révèlent un schéma de violence numérique sexiste où les critiques professionnelles ont été voilées par des attaques personnelles fondées sur la misogynie.

L'ampleur cachée des abus

Une grande partie de cette violence demeure invisible. Une enquête menée en 2021 par le groupe de réflexion PR2Media, auprès de 1,256 femmes journalistes, a révélé que 85.7 % avaient subi une forme de violence, et 70.1 % ont déclaré que cela s'était produit à la fois en ligne et hors ligne.

Le réseau de liberté d'expression d'Asie du Sud Est (SAFEnet) a répertorié les types de violences numériques qui ciblent principalement les femmes journalistes et activistes. Cela peut inclure le doxing, la divulgation forcée de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre, la surveillance en ligne, la manipulation de photos, le piratage de comptes, des attaques DDoS, où des utilisateurs surchargent intentionnellement un serveur afin de rendre le site indisponible, et de perpétuels harcèlements en ligne.

Les victimes ne décrivent pas seulement ces attaques, mais aussi la façon dont leurs collègues ou éditeurs leur ont reproché d'être « trop réactives » ou « trop émotives » sur les réseaux sociaux. Ainsi qu'elles l'ont déclaré, la protection institutionnelle est minime.

« Ils m'ont simplement dit de rester à l'écart des réseaux sociaux pendant un certain temps, » explique Bunga. Pourtant le harcèlement dont elle était victime s'était déjà propagé sur chacune des plateformes qu'elle utilisait.

Les institutions sur la défensive

Pourtant, ce n'est pas que les institutions ne veulent pas protéger leurs employés. Même les médias qui défendent l'égalité des sexes ne sont pas à l'abri. Magdalene, une revue en ligne axée sur les droits des femmes et la diversité, fait face quotidiennement à des réactions négatives sur Internet, en mai 2020, elle a été victime d'une attaque DDoS massive qui a rendu son site Web indisponible.

Selon le rédacteur en chef Purnama Ayu Rizky, la salle de rédaction continue de développer des protocoles de sécurité pour les reportages sur le terrain, bien qu'elle dispose déjà de protocoles en matière de sécurité numérique. « Nous collaborons avec des groupes tels que l'Alliance des Journalistes  Indépendants (AJI) et l'Institut d'aide juridique à la presse (LBH Pers) si nous rencontrons des réactions négatives liées à nos reportages. »

Des groupes de défenses des droits humains tels que KONTRAS, qui traitent les cas d'impunité et de violence nationale, sont confrontés à des intimidations similaires, allant de la surveillance numérique à des harcèlements anonymes. Vebrina Monicha, qui travaille dans la division juridique de KONTRAS, a expliqué que l'exposition à une telle pression a conduit certains membres du personnel à la normaliser.

De nombreuses institutions en Indonésie ont privilégié les réponses réactives plutôt que les mesures de protection à long terme, même après cinq ans d'attaques numériques soutenues. Plus encore, la violence est en train de se normaliser, et la sécurité numérique des journalistes et des activistes dépend souvent d'organisations externes telles que AJI, LBH Pers, ou SAFEnet.

Un travail juridique éparpillé

Selon Siti Aminah Tardi, directrice exécutive du Centre de Ressources Juridiques indonésien  et ancienne responsable de la Commission nationale sur les violences envers les femmes (Komnas Perempuan), la violence à l'égard des femmes mêle de plus en plus des éléments en ligne et hors ligne. « La [COVID-19] pandémie a changé la façon dont les abus se déroulent, » explique-t-elle. « Les auteurs et les victimes ne se rencontrent peut-être jamais en personne, mais le préjudice est bien réel. »

Le rapport CATAHU de 2024 réalisé par Komnas Perempuan a recensé 330,097 cas de violences sexistes à l'encontre des femmes, une augmentation de 14% par rapport à l'année précédente. Cependant ces données sont probablement inférieures à la réalité. « Ceci est la partie visible de l'iceberg, » a déclaré Bahrul Fuad, le responsable actuel de Komnas Perempuan.

L'Indonésie a adopté plusieurs lois visant à lutter contre la violence numérique et sexiste, pourtant l'application de ses mesures reste faible. Le pays a approuvé la loi sur les crimes sexuels  (TPKS Law) en 2022. Elle reconnaît formellement la violence sexuelle en ligne (KBSE), y compris le partage non consensuel de contenus à caractère sexuel et le harcèlement numérique. Cette loi garantit également le droit aux victimes de faire disparaître toutes traces les concernant sur Internet, bien que sa mise en œuvre soit au point mort.

Pendant ce temps, la loi sur la protection des données personnelles (PDP), visant à protéger la vie privée, ne traite toujours pas le corps et l'image des femmes comme des données personnelles. Siti Tardi a mentionné que lorsque la PDP  était en cours d'élaboration, la violence numérique, telle que les deepfakes, les photos où vidéos artificielles dans lesquelles l'image d'une personne est superposée à un contenu fictif n'était pas très connue. Bien que Komnas ait continué à plaider pour que le corps des femmes soit considéré comme des données personnelles, cette demande n'a pas été prise en compte.

L'ancienne loi sur l'information et les transactions électroniques reste problématique, car elle se concentre sur la transmission d'informations plutôt que sur la protection des victimes et la violence elle-même. « Les forces de l'ordre refusent souvent d'appliquer la loi TPKS, » a expliqué Siti, « invoquant, et si la distribution était consensuelle? Mais comment pourrions-nous le savoir lorsque l'image a déjà été diffusée? »

Siti a également souligné qu'un mécanisme gouvernemental promis depuis longtemps pour supprimer les contenus préjudiciables n'existe toujours pas. « L’élément clé de la violence en ligne est sa rapidité, » a-t-elle déclaré. « Sans réponse rapide, les victimes restent exposées. »

Des Plateformes qui ne rendent aucun compte

Parce que la violence digitale se déroule en ligne, les plateformes technologiques jouent un rôle crucial, mais leur responsabilité reste difficile à établir. Selon la directrice exécutive de SAFEnet, Nenden S. Arum, les entreprises de technologies mondiales se déchargent souvent de leurs responsabilités en déléguant les tâches liées à la sécurité à des groupes de la société civile. « Les procédures de transmission sont lentes et inefficaces, » a-t-elle déclaré. C'est dangereux, car le contenu continue à se propager, tandis que sa modération pourrait prendre du temps.

La modération des plateformes reflète également la politique mondiale. Après la récente prise de fonction de Donald Trump, des entreprises comme Meta et Twitter (aujourd'hui X)  ont assoupli les règles de modération au nom de la « liberté d'expression. » Nenden explique que ce changement a favorisé le harcèlement en ligne dans le monde entier.

En ce qui concerne l'Asie du Sud Est, le problème est encore plus sérieux. La plateforme manque peut-être de compréhension culturelle du contexte local. De nombreuses équipes de modération ne parviennent pas à comprendre que les femmes d'Asie du Sud Est vivent différemment la honte, la pudeur et l'exposition. « Regardez, je porte un foulard, » a déclaré Siti Tardi. « Lorsque quelqu'un a retouché ma photo où je ne portais pas de hijab, je me suis sentie mise à nue. »

Yuri Muktia de la coalition de la société civile contre la violence sexuelle (KOMPAKS) a décrit des mois de tentatives infructueuses pour supprimer du contenu divulguant des données personnelles sur Instagram. « Meta a répondu qu'il n’ y avait pas assez de preuves, » se rappelle-t-elle. « Même après de nombreux signalements, les messages sont restés en ligne. »

KOMPAKS et SAFEnet continuent à rencontrer les représentants des plateformes, les pressant à adopter  des systèmes de modération plus rapides et adaptés à la culture locale, mais les progrès restent lents. « Les règles des plateformes reflètent souvent le peu de sérieux avec lequel les régulateurs nationaux traitent ces questions, » a déclaré Yuri. « Si notre gouvernement ne fait pas de la sécurité numérique une priorité, elles ne le feront pas non plus. »

Le paradoxe mondial de la sécurité

La violence numérique à l'encontre des femmes journalistes et militantes n'est pas propre à l'Indonésie, mais le vécu de ce pays révèle un paradoxe mondial plus large. Alors que les lois, les organismes de contrôle et les réseaux de défense des droits se sont multipliés, l'architecture des espaces en ligne continue de reproduire la misogynie et l'impunité.

Malgré un nouveau cadre juridique tel que les lois TPKS et PDP, la mise en œuvre accuse du retard. Les médias et les ONG, qui manquent de ressources ou de compétences numériques, comptent sur des supports extérieurs, alors que les plateformes, ces espaces mêmes où les violences prennent place, continuent à ne rendre aucun compte.

Il n'y a pas encore en Indonésie de réglementation qui tienne pleinement et explicitement les plateformes technologiques responsables de la violence numérique  (telle que le harcèlement, le doxing ou la violence en ligne fondée sur le genre) d'une manière qui reflète leur responsabilité en matière de modération de contenus. La loi sur les technologies de l'information (ITE) est souvent utilisée pour punir des individus pour leur contenu plutôt que d'exiger des plateformes qu'elles empêchent ou suppriment activement des contenus préjudiciables. Par exemple, une étude a montré que « l'absence de normes juridiques nationales réglementant explicitement la responsabilité des plateformes affaiblit également la protection juridique des victimes. »

Ainsi que Siti Tardi l'a déclaré, « Sans réponse rapide, les victimes restent exposées. » La lutte de l'Indonésie reflète celle de nombreux pays à travers le Sud global, où les normes patriarcales, la faiblesse des institutions, et l'indifférence des entreprises technologiques se croisent.

Après 5 ans de plaidoyer, de rapports et d'enquêtes, des survivants comme Bunga en ont assez d'attendre que justice soit faite et que la sécurité soit assurée en ligne. Dans l'espace numérique indonésien, le silence et l'inaction continuent de parler le plus fort.


Népal : les communautés autochtones paient le prix fort pour leur implication dans le commerce illégal d'espèces sauvages

Thu, 22 Jan 2026 12:28:38 +0000 - (source)

La plupart des animaux victimes de trafic dans le monde sont transportés clandestinement en Chine et en Asie du Sud-Est

Initialement publié le Global Voices en Français

Two greater one-horned rhinoceroses at Chitwan National Park in Nepal.

Deux rhinocéros indiens du parc national Chitwan au Népal. Image de Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 4.0.

Cet article a été soumis dans le cadre de la Bourse Global Voices pour la justice climatique, qui associe deux journalistes issus de pays sinophones et du Sud global afin d'examiner les effets de projets de développement chinois à l'étranger. Retrouvez d'autres articles ici.

Le commerce illégal d’espèces sauvages, estimé en 2023 par INTERPOL à 20 milliards de dollars USD par an, occupe la quatrième place parmi les activités criminelles et les trafics les plus lucratifs au monde, derrière la drogue, les armes et la traite des êtres humains. La plupart des animaux sauvages sont transportés vers la Chine ou l’Asie du Sud-Est où ils sont principalement utilisés dans la médecine traditionnelle ou vendus comme viande de brousse.

Le Népal est à la fois le lieu d’origine et de transit d’animaux sauvages dont le commerce illégal profite depuis longtemps au pays. Bien que les autorités aient en grande partie réussi à protéger les espèces phares de mammifères charismatiques tels que les tigres, rhinocéros et léopards, le pays continue de servir de zone de transit majeure pour d’autres animaux sauvages moins prisés.

À ce titre, les lois népalaises relatives aux actes criminels commis contre la faune sauvage sont parmi les plus sévères au monde. Par exemple, quiconque reconnu coupable de la mort, du braconnage, du transport, de la vente ou de l’achat de pangolins, qui figurent sur la liste des espèces protégées du pays, est passible d’une amende d’un million de roupies et/ou d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison.

A pangolin, which can be found on the Indian Subcontinent.

Un pangolin, une espèce rare menacée d'extinction native du sous-continent indien. Image de Animalia.com. Licence CC BY 4.0.

Mais le plus souvent, ce sont les membres de communautés autochtones, souvent recrutés pour le braconnage de diverses espèces animales et de plantes en voie de disparition, qui sont arrêtés et poursuivis, tandis que les principaux coupables et chefs de réseaux sont rarement appréhendés. Un bon nombre de ceux qui sont mêlés à ce type de commerce ne sont pas des criminels endurcis, mais juste des citoyens ordinaires espérant se faire un peu d’argent afin de subsister.

Lors d’un entretien avec Nepali Times en 2019, Bishnu Adhikari, alors âgé de 24 ans et purgeant une peine de prison à la maison centrale de Katmandou, explique :

My friend came to me with the package and suggested we go together to sell it, and split the money. I knew it was pangolin scales but didn’t know that punishment was so harsh if we were caught. I was doing it for money, anyone would — it is difficult raising a family. 

Mon copain est venu me voir avec un paquet, puis m’a suggéré de le vendre avec lui et de partager l’argent. Je savais qu’il contenait des écailles de pangolins mais j'ignorais la sévérité de la peine encourue. Je l’ai fait pour l’argent, comme n’importe qui d’autre l’aurait fait ; élever une famille est très dur.

Bikash Chhetri, un lycéen de 17 ans, a également été accusé de trafic de pangolins. Il circulait à moto avec des copains étudiants lorsqu’ils ont été interceptés par des agents du bureau central d’enquête (CIB) du Népal, lesquels ont découvert des écailles de pangolin dans le sac de l’un d’entre eux.

Chhetri explique lors d’un entretien : « J'étais au courant que la contrebande de pangolins était illégale, mais je ne savais pas que mon ami en transportait. Je n’aurais jamais imaginé fouiller dans ses affaires. Je lui faisais confiance. Je ne sais pas si je vais pouvoir payer ma caution, mais j’espère que l’État prendra soin de moi et tiendra compte de ma situation. »

Adhikari et Chettri ont tous les deux été condamnés à cinq ans de prison. Mais contrairement à eux, la plupart des populations locales et indigènes ignorent le statut de conservation des pangolins ou l’importance des animaux sauvages qu’elles font passer en contrebande, manipulent ou transportent.

Kumar Paudel, chercheur spécialisé dans l’étude de la faune sauvage pour Greenhood Nepal, explique lors d’un entretien avec Global Voices : « La majorité des autochtones qui se livrent au commerce d'espèces sauvages ne sont pas des criminels, mais cherchent simplement à gagner leur vie ou à obtenir une source de revenus supplémentaire, et il s'agit souvent de meurtres opportunistes. La plupart du temps, ils sont exploités par des personnes haut placées dans les réseaux de criminalité organisée, et sont originaires de communautés pauvres vivant à proximité de la faune ou de régions frontalières. »

En 2018, à la suite d’entrevues avec plus de 150 personnes condamnées pour crimes envers la faune sauvage au Népal, et au cours desquelles il constata que la plupart étaient pauvres, analphabètes et appartenaient à des groupes marginalisés, Kumar Paudel déposa une requête auprès de la Cour Suprême pour dénoncer la possession de parties d’animaux sauvages et leur exposition publique par des membres éminents de la société. Au bout de cinq ans, la Cour Suprême statua en sa faveur et ordonna au gouvernement de faire appliquer pleinement la loi, de manière équitable et cohérente.

Les peuples autochtones et la faune sauvage

A beach in Chitwan National Park, where local Indigenous communities have been recruited in helping to protect wildlife and facilitate tourism to the park.

Une plage dans le parc national de Chitwan, où les communautés autochtones locales ont été recrutées pour aider à protéger la faune sauvage et encourager le tourisme. Image de Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 4.0.

Les Chepangs, un peuple indigène semi-nomade qui vit dans les collines de l’ouest du Népal, se nourrit depuis longtemps de petites chauves-souris frugivores. Dibesh Karmacharya, qui travaille pour le Center of Molecular Dynamics à Katmandou, étudie depuis une quinzaine d’années les maladies émergentes et ré-émergentes, et s’est plus particulièrement intéressé à cette communauté du district de Makwanpur, proche du parc national de Chitwan, en raison de ses comportements à risque.

Il explique lors d’un entretien avec Global Voices : « Les chauves-souris sont connues pour héberger un nombre élevé de virus et de bactéries inoffensifs pour elles mais qui peuvent subir des mutations et devenir potentiellement dangereux lorsque des humains y sont exposés. De plus, certains présentent une forte transmissibilité. C’était précisément le cas pour de nombreuses épidémies et pandémies telles que le virus Ébola, le Sida, diverses grippes et coronavirus. »

Le dépistage de la communauté pour différents virus et microbes a également révélé un nombre élevé de peines de prison pour braconnage parmi les Chepangs.

« Les peuples autochtones, souvent marginalisés et refoulés au bas de l’échelle socioéconomique, ont besoin d’une source de revenus. Et leurs compétences en matière de chasse et de cueillette, ainsi que leur connaissance du terrain et de la faune sauvage, les conduisent à être embauchés comme braconnier, » ajoute-t-il. « Mais la plupart du temps, ce sont eux qui sont arrêtés et accusés, mettant en évidence les limites de notre système judiciaire. »

Liens entre climat et pathogènes

Des vecteurs porteurs de pathogènes, ainsi que des animaux, se déplacent vers d’autres régions en raison de la hausse des températures. La présence de moustiques à des altitudes maintenant plus élevées dans les montagnes, et déclenchant des épidémies dans des zones autrefois épargnées, en est un exemple classique.

Par ailleurs, la hausse des températures provoque la fonte de glaciers et des zones alpines par le passé arides se transforment en paysages verdoyants. Pour cette raison, de nombreux mammifères, comme les léopards, que l’on trouve habituellement dans les collines moyennes du Népal, se déplacent vers la montagne où ils se mélangent, éventuellement, avec les léopards des neiges et partagent leurs habitats.

D’un point de vue épidémiologique, ces interactions introduisent un risque élevé d’émergence et réémergence de maladies contagieuses. Ainsi, en raison de l’aggravation de la crise climatique, les populations cherchent de nouvelles zones à cultiver. Mais lors de la conversion des terres, y compris le défrichement de forêts, elles ont plus de chance d’être en contact avec différents animaux sauvages. Un risque de propagation est alors possible, dans le cas de transmission de virus entre l’animal et l’homme, qui peut potentiellement avoir un effet pathogène et provoquer des maladies.

Il en va de même pour le braconnage et le commerce d’animaux sauvages. Il existe déjà des signalements confirmant la présence de nombreux animaux, notamment des tigres, dans les montagnes. « Les tigres et rhinocéros sont principalement destinés à être utilisés dans la médecine tibétaine, mais dans la chaîne de valeur du crime organisé, le risque de contracter des maladies est plus élevé pour ceux qui tuent, manipulent les animaux, et prélèvent leurs organes, » ajoute Karmacharya. « En pratique, les communautés autochtones ont un accès limité aux soins de santé et à la nourriture, les rendant plus vulnérables aux infections. »

Bengal tigers in Nepal.

Au début de la pandémie de COVID-19, beaucoup ont émis l’hypothèse que le nouveau coronavirus avait été transmis aux humains par des pangolins, ce qui depuis s’est avéré être infondé.

Le pangolin est le mammifère le plus trafiqué au monde. Les écailles de ce fourmilier sont censées posséder des propriétés médicinales et sont utilisées en Chine dans la médecine traditionnelle ; sa chair est aussi considérée comme un mets délicat dans certaines régions d’Asie.

Selon Tulshi Laxmi Suwal de la Fondation pour la conservation et la recherche sur les petits mammifères (SMCRF) (dont la thèse de son doctorat portait sur le pangolin de Taiwan), il existerait un lien entre le climat, les contacts plus fréquents des êtres humains avec la faune sauvage, et l’émergence de nouvelles maladies.

« Les changements climatiques ont une incidence directe sur l’alimentation ainsi que sur l’habitat du pangolin. Il a besoin de beaucoup d’eau pour se nettoyer, sans quoi les ectoparasites présents sous ses écailles peuvent être plus facilement libérés au sein de son environnement. De même, il peut également les excréter s’il n’a pas suffisamment d’eau à boire, » explique Suwal.

La prochaine étape

Selon le chercheur Kumar Paudel, les forces de l’ordre, dont l’objectif devrait être de dissuader la population de participer à ce genre de commerce, et non pas à effectuer un maximum d’arrestations, doivent être réformées. Cela implique que la loi soit appliquée de manière équitable et responsable, de sorte que l’impact sur les populations pauvres et autochtones ne soit pas disproportionné, d’autant plus que les chefs de file de ces crimes organisés bénéficient souvent d'une protection politique.

Selon Paudel : « Il est nécessaire d’enquêter sur les personnes à la tête du trafic, plus difficiles à remplacer que celles au bas de l’échelon. » « Et bien que les communautés pauvres et autochtones soient mêlées à la criminalité liée aux espèces sauvages, leur objectif est de gagner un revenu supplémentaire et non de pouvoir se nourrir ou se procurer des produits de première nécessité. Pour résoudre ce problème, il faut changer les comportements et sensibiliser à la conservation, ce qui prend du temps. »

Le manque d’éducation et de sensibilisation sur les espèces menacées, et de meilleures opportunités d’emploi, sont considérés comme quelques-uns des facteurs expliquant la participation des communautés indigènes dans le commerce illégal d’espèces sauvages. Il en résulte un nombre élevé de récidivistes, car beaucoup reprennent leurs anciennes activités après leur sortie de prison.

Des initiatives au niveau local, comme le sentier des pangolins dans la forêt communautaire Bagh Bhairav, située à Kirtipur dans le district de Katmandou, pourraient aider les communautés à prendre conscience de l'importance de la conservation et à acquérir une autonomie sociale et économique.

Après qu’une étude ait démontré la présence de pangolins et d’oiseaux protégés au sein de la forêt Communautaire, la SMCRF y construit un sentier de randonnée en 2019, dont la responsabilité fût confiée à la population locale qui, par ailleurs, gère les revenus générés par les touristes et étudiants amateurs d’excursions éco-responsables. Les autorités locales ont apporté des améliorations au sentier, créé un centre d'information et mènent des campagnes de nettoyage.

Le projet donne un sentiment de contrôle et d’appartenance aux membres des 100 familles indigènes de la communauté Tamang, tels que Sun Laxmi, la première citoyenne scientifique de la région. Bien que n’ayant pas reçu d’éducation formelle, son travail consiste à protéger le pangolin à l’aide de traceurs GPS et systèmes de suivi de données, et elle apprend actuellement comment installer des pièges photographiques grâce au soutien technique de la SMRCF.

La communauté, autrefois réputée pour des délits de vols, de trafic de drogue et de braconnage, s'est transformée. Par ailleurs, de petites entreprises dans divers secteurs tels que la volaille se sont développées.

Selon Suwal : « Les femmes participent maintenant aux prises de décision et sont les gardiennes de la faune et de la flore.  Mais compte tenu de la profonde injustice dont sont victimes ces communautés pour la simple raison de vouloir protéger les animaux utilisés dans la médecine traditionnelle en Chine et  ailleurs, celle-ci pourrait leur venir en aide en leur offrant des formations et la possibilité d’autres sources de revenus. »


En RDC, la capitale mondiale du cobalt est sous tension meurtrière entre mineurs artisanaux et industriels

Thu, 22 Jan 2026 07:13:54 +0000 - (source)

Les exploitants artisanaux font partie intégrante des acteurs impliqués dans les activités minières en RDC

Initialement publié le Global Voices en Français

Monument du creuseur artisanal (ceux qui creusent la terre à la main ou avec des moyens basiques) au rond point Mwangeji à Kolwezi, Lualaba en RDC ; Photo de Simplice Bambe, utlisée avec permission

La ville de Kolwezi située dans la  province de Lualaba au Sud-Est de la République Démocratique du Congo (RDC) renferme 70% des réserves mondiales de cobalt. Dénommée ‘capitale mondiale du cobalt‘, la ville est sous tension en raison d'un conflit entre mineurs artisanaux aussi appelés creuseurs, et industriels.

Cette ressource minière revèle aujourd'hui d'une importante capitale pour ses multiples fonctions et sa particularité: performance énergétique, résistance à la chaleur et durabilité, propriétés magnétiques. Le cobalt est très prisé dans les industries de fabrication de voitures électriques, l'aéronautique et dans le secteur médical. Il s'agit d'un secteur clef en RDC car il regroupe actuellement plus de trois millions d'individus et contribue à plus 90% de l'économie du pays.

Lire: En RDC un drame dans une mine de cobalt et de cuivre illustre le coût humain de la transition énergétique

Le 19 décembre 2025, Louis Watum, Ministre des mines de la RDC signe un arrêté pour sécuriser les entreprises minières et assainir le secteur de l'exploitation minière artisanale du cuivre et du cobalt à Kolwezi. Cette décision qui écarte les creuseurs place ces derniers dans un mécontentement total qui occasionne des morts, des actes pillages, et de vandalisme.

Le code minier congolais, dans l'article 109 alinéa 1 et 2 reconnaît les exploitants artisanaux comme faisant partie intégrante des acteurs impliqués dans les activités minières. Cependant, ces exploitants n'ont pas de Zones d'Exploitation Artisanale (ZEA) alors qu'ils représentent plus de trois millions d'individus, selon des chiffres donnés par Louis Watum le 25 novembre 2025 au forum Makutano à Kinshasa. Le secteur minier souffre d'une mauvaise organisation, en partie parce que les autorités congolaises ont préféré vendre la quasi-totalité des carrières minières du Grand Katanga (Sud-Est du pays) à des investisseurs étrangers.

Au final, les creuseurs sont ainsi souvent délogés de force au profit d'entreprises industrielles. Sur le terrain, certaines mines opèrent dans le cadre d'une cohabitation volatile entre creuseurs artisanaux et  industriels.

Lire : En RDC, une pollution des eaux attribuée à une exploitation minière chinoise

La lutte pour la survie des creuseurs

Le manque de ZEA officielles conduit les creuseurs des provinces du Lualaba à s'introduire par effraction dans les sites miniers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ces infiltrations causent de nombreux dégâts et conduisent à des conflits parfois mortels. Des témoignages de cas de meurtres et de blessures graves sont enregistrés auprès des travailleurs officiels des entreprises industrielles. Ce sont souvent des opérateurs ou des transporteurs de produits des sites miniers vers les usines. Déplorant cette situation, Junior Biane, chauffeur d'engin dit à Global Voices:

Nous sommes toujours attaqués dans les mines par les creuseurs artisanaux de Musonoie. Hier par exemple, nous avons été tabassés par les creuseurs et un collègue est touché à l'œil gauche.

Les entreprises de leur côté accusent l'État congolais de ne pas prendre sa responsabilité pour protéger leurs investissements face  à l'exploitation clandestine des creuseurs.

Les industriels exigent la protection de l'Etat

L’entreprise Kamoto copper company (KCC) une filiale de Glencore, entreprise anglo-suisse, cite par exemple des cas d'invasions de creuseurs en manque de ZEA. Actuellement les mines de T17, KOV et Mashamba situées dans la province du Lualaba, où ce géant exploite le cuivre sont souvent victimes dépouillement de camions, d'attaque du personnel. La concession de l'entreprise chinoise COMMUS connaît une situation similaire.

Lire : En RDC, une pollution des eaux attribuée à une exploitation minière chinoise

C'est dans ce contexte que, le 3 décecmbre 2025, les employés de KCC organisent une marche jusqu'au gouvernorat de la province du Lualaba pour dénoncer les invasions et les actes des violences.

Aucune solution définitive n'est prise par les autorités, or le secteur minier est le socle de l’économie congolaise. Il est le poumon du PIB et s'impose comme principal pourvoyeur de recettes publiques car il représente plus de 30% du budget national. Le gouvernement devrait donc répondre aux préoccupations des entreprises.

Lire aussi : A l'Est de la RDC, les mines financent en partie les groupes rebelles

En dépit de sa richesse en ressources minières, la pauvreté touche plus de la moitié de la population en RDC. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en octobre 2025, 85,3% de la population de la RDC vit dans une situation d'extrême pauvreté. Le taux de chomage est estimé à 84% tandis que le revenu moyen annuel par habitant est de 1,600 dollars américains soit 134 dollars américains mensuellement.

La politique actuelle du gouvernement ne propose donc aucune solution durable, ni pour les censeurs, ni pour les entreprises.

Lire notre cahier spécial : 


Au-delà du wax et du boubou, comment le média Africa Fashion Tour change le regard sur la créativité africaine

Wed, 14 Jan 2026 07:05:47 +0000 - (source)

La mode afrcaine a ses propres tendances et ne doit pas s’adapter au marché occidental

Initialement publié le Global Voices en Français

Image des coulisses de la Dakar Fashion Week ; capture d'écran de la chaîne YouTube de FA Channel TV

La mode africaine a longtemps été réduite au wax, au boubou (robe longue et bien ample), à l'artisanat. Mais sur le continent, une autre histoire se dessine. Des créateurs africains habillent des stars mondiales : le cas de Beyoncé habillé par une Sénégalaise ; de même des marques africaines remportent les prix de LVMH (Moët Hennessy Louis Vuitton) ; et les Fashion Weeks de Dakar et Lagos imposent leurs propres tendances.

C'est cette Afrique créative et florissante que Ramata Diallo, ancienne diplômée en Management de la mode à Kedge school business, s'est donnée pour mission de documenter. Ceci, à travers son initiative Africa Fashion Tour, une plateforme médiatique dédiée aux professionnels de la mode du continent. Loin des clichés, elle raconte des success stories économiques, des modèles éthiques et performants, des savoir-faire luxueux qui rivalisent avec les plus grandes maisons internationales. Dans cet entretien accordé à Global Voices réalisé via mail, elle explique comment la visibilité culturelle se traduit en viabilité économique, pourquoi l'authenticité africaine n'a pas besoin de s'adapter au marché occidental, et comment le continent pourrait bien devenir le leader d'une mode plus durable et inclusive demain.

Joel Hevi (JH) : En parcourant le continent pour Africa Fashion Tour, quels types de savoir-faire ou d’esthétiques vous ont le plus marquée ? Pourquoi restent-ils encore si peu visibles à l’international ?

Ramata Diallo (RD): Mes voyages à travers les capitales de la mode en Afrique et mes interviews de professionnels de la mode m’ont permis de comprendre les spécificités des savoir-faire uniques du continent africain. Le caractère luxueux des tissus tels que le Leppi de Guinée ou le Kente du Ghana qui nécessitent plusieurs heures de travail manuel comptent parmis les éléments qui m’ont le plus marquée. Le relation particulière entre le créateur de mode et ses clients qui jouent à la fois le rôle de designer et de styliste est un autre élément qui place l’écosystème de la mode en Afrique dans le segment haut de gamme.

JH: L'image de la mode africaine est souvent réduite au boubou et au wax. Est-ce une démarche délibérée de votre part d'aller au-delà de ces symboles ? Conservent-ils malgré tout une valeur stratégique pour le branding du continent ?

RD: L’Afrique est composée de 54 pays et ne saurait être réduite au boubou, au wax et à la djellaba (longue robe ample répandue comme vêtement traditionnel au Maghreb). L’ambition du média Africa Fashion Tour est d’aller à la rencontre de ceux qui font la mode et de présenter leur travail. Le vestiaire de la femme africaine est multiple. Loin d’être uniforme, la mode africaine est tantôt traditionnelle, tantôt occidentale, tantôt hybride. Inclassable si on utilise une grille de lecture occidentale. Le consommateur de mode africain est volatile, son style évolue au gré des cérémonies. Tous les excès sont permis et chacun peut utiliser la mode comme moyen d’expression du plus classique au plus extravagant.

Photo de Ramata Diallo, utilisée avec permission

JH: Le storytelling occupe une place importante dans votre approche, notamment à travers les articles et podcasts que vous publiez sur votre plateforme. Comment choisissez-vous les récits à mettre en avant, quels critères privilégiez-vous pour raconter ces histoires ?

RD: L’objectif du média est de donner la parole à des professionnels du secteur de la mode basé en Afrique afin de leur donner l'opportunité de raconter leur propre histoire. L'idée est de raconter des success story africaines, de montrer à quel point les modèles économiques sont à la fois éthiques et performants, de sortir des clichés et des idées reçues pour montrer à quel point le business de la mode en Afrique est florissant.

JH: L’industrie de la mode est aussi un terrain économique. Comment voyez-vous le lien entre visibilité culturelle et viabilité économique pour les créateur·rices africain·es ? Avez-vous identifié des modèles économiques particulièrement inspirants ?

RD : Les professionnels de la mode en Afrique ont parfaitement compris le jeu de l'influence et des collaborations. Récemment Ciara, artiste américaine a défilé à la Lagos Fashion Week pour la marque Fruche. Tongoro et Sisters of Afrika ont habillé Beyoncé une star internationale que l'on ne présente plus. La visibilité des marques africaines sur les podiums et les médias internationaux est un enjeu majeur pour changer le regard sur la mode africaine et placer les designers du continent africain au même niveau que les autres. Cette visibilité sur les réseaux sociaux a un impact direct sur les commandes et la viabilité des marques.

JH : Le marché occidental valorise l’authenticité et le fait-main, mais il exige aussi des standards de production, de livraison et de volume qui peuvent être difficiles à atteindre. Comment Africa Fashion Tour aide-t-il les créateur·rices à naviguer cet écart ? Existe-t-il des marques qui ont réussi à trouver un équilibre parfait entre leur identité artisanale et les exigences du marché mondial ?

RD : L'authenticité et le fait-main sont des valeurs totalement africaines. En 2025, la réussite du Pop up Africa now aux Galeries Lafayette a été une réussite. Il a réunit 15 créateurs sur un espace dédié pendant trois semaines. C'est un exemple concret de la capacité des professionnels de la mode la mode en Afrique à présenter des collections et atteindre les standards occidentaux. Le marché mondial est déréglé avec des acteurs qui produisent des quantités en masse qu’ils ne parviennent pas à vendre. Le temps est à la rationalisation et à la production de collections en éditions limitées, ce qui correspond totalement aux modes de fonctionnement des marques africaines.

JH: Au-delà de votre plateforme, comment la perception de la mode africaine pourrait-elle être transformée par les médias, en particulier sur les réseaux sociaux et dans les productions visuelles comme les films et les séries ?

RD : L’explosion de l’influence africaine au-delà des frontières du continent à travers Nollywood, Marodi TV ( une société de production de contenus audiovisuels), l’afrobeat notamment n’est plus à prouver. En 2025, la marque ghanéenne Boyedoe a été démi-finaliste du concours LVMH. Le succès de la Foire Akaa (Also Known As Africa) à Paris qui a fêté ses 10 ans en 2025 est une autre preuve de l’attrait grandissant pour les industries culturelles et créatives africaines qui ne se limitent pas à des likes sur les réseaux sociaux, mais se traduit concrètement par des films et des événements tels, que les fashion week à Dakar ou Lagos.

JH: La mode africaine est souvent perçue comme un secteur émergent ou une source d'inspiration pour le reste du monde. Le continent a-t-il le potentiel de devenir un véritable pôle d'innovation et de leadership qui dicterait les tendances mondiales de demain, notamment en matière de durabilité et d'inclusion ?

RD: Sur le continent à travers les Fashion Week à Dakar, à Lagos, à Casablanca, la mode afrcaine a déjà ses propres tendances, ses propres codes et ne doit pas chercher à s’adapter à un marché occidental. Il y a un fort intéret pour les créateurs du continent et des consommateurs issus de la diaspora, du marché local et du reste du monde.


Comment transformer le potentiel démographique de la jeunesse africaine en puissance collective?

Tue, 13 Jan 2026 12:36:05 +0000 - (source)

D’ici 2050, l'Afrique comptabilisera 41 % de toutes les naissances mondiales.

Initialement publié le Global Voices en Français

Capture d'écran de la chaîne YouTube Les Hauts-Parleurs

Il y a quelques semaines, lors de mon voyage au Japon, j'ai vérifié de mes propres yeux que le vieillissement de la population n'est pas juste une statistique abstraite : dans les espaces publics, les transports, les médias, on peut noter les défis posés par une population de plus en plus âgée: l’augmentation des besoins en soins sanitaires, la non- adaptation des transports publics, des logements pour favoriser le maintien de l’autonomie ou encore des infrastructures.

En 2023, la population japonaise était composée de 29% de plus de 65 ans pour 11% de moins de 15 ans avec une espérance de vie de plus de 80 ans aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Comparativement au Sénégal à la même période, les plus de 65 ans représentaient 3,8% de la population, et les moins de 15 ans 39,1%.

Au-delà de ce constat, j’observe au Japon une véritable adaptation sociale et spatiale des infrastructures et des services pour accompagner cette classe d’âge : infrastructures pensées pour la mobilité réduite, dispositifs de santé, emplois dédiés au soin des aînés ou encore usage du digital pour soutenir leur quotidien.

Mais en Afrique, on a plutôt tendance à parler du boom démographique. En effet, le continent porte aujourd’hui la jeunesse du monde. Selon un rapport de l’UNICEF publié en 2023, d’ici 2050, l'Afrique représentera environ 41% de toutes les naissances mondiales, près de 40% des enfants de moins de cinq ans, et 35% des adolescents. Cette jeunesse est une vraie force de transformation potentielle.

Initiatives prometteuses face à de vrais défis

Quand la jeunesse est accompagnée, elle fait preuve d'indépendance et d'innovation. C'est le cas au Kénya, où les hubs technologiques de Nairobi propulsent la “Silicon Savannah”, en Tunisie, où l’écosystème des startups s’ancre dans les politiques publiques de l’emploi. Au Rwanda, la politique d’investissement dans le numérique et les services a permis de réduire le chômage des jeunes diplômés de près de 10% en une décennie.

Pourtant, ce potentiel est largement sous-utilisé car l'accès à l'éducation reste un privilège. Plus de 98 millions d’enfants et jeunes d’âge scolaire sont hors de l’école en Afrique subsaharienne, selon l’UNESCO. Pour les adolescents de 15 à 17 ans, le pourcentage de non-scolarisation dépasse les 50% ; y compris dans les filières techniques ; et d'autant plus pour les filles. Ansi, des millions de jeunes quittent le système sans compétences nécessaires pour être acteurs du développement.

Seule une volonté politique forte peut inverser les tendances, comme le montre le cas du Ghana, où le programme Free Senior High School , combinant gratuité, politique de bourses et amélioration des infrastructures, a permis d’accroître de 69% l’inscription dans l’enseignement secondaire entre 2017 et 2022.

Problème caché: inadéquation entre formation et emploi

Toutefois, le développement durable ne peut se limiter à l'accès à l'instruction : encore faut-il que les compétences acquises soient utiles. De nombreux systèmes éducatifs africains restent déconnectés des besoins du marché du travail. La formation technique, professionnelle ou numérique demeure insuffisante, et souvent peu valorisée.

Les conséquences sont visibles : 10 à 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail africain, mais seulement 3,7 millions d’emplois formels sont créés. Beaucoup se tournent vers l’informel, avec des revenus précaires et sans protection sociale. Cette non-productivité freine la croissance, fragilise la cohésion sociale et alimente souvent l’émigration.

Au Nigeria, plus de 92% des travailleurs sont désormais en emploi informel selon des données du National Bureau of Statistics. Cette part est encore plus élevée parmi les jeunes : dans une étude de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), 98 % des jeunes hommes et 99% des jeunes femmes actifs déclarent être employés de manière informelle.

En Afrique du Sud, l’informel représente un segment non négligeable de l’économie : selon les syndicats, ce secteur représente environ 27% de la main-d’œuvre.

Pourtant des alternatives existent. En Somalie, l’entrepreneur social Mohamed Ali Dini, membre de l’Aspen Institute, a fondé IFTIN Foundation : un programme qui forme et emploie des jeunes tout en leur offrant un accompagnement en santé mentale pour surmonter les traumatismes de la guerre et se réinsérer dans la société. Ce type d’approche intégrée – emploi, santé et résilience – illustre parfaitement la manière dont l’Afrique peut transformer sa jeunesse en acteur de reconstruction.

Parmi les jeunes, les filles subissent des discriminations multiples : accès à l’école limité, mariages précoces, grossesses adolescentes, violences sexuelles. Selon l’UNICEF, plus d’une fille sur huit en Afrique subsaharienne a subi une forme de violence sexuelle pendant l’enfance.

Or les jeunes femmes sont des vecteurs puissants de transformation. Au Sénégal, des initiatives comme Senegaleses in Tech ou Jokalante forment des centaines de jeunes femmes aux métiers du numérique et du codage. Ces programmes, portés souvent par la société civile, démontrent qu’investir dans l’éducation et l’autonomie économique des femmes produit des effets multiplicateurs sur l’ensemble de la société : hausse des revenus, réduction des inégalités, amélioration de la santé et de la stabilité familiale. Autonomiser les jeunes femmes est donc une question de stratégie de développement durable.

Les projections de la Banque Africaine de Développement (BAD) montrent que la population active d’Afrique passera d’environ 56% à 63% d’ici 2050. Si cette transition est bien gérée, elle peut devenir une source de prospérité. Mais sans investissements massifs dans l’éducation, la santé, la formation et l’emploi formel, ce levier peut se transformer en piège : celui d’une jeunesse nombreuse mais marginalisée.

Des pays ont montré la voie. En Éthiopie, le Youth Revolving Fund a permis de financer plus de 200 000 projets de jeunes entrepreneurs depuis 2019. Ces programmes, quand ils s’appuient sur une vision nationale cohérente, peuvent réduire durablement le chômage des jeunes et renforcer la confiance sociale.

Bien définir les priorités de développement

Pour transformer ce potentiel en force, plusieurs leviers sont essentiels. Il s’agit d’abord de réformer en profondeur les systèmes éducatifs afin qu’ils répondent mieux aux besoins réels des économies locales. Les programmes doivent intégrer les compétences numériques, les métiers verts, l’agriculture durable, l’artisanat et la gestion des petites entreprises. Garantir un accès universel à l’enseignement secondaire, en particulier pour les filles, passe par des bourses ciblées, des infrastructures adaptées et des politiques éducatives de proximité.

Ensuite, il est essentiel de créer des emplois décents pour offrir des perspectives concrètes aux jeunes. Cela implique de soutenir l’entrepreneuriat à travers des mécanismes de financement accessibles, du mentorat et une meilleure intégration dans les marchés locaux et régionaux. Les gouvernements et partenaires doivent également encourager les investissements dans les secteurs porteurs tels que la technologie, l’industrie légère et les énergies renouvelables.

La santé et la protection sociale constituent un autre pilier incontournable. Les politiques en faveur des jeunes doivent inclure la santé reproductive, la santé mentale et la sécurité sociale. Une attention particulière doit être accordée à la protection des jeunes femmes contre les violences et les discriminations, qui freinent leur participation économique et sociale.

Enfin, la participation et le leadership des jeunes doivent être placés au cœur de l’action publique. Les jeunes, et en particulier les jeunes femmes, doivent être intégrées dans les espaces de décision à tous les niveaux : local, national et régional. Encourager un leadership inclusif, ancré dans les réalités communautaires, est une condition essentielle pour bâtir des sociétés résilientes et équitables.

Je repense souvent à ce que j’ai vu au Japon : une société vieillissante qui, paradoxalement, valorise la jeunesse comme une denrée rare. Là-bas, on veut plus de jeunes, on les attire, on les forme, on les écoute. En Afrique, nous avons l’inverse : une abondance de jeunesse, mais une rareté de valorisation. Nous possédons le plus grand trésor démographique du monde, et pourtant nous n’en faisons pas une priorité.


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