Autoblog de Global Voices (fr)

Ce site n'est pas le site officiel de Global Voices
C'est un blog automatisé qui réplique les articles de fr.globalvoicesonline.org

La crise invisible qui prive les individus de leur citoyenneté

Wed, 26 Aug 2026 20:02:04 +0000 - (source)

La citoyenneté parait vraiment acquise quand on la reçoit automatiquement sans jamais devoir la défendre soi même.

Initialement publié le Global Voices en Français

A group of people holding their passports at a Wikimania event in 2024.

Un groupe de personnes tenant leurs passeports en mains lors d'un événement Wikimania  en  2024. Image d'Ahmad Ali Karim, CC0 via Wikimedia Commons.

Cet article fait partie de la série Global Voices de juillet 2026, intitulée « Apatridie ». Cette série offre un aperçu du problème de l'apatridie et de la manière dont il entrave la liberté de circulation, les possibilités d'éducation, l'accès à la vie politique, etc. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

Je suis consciente que l'apatridie est un problème d'une importance cruciale mais sous-représenté depuis des années, et j'en ai parlé pour la première fois en 2017. Cette question me fascine en grande partie en raison de sa quasi-invisibilité : comme le soulignent plusieurs de nos articles ce mois-ci, il est facile de tenir la citoyenneté pour acquise lorsqu'on la reçoit automatiquement à la naissance et qu'on n'a jamais à la défendre.

Malgré mon intérêt de longue date, ce n'est que depuis que Global Voices travaille en étroite collaboration avec le Mouvement mondial contre l'apatridie (GMAS), notre partenaire pour cette série Spotlight de juillet 2026 consacrée à « l'Apatridie », que j'ai commencé à comprendre la diversité des parcours menant à l'apatridie, ainsi que la multiplicité de ses conséquences. J'associais autrefois l'apatridie au statut de réfugié, à des groupes qui, généralement pour des raisons de discrimination, étaient rejetés par leur pays d'origine. C'est indéniablement l'une des causes de l'apatridie, et nous mettons en lumière certaines de ses nombreuses facettes, comme dans le témoignage de cet artiste birman qui lutte pour se reconstruire en France, ou celui d'une femme transgenre ayant fui la Russie.

En échangeant avec des membres du GMAS et en participant à certains de leurs événements, j'ai découvert d'autres manières dont l'apatridie frappe les individus, souvent en raison de la banalité d'une bureaucratie incapable de traiter les cas particuliers. Bien souvent, ces impasses administratives s'accompagnent de discriminations structurelles : par exemple, la situation des enfants philippino-japonais nés au Japon, ou l'impossibilité pour les femmes des États du Golfe de transmettre leur nationalité à leurs enfants.

Pour d'autres, c'est le pays lui-même qui s'est transformé, comme lors de l'effondrement de l'URSS. Il existe également des populations qui n'ont jamais eu d'État propre et n'ont jamais été autorisées à s'intégrer pleinement dans leur pays de résidence, comme l'illustre cet article collaboratif sur les Roms en Ukraine et les Tatars en Russie. Des dynamiques similaires touchent également les Roms de l'ex-Yougoslavie.

Le cas le plus alarmant reste sans doute l'usage de la menace d'apatridie comme outil d'oppression et d'autoritarisme, à l'image des mesures autorisant le Cambodge à déchoir des citoyens de leur nationalité pour certaines infractions. La chronique narrative Undertones de ce mois-ci analyse la manière dont de telles menaces sont légitimées au Nicaragua, pays ayant adopté une législation analogue en 2023.

Pourtant, certains des textes les plus émouvants parus ce mois-ci sont les témoignages de personnes déracinées de leur terre natale : un exilé vénézuélien dans l'impossibilité de quitter le Mexique pour prêter main-forte après le séisme en raison d'un statut précaire interdisant tout voyage, ou encore un opéra cantonais rappelant à un exilé hongkongais l'ampleur des bouleversements passés.

D'autres contributions soulignent la précarité et l'incertitude entourant les documents administratifs qui fondent nos nationalités. En Inde, par exemple, plusieurs décisions récentes ont rappelé que le passeport ne constitue pas une preuve de citoyenneté. Dans un pays où la législation sur la nationalité a été récemment modifiée, prouver son appartenance citoyenne devient un véritable défi. Comme l'indique l'article : « Un certificat de naissance (…) suffit généralement si vous êtes né avant 1987. Les personnes nées entre 1987 et 2003 doivent prouver qu'au moins un de leurs parents était également citoyen indien, et celles nées après 2003 doivent démontrer que leurs deux parents étaient citoyens ou résidents en Inde. » Une exigence complexe, voire impossible à satisfaire pour beaucoup, étant donné que « même en 2019, près de 40 % des enfants de moins de cinq ans ne disposaient pas de certificat de naissance ».

La citoyenneté peut ainsi se dérober, et les États n'honorent pas toujours l'obligation d'examiner avec rigueur les preuves complexes et souvent arbitraires qu'ils exigent.

L'apatridie est un enjeu fondamental en raison des répercussions dévastatrices qu'elle engendre sur le quotidien des personnes concernées. Elle rappelle également à ceux qui ne s'en soucient guère que la citoyenneté ne devrait jamais être considérée comme un acquis immuable. Cela implique non seulement d'apprécier ce privilège, mais aussi d'interroger les logiques qui le sous-tendent. La citoyenneté n'est ni automatique, ni inéluctable, ni universelle : elle résulte d'un ensemble de choix politiques et administratifs. Ce dossier sur l'apatridie met en lumière la façon dont ces décisions pénalisent arbitrairement des millions de vies à travers le monde.


Soutenez Global Voices Spotlight : La manifestation dans la démocratie

Wed, 26 Aug 2026 19:52:20 +0000 - (source)

Manifester est un droit inhérent, une forme de liberté d'expression ,un moyen essentiel d'exprimer son désaccord

Initialement publié le Global Voices en Français

Global Voices Spotlight: Protest in Democracy. Collage made via Canva. Photos Public Domain.

Global Voices : Manifestation pour la démocratie. Collage réalisé avec Canva. Photos du domaine public.

La manifestation est un droit fondamental, une forme de liberté d'expression et un moyen essentiel d'exprimer son désaccord. Inscrite dans la Déclaration Universelle des Droits de l'homme, la manifestation est une composante vitale des sociétés démocratiques ainsi qu'un moyen de s'adresser aux sociétés qui ne le sont pas. Au fil de l'histoire, les mouvements de contestation ont contribué à faire reconnaître bon nombre de droits que nous considérons aujourd'hui comme acquis : le repos hebdomadaire, l'égalité salariale, le droit syndical, le droit de vote des femmes, et bien d'autres encore.

Malgré le fondement juridique du droit de manifester et son importance pour le bon fonctionnement de la gouvernance, les manifestations pacifiques sont souvent restreintes, voire interdites, et les manifestants sont présentés comme illégitimes. Les militants écologistes sont qualifiés d'« écoterroristes », ceux qui luttent pour la justice raciale sont raillés en tant que « voyous » ou « anarchistes », et les détracteurs du gouvernement sont rejetés comme « agents de l'étranger » antipatriotiques.

La manifestation en elle-même est de plus en plus complexe : elle prend des formes très variées, englobe un large éventail d'enjeux et soulève parfois, en soi, des problèmes éthiques épineux. Elle peut être instrumentalisée par des groupes qui souhaitent restreindre les droits d'autrui, et la violence éclate fréquemment — parfois en réponse à la violence de l'État, parfois pour d'autres raisons. Manifester ne se résume pas à défiler, scander des slogans ou brandir des pancartes, même si toutes ces actions peuvent être puissantes : cela peut prendre de nombreuses formes, de l'organisation en ligne et des boycotts aux chants, en passant par l'art et les satires à visée politique.

Si de nombreux gouvernements recourent à des attaques politiques et rhétoriques pour discréditer les manifestants, certains réagissent aux manifestations pacifiques par la violence, ce qui ne fait souvent qu'envenimer la situation. Par exemple, lorsque les forces gouvernementales ont réagi violemment aux manifestations étudiantes au Bangladesh en juillet 2024, le gouvernement de la Première ministre de l'époque, Sheikh Hasina, s'est empressé de discréditer les manifestants, accusant les partis d'opposition d'être responsables des violences en cours et menaçant de nouvelles mesures répressives contre ses adversaires politiques. Cette initiative a provoqué la colère des manifestants et intensifié les effusions de sang, faisant environ 1 400 morts et conduisant finalement à la chute du gouvernement Hasina. De même, en août 2025, la police indonésienne a violemment dispersé une manifestation étudiante pacifique, entraînant la mort d'un passant. Ces manifestations étudiantes isolées se sont rapidement transformées en un mouvement national à travers l'archipel, les citoyens s'opposant à l'usage de la violence par les autorités. Des cas similaires se sont produits lors des manifestations de la Génération Z en Inde, au Népal, au Kenya, en Albanie, à Madagascar, au Pérou, et plus encore.

Souvent, la restriction des manifestations pacifiques est le signe d'une démocratie en déclin ou menacée. Cependant, ces cas montrent également que les mobilisations organisées peuvent constituer un puissant moteur de changement social.

À travers ce dossier thématique, nous souhaitons explorer les nombreuses formes que peuvent prendre les manifestations, les tactiques utilisées par les États pour les délégitimer et les réprimer, ainsi que la relation complexe entre manifestation et démocratie.

Faites un don à notre dossier thématique « La manifestation dans la démocratie » et profitez davantage des contenus qui vous tiennent à cœur !


En savoir plus sur les dossiers thématiques de Global Voices.

Faites un don à notre dossier thématique sur les droits des peuples autochtones et profitez davantage des contenus qui vous tiennent à cœur !

Récompenses

Pour chaque don individuel d'au moins 15 dollars effectué avant le 15 septembre, vous recevrez une version numérique du numéro spécial dans son intégralité dès sa parution.

Objectifs supplémentaires (cumulés)

1 000 $ : une rubrique « Undertones » supplémentaire consacrée à l’analyse des tendances narratives — nous avons plus d’idées d’articles fascinants sur l’analyse narrative que nous ne pouvons en produire avec notre budget actuel ; aidez-nous à en ajouter un autre !

1 500 $ : une table ronde en ligne supplémentaire, réunissant des experts, des journalistes et des analystes pour discuter d’un aspect du thème !

3 000 $ : un podcast comprenant des entretiens de suivi avec des rédacteurs et des contributeurs, mettant en avant certains des articles les plus intéressants du numéro « Spotlight »

10 000 $ : un article supplémentaire provenant de chacune de nos régions. La plupart de nos rédacteurs ont bien plus d’idées d’articles sur ce sujet qu’ils ne peuvent en réaliser pendant leurs heures de travail rémunérées. Aidez-nous à mieux les rémunérer, et vous obtiendrez davantage d’analyses passionnantes sur les droits des peuples autochtones !

15 000 $ : Surprise ! En fonction du sujet et des enseignements que nous en avons tirés jusqu’à présent, nous choisirons un supplément qui, selon nous, enrichira le plus notre compréhension du thème « Spotlight ».

Les fonds qui n’atteindront pas l’un des objectifs supplémentaires seront tout de même utilisés pour soutenir la rédaction de Global Voices !

Vous pouvez également soutenir la traduction de tous nos articles en faisant un don à Lingua.


L'IA peut-elle construire la paix ? La jeunesse africaine montre la voie à suivre.

Wed, 26 Aug 2026 19:35:49 +0000 - (source)

La consolidation de la paix repose sur la compréhension des récits locaux et des dynamiques communautaire

Initialement publié le Global Voices en Français

Quatre amis avec des laptops rient et prennent un selfie devant un monument à Cotonou au Bénin. Photo par Iwaria via Pexels. Free to use.

Cet article de Dan Campbell a initialement été publié par  Peace News Network le 20 juillet 2026. Une version remaniée est republiée sur Global Voices  dans le cadre  d'un accord de partenariat de contenu. 

Comment la jeunesse africaine utilse t-elle l'intelligence artificielle (IA) pour construire la paix ?

L'intelligence artificielle domine souvent les gros titres en raison de ses risques et de ses abus : Désinformation, surveillance, pertes d'emplois ainsi que les hypertrucages. Pourtant, on accorde nettement moins d'attention à une toute autre histoire qui se déroule à travers l'Afrique.  Des jeunes Africains tirent parti des technologies numériques en matière de détection précoce des conflits, de lutte contre les discours haineux  et de renforcement de la résilience communautaire.

Une recente note d'orientation de l'Institut d'études de sécurité (ISS Africa) soutient que la jeunesse africaine ne se contente pas de s'adapte à l'IA. Elle contribue également à façonner l'utilisation des technologies numériques en faveur de la consolidation de la paix. Parallèlement, ce rapport previent que des politiques obsolètes, des infrastructures numériques fragiles et des inégalités persistantes menacent de freiner ce potentiel.

Les gouvernements africains, les organisations régionales ainsi que la société civile commencent à élaborer des cadres de gouvernance de l'IA qui influenceront les modes d'utilisation de ces technologies au cours des années à venir. L'un des messages centraux de ce rapport est que les jeunes ne sauraient être consultés uniquement après la finalisation de ces cadres. Ils doivent participer à leur conception dès le départ.

Cet argument mérite qu'on y prête une attention sérieuse.
Le plus grand atout de ce rapport est son refus de dépeindre la jeunesse africaine comme un réceptacle passif de la technologie. En revanche, il l'élève au rang de créatrice de savoir qui génère de l'information, conçoit des outils numériques et façonne les débats publics sur les conflits. Il s'agit d'un tournant majeur. Très souvent, les débats portant sur la jeunesse, la paix et la sécurité sont axés sur la participation ou la représentation. Ici, l'accent est mis sur l'expertise. De jeunes artisans de la paix produisent des données, un savoir local ainsi que des innovations numériques qui sous-tendent de plus en plus les efforts de prévention des conflits.
Ces exemples illustrent parfaitement cette dynamique. La plateforme kényane Ushahidi a démontré, au lendemain des violences post-électorales de 2007-2008, comment les citoyens pouvaient recourir à la collecte participative en période de crise. Des initiatives plus récentes telles qu’iVerify, lancée en Zambie en 2021, forment de jeunes journalistes à identifier et à contrer la désinformation avant sa propagation. iVerify est désormais déployée en Sierra Leone et au Liberia en tant que bien public numérique, où elle soutient la formation des jeunes au contrôle des faits . D'autres projets portés par des jeunes associent l’apprentissage automatique, le renseignement en source ouverte et les rapports communautaires pour surveiller les élections et remettre en cause les récits fallacieux en ligne

Plus important encore, le rapport se refuse à traiter la technologie comme un substitut aux relations humaines. Les exemples les plus probants conjuguent plateformes numériques, dialogue direct, organisation communautaire et éducation à la paix. L'efficacité des outils numériques réside dans leur capacité à renforcer les réseaux sociaux existants plutôt qu'à les remplacer.

Le rapport s'avère tout aussi convaincant lorsqu'il met en lumière les obstacles qui continuent de façonner l'avenir numérique de l'Afrique.

L'accès à l'internet demeure profondément inégalitaire sur le continent, en particulier dans les zones rurales ou touchées par les conflits. Les femmes continuent de se heurter à des entraves majeures en matière de participation numérique. De surcroît, les langues africaines restent sous-représentées dans de nombreux systèmes d'IA, ce qui limite la capacité des outils automatisés à appréhender les contextes locaux.

La question linguistique revêt une importance particulière. La consolidation de la paix repose sur la compréhension des récits locaux et de la dynamique communautaire.

Les recommandations sont concrètes et en parfaite adéquation avec les éléments de preuve présentés. Elles préconisent une coordination accrue entre les institutions chargées de la paix et des technologies au sein de l’Union africaine (UA), un investissement massif dans l’alphabétisation numérique et la connectivité, une surveillance éthique plus stricte de l’IA, ainsi que l'établissement de mécanismes formels permettant aux jeunes de contribuer directement à l’élaboration des politiques de paix et de sécurité.

Toutefois, certaines interrogations demeurent.

Le rapport présente une série d'initiatives encourageantes, mais fournit relativement peu de données probantes quant à leur impact à long terme. Quelles approches de consolidation numérique de la paix ont permis de réduire la violence de manière mesurable ? Lesquelles ont renforcé la confiance entre les communautés ? Lesquelles ont peiné à dépasser le stade des projets pilotes ? À mesure que les gouvernements et les donateurs mobilisent davantage de ressources pour l’IA en faveur de la paix, ces questions deviennent primordiales.

Le document aurait également pu approfondir la tension entre les promesses de l’IA et les risques d’abus. Les technologies conçues pour l’alerte précoce ou le suivi des conflits pourraient aussi servir à accroître la surveillance étatique ou à restreindre l’espace civique si elles sont déployées sans une supervision réelle. Des cadres de gouvernance robustes s'avèrent essentiels, non seulement parce que l’IA est puissante, mais parce que le pouvoir lui-même exige une redevabilité.

Ces limites n’enlèvent rien à la contribution globale du rapport. Elles ouvrent plutôt la voie à une nouvelle génération de recherches nécessaires à mesure que la consolidation numérique de la paix arrive à maturité sur le continent. Au fond, cette note d’orientation rappelle fort opportunément que la consolidation de la paix n’est pas qu’une affaire de technologie. C’est avant tout une affaire d’hommes et de femmes.

À travers l’Afrique, les jeunes montrent déjà à quoi peut ressembler cet avenir. Le défi consiste désormais à savoir si les institutions les reconnaîtront comme des partenaires à part entière pour le façonner.

Pour les décideurs, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux, le message est clair : investir dans la consolidation numérique de la paix, c’est investir dans les personnes qui connaissent le mieux leurs communautés. L’avenir de l’IA en Afrique sera d'autant plus radieux que la technologie, loin de remplacer le leadership local, contribuera à l’amplifier.


Etre une femme d'affaires sous un régime taliban en Afghanistan

Wed, 26 Aug 2026 19:34:39 +0000 - (source)

Aucun aspect de la vie des femmes n'échappe à la surveillance des religieux

Initialement publié le Global Voices en Français

Les femmes en Afghanistan.

Les femmes en Afghanistan. Capture d'écran de la video ‘ Remise en question des droits des femmes en Afghanistan – BBC News’ sur la chaine BBC News chaine Youtube avec autorisation.

Cet article a été rédigé par Arezo en 2025. Il est repris dans le cadre d'un accord de partage de contenus couvrant spécialement les jeunes filles et femmes en Afghanistan après la prise de pouvoir par les talibans en août 2021.

Depuis qu'ils ont pris la gestion du pays en août 2021, les talibans bafouent les droits humains de la population et démantèlent activement les institutions juridiques dédiées à leur protection. Les femmes et les jeunes filles sont les plus affectées, car les talibans ont instauré des lois strictes qui restreignent fondamentalement leurs libertés les plus élémentaires.

Parmi ces mesures figure la fermeture des écoles, universités et centres éducatifs exclusivement féminins. Une autre discrimination est l'interdiction faite aux femmes de travailler au sein du gouvernement et dans le secteur privé. Cette exclusion des femmes de la sphère économique et publique constitue l'une des plus grandes injustices et oppressions subies par les Afghanes.

Malgré les promesses initiales faites en 2021 de « protéger les droits des femmes », les talibans n'ont promulgué que des lois les privant de leurs droits sociaux et fondamentaux. Ils ont de fait transformé l'Afghanistan en une véritable prison pour les femmes.

Du port obligatoire du hijab à l'interdiction de sortir sans un mahram (un parent ou tuteur masculin), l'ensemble de ces lois vise uniquement à entraver les déplacements des femmes et à les confiner au foyer. De nos jours, rares sont les femmes et jeunes filles visibles dans l'espace public.

De manière générale, les lois des talibans visent à priver les Afghanes de toute perspective d'émancipation et d'épanouissement.

La vie d'une commerçante

Ma décision de devenir commerçante fut prise en tant qu'Afghane évoluant dans cet environnement fermé et hostile.

En 2023, j'ai lancé mon activité dans le secteur des détergents et du plastique, créant des emplois pour six femmes et huit hommes.

Dès le début, je fus confrontée à de nombreux obstacles.

Lorsque je me rendais dans les administrations publiques et les entreprises privées pour enregistrer mon activité, je faisais face à des regards réprobateurs et à des questions indiscrètes. Les clients des boutiques que je visitais pour étudier le marché m'observaient avec mépris.

Mais je n'ai jamais baissé les bras et, en dépit de ces obstacles, j'ai continué à lutter contre les discriminations de genre.

C'est dans la crainte et l'inquiétude que j'allais travailler tous les jours. À tout moment, les forces talibanes pouvaient faire irruption dans le bureau pour m'interroger sur mon hijab ou sur d'autres prétextes.

Quand je dirigeais mon entreprise, on me demandait de licencier toutes les employées pour ne garder que des hommes. Même lorsque j'essayais de les apaiser en mettant en place des espaces de travail séparés pour les hommes et les femmes, ils trouvaient toujours des prétextes pour restreindre la présence féminine.

Au bout de quelque temps, je fus arrêtée et transférée à la brigade des crimes graves. J'y suis restée détenue pendant une longue période, sans le moindre respect pour ma condition de femme, d'être humain ou d'entrepreneure.

La seule raison de mon incarcération était ma démarche entrepreneuriale pour subvenir à mes besoins et créer des emplois pour autrui.

Lorsque je fus enfin libérée grâce à une caution versée par ma famille, je gardai en moi un profond et indélébile sentiment d'humiliation.

Des restrictions illimitées et le désespoir

Pour les femmes afghanes, vivre sous le régime des talibans est synonyme de restrictions sans fin, particulièrement pour celles qui aspirent à l'autonomie et à entreprendre. À l'heure actuelle, l'avenir ne semble guère prometteur.

Nous subissons toutes de sévères atteintes à nos droits fondamentaux : l'éducation, le travail, la liberté de mouvement et jusqu'au choix de nos vêtements.

L'avenir de l'Afghanistan s'assombrit de jour en jour, tout particulièrement pour les femmes.

Sous le joug des talibans, les souffrances, les tourments et les interdictions s'enchaînent sans répit.

Nous, Afghanes, vivons une véritable mise en quarantaine sociale. Nous avons été dépouillées non seulement de nos libertés individuelles, mais aussi de tout espoir en un avenir meilleur.


A Uvira, au Sud-Kivu, l’explosion des violences sexuelles sonne l’alarme

Wed, 12 Aug 2026 08:36:52 +0000 - (source)

Entre décembre 2025 et février 2026, plus de 1100 cas de viol enregistrés dans la zone de santé d’Uvira.

Initialement publié le Global Voices en Français

Image d'une femme, victime de violence ; Photo de Cédrick Tambwe Bendera, utilisée avec permission

Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec Icicongo. L'article original, écrit par Cédrick Tambwe Bendera est à retrouver sur le site www.icicongo.net.

À l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la situation des violences que subissent les femmes devient de plus en plus alarmant. Les chiffres du premier trimestre 2026 révèlent une crise majeure de violences basées sur le genre (VBG). Entre failles sécuritaires, mobilisation citoyenne et tabous sociaux, la lutte s’intensifie, mais les survivantes continuent de payer le prix du silence.

Les acteurs de santé ont enregistré plus de 1 100 cas de viol en seulement trois mois dans la zone de santé d’Uvira. Derrière cette statistique glaçante se dessine une réalité que les habitants connaissent trop bien : une violence devenue quotidienne, qui frappe de plein fouet les femmes et les filles. L’insécurité chronique, les déplacements massifs des populations et la persistance des normes discriminatoires alimentent ces violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques.

Malgré les campagnes de sensibilisation menées depuis plusieurs années, les victimes signalent très peu ces actes. La peur des représailles, la stigmatisation ou le rejet familial poussent de nombreuses survivantes au silence, ce qui freine les efforts de prévention et de prise en charge.

Une statistique qui interpelle les autorités

Pour les acteurs de la société civile, ce bilan sonne comme un signal d’alarme. Mapenzi Manyebwa, coordonnateur de la Dynamique de la Société Civile pour le Développement Durable d’Uvira alerte :

Cette statistique est un cri d’alerte. Les agresseurs frappent de jour comme de nuit. Face à la multiplicité des facteurs favorisants, nous demandons aux autorités d’accélérer la mise en place de stratégies efficaces pour enrayer ce taux qui augmente chaque semaine.

Lire : Dans l'est de la RDC, les populations déplacées par les conflits sont aussi victimes de viols par les civils

Face à une réponse institutionnelle qu’elle juge insuffisante, son organisation déploie des mécanismes communautaires de prévention. Des réseaux d’alerte, des relais communautaires et des clubs de protection civile agissent désormais au cœur des quartiers pour encourager les femmes à signaler rapidement les exactions et à maîtriser les recours existants. Il précise :

Nous poursuivons la sensibilisation sur le terrain et collaborons avec certains services de l’État afin que la population sache anticiper et lutter contre toutes les formes de violences.

Une législation renforcée, mais encore méconnue

Au-delà de la mobilisation citoyenne, le combat se déplace sur le terrain judiciaire. Pour Maître François Igilima, défenseur judiciaire, le cadre légal congolais offre aujourd’hui davantage de garanties aux victimes. Il rappelle :

Depuis 2023, la RDC applique un Plan national de lutte contre les VBG, articulé autour de la prévention, de l’assistance holistique et de l’accompagnement psychologique.

Le pays s’appuie également sur la loi du 26 décembre 2022 portant principes fondamentaux relatifs à la lutte contre les violences basées sur le genre. L'avocat souligne :

Désormais, une victime n’a plus besoin de l’autorisation de son conjoint pour saisir la justice. Elle peut engager elle-même une procédure, se constituer partie civile et réclamer réparation du préjudice subi, sans payer de caution.

Cependant, l’ignorance de ce progrès juridique au sein des communautés limite pour l’instant son impact réel.

Lire aussi : A Butembo, des victimes des violences en ligne hésitent encore à porter plainte

Reconstruire les victimes au-delà des blessures physiques

Les conséquences des violences sexuelles dépassent largement le seul traumatisme physique. Selon Docteur Nerval Songolo Mutambala, coordonnateur de l’organisation Women Future Life, la prise en charge psychologique constitue la pierre angulaire de la guérison. Les praticiens utilisent principalement l’écoute active, la création d’un climat de confiance, des techniques de stabilisation émotionnelle et un accompagnement sans jugement. Il poursuit :

Si une victime ne souhaite pas s’exprimer immédiatement, personne ne doit la forcer. Nous devons scrupuleusement respecter son rythme.

Le praticien met également en garde contre la stigmatisation sociale, un fléau qui aggrave le traumatisme initial et pousse certaines survivantes à l’isolement, voire à des actes désespérés.

L’engagement fondamental des médias

À Uvira, les femmes journalistes affrontent des préjugés tenaces. Elles jouent pourtant un rôle crucial dans la prise de conscience collective. Pour Joséphine Mungubi, coordinatrice de l’Union des Femmes des Médias pour la Paix (UFMP), les femmes doivent participer directement à la production de l’information :

On ne peut pas défendre les droits des femmes sans que les premières concernées ne portent elles-mêmes cette parole.

Son organisation multiplie les actions de sensibilisation sur les ondes, sur les réseaux sociaux ainsi que dans les sites d’accueil de déplacés et de sinistrés. L’un des messages phares martelés sur le terrain rappelle l’impératif pour toute victime d’agression sexuelle de rejoindre une structure sanitaire dans les 72 heures, un délai indispensable pour bénéficier d’un traitement prophylactique d’urgence et d’un accompagnement médico-légal adapté.

Briser le dernier verrou : le silence

À Uvira, les statistiques ne reflètent qu’une partie d’une crise bien plus profonde. Derrière chaque dossier officiel se cache une trajectoire brisée, une famille fragilisée et une collectivité face à ses failles.

L’engagement de la société civile, l’évolution du droit et l’action des personnels de santé apportent des solutions concrètes. Mais tant que la peur fera taire les victimes et que l’impunité protégera les agresseurs, la spirale des violences poursuivra son ascension. La véritable bataille ne consiste plus seulement à comptabiliser les drames, mais à bâtir une société où dénoncer un viol ne représentera plus un acte d’héroïsme, mais un droit exercé en toute sécurité.


L'anatomie de l'effacement : les femmes indigènes Assyrienne et le génocide oublié

Mon, 10 Aug 2026 20:53:57 +0000 - (source)

Violences sexuelles, déni étatique et silence archivistique : trois systèmes pour faire disparaître un peuple autochtone

Initialement publié le Global Voices en Français

Par JR Younan

Ce billet fait partie de la série Spotlight d'août 2026 de Global Voices, « Droits des autochtones ». Cette série offre un aperçu de la vie et des expériences des peuples autochtones, afin de tisser des liens entre les régions, de centrer les expériences autochtones et de partager les récits de dirigeants, d'activistes, de membres de la communauté et plus encore. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

J'avais 11 ans la première fois qu'un ami m'a dit que les Assyriens n'existaient pas. En rentrant chez moi, je me suis effondré sur un tabouret et j'ai ouvert un paquet de chips au cocktail de crevettes.

Les Assyriens sont un groupe ethnique autochtone d'Asie de l'Ouest, retraçant leur ascendance jusqu'à un peuple ancien. Des parties de la Syrie, de la Turquie, de l'Iran et de l'Irak constituent notre patrie. Nous parlons la langue assyrienne néo-araméenne. Bien que principalement chrétiens, nous maintenons des traditions culturelles anciennes telles qu’Akitu et Musarda.

L'intuition en alerte maximale, il ne fallut pas longtemps à ma mère pour extirper ce qui me tracassait ce jour-là. L'aneth étalé sur une planche à découper, elle m'a parlé pour la première fois du massacre de Simele.

Le massacre de Simele

Le massacre a eu lieu en 1933. L'armée irakienne, avec l'aide de tribus kurdes, a mené une attaque contre la ville de Simele et les districts environnants habités par des Assyriens. Il s'agissait d'une campagne systématique de nettoyage ethnique, précédée d'une vaste propagande déclenchée par l'État pour altérer l'opinion publique, nous décrivant comme « étrangers » et « agents coloniaux ».

Dans les prémices du massacre, les hommes assyriens ont été désarmés de force tandis que les familles arabes recevaient des avis d'évacuation. L'administration britannique en Irak, consciente de la violence imminente, est restée inactive. Des milliers d'Assyriens ont été tués dans les violences qui ont suivi, et par la suite, des célébrations publiques ont eu lieu ; selon certains récits, certains ont même commémoré l'événement avec des pastèques sculptées pour ressembler à des crânes. Le commandant de l'armée qui a dirigé les opérations, Bakr Sidqi, est devenu un héros national. L'État irakien n'a jamais officiellement reconnu le massacre.

Le 7 août, nous commémorons le Jour des Martyrs assyriens, fondé pour ceux qui ont perdu la vie à Simele mais qui englobe désormais le souvenir de tous les Assyriens persécutés.

Entendre parler de Simele a été un choc violent. En me plongeant dans notre histoire contemporaine, sa nature cyclique était évidente : génocides, déplacements et manque éternel de responsabilité. Un aspect s'est avéré particulièrement résonnant : le sort des femmes et des filles assyriennes.

J'ai vu le même schéma : des filles enlevées de leur foyer, des femmes disparaissant sans laisser de trace, des familles laissées à la recherche de réponses qui ne sont jamais venues. Au sein de nos familles, elles survivent de manière anecdotique : une sœur qui s'échappe, une tante qui résiste. Mais combien étaient-elles ? Quels étaient leurs noms ? Qu'est-ce qui leur est arrivé par la suite ?

Un peuple invisible

Aucune constitution au Moyen-Orient ne reconnaît les Assyriens comme un peuple autochtone. Nous restons l'un des groupes les plus dépossédés sur le plan sociopolitique. Le regard occidental comme le regard oriental se sont limités aux groupes démographiques majoritaires. Les Assyriens ont à peine mérité une note de bas de page. Le génocide de 1915 perpétré par l'Empire ottoman et non reconnu (connu sous le nom de « Sayfo » — « épée » en araméen) a éliminé environ 75 % de notre population.

L'Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO) avertit que le vol de terres, les menaces sécuritaires et le déclin du statut politique continuent d'alimenter notre exode. En Asie de l'Ouest, nous sommes les marginalisés des marginalisés, alors où cela laisse-t-il nos femmes et nos filles ?

La violence sexuelle comme outil de génocide

La recherche sur les génocides comprend de plus en plus la violence sexuelle comme un instrument de destruction. Les enlèvements de femmes et de filles, le viol, les conversions et mariages forcés fracturent les structures familiales ; les femmes sont les gardiennes de la continuité, préservant les recettes familiales, les rituels culturels et le folklore, tout en étant la première voix par laquelle un enfant entend sa langue maternelle.

Raphael Lemkin, le juriste qui a conçu le terme « génocide » en 1944, et dont la pensée a été façonnée par le massacre de Simele, soutenait que le génocide n'est pas simplement le meurtre d'un peuple ou le retrait de ses terres. C'est la destruction de l'existence sociale d'un groupe. La violence de genre est au cœur de ce processus, se répercutant à travers les générations. N'oublions pas les femmes et les filles à qui cela est arrivé. Il est impossible de comprendre comment elles ont vécu avec ce qui a suivi. La violence ne s'est pas arrêtée lorsque le viol s'est terminé ou lorsque leurs noms ont été changés. Elle a duré le reste de leur vie. Comment commencer seulement à mesurer cela ?

Assyrian genocide memorial in Yerevan, Armenia.

Mémorial du génocide Assyrien au Erevan, Arménie. Photo de Divot sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

 J'ai discuté avec un journaliste arabo-britannique de la discrimination subie par les Assyriens en Irak. Il a balayé le sujet d'un revers de la main, citant son arrière grand-mère Assyrienne originaire de Simele. Il ne savait rien de ce massacre et ne semblait pas non plus désireux d'en savoir plus. C'était étrange : un homme arabe revendiquant une ascendance assyrienne tout en restant totalement inconscient de la violence qui avait pu être à l'origine de celle-ci.

Absence historique

En dehors de notre propre mémoire communautaire, ces femmes et filles sont largement absentes dans le monde académique. Leur violation a été triple : d'abord en tant que peuple autochtone, puis par la violence sexuelle, et enfin par le silence archivistique qui s'ensuit. Si ce n'est pas écrit dans les livres d'histoire, cela n'est jamais arrivé — l'aboutissement du nettoyage ethnique par la manipulation de la mémoire collective.

Ce silence n'est pas universel. À la suite du génocide de 1915, des cadres juridiques internationaux tels que le traité de Sèvres ont exigé du gouvernement turc qu'il coopère aux enquêtes sur les femmes et filles arméniennes disparues et qu'il aide à les localiser. Des organisations humanitaires telles que l’Aleppo Rescue Home et le Near East Relief ont facilité la recherche des familles. La Société des Nations a commandité des recherches pour les personnes disparues jusqu'aux années 1930, accompagnées d'une documentation archivistique méticuleuse.

C'est ainsi que cela devrait être. Les femmes et filles assyriennes n'ont jamais bénéficié des mêmes mécanismes d'identification, de documentation ou de recouvrement. Bien qu'il existe des détails enregistrés sur la persécution des Assyriens par les Britanniques et les organisations missionnaires, ils sont minimes. En tant que peuple transnational divisé par des frontières tracées arbitrairement, les Assyriens ont été confrontés à des difficultés pour établir des institutions cohérentes et une représentation politique, contrairement aux Arméniens qui, malgré une diaspora substantielle, ont bénéficié du levier offert par le fait d'être une nation disposant d'un État.

Les Assyriens ont traditionnellement été impuissants sur le plan géopolitique ; au milieu de la lutte d'après-guerre pour l'hégémonie sur les ressources pétrolières, il n'est guère étonnant que nous n'ayons suscité aucune assistance.

Une justification simpliste a été nos effectifs réduits. Cependant, il y a un peu plus d'un siècle, les Assyriens constituaient la démographie majoritaire dans une grande partie de notre patrie. Les États d'Asie de l'Ouest ont passé le dernier siècle à rebaptiser les Assyriens sous d'autres appellations à travers l'assimilation forcée, la classification par l'État (Arabe, Turc sémitique, Chrétien kurde) et les divisions sectaires semées par des missionnaires de la fin du XIXe siècle qui ont conduit à l'émergence d'identifiants religieux au lieu d'assyriens. Tous ces facteurs ont contribué à une sous-estimation importante de notre population et, par extension, à un impact sur nos communautés.

Notre statut minoritaire actuel ne devrait pas diminuer notre importance sociopolitique et historique ; au contraire, il l'élève, exigeant que l'on se demande pourquoi nous sommes devenus une minorité en premier lieu — pourquoi un peuple autochtone, dont la présence s'étend sur des millénaires, pourrait en un siècle faire face à la perspective de disparaître de ses terres ancestrales.

Sans minimiser les efforts déployés au sein de notre propre communauté pour la préservation historique, des organisations telles que le Seyfo Centre, l’Assyrian Studies Association et Assyrian Genocide Studies ont commencé à combler ces lacunes historiographiques, cette dernière archivant les récits de femmes. Pourtant, il s'agit d'initiatives relativement récentes, la responsabilité incombant toujours aux Assyriens eux-mêmes, soutenus principalement par la bonne volonté des bénévoles.

Violences de genre continues

L'essor de l’État islamique (EI) a réactivé les persécutions, les communautés assyriennes étant ciblées par des meurtres, des déplacements, ainsi que des enlèvements et la mise en esclavage de femmes et de filles. Les médias occidentaux et le discours libéral ont accordé une attention considérable au fait de centrer les expériences des « fiancées » de l'EI, invariablement présentées comme des victimes malgré des preuves croissantes montrant que beaucoup n'étaient pas des actrices passives.

Pourtant, les véritables victimes féminines de l'EI ont été largement négligées. Lors d'un panel exclusivement féminin sur le féminisme intersectionnel, j'ai souligné ce deux poids deux mesures. Plutôt que de susciter l'engagement, le témoignage assyrien a été rejeté comme islamophobe et nationaliste, exposant les limites du discours politique binaire répandu.

Le peuple yézidi a, à juste titre, bénéficié d'un plaidoyer international pour les crimes commis par l'EI contre ses femmes et ses filles. Leur persécution a été rapidement qualifiée à l'échelle internationale de génocide contre une minorité ethnoreligieuse distincte.

Les Assyriens ont été englobés dans des récits plus larges de persécution des chrétiens. Cette catégorisation a masqué l'éthnicité assyrienne et les expériences de genre spécifiques, accentuée par le fait qu'un Occident à prédominance laïque a perçu le christianisme comme un trait de la droite, ce qui a pu contribuer à réduire sa reconnaissance.

Il serait naïf d'ignorer la stigmatisation entourant les expériences de violence sexuelle. La peur de la honte et des répercussions sociales peut entraver les témoignages des survivantes, de même que les conséquences intergénérationnelles, particulièrement dans les cadres juridiques et sociaux d'Asie de l'Ouest où les enfants nés de viol héritent de l'identité religieuse de l'agresseur plutôt que de celle de leur mère.

Perte continue

Après des prestations scéniques dans des espaces d'Asie de l'Ouest, des spectateurs m'abordaient. Leurs histoires se ressemblaient étrangement. Élevés comme Arabes, beaucoup n'ont découvert qu'à l'âge adulte que leur mère était assyrienne. Ils parlaient de mères à qui il était interdit de parler assyrien, de pères rejetant l'identité assyrienne comme une « mentalité de minorité », et de l'éloignement avec la famille maternelle.

Je ne suggère pas que ces femmes manquaient d'autonomie dans leur mariage, ni n'égale ces expériences aux violences sexuelles évoquées. Je souligne plutôt le fardeau disproportionné imposé aux femmes de renoncer à leur langue, leur culture et leur identité pour s'assimiler à l'identité de leur mari, entretenu par les lois de statut personnel patriarcales d'Asie de l'Ouest. Maintes et maintes fois, des personnes se sont senties poussées à me raconter ces histoires parce qu'elles sentaient que quelque chose avait été perdu, même si elles ne pouvaient pas toujours le nommer.

Souvenir

Mon arrière-arrière-tante, Sorayya, était une survivante du Seyfo. Elle a vécu avec nous pendant un temps quand j'étais enfant. Elle débordait d'histoires. Elle racontait ses voyages à Jérusalem, boire un shot de whisky avant de se faire tatouer une croix, se masquer en soldat pour faire des farces aux voisins et les aventures qu'elle a vécues comme nounou pour un ambassadeur américain à Bagdad — mais jamais le Seyfo.

Au moment où j'ai compris que ces silences faisaient partie de l'histoire, il était trop tard. Elle n'était plus en vie pour que je lui pose la question. À mesure que les anciennes générations disparaissent, les occasions de préserver les souvenirs de première main et hérités des femmes et filles assyriennes s'érodent. Il y a des limites à notre devoir de mémoire, bien sûr ; étant le minimum que nous puissions offrir, il reste incomplet, restreint par les histoires qui n'ont jamais été racontées, par celles dont les noms ont été perdus, aux vies brisées et à la justice qui reste non rendue.


JR Younan est un humoriste, écrivain et médecin britannique d'origine assyrienne.

Tuvalu veut devenir une « Nation Numérique » face à la montée du niveau des eaux

Sun, 02 Aug 2026 00:18:36 +0000 - (source)

Le gouvernement espère que ce projet stimulera une action mondiale pour la justice climatique

Initialement publié le Global Voices en Français

Tuvalu coastal project

Vue aérienne du projet adaptatif côtier de Tuvalu. Photo issue de la page Flickr du PNUD – Climate Promise. CC BY-NC 2.0

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]

Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de mai 2026, « Une crise mondiale, des solutions locales ». Cette série présentera des histoires de lutte et d'actions pour le climat réussies, un regard sur la façon dont les communautés de l'hémisphère sud font face à la crise, des analyses sur l'impact potentiel de cette situation sur les générations futures, et bien plus. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant un don ici.

Que devient un pays sans territoire ?

C'est cette question qui a inspiré le lancement du projet de Nation Numérique pour Tuvalu afin de faire face à la montée des eaux et à l'aggravation des effets du changement climatique.

Tuvalu, qui compte environ 12 000 habitants, est un État du Pacifique composé d'atolls de faible altitude. Face à l'aggravation de la crise climatique et à l'élévation du niveau de la mer, Tuvalu risque d'être englouti par les eaux au cours des 100 prochaines années.

En 2021, alors ministre des Affaires étrangères de Tuvalu, Simon Kofe, s'est exprimé lors de la 26ᵉ Conférence des Parties (COP26) — la plus grande conférence annuelle sur le climat au monde — depuis un podium dressé dans la mer, immergé jusqu'aux genoux dans l'eau pour illustrer à quel point les petits États insulaires, historiquement très faibles émetteurs de carbone, sont les plus durement touchés par la crise climatique.

Tuvulu’s Foreign Minister gives an address to COP26 while standing in knee-deep water to illustrate how rising sea levels are threatening Pacific nations.

Le ministre des Affaires étrangères de Tuvalu s'adresse au COP 26, se tenant debout, immergé jusqu'aux genoux pour illustrer la menace de la montée des eaux pour les États du Pacifique. Photo issue du Facebook de Simon Kofe. Utilisation conforme au « Fair use ».

L'année suivante, il a annoncé durant la COP 27 que Tuvalu deviendrait la première Nation Numérique :

This digital transformation will allow Tuvalu to retain its identity and continue to function as a state, even after its physical land is gone. It will also facilitate the governance of a Tuvaluan diaspora by creating a virtual space where Tuvaluans can connect with each other, explore ancestry and culture, and access new opportunities for business and commerce in various industries. Moreover, a permanent digital replica of Tuvalu — a new ‘defined territory’ — will aid in the fight for continued sovereignty under international law.

Cette transformation numérique permettra à Tuvalu de conserver son identité et de continuer à exister en tant qu'État, même après la perte de son territoire physique. La création d'un espace virtuel permettra également aux Tuvaluans de rester en contact, d'explorer leur histoire et leur culture, et d'accéder à de nouvelles opportunités professionnelles et commerciales dans divers secteurs. De plus, une réplique numérique permanente de Tuvalu — un «nouveau territoire délimité » — soutiendra la lutte pour le maintien de sa souveraineté au regard du droit international.

Ce projet est composé de trois volets majeurs : 1) Digital Twin, qui implique de numériser les 124 îles et îlots afin de créer une copie numérique du territoire de Tuvalu ; 2) Digital Ark, une plateforme sur le cloud dédiée à la numérisation et à la modélisation 3D d'objets, de symboles et d'histoires tuvaluans importants ; 3) Des services gouvernementaux en ligne, « afin de garantir un meilleur accès aux services administratifs pour les Tuvaluans, tout en permettant au gouvernement de fonctionner à distance en cas de catastrophe où la population serait obligée de quitter Tuvalu à cause du changement climatique. »

C'est un projet de grande ampleur qui requiert la mobilisation de l'ensemble de la population. Ces concertations sont essentielles pour obtenir le soutien des citoyens et garantir la préservation des éléments les plus précieux du patrimoine culturel.

Nation Numérique à Nui 🌊
L'équipe continue les concertations aujourd'hui, et va à l'écoute des communautés et des étudiants pour recueillir leur avis sur le projet et savoir ce qui devrait être conservé dans le Digital Ark.
Terminus : Vaitupu ➡#NationNumérique #Tuvalu pic.twitter.com/WRxHXOQ1Pg

- Digital Nation Tuvalu (@digi_nation_tv) 22 avril 2026

Après avoir participé à des ateliers et à des concertations sur le projet, la population tuvaluane elle-même s'est chargée de déterminer les histoires et les pratiques culturelles qu'elle souhaitait digitaliser. Par exemple, un habitant voulait documenter l'art de la fabrication de canoës.

Un autre a voulu promouvoir le savoir-faire de la fabrication de « l'ano », le ballon utilisé dans un des sports traditionnels de Tuvalu.

Pendant un autre atelier, la numérisation 3D de Pulou (chapeaux traditionnels tissés) et d'oreillers a été faite.

Dans un entretien avec l'auteur, l'équipe derrière le projet de Nation Numérique a partagé des informations sur son avancement :

We are in the middle of Outer Islands consultations promoting and explaining the project to Tuvalu’s Outer Islands communities.

When we are digitizing stories of Tuvaluan objects, values, and practices in the Digital Ark, we have to make sure that the people who store their data are fully protected and we also have to ensure that Tuvalu hosts, houses, and maintains sovereignty over the platforms that support this data.

Nous sommes actuellement au cœur de la phase de concertation pour promouvoir et expliquer le projet aux communautés des îles périphériques. Lorsque nous numérisons les histoires associées aux objets, aux symboles et aux pratiques tuvaluanes dans le Digital Ark, nous devons nous assurer que les personnes qui nous confient ces données soient pleinement protégées. De plus, nous devons garantir que Tuvalu héberge, gère et conserve sa souveraineté sur les plateformes qui stockeront ces données.

Ils ont également énuméré certaines des leçons tirées de la mise en œuvre de ce projet :

  • The importance of closely collaborating with all departments who work on digitization in the Government of Tuvalu (there are a lot!) to gather best practices and ensure a streamlined approach to digital futures.
  • The strong appetite for digital and cultural preservation, especially among youth in Tuvalu.
  • The vast range of objects, values, stories, and practices communities want to digitize.
  • The need for different levels of security in digital platforms like the Digital Ark to ensure that people can digitize objects and stories but also ensure that access to those objects and stories can be limited if the people who digitize the objects and stories request that only their family members or specific community can have access.
  • L'importance de collaborer étroitement avec tous les services chargés de la numérisation du gouvernement de Tuvalu (et ils sont beaucoup!) pour mieux réunir les pratiques et garantir une approche cohérente pour leur avenir numérique.
  • L'intérêt marqué pour le numérique et la préservation culturelle, en particulier au sein de la jeunesse tuvaluane.
  • La grande diversité d'objets, de valeurs et de pratiques que les communautés veulent numériser.
  • La nécessité de disposer de plusieurs niveaux de sécurité sur les plateformes numériques telles que le Digital Ark, permettant aux utilisateurs de numériser des objets et histoires tout en assurant aux personnes qui les ont numérisé de gérer l'accès à ceux-ci selon leurs besoins et permettre de restreindre l'accès à seulement leur famille ou à une communauté spécifique.

Le projet étant en liaison direct avec Internet, plusieurs inquiétudes ressortent concernant les ressources qu'exigera et consommera le projet, tout comme les risques de cyberattaques.

Certains critiquent aussi le fait que le projet signifie que le gouvernement a admis que Tuvalu disparaîtra inévitablement des cartes.

Ce sont Venu Edwin Pedro et Jess Marinaccio, rédacteurs pour le blog DevPolicy, qui ont évoqué ce problème et affirmé que ce projet était porteur d'un message d'espoir, et non de résignation.

The Digital Nation represents the hope that Tuvalu can prepare for extreme climate impacts, with its culture and government services fully protected in the face of rising sea levels and other disasters

It is about being proactive in the face of climate change and other influences and preserving culture for a better tomorrow.

Digital Nation is an investment in improved connectivity and e-services that can help citizens buy inter-island boat tickets, renew passports or obtain marriage certificates online rather than travelling great distances to do so in person. It is a story of staying in Tuvalu — not leaving it.

Cette Nation Numérique représente l'espoir que Tuvalu puisse se préparer aux effets extrêmes du changement climatique, tout en protégeant sa culture et ses services publics face à la montée du niveau des eaux et tout autre catastrophe.

L'objectif est d'adopter une attitude proactive face au changement climatique et à tout autre facteur, et de préserver notre culture pour un avenir meilleur.

La Nation Numérique est un investissement dans une meilleure connectivité et dans des services en ligne qui permettront aux citoyens d'acheter des billets de ferry inter-îles, de renouveler leur passeport ou d'obtenir des actes de mariage, tout ça en ligne plutôt que devoir parcourir de longues distances pour effectuer ces démarches en personne. Il s'agit de préserver Tuvalu, pas de l'abandonner.

Venu, originaire de Tuvalu, a mis en évidence la manière dont le projet a permis de mieux apprécier les ressources culturelles du pays.

To me, the Digital Nation is a new way to fight, adapt and protect our identity and sovereignty. It is about taking control, shaping our future and keeping our roots alive.

As someone who does not want to migrate, the project is a beacon of hope and a way for Tuvaluans to solve the problems they face without relying on others.

Pour moi, la Nation Numérique est une nouvelle manière de lutter, de s'adapter, de protéger notre identité et notre souveraineté. Cela permettra de prendre le contrôle, de façonner notre avenir tout en préservant nos racines.

En tant que personne qui ne souhaite pas émigrer, ce projet est une source d'espoir et une solution pour les Tuvaluans de résoudre un problème sans dépendre des autres.

Le projet de Nation Numérique complète d'autres initiatives visant à faire face aux graves conséquences du changement climatique, telles que la réhabilitation des terres et la restauration des récifs coralliens à Tuvalu.

Il représente aussi un message fort envoyé au monde, soulignant la nécessité d'agir d'urgence pour mettre un terme à la disparition de petits États insulaires comme Tuvalu.

Un petit État comme Tuvalu se voit contraint de se dupliquer dans le métavers à cause de la lenteur persistante de réaction, de l'inaction et de l'incapacité des États-nations et des institutions mondiales à mettre en œuvre un programme d'action viable et durable visant à réduire les émissions issues des combustibles fossiles et à lutter contre leurs effets néfastes.

En d'autres termes, si le projet de Nation Numérique est principalement axé sur la préservation de Tuvalu, il n'en demeure pas moins crucial à l'échelle mondiale.


La transgression des codes de genre dans l'histoire et le folklore des Balkans : vierges sous serment, rôles rituels et femmes guerrières travesties

Sat, 01 Aug 2026 23:56:14 +0000 - (source)

Le passé n'était pas aussi rigide que le prétendent souvent les défenseurs actuels des « valeurs traditionnelles »

Initialement publié le Global Voices en Français

Plaque of Sirma Voyvoda (on horseback, first from left) and her troops in Skopje, North Macedonia.

Plaque représentant Sirma Voyvoda (à cheval, première en partant de la gauche) et ses troupes à Skopje, en Macédoine du Nord. Photo prise par Rašo via Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

Dans le discours contemporain des Balkans, sous l'influence des guerres culturelles mondiales, la tradition est souvent présentée comme quelque chose de figé, de simple et de strictement patriarcal. Pourtant, l'histoire, le folklore et la mémoire populaire de la région recèlent des exemples plus complexes : des femmes socialement reconnues comme des hommes, des hommes queers ou non conformes aux normes de genre jouant un rôle rituel visible, et des héroïnes ayant temporairement adopté une identité masculine pour combattre au nom de leur communauté.

Ces exemples ne doivent pas être idéalisés pour servir de preuve que les sociétés balkaniques étaient secrètement égalitaires. La plupart d'entre eux s'inscrivaient dans des systèmes patriarcaux, constituant une sorte d'« exception qui confirme la règle » et renforçant le rôle féminin « traditionnel » : celui d'une fille obéissante destinée à devenir mère et femme au foyer. Ce qu'ils démontrent, en revanche, c'est que le passé (ou du moins l'imaginaire collectif) n'était pas aussi rigide que le prétendent souvent les défenseurs actuels des « valeurs traditionnelles ».

Vierges sous serment

L'un des exemples les plus célèbres est celui de la vierge sous serment, appelée burrnesha ou virgjinesha en albanais, et virdžina dans les régions slaves du sud. Dans les zones montagneuses du nord de l'Albanie, du Monténégro, du Kosovo et de l'ensemble du massif dinarique, une fille issue d'une famille dépourvue d'héritier mâle approprié pouvait endosser le rôle social d'un homme. Cela impliquait généralement un vœu de célibat, l'adoption de vêtements et de comportements masculins, ainsi qu'une reconnaissance publique en tant que chef de famille.

Cette pratique ne relevait pas de l'émancipation moderne. Il s'agissait souvent d'une solution patriarcale à un problème patriarcal : puisque l'héritage, l'honneur et l'autorité au sein du foyer étaient régis par les hommes, la société permettait à une fille de « devenir » un homme sur le plan social lorsqu'aucun homme biologique n'était disponible. La vierge sous serment assumait alors la responsabilité de gérer la famille, tout en bénéficiant de libertés refusées aux autres femmes, comme le port de vêtements masculins ou la possibilité de fréquenter publiquement les hommes en fumant et en buvant du thé. Néanmoins, tout cela se faisait au prix du célibat, sans aucune perspective de mariage, d'expression de la sexualité ou de maternité.

Un article de la BBC publié en 2022 conclut qu'« il ne reste plus qu'une douzaine de “vierges sous serment” dans le monde, alors que cette ancienne tradition balkanique qui voit des femmes vivre comme des hommes est en voie de disparition ».

Des hommes dans des rôles non traditionnels et efféminés

Un autre exemple figure dans le documentaire d'Aleksandar Manić sorti en 2005, « Šutka Book of Records », qui dresse plusieurs portraits hauts en couleur d'habitants hors du commun de Šuto Orizari, une municipalité à majorité rom située à Skopje, la capitale de la Macédoine du Nord.

Le film suit des champions locaux de l'excentricité, notamment, selon le synopsis, « l'homosexuel du quartier à la garde-robe colorée » qui n'était « pas moins respecté » que les autres personnalités locales marquantes.

Une séquence secondaire qui débute à 45:55 de la vidéo met en scène deux hommes ouvertement gays, au style d'élocution flamboyant et très gestuel, sollicités par les familles de jeunes garçons sur le point de subir le rituel musulman de la circoncision. Ces hommes sont considérés comme les meilleurs décorateurs et responsables de la mise en scène de l'événement, une tâche qui inclut notamment la recherche d'un lit spécifique pour la cérémonie.

Cet exemple appelle une certaine nuance. Si les communautés roms et musulmanes, ou les sociétés balkaniques en général, ne sont pas exemptes d'homophobie, cette scène vient complexifier les stéréotypes. Dans une communauté souvent décrite de l'extérieur à travers le prisme de la pauvreté ou de clichés conservateurs négatifs, le film révèle un univers social plus nuancé, où une figure queer peut être visible, valorisée et pleinement intégrée à la vie rituelle et religieuse.

Femmes guerrières travesties

Le troisième ensemble d'exemples, et le plus riche, est issu du folklore. Dans un texte récent publié sur la plateforme féministe macédonienne Meduza, Leni Frčkoska revisite les contes populaires macédoniens à travers les thèmes du « changement de sexe » et de la « femme guerrière ». Le titre de son article, que l'on peut traduire par « L'héroïne était une fille ! Une relecture féministe des thèmes du changement de sexe et de la femme guerrière dans le folklore macédonien », est une version abrégée de sa thèse de doctorat.

Frčkoska note que si le folklore tend à reproduire des leçons conservatrices et patriarcales, il contient aussi des figures féminines subversives qui ébranlent ces codes de l'intérieur. Le thème de la femme guerrière est souvent associé au travestissement. Dans ces récits, le protagoniste est une fille issue d'une famille sans fils. Elle se déguise en homme, entre dans l'univers guerrier traditionnellement masculin, s'y illustre en héroïne et reprend généralement son rôle féminin initial une fois le danger écarté. Frčkoska explique que, dans plusieurs variantes macédoniennes, la période durant laquelle elle se fait passer pour un soldat s'achève après la victoire, et la plus jeune fille retrouve alors son identité féminine.

Citant un détail tiré d'un conte populaire macédonien recueilli par Marko Cepenkov au milieu du XIXᵉ siècle, Frčkoska montre que cela illustre parfaitement ce schéma. Après la bataille, l'héroïne dénoue ses cheveux, ouvre sa tunique pour dévoiler sa poitrine et déclare au prince :

Дејгиди синче царево, горска еребица в раце ти дошла и не си успеал да ја ватиш за в кафез да ја клајш. Јас девојче си бев и девојче сум си, види ми косите, види ми ‘и боските и седи ми си со здравје.

Hélas, fils de l'empereur, tu tenais une perdrix [oiseau libre] dans ta main et tu l'as laissée s'envoler, au lieu de l'enfermer dans une cage. J'étais une fille, et je suis une fille : regardez mes cheveux, regardez ma poitrine — et maintenant adieu…

La nudité en public constituait et constitue toujours un tabou selon les mœurs patriarcales des Balkans, cette phrase ne représente donc pas seulement une révélation physique ; c'est un véritable retournement narratif. Le « guerrier » a déjà accompli sa mission ; ce n'est alors que l'histoire révèle que le héros était une femme depuis tout ce temps. Le corps devient le signe qui redéfinit l'identité du combattant, mais seulement après que le courage a été prouvé.

La chanson folk macédonienne « Kruševo aber pristigna » (« Un appel parvint à Kruševo ») offre une version populaire de cette même logique de transgression des genres. Elle raconte l'histoire fictive d’un appel lancé à la ville de Kruševo pour que les familles envoient leurs fils adultes devenir komiti (combattants de guérilla) dans le village de Smilevo, célèbre foyer de la résistance révolutionnaire anti-ottomane. Un homme nommé Stojan n'a pas de fils ; il n'a qu'une fille, Todorka. Au lieu d'accepter la fin du devoir civique de la famille, Todorka demande à son père de l'équiper pour qu'elle puisse partir combattre en tant que komita.

Déguisée en homme, Todorka rejoint les combattants avec une telle crédibilité que, comme le dit la chanson : « Personne ne reconnut Todorka comme une fille ». Ici, la transgression des genres va au-delà du simple travestissement. La chanson illustre une remise en question temporaire des règles qui déterminent qui peut combattre par opposition à ceux qui restent au foyer dans un rôle féminin nourricier — et essentiellement impuissant —, qui peut représenter la famille et qui peut entrer dans la mémoire héroïque nationale.

La chanson reste populaire aujourd'hui, ayant été reprise par des artistes contemporains, dont la star macédonienne de la pop-folk Stojne Nikolova. Son interprétation moderne, visible dans le clip ci-dessous, célèbre Todorka comme une héroïne patriotique sans nécessairement expliciter les enjeux de genre sous-jacents au récit. Pourtant, ces enjeux sont bien présents : une fille prend la place vacante réservée à un fils, défendant ainsi l'honneur de son père.

Ce thème trouve également écho dans les biographies historiques de la région, à travers un éventail de situations mêlant déguisement, statut de guerrier et, plus tard, mémoire patriotique.

Sirma Vojvoda (1776–1864), une hajduk (mélange de rebelle, brigand et combattant de la liberté) originaire de la région de Debar, est probablement le parallèle historique le plus proche de Todorka. On se souvient d'elle comme d'une cheffe de combattants des montagnes luttant contre l'oppression ottomane. Un détail concernant sa poitrine a également marqué la mémoire populaire : selon une note de bas de page accompagnant la chanson à son sujet recueillie par les frères Miladinov, les hommes de sa troupe ne comprirent qu'elle était une femme que lorsque les boutons de sa chemise furent arrachés. Elle demeura leur cheffe même après avoir été démasquée.

Čučuk Stana (1795–1849/50) s'inscrit dans une tradition connexe, mais légèrement différente. Associée aux soulèvements serbes et célébrée dans la poésie épique serbe, elle n'incarne pas avant tout la figure de la femme ayant une « identité masculine secrète ». Son histoire illustre plutôt l'entrée d‘une femme dans le « monde masculin » des hajduks, de la résistance armée et de la gloire héroïque. Les récits de sa jeunesse indiquent également qu'elle et ses sœurs portaient des vêtements d'homme lorsqu'elles sortaient de chez elles, faute de frère adulte pour les protéger.

Milunka Sav (1890/1892–1973) transpose ce thème dans l'histoire militaire documentée du XXᵉ siècle. Durant les guerres des Balkans, elle s'engagea dans l'armée serbe en se coupant les cheveux, en revêtant des vêtements masculins et en se faisant passer pour un homme, apparemment pour remplacer son frère. Après la découverte de son genre, elle continua de combattre et devint par la suite l'une des femmes soldats les plus décorées de la Première Guerre mondiale.

Ces figures historiques démontrent que les femmes guerrières travesties ne relevaient pas de la simple fantaisie des contes de fées. Sous diverses formes, des femmes de l'histoire des Balkans ont endossé des rôles réservés aux hommes — que ce soit secrètement ou au grand jour, temporairement ou durablement — s'imposant comme des héroïnes dont le souvenir a perduré auprès des générations suivantes.

Bien que les lecteurs contemporains puissent s'y identifier, ces exemples de transgression des normes de genre dans les Balkans ne s'inscrivent pas aisément dans les catégories identitaires modernes (transgenres, gays, lesbiennes ou non-binaires). Ils remettent toutefois en question le dogme selon lequel la diversité de genre serait étrangère aux Balkans, ou selon lequel la tradition se limiterait à des modèles binaires de masculinité et de féminité. Rien n'est jamais simple dans les Balkans, y compris leur passé et leur présent patriarcaux.


Réglementation chinoise sur le secret d'État : vives inquiétudes pour les droits humains dans la région ouïghoure

Sat, 01 Aug 2026 23:44:19 +0000 - (source)

La loi instaure un système de contrôle de l'information davantage ancré dans la société

Initialement publié le Global Voices en Français

Three government posters announcing the new state security law.

Trois affiches gouvernementales annonçant la nouvelle loi sur la sécurité nationale « Règlement de la région autonome ouïghoure du Xinjiang relatif à la protection des secrets d'État ». Affiches issues d'un communiqué de presse. Utilisation équitable.

Le « Règlement sur la protection des secrets d'État dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang » (新疆维吾尔自治区保守国家秘密条例), entré en vigueur le 1ᵉʳ mars 2026, constitue de facto une extension locale du cadre national chinois sur le secret d'État. Dans une région caractérisée par un niveau élevé de gouvernance sécuritaire et de contrôle de l'information, ces modifications législatives ont des conséquences majeures sur la normalisation et la codification de la répression politique.

Les Ouïghours sont un peuple originaire de la région ouïghoure du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine. Ils possèdent une langue, une appartenance ethnique et une culture distinctes de celles des Hans, qui représentent plus de 91 % de la population chinoise. À la suite des émeutes de juillet 2009 à Urumqi, le gouvernement chinois a instauré un contrôle strict dans la région sous couvert de lutte contre le terrorisme, tandis que les organisations internationales de défense des droits humains ont fustigé la Chine pour ses mesures répressives, citant notamment des rapports faisant état de détentions massives, de disparitions forcées, de systèmes de surveillance généralisés et de restrictions à la vie religieuse et culturelle.

De nombreux pays ont codifié la protection des secrets d'État. Cependant, en particulier dans les démocraties occidentales, une telle législation vise généralement à empêcher la fuite d'informations sensibles sur les institutions gouvernementales et militaires susceptibles de nuire à la sécurité nationale. À l'inverse, le cadre juridique chinois relatif au secret d'État, actualisé en 2024, étend la définition de « secret d'État » aux informations politiques, économiques, technologiques et sociales jugées pertinentes pour la stabilité nationale. Dans la région ouïghoure, cette conception extensive du secret prend une importance particulière, car des aspects de la vie quotidienne — tels que les pratiques religieuses, l'expression culturelle, les modes de communication et d'autres comportements sociaux — relèvent de plus en plus du contrôle sécuritaire et de l'information.

L'extension du droit national chinois à la région ouïghoure s'avère particulièrement préjudiciable, car elle intègre le contrôle de l'information dans le système de gouvernance sociale préexistant, ancrant ainsi la surveillance dans le quotidien de la région.

L'extension ouïghoure de la loi chinoise sur le secret d'État

Alors que la loi nationale fournit un cadre juridique général pour la protection des secrets d'État, la déclinaison ouïghoure détaille son application, la surveillance technologique et les contrôles géographiques adaptés aux priorités sécuritaires spécifiques de la région.

Sur le plan des objectifs, la version locale considère le maintien de la stabilité sociale au Xinjiang comme un enjeu de sécurité nationale et ajoute un mandat spécifique visant à « forger un fort sentiment d'appartenance à la nation chinoise » (article 3). Cela implique que les politiques locales portant atteinte à l'identité ethnique ainsi qu'aux droits culturels et religieux des Ouïghours pourraient être justifiées au nom de la loi régionale sur le secret d'État.

La loi introduit la nouvelle notion juridique de « secrets professionnels » (article 64), qui本 oblige les administrations et les entreprises à établir leur propre « liste de secrets professionnels » (article 43) et à mettre en place des systèmes internes pour prévenir les fuites. Cela élargit encore davantage le champ du secret.

Concernant l'application de la loi, la réglementation de la région ouïghoure met fortement l'accent sur la mobilisation des organisations de base, des unités de travail et des acteurs communautaires pour protéger les secrets d'État (article 8). Les sections locales du parti sont tenues de désigner des agents de liaison chargés des questions de secret, notamment pour encourager la dénonciation publique d'activités suspectes telles que l'espionnage, le vol de secrets d'État ou la divulgation d'informations par le biais de livres, de publications sur les réseaux sociaux et d'autres canaux (article 39). Cela crée un système de contrôle de l'information plus ancré dans la société, l'identification, la surveillance et le signalement des informations « sensibles » devenant partie intégrante de la gestion sociale quotidienne.

L'ampleur technologique du contrôle est également étendue : la loi régionale encourage explicitement le recours à l'IA et au big data pour surveiller les flux d'information et protéger les secrets d'État (article 10). De plus, elle impose un système de « prévention et de contrôle » maintenu grâce à la collaboration entre le gouvernement local, le Corps de production et de construction du Xinjiang et l'armée (article 12). Cela renforce le pouvoir de cette structure de gouvernance militarisée, unique en son genre, dans la régulation de la circulation de l'information.

Politisation de l'information

Dans le cadre du système actuel de maintien de la stabilité, la gouvernance de la région ouïghoure repose largement sur la surveillance numérique et l'intégration des données, incluant la collecte massive de données, l'évaluation algorithmique des risques et la surveillance en temps réel, comme l'ont souligné de nombreuses études.

La définition extrêmement large des « secrets d'État » et des « secrets professionnels », associée aux mécanismes de dénonciation citoyenne et à la surveillance par l'IA, soumet la diffusion d'informations et les communications interpersonnelles à une évaluation sécuritaire constante, les rendant particulièrement périlleuses. Les flux d'informations vers l'extérieur, tels que les échanges avec des personnes ou des médias étrangers, deviennent encore plus précaires.

Plutôt que de réagir à des actes illégaux, la gouvernance sécuritaire fondée sur l'information se concentre désormais sur l'identification et la gestion préventive des risques futurs perçus.

Cela renforce le dispositif de contrôle préventif préexistant au nom de la lutte contre le terrorisme, lequel légitime l'intervention de l'État — notamment à travers les soi-disant camps de rééducation ou de formation professionnelle —, en ciblant les pratiques culturelles, l'associatif, la religion, les modes de communication et autres activités des communautés ouïghoures jugés potentiellement sensibles.

L'intégration de la gestion et de la surveillance de l'information au cœur de la gouvernance sécuritaire ouïghoure entretient une incertitude permanente quant aux données qu'il est possible de partager sans danger, érigeant l'autocensure en norme sociale.

Cette dynamique contribue à instaurer ce que certains chercheurs qualifient de « structure du silence », où l'accès à l'information devient progressivement plus difficile — non seulement parce qu'elle est restreinte, mais aussi parce qu'elle n'est plus jamais rendue publique.

Impact sur les débats relatifs aux droits humains

Les débats internationaux sur la situation dans la région ouïghoure portent souvent sur les politiques de détention, les restrictions religieuses, les évolutions démographiques et la surveillance. Certains gouvernements et chercheurs affirment que la politique répressive chinoise à l'égard des Ouïghours constitue des crimes contre l'humanité ou un génocide, tandis que d'autres contestent ces qualifications.

Cependant, ces débats restent tributaires de la disponibilité de l'information. Or, la nouvelle réglementation régionale rend l'accès aux données et leur partage bien plus complexes. Les affirmations des organisations de défense des droits humains ou des médias internationaux deviendront plus difficiles à vérifier, la marge de manœuvre pour enquêter étant restreinte. Les débats et les désaccords risquent ainsi de se politiser davantage.

En ce sens, les lois sur le secret d'État ne se limitent pas à réglementer l'information — elles façonnent les conditions mêmes dans lesquelles se déroulent les discussions internationales sur les droits humains.

L'importance de la réglementation sur les secrets d'État dans la région ouïghoure ne réside pas seulement dans sa formulation juridique, mais dans son rôle au sein d'un système de gouvernance plus vaste, à savoir la manière dont le secret s'exerce dans un environnement politique ultra-sécurisé. Dans un tel cadre, la frontière entre gestion de l'information, surveillance et contrôle social devient de plus en plus poreuse.

En définitive, cette réglementation soulève des questions fondamentales sur le lien entre information, gouvernance et droits humains. Lorsque l'accès à l'information est restreint, l'espace nécessaire à la transparence, à la vérification indépendante et à la responsabilité publique se réduit inévitablement.


La technologie peut-elle résoudre les litiges d'arbitrage au kendo ?

Thu, 30 Jul 2026 23:56:15 +0000 - (source)

La notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine d'éléments intangibles

Initialement publié le Global Voices en Français

Le kendo utilise un système d'arbitre à trois personnes. Capture d'écran de YouTube KendoWorld channel. Utilisation équitable.

L'une des raisons pour lesquelles l'art martial japonais du kendo, souvent décrit comme « la voie de l'épée », ne figure pas aux Jeux olympiques réside dans le jugement subjectif de sa notation.

Contrairement à de nombreux sports évalués par des scores numériques clairs, le kendo repose sur l'appréciation subjective des arbitres (shinpan / 審判) pour déterminer si une frappe satisfait à l'idéal de ki-ken-tai no icchi (気剣体の一致), qui désigne l'unité de l'esprit (ki / 気), de l'épée (ken / 剣) et du corps (tai / 体). Une frappe valide doit combiner un timing parfait, une technique appropriée et une intention affirmée, ce qui rend l'arbitrage du kendo unique mais intrinsèquement complexe.

Frustration du jugement Kendo

Cependant, les préoccupations concernant l'équité et la cohérence du jugement se sont accrues. Au fur et à mesure que le kendo se développe à l'échelle mondiale, des questions se posent sur la façon d'équilibrer la tradition avec les demandes de notation plus objective et transparente. Le débat sur l'introduction des technologies de relecture vidéo et de capteurs a suscité des passions au sein de la communauté du kendo.

Il n'est pas rare de voir des pratiquants et des spectateurs exprimer leur frustration face à la notation à l'issue des combats. Voici un exemple d’une telle plainte sur X :

剣道は誤審が多いです。年上の審判が旗上げれば、他の人も上げます。強豪校のネームだけで、旗あがります。 (Le kendo connaît de nombreuses erreurs d'arbitrage. Si un arbitre plus âgé lève son drapeau, les autres le suivent. Parfois, le simple nom d'une école prestigieuse suffit à faire lever le drapeau.)

Kendo Mirai Kenkyujo, un magazine en ligne sur le kendo, a également abordé ce sujet :

後からスローモーションなどで見て、部位に当たっていないのに一本となっている場合、それで剣道への“信頼感’’が揺らぐ。“剣道ってカッコいいね’’と言う人は多いのだが、何のゆかりもない人が剣道ファンになりにくい理由はそこにあると思う。

Lorsque vous visionnez le ralenti après le match et que vous constatez qu'une frappe n'a pas réellement touché la zone cible mais qu'elle a tout de même été accordée, cela ébranle la confiance accordée au kendo. Beaucoup disent : « Le kendo a l'air impressionnant », mais je pense que ce manque de confiance est la raison pour laquelle les néophytes deviennent rarement des passionnés.

Cependant, comme indiqué par un pratiquant du kendo (@kendo358 sur X), certaines contestations d'erreurs d'arbitrage découlent d'un manque de compréhension de l'esprit et des règles fondamentales de cet art martial :

「当たっているのに1本にならない」 剣道の基本が出来ていると思っている時に現れる症状。 審判は理由を言ってくれない。 また、勝手に誤審だと決め付けない。 試合剣道に囚われて基本が抜け落ちていないか。 普段の基本稽古で誰が見ても瞬間的に旗を上げてしまうような打突が出来ているか確認。

La frappe touche la cible, mais n'a pas été comptée comme un point valide. Cela se produit souvent lorsqu'on pense maîtriser les bases du kendo. Les arbitres ne vous diront pas pourquoi, mais ne concluez pas trop vite à une erreur d'arbitrage. Réfléchissez : vos frappes sont-elles si claires et décisives que n'importe qui lèverait son drapeau instantanément ? Veillez à maintenir des fondamentaux solides lors de vos entraînements réguliers.

Jugement hiérarchique et subjectif

Néanmoins, le système de jugement du kendo présente quelques limites. Le « système d'arbitrage à trois personnes » actuel (sanshinsei / 三審制) a été introduit dans le Japon moderne au début de l'ère Shōwa (1929–1989) afin de réduire les biais individuels et d'améliorer la précision de la notation.

Une frappe n'est accordée que si au moins deux arbitres s'accordent à dire qu'elle satisfait au ki-ken-tai no icchi. Cela implique un timing correct, un kiai vigoureux (cri d'engagement / 気合), un placement de pieds approprié et un engagement total du corps et de l'esprit. Bien que ce système vise à équilibrer les perspectives et à minimiser les partis pris, contrairement à des sports comme l'escrime qui utilisent des dispositifs électroniques pour valider les touches, la notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine de qualités intangibles.

De plus, le classement des pratiquants de kendo, structuré par le système de grades de 1 à 8 dan (段), instaure une hiérarchie entre tous les pratiquants, y compris les arbitres. Ainsi, bien qu'en théorie les trois arbitres disposent d'une autorité égale, en pratique, les arbitres adjoints se réfèrent souvent à l'arbitre en chef lors des situations douteuses, ce qui compromet le « système d'arbitrage à trois personnes ».

Un débat survenu en 1929 entre le célèbre maître de kendo (kendōka) Sasaburō Takano (高野佐三郎, 1862–1950) et l'historien du kendo Kengo Tominaga (富永堅吾, 1883–1960), à l'issue des tournois impériaux tenran budō (天覧武道大会), laissait déjà présager que l'ancienneté et la hiérarchie ancrées dans le kendo risquaient de nuire à l'équité des combats :

高野「あれは三人が一心同体でやらないといけないですね。表審判が手を挙げれば大概揃ふ様にありたいものです。」

Takano : « Les trois arbitres doivent agir comme un seul esprit et un seul corps. Lorsque l'arbitre en chef signale une décision, idéalement, le jugement des autres arbitres s'y conforme. »

 

富永「一心同体なら主審はやりよいですが、三心三体の場合は大変なことになる、裏が表と意志が通じてゐない時は、審判しにくい場合が有るかも知れないですなあ。」

Tominaga : « S'ils sont vraiment unis comme un seul esprit et un seul corps, c'est plus facile pour l'arbitre en chef. Mais cela devient très difficile si l'on se retrouve avec “trois esprits et trois corps”. Lorsque l'arbitre en chef et les arbitres adjoints ne sont pas sur la même longueur d'onde, il peut être complexe d'arbitrer. »

La technologie contre la tradition

En revanche, beaucoup préconisent le recours aux technologies modernes — comme l'assistance vidéo ou la notation par capteurs —, à l'instar des systèmes utilisés en judo et en taekwondo. Leurs partisans soutiennent que cela fournirait des preuves objectives pour analyser les décisions litigeuses et aiderait les arbitres, les combattants ainsi que les spectateurs.

Les opposants, cependant, avertissent que de tels changements saperaient l'essence spirituelle et éducative du kendo. En budō (武道, arts martiaux), les erreurs d'arbitrage peuvent constituer des occasions de faire preuve d'humilité, d'autoréflexion et d'apprentissage — des valeurs jugées plus importantes que le résultat du combat lui-même, comme l'a affirmé Sadayuki Mimori, Renshi 7ᵉ Dan de la Fédération de Kendo du Japon (AJKF) :

武道である剣道にとって、相手の部位を正確に打つことは表層的な目的。本来の目的は精神性の向上です。勝てたならば現状に甘んじることなくより高みを目指す向上心を持ち、負けたならば自分の弱点を認めて改善に努める潔さを養う。仮に誤審で負けたとしても、自分に落ち度はなかったのかと振り返り、進歩的にとらえてその後の糧とする。武道である剣道では、結果自体よりも結果から何を学びとり、その後にどう生かすかが重要なのだと私は考えます。

Pour le kendo en tant que budō, frapper avec précision la zone cible de l'adversaire n'est qu'un objectif superficiel. Le véritable but est l'élévation spirituelle : tendre vers l'excellence dans la victoire et cultiver la dignité d'admettre ses faiblesses pour s'améliorer dans la défaite. Même si l'on venait à perdre en raison d'une erreur d'arbitrage, il convient de se demander si l'on n'a commis aucune faute et de faire de cette expérience un levier de progression. Dans le kendo, plus que le résultat lui-même, c'est ce que l'on en retire et la manière dont on le met à profit par la suite qui importe.

Le débat fait écho à une histoire familière. Le judo (柔道) est devenu un sport olympique en 1964 et a adopté des normes de jugement claires, y compris l'assistance vidéo. Cependant, des années de normalisation et d'intégration de la technologie n'ont pas mis fin aux controverses d'arbitrage, comme l'a montré la polémique sur le judo lors des Jeux olympiques de Paris. Au lieu de cela, certains, à l'image de l'utilisateur X @KatakuroK, affirment que le judo a perdu son âme d'art martial au cours de ce processus :

問題になってる誤審ピック柔道あれ見てて本当に酷かった。 『柔道』じゃなくスポーツの『JUDO』になって明らかに武道の格が落ちてる。僕も多少なりとも経験あるから。 その点で剣道『武道勝ち負けだけじゃないから』とオリンピックに採用を拒否してるとかないとか。

Les erreurs d'arbitrage au judo lors des Jeux olympiques ont fait polémique, et c'était vraiment affligeant à regarder. Pour l'avoir moi-même pratiqué, je dirais qu'il ne s'agit plus de « judo» au sens du budō, mais de « JUDO » en tant que sport, ce qui rabaisse clairement la valeur des arts martiaux. C'est en ce sens que le kendo refuserait d'être intégré aux Jeux olympiques, arguant que « les arts martiaux ne se résument pas à gagner ou perdre ».

De nombreux pratiquants de kendo craignent que des règles strictes ou le recours à la technologie ne poussent cet art martial vers une sportivisation à l'occidentale. Ainsi, avant d'envisager des solutions technologiques, de nombreux membres de la communauté du kendo soulignent la nécessité de renforcer les fondamentaux : éduquer le public, clarifier les critères d'arbitrage et réformer le système de notation afin de le rendre moins dépendant des grades et de l'ancienneté.


Powered by VroumVroumBlog 0.1.31 - RSS Feed
Download config articles