La notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine d'éléments intangibles
Initialement publié le Global Voices en Français

Le kendo utilise un système d'arbitre à trois personnes. Capture d'écran de YouTube KendoWorld channel. Utilisation équitable.
L'une des raisons pour lesquelles l'art martial japonais du kendo, souvent décrit comme « la voie de l'épée », ne figure pas aux Jeux olympiques réside dans le jugement subjectif de sa notation.
Contrairement à de nombreux sports évalués par des scores numériques clairs, le kendo repose sur l'appréciation subjective des arbitres (shinpan / 審判) pour déterminer si une frappe satisfait à l'idéal de ki-ken-tai no icchi (気剣体の一致), qui désigne l'unité de l'esprit (ki / 気), de l'épée (ken / 剣) et du corps (tai / 体). Une frappe valide doit combiner un timing parfait, une technique appropriée et une intention affirmée, ce qui rend l'arbitrage du kendo unique mais intrinsèquement complexe.
Cependant, les préoccupations concernant l'équité et la cohérence du jugement se sont accrues. Au fur et à mesure que le kendo se développe à l'échelle mondiale, des questions se posent sur la façon d'équilibrer la tradition avec les demandes de notation plus objective et transparente. Le débat sur l'introduction des technologies de relecture vidéo et de capteurs a suscité des passions au sein de la communauté du kendo.
Il n'est pas rare de voir des pratiquants et des spectateurs exprimer leur frustration face à la notation à l'issue des combats. Voici un exemple d’une telle plainte sur X :
剣道は誤審が多いです。年上の審判が旗上げれば、他の人も上げます。強豪校のネームだけで、旗あがります。 (Le kendo connaît de nombreuses erreurs d'arbitrage. Si un arbitre plus âgé lève son drapeau, les autres le suivent. Parfois, le simple nom d'une école prestigieuse suffit à faire lever le drapeau.)
Kendo Mirai Kenkyujo, un magazine en ligne sur le kendo, a également abordé ce sujet :
後からスローモーションなどで見て、部位に当たっていないのに一本となっている場合、それで剣道への“信頼感’’が揺らぐ。“剣道ってカッコいいね’’と言う人は多いのだが、何のゆかりもない人が剣道ファンになりにくい理由はそこにあると思う。
Lorsque vous visionnez le ralenti après le match et que vous constatez qu'une frappe n'a pas réellement touché la zone cible mais qu'elle a tout de même été accordée, cela ébranle la confiance accordée au kendo. Beaucoup disent : « Le kendo a l'air impressionnant », mais je pense que ce manque de confiance est la raison pour laquelle les néophytes deviennent rarement des passionnés.
Cependant, comme indiqué par un pratiquant du kendo (@kendo358 sur X), certaines contestations d'erreurs d'arbitrage découlent d'un manque de compréhension de l'esprit et des règles fondamentales de cet art martial :
「当たっているのに1本にならない」 剣道の基本が出来ていると思っている時に現れる症状。 審判は理由を言ってくれない。 また、勝手に誤審だと決め付けない。 試合剣道に囚われて基本が抜け落ちていないか。 普段の基本稽古で誰が見ても瞬間的に旗を上げてしまうような打突が出来ているか確認。
La frappe touche la cible, mais n'a pas été comptée comme un point valide. Cela se produit souvent lorsqu'on pense maîtriser les bases du kendo. Les arbitres ne vous diront pas pourquoi, mais ne concluez pas trop vite à une erreur d'arbitrage. Réfléchissez : vos frappes sont-elles si claires et décisives que n'importe qui lèverait son drapeau instantanément ? Veillez à maintenir des fondamentaux solides lors de vos entraînements réguliers.
Néanmoins, le système de jugement du kendo présente quelques limites. Le « système d'arbitrage à trois personnes » actuel (sanshinsei / 三審制) a été introduit dans le Japon moderne au début de l'ère Shōwa (1929–1989) afin de réduire les biais individuels et d'améliorer la précision de la notation.
Une frappe n'est accordée que si au moins deux arbitres s'accordent à dire qu'elle satisfait au ki-ken-tai no icchi. Cela implique un timing correct, un kiai vigoureux (cri d'engagement / 気合), un placement de pieds approprié et un engagement total du corps et de l'esprit. Bien que ce système vise à équilibrer les perspectives et à minimiser les partis pris, contrairement à des sports comme l'escrime qui utilisent des dispositifs électroniques pour valider les touches, la notation au kendo repose fortement sur l'interprétation humaine de qualités intangibles.
De plus, le classement des pratiquants de kendo, structuré par le système de grades de 1 à 8 dan (段), instaure une hiérarchie entre tous les pratiquants, y compris les arbitres. Ainsi, bien qu'en théorie les trois arbitres disposent d'une autorité égale, en pratique, les arbitres adjoints se réfèrent souvent à l'arbitre en chef lors des situations douteuses, ce qui compromet le « système d'arbitrage à trois personnes ».
Un débat survenu en 1929 entre le célèbre maître de kendo (kendōka) Sasaburō Takano (高野佐三郎, 1862–1950) et l'historien du kendo Kengo Tominaga (富永堅吾, 1883–1960), à l'issue des tournois impériaux tenran budō (天覧武道大会), laissait déjà présager que l'ancienneté et la hiérarchie ancrées dans le kendo risquaient de nuire à l'équité des combats :
高野「あれは三人が一心同体でやらないといけないですね。表審判が手を挙げれば大概揃ふ様にありたいものです。」
Takano : « Les trois arbitres doivent agir comme un seul esprit et un seul corps. Lorsque l'arbitre en chef signale une décision, idéalement, le jugement des autres arbitres s'y conforme. »
富永「一心同体なら主審はやりよいですが、三心三体の場合は大変なことになる、裏が表と意志が通じてゐない時は、審判しにくい場合が有るかも知れないですなあ。」
Tominaga : « S'ils sont vraiment unis comme un seul esprit et un seul corps, c'est plus facile pour l'arbitre en chef. Mais cela devient très difficile si l'on se retrouve avec “trois esprits et trois corps”. Lorsque l'arbitre en chef et les arbitres adjoints ne sont pas sur la même longueur d'onde, il peut être complexe d'arbitrer. »
En revanche, beaucoup préconisent le recours aux technologies modernes — comme l'assistance vidéo ou la notation par capteurs —, à l'instar des systèmes utilisés en judo et en taekwondo. Leurs partisans soutiennent que cela fournirait des preuves objectives pour analyser les décisions litigeuses et aiderait les arbitres, les combattants ainsi que les spectateurs.
Les opposants, cependant, avertissent que de tels changements saperaient l'essence spirituelle et éducative du kendo. En budō (武道, arts martiaux), les erreurs d'arbitrage peuvent constituer des occasions de faire preuve d'humilité, d'autoréflexion et d'apprentissage — des valeurs jugées plus importantes que le résultat du combat lui-même, comme l'a affirmé Sadayuki Mimori, Renshi 7ᵉ Dan de la Fédération de Kendo du Japon (AJKF) :
武道である剣道にとって、相手の部位を正確に打つことは表層的な目的。本来の目的は精神性の向上です。勝てたならば現状に甘んじることなくより高みを目指す向上心を持ち、負けたならば自分の弱点を認めて改善に努める潔さを養う。仮に誤審で負けたとしても、自分に落ち度はなかったのかと振り返り、進歩的にとらえてその後の糧とする。武道である剣道では、結果自体よりも結果から何を学びとり、その後にどう生かすかが重要なのだと私は考えます。
Pour le kendo en tant que budō, frapper avec précision la zone cible de l'adversaire n'est qu'un objectif superficiel. Le véritable but est l'élévation spirituelle : tendre vers l'excellence dans la victoire et cultiver la dignité d'admettre ses faiblesses pour s'améliorer dans la défaite. Même si l'on venait à perdre en raison d'une erreur d'arbitrage, il convient de se demander si l'on n'a commis aucune faute et de faire de cette expérience un levier de progression. Dans le kendo, plus que le résultat lui-même, c'est ce que l'on en retire et la manière dont on le met à profit par la suite qui importe.
Le débat fait écho à une histoire familière. Le judo (柔道) est devenu un sport olympique en 1964 et a adopté des normes de jugement claires, y compris l'assistance vidéo. Cependant, des années de normalisation et d'intégration de la technologie n'ont pas mis fin aux controverses d'arbitrage, comme l'a montré la polémique sur le judo lors des Jeux olympiques de Paris. Au lieu de cela, certains, à l'image de l'utilisateur X @KatakuroK, affirment que le judo a perdu son âme d'art martial au cours de ce processus :
問題になってる誤審ピック柔道。あれは見てて本当に酷かった。 『柔道』じゃなくスポーツの『JUDO』になって明らかに武道の格が落ちてる。僕も多少なりとも経験あるから。 その点で剣道は『武道は勝ち負けだけじゃないから』とオリンピックに採用を拒否してるとかないとか。
Les erreurs d'arbitrage au judo lors des Jeux olympiques ont fait polémique, et c'était vraiment affligeant à regarder. Pour l'avoir moi-même pratiqué, je dirais qu'il ne s'agit plus de « judo» au sens du budō, mais de « JUDO » en tant que sport, ce qui rabaisse clairement la valeur des arts martiaux. C'est en ce sens que le kendo refuserait d'être intégré aux Jeux olympiques, arguant que « les arts martiaux ne se résument pas à gagner ou perdre ».
De nombreux pratiquants de kendo craignent que des règles strictes ou le recours à la technologie ne poussent cet art martial vers une sportivisation à l'occidentale. Ainsi, avant d'envisager des solutions technologiques, de nombreux membres de la communauté du kendo soulignent la nécessité de renforcer les fondamentaux : éduquer le public, clarifier les critères d'arbitrage et réformer le système de notation afin de le rendre moins dépendant des grades et de l'ancienneté.
Trente-deux ans plus tard, la raison est-elle devenue plus claire ?
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Photo de Yasin Abu Bakr se rendant aux forces du régiment de Trinité-et-Tobago en 1990, réalisée à partir d'éléments de Canva et de captures d'écran tirées de tournages de Walt Lovelace, utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Tous les habitants de Trinité-et-Tobago ont une anecdote liée au coup. Pendant les « vacances d'été » de 1990, je faisais un stage pour la chaîne de télévision gouvernementale Trinidad and Tobago Television (TTT), la seule disponible à l'époque. Le vendredi 27 juillet, comme lors d'une journée normale, je suis allée travailler. Même en y repensant 32 ans après, je ne vois toujours rien qui laissait présager que les choses allaient déraper à ce point.
Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai. Les coups d'État sont les conséquences d'un lent processus. On ne se réveille pas un jour en décidant de prendre le contrôle d'un pays par la force. Cela nécessite de l'organisation. Le meurtre d’Abdul Kareem par la police en 1984, membre du Jamaat al Muslimeen [fr], le groupe islamiste radical dirigé par Yasin Abu Bakr, aurait-il pu en être un des facteurs ?
Il y avait aussi des enjeux sociopolitiques. L’Alliance Nationale pour la Reconstruction (la NAR – National Alliance for Reconstruction) a remporté les élections législatives de 1986 d'une victoire écrasante, devenant ainsi le premier rival victorieux face au Mouvement National du Peuple (PNM – People's National Movement), au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1962. Les prix du pétrole ont chuté après le boom du milieu des années 1970 aux années 1980, et le Premier ministre Arthur N. R. Robinson avait instauré des mesures d'austérité qui ont été reçues très négativement par les syndicats, le secteur privé, l'opposition et plus généralement la population. Cette époque était indéniablement rude, mais cette austérité justifiait-elle réellement la trahison ? De toute façon, j'étais encore étudiante en arts audiovisuels et j'étais surtout concentrée sur mon travail chez TTT.
Je finissais le travail en début d'après-midi. Au moment de partir, on m'a demandé si cela ne me dérangeait pas d'aller chercher une boîte de cassettes et de la ramener au bureau à temps pour le journal du soir. J'avais demandé à un ami de m'y conduire. Plusieurs heures plus tard, alors que nous retournions vers Port-d'Espagne en empruntant South Quay, la route qui longe la côte au sud de la capitale, nous avons remarqué une fumée noire qui se dégageait du centre-ville.
C'est contre mon avis que mon ami a tourné et s'est dirigé vers le centre-ville. Il n'y avait pas d'autoradio dans la voiture, nous ne pouvions donc pas savoir que les membres du Jamaat s'étaient introduits de force dans la Red House, le siège du Parlement, et qu'ils avaient tenté de renverser le gouvernement alors que la Chambre était en session. En même temps, ils avaient pénétré dans le QG de la police en faisant exploser une bombe (d'où venait la fumée aperçue sur la route), mais aussi dans les bâtiments de Radio Trinidad et de TTT. Bakr a alors utilisé leurs canaux de communication pour déclarer que le Jamaat était désormais au pouvoir.
Si nous n'avions pas fait ce détour par Port-d'Espagne, j'aurais très bien pu faire l'aller-retour jusqu'au bâtiment qu'on appelait la Television House avant qu'elle ne soit prise d'assaut, avant que les personnes qui s'y trouvaient ne soient prises en otages pendant presque une semaine, dont beaucoup garderont des séquelles psychologiques toute leur vie. C'est finalement quand mon ami s'apprêtait à me redéposer à TTT pour remettre les cassettes que j'ai évité le pire. Nous n'étions vraiment pas loin lorsqu'un petit groupe d'insurgés a avancé rapidement vers nous, tous armés de fusils automatiques. Ils se sont déployés en ligne pour nous bloquer la route. Mon ami a freiné brusquement et les a regardés, totalement stupéfait. J'ai dû lui crier dessus pour qu'il fasse marche arrière.
Plusieurs jours plus tard, l'équipe de production de TTT a été convoquée au Camp Ogden, une base militaire majeure. Par chance, au moment de l'intrusion, une équipe de production opérait en extérieur pour couvrir un match amical de football au stade national ; le signal provenant de la Television House a finalement été coupé et la chaîne a pu reprendre la diffusion grâce à cette équipe. Un couvre-feu très strict avait été mis en place. Seules les personnes détenant une accréditation presse pouvaient sortir dans la rue et filmer. C'était une tâche considérée comme « trop dangereuse » pour les femmes, mais j'avais néanmoins réussi à obtenir une accréditation et à me procurer un appareil photo.
Les images que j'ai pu prendre après les faits ne montrent qu'une partie de l'histoire, et bien qu'elles y apportent de la valeur, je pense que cela ne suffit pas. En l’absence de justice, en l’absence d’excuses collectives formelles, d'un dialogue national encadré sur notre traumatisme collectif et d'une réflexion commune sur ces événements, il ne nous reste que des fragments.
En dehors de la période d'incarcération durant laquelle des procédures d'appel étaient en cours, Bakr et ses hommes n'ont pas purgé de peine pour leurs actions. Ils se sont rendus avec des copies d'un accord d'amnistie en poche. Cet accord a ensuite été annulé par le Conseil privé, soulignant que trop de temps s'était écoulé et qu'il serait déraisonnable d'engager des poursuites à ce stade. Il a fallu attendre 20 ans pour qu’une commission d'enquête sur la tentative de coup d'État soit mise en place, et même là, les conclusions n'ont pas donné lieu à des retombées suffisantes. Quand je cherche à comprendre comment l'insurrection de 1990 nous a transformés à jamais, en tant que démocratie comme en tant que société — dont les fragments ont été marqués par la douleur, le temps et la routine —, j'en viens à me demander si tout s'emboîtera de nouveau un jour.
Bien sûr, il y a déjà eu des tentatives d'en rassembler les éléments. The National Trust [organisme de protection du patrimoine] et les Archives nationales, les médias, ainsi que la Galerie Rotunda de la Red House ont rassemblé des témoignages, des photos et des souvenirs de différentes expériences liées au coup. L'assaut du Parlement est retranscrit dans le Hansard [fr]. La présidente actuelle a instauré un hommage annuel aux 24 victimes ayant perdu la vie durant le coup d'État en installant des plaques gravées de leurs noms devant la résidence présidentielle. Wendell Eversley, un survivant du coup, organise une marche annuelle en mémoire des personnes tuées pendant l'insurrection, permettant aux gens de venir rendre hommage devant le mémorial de la flamme éternelle. Certains survivants ont écrit des livres pour raconter leurs expériences traumatisantes. David Rudder, un chanteur de calypso, a même écrit une chanson à propos de la sienne.
Mais, même plus de 30 ans après, une génération plus tard, s'est-on rapproché de la compréhension et de la guérison, ou la blessure continue-t-elle de s'envenimer ? Trinité-et-Tobago continue de faire face à des problèmes tels que des violences policières, des actes criminels violents (que beaucoup lient directement à la tentative de coup d'État et à l'incapacité du gouvernement à punir les auteurs de ces actes), la corruption généralisée et les trafics de drogues (que Bakr affirmait vouloir démanteler entièrement). Je crains qu'il y ait encore plus de questions que de réponses.
J'ai pu entendre toutes sortes d'opinions depuis 1990, allant jusqu'à glorifier les insurgés et à laisser entendre que le seul moyen pour le pays de se relever des répercussions du coup d'État serait que la police « liquide » ceux qui s'en servent comme modèle pour commettre des crimes en toute impunité. Ces deux extrêmes m'ont fait prendre conscience de l'importance de conserver tous les fragments de ce miroir qu'il nous reste. Mais il est tout aussi important de combler ces vides. Bakr est peut-être mort, mais le Jamaat doit encore répondre de ses actes. La vérité ne sortira que collectivement. Elle ne sera pas racontée parfaitement, certaines réalités seront difficiles à affronter, mais nous y arriverons.
Doit-on rassembler toutes ces informations au même endroit ? Et si l'on créait une sorte de musée retraçant cet événement et ses conséquences ? Ou alors un espace virtuel, qui serait peut-être plus simple, plus économique et doté d'une portée plus large ? L'insurrection de 1990 devrait intégrer les programmes scolaires, mais elle doit être comprise de tous. Je sais que nous sommes une jeune nation et que nous apprenons encore. Mais ne prenons pas les choses importantes à la légère, au risque de les voir s'effacer des mémoires. Nous parlons désormais haut et fort, à juste titre, de la manière dont nos colonisateurs ont effacé notre histoire passée [fr]. Mais l'histoire récente est tout aussi importante : si nous ne prenons pas activement le contrôle de notre propre récit, quelqu'un le fera pour nous, et cette histoire sera remplie d'inexactitudes et de déformations qui ont conduit trop d'entre nous à croire et à répandre des mensonges.
Rendons les informations fiables sur notre histoire plus accessibles. Les Archives nationales pourraient-elles, par exemple, proposer un accès numérique à leurs documents ? Peu importe la façon dont nous choisissons de rassembler ces fragments de 1990, c'est une étape nécessaire et légitime pour prendre en main notre destin collectif, et nous devons le faire avec prudence, avant que le temps ne déforme davantage nos souvenirs.
Ces fragments n'ont de sens que lorsqu'ils sont rassemblés. Dispersés, ils n'ont pas assez de force pour penser les séquelles de cette journée sombre et sanglante. Tous ensemble, ils pourraient bien empêcher que cette tentative de coup d'État à Trinité-et-Tobago ne se transforme en coup de grâce pour le pays.
« Que l'amour l'emporte devant la Cour suprême » : les militants LGBTQ+ japonais visent une victoire historique
Initialement publié le Global Voices en Français

Marche des Fiertés de Tokyo 2026. Capture d'écran de la chaîne YouTube de Tokyo Journey. Utilisation équitable.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En juin dernier, les rues de Tokyo se sont transformées en une mer vibrante de drapeaux arc-en-ciel, de rythmes techno entraînants et de milliers de voix scandant les couleurs de la Tokyo Rainbow Pride. Cette année, le Mois des Fiertés est bien plus qu'une simple célébration de la visibilité ; l'atmosphère est électrique, car la Cour suprême japonaise est attendue pour la première fois dans son arrêt constitutionnel unifié sur le mariage pour tous, et les communautés LGBTQ+ descendent dans la rue pour revendiquer l'égalité des droits au mariage avec le slogan : « Que l'amour triomphe devant la Cour suprême » (最高裁で愛が勝つ).
L'arrêt de la Cour suprême tranchera début 2027 les débats constitutionnels qui agitent les tribunaux de district quant à la conformité de l'exclusion actuelle du mariage entre personnes de même sexe du Code civil japonais avec la Constitution.
La bataille juridique au Japon pour le droit au mariage pour tous a débuté le 14 février 2019, lorsque 13 couples de même sexe ont simultanément porté plainte contre le gouvernement japonais devant les tribunaux de district de Tokyo, Osaka, Nagoya, Fukuoka et Sapporo.
En mars 2024, la Cour d'appel de Sapporo a jugé inconstitutionnelles les dispositions du Code civil et de la loi sur l'état civil qui interdisent aux couples de même sexe de fonder une famille. Quatre autres cours d'appel ont rendu des décisions similaires, et l'opinion dominante est que le système actuel viole l'article 14 (égalité devant la loi), l'article 13 (droit à la recherche du bonheur) et l'article 24, paragraphe 2 (dignité individuelle et égalité essentielle des sexes) de la Constitution japonaise.
Néanmoins, le 28 novembre 2025, la Haute Cour de Tokyo a statué contre ses pairs, jugeant que les couples de même sexe ne sont pas inclus dans la définition constitutionnelle du mariage et que toute modification de cette définition relève de la compétence de la Diète nationale japonaise.
Avec le soutien de l'association LGBT+ « Marriage for All Japan », les plaignants ont interjeté appel devant la Cour suprême du Japon. Comme expliqué par le juriste Yasuhiko Watanabe, la décision de la Haute Cour de Tokyo conférerait un « pouvoir discrétionnaire sans limites au gouvernement conservateur ».
Le Japon demeure le seul pays du G7 à ne pas accorder de protection juridique nationale complète ni de droit au mariage aux couples de même sexe.
Malgré les données des quotidiens conservateurs Yomiuri et libéral Asahi montrant une forte majorité en faveur du mariage homosexuel, à 66 % et 72 % respectivement en 2023, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi et le Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir restent opposés au mariage pour tous. Lors de sa campagne électorale de septembre 2025, Takaichi a également invoqué la définition du mariage pour s'opposer au mariage pour tous :
私は基本的には同性婚には反対の立場だ。憲法で結婚は両性の同意によるとされている。だから、現時点で同性婚に賛同する立場ではない。
Je suis fondamentalement opposée au mariage entre personnes de même sexe. La Constitution définit le mariage comme l'union des deux sexes. Par conséquent, je ne soutiens pas le mariage pour tous.
Actuellement, les couples de même sexe sont exclus des avantages sociaux liés au mariage dans plus de 100 lois concernant l'assurance, les retraites, etc. Ils dépendent des systèmes de certification de partenariat régionaux, mis en place à Shibuya (Tokyo) en 2015 et désormais présents dans plus de 500 régions, qui leur offrent des avantages limités et non contraignants, tels que le droit de visite à l'hôpital.
En réponse aux contestations juridiques de ces dernières années, au lieu de modifier la loi sur le mariage pour accorder l‘égalité des droits aux personnes LGBTQ+, le gouvernement conservateur a reconnu les couples de même sexe enregistrés comme ayant le statut matrimonial de facto dans quelques dizaines de lois et a adopté une loi sur la compréhension des personnes LGBTQ+ en 2023 afin de promouvoir la compréhension des minorités sexuelles et de prévenir la « discrimination injuste ». C'est seulement après trois années de stagnation que le gouvernement a récemment dévoilé son premier plan national visant à sensibiliser l'opinion publique et à renforcer les dispositifs de soutien à la communauté LGBTQ+.
Cependant, la reconnaissance du « mariage de facto » par le biais du système de certification des partenariats institutionnaliserait la discrimination, comme l'a affirmé le juriste Yasuhiko Watanabe :
仮に、事実婚制度の整備によって配偶者控除や相続権などの不利益が一定程度解消されるとしても、婚姻と区別された制度にとどまる限り、そこには象徴的な格差が残ります。異性のカップルだけが婚姻の制度に属し、同性カップルはそこから「排除された」別の制度に属するという構図は、社会的に“セカンドクラス”という印象を与えかねません。
Même si l'aménagement du système du « mariage de facto » peut, dans une certaine mesure, remédier à certains désavantages tels que la déduction fiscale pour conjoint et les droits successoraux, tant qu'il demeure un système distinct du mariage, il institutionnalise une discrimination symbolique. Si seuls les couples hétérosexuels relèvent du système du mariage et que les couples de même sexe sont « exclus » dans un système séparé, cela risque de créer un statut de citoyens de « seconde zone » pour les minorités sexuelles.
Qui plus est, même avec l'enregistrement des partenariats civils et le système de « mariage de facto » pour les couples de même sexe, ces derniers ne peuvent pas être inscrits au registre national des familles (Koseki), structuré selon une norme hétérosexuelle, avec un mari, une épouse et leurs enfants célibataires sous un même nom de famille pour retracer la lignée familiale. Au Japon, c'est la famille, et non l'individu, qui constitue l'unité administrative, et c'est elle qui détermine le statut juridique, les droits ainsi que les prestations liées à la citoyenneté et à la filiation. En étant exclus de ce registre, les couples de même sexe ne peuvent pas bénéficier de la succession automatique, de la déduction fiscale pour conjoint, du visa de conjoint, de l'adoption d'enfants, etc.
Pourtant, au sein de la Diète nationale, les législateurs conservateurs s'opposent à une modification de la loi sur le mariage, craignant que ça n'entraîne une révision du système Koseki et ne déclenche un effet domino conduisant à la refonte de la loi sur la nationalité ainsi que de centaines de dispositions du droit civil liées à l'administration publique.
Les militants LGBTQ+ ont vu dans la décision historique de la Cour suprême du Japon de confier ces litiges juridiques aux 15 juges de la Grande Chambre une étape majeure pour briser une stagnation politique qui dure depuis des décennies. Si la Grande Chambre juge la loi actuelle sur le mariage inconstitutionnelle, elle pourrait imposer à la Diète un délai pour réviser les systèmes du mariage et du Koseki, ou pour instaurer un système d'enregistrement d'union civile assorti d'un registre des familles distinct. Le pire scénario serait de s'aligner sur le verdict de la Haute Cour de Tokyo en laissant la Diète déterminer le mécanisme garantissant l'égalité des droits pour les minorités sexuelles.
Depuis mai 2026, l'organisation « Marriage for All Japan » a lancé une campagne nationale « Love Wins » (l'amour l'emporte) pour démontrer le soutien du public à l'égalité totale en matière de mariage pour les couples de même sexe, et s'est engagée à diffuser le slogan : « Que l'amour l'emporte devant la Cour suprême » dans les 47 préfectures durant le Mois des Fiertés.
Dans une Syrie qui tente de les effacer, des femmes trans accrochent leurs rêves d'évasion.
Initialement publié le Global Voices en Français

Image fournie par SyriaUntold, utilisée avec permission.
Ce récit de Jonas Karlov et Roméo Kermarec a été publié initialement sur SyriaUntold le 6 février 2025. Cette version est republiée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Au troisième étage d'un immeuble résidentiel de Jaramana, au sud de Damas, en Syrie, une silhouette écarte discrètement un rideau pour observer la rue en contrebas. Un bref coup de fil suffit. L'autorisation de monter est accordée. Derrière la porte d'entrée, Maya apparaît. La jeune femme transgenre de 20 ans a mauvaise mine.
La veille, deux hommes lui ont tendu une embuscade à l'entrée de son immeuble. « Ils ont attendu que je rentre chez moi, puis m'ont traînée jusqu'à mon appartement tout en me lançant des insultes et en me plaquant la tête contre le sol », raconte-t-elle en fumant délicatement une cigarette à filtre violet.
Dans l'entrée de son petit studio, quelques mèches de cheveux témoignent encore de la violence de l'agression. Le côté gauche de son visage est marqué par des hématomes qu'elle est parvenue à atténuer grâce à son talent pour le maquillage. « Je rêve de quitter mon pays et de devenir maquilleuse » dit-elle avec un léger sourire, interrompu par une douleur dans le cou.
Sous le régime sanguinaire du dictateur Bachar el-Assad, tombé le 8 décembre 2024, les personnes transgenres étaient criminalisées. « Les lois visant la communauté LGBT n'ont pas changé depuis le mandat français », explique François Zankih, directeur du Guardians of Equality Movement (GEM), la première organisation soutenant cette communauté en Syrie. L'époque précoloniale était juridiquement plus permissive, marquée par une sorte de tolérance pragmatique. Après la fin du mandat et l'indépendance de la Syrie, le code pénal de 1949 a été promulgué. L'article 520 est devenu le principal instrument de poursuite judiciaire. « L'un des articles interdit le fait de s'habiller en femme, un délit passible de six à neuf mois de prison », ajoute Zankih.

Maya aimerait devenir maquilleuse, mais il n'est pas facile pour une femme trans de trouver du travail en Syrie. Jaramana, Damas, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Maya a déjà subi cette peine. À son retour du Liban à ses 18 ans, après avoir fugué du domicile familial et passé quatre ans aux mains de proxénètes violents, elle a été emprisonnée. « J'ai passé plusieurs mois en prison à mon retour en Syrie, notamment dans un établissement réservé exclusivement aux femmes transgenres, où je ne pouvais même pas allonger les jambes », soupire-t-elle. « Les gardiens nous regroupaient pour pouvoir abuser de nous. Ils nous ordonnaient de les suivre dans leurs bureaux et nous forçaient à pratiquer des fellations », ajoute-t-elle, le regard presque impassible.
Une fois libérées de l'enfer carcéral des prisons d'Assad, les femmes transgenres syriennes se sont retrouvées condamnées à une autre forme d'enfermement, cette fois à ciel ouvert. « Pour mieux vivre, il faut vivre caché », pourrait-on dire. Dans cette société conservatrice, les regards dans la rue sont incessants ; leurs cartes d'identité portent même la mention « dysphorie d'identité de genre ». Maya ne compte qu'une poignée d'amis dans son quartier de Jaramana, pour la plupart issus de la communauté LGBTQ+. Le reste de ses interactions sociales se déroule en ligne, via les réseaux sociaux.
Pour de nombreux Syriens, la fuite de Bachar el-Assad vers la Russie a signifié la libération et le retour d'un sentiment de liberté après un demi-siècle de dictature totalitaire. Mais pour Maya, il n'y a jamais eu d'illusions quant à son sort. « Je savais que pour les femmes transgenres comme moi, tout serait pire qu'avant. Je m'attendais à être tuée. »
L'été dernier, alors qu'elle rentrait d'une fête d'anniversaire avec quatre amies transgenres, leur taxi a été intercepté à un point de contrôle des forces gouvernementales. « Le soldat a commencé à flirter avec nous, mais quand nous lui avons dit que nous étions transgenres, son attitude a changé. Il nous a insultées et nous a conduites au bureau du cheikh (autorité religieuse) le plus proche », raconte Maya.
« Je vais faire preuve d'indulgence envers vous, mais un autre ne l'aurait pas été », leur a dit le cheikh. Cela sonnait plus comme des menaces que comme de la compassion. Étape suivante : le commissariat. Elles y ont été retenues toute une journée. On leur a coupé les cheveux longs au couteau, puis on les a forcées à signer une déclaration s'engageant à ne pas « imiter une femme ». Depuis, Maya porte une perruque en permanence, par honte.

Maya chez elle à Jaramana, Damas, le 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition de groupes rebelles islamistes en décembre 2024, GEM a recensé une quinzaine d'agressions visant des femmes transgenres. Ce chiffre est probablement sous-estimé, car rares sont celles qui osent parler des violences qu'elles subissent. « Nous avons enregistré des attaques perpétrées aussi bien par des forces liées au nouveau gouvernement que par des groupes armés druzes. Ils se battent entre eux, mais viser la communauté LGBTQIA+ constitue un point commun », déplore Zankih.
Au cours de l'année 2025, GEM a enregistré une augmentation de 60% des demandes d'aide d'urgence. « Quatorze années de guerre ont profondément radicalisé la société, et le pays a adopté des conceptions religieuses bien plus extrêmes », explique Zankih. Pour y répondre, GEM s'efforce d'accroître sa visibilité auprès des communautés concernées afin de mieux faire connaître le soutien qu'elle propose.

Un soldat a coupé les cheveux de Maya après avoir découvert qu'elle était une femme trans, puis l'a emmenée dans une cellule où elle a passé quatre jours. Jaramana, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
L'un des principaux défis auxquels sont confrontées les femmes transgenres est l'impossibilité de travailler et l'isolement forcé imposé par la peur de sortir en public. Maya ne quitte son appartement qu'en portant un hijab pour passer inaperçue, et uniquement pour se rendre à l'épicerie du coin acheter des produits de première nécessité. Elle ne peut pas compter sur sa famille pour payer son loyer : son père a porté plainte contre elle et l'a reniée. Résultat, elle est contrainte de se prostituer pour garder un toit au-dessus de sa tête. Via une application, elle rencontre discrètement des hommes qui viennent ensuite chez elle. Cela lui permet de gagner un revenu indispensable à sa survie. Elle m'a demandé de ne pas détailler le fonctionnement de cette activité ni des applications, afin de ne pas compromettre son « business ».
En réponse, l'organisation a mis au point un programme de formation pour aider les personnes trans à accéder à des opportunités de télétravail. « Nous accordons des subventions pour qu'elles puissent acheter un ordinateur et tout le matériel nécessaire. Le programme dure un an et vise à les affranchir de la discrimination sur le marché du travail », précise Zankih.

Deux hommes ont violemment agressé Maya sur le palier de son appartement. Les hématomes sur le côté gauche de son visage indiquent que sa tête a heurté le sol, et des cheveux arrachés jonchent encore le sol de son appartement. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission
Malgré cette aide, la plupart des personnes trans ne rêvent que d'une chose : fuir la Syrie. Depuis la chute du régime d'Assad, 400 femmes transgenres syriennes ont contacté Helem, une organisation de défense des droits LGBTQ+ au Liban, pour demander de l'aide afin de s'y réfugier. Parmi elles, l'organisation a recensé 32 arrivées en provenance de Syrie.
Mais le voyage est un projet dangereux qui nécessite de remettre sa vie entre les mains des passeurs. En décembre 2024, quatre personnes trans ont disparu alors qu'elles tentaient de rejoindre le Liban — il n'y a aucun rapport sur le sujet, mais c'est une histoire bien connue au sein de la communauté. Cela a profondément marqué Grace et continue de l'effrayer.
Grace n'ose pas prendre le risque. Enveloppée dans un grand manteau blanc qui contraste avec sa silhouette frêle, sa souffrance devient palpable dès les premières secondes de la conversation. « Je passe ma vie à jouer la comédie pour paraître hétérosexuelle. Je déteste mon apparence. Cela me déprime totalement », confie-t-elle à voix basse dans un café du vieux Damas.
Assise au fond du café, elle s'exprime d'une voix hésitante, par phrases très courtes. Malgré sa timidité évidente, Grace a refusé à plusieurs reprises de faire une pause au cours de son témoignage.

Grace, 18 ans, dans un café du vieux Damas. Elle fait partie de la communauté trans en Syrie. bien qu'elle n'ait pas achevé sa transition. Damas, 26 novembre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission.
Issue d'une famille religieuse et ayant perdu son père alors qu'elle était enfant, Grace vit avec sa mère, qui préfère ignorer la véritable nature de sa fille. À la maison aussi, la jeune femme a pris l'habitude de se glisser dans la peau de quelqu'un qu'elle n'est pas. Mais lorsque sa mère a découvert des messages intimes échangés avec un garçon, Grace a cessé de correspondre à l'image attendue d'elle, et des punitions ont suivi.
« Après avoir découvert ces messages, nous sommes allées chez mon oncle, qui m'a battue », raconte-t-elle en montrant des photos de son œil tuméfié et noirci. « Ensuite, elle m'a emmenée chez un psychologue pour que je suive une thérapie de conversion. Il a essayé de me faire culpabiliser et de changer mon orientation sexuelle. Je n'y suis jamais retournée. »
Ce type de thérapie est courant au sein de toutes les sectes en Syrie, et les traumatismes engendrés par ces pratiques vont parfois bien au-delà de la simple violence psychologique. « Nous avons recueilli de nombreux témoignages décrivant des épisodes de torture, notamment l'utilisation de câbles électriques, perpétrés par les psychologues eux-mêmes », explique François Zankih.

Maya, 20 ans, a été confrontée à maintes reprises à une violence inhumaine. Elle a passé deux ans en prison à Damas, Homs et Alep, où elle a subi des violences sexuelles de la part des gardiens. Jaramana, Damas, 12 octobre 2025. Photo prise par Roméo Kermarec, utilisée avec permission
Comme beaucoup de femmes transgenres, Grace trouve du réconfort auprès de ses amis en ligne. Elle a créé une page Instagram où elle se sentait libre de s'exprimer, mais celle-ci a rapidement été découverte par des camarades de classe. « À la sortie des cours, un garçon m'attendait et m'a poignardée au poignet. Après cela, les professeurs ont cessé de m'adresser la parole », raconte la lycéenne, le regard baissé.
Grace a du mal à envisager l'avenir, prise au piège entre une famille qui la rejette, un environnement scolaire violent et une société qui l'exclut. Elle se réfugie dans ses rêves, qui sont nombreux. « Je veux partir à l'étranger, faire ma transition, devenir pharmacienne, mais par dessus tout, monter mon propre groupe de musique. Quand je joue de la guitare, je suis heureuse et j'oublie tout. », dit-elle, en esquissant le premier sourire de la conversation. Puis elle marque une pause de quelques secondes avant d'ajouter : « Mannequin ! J'aimerais vraiment être mannequin ! »
À l'évocation de ce mot, Grace retrouve un sourire candide, une lueur de rêve enfantin qu'elle aurait dû pouvoir préserver. Pendant un moment, la violence de la réalité semble s'estomper. Le temps d'une rêverie, elle s'imagine ailleurs, perçue autrement, libre dans son corps et son image.
Elle n'a pas choisi le prénom « Grace » par hasard. Elle l'a emprunté à Grace Zak, un mannequin syrien, incarnation d'un idéal qui lui est refusé ici. Un prénom comme un refuge, une promesse silencieuse. Dans un pays qui tente de l'effacer, Grace se façonne une autre existence — fragile et tournée vers le soi — où, l'espace d'un instant, elle peut respirer et être elle-même.
Les crises récurrentes en Somalie révèlent la fragilité des systèmes d'aide axés sur les donateurs.
Initialement publié le Global Voices en Français

Une femme somalienne allant chercher de l'eau. Photo de Said Isse/TRT World, utilisée avec permission.
Plusieurs organismes de développement et de soutien s'appuient sur les systèmes de marketing et de communication pour amasser des fonds et répondre aux défis mondiaux urgents, y compris la prévention des crises humanitaires. Pourtant la plupart de ces stratégies échouent parce qu'elles ne s'engagent pas suffisamment dans la co-création avec les communautés affectées. Ils ont également du mal à supporter les espaces de financement et les changements soudains des politiques des donateurs. J'estime que les organismes d'aide doivent investir plus dans la communication participative comme une approche durable qui autonomise les communautés au-delà du simple secours d'urgence.
En 2017, les partenaires humanitaires, y compris les Nations Unies (UN), les Organisations Internationales Non gouvernementale (NGO), le gouvernement fédéral de la Somalie, et les donateurs internationaux, ont mobilisé environ USD 1,3 milliards de dollars d'aide, la réponse la plus large dans l'histoire du pays. Cinq ans plutard, en 2022, ce montant a atteint 2,1 milliards de dollars,alors que la sécheresse créait à nouveau un risque de famine à grande échelle. Mais, en 2025, le financement à fortement chuté, avec moins d'un quart reçu du montant exigé.
Le domaine humanitaire est également dans d'immenses difficultés financières. Lors de récente suspension des fonds par les États-Unis, les principales ONG ont annoncé les licenciements massifs, soulignant la volatilité de toujours dépendre de quelques donateurs. En même temps, les besoins de ceux qui vivent en Somalie sont immenses. Aujourdhui, 1,8 milliards d'enfants de moins de de cinq ans souffrent de malnutrition, avec près de 470,000 affectés par la malnutrition sévère. Ces chiffres augmentent au fur et à mesure que le conflit, la sécheresse, et les fonds en baisse se convergent.
Le contraste est clair : tandis que les grands titres internationaux et les appels continuent de s'appuyer sur des images et des témoignages percutants qui résonnent avec le public mondial, les communautés locales sont très souvent privées de voix pour façonner le type de soutien qu'elles reçoivent ou la manière dont il est dispensé
Ce qui passe très souvent sous les radars, c'est le modèle de communication qu'utilisent les agences d'aide. La plupart des récits sont construits autour d'images émouvantes, de témoignages de bénéficiaires et de récits d'impact simplifiés conçus pour attirer le soutien des donateurs. La Somalie en est un exemple frappant. En 2022, ABC News s'est rendu sur place pour couvrir la crise humanitaire provoquée par la sécheresse en Somalie et a relaté l'histoire de Maliaka (nom d'emprunt), une enfant sévèrement malnutrie soignée dans un centre de santé soutenu par l'USAID. L'histoire était percutante : elle a touché le public, permis de récolter des fonds et d'intensifier les secours. Pourtant, deux ans plus tard, après le retrait de l'USAID, ce même centre de santé risque de manquer d'aliments thérapeutiques.
De plus, le gouvernement somalien dépend toujours de subventions extérieures pour environ la moitié de son budget. Un changement de politique des donateurs et une réduction de l'aide financière peuvent donc rapidement annuler les progrès réalisés. Les belles réussites peuvent se changer en échecs à mesure que les écoles et les centres de santé ferment une fois les projets terminés. Une communication centrée sur les donateurs est essentielle, mais insuffisante.
Le modèle de communication persuasif soutient la levée de fonds ; en revanche, ses faiblesses sont visibles dans des contextes comme celui de la Somalie, où les crises se répètent et la fatigue des donateurs est réelle.
Un modèle de communication encore plus participatif, qui confie le pouvoir aux communautés et leur permet de guider le dialogue, serait utile pour renforcer l'appropriation et la résilience. Cela signifie impliquer les membres de la communauté de manière active dans la prise de décision, la conception du programme et l'évaluation. Plus important encore, cela exige que tous les produits de communication et des médias diffusés par les agences d'aide et de développement auprès du public national suivent une approche participative. Par exemple : consulter les familles sur le soutien dont elles ont besoin, impliquer les agents de santé locaux dans la planification, engager les chefs de communauté dans le suivi des résultats et adapter les produits de communication aux besoins des participants au programme local.
Bien que certaines de ces pratiques existent déjà dans les programmes en cours, la participation des communautés est souvent plus consultative qu'autonomisante. Les agences peuvent recueillir les retours, mais les décisions relatives aux ressources et aux interventions restent guidées par des forces externes. Les communautés restent des participantes que de nom, acquérant rarement le pouvoir de façonner les projets qui affectent leur vie.
La frontière est floue entre visibilité, levée de fonds et autonomisation. Les récits axés sur les donateurs privilégient la visibilité sur les marchés des donateurs, transposant souvent les mêmes récits au public national sans les adapter. Cela risque de négliger les perspectives locales et d'aboutir à un engagement moins efficace. La levée de fonds axée sur la visibilité est essentielle pour soutenir les interventions vitales, mais lorsque le récit se concentre uniquement sur l'impact immédiat, cela peut nuire au renforcement des capacités à long terme.
La Somalie offre quelques exceptions. Un exemple notable est le magazine radio des Nations Unies, Tubta Nabada (Voie vers la paix). Diffusée trois fois par semaine en partenariat avec des médias locaux, l'émission réunit les communautés, la société civile et les représentants du gouvernement pour échanger sur la paix, la sécurité et le développement. Elle illustre un modèle de communication participatif qui va au-delà de la simple recherche de fonds. En revanche, il existe très peu de données publiques sur son impact, ce qui met en lumière la nécessité d'une évaluation plus rigoureuse des approches de communication participatives.
De la même façon, en 2023, le programme de Save the Children en Somalie a lancé un podcast centré sur les enfants, qui suit un modèle de communication similaire à celui de Tubta Nabada.
Les crises récurrentes en Somalie mettent en évidence la fragilité des systèmes d'aide qui dépendent trop des modèles de communication axés sur les donateurs. Malgré le succès des réponses humanitaires en 2017 et en 2022, les communautés font toujours face aux difficultés posées par les conditions météorologiques extrêmes comme les sécheresses et les inondations. La nécessité de changer d'approche est clairement démontrée par la crise humanitaire actuelle, sur fond de baisse des financements et de réorientations politiques ayant mené au désengagement de l'USAID.
Bien que la visibilité et la levée de fonds restent essentielles pour soutenir les interventions vitales, elles ne peuvent pas remplacer l'autonomisation véritable des communautés. Les organismes d'aide doivent inscrire la communication participative au cœur de leur stratégie en tant que pratique fondamentale. Cela signifie donner une autorité réelle aux communautés dans le façonnage des récits, la définition des priorités et l'évaluation des résultats. En cette période de baisse des financements et de mutation des priorités des donateurs, seule une communication qui autonomise les communautés peut bâtir la confiance, la résilience et l'appropriation nécessaires à un changement durable.
« La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie »
Initialement publié le Global Voices en Français

Image créée en utilisant des éléments de Canva Pro.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Ce billet fait partie de la série Spotlight de juillet 2026 de Global Voices « Apatride ». Cette série présente la notion d'apatridie et comment cela nuit à la liberté de mouvement des personnes, à leurs opportunités d'accès à l'éducation, à leurs possibilités de participation à la vie politique et à bien d'autres aspects. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.
La Cour suprême des États-Unis a ordonné la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, menaçant ainsi environ 350 000 Haïtiens d'expulsion.
En juin 2024, le gouvernement de Biden a prolongé le TPS pour les Haïtiens de 18 mois, reportant ainsi la date de fin au 3 août 2025. Quand le président Donald Trump a commencé son deuxième mandat, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem a décidé d'arrêter le programme déclarant que le pays « n'était plus éligible » pour le TPS.
Le programme devait se terminer le 3 février 2026 mais, deux jours avant, la juge Ana Reyes de la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia [fr] a émis une ordonnance bloquant son annulation. Plusieurs associations de défense des droits des immigrés ont engagé des poursuites judiciaires à l'encontre du gouvernement pour protéger le programme. La Cour de Washington a ordonné la suspension temporaire de l'annulation et a ainsi apporté du soulagement à la communauté haïtienne, repoussant la date de fin au 1er juillet 2026.
Cependant, le 25 juin 2026, la Cour suprême a voté à 6 voix contre 3 en faveur du gouvernement des États-Unis, validant finalement l'accord définitif d'arrêter le programme TPS haïtien comme annoncé. Cette décision s'applique aussi aux ressortissants syriens qui vivent actuellement aux États-Unis bénéficiant de cette protection temporaire.
D'après l’Haitian Bridge Alliance, une association de défense des droits des migrants basée en Californie, Josiane, une Haïtienne qui est arrivé aux États-Unis en 2021, a déclaré qu'elle avait dû quitter son pays après que des gangs l'ont prise pour cible à cause des activités politiques de son mari. Son mari, lui, s'est enfui en République dominicaine, cependant les gangs ont quand même incendié leur maison, la forçant à fuir pour assurer sa sécurité. Le programme TPS états-unien, auquel Josiane a adhéré en 2022, lui a permis de travailler légalement, de soutenir sa famille et de payer ses factures et impôts. « La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie », a-t-elle déclaré.
« À chaque fois que j'entends les gens parler d'expulsion, mon cœur palpite à cause de mon extrême désespoir. »
Pierre (personne anonyme), un autre haïtien bénéficiaire du TPS, vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans. Il a déclaré à Global Voices par WhatsApp que la décision de la Cour suprême l'avait anéanti :
Depi lè mwen aprann desizyon Kou Siprèm nan, mwen santi yon veritab dezolasyon. Mwen pa gen enèji pou mwen fè anyen ankò. Anplis, mwen gen pitit ki fèt nan peyi a. Mwen poze tèt mwen anpil kesyon: kisa mwen pral fè, epi kijan yo pral viv si mwen pa avèk yo? Tout bagay sa yo ap toumante lespri mwen. Epi sa mwen pral fè lè kat travay mwen koupe? Kijan mwen pral peye bòdwo mwen epi pran swen fanmi mwen? Sa ki pi grav la, mwen gen anpil fanmi ann Ayiti ki sou kont mwen. Se mwen kap ede yo.
Je suis complètement anéanti. Je n'ai plus l'énergie de faire quoi que ce soit maintenant. J'ai aussi des enfants qui sont nés dans ce pays. Je n'arrête pas de me poser des questions : qu'est ce que je vais faire, et comment vont-ils vivre si je ne suis pas là ? Toutes ces choses me préoccupent. Et qu'est ce que je vais faire quand mon visa de travail arrivera à son terme ? Comment je vais payer mes factures et prendre soin de ma famille ? Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que j'ai de nombreux membres de ma famille en Haïti qui dépendent de moi. Je suis le seul qui les aide.
Le 25 juin 2026, le directeur général de l'Haitian Bridge Alliance, Guerline Jozef, a souligné que « la décision de la Cour suprême à 6 voix contre 3 dans l'affaire Mullin c. Doe […] est une preuve accablante de la cruauté cautionnée par l'État. Alors qu'Haïti reste en état d'alerte face aux violences armées, à l'instabilité politique, aux mouvements de population et à une grave crise humanitaire, la Cour suprême a donné son feu vert au gouvernement pour qu'il traite des centaines de milliers de familles haïtiennes comme si elles étaient inutiles ».
Le maire de North Miami, le Dr Alix Desulme, a lui aussi fait part de sa profonde inquiétude, soulignant que cette décision plonge des centaines de milliers d'Haïtiens dans une grande incertitude concernant leur avenir, alors même que leur pays continue à faire face à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Il a promis qu'il continuerait de soutenir la communauté haïtienne pendant cette période difficile et qu'il encourageait les familles touchées à contacter des avocats et des associations de défense des droits des immigrés renommées afin de déterminer les recours juridiques possibles pour eux.
Le gouvernement de Trump a mis tout en haut de sa liste des priorités la lutte contre l'immigration illégale, annulant diverses mesures que son prédécesseur avait mises en place, incluant l'application du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis CBP One, mais aussi le Programme de libération conditionnelle à des fins humanitaires qui avait été instauré en janvier 2023 et qui autorisait les Haïtiens, les Cubains, les Vénézuéliens et les Nicaraguayens à entrer légalement aux États-Unis pendant 2 ans.
La communauté haïtienne migrante n'a pas été très bien traitée par le gouvernement actuel. Pendant sa campagne présidentielle, Trump a mis en avant une allégation infondée les accusant de manger des animaux domestiques, une allégation que beaucoup de ses partisans, dont son partenaire de campagne et maintenant vice-président J.D. Vance, ont répétée sur plusieurs plateformes. Le milliardaire Elon Musk [fr], qui possède le réseau social X et qui a occupé le poste de dirigeant de fait du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) [fr], a partagé avec ses millions d'abonnés sur X des publications contenant des images générées par IA, amplifiant ainsi la désinformation et semant une panique considérable dans la communauté haïtienne de Springfield dans l'Ohio, sujet des premières allégations. Celle-ci a qualifié la décision de la Cour suprême sur le TPS de « totalement injuste ».
Parallèlement, l'ancienne présentatrice de Fox News Megyn Kelly est devenue virale suite à « une vidéo dénigrant les immigrés bénéficiant du Statut de protection temporaire qui affaibliraient l'éthique de travail américaine ». Le journaliste, réalisateur et militant pour les droits des immigrés Jose Antonio Vargas a publié sur son compte Facebook « qu'environ 830.000 bénéficiaires du TPS travaillent aux États-Unis. D'après le Conseil américain pour l'immigration, 94,6 % des bénéficiaires du TPS sont employés et les taux d'activité des bénéficiaires de longue date sont nettement supérieurs à ceux de toute la main-d'œuvre américaine. Les bénéficiaires du TPS contribuent à hauteur de 29 milliards de dollars à l'économie des États-Unis et payent 7,8 milliards de dollars d'impôts. Sans parler de l'inhumanité, l'expulsion des bénéficiaires du TPS dans des régions en crise perturberait inutilement des secteurs essentiels tels que la santé, l'alimentation, le bâtiment et l'industrie manufacturière ».
Cette mesure aura également un impact considérable sur la population haïtienne, qui vit principalement de l'argent envoyé par la diaspora. La situation sur l'île est très délicate en raison de l'insécurité et de la violence des gangs. Une grande partie du pays est contrôlée par les gangs, qui sont responsables de l'augmentation du nombre d'incidents d'enlevements, de viols, d'extortions, d'assassinats et de bien d'autres crimes. Plus d'1,5 millions d'haïtiens vivent dans des camps de réfugiés dans des conditions délicates, et plus de 5 millions font face à la crise alimentaire.
Dans la situation actuelle d'instabilité politique et de crise socio-économique persistante que traverse le pays, l'éventuelle expulsion massive des haïtiens pourrait bien être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.
Certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers
Initialement publié le Global Voices en Français

Les sacs poubelles utilisés par les fans japonais pendant la Coupe du monde 2026. Capture d'écran tirée de la chaîne YouTube de @taiyojr.10. Utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais ou en japonais.]
Pendant la Coupe du monde 2026 de la FIFA, les images des supporters Japonais nettoyant les tribunes après les matchs sont encore une fois devenues virales, entraînant l'admiration du monde entier pour ce que certains considèrent comme une expression propre du « respect japonais ».
Mais cette adulation internationale rencontre une réaction absolument différente au Japon : certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers tout en faisant l'impasse sur les problèmes sociaux présents dans la société japonaise, comme la répartition des tâches entre les genres et la hiérarchie générationnelle.
Cette confrontation entre le regard du monde et le cynisme national dévoile une profonde frustration sur la façon dont le Japon représente ses valeurs au monde.
Le 16 juin, @shisou_ a publié sur X une caricature représentant un supporter japonais attendant avec impatience le coup de sifflet final, non pas pour célébrer la victoire, mais pour afficher leur « politesse » aux caméras du monde entier.
- (@shisou_) 16 juin 2026
On peut lire sur l'image :
日本代表の試合の終盤ソワソワするんです あと少しで日本の礼儀正しさを世界にアピールできるぞ…
︎って
Je commence à m'agiter vers la fin des matchs. J'arrête pas de me répéter :
« Encore un peu, et on pourra montrer la politesse japonaise au monde … !! »
Une illustration similaire a été postée par @atsukotamada le même jour, soulignant l'hypocrisie de l'action. On peut lire sur l'illustration : « Veuillez reproduire ça à la maison ».
日本人男性によるサッカー場でのゴミ拾いが注目されているようだが、日本人男性の家庭内労働時間は国際的にみても極めて低い水準。まず家の中のケア労働を分担してほしい。 https://t.co/lHY3adqPEC pic.twitter.com/otbuLTDOoT
- Atsuko TAMADA (@atsukotamada) 16 juin 2026
Il semble que le ramassage des déchets par les hommes japonais dans les stades attire l'attention ; pourtant, le temps qu'ils consacrent aux tâches ménagères est extrêmement faible par rapport aux normes internationales. J'espère qu'ils pourront en faire une priorité une fois rentrés chez eux.
Ce sentiment s'est aggravé avec l'apparition de sacs poubelle marqués d'un « Japan Pride », qui a conduit de nombreuses personnes à considérer cette action non pas comme un geste spontané, mais comme une initiative organisée destinée à renforcer l'image stéréotypée des Japonais.
Aux yeux des détracteurs, cela réduit une vertu culturelle traditionnelle à un simple coup de pub nationaliste soigneusement orchestré pour la communauté internationale comme l'a écrit dans sa publication @awadkend_citizen :
愛国心や自国へのプライドを持つのはいいんだよ
でもそれって個人が内面に持つものじゃない?わざわざそれを文字にして何千人が掲げて
ゴミ拾いしてる様子をカメラで撮らせて
海外メディアに褒められて気持ちよくなって
Japanese Prideってそういうもんか?僕が古いのかもしれないけど… pic.twitter.com/U811EZdVdQ
- 目頭 (@Awakend_Citizen) 16 juin 2026
C'est tout à fait normal d'être patriotique ou d'avoir de la fierté pour son pays. Mais ça ne serait pas quelque chose qu'on devrait garder pour soi ?
Y a-t-il vraiment besoin de l'écrire en gros, de le faire tenir par des milliers de personnes, de les filmer en train de ramasser des déchets et de se réjouir quand les médias étrangers en font l'éloge ?
C'est vraiment ça la fierté japonaise ?
Je suis peut être d'une vieille époque, mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de louche.
Le débat reflète également un conflit entre deux principes traditionnels de l'esthétique japonaise : l'éthique de principe et l'éthique contextuelle.
Culturellement, « laisser les lieux plus propres qu'avant » (来た時よりも美しく) ne représente pas que le simple geste de nettoyer, mais c'est aussi une expression de respect pour l'« espace » (場), un concept profondément ancré dans les arts martiaux japonais (le budo), dans lequel le respect de l'adversaire et de l'environnement font partie intégrante de la discipline de soi.
Ce sentiment de respect est une chose profondément ancrée. Par exemple, il y a une tradition que tous les joueurs lycéens de baseball font après une défaite, elle consiste à récupérer et ramener chez soi un morceau de terre du stade Hanshin Koshien, c'est un rituel extrêmement chargé en émotion. Ce morceau de terre sert de souvenir, un symbole de leur quête de l'excellence mais aussi une promesse de revenir sur les lieux. Ni la balle, ni la batte, mais bien ce morceau de terrain qui devient un souvenir et un symbole de lieu mythique pour les joueurs lycéens de baseball japonais.
Plus encore, les arts martiaux japonais sont caractérisés par une approche unique concernant la compétition. Un pratiquant de Kendo et passionné de football a déclaré à Global Voices que l'origine de cet acte de nettoyage est profondément ancrée dans les valeurs des arts martiaux japonais, ce qu'on est appelle le bushido :
Contrairement à un simple divertissement, les arts martiaux accordent une grande importance au perfectionnement personnel et au respect de l'adversaire. Il y a une phrase bien connue qui résume cet état d'esprit :
« Gagner avec humilité, perdre avec dignité ».
Le président de la Fédération de rugby, Masato Tsuchida, a déclaré que l'état d'esprit japonais du bushido, qui accorde plus d'importance à la discipline mentale qu'à la physique pure, a permis au « fair-play » propre au rugby de s'intégrer à la culture sportive japonaise.
On a pu le voir dans la tradition de saluer en s'inclinant en signe de respect envers son adversaire sur le terrain, un geste qui est devenu viral en 2019 et qui a été reproduit par les All Blacks et autres équipes internationales.
La polémique actuelle reflète un conflit entre deux éthiques traditionnelles japonaises :
l'éthique du makoto (de la sincérité /de principe) et celle du hare et ke (contextuelle).
Les traditions du Bushido mettent l'accent sur la pureté et la sincérité de sa motivation (makoto), ce qui implique de faire le bien sans rechercher les encouragements du public. Le désir d'être reconnu est vu comme quelque chose de superficiel, voire même vulgaire. La culture japonaise comporte également une tradition historique du « Hare (la sphère formelle et publique) » et du « Ke ( la sphère du quotidien et privée) » qui réglemente le comportement d'un individu selon les différents contextes. Par exemple, une personne doit maintenir une attitude disciplinée au travail mais peut adopter une attitude plus détendue en privé.
Les détracteurs demandent de suivre les principes, mais les défenseurs soutiennent que les gens manquent de compréhension de la mentalité japonaise, insistant sur le fait que de telles actions, même purement démonstratives, sont mieux que de ne rien faire (やらない善よりやる偽善).
Les défenseurs de l'acte de nettoyage suggèrent aussi qu'il faut séparer les supporters avec de bonnes intentions de ceux du coup de pub nationaliste. Sur X, @redblue708 explique dans une publication que les gens ne devraient pas supposer que les supporters de football agissaient dans le but d'attirer l'attention des médias :
ゴミ拾いに外面だけだのケチつけてる奴
全く報道されないのに毎試合ゴミ拾いしてるサポーターに謝ってほしいね
4年に一回ゴミ拾いしてるんじゃねえんだよ
お前らの目に入るのが4年に一回だけなんだよ
- ネオイ
(@redblue708) 15 juin 2026
Les gens qui cherchent la moindre chose pour rendre négatif le ramassage des ordures à une simple mise en scène.
Je veux que vous vous excusiez auprès des supporters qui le font à chaque match sans avoir été une seule fois pris en photo.
Ce n'est pas comme s'ils ne ramassaient les déchets que tous les quatre ans.
C'est juste que vous le remarquez que tous les quatre ans.
Le problème majeur n'est pas l'intention des supporters, mais la transformation problématique d'une valeur spirituelle silencieuse en une campagne de publicité nationale ouverte sur le monde. Quand une coutume centrée sur le respect est mise en scène devant les caméras du monde entier, c'est un risque de transformer une valeur culturelle interne en représentation ostentatoire. Le cynisme national sert de rappel fondamental que la véritable dignité nationale ne peut être fabriquée dans le but d'attirer les éloges de la communauté internationale.
Le projet de loi controversé a divisé le pays en deux camps opposés et suscité un engagement civique sans précédent.
Initialement publié le Global Voices en Français

Chiens errants dans un refuge pour animaux au Kazakhstan. Capture d'écran de la vidéo intitulée “Euthanasia of cats and dogs in Kazakhstan” publiée sur la chaîne YouTube Khabar News. Utilisation équitable.
Le 19 mai dernier, Kassym-Jomart Tokayev, président du Kazakhstan, signe une nouvelle loi qui modifie les réglementations relatives au bien-être des animaux, marquant ainsi le passage à une approche de « capture sans remise en liberté » selon laquelle les animaux sont placés temporairement dans des refuges et euthanasiés s’ils ne sont pas réclamés ou bien adoptés après une période de détention minimale.
Avant que l’euthanasie ne soit autorisée, les chiens errants sans propriétaire identifié sont gardés pendant un minimum de cinq jours, tandis que ceux ayant un propriétaire potentiel peuvent être détenus jusqu’à 60 jours.
Par ailleurs, la loi renforce les responsabilités des propriétaires d’animaux, qui doivent à présent prendre toutes les précautions nécessaires afin d’empêcher leurs animaux de nuire aux personnes et aux biens, et payer des dommages-intérêts en cas de blessures.
La nouvelle loi a créé une polémique et une réaction négative de la part du public, et relancé les débats sur la sécurité publique, la protection des animaux, et la responsabilité de l’État.
Autorités et législateurs ont défendu les nouveaux amendements les jugeant nécessaires afin de protéger le pays du problème croissant des chiens errants. Ils estiment que leur population a augmenté malgré tous les efforts déployés par le passé.
Ainsi, selon des législateurs, le nombre de chiens errants capturés a augmenté d’environ 243 574 à 2022 à 276 282 au début de 2026. Dans le même temps, des chiffres officiels montrent qu’en 2025 plus de 41 000 personnes ont été soignées pour des morsures de chiens, contre 38 800 en 2024.
Les détracteurs des amendements soutiennent que le véritable problème réside dans la loi de 2021 relative au « traitement responsable » des animaux, laquelle visait à renforcer les mesures contre la cruauté, mais qui n’a jamais été pleinement appliquée.
Dans cette vidéo sur YouTube, des experts débattent de la nouvelle loi :
Des groupes de défense des animaux (tels que la fondation KARE), soutiennent que la loi « n’avait pas échoué, elle n’avait tout simplement jamais été appliquée » sur le terrain. Citant des chiffres officiels, les programmes de stérilisation de masse ne se seraient jamais matérialisés et l’euthanasie de masse était toujours pratiquée.
Par exemple, en 2022, seuls 58 chiens ont été stérilisés dans tout le pays contre 80 000 cas d’euthanasie. En 2025, seulement 13 % des 276 000 chiens capturés ont été stérilisés et près de 85 % euthanasiés.
Les activistes expliquent qu’en réalité les animaux capturés étaient très vite exterminés à cause de refuges surpeuplés ou sous-financés, au lieu d’être proposés à l’adoption comme ce devrait être le cas.
Des informations recueillies à Almaty, la plus grande ville et ancienne capitale du Kazakhstan, confirment ces craintes. En 2025, les services vétérinaires municipaux ont signalé 6 169 cas de morsures d’animaux dont seulement 652 infligées par des chiens errants.
Pour être plus précis, environ 10 % des morsures ont été causées par des chiens vagabonds, tandis que la majorité provenait d’animaux de compagnie laissés en liberté ou non confinés.
D'après les activistes, ces données démontrent le besoin de responsabiliser davantage les propriétaires d’animaux et d’augmenter la capacité des refuges, au lieu de recourir à l’euthanasie.
L’un des arguments fondamentaux de la campagne précise que l’euthanasie ne peut pas résoudre un problème systémique, car « lorsque la cruauté est inscrite dans la loi, le silence équivaut à la complicité. »
Le débat sur les amendements s’est articulé autour de ces contradictions. Les partisans de la loi ont attiré l’attention sur le nombre toujours élevé d’animaux errants et sur le signalement épisodique par les médias de graves attaques de chiens envers la population.
Ainsi, au mois de juin 2025, un garçon âgé de 10 ans a été impliqué dans un incident largement médiatisé, durant lequel il fût gravement blessé par deux chiens dans le village de Zhalpaksay, situé au sud d’Almaty. Un passant les a ensuite abattus afin de sauver l’enfant.
Selon les législateurs, de tels cas (et le nombre élevé de morsures à travers le pays) montrent que la politique en vigueur « n’a pas atteint son objectif de renforcer la sécurité publique ».
Les défenseurs des droits des animaux ont rétorqué que la plupart des attaques signalées ont été commises par des chiens appartenant à des particuliers, ou ont eu lieu là où les programmes de stérilisation étaient inexistants. Pour eux, l'audit des données montre que seul un faible pourcentage de chiens a été stérilisé à travers tout le pays.
Leur étude atteste que la stérilisation n’a jamais atteint le taux de couverture nécessaire de 70 %, et que par conséquent aucune baisse de la population n’a été constatée.
Au contraire, l’audit montre que la loi précédente a entraîné une augmentation du nombre de chiens euthanasiés et non une baisse. Selon les activistes, le problème réside dans « l’irresponsabilité des propriétaires » et dans un manque de suivi de la part des municipalités. Ils font référence aux chiffres relatifs aux incidents de morsures survenus à Almaty pour prouver que le simple abattage des chiens errants ne résoudra pas le problème de la sécurité publique.
Selon eux, les autorités devraient plutôt financer convenablement les refuges, les programmes d’adoption et de familles d’accueil, et le fichier national d’identification des chiens afin d’assurer le suivi des animaux domestiques.
Les amendements ayant été ratifiés, la question maintenant est de savoir comment ils seront mis en œuvre. La loi confie explicitement la responsabilité du contrôle de la population animale aux maslikhats et akimats (collectivités locales). Par ailleurs, elle précise que toute décision d’euthanasier un chien doit être accompagnée d’un certificat vétérinaire.
Concrètement, les nouvelles mesures dépendront de la manière dont chaque région décide de les appliquer. De nombreuses associations de défense des animaux insistent sur le besoin de transparence. Selon un organisme de surveillance de la société civile, un contrôle public rigoureux sera primordial car « le renforcement des pratiques d’euthanasie relèvera désormais essentiellement de la compétence des autorités locales ».
Le débat public a révélé de profondes divisions. D’après un journaliste, l’adoption de la loi a provoqué de vives réactions de la part de la population ; au mois de mai 2026, 115 000 personnes se sont publiquement opposées aux amendements.
Des organisations de protection des animaux ont mis en garde contre les nouvelles règles « susceptibles d’entraîner un essor du nombre d’euthanasies », non seulement en ce qui concerne les animaux errants mais aussi les animaux de compagnie qui ne sont pas réclamés par leurs propriétaires. Elles ont présenté des informations montrant que la précédente loi de protection des animaux a été en grande partie ignorée par les autorités régionales.
Cette vidéo sur YouTube débat des implications de la nouvelle loi :
Les partisans de la nouvelle loi rétorquent que sans de telles réformes, la population des chiens errants ne fera qu’augmenter.
Dans tous les cas, de nombreux observateurs considèrent cet incident comme la preuve d’un engagement civique croissant au Kazakhstan, les campagnes menées sur les réseaux sociaux ayant obligé les législateurs à fournir des explications détaillées concernant leurs politiques.
Le président Tokayev quant à lui a adopté une position mesurée. Selon son cabinet, bien que la loi vise à améliorer la santé publique, elle n’approuve pas la cruauté envers les animaux. Tokayev a appelé publiquement les citoyens à « traiter les animaux avec humanité » et a promis d’appliquer une « tolérance zéro » envers la maltraitance.
L'efficacité de ces modifications officielles, qu'il s'agisse de renforcer la sécurité ou simplement de codifier les pratiques d’abattage existantes, dépendra de la rigueur avec laquelle les nouvelles règles seront appliquées. Lorsqu’elles prendront effet, les vétérinaires, bénévoles, et propriétaires d’animaux suivront de près leur progression.
Même avant la nouvelle série de lois, le taux d'acceptation était très faible
Initialement publié le Global Voices en Français
Il n'y a pas de statistiques précises sur les réfugiés LGBTQ+ russes demandant l'asile dans l'Union européenne. Cependant, même avant l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne sur la migration et l'asile en juin 2026, le taux d'acceptation était très faible. Selon Novaya Gazeta Europe, sur les 8 000 demandes d'asile déposées par des réfugiés russes en 2024, l'Office fédéral pour la migration et les réfugiés en Allemagne (BAMF) n'en a accordé que 414, en a rejeté 3 652 et en a mis 4 000 en attente d'informations complémentaires, soit une baisse de 19 % par rapport à 2023.
La Russie a adopté trois lois visant à restreindre les droits des personnes queers. En 2022, elle a étendu la loi de 2013 interdisant la « propagande LGBT » ; parler publiquement des personnes queers est devenu illégal (la première version de la loi mentionnait l'interdiction de la propagande LGBTQ+ auprès des enfants). L'année suivante, les législateurs russes ont interdit la transition de genre, privant ainsi les personnes trans d'accès aux soins médicaux. À l'époque, des experts avaient prévenu que cette loi entraînerait une hausse des suicides ; les associations de soutien ont constaté une forte augmentation des demandes d'aide psychologique, juridique et pratique.
Enfin, début 2024, l'inexistant « mouvement international LGBT » a été reconnu comme organisation extrémiste en Russie, rendant la vie dans le pays plus dangereuse pour les personnes ouvertement queers. Cette mesure expose la défense des droits des personnes LGBTQ+ à des poursuites pénales. Le premier procès pour « extrémisme LGBT » est actuellement en cours à Orenbourg : plusieurs personnes risquent jusqu'à dix ans de prison pour avoir simplement travaillé dans un club gay local. De nombreux militants ont été contraints de quitter la Russie, craignant des poursuites passibles de lourdes peines d'emprisonnement.
Désormais, le nouveau Pacte sur la migration et l'asile, un ensemble de réglementations modifiant les règles applicables aux demandeurs d'asile en Europe, vise à garantir un traitement plus rapide des dossiers aux frontières extérieures et dans les aéroports, avant l'admission des personnes sur le territoire de l'UE. Il permettra des rejets et des renvois plus rapides, et renforcera les contrôles de la circulation au sein de l'Union européenne. Pour les défenseurs des droits humains, cela signifie que protéger les personnes va devenir beaucoup plus compliqué, puisque les demandeurs d'asile sont confinés aux zones frontalières.
Par ailleurs, le règlement introduit la notion de soi-disant « pays tiers sûrs », c'est-à-dire des États hors de l'UE par lesquels un demandeur d'asile est entré dans l'Union et où il aurait pu solliciter une protection internationale. En d'autres termes, si un migrant aurait pu demander l'asile dans un tel pays, les États membres de l'UE peuvent refuser d'examiner sa demande et le renvoyer dans ce pays. Cette liste de pays d'origine soi-disant « sûrs », qui inclut le Bangladesh, la Colombie, l'Égypte, l'Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, a déjà été approuvée par le Parlement. Les pays candidats à l'adhésion à l'UE, tels que l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie et l'Ukraine, y sont généralement inclus, sous réserve de certaines exceptions (par exemple en cas de conflit armé).
Cependant, il y a aussi une disposition permettant aux États membres de l'UE d'établir des listes de pays tiers sûrs en tenant compte d'autres critères, comme les accords bilatéraux. De tels accords existent actuellement avec la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Un avocat travaillant avec l'ONG SK SOS, qui aide les personnes LGBTQ+ à fuir les pays de la Ciscaucasie, affirme que le risque principal de la législation réside dans cette liste encore non publiée des « pays tiers sûrs ». Si des citoyens russes transitent par ces pays, ils pourraient être soumis à une procédure d'examen accélérée et se voir refuser le statut de réfugié.
Il deviendra donc plus difficile pour les demandeurs d'asile d'entrer dans les pays de l'UE et d'y solliciter une protection internationale. L'accélération des délais d'examen implique également des refus plus rapides et plus fréquents dès le début de la procédure. Ce même avocat conseille vivement aux demandeurs d'asile de fournir des preuves solides de persécution dans leur pays d'origine et une explication claire des raisons pour lesquelles les « pays tiers » par lequels ils sont entrés ne peuvent pas être considérés comme sûr.
Stephen Phillips, chercheur postdoctoral à l'Institut des droits de l'homme de l'Université Åbo Akademi en Finlande, a confié à Global Voices dans une interview par mail, que puisque la Russie ne figure pas sur la liste des pays d'origine sûrs de l'UE, les demandeurs d'asile russes continuent de faire l'objet d'une évaluation individuelle. Cependant, la Russie est désormais soumise à la nouvelle règle autorisant des procédures accélérées pour les demandes d'asile émanant de pays où le taux de reconnaissance de la protection européenne est inférieur ou égal à 20 %.
« Des procédures de traitement et de passage des frontières plus rapides peuvent compliquer la préparation d'un dossier », explique-t-il, « mais cela n'entraîne pas un refus automatique. Le risque majeur est que les demandeurs vulnérables aient plus de difficultés à présenter des arguments complexes. Ils pourraient ne pas avoir la possibilité de fournir des arguments et des preuves supplémentaires, et la qualité de la prise de décision pourrait s'en trouver affectée par des procédures d'asile plus rapides. » Phillips ajoute qu'il est important de noter que le droit de l'UE en matière d'asile reconnaît depuis de nombreuses années la persécution fondée sur l'orientation sexuelle, l'identité de genre et l'appartenance à un certain groupe social. La Russie a fait l'objet d'une documentation approfondie concernant sa législation et les persécutions anti-LGBTQ+ qui, selon lui, « restent très pertinentes pour l'évaluation d'une demande d'asile individuelle ».
Bien que le fondement juridique permettant aux citoyens russes LGBTQ+ d'obtenir l'asile reste inchangé, Phillips souligne que « la qualité des preuves, la représentation juridique et la capacité à présenter efficacement sa demande pourraient devenir encore plus importantes dans le cadre des procédures accélérées ».
Même si certains pays figurent sur la soi-disant liste des « pays tiers sûrs », les réfugiés LGBTQ+ peuvent ne pas les considérer comme tels. Le Kazakhstan, par exemple, a adopté des lois contre la « propagande » LGBTQ+ en 2025 ; en Ouzbékistan, l'article 120 du Code pénal criminalise les relations sexuelles entre hommes. En Géorgie, une loi de 2024 restreint l'expression, la liberté d'union, la reconnaissance des familles, les soins d'affirmation de genre et les représentations publiques des personnes LGBTQ+ ; en Arménie, on y signale des cas de harcèlement, de menaces de pressions familiales, de diffusion de vidéos intimes et d'hostilité institutionnelle.
Une organisation attire l'attention sur la nécessité d'une réglementation face aux cas de violence sexiste
Initialement publié le Global Voices en Français

Image créée sur Canva par Global Voices.
Cet article fait partie de la série «Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En novembre 2023, un groupe de parents d'élèves d'une école à Rio de Janeiro a signalé à la police que des adolescents créaient et partageaient des images de nus générées par intelligence artificielle (IA) mettant en scène d'autres élèves. Moins d'un an plus tard, en septembre 2024, dans l’État de Bahia, un autre groupe d'adolescents a également été soupçonné d'utiliser l'IA pour créer des images pornographiques d'autres élèves, tandis que dans l'État du Mato Grosso, des élèves ont été exclus après avoir partagé dans des communautés pornographiques sur les réseaux sociaux des images IA représentant un professeur et d'autres élèves.
Ce ne sont là que quelques exemples de cas récents rapportés par les médias brésiliens et mentionnés dans une note technique publiée début avril 2026 par le centre de recherche indépendant Internetlab. Ce document vise à discuter des « moyens de lutter contre la violence en ligne à l'encontre des filles et des femmes au Brésil » et à recommander des discussions réglementaires adaptées au contexte national.
Selon le Forum brésilien de sécurité publique, rien qu'en 2025, le Brésil a enregistré 1 568 féminicides, soit une augmentation de 4,7 % par rapport à l'année précédente et le chiffre le plus élevé depuis la signature de la loi criminalisant ce type de crime, dix ans auparavant. La recrudescence des violences sexistes relayée par les médias a provoqué des manifestations fin 2025. Par ailleurs, la multiplication des contenus misogynes en ligne « alimente ces violences », rapporte Deutsche Welle.
Pour Clarice Tavares, directrice de recherche chez Internetlab et co-auteure de la note technique, interrogée par Global Voices, les violences sexistes, en ligne comme hors ligne, s'inscrivent dans une même structure misogyne : elles coexistent et son interdépendantes. « Nous traversons une période complexe de recrudescence des violences faites aux femmes, et les politiques publiques doivent prendre en compte ces contextes spécifiques », analyse-t-elle.
Abordant la question de l'intelligence artificielle et des questions de genre, Tavares souligne que les bases de données utilisées par les plateformes peuvent être biaisées et, par conséquent, influencer leurs résultats. Internetlab a choisi d'examiner la violence liée à l'IA dans sa note technique, explique-t-elle, en raison de son impact plus large et de la possibilité de la combattre par une réglementation appropriée.
Entre autres choses, le document d'Internetlab souligne les risques associés aux « deepfakes à contenu sexuel non consensuel » et plaide pour que cette possibilité soit classée comme « risque excessif », notant que « ces technologies affectent les femmes et les filles de manière disproportionnée ».
Uma pesquisa conduzida pela Security Hero demonstrou que deepfakes sexualmente explícitas representam 98% de todos os vídeos de deepfake online, e que 99% das pessoas alvo desses conteúdos eram mulheres. A pesquisa também indicou um aumento de 464% do número de deepfakes sexuais entre 2022 e 2023.
Une étude menée par Security Hero a révélé que les deepfakes à caractère sexuel explicite représentent 98 % de toutes les vidéos deepfake en ligne, et que 99 % des personnes ciblées par ce type de contenu sont des femmes. L'étude a également indiqué une augmentation de 464 des deepfakes à caractère sexuel entre 2022 et 2023.
Bien que Tavares affirme que le problème ne se limite pas à une seule plateforme, elle cite Grok, l'IA intégrée à X, comme la partie émergée de l'iceberg, exposant un problème plus vaste déjà répandu en ligne.
Je pense que cette affaire mérite toute notre attention, car l'IA qui a permis la création de ce type de contenu était déjà intégrée à son propre réseau social, ce qui a contribué à amplifier sa portée. C'était très flagrant. Je pense qu'il s'agit d'un problème systémique, mais le cas de Grok a rendu impossible de l'ignorer et de s'inquiéter de la situation actuelle. Il était évident que plusieurs failles existaient dans les outils et les plateformes qui ont permis à ces phénomènes de se produire à une telle échelle.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu des avancées législatives concernant les droits en ligne. L'année dernière, 11 ans après que Marco Civil da Internet — une loi qui constitue le cadre juridique brésilien des droits civiques sur Internet — a été signée, la Cour suprême fédérale (STF) a voté pour considérer l'un de ses articles partiellement inconstitutionnel. L'article 19 portait sur la responsabilité civile des plateformes quant aux contenus publiés par des tiers (utilisateurs). La majorité des juges a estimé que, dans le contexte actuel, cette norme était insuffisante pour protéger les droits fondamentaux et la démocratie.
« Il nous reste encore beaucoup à faire pour comprendre comment cette décision sera mise en œuvre. Un nouveau régime relatif à la responsabilité des plateformes a établi des règles de fonctionnement en attendant l'adoption d'une réglementation plus solide. Les plateformes ont désormais davantage d'obligations en matière de modération des contenus, la décision nous invite donc à repenser leur responsabilité et leurs obligations », explique Tavares.
Dans le contexte des violences sexistes en ligne, elle souligne également l'importance d'avoir une définition juridique de la misogynie pour mettre en œuvre la décision de la Cour suprême. « Nous souhaitons adapter cette décision aux politiques publiques et à la législation existantes en matière de violences sexistes, afin de les adapter à ce nouveau contexte de violence numérique » explique-t-elle.
L'analyse d'Internetlab mentionne une augmentation des projets de loi visant à criminaliser les comportements misogynes, le mouvement dit de la « pilule rouge » et la « manosphère », mais note que, bien qu'il s'agisse d'une étape importante pour lutter contre ce problème, le choix de la criminalisation comme la seule et unique solution pourrait limiter l'efficacité des stratégies de prévention et de réparation pour les victimes.
Leur recommandation concernant l'IA inclut, par exemple, la création de programmes d'enseignement sur la culture numérique afin de développer une analyse critique du fonctionnement des algorithmes, des plateformes, des outils d'intelligence artificielle et des autres éléments de l'écosystème numérique.
Quant aux plateformes, la note recommande l'adoption de mesures de sécurité dès la conception de leurs projets (sécurité intégrée), « afin de prévenir la création et la diffusion de ce type de contenu » qui cible principalement les femmes et les enfants. Les deepfakes à caractère sexuel non consensuel devraient être considérés comme un « risque excessif », leur utilisation et leur application devant être interdites, et des règles concernant la responsabilité et les obligations des plateformes numériques et des agents d'IA devraient être établies.
La Fondation Movember, une organisation de santé masculine, estime que deux tiers des jeunes hommes interagissent régulièrement avec des influenceurs prônant la masculinité en ligne. Un article publié par ONU Femmes indique que « les experts constatent que la popularité d'un discours extrémiste dans la sphère masculine non seulement normalise la violence à l'égard des femmes et des filles, mais est de plus en plus liée à la radicalisation et aux idéologies extrémistes ».
À l'approche des élections au Brésil, alors que des cas de vidéos générées par IA montrant des violences contre des électrices sont signalés, Tavares estime que de nouvelles dimensions de la violence politique sexiste doivent être prises en compte. « Avec la production de vidéos ou même les chatbots comme Gemini, ChatGPT, ou Claude, nous constatons que l'IA sera probablement utilisée comme un outil d'accès à l'information, et qu'elle pourrait engendrer des biais sexistes, reproduisant ainsi les violences sexistes et politiques. Nous cherchons encore à évaluer l'impact qu'elle peut et va avoir à l'avenir. »