Pour le procureur général de Paris, connaitre vos droits, c’est dangereux.

Note importante : cette nouvelle n’est pas récente, elle date de l’an dernier, quasi un an jour pour jour. Seulement, je la trouve d’actualité encore aujourd’hui, encore plus d’actualité, en réalité, j’ai donc décidé de vous en parler là.

Dans le contexte de l’état d’urgence, dans celui d’un Etat qui souhaite inscrire des mesure d’exception dans le droit commun et à l’aube de nouvelles manifestations contre la réforme du code du travail, je trouve cet article d’actualité.

L’avocate Laure Heinich s’est exprimée dans un article, consultable ici, à propos d’une décision bien étrange. Un manifestant avait en sa possession un tract d’un syndicat d’avocats, celui des Avocats de France (SaF) et, manifestement, cela dérange. Continuer la lecture de Pour le procureur général de Paris, connaitre vos droits, c’est dangereux.

Le chiffrement sécurisé d’Emmanuel Macron Schrödinger

Le 13 juin, Emmanuel Macron a déclaré, conjointement avec Thesera May, qu’il souhaitait renforcer la lutte contre le terrorisme. Dans cette déclaration, on peut lire que l’ancien candidat d’En Marche souhaite améliorer les moyens d’accès aux contenus « cryptés » (sic)

Est-ce possible ? Comment ? Ce billet vous donne quelques éléments de réponse. Continuer la lecture de Le chiffrement sécurisé d’Emmanuel Macron Schrödinger

« analyse » d’un discours de Marine Le Pen

Nous continuons l’analyse, cette fois d’un discours de Marine Le Pen, présidente du Front National et évidemment candidate à la présidence de la République.

L’échange choisi est disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=rqHg8HrX_3s

Je l’ai choisi car on y parle de son programme et que son format, court sans pour autant être trop court, convenait à mes recherches.

Tout commence par la question d’une des deux journalistes présentes sur le plateau, qui la plonge dans l’optique d’être présidente de la république française. Dans cette optique, elle lui demande ce qu’elle ferait si, après avoir tenté de négocier une sortie de l’Europe et un référendum, la réponse était non.

A 1’19, Marine Le Pen répond « oui mais moi j’ai confiance dans la cohérence des français. ».

Comprenez par-là que ce scénario est inconcevable pour elle. Marqueur typiquement FN, Marine Le Pen s’exprime « au nom des français ». Ainsi, dans de nombreux discours, il n’est pas rare d’entendre « les français », « le peuple », « le peuple français ». Marine Le Pen s’autoproclame porte-parole de l’ensemble des français, elle dit représenter leur avis. Dès lors, critiquer son avis c’est aussi critiquer celui des français, il est donc délicat de remettre en cause son avis lorsqu’on part avec cette configuration de départ.

D’ailleurs, c’est comme ça que Sarkozy ou d’autres politiques actuellement en campagne s’expriment pour aller « chasser » sur les terres de l’extrême droite, en parlant « au nom du peuple français ».

A 1’53, on retrouve une citation commune aux trois discours analysés, avec Valls et Fillon puis ce dernier.

« moi je le dis car je suis la candidate de la vérité ». Les autres sont des menteurs, ils déclarent dire la vérité mais il n’en est  rien, c’est à peu près comme cela qu’il faut comprendre ce passage. C’est une tournure que j’ai pu voir chez la quasi totalité des « gros » candidats (Valls, Fillon, Le Pen).

A 2’20, elle déclare […] « j’aimerais souligner encore une fois que retrouver cette indépendance de la France » […], soit un marqueur de droite, donc c’est raccord, rien d’étonnant. La droite est conservatrice, l’extrême droite l’est également. On suggère au citoyen que le pays a « perdu quelque chose », le fameux « c’était mieux avant » qu’on retrouve dans les partis de droite en général.

A 3’36, on arrive dans la caractéristique principale du Front National : le parti « antisystème »…

…avec la phrase suivante : « ils peuvent choisir n’importe quel autre candidat du système qui se soumettra ou qui est soumis à l’Union Européenne ». Au moins, la référence est claire, à la différence de Valls ou de Fillon qui se déclarent aussi antisystème sans réellement le crier haut et fort.

Bref, comme je l’ai déjà dit précédemment, puisque nous saturons du système actuel, l’ensemble des candidats se déclare antisystème, buzzword de l’année 2017 et de cette campagne. Parfaitement logique, même si parfaitement faux. Ils étaient, sont et seront le système, Marine Le Pen n’échappe pas à cette règle.

Son parcours politique n’a strictement rien à envier aux autres, il est comme les autres d’ailleurs, la seule différence étant sur les convictions et les idées. Conseillère régionale, puis municipale, députée européenne. Elle a suivi de grandes études, comme les autres. Elle a souvent été favorisée par les relations de son père, que ce soit au début de sa carrière d’avocate, aussi brève fût-elle. Bref, il n’y a absolument rien d’antisystème ici et son désir de sortir de l’Europe est assez paradoxal.

Le fait de quitter l’Union Européenne donc , c’est un écran de fumée. Si Marine Le Pen est effectivement pour une sortie de la France de l’Europe, elle y travaille, dans cette Europe, puisqu’elle est eurodéputée. Elle a placé de nombreux « pions » du parti çà et là en Europe. Si publiquement, elle déclare qu’en sortir lui donnerait la souveraineté nécessaire, en privé, quelque chose me laisse penser que ce n’est pas aussi tranché que ça.

Marine le Pen ne répondant pas à la question de savoir si oui ou non elle serait démissionnaire de ses fonctions en cas d’impossibilité et de refus du peuple français de sortir de l’Europe, la question revient sur la table, elle répond :

« Je verrais, je verrais mais je pourrais le faire oui, si je n’ai pas les moyens, si encore une fois je ne peux pas respecter mon programme, si je ne peux pas respecter mes promesses, les français me mettraient alors dans une situation intenable »

Observez attentivement la responsabilité qu’elle « nous » ferait porter. Selon elle nous sommes les décideurs, nous sommes souverains, nos décisions sont les bonnes… mais pas toutes manifestement, puisqu’elle nous tiendrait pour responsable si elle devait quitter son poste.

Elle oppose donc « le peuple » à elle, comme d’habitude avec le FN, le « seul contre tous ».

Même si le fond est donc partiellement vrai, nous nous intéressons ici à la forme.

Elle aurait pu dire que le résultat du référendum la mettrait dans une situation intenable, ou que l’avis du peuple la mettrait dans une situation intenable, s’adressant alors au choix plutôt qu’au coupable.

Elle décide cependant de dire « les français », de rejeter la faute directement sur « le peuple » et les personnes du peuple, comme pour montrer du doigt « regardez c’est de leur faute à eux ».

Malin, mais évidemment discutable.

A 4’34, Marine Le Pen enchaîne

« encore une fois moi je prends les français pour des adultes, arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants, des enfants capricieux qui changeraient d’avis d’un mois à l’autre, moi je ne le crois pas, je les crois intelligents, je les crois rationnels, je les crois cohérents, je les crois politiques … »

Nous sommes dans un discours plus que manipulatoire, puisqu’elle nous dit qu’elle a confiance dans la cohérence des français, elle rajoute que ce sont des adultes et non des enfants, tout en disant, juste avant, « les français me mettraient alors dans une situation intenable. »

Les idées de ce passage sont les suivantes :

  • ceux qui vont voter pour elles sont des adultes
  • ceux qui vont voter pour elles sont cohérent
  • s’ils sont cohérents alors ils sortiront également de l’Europe
  • s’ils ne sortent pas de l’Europe ce ne sont pas des adultes, mais des enfants.

Tout dans la nuance donc… Ce qui est merveilleux, c’est qu’ici, c’est Marine Le Pen qui nous prend pour des enfants.

Initialement, la journaliste demande à Marine Le Pen si elle compte démissionner en cas de référendum contraire à ses envies, il n’est donc nullement question d’infantilisation du discours. Elle va, alors, renverser la vapeur et faire croire que c’est la journaliste qui a tenu ces propos, qui nous prend pour des enfants, puisqu’elle l’accuse (« arrêtez de prendre les français pour des enfants, des enfants ») et qu’elle déclare elle, nous prendre pour des adultes.

L’argument, l’attaque, est faite pour dévier du sujet et pour permettre à Marine Le Pen de reprendre un peu de hauteur sur le débat.

Arrive ensuite une question sur les réfugiés : la jungle de calais a été démontée, l’action a été validée par la justice, la journaliste demande donc à Marine Le Pen que faire de ces réfugiés, la réponse :

« Eh bien on les renvoie chez eux. »

Eh ouais, c’est aussi simple que ça. Et Marine Le Pen de rajouter « cela représente un coût faramineux, je crois qu’on atteint presque les deux milliards.« 

Le chiffre annoncé ne sort pas de nulle part. Il y a quelques temps, un rapport de la cour des comptes établissait que le coût total des « migrants » était aux alentours des deux milliards (en prenant en compte le plus de paramètres évaluables possibles). Cependant, ce qu’elle oublie de préciser, c’est que ce coût de deux milliards ne peux pas tenir compte des richesses crées par ces mêmes personnes. En effet, il n’est pas possible, avec les données mises à disposition, de dire ce que créent ces migrants, la valeur du travail effectué, les ressources crées… et n’oublions pas qu’ils payent aussi des impôts et des cotisations…

Marine Le Pen n’en parlera pas, volontairement car le propos ne sert pas ses intêrets… dommage lorsqu’on sait que la cour des comptes elle-même mettait en garde contre une « lecture partielle et partiale de ses observations provisoires, qui portent en l’espèce sur la période 2009-2014 ». Mais non, Marine Le Pen se jette dedans à corps perdu… et si on ne va pas vérifier ce qu’elle raconte, qu’on se contente de ce niveau d’information, alors ça semble crédible.

Arrivée à 5’50, Marine Le Pen déclare, toujours sur les migrants : « la réalité est que l’immense majorité d’entre eux ne remplissent pas les critères pour obtenir le droit d’asile »

Ah, donc, Marine Le Pen a vérifié l’ensemble des dossiers ? Quelle est sa source pour déclarer de tels propos ? S’il apparaît évident que des gens ne répondront pas à ces critères, on se demande d’où tombe cette « immense majorité »

Elle appuiera ses propos à partir de 5’59  » Je rappelle à ceux qui nous écoutent que le droit d’asile on peut l’obtenir lorsque l’on est persécuté par le GOU-VER-NE-MENT, par le Gou-Ver-Ne-Ment de son pays. Il faut démontrer qu’à titre personnel on est l’objet d’une persécution politique de la part de son gouvernement. On voit bien qu’il s’agit là, et je ne leur jette pas la pierre, mais d’immigrants économiques, de gens qui euh, qui cherchent à ailleurs une situation plus positive pour eux que dans leurs propre pays.« 

Alors, oui… mais non. C’est tentant, et facile aussi, de penser que ces personnes migrent pour des raisons économiques mais que disent les faits sur le sujet ?

Premièrement, on va rappeler les conditions du droit d’Asile, les bonnes, les vraies, celles de l’OPFRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), tirées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que de la convention de Genève.

La qualité de réfugié est accordée :

  • à l’étranger persécuté dans son pays et qui ne peut pas ou ne veut pas se réclamer de la protection de ce pays. Il doit s’agir de persécutions fondées sur la race, la religion, la nationalité, l’appartenance à un certain groupe social (y compris pour des considérations liées au genre et à l’orientation sexuelle, au risque d’excision pour les femmes) ou les opinions politiques. On parle d’asile conventionnel en référence à la Convention de Genève du 28 juillet 1951,
  • ou à l’étranger persécuté dans son pays en raison de son action en faveur de la liberté. Il peut s’agir, par exemple, de militants politiques ou syndicalistes, d’artistes ou d’intellectuels menacés pour leur engagement en faveur de la démocratie dans leur pays. On parle d’asile constitutionnel,
    ou à l’étranger qui a obtenu dans son pays la protection du Haut-Commissariat des Nations unies, mais ne peut plus y rester.

Je ne parle ici que de la qualité de réfugié, il existe d’autres types de protections, la protection subsidiaire ou la protection temporaire par exemple. Vous pouvez retrouver plus d’informations sur le sujet à l’adresse suivante : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F299

Ensuite, observons quelques chiffres. En 2014, les principales nationalités candidates à l’asile étaient :

  1. La « république démocratique » du Congo
  2. La Russie
  3. Le Bengladesh
  4. La Syrie
  5. L’albanie

Je parle ici des candidats, hein. Il suffit d’observer la situation politique de ces pays pour comprendre que ce n’est peut-être pas que pour des raisons économiques. Allez dire aux syriens, au hasard, qu’ils migrent pour des raisons économiques tiens. Non… ils partent pour éviter de se prendre des bombes sur la gueule, pour parler clairement.

Toujours en 2014, observons les principales nationalités admises à l’asile avec, en lien, la situation politique de chaque pays :

  1. Syrie
  2. Russie
  3. Sri Lanka
  4. Guinée
  5. République Démocratique du Congo

Bien que la situation politique se soit « améliorée » dans certains pays, comme la Guinée, autant être clair, tout n’est pas tout beau tout rose, prenez le temps de lire un peu pour comprendre.

Bref, comme de nombreuses personnes à droite, Marine Le Pen joue avec la définition de réfugié et jongle avec les chiffres, tout en niant à demi mots la réalité des demandeurs d’asile. Un constat factuel un peu éloigné des propos de Marine Le Pen, donc.

Avançons…

La journaliste lui dit que l’Allemagne va accueillir 1 million de migrants, la France 30 000, elle lui demande donc si la France n’a pas la capacité d’intégrer 30 000 migrants.

Voici sa réponse à 7’25 :

« oui, 30 000, ça c’est ce que l’on nous dit, plus 200 000 légaux, plus  à peu près l’équivalent, 200 000 illégaux par an, ce qui fait évidemment des chiffres qui sont tout à fait spectaculaires »

Faisons un rapide calcul : 30 000 + 200 000 * 2 = 430 000, soit même pas la moitié de la capacité à accueillir de  l’Allemagne. Cela n’a donc de spectaculaire que le fait qu’elle annonce une série de chiffres qui semblent importants pour faire oublier le million de l’Allemagne.

Le fait de donner des chiffres précis a tendance à diminuer l’impact du million, le fait d’en donner plusieurs nous force à faire un calcul rapide, que beaucoup ne font pas. Virtuellement donc, elle « réduit » le million et fait croire que nos chiffres, à nous, sont énormes… alors qu’ils sont en deçà de ce que les autres pays connaissent. Nous passerons, sur les évolutions de ces chiffres au fil des années. Si nous avons plus de demandes que les cinq dernières années précédentes, nous ne revenons quand-même pas au niveau d’avant ces cinq dernières années, nous sommes toujours en dessous. Donc nous accueillons certes plus de personnes, mais toujours moins qu’avant.

Elle rajoute, à 7’41 :

« Alors la dimension humanitaire oui bien sûr, je partage cet avis de monsieur Toubon mais dans les pays d’origine avec des organisation internationales dont c’est le travail avec un financement de la part des nations pour que des campements humanitaires puissent être mis en place et puissent préserver des populations civiles notamment dans les pays en guerre, mais pas, euh, pas chez nous car nous n’en avons plus les moyens. »

Bien, prenons le temps de bien comprendre ce passage, c’est une figure très, très, très souvent utilisée par les politiques pour dégommer un avis tout en disant qu’on est d’accord avec cet avis.

La construction de sa phrase est la suivante : « Je suis d’accord avec X, mais laissez-moi vous expliquer pourquoi je ne suis pas d’accord avec X« 

Voici la déclaration de Jacques Toubon, défenseur des droits, notre X dans cette réponse :

« Est-ce que dans un pays comme la France aujourd’hui, on est capables de faire coincider la réalité des droits avec les droits qui sont proclamés, nous sommes le pays de la déclaration des droits de l’Homme, il faudrait, de temps en temps, s’en souvenir. »

Revenons à nos moutons… Marine Le Pen utilise donc la tournure : je suis d’accord simplement je ne suis pas d’accord. Elle s’appuie sur un propos initial, qui n’est pas le sien, pour y insérer son idée.

Ce passage pourrait s’apparenter à ce que l’on appelle une épanorthose, c’est à dire au fait de revenir sur ce que l’on dit pour renforcer, adoucir ou modifier complètement ce que l’ont dit.

C’est en trois phases :

  • je suis d’accord, phase 1
  • mais, phase 2
  • idées contraires, phase 3

Je fais une avance rapide jusqu’à 13’18 :

« les français depuis très longtemps ne sont pas d’accord et les dirigeants savent que les français ne sont pas d’accord et c’est peut-être la raison pour laquelle ils ne leur posent pas la question parce que la réponse leur déplairait .»

Encore un appui des propos sur les souhaits des français, classique en politique. Mais heureusement faux car tous les français ne sont pas de cet avis. Mais bon, dire que ce sont les français qui souhaitent cela, c’est porter la voix desdits français, donc c’est asseoir son propos, le critiquer revenant à critiquer celui des français.

A partir de 13’50, Marine Le Pen va insister 9 fois sur la « loi de 2004 sur les signes ostentatoires ».

On cite et on martèle la loi de 2004 sur les signes ostentatoires comme appui « scientifique » et, puisqu’on ne connait pas cette loi-là dans le détail on va se remettre à la bonne parole de Marine Le Pen.

C’est un truc de politique, discutable certes, mais qui fonctionne plus ou moins bien. On vient vous citer un texte de loi. On pense que cette personne, de par ses fonctions, connait la loi. Donc, par défaut, on va plus facilement avoir tendance à croire ses propos. Si un ami ou un inconnu venait vous dire la même chose, vous auriez plus de doutes. Le cerveau est comme ça. C’est un biais cognitif, vous n’en êtes généralement pas  conscient.

Ce biais là est un biais de conformité, on a tendance à aligner son avis sur celui du plus grand nombre. Le plus grand nombre pense que les politiques savent de quoi ils parlent, donc indirectement, vous avez plus tendance à vous aligner sur cet avis, même s’il est faux.

Je vous invite à vous renseigner sur ce biais cognitif là, la lecture des nombreuses études sur le sujet est extrêmement intéressante pour comprendre comment fonctionne votre cerveau. Mais passons et revenons à notre sujet.

Ses propos sont très efficaces. Elle y dit que la croix religieuse est, par exemple, « pas interdite », vérifications :

Voici ce que dit la loi sur les signes en question : « Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive ». Donc, la croix peut également être interdite.

Sa déclaration est donc fausse. Mais de nombreuses personnes penseront, suite à sa déclaration, qu’elle est vraie, parce qu’ils n’iront pas vérifier ce que disent les textes, par fainéantise (pas au sens péjoratif) intellectuelle. Le cerveau n’aime pas faire des efforts, il s’en remet donc généralement aux informations qu’on lui apporte et n’a pas pour principe d’avoir une approche scientifique, de chercher, recouper, croiser des informations et des sources.

Comme vous pouvez vous en douter, elle vise plus une religion qu’une autre dans ce passage là, et ne manquera pas de le souligner explicitement par la suite, en parlant de la religion musulmane, qu’elle vient mélanger à sa guise avec l’intégrisme islamique, décrié et montré du doigt par de nombreuses personnes musulmanes qui galèrent, soyons clairs, avec cette responsabilité qu’on veut leur faire porter.

A 16’00, une journaliste aborde un texte, rédigé par les évêques de France. Ce texte dit qu’il ne faut pas interdire les signes religieux car cela encourage les courants fondamentalistes, les courants les plus durs ressentis comme une négation d’une foi personnelle. Elle demande à Marine Le Pen, ensuite, si elle fait fi de ce texte.

Réponse, à 16’22 : « Oui mais je crois que ces évêques qui ne sont pas tous les évêques ne doivent pas prendre de position politique, voilà. » Elle justifiera ses propos en expliquant, ensuite, que c’est aussi cela, la laïcité, c’est le fait que la religion et la politique soient séparées.

Il est amusant d’observer ses premières paroles : « qui ne sont pas tous les évêques », c’est révélateur. Elle ne le dit pas « comme ça », comme tout le reste de son discours. Elle le dit pour minimiser cette déclaration, minimiser les signataires de cette déclaration et faire naître l’idée, quelque part, que tous n’étaient pas en phase avec les propos tenus. C’est un tout petit passage mais sans efforts, il discrédite la déclaration et l’envoie balader d’un revers de la main.

France laïque, donc… pourtant, Marine Le Pen déclarera, juste après, vers 16’49 :

« et si on conçoit que la France a été modelée quand-même, par euh euh, son héritage chrétien, je ne comprends pas qu’un certain nombre de membres du clergé défendent, euh, ne défendent pas cet héritage chrétien et en réalité, au motif d’une prétendue solidarité des religions, eh bien, euh euh, facilitent le travail des fondamentalistes islamistes. »

En réalité, ce qui la dérange, ce n’est pas que le clergé déclare quelque chose en politique non, ce qui la dérange, c’est qu’il déclare quelque chose qui la dérange. Elle s’appuiera alors sur le fameux héritage chrétien pour dégommer assez brutalement ledit clergé qui a osé attaquer les racines chrétiennes françaises.

Je ne suis pas un expert religieux, ni un expert tout court d’ailleurs, mais la religion, n’est-ce pas l’amour du prochain ? Le respect et la tolérance ? L’acceptation de l’autre ?

La tournure de sa phrase permet de « renverser » les propos tenus au début de la question. Cela lui permet d’accuser le clergé d’une facilitation du travail des fondamentalistes islamistes… alors que, personnellement, j’en doute.

Le fait de préciser « un certain nombre de membres du clergé » permet aussi de se protéger des potentielles réponses dudit clergé. Il n’est pas visé, ce sont certains de ses membres qui le sont. Ou comment taper sur quelque chose sans réellement taper sur quelque chose. Habile déclaration que cette dernière.

De nombreuses études tendent à montrer que le fait d’être seul, isolé ou rejeté par les autres fragilise des personnes et que ces dernières, sous certaines conditions, sont « repérées » ou « tombent » dans l’intégrisme car elles ne sont plus seules désormais, elles appartiennent à une communauté, aussi discutable soit cette dernière hein.

A titre strictement personnel, j’ai trouvé que cette déclaration était une excellente chose, qu’elle ne touchait pas aux racines chrétiennes mais qu’au contraire, elle venait les renforcer, elle venait exprimer le respect, l’ouverture et la tolérance nécessaires pour que des personnes de croyances différentes puissent quand-même vivre en paix et en harmonie.

En y regardant de plus près, son discours est un discours de haine, de rejet, d’exclusion. Discours qui devrait vous faire réagir. Ce n’est pas en rejetant une partie de ses citoyens qu’on les rassemble. Réfléchissez à cela si vous vous dites que voter Le Pen ce n’est pas une mauvaise idée…

Je n’ai pas continué plus loin l’analyse, il reste quelques minutes dessus, qui parlent de la campagne présidentielle, sujet où j’avoue faire une overdose.

Le seul point positif avec le Front National et les têtes du parti, père, fille ou autre, c’est qu’on sait à quoi s’attendre : un discours très brutal, des marqueurs d’extrême droite, un profond et dangereux conservatisme et un rejet de toute différence, surtout si elle est religieuse.

Analyse d’un discours politique de François Fillon

J’ai choisi d’observer une partie du discours de François Fillon, vainqueur de la primaire de la droite et du centre et candidat de la droite à la présidence de la république française.

Le discours choisi est disponible à l’adresse suivante : https://www.youtube.com/watch?v=F24XwRMXxb4, sur la chaîne officielle de François Fillon. C’est son discours au palais des congrès de Paris. D’avance, bonne lecture.

Comme dans l’exercice précédent, qui portait cette fois sur un discours de Manuel Valls, j’ai tenté de décortiquer les paroles et de parler de la forme, des éléments de langage, plus que du « fond », si fond il y a, ce qui n’est pas toujours le cas.

Dans cette analyse, je vais également parler de « marqueurs », je ne sais pas si c’est le bon terme mais je trouve qu’il convient plutôt bien. Un marqueur peut être de gauche ou de droite.

Dans un discours politique, sans savoir qui parle, on peut relever un certain nombre d’éléments et d’idées qui nous disent si c’est un discours de gauche ou un discours de droite, ces éléments là, ce sont les marqueurs en question. Exemple : libéralisme, c’est plutôt un marqueur de droite. Social, c’est plutôt un marqueur de gauche, ainsi de suite.

Nous commençons à 0’44 avec : « je ne me fie pas aux sondages, je me fie aux français ».

Comme beaucoup d’autres, Manuel Valls également, il se présente comme le candidat « anti-système », anti-sondages, qui n’est pas là car les chiffres lui donnent raison. Le fait de se poser comme un candidat anti-système est important, puisque nous ne supportons plus le système. Il faut nous montrer ou nous faire croire que lui, il est différent.

A 0’56, François Fillon enchaîne avec « la volonté de nos compatriotes de construire une vraie alternance ».

On retrouve l’idée de la différence, la « vraie » alternance, pas celle que vous avez l’habitude de voir. Volontairement, il vient planter une petite graine de trois fois rien dans votre inconscient, et suggère l’idée que les autres possibilités sont des illusions.

Indirectement, il vient « taper » sur les autres candidats, sans les mentionner. C’est pratique de ne pas les mentionner, ainsi ils ne peuvent pas se sentir visés et ne peuvent donc pas se défendre.

A 2’23, M. Fillon déclare « certains s’érigent en candidats du peuple, moi je ne prétends rien, le peuple est là ».

Deux idées sont présentes dans ce passage. La première rejoint le passage précédent : « certains s’érigent… », il tape sur une masse difforme, sur « on-ne-sait-pas-vraiment-qui », pratique car de cette façon, il peut viser la gauche, la droite, tout le monde et n’importe qui sans pour autant avoir de problèmes.

Seulement, les tournures impersonnelles sont généralement des marqueurs d’extrême droite, « LE » parti qui se veut « anti-système » et qui va donc taper sur « eux », « ils disent que », « certains pensent que ».

La second point est « le peuple est là ». Je ne savais pas que le palais des congrès de Paris pouvait accueillir jusqu’à 66 millions de personnes. Le peuple n’est pas là, il n’y a que 7000 personnes, soit 0,010 % de la population française. D’un coup, ça fait sacrément moins que « le peuple », non ?

C’est aussi une façon de dire « vous représentez le peuple », de faire croire, donc, que son public est représentatif de l’opinion publique, ce qui est évidemment faux.

Vers les 4’04, il déclare «  aux internautes je demande d’envahir les réseaux sociaux ».

Le mot important ici est envahir. Envahir peut avoir beaucoup de significations, pas nécessairement violentes. Le fait est, et vous allez le lire après, qu’il puise beaucoup de mots dans le jargon militaire, dans la bataille, on choisira donc la définition suivante pour envahir :

Entrer en nombre et par la force dans un pays, une région, s’en emparer militairement.

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve cette image et cette demande assez violente.

A 4’39, François Fillon déclare « Autour de nous beaucoup ont pensé et espèrent encore que cette primaire serait jouée d’avance ».

On retrouve encore cette opposition entre, d’un côté, le « nous » et de l’autre le « beaucoup ont», la fameuse masse indéfinie, dont on ne sait pas grand-chose. C’est encore un marqueur plutôt utilisé par l’extrême droite. Un discours politique ne s’improvisant pas, ce passage a été choisi, on peut donc imaginer que Fillon commence, avant même sa victoire à la primaire, à chasser sur les « terres » de l’extrême droite.

On retrouvera ce marqueur à 4’42 avec « ils avaient mis le rouleau compresseur en marche », puis à 4’51 avec «  mais nous sommes un peuple libre », qui vient s’opposer à ce « ils » dit juste avant.

Nous sommes sur une approche historiquement très utilisée par l’extrême droite… l’approche manichéenne du « c’est nous qu’on est les gentils et eux les méchants », sans jamais définir lesdits méchants. L’usage a dévié et quasi toute la classe politique s’en sert maintenant, extrêmes, droite, gauche…

Une phrase creuse mérite d’être soulignée, à 5’50 : « je vous fais une confidence : nous nous battons pour gagner. ».

Personnellement, j’ai rarement vu quelqu’un se battre pour perdre, et vous ? La déclaration est creuse, elle ne signifie rien, cela n’a rien d’une confidence, c’est une évidence. Toute personne se battant espère gagner.

Mais les phrases vides, ça marche bien, preuve en est, à la fin de ce passage il est applaudi par son auditoire, qui scande « on va gagner » juste après.

Arrive ensuite un long passage, le premier, jusqu’à 5’57.

Fillon attaquera assez durement Hollande, la personne, la fonction, le mandat, le bilan, bref, une bonne grosse attaque bien brutale… à l’exception de Nicolas Sarkozy, à droite, c’est peu commun. Enfin, avant, c’était peu commun. Initialement, l’attaque directe comme ça est un marqueur d’extrême droite, encore plus lorsqu’on attaque la personne derrière la fonction.

Les attaques de ce type sont généralement des marqueurs… d’extrême droite. Et ils sont présents tout le long du discours. Dès lors, il ne faut pas trop s’étonner de la montée de l’extrême droite, puisque gauche comme droite piochent dans le champ lexical de l’extrême droite.

Cela permet aussi de se faire de la publicité gratuite sur le dos d’un absent : descendre l’adversaire permet de ne pas avoir besoin de mettre en avant son propre programme. Sarkozy était expert sur ce sujet là, il démontait le programme de l’adversaire et parlait rarement du sien. Pour information, les premières traces de ses propositions apparaissent … 10 minutes plus loin. Ce qui est long.

Have a break

Je marque une première pause pour faire un focus particulier sur quelques mots plus que sur d’autres : envahir, affronter, vaincre, honneur, battre sont des mots utilisés dans le discours de François Fillon. Ces mots appartiennent à nouveau au registre de la guerre, du combat. Cela peut sembler insignifiant mais c’est loin d’être le cas. La forme laisse entendre qu’il est en guerre et forcément… avec ce registre là, martelé à chaque phrase ou presque, on transforme peu à peu les gens en soldats. Ils ne réfléchissent plus, ils adoptent une posture d’attaquant ou de défenseur d’un leader, bref une petite armée. Le champ lexical choisi transforme l’auditoire et à force d’être dit et redit, encore et encore, il finit par réellement avoir un impact très important sur les personnes ciblées. Je referme ce petit aparté.

A 6’47, on retrouve d’ailleurs ce champ lexical du combat « Nous nous battons pour redresser notre pays ».

En replaçant ce passage dans le contexte de la phrase, voici ce que cela donne : « Mais, mais la victoire n’est pas une fin en soi, nous nous battons pour redresser notre pays, et ce devoir m’apparaît si urgent, si vital, que sans compromis j’ai fait de la vérité, fût elle inconfortable, l’axe de notre sursaut collectif ».

Et François Fillon de rajouter « cette vérité la voici, l’État d’urgence est partout ».

Prenons le temps de détailler cette phrase, volontairement longue, pour ne pas laisser le loisir d’une réelle réflexion et pour tomber en accord avec l’affirmation plus facilement.

Les tournures de la phrase demandent du temps pour être comprise mais il n’en laisse pas, il enchaîne et on se dit qu’avec le mot « vérité » dedans, c’est forcément quelque chose de bien. Et si votre cerveau n’a pas eu le temps de traiter l’information, il traitera le mot vérité, qui est un mot assez fort pour marquer, donc on se dira « roh, c’est sans doute vrai oui ».

Mais en soi, que dit-il vraiment ?

« Gagner c’est bien, mais ce n’est pas assez. Nous voulons redresser le pays et c’est tellement urgent que j’ai décidé de dire la vérité afin qu’on se réveille enfin ».

D’un coup, cette phrase bien… elle ne veut plus dire grand-chose. En quoi dire la vérité va permettre de redresser le pays ? Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec le mensonge et pourtant ça ne m’aide pas à redresser quoi que ce soit…

Derrière cette phrase se cache aussi quelque chose de plus mesquin : « c’est la vérité qui nous réveillera », dit-il, pour résumer. Donc avant, le « peuple » dormait et était dans le mensonge. Lui propose d’apporter la vérité et part donc du principe que nous ne l’avons pas et que personne d’autre ne l’a. C’est une façon d’attaquer le « on » dont nous avons parlé tout à l’heure, sans le nommer.

Vers les 7’41, M. Fillon revient sur cette notion d’état d’urgence et dit que c’est « bien notre destin qui se joue, entre déclin ou sursaut ».

Cette annonce est à nouveau très manichéenne, binaire, et les propos sont assez pragmatiques. Soit nous allons sombrer, soit nous allons nous réveiller. Je vous laisse imaginer ce qu’il faut faire, selon lui, pour se réveiller. On se sent comme « enfermés » dans un monde où nous n’avons que deux options possibles. D’ailleurs, quelques instants plus tard il rajoutera « il n’y a pas d’échappatoire », histoire de bien enfoncer le clou.

François Fillon déclarera « La politique française ne se fait pas à la corbeille, s’exclamait le général de Gaulle ».

Deux choses : la première est un marqueur typiquement de droite, l’expression signifiant, en gros, que le monde de la finance ne saurait dicter sa loi à un état. Nous sommes donc dans une forme de logique libérale, donc, à droite. C’est raccord.

Deuxième point, tant de gauche de droite : la citation du général de Gaulle. Reprendre « le général », comme beaucoup aiment le dire, c’est bien. La France est attachée à son passé et cette référence parle à tout le monde : à ceux qui se souviennent de leurs cours d’histoire et à ceux qui connaissent le personnage, à la droite comme à la gauche car le gaullisme dépasse les clivages gauche / droite. Ainsi, en le citant, il tente lui aussi de dépasser ces clivages là et de rallier à sa cause beaucoup de plus de monde. Bref, citer De Gaulle, ça fait marquer des points.

Et Fillon de rajouter, à 8,40, « non mon Général », faisant ici autant référence au passage précédent qu’au jargon militaire qu’il utilise depuis le début de son discours.

Autre marqueur de droite, à 8’55, il parle de travailler plus, de dépenser moins. Là encore, c’est un marqueur de droite, c’est raccord. La droite est centrée sur la force de travail comme moteur de l’économie, travailler plus pour gagner plus… c’est de droite, on retrouve l’idée ici également.

A 9’26, Fillon déclare « l’élection présidentielle de 2017 ne peut pas être celle de la revanche. Elle ne peut pas être celle d’une alternance classique. Elle doit être le point de départ d’un peuple qui par tous ses instincts de vie se met à l’offensive et à l’action ».

Décortiquons ce passage : « L‘élection présidentielle de 2017 ne peut pas être celle de la revanche. » est à remettre en perspective avec ses attaques contre François Hollande.

Sa déclaration devient alors contradictoire, puisqu’il dit qu’il ne faut pas être revanchard mais frappe fort contre l’actuel président.

« Elle ne peut pas être celle d’une alternance classique. » est là pour vous faire croire que ce qu’il propose, ce n’est pas une alternance « gouvernement de gauche, gouvernement de droite » comme d’habitude.

Il se pose de cette façon en candidat « anti-système », encore une fois, comme tous les autres dans cette élection d’ailleurs.

Il est tellement le candidat anti-système qu’il prononce un discours de droite, avec des marqueurs traditionnels de droite, en citant des références de droite, avec un vocabulaire de droite.

Effectivement, c’est vraiment différent des autres … enfin, tant qu’il y croit lui, c’est déjà ça.

François Fillon déclare, ensuite, « Elle doit être le point de départ d’un peuple qui par tous ses instincts de vie se met à l’offensive et à l’action. ».

On retrouve « offensive », qui est dans le champ lexical du combat, brutal encore une fois. Quand à la phrase, elle est certes jolie, mais elle est assez vide.

Un élément est intéressant à analyser, aux alentours de 9’41 : « moi je ne parle de pas de réforme, j’en appelle à une transformation économique et sociale »

Une transformation économique et sociale, à l’échelle d’un pays, cela doit passer par des projets de loi, donc, ça doit passer par du changement, donc par une reforme. Donc, François, tu te fous de ma gueule.

En français et sans langue de bois, sa phrase devient : moi je ne parle pas de réforme, j’en appelle à une réforme économique et sociale » mais bon, là, c’est peut-être un peu trop gros pour ne pas se faire griller en plein foutage de gueule.

Oui, il tente de vous prendre pour des abrutis. Après avoir déclaré, peu de temps avant, « j’ai fait de la vérité, fût elle inconfortable, l’axe de notre sursaut collectif », ça passe assez mal.

Cet élément là, typiquement, c’est de la bonne grosse langue de bois, une manipulation linguistique destinée à vous faire croire qu’il fait différemment alors qu’il fait exactement la même chose.

C’est comme le passage de « pauvre » à « défavorisé », c’est un euphémisme certes, mais, avec beaucoup d’ironie, un défavorisé, ce n’est pas un pauvre ma bonne dame, non ! C’est une personne qui n’a quand-même pas eu de chance, la faute à pas de bol quoi. Alors qu’un pauvre, lui, peut trouver un coupable.

Ou le passage de réfugiés à migrant. Un migrant, on peut dire que c’est chiant, que c’est envahissant, que c’est indésirable. On peut le renvoyer chez lui parce que bordel, des migrants il y en a plein.

Essayez de dire ça d’un réfugié. Genre un réfugié politique syrien tiens. Vous allez voir, ça passe beaucoup moins bien, pourtant c’est la même chose.

C’est juste une question de langage et d’enfumage collectif donc, vous avez compris le principe, on passe à la suite.

L’autre bonne blague arrive vers 9’45, avec « je suis celui qui propose les solutions les plus cohérentes, les plus radicales ».

L’idée ici est de nous faire croire que les solutions les plus cohérentes sont les idées les plus radicales. Ce qui est absurde.

Prenons un exemple : renvoyer les réfugiés chez eux, c’est une solution radicale. Est-elle pour autant cohérente ? Non. Vous avez compris le principe je pense.

A 9’51, il déclare « Je suis celui qui s’adresse à tous les français, à leur lucidité, à leur courage. ».

Ici, la tournure de la phrase est également importante : il déclare s’adresser à tous les français, dépasser les clivages gauche / droite, on rejoint l’idée du gaullisme citée précédemment. Jusque là, ça va.

Il déclare s’adresser à tous les français donc, et à leur lucidité et leur courage. Comprenez par-là que ceux qui ne sont pas pour lui ne sont ni lucides, ni courageux. Évidemment, il est obligé de le déclarer ainsi car dire « ceux qui ne votent pas pour moi ne sont pas lucides et sont lâches », cela ne passe généralement pas très bien dans l’opinion publique.

Bref, si vous avez décidé de voter pour une autre personne, bien… vous êtes stupide, en gros.

Aux alentours des 10’10, Fillon nous offre (encore) un long passage : « Je ne fais pas de la pêche électorale et des combinaisons, moi je trace mon sillon avec mon projets », qui doit être mise en perspective avec la suite qui débute à 10’28 : « je vais vers tous les français pour les entendre », puis avec le passage à 10’31 « les agriculteurs, les médecins, les enseignants, les policiers, les artisans, les entrepreneurs et tant d’autres encore ».

Fillon n’a pas le même style de communication de Valls, dont j’ai parlé dans un billet précédent, bien qu’on retrouve des sujets similaires dans les deux discours. Il fait de longues phrases, détaillées, avec des idées qui s’étendent sur de longs passages. C’est encore le cas ici.

Il ne fait pas de la pêche électorale mais quelques instants après, il déclare s’adresser à tous les français et va jusqu’à citer certaines professions. Ce qui, techniquement, ressemble quand-même à de la pêche électorale… du coup, il déclare ne pas en fait mais il en fait. On retombe sur la construction de ses autres passages, comme celui sur la réforme. D’ailleurs, en parlant de passages longs…

10’52 : « je veux incarner l’orgueil d’une nation qui ne se laisse pas abattre. Je veux être leur porte parole dans un monde qui a besoin de la France, c’est mon combat et je viens vers vous porté par la confiance que fait naître en moi cette incroyable aventure d’un pays qui par sa bravoure, par sa culture, par son goût du progrès, a réussi à se placer parmi les 5 plus grandes puissances du monde. »

S’en suit une vague d’applaudissements.

Nous sommes dans une approche classique du discours politique ici : clairement, parler pour ne rien dire. Il dit qu’il veut être notre porte parole, comprenez notre président. Puisqu’il est en campagne, nous pouvons nous en douter.

Puis, comme depuis le début, il utilisera de grandes et longues tournures sans fin pour décrire une situation. La France est dans les cinq plus grandes puissances du monde (note personnelle et non neutre : merci au continent africain soit-dit en passant, exploité depuis des années par notre si joli pays, maintenant « indépendant », et donc les pays sont encore sous le Franc CFA… qui initialement signifiait Colonies Française d’Afrique et qui peut maintenant signifier Communauté financière d’Afrique… avouez que ça passe mieux, n’est-ce pas ? Tout est dans le langage, s’il est dit, redit, répété et martelé, il devient la réalité, mais passons…)

En résumé, sa longue – et chiante, avouons-le – phrase signifie juste qu’il trouve son inspiration dans notre histoire. Présentée ainsi on se demande bien quelle est la valeur ajoutée de ladite phrase, la réponse est assez simple : aucune.

L’analyse de la suite du discours pourrait s’avérer très intéressante, on obtient la confirmation qu’il se déclare gaulliste, on retrouve des marqueurs très de droite type  nous avons une histoire, un passé, 2000 ans d’histoire, la révolution, une belle épopée et il faut la prolonger, comprenez par là « on fait n’importe quoi maintenant, c’était mieux avant », marqueur de droite, du parti des conservateurs, du « c’était mieux avant », en historique opposition avec la gauche, considérée comme plus progressiste, plus « vous verrez ça sera pas mal après »

L’analyse pourrait continuer, donc, mais je pense que moins de 5 % des lecteurs sont arrivés jusqu’ici.

J’ai détaillé environ 11 minutes d’un discours qui en fait 63 et je ne suis que moyennement tenté d’écrire un article qui ferait passer The Blah Story, Roman en 23 volumes, pour un livre de chevet.

Comme d’habitude, n’hésitez surtout pas à partager vos avis et impressions dans les commentaires et, si vous avez une idée d’un discours à analyser, n’hésitez pas, partagez 🙂

Entre nous… petite analyse du discours de Manuel Valls

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Attention, je ne parle pas de l’interprétation hein, mais de l’analyse « de fond », de la construction des paroles, phrases, du choix des mots, des figures de style… alors j’avais rédigé un petit trois fois rien, sur l’art de la langue de bois. Je partais, alors, dans une analyse, un constat, une étude d’une véritable pratique généralisée à l’ensemble des acteurs du monde politique.

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Fichage : une dangereuse amnésie derrière un écran de fumée.

Décret n° 2016-1460 du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité. Tel est le joli nom de la nouvelle base de données, souhaitée par le gouvernement. Et cette base est destinée à tous nous ficher. Analyse d’un monstre de fichage. Continuer la lecture de Fichage : une dangereuse amnésie derrière un écran de fumée.