La levée de l’anonymat est-elle une bonne idée ?

Lors d’une élocution du président de la république face aux maires, un point a été soulevé : celui de l’anonymat. Emmanuel Macron souhaite que l’anonymat, sur Internet, soit levé progressivement. Pourquoi ? Quel est le problème ? Est-ce une bonne idée ? Décryptage.

L’anonymat, un problème ?

Dans son élocution, dont la partie qui nous intéresse est consultable ici, Emmanuel Macron a déclaré qu’il souhaitait une levée progressive de l’anonymat. Cela répondrait à un besoin « d’hygiène démocratique du statut de l’information », il estime que c’est une priorité pour la démocratie, afin de pouvoir « distinguer le vrai du faux » car « aujourd’hui, on a beaucoup d’informations, tout le temps, mais on ne sait pas d’où elle vient. »

C’est une façon de remettre chaque personne face à ses responsabilités et ses propos, l’idée est qu’il ne soit plus possible de diffuser de fausses informations, de proférer des insultes, des menaces ou autres joyeusetés sans qu’on sache immédiatement qui tient de tels propos.

On notera qu’à la fin du passage, le président déclare que cette levée d’anonymat permettrait de savoir « d’où les gens parlent et pourquoi ils disent des choses. », des propos assez larges, flous et inquiétants.

Il est vrai que l’usage de l’anonymat a, comme toute chose, deux faces, une bonne et une mauvaise. La mauvaise est que de nombreuses personnes pensent pouvoir tout dire, tout déclarer, certains allant même jusqu’à proférer des insultes, des intimidations, voire des menaces de mort. De plus, des profils un peu techniques savent globalement bien masquer leurs traces afin d’être difficilement identifiables. Dans certains cas, l’anonymat est un obstacle pour les forces de l’ordre, qui ont parfois besoin de réponses rapides, voire immédiates dans certaines enquêtes, l’anonymat serait également un obstacle à lever pour ces raisons.

Si le souhait de lutter contre la diffusion des fausses informations, contre les propos outrageant, contraires à la loi et, plus généralement, contre les comportements conduisant à tout cela est plus que louable et va dans l’intérêt commun, il est néanmoins nécessaire de s’interroger quant à la solution proposée, qui n’est pas sans conséquences.

Pour commencer, l’anonymat, le vrai, est-ce que ça existe ?

La réponse est simple : non, ou très peu et dans des conditions très spécifiques. Disposer d’un pseudonyme ne fait pas de vous une personne anonyme, des recherches, généralement assez rapides, permettent aisément de vous identifier. Pour être exact, il faudrait parler de pseudonymat, de « presque anonymat », ou « d’anonymat en surface ». Votre serviteur, par exemple, est derrière un pseudonyme : Numendil. Seulement, des recherches rapides, non techniques et accessibles à tout le monde permettent de savoir quelle est mon identité civile (et si vous vous posez la question, oui, c’est voulu, et assumé, ce fut un temps nécessaire).

L’anonymat n’existe pas, ou très peu comme je le disais, car le fonctionnement même d’Internet fait qu’il est plutôt ardu de l’obtenir.

Prenons un cas pratique (et déjà peu commun) : une personne derrière un pseudonyme, inscrite à partir d’une adresse e-mail factice, utilisant un VPN pour se connecter.

Il faut que l’individu reste connecté à son VPN, il ne doit ni se connecter en direct au réseau social où il est enregistré, ni directement à son adresse e-mail factice pour valider son inscription, et encore… son VPN connait sans doute sa véritable adresse IP, voire des informations plus poussées dans le cadre d’un VPN payant. Cette adresse IP peut être raccordée à un individu par l’intermédiaire d’une demande à son fournisseur d’accès à Internet… il peut, alors, être identifié. C’est pour cette raison qu’on préfère parler de pseudonymat, pseudo-anonymat : ça y ressemble, ça s’en rapproche, mais ce n’est pas un anonymat total, complet, parfait, quelqu’un, quelque part, sait qui vous êtes.

Si les personnes à l’appétence technique le savent et le comprennent, il n’en est pas de même pour une partie non négligeable des techniciens de la loi, députés, ministres, voire manifestement du président…

Pour ces derniers, les efforts d’identification semblent trop lourds, trop longs à mettre en œuvre, c’est une des raisons qui fait que, depuis des années, des politiques déclarent çà et là que l’anonymat d’Internet est un réel problème.

La solution consisterait, purement et simplement, selon ces derniers, à faire sauter cet anonymat, sur les réseaux sociaux, blogs, sites, …

Une mauvaise réponse à un vrai problème.

Je l’ai déjà dit par le passé, faire sauter l’anonymat est une très mauvaise idée, qui serait, à n’en pas douter, contreproductive et à l’exact inverse du but recherché de la démarche.

Premièrement, comme expliqué précédemment, la plupart des personnes derrière un pseudonymat sont aisément identifiables, au prix de quelques efforts. L’arsenal juridique en la matière est déjà fort riche, l’arsenal technique pour automatiser l’identification d’une personne l’est tout autant : chercher des adresses IP, des métadonnées, des logs laissés çà et là, recroiser des informations, ça se fait déjà, parfois de façon automatisée, via des logiciels qui font très bien le travail.

Secundo, l’objectif concerne une partie très minoritaire, quoi que très visible et très présente, des individus… mais la levée d’anonymat concernerait tout le monde. Pour de nombreuses personnes, bien plus nombreuses que les nuisibles abordés précédemment, la levée de l’anonymat aurait de très fâcheuses conséquences : limitation de la capacité à s’exprimer librement, exposition à des risques de représailles, persécutions, harcèlement à plus grande échelle ou par d’autres moyens que les actuels. De nombreux professionnels ne sont pas en capacité de s’exprimer s’ils doivent le faire en utilisant leur identité civile : l’armée, la gendarmerie, la police, les médecins, les avocats et bien d’autres encore sont tenus à des obligations et à un secret professionnel. Ils ne pourraient pas alerter l’opinion publique ou relater des faits inadmissibles sous leur identité civile.

Certaines situations (des vols, des agressions ou des viols par exemple) ne sont connues que grâce à l’anonymat qu’Internet permet. Les victimes de ces actes ne pourraient pas s’exprimer sans anonymat, les représailles seraient rapides et évidentes. Dans ces situations, les femmes seraient davantage touchées par tout ce qui pourrait survenir. Elles sont déjà, malgré l’anonymat dont certaines disposent, insultées, traquées, stalkées, menacées voire agressées physiquement par des dérangés qui vont jusqu’à les retrouver… si elles étaient obligées d’être sous leur identité civile, ça ne pourrait qu’être pire.

Comment parler de violences conjugales en utilisant son identité civile ? C’est tout bonnement inconcevable.

En résumé : la levée de l’anonymat conduirait nécessairement à une diminution de notre capacité à nous exprimer, entraverait notre liberté d’expression et pourrait avoir de très importantes conséquences.

Pire, la levée de l’anonymat conduirait à une forme d’autocensure, de méfiante permanente des propos tenus, ce n’est bon pour personne, y compris pour le semblant de démocratie dont nous disposons.

Tertio, les personnes diffusant de fausses informations ou tenant des propos inadmissibles, voire illégaux, ne changeraient pas de façon de faire. La plupart ne sont pas derrière un pseudonyme, ils s’expriment avec leurs noms et prénoms de la vie civile, et assument totalement les propos tenus. Dès lors, lever progressivement l’anonymat pour en trouver quelques-uns reviendrait surtout à pénaliser la grande majorité.

L’anonymat est un sujet à part entière, de nombreux papiers et de nombreuses études existent sur le sujet. Par exemple, pour le rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté d’expression, l’anonymat est même une composante essentielle à la liberté d’expression. En 2015 déjà, David Kaye, alors Rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection de la liberté d’opinion et d’expression, exhortait les gouvernements à renoncer à la levée de l’anonymat sur Internet car cela pouvait interférer avec le droit à la liberté d’expression. Le rapport est consultable ici (doc) et on peut d’ailleurs y lire la chose suivante :

« In this sense, encryption and anonymity technologies are specific media through which individuals exercise their freedom of expression. » (Section C, point 26, dernières ligne, page 10).

Pour beaucoup de personnes, certainement plus neutres, plus objectives et moins impliquées que moi, l’anonymat n’est donc ni plus ni moins qu’un des piliers de la liberté d’expression, est c’est bien vrai. Sans la capacité actuelle dont nous bénéficions, à savoir celle d’une forme d’anonymat tout relatif certes, mais une forme d’anonymat quand même, nous ne serions pas libre d’aborder un tas de sujets, allant de situations de la vie quotidienne à des drames, en passant par les métiers, la religion, la sexualité, …

Vous l’aurez compris, je ne souhaite pas qu’un jour, nous soyons dans l’obligation de devoir présenter un titre d’identité pour pouvoir s’inscrire et communiquer en ligne, consommer un contenu sur une plateforme ou écrire un commentaire. Cela conduirait irrémédiablement à un affaiblissement de notre capacité nous exprimer librement.

En conclusion, l’anonymat, c’est comme quasi n’importe quelle chose sur terre : c’est un outil, un moyen, on peut s’en servir pour faire le mal, certes, mais la vaste majorité des personnes ne l’utilisent pas ainsi. L’outil est neutre, les comportements non. Et il ne faut ni blamer ni interdire l’outil, il n’y est pour rien.

Mastodon, qu’est-ce que c’est ?

Un énorme buzz a vu le jour récemment, autour d’un potentiel « concurrent » sérieux au service Twitter : Mastodon. Ayant vu beaucoup de papiers et surtout d’énormes erreurs, voire d’abjectes conneries, j’ai décidé d’en parler ici pour vous expliquer, en détail, ce que c’est. Continuer la lecture de Mastodon, qu’est-ce que c’est ?

Censure : a quel jeu joue Facebook ?

Il y a quelques jours, une nouvelle venait assombrir le paysage de la « liberté d’expression » sur Facebook, comprenez par-là, la liberté d’expression selon Facebook qui est une lointaine cousine de la véritable liberté d’expression. Retour sur cette affaire. Continuer la lecture de Censure : a quel jeu joue Facebook ?

Lettre ouverte à Bernard Cazeneuve, M. le ministre de l’Intérieur.

Cher M. Cazeneuve, dans votre discours de clôture du colloque des Attachés de Sécurité Intérieure, vous avez tenu les propos suivants :

« Tous ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue, comme s’il y avait une corrélation entre le nombre de décibels qu’on utilise et l’incongruité des propos que l’on tient sur ces sujets, ont été contre toutes les décisions législatives que nous avons arrêtées : contre le blocage administratif des sites, contre l’entreprise individuelle terroriste, contre la loi Renseignement, contre l’interdiction administrative de sortie du territoire… Comme si toute la stratégie consistait à rendre impossible le travail des services, par des mesures législatives opportunes, pour mieux constater la difficulté dans laquelle les services se trouvent d’accomplir leurs missions et mieux pouvoir ensuite théoriser qu’il n’y a qu’une seule et unique solution, qui consiste à organiser la suspicion autour des musulmans de France de telle sorte à pouvoir les stigmatiser, les accuser alors que l’immense majorité d’entre eux, sur le territoire national, pratiquent leur religion dans le respect profond des principes et des valeurs de la République. »

Afin de mettre au clair un certain nombre de points qui me semblent importants, je me permets de vous écrire cette lettre et j’invite chaque internaute qui lira cette lettre et partagera mes idées à vous la faire suivre également.

Tout d’abord, j’imagine que vous visez la Quadrature du Net lorsque vous parlez de « ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue ». Permettez-moi de vous signaler que cette remarque est au mieux inexacte et au pire, qu’elle est la manifestation de la plus mauvaise foi possible.

Prenons par exemple les débats de la loi sur le renseignement, puisque vous y faites vous-même référence : la Quadrature du Net n’était pas seule mais suivie par de nombreuses organisations, des avocats, des juristes, des ONG connues et reconnues pour leurs compétences et leur travail depuis de nombreuses années et ce dans le monde entier.

Lorsque vous vous exprimez ainsi, vous ne « tapez pas » uniquement sur la Quadrature, vous méprisez également le Syndicats de Magistrats, l’ordre des avocats, Reporters Sans Frontières, la Fédération Internationale de la ligue des Droits de l’Homme et bien d’autres encore, vos propos sont indignes d’un ministre, indignes d’une démocratie, indignes d’une république.

Est-ce là l’estime que vous portez à ces associations, à ce contre-pouvoir fondamental dans toute démocratie ?

Doit-on considérer que vous aimeriez qu’il n’y ait aucune critique, aucune inquiétude, aucune remarque ?

Monsieur le ministre, un pays dans lequel la contestation n’existe pas n’est pas une démocratie, mais la pire des dictatures.

Doit-on considérer que ces propos sont dignes d’un tyran, dérangé par des citoyens et des associations inquiétées par un certain nombre de lois qui touchent aux libertés individuelles ?

Vous déclarez ensuite « comme s’il y avait une corrélation entre le nombre de décibels qu’on utilise et l’incongruité des propos que l’on tient sur ces sujets ».

Monsieur le ministre, entre nous, qui espérez-vous berner ?

Votre déclaration suggère que nos propos sont déplacés et que c’est pour cette raison que nous hurlons. Vous jouez avec l’imaginaire collectif qui imagine alors que quelqu’un qui hurle est quelqu’un qui se trompe ou qui utilise l’agressivité comme arme pour asseoir des propos.

Non, monsieur le ministre. Si certains finissent par perdre patience, c’est simplement parce qu’ils sont humains.

Comment ne pas perdre patience face à un ministre qui témoigne aussi peu de respect à des organisations citoyennes ?

Comment ne pas perdre patience face à un ministre qui refuse tout dialogue constructif, tout échange, qui rejette toute idée contraire à sa propre vision des choses ?

A nouveau, pensez-vous que votre posture soit digne d’un ministre ? Je comprends votre désir de faire partie des « grands » de la cinquième république en ayant d’excellents discours, mais je suis au regret de vous dire que cela n’arrivera pas.

La maîtrise du verbe ne fait pas tout, le mépris que vous nous témoignez finira par avoir raison du respect que nous vous témoignons. Pour autant, rassurez-vous, jamais nous n’irons jusqu’à tenir vos propos.

Ce que nous souhaitons et qui semble vous déplaire au plus haut point, c’est débattre. Simplement débattre et avancer, ce que vous refusez de faire.

Si parfois, nous finissons par perdre patience, c’est parce que votre comportement est tout simplement inadmissible, que vous refusez tout dialogue, que vous jouez avec le verbe.

Je ne suis d’ailleurs pas certain que nous reléguer au rôle de «ceux qui parlent fort et d’ailleurs généralement de façon incongrue » soit une réelle invitation à apaiser le « débat ».

Monsieur le ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas vos ennemis, il serait peut-être temps de le comprendre.

Nous sommes des citoyens, des informaticiens, des « civils », des juristes, des avocats, des charpentiers, des plombiers, des joueurs, des techniciens, des conseillers, des vendeurs, des commerciaux, nous sommes la société civile et sommes simplement inquiets de la tournure que vous faites prendre à la loi.

Nous ne sommes pas vos ennemis, ni formellement opposés à toutes ces lois dont vous parlez, nous souhaitons simplement qu’elles soient bien rédigées, équilibrées, qu’elles conjuguent liberté et sécurité que vous vous efforcez à opposer. Nous pensons qu’une autre solution est possible, nous pensons qu’instaurer des « boites noires » extrêmement critiquées par « ceux qui savent » ne sont pas la bonne solution, nous pensons qu’un juste milieu existe et souhaitons simplement trouver ce juste milieu.

En guise de réponse, nous obtenons de vous des moqueries, des critiques, nous n’obtenons aucun débat constructif et, monsieur le ministre, je trouve ça extrêmement dommage, tant pour vous que pour votre carrière, que pour nous, la société civile, la démocratie en souffre et vous en êtes au moins partiellement responsable.

C’est par vos attitudes et votre comportement que beaucoup baissent les bras, que « le peuple » s’intéresse de moins en moins à la politique, qu’il vote de moins en moins.

A quoi bon puisque vous n’écoutez rien, ni personne ?

Face à votre déclaration, je m’interroge. Votre parcours professionnel dénote une sensibilité au droit et une intelligence certaine, vous sortez de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, êtes ancien juriste, ancien conseiller de secrétaires d’Etat, avocat au barreau de Cherbourg en 2003, vous êtes une personne que j’imagine intelligente.

C’est encore plus effrayant, en fait. J’aurais aimé vous imaginer sot, dénué de toute réflexion, j’aurais pu vous pardonner vos écarts, vos discours anxiogènes, vos critiques infondées… mais non. Vous êtes intelligent, vous êtes pleinement conscient de ce que vous déclarez, cela en devient presque une circonstance aggravante, tant d’intelligence pour un si piètre résultat, c’est tout de même dommage.

Revenons à l’essentiel, monsieur le ministre : nous ne sommes pas vos ennemis, ni fermement opposés au fond des textes dont vous parlez, nous sommes opposés à la forme de ces textes, au fait qu’ils soient votés dans l’urgence, au fait qu’ils souffrent de failles et de lacunes, notamment lorsqu’il s’agit de protection des libertés individuelles.

Enfin, monsieur, parlons brièvement de ceci :

« qui consiste à organiser la suspicion autour des musulmans de France de telle sorte à pouvoir les stigmatiser, les accuser alors que l’immense majorité d’entre eux, sur le territoire national, pratiquent leur religion dans le respect profond des principes et des valeurs de la République. »

Seriez-vous en train de sous-entendre que, si nous sommes contre vos textes, alors nous sommes racistes et vouons une profonde haine autour des musulmans de France ?

D’ailleurs, mes excuses, mais comment ces musulmans sont arrivés ici, dans votre discours ? Etes-vous en train de vous servir de ces musulmans comme d’un faux prétexte, un « bouclier » ?

J’ose espérer que ce n’est pas un argument fallacieux pour faire taire tout débat et jeter l’opprobre sur quiconque oserait à nouveau critiquer le moindre texte estampillé « made in Bernard Cazeneuve » ? Ce n’est pas le cas, n’est-ce pas ?

Je reconnais cependant là votre style : faire d’une chose éminemment complexe un débat absolument binaire où d’un côté il y a les gentils dont vous faires partie et, de l’autre, les méchants.

C’est la même ligne de défense que lors des débats sur la loi sur le renseignement.

Monsieur Cazeneuve, la vie n’est pas binaire, elle est composée d’une multitude d’éléments qui font que vous ne pouvez ni ne devez adopter de tels comportements.

Pensez-vous que nous faire passer pour des racistes soit une chose saine ? Utile au débat ?

Finalement, j’ai l’impression que la seule personne à parler fort et de façon incongrue, ici, c’est vous.

Vous parlez tellement de nous, tellement souvent, vous nous critiquez tellement souvent que j’en viens à me demander si, secrètement, vous ne nous aimez pas.

Nous citer aussi souvent, c’est flatteur. Je vous remercie donc de penser aussi souvent à nous.

En revanche, la prochaine fois, ayez la décence de ne plus tenir de tels propos en parlant de la société civile, elle ne demande qu’à vous aider, ne la méprisez pas.

En vous remerciant du temps que vous ne consacrerez certainement pas à lire cette lettre ouverte.

GoLeaks : les leaks de l’Ouest.

J’ai décidé de vous parler de GoLeaks, une plateforme de leaks comme son nom l’indique, suite à une conférence très intéressante lors du festival « Pas Sage en Seine 2015 », où j’ai rencontré @Datapulte, hacker en charge de la partie technique du projet.

Le projet semble bien parti, solide et pas décidé sur un coup de tête. Les personnes qui vont s’occuper du projet sont fiables et de confiance.

La première plateforme régionale de récolte et de diffusion d’information, de « leaks », par des sources anonymes, va donc prochainement voir le jour.

Petit tour d’horizon de GOLeaks.

Le GO, c’est pour Grand Ouest, les leaks porteront sur l’ensemble de la Bretagne et on peut déjà imaginer des leaks en lien avec Notre-Dame-des-Landes par exemple, mais pas que. De la fuite très locale, du village à la ville, de l’élu local à beaucoup plus, il y a là, à mon avis, beaucoup de choses à récupérer.

Ce sont ces raisons qui ont entrainé la création de GOLeaks.

Le projet

Le besoin est le suivant : partager une information sensible ou compromettante, une information qui mérite d’être connue du grand public. Cette information, en raison de son caractère sensible, ne peut pas être partagée via des outils « classiques », par mail, SMS, au téléphone …

Il faut être capable de protéger et d’anonymiser au maximum la source de l’information, clef de la réussite des sites de leaks. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin dans le billet.

Protection des sources, travail avec les journalistes et les maisons de presse, gestion des échanges entre source et journaliste pour sécuriser au maximum la source, telles sont les ambitions du projet.

Techniquement

La plateforme est découpée en deux parties, l’une servant de vitrine, l’autre étant la réelle plateforme d’échange.

« Les deux sites sont séparés et hébergés à des endroits différents, chez un opérateur de confiance, afin de sécuriser au maximum les plateformes. S’il y a une faille de sécurité sur un site, elle ne permettra pas de remonter jusqu’à l’autre », m’explique @Datapulte, hacker en charge du projet.

Sur le site web « classique », on découvre les raisons du projet ainsi que ses ambitions. D’ici à son lancement, la vitrine de Goleaks changera, pour indiquer aux utilisateurs qu’il faut un protocole de connexion et de contact spécifique pour déposer une information sur la plateforme.

La plateforme centrale sera un service caché dans le réseau TOR (avec une adresse qui se termine en .onion pour faire plus clair). De facto, il faudra obligatoirement utiliser TOR afin de pouvoir envoyer une information au site, @Datapulte m’explique…

« on ne veut pas mettre en danger une source, nous allons donc forcer l’utilisation de TOR pour sécuriser un peu plus les échanges. Notre but est de servir de plateforme de leaks mais pas n’importe comment et surtout pas en compromettant des sources désireuses d’échanger des informations sensibles ».

Qu’on se le dise, @Datapulte sait où il veut mener le projet, ce qui est très rassurant aux vues du projet.

Une fois un leaks déposé sur le site, il sera mis à disposition de journalistes afin qu’ils puissent traiter l’information, nous y reviendrons. Les échanges avec les journalistes exigeront le même protocole de connexion que celui des sources : TOR.

GOleaks permettra aussi l’envoi de mails chiffrés, à la source et au journaliste, en servant d’intermédiaire. « Nous avons choisi d’être l’intermédiaire entre une source et un journaliste pour sécuriser au maximum les échanges. Une source souhaite contacter un journaliste, un mail chiffré est envoyé par Goleaks au journaliste, qui doit passer par la plateforme d’échange afin de pouvoir répondre à la source. ».

Pourquoi servir de plateforme centrale et incontournable ?

A cette question, @Datapulte me répond « nous pensons qu’il est préférable qu’un journaliste et une source ne soient pas directement en contact. En procédant ainsi, s’il y a un problème, la source ne met pas en danger le journaliste et vice-versa. Dans le pire des cas, si une source est grillée ça ne pourra remonter que jusqu’à Goleaks, idem si c’est un journaliste, la piste ne pourra remonter que jusqu’à Goleaks. Nous sommes conscients de notre rôle de fusible ».

Je trouve ce point très positif, dans les explications fournies, je sens réellement la volonté de minimiser les risques et dangers, « le risque zéro n’existe pas, mais on cherche à s’en approcher le plus possible ».

Rajoutons que Goleaks tourne sous Globaleaks, une plateforme open-source dédiée aux leaks. Globaleaks est développé par “Hermes Center for Transparency and Digital Human Rights”, Globaleaks est, par exemple, utilisé par « Le Monde » via https://secure.sourcesure.eu.

C’est un projet très suivi, régulièrement mis à jour et assez sécurisé, considéré comme une excellente initiative par de nombreux journalistes et hackers, comme ceux du CCC ou Jacob Applebaum par exemple.

Serveurs séparés, hébergés chez un acteur de confiance, passage par TOR requis, mails chiffrés, plateforme qui s’impose un niveau de sécurité élevé… les outils ne manquent pas pour faire de Goleaks une réussite.

Reste le problème des sources et de l’utilisation des outils, parfois compliquée pour des utilisateurs néophites.

A nouveau, @Datapulte a les idées claires sur le sujet : « concernant les leaks, nous pensons qu’il peut y avoir beaucoup d’informations, si nous arrivons à faire connaître le projet, clef de notre réussite. Côté formation, nous avons déjà des contacts avec des journaux locaux pour les former à utiliser TOR et nous allons mettre, sur la vitrine publique du site, des informations et explications claires pour pouvoir déposer un leak ».

Le traitement de l’information sera assuré par les journalistes, « nous travaillons déjà avec des journalistes afin d’établir des partenariats. Lors du dépôt d’un leak, le lanceur d’alerte pourra choisir à qui envoyer l’information. Goleak enverra une alerte aux journalistes choisis, qui devront passer par TOR et un lien à usage unique afin de récupérer l’information transmise. »

On s’y met ?

« Pour l’instant, tout n’est pas encore prêt et nous avons besoin de soutiens et de visibilité avant de nous lancer. »

Je ne sais pas de quoi l’avenir est fait, mais Goleaks possède les clefs pour qu’il soit bon.

En revanche, je sais qu’ils auront prochainement besoin d’un financement pour faire tourner la plateforme, @Datapulte m’informe « qu’une campagne de financement verra prochainement le jour, d’ici septembre. »

Souhaitons-leur bon courage.

Vous pouvez retrouver toutes les informations de Goleaks à cette adresse https://goleaks.org/, @Datapulte sur Twitter et @R0aming_, un rédacteur en chef Web, lui aussi impliqué dans le projet Goleaks.

Vous pouvez également retrouver GOLeaks sur Twitter : http://twitter.com/goleaks_

Loi sur le renseignement : et maintenant ?

Si vous me suivez ou lisez ce blog, vous savez que le projet de loi sur le renseignement a, hier dans l’après-midi, franchi une première étape : celle de l’Assemblée Nationale.

Ils étaient 438 pour, 86 contre et 42 abstentions. Je ne reviendrai pas sur les raisons qui font que je trouve cette adoption parfaitement inadmissible.

…que vais-je faire …

C’est simple : surtout, ne pas perdre sa motivation. Si vous arrêtez de vous battre pour des causes qui vous semblent justes, c’est perdu d’avance car personne ne le fera pour vous. Certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent.

La vraie question est : où vous plaçez-vous, du côté de celles et ceux qui attendent que les choses changent « comme ça, par magie », où du côté de ceux qui essayent, encore et encore, même si cela ne fonctionne pas ou pas toujours ?

de tout ce temps…

Car c’est le seul véritable problème : le temps.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Pour commencer, le texte va filer au Sénat, où les sénateurs et sénatrices seront mené.e.s à se positionner sur le texte.

La suite des évènements dépendra des décisions du Sénat, s’il vote le texte parfaitement identique à la version de l’Assemblée Nationale ou non.

Ce qui veut dire que nous disposons encore de temps pour agir, il faut donc agir, continuer le travail de fond avec les sénateurs et leur expliquer les réels dangers de cette loi et les enjeux techniques, parfois bien compliqués à comprendre pour des personnes dont ce n’est pas le coeur de métier.

que sera ma vie ?

Personnellement, j’ai déjà commencé à alerter les sénateurs, depuis quelques semaines.

Comme dit, certains attendent que le temps change, d’autres le saisissent avec force et agissent.

Moi j’ai décidé d’agir. Et vous ?