Autoblog de Global Voices (fr)http://fr.globalvoicesonline.org/http://fr.globalvoicesonline.org/ Un collectif d'artistes devenus agriculteurs sauvera-t-il l'un des derniers terrains cultivés de Manille ?https://fr.globalvoices.org/?p=242832http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191214_100326_Un_collectif_d_artistes_devenus_agriculteurs_sauvera-t-il_l_un_des_derniers_terrains_cultives_de_Manille__Sat, 14 Dec 2019 09:03:26 +0000Les paysans locaux sont menacés d'explusion par les autorités

Artistes et bénévoles participent à la cultivation du terrain. Source: Facebook, image reproduite avec autorisation.

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.

Dans le cadre d'une campagne de lutte contre les expulsions de paysans aux Philippines, un groupe d'artistes et de bénévoles se sont mis à l'agriculture pour cultiver un lopin de terre situé au cœur de Manille, la capitale. Le collectif, qui appartient à l’Alliance for Genuine Agrarian Reform and Rural Development (l'Alliance pour une réforme agraire authentique et pour le développement rural), connue localement sous le nom de SAKA, milite pour les droits des paysans aux Philippines.

Dans un entretien avec Global Voices, le leader de SAKA, Angelo Suarez, explique ce qui a poussé ce groupe à organiser ce qu'on appelle un bungkalan (terre cultivée en commun) à Quezon, l'une des seize villes formant la métropole de Manille, dont la population totale approchait les 13 millions d'habitants lors du dernier recensement en 2015.

As peasant advocates who advance agroecology, we wanted to participate in agricultural production.

In the spirit of bungkalan, we thought this was a great chance to start participating in production and learning the rudiments of both organic agroecology and organizing a community for the assertion of people’s rights.

En tant que paysans militant pour le progrès agroécologique, nous voulions participer à la production agricole.

Dans l'esprit du bungkalan, nous avons pensé qu'il y avait là une belle opportunité de commencer à participer à la production, et d'apprendre à la fois l'agroécologie bio, et l'organisation d'une communauté pour l'affirmation des droits humains.

Suarez fait référence à l’histoire complexe de ce terrain particulier : d'abord exploité comme terre agricole, il a été confisqué aux communautés paysannes dans les années 1930 et intégré le territoire de la ville nouvelle de Quezon. Il a de nouveau changé de statut dans les années 1950, quand le gouvernement en fait don à l’University of the Pilippines Diliman (UP), la principale université publique.

Ce terrain est resté inexploité pendant les cinq décennies qui ont suivi, malgré l'urbanisation rapide de Quezon. Vers le milieu des années 2000, la communauté paysanne locale a organisé des pétitions auprès du gouvernement afin de l'inclure dans le programme de réforme agraire, mais l'UP a contrecarré cette demande en s'alliant avec le gouvernement local de Quezon, pour rejeter sa classification en terrain agricole. En réalité l'UP prévoit d'y construire un parking.

Cependant, Suarez est catégorique sur le fait que le terrain doit être considéré comme une zone agricole, comme il l'explique :

It is a bit strange that a farmland can exist in what appears to be a highly industrialized city. But given the reality of uneven development, there does exist a large farmland in Quezon City that resembles nothing of its urban surroundings. Sure, it’s not agricultural on paper—but all it takes is a quick visit to the actual site to determine there’s nothing industrialized about this part of Quezon City at all. In fact, it is so bereft of industrialization that much of the work carried out on the farm is done by hand. The farmers cannot even afford the fuel needed by their rusty old hand tractor to make it work. Even threshing unhusked rice is done manually. What SAKA does is help maintain—and eventually prove—the agricultural status of this farmland by keeping it productive.

Il est étrange que des terres agricoles puissent exister dans une ville très industrialisée. Mais étant donné la réalité du développement à plusieurs vitesses, il y a à Quezon une grande zone agricole qui ne ressemble en rien à son environnement urbain. Bien sûr, elle n'est pas agricole officiellement – mais il suffit de se rendre sur place pour constater qu'il n'y a rien d'industriel dans cette zone de Quezon. En réalité, elle en est si dénuée que la plus grande partie de la production agricole est réalisée à la main. Les fermiers n'ont même pas les moyens de payer le carburant nécessaire à leurs vieux tracteurs rouillés. Même le battage du riz se fait manuellement. Ce que fait SAKA, c'est d'aider à maintenir – et à terme, à démontrer – le statut agricole de ces terres, en préservant leur productivité.

Suarez a évoqué l'intervention de la SAKA  dans la zone depuis le début de l'année 2019.

We sought permission from the local peasant community to let us till the few square meters they had left unkempt for its difficulty to till. We worked the land for months, till it’s finally able to yield eggplant, okra, pechay [a form of cabbage], string beans, and other vegetables. We are yet to devise a more efficient system for portioning out the produce among those who’ve worked on it, but for a good span of time all produce was for anybody’s taking: primarily the resident farming community, then the SAKA volunteers who’ve worked on it.

Nous avons demandé à la communauté paysanne locale l'autorisation de labourer les quelques mètres carrés encore inexploités, car trop difficiles à bêcher. Nous avons travaillé la terre pendant des mois, jusqu'à pouvoir finalement récolter des augergines, du gombo, du pechay [une variété de chou, ndla], des haricots verts, et d'autres légumes. Nous devons encore concevoir un système plus efficace de partage des produits entre ceux qui y ont participé, mais pendant un bon moment, tous les légumes était en libre service : d'abord pour la communauté agricole locale, puis pour les bénévoles de SAKA.

Mais désormais le groupe rencontre plusieurs nouveaux défis :

The first challenge is the fact that, being artists, literally none of us is a farming expert. Once in a while we get volunteers who have experience in urban gardening and amateur organic farming—but this land is the real deal, we’re practically starting from scratch on actual agricultural land.

Another setback is our lack of experience in organizing. Many of us in SAKA are new activists, and while we are guided by seasoned peasant organizers, many of them spend more time in the countryside where most of our peasant communities are.

Le premier défi est le fait qu'en tant qu'artistes, aucun de nous n'est expert en agriculture. Nous accueillons parfois des bénévoles qui ont de l'expérience en jardinage urbain et en agriculture bio amateure mais cette terre, ce n'est pas un jeu d'enfant, et nous partons quasiment de la case départ pour ce qui est de l'agriculture à proprement parler.

Notre manque d'expérience de l'associatif est aussi un obstacle. A SAKA nous sommes beaucoup de nouveaux activistes, et malgré l'aide d'organisateurs plus expérimentés, nombre d'entre eux passent le plus clair de leur temps à la campagne, où les communautés paysannes sont localisées.

Suarez a raconté l'inondation de la parcelle de SAKA après de fortes pluies, ce qui a obligé le collectif à creuser un canal de fortune pour évacuer le trop-plein d'eaux pluviales. Ce projet est devenu leur priorité numéro un, et le restera pendant les mois prochains :

We’ve been digging canals to jumpstart another massive till; the makeshift trenches we’re making should prevent another flooding from killing our crops. Ka Toto, one of the resident farmers and an active member of Anakpawis (Toiling Masses) partylist group, reminds us that the last quarter of the year is a great time to plant, a season conducive to growth. So we have to work double-time in gathering volunteers to join us. To do this, we have been actively campaigning in different forums, talking about bungkalan as a nation-wide mass movement that plays a significant role in the peasant struggle, as well as about bungkalan itself as an urgent intervention in UP’s forthcoming eviction of resident peasants.

Nous creusons des canaux pour démarrer une nouvelle grande culture ; les tranchées de fortune devraient protéger nos moissons de nouvelles inondations. Ka Toto, l'un des fermiers résidents et membre actif du groupe Anakpawis (les masses au labeur), nous rappelle que le dernier trimestre est un excellent moment pour planter, une période propice à la croissance. Nous mettons donc les bouchées doubles pour recruter des bénévoles. Nous avons mené une campagne active sur différents forums, à parler du bungkalan comme d'un mouvement à l'échelle nationale qui joue un rôle déterminant pour surmonter les difficultés des paysans, mais aussi en tant qu'intervention d'urgence contre les expulsions de paysans locaux par l'UP.

On ne sait pas encore si la loi signée en août 2019 par le Président Philippin Rodrigo Duterte, qui autorise l'UP à vendre des parcelles de terres agricoles au gouvernement de Quezon, pourra résoudre les différends. Mais des initiatives comme le bungkalan de SAKA permettent d'éveiller les consciences sur le besoin de préserver ces terres agricoles au coeur de la ville de Quezon, et de résister à la menace d'explusion qui pèse sur les résidents de la communauté.

Ci-dessous, d'autres photos des activités du bungkalan de SAKA :

Des cultures en pleine ville. Source: Facebook, image reproduite avec autorisation

Une activité de plantation organisée par SAKA. Source: Facebook, image reproduite avec autorisation

Bénévoles de SAKA. Source: Facebook, image reproduite avec autorisation.

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Que se passe-t-il au Chili ? Les hashtags d'une mobilisation sociale inédite en Amérique latinehttps://fr.globalvoices.org/?p=242678http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191213_171441_Que_se_passe-t-il_au_Chili___Les_hashtags_d_une_mobilisation_sociale_inedite_en_Amerique_latineFri, 13 Dec 2019 16:14:41 +0000

Illustration de Biker Blue utilisée avec son autorisation.

Le 18 octobre, le Chili a surpris le monde entier lorsqu'en moins de 48 heures un mouvement de protestation à Santiago a conduit au déploiement de l'armée dans les rues et à l'incendie de huit stations de métro dont on ne sait toujours pas à ce jour qui sont les auteurs. Nous rassemblons ici les hastags des discussions et des informations qui nous permettent de suivre ce qui se passe dans les rues des villes chiliennes.

Explosion sociale au Chili : face aux protestations de la population dues à la hausse du prix du ticket de métro, le président Piñera décrète l'état d'urgence et envoie les chars de l'armée pour réprimer la population. C'est très sérieux ! Les Forces en lutte pour le peuple chilien ! Piñera, tu pues la dictature !

Dans le scénario latino-américain actuel, où le Chili faisait figure “d'oasis”, et dont il semblait exclu, les mesures controversées prises par le gouvernement ont provoqué une rapide escalade de la violence qui a attiré l'attention internationale. Des incendies, des barricades, des pillages ont eu lieu dans tout le pays et il y a eu aussi la déclaration de guerre du président le troisième jour des manifestations, contrée par le #YoNoEstoyEnGuerra (Je ne suis pas en guerre) du général chargé de l'état d'urgence, une mesure qui n'avait pas été décrétée depuis la dictature et qui a ravivé le stress post-traumatique chez les personnes âgées.

Le président du Chili déclare “qu'il est en guerre” contre ses propres concitoyens et il se montre entouré par les forces armées. Cette phrase, ainsi que cette photo, réveillent l'écho funeste de la dictature et de la répression. Et il le sait pertinemment; ce n'est pas une gaffe.

Images inquiétantes depuis #Valparaíso, soumise au couvre-feu. C'est très douloureux de voir le #Chile avec des militaires qui patrouillent dans les rues, alors que la population manifeste son ras-le-bol social. Chili résiste.

Les plaintes de l'Institut national des Droits de l'homme pour des cas de tortures ont dépassé dans les dix premiers jours de manifestations toutes celles de 2018. En neuf ans d'existence, cette organisation a intenté un total de 319 procédures contre les carabineros de Chile [fr] (police chilienne) pour des cas de torture et à reçu 33 plaintes pour tortures sexuelles. En 2019, en seulement 19 jours, elle a lancé 145 poursuites et reçu 17 plaintes.

[Dernière mise-à-jour] Voici les chiffres recueillis directement par l'INDH à partir des observations des manifestations, des postes de police et des hôpitaux de jeudi 17 octobre à lundi 18 novembre 16h30.

#Le Chili viole les droits de l'homme #Piñera viole les droits de l'homme #Bachelet est une partie du problème

Le gouvernement de Piñera, disons-le haut et fort, a assassiné, fait disparaître, violé, réprimé et a commis des centaines de crimes. Pas la peine de déclassifier les archives pour le confirmer, il y a des preuves, comme la détention d'observateurs des droits de l'homme hier à Viña :

L’épidémie de lésions oculaires dues à des décharges de chevrotines a fait en 20 jours autant de victimes qu'en 12 mois de manifestations des gilets jaunes en France. Au 15 novembre, ce chiffre était de 230.

#Chili viole les droits de l'homme #Stop aux balles à air comprimé #Le Chili s'est réveillé #Le Chili ne se rend pas #Nous ne sommes pas en guerre #Le Chili proteste. Stop aux balles en caoutchouc !!!

Par ailleurs, des accusations constitutionnelles de crimes contre l'humanité ont été lancées, ainsi que des appels d'alerte de l'UNICEF et d'institutions publiques pour agressions, menaces et mauvais traitements envers des mineurs.

Énergique intervention de Patricia Muñoz (défenseur des droits de l'enfant) face à la Commission interaméricaine des droits de l'homme à Quito. “Il ne me semble pas du tout raisonnable que le Chili ose parler de dommages matériels sans engager une réflexion au sujet des droits de l'homme.”

Malgré les tentatives du gouvernement pour atténuer la crise avec un nouveau programme social (#NuevaAgendaSocial) et des remaniements ministériels, le thème récurrent #PiñeiraDictador (Piñera dictateur) du début de la mobilisation est réapparu quatre semaines après sous la forme #UnMesDeDictadura (Un mois de dictature). Parmi les causes de la colère de la population figurent l'espionnage gouvernemental, la participation de l'armée aux incendies et aux pillages, les éloges que leur a adressés le président et le peu d'intérêt porté aux victimes, mais aussi les mesures telles que #AcuerdoPorLaPaz (Un accord pour la paix) qui n'ont pas entraîné le retrait de l'armée des rues ni la fin de la répression de manifestations pacifiques comme #DeLaQuintaALaMoneda [marche pacifique de 98 kms jusqu'au palais présidentiel à Santiago].

Maintenant, il serait bon de savoir si les poursuites contre les activistes sociaux révélés par les #PacoLeaks [Fuites sur les flics chiliens par des hackers proches des Anonymous] ont été ordonnés par le ministère de l'Intérieur ou s'il s'agissait d'un “programme personnel” des carabiniers. Cette version de “l'ordre social” ne peut être considérée comme naturelle. Il n'est pas normal de poursuivre l'activisme social !

Les marcheurs de Limache à La Moneda étaient devant le palais depuis même pas cinq minutes, en n'ayant provoqué aucune perturbation ni provocation, que les carabiniers les ont reçus à coups de canons à eau et de gaz lacrymogènes (“guanacos” y “zorillos”) en formation serrée. Belle référence Monsieur le ministre Blumel et Monsieur le Président de région Felipe Guevara.

Le Président Piñera a déclaré qu'il comprenait le peuple et a demandé pardon pour ne pas l'avoir fait avant. Néanmoins, le Chili vient de commander pour des millions de pesos de munitions anti-émeutes.

Malgré le fait que le gouvernement tente ouvertement de criminaliser la révolte et malgré le blocus sur l'information, la persistance des manifestations a introduit des questions embarrassantes dans le débat public et a révélé le profond malaise qui afflige l'une des nations les plus riches d'Amérique latine mais également l'une des plus inégalitaires : Le Chili est le seul pays au monde où l'eau peut être complètement privatisée et où les citoyens peuvent s'endetter lourdement pour accéder à des droits comme la santé, l'éducation ou la sécurité sociale, malgré les traités internationaux dont il est signataire.

Quel bel article d'opinion que celui qui raconte l'expérience de vie de Ernesto Garratt. Lisez-la s'il vous plaît et j'espère qu'elle ouvrira les yeux de ceux qui ne veulent ni voir ni comprendre l'origine de cette crise au Chili.

Les événements qui ont débuté en octobre ont engendrés à la fois l'expression d'une certaine unité mais aussi de discorde au sein de la population. Il semble y avoir un accord autour de #NoMásViolencia (Stop à la violence) mais un désaccord sur la question de savoir s'il s'agit d'un retour à la “normalité” ou de changements structurels et de la démission du président. Avec #FueraPiñera (Piñera dehors !) et #FuerzaPiñera (Piñera courage !) on souligne la responsabilité du multimillionnaire dans la crise de ces dernières semaines mais aussi son élection par des moyens démocratiques, malgré l'effondrement de son acceptation sociale à 13%. La ténacité de la révolte et sa forte polarisation prennent leur ancrage dans l'histoire du pays qui a subi il y a 46 ans une des dictatures les plus cruelles du monde, dont on retrouve des séquelles dans des films comme Massacre au stade, No [fr], et La stratégie du choc [fr].

Les supporters des principaux clubs de football se joignent aux manifestations au Chili, et arborent leurs couleurs en signe de solidarité sur la Plaza Italia. Habitués à se battre entre eux, aujourd'hui ils disent surmonter leurs différends en faveur du peuple chilien.

Et tous ces communistes anarchistes enragés, qu'est-ce qu'ils ont gagné avec tout ce qu'ils ont fait ? Ils ont amélioré leur vie de merde ? Quoi qu'ils fassent, ils seront toujours des ratés et des perdants. Les travailleurs et les PME chiliens touchés se remettront. Ces demeurés jamais !

Deux jours avant l'explosion de violence, Clemente Pérez, l'ancien directeur du métro de Santiago, a déclaré aux lycéens qui avaient lancé #Evasion massive toute la journée : “Les enfants, ça n'a pas marché. Vous n'avez pas gagné l'opinion publique. Même sur Twitter, où ce genre de mouvement obtient le plus de soutien, il n'y a rien”. C'était compter sans le fait que l'oasis était plutôt un iceberg dont l'explosion allait trouver un écho dans les mobilisations mondiales du moment.

Les actions parlent plus fort que les mots. Mon Laferte [fr] n'a pas hésité pour les Latin Grammy Awards [fr] de 2019.

Après plus de 30 jours de grève, débrayages et défilés massifs quasi quotidiens et incroyablement créatifs, le gouvernement chilien a annoncé un référendum en vue de rédiger une nouvelle constitution. Dans une #NuevaConstituciónParaChile (Nouvelle constitution pour le Chili), c'est le retour des privilèges des élites elles-mêmes ou l'opportunité d'une nouvelle configuration du pacte social qui sont en jeu.

Incroyable la force du citoyen chilien ! En 22 jours de révolte ininterrompue résistant au terrorisme d'état, il a réussi à passer de l'abandon d'augmentation du ticket à un ordre du jour constitutionnel, non sans affronter la brutale résistance du gouvernement à céder.

Le Chili s'est réveillé.                                                                                                                                                                                                                                                               – Plebiscite pour une Assemblée constituante ✅
– Des salaires justes❌
– Education et santé publique et de qualité ❌
– Annulation de la dette❌
– Stop aux AFP❌
– Vérité, justice pour les violations des droits de l'homme ❌                                                                                                                                                                                                     La rue n'abandonne pas, le combat continue. On ne quémande pas les droits, on les revendique ✊🏽

Outre le fait que seule une partie du conflit dépend de la Constitution, ce qui se passe avec #ChileDespertó (le Chili s'est réveillé) illustre la possibilité d'un peuple à exprimer sa volonté en dehors des urnes, tandis que #ConMilicosNoEsDemocracia (Avec des militaires, ce n'est pas un démocratie) définit le rôle des droits de l'homme comme la condition préalable à toute démocratie. La fondation citoyenne #PlazaDeLaDignidad (Place de la dignité) est aussi un rappel du fait que sans justice, il n'y a pas de paix.

Chili aux yeux du monde : Piñera accusé, Sept mille pesos, ça ne suffit pas ! Il y aura des conséquences.

*Texte collaboratif élaboré dans le cadre du semestre des droits de l'homme de l'ITESM (Institut de technologie et d'études supérieures à Monterrey, Mexique.
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La coutume de la “chhaupadi”, souvent fatale pour les femmes, reste ancrée au Népalhttps://fr.globalvoices.org/?p=242758http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191213_114540_La_coutume_de_la____chhaupadi_____souvent_fatale_pour_les_femmes__reste_ancree_au_NepalFri, 13 Dec 2019 10:45:40 +0000En dépit des lois contre l'”exil menstruel”, la tradition perdure

Mass Community Health Teaching - Street Theater discussing Chhaupadi. Image from Flickr by Possible/Nyaya Health. CC BY 2.0

Un cours informel d'éducation à la santé pour tous publics – Théâtre de rue traitant du chhaupadi. Image tirée de Flickr par Possible/Nyaya Health. CC-BY-2.0

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.

Tandis que chaque année de nombreux pays, dont le Népal, se joignent à la campagne internationale des 16 jours d'activisme contre les violences sexistes [fr] menée par l'ONU, dans certains villages isolés du centre et de l'extrême-ouest du pays des jeunes filles et des femmes continuent de perdre la vie à cause d’une tradition séculaire appelée la chhaupadi.

Le 1er décembre 2019, Parwati Budha, 21 ans, a été retrouvée morte dans une petite “hutte menstruelle” non ventilée dans le district d'Achham, à l'extrême ouest du Népal, après avoir été chassée de son foyer durant ses règles. La police suppose que sa mort est survenue des suites d'une asphyxie provoquée par la fumée excessive produite par ses efforts pour chauffer son abri pendant une nuit froide. Plus de 15 filles ont péri au cours de la dernière décennie à cause de cette pratique néfaste [de l'isolement menstruel].

En dépit des lois qui criminalisent la chhaupadi, la tradition est toujours bien ancrée, confortée par une société profondément enfermée dans des notions patriarcales. Toute provocation de la part de la femme se heurte immédiatement à un ostracisme social.

La chhaupadi [fr] est une forme de tabou sur les règles qui interdit aux femmes et aux filles hindoues de participer à des activités familiales normales pendant les menstruations. Les femmes sont considérées comme “impures” et sont contraintes de vivre seules dans des huttes ou des étables en terre. Elles n'ont le droit ni d'entrer dans leur maison, ni de retrouver leur famille – en particulier les membres masculins de la famille -, ni de se rendre dans un temple. Il leur est interdit de consommer du lait, du yogourt, du beurre, de la viande et d'autres aliments nutritifs et on ne leur permet pas d'utiliser des couvertures chaudes pendant l'hiver. Elles doivent se contenter d'un petit tapis.

Pendant les règles, les femmes qui suivent la chhaupadi vivent dans des huttes mal aménagées, peu hygiéniques et non ventilées, où elles sont exposées à des risques mortels pour leur santé, tels que la diarrhée, la pneumonie et les maladies respiratoires. Elles sont également confrontées au danger d'une attaque d'animaux sauvages, voire aux agressions et aux viols.

La discrimination pendant les règles est illégale et indigne de la personne humaine. 44% des femmes dans les régions reculées du centre et de l'extrême ouest du Népal y sont confrontées chaque mois.
Nous profitons de la prochaine édition des #16DaysOfActivism pour évoquer, à l'aide de statistiques, les questions relatives aux violences sexistes au #Népal.#orangetheworld #GenerationEquality #UKaid pic.twitter.com/Ookq47Jbiw

Cette coutume a été dénoncée de longue date car elle transgresse les droits fondamentaux des femmes en raison du traumatisme physique et mental infligé.

La Cour suprême népalaise a proscrit la coutume de la chhaupadi en 2005, mais elle est toujours pratiquée et les femmes continuent de mourir chaque année. Malheureusement, de nombreux cas ne sont pas signalés à la police. En août 2017, le pays a été contraint de promulguer une nouvelle loi après une série de décès de femmes pratiquant la chhaupadi qui a fait grand bruit. En vertu de la loi, quiconque oblige une femme à suivre la coutume est passible d'une peine d'emprisonnement de trois mois ou d'une amende de 3 000 roupies (27 euros), voire des deux, mais la loi n'a jamais été appliquée. Malgré la criminalisation, cette coutume perdure encore aujourd'hui en raison de l'analphabétisme, de croyances superstitieuses et du soutien de la communauté pour cette pratique.

Des sources révèlent que de nombreux élus, militants des droits humains et enseignants sont impliqués dans cette pratique criminelle dans plusieurs localités des districts d'Achham, Bajura et Bajhang.

Une bien triste réalité de la société dans laquelle nous vivons où les femmes meurent simplement du fait qu'elles ont leurs règles, elles sont victimes de discrimination simplement en raison de leur cycle biologique normal 😓#16daysofactivism #Menstruation #Chhaupadi #GBV.

La tradition plus forte que la loi

Cette fois-ci, le cas de Parwati Budha n'a pas suscité beaucoup d'attention de la part des organismes concernés et des médias. Plusieurs programmes et campagnes de sensibilisation ont eu lieu par le passé, mais trop peu d'initiatives ont été engagées pour mettre un terme à cette situation. Le projet financé par l'Organisation des Nations Unies pour les femmes et mis en œuvre par une Organisation Non Gouvernementale Internationale (INGO), “Restless Development” (Développement sans répit) intitulée “Abolition de la Chhaupadi dans les régions de l'extrême et du centre-ouest du Népal” affirme que le programme a permis de toucher plus de 45 000 femmes et fait reculer la proportion de femmes et de filles dormant dans une “hutte menstruelle” (de 19,4 % à 5,5 %). Ceci dit, des filles comme Parwati Budha meurent encore chaque année.

Le travail nécessaire pour éliminer le système de la chhaupadi passe par la volonté de mettre en oeuvre un large éventail de politiques publiques. En outre, pour assurer une mise en œuvre efficace, la législation doit être intransigeante et appliquer le principe de la tolérance zéro. Cela exigerait également la mobilisation et la collaboration d'un large échantillon d'acteurs des secteurs public et privé ainsi que des organisations de défense des droits humains, pour mener à bien des campagnes de sensibilisation, d'éducation du public et de soutien aux victimes.

Rewati Raman Bhandari, ancien législateur et rédacteur du projet de loi qui criminalise la chhaupadi, a déclaré que la tradition semble être plus tenace que la loi car “la volonté de faire disparaître cette pratique – chez les habitants, la police et la classe politique locale – reste bien trop timide”.

Nous devons agir pour mettre fin à la pratique de la chhaupadi #chhaupadi #Nep

Malgré les réformes juridiques et l'activisme pour les droits des femmes, le fléau sociétal de la chhaupadi ne cesse de coûter la vie aux femmes et aux filles népalaises. Un problème grave auquel il faut s'attaquer.

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Global Voices fête ses 15 ans !https://fr.globalvoices.org/?p=242820http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191212_155654_Global_Voices_fete_ses_15_ans__Thu, 12 Dec 2019 14:56:54 +0000

Décembre 2004. Il fallait être étudiant dans le supérieur pour utiliser Facebook, Twitter n'existait pas encore et les trolls vivaient la plupart du temps sous les ponts dans les contes de fées. Nos téléphones n'étaient pas si “smart”, les fuites étaient l'affaire des plombiers et il y avait encore des choses qu'on ne pouvait pas acheter sur Amazon.com. On trouvait une riche palette de sites d'actualité indépendants, les blogs étaient en plein boom, et on avait de vraies discussions en ligne. C'est alors que Global Voices est né.

Cela fait donc 15 ans que nous existons ! En “années chien”, cela fait 110 ans. En années internet, c'est quasiment un millénaire.

Aujourd'hui, nous voulons profiter de l'occasion pour remercier notre fantastique communauté internationale d'auteurs et traducteurs, ainsi que nos fidèles lecteurs et toutes les personnes qui nous soutiennent. Ce sont elles et eux qui ont insufflé à Global Voices la force et l'énergie nécessaires pour perdurer. Depuis 2004, nous avons contribué à la réalisation de certains des plus importants reportages au monde. Nous avons publié près de 100 000 articles, ouvert des sections consacrées au soutien de l'usage des médias numériques dans les communautés locales et sous-représentées et à la défense des droits humains en ligne, et créé  une communauté de traducteurs travaillant dans plus de 51 langues. Sans vous, Global Voices n'existerait pas.

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Sur Twitter, cet écrivain brésilien dévoile des pages de l’histoire des Noirshttps://fr.globalvoices.org/?p=242712http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191212_112043_Sur_Twitter__cet_ecrivain_bresilien_devoile_des_pages_de_l___histoire_des_NoirsThu, 12 Dec 2019 10:20:43 +0000Ale Santos fait sensation en racontant l'holocauste congolais

Ale Santos, chercheur et écrivain. Photo de Paulinho, utilisée avec autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages web en portugais]

Le baobab [fr] (ou adansonia) est un arbre qui pousse en Afrique, au Moyen-Orient et en Australie. Certains peuples africains croyaient que l’on pouvait oublier une partie de son passé en marchant autour de son tronc. Les négriers obligeaient généralement les captifs à tourner autour de l’arbre de l’oubli avant de les embarquer de force à bord de leurs navires, ceci afin qu’ils oublient leur culture et leur passé.

L’écrivain brésilien Ale Santos raconte cette anecdote dans la préface de son livre Rastros da Resistência (« Sentiers de résistance »), un recueil de 20 histoires de héros noirs ayant réellement existé, publié en octobre au Brésil.

Dans son livre, Ale Santos affirme que la tradition orale a contribué à la préservation de l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora, malgré les efforts entrepris par les Européens pour effacer les identités et les racines des peuples réduits en esclavage. Des histoires comme celle du baobab sont désormais essentielles pour réinterpréter des us et coutumes que l’on croyait perdus. Il note :

Na África Ocidental, haviam os griots (ou djéli, na ortografia francesa), guardiões das tradições orais. Eles tinham uma posição de destaque e por vezes também excerciam outras funções, como as de mensageiros, arautos, conselheiros de guerra, artífices. Mas, mais importante, eram registros vivos dos principais acontecimentos de seu povo.

Les griots (ou djélis en français) étaient les gardiens de la tradition orale en Afrique de l’Ouest. Il s'agissait de personnes importantes qui exerçaient parfois d’autres métiers, tels que messagers, hérauts, conseillers en guerre ou artisans. Cependant, ils étaient avant tout les garants de la mémoire des principaux événements de leurs peuples.

Fruit d’un an et demi de recherches, le livre s'inspire fortement du compte Twitter @savagefiction, qui bénéficie d'une forte popularité au Brésil grâce à ses fils de discussion consacrés à l’Afrique et à l’histoire de sa diaspora.

Ale Santos a commencé à dévoiler ces pages d'histoires sur WhatsApp au sein de petits groupes d'amis. Depuis juin 2018, c'est sur Twitter qu'il les publie. Le premier de ses fils de discussion à être devenu viral portait sur le génocide de 8 à 10 millions de Congolais, perpétré par Léopold II de Belgique dans l’ex-Congo belge (actuelle République démocratique du Congo) entre la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle :

Il y a tant d’injustices qui ont été commises contre le peuple africain au cours de l’histoire, que considérer l’Holocauste juif comme le plus grand crime contre l’humanité est une erreur. Léopold II était un monstre sanguinaire encore plus horrible. Bien qu'il soit triste, ce fil de discussion est nécessaire pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de l’holocauste congolais.

Ale Santos s’est ensuite rendu compte que les histoires étaient des armes puissantes pour transmettre des connaissances. Après son fil de discussion consacré au Roi Léopold, il s'est intéressé aux zoos humains, dans lesquels on exhibait comme des animaux des autochtones des régions colonisées par l’Europe :

Les Européens doivent sûrement se réjouir du manque de mémoire historique des pays anciennement colonisés. On peut facilement oublier la cruauté et les ravages du passé quand personne n’en parle. Ce fil de discussion s’adresse à ceux qui n’ont jamais entendu parler des zoos racistes et inhumains qui existaient à travers le monde.

Ale Santos met surtout en avant des personnages historiques brésiliens peu connus du grand public, tels que Dragão do Mar (« Dragon des mers »), l'un des leaders des ouvriers portuaires ayant mis fin à la traite des esclaves dans le nord-est de l'État de Ceará, et Tereza de Benguela, la reine d'un quilombo (communautés formées principalement d'esclaves en fuite durant l'époque coloniale) ; il a déjà écrit sur les politiques de blanchiment de la population au Brésil du début du 20e siècle, ou sur des événements tels que le massacre de 111 détenus d'une prison de São Paulo en 1992.

Peu de gens le savent, mais le Brésil a connu des abolitionnistes dont les histoires marqueraient n'importe quel Noir et l'amèneraient à soutenir triomphalement notre lutte. Je raconterai l'une d'entre elles dans ce fil de discussion, celle d'un valeureux guerrier portant le nom d'une créature mythologique : Dragão do Mar (Dragon des mers)

En 2003, une loi a introduit l'Histoire et la Culture des Afro-brésiliens dans le programme scolaire national. Seize ans plus tard, elle n'est toujours pas appliquée dans l'ensemble des écoles. Son application reste le fait d’initiatives individuelles isolées.

Le Brésil est le dernier pays d'Occident à avoir aboli l'esclavage en 1888. Il était aussi le plus grand acheteur d'esclaves africains : la base de données Slave Voyages [en] recense 5 099 816 captifs déportés vers le pays pour y être esclaves entre le 16e siècle et l'année 1875.

Comme l'a affirmé Ale Santos à Global Voices sur WhatsApp, il existe une tradition déplorable qui consiste à raconter l'histoire du point de vue des colonisateurs. Selon l'écrivain, l'eurocentrisme a laissé des traces profondes dans chacun des pays anciennement colonisés en détruisant la diversité et les cultures de ces pays.

Contar as narrativas que vivem à margem da historiografia é dar uma nova dignidade para esses povos, recolocar eles dentro da importância, em um movimento democrático, um ambiente onde todos se sintam valorizados.

Realmente, isso impacta no indivíduo. Vai impactar como a sociedade enxerga esse indivíduo, isento de estereótipos, reconhecendo a sua ancestralidade, reconhecendo seu valor cultural dentro da sociedade, de qualquer democracia.

Le fait de raconter des histoires qui occupent une place minime dans l'historiographie permet de restaurer la dignité et l'importance de ces peuples dans un cadre démocratique où chacun se sent apprécié à sa juste valeur.

Cela impacte réellement l'individu et la manière dont la société le perçoit. Il n'est plus associé à des stéréotypes, son ascendance et ses valeurs culturelles sont reconnues au sein de la société et dans toute démocratie .

Le rappeur brésilien Emicida a également encensé Ale Santos. Sur la jaquette du livre, le rappeur compare l'effacement de l'identité et de la tradition noire par le système esclavagiste à un marcheur errant ayant son ombre pour seule compagnie et ne pouvant apercevoir son reflet dans un miroir.

O racismo estrutural mira corpos não brancos, o cultural tem como alvo nosso imaginário. É ali onde ele tenta te derrubar antes que você suba no ringue. Num esforço conjunto, ambos tentam fazer com que a frase de René Descartes – “Penso, logo existo” – não faça sentido algum para você. Os seres humanos inventaram quem eles são graças à habilidade de moldar o imaginário de nossos iguais através de histórias.

Le racisme structurel vise les corps non-blancs, la culture cible notre imaginaire. C'est sur cette base qu'ils vous assomment avant même que vous ne puissiez monter sur le ring. Ils s'assurent mutuellement que la formule attribuée à René Descartes « Je pense, donc je suis » vous paraisse insensée. Les être-humains se sont créé une identité grâce à leur capacité à façonner l'imaginaire de leurs semblables à travers les histoires.

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Relance de la contestation en Géorgie après les promesses non tenues de réforme électoralehttps://fr.globalvoices.org/?p=242674http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191211_112342_Relance_de_la_contestation_en_Georgie_apres_les_promesses_non_tenues_de_reforme_electoraleWed, 11 Dec 2019 10:23:42 +0000Les manifestations massives contre le Rêve géorgien, deuxièmes de l'année

Manifestation contre Rêve géorgien et son chef Bidzina Ivanichvili devant le Parlement de Tbilissi, novembre 2019. Photo (c): Mari Nikuradze / OC Media. Utilisée avec autorisation.

[Article d'origine publié le 3 décembre 2019]

Les manifestations se poursuivent dans la capitale géorgienne Tbilissi après que le parti au pouvoir Rêve géorgien a renié sa promesse de réforme électorale.

Par deux fois au moins la semaine passée, la police a utilisé les canons à eau contre le piquet de grève devant le siège du parlement exigeant du gouvernement le passage à un système électoral de proportionnelle intégrale. Avec la montée des tensions, des barricades ont été érigées autour du parlement. Sur internet, un vif débat a éclaté autour des mots-clics #GeoElectoralCrisis et #სირცხვილია (“Une honte” en géorgien).

La réforme électorale était une des promesses faites par Bidzina Ivanichvili, l'homme fort qui préside le parti au pouvoir Rêve géorgien, à la suite des heurts violents entre policiers et protestataires en juin. Mais un vote préliminaire le 14 novembre sur le nouveau système électoral a été perdu de peu, avec 101 voix pour, 3 contre, et de multiples abstentions [alors qu'il fallait une majorité qualifiée des trois quarts des députés]. M. Ivanichvili a dit regretter ce résultat, mais certains observateurs ont douté que les parlementaires du Rêve géorgien aient pu effrontément voter contre le texte de leur gouvernement sans un feu vert préalable. Depuis ce vote, 12 députés ont quitté Rêve géorgien, parmi eux d'anciens ministres de premier plan.

Le parlement géorgien comporte 150 sièges, dont 115 actuellement occupés par une coalition menée par Rêve géorgien. Selon les calculs d'Open Caucasus Media, un partenaire de Global Voices, Rêve géorgien aurait eu 74 sièges si les élections de 2016 avaient eu lieu au scrutin proportionnel. Rêve géorgien a argumenté depuis que le système électoral mixte actuel ne peut pas être soumis à un nouveau vote à temps pour les élections parlementaires d'octobre 2020. Bien que les dirigeants du parti aient exprimé un soutien à un amendement de la constitution pour permettre aux élections parlementaires de 2024 de se faire sous le nouveau système, ils ont aussi lancé une campagne de communication soutenant que le soi-disant “modèle allemand” proposé par l'opposition est contraire à la constitution.

Mais, dans un geste de bonne volonté, M. Ivanichvili a promis que le parti allait retirer ses candidats dans certaines circonscriptions pour permettre à un assortiment plus varié d'opinions de se faire entendre au parlement.

Les manifestants ne s'en satisfont pas :

ჩვენი მოთხოვნა უცვლელია – ჩვენ ვითხოვთ პროპორციულ არჩევნებს, როგორც გარანტს, რომ ამ ქვეყანაში ვერცერთი პარტია ვერ მოახერხებს საკონსტიტუციო უმრავლესობის ხელში ჩაგდებას და ხალხის საკუთარ ნებაზე მართვას!

ჩვენ ვპირდებით ქართულ ოცნებას, რომ მათი ზამთარი გაუსაძლისი გახდება.

Notre revendication est inchangée : nous exigeons des élections à la proportionnelle comme garantie qu'aucun parti dans ce pays ne pourra détenir une majorité constitutionnelle et gouverner contre la volonté du peuple !

Nous promettons au Rêve géorgien un hiver intenable.

De la page Facebook “Pour la Liberté”, 26 novembre 2019

Ils restent convaincus que le vote au parlement était un leurre, permettant à Ivanichvili et son parti de se maintenir au pouvoir malgré leurs taux d'approbation au plus bas.

La rédactrice en chef d'OC Media, Mari Nikuradze a souligné qu'une rencontre longtemps attendue entre responsables de Rêve géorgien, membres de l'opposition et diplomates étrangers n'incluait pas les organisateurs de la protestation :

Voici la réunion entre Rêve géorgien, opposition et diplomates. Les organisateurs des manifestations de Tbilissi n'ont même pas été conviés. Rien à en attendre je suppose.

Depuis cette réunion, les manifestations se poursuivent dans la capitale géorgienne. Dans la soirée du 2 décembre, les manifestants au centre de Tbilissi ont été attaqués par un groupe d'hommes qui, selon un journaliste d'OC Media, étaient des sympathisants de Rêve géorgien.

Comment en est-on arrivé là ?

Rêve géorgien gouverne la Géorgie depuis 2012, quand il a défait le Mouvement national uni de Mikheil Saakachvili aux élections parlementaires. Peu après, Saakachvili fuyait la Géorgie, avant d'être condamné par un tribunal géorgien en 2018 pour abus de pouvoir, sur des accusations largement considérées comme à motivation politique.

Ivanichvili a cherché à se distancier autant que possible de son prédécesseur, ce qui n'a pas été difficile. Saakachvili, un avocat qui a étudié aux États-Unis, a un passé à l'opposé de celui d'Ivanichvili, dont la fortune, estimée à 5,4 milliards de dollars, a été essentiellement gagnée en Russie. Pour la population de Tbilissi, son manoir aux grandes baies vitrées dominant le quartier historique de Sololaki est un rappel journalier de sa puissance dans ce petit État caucasien de 3,7 millions d'habitants.

Ces dernières années, cette puissance est devenue un sujet très litigieux. Au-delà d'un bref passage au poste de premier ministre en 2012-13, la pouvoir d'Ivanichvili est resté largement informel ou s'est exercé à travers sa présidence du Rêve géorgien, où il a alterné plusieurs fois exercice et renonciation. La Géorgie a connu de nombreux premiers ministres depuis qu'Ivanichvili a quitté ce poste, et il n'est pas passé inaperçu que quatre de ses successeurs et plusieurs ministres actuels et passés ont eu des liens personnels et d'affaires étroits avec le milliardaire, notamment à travers la direction de son ancien groupe CARTU. Une situation aujourd'hui décrite par Transparency International Georgia comme une “appropriation de l’État”.

L'année 2019 aura été l'une des plus agitées du règne de Rêve géorgien. Fin juin, des manifestations de masse ont éclaté quand le politicien russe Georgui Gavrilov a été invité à prendre la parole devant le parlement géorgien. Alors que les troupes russes sont présentes sur un cinquième du territoire géorgien, dans les régions de l'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, la décision avait de quoi provoquer. La police a réagi par une répression brutale pendant laquelle plusieurs des 20.000 manifestants ont été éborgnés par les tirs de balles en caoutchouc. Le symbole était lourd : Rêve géorgien était arrivé au pouvoir sur une vague de colère populaire contre la main de plus en plus lourde du gouvernement de l'UNM, en particulier sa violente répression d'une manifestation à Tbilissi en 2007. Il paraissait à présent prendre le même chemin.

La ligne de l'UNM, définie par Saakachvili depuis son exil européen, est qu'Ivanichvili est pro-russe et par là même une menace pour la souveraineté de la Géorgie. Une version atténuée de cet argument soutient qu'une gouvernance aussi autoritaire est calquée sur le modèle russe. La teneur de la critique et les penchants de ceux qui l'expriment peuvent varier, mais plusieurs observateurs de la politique géorgienne ont affirmé à Global Voices qu'ils trouvaient qu'Ivanichvili était allé trop loin dans sa consolidation de son contrôle sur la politique géorgienne, et avait déclenché un retour de manivelle.

Ghia Nodia, directeur de l’École internationale de Sciences politiques à l'université d’État Ilia de Tbilissi, souligne l'aspect géopolitique :

This crisis was started by cheating, Ivanishvili is seen as a person who played a trick on the people. This means he cannot be considered a trustworthy person (not that he was really trusted before, but this time he crossed another important red line). On the other hand, he is prepared to do anything to maintain power. [The opposition] also did not know what exactly to do to counter Ivanishvili’s unexpected move. This was a recipe to radicalization: the strategy appears to be to discredit Ivanishvili further. The Russian factor is also very prominent in the discussion. Ivanishvili is seen as somebody who is bringing Georgia closer to Russia. This means making Georgia more autocratic, that is Russia-like; but this also means that Ivanishvili has alienated the West and is indeed more isolated than ever before – which means that this moves him closer to Putin’s Russia also in a geopolitical sense.

Cette crise a eu pour point de départ une tricherie, Ivanichvili est vu comme quelqu'un qui a joué un mauvais tour aux gens. Ça veut dire qu'il ne peut être considéré comme digne de confiance (non qu'on lui ait vraiment fait confiance avant, mais cette fois il a franchi une ligne rouge importante supplémentaire). D'autre part, il est prêt à tout pour garder le pouvoir. Et [l'opposition] n'a pas su non plus quoi faire au juste pour contrer la décision inattendue d'Ivanichvili. Les ingrédients d'une radicalisation étaient là : la stratégie paraît être de discréditer davantage Ivanichvili. Le facteur russe est aussi très voyant dans la polémique. Ivanichvili est vu comme quelqu'un qui rapproche la Géorgie de la Russie. Ce qui implique de rendre la Géorgie plus autocratique, c'est-à-dire plus semblable à la Russie ; mais aussi qu'Ivanichvili s'est aliéné l'Occident et est donc plus isolé que jamais auparavant – ce qui le le rapproche de la Russie de Poutine aussi au sens géopolitique.

Kornely Kakachia, professeur de Science politique à l'Université d’État Ivane Javakhichvili de Tbilissi, met l'accent sur le caractère personnel de la confrontation. La rivalité entre Ivanichvili et Saakachvili, dit-il, a dégénéré en un dangereux jeu à somme nulle :

Due to the highly polarised nature of Georgian politics and Ivanishvili's personal feud with Saakashvili, both consider that they can't afford to lose an election. At the end of the day, this is about survival not only of the regime, but of his personal wealth, security, and privileges. So when he promised proportional representation under pressure, he miscalculated. He's now calculating his chances more carefully. But Georgian Dream is very eclectic, a marriage of convenience which almost collapsed without his financial support. I think it's too late for him, and he thinks that by demonising Saakashvili and the UNM he can still cling onto power. But he's lost a lot of credibility, and unlike his predecessors, he doesn't know how to leave with grace.

Du fait de la polarisation élevée de la politique géorgienne et du différend personnel d'Ivanichvili avec Saakachvili, tous deux considèrent qu'ils ne peuvent se permettre de perdre une élection. Ce qui est en jeu au bout du compte, c'est la survie, non seulement de son gouvernement, mais aussi de sa fortune personnelle, de sa sécurité et de ses privilèges. Alors, quand il a promis sous la pression la représentation proportionnelle, il a fait une erreur de calcul. Il calcule maintenant ses chances plus soigneusement. Mais Rêve géorgien est très éclectique, un mariage de raison en péril sans son soutien financier. Je pense qu'il est trop tard pour lui, et il croit qu'en diabolisant Saakachvili et l'UNP il peut continuer à s'accrocher au pouvoir. Mais il a perdu une grande partie de sa crédibilité, et à la différence de ses prédécesseurs, il ne sait pas tirer sa révérence avec grâce.

Cette confrontation est peut-être la raison pour laquelle les politiciens de Rêve géorgien et leurs partisans ont souvent présenté les manifestations dans la capitale comme rien de plus qu'une tentative du gouvernement disqualifié de l'UNM de revenir aux commandes sans passer par les urnes. Des participants ont insisté auprès de Global Voices que si des partisans de l'UNM sont présents dans les rues, le mouvement est marqué par la diversité, avec des libertaires, des sociaux-démocrates, des socialistes, et des néo-nationalistes.

Grigol Gegelia, un historien et homme politique de Lelo, un parti centriste récemment créé en Géorgie, a expliqué à Global Voices que le pays “avait une occasion d'adopter un système électoral progressiste, inclusif, qui aurait permis à notre démocratie balbutiante de dépasser la dichotomie bipartisane qui handicape à la racine notre culture politique.” Ce mouvement, insistait Gegelia, n'est pas “Michiste” (adjectif désignant en géorgien les partisans de Saakachvili — Note de la rédaction).

De la même façon, certains observateurs désillusionnés de Rêve géorgien ne sont pas moins perplexes devant l'apparente propension de Saakachvili à voir dans chaque manifestation politique en Géorgie un plébiscite sur son retour :

შევხედოთ ვინ არის „ქართული ოცნების“ ალტერნატივა?! მე არც ის მინდა, რომ ესენი სამუდამოდ დარჩნენ და არც ის მინდა, რომ „ისინი“ მობრუნდნენ. ალტერნატივა უნდა შეიქმნას საზოგადოების წიაღში. […] აქვე უნდა ითქვას ისიც, რომ „ქართული ოცნება“ ეს არის უსერიოზულესი პრობლემა, ძველი ხელისუფლება კი იყო ტრაგედია – სწორედ ესაა განსხვავება: პრობლემის მოგვარება შეიძლება, ტრაგედიას კი ვერ მოაგვარებ, ტრაგედია უნდა გადაიტანო

Voyons donc : qui est l'alternative au Rêve géorgien ?! Je ne veux pas que ces types restent au pouvoir éternellement, mais je ne veux pas non plus que “eux” reviennent. […] Une alternative doit d'enraciner dans les cœurs de la société. […] Ce qui doit aussi être dit, c'est que Rêve géorgien est un problème préoccupant, tandis que le dernier gouvernement était une tragédie. C'est ça la différence : un problème peut avoir une solution, une tragédie n'en a pas.

- Le poète David Maghradze à Interpressenews, 17 novembre 2019

Dans les mots de Sopo Japaridze, une militante de Tbilissi du Réseau Solidarité, un syndicat indépendant, la rivalité entre Rêve géorgien et l'UNM est largement centrée sur “à qui se comparent les antagonistes plutôt que ce qu'ils font”. Raison pour laquelle des membres de la grande coalition du Rêve géorgien, dont le parti du même nom est la force principale, ont changé de loyauté ces dernières années. Beka Natsvlishvili, un député indépendant qui a claqué la porte de la coalition au pouvoir en février, a dit à Global Voices que ses espoirs d'un gouvernement à orientation plus sociale après la chute de Saakachvili avaient été réduits à néant :

I hoped that Georgian Dream would change the neoliberal path chosen by Saakashvili. Any of my suggestions in this regard were rejected so I found no reason to stay in the [parliamentary] majority. Georgian Dream is a party of power, without any ideology, typical for Georgia and the post-Soviet space. When they lose power, they disappear, because supporters have no reason to stay with [such a party]; it can no longer ensure you a job in the state sector or any other services. This has happened with almost all ruling parties in Georgia. The exception is the United National Movement, because they elaborated an ideology of neoliberalism combined with anti-Russian nationalism.

Georgian Dream's support is just based on fear that UNM could regain power and take revenge on its opponents. So because Georgian Dream improved the human rights situation, it did almost nothing to improve social rights. We have now neoliberalism with a human face. Because of this dominant discourse, dominant parties offer no real programmes to solve people's problems.

J'espérais que Rêve géorgien allait sortir de la voie néo-libérale choisie par Saakachvili. Toutes mes propositions en ce sens ont été rejetées, je n'ai donc trouvé aucune raison de rester dans la majorité [parlementaire]. Rêve géorgien est un parti de pouvoir, sans doctrine, [en ceci] typique de la Géorgie et de l'espace post-soviétique. Quand ils perdent le pouvoir, ils disparaissent, parce que les sympathisants n'ont pas de raison de rester : le parti ne peut plus assurer d'emplois dans le secteur public ou dans n'importe quels autres services. C'est ce qui s'est passé avec presque tous les partis au pouvoir en Géorgie. L'exception est le Mouvement national uni, parce qu'ils avaient élaboré une doctrine de néo-libéralisme combinée à un nationalisme anti-russe.

Le soutien au Rêve géorgien n'est fondé que sur la crainte que l'UNM retrouve le pouvoir et se venge de ses adversaires. Si Rêve géorgien a amélioré la situation des droits humains, il n'a presque rien fait pour amélorer les droits sociaux. Nous avons maintenant le néo-libéralisme à visage humain. A cause de ce discours dominant, les partis dominants n'offrent aucun programme concret pour résoudre les problèmes des gens.

Dans un pays où le salaire mensuel moyen est l'équivalent d'à peine 360 euros, les inégalités sociales peuvent facilement déborder en ressentiment politique.

Tout à fait comme en 2004, quand l'UNM de Saakachvili et ses alliés ont renversé le chancelant Edouard Chevardnadze dans la révolution des roses, Rêve géorgien se présentait en sauveur d'un pays au contrat social en miettes. A mesure que les Géorgiens perdent leurs illusions sur Rêve géorgien, on ne sait qui pourraît être leur prochain sauveur. Comme l'écrivait leur observateur de longue date Stephen Jones, cette cycle sauvetages-trahisons est la tragédie ultime de la politique géorgienne aujourd'hui : “Un abîme grandissant entre dirigeants et dirigés qui aboutit à une explosion populaire.”

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“Yellow Objects” : des œuvres d'art engagées à Hong Konghttps://fr.globalvoices.org/?p=242716http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191211_103715____Yellow_Objects______des___uvres_d_art_engagees_a_Hong_KongWed, 11 Dec 2019 09:37:15 +0000La police a traité un manifestant d'objet jaune

“Avertissement. Fumée lacrymogène (fabriquée en Chine). – Dispersez-vous ou on tire – Arrêtez de charger ou on utilise la force.” Extrait de l'exposition “Yellow Object”. Image dans le domaine public.

Les affiches de rue et les graffitis ont été une composante essentielle des manifestations anti-gouvernementales qui perdurent à Hong Kong. Ce mois-ci, un groupe de 18 créateurs proposent une exposition commune intitulée “Yellow Objects”.

L'exposition rassemble 18 affiches sur le thème “l'objet jaune est _____” et elle permet aux visiteurs de réaliser leur propre version des posters “jaune et noir” à afficher dans l'espace.

Le terme “objet jaune” est devenu un mème internet à Hong Kong après qu'un groupe de policiers anti-émeute a été filmé en train de frapper un manifestant dans une ruelle sombre à Yuen Long le 21 septembre 2019. Le lendemain, le commissaire en charge de l'opération, Vasco Gareth Llewllyn Williams, a déclaré aux journalistes que la vidéo “montre ce qui semble être un officier donnant un coup de pied à un objet jaune sur le sol.” Un journaliste a immédiatement répliqué : “C'est un être humain pas un objet !”

Une des 18 affiches “Yellow Objects”. Image du domaine public.

Cet incident est un autre exemple de la déshumanisation des manifestants par la police, qui utilisait auparavant le mot “cafards” pour les désigner lors des interventions. Les groupes conservateurs et les medias ont ensuite véhiculé ce terme plus largement sur les médias sociaux. De nombreuses voix se sont élevées pour souligner que l'emploi de tels termes déshumanisants pourrait engendrer de l'hostilité et encourager les forces de l'ordre [en] à recourir à la violence à l'encontre de manifestants pacifiques.

“Deux étudiants déjà abattus par les forces de police de Hong Kong” Une des 18 affiches “Yellow Objects”. Image du domaine public.

Dans le même temps, la violence verbale à l'encontre des manifestants a également inspiré de nombreux artistes de rue. Le paysage urbain a rassemblé les 18 graphistes dans une exposition :

Inspired by this emerging, painfully beautiful cityscape, 18 graphic designers speak up with the language of visual arts, in the format of poster in yellow and black.

The exhibition “ YELLOW OBJECTS” is a mockery of the brutal and ruthless authority that refers human being as object, and a reminder to defend and uphold human dignity. […]We hope that the audience could bring the message back to their community, by putting up these posters in their neighbourhood. It will be a perfect demonstration of our outcry for freedom, that will not be silenced by violence.

Inspirés par ce paysage urbain naissant et terriblement beau, les 18 artistes s'expriment à travers le langage des arts visuels, sous la forme d'une affiche en jaune et noir.

L'exposition “YELLOW OBJECTS” est une raillerie de l'autorité brutale et impitoyable qui désigne l'être humain comme un objet, et un rappel à la défense et au respect de la dignité humaine. (…) Nous espérons que les visiteurs pourront transmettre le message à leur communauté en placardant ces affiches dans leur quartier. Ce sera une parfaite illustration de notre cri de liberté qui ne sera pas réduit au silence par la violence.

“Nous sommes tous des objets jaunes””Protégeons nos enfants”. Une des 18 affiches. Domaine public.

L'exposition est hébergée par l'Openground Cafe du 21 novembre au 8 décembre 2019. Les œuvres exposées sont toutes libres de droits (téléchargement et partage autorisés).

Accès à l'espace d'exposition. Image publiée sur la page Facebook de l'Openground Cafe.

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Des astrophysiciens parcourent l'Éthiopie à la rencontre des innovateurs de demainhttps://fr.globalvoices.org/?p=242670http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191210_060923_Des_astrophysiciens_parcourent_l_Ethiopie_a_la_rencontre_des_innovateurs_de_demainTue, 10 Dec 2019 05:09:23 +0000L'innovation, c'est penser qu'il n'y a pas de petite idée

L’Astrobus Ethiopia 2019 a démarré sa tournée du nord de l’Éthiopie, en amont du lancement du tout premier satellite éthiopien en décembre 2019. Photo d'Astrobus Ethiopia, utilisée avec autorisation.

Les autorités éthopiennes ont annoncé [en] le lancement de leur premier satellite ce mois-ci. Le 7 décembre, à quelques jours de ce moment historique, une équipe de 24 astrophysiciens, scientifiques, artistes et innovateurs sont montés à bord de l’Astrobus Ethiopia [en] pour une tournée de huit villes du nord de l'Ethiopie au cours de laquelle ils proposent des ateliers pratiques dans les domaines scientifique et artistique.

Le groupe prévoit de rencontrer plus de 1000 lycéens dans chaque ville, dans des lieux mis à disposition par les universitiés locales, où ils mèneront des ateliers favorisant le développement de l'abstraction, de l'esprit critique, et de la curiosité scientifique.

“L'objectif principal, c'est de faire passer des idées scientifiques abstraites mais accessibles et proches de notre vie quotidienne. Il s'agit d'établir de nouveaux liens, tout en s'amusant,” comme l'a expliqué le Dr. Nebiha Shafi à Global Voices lors d'un entretien vidéo.

Nebiha Shafi est une astrophysicienne éthopienne qui travaille actuellement en Afrique du Sud où elle étudie l'évolution des galaxies. Mais le partage avec le public lui tient aussi à coeur, particulièrement quand il s'agit d'encourager les filles et les femmes à se tourner vers les sciences.

Une jeune fille utilise des jumelles pendant un atelier Astrobus Ethiopia en 2017. Photo de Carla von Münchow, reproduite avec l'aimable autorisation d'Astrobus.

Aux côtés de Nebiha Shafi, le cosmologiste Yabebal Tadesse a fait partie de l'aventure depuis ses débuts en 2017. Tadesse travaille en Allemagne en tant qu'analyste indépendant, avec pour but d'explorer “l'univers en suivant la trace des micro-ondes cosmiques”. Il a confié à Global Voices que l'idée de l'Astrobus lui était venue en voyant une photo de l'Astro Truck sur Facebook. Ce projet sénégalais d'éducation à l'astronomie l'a fortement inspiré.

Tadesse a aussitôt appelé Shafi pour lui proposer de réaliser un projet similaire, mais en élargissant la portée des enseignements : en plus de l'astronomie, les jeunes pourraient aussi se former aux domaines artistiques et à l'innovation. Avec plusieurs collègues, ils se sont très vite attelés à la conception du projet avant de solliciter un financement de la part d’Astronomy for Development, une institution membre de l'Union Astronomique Internationale (UAI).

“Nous en avons parlé à nos amis, à nos collègues, et tout le monde était enthousiaste, surtout du fait de l'association entre art et innovation – il ne s'agit pas seulement de sciences,” raconte Shafi.

Il a pourtant fallu deux ans pour mettre le projet sur pied, à cause de l‘instabilité politique [en] à laquelle l'Ethiopie a été en proie entre 2015 et 2017. “La situation politique nous a causé quelques soucis, sachant qu'il y avait de nombreuses manifestations dans les régions que nous avions prévu de traverser. Nous avons donc été obligés d'attendre un peu et en plus de ça, nous voulions trouver une organisation partenaire sur place puisqu'une bonne partie d'entre nous résidaient à l'étranger à ce moment-là, et nous avions besoin d'aide au niveau logistique,” explique Tadesse dans un entretien vidéo pour Global Voices. Finalement, les deux scientifiques ont formé une équipe technique et établi un partenariat avec l’Agence Spatiale Ethopienne [amh], une première dans le pays.

Fondée en 2004 avec 47 membres, l'ESS compte à présent 10000 membres, 19 filiales et 100 clubs d'astronomie dans les écoles à travers le pays. L'ESS a mis sur pied le premier observatoire et centre de recherche spatiale d'Afrique de l'Est (East African Entoto Observatory and Research Center) et est membre de l'UAI, le partenaire rêvé pour l'Astrobus. La plupart des organisateurs du projet font aussi  partie de l’Institut Éthiopien de Science et Technologie Spatiale [en], dont la devise est “nous explorons l'Univers pour le bien du peuple!”

Astrobus Ethiopia 2019

La tournée 2019 reprend une bonne partie des objectifs de l'édition 2017. Un groupe de 24 artistes, scientifiques, innovateurs et conteurs, rassemble des jeunes autour de différents thèmes : les étoiles, les planètes, les galaxies, le cosmos, mais aussi l'oralité, la photographie, la musique, le cinéma, l'agriculture et la mode. L'équipe réalise ses contenus pédagogiques dans trois langues locales: l'Amharique, l'Oromo et le Tigrinya.

Astrobus Ethiopia a réalisé des contenus pédagogiques en astronomie et astrophysique dans des langues locales telles que l'Amharique et l'Oromo.

Pendant 9 jours, des élèves de 10 lycées différents se retrouvent sur le campus d'une université locale pour apprendre, échanger et se confronter à de nouvelles idées. Les organisateurs de l'Astrobus apprennent aux élèves à prendre les défis à bras-le-corps, comme le font les innovateurs dans leurs domaines respectifs. Tadesse parle volontiers de l'importance d'apprendre “le vocabulaire du défi”, pour comprendre et interpréter, combiner et recomposer, créer de nouvelles idées et concevoir des solutions.

“Nous devons apprendre à transmettre nos connaissances et cela demande de recourir à l'abstraction pour résourdre des problèmes” affirme Shafi.

Pour de nombreux élèves, ce sera le premier contact avec un téléscope, un drone ou des jumelles pour étudier l'univers. Pour continuer de mettre ce genre de matériel entre les mains de jeunes curieux, l'Astrobus Ethiopia a lancé [en] une campagne de financement participatif.

Une élève regarde à travers un téléscope lors de la tournée 2017 de l'Astrobus Ethiopia 2017. Photo de Carla von Münchow, reproduite avec l'aimable autorisation d'Astrobus.

Des avancées historiques en astronomie

Le groupe sera de retour dans la capitale Addis Ababa à temps pour le lancement historique du satellite dans l'espace, qui est prévu le 17 décembre. L'équipe entend bien célébrer le succès de l'Astrobus ainsi que les avancées de l'Ethiopie dans le domaine de l'astronomie et l'aérospatiale.

“Nous voulons tirer parti de cela, du fait qu'en pensant un tout petit peu différemment, on peut parfois améliorer le système,” souligne Tadesse, avant d'ajouter que les dernières avancées de l'Ethiopie dans le domaine de l'astronomie et l'aérospatiale devraient être davantage mises en valeur. Par exemple, le Prix Nobel de physique a été décerné cette années pour la découverte d'une exoplanète en orbite autour d'une étoile et l’Éthiopie a récemment été invitée par l’Union astronomique internationale (UAI) à nommer l'une d'elles dans le cadre de la campagne NameExoWorlds.

“Tout ce dont nous sommes témoins dans notre pays, mais aussi dans d'autres régions du monde, tout cela a une origine – une seule idée qui est ensuite transformée” explique Nebiha Shafi. “Rien n'est trop grand et il n'y a pas de petite idée.”

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Les militants angolais continuent de faire face à la répressionhttps://fr.globalvoices.org/?p=242477http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191209_095422_Les_militants_angolais_continuent_de_faire_face_a_la_repressionMon, 09 Dec 2019 08:54:22 +0000Les médias sociaux, un outil mobilisateur pour les manifestations

https://www.flickr.com/photos/vanessapoppe/44475308454/in/photolist-2aL8zH1-2cywwEZ-2dSGrSo-2dSGqWW-2e8J1Rv-Qc2a72-2bc47cJ-QcpjZp-2dXQgSM-2fEH6VH-2bNFGt1-2boaBGc-2cLAKNt-2cLAKyF-2bnXajB-2bnXa5P-2cGe8Vo-2bnXa9M-2bnXaoV-2bEAmvJ-2bnXa1R-2bnXadK-2bnXasx-2bEAmb5-2cGe9k1-2bnXagF-2cGe95w-2a14DAQ-2cGb4QW-2bnUhr8-2cGb1C3-2dYkigG-2aawVsf-2byB2FF-2cNDJNp-2bGCYZj-2cJiGrf-P3u1Sz-2a38CNN-P3u6ot-P3u6bV-2cNDQQp-29pfkZa-2aHesG1-282Jqko-2aHewcY-2aHeq2w-2aMBuSK-2aHefEW-2aMBroa

Le drapeau de l'Angola, photo de Vanessa Lollipop_Flickr. 07.20.2018

Ce billet est le deuxième et dernier volet d'un reportage spécial sur les réformes introduites sous João Lourenço (JLO) qui, bien que limitées, affectent la liberté des médias et l'activisme en Angola. Vous pouvez lire la première partie ici [fr].

[Sauf indication contraire, tous les liens mènent vers des sites en portugais]

Lorsque M. João Lourenço [fr] est devenu président de l'Angola en 2017, il a lancé de manière inattendue des réformes d'envergure axées sur la lutte contre la corruption, avec toutefois des limites [fr], ce qui le distingue de son prédécesseur autoritaire du même parti, le Mouvement populaire populaire de libération (MPLA). Bien que ces changements semblent avoir amélioré l’espace médiatique, les militants en ligne risquent toujours d’être réprimés par les autorités, en particulier lorsqu'ils sont également impliqués dans des actions de terrain.

Médias indépendants

Les médias indépendants en Angola ont une approche militante : ils émettent des critiques et contestent les abus de pouvoir. Le gouvernement autoritaire de l'ancien président José Eduardo dos Santos (dit JES) avait restreint la liberté des médias et contrôlé les médias traditionnels, poussant les journalistes indépendants à utiliser les publications en ligne. En ce sens, les médias en ligne constituent un outil de sensibilisation et de défense des droits fondamentaux. Le célèbre site Web anti-corruption Maka Angola est dirigé par le journaliste Rafael Marques, qui a été harcelé à plusieurs reprises par les autorités sous le régime de JES.

Le journal Folha 8 est un organe de presse qui, tout comme Freedom House [en], publie principalement en format papier, mais qui possède également un site Web animé et une présence active sur les médias sociaux. Ses articles critiquent et font la satire des autorités, avec par exemple un éditorial rebaptisant l'Angola “MPLA Republic” (République du MPLA), une approche qui perdure sous JLO. Le directeur de Folha 8, William Tonet, est un ancien militant du MPLA qui a été arrêté à plusieurs reprises.

Fondé en 2000 par des Angolais de l’étranger, le Club-K est un autre site qui propose des publications régulières et communique de façon dynamique sur les médias sociaux. Le site Rede Angola a quant à lui suspendu ses publications en 2017 en raison de problèmes financiers, selon sa page d'accueil.

Organiser des manifestations

Les groupes militants ont commencé [en] à utiliser les espaces en ligne pour critiquer et s'organiser sous le régime plus répressif de l'ancien président. Central Angola 7311 est un collectif de militants fondé en 2011 par des manifestants, et très présent sur les médias sociaux. Ce groupe offre un espace permettant de signaler des cas de violence et d'abus de pouvoir, mais aussi de garder une trace des discussions. Le musicien [en] Luaty Beirão, militant influent sur les médias sociaux, où il dénonce la corruption et l'autoritarisme, est membre de ce collectif.

Les médias sociaux ont également été un outil de mobilisation pour les manifestations. Rafael Marques a récemment déclaré que sous JLO, il y avait “plus de liberté et moins de pain”, évoquant les difficultés économiques persistantes de ces dernières années. De nombreuses manifestations, notamment en octobre, contre le fort taux de chômage et la pauvreté endémique, ont rappelé les promesses de création d'emplois pendant la campagne électorale de JLO.

Les manifestations, qui font partie d'un mouvement en cours, ont été amplifiées par le groupe Central Angola 7311, ainsi que par d'autres associations telles que Laulenu. Central Angola 7311 a répertorié en ligne les noms des manifestants arrêtés et a critiqué les mesures répressives prises par la police en partageant des vidéos et des images, y compris pendant les manifestations. Le collectif partage également des informations sur l'organisation de manifestations sur diverses questions, telles que les droits des femmes, la collecte de fonds pour soutenir les détenus, et fait circuler des pétitions demandant par exemple que les directeurs d'un hôpital soient licenciés pour mauvaise gestion.

Ces tweets proviennent d'une manifestation du 15 octobre, pendant laquelle des personnes semblent avoir été temporairement arrêtées par la police, pour menace à l'ordre public:

MILITANTS ARRETES

Hitler
Dago
Laurinda
Geraldo
Alemão
Mwangola
Jaime mc
Chargement en cours………

La police frappe des manifestants voulant protester devant l'Assemblée nationale, où le président prononcera un discours.
Il y a beaucoup de blessés et d'arrestations
La militante Laurinda Gouveia, enceinte, a été sévèrement battue.
Les journalistes ont également été intimidés.

En octobre, le militant Jeremias Benedito a déclaré à la radio DW África que, bien qu'il ressente une certaine amélioration de la liberté d'expression depuis l'arrivée au pouvoir de JLO, le gouvernement reprenait de plus en plus “la même tactique que son prédécesseur”, avec la répression policière des manifestations, l'utilisation du gaz lacrymogène, les morsures de chiens et les arrestations. Par exemple, des manifestants ont été blessés et arrêtés à la mi-octobre à Luanda. Les militants ont déposé des plaintes officielles contre les violences policières.

Le président et d'autres dirigeants ont déclaré que les manifestations étaient liées à des tentatives corrompues de déstabilisation, ce que Luaty Beirão a critiqué, qualifiant cette rhétorique comme “tout à fait” semblable à celle du passé. En septembre, JLO a également averti “les jeunes de ne pas utiliser les médias sociaux pour désinformer et déformer” des faits afin de créer un “désordre social”.

L'arrestation de Samussuku

L’arrestation cette année du militant “Samussuku”, mais aussi de sa tante pendant une courte durée, indique que les autorités sont disposées à agir même contre des contenus en ligne. L'ONG Human Rights Watch a rapporté [en] que le 10 mai “des policiers en civil ont violemment contraint Hitler “Samussuku” Tshikonde à monter dans une voiture non identifiée” le détenant “illégalement pendant 72 heures sans inculpation ni accès à un avocat”. Il faisait l'objet d'une enquête pour avoir “insulté le président” dans une vidéo diffusée sur YouTube le 8 mai, dans laquelle il déclarait que les militants étaient prêts à “s'opposer au [président] de la même façon qu'ils s'opposaient à Dos Santos s'il continuait à cibler des militants pacifiques”. Selon l'analyste Mme Ida Sawyer (qui travaille pour Human Rights Watch), la police angolaise “devrait cesser de traiter des militants pacifiques comme une menace pour la sécurité de l'État”.

Un article de l'ONG américaine Radio Angola souligne que, même si certains qualifient ces arrestations arbitraires de “cas isolés” sous ce gouvernement, le président précédent a tenu le même genre de propos. En effet, la vidéo de Samussuku réagissait aux arrestations de militants lors de manifestations contre des expulsions forcées.

Il a été libéré le 13 mai à l'issue d'une audience, sous réserve de se présenter régulièrement à la police. Le 26 septembre, le Service des enquêtes criminelles, qui était à l'origine de son arrestation, l'a convoqué pour une audience, le priant de s'excuser auprès du président, ce qu'il a refusé de faire.

Samussuku est un critique de longue date du gouvernement qu'il qualifie de “structure pourrie“. Ils soutient le parti d'opposition UNITA,  et a déjà été arrêté et blessé lors de manifestations. Il est actif sur Facebook, où il s'est indigné du fait que le gouvernement obtienne plus d'argent des amendes infligées aux militants que du rapatriement des biens mal acquis, en se référant à sa campagne anti-corruption. Il est également impliqué dans la gestion de Handeka, une organisation de défense des droits civiques qui a créé “Jiku“, un projet en ligne de suivi citoyen des élections de 2017.

Accès à Internet et impact des militants

Les espaces numériques militants ont gagné un nouveau souffle ces dernières années, bien que leur accessibilité soit limitée. Selon Internet World Stats, l'accès à Internet en Angola était évalué à 22,3% de la population en 2019, mais moins encore selon d'autres sources [en]. Pour la période 2018-2019, l'organisation DataReportal a enregistré un taux de pénétration de 66% pour la population urbaine, dont 45% via un téléphone portable et 11% d’utilisateurs actifs sur les médias sociaux, principalement sur des connexions portables, avec une utilisation en augmentation. Facebook arrive nettement en tête [en] par rapport aux autres plateformes.

Le ministre de la communication, Celso Malavoloneke, a déclaré [en] en novembre 2019 que l'Angola avait le plus faible taux d'accès à la télévision et à la radio de la Communauté de développement de l'Afrique australe, en particulier dans les zones rurales, reflétant les disparités entre les zones urbaines et rurales du point de vue des infrastructures et de l'accès aux médias. Bien que le faible taux d'accès à Internet ait freiné leur impact, les espaces médiatiques et militants en ligne se sont dynamisés [en].

Cependant, l'utilisation des médias sociaux a sensiblement augmenté, ce qui pourrait renforcer l'efficacité de l'organisation et de la mobilisation de certains publics, sans pour autant réussir à atteindre de nouveaux publics ou des zones moins accessibles, par exemple en cas de sécheresse grave et d'accaparement [en] des terres dans les régions rurales méridionales du pays.

L'information partagée en ligne est également transmise hors connexion, et le faible accès à Internet ne signifie donc pas nécessairement que les personnes ne disposant pas d'une connexion Internet régulière n'auront pas accès à l'information ou n'entendront pas parler de manifestations organisées en ligne. L'effet de la communication hors ligne permet lui aussi d'augmenter l'impact des actions. À titre de comparaison, toutefois, en Tunisie en 2011, lorsque les manifestants du Printemps arabe avaient eu recours [en] à des plateformes en ligne, l'ONG Freedom House avait noté un taux de pénétration de 39% [en], ce qui est nettement supérieur à celui de l'Angola, et ce dans un pays plus petit. Cependant, d'autres réseaux, tels que les syndicats et les principaux médias étrangers, ont démontré leur importance, ce qui permet de comprendre la complémentarité de l'activisme en ligne et hors ligne, selon des articulations différentes en fonction du contexte.

Malgré les améliorations apportées à l'espace médiatique sous le gouvernement JLO, des militants ont déclaré que ce dernier avait de plus en plus recours à la tactique de son prédécesseur contre les manifestants et les opposants. Le gouvernement dispose toujours d'outils juridiques restrictifs, tels qu'une législation floue sur la diffamation. L'arrestation de Samussuku pour des propos tenus en ligne montre que la volonté des autorités de réagir aux défis sur des questions sensibles, telles qu'un “excès” de critique, s'applique également aux espaces en ligne.

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Traducteurs et relecteurs bénévoles : rejoignez-nous sur Global Voices en Français!https://fr.globalvoices.org/?p=242704http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191209_044951_Traducteurs_et_relecteurs_benevoles___rejoignez-nous_sur_Global_Voices_en_Fran__ais_Mon, 09 Dec 2019 03:49:51 +0000Annonce à partager dans vos réseaux…

Global Voices recherche des traducteurs, traductrices, relecteurs et relectrices bénévoles pour contribuer à la version française du site, où les articles de Global Voices sont traduits en Français!

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En Inde, les groupes marginalisés exclus de l'accès à l'informationhttps://fr.globalvoices.org/?p=242653http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191208_102328_En_Inde__les_groupes_marginalises_exclus_de_l_acces_a_l_informationSun, 08 Dec 2019 09:23:28 +0000Le système actuel accentue les inégalités sociales

Field documentation in Goa, India (Veethika Mishra, CC-BY-SA 4.0)

Collecte de données sur le terrain à Goa, en Inde. (Veethika Mishra, image sous licence CC-BY-SA 4.0)

Cet article a été initialement publié par Subhashish Panigrahi sur Yoti [en] dans le cadre d'un programme de recherche sur l'identité numérique [en]. Il a été modifié pour Global Voices.

Les programmes d'identité numérique sont mis en avant pour leur capacité à rationaliser les démarches administratives et à améliorer l'efficacité des services publics. Cependant, en Inde et ailleurs dans le monde, ces programmes font émerger des questions sur les droits numériques et l'exclusion sociale, du fait des conséquences potentiellement énormes qu'ils peuvent générer dans la vie des personnes concernées.

L’Aadhaar mis en place en Inde est un numéro d'identité unique à 12 chiffres pour l'obtention duquel les résidents doivent fournir leurs données biométriques et démographiques. Bien que la Cour suprême indienne n'ait pas encore approuvé une réforme de la Constitution qui rendrait l'Aadhar obligatoire pour tous les citoyens, divers services sociaux, de même que certaines institutions publiques et privées ont d'ores et déjà commencé à faire usage de l'Aadhar pour vérifier l'identité de leurs usagers. De potentielles atteintes aux droits humains ont été relevées, notamment vis-à-vis de la protection de la vie privée et de la sécurité des données [en], et ce type d'identification a également été accusé d'être un instrument de surveillance massive [en]. Les gens ordinaires sont confrontés à un grave déni de leurs droits : des enfants se sont par exemple vu refuser l'accès à un déjeuner gratuit [en] à l'école s'ils n'étaient pas en mesure de présenter leur Aadhar.

Comment le citoyen lambda accède-t-il aux informations vitales fournies par le gouvernement indien? Que se passe-t-il si cette personne est soit locutrice monolingue d'une langue locale autre que la langue officielle de sa région, illettrée, déficiente visuelle, ou en position d'oppression systémique selon d'autres critères?

En vue de mener un travail de recherche sur l'accès à l'information publique en Inde à travers le prisme de l'exclusion sociale, des droits  des populations autochtones, des droits linguistiques, du handicap et des obstacles techniques, Subhashish Panigrahi a mené une série d'entretiens auprès de communautés marginalisées et d'autre parties prenantes (linguistes, activistes et experts techniques) fortement impliquées dans les discours sur l'identité numérique.

La diversité linguistique de l'Inde

Avec 705 groupes autochtones (environ 104 millions de personnes, soit 8,6% de la population selon le recensement de 2011) occupant 22% du territoire, l'Inde est le pays du monde qui compte le plus grand nombre [en] de peuples autochtones. Ces communautés pratiquent plus de 419 langues différentes, dont la plupart existent seulement à l'oral. Par ailleurs, seules 22 des 780 langues parlées en Inde sont reconnues officiellement par la Constitution, ce qui leur permet d'être utilisées dans l'administration. Même si certains des locuteurs de ces 419 langues autochtones sont polyglottes, c'est loin d'être le cas de tous. Le site officiel de l'Aadhar (uidai.gov.in) a été partiellement traduit dans 12 des 22 langues officielles, mais à ce jour il n'est accessible dans aucune langue autochtone.

L'article 2 de la Déclaration universelle des droits de l'homme…reconnaît à toute personne le droit fondamental d'accéder à l'information dans sa langue.

L'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme, un document de 1948 rédigé par des représentants issus de cultures législatives diverses, reconnaît à toute personne le droit fondamental d'accéder à l'information dans sa langue.

Dans une interview récente, le Dr. Mandana Seyfeddinipur, une linguiste renommée qui dirige actuellement l’Endangered Languages Archive [Archive des Langues en Danger] de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres, a déclaré que “on ne peut pas simplement envoyer une brochure dans une langue majoritaire pendant une urgence sanitaire.” Pour souligner ce point, elle a cité l'exemple des dix à douze mille personnes [en] qui vivent dans une zone de 10 km2 dans la région du Fungom au nord-ouest du Cameroun et qui parlent environ neuf langues quotidiennement. Pour le Dr. Seyfeddinipur, la question de la création et de la mise à jour de contenus à l'attention du public doit se concentrer sur l'identification de la langue, autochtone ou majoritaire, qui sera comprise par chaque communauté d'une région administrative donnée.

Alors que l'Aadhar est en passe de devenir le document de référence pour la vérification de l'identité des personnes, à la fois pour le gouvernement et dans le secteur privé [en], le site officiel ne contient actuellement aucun contenu audio destiné aux populations autochtones dont la langue n'est pas écrite et aux personnes illettrées. Cela ne représente pas seulement une barrière linguistique mais aussi un frein à l'accessibilité numérique. Il est important de noter que l'Inde est le pays au monde où réside le plus grand nombre de personnes déficientes visuelles [en] (15 millions) alors que les lecteurs d'écran qui permettent d'accéder en format audio à des informations textuelles n'existent pas dans la majorité des langues [en].

Les recherches de terrain en Inde ont porté principalement sur ce fossé d'accessibilité linguistique et numérique.

Questions principales posées aux personnes concernées

  • Comment les personnes de votre communauté qui sont concernées par l'illettrisme, la pauvreté, la déficience visuelle (ou d'autres formes de handicap) et divers autres facteurs d'exclusion sociale accèdent-elles aux informations dont elles ont besoin? A quels défis doivent-elles faire face et quelles sont les lacunes observées?
  • Que pensez-vous de la technologie actuellement employée pour la mise en place de l'Aadhar? Quelles seraient les pistes d'amélioration pour plus d'ouverture et de transparence? Comment mettre en oeuvre des mécanismes de responsabilité?
  • Quels sont les différents types d'exclusion touchant de nombreux bénéficiaires de ces programmes d'identité numérique en Inde et à travers le monde? Quelles sont les répercussions de cet état de fait du point de vue des droits humains?
  • Est-il réaliste de vouloir fournir l'information dans les langues maternelles des résidents? Dans la pratique, quels sont les obstacles à surmonter et quelles mesures peuvent être déployées pour s'assurer que tous et toutes aient accès à l'information, surtout quand il s'agit de situations critiques?

Principales conclusions

  • Le système actuel d'accès à l'information accentue l'exclusion des personnes âgées, atteintes de certaines maladies et certains handicaps, des locuteurs de langues autres que la langue officielle, ou encore des personnes confrontées à d'autres types d'oppression sociale.
  • Des efforts considérables ont été mobilisés pour éduquer les usagers sur le devenir de leurs données personnelles et sur le besoin criant de collecter ces données. Ces travaux se concentrent particulièrement sur l'importance d'une simplification et d'une fiabilité accrue des procédures visant à mieux connaître les usagers.
  • Les infrastructures techniques, entre autres, sont élaborées de façon à favoriser les personnes déjà privilégiées, ce qui renforce l'exclusion systémique. La plupart des fonctionnalités qui ont été ajoutées aux techniques d'identification initialement prévues pour l'Aadhar ne peuvent être utilisées que par une personne qui est à l'aise avec un ordinateur et avec internet, ce qui n'est pas le cas de l'usager lambda.
  • Une grande partie des résidents ont un faible degré d'alphabétisation, surtout dans les langues majoritaires qui donnent accès à l'information émanant du gouvernement. C'est un énorme problème.

Perspectives de recherche

De futurs projets de recherche pourraient porter sur les sujets suivants:

  • D'autres formes d'exclusion, dont le genre et la sexualité, qui ont un effet sur les manifestations de l'identité numérique en Inde.
  • L'implication possible des communautés soutenant les principes du libre et de l'open source pour encourager l'ouverture, la transparence et la prise de responsabilité. La structure technique actuelle est surtout basée sur une mentalité de logiciel propriétaire.
  • Les répercussions des problèmes de sécurité et de respect de la vie privée et les mesures à prendre pour assurer une meilleure protection des droits humains et numériques des différents groupes marginalisés.
  • Bonnes pratiques internationales pour atténuer diverses formes d'exclusion systémique.
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En Colombie, une bande dessinée aborde le sujet de la surveillance et du genre, au rythme de la salsahttps://fr.globalvoices.org/?p=240422http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191207_164519_En_Colombie__une_bande_dessinee_aborde_le_sujet_de_la_surveillance_et_du_genre__au_rythme_de_la_salsaSat, 07 Dec 2019 15:45:19 +0000Un entretien avec la créatrice María Juliana Soto

Una de las escneas del cómic Tour Delirio: Salsa y Vigilancia. Imagen utilizada bajo una licencia Creative Commons Atribución-NoComercial-CompartirIgual 4.0 Internacional (CC BY-NC-SA 4.0).

« Des caméras… il y en a partout. » Une scène de Tour Delirio: Salsa y Vigilancia (Tour Delirio : salsa et surveillance). Image tirée de Archive.org et utilisée sous licence Creative Commons (CC BY-NC-SA 4.0)

Les villes sont des espaces technologiques. Cette réalité ne se limite pas nécessairement au concept des villes intelligentes (smart cities), concept encore ambigu et en constante révision. La prolifération des caméras de sécurité, des infrastructures de transport et d'énergie et l'adoption croissante des technologies de communication au sein de la population offrent de nombreux éléments de preuve.

Toutefois, ces caractéristiques s'accompagnent de l'une des préoccupations majeures des défenseurs des droits humains : la surveillance de la part des gouvernements et des entreprises. Insérée dans un contexte latino-américain et abordée sous l'angle de l'égalité entre les genres, cette question devient particulièrement urgente pour notre époque.

C'est ce qui a conduit María Juliana Soto à créer un projet transmédia intitulé Tour Delirio: Salsa y Vigilancia (Tour Delirio : salsa et surveillance), une bande dessinée en ligne qui encourage le dialogue à propos de la surveillance sur Internet, le tout au rythme de la salsa.

Laura Vidal s'est entretenue à ce propos avec María Juliana Soto, l'invitant notamment à s'exprimer du point de vue des droits humains sur les implications de la surveillance par les gouvernements, les entreprises et les communautés :

Promover el tema de la seguridad digital y la privacidad en internet ha sido un reto para mí. […] Las corporaciones nos han ganado, lo tenemos todo muy naturalizado. […] Pues tienen a su favor la facilidad de los servicios que ofrecen, por ejemplo, WhatsApp, la narrativa de lo gratis, de lo necesario, de lo indispensable. Mis amigas me miran raro cuando les digo que hablemos por Signal, por ejemplo. Tenemos que hacerle más preguntas a esas narrativas que naturalizan que entreguemos nuestros datos e información a terceros.

Promouvoir la sécurité numérique et la protection de la vie privée sur Internet a été un défi pour moi. […] Les entreprises ont réussi à nous faire trouver cela normal. […] Car les services qu'elles offrent jouent en leur faveur, comme WhatsApp qui tient un discours sur la gratuité, le nécessaire, l'indispensable. Mes amies me regardent bizarrement lorsque je leur dis de communiquer sur Signal, par exemple. Nous devons davantage remettre en question ces entreprises qui normalisent le partage de nos données et de nos informations à des tiers.

Tour Delirio vise à démocratiser le sujet dans la population. Comme l'indique sa créatrice, il est nécessaire de sensibiliser davantage à l'importance de remettre en question des services comme Facebook et Google, contestés pour avoir collecté d'énormes quantités de données sur leurs utilisateurs pour les utiliser ensuite de manière peu transparente :

Con Tour Delirio lo que quiero es despertar esas preguntas, esa curiosidad de saber adónde van nuestros datos, o si alguien lee nuestras conversaciones. Despertar la curiosidad, y un poco la malicia frente al uso de tecnologías. […] Como ciudadanos nos falta más curiosidad y más perspicacia. […] A la tecnología le hemos creído todo.

Ce que je souhaite avec Tour Delirio c'est que l'on se pose la question d'où vont nos données ou si quelqu'un lit nos conversations. Éveiller la curiosité et un peu de méfiance face à l'utilisation des technologies. […] En tant que citoyens, nous manquons de curiosité et de perspicacité. […] Nous croyons aveuglément en la technologie.

De quoi ne parle-t-on pas encore assez ?

La question de la surveillance fait partie intégrante de plusieurs problèmes qui ne sont pas nouveaux en Amérique latine, d'où l'importance de remettre en question les discours sur la vigilance et la protection de la vie privée :

No se habla mucho de finalmente a quién se vigila. Hay comunidades que se vigilan para que no les pase nada, y hay otras a las que se les vigila para tenerlos controlados. Es un secreto a voces que a unos se les cuida y a otros se les controla.

La vigilancia ha sido equiparada con seguridad. En estos días cualquier candidato político habla de cámaras de vigilancia y de aumentar el uso de dispositivos tecnológicos para mejorar la seguridad en las ciudades. A pesar de que existen estudios y posturas críticas que demuestran la ineficacia de estas estrategias y el riesgo en el que ponen el derecho a la privacidad. Sin embargo, no hay una exploración crítica ni se cuestionan estas propuestas.

On ne parle pas beaucoup de qui sont finalement les personnes surveillées. Il y a des populations qui sont surveillées pour que rien ne leur arrive et d'autres pour pouvoir les garder sous contrôle. On veille sur certains et on contrôle les autres, c'est un véritable secret de Polichinelle.

La surveillance a été assimilée à la sécurité. De nos jours, n'importe quel candidat politique parle de caméras de surveillance et d'augmenter l'utilisation des dispositifs technologiques pour améliorer la sécurité dans les villes, malgré des études et des positionnements critiques démontrant l'inefficacité de ces stratégies et le risque que cela comporte pour le droit à la vie privée. Pour autant, ces propositions ne font l'objet d'aucune étude critique ou de remise en question.

La conversation a ensuite porté sur la signification de la protection de la vie privée en Amérique latine :

¿Qué es la privacidad en un barrio popular de una ciudad como Cali, en Colombia? Donde las casas son de puertas abiertas, donde familias numerosas comparten una misma casa, donde la gente está afuera, en el barrio, contándose todo. Hay una idea de privacidad que se rompe todo el tiempo. Otras culturas son mucho más distanciadas.

Así se arman las comunidades en estos territorios. Muy de puertas pa’ fuera. Lo que queda adentro es mucho menos en comparación a otras sociedades. En este contexto, hablar de la importancia de la privacidad supone un esfuerzo distinto, una estrategia distinta.

Qu'est-ce que le droit à la vie privée dans un quartier populaire d'une ville comme Cali, en Colombie ? Où les maisons sont ouvertes à tous, où des familles nombreuses partagent une même maison, où les gens vivent dehors, dans le quartier, et se racontent tout. L'idée de vie privée est inexistante. D'autres cultures sont beaucoup plus distantes.

C'est ainsi que se construisent les communautés dans ces territoires. La porte vers l'extérieur. Contrairement à d'autres sociétés, beaucoup moins de choses restent à l'intérieur. Dans ce contexte, parler de l'importance de la protection de la vie privée exige un effort différent, une stratégie différente.

L'intersection entre genre et surveillance

Dans Tour Delirio, il n'y a que des femmes. L'intersection entre la surveillance et les femmes (ou les problèmes liés au genre) ainsi que les différences de classe et la discrimination ethnique sont des questions centrales dans le débat plus large sur la surveillance et la vie privée :

El tema de género apareció con la música. Yo empecé jugando a hacer una playlist con una amiga, con canciones que podrían habernos dedicado Google o las oficinas de vigilancia de Estados Unidos. Era un juego. Pero escuchando las letras caímos en cuenta de que había algo más. Estas canciones hablaban de mujeres. Más allá del chiste de que “every breath you take” parece escrita por la NSA [National Security Agency, por sus siglas en inglés], nos dimos cuenta de que esto es sobre un hombre que vigila a una mujer. Y de ahí pasamos a la salsa, que es la música que nos conecta más fuertemente con nuestra ciudad, con Cali. En la salsa encontramos una representación del amor como una relación de propiedad. Por generaciones hemos cantado y bailado canciones que dicen que somos propiedad de alguien y en esa medida, somos susceptibles a ser vigiladas.

Estas relaciones culturales entre violencia y género han sido un tema abordado por las feministas desde hace rato. En cuanto a la música, las críticas y los análisis se han enfocado, especialmente, a revisar el reggeatón. ¿Pero y la salsa? Ahí le pusimos más cuidado a las mezclas y a la playlist. Hemos usado un montón de metáforas para hablar de privacidad y vigilancia: el gran hermano, por ejemplo o el panóptico… Pero estos son imaginarios heredados, de activismos que han surgido en Europa o en Estados Unidos y en consecuencia, no tenemos la misma conexión con ellos. Tour Delirio propone utilizar metáforas que salen de acá, de nuestro contexto cultural. Un contexto en el que además de ser sujetos de vigilancia, si se es mujer esto puede ser muchísimo más peligroso y constante. Las historias de vigilancia que cuenta Tour Delirio son historias cotidianas que nos invitan a reflexionar sobre la relación que tenemos con nuestros teléfonos, con las cámaras de seguridad en las ciudades o con las redes sociales que usamos a diario. Además, nos invitan a cuestionar las prácticas de vigilancia social que existen en nuestro contexto latinoamericano y que se reflejan en expresiones culturales como la salsa.

Le thème du genre est apparu avec la musique. J'ai lancé une playlist avec une amie, qui comprenait des chansons qui auraient pu nous être dédiées par Google ou par les agences de surveillance des États-Unis. C'était un jeu. Mais en écoutant les paroles, on s'est rendu compte qu'il y avait autre chose. Ces chansons parlaient des femmes. Au-delà du fait risible qu'« Every breath you take » semble avoir été écrite par la NSA (Agence nationale de sécurité américaine), on s'est rendu compte que cette chanson parlait d'un homme qui surveille une femme. Et puis, nous sommes passées à la salsa, la musique qui nous relie le plus à notre ville, à Cali. Dans la salsa, l'amour est représenté comme une relation de propriété. Pendant des générations, nous avons chanté et dansé sur des chansons qui disent que nous sommes la propriété de quelqu'un et que, partant de ce principe, nous pouvions être surveillées.

Ces relations culturelles entre la violence et le genre sont abordées par les féministes depuis longtemps. Quant à la musique, les critiques et les analyses ont particulièrement porté sur le reggaeton. Et la salsa dans tout ça ? Nous avons davantage fait attention au mixage et à la playlist. Nous avons utilisé beaucoup de métaphores pour parler de la protection de la vie privée et de la surveillance : Big Brother, par exemple, le panoptique… Il s'agit d'imaginaires hérités d'activismes apparus en Europe ou aux États-Unis et, par conséquent, nous n'avons pas ce même lien avec eux. Tour Delirio utilise des métaphores d'ici, de notre contexte culturel. Un contexte dans lequel, en plus de faire l'objet de surveillance, si on est une femme, cela peut être beaucoup plus dangereux et régulier. Les histoires de surveillance racontées dans Tour Delirio sont des histoires du quotidien qui nous invitent à réfléchir à la relation que nous entretenons avec notre téléphone portable, avec les caméras de sécurité dans les villes et avec les réseaux sociaux que nous utilisons tous les jours. Elles nous invitent également à nous interroger sur les pratiques de surveillance sociale qui existent en Amérique latine et qui se reflètent dans les expressions culturelles telles que la salsa.

Si cette histoire vous a plu, vous pouvez la suivre sur Instagram @TourDelirio ou avec le hashtag #TourDelirio sur Twitter pour vous tenir informé.e.s de ce nouveau projet transmédia.

Ángel Carrión a collaboré à la création de cet article.
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La Gambie face au cauchemar de la chasse aux sorcières sous l'ancien régimehttps://fr.globalvoices.org/?p=242507http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191207_090358_La_Gambie_face_au_cauchemar_de_la_chasse_aux_sorcieres_sous_l_ancien_regimeSat, 07 Dec 2019 08:03:58 +0000La Commission Vérité et Réconciliation tiendra une session d'un mois.

Masirending Bojang avait plus de 80 ans lorsqu'elle a été arrêtée dans son village de Jambur, au sud-ouest de Banjul, où plus de dix ans plus tard, la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations a ouvert ses premières auditions dans les régions. Photo via justiceinfo.net reproduite sous CC BY 2.0.

Le lundi 11 novembre, la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC) de la Gambie a entamé une session d'un mois se focalisant sur la pratique de la chasse aux sorcières, stratégie utilisée sous le régime de Yahya Jammeh. En 2009, ce régime a conduit des raids dans les villages et les institutions, concernant notamment l'armée, les services de renseignement et les prisons.

Beaucoup pensent que la stratégie de la chasse aux sorcières a été mise en place pour effrayer l'opposition de Yahya Jammeh et créer un climat de peur et de terreur.

Alors que le régime de Yahya Jammeh avait recours à la police pour réprimer et tuer des citoyens, les agents des forces de l'ordre ont également subi les conséquences de ces chasses aux sorcières. Le blog kerr-fatou.com en fait état :

One of the institutions that suffered Jammeh’s witch hunting was the Gambia Police Force. Before the Truth Commission on Monday, two police officers, Ken Mendy and Abdou Colley, detailed how the so-called witch doctors raided the police headquarters and accused at least six officers of being witches.

L'une des institutions qui a été la proie de la chasse aux sorcières de Yahya Jammeh est la police gambienne. Devant la Commission vérité lundi, deux policiers, Ken Mendy et Abdou Colley, ont révélé comment les soi-disant guérisseurs avaient fait une descente au poste de police et accusé au moins six policiers d'être des sorciers.

Mustapha Ceesay, ancien membre du personnel de la police gambienne (GPF) et victime présumée de la chasse aux sorcières de l'ancien président gambien Yahya Jammeh en 2009, a témoigné depuis les États-Unis par Skype devant le TRRC, selon le blog kerr-fatou.com :

The hunting began. According to Ceesay, on January 13 and 14, 2009. In these two days, the witch doctors have conducted an exercise within the police headquarters, accusing people of being witches.

On January 14, 40 people were accused of being witches within the police. These people were asked to stay together in a group waiting to be trucked away to an unknown location to be ‘cured.’

La chasse aux sorcières a commencé. Selon Mustapha Ceesay, les 13 et 14 janvier 2009. Au cours de ces deux jours, les “guérisseurs” se sont livrés à un interrogatoire au quartier général de la police, accusant les gens de sorcellerie.

Le 14 janvier, 40 personnes ont été accusées d'être des sorciers et sorcières au sein de la police. On a demandé à ces personnes de se regrouper en attendant d'être acheminées par camion vers un endroit inconnu pour être “soignées”.

Le journaliste Adama Makasuba a écrit comment ces “guérisseurs” “ont forcé les officiers supérieurs de la police du quartier général de Banjul à prêter allégeance à l'ancien président Yahya Jammeh en se tenant sous un palmier au-dessus d'une fosse sacrificielle où un coq avait été tué,” ce dont témoigne Ken Mendy, policier qui avait déposé devant la Commission (TRCC) le lundi 12 novembre.

Dans un communiqué daté de mars 2009, Amnesty International a révélé que près de mille personnes avaient été “enlevées dans leur village par des “guérisseurs“, conduites dans des centres de détention gardés secrets et forcées de boire des décoctions hallucinogènes”.

Reports suggest that officials within Gambia including the police, army and the president’s personal protection guards are accompanying ‘witch doctors’ as they carry out their campaign…

At the secret detention centers, where some have been held for up to five days, they are forced to drink unknown substances that cause them to hallucinate and behave erratically. Many are then forced to confess to being a witch. In some cases, they are also severely beaten, almost to the point of death.

Selon certaines informations, des responsables gambiens, notamment parmi la police, l'armée et les membres de la guarde personnelle du président, ont escorté des marabouts tout au long de leur campagne [de chasse aux sorcières]…

Dans les centres de détention secrets, où certains sont enfermés jusqu'à cinq jours, ils sont contraints de boire des substances inconnues qui leur provoquent des hallucinations et un comportement erratique. Beaucoup sont alors forcés d'avouer qu'ils sont des sorciers. Dans certains cas, ils sont aussi violemment passés à tabac, frôlant même la mort.

Sept ans plus tard, en 2016, gainako.com relatait que les “chasseurs de sorcières” faisaient du porte-à-porte dans le village de Kamfenda, dans la région occidentale de Foni, ancien bastion de Yahya Jammeh, pour tenter d'arrêter des citoyens pour sorcellerie :

Citizens can recall a camp was opened in Jammeh’s home village of Kanilai [southern Gambia] in 2009, where thousands of abductees were kidnapped and forced to drink ‘kubehjara’ [a locally made, potentially poisonous herb drink] by witch doctors from Mali and Guinea [brought in by Jammeh]. They said witch doctors raped some women, stole their personal items like money and cell phones and even forced them into ritual dancing in open [outdoor] spaces. Many villages were victimized, the height of the madness in [the villages of] Jambur, Makumbayaa, Barra, Sintet, Bwiam, and many others. Lots of lives were lost, others to date are faced with serious stomach complications and many others fled the Gambia to neighboring Casamance [Senegal] to avoid these abductions. To be noted that a lot of those that resisted were arrested and tried in the case for Jambur, and even one-time presidential contestant, Halifa Sallah.

Les citoyens se souviennent qu'un camp avait été ouvert dans le village de Kanilai (au sud de la Gambie) en 2009, où des milliers de personnes ont été enlevées et forcées de boire du “kubehjara” (une boisson à base d'herbes potentiellement toxique produite localement) par des marabouts du Mali et de Guinée (importée par Yahya Jammeh). Ils ont déclaré que les marabouts avaient violé des femmes, leur avaient dérobé des objets personnels comme de l'argent et des téléphones cellulaires et les avaient même forcées à danser selon un rituel dans des espaces publics. De nombreux villages ont été victimes de la folie, le summum de la folie a eu lieu dans (les villages de) Jambur, Makumbayaa, Barra, Sintet, Bwiam, et bien d'autres. Beaucoup de personnes ont perdu la vie, d'autres sont aujourd'hui victimes de graves complications gastriques et beaucoup d'autres ont fui la Gambie vers la Casamance voisine (Sénégal) pour éviter ces rafles. A noter que beaucoup de ceux qui ont résisté ont été arrêtés et jugés dans l'affaire Jambur, y compris un ancien candidat à la présidence, Halifa Sallah.

Jason Florio, photographe et écrivain londonien primé, a écrit sur ces rafles pour son projet #Portraits4PositiveChange en janvier 2019 :

Dodou Sanyang in the room of his recently deceased mother. She was one of over a thousand elderly people abducted on the order of the former president, Yahya Jammeh in 2009. Groups of Jammeh’s paramilitary troops along with his youth brigade, The Green Boys, and ‘magicians’ from Guinea went from village to village as part of a nationwide hunt for witches.

The alleged witches were held for up to five days in secret locations and made to drink ‘Kubehjaro’, a hallucinogenic substance, and then forced to confess to witchcraft. Some were also severely beaten and robbed by their captors. Some died at the detention sites, and others, like Sanyang’s mother, suffered years of illness before dying. Many in Sanyang’s village believe the elderly there were not targeted for witchcraft, but because the village had been an opposition stronghold –  Essau, Northbank Division, The Gambia.

Dodou Sanyang dans la chambre de sa mère récemment décédée. Elle faisait partie du millier de personnes âgées enlevées sur ordre de l'ancien président Yahya Jammeh en 2009. Des troupes paramilitaires de Yahya Jammeh ainsi que sa brigade de jeunes, les Green Boys [fr], et des “magiciens” de Guinée sont allés de village en village dans le cadre d'une chasse aux sorcières [en] à travers le pays.

Les sorciers et sorcières présumé.e.s ont été détenu.e.s jusqu'à cinq jours dans des lieux secrets et ont été forcé.e.s de boire du “Kubehjjaro”, une substance hallucinogène, puis d'avouer leurs sortilèges. Certains ont également été sévèrement battus et dépouillés par leurs ravisseurs. Certains sont morts dans les lieux de détention et d'autres, comme la mère de Dodou Sanyang, ont contracté une longue maladie avant de mourir. Beaucoup dans le village de Dodou Sanyang estiment que les personnes âgées n'étaient pas visées pour des faits de sorcellerie, mais plutôt parce que le village avait été un bastion de l'opposition – Essau, Northbank Division, The Gambia.

La police gambienne faisait partie des institutions et individus visés par les chasses aux sorcières comanditées sous le régime de Yahya Jammeh en 2009. Commissariat de police de Serekunda, Gambie, 2015. Photo par WildRedHen via Flickr, CC BY 2.0.

Une nouvelle chasse aux sorcières

La chasse aux sorcières sous Yahya Jammeh a brusquement cessé en 2009 lorsque le gouvernement y a soudainement mis fin sans explication et a libéré les personnes détenues, selon un communiqué d'Amnesty International datant d'avril 2009.

Mais des années plus tard, les communautés lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et queer ont également été la cible du régime de Yahya Jammeh. Graeme Reid, le directeur du programme pour les droits des personnes LGBTQ à Human Rights Watch, a révélé en décembre 2014 :

Jammeh’s latest target is the LGBT community. In October, he signed a new criminal code that carries punishment of up to life in prison for ‘aggravated homosexuality’, which is defined in such a way as to include ‘serial offenders’ and people living with HIV who are deemed to be gay or lesbian. The new law has sparked a witch hunt against LGBT people in Gambia, with at least 14 documented arrests. Some of those rounded up have been tortured. Detainees said they were told that if they did not ‘confess,’ and also provide the names of other so-called offenders, a device would be forced into their anus or vagina to ‘test’ their sexual orientation. Those who [could] flee have sought refuge in neighboring Senegal.

La toute nouvelle cible de Jammeh est la communauté LGBT. En octobre, il a signé un nouveau code pénal qui prévoit une peine pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité pour “homosexualité aggravée”, qui est ainsi définie de manière à inclure les “délinquants en série” et les personnes infectées par le VIH qui sont supposées être gaies ou lesbiennes. La nouvelle loi a déclenché une chasse aux sorcières contre les personnes LGBT en Gambie avec au moins 14 arrestations recensées. Certaines des personnes appréhendées ont été torturées. Les détenu.e.s ont déclaré qu'on leur avait dit que s'ils et elles n'avouaient pas et ne fournissaient pas le nom d'autres soi-disant délinquants, un objet serait introduit dans leur anus ou leur vagin pour “évaluer” leur orientation sexuelle. Ceux et celles qui ont pu fuir ont trouvé refuge au Sénégal voisin.

Les sessions spéciales du TRCC se dérouleront en périphérie de Banjul dans les villages où la chasse aux sorcières a eu lieu, en commençant par le village de Jambur dans le sud-ouest de la capitale. Il est à souhaiter que la TRRC abordera toutes les formes de harcèlement ciblé et de terreur sous le régime de Yahya Jammeh.

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Ce qu'il faut attendre de la nouvelle loi russe sur “l'internet souverain”https://fr.globalvoices.org/?p=242546http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191207_021625_Ce_qu_il_faut_attendre_de_la_nouvelle_loi_russe_sur____l_internet_souverain___Sat, 07 Dec 2019 01:16:25 +0000Le concept d'“internet souverain” n’existe pas seulement en Russie.

La loi russe sur “l'internet souverain” n'inquiète pas seulement les activistes du net, mais aussi les utilisateurs lambda. Illustration Tom Venner. Reproduit avec autorisation de l'auteur.

La très controversée loi russe sur “l'internet souverain” [ru] est entrée en vigueur le 1er novembre.

Les partisans de son adoption prétendent qu'il fallait absolument franchir ce pas pour défendre la Russie des cyberattaques en provenance de l'étranger, tandis que les défenseurs des droits humains et de la liberté d'expression pensent [en] que cette loi représente une nouvelle menace sérieuse pour la liberté d'expression en ligne. Pour le moment, les usagers de Runet ne ressentent pas de différence notable. Du moins jusqu'à ce que soit décrétée une “situation de crise” (dont la définition reste quelque peu floue) : dans certaines régions de Russie, voire dans tout le pays, l'“internet souverain”, coupé de la Toile mondiale, se mettrait alors à fonctionner séparément.

Le projet de loi sur “l'internet souverain” élaboré [en] par les députés Andreï Klichas, Liudmila Bokovaïa et Andreï Lougovoï a été adopté à la Douma en avril. Le président Vladimir Poutine l'a signé le 1er mai. L'adoption de cette loi est l'une des étapes les plus récentes dans la guerre que mène le Kremlin contre le cyberespace. Rien que cette année, à Moscou et en Ingouchie ont eu lieu deux coupures d'internet, qui semblent motivées politiquement [en]. En outre, deux lois sont entrées en vigueur en mars pour interdire les “fake news” et l'“irrespect délibéré envers le gouvernement” sur le net. Poutine a récemment proposé de leur ajouter un nouveau texte qui entend criminaliser la “propagande pour les stupéfiants” [ru] en ligne.

Comme pour la plupart des actes de loi russes de ce type (par exemple, sur l'interdiction de la promotion de l'“extrémisme” en ligne [fr]), leur adoption a été soudaine et incohérente: le plus souvent, les internautes russes ne savent pas où se trouve la ligne rouge jusqu'à ce qu'ils la franchissent.

Ainsi, bien qu'il existe déjà de nombreuses lois régulant les contenus en ligne, l'acte sur “l'internet souverain” joue un rôle particulier, tout en étant lié à la législation en place. Il s'agit ici précisément de “l'infrastructure critique” [ru] de Runet, pas seulement de son contenu. Par exemple, la nouvelle loi oblige les fournisseurs d'accès à acheminer le trafic international entrant via des points d'échange (IXPs) basés en Russie, assurant, en cas de crise, un fonctionnement centralisé de l'internet. La loi les contraint aussi à installer des dispositifs spéciaux de nature à aider le Roskomnadzor — le garde-fou officiel des médias — à bloquer le trafic internet indésirable. Les données seront expédiées dans un centre de contôle qui pourra étudier ce trafic en temps réel à l'aide de la “technique d'inspection profonde de paquets” appelée DPI [fr], une méthode jugée plus efficace que le blocage d'adresses IP individuelles. Le projet de loi prévoit aussi de créer une version nationale du système des noms de domaine (DNS) [fr], soit l'annuaire internet [en], étant donné qu'en cas de coupure du réseau les fournisseurs d'accès russes ne pourraient pas se raccorder aux serveurs DNS étrangers. Le 27 septembre, le Roskomnadzor a annoncé [ru] que le système allait être testé dans le sud de l'Oural, provoquant un certain mécontentement des usagers locaux. Les résultats de cette expérience n'ont pas été rendus publics.

Mais quelle logique politique y a-t-il derrière cet “internet souverain” ?

Il y a longtemps que Poutine considère la dépendance de la Russie vis-à-vis des technologies numériques étrangères comme une menace à la sécurité nationale, et il a déclaré [ru] à au moins deux reprises que l'internet était un projet créé et géré par les services de sécurité occidentaux. Comme l'a écrit [ru] Kirill Rogov le 29 octobre pour le quotidien russe “Vedomosti”, aujourd'hui, les réseaux sociaux “mobilisent et façonnent la loyauté politique en Russie au même titre que la télévision quand Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir”. A la lumière de ces événements, les récentes mesures pour limiter les libertés en ligne présentent des ressemblances troublantes avec l'approche du gouvernement envers les principaux médias critiques durant la dernière décennie. Dans le cas du projet de loi qui limite la part des étrangers à 20% [en] dans toute compagnie russe “d'importance” sur Internet, ces mesures se répètent presque à l'identique (en 2014, une loi analogue [en] a été adoptée pour la presse, la radio et la télévision). C'est cette idée qui a motivé le député du parti de droite Russie unie Lev Gorelkine, lequel agit visiblement sur ordre de l'administration présidentielle. Aussitôt que les médias en ont eu connaissance, le cours de l'action du géant de l'internet russe Yandex a brusquement chuté. [en]

Dans un entretien avec Global Voices, Andreï Soldatov, spécialiste des technologies numériques en Russie et coauteur du livre «The Red Web» [en] [“L'Internet rouge”] sur l'histoire du web russe, explique les motivations du pouvoir de la façon suivante :

The Kremlin’s offensive on the Internet freedoms started in 2012 and over this period they learned a few things. They understand now that the most dangerous content is not generated by some hostile forces from abroad, but inside the country, and this content is not always produced by the opposition or political activists – it might be the news of some incident, like environmental catastrophe or natural disaster, disseminated and shared by ordinary users. And the Sovereign Internet bill is designed to prevent precisely this kind of content from spreading – it requires the installation of the system which would enable the government to control remotely the way the traffic goes in the country, cutting of a particular region from the rest of the country, if necessary.

L'offensive du Kremlin contre les libertés en ligne a débuté en 2012, et depuis, ils ont appris quelques petites choses. Ils ont maintenant compris que le contenu le plus dangereux n'émane pas de quelque force hostile hors des frontières russes, mais qu'il est produit à l'intérieur, et pas toujours par l'opposition ou des activistes politiques: ce peut être de l'information sur un incident comme une catastrophe environnementale ou naturelle, diffusée et partagée par des usagers lambda. Or la loi sur l'internet souverain est justement faite pour empêcher ce genre de contenus de circuler – elle prévoit l'installation d'un système qui peut permettre au gouvernement de contrôler à distance le trafic dans le pays, en séparant si nécessaire une région donnée du reste du pays.

Ainsi, même s'il est tentant de s'imaginer “l'internet souverain” comme l'œuvre d'une élite vieillissante coupée des réalités numériques, une telle idée peut nous induire dangereusement en erreur. Les tentatives de diviser la toile en segments nationaux étroitement contrôlés s'inscrivent dans une vaste tendance globale [en], et ne sont pas seulement le fait des gouvernements autocratiques. Soldatov ajoute que le gouvernement russe aime bien pointer ce genre d'initiatives dans les autres pays, pour mieux légitimer sa propre politique dans le domaine d'internet :

Russian lawmakers love referring to the Western experience in Internet legislation — after all, we got Internet censorship in the country under the pretext of following the British example, as we were told by the Duma. Of course, the concept of the Sovereign Internet is not exclusively Russian —apart from China, there were many European countries that started talking about the need of something sovereign, especially after Snowden’s revelations. But these days, the problem is not what the government could do about the cables and the ways the traffic goes — it’s the content and where it’s stored. In many countries there are debates over how to make global platforms store the data of users in their respective countries: German users of Facebook in Germany, French in France and so on. This could be really dangerous, especially given the fact that to store data closer to users has a practical sense to the platforms as well.

Les législateurs russes aiment bien se référer à ce qui se fait en Occident en matière de législation internet; en fin de compte, nous avons instauré une censure d'internet dans notre pays sous prétexte de suivre l’exemple anglais, si l'on en croit la Douma. Bien entendu, le concept d'“internet souverain” n'existe pas seulement en Russie: la Chine mise à part, de nombreux pays européens ont commencé à en évoquer la nécessité, notamment après les révélations de Snowden. Mais le problème actuel n'est pas ce que le gouvernement pourrait faire avec les câbles et les données sur le trafic, mais l'endroit où sont stockés les contenus. De nombreux pays se demandent comment obliger les plateformes mondiales à stocker les données des utilisateurs sur leur sol; celles des internautes allemands en Allemagne, des français en France, etc. Cela peut s'avérer extrêmement dangereux, surtout si l'on pense que le stockage des données au plus près des utilisateurs a des conséquences pratiques pour les plateformes aussi.

Par ailleurs, Soldatov met garde contre la tentation de faire un parallèle entre “l'internet souverain” de la Russie et le projet de “grande muraille électronique” de la Chine:

The Chinese model of surveillance and censorship was integrated into the Chinese Internet from the beginning, while the Russian Internet was left alone for a very long period of time: from the very beginning in the early 1990s to 2012. It makes things more difficult for the Russian censors, and the most striking difference between the two countries is that blocking isn’t effective in Russia — we have lots of websites banned and blocked, but one could use VPNs and other means to circumvent it pretty easily. The government war with Telegram messenger was also not successful — lots of people still use this messenger, including government officials.

Le modèle chinois de surveillance et de censure a été intégré à l'internet chinois depuis le début, tandis que l'internet russe s'est développé de façon autonome pendant une période très longue: du début des années 90 jusqu'à 2012. Voilà qui complique la tâche de la censure russe. Et la différence la plus frappante entre les deux pays réside dans le fait que le blocage n'est pas efficace en Russie — nous avons beaucoup de sites interdits et bloqués, mais en utilisant un VPN ou d'autres moyens, on peut contourner l'interdiction assez facilement. La guerre que mène le gouvernement contre la messagerie Telegram n'a pas eu plus de succès; beaucoup de gens utilisent encore l'application, y compris des fonctionnaires du gouvernement.

Par conséquent, l’imbrication étroite de Runet dans la toile mondiale pourrait compliquer la mise en place de ““l'internet souverain”. Mais Soldatov pense aussi que, 90% du trafic en ligne russe étant déjà acheminé via des points d'échange internet intérieurs au pays, séparer Runet de la toile mondiale pourrait s'avérer plus facile que prévu:

As I said, the main idea of the Sovereign Internet is to use it during the crisis, not every day of the week. This means that if the Kremlin will be smart, they could almost avoid financial losses – the costs of introduction of such a system is a different matter.

Comme je l'ai déjà dit, l'idée de base de “l'internet souverain”, c'est de s'en servir en temps de crise, pas tous les jours. Ce qui veut dire que si le Kremlin est malin, il arrivera presque à éviter les pertes financières. Quant au coût de la mise en œuvre d'un tel système, c'est une autre histoire.

Cette mise en œuvre pourrait demander très longtemps et, selon plusieurs estimations [ru], quelques dizaines de milliards de roubles. Dans les faits, la loi elle-même suppose l'adoption de plus de 30 actes de loi pour que ses multiples dispositions soient respectées à l'horizon 2021. Le 19 octobre, le porte-parole du gouvernement Dmitri Peskov a même reconnu lors d'une interview [ru] que techniquement, le pays n'était pas prêt pour une isolation totale, ce qui signifie que les dispositions légales devront être mises en place progressivement pour assurer le bon fonctionnement de “l'internet souverain”. Ou bien, pourrions-nous ajouter, pour éviter le destin bureaucratique et entaché de scandales d'autres initiatives russes pour réguler le cyberespace, comme le “paquet Yarovaïa” [fr] ou les tentatives malheureuses du gouvernement pour interdire Telegram.

Quoi qu'il en soit, les internautes russes ont l'habitude d'avoir un coup d'avance. Certains sites web ont déjà préparé des conseils [ru] en cas de coupure de Runet, même si les spécialistes redoutent [en] que l'activation de “l'internet souverain” empêche les internautes russes d'accéder aux VPN qu'ils utilisent actuellement pour contourner les blocages des autorités. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle loi est tantôt moquée, tantôt déplorée. Lev Pereoulkov, membre du collectif artistique MXD, a publié sur VKontakte une série de travaux [ru] consacrée à “l'internet souverain” qui est vite devenue virale. Les internautes ont rebaptisé Runet “Tchebournet” (#Чебурнет)  mot-valise formé sur “internet” et «Tchebourachka» [fr], célèbre personnage de dessins animés soviétiques.

Nous avons désormais en Russie un internet souverain, spirituel et sécurisé, qui obéit aux cinq principes de[s nouvelles de l'écrivain dissident] Voïnovitch [fr]: appartenance à une nation, à un parti, à une religion, respect de la vigilance et de la sécurité de l'Etat.
Tous les citoyens de Russie sont priés de mettre l'apparence de leur ordinateur aux nouvelles normes gouvernementales.

L'“internet souverain” a donc pour but de créer une infrastructure parallèle qui peut être activée d'un simple clic. Mais même si cela ne se matérialise jamais, les nombreuses exigences pesant sur les fournisseurs d'accès peuvent aider le gouvernement à appliquer plus efficacement les lois de régulation du cyberespace, qui ne cessent de se multiplier. Ce qui est bien dans l'air du temps.

“La loi est une arme redoutable”, déclarait Alexandre Jarov, le directeur du Roskomnadzor, dans une interview au mois d'avril [ru]. Il a dit espérer que “comme l'arme nucléaire dont disposent certains pays, elle reste à l'état de réserve inactive”.

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Quand diables, anges et saints courent les rues en République tchèquehttps://fr.globalvoices.org/?p=242600http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191206_132738_Quand_diables__anges_et_saints_courent_les_rues_en_Republique_tchequeFri, 06 Dec 2019 12:27:38 +0000La Tchécoslovaquie fêtait Saint Nicolas même sous le communisme

Face à face traditionnel avec Saint Nicolas et deux diables à Prague le soir du 5 décembre. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Le soir du 5 décembre, les rues et les places de la République tchèque se remplissent de personnages inhabituels : des diables, anges et saints coiffés de hauts couvre-chefs. Le 5 décembre est la veille de la Saint-Nicolas, une fête spéciale des enfants tchèques parmi les réjouissances de décembre.

Saint Nicolas était un évêque chrétien du troisième siècle né dans la ville grecque de Myre, aujourd'hui située en Turquie. L'hagiographie chrétienne a ajouté de nombreuses légendes à sa biographie au long des siècles. Selon l'une d'elles, plutôt sanglante, un boucher tue trois petits enfants et les met dans un tonneau de saumure au moment où Nicolas est de passage dans la ville. Pressentant la perfidie qui se trame, il ressuscite les enfants. Sans doute une des principales raisons pour lesquelles en République tchèque et dans d'autres pays d'Europe centrale, ainsi qu'en Belgique et aux Pays-Bas, la Saint Nicolas a une célébration en rapport étroit avec les enfants.

Dans la tradition tchèque, Saint Nicolas se promène dans les rues et parfois frappe aux portes, accompagné d'un ange et d'un diable, et demande aux parents si leurs enfants ont été sages ou non dans l'année. Si le compte-rendu est positif, l'ange caresse la tête de l'enfant et lui donne une friandise. Les enfants qui se sont mal conduits se font symboliquement réprimander par le diable.

La fête est considérée comme une affaire familiale, et de nombreux jeunes gens se déguisent en l'un des trois personnages et déambulent dans les rues pour joyeusement amuser et/ou effrayer les enfants. Ces festivités ont toujours été si populaires qu'elles étaient largement observées en Tchécoslovaquie même à l'ère communiste, quand les célébrations religieuses publiques étaient bannies, car on les considérait comme ayant en partie des racines païennes. Aujourd'hui, la fête est célébrée par les municipalités, mais des trios “non-officiels”, spontanés, déambulent également et gardent vivante la tradition.

Voici quelques photos prises à Prague dans la soirée du 5 décembre 2019, montrant différents aspects des festivités tchèques de la Saint-Nicolas.

Un diable professionnel place Wenceslas à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Trio municipal place Wenceslas à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Les diables vérifient la conduite des enfants, place Wenceslas à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Apparemment ce garçon s'est bien conduit et a mérité ses friandises. Náměstí míru à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Trio spontané, Náměstí míru à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

Le diable et Saint Nicolas prennent la pose. Náměstí míru à Prague. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

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Des photographes chiliens reprennent le flambeau pour témoigner des violations des Droits de l'homme dans leur payshttps://fr.globalvoices.org/?p=242554http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191205_074259_Des_photographes_chiliens_reprennent_le_flambeau_pour_temoigner_des_violations_des_Droits_de_l_homme_dans_leur_paysThu, 05 Dec 2019 06:42:59 +0000

Photo de l'album “Mesada”, en commémoration du premier mois de révolte en 2019 au Chili. Avec l'autorisation de l'auteur.

Au Chili en 1981, sous la dictature de Augusto Pinochet, soutenue par les États-Unis [fr], un groupe de photographes, dont Paz Errázuriz [fr], avait créé l'Association des photographes indépendants [fr] (AFI) pour documenter visuellement les violations des Droits de l'homme dans les rues de la capitale, Santiago.

Près de 30 ans plus tard, lors des manifestations étudiantes de 2011 à 2013 dans tout le Chili, un nouveau groupe de photographes professionnels et amateurs a fait revivre ce nom et a créé AFI Santiago avec les mêmes objectifs. Le groupe dispose d'une vaste galerie de photos publiées dans les médias sociaux et sur leur page Facebook qui témoignent des divers conflits en cours. Dans une interview par mail avec Rodrigo Segovia, membre du groupe, AFI Santiago déclare que son objectif est de “créer des médias indépendants, cohérents et véridiques avec la communauté nationale et internationale, en semant dans les esprits des générations futures la graine qui éveillera en eux une plus grande conscience et un plus grand respect envers les droits fondamentaux des hommes”.

AFI Santiago a récemment publié un album intitulé “Mesada” pour commémorer le premier mois du soulèvement actuel, provoqué par les inégalités économiques. La répression policière a fait 23 morts et des milliers de blessés dans tout le Chili jusqu'à présent.

Nous publions ci-dessous ces photos de AFI Santiago (avec leur autorisation) qui couvrent la période allant de leurs débuts à nos jours.

Photo de 2012 d'un jeune “weichafe” (guerrier) affrontant la police militaire avec un lance-pierres lors d'une récupération de terres mapuche. Publiée avec autorisation.

Joven mapuche se enfrenta con un carro policial de las Fuerzas Especiales en el Ex Fundo La Romana. El pueblo mapuche lleva más de quinientos años resistiendo. Progresivamente desde la llamada “Pacificación de la Araucanía” del siglo XIX, se los fue despojando de sus tierras. Latifundistas extranjeros, grandes empresas forestales y termoeléctricas han usurpado su territorio y destruido su ecosistema. Hoy, las comunidades en resistencia mantienen una gran lucha reivindicativa que los lleva a enfrentarse a sangre y fuego contra el estado chileno y los capitales extranjeros para defender su cosmogonía, su cultura y sus tierras ancestrales.

Un jeune Mapuche [fr] affronte un véhicule des forces spéciales de l'armée sur l'ancienne hacienda La Romana. Le peuple mapuche résiste depuis plus de cinq cents ans. Depuis la soi-disant “Pacification de l'Araucanie [fr]” au XIX° siècle, il a été dépouillé de toutes ses terres. Des latifundistes (propriétaires terriens possédant d'immenses exploitations agricoles) étrangers, de grandes entreprises forestières et thermoélectriques ont usurpé leur territoire et détruit leur écosystème. Aujourd'hui, les communautés en résistance mènent un combat revendicatif qui les oblige à lutter par le feu et par le sang contre le gouvernement chilien et les capitaux étrangers pour défendre leur cosmogonie, leur culture et les terres de leurs ancêtres.

Arrestation d'un étudiant pendant les manifestations des écoles secondaires en 2013. Publié avec autorisation.

Manifestation de l'Association des familles de détenus-disparus (AFDD) devant le palais présidentiel chilien, demandant que le gouvernement publie davantage d'informations sur les détenus et les personnes disparues sous la dictature de Pinochet (2016). Publié avec autorisation.

El compromiso de verdad, justicia y reparación parecen esconderse tras los muros de una administración que no avanza en poner fin a la impunidad y a las garantías que hoy tienen los violadores a los Derechos Humanos en Chile.

Les engagements en faveur de la vérité, la justice et les réparations semblent s'abriter derrière les murs d'une administration qui se décide pas à mettre fin à l'impunité et aux garanties accordés aujourd'hui aux auteurs de violations des Droits de l'homme au Chili.

Des familles font la cuisine en commun pour partager avec ceux qui manifestent pour le droit à la terre. Publié avec autorisation.

Photo d'une manifestation en 2019 à Osorno, Chili, tirée de l'album “Mesada” (2019). Publiée avec autorisation.

Al cumplirse un poco más 30 días del levantamiento social en Chile, son miles las imágenes que han dado la vuelta al mundo mostrando como un pueblo fue capaz de despertar al sonido de los estudiantes que nos enseñaron que “Evadir” es una forma válida de lucha y que al compás de las cacerolas, más de 1 millón de personas pueden marchar libremente a la sombra de nuevas banderas.

La frase: “Porque nos robaron todo, incluso el miedo”, se establece como única estrategia de enfrentamiento civil hacia las balas de un sistema represivo que se niega a oír los sonidos de la calle. Elegir nuestro propio destino es la base de cambio estructural que la primera línea no esta dispuesta a tranzar.

Chile cambió en un mes y lo hizo para siempre.

Este es un homenaje a quienes murieron, fueron torturados, abusados, desaparecidos y perdieron su vista en esta lucha de transformación social. A todos ellos, sus familias y un país entero, nuestro respeto y compromiso a través de estas imágenes.

Un peu plus de 30 jours après le début de la révolte sociale au Chili, des milliers d'images ont fait le tour du monde en montrant comment le peuple s'est soulevé aux cris de ses étudiants, qui nous ont appris que “l'évasion massive” [passer sous les portiques du métro sans payer] est une manière efficace de se battre et qu'au rythme des casseroles, plus d'un million de personnes peuvent défiler librement sous de nouvelles banderoles. La phrase : “Parce qu'ils nous ont tout volé, même la peur”, devient l'unique stratégie d'affrontement civil contre les balles d'un système répressif qui refuse d'entendre ce qui vient de la rue. Choisir notre propre destin est la base du changement structurel que ceux qui sont en première ligne ne sont pas disposés à négocier. En un mois, le Chili a changé et il a changé pour toujours. Ceci est un hommage à ceux qui sont morts, qui ont été torturés, maltraités, qui ont disparu et ont perdu la vue dans ce combat pour le changement social. Pour tous ceux-là, pour leurs familles et pour le pays tout entier, ces images sont la marque de notre respect et de notre engagement.

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Le quotidien de peur et d'incertitude des Géorgiens de Gali en Abkhaziehttps://fr.globalvoices.org/?p=242493http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191204_122032_Le_quotidien_de_peur_et_d_incertitude_des_Georgiens_de_Gali_en_AbkhazieWed, 04 Dec 2019 11:20:32 +0000Le cauchemar bureaucratique des Géorgiens de souche en Abkhazie séparatiste

L'entrée dans la région de Gali en Abkhazie après avoir traversé la rivière Ingouri. La zone est majoritairement peuplée de Géorgiens de souche. Photo de Chai Khana, utilisée avec autorisation.

Ce qui suit est un article de Chai-Khana.org, reproduit par Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat.

Presque neuf cents mètres.

C'est la distance qui sépare les Géorgiens de souche vivant dans l'Abkhazie séparatiste du territoire sous contrôle du gouvernement géorgien. C'était aussi la distance qui coupe Badri*, 34 ans, de sa femme et ses enfants pendant l'été. Celle qui empêche Nika*, 23 ans, de pouvoir continuer ses études de master à l'université.

870 mètres, c'est la longueur du pont sur la rivière Ingouri, aujourd'hui le seul point de passage autorisé vers le territoire sous contrôle géorgien. Pendant trois mois cette année, c'est devenu le symbole des insécurités qui dominent chaque jour les vies de 30.000 à 40.000 personnes (population estimée).

Le pont marque la ligne de partition entre Géorgiens et Abkhazes, une frontière sinueuse apparue dans le sillage de la guerre abkhazo-géorgienne de 1992-1993 après l'effondrement de l'Union soviétique. Au plus fort des combats, de nombreux Géorgiens de souche ont fui pour leur sécurité dans d'autres parties du pays.

Quand les combats ont pris fin en 1993, beaucoup sont retournés chez eux dans le district de Gali. S'ils y constituent la majorité, leur vie est faite de peur et d'incertitude, pour partie à cause du pont sur l'Ingouri. (En 2008, la Russie a reconnu l'indépendance de facto de l'Abkhazie et continue à ce jour de tenir à bout de bras le territoire, économiquement et militairement. La large majorité des États membres de l'ONU reconnaissent l'Abkhazie comme territoire géorgien – Note de l'éditeur.)

Pour les Géorgiens de souche vivant à Gali, le pont sur l'Ingouri mène vers les écoles, les hôpitaux, la famille. Ils traversent pour des courses moins chères et des services de meilleure qualité, pour les mariages et les enterrements. On traverse la ligne de séparation chaque jour pour toutes sortes de raisons.

Mais durant trois mois cette année, l'accès au point de passage était fermé.

Les familles se sont trouvées divisées, les étudiants ont eu des difficultés à aller à l'université. Même un acte aussi simple qu'aller à un concert devenait impossible.

Si le point de passage est actuellement ouvert, les trois mois d'entrave aux déplacements ont souligné la vulnérabilité constante des Géorgiens de souche vivant en Abkhazie.

“C”était une expérience terrible à décrire. En juillet, quand les écoliers de Gali avaient les examens nationaux, les parents ont payé 5.000 roubles (70 euros), certains 10.000 (140 euros) pour traverser. Je ne veux pas retourner [à Gali] si ces pratiques continuent. Nous sommes en prison. C'est impossible de vivre dans de telles conditions”, dit Nika.

Il y a les humiliations quotidiennes, comme la suppression de la langue géorgienne dans les écoles de Gali. Et puis il y a les problèmes plus essentiels de sécurité, comme de ne pas pouvoir enregistrer les propriétés, voter ou avoir confiance que les policiers vont vous aider quand vous avez besoin d'eux.

“Malheureusement, vous n'êtes pas assez grand”. Le garde-frontière se voulait blagueur, mais le sens était que le Géorgien d'âge adulte (de la tranche 18 à 65 ans) voulant traverser l'Ingouri n'était pas autorisé à passer. A moins qu'il ne glisse un billet.

Badri était placé devant ce choix régulièrement pendant l'été quand ses enfants sont tombés malades. Les hôpitaux de Gali manquent de matériel et de compétences modernes, aussi sa femme a-t-elle franchi l'Ingouri pour les emmener dans un meilleur hôpital à Tbilissi, la capitale géorgienne. Lorsque les autorités abkhazes fermèrent la frontière en réaction aux manifestations de Tbilissi en juillet, Badri s'est trouvé coincé.

Pendant plus de trois mois, les habitants hommes de Gali ont été empêchés de traverser la frontière. Les restrictions furent levées le 2 octobre, mais l'expérience a laissé la population de Gali apeurée et frustrée.

Au long de l'année passée, les autorités abkhazes ont fermé deux fois le point de passage. Quand cela arrive, les Géorgiens de souche vivant à Gali ont peu de recours : soit ils paient les bakchichs soit ils restent chez eux.

“Pour rendre visite à mes enfants malades et à ma femme qui étaient à l'hôpital à Tbilissi, ça m'a coûté au total 5.000 roubles (70 euros). Je payais 1.000 roubles (14 euros) à chaque passage… Est-ce que c'est une vie ? Je suis devenu comme fou, mes enfants étaient branchés à des poumons artificiels et je ne pouvais pas aller les voir”, dit Badri.

Même le bakchich de 14 euros ne garantit pas le succès. Les gardes-frontières tantôt prennent l'argent et tantôt non. La somme peut varier : Nika a dû payer 41 euros pour passer et pouvoir s'inscrire à son cursus de master.

“J'ai payé 2.000 roubles (28 euros) la deuxième fois. Ensuite j'ai dû écrire une lettre au Ministère [géorgien de l’Éducation] pour obtenir le financement de mes droits d'inscription et il a fallu que je traverse le pont de l'Itouri une troisième fois et paie encore une fois 2.000 roubles”, détaille-t-il.

La décision de fermer le point de passage n'avait rien d'une nouveauté : les autorités abkhazes l'ont fermé en janvier, invoquant une épidémie de grippe sur le territoire sous contrôle géorgien.

Raison pour laquelle les Géorgiens vivant à Gali disent qu'ils sont devenus “prisonniers” chez eux à cause de flux constant de décisions des autorités de fait abkhazes restreignant leurs mouvements.

La fermeture de janvier a été si perturbante pour les habitants de Gali qu'ils sont allés jusqu'à tenir une manifestation exceptionnelle devant le siège de l'administration régionale. Ce qui a même conduit le défenseur public d'Abkhazie à parler en leur nom. Le médiateur Asida Shakril a demandé instamment aux autorités abkhazes de prendre en considération les besoins des communautés à Gali.

Pour autant, les habitants voient peu d'indices que les autorités de fait en Abkhazie s'intéressent à améliorer leur situation.

Au contraire, ils constatent une politique visant à les forcer à abandonner leurs foyers de Gali. En 2008, lorsque la Russie a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie, l'obtention d'un passeport abkhaze ou d'une carte de séjour est devenue obligatoire. avant cela, les passeports soviétiques, et , pour les mineurs, les actes de naissance servaient souvent de pièces d'identité.

Des Géorgiens de souche attendent devant les services de police à Gali pour recevoir leurs autorisations de séjour. La procédure est longue et incertaine. Photo par Chai Khana, utilisée avec autorisation.

Les habitants de Gali qui n'ont pas reçu la citoyenneté abkhaze sont depuis à la merci d'un formulaire spécial, le formulaire N° 9, à renouveler chaque mois ou tous les deux mois. Dans quelques rares cas, il est accordé pour une durée de six mois. Les gens du coin doivent présenter ce document pour pénétrer en territoire sous contrôle géorgien.

Mais obtenir un titre de séjour – statut légalement créé pour les étrangers mais appliqués aux Géorgiens de souche malgré le fait que Gali c'est chez eux – c'est se heurter à de multiples embûches.

Nani*, 58 ans, habite Lekoukhona, un village dans le district de Gali. Elle attend depuis deux ans son titre de séjour.

Et pourtant, quand Nani et sa famille recevront leurs autorisations de séjour, ils n'auront pas même les droits de base à Gali. Par exemple, ils n'auront pas le droit d'acheter une maison ou d'acquérir un bien immobilier. Ils ne pourront pas voter.

“Les trois membres de ma famille et moi faisions la queue du matin jusqu'au soir pendant plus de deux semaines pour demander une autorisation de séjour… ce qui se passe ici est un cauchemar sans fin et qui empire sans cesse”, confie-t-elle.

Les noms des personnes interviewées ont été changés pour protéger leurs identités. Chai Khana n'a pas rendu public le nom de l'auteur pour des raisons de sécurité.

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En Russie, n'importe quel individu peut désormais être un “agent de l'étranger”https://fr.globalvoices.org/?p=242498http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191203_183256_En_Russie__n_importe_quel_individu_peut_desormais_etre_un____agent_de_l_etranger___Tue, 03 Dec 2019 17:32:56 +0000Blogueurs indépendants et journalistes s'inquiètent pour la liberté d'expression.

Andreï Klimov présente aux journalistes une copie du nouveau projet de loi. Capture d'écran d'une vidéo de la Première chaîne, «Pervyi Kanal», publiée sur YouTube le 8 novembre: “B России до конца года могут принять закон о признании иностранными агентами физических лиц.” [“La Russie peut prendre avant la fin de l'année une loi qui permettra de désigner des personnes physiques comme agents de l'étranger”].

Le 21 novembre 2019, la Douma d'Etat de la Fédération de Russie a adopté en troisième et dernière lecture [ru] un nouveau projet de loi qui élargit le champ d'application de la loi controversée sur les “agents de l'étranger”.

La loi a vu le jour dans sa première version en 2012 et introduit le terme “agents de l'étranger” pour désigner les ONG qui reçoivent un financement étranger. Dans la langue russe, c'est un terme particulièrement chargé, fortement associé à l'espionnage. En novembre 2017, une série de médias ont reçu l'étiquette d'“agents de l'étranger” car ils percevaient des fonds depuis d'autres pays ; un pas franchi peu après que le gouvernement des États-Unis a obligé la chaîne d'information gouvernementale russe RT à s'enregistrer comme “agent de l'étranger” [en]. Les autorités russes ont par la suite déclaré “agents de l'étranger” plusieurs organisations, en particulier en octobre [en] 2019, le “Fonds de lutte contre la corruption” de l'homme politique Alexeï Navalny.

Les derniers amendements étendent la qualification d'“agent de l'étranger” aux personnes physiques : la décision finale revient au ministère de la Justice russe, qui gère déjà des listes en ligne de médias [ru] et ONG “agents de l'étranger”. La loi oblige déjà tout média qui reçoit cette étiquette à créer une entité juridique russe pour travailler dans le pays, elle exige des particuliers qu'ils déclarent leur statut et se plient à des obligations strictes de reporting financier. Le non-respect des règles est très sévèrement puni, allant jusqu'à deux ans de prison de deux ans et 5 millions de roubles [env. 70.000 euros] d'amende. Le 18 novembre, 10 organisations non gouvernementales internationales ont signé une lettre ouverte [en] qui dénonce cette nouvelle loi comme une sérieuse menace pour la liberté d'expression en Russie.

A quoi les autorités russes reconnaissent-elles un “agent de l’étranger” quand elles en voient un ?

Le texte [ru] des nouveaux amendements dans les lois “Sur les moyens d’information de masse” et “Sur l'information, les technologies de l'information et sur la défense de l'information” ne recèle aucun critère cohérent. L'“agent de l'étranger”, y est-il écrit, est “un individu agissant dans un cercle illimité de personnes produisant des contenus et matériaux imprimés, audio, audiovisuels (y compris ceux utilisant internet) et recevant des moyens financiers et/ou d'autres biens de la part de gouvernements étrangers, de leurs organes gouvernementaux, d'organisations internationales et étrangères, de citoyens étrangers, de personnes apatrides ou mandatées par elles, et/ou des personnes juridiques russes recevant des moyens financiers et/ou autres biens des sources mentionnées”.

Les représentants des autorités affirment qu'il n'y a rien à craindre de cette nouvelle loi. Le 12 novembre, Andreï Klimov, président de la commission temporaire du Conseil de la Fédération sur la défense de la souveraineté de l’État et partisan convaincu des lois sur les “agents de l'étranger” a affirmé à l'agence TASS [ru] qu”“ils [les amendements au projet de loi sur les médias agents de l'étranger] se distinguent de ce qui a déjà été adopté [par la Gosdouma] seulement parce qu'ils sont plus détaillés”, et il a souligné qu'une personne physique ne peut être qualifiée d'“agent de l'étranger” seulement parce qu'elle perçoit des paiements de l'étranger. Selon les termes de M. Klimov, pour recevoir cette qualification, “il faut collaborer activement avec des personnes officiellement reconnues comme agents de l'étranger dans notre pays”. “Cela va concerner, à mon avis, 20-30 personnes dans toute la Russie”, a-t-il précisé. Au mois d'octobre, dans les commentaires du “Journal russe”, organe officiel du gouvernement, M. Klimov a souligné [ru] que la loi “ne concerne pas les gens qui correspondent entre eux sur les réseaux sociaux” et a justifié son adoption par l'affaire Maria Boutina [en], une citoyenne russe expulsée par les États-Unis et accusée de travailler pour Moscou en qualité d'“agent étranger”.

Mais le 13 novembre, Léonid Lévine, qui préside le comité de la Douma sur la politique de l’information, les technologies de l’information et les communications, a déclaré à l'agence TASS [en] que les collaborateurs de médias reconnus comme “agents de l'étranger” pourront être eux-mêmes désignés comme tels si leur travail est lié à la couverture d'une “situation socio-politique”. M. Klimov confirme aussi dans l'article que l'activité politique sera un facteur déterminant.

De nombreux blogueurs et journalistes, surtout [ru] ceux qui travaillent pour des médias indépendants ou de l'opposition, se demandent ce que cette loi va faire d’eux. Sur sa chaîne Telegram, Alexandre Pliouchtchev, blogueur connu et animateur de talk-shows sur l'antenne de la radio Echo de Moscou, réfléchit à son pouvoir d'intimidation :

По поводу принятого сегодня в основном чтении закона о гражданах-иноагентах. Очень необычное чувство, что власти твоей родины разрабатывают и принимают целый закон против конкретного тебя. Ну, не только именно тебя, но ты в той самой, очень небольшой группе людей.

Всё мы попадаем под разные законы, но вот чтобы войти в специальный список своим именем и фамилией – это совсем другое. Вряд ли те, кто попал под персональные санкции, скажем, в связи с Magnitsky act или из-за Донбасса чувствуют в точности то же самое, все-таки там против тебя действует чужая страна, а тут – своя собственная.

Зато теперь, мы знаем каково с серебром, посмотрим, каково с кислотой.

— Александр Плющев, Telegram, 19 ноября 2019 года

Au sujet de la loi adoptée aujourd'hui sur les citoyens-agents de l'étranger. Il y a ce sentiment très particulier que les autorités de ton pays élaborent et prennent une loi dirigée très concrètement contre ta personne. Pas seulement toi en particulier, mais toi en tant que partie d'un groupe de gens – et un groupe tout sauf petit.
Nous sommes tous soumis à diverses lois, mais se retrouver sur une liste avec son nom et prénom, c'est complètement autre chose. Est-ce que ce n'est pas ce que ressentent ceux qui sont personnellement visés par des sanctions, en lien avec la loi Magnitski ou à cause du Donbass ? Sauf que là ce n'est pas un pays étranger qui agit à ton encontre, mais ton propre pays…

Maintenant que nous savons ce qui se passe avec l'argent, voyons ce que ça donne avec l'acide [référence à une chanson célèbre du groupe Aquarium].

Mika Velikovski, un journaliste qui travaille pour le titre indépendant “Novaïa Gazeta”, souligne que la façon floue dont la loi est formulée représente une menace pour les simples citoyens :

Если посмотреть сам текст закона, обнаружится, что лайки и репосты СМИ-иноагентов – это да, но это не вся прелесть, это только один из путей к попаданию в список. Любой гражданин – распространитель информации для неограниченного круга лиц (то есть вообще все, у кого есть, например, соцсети), в случае получения чего бы то ни было от иностранцев (не только денег), может быть признан иноагентом. Т.е. два критерия: распространение информации и что-то от иностранцев (или от российского юрлица, каким-нибудь вещественным образом с ними контактирующего). Под это определение, строго говоря, почти всякий россиянин подпадает. Например, у вас есть профиль Вконтакте, а ваш работодатель импортирует памперсы – все, больше ничего не требуется.

— Мика Великовский, Facebook, 19 ноября 2019 года

Si l'on regarde le texte de loi lui-même, on voit que les likes et les reposts des médias-agents de l'étranger ne sont qu'un (et c'est ce qui fait tout le charme) des moyens de se retrouver sur cette liste. N'importe quel citoyen – celui qui diffuse l'information dans un cercle illimité de personnes (c'est-à-dire en fait tous ceux qui sont sur les réseaux sociaux) pourra, dans le cas où il recevrait quoi que ce soit d'étrangers (pas seulement de l'argent), être considéré comme un agent de l'étranger. Donc, deux critères : diffusion de l'information et quelque chose de l'étranger (ou d'une personnalité juridique russe se trouvant de quelque façon en contact avec lui). Ce qui, au sens strict, concerne presque chaque Russe. Par exemple, vous avez un profil VKontakte, et votre employeur importe des Pampers : voilà, ça suffit.

Dmitri Kolezev, blogueur et rédacteur en chef du site d'information pétersbourgeois Znak, déplore ce qu'il appelle “la nationalisation des intellectuels”. Il pense que la loi obligera les Russes à être plus prudents lors de leurs déplacements à l'étranger et dans leurs communications avec des étrangers, ce qui, à son tour, isolera les commentateurs et journalistes russes. Le document va toucher bien plus que 20 ou 30 personnes, prévient Kolezev :

Станет ли жизнь признанных иноагентами невыносимой? Вроде бы нет. Их обяжут маркировать публикации (что унизительно, конечно) и сдавать декларации о доходах. В этом смысле депутаты хотят, чтобы блогеры и журналисты действовали по тем же правилам, что чиновники и народные избранники. Но при этом забывают, что независимые журналисты и блогеры не наделены никакой властью, не получают зарплату от государства, и не очень понятно, на каком основании от них требуется та же степень прозрачности, что от парламентариев. Однако мы не знаем, какие меры дискриминации для «иноагентов» придумает власть в будущем. Обязанность отмечаться в Минюсте, запрет занимать государственные должности, запрет избираться? Да что угодно.

— Дмитрий Колезев, Telegram, 14 ноября 2019 года

La vie de ceux qui seront reconnus agents de l'étranger va-t-elle devenir impossible ? Sans doute pas. Ils seront obligés de marquer leurs publications (ce qui est humiliant, bien sûr) et de remplir des déclarations de revenus. En ce sens, les députés veulent que les blogueurs et les journalistes soient soumis aux mêmes lois que les fonctionnaires et les élus. Seulement ils oublient que les journalistes indépendants et les blogueurs ne sont dotés d'aucune autorité, ne sont pas payés par le gouvernement, et on ne voit pas bien en vertu de quoi on exige d'eux le même niveau de transparence que pour les parlementaires. Et puis nous ne savons pas quelles mesures discriminatoires pour les “agents de l'étranger” le pouvoir va prendre à l'avenir. L'obligation de se signaler au ministère de la Justice, l'interdiction d'exercer des fonctions publiques, l'interdiction de se présenter à des élections ? Ce qui lui [le pouvoir] plaira.

Ces lois sont apparues dans un contexte extrêmement difficile pour la société russe, après les protestations de masse à Moscou et l'instauration d'un “internet souverain” [en]. Certains signes montrent que les nouveaux textes de loi qui s'en prennent à la liberté d'expression commencent à énerver de nombreux habitants de la Russie. Un sondage [ru] mené par le centre indépendant Levada en octobre 2019 et publié le 20 novembre montre que le pourcentage de Russes qui considèrent la liberté d'expression comme un de leurs droits fondamentaux de citoyen est passé de 34 à 58 dans les deux dernières années.

Au cours d'un vif débat en ligne sur la loi, on a vu réapparaître le mème “но иностранный агент все равно ты” [“l'agent de l'étranger, c'est quand même toi”]. C'est une réplique populaire à des révélations récurrentes sur la fortune immobilière de fonctionnaires russes en Europe. Ainsi, la dernière vidéo d'investigation [sous-titrée en anglais] d'Alexeï Navalny sur la propriété monténégrine du procureur principal de Moscou Denis Popov était titrée “La vie secrète d'un agent de l'étranger”.

Les agents de l'étranger et les résidents se battront contre les “agents de l'étranger” et les résidents de Riazan et de Novossibirsk.
Au fond ils n'ont pas tort, nous sommes des étrangers pour eux, nous vivons sur un territoire où ils pourraient aussi bien organiser des safaris, nous sommes les agents de l'étranger qui vivons en Russie. Quel archétype…

Et maintenant Runet attend, pétrifié, de voir qui sera le premier à recevoir le label “agent de l'étranger”… et le sort du malheureux ainsi distingué.

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L'Ouganda va-t-il suspendre internet alors que l'opposition entre en ébullition pour les élections de 2021 ?https://fr.globalvoices.org/?p=242368http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191202_134441_L_Ouganda_va-t-il_suspendre_internet_alors_que_l_opposition_entre_en_ebullition_pour_les_elections_de_2021__Mon, 02 Dec 2019 12:44:41 +0000Unwanted Witness Uganda a poursuivi l’État ougandais devant un tribunal

Manifestantes à la Marche des femmes de juin 2018 à Kampala, en Ouganda. Photo de Katumba Badru, utilisée avec autorisation.

En Ouganda, internet est devenu un champ de bataille où le gouvernement tente de réduire au silence une population en ligne de plus en plus nombreuse qui exprime son désaccord.

Pendant des années, les autorités ougandaises ont déployé différentes tactiques pour baillonner la dissidence politique et maintenir au pouvoir le Mouvement de la résistance nationale [NRM] et le Président Yoweri Museveni.

Ceci inclut le blocage des sites web des médias, le filtrage des SMS et la fermeture des plateformes de médias sociaux. À l'approche des élections générales ougandaises de 2021, les autorités devraient continuer à déployer des tactiques similaires.

La fermeture des réseaux sociaux lors des élections de 2016

Lors des élections générales de 2016, les autorités ougandaises ont décidé de suspendre deux fois l'intégralité des plateformes de médias sociaux.

La première fermeture a eu lieu le 18 février 2016, à la veille de l'élection présidentielle, et concernait les plateformes de médias sociaux et les services mobile de transfert d'argent. Les restrictions ont duré quatre jours entiers.

Le 11 mai 2016, les plateformes de médias sociaux, notamment Facebook, WhatsApp et Twitter, ainsi que les services mobiles de transfert d'argent ont de nouveau été bloqués. Cet arrêt a duré une journée et a eu lieu la veille de la prestation de serment du Président Museveni pour son cinquième mandat.

Museveni est au pouvoir depuis 1986. L'opposition à son gouvernement ne cesse de croître. Selon un sondage d'opinion publié en avril 2019, une majorité d'Ougandais s'opposerait à une décision prise en 2017 de supprimer la limite d'âge maximale de 75 ans pour se présenter aux élections. Agé aujourd'hui de 74 ans ceci pourrait permettre à Museveni de se représenter aux élections de 2021.

Lors des deux suspensions de 2016, le gouvernement ougandais a invoqué la “sécurité nationale” pour justifier les restrictions. Ces interruptions avaient été ordonnées par les agences de sécurité ougandaises et la Commission ougandaise des communications (UCC), qui réglemente le secteur des télécommunications, les publications en ligne, la radiodiffusion (radio et télévision), le cinéma, les services postaux et de messagerie.

Le 18 février 2016, MTN Uganda, un fournisseur de services de télécommunication, a publié une déclaration sur Twitter confirmant que “l'UCC, le régulateur avait ordonné à MTN de désactiver tous les services de médias sociaux et de transfert mobile d'argent en raison d'une menace pour l'ordre public et la sécurité”. Cette mesure s'appliquait également aux autres fournisseurs de télécommunications telles que Airtel, Smile, Vodafone et Africel.

Le même jour, le président Museveni a déclaré à la presse qu'il avait ordonné le blocage des médias sociaux: “Des mesures doivent être prises pour empêcher tous ces gens d'avoir des ennuis avec la sécurité, c'est temporaire parce que certains d'entre eux utilisent ces réseaux pour raconter des mensonges”, a-t-il déclaré.

Le 17 mars, dans une déclaration officielle lors des délibérations de la Cour suprême, au cours de laquelle la victoire du Président Museveni en 2016 était contestée, le directeur exécutif de l'UCC, Godfrey Mutabazi, avait expliqué qu'il “avait reçu de l'inspecteur général de la police, Kale Kayihura, l'instruction de fermer les sites de réseaux sociaux et les moyens mobiles de paiement en raison de problèmes de sécurité.”

Ces fermetures ont porté atteinte aux droits et à la vie quotidienne des Ougandais qui utilisent Internet et les plateformes de médias sociaux pour accéder à des informations, exprimer des points de vue et mener des affaires quotidiennes en ligne. Au cours des semaines précédant les élections de 2016, les Ougandais ont activement tweeté et débattu des élections à l'aide de hashtags tels que #UgandaDecides et # UGDebate16. Le niveau d'engagement civique en ligne des citoyens ougandais a été déclenché par les tout premiers débats présidentiels télévisés, le premier ayant eu lieu en janvier et le second, une semaine plus tard.

Malgré l'interdiction des médias sociaux, de nombreux Ougandais ont continué à publier des informations sur les élections en utilisant des réseaux privés virtuels ou des VPN. Le jour du scrutin, les citoyens ont pu partager des informations sur les retards de livraison du matériel électoral dans divers bureaux de vote, des informations faisant état de mauvaises pratiques électorales et des résultats provisoires des élections sur les médias sociaux.

Les défenseurs des droits de l'homme affirment que les arrêts ciblés en période électorale ralentissent la communication au moment même où l'accès à l'information et l'expression des citoyens sont indispensables.

“Les fermetures d’Internet empêchent les gens de communiquer sur des sujets particuliers qui les concernent, comme la santé, les échandes avec des amis et le partage d’opinions politiques”, a déclaré Moses Owiny, directeur général du Center for Multilateral Affairs, une plate-forme indépendante d’analyse politique en Ouganda et en Tanzanie à Global Voices, lors d'une interview.

Selon Owiny, les fermetures visent principalement à mettre fin à la dissidence en politique, en raison de “la crainte perçue par l'État que les points de vue et les préoccupations des citoyens sont susceptibles d'y inciter le public”, une accusation qu'il estime non fondée et plutôt basée sur des hypothèses.

Uganda’s history of blocking platforms and websites

On April 14, 2011, the UCC instructed ISPs to temporarily block access to Facebook and Twitter for 24 hours to eliminate connecting and sharing information. The order came in the heat of opposition-led “walk to work” protests over rising fuel and food prices. The regulator stated that security agencies requested the block to minimize social media use in order to prevent violence.

In 2011, the elections were marked with SMS filtration that contained certain wordsincluding “Egypt,” “bullet” and “people power.”

In the lead up to the 2006 elections, the UCC instructed ISPs to block access to the website of Radio Katwe for publishing “‘malicious and false information’ against the ruling National Resistance Movement and its presidential candidate,” according to a 2015 ICT policy briefing by Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa (CIPESA). Ugandan authorities blocked access to the radio station and the Daily Monitor website for publishing “independently tallied election results.” Media platforms were quickly reinstated but only after the electoral commission announced official results.

L'histoire de l'Ouganda en matière de blocage des plateformes et des sites web. Le 14 avril 2011, la Commission ougandaise des communications a demandé aux fournisseurs de services Internet de bloquer temporairement l'accès à Facebook et Twitter pendant 24 heures afin d'éliminer la connexion et le partage d'informations. Cette requête a eu lieu pendant les manifestations “walk to work” (marcher pour aller au travail) dirigées par l'opposition contre la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires. L'UCC avait déclaré que les agences de sécurité demandaient le blocage pour minimiser l'utilisation des médias sociaux afin de prévenir la violence. En 2011, les élections ont été marquées par le filtrage des SMS qui contenaient certains termes, notamment “Égypte”, “balle” et “pouvoir populaire”. Dans la période qui a précédé les élections de 2006, l'UCC a ordonné aux fournisseurs de services Internet de bloquer l'accès au site web de Radio Katwe accusée d'avoir diffusé “des informations malveillantes et fausses contre le Mouvement de la résistance nationale et son candidat à l'élection  présidentielle”, selon une note d'information de 2015 sur les politiques en matière deTechnologies de l'information et de la communication (TIC) de l'organisation pour la collaboration sur les politiques internationales en matière de TIC pour l'Afrique orientale et australe (CIPESA). Les autorités ougandaises ont bloqué l'accès à la station de radio et au site web Daily Monitor accusés d'avoir publié “des résultats des élections fabriqués de toutes pièces”. Les plateformes médiatiques ont été rapidement rétablies, mais seulement après l'annonce par la commission électorale des résultats officiels.

Élections de 2021: la même tactique?

Le Président Museveni en mai 2013. Il est au pouvoir depuis 1986. Crédit photo: Foreign and Commonwealth Office sur Flickr [CC BY 2.0].

Depuis 2016, les autorités ont continué à réprimer les hommes politiques et les journalistes d'opposition.

Robert Kyagulanyi, dit “Bobi Wine”, chanteur et dirigeant du parti d'opposition People Power (Pouvoir du peuple), également député, a déjà annoncé sa candidature à la présidence. Wine fait actuellement l'objet d'accusations criminelles “pour avoir agacé le président” et, s'il est reconnu coupable, il ne sera pas autorisé à se présenter.

Le même jour, la police a également arrêté deux journalistes, Herber Zziwa et Ronald Muwanga, alors qu'ils couvraient une élection partielle et les violences qu'elle avait provoquées, notamment l'assassinat par l'armée du chauffeur de Bobi Wine.

À l'approche des élections de 2021, il est très probable que les autorités ougandaises continueront de réprimer la dissidence politique, notamment en mettant fin aux activités dans les médias sociaux. En fait, depuis les élections de 2016, le cadre juridique permettant au gouvernement de limiter les droits à la liberté d'expression et à l'accès à l'information en ligne n'a pas changé.

Selon le rapport 2016 sur l'état de la liberté d'internet en Afrique, la loi sur les communications de 2013 confère à la Commission ougandaise des communications de larges pouvoirs et fonctions au titre de l'article 5, qui permettent au régulateur des communications de “surveiller, inspecter, autoriser, superviser, contrôler et réglementer les services de communication” et de “définir des normes, surveiller et faire respecter la conformité relative au contenu.” À la demande du gouvernement, l'UCC a utilisé cette section pour ordonner aux fournisseurs de services internet de bloquer l'accès aux médias sociaux et aux services mobiles de transfert d'argent pendant les élections de 2016.

Le gouvernement continue à utiliser ces lois pour contrôler le débat public et faire taire la dissidence politique, en particulier au moment des élections.

Owiny affirme que l'État est capable de suspendre Internet chaque fois que nécessaire: “Chaque fois que la sécurité du régime et celle de ses citoyens convergent et que la sécurité du régime est menacée, la sécurité du régime et sa survie l'emporteront”.

Des organisations non gouvernementales et des défenseurs des droits de l'homme se sont organisés en Ouganda afin que les suspensions comme celles de 2016 ne se reproduisent plus.

Plusieurs organisations ont adressé une lettre commune à l'Union africaine et aux organes régionaux leur demandant de condamner la décision des autorités ougandaises de bloquer l'accès à Internet lors des élections de 2016.

L'organisation Unwanted Witness Uganda (Témoin non désiré) Ouganda a poursuivi l'État ougandais devant les tribunaux, ainsi que les fournisseurs de services internet et le régulateur, dans une plainte déposée en septembre 2016. Elle a affirmé que la fermeture d'internet prévue par l'État violait les droits des Ougandais à la liberté individuelle de parole et d'expression, inscrits à l'article 29 (1) de la constitution de 1995. Cependant, un juge a déclaré que “les requérants n'ont pas prouvé les violations” résultant des fermetures, a déclaré à Global Voices Unwanted Witness Uganda.

La réalisation d'un accès ininterrompu à Internet – en particulier lors des prochaines élections – nécessitera une plus grande mobilisation.

Owiny a souligné la nécessité pour les activistes des droits numériques d'intensifier les discussions entre le gouvernement et le secteur privé afin de présenter l'impact négatif des fermetures, car le secteur privé est intimidé par l'État.

L’Ouganda a été l’un des premiers pays africains à adopter une loi sur le droit à l’information, connue sous le nom de Loi sur l’accès à l’information (LAI), en 2005. Cette loi promettait d’être “efficace, effective, transparente et responsable”, ce qui devait “permettre au public d'accéder efficacement aux décisions qui les concernent en tant que citoyens du pays et d'y participer. “

Le gouvernement remplira-t-il sa mission de promotion du droit d'accès à l'information ? Va-t-il tenir ses promesses ?


Cet article fait partie d'une série d'articles consacrés à l'ingérence dans les droits numériques par le biais de méthodes telles que la fermeture de réseaux et la désinformation lors d'événements politiques clés dans sept pays africains : Algérie, Éthiopie, Mozambique, Nigeria, Tunisie, Ouganda et Zimbabwe.

Le projet est financé par le Fonds africain pour les droits numériques de la Collaboration pour une politique internationale relative aux TIC pour l’Afrique de l’Est et australe (CIPESA).

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Après un chaud été de manifestations, les Allemands débattent de la part de leur pays dans le changement climatiquehttps://fr.globalvoices.org/?p=242424http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191130_091313_Apres_un_chaud_ete_de_manifestations__les_Allemands_debattent_de_la_part_de_leur_pays_dans_le_changement_climatiqueSat, 30 Nov 2019 08:13:13 +0000L'Allemagne, 27e sur l'index des progrès selon l'accord de Paris

Manifestants à Berlin pendant la Grève mondiale pour le climat, 20 septembre 2019. Photo : Maxim Edwards, utilisée avec autorisation.

Mir ist's zu warm ! J'ai trop chaud !

Un slogan parmi des centaines au milieu d'une marée de banderoles, drapeaux et pancartes avançant à travers le Tiergarten dans le centre de Berlin en direction du Bundestag, le bâtiment du parlement allemand. Sur une scène improvisée devant la Porte de Brandebourg, Carola Rackete, la capitaine allemande arrêtée pour avoir fait accoster un bateau de sauvetage de migrants sans autorisation dans un port italien, attrape un micro pour prendre la parole.

La foule attendant ce qu'elle va dire se chiffrait, selon certains décomptes, à 100.000 personnes (au total, on estime à 1,4 millions les manifestants ayant participé à Berlin ce jour-là, selon les organisateurs). Et s'il y a eu de la joie, elle était due à l'irrésistible sentiment de solidarité et de but partagé.

Cette scène était la contribution berlinoise à la grève mondiale pour le climat du 20 septembre 2019. Ce n'était pas la première manifestation initiée par Fridays for Future (‘Vendredis pour le futur’), le mouvement écologique créé par la militante suédoise de 15 ans Greta Thunberg. Des grèves mondiales pour le climat avaient déjà été déclarées les 15 mars et 24 mai de la même année. 1,8 millions de personnes d'au moins 125 pays ont pris part à la dernière.

La date de la grève pour le climat de septembre n'a pas été choisie au hasard. Le 20 septembre, le conseil ministériel allemand sur le climat se réunissait pour décider du futur plan d'action écologique de l'Allemagne. Les préparatifs du prochain Sommet de l'ONU sur le climat étaient aussi en route à New York. Selon le site web de Fridays for Future, des manifestations ont eu lieu dans au moins 575 villes petites et grandes d'Allemagne ce jour-là.

De nombreux internautes ont partagé sur les médias sociaux leurs impressions depuis diverses villes dans toute l'Allemagne.

Ainsi, les manifestants de Friburg-en-Brisgau se sont rassemblés pour faire du bruit (littéralement) :

Envoyez le son !

David Croyé a envoyé ses impressions de la manifestation devant la Porte de Brandebourg :

Grève pour le climat Berlin Porte de Brandebourg. Message clair à la politique !

Les revendications de la manifestation en particulier et du mouvement en général sont sans ambiguïté : adhésion aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, un accord climatique mondial. Et depuis cet été de contestation, les Allemands débattent avec acharnement pour savoir si leur gouvernement prend ces engagements au sérieux.

En décembre 2015, l'Allemagne a été l'un des 195 pays à signer l'Accord de Paris, dont l'objectif principal était de faire passer le réchauffement planétaire en-dessous de 2°C, afin de minimiser, ou si possible, en prévenir les effets catastrophiques. Les signataires ont aussi convenu d'examiner leurs progrès et méthodes sur la question tous les cinq ans, de façon à intensifier leurs efforts et, si nécessaire, tendre vers des objectifs plus rigoureux.

A un moment en 2018, il n'a plus fait de doute que l'Allemagne ne parviendrait pas à atteindre en 2020 ses objectifs fixés. Parmi tous les États participants, l'Allemagne se situe actuellement en 27ème position sur l'Index de Performance du changement climatique (CCPI en anglais) qui suit les progrès des pays participants au regard de l'Accord de Paris. Ces dernières années, les réductions des émissions allemandes de dioxyde de carbone ont stagné. Selon Statista, en 2016 les émissions de dioxyde de carbone de l'Allemagne représentaient 2,23 % du total mondial, pour 1 % seulement de la population mondiale. Au sommet du tableau se trouve la Chine avec 28,21 %.

Dans les autres domaines, le tableau environnemental est à peine plus reluisant. Par exemple, même si l'avion est le moyen de transport écologiquement le plus dommageable, le nombre de passagers aériens transportés a fortement augmenté en Allemagne passant d'environ 136.000 en 2004 à 220.000 en 2018. Par ailleurs, le Service fédéral de l'Automobile (Kraftfahrt-Bundesamt, ou en abrégé KBA) estime qu'il y a en Allemagne environ 47,1 millions de voitures individuelles enregistrées pour une population de 83 millions. Le secteur agro-alimentaire allemand est pareillement caractérisé par la surabondance et le gaspillage. Chaque année, quasiment 12 millions de tonnes de nourriture sont jetés en Allemagne, soit à peu près 75 kilos par consommateur.

“Sauver le climat, combattre les causes de la migration”, affirmait cette campagne publicitaire du mouvement conservateur des Freie Wähler (‘électeurs libres’) avant les élections européennes. Berlin, 2019. Photo (c): Maxim Edwards. Utilisée avec autorisation.

Alors, quelle suite pour l'Allemagne, surtout si même les objectifs déjà restés modestes de changement climatique semblent hors de portée des politiques et ont été encore réduits malgré les critiques contre les plans initiaux ?

Il y a des signes que la frustration face à ces ratés s'exprime dans la politique et les résultats électoraux. Un des événements politiques les plus marquants de cette année a été l'augmentation des voix pour les partis verts aux élections locales, des Länder et européennes.

Il est important de noter qu'il s'agissait des premières élections européennes depuis la “crise des réfugiés” de 2015-2016 en Europe. Les politologues craignaient donc une forte montée des partisans de la droite et de l'extrême-droite. Dans une certaine mesure, c'est ce qui s'est passé, eu égard à la hausse des voix pour l’AfD dans tout le pays dans diverses élections au courant de l'année.

Malgré cela, Bündnis 90 / Die Grünen (les Verts) a donc obtenu 20,5 % des voix en Allemagne aux élections européennes 2019, contre 10,7 % en 2014.

Les mouvements ambitieux et en plein essor sont prompts à s'adapter. Après tout, il existe en Allemagne, comme ailleurs en Europe, des signes que les nationalistes de droite mettent à profit les angoisses montantes quant au changement climatique pour créer un nouveau cadrage convaincant à leur politique anti-migrants.

Reste à savoir ce que sera la décision finale du gouvernement allemand quant aux mesures à prendre pour la protection du climat. Plusieurs plaintes en justice contre le traitement par le gouvernement de la crise climatique et les mesures prévues sont déjà en cours. Le 31 octobre est tombé le premier jugement : les plaignants (trois agriculteurs bio et Greenpeace) ont été déboutés par le tribunal administratif de Berlin au motif qu'il s'agissait pour le gouvernement d'alors d'une déclaration d'intention et non d'une obligation juridique. Mais le tribunal a laissé la possibilité d'un appel et ainsi laissé la porte ouverte à une décision favorable aux agriculteurs et à Greenpeace.

Tout récemment, et malgré de fortes et larges critiques, le gouvernement a donné le feu vert au démarrage à l'été 2020 de la centrale thermique au charbon de Datteln 4, à l'encontre des efforts pour les énergies propres comme l'éolien. La décision a pris à revers les écologistes, qui soulignent que l'Allemagne, en tant que nation industrielle, porte une responsabilité particulière dans le combat contre le changement climatique. Ces derniers développements récents conduisent les activistes à se demander si la chancelière Angela Merkel pensait réellement ce qu'elle disait devant le Sommet de l'ONU sur le Climat à New York fin septembre, quand elle soulignait que “nous n'avons tous qu'une seule Terre”.

Au regard du consensus mondial que le temps manque pour ralentir la dramatique progression du changement climatique, les Allemands peuvent-ils encore se permettre d'attendre que leurs dirigeants passent des paroles à l'action ?

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Qui est Eva Copa, cette (quasi) inconnue qui a ouvert la voie à de nouvelles élections en Bolivie ?https://fr.globalvoices.org/?p=242402http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191129_075711_Qui_est_Eva_Copa__cette__quasi__inconnue_qui_a_ouvert_la_voie_a_de_nouvelles_elections_en_Bolivie__Fri, 29 Nov 2019 06:57:11 +0000

Photo de Eva Copa, du compte Instagram du Sénat bolivien.

Jusqu'à très récemment, les perspectives de nouvelles élections en Bolivie paraissaient compromises. Annoncer de nouvelles élections étaient la condition essentielle pour que le pays puisse entamer le processus de paix après des semaines de grèves, de manifestations, de barrages routiers et de violences à la suite des élections présidentielles contestées du 20 octobre [2019], qui ont conduit à la démission de l'ancien président Evo Morales [fr]. Les partis d'opposition du gouvernement provisoire dirigé par la présidente par intérim Jeanine Áñez [fr] et le parti politique de Evo Morales, le Mouvement vers le socialisme (MAS)[fr], avaient du mal à s'entendre sur les conditions des nouvelles élections.

Malgré tout, à force de négociations et de consensus, une loi a été signée dimanche 24 novembre, ouvrant la voie à la tenue de nouvelles élections dont la date n'est pas encore connue.

L'actuelle présidente du Sénat bolivien, Mónica Eva Copa Murga, plus connue sous le nom de Eva Copa, sénatrice du MAS à El Alto [fr], en Bolivie, a joué un rôle clé dans ce processus de convocations et de négociations. Du fait de la démission en cascade de l'ancien président du Sénat et de cinq autres hauts responsables de son parti, elle s'est retrouvée à la tête du Sénat. Alors que de nombreux Boliviens ne savaient rien d'elle.

D'après Daniel Gómez du site d'information ALnavío :

Eva Copa, no quiere más muertos ni más violencia en Bolivia. Quiere negociación, diálogo y paz. Su apuesta es porque se arribe lo antes posible a elecciones urgentes, como señala el acuerdo que firmó este domingo con la presidenta interina, Jeanine Áñez. No hay que olvidar que Eva Copa es dirigente del MAS, el partido de Evo Morales. Un MAS dividido entre los radicales del evismo, y los pragmáticos. Ella representa a estos últimos.

Eva Copa veut que cessent les morts et la violence en Bolivie. Elle veut des négociations, le dialogue et la paix. Elle souhaite que des élections aient lieu le plus tôt possible, comme le démontre l'accord qu'elle a signé dimanche avec la présidente par intérim, Jeanine Áñez. Il ne faut pas oublier que Eva Copa est dirigeante du MAS, le parti de Evo Morales. Un MAS partagé entre les radicaux de l'”évisme” et les pragmatiques. Ce sont ces derniers qu'elle représente.

María Galindo du collectif féministe Mujeres Creando (Femmes qui créent) [fr] a publié récemment un bref essai en espagnol dressant le portrait de Copa dans le mensuel argentin La Vaca. Elle y relate son admiration pour le courage de la sénatrice et fournit des informations aux lecteurs sur cette dirigeante politique inconnue :

Tiene 32 años, es alteña, hace semanas que no duerme en su casa por razones de seguridad; es estudiante de Trabajo Social y la vida no le ha dado la oportunidad de terminar su carrera. Estudia en la universidad pública de El Alto […] No es chola, aunque seguramente su madre o su abuela lo son: ella es birlocha. Viste un cómodo pantalón y su cabello negro largo y brillante no esta trenzado, sino suelto o con cola. Sus labios café oscuro, sus mejillas quemadas por el sol alteño y más que nada su forma de hablar -con una mezcla extraña de parquedad, solidez y timidez- la colocan como la antítesis política de Yanine Añez.

(Copa) es una mujer que asumió el peso del que otros y otras huyeron. Cuando le pregunté comó y por qué se había animado a hacerlo me dijo: “porque soy alteña, porque no tengo otra salida, porque no me voy a ir de Bolivia a otra parte: no tengo por qué escapar”. Y cuando le pregunté ¿y por qué han escapado tantos y tantas?, responde: “Dicen que por razones familiares”.

Elle a 32 ans, originaire de El Alto, et ne dort plus chez elle depuis des semaines pour des raisons de sécurité; elle est étudiante en travail social et la vie ne lui a pas permis de terminer ses études. Elle étudie à l'Université publique de El Alto  […] Elle n'est pas une chola [fr], bien que sa mère et sa grand-mère le soient sûrement : elle est birlocha [femme métisse ayant opté pour des vêtements contemporains]. Elle porte des pantalons confortables et ses longs cheveux noirs brillants ne sont pas tressés, mais plutôt détachés ou en queue de cheval. Ses lèvres couleur café, ses pommettes brûlées par le soleil de El Alto et, plus que tout, sa façon de parler – mélange étrange de parcimonie, de fermeté et de timidité – la posent comme l'antithèse politique de Yanine Añez. C'est une femme qui assume le fardeau dont tous les autres se sont déchargés. Quand je lui ai demandé ce qui l'avait poussé à le faire, elle m'a dit : ” Parce que je viens de El Alto, parce que je n'ai pas d'autre issue, parce que je ne vais pas quitter la Bolivie pour aller ailleurs : je n'ai pas de raisons de fuir”. Et quand je lui ai demandé pourquoi tant de gens se sont enfuis, elle m'a répondu : “Ils disent que c'est pour raisons familiales”.

Galindo conclue son essai en félicitant Copa pour sa gestion de la pression face à ces perspectives accablantes :

La ciudad de El Alto es una ciudad donde cotidianamente las mujeres cargan en sus espaldas grandes bultos en aguayos, llevan su mercadería, o sus wawas, sus angustias o sus esperanzas a cuestas. Eva carga un bulto también: el bulto de esperanzas para frenar una guerra civil, el bulto de ungüentos con que conjurar la violencia de los asesinos, carga el bulto de los sueños de los asesinados, carga el bulto de las lágrimas de las dolientes que no paran de llorar, dejando claro una vez mas que las mujeres no queremos ocultar nuestra fragilidad y nuestro dolor.

Eva es la antítesis de Yanine Añez, pero también de Evo.

El Alto est une ville où chaque jour les femmes portent sur leur dos de lourdes charges dans leurs aguayos (tissu porté à l'épaule). Elles y mettent leurs marchandises, leurs bébés, leurs angoisses et leurs espoirs. Eva aussi porte un fardeau : le fardeau de l'espoir de faire cesser la guerre civile, le fardeau du baume qui pourrait conjurer la violence des assassins, le fardeau des rêves des personnes assassinées, le fardeau des larmes des affligés qui ne cessent de pleurer, démontrant clairement une fois de plus que, nous les femmes, nous ne voulons pas occulter notre fragilité et notre douleur. Eva est l'antithèse de Yanine Añez mais aussi de Evo.

Galindo a aussi interviewé Copa dans son émission de radio sur Radio Deseo de La Paz.

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Pourquoi l'Europe centrale bascule dans le camp des démocraties illibérales? Interview avec l'écrivaine tchèque Radka Denemarkováhttps://fr.globalvoices.org/?p=242372http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191128_173648_Pourquoi_l_Europe_centrale_bascule_dans_le_camp_des_democraties_illiberales__Interview_avec_l_ecrivaine_tcheque_Radka_DenemarkovaThu, 28 Nov 2019 16:36:48 +0000

Radka Denemarková à Graz en Autriche, 2019, photo de Namensvermerk/Stadt Graz/Foto Fischer sans droits d'auteur

Radka Denemarková est un véritable phénomène dans le paysage littéraire tchèque contemporain. Elle est la seule écrivaine à avoir raflé quatre fois le prix littéraire Magnesia Litera Prize, considéré comme le plus prestigieux en République tchèque, un exploit réalisé dans quatre catégories différentes: fiction, essai, traduction et Livre de l'Année. Elle touche maintenant un lectorat international grâce à de nombreuses traductions et plusieurs prix internationaux. Son roman Peníze od Hitlera (De la part d'Hitler en français) décrit le sort d'une survivante juive de l'Holocauste qui revient en Tchécoslovaquie à la fin de la Seconde guerre mondiale et à qui on refuse la reconnaissance de ses droits les plus élémentaires.

Denemarková a grandi à l'époque communiste en Tchécoslovaquie et a vécu dans sa jeunesse la chute du communisme et du mur de Berlin. Ces évènements ont marqué son écriture ainsi que son engagement et sa volonté de parler en faveur de la démocratie dans sa région mais aussi en Chine. Alors que la République tchèque marque le 30ème anniversaire de la révolution de velours, Global Voices lui a demandé de raconter son expérience en tant qu'observatrice attentive des changements en Europe centrale, et de parler de ses peurs et de ses espoirs pour l'avenir politique de cette partie du monde. Cette interview a été raccourcie à des fins de clarté.

Filip Noubel: Il y a trente ans, le mur de Berlin est tombé et tout a radicalement changé à Prague comme à Berlin. A l'époque tu vivais dans la Tchécoslovaquie communiste, et tu avais commencé tes études à l'Université Charles. Comment percevais-tu les manifestations et la chute du régime? Quels étaient tes plus grand espoirs mais aussi tes peurs? 

Radka Denemarková Obrovská naděje, že zažiji svobodu. Obava z brutality moci, ale obecně z lidské povahy. Pro mě jsou přelomové tři zážitky. Palachův týden v lednu 1989, kdy lidé vzpomínali na Václavském náměstí výročí upálení studentka Jana Palacha. Byla to tichá setkání, rozehnaná vodními děly. V říjnu moje východoněmecká kamarádka utíkala přes pražské západoněmecké velvyslanectví do svobodného Německa s dalšími tisíci Němci… Pád berlínské zdi byl šťastný okamžik. Třetím zážitkem bylo přespávání na Karlově univerzitě, solidarita. Bohumil Hrabal přinesl v batůžku sto tisíc korun, což byly tehdy velké peníze. Daroval je studentům. Měla jsem radost kvůli tátovi, že se svobody dožil. Založil školní knihovnu, v roce 1969 zachránil spoustu zakázaných knih, které jsme měli doma ve sklepě a půjčoval je nejbližším přátelům. Tyto knihy tehdy znamenaly vězení.

Mojí obrovskou nadějí bylo, že ze Západu přijmeme demokratické hodnoty. U nás se udělala za minulostí tlustá čára. Ale bylo obrovskou chybou neoznačit hned viníky a oběti. My jsme po roce 1989 převzali ze Západu jen konzumní podobu společnosti, nikoliv demokratické způsoby života na všech úrovních. 

Radka Denemarková Mon plus grand espoir était de pouvoir faire l'expérience de la liberté. Ma plus grande peur était de faire l'expérience de la brutalité du pouvoir et en général de la nature humaine. Je me rappelle de trois moments-clefs. La semaine de Palach en janvier 1989 quand les gens ont célébré la mémoire de Jan Palach qui s'était immolé par le feu sur la place Venceslas au centre de Prague. Il s'agissait d'un meeting silencieux mais la foule fut dispersée avec des canons à eau. En octobre mon amie s'est enfui d'Allemagne de l'Est via l'ambassade d'Allemagne de l'Ouest de Prague, comme l'ont fait des milliers d'Allemands de l'Est…La chute du mur de Berlin fut un moment de grande joie. Le troisième moment, ce fut quand nous avons passé la nuit à l'Université Charles et fait l'expérience de la solidarité. L'écrivain Bohumil Hrabal a apporté un sac à dos rempli de 100,000 couronnes tchécoslovaques, ce qui représentait une forte somme à l'époque, et il a offert cet argent aux étudiants. J'étais contente pour mon père car il a eu le temps de vivre la liberté. En 1969,  [après l'invasion soviétique], il a récupéré beaucoup de livres interdits et les a gardés à la maison à la cave pour les prêter aux amis les plus fiables. Le fait de détenir de tels livres était suffisant à l'époque pour aller en prison.

Mon plus grand espoir était que nous adopterions les valeurs démocratiques occidentales. Mais on a tiré un trait sur le passé, et ce fut une grave erreur de ne pas identifier les coupables et les victimes. Ce qu'on a emprunté à l'Occident après 1989 se résume à un modèle de société de consommation, et non à un modèle démocratique.

FN: Cette année marque le 30ème anniversaire de changements radicaux: l'Allemagne est réunifiée, la Tchécoslovaquie n'existe plus, et toute cette région fait désormais partie de l'Union européenne. La démocratie semble avoir gagné, mais les événements politiques récents semblent indiquer une tendance pour la démocratie illibérale. Comment en est-on arrivé là? 

RD Česká společnost je nemocná. A co je horší, odmítá se léčit. Zdrojem této atmosféry je neustálý pocit, že jsme jen jakýsi nárazník mezi Západem a Východem. Totalitní slovní zásoba se vrací nenápadně a je to nemírně nebezpečné. Jazyk odráží myšlení. Když mizí demokracie, tak ne ze dne na den, ale centimetr po centimetr. Musíme udržet pozice, které jsme dosáhli a bojovat za svobodu. To dnes vyžaduje hodně síly. 

Země východní Evropy jsou frustrované. Oběti a viníci se slili. U nás jsou u moci lidé, kteří zbohatli v divokém kapitalismu devadesátých let, bývalí spolupracovníci Státní bezpečnosti jako premiér, představitelé komunistické moci, arogantní oligarchové. V Polsku navíc velkou roli hraje konzervativní katolická církev. Všichni představitelé moci si berou jako vzor Viktora Orbána. Toho napodobují. A on napodobuje Putina. Jsme stále mentálně satelitními státy Ruska.

Máme ve východní Evropě naštěstí i pozitivní odkaz. V duchu masarykovského a havlovského humanismu. Odkaz ideového prostředí masarykovského humanismu pro mě dnes znamená: sociální cit. Odkaz ideového prostředí havlovského humanismu pro mě dnes znamená: nalézt v sobě opět hlubší odpovědnost za svět, vystupovat proti všem skrytým i otevřeným tlakům a manipulacím, aby lidský život nebyl zredukován na stereotyp výroby a konzumu. Řečeno s Masarykem, závisí-li na něčem náš národní osud, pak především na tom, jak dostojíme svým úkolům lidským.

RD:  La société tchèque est malade. Le pire, c'est qu'elle refuse de se faire soigner. La cause de cet état d'esprit est ce sentiment éternel de n'être qu'une zone tampon entre l'Est et l'Ouest. Le vocabulaire du totalitarisme revient à la mode sans qu'on s'en rende compte. Le langage est le miroir de la pensée actuelle. Quand la démocratie disparaît, cela ne se fait pas au jour le jour mais centimètre par centimètre. Nous devons défendre nos acquis et nous battre pour la liberté. Cela demande beaucoup d'efforts aujourd'hui.

Les pays d'Europe orientale sont frustrés. Les victimes et les coupables ne font plus qu'un. Les gens qui ont du pouvoir sont ceux qui se sont enrichis pendant les années 90 où régnait un capitalisme sauvage, à savoir les anciens agents de la Sécurité d'État tchécoslovaque, comme le Premier Ministre actuel; les représentants de l'ancien pouvoir communiste, les oligarques arrogants. En Pologne, l'Église catholique conservatrice joue aussi un rôle important. Tous ces leaders politiques prennent pour exemple l'homme politique hongrois Viktor Orbán et l'imitent tout comme il imite Poutine. Mentalement nous sommes toujours des pays satellites de la Russie.

Heureusement nous avons aussi des modèles positifs en Europe orientale, comme l'humanisme de Masaryk et de Havel. Je me réfère à Masaryk pour son concept d'empathie sociale, et à Havel pour le devoir de chacun d'être profondément responsable pour l'état du monde, l'obligation de dénoncer toute forme apparente ou cachée de manipulation, afin que la vie humaine ne soit pas réduite à un mode de production et de consommation. Comme le disait Masaryk, notre destin national dépend principalement de notre capacité à faire face à nos obligations.

Les mots tracés à la craie sur les pavés ,”Chybí mi Havel”, signifient Havel me manque. La réponse en dessous, “Mně taky”, veut dire “A moi aussi”. Photo prise à Prague le 21 août 2019, à l'occasion d'une manifestation marquant l'invasion soviétique de 1968.  Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

FN: Tes livres s'inspirent souvent de sujets qui restent tabous dans la société tchèque: le sort réservé aux Juifs et aux Allemands après la Seconde guerre mondiale; la violence à l'encontre des femmes; l'influence de la Chine sur les valeurs européennes. Tu prends la défense des migrants et des minorités ethniques et sexuelles. Ceci te vaut des prix mais aussi des attaques et une mise à l'écart par certaines personnalités du monde culturel tchèque. Où trouves-tu le soutien, l'espace et les gens nécessaires pour continuer à prendre la parole? 

RD: Nekompromisní svobodu slova a názoru mám už jen ve svých knihách a v západoevropských médiích. Berlusconiho syndrom, tedy koupení médií jako zdroj propagandy a „národních hodnot“, bují ve východní Evropě. I politici mé země jsou Čínou okouzleni a tvrdí, že jde o stabilizovanou a harmonickou společnost a pro nás nezbytného ekonomického partnera. Já se tam ale setkávala se vším, co si lze představit pod pojmem brutální policejní stát.

Věřím románu, ten dokáže říct pravdu. Mým tématem je odlidštění. Jsem součástí lidstva a neuznávám perspektivu „států“ a národnostních kotců a nadřazených pohlaví. Moje knihy překvapivě znamenají pro mnoho lidí očistnou katarzi. Mně jde o nápravu myšlení a podporu lidí, kteří jsou senzitivní a vzdělaní, ale nemají hlas, protože je překřičí arogantní moc. Tito lidé se musejí propojit a ukázat, že existuje paralelní způsob života.

V románech obnažuji, co tvoří dnešní mentalitu. Po roce 1945, zmizelo řádné právo pro miliony vyhnaných Němců, aby později pro další, ještě netušené statisíce rovněž mohlo zmizet. To jsou morální následky masového vysídlení,  jež se dají rozpoznat: Když je možné potrestat člověka za to, že patří k určitému národu, pak je později možné, že bude potrestán za to, že patří k určité společenské třídě nebo k určité politické straně. Budoucnost nebude hrdá na ten okamžik, kdy byl na světě zaveden pojem kolektivní viny.

RD: Les seuls endroits où je peux trouver une liberté totale pour parler et exprimer mes opinions sont les médias occidentaux. Le syndrome Berlusconi qui permet l'accaparement des médias comme source de propagande et de transmission des “valeurs nationales” est en pleine expansion en Europe orientale. Et les politiciens tchèques sont sous le charme de Pékin, ils nous disent que la Chine représente une société stable et harmonieuse, et un partenaire économique indispensable. Mais mon expérience de la Chine est qu'elle représente ce qu'on peut s'imaginer sous le nom d'état policier dans toute sa brutalité. 

Je crois au roman car il est capable de dire la vérité. Mon thème principal est la déshumanisation. Nous appartenons à l'espèce humaine et je n'accepte pas ces discours réducteurs inspirés par des visions étatiques, ethniques ou sexistes. C'est surprenant mais mes livres ont souvent un effet cathartique pour les lecteurs et lectrices. Ce qui est important pour moi, c'est de soutenir les gens qui sont sensibles, éduqués mais restent privés de voix à cause de l'arrogance des gens au pouvoir qui crient haut et fort. Les gens sensibles doivent s'unir et démontrer qu'il existe un mode de vie parallèle.

Dans mes romans je révèle la nature de la mentalité actuelle. Après 1945, l'état de droit a cessé de fonctionner pour des millions d’Allemands expulsés, afin que la même chose arrive à des milliers d'autres personnes plus tard. Ce sont les conséquences morales d'expulsions massives qu'on peut identifier: si il est possible de punir quelqu'un pour son appartenance ethnique, il est alors possible de punir n'importe qui pour son appartenance à une classe sociale ou à un parti politique. L'avenir n'aura pas une vision très positive de cette époque où le monde a introduit cette notion de culpabilité collective.

 

Manifestations sur la place Venceslas le 21 août  2019 marquant l'anniversaire de l'invasion soviétique de 1968. Sur la pancarte on peut lire “Totalitu nechceme” ce qui signifie “Nous rejetons le régime totalitaire”. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

FN: Tu as vécu le communisme et donc tu as une idée très précise de ce que cela représente d'être privé de liberté. Mais quel est le point de vue des jeunes Tchèques? Est-ce un thème abordé par les écrivains de la nouvelle génération? 

RD: Pro spisovatele ne, tomu nerozumím. Dokonce ani pro ty starší. Většina lidí se chová, jako by rok 1989 nebyl. Havel je vzorem ve světě, jeho Charta 77 probudila vznik Charty 08 v Číně, doma je vysmívaný. Charta 77 byla prvním významným aktem solidarity v komunistické éře. Představovala počátek občanského napřímení. „Partajní mládenci“ v Čechách se dnes pokoušejí o kapitalismus „se socialistickou tváří“: vítězství vyvolených, bez konkurence a mimo volnou soutěž.

Nadějí je pro mě mladá generace. V rámci východní Evropy máme studenta Mikuláše Mináře, který organizuje Milion chvilek pro demokracii a na Slovensku prezidentku Zuzanu Čaputovou, která přichází s novým politickým myšlením a chováním. Smutné je, že nejprve musel zemřít novinář a jeho snoubenka, aby se lidé na Slovensku vzpamatovali a zamysleli. 

RD: Non, les écrivains ne l'abordent pas, et je ne comprends pas pourquoi, car c'est pareil pour les écrivains plus âgés. La majorité se comporte comme si rien ne s'était passé en 1989 [l'année de la chute du communisme ]. Havel est une référence mondiale, sa Charte 77 a donné naissance à la Charte 08 en Chine, mais en République tchèque on se moque de lui. La Charte 77 était le premier geste de solidarité de l'époque communiste, et représentait l'éveil de la conscience civique. Aujourd'hui les “jeunes cadres du Parti” s'efforcent de construire “un système capitaliste à visage humain“: il s'agit d'une victoire des élites qui agissent en dehors des règles de la compétition et des offres d'appel.

Pour moi, les jeunes générations sont signe d'espoir. En Europe orientale, on a Mikuláš Minář, un étudiant qui a créé le mouvement Un million de moments pour la démocratie, en Slovaquie on a une nouvelle Présidente Zuzana Čaputová, qui a un nouvel agenda politique et se comporte différemment. C'est triste qu'un jeune journaliste et sa fiancée aient été assassinés avant que les gens en Slovaquie ne prennent conscience de la situation et songent vraiment à leur avenir.

Radka Denemarková à gauche lors de sa lecture de son dernier roman à la Bibliothèque Václav Havel 15 avril 2019. Photo de Filip Noubel utilisée avec authorisation.

FN: Que crains-tu le plus pour l'avenir de la démocratie en République tchèque et en Europe centrale?   

RD: Stojíme nyní před zásadní otázkou: otevřená demokracie nebo uzavřená společnost, svoboda projevu nebo cenzura, právní stát nebo nová forma autoritářského režimu. Společnost je záhadné zvíře, se spoustou skrytých tváří a schopností. Moc dobře vím, že hlavní starostí, kterou mají všichni lidé na světě společnou, je tato: Co si počít se svým životem. Byla jsem v Číně, kde se „políbilo“ to nejhorší z kapitalismu a to nejhorší z komunismu a ekonomicky vše skvěle funguje, což všichni skrytě obdivují: ovšem bez lidských práv. V tom vidím nebezpečí pro východní Evropu.  

Vím, že politika společného lidství stojí před nejosudovějším z osudových kroků lidstva. A tady se ukazuje, že právě na takovém humanismu, o který usiluje každý v rámci prostředí, v němž žije, záleží budoucnost lidstva. Lidstvo se musí vzpamatovat, uvědomit si, že solidarita i vzhledem ke klimatickým změnám je nezbytná. Nejtěžší bude boj proti nacionalismu, malosti, omezenosti. Ale jsem optimista. Je to moje provokativní naděje, ale naděje.

RD:  Nous faisons face à une question essentielle: désirons-nous une démocratie ouverte ou une société refermée sur elle-même? La liberté ou la censure? Un état de droit ou une nouvelle forme d'état autoritaire? La société est un animal étrange aux multiples visages et possibilités. Je sais bien que la question essentielle que tout le monde se pose sur cette planète est: que faire de cette vie humaine?    Je suis allée en Chine où les pires éléments du capitalisme se sont alliés aux pires éléments du communisme, et économiquement parlant, ça marche à la perfection. Mais sans droits humains. C'est là que je situe le danger pour l'Europe orientale. 

Je sais que l'idée politique d'une humanité partagée traverse une crise majeure. Il est clair que l'avenir des êtres humains dépend de ce genre d'humanisme que nous essayons tous d'atteindre dans les limites de notre cadre de vie. Le bon sens doit s'imposer et les gens doivent réaliser que la solidarité, y compris dans le domaine du changement climatique, est absolument nécessaire. La tâche la plus difficile est de lutter contre le nationalisme, une vision limitée du monde et toute forme d'étroitesse d'esprit, mais je suis optimiste. C'est une forme d'espoir certes provocatrice mais indéniable.

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Un violent tremblement de terre en Albanie fait 21 morts et des centaines de blesséshttps://fr.globalvoices.org/?p=242412http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191128_111956_Un_violent_tremblement_de_terre_en_Albanie_fait_21_morts_et_des_centaines_de_blessesThu, 28 Nov 2019 10:19:56 +0000Entretien avec l'ingénieur Redi Muçi, témoin des suites à Durres

Dégâts du séisme à Durrës, en Albanie, le 26 novembre 2019. Photo : Redi Muçi, utilisée avec autorisation.

Au moins 21 personnes sont mortes et plus de 600 ont été blessées dans le tremblement de terre de magnitude 6,4 qui a frappé l'Albanie au petit matin du mardi 26 novembre 2019. L'épicentre se trouvait dans la ville portuaire de Durrës, à 32 km de la capitale Tirana.

L’Institut d'études géologiques des États-Unis a informé que le séisme est parti d'une profondeur approximative de 20 kilomètres. La secousse a été ressentie dans les villes voisines ainsi que dans la capitale.

Paniqués, beaucoup de gens ont été pris au piège dans les bâtiments écroulés.

Les opérations de secours se poursuivent. Pendant ce temps les gens tweetent photos et vidéos.

Le bâtiment tremble à Shëngjin après le séisme de magnitude 6,4 qui a frappé l'Albanie. Jusqu'à présent, 13 habitants ont été tués et 600 autres blessés.

Tremblement de terre à Durres
Premiers dégâts signalés !

Global Voices a parlé à Redi Muçi, un ingénieur en génie civil et professeur à la Faculté de géologie et des mines de Tirana. Il a vu les suites du séisme :

Ardi Pulaj (AP) : Quelle est la situation dans les endroits où vous êtes allé ?

Redi Muçi (RM) : Je me suis rendu à Durrës, mais pas à Thumana (Fushë Krujë). Ce sont les zones les plus touchées. On craint qu'il y ait davantage de victimes car il y a des informations que beaucoup de gens sont encore coincés sous les décombres.

AP : Comment les autorités répondent-elles à l'urgence ?

RM : Il y a une mobilisation totale de l'armée, des pompiers, de la police, qui gèrent la situation sur les lieux.Tous font de leur mieux, malgré des difficultés apparemment à gérer la situation. Ceux qui fouillent les débris n'utilisent pas tous des équipements de protection appropriés, casques et gants. Ça donne une impression qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Je pense qu'il y a un manque d'unités spéciales entraînées à réagir dans de telles situations.

Un immeuble endommagé par le séisme à Durrës, Albanie, le 26 novembre 2019. Photo : Redi Muçi, utilisée avec autorisation.

AP : Ce qu'on voit sur les lieux, ce sont de nombreux bâtiments détruits. Qu'est-ce que vous pouvez dire sur ce fait ?

RM : J'ai rencontré des ingénieurs qui évaluaient les dégâts. Ils sont en nombre insuffisant. Je suis sûr qu'il manque un plan d'urgence prenant en considération le micro-zonage sismique, le type de constructions et leur qualité. De même, il manque un plan détaillé des secours en cas de catastrophe. Un grand nombre de bâtiments ont un risque de destruction par les répliques. C'est dangereux pour tous les habitants et nous ignorons comment nous sortirons de cette situation. Ces dernières années on a vu des bâtiments se construire sans critères rigoureux concernant leurs structures et en l'absence d'étude géologique.

Le premier ministre albanais Edi Rama a déclaré que toutes les institutions publiques étaient engagées dans les opérations de secours tout en appelant au calme. Le leader de l'opposition Lulzim Basha a appelé la population à aider ceux qui sont affectés par le séisme. Le président Ilir Meta a fait mettre en berne les drapeaux de ses bureaux “en hommage aux vies perdues dans cette tragédie pour notre pays”, a-t-il dit.

Le ministère de l’Éducation a ordonné la fermeture de toutes les écoles mardi et mercredi. Pendant que le pays gérait les conséquences, les répliques continuaient. Messages de solidarité et offres d'aide sont arrivés des pays voisins, de l'Union européene et des États-Unis.

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Record de participation civique battu à Hong Kong avec 3 millions de votants aux élections localeshttps://fr.globalvoices.org/?p=242396http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191127_120848_Record_de_participation_civique_battu_a_Hong_Kong_avec_3_millions_de_votants_aux_elections_localesWed, 27 Nov 2019 11:08:48 +0000Existe-t-il une sortie pacifique de la crise politique ?

File d'attente devant un bureau de vote. Photo via the Stand News, utilisée avec autorisation.

[Article d'origine publié le 24 novembre] Trois millions d'électeurs de Hong Kong sont allés voter aux élections 2019 des conseils de district dimanche 24 novembre. La participation à 21h30 heure locale dépassait 69 % avec 2.853.608 votes. Selon les estimations à 22h30 quand tous les bureaux de vote avaient fermé leurs portes, le taux de participation allait encore monter de 2 à 3 % [il a atteint 71 %]. Un record absolu de participation dans toutes les élections de Hong Kong. En comparaison, le taux de participation aux mêmes élections de district de 2015 était de 47 %.

Le camp pro-démocratie est convaincu que plus haut monte le taux de participation, meilleure sera leur chance de remporter la majorité des 452 sièges aux conseils locaux. Un analyste des élections utilisant le big data a calculé un niveau participation à 70 % pour que le camp pro-démocratie gagne une majorité de sièges [NdT: Selon le journal South China Morning Post, cité par LeMonde.fr, les candidats pro-démocratie ont remporté 17 des 18 conseils de district, soit plus de 278 sièges].

Les chiffres de participation sont considérés comme un important indicateur d'opinion des citoyens dans la crise politique en cours déclenchée par les manifestations anti-extradition qui ont pris une forme massive en juillet 2019. Les Hongkongais déterminent [dans ce scrutin] leur choix entre les camps pro-ordre établi et pro-Pékin d'un côté et les candidats pro-démocratie de l'autre.

Si le camp pro-démocratie parvient à gagner la majorité du nombre total de 452 sièges de l'ensemble des conseils locaux, cela pourrait valoir aux démocrates 117 sièges supplémentaires au comité électoral désignant les candidat.e.s au poste de chef de l'exécutif et ainsi gagner un pouvoir de négociation de futures réformes politiques. Pour la première fois dans l'histoire, le camp pro-démocratie a mobilisé plus de 480 candidats se présentant à la totalité des 452 sièges.

Élections ‘les plus imprévisibles’ de Hong Kong

Le résultat de l'élection est le plus “imprévisible” des dernières années. Premièrement, l'establishment est accusé d'avoir soutenu aveuglément le projet de loi d'extradition. Deuxièmement, une large majorité de Hongkongais supportent de moins en moins le vandalisme et les perturbations associées aux manifestations anti-gouvernementales. Enfin, à l'intérieur du clan pro-démocratie, la division entre manifestants pacifiques et radicaux s'est creusée, ces derniers ne croyant pas ou plus à la démocratie représentative.

Avant le jour du vote, les internautes pro-démocratie avaient appelé à une trêve des manifestations sur les médias sociaux, y compris LIGHK, l'équivalent local de Reddit, LIGHK. Résultat, les élections se sont déroulées dans le calme dimanche.

Alors que chacun attend avec anxiété le résultat des élections les plus imprévisibles, explications rapides sur le système des élections de district et la dynamique politique en jeu.

Système d'élection des conseils de districts à Hong Kong et manipulation électorale

Hong Kong a 18 conseils de districts qui conseillent le gouvernement sur le développement des équipements et services publics.

A ce jour, les conseils de districts sont constitués de 452 membres élus et de 27 membres de droit en qualité de présidents de collectivités rurales. L'élection se fait selon un système du vote majoritaire à un tour par siège, et la Commission des affaires électorales étatique (EAC) a la charge de délimiter géographiquement le secteur de chacun des 452 sièges.

Comme les districts peuvent être assez petits, avec une dizaine de milliers d'électeurs, une minime différence de dessin des frontières de district peut affecter le résultat de l'élection. De fait, les pro-démocratie ont accusé l'EAC d’avoir redécoupé les circonscriptions pour cette élection.

Le système électoral est aussi favorable aux puissants partis pro-establishment, capables de soutenir des centaines de candidats faisant campagne dans la totalité des petits districts. Ainsi, les pro-establishment ont réussi à engranger 68 districts sans la moindre concurrence en 2015, simplement parce que les démocrates manquaient de moyens pour se présenter dans tous les 431 districts.

Ce qui fait que les pro-establishment remportent toujours une majorité de sièges aux élections de district. En 2015, sur les 431 sièges d'alors de conseillers de district, les pro-establishment en ont obtenu 299, presque 70%, tandis que les pro-démocrates en ont eu seulement 125. Même en 2003, après les millions de manifestants contre les lois de sécurité nationale, les démocrates n'avaient pu remporter que 151 sièges sur 400, car ils n'avaient eu les capacités d'en briguer que 226.

En monopolisant les conseils de districts pendant deux décennies, le camp pro-establishment a développé de solides réseaux de terrain, notamment parmi la population de retraités au moyen de services à la collectivité et de cadeaux. En 2018, sur les 3,81 millions d'électeurs inscrits, près d'un tiers — 1,23 millions — avaient plus de 60 ans, alors que le nombre d'électeurs de la tranche 18-30 n'atteignait pas 630.000.

Project Storm : la recherche d'une issue pacifique à la crise politique

Dans ce contexte, le camp pro-démocratie a imaginé des actions pour changer le scénario des élections locales. Benny Tai, le cofondateur du mouvement Occupy Central [en 2014], a proposé en 2017 une nouvelle initiative appelée Project Storm. L'idée de cette campagne politique : gagner une majorité de sièges aux élections de conseils de district de sorte que les démocrates puissent acquérir 117 sièges additionnels parmi les 1.200 composant le Comité électoral. Il pense qu'un tel résultat pourra générer une pression politique et obliger Pékin à réintroduire des réformes politiques moins restrictives.

A l'élection 2017 du chef de l'exécutif, les pro-démocratie contrôlaient environ 300 des 1.200 voix au comité électoral. Le comité pour l'élection du chef de l'exécutif est composé de représentants de divers secteurs : commerce et économie, catégories professionnelles, groupes religieux, politiciens du corps législatif et des conseils de districts.

Si certains groupes pro-démocratie ne croient pas à la politique représentative, ils sont avides d'expériences de démocratie participative à travers les conseils de district. D'où, première historique pour ce scrutin, la présence de candidats pro-démocratie dans chacune des 452 circonscriptions de district.

Malgré le système électoral défavorable au camp pro-démocratie, il reste un espoir de changement.

En effet, alors que le camp pro-establishment est dépendant du “vote de fer” de ses inconditionnels, les électeurs indécis sont plus enclins à voter pour les candidats pro-démocratie. Sans compter que les votants aux idées libérales sont impatients de voir des hommes et femmes politiques assumer un rôle prééminent afin de canaliser l'énergie des manifestants en unvmouvement politique plus pacifique et plus durable.

Et, enfin et non des moindres, les jeunes ont pris une place plus active dans la participation politique. Sur les 380.000 électeurs nouvellement inscrits en 2019, 48% ont entre 18 et 35 ans.

Les résultats seront annoncés le 24 novembre 2019. Le camp pro-démocratie espère obtenir une majorité de sièges et contribuer à trouver une issue pacifique à la crise politique actuelle. [Mise à jour au 27/11/2019 – NdT : les pro-démocratie ont remporté près de 90 % des 452 sièges].

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“Le Brésil n'est peut-être pas tout à fait une dictature, mais ce n'est pas non plus une démocratie”, déclare un journaliste brésilienhttps://fr.globalvoices.org/?p=242146http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191127_070043____Le_Bresil_n_est_peut-etre_pas_tout_a_fait_une_dictature__mais_ce_n_est_pas_non_plus_une_democratie_____declare_un_journaliste_bresilienWed, 27 Nov 2019 06:00:43 +0000Mário Magalhães a écrit un livre sur 2018, l'année qui a changé le Brésil pour toujours.

Le journaliste et écrivain Mário Magalhães. Photo: Daniel Ramalho, avec son autorisation.

La nuit du 14 mars 2018, date à laquelle la femme politique de gauche Marielle Franco et son chauffeur Anderson Gomes ont été assassinés [fr] à Rio de Janeiro, le journaliste Mário Magalhães a compris qu'il devait écrire un nouveau livre. Sept mois avant les élections présidentielles, il savait déjà que 2018 serait une année historique pour le Brésil. 

Magalhães est un journaliste de Rio de Janeiro qui a travaillé dans les principaux journaux brésiliens tels que O Globo[fr], O Estado de São Paulo [fr] et la Folha de São Paulo [fr]. Son nouveau livre, “Au-delà des combats et des larmes : une biographie de 2018″, est un recueil d'essais écrits à l'origine pour la version brésilienne de The Intercept, et de quelques nouveaux articles.

Les essais portent essentiellement sur trois événements qui ont secoué le Brésil en 2018 : l’assassinat de Marielle Franco [fr] et Anderson Gomes le 14 mars, l'arrestation de l'ancien président Luiz Inácio da Silva (Lula) le 7 avril, et l'élection de Jair Bolsonaro comme président le 28 octobre. Il se sert de ces faits comme d'une loupe pour observer le passé autoritaire du Brésil et la façon dont il hante encore le présent.

Magalhães est aussi l'auteur d'une biographie de Carlos Marighella [fr], fondateur du groupe armé communiste l'Action de libération nationale [fr] en 1968, un des groupes engagés dans la lutte armée contre la dictature militaire du Brésil, soutenue par les États-Unis (1964-1985). Un film, tiré du livre, interprété par le musicien Seu Jorge [fr] et réalisé par l'acteur  Wagner Moura [fr], qui avait tenu le rôle principal dans la série “Narcos” sur Netflix, a vu sa sortie au Brésil retardée deux fois en 2019 par des tracasseries bureaucratiques émises par le régulateur du cinéma – ce qui n'a pas manqué de susciter des soupçons de censure.

En septembre, Global Voices s'est entretenu avec Magalhães au sujet de son nouveau livre, publié uniquement au Brésil, et de la première année du mandat de Bolsonaro. L'entrevue ci-dessous a été légèrement condensée.

Global Voices : Dans le livre, vous faites un parallèle entre l'assassinat de Marielle Franco et celle de Edson Luís, l'étudiant tué par la police à Rio de Janeiro en 1968. La mort de Marielle a-t-elle été aussi importante que celle d'Edson ? 

Mário Magalhães: Todo o livro foi escrito à quente [como coluna do The Intercept Brasil e outros inéditos], com exceção do prólogo, que escrevo em 2019, amarrando o ano que tinha terminado. Para mim, a coisa que me impressiona muito, o fato de eu ter escrito na virada de fevereiro para março, contando que dias depois – 28 de março – o assassinato do Edson Luís ia completar 50 anos. Eu terminava falando de índices de violência no Brasil, sobretudo de mortes de jovens negros, que não provocavam uma reação a altura. No final do capítulo eu pergunto: qual seria a reação do Brasil hoje, se acontecesse alguma coisa semelhante?

Desgraçadamente, aconteceu. Duas semanas depois mataram a Marielle e o Anderson Gomes, motorista dela. Pode não ter sido a reação dos sonhos de humanistas, defensores de direitos humanos, mas o 15 de março foi impressionante. Sobretudo no Rio, que era a cidade dela, a mesma cidade que Edson Luís foi assassinado e mesma cidade das maiores manifestações estudantis de 68 contra a ditadura. 

A morte dela virou um símbolo de muita coisa que estava fervilhando no país naquele momento. A morte da Marielle mexe com a letargia, tira de casa quem não saía de casa, ela é um apelo contra o silêncio. É o marco do ano.

Mario Magalhães: Tout le livre a été écrit à chaud [dans les colonnes de The Intercept Brasil et d'autres inédits], à l'exception du prologue, que j'ai écrit en 2019, clôturant ainsi l'année qui venait de s'achever. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est le fait que je l'ai écrit entre février et mars, en me disant qu'à quelques semaines près, cela ferait 50 ans que Edson Luís avait été assassiné (le 28 mars). J'ai terminé l'article en citant les taux des cas de violence au Brésil, surtout des meurtres de jeunes noirs, qui ne suscitaient pas de réaction notable. À la fin du chapitre, je pose la question : Quelle serait la réaction du Brésil aujourd'hui si quelque chose de semblable se produisait ?

Et malheureusement, c'est arrivé. Deux semaines plus tard, Marielle et Anderson Gomes, son chauffeur, étaient tués. L'incident n'a pas suscité les réactions auxquelles s'attendaient les militants humanitaires, mais [les manifestations du] 15 mars ont été impressionnantes; surtout à Rio, leur ville, celle où Edson Luís avait été tué, et où s'étaient produites les plus grandes manifestations étudiantes contre la dictature en 1968. La mort de Marielle est devenu en symbole de tout ce qui se tramait à cette époque. Sa mort a secoué l'apathie, a fait descendre dans la rue des gens qui généralement ne sortaient pas de chez eux. Elle a été un appel contre le silence. Elle a été l'événement fondamental de l'année.

GV: Dans un pays de si courte mémoire historique, que pensez-vous de ces cycles du passé qui se répètent ? 

MM: O livro é um túnel do tempo porque o Brasil de 2018 juntou muitos tempos históricos. O projeto eleitoral vitorioso é de viúvas da ditadura. É o ano em que ideias do nazifascismo ganham espaço no Brasil. Há uma espécie que a historiografia considerava extinta que é o integralista em ações violentas — o integralismo foi o nazifascismo tupiniquim, que existiu formalmente até ser colocado na ilegalidade em 1938. A gente teve em 2018 integralistas atacando uma universidade federal no Rio, roubando faixas antifascistas e queimando-as em um ritual que lembra muito a liturgia da Ku Klux Klan.

É o ano em que mais uma mentira influenciou uma eleição brasileira, e o livro volta para a década de 1920, onde inventaram cartas falsas de um candidato, Artur Bernardes; vai aos anos 1940, em que inventaram que o candidato, brigadeiro Eduardo Gomes, tinha chamado os brasileiros pobres de “marmiteiros”; vai a 1989, quando inventaram que, se o Lula vencesse o Collor no segundo turno, toda a família de classe média teria que entregar um quarto para uma família sem-terra. Só que nunca houve nada com o volume de mentiras e o efeito do “kit gay” – eu reconstituo a gênese desse boato, que começa na virada de 2010 para 2011. O Bolsonaro inventa o “kit gay” e 84% dos eleitores dele acreditaram que o Fernando Haddad (ex-ministro da educação, que seria responsável pelo material didático nas escolas ensinando sobre diversidade e identidade de gênero) implantaria um “kit gay”. Por isso que acho que há muitos fatores para a vitória do Bolsonaro, mas nenhum tem a importância da eliminação do Lula da corrida eleitoral.

O Datafolha, no fim de agosto, mostrava que Lula tinha aberto 20 pontos sobre Bolsonaro, estava crescendo, mesmo preso, com perspectiva de vencer a eleição no primeiro turno. Inventar que o Lula, que tinha governado oito anos, ia levar mamadeiras em formato de pênis para as creches, não pegaria. Com Haddad, é diferente, era um desconhecido para dezenas de milhões de brasileiros.

MM : Le livre est un tunnel du temps, parce que que le Brésil de 2018 réunit de nombreuses époques historiques. Le projet électoral victorieux est celui des “viúvas da ditadura” [veuves de la dictature : groupes qui défendent et revendiquent avec nostalgie le retour de la dictature]. C'est cette année-là que les idées fascistes et nazis ont gagné du terrain au Brésil. Il y a une espèce que l'historiographie considérait depuis très longtemps comme éteinte, c'est l'intégraliste en actions violentes [fr]  –  l'intégralisme était la version brésilienne du fascisme nazi jusqu'à ce qu'il ait été déclaré illégal en 1938. En 2018, des intégralistes ont attaqué l'université fédérale de Rio, ont volé des banderoles antifascistes et les ont brûlées dans des rituels rappelant fortement la liturgie du Ku Klux Clan.

C'est cette année-là qu'un mensonge de plus a influencé les élections brésiliennes, et le livre revient sur les années 1920, quand on a produit de fausses lettres attribuées au candidat Artur Bernardes; puis sur les années 1940 quand le candidat brigadier Eduardo Gomes a été injustement accusé d'avoir traité les brésiliens les plus pauvres de “marmiteiros (marmitons)“; on revient en 1989, quand ils ont fait courir le bruit que si Lula battait Collor au deuxième tour, chaque famille de la classe moyenne devrait réserver une chambre chez elle pour les familles sans-terre. Mais rien n'a été comparable au nombre de mensonges sur le “kit gay” et leurs effets destructeurs – je reconstitue la genèse de cette rumeur, qui commence entre 2010 et 2011. Bolsonaro invente le “kit gay”, et 84 % de ses électeurs ont cru que Fernando Haddad [fr] [adversaire de Bolsonaro aux élections de 2018] (ancien ministre de l'Education, responsable du matériel pédagogique sur la diversité et l'identité de genre dans les écoles) allait mettre en place un “kit gay” dans les écoles. C'est la raison pour laquelle je crois qu'il existe de nombreux facteurs qui expliquent la victoire de Bolsonaro, mais aucun n'a eu autant d'importance que l'élimination de Lula de la course à la présidentielle.

Fin août [2018], un sondage [de l'institut de recherche] Datafolha créditait Lula de vingt points de plus que Bolsonaro, démontrait qu'il demeurait en tête de tous les sondages alors qu'il était en prison, et qu'il avait toutes les chances de gagner les élections dès le premier tour. Inventer que Lula, qui avait gouverné le pays pendant huit ans, allait distribuer des tétines en forme de pénis dans les crêches, ça ne pouvait pas marcher. Avec Haddad, c'était différent, il était un inconnu pour des dizaines de millions de Brésiliens.

GV : Vous dites dans le livre qu'il ne fait aucun doute que le Parti des travailleurs (PT) a commis des actes répréhensibles au cours de ses 13 années au pouvoir. Comment expliquez-vous la popularité inoxydable de Lula ? 

MM: O anti-lulismo é uma força de polarização na política brasileira, mas ao mesmo tempo, ele liderava as pesquisas com chance de voltar a ser presidente em 2018. O livro fala de episódios em que o PT, para usar um eufemismo do hoje ex-senador Jaques Wagner, petista, “se lambuzou”. Foi mais do que isso. Houve vínculos do PT com esquemas de corrupção, que existiam havia décadas, e que o PT renovou em alguns casos, mas o prestígio do Lula está diretamente associado a um avanço do Brasil no governo dele. Pela primeira vez na História, mais de 30 milhões foram retirados das linhas mais agudas da pobreza, tem uma série de conquistas sociais.

Se o Lula tivesse concorrido, ele teria sido presidente da República. O livro recapitula uma série de métodos ilegais e imorais da Lava Jato no processo do triplex, que foi o processo que o tirou da eleição. Eu sustento, com base em fatos, que o Lula não teve direito a um julgamento justo. Tem uma síntese disso tudo, que é no final de janeiro de 2018, quando a segunda instância vota o processo, são três juízes do Tribunal Regional Federal da 4ª Região, eles não só mantém a condenação, como aumentam a pena. Um deles diz: “se é réu, é porque alguma coisa aprontou”. Significa que, em nenhum lugar do planeta, em qualquer época da História, um réu poderia ser inocente, porque ao se tornar réu teria cometido algum ilícito. Isso não só é um escândalo lógico, como viola a Constituição que assegura a presunção de inocência.

MM : L'”anti-lulisme” est une force de polarisation dans la politique brésilienne, mais, dans le même temps, Lula était en tête des sondages avec de fortes chances d'être réélu président en 2018. Le livre rapporte certains épisodes dans lesquels le PT, pour employer l'euphémisme de l'ancien sénateur, Jaques Wagner, du Parti des travailleurs, “s'est compromis”. Mais c'était bien plus que ça. Le PT s'est retrouvé impliqué dans des schémas de corruption qui existaient depuis des années, et qu'il a même renouvelé dans certains cas, alors que le prestige de Lula est directement associé à de réels progrès que le Brésil a connu pendant son mandat. Pour la première fois dans leur histoire, plus de 30 millions de Brésiliens se sont arrachés des griffes de la pauvreté la plus extrême, grâce à une série de conquêtes sociales.

Si Lula avait pu se présenter, il aurait été élu président de la République. Le livre récapitule toute une série de manoeuvres illégales et immorales utilisées pendant l'opération Lava Jato [fr] et le procès concernant un appartement triplex qui l'a évincé de la course à la présidentielle. Je crois pouvoir affirmer, en me basant sur les faits, que Lula n'a pas eu droit à un procès équitable. En janvier 2018, en seconde instance, le Tribunal régional fédéral non seulement maintient la sentence, mais augmente la peine d'emprisonnement (qui passe de 9 à 12 ans). Un des trois juges déclare : “S'il est jugé, c'est qu'il a fait quelque chose”. Ce qui signifie que, nulle part sur la planète, à aucun moment de l'histoire, un accusé ne pourrait être innocent, puisque s'il est accusé, c'est qu'il est coupable. Ce n'est pas seulement un scandale logique, c'est une violation de la Constitution qui garantit la présomption d'innocence. 

GV: La presse est un thème récurrent de votre livre. Étant journaliste vous-même, que pensez-vous de la couverture médiatique de Bolsonaro ?

MM: Em todo o mundo, o Bolsonaro é chamado de candidato de extrema-direita. Há jornal no Brasil que proíbe os repórteres de escreverem isso, está dito isso no livro. Acho importante enfatizar uma coisa: nenhum governo, nenhum regime da História gosta de jornalismo e jornalistas, se esse jornalismo for exercido de modo independente, com espírito crítico, fiscalizando o poder. Nenhum poder de esquerda, de direita, de centro, da orientação que for, gosta.

Só que a gente vem de décadas de relativa tolerância do poder com a atividade jornalística. Com Bolsonaro, em 2018, ele anuncia que isso vai acabar. Tem um capítulo chamado “A imprensa intimidada”, sobre o fato de segmentos jornalísticos parecerem intimidados diante do Bolsonaro. Quando a imprensa fica intimidada, ela deixa de exercer o seu papel histórico. Não adianta bajular Bolsonaro, porque ele não gosta de jornalismo e exige sempre mais. Um jornal pode publicar um editorial elogiando dele, e duas horas depois ele proibir a entrada do repórter do jornal em uma entrevista coletiva – como aconteceu. Bolsonaro é a maior ameaça ao jornalismo brasileiro desde o fim da ditadura.

MM : Partout dans le monde, Bolsonaro est considéré comme un candidat d'extrême droite. Je dis dans mon livre que dans certains journaux au Brésil, on interdit aux journalistes de l'écrire. Je pense qu'il est important de souligner la chose suivante : aucun gouvernement, aucun régime dans l'histoire n'aime le journalisme (ni les journalistes) s'il est exercé de manière indépendante, dans un esprit civique, en surveillant ceux qui sont au pouvoir. Aucun pouvoir de gauche, de droite, du centre ou de quelque orientation que ce soit n'aime cela.

Cependant nous sortons de décennies de tolérance relative du pouvoir envers l'activité journalistique. Et Bolsonaro en 2018 nous annonce que c'est terminé. Le chapitre intitulé “La presse intimidée”, traite de certains médias qui semblent céder à l'intimidation face à Bolsonaro. Quand la presse cède à la peur, elle cesse d'exercer son rôle historique. Inutile de le flatter : Bolsonaro n'aime pas les journalistes et il en exige toujours plus. Un journal peut publier un article élogieux, rien ne l'empêche, deux heures plus tard, d'interdire au journaliste en question d'assister à une conférence de presse – comme c'est déjà arrivé. Bolsonaro représente la plus grande menace pour le journalisme brésilien depuis la fin de la dictature.

GV: Vous avez écrit dans votre livre qu'une victoire de Bolsonaro serait le coup le plus dur porté à la démocratie brésilienne depuis 1968, l'année où la dictature militaire a adopté l’Acte institutionnel numéro 5 [fr] [qui limitait sévèrement les libertés civiles]. Qu'avons-nous aujourd'hui au Brésil?

MM: Hoje temos um confronto entre civilização e barbárie. O Brasil de 2019 não é uma ditadura, mas não é uma democracia. O projeto do Bolsonaro, isso está no livro e várias vezes ele falou, é um regime nos moldes daquele que nasceu em 1964. Eu dou um exemplo claro, talvez seja melhor o exemplo histórico. Em 1935, em novembro, os comunistas tentaram um golpe de estado, que eles chamavam de revolução e o governo autoritário de Getúlio Vargas, porém constitucional, chamou de Intentona Comunista, e sobreveio uma repressão política gigantesca. Milhares e milhares de pessoas foram presas, houve tortura, morte, perseguição. Em 1936, o governo de Getúlio não era uma ditadura formal, mas ele cria um ambiente de asfixia das liberdades, ele cria um tribunal de exceção, o Tribunal de Segurança Nacional. A ditadura vai nascer em 1937, quando Getúlio dá um golpe de estado, fecha o Congresso e destrói as instituições.

Eu não sei o que vai acontecer com o futuro do Brasil, mas eu sei que democracia não existe. Na democracia governa quem foi escolhido soberanamente pela vontade popular. A vontade popular em 2018 era eleger o Lula, se essa escolha tem méritos ou deméritos, não trato disso. Mas ela foi proibida de se expressar por decisões judiciais com base em um processo em que o réu, Lula, não teve direito a um julgamento justo. Então, num sistema presidencialista como o Brasil, governa um homem que não era o preferido dos eleitores. Ou seja, a soberania da vontade popular não foi respeitada. Logo, é um governo ilegítimo.

MM : Aujourd'hui, la civilisation affronte la barbarie. Le Brésil en 2019 n'est pas une dictature, mais ça n'est pas non plus une démocratie. Le projet de Bolsonaro, comme je le mentionne dans le livre et comme il l'a lui-même déclaré à diverses reprises, est un régime qui va dans le même sens que celui qui a vu le jour en 1964. J'en donne un exemple probant, ou encore mieux, un exemple historique. En novembre 1935, un soulèvement communiste a eu lieu [fr], (qu'ils ont appelé une révolution), contre le gouvernement autoritaire, mais constitutionnel de Getúlio Vargas [fr], qui lui l'a qualifié de coup d'état et qui a déclenché une répression politique massive. Des milliers de personnes furent emprisonnées, il y a eu des tortures, des morts et des persécutions. En 1936, le gouvernement de Getúlio n'est pas une officiellement une dictature, mais il instaure un climat politique qui asphyxie les libertés. Il crée un tribunal d'exception, le Tribunal de sécurité nationale. La dictature s'installe en 1937, quand Getúlio organise un coup d'état, ferme le Congrès et détruit les institutions.

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de l'avenir du Brésil, mais je sais que la démocratie n'y figure pas. Dans une démocratie, celui qui gouverne est élu par la volonté souveraine du peuple. En 2018, la volonté du peuple était d'élire Lula, et que cette décision soit fondée ou non importe peu ici, cette volonté n'a pas pu s'exprimer à cause de décisions judiciaires rendues lors d'un procès dans lequel l'accusé, Lula, n'a pas eu droit à un jugement équitable. C'est pourquoi, dans un système présidentiel comme celui du Brésil, celui qui gouverne aujourd'hui n'est pas celui qu'avaient choisi les électeurs. En d'autres termes, la souveraineté de la volonté du peuple n'a pas été respectée. Il s'agit donc d'un gouvernement illégitime.

GV: Bolsonaro a obtenu 57 millions de voix au second tour des élections de 2018. Comme se fait-il qu'une nation qui allait voter pour Lula, d'après les sondages, finit par choisir un candidat dont les idées sont à l'opposé ? 

MM: Bolsonaro foi o beneficiário da profunda insatisfação popular com os rumos do Brasil. Em vastos segmentos sociais, em particular aquele com renda familiar de dois a cinco salários mínimos mensais, a intenção de voto em Lula mudou para Bolsonaro. Talvez isso não tenha ocorrido tão intensamente em nenhum Estado quanto no do Rio de Janeiro. O voto em Lula seria um voto de oposição. Com sua ausência, Bolsonaro foi identificado como um outsider oposicionista, o que não era. Até o presidente Michel Temer declarou ter votado nele. Alguns fatores contribuíram fortemente para o triunfo de Bolsonaro: segurança pública em crise (recorde de homicídios); economia em frangalhos (disparada do desemprego); desmoralização da política tradicional; questões de moral e costumes. O antipetismo influenciou o resultado, porém Lula, o petista mais conhecido, venceria a eleição. Lula é eleitoralmente muito maior do que o PT.

MM : Bolsonaro a profité de l'immense insatisfaction populaire occasionnée par la voie dans laquelle le pays s'était engagé. Pour une grande partie de la société, en particulier les foyers dont le revenu atteignait deux à cinq fois le salaire minimum mensuel, les intentions de votes sont passées de Lula à Bolsonaro. C'est sans doute dans l'état de Rio de Janeiro que le phénomène a pris le plus d'ampleur. Le vote pour Lula aurait été un vote d'opposition. En son absence, Bolsonaro s'est retrouvé dans la position de l'outsider d'opposition, ce qu'il n'était pas. Même l'ancien président Michel Temer a déclaré avoir voté pour Bolsonaro. D'autres facteurs ont fortement contribué au triomphe de Bolsonaro : une sécurité publique en crise (un taux d'homicides record sans précédents), une économie en lambeaux (un taux de chômage en augmentation), un ras-le-bol envers les politiciens traditionnels, des problèmes de morale et de moeurs. La vague “antipétiste” a influé sur les résultats, mais Lula, le nom le plus reconnu du parti, aurait remporté les élections. Lula est, d'un point de vue électoral, bien plus fort que son parti.

GV: Le journaliste brésilien Zuenir Ventura a écrit un livre intitulé : “1968: l'année qui n'en finissait pas”. Est-ce que 2018, c'est terminé, ou on y est encore ?  

MM: Por décadas 2018 vai continuar. Milhões de brasileiros começam a voltar para a pobreza mais aguda em 2018 e cada vez mais gente volta. Em 2018, o governo eleito anuncia que há sim mais espaço para desmatamento na Amazônia; declara guerra contra a ciência e o corte em ciência e educação; os vencedores da eleição proclamam o projeto liberticida para a cultura brasileira e agora estão desenvolvendo o que chamam de filtros, mas que na verdade é censura.

As consequências de 2018 vão influenciar o Brasil por décadas ou, em alguns casos, não poderão ser reparadas. O que está se queimando na floresta amazônica, isso pode se reflorestar, mas não teremos mais a floresta como era. Gerações vão ser impactadas pela miséria e na diminuição do acesso ao ensino superior. Muitos cientistas estão indo embora, porque não tem como pesquisar e desenvolver pesquisa no Brasil.

MM: 2018 va continuer pendant des dizaines et des dizaines d'annéesEn 2018, des millions de Brésiliens ont replongé dans la pauvreté la plus extrême, et ça continue. En 2018, le gouvernement élu annonce qu'il reste encore beaucoup d'espaces à déboiser en Amazonie, il déclare la guerre à la science en annonçant des coupes budgétaires dans les domaines de la science et de l'éducation. Les vainqueurs aux élections annoncent un projet liberticide pour la culture brésilienne et commencent à développer ce qu'ils appellent un système de filtres, qui en réalité n'est rien d'autre que de la censure.

Les conséquences de 2018 vont impacter le Brésil pendant des années, et dans certains cas, sans possibilité de retour. Ce qui brûle actuellement dans la forêt amazonienne peut être replanté, mais la forêt ne sera plus jamais ce qu'elle était. Des générations entières seront touchées par la pauvreté et l'accès réduit à l'enseignement supérieur. De nombreux scientifiques quittent déjà le pays car ils n'ont plus les moyens de développer leurs disciplines et leurs recherches au Brésil.

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Explications : Comment une Loi sur les droits humains et la démocratie des USA peut protéger la liberté à Hong Konghttps://fr.globalvoices.org/?p=242360http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191126_174448_Explications____Comment_une_Loi_sur_les_droits_humains_et_la_democratie_des_USA_peut_proteger_la_liberte_a_Hong_KongTue, 26 Nov 2019 16:44:48 +0000Pour les démocrates hongkongais, une Loi contrepoids à l'emprise chinoise

Les protestataires de Hong Kong veulent que les États-Unis adoptent le Hong Kong Human Rights and Democracy Act. Des drapeaux américains sont souvent visibles dans les manifestations autour de Hong Kong. Photo : Stand News.

Le 20 novembre 2019, le Sénat des États-Unis a voté à l'unanimité en faveur d'une Loi visant à protéger le statut d'autonomie de Hong Kong et les droits civiques de ses résidents.

Proposé en 2014 et présenté à nouveau devant le Comité de la Chambre le 13 juin 2019 — juste après le début des manifestations anti-extradition — le Hong Kong Human Rights and Democracy Act (loi sur les droits humains et la démocratie à Hong Kong) garantit que le Département d’État américain fera un rapport annuel devant le Congrès sur la situation de l'autonomie et des droits humains de Hong Kong, en vue d'évaluer si les États-Unis doivent ou non poursuivre leur relation bilatérale particulière. Les responsables hongkongais reconnus coupables de supprimer des libertés seraient sanctionnés par des interdictions de visa et des gels d'avoirs.

Comme la Chambre des représentants a adopté dans un vote la version du Sénat de la Loi le 21 novembre, il ne manque plus à sa promulgation que la signature du président américain Donald Trump dans les tout prochains jours.

L'adoption du texte par le Sénat a irrité Pékin. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, l'a condamné comme étant une intervention étrangère et a brandi des menaces de “conséquences négatives”.

A ceux qui ne seraient pas familiarisés avec l'histoire coloniale de Hong Kong et la constitution politique de la cité, cette législation états-unienne relative à Hong Kong peut en effet ravoir des allures d'intervention étrangère. Mais quand Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997, le statut d'autonomie de la cité a été garanti par un traité international — la Déclaration commune sino-britannique de 1984 — qui établissait le principe “un pays, deux systèmes”. Une formule qui esquisse le cadre de la mini-constitution de la cité, la Loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong Kong, et garantit que Hong Kong devienne signataire de nombreuses conventions de l'ONU, y compris sa Convention sur les Droits de l'Homme.

Après le massacre de la place Tiananmen en Chine, le gouvernement américain a mis en œuvre le Hong Kong Policy Act en 1992, pour ériger le statut d'autonomie de Hong Kong en condition préalable du traitement spécial de Hong Kong comme une zone douanière et commerciale distincte. Cette loi a accordé à Hong Kong des liens bilatéraux de faveur dans les domaines du commerce et de l'économie, de la finance, de l'aviation civile, de la navigation maritime et de la technologie.

Mais depuis 2014, lorsque le Hong Kong Human Rights and Democracy Act a été proposé pour la première fois, l'autonomie de Hong Kong s'est érodée rapidement, une évolution accélérée par l'interprétation faite par Pékin de la Loi fondamentale. Le 31 août 2014, la Chine a imposé un mécanisme de filtrage pour l'élection du chef de l'Exécutif de Hong Kong, dans le cadre de la réforme électorale. En 2016, il y a eu le supposé enlèvement transfrontaliers des libraires, et un an après, la disqualification de députés à cause de leur prestation de serment.

Tout au long de ces épisodes, le gouvernement américain était dépourvu d'outils légaux pour traiter la situation, puisque le Hong Kong Policy Act de 1992 ne comporte pas de mécanisme d'examen du statut d'autonomie de Hong Kong. Un projet du Hong Kong Human Rights and Democracy Act a donc été présenté au Congrès des USA en 2017, mais l'amendement du Hong Kong Policy Act dépassé de 1992 fut laissé de côté jusqu'à ce qu'éclatent les manifestations en juin 2019.

La nouvelle Loi est munie d'un mécanisme de surveillance et de sanction pour s'assurer que le “statut d'autonomie” de la cité est est aligné tant sur la Déclaration commune sino-britannique que sur les conventions de l'ONU sur les Droits de l'Homme. La version finale du Sénat de la Loi a appuyé plus fort sur le statut international de Hong Kong, soulignant que le gouvernement américain se coordonnera avec ses alliés, le Royaume Uni, l'Australie, le Canada, le Japon et la République de Corée, pour promouvoir la démocratie et les droits humains à Hong Kong”.

La Loi prévoit une évaluation détaillée des droits des personnes dans les domaines suivants : enseignement, liberté de la presse (y compris de l'Internet), police et fonctions de sécurité, traités dans les rapports périodiques. Elle donne aussi au gouvernement américain l'autorité d'interdire aux journalistes travaillant pour les organisations de médias affiliées au Parti communiste chinois à Hong Kong d'entrer aux États-Unis, et de bloquer la fourniture de tout matériel de contrôle et de surveillance de foule qui pourrait être utilisé de façon inappropriée à Hong Kong.

Sur le compte Twitter de Radio Free Asia, le caricaturiste politique Rebel Pepper (‘Poivre rebelle’) dépeint les répercussions de la nouvelle Loi sur Hong Kong :

La Chine a condamné une loi américaine qui protège les droits humains à Hong Kong. Le Hong Kong Human Rights and Democracy Act sanctionne les responsables chinois liés aux violations des droits dans la cité. Pékin a menacé de représailles si le Président Trump promulgue la loi.

Comme Rebel Pepper, la majorité des Hongkongais pro-démocratie pensent que la Loi fera contrepoids aux empiètements de la Chine sur Hong Kong, surtout que le statut d'indépendance douanière et commerciale de la cité, reconnu par la communauté internationale, est la clé de voûte de son succès de place financière mondiale.

La Chine est dépendante de Hong Kong pour attirer chez elle les capitaux et investissements étrangers. En 2018, sur les 64,2 milliards de dollars US levés de par le monde par les sociétés chinoises sous forme d'introductions en bourse, plus de 50 pour cent — 35 milliards de dollars en valeur — sont venus du marché boursier de Hong Kong. Les inscriptions à la cote officielle des villes de Chine continentale ont seulement levé 19,7 milliards.

Avec l'intensification de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, la Bourse de Hong Kong avait d'abord envisagé de racheter le London Stock Exchange (LSE) en vue de créer des canaux supplémentaires où les compagnies chinoises pourraient attirer les capitaux étrangers sur le marché boursier mondial, mais puisque la direction du LSE rejeta le prétendant en octobre, Hong Kong reste la principale source de capitaux étrangers pour la Chine.

De l'autre côté de la médaille, les États-Unis ont eux aussi d'immenses intérêts économiques à Hong Kong.En 2018, leur plus grand excédent commercial bilatéral — 31,1 milliards de dollars — était avec Hong Kong. Une suspension du statut de zone douanière et commerciale séparée de Hong Kong nuirait donc aux intérêts économiques américains.

S'il est improbable que la Chine desserre son emprise sur Hong Kong, Pékin pourrait y regarder à deux fois avant de se lancer dans de nouvelles interventions agressives ébranlant l'autonomie juridique et politique de la cité. La stabilité de Hong Kong bénéficie à toutes les parties, tout comme une fin de l'autonomie de la cité se ferait au détriment de tous les intéressés.

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Une nouvelle vague de pédophilie et de maltraitance d'enfants frappe le Pakistanhttps://fr.globalvoices.org/?p=242267http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191126_112407_Une_nouvelle_vague_de_pedophilie_et_de_maltraitance_d_enfants_frappe_le_PakistanTue, 26 Nov 2019 10:24:07 +0000“Au Pakistan, nous exigeons rapidement une liste des #délinquants sexuels”

Portrait d'un enfant maltraité. Image de Moushuf Chowdhury, issue de Flickr CC BY-NC-ND 2.0

Un peu plus d'un an après l'exécution d'Imran Ali pour une affaire de maltraitance d'enfants vraisemblablement la plus connue du Pakistan, à savoir le viol et le meurtre de Zainab Ansari âgée de six ans, la police a arrêté Sohail Ayaz – un pédophile en série, violeur d'enfants et délinquant sexuel reconnu – pour avoir drogué et violé un garçon de 13 ans.

Le 12 novembre 2019, les autorités de Rawalpindi [fr], une ville de la province pakistanaise du Punjab, ont arrêté Sohail Ayaz peu après que la mère de la victime eut enregistré un premier rapport d'information :

La police a arrêté un violeur d'enfants et pornographe soupçonné d'avoir des liens avec le dark web (internet clandestin). Sohail Ayaz a déjà été condamné dans une affaire de viol d'enfant au Royaume-Uni. Il a été enregistré comme délinquant sexuel à vie.

Condamné pour pédophilie, Sohail Ayaz avait été expulsé vers le Pakistan par le gouvernement britannique en raison de multiples viols d'enfants ainsi que de son implication dans un réseau de pornographie infantile en Roumanie. Expert-comptable de profession, Sohail Ayaz a été engagé comme consultant par le gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa (PK) [fr] en 2017, mais n'ayant pas vérifié son casier judiciaire, ils ignoraient qu'il avait été condamné à quatre ans de prison auparavant :

Sohail Ayaz a travaillé en tant que consultant pour le gouvernement du PK (Khyber Pakhtunkhwa) du 1er novembre 2017 jusqu'à la fin de son contrat le 13 novembre 2019 – le chef de la police a déclaré qu'il est probable qu'une grande partie de son salaire mensuel de 300 000 roupies ait été dépensée pour satisfaire ses besoins pédophiles.

L'Institut des experts-comptables du Pakistan (ICAP) avait annulé l'inscription de Sohail Ayaz en 2009 – après sa condamnation au Royaume-Uni pour viol de mineurs et possession de pornographie enfantine.

Au cours de son interrogatoire de cinq jours pour ce dernier crime, Sohail Ayaz a avoué qu'il avait violé plus de 30 enfants et téléchargé des vidéos sur le dark web, ce qui a déclenché un débat en ligne sur la nature endémique des sévices sexuels sur des enfants dans le pays et la nécessité de mettre en place des mesures pour empêcher que des mineurs deviennent victimes en premier lieu :

Il a avoué avoir violé 30 enfants. La maltraitance des enfants est endémique au Pakistan avec de véritables foyers de brutalité. Avant toute chose, cette question doit être solutionnée.

Un rappel urgent de la nécessité d'une réforme s'est imposé le 15 novembre au matin, lorsqu’un tweet de l'actrice pakistanaise Nadia Jameel a rapporté un autre crime abominable : un garçon de neuf ans a été brutalement violé par son propriétaire. Bien que l'auteur de cette agression ait depuis lors été arrêté par les autorités, le traumatisme de l'enfant et ses perspectives de guérison physique, émotionnelle et psychologique suscitent de nombreuses réserves.

Les réponses au tweet de Nadia Jameel comprenaient des propositions selon lesquelles la légalisation de la prostitution pourrait aider à canaliser les pulsions sexuelles, ainsi que des recommandations pour un cadre approprié de protection des enfants et la nécessité pour les gouvernements provinciaux et fédéral de concevoir une stratégie efficace devant la défaillance d'un tel système.

Le nombre de cas de maltraitance d'enfants va en augmentant

Malgré les peines sévères prévues par le pays pour les sévices infligés aux enfants – y compris la castration, l'emprisonnement à vie et la peine de mort – les délinquants sexuels continuent d'agresser des enfants et le nombre de cas est en augmentation.

En 2018, la Sahil Foundation, une ONG pakistanaise qui intervient dans le domaine de la maltraitance des enfants, a signalé une augmentation de 11 % des cas de maltraitance d'enfants par rapport à l'année précédente. Sur les 3 832 cas de maltraitance d'enfants enregistrés, 55 % des victimes étaient des filles et 45 % des garçons. Les chiffres de 2019 sont encore plus inquiétants : jusqu'à 1 304 enfants pakistanais (729 filles et 575 garçons) ont été victimes d'abus sexuels au cours des six derniers mois ce qui a soulevé de nombreuses questions de la part des utilisateurs des réseaux sociaux :

Faites glisser votre calendrier et vous découvrirez un nouveau cas de pédophilie au Pakistan toutes les 10 minutes. Peut-être avons-nous besoin d'une agence distincte pour la protection des enfants ? Est-ce que quelque chose de ce genre existe ? @ShireenMazari1 Que fait-on pour les cas de maltraitance d'enfants qui sont signalés ?

Au Pakistan, nous avons un besoin crucial d'une liste de #délinquants sexuels, mise à la disposition des quartiers, des bureaux, etc.
Deuxièmement, pourquoi la FIA n'enquête-t-elle pas sur les “causes d'expulsion” des Pakistanais ?
Troisièmement, qui sont les médiateurs internes ?

La FIA mentionnée dans le tweet précédent est l’Agence fédérale d'enquête [fr] du Pakistan.

Quelles sont les caractéristiques d'un prédateur ?

Une des difficultés que pose la répression des délinquants sexuels avant qu'ils n'agissent est que ces derniers ne sont pas toujours faciles à démasquer. Dans un billet sur un blog, l'écrivaine Mehar Khursheed a expliqué :

Because we expect abusers to be loners, mentally deranged, and overtly creepy, we aren’t able to see when a predator is a charming, friendly and even popular person in our midst.

Parce que nous supposons que les agresseurs sont des solitaires, dérangés mentalement et manifestement pernicieux, nous ne parvenons pas à discerner un prédateur chez une personne charmante, amicale voire appréciée dans notre entourage.

Souvent, ces prédateurs se lient d'amitié avec la cible ou chassent des proies facilement accessibles – des enfants qui peuvent être victimisés et piégés, comme Zainab Ansari et bien d'autres dont les noms et le visage ne feront peut-être même pas la une d'une couverture médiatique.

Bien que la société soit sensibilisée et préoccupée par ces dangers, un grand nombre des mineurs victimes sont issus de milieux défavorisés, notamment les enfants qui travaillent, plus susceptibles de se faire kidnapper.

La peine de mort n'est pas un moyen de dissuasion

Dans un article publié sur Dawn.com, Saroop Ijaz soutient que même la peine de mort n'a pas réellement d'effet dissuasif sur ces crimes odieux. Il a également souligné le fait que, dans de tels contextes, les reportages tendent à mettre davantage l'accent sur l'auteur du crime, sans tenir compte à la fois des réalités sur le terrain et de l'ampleur du phénomène.

Certains prétendent que la castration, comme c'est le cas en Indonésie, pourrait être une solution plus appropriée pour les crimes sexuels, mais les défenseurs des droits humains avancent que même ces châtiments ne seraient pas suffisamment dissuasifs.

Nombreux sont ceux qui estiment toutefois que l'efficacité de ces punitions devrait être une préoccupation secondaire et que les besoins les plus urgents sont la constitution d'un groupe de travail spécial chargé d'identifier ces coupables, d'approfondir la psychologie de ces délinquants, de sensibiliser la population aux abus sexuels sur les mineurs, etc.

Mais une partie de la solution pourrait-elle inclure la réhabilitation du moins pour les crimes moins graves ? Un chef de la police britannique, Simon Bailey, qui dirige l’Opération Hydrant, une enquête sur les sévices sexuels infligés aux enfants, a suggéré une telle solution – tout en admettant que cette approche sera difficilement acceptable.

Entre-temps, d'éminents psychiatres pakistanais ont exhorté les autorités à prendre des mesures concrètes pour prévenir le viol et le meurtre d'enfants, au lieu de traiter ces agressions comme de simples affaires d'ordre public. Leurs recommandations prévoient notamment le lancement d'une campagne médiatique efficace pour sensibiliser les communautés aux questions de vulnérabilité des enfants, l'identification des menaces potentielles et des facteurs de risque, ainsi que la désignation des différentes formes de violence et de négligence physiques, émotionnelles et sexuelles.

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Une appli créée par des adolescentes pour aider les victimes de violences domestiques en Albaniehttps://fr.globalvoices.org/?p=242325http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191125_124328_Une_appli_creee_par_des_adolescentes_pour_aider_les_victimes_de_violences_domestiques_en_AlbanieMon, 25 Nov 2019 11:43:28 +0000Une femme sur deux en Albanie a subi des violences

Des filles vérifient l'appli sur leurs téléphones portables. Photo de GjejZâ, utilisée avec autorisation

Trois adolescentes ont travaillé ensemble à aider les victimes de violences domestiques en Albanie, où une femme sur deux en subit.

Arla Hoxha, Dea Rrozhani et Jonada Shukarasi — connues comme les “D3c0ders” — ont conçu l'application mobile GjejZâ (“trouve ta voix” en albanais). Elle connecte les survivantes de violences domestiques à des ressources essentielles : refuges, police et groupes de soutien.

L'appli propose aussi des informations sur les violences basées sur le genre, des histoires exemplaires de femmes qui ont surmonté une situation de violence, ainsi que des exercices de respiration et de méditation.

“GjejZâ” a été créé par trois filles albanaises de 16 ans dans l'espoir d'aide à s'attaquer à la question persistante des violences basées sur le genre et des violences domestiques dans le pays.

L'appli peut être téléchargée depuis le Google Play store.

Gjejzâ est disponible sur Play Store.
Trouvez votre voix en utilisant nos fonctions :
Dans le programme 30 jours vous trouverez des exercices mentaux sur comment briser les mythes sur la violence, des techniques de méditation, des histoires de réussites, et plus encore !
Vous connaissez quelqu'un en souffrance ? Parlez-lui de Gjejzâ aujourd'hui !

Les jeunes filles ont appris à coder et créer des applications en quatre ans grâce à une action de l'ambassade des États-Unis à Tirana, comme l'explique une vidéo sur Youtube en albanais et anglais.

Une femme sur deux subit des violences en Albanie, a déclaré à Reuters Iris Luarasi, la directrice d'une permanence téléphonique nationale pour les femmes battues, citant une étude de 2018. L'étude précise que 4.000 cas de violences domestiques ont été signalés dans cette même année.

Mme Luarasi recommande personnellement l'appli :

GjejZa est cette application inventée par ces jeunes filles talentueuses pour connecter en une seule et même appli victimes, associations et institution.

La recherche, soutenue par les agences des Nations Unies, a établi que 52,9% des 3.443 femmes albanaises interrogées ont subi au moins une de cinq différent types de violence pendant leur vie, et 18,1% ont connu des violences sexuelles. Les femmes consultées étaient âgées de 18 à 74 ans.

Sinistre statistique : en Albanie 18,1% des femmes ont connu des violences sexuelles. Le thème de cette année de #16 jours d'activisme est : La Génération Égalité se lève contre le viol : @unwomenalbania⁩ ⁦@UNFPAAlbania⁩ ⁦@SwedeninAL se joindront à @ShendetesiaAL⁩ pour passer ce message dans tout le pays

Les trois adolescentes ont fait les grands titres quand elles ont reçu un prix dans le concours Technovation Challenge.

Félicitations à D3C0ders, la première équipe d'Albanie devenue finaliste pour arriver à la 1ère place de la Section Seniors avec leur appli de soutien des survivantes de violences domestiques et des femmes en général. Elles recevront 15.000 dollars pour leur appli et pour poursuivre leurs études.

Plus récemment, c'est pour une autre récompense qu'elles ont été sélectionnées :

Félicitations Arla Hoxha, @DRrozhani, Jonada Shukarasi, @audreyisabelpe et @BriannaGopaul ! Vous avez été sélectionnées pour le Aspiring Teen Award. #WITGlobalAwards #Femmesdans laTech #S'ouvriràlaTech

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L'Université polytechnique de Hong Kong en feu après de violents affrontements entre manifestants et policiershttps://fr.globalvoices.org/?p=242329http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191124_130656_L_Universite_polytechnique_de_Hong_Kong_en_feu_apres_de_violents_affrontements_entre_manifestants_et_policiersSun, 24 Nov 2019 12:06:56 +0000La police indique que des armes létales pourront être utilisées.

L'Université polytechnique de Hong Kong, le 17 novembre 2019. Photo de Stand News.

Ces derniers jours, plusieurs campus universitaires à Hong Kong se sont transformés en champs de bataille opposant les manifestants anti-gouvernementaux et la police anti-émeute, alors que Hong Kong entame son huitième mois de manifestations pour défendre son régime démocratique. Le 17 novembre, le campus de l'Université polytechnique est devenu le théâtre d'affrontements parmi les plus violents que Hong Kong ait connus à ce jour.

Mardi 18 novembre, après plus de 24 heures de tirs entre policiers anti-émeute armés de gaz lacrymogène, de balles, de canons à eau et d'appareils acoustiques à longue portée et manifestants équipés de bombes incendiaires, de briques et de flèches, des milliers de personnes à l’intérieur du campus étaient encore sous le siège de la police.

Depuis le début de la grève générale, lundi 11 novembre, les manifestants tentent de bloquer les principaux axes de circulation et provoquer une grève dans toute la ville. Cet acte de déstabilisation a provoqué de violents affrontements sur le campus de l’Université chinoise, dans les Nouveaux Territoires au nord-ouest de la ville de Hong Kong, entre le 11 et le 14 novembre. Le champ de bataille s’est progressivement déplacé vers l’Université polytechnique, dont le campus est situé à proximité du tunnel Hung Hum sous le port, un axe très fréquenté.

Les affrontements ont principalement eu lieu près des deux ponts qui traversent les autoroutes du tunnel et qui relient la station de Hung Hom à la plupart des entrées de l'université. Depuis le début de la grève générale, les manifestants jettent des objets depuis les ponts sur l’autoroute et organisent une ligne de défense près des entrées de l’université.

Les tensions se sont accentuées le 17 novembre lorsque le gouvernement de Hong Kong a voulu rétablir l'ordre dans la ville après une semaine de manifestations et d'affrontements. La police a publié une déclaration ce jour-là :

Police warn that violent activities in the Hong Kong Polytechnic University have escalated to rioting. Anyone who stays behind or assists rioters may be liable to the offence of ‘Taking Part in a Riot’.

La police met en garde que les activités violentes à l'Université polytechnique de Hong Kong se sont transformées en émeutes. Quiconque se trouvant à l'arrière ou aidant les émeutiers sera passible du délit de “participation à une émeute”.

La peine maximale encourue pour émeutes est de 10 ans de prison.

Vers 20h30, la police anti-émeute s’est rendue au pont de la route Cheong Wan avec deux camions blindés. Les manifestants ont riposté avec des bombes incendiaires et la police s'est retirée après l'incendie d'un camion.

Vous venez de vous brancher, sur le fuseau horaire USA ? L'université polytechnique est le champ de bataille des manifestations de Hong Kong depuis deux jours. L'escalade a commencé lorsque la police a déplacé deux camions blindés vers les étudiants, qui ont commencé à riposter avec des bombes à pétrole. Canons à eau et des gaz lacrymogènes toute la nuit. La police a arrêté des médecins, stoppé des ambulances et a ouvert le feu.

La situation est montée d'un cran après l’incident et la police a annoncé qu’elle utiliserait des armes létales contre les manifestants violents. Elle a également exhorté les gens à quitter le campus avant de prendre de nouvelles mesures. Alors que les équipes médicales médicale se retiraient, elles ont été aussitôt arrêtées :

17 novembre, nuit : à proximité de l’Université polytechnique, de nombreux médecins, paramédicaux et techniciens médicaux d’urgence volontaires ont été arrêtés et mis à terre.

Vers 2 heures du matin, des chefs religieux, des personnels de l'université et des parlementaires ont tenté de pénétrer sur le campus pour calmer les tensions, mais la police ne les a pas laissés passer.

Tôt dans la matinée du 18 novembre, lorsque la police anti-émeute a tenté de pénétrer sur le campus, les protestants ont mis le feu à divers endroits de l'université pour créer des barricades :

Photo de hkcnews Le témoin a dit que la police de Hong Kong avait pris d'assaut le campus de l'Université polytechnique, où les étudiants continuaient de se défendre avec des bombes à pétrole. Selon une rumeur en ligne, ils auraient été blessés par des canons à eau. Les retransmissions en direct sont rares, car de nombreux médias locaux importants ne sont pas à l'intérieur.

Des milliers de manifestants sur le campus se sont battus toute la nuit  :

04h20 à l'Université polytechnique

C’est presque l’aube et ils continuent d'espérer que d’autres personnes vont venir en renfort. Ils continuent à se battre pour les Hongkongais.

Aux alentours du campus, beaucoup sont descendus dans les rues pour monter des barricades afin de détourner la police anti-émeute d’intervenir contre d'autres manifestants se trouvant à l'intérieur de l'université polytechnique :

(image) La police anti-émeute poursuit les manifestants sur Nathan Road, à Hong Kong, à 02h30 (heure de Hong Kong).

Les habitants du quartier de PolyU se précipitent à l'université pour sauver les manifestants étudiants. La route menant à l’université étant bloquée par la police, ils l’affrontent à Hung Hom, à Mongkok, à Yau Ma Tei, à Whampoa, Jordan et à Tsim Sha Tsui.

Le lundi 18 au matin, des milliers de manifestants étaient toujours bloqués sur le campus universitaire. Ils ont tenté à plusieurs reprises de rompre le siège, certains ont réussi, d'autres ont été arrêtés :

Des gaz lacrymogènes et des canons à eau attendaient le groupe qui est sorti de la PolyU. Certains ont commencé à les fuir en retournant sur le campus, beaucoup ont essayé de tenir bon.

À l'intérieur du campus, des manifestants ont été blessés et, après plusieurs demandes répétées, le personnel médical a été autorisé à entrer sur le campus :

À 14 heures, près de 18 heures après avoir complètement cerné le campus PolyU, la police a finalement autorisé un groupe de volontaires de la Croix-Rouge à entrer sur le campus, après le signalement d'un grand nombre de blessés graves

Les manifestations à Hong Kong durent maintenant depuis plus de sept mois, les tensions se sont accrues mais le gouvernement ne semble pas en mesure de résoudre la situation. Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, n'a pas réussi à mettre un terme aux émeutes :

Bon argument. Où est Carrie Lam ? Est-elle encore aux affaires ? Le gouvernement de Hong Kong a disparu dans les faits. L'armée intervient “bénévolement” pour nettoyer les rues – Carrie n'a rien demandé. Le campus de la PolyU ressemble à la bataille d'El-Alamein. Où est Carrie ?

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“Tout le monde cherche l'authenticité”: entretien avec l'artiste sud-africain Siwa Mgobozahttps://fr.globalvoices.org/?p=242105http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191124_094853____Tout_le_monde_cherche_l_authenticite_____entretien_avec_l_artiste_sud-africain_Siwa_MgobozaSun, 24 Nov 2019 08:48:53 +0000

Siwa Mgoboza, Les Etres D'Africadia IV, Photographie Epson à jet d'encre sur papier naturel, 59.4cm X 42cm

Siwa Mgoboza, 26 ans, originaire d'Afrique du Sud et artiste plasticien multidisciplinaire, est l'un des artistes émergents les plus dynamiques de la scène artistique africaine.

Siwa a grandi au Pérou et en Pologne, il est retourné en Afrique du Sud à l'âge de 18 ans pour étudier les beaux-arts à la Michaelis School of Fine Art du Cap, où il s'est spécialisé en peinture. Il a obtenu son diplôme en 2015 et travaille depuis comme artiste.

Les œuvres de Siwa ont été présentées régulièrement dans des foires d'art et des galeries, notamment la Foire 1-54 d'art contemporain africain au Maroc, la Loft Galerie [fr] de Paris et dans des galeries à Londres et à New York.

Dans une interview avec Global Voices, il a discuté de l'utilisation du Shweshwe (un tissu de coton imprimé et teint largement utilisé pour les vêtements traditionnels sud-africains) dans son travail récent, ses relations avec l'école d'art et son travail d'artiste en Afrique du Sud.

Voici des extraits de l'entretien :

Les Etres D'Africadia IV, Pajarina Fantina. Impression photographique. 59,4 x 42 et 180 x 144 cm. Ed de 10 + 3AP (1)

Omid Memarian: Quel est votre processus de pensée lorsque vous travaillez avec du Shweshwe?

Siwa Mgoboza : J'ai commencé à travailler avec les textiles parce que je voulais faire quelque chose qui me semblait authentique, réaliste et personnel. J'ai commencé à regarder vers moi-même, ma culture, et c'est une chose à laquelle je n'ai pas été exposé pendant mon enfance à l'étranger. Je suis revenu en Afrique du Sud quand j'avais 18 ans. Je ne savais pas ce que signifiait être noir ou africain, et pour ajouter à la complexité, être gay en Afrique. Le travail a commencé à sembler imaginaire, un espace où je pouvais exister pacifiquement.

L'Afrique du Sud est présentée comme un pays uni dans sa diversité, mais en réalité nous ne le sommes pas. Il y a eu beaucoup de disputes, de divisions. C'est donc devenu un moyen de commencer à parler de choses que je vivais quotidiennement sans que cela paraisse triste. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce travail, c’est la façon dont les gens le traitent avec affection et célébration.

OM: Vos œuvres sont très imaginatives, interprétatives, colorées et très différentes de celles pour lesquelles vous avez été formé. Qu'est-ce qui vous a motivé à choisir votre parcours artistique actuel ? Et comment vos études y ont-elles contribué ?

SM : Je suis inspiré par d'autres artistes. J'ai eu des cours me poussant dans des directions différentes. J'ai eu des condisciples qui m'aidaient. Donc, pour moi, c'est devenu un moyen de commencer à négocier exactement ce que cela voulait dire d'être moi.

L'école était décevante. Je pensais, parce que j'étudiais dans une école en Afrique, que je devrais apprendre l'histoire de l'art africain et connaitre les artistes du continent, mais ce n'était pas du tout ça. C’est au contraire la même chose que ce que l’on m’a appris à l’étranger : étudier les artistes occidentaux. Je ne sais pas si vous avez entendu parler du mouvement appelé FeesMustFall [les frais de scolarité doivent baisser]. C'est le mouvement qui a débuté en Afrique du Sud et qui concernait essentiellement les programmes et la façon dont on nous enseignait. Ainsi, pour moi, le besoin d’étudier et de commencer à chercher en dehors de l’école a commencé, ainsi que lire seul, de manière indépendante, pour me décoloniser moi-même en ce qui concerne ce que nous apprenions. Parce qu'on ne m'avait pas enseigné un programme particulièrement africain. Au cours de ma dernière année, lorsque j'ai commencé à travailler sur un sujet spécifique, j'ai consacré tout mon temps à m'assurer de remettre en question tout ce qui m'avait été enseigné.

DÉPARTEMENT DES SERVICES AFROCORRECTIONNELS IV 2016 Impression jet d'encre archivistique sur Hahnemuhle Photorag 90 x 70 cm Edition de 6

OM: Comment votre travail a-t-il reflété vos difficultés avec le programme de votre école d'art et le manque de représentation?

SM :Tout d’abord, je travaille avec des références africaines, mais j’utilise aussi des références occidentales car ces œuvres sont instantanément reconnaissables et elles sont emblématiques. En fait, cela me permet d’ajouter une autre couche de signification à mon travail et ça le rend universel. C'est pourquoi le travail paraît si tendu. C'est presque comme un collage. J'essaie donc de prendre toutes ces différentes choses que j'ai en moi, de les assembler et d'en faire un sujet que je partager.

OM: Quel rôle l'optimisme joue-t-il dans votre travail ?

SM : Oh, il faut de l'optimisme car sinon je serais déprimé tout le temps. Sans cela je n'aurais jamais été capable de monter dans un train et de m'engager dans une discussion avec une personne comme vous. Décider de voir le positif est, en soi, une forme de résistance. En Afrique du Sud ma génération a maintenant décidé de prendre sur elle de changer les choses de notre vivant. Nous voulons voir des espaces inclusifs et unis dans la diversité dont parle l’Afrique du Sud.

OM: L’art africain fait l’objet d’une attention sérieuse depuis quelques années. Comment voyez-vous cela ?

SM : C'est très bien, car le métier est là, le savoir-faire est là, la qualité du travail est là. C'était juste que notre travail était considéré inférieur, et les galeries ne voyaient pas l'Afrique comme le prochain espace passionnant pour l'art. Ces dernières années, nous avons essayé d’établir une identité, pas seulement en Afrique en tant qu’Africains, mais chacun dans le monde recherche maintenant cette authenticité.

La bombe à retardement. (De la série Ancestor). 2016. Shweshwe (Coton Trois Chats), tulle, coupures de magazines sur papier. Environ 40 x 40cm

OM : Pensez-vous que cet art africain en plein essor a toujours été là et vient d'être découvert, ou existe-t-il une renaissance, une explosion d'expression africaine que nous voyons maintenant et que nous n'avions jamais vue auparavant ?

SM : Je pense que c'est un peu des deux. Ils se nourrissent l'un l'autre. Des artistes comme El Anatsui, qui travaillent depuis des décennies. Et pour vous donner un exemple d'artiste sud-africain, comme William Kentridge, qui, je crois, a travaillé à peu près au même moment, mais leurs niveaux de réussite sont très différents. Kentridge est vénéré et cela a probablement un lien avec le fait qu'il soit un blanc et que ce privilège a lui seul a son propre avantage lui ouvrant des espaces qui ne le seraient pas pour un artiste noir. Et ce sont les plus jeunes artistes qui ont produit de l'art au cours des 20 dernières années, surtout lorsque l'apartheid a commencé à se terminer en Afrique du Sud et que la liberté d'expression est devenue plus largement acceptée. Ensuite, les gens ont commencé à se dire : “Je veux exprimer ce qu'est réellement l'Afrique du Sud et je me fiche de ce qui se passe, car on a maintenant la constitution qui me protège, qui dit que j'ai le droit à la liberté de parole et que je peux m'exprimer sous forme d'œuvres d'art qui ne nuisent ni à la société ni à mon entourage.”

OM : Il semble que des formes similaires apparaissent dans l'art africain que l'on voit dans les foires d'art récentes en Europe et aux États-Unis, telles que photographier une personne d'origine exotique. Est-cela de l'inspiration ou de la copie ?

OM : Inspiré, oui, et influencé, parce que je pense que personne ne travaille en vase clos. C'est pourquoi ça peut toujours être relié à quelque chose d'autre. C'est ça la beauté de l'histoire de l'art : vous pouvez revenir en arrière chronologiquement et regarder une histoire juste en termes visuels de tout ce qui est représenté. C'est de l'influence. C'est partager des idées. C'est à cause de toutes les différences et des points communs que nous vivons tous dans ce monde. Parfois, il y a une confusion et les gens disent, oh, tout est pareil en Afrique, car il semble y avoir un unique récit que le monde entier possède.

Chimamanda Ngozi Adichie, l'écrivaine nigériane, parle du danger “d'une histoire unique”. Donc, si vous voyez une unique chose et qu'on vous en a appris une seule toute votre vie, cela devient votre réalité. Vous commencez à croire. Vous ne pouvez rien imaginer d'autre, et c'est le problème que le monde a avec l'Afrique. Parce qu'ils n'en voient qu'une.

Lire également dans la même catégorie: Zanzibar réfléchit sur l'avenir des arts visuels en Afrique 
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En Slovénie, désinformation et discours de haine s'abritent derrière la liberté d'expression, selon un journalistehttps://fr.globalvoices.org/?p=242308http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191123_160655_En_Slovenie__desinformation_et_discours_de_haine_s_abritent_derriere_la_liberte_d_expression__selon_un_journalisteSat, 23 Nov 2019 15:06:55 +0000Robert Boteri

Robert Boteri. Photo par Meta.mk, utilisée avec autorisation.

Cet entretien est initialement paru sur Meta.mk News Agency, une réalisation de la Fondation Metamorphosis. Une version adaptée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenus.

La caricature de Mladina avec Victor Orban et le drapeau slovène aux couleurs hongroises.

Depuis des décennies, Robert Boteri fait partie du magazine culte slovène Mladina, dont la renommée remonte à l'ex-Yougoslavie pour son contenu d'avant-garde et son approche intrépide des sujets controversés.

En avril 2019, Mladina a créé un grabuge diplomatique en arborant en page de couverture une caricature du premier ministre hongrois Victor Orban le bras levé en salut nazi et entouré de figures mineures de l'extrême-droite slovène, dont Janez Janša. L'illustration faisait référence au récent achat par des amis d'Orban de plusieurs organes de médias slovènes, précédemment propriétés d'individus liés au parti politique de Janša.

Dans un entretien avec Meta.mk, Boteri, à présent directeur artistique de Mladina, parle de la désinformation en Slovénie. Il explique, par exemple, que les sites web nationalistes en slovène qui propagent des fausses nouvelles et du discours de haine restent impunis car les juges évitent de condamner quiconque par crainte de porter atteinte à la liberté d'expression ; ou encore, comment des publications acceptent des dessous-de-table pour discréditer  certain politiciens et hommes d'affaires.

Meta.mk : Quels sont les sujets habituels des fausses informations en Slovénie ? 

Robert Boteri (RB) : Ces derniers temps, la plupart de la désinformation était en rapport avec la crise migratoire. Il y a eu de l'information, surtout sur les sites nationalistes, avec des commentaires négatifs tous orientés vers la présentation des migrants comme des criminels. Autre chose, le dénigrement visant certains politiciens et hommes d'affaires, quand certains sites web ont été payés pour publier sur un scandale donné. Dans ce processus, on leur remet certains documents, le site les publie et l'affaire démarre. A la fin, il est facile de voir que cela a été fait dans un certain but.

Meta.mk : Comment l’État et les médias réagissent-ils

RB : Hystériquement ! C'est toujours hystérique. Si vous publiez le matin un document qui sert à étayer votre affirmation que quelqu'un connaît quelqu'un et que pendant la journée l'histoire se construit, dans la soirée arrive un démenti qui n'est pas véridique, puisqu'en Slovénie tout le monde connaît tout le monde. Mais au final, personne ne sait rien. Il y a eu une information que des migrants ont pénétré dans un zoo en Allemagne et ont mangé une chèvre. L'info a eu un million de clics. Puis l'information est arrivée que cette ville n'avait même pas de zoo, et que cet incident n'était jamais arrivé, une information qui par la suite a eu cent fois moins de clics.

Meta.mk : Qui publie en général des “infos” de ce genre ? 

RB : Le plus effrayant est que quelqu'un fait ces choses pour le profit. Parce que des clics en grand nombre égalent pubs et un tas d'argent. Ce n'est pas fait par conviction ou idéologie,mais pour l'argent. C'est ça, les médias internet.

Meta.mk : Existe-t-il des règlements contre la diffusion de fausses informations

RB : Nous avons seulement un unique inspecteur des médias, qui est responsable pour tout le pays et il lui est impossible de tout couvrir. C'est pourquoi on ne fait que parler des actions pour réduire les discours de haine sur l'internet, sans que personne en Slovénie ait été condamné. D'où, au final, la conclusion que ces mots ont été écrits quelque part, “on ne peut pas revenir dessus”, comme dans l'ex-Yougoslavie, et en agissant de telle manière on violerait la liberté d'expression. C'est ainsi, d'une certaine manière, il est même permis de menacer un individu, un groupe, une nationalité, et tout cela peut être gardé caché derrière la liberté d'expression.

Meta.mk : Y a-t-il en Slovénie une loi régulant le discours de haine

RB : Nous avons une loi, mais la justice a cette opinion que si on ne peut pas établir un lien direct entre les mots écrits et l'acte criminel, cela ne peut faire l'objet de poursuites. Ça signifie que si vous dites : “Je mettrais les migrants contre un mur et je les fusillerais” le tribunal ne vous poursuivra pas parce qu'il affirmera que vous l'avez seulement dit et que vous n'avez pas d'arme à feu pour le mettre en œuvre, en d'autres termes ce n'est pas un crime suffisamment sérieux pour engager des poursuites.

Meta.mk : Que disent les organisations de médias ? 

RB : Les organisations de médias sont en crise, parce qu'elles ne savent pas à qui s'adresser. Les membres des associations sont des journalistes venant de la presse écrite alors que les journalistes qui rédigent les fausses informations ne sont pas membres des associations. Ce sont des tabloïds qui ne reconnaissent même pas les organismes ou codes ou quoi que ce soit des journalistes. Pour faire simple, tout est sale.

Meta.mk : Les médias slovènes parlent-ils de la Macédoine ? 

RB : Il y a évidemment des articles. Les gens lisent beaucoup à propos des fausses pages web au bénéfice de Trump et la désinformation qu'elles contenaient, qui étaient très présentes sur la scène médiatique slovène. Quand le pays a changé de nom et que votre ancien premier ministre a fui [en Hongrie]. Nous avons même interviewé quelqu'un qui a expliqué comment ces données de renseignement sont utilisées à des fins politiques.

Il y a beaucoup plus d'information sur la Macédoine que sur l'Albanie, le Kosovo ou le Monténégro. Dans le passé, Mladina a même eu une page de couverture consacrée à la Macédoine au moment du conflict de l'eau entre les habitants des villages de Vevchani et Oktisi. Ç'a été un sujet d'importance.

Meta.mk : Et quelle est l’image de la Macédoine, qui aspire à adhérer à l'UE ? 

RB : Je vous dirai ceci. Nous vous soutenons évidemment pour entrer dans l'Union européenne, mais prenez garde, parce que les problèmes commenceront au moment où vous allez adhérer. Tous ces problèmes antérieurs seront comme l'école élémentaire, et quand vous entrez dans l'UE, c'est alors que les problèmes plus gros commenceront. Pour l'instant, vous êtes un pays souverain et vous décidez si vous allez accepter ou pas le nouveau nom. Quand vous entrerez dans l'UE, vous ne pourrez plus décider de certaines choses et ça vous fera un drôle d'effet.

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Antigua et Barbuda exige de la Faculté de droit de Harvard qu'elle fasse amende honorable pour les profits qu'elle a tirés de l'esclavagehttps://fr.globalvoices.org/?p=242141http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191123_135910_Antigua_et_Barbuda_exige_de_la_Faculte_de_droit_de_Harvard_qu_elle_fasse_amende_honorable_pour_les_profits_qu_elle_a_tires_de_l_esclavageSat, 23 Nov 2019 12:59:10 +0000 Les “mesures” de Harvard pour expier l'esclavage incluront-elles des réparations ?

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La bibliothèque de la Faculté de Droit de Harvard, décorée début 2011, alors que les armoiries litigieuses de la famille Royall — un blason orné de trois gerbes de blé, symbole du lien du donateur à l'esclavage — représentaient encore l'école. Photo de NKCPhoto, CC BY-NC-ND 2.0.

Trois mois après la signature d'un accord historique de réparations entre l’ Université de Glasgow et l'Université des Antilles, le premier ministre d'Antigua et Barbuda, Gaston Browne [fr], a adressé au Président de l'Université de Harvard Lawrence Bacow [fr] un courrier dans lequel il demande à l'Université de l'Ivy league d'assumer ses responsabilités et de verser à son pays des réparations pour les liens historiques de l'école avec la traite des esclaves, et ses profits engrangés.

Bien que l'accord de 20 millions de livres sterling (environ 23,3 millions d'euros) conclu avec l'Université de Glasgow ait été le premier grand acte de réparation pour les descendants de personnes réduites en esclavage par les britanniques depuis l'émancipation totale proclamée en 1838, et ait été considéré comme un geste symbolique envers l'ensemble de la région des Caraibes, le Premier Ministre Browne a estimé que des réparations spécifiques étaient dues à Antigua et Barbuda, en raison du fait que Isaac Royall Jr., un marchand d'esclaves et propriétaire foncier américain qui opérait également à Antigua, a contribué financièrement à la création de la première chaire de professeur de droit de Harvard, ce qui a conduit plus tard à la création de la dite faculté en 1817.

De plus, pour célébrer le tricentenaire de l'université en 1936, Harvard Law a fait des armoiries de la famille Royall le sceau officiel de l'école. Ce fut une décision extrêmement controversée, en grande partie parce qu'en 1736, le gouvernement colonial d'Antigua de l'époque avait brûlé sur le bûcher prés de 77 esclaves condamnés pour conspiration de révolte. En 2016, les étudiants de Harvard ont manifesté pour l'enlèvement du cimier, le qualifiant “de glorification du mémorial d'un des plus importants et brutaux propriétaires d'esclaves du Massachusetts.”

Un article d'opinion paru dans The Harvard Crimson, un journal d'étudiant, n'a pas hésité à qualifier la plantation de sucre de la famille Royall de “l'un des bastions les plus célèbres de la traite négrière” :

In the mid 1730’s, a string of natural disasters, disease outbreaks, and a drought made water scarce on the island. […]

Driven to desperation by starvation and thirst, these brave people made a plan to rebel for their freedom in 1736. The Royall family helped to foil that plan and together with the white, landowning government […] burned 77 human beings at the stake, including Hector, the Royall family’s head slave. Six people were hanged and five people were broken on the wheel.

Au milieu des années 1730, une série de catastrophes naturelles, des épidémies et une sécheresse, ont rendu l'eau très rare sur l'île. […] Poussés au désespoir par la faim et la soif, ces braves gens se sont révoltés pour leur liberté en 1736. La famille Royall a fait échouer cette révolte, et avec le gouvernement blanc propriétaire des terres […] a envoyé 77 êtres humains au bûcher, dont Hector, l'esclave principal de la famille Royall. Six personnes ont été pendues et cinq autres sont morts sur la roue.

Les horreurs de la traite des noirs semblent souvent blanchies à la chaux dès que l'on parle de réparations, mais l'éditorial ne cédait pas à cette tentation :

Changing the seal does not take us further away from history. It shows that we truly understand that history and grasp the deep, immoral significance of racism, slavery, torture, and mass murder. […]

Symbols are an expression of who we are as a community, and who we are today is inextricably linked to our history. Symbols that memorialize people like Royall sanitize our history of slavery. If the Law School does not confront its history, then it is contributing to a continuing culture of subjugation and oppression.

Changer le sceau ne fait pas avancer l'histoire. C'est la preuve que nous comprenons cette histoire et que nous saisissons en profondeur le sens immoral du racisme, de l'esclavage, de la torture et des massacres. […] Les symboles sont l'expression de notre identité communautaire, et ce que nous sommes aujourd'hui est inextricablement lié à notre histoire. Des symboles commémorant des gens comme Royall aseptisent l'histoire de notre esclavage. Si la faculté de droit ne confronte pas son histoire, elle contribue à une culture permanente d'assujettissement et d'oppression.

Le sceau a finalement été retiré, et l'ancien Président de Harvard, Drew Faust, a réaffirmé l'engagement constant de l'université à reconnaître ses liens à l'esclavage, un fait que le président actuel a mentionné dans sa réponse à Browne, en ajoutant :

Harvard is determined to take additional steps to explore this institution's historical relationship with slavery and the challenging moral questions that arise when confronting past injustices and their legacies. Harvard is also committed to working with other educational institutions to study slavery and its legacy.

Harvard est déterminée à prendre des mesures supplémentaires pour explorer la relation historique de l'institution à l'esclavage et les questions morales difficiles issues de la confrontation des injustices passées et de leur héritage. Harvard s'est aussi engagée à collaborer avec d'autres établissements d'enseignement pour étudier l'esclavage et son héritage.

Les modalités de ces mesures supplémentaires ne sont pas encore très précises, mais le Premier ministre Browne, conformément aux précédentes lettres envoyées par l'Ambassadeur de Antigua et Barbuda aux Etats Unis, Sir Ronald Sanders, demande que les réparations soient affectées au secteur de l'éducation — en particulier à l'Université des Antilles à Cinq îles:

Ambassador Sanders pointed out that […] the reputation that Harvard enjoys internationally is intertwined with the dark legacy of Royall's Antigua slaves who died in oppression, uncompensated for their lives in slavery and their death in cruelty. In this context, he sought a genuine effort by Harvard to make amends to the people of Antigua for the gains Harvard enjoyed at the expense of their kinfolk.

L'Ambassadeur Sanders a souligné que […] la réputation dont jouit Harvard sur la scène internationale est bien associée au sombre héritage des esclaves d'Antigua de la famille Royall, morts dans l'oppression, sans dédommagement pour leur existence vécue en esclavage et leur mort cruelle. Dans ce contexte, il souhaite qu'un effort sincère de Harvard soit entrepris pour faire amende honorable au peuple d'Antigua des gains engrangés au dépens de ses proches.

Brown a suggéré que les représentants de l'Université rencontrent le gouvernement d'Antigua-et-Barbuda pour discuter de la question, mais jusqu'à présent, Harvard n'a pas confirmé son intention de suivre l'exemple de l'Université de Glasgow.

En fait, un éditorial de Harvard Crimson a suggéré:

While we agree that Harvard should aspire to atone for its discomfiting history with slavery, we do not believe that pursuing Antiguan-specific reparations is the most efficacious approach. As a university with ties to many historical injustices, Harvard ought not to be pursue debts of symbolic merit. Rather, it should be tackling continued, systematic injustices with broad, systematic solutions. Harvard’s imperative of institutional change dwarfs the particularities of this injustice.

Bien que nous admettions que Harvard devrait aspirer à expier son passé controversé avec l'esclavage, nous n'estimons pas que l'approche la plus efficace soit d'accorder des réparations propres à Antigua et Barbuda. En tant qu'université liée à de nombreuses injustices historiques, Harvard ne doit pas être sollicitée pour des dettes de valeur symbolique. Elle devrait plutôt s'attaquer aux injustices systématiques et continues par des solutions d'ensemble systématiques. L'impératif de changement institutionnel de Harvard éclipse les particularités de cette injustice.

Pourtant, un précédent a déjà été établi avec l'Université de Glasgow qui tient “le haut du pavé moral” en matière de réparations, et la communauté caribéenne semble convenir qu'Harvard aussi devrait être le champion en la matière.

Comme le note l'utilisateur de Facebook, Alfonso Jerry Simon:

Admitting that Harvard benefited greatly from the backs of slaves in Antigua and making a few token changes to a plaque or a shield does nothing to correct the grave injustice. Harvard now needs to provide true and tangible reparations to Antigua and Barbuda. They can start by making meaningful and measurable assistance to the University of the West Indies campus based in Antigua.

Admettre qu'Harvard s'est massivement enrichie sur le dos des esclaves à Antigua et apporter quelques changements symboliques à une plaque ou un écusson ne fait rien pour corriger cette grave injustice. Harvard doit maintenant octroyer des réparations réelles et tangibles à Antigua et Barbuda. Elle peut commencer par apporter un appui significatif et mesurable au campus de l'Université des Antilles basé à Antigua.

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Le regard d'un témoin des affrontements du 12 novembre à l'Université chinoise de Hong Konghttps://fr.globalvoices.org/?p=242118http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191122_143735_Le_regard_d_un_temoin_des_affrontements_du_12_novembre_a_l_Universite_chinoise_de_Hong_KongFri, 22 Nov 2019 13:37:35 +0000“Avons-nous un futur ici ? Gardons en tête qu'un avenir existe”.

Des étudiants militants se protègent avec des parapluies sur le campus de l'Université chinoise de Hong Kong le 12 novembre 2019. Photo réalisée par l'auteur. Utilisée avec autorisation.

Lokman Tsui est professeur adjoint à l'École de journalisme et de communication de l'Université chinoise de Hong Kong (CUHK). Le présent texte est une version modifiée d'un de ses articles publié sur Facebook, rendant compte des événements lors de l'affrontement entre les étudiants militants et la police sur le campus CUHK le mardi 12 novembre. 

[Article d'origine publié en anglais le 15 novembre] Ce mardi 12 novembre, je devais enseigner à ma classe du matin de premier cycle, le “développement de la communication de masse”, mais les cours ont tous été suspendus en raison des manifestations.

Au moment où j'écris ces lignes, je suis assis à mon bureau. Il est 9 heures du matin, heure de Hong Kong, le 13 novembre. Je me suis brossé les dents, lavé le visage et je me suis préparé du thé. Oui, j'ai dormi dans mon bureau sur le canapé. Mon corps est un peu raide et fatigué et ça me rappelle les jours où je sortais en boîte jusqu'au lever du soleil, hormis le fait que je ne suis plus aussi jeune et que je n'étais pas non plus en train de m'amuser la nuit dernière.

Je ne devrais pas me plaindre parce qu'au moins j'avais un canapé sur lequel je pouvais m'allonger. Je ne sais pas combien d'étudiants ont dormi dehors la nuit dernière mais, quand je suis parti, vers 3 heures du matin, beaucoup d'entre eux étaient encore à l'extérieur à travailler aux approvisionnements, tenant littéralement le fort.

La journée du 12 novembre avait été complètement folle.

Tout a commencé avec la conférence de presse de 11 heures à laquelle j'ai participé. En temps “normal”, assigner devant le tribunal le ministère de la Justice pour une injonction visant à censurer un discours en ligne serait du registre du sensationnel. Mais hier, seuls quelques journalistes étaient présents. La conférence a été retransmise en direct sur le portail d'information HK01 et a été couverte par Apple [Daily], la radio RTHK, Unwire et quelques autres. Mais un jour comme hier, c'étaient plus que des informations – et c'est compréhensible, avec tout ce qui s'est passé.

Après la conférence de presse qui s'est tenue dans l'édifice du Conseil législatif, j'ai cherché un coin pour m'asseoir et me calmer les nerfs. Je marchais vers le quartier de Central. C'était presque l'heure du déjeuner ; pour la deuxième journée consécutive, des employés de bureau venaient protester contre le gouvernement et la police de Hong Kong. Devant l'enseigne Louis Vuitton, des gens en costume et hauts talons tentaient d'occuper la rue en criant des slogans. Certains s'étaient agenouillés pour détacher les briques servant de barrages de rues. D'autres se tenaient sur une passerelle (entre deux buildings), nous regardaient de haut, beaucoup les exhortaient à descendre et à nous rejoindre, on n'est pas dans un film !

À un moment donné, cinq lycéennes sont apparues, visiblement “exaltées”. Elles ont commencé à lancer des slogans et le reste de la foule a suivi. Puis la presse a pris en photos ces lycéennes, des clichés plutôt indécents, de tes enregistrements pouvant poser problème plus tard. Les filles ont d'abord ricané, gênées, puis elles se sont éloignées ; mais les photographes les ont poursuivies. Finalement, plusieurs d'entre nous ont sorti les parapluies et protégé les filles. Nous avons tenu nos parapluies pendant un bon moment jusqu'à ce que mon bras me fasse souffrir. J'ai rappelé à ces lycéennes de ne pas négliger leurs études (depuis quand suis-je devenu cette personne ?), et nous avons poursuivi notre chemin.

Les gens ont commencé à battre en retraite à l'approche de 14 heures. La pause-déjeuner était terminée. Quelques instants plus tôt, nous nous tenions fermes devant la police puis la “réalité” a brusquement repris ses droits et il est temps de retourner au bureau. Je me suis acheté à manger puis je suis parti à la maison.
C'est alors que j'ai commencé à visionner les séquences des scènes tournées à l'Université chinoise de Hong Kong (CUHK), l'université où j'enseigne. Certains de mes étudiants tweetaient des choses comme “où est le président de l'université, où est la direction, où sont les professeurs ?!” Je me suis senti terriblement mal à l'aise. Alors que je répondais à des amis qui me demandaient si j'allais bien, je décidais, et puis merde !, de filer sur le campus.

Mais comment ? Je suis à Sheung San sur l'île de Hong Kong et mon Université est à Shatin dans les nouveaux territoires à une bonne distance. La circulation est interrompue. Alors, un ami a proposé de m'y conduire. Nous prenons plusieurs autres personnes au passage et, la voiture pleine à craquer, nous nous dirigeons vers l'Université tout en discutant en chemin de nos amis arrêtés.

Les embouteillages sont importants en partie à cause des barrages routiers montés par les manifestants ou par la police et, en partie, parce qu'il semble qu'une grande partie de Hong Kong se mobilise pour venir en aide aux étudiants. A un moment donné, nous ne pouvons plus avancer car la route est bloquée par des personnes et des voitures qui tentent toutes de décharger et de distribuer du matériel, des casques, de l'eau, etc. “S'il vous plaît, aidez-nous à transporter ces marchandises, ces conneries sont lourdes !” hurle quelqu'un. Je suis volontaire. J'ai pris une grosse caisse contenant des casques de protection.

Quand je me rends à l'Université en voiture, cela me prend environ quelques minutes via la route publique de Tai Po. C'est beaucoup plus long à pied et encore plus long si vous transportez une grosse caisse de casques de sécurité. Lorsque j'atteins finalement un point de ravitaillement, je dépose ma boîte, soulagé. Où va-t-on maintenant ? Je connais le campus mais la situation évolue rapidement. Je me dirige vers le lieu où je pense que la plupart des gens seront.

Tout ce qui s'est passé ensuite au cours de la nuit est plutôt confus.

Je me souviens que certains de mes amis m'ont reconnu malgré mon casque, mes lunettes de protection et mon masque facial. Des événements comme celui-ci sont très révélateurs. Quand on se dit entre nous, oui, je suis là aussi, oui, nous sommes tous sur le même bateau. Vous ressentez la solidarité de façon si vive et si profonde. Nous sommes ici en chair et en os. Nous utilisons nos mains, nos bras et nos pieds pour nous entraider.

Les étudiants étaient occupés à distribuer de la nourriture. Certains travaillaient sur l'approvisionnement. D'autres couvraient les informations et d'autres encore tentaient d'agir en médiateurs entre les différents protagonistes.

Au milieu de tout cela, j'aide à transporter les trucs, tout en vérifiant que mes amis vont bien. Et, pendant tout ce temps, mon iPhone est submergé de messages d'amis proches et lointains. Je suis enclin à révéler à mes amis les plus proches où je me trouve mais je ne cherche pas à en dire trop de peur qu'ils ne s'inquiètent.

Je n'aime pas trop dire aux gens où je vais et ce que je fais lors des manifestations. Je suis l'un des leurs. Je fais simplement ma part pour aider et j'ai souvent le sentiment de ne pas en faire assez. Je suis aussi prudent avec l'information que je partage parce que ce sont des sujets sensibles, particulièrement aujourd'hui à Hong Kong.

Mais je souhaite aussi que mes étudiants sachent que je suis là pour eux. J'ai grandi dans une famille où la violence psychologique était fréquente et je la gère encore aujourd'hui. Une partie de cette violence était imputable à l'absence émotionnelle (et physique). C'est une histoire plus longue bien sûr mais elle m'aide à comprendre pourquoi il est important pour moi que mes élèves sachent que je suis aujourd'hui là pour eux.

Encore quelques souvenirs qui m'ont impressionné :

Lorsque le canon à eau atteint la ligne de front, beaucoup doivent battre en retraite, se dévêtir et retrouver leurs esprits. Le canon à eau n'est pas très précis : l'”eau” n'est pas seulement colorée mais aussi additionnée d'un produit chimique toxique (probablement du gaz lacrymogène) qui donne à votre peau l'impression qu'elle est en feu. Je m'arrête au stade alors que les étudiants déclenchent l'arroseur et une grande bataille d'eau éclate. C'est un bref moment où on se rappelle que ce ne sont que des enfants après tout. Au milieu de tout cela, l'équipe des premiers secours demande des t-shirts et des serviettes. J'avais apporté deux t-shirts et des serviettes que je leur donne.

Douglas Adams a écrit dans son roman le plus connu qu'une serviette est l'une des choses les plus utiles qu'on puisse garder sur soi et c'est vrai. Avec une serviette mouillée tenue contre la bouche, vous pouvez vous protéger des gaz lacrymogènes. Une serviette vous tiendra au chaud lors d'une soirée un peu fraîche et vous pourrez l'utiliser comme couverture lorsque vous vous irez vous coucher. Vous pouvez vous laver avec ou la plier pour l'utiliser comme un oreiller. Et l'agiter pour signaler à quelqu'un que vous êtes ici et non là-bas. Les serviettes symbolisent l'amour, elles représentent la vie. Les serviettes ne sont pas reconnues à leur juste valeur.

Un autre instantané qui m'a marqué : Je me trouvais sur le deuxième pont où les principaux événements se sont déroulés plus tôt dans la journée, observant les dirigeants de l'Université et deux parlementaires trouver un accord avec les étudiants. La direction de l'Université suggère de reculer en arguant que la police a promis de ne plus revenir et que l'équipe de sécurité de l'Université protégerait le pont.

Ce qui me donne de l'espoir, c'est que les étudiants donnent, à de multiples reprises, des occasions à la direction de s'exprimer et qu'ils sont attentifs. Mais bien entendu, le message de battre en retraite n'est pas très judicieux et la police a déjà trahi plusieurs promesses ce même jour. Et, peuvent-ils vraiment compter sur l'équipe de sécurité qui a disparu ces deux derniers jours ? (Néanmoins pour être tout à fait honnête à leur égard, je ne suis pas certain qu'ils se soient engagés pour cela).

Quand vous visionnez les reportages des médias, vous constatez surtout la violence, le vandalisme, le désordre. Vous ne voyez pas la solidarité, ou le fait que nous sommes ici pour protéger notre maison et nous protéger les uns et les autres. Que nous refusons de céder à la répression et à la brutalité. Que nous n'arrivons pas toujours à nous faire entendre convenablement mais, qu'au moins, nous nous efforçons de faire quelque chose. Et jusqu'à présent, nous avons tiré des leçons de nos erreurs. Et nous espérons que le reste du monde ne les répétera pas mais au contraire qu'il se nourrira de notre expérience.

En 2017, j'ai écrit sur les raisons pour lesquelles je désirais rester à Hong Kong.

“Y a-t-il un futur ici ?” Gardons en tête qu'un avenir existe. Il n'est pas taillé dans la pierre. Nous ne savons pas ce qui va se passer. Et à cause de cela, il y a de l'espoir. Comme le déclarait Leonard Cohen, “il y a une fêlure en toute chose, c'est par elle qu'entre la lumière.”

Je suis reconnaissant que Hong Kong soit (encore relativement) libre. Je me battrai pour m'assurer que Hong Kong reste libre, devienne plus libre. Je considère aussi que nous pouvons beaucoup nous inspirer de Hong Kong, que Hong Kong joue un rôle décisif dans la lutte plus générale pour la liberté dans le monde. C'est pourquoi je suis à Hong Kong. C'est pourquoi je tiens à rester ici.

Nous sommes en novembre 2019 et je suis ici. Ici, c'est chez moi. Ce sont mes amis, mes collègues, mes étudiants.

Ne vous découragez pas, protégez-vous et impliquez-vous de la manière qui a le plus de sens pour vous.

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L'avenir incertain des demandeurs d'asile au Sri Lankahttps://fr.globalvoices.org/?p=242156http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191122_094119_L_avenir_incertain_des_demandeurs_d_asile_au_Sri_LankaFri, 22 Nov 2019 08:41:19 +0000“Nous ne devons pas leur tourner le dos”

Les pays voisins ont donné refuge à des centaines de milliers de Sri-lankais pendant les 30 années de guerre civile. Sur la photo : des réfugiés tamouls sri-lankais  arrivent sur l'île de Rameshwaram au Tamil Nadou après une traversée périlleuse de 45 kilomètres à travers le détroit de Palk. Photo sur Flickr de Climatalk .in. CC BY-NC 2.0

Le Sri Lanka a un passé d'accueil de réfugiés d'Asie du Sud et d'ailleurs fuyant les persécutions dans leurs pays. Mais, après les attentats à la bombe du dimanche de Pâques cette année, quand un groupe terroriste a tué plus de 250 personnes dans trois églises et trois hôtels au Sri Lanka, des émeutiers armés ont lancé des attaques de représailles contre des réfugiés et des demandeurs d'asile venus du Pakistan, d'Afghanistan et d'Iran. Selon le défenseur des droits humains Ruki Fernando, le Sri Lanka refuse maintenant d'admettre plus de demandeurs d'asile dans le pays et les renvoie dans leur pays d'origine.

Combien de réfugiés y a-t-il au Sri Lanka ?

D'après les chiffres du UNHCR, au 30 avril 2019 le Sri Lanka comptait 2.862 réfugiés ayant obtenu le statut et 829 demandeurs d'asile (ceux dont les demandes d'asile sont en cours d'examen). Ceux à qui a été accordé le statut de réfugié attendent une relocalisation permanente dans d'autres pays comme le Canada et les USA.

Le défenseur des droits humains Ruki Fernando a écrit sur Groundviews :

I'm also aware of several refugees who have been stuck in Sri Lanka for several years despite being granted refugee status. These refugees come from 15 countries in South Asia, Middle East and Africa. 1,362 were from Pakistan and 200 from Afghanistan. Others were from Bangladesh, Eritrea, India, Iran, Maldives, Myanmar, Nigeria, Palestine, Somalia, Sudan, Syria, Tunisia and Yemen.

The majority are Ahmadiyya Muslims, while there is also a significant number of Christians and other Muslims. These communities have suffered threats, attacks and killings by extremist groups, with little to no protection from the State against these attacks. A few persecuted human rights activists, journalists, bloggers, atheists and gay persons have also sought refuge in Sri Lanka.

Je sais aussi que certains réfugiés sont restés bloqués plusieurs années au Sri Lanka bien qu'ayant obtenu le statut de réfugié. Ces réfugiés proviennent de 15 pays d’Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique. 1.362 étaient du Pakistan et 200 d'Afghanistan. D'autres étaient du Bangladesh, d'Erythrée, d'Inde, d'Iran, des Maldives, du Myanmar, du Nigeria, de Palestine, de Somalie, du Soudan, de Syrie, de Tunisie et du Yémen.

La majorité sont des musulmans Ahmadiyya, mais il y a aussi un nombre important de chrétiens et d'autres musulmans. Ces communautés ont subi les menaces, attaques et tueries de groupes extrémistes, avec peu de protection étatique contre ces violences. Quelques activistes des droits humains, journalistes, blogueurs, athées et gays persécutés ont aussi cherché refuge au Sri Lanka.

La vie de réfugié au Sri Lanka

Les demandeurs d'asile et réfugiées ne bénéficient pas d'un hébergement de l’État et n'ont pas accès au système public d'enseignement technique et de formation professionnelle. L'UNHCR verse à ceux reconnus réfugiés une allocation d'environ 10.000 roupies (50 €) par personne ou 22.000 roupies (110 €) pour une famille avec deux enfants ou plus, pas assez pour une vie décente au Sri Lanka. Les demandeurs d'asile ne reçoivent rien et doivent se débrouiller.

Selon Ruki, les hôpitaux publics fournissent des soins gratuits, mais il y a des cas de discrimination.

Demandeuse d'asile pakistanaise ahmadie au Sri Lanka, une jeune mère (21 ans) a perdu son nouveau-né ce matin. L'Hôpital général de Negombo ne rend pas le corps de son bébé sans un avis de conformité du HC Pakistanais. C'est seulement si sa famille peut procurer l'avis de conformité qu'on le lui rendra.

Représailles et hostilité contre les réfugiés après les attentats du dimanche de Pâques

Ruki Fernando décrit le traitement reçu par les réfugiés et les demandeurs d'asile au Sri Lanka :

Along with Sri Lankan Muslims, the small refugee and asylum seeker population, especially around Negombo, bore the brunt of reprisals and hostilities after the Easter Sunday bombings. Some refugees were subjected to physical violence and others faced threats of violence as about two-third of the refugee population were evicted from the rooms and houses they were renting. [..] The majority of those evicted were Pakistani Ahmadiyya Muslims and they sought shelter in two Ahmadi mosques. Others were accommodated in the garage and verandas of the Negombo Police station. Conditions in these three camps during April and May were unbearable.

Comme les musulmans sri-lankais, la petite population de réfugiés et de demandeurs d'asile, surtout autour de Negombo, a fait les frais des représailles et de l'hostilité après les attentats du dimanche de Pâques. Il y a des réfugiés qui ont subi des violences physiques, et d'autres ont été menacés de violences quand les deux tiers de la population de réfugiés a été expulsée des chambres et maisons qu'ils louaient. […] La majorité des expulsés étaient des musulmans ahmadis pakistanais et ils ont cherché abri dans deux mosquées ahmadies. D'autres ont été hébergés dans le garage et les vérandas de la station de police de Negombo. Les conditions dans ces trois camps pendant les mois d'avril et mai étaient insupportables.

Des déplacés demandeurs d'asile du Pakistan, d'Afghanistan et d'Iran expulsés de leurs maisons à cause des menaces de représailles après les attentats de Pâques contre les chrétiens. [C'est] rendre des innocents collectivement responsables des actions d'individus.

Ni justice ni comptes à rendre pour les attaques de réfugiés

Dans un rapport titré Unsafe at home, unsafe abroad: State obligations towards refugees and asylum-seekers in Sri Lanka [En insécurité chez eux, en insécurité à l'étranger : les obligations étatiques envers les réfugiés et demandeurs d'asile au Sri Lanka, en anglais non traduit], Amnesty International a écrit que les autorités sri-lankaises ont failli à offrir aux demandeurs d'asile et réfugiés une protection et des conditions de vie appropriées et failli à enquêter sur les menaces et violences contre eux même six mois après.

Thread : En mai nous avons parlé à de nombreux réfugiés et demandeurs d'asile d'Afghanistan, Pakistan, Iran, à propos des menaces et violences qu'ils ont subies après l'attentat d'avril au Sri Lanka. Lire ci-après la suite et le rapport pour plus de détails. Via #amnestyasia

Sri Lanka : Pas d'enquête et pas de comptes à rendre dans les attaques contre les réfugiés et demandeurs d'asile

Refus d'admission dans le pays

Ruki Fernando a récemment rapporté un cas sur Groundviews dans lequel la famille d'une demandeuse d'asile pakistanais n'a pas été autorisée à entrer au Sri Lanka :

“Please save my family, please” was the message I received from a Pakistani friend last weekend. It was about her family of seven, including 3 children, who had fled Pakistan after facing persecution as Christians. They had arrived at the Katunayake airport on the morning of 25th October, seeking safety, but was detained and deported back by the Sri Lankan Immigration on the night of 28th October.

“Sauvez ma famille, s'il vous plaît” était le message que j'ai reçu d'une amie pakistanaise le week-end dernier. Il s'agissait de sa famille de 7 personnes, dont 3 enfants, qui avaient fui le Pakistan après avoir été persécutés en tant que chrétiens. Ils étaient arrivés à l'aéroport de Katunayake [à Colombo] dans la matinée du 25 octobre, en quête de sécurité, mais ont été retenus et refoulés par les services d'immigration sri-lankais dans la nuit du 28 octobre.

Ruki a tenté d'utiliser ses contacts personnels pour empêcher l'expulsion de ces deux familles :

Through friends, I also contacted government politicians, including the Prime Minister. The answers I got was they are busy with election campaigns and helping these families might harm prospects of their candidates.

Par des amis, j'ai aussi contacté des hommes politiques au gouvernement, y compris le Premier ministre. Les réponses que j'ai reçues étaient qu'ils étaient occupés avec les campagnes électorales et qu'aider ces familles pouvait compromettre le succès de leurs candidatures.

Les ressortissants pakistanais devraient éviter de se rendre au Sri Lanka en ce moment, ils ont plus de probabilité d'être refoulés au Pakistan à cause du nombre de demandeurs d'asile et réfugiés pakistanais vivant au Sri Lanka, par mesure de précaution contactez la haute commission sri-lankaise pour plus de renseignements

Joshua Castellino, directeur exécutif du Groupe des droits des minorités International écrit :

Sri Lanka is at risk of damaging its reputation as a country that welcomes that fleeing persecution elsewhere. The authorities must take urgent steps to guarantee the safety, dignity and human rights of all refugees and asylum seekers, ensuring that they are safe and have humane living conditions.

Le Sri Lanka prend le risque d'abîmer sa réputation de pays accueillant favorablement le fait de fuir la persécution ailleurs. Les autorités doivent prendre des dispositions urgentes pour garantir la sécurité, la dignité et les droits humains de tous les réfugiés et demandeurs d'asile, et de leur assurer sécurité et conditions de vie décentes.

Le Sri Lanka a lui-même un passé de populations déplacées puisque plus de 800.000 personnes ont cherché refuge dans d'autres pays d'Asie du Sud et au-delà tout au long de ses 30 années de guerre civile. Ruki Fernando commente :

Asylum seekers and refugees are not voters, but they are human beings. Politicians, political parties and as Sri Lankan citizens, we must not turn our backs on them, but welcome them, support and care for them when they come to us seeking temporary refuge.

Les demandeurs d'asile et les réfugiés ne votent pas, mais ils sont des êtres humains. Politiciens, partis politiques et citoyens sri-lankais, nous ne devons pas leur tourner le dos, mais les accueillir, les aider et prendre soin d'eux quand ils viennent à nous en cherchant un refuge temporaire.

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Sonnette d'alarme ou campagne de diffamation ? Une publicité pour des serviettes hygiéniques divise l'opinion publique turquehttps://fr.globalvoices.org/?p=241993http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191121_132056_Sonnette_d_alarme_ou_campagne_de_diffamation___Une_publicite_pour_des_serviettes_hygieniques_divise_l_opinion_publique_turqueThu, 21 Nov 2019 12:20:56 +0000 Une publicité pour des serviettes hygiéniques divise l'opinion publique turque

Capture d'écran d'une publicité pour des serviettes hygiéniques à l'origine d'un débat public en Turquie.

En Turquie, une marque leader du marché des serviettes hygiéniques a lancé une vidéo publicitaire audacieuse qu'elle a présentée comme une campagne contre le féminicide et les tabous sociaux associés aux règles. La vidéo s'est cependant avérée si polémique que l'entreprise a dû s'excuser et cesser sa diffusion, certains la percevant comme une attaque contre l'image de la Turquie à l'étranger.

La publicité, intitulée “Utanç Paketleri” en turc (« Déballez la honte»), a été diffusée à partir de la fin octobre 2019 par l'entreprise américaine Procter&Gamble, sous la marque locale Orkid, en tête des ventes de serviettes hygiéniques en Turquie.

La vidéo, d'une durée d'une minute et demie environ, commence avec une voix off qui dit : « En Turquie, les serviettes hygiéniques sont emballées dans des journaux au moment de l'achat en raison de la honte associée aux règles. Dans une société où les violences, discriminations et injustices envers les femmes remplissent les journaux, ce n'est pas vendre des serviettes hygiéniques qui est honteux. »

On voit alors un paquet de serviettes hygiéniques être emballé dans un journal. Plus tard, sort d'une presse d'imprimerie un journal dont les gros titres font référence aux principales difficultés rencontrées par les femmes en Turquie, à savoir une employabilité et une représentation politique faibles, des violences de genre et un taux d'alphabétisation insuffisant. La vidéo s'achève sur un plan montrant des paquets emballés dans ce journal, empilés sur des étagères de supermarché. La voix off conclut : «Nos paquets ont été vendus en trois jours.»

La vidéo a été récompensée pour sa créativité au 26ème Golden Drum International Creativity Festival organisé en Slovénie en octobre 2019. Elle a alors commencé à circuler sur les médias sociaux turcs, dont le compte Twitter de l'entreprise.

Elle a immédiatement suscité un débat polémique, le public s'affrontant sur l'interprétation du message. Tandis que certains y adhéraient et le soutenaient, d'autres ont réagi de façon extrêmement négative, le percevant comme une «humiliation pour la Turquie» et appelant au boycott de la marque.

Une claque bienvenue

Ceux ou celles qui soutiennent son contenu affirment que la vidéo dit effectivement la vérité. Certains internautes la comparent à une claque :

Une claque, voilà l'effet de cette publicité qui cherche à montrer que la mentalité qui considère comme honteuse la vente de serviettes hygiéniques est aussi celle qui ne s'offusque pas des crimes commis contre les femmes.

Feyza Altun, une avocate et féministe célèbre, remarque :

La publicité d'Orkid, c'est un coup dans les côtes, en réponse à l'habitude d'emballer les serviettes hygiéniques dans un journal comme si c'était quelque chose de honteux ou à cacher. [La marque] a imprimé un journal relatant des crimes commis contre les femmes en Turquie et l'a utilisé comme emballage.

C'est sans doute l'internaute Nisa qui résume le mieux la controverse :

Au lieu de ne pas comprendre le message de la publicité Orkid et de penser : «Qu'est-ce que cela signifie ? Que les femmes turques sont méprisables ?», j'aimerais que nous prenions conscience que ce qui est méprisable, ce sont les nouvelles publiées dans ces journaux.

Appel au boycott de la marque

Ceux ou celles qui sont farouchement opposés à la publicité affirment qu'elle humilie la Turquie et ses femmes, et propage des mensonges en dépeignant la Turquie comme un pays arriéré, conservateur et fanatique. Une internaute écrit ainsi sur Twitter :

[Orkid] humilie la Turquie parce qu'on y emballe les serviettes hygiéniques dans les journaux. Pendant ce temps d'autres disent que c'est une publicité qui fait l'effet d'un coup dans les côtes. Combien d'entre vous achètent véritablement leurs serviettes hygiéniques emballées dans un journal ? Cela n'[est] pas une honte @orkid ! Il est inacceptable de représenter notre pays comme un pays arriéré

Cet internaute suggère que des étrangers complotent pour amoindrir la gloire militaire de la Turquie à travers cette campagne publicitaire :

Orkid, si vous aviez fait cette publicité il y a dix ans, peut-être aurait-elle été conforme à la réalité, mais maintenant vous savez très bien que cette pratique n'existe plus ! Venons-en à la véritable raison de cette publicité. La capitale sioniste y a pris part en réaction à notre opération massue, l’Opération Source de paix.

Les excuses de la marque

Les appels au boycott s'étant multipliés sur les médias sociaux, Orkid a retiré la vidéo de son compte officiel et a publié une déclaration qui a été reproduite dans les journaux turcs :

Türkiye’de Orkid markası için tasarlanan mağaza içi kampanyası, Türkiye’de ve dünyada kadınların yaşadığı damgalanma, ekonomik kısıtlar nedeniyle hijyenik pede erişememe ve toplumsal cinsiyete dayalı şiddet de dahil olmak üzere bazı ciddi sorunlara ışık tutmak amacını taşıyordu. Bu sorunlar nadiren tartışılıyor, genellikle utanç duygusuna dönüşüyor ve genç kızlar, kadınlar ve aileleri için hayat boyu karşı karşıya kalacakları konuları oluşturuyor. Fikrin uygulanmasında niyetimizi tam olarak yansıtamadığımızı görüyoruz ve herhangi bir yanlış anlaşılmaya sebep olduysa bundan dolayı da üzgünüz.

La campagne conçue en interne par la marque Orkid en Turquie avait pour but d'illustrer les difficultés d'accès aux serviettes hygiéniques liées à des contraintes économiques, ainsi que les violences causées par l'inégalité de genre. Ces problèmes sont rarement abordés et sont souvent sources de gêne et de difficultés tout au long de l'existence des jeunes filles, des femmes et de leurs familles. Nous constatons que nous avons échoué à refléter nos intentions dans la mise en œuvre de l'idée, et nous sommes désolés que cela ait engendré des malentendus.

Alors que près de trois quarts de la population turque vivent actuellement en ville, aujourd'hui il est plus rare que des femmes soient contraintes de cacher les serviettes hygiéniques qu'elles viennent d'acheter dans des journaux ou des sacs plastique noirs, comme cela se faisait par le passé, en particulier quand la personne à la caisse était un homme. C'est probablement toujours le cas dans des villages reculés.

Quoi qu'il en soit, la honte associée au sexe féminin reste répandue dans la société turque et cela explique pourquoi les programmes scolaires ne prévoient aucun enseignement ou sensibilisation relatifs au genre et à la sexualité.  La situation n'est aucunement plus favorable dans l'enseignement supérieur : en février 2019, le système d'enseignement supérieur turc a désavoué l'égalité des genres en supprimant la Charte de l'attitude d'égalité de genre.

D'après l'organisation turque “Nous mettrons fin au féminicide”, le féminicide demeure une réalité quotidienne ; durant le seul mois d'octobre, 36 femmes ont été tuées par des hommes :

Nous avons publié notre rapport pour le mois d'octobre 2019 :
En 31 jours, 36 femmes tuées par des hommes. Violences et maltraitance des enfants sont toujours une réalité.

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La Bolivie en crise et divisée: sources en ligne pour mieux comprendre le conflithttps://fr.globalvoices.org/?p=241996http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191121_031304_La_Bolivie_en_crise_et_divisee__sources_en_ligne_pour_mieux_comprendre_le_conflitThu, 21 Nov 2019 02:13:04 +0000

Photo d'Eduardo Montaño, utilisée avec permission

[Mise à jour depuis la publication de cet article en version originale espagnole: l'ex-président Morales a démissionné, s'est exilé au Mexique, et est depuis remplacé par la présidente par intérim Jeanine Añez]

Suite aux élections présidentielles du 20 octobre 2019, des manifestations ont provoqué une grande inquiétude en Bolivie d'autant plus qu'elles ont pris la forme de grèves générales et de barrages routiers. Ces manifestations ont également causé des heurts violents entre les partisans du parti MAS (Le mouvement pour le socialisme) du Président actuel Evo Morales d'un côté, et d'autre part, les citoyens qui veulent défendre leur droit de vote et qui se sont mobilisés pour l'annulation des élections présidentielles suite aux soupçons de fraude électorale.

La nuit du 20 octobre, le résultat des votes préliminaires indiquait une légère avance de Morales sur son adversaire Carlos Mesa de la Communauté Civique (CV), lorsque tout à coup la transmission s'est interrompue pendant 20 heures. Quand la couverture des élections a repris le jour suivant, les résultats ont indiqué une avancée majeure pour Morales, que l'Organisation des États américains a qualifiée de ‘changement inexplicable’.

Le 24 octobre, Morales s'est déclaré vainqueur suite à un décompte des voix indiquant un résultat de 46.83 pour cent des votes pour Morales contre 36.7 pour cent pour Mesa. Cet écart à peine supérieur à 10 points évite de recourir à un second tour. Mesa a rejeté ces résultats et cinq membres du Corps électoral plurinational (EPO) ont démissionné en signe de protestation, rejoignant ainsi une trentaine de leurs collègues qui avaient fait de même avant la tenue des élections. Un groupe d'experts en informatique mené par l'ingénieur système Edgar Villegas a par la suite analysé les données publiques des élections et présenté aux médias des preuves de fraude fiscale.

L'audit électoral initié par l'OÉA le 31 octobre a été accepté par le gouvernement de Morales mais pas par Mesa qui a exigé l'annulation des élections. Il en a profité pour rappeler au public, que selon la constitution bolivienne, il était en fait illégal d'autoriser Morales à briguer une troisième mandat, ce qu'un referendum organisé en février 2016 avait déjà confirmé par un vote négatif des citoyens.

Cette situation a conduit à une paralysie de la vie politique en Bolivie. Les manifestants des rues, les habitants des quartiers, les membres de diverses communautés, de même que les chefs de la police et des forces armées se sont fractionnés selon leur appartenance politique, certains soutenant le gouvernement et d'autres l'opposition qui invoque une fraude électorale.

Pour Pablo, une des personnes blessées à  #Cochabamba. Il est livreur et est allé en moto à son travail, et il a été battu par une horde violente – vous savez de qui je parle

Les leaders des deux camps ne disposent d'aucun mécanisme de réconciliation ou de dialogue, ils s'ancrent donc leurs positions et utilisent différentes ressources de l'état pour renforcer leurs positions. Morales s'est reporté sur sa base à la campagne et fait protéger les paysans qui le soutiennent par la police qui les escorte jusqu'aux barrages. Ces paysans sont également autorisés à utiliser des explosifs interdits par la loi dans les manifestations. L'opposition, quant à elle, a annoncé qu'elle cesserait les grèves générales et les mobilisations en masse seulement après l'annulation des élections. Elle bénéficie du soutien des autorités départementales et municipales de la ville de Santa Cruz qui fournissent de la nourriture aux manifestants.

Pour comprendre la complexité de la situation en Bolivie et pour suivre l'actualité, nous vous suggérons une liste de médias et de comptes de réseaux sociaux en langue espagnole:

Pour une analyse de la situation

LaPublicaBO — média indépendant, La Pública organise chaque soir des rencontres sur Google Hangouts et laisse la parole à des invités qui partagent leurs points de vue sur le conflit actuel

MuyWaso — ce groupe de féministes diffuse des informations et des déclarations.

Les perspectives féministes prennent forme et apportent leur voix au débat. Depuis notre base à Santa Cruz, nous présentons notre manifeste de l'Assemblée féministe et diverse, qui est le résultat de longues délibérations collectives.Vive l'espoir féministe!

Guardiana Bolivia — Média basé à Cochabamba axé sur les droits humains

InfoTarija — Média basé à Tarija qui couvre le sud de la Bolivie

Chris Eguez — Activiste trans féministe analysant le rôle des femmes et la place de la diversité sociale d'un point de vue historique.

Je ne comprends pas pourquoi tant de gays se sentent attirés par la manifestation qui se place sous les consignes du groupe des Catholiques régionaux de Santa Cruz, étant donné leur discours macho, raciste et homophobe. En tant que pédé, je préfère m'associer aux féministes, et résister dans la dissidence.

María Galindo — Icône sud américaine féministe d'origine bolivienne. Son mouvement attire des féministes et ceux et celles qui ne se sentent pas représentés par les extrémistes des deux camps à Santa Cruz et Cochabamba. Elle a aussi sa propre émission de radio et émet sur Facebook. Son show s'appelle “Don't Kill Us for a Chair.” (Ne nous tuez pas à cause d'une chaise)

Santiago Espinoza — Journaliste culture et éditeur en chef de la revue du dimanche La Ramona.

Pour les infos et leur vérification: 

Chequea Bolivia et Bolivia Verifica sont deux publications spécialistes de la vérification de l'information lancées avant les élections. Elles s'appliquent maintenant à vérifier les messages, les images, et les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux et les messageries.

#Cestfaux Une loi décrète que le service internet n'est autorisé que pour les institutions étatiques #ChequeaBolivia https://t.co/PaDqFTfAhG

Los Tiempos — ce journal de Cochabamba a documenté et diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos de portables prises lors des troubles:

A #Cochabamba des centaines de personnes ont convergé vers la place principale du 14 septembre où un conseil se tient dans le contexte du neuvième jour de grève en #Bolivie en rejet du décompte des votes contreversé des élections générales.

El Deber — le plus grand journal du pays couvre la ville de Santa Cruz mais publie aussi des informations nationales et régionales.

Journalistes:

María Silva Trigo – cette journaliste en ligne de El Deber partage son témoignage de première main alors qu'elle conduit sa voiture dans Santa Cruz, une ville paralysée par les barrages.

L'autre jour je suis tombée sur un producteur de fromage dont le véhicule était plein de fromage frais qu'il devait livrer. Il m'a donné un panier pour que je le mette sur mes genoux car il n'avait plus de place. A un barrage on lui avait demandé du fromage pour le laisser passer.

Tuffí Aré — ancien journaliste en chef à El Deber, il est est une source fiable pour des informations qu'il diffuse sur ses réseaux sociaux.

Mónica Salvatierra — journaliste en chef à El Deber.

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Manifestations en Iran : des balles et une fermeture de l'internethttps://fr.globalvoices.org/?p=242154http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191120_204516_Manifestations_en_Iran___des_balles_et_une_fermeture_de_l_internetWed, 20 Nov 2019 19:45:16 +0000

Manifestation à Ariashahr, Téhéran le 15 novembre 2019. Photo : GTVM92 – Own work (CC BY-SA 4.0) https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84030078

Des manifestations ont éclaté dans l'Iran riche en pétrole depuis que le gouvernement a annoncé, à minuit le 15 novembre, une brutale hausse des prix de l'essence par la suppression des subventions publiques. L'annonce est intervenue alors que le pays se trouve dans une situation économique désastreuse à cause des sanctions américaines, de la corruption et de la mauvaise gestion des institutions financières. Le gouvernement a affirmé que l'augmentation des prix a pour but d'accroître les recettes pour financer les versements en argent comptant aux Iraniens les plus pauvres.

L'Etat a réagi aux manifestations par la force brutale et meurtrière, et par la coupure de l'internet, sans avoir réussi jusqu'ici à contenir les protestataires. Les slogans des manifestations prennent une tonalité plus politique qu'économique, s'en prenant aux dirigeants de la République islamique, à la politique étrangère et dans certains cas exprimant un soutien à la dynastie des Pahlavi [ndt, du shah renversé].

Amnesty International a condamné la répression étatique.

Nous sommes horrifiés par les informations que des dizaines de protestataires ont été tués en Iran, des centaines blessés et plus de 1.000 arrêtés depuis vendredi. Nous sommes alarmés par le fait que les autorités ont coupé l'internet pour créer un blackout sur leur brutale répression. Nous enquêtons.

L’État a commencé à hâtivement effectuer les paiements directs à des millions d'Iraniens, un signe que le pouvoir s'alarme de l'ampleur des manifestations, au cours desquelles les protestataires ont incendié des banques, des écoles religieuses, des bases militaires et des sièges d'administrations.

4e jour des manifestations en Iran :
L'autoroute Téhéran-Karaj, un axe majeur, coupée par les manifestants.

Des balles et des fleurs

L'Iran avait connu des manifestations très étendues il y a deux ans, mais si celles-ci ont quelques similitudes avec le soulèvement actuel, il existe aussi des différences fondamentales.

Saeed Payvandi, un universitaire et sociologue vivant à Paris, a expliqué à Global Voices que “le mouvement d'aujourd'hui est spontané et sans chefs et revendications floues comme le précédent de 2017-2018.” Payvandi note que les slogans des manifestants visent très particulièrement des figures comme le Guide suprême l’ayatollah Khamenei et le président Rohani. Autre différence importante, dit Payvandi, “les protestataires, contrairement à il y a deux ans, essaient de se rendre visibles en occupant les rues et les places”.

Payvandi dit que la brutale hausse des prix de l'essence a “donné au mouvement une légitimité économique même si les slogans se sont vite radicalisés. . . . Le principal problème, comme précédemment, est d'arriver à se gagner l'opinion publique et à amener les gens dans les rues”.

Une bonne partie du public approuvent les manifestants, dit Payvandi, mais hésitent à les rejoindre. “Les autorités connaissent l'hésitation de la classe moyenne et des élites non dépendantes de l’État, voilà pourquoi elles créent chaos et insécurité. . .  Sur le court terme, c'est l’État iranien qui est vainqueur, parce que la classe moyenne aura peur de rejoindre les manifestants”.

Les gens meurent en silence

Shahed Alavi, un journaliste qui suit les mouvements protestataires, a déclaré à Global Voices qu'une des principales différences est l'éventail des classes sociales participantes. “Il y a deux ans”, explique Alavi, “c'étaient principalement des gens pauvres dans des villes petites pour la plupart. Mais cette fois les classes moyennes les ont rejoints, et la protestation est plus étendue, elle a émergé autant dans des métropoles comme Téhéran, Shiraz, Ispahan, que dans des petites villes”.

Autre différence essentielle, explique Alavi, la violence extrême mise en œuvre par les forces de l'ordre. Selon une source au ministère de l'Intérieur, le bilan des morts approche les 200, tandis que des milliers ont été blessés et au moins 1.000 ont été arrêtés. le Corps des Gardiens de la révolution islamique a aussi rapporté que trois de ses membres sont morts dans les confrontations avec les protestataires.

Pendant que violences et répression sont omniprésentes dans le pays, certains protestataires prônent la paix et des messages de non-violence :

Des manifestants donnent des fleurs aux policiers en disant “nous ne sommes pas l'ennemi” à Shiraz.

Où est mon internet ?

Encore une autre différence avec les manifestations antérieures, l’échelle de la coupure actuelle de l'internet.

L'Iran a un long passé de censure, de filtrage et de répression des internautes, mais avec le blocage quasi total de l'internet samedi 16 novembre, le gouvernement est entré en territoire inconnu. Alp Toker, directeur exécutif de NetBlocks, une ONG des droits numériques, a déclaré à CNN que la coupure actuelle d'Internet était la “déconnexion la plus extrême tracée par NetBlocks dans quelque pays que ce soit en termes de complexité technique et amplitude”.

Amin Sabeti, un chercheur londonien de l'internet, relève que la coupure intervient au moment même où le président Rohani et le ministre des Technologies de l'information et des communications  promouvaient l'idée de la liberté d'internet. “On assiste à un blackout complet en Iran”, dit Sabeti. “Le principal moyen de communication est celui, démodé, de l'appel téléphonique”.

L'ambassadeur des USA en Allemagne a affirmé que les États-Unis avaient les capacités techniques de restaurer la connectivité internet en Iran, ce que Sabeti estime invraisemblable.

Attention internationale

Les Iraniens hors du pays ont essayé de mobiliser en organisant des manifestations, mais faire pression sur le gouvernement iranien est difficile puisque le pays est soumis aux sanctions et déjà très isolé.

Pour Azadeh Pourzand, militante des droits humains et directrice de la Fondation Pourzand, le gouvernement iranien est très attaché à son image internationale.

“Il reste certainement un effet de levier à la communauté internationale pour faire pression sur l'Iran à propos des troubles actuels et de l'usage de la violence pour réprimer les manifestants”, juge Pourzand. “A défaut d'autre chose, le fait de frapper et tuer des protestataires peut devenir un acte inopportun pour la République islamique et causer la perte de ce qui lui reste de légitimité internationale”.

Pourzand pense toutefois que les manifestations récentes n'obtiennent pas l'attention qu'elles méritent. “Cela peut venir en partie de considérations politiques de certains journaux et publications”, dit-elle. “Mais il y a aussi un autre élément à considérer cette fois : on assiste une tendance mondiale en termes de mécontentement citoyen, de soulèvements et de contestation. Ainsi, en ce moment même, ce sont les manifestants de Hong Kong qui font l'actualité, mais ils sont dans les rues depuis de longues semaines et n'ont pas toujours atteint les grands titres. Il s'est passé tant de choses au Chili récemment et je ne suis pas sûre que les Iraniens aient suivi cela d'aussi près que (nous) attendions que le monde nous suive”.

C'est ce qui fait croire à Pourzand que le rôle de la diaspora iranienne est crucial. “Disons-le ainsi”, analyse-t-elle. “Si la couverture internationale internationale est insuffisante, c'est aussi en partie notre faute par manque d'assez de ressources pour communiquer et défendre efficacement dans les publications internationales à point nommé, et dans des langues comme l'anglais, le français, l'allemand, l'arabe, l'espagnol, etc. En outre, n'oublions pas combien il est difficile d'avoir des informations d'Iran et de vérifier les faits. . .  La presse internationale veut des mises à jour permanentes et des témoins oculaires, dont hélas nous n'avons pas assez à notre disposition. . .  Les Iraniens risquent pourtant leurs vies pour demander des comptes à leur gouvernement. Au minimum ils méritent d'être reconnus et non pas abandonnés”.

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Un théâtre de Tachkent rappelle un pan de l'histoire des Japonais internés après la Seconde Guerre mondialehttps://fr.globalvoices.org/?p=242122http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191120_184056_Un_theatre_de_Tachkent_rappelle_un_pan_de_l_histoire_des_Japonais_internes_apres_la_Seconde_Guerre_mondialeWed, 20 Nov 2019 17:40:56 +0000navoi theatre tashkent

Le Théâtre Navoï à Tachkent en Ouzbékistan en 2019. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

Le bâtiment historique d'un théâtre en Asie centrale rappelle les liens qui rattachent toujours le Japon à l'Ouzbékistan.

Inauguré en 1947, le Théâtre de Ballet et d'Opéra Alicher Navoï, qui compte 1,400 sièges et se réclame du style orientaliste soviétique a été en partie construit par des travailleurs forcés japonais qui furent déportés en Ouzbékistan soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale en août 1945.

Le théâtre de Tachkent symbolise non seulement un lien ininterrompu entre l'Asie centrale et le Japon, mais aussi le sort de millions de troupes et de civils japonais restés coincés en Asie à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En août 1945, on estime que 6.6 millions de Japonais, qu'ils soient soldats, membres de l'administration coloniale, colons ou membres de l'armée et des forces d'occupation – donc près de neuf pourcent de la population totale du Japon- se sont retrouvés dispersés à travers toute l'Asie et l'Océanie. A la fin de la guerre, toutes ces personnes furent confrontées au même défi: comment trouver le moyen de retourner dans leur pays.

Tous ne sont pas rentrés immédiatement au Japon, et certains n'ont jamais pu faire ce voyage. Par exemple, suite à l'invasion par les Soviétiques de la Mandchourie en 1945, 456,000 soldats et civils employés par le régime d'occupation japonais furent transportés par les forces russes dans des camps de travail dans toute l'Union soviétique. De 1945 à 1955, les Japonais internés furent soumis à des travaux forcés afin de construire des centrales électriques, des mines de charbon, des ponts et des routes au titre de réparations de guerre au bénéfice de l'Union soviétique.

Parmi les soldats et civils japonais internés et condamnés aux travaux forcés à la fin de la guerre, environ 25,000 furent envoyés en Ouzbékistan. Un de leurs chantiers fut la construction du Théâtre Navoï. Une plaque commémorant leur contribution est visible à l'extérieur du bâtiment.

Navoi plaque

Plaque sur le côté du Théâtre Navoï honorant la mémoire des citoyens japonais internés aux travaux forcés. Photo de Filip Noubel, utilisée avec permission.

Pour ceux qui réussirent à survivre aux hivers rigoureux, au travail harassant et à la malnutrition, beaucoup durent encore attendre une dizaine d'années avant de pouvoir être rapatriés (引き揚げ) au Japon. Le rapatriement de 6.6 million de soldats, colons et membres des forces d'occupation japonais représente un effort géant. Afin de faire face au flux de rapatriés, le gouvernement japonais créa des centres de rapatriement dans plusieurs grands ports du Japon, dont celui de Maizuru.

Japanese_Soldiers_Returning_from_Siberia_1946

Les soldats rapatriés de retour de Sibérie attendent avant de pouvoir désembarquer d'un bateau à Maizuru, préfecture de Kyoto, 1946.  Photo de Wikimedia 

Dans ces centres de rapatriement, les rapatriés étaient accueillis et documentés afin de pouvoir revenir dans leur communauté sans aucune garantie d'avenir dans un Japon en plein effort de reconstruction après le cataclysme de la guerre. De nombreux rapatriés furent par exemple suspectés d'être des sympathisants communistes après leur long séjour dans des camps de travail en URSS:

DES HOMMES OU DES BÊTES? J'ai longtemps eu l'impression que la vie était difficile pour les soldats japonais rapatriés après la Seconde Guerre mondiale, mais cet extrait du journal Nippon Times de 1949 est brutal. La fin de l'article accuse le communisme, car les rapatriés furent internés dans des camps soviétiques.

Le port japonais de Maizuru, isolé géographiquement, et situé dans la préfecture de Kyoto sur la côte de la mer du Japon, servit de dernier et unique centre de rapatriement jusqu'à sa fermeture en 1958, date de la fin du rapatriement en masse. Au total, 346 bateaux, transportant près de 660,000 personnes débarquèrent à Maizuru entre 1945 et 1958.

repatriation pier maizuru

Reconstruction du quai sur le site de l'ancien quai du Bureau d'aide aux rapatriés de Maizuru à Taira, dans la préfecture de Kyoto, où les rapatriés furent accueillis. On peut voir dans la baie les restes des postes d'accostage. Photo de Nevin Thompson, utilisée avec permission.

Aujourd'hui, le Musée à la mémoire du rapatriement de Maizuru documente l'histoire de l'internement des Japonais dans l'Union soviétique de l'après-guerre et le rapatriement des soldats et civils japonais. Les objets exposés au musée comprennent une installation qui décrit la relation entre le Japon et l'Ouzbékistan qui a évolué au cours du temps, en passant du stade de “la détention aux échanges amicaux” (抑留から交流ヘ). En 2020, Maizuru accueillera l'équipe nationale ouzbèque de lutte olympique.

Maizuru Uzbekistan

Affiche annonçant l'exposition sur les détenus japonais en Ouzbékistan. Photo de Nevin Thompson, utilisée avec permission.

Il y a aussi une certaine fierté au Japon à propos des contributions réalisées par les Japonais internés en Ouzbékistan. Une page internet archivée sur le site de la compagnie Marubeni déclare que:

When the great earthquake occurred in 1966 that toppled most of the buildings in the city, only the Navoi Theater escaped unscathed, clearly demonstrating the architectural skills of Japan.

Quand le tremblement de terre de 1966 détruisit la plupart des bâtiments de Tachkent, seul le Théâtre Navoï échappa à la destruction, démontrant le savoir-faire japonais en matière d'architecture.

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Le réfugié kurde iranien Behrouz Boochani enfin libéré de la détention offshore australiennehttps://fr.globalvoices.org/?p=242138http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191120_103238_Le_refugie_kurde_iranien_Behrouz_Boochani_enfin_libere_de_la_detention_offshore_australienneWed, 20 Nov 2019 09:32:38 +0000Un demandeur d'asile a trouvé un refuge temporaire en Nouvelle-Zélande

Behrouz Boochani

Behrouz Boochani – image Wikimedia de Hoda Afshar (CC BY-SA 4.0)

Le journaliste et écrivain primé Behrouz Boochani, qu'a fait connaître son récit de première main des conditions dans les centres australiens de détention des immigrants, est enfin libre. Ses sympathisants ont appris avec joie l'arrivée du réfugié kurde iranien en Nouvelle-Zélande.

Boochani avait cherché asile en Australie en 2013 et a été retenu plus de six ans en détention offshore en Papouasie Nouvelle-Guinée (PNG), d'abord sur l'île de Manus et en dernier lieu à Port Moresby, dans le cadre d'un marché entre les deux pays.

Invité en Nouvelle-Zélande dans le cadre d'un festival d'écrivains, Boochani a un visa d'un mois et peut y solliciter l'asile. Bien qu'il ait été accepté comme élément d'un accord contesté de relocalisation avec les États-Unis, il s'inquiète de la lenteur de la procédure et s'est dit pas entièrement confiant.

Le tweet que Boochani a posté à son arrivée en Nouvelle-Zélande a obtenu plus de 16.000 “j'aime” du jour au lendemain :

Je viens d'arriver en Nouvelle-Zélande. C'est tellement formidable de trouver la liberté après plus de six ans. J'ai été invité par le Festival mondial de Christchurch et y participerai à un événement. Merci à tous les amis qui ont rendu cela possible.

Quelques réponses typiques de celles obtenues par son tweet :

La Nouvelle-Zélande prendra soin de vous. J'ai honte que l'Australie non seulement n'a pas pris soin de vous, mais vous a gardé en détention offshore, à l'encontre de nos obligations de droits humains. Et ça pendant six ans. Et qu'ils le font toujours à d'autres.
J'espère que vous trouverez maintenant un peu de paix.

Behrouz, c'est la meilleure nouvelle que j'ai apprise depuis des semaines.
J'ai tant d'espoir que vous trouverez paix et bonheur en Nouvelle-Zélande.
Espérons que vos amis toujours en PNG seront aussi sauvés bientôt.
Vous méritez tous un avenir en sécurité, loin de la torture que vous avez tous endurée.
Bonne chance.

Tellement contente. Profonds chagrin et honte pour la façon dont notre pays vous a traité, et merci pour votre courage et dignité. [Je] suis très impatiente de suivre votre contribution future. Maintenant, nous devons travailler pour les autres sur Manus et Nauru

Avant la fin de 2019, la plupart des réfugiés encore sur l'ïle Manus, estimés à 200, ont été déplacés à Port Moresby, la capitale de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Entre temps, 46 hommes prononcés ‘non-réfugiés’ sont enfermés en rétention à la prison de Bomana. Leur sort est apparemment entre les mains du gouvernement de la PNG.

Bien que leur nombre exact soit difficile à déterminer, quelque 500 réfugiés — dont beaucoup s'y trouvent depuis 2013 — sont toujours dans l’État indépendant de Nauru dans le cadre de la politique de traitement délocalisé de l’Australie.

Dans un entretien avec Fred Petrossian pour Global Voices en août 2019, Boochani décrivait certains des effets de la détention illimitée :

Le temps est ce qu'il y a de plus important pour décrire ce système. Les gens qui sont envoyés en prison connaissent la longueur de leur peine, mais nous non, et nous ne savons pas quand nous pourrons quitter cet endroit. Ça crée une véritable torture mentale.

Le gouvernement australien rejette de façon répétitive les propositions du gouvernement néo-zélandais de prendre des réfugiés de Manus et de Nauru, sous le prétexte que cela créerait un appel d'air pour les arrivées par bateau ; les réfugiés dans ce cas sont interdits d'installation en Australie.

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Enquête ouverte sur une écrivaine malaisienne suite à la publication d'un livre sur sa décision de ne pas porter de hidjabhttps://fr.globalvoices.org/?p=242087http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191119_092416_Enquete_ouverte_sur_une_ecrivaine_malaisienne_suite_a_la_publication_d_un_livre_sur_sa_decision_de_ne_pas_porter_de_hidjabTue, 19 Nov 2019 08:24:16 +0000Si elle est reconnue coupable, elle encourt une peine d'emprisonnement

Couverture du livre de Maryam Lee, Unveiling Choice.

L'écrivaine malaisienne Maryam Lee fait l'objet d'une enquête initiée par les autorités religieuses après la publication de son livre “Unveiling Choice” (Dévoiler le choix/Le choix du dévoilement) relatant sa décision d'arrêter de porter le hidjab [fr] ou couvre-chef porté par de nombreuses femmes musulmanes.

Maryam Lee a écrit sur son blog qu'elle a reçu en octobre 2019 une convocation du Jabatan Agama Islam Selangor (JAIS) lui demandant de coopérer à une enquête sur une éventuelle violation de l'article 10 a) de la loi pénale de la Syariah (terme malais pour “Charia” dans l'Etat de Selangor), qui criminalise “toute personne qui par des mots qui peuvent être entendus ou lus ou par des dessins, marques ou autres formes de représentation qui sont visibles ou peuvent être visibles ou de toute autre manière insulte ou méprise la religion de l'Islam”.

Si Maryam Lee est poursuivie et reconnue coupable, elle encourt une amende de RM 5,000.00 (1 060 Euros) ou 3 ans de prison voire les deux à la fois.

Maryam Lee considère que la convocation est liée à son livre, Unveiling Choice, publié au début de l'année et qui explore l'idée du “dehijabbing” (“dé-voilement”). Le lancement du livre a créé une polémique après que le département des Affaires religieuses du Premier ministre a ordonné une enquête sur cette affaire.

La Malaisie a une population majoritairement musulmane et elle est connue pour promouvoir une vision modérée de l'Islam soutenue par des lois guidées par les principes de l'harmonie raciale et religieuse. Mais ces dernières années, certains partisans de la ligne dure ont fait pression en faveur de l'application stricte des enseignements islamiques en matière de gouvernance. Le rétrécissement de l'espace d'expression religieuse se traduit également dans la décision de la Haute Cour d'août 2019 qui a reconnu la compétence de la Cour de la Charia lors de la publication d'une fatwa contre les Sœurs de l'Islam, un groupe de femmes qui milite pour l'égalité des sexes.

Maryam Lee a lancé un appel à la compréhension alors qu'elle fait l'objet d'une enquête :

In situations like this, it is important for us to remind the government that freedom of expression is not a crime and freedom of religious beliefs is not an insult to Islam, and that the protection of these freedoms is essential to uphold human rights for all.

Dans de telles situations, il est important pour nous de rappeler au gouvernement que la liberté d'expression n'est pas un crime et que la liberté de croyance religieuse n'est pas une insulte à l'islam, la protection de ces libertés est cruciale au respect des droits humains pour tous.

Séance de dédicaces pour le livre “Unveiling Choice”. Source : Facebook.

Plusieurs groupes de femmes, militants des droits humains, artistes et universitaires ont réagi à l'appel en délivrant des messages de soutien.

Le Collectif d'action pour l'égalité de genre, une coalition de 13 organisations de défense des droits des femmes en Malaisie, fait valoir que le livre de Maryam Lee prône l'émancipation des femmes :

The book neither promotes nor discourages readers from exemplifying her actions, but in fact, explores the tenets of the decision from one person’s experiences and point of view.

Stories that reflect the varied realities of women are important, as they contribute to the diversity of experiences and discussions around how women are affected by social structures and pressures.

Le livre n'encourage ni ne dissuade les lecteurs de s'inspirer de ses initiatives, mais en réalité, il explore les enseignements d'une décision prise à partir des expériences et du jugement d'une seule personne.

Les témoignages qui reflètent les multiples réalités des femmes sont essentiels, car ils enrichissent la diversité des expériences et des réflexions sur la façon dont les femmes sont victimes des structures et des pressions sociales.

L'Action malaisienne pour la Justice et l'Unité souligne que c'est le JAIS qui insulte l'Islam :

It portrays Islam as being a religion of ‘force’ and not one of choice. Islam is not a religion of force, neither is it a religion that enforces. Islam is a religion of discernment, and permits differences of thinking – which is what makes it the great religion that it is. This action by JAIS demeans and insults the very essence of what Islam is.

Il dépeint l'islam comme une religion de “contrainte” et non une religion de choix. L'islam n'est pas une religion de sujétion, pas plus une religion qui impose. L'islam est une religion de discernement qui autorise des différences de pensée – ce qui fait sa grandeur en tant quu religion. La démarche de JAIS avilit et offense le fondement même de ce qu'est l'Islam.

New Naratif, un site d'information indépendant couvrant l'Asie du Sud-Est, défend le droit de Maryam Lee à la liberté d'expression :

As a movement that stands for democracy, freedom of expression, and freedom of inquiry, New Naratif believes in the need to have space for important discussions, even if they might be sensitive or controversial.

The choice of where or not to don a hijab is a very personal one, and it is important that people have the opportunity to tell their stories, share their experiences, and engage in good-faith conversations, regardless of their ultimate decisions.

En tant que mouvement qui défend la démocratie, la liberté d'expression et la liberté d'enquête, New Naratif croit en la nécessité d'avoir un espace pour des débats essentiels, même s'ils sont sensibles ou polémiques.

L'option de porter ou non un hidjab est un choix très personnel, et il est fondamental que les gens aient l'opportunité de raconter leurs histoires, de partager leurs expériences et de tenir des échanges en toute bonne foi, peu importe leurs choix finaux.

Plusieurs dirigeants de la société civile de la région ont également signé une déposition exprimant leur inquiétude sur les accusations à l'encontre de Maryam Lee :

We view this as an attempt to interfere with women’s choices and their bodily autonomy and specifically their internationally guaranteed right to express themselves. In an increasingly restrictive society, women face numerous challenges and have little space to make decisions for themselves.

The rights to free expression and religious freedoms include the right to express our personal views and the right to make choices about our bodies, which includes deciding whether to wear the hijab or not.

Nous percevons une tentative de s'immiscer dans les choix des femmes et leur autonomie physique et, plus particulièrement, dans leur droit d'exprimer leur opinion, droit internationalement reconnu. Dans une société de plus en plus oppressive, les femmes font face à de nombreux obstacles et ont peu de latitude dans leurs propres prises de décisions. Les droits à la liberté d'expression et les libertés de culte supposent le droit d'exprimer nos opinions personnelles et le droit de faire des choix au sujet de notre corps, ce qui inclut celui de porter ou non le hidjab.

Finalement, cette caricature illustre bien la position de Maryam Lee :

En tant que mère, cela me choque que l'auteure, la musulmane Maryam Lee, soit maintenant ciblée et accusée injustement de propos anti-islamiques simplement pour avoir écrit et partagé sur son choix personnel d'être sans hidjab. Etre sans hidjab ne signifie pas être anti-Islam ! Le hidjab n'est pas un choix, mais une oppression.

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De retour d'Arabie Saoudite, les employées de maison bangladaises rapportent de terrifiants récits de séviceshttps://fr.globalvoices.org/?p=242048http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191118_090851_De_retour_d_Arabie_Saoudite__les_employees_de_maison_bangladaises_rapportent_de_terrifiants_recits_de_sevicesMon, 18 Nov 2019 08:08:51 +0000“Devons-nous fermer les yeux sur ces maltraitances ?”

Une chaîne humaine à Dacca pour dénoncer la torture des employées de maison bangladaises en Arabie saoudite. Photo par Ekramul Haque, utilisée avec autorisation.

Elles aspiraient à une vie meilleure et la possibilité de mettre leur famille à l'abri de la précarité. Beaucoup se sont rendues en Arabie saoudite en tant que travailleuses domestiques, versant de l'argent à des agents pour réaliser leurs rêves. Mais leurs rêves ont été brisés lorsqu'elles ont été confrontées à diverses formes de violence domestique, notamment le harcèlement sexuel. Dans l'incapacité de travailler, beaucoup de ces travailleuses domestiques ont fui leur employeur et ont été contraintes de rentrer chez elles. Depuis le début de l'année, 900 employées de maison sont rentrées d'Arabie saoudite avant la fin de leur contrat. Et, le nombre de travailleuses domestiques rentrées précipitamment au cours des quatre dernières années dépasse les 6.000.

Ce ne sont pas seulement des cas de violence physique, mentale ou sexuelle. Plus de 100 domestiques bangladaises sont mortes au Moyen-Orient au cours des neuf premiers mois de 2019, 36 d'entre elles se sont suicidées.

Au cours des dernières années, de nombreuses vidéos en ligne ont fait surface racontant des histoires de violence envers ces travailleurs domestiques.

Récemment, une vidéo est devenue virale en Arabie saoudite montrant une domestique bangladaise  implorant qu'on la ramène chez elle, terrée dans les toilettes à l'abri de ses agresseurs.

Sumi Akter, 25 ans, a affirmé avoir été agressée physiquement et sexuellement par ses employeurs, ils lui avaient versé de l'huile chaude sur les bras. Elle avait été maintenue en captivité pendant 15 jours et n'avait presque rien à manger.

De retour au Bangladesh, une autre migrante a déclaré qu'elle avait été traitée comme une esclave :

[…] After arriving in Saudi Arabia, I was first sold to a landlord. I escaped from that house after a lot of domestic abuse. Then they caught me and resold me to a company at 6 lakh Bangladeshi Taka (USD 7,000). I know that there are a few hundred more girls like me out there who are forced to prostitution. I managed to call home to my husband once and told him everything. Then he contacted the Bangladesh Embassy in Saudi Arabia and finally, I was rescued.

(…) Après mon arrivée en Arabie saoudite, j'ai dans un premier temps été vendue à un propriétaire. Je me suis échappée de cette maison à la suite de nombreuses violences domestiques. Puis ils m'ont retrouvée et m'ont revendue à une société à 6 lakhs Takas bangladeshis (6 350 euros). Je sais qu'il y a quelques centaines d'autres filles comme moi qui sont forcées de se prostituer. J'ai réussi à appeler mon mari à la maison une fois et je lui ai tout raconté. Il a ensuite pris contact avec l'ambassade du Bangladesh en Arabie Saoudite et finalement, j'ai pu être secourue.

Le BRAC [fr] est connu comme étant la plus grande organisation non gouvernementale de développement au monde, qui travaille également avec les travailleurs migrants au Bangladesh. Ils ont publié un court métrage sur les travailleuses migrantes bangladaises en Arabie saoudite, qui raconte les abus dont beaucoup sont victimes :

QU'EST-CE QUI FAIT QU'ON VEUILLE SE POIGNARDER ?

Le seul recours contre ces maltraitances est de les dénoncer à la police, ce qui est une gageure en raison de la barrière de la langue. De plus, selon l'ambassadeur du Bangladesh en Arabie saoudite, de nombreuses victimes sont tellement traumatisées qu'elles veulent rentrer rapidement chez elles et beaucoup ne s'attardent pas pour les procédures de justice. Ainsi, le plus souvent, aucune mesure n'est prise à l'encontre de l'agresseur. Selon l'ambassadeur du Bangladesh, le gouvernement saoudien a été informé de ces cas.

Recrutement des employées de maison en Arabie saoudite

Depuis les années 1970, un grand nombre de travailleurs migrants bangladais se sont rendus en Arabie saoudite à la recherche d'un emploi. Toutefois, malgré le fait que les femmes ont toujours été beaucoup moins nombreuses à rejoindre la main-d'œuvre migrante bangladaise, leur nombre est aujourd'hui considérable. Depuis 2015, il y a plus de 200 000 femmes de ménage bangladaises en Arabie saoudite.

Les cas de sévices corporels infligés à des personnes appartenant à une population estimée à 9 millions de travailleurs migrants en Arabie saoudite, ont suscité l‘attention du public au fil des ans. Auparavant, l'Indonésie et les Philippines étaient les principales sources de main-d'œuvre domestique féminine en Arabie saoudite. Mais, en 2015, évoquant des cas de maltraitance et de torture, l'Indonésie a interdit le détachement de travailleuses en Arabie saoudite. Le Sri Lanka et les Philippines ont cessé l'envoi de travailleuses bien avant cette date. Le marché du travail saoudien est fermé au Bangladesh depuis 2008 ; toutefois, en 2015, l'Arabie saoudite a proposé d'embaucher des travailleurs du Bangladesh avec un rapport hommes-femmes de 2 pour 1. Le gouvernement bangladais a accepté la proposition et un salaire de base officiel de 800 riyals saoudiens (193 euros) par mois pour les travailleuses a été fixé – beaucoup moins que ce que les Philippines ou les Indonésiennes percevaient.

Un reportage de la Gazette Saoudienne précisait que les femmes de ménage en provenance du Bangladesh étaient les plus demandées en Arabie saoudite en raison de leur recrutement très avantageux.

Le Bangladesh n'imposera pas d'embargo sur l'envoi de travailleuses en Arabie saoudite

Il y a eu beaucoup de débats dans le pays après l'intensification des retours du nombre de travailleuses au Bangladesh. Le chroniqueur Syed Ishtiaq Reza condamne l'envoi de femmes en Arabie saoudite au nom de la relance économique :

The country's economy is indeed enriched by exporting manpower abroad. The economy of Bangladesh depends heavily on these foreign currency earnings. But the question is, should we continue to turn a blind eye to these abuses for the sake of the adverse impact on our economy it can bring? My question to the nation – What are the legal rights of these abused female workers? What platform they can lean on to defend themselves and their rights and finally get justice?

L'économie du pays est en effet enrichie par l'exportation de main-d'œuvre de l'étranger. L'économie du Bangladesh dépend fortement de ces recettes en devises étrangères. Mais la question est de savoir si nous devons continuer à fermer les yeux sur ces maltraitances, au regard des répercussions négatives qu'elles peuvent avoir sur notre économie. Ma question à la nation – Quels sont les droits légaux de ces travailleuses victimes de violence ? Sur quelle base peuvent-elles s'appuyer pour se défendre et faire valoir leurs droits et, enfin obtenir justice ?

Muntaha Jahan a tweeté :

Le 31 octobre, le corps de Parvin Akter, une employée de maison, a été rapatrié d'Arabie saoudite au Bangladesh. Son acte de décès mentionnait “suicide”. Mais les membres de sa famille n'y croient pas. Ils affirment qu'elle s'est souvent plainte de maltraitance sur son lieu de travail.
J'aimerais qu'il n'y ait plus de femmes qui partent travailler en Arabie Saoudite, plus jamais. 🙏😭

Dr. M R Karim Reza a demandé au gouvernement pourquoi il ne faisait rien pour changer la situation :

Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas des mesures pour cesser d'envoyer des employées de maison dans cette cruelle Arabie saoudite ?

Selon Selim Reza, secrétaire du ministère de la Protection sociale des expatriés, le gouvernement bangladais a ouvert des refuges en Arabie saoudite pour les femmes victimes de violences et a pris des mesures pour mettre à l'index et poursuivre les “mauvais employeurs”.

Au coeur de tout cela, le Bangladesh n'est pas disposé à cesser l'exportation de main-d'œuvre vers l'Arabie saoudite, a déclaré son ministre des Affaires étrangères. Le journaliste Ishrat Jahan Urmi a écrit sur Facebook :

## [..] Today, the Foreign Minister mentioned that thousands of workers are going to Saudi Arabia. He asked – “How many have complained that we should stop the market? What is the percentage?”

## The dead bodies that have returned had death certificates mentioning the cause of death as “suicide” or “heart attack”. The investigation stops there. The Saudi nationals are above law.

## A Saudi landlord has to pay expenses and fees of 170,000 BDT (USD 2,000) to get a Bangladeshi maid. They deem that they have bought a slave and can do anything with her.

## Many sexually abused workers return home only to find that her family doesn't want her back (stigma against raped women). This year the BRAC safe home program helped around 1300 female returnees.

## Above all we have our privileged society. [..] They think that these poor women are greedy and they go abroad for anything. These people are plenty in this society.

Against all these odds, we want that the export of female workers to Saudi Arabia be stopped. I don't know whether this cry would be heard by many. But what more can we do?

## Aujourd'hui, le ministre des Affaires étrangères a indiqué que des milliers de travailleurs se rendent en Arabie saoudite. Il a posé la question – “Combien se sont plaints que nous devrions stopper le marché ? Quel est le pourcentage ?”

## Les dépouilles revenues avaient des certificats de décès mentionnant comme cause du décès “suicide” ou “crise cardiaque”. L'enquête s'arrête là. Les ressortissants saoudiens sont au-dessus de la loi.

## Un propriétaire saoudien doit payer des frais et honoraires de 170 000 BDT (1 815 euros) pour recruter une domestique bangladaise. Ils estiment qu'ils ont acheté une esclave et qu'ils peuvent faire n'importe quoi avec elle.

## Beaucoup de travailleuses victimes de violence sexuelle rentrent chez elles pour réaliser que leur famille ne souhaite pas leur retour (stigmatisation des femmes violées). Cette année, le programme de maisons d'hébergement du BRAC a facilité le retour de 1 300 femmes environ.

## Par-dessus tout, nous avons notre société de privilégiés. (…) Ils estiment que ces pauvres femmes sont cupides et qu'elles partent à l'étranger pour n'importe quoi. Ces gens sont nombreux dans notre société.

Contre vents et marées, nous souhaitons qu'il soit mis fin à “l'exportation” de travailleuses vers l'Arabie saoudite. Je ne sais pas si ce cri du coeur sera entendu par beaucoup. Mais que pouvons-nous faire de plus ?

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Netizen Report : l’exploitation des employés de maison dans le Golfe révèle l’incapacité des entreprises technologiques à protéger les droits humainshttps://fr.globalvoices.org/?p=242042http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191117_092406_Netizen_Report___l___exploitation_des_employes_de_maison_dans_le_Golfe_revele_l___incapacite_des_entreprises_technologiques_a_proteger_les_droits_humainsSun, 17 Nov 2019 08:24:06 +0000La technologie et les droits de l’homme dans le monde

Image dans le domaine public, sans attribution.

Le Netizen Report de Global Voices offre un aperçu des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de libertés numériques dans le monde. Cette édition traite l’actualité et les événements du 27 octobre au 10 novembre.

Selon une enquête de la BBC, des habitants du Koweït, d’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe utilisent des applications mobiles et des services de médias sociaux grand public pour acheter et vendre des employés de maison sur le marché noir. Les résultats semblent indiquer des violations claires des règles et des conditions de service des développeurs pour les principales plateformes concernées, à savoir Instagram, Google et Apple.

Les travailleurs domestiques du Golfe, souvent originaires d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est, sont embauchés selon un système de parrainage appelé kafala : la personne ou la famille qui les embauche se porte garante de leur visa et de leur statut juridique. Ce système est connu pour permettre un traitement inhumain des travailleurs. Ces dernières années, certains ont tiré profit des réseaux sociaux pour exposer leur détresse, mais cela leur a parfois valu des sanctions de la part de leurs employeurs ou même de représentants du gouvernement.

Deux reporters de la BBC se sont fait passer pour un couple intéressé à embaucher un travailleur domestique au Koweït. Sur Instagram et Facebook, et par le biais d’applications comme 4Sale, disponibles sur l’Apple Store et le Play Store, les journalistes ont repéré des personnes qui achetaient et vendaient des travailleurs domestiques. « Les vendeurs préconisaient presque tous de confisquer le passeport des femmes, de les enfermer dans la maison, de leur refuser tout congé et de leur interdire ou donner un accès limité au téléphone, indiquent-ils ». Tout cela constitue une violation flagrante de la législation koweïtienne sur le travail et des normes internationales relatives aux droits de l’homme.

À propos du rôle des plateformes technologiques, Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale de l’ONU, a déclaré à la BBC que les entreprises faisaient « la promotion d’un marché aux esclaves en ligne ». « Si Google, Apple, Facebook ou toute autre entreprise héberge des applications de ce type, elle doit rendre des comptes, a-t-elle ajouté. »

Lorsque la BBC s’est adressée aux sociétés du secteur technologique pour leur faire part de ses conclusions, toutes ont exprimé leur préoccupation. 4Sale, qui permet aux utilisateurs de faire de la publicité, de vendre et d’acheter un large éventail de biens, a supprimé la section consacrée aux travailleurs domestiques de sa plateforme. Facebook a interdit le mot-clic #maidsfortransfer d’Instagram, une réponse qui ne résoudra probablement pas le problème. Apple et Google ont déclaré qu’ils chercheraient à éliminer ce type d’activités, qui semblent enfreindre leurs règles d’utilisation. (Google interdit « les applications qui facilitent ou favorisent des activités illégales » et Apple interdit les applications qui pourraient « mettre une personne ou un groupe cible en danger ».) Apple a également pointé du doigt les développeurs d’applications tiers, soutenant qu’il appartient aux développeurs de respecter les conditions de service de l’entreprise.

Depuis la parution de l’article sur le site de la BBC, les autorités policières du Koweït ont commencé à examiner la question et mis en examen au moins deux personnes mentionnées dans l’article.

L’enquête révèle un problème fondamental lié à l’utilisation des plus importants réseaux sociaux et plateformes web qui offrent des services et des fonctionnalités capables de traiter les communications et les transactions commerciales de milliards de personnes chaque jour : aucune des sociétés qui opèrent à cette échelle n’a trouvé le moyen de filtrer efficacement le contenu et les services de tiers pour détecter des preuves de préjudices ou même de violations systématiques des réglementations relatives aux droits de l’homme, comme dans le cas présent.

Entrée en vigueur de la loi russe pour un « Internet souverain »

Le 1er novembre, le projet de loi russe controversé pour un « Internet souverain » est entré en vigueur. La loi stipule que lors d’une « situation de crise » (définie de façon vague), l’Internet russe (ou de certaines régions du pays) sera techniquement coupé de l’Internet mondial. Les partisans de cette mesure soutiennent qu’elle s’avère nécessaire pour protéger la Russie contre les cyberattaques de l’étranger, tandis que les défenseurs des droits de l’homme et de la liberté d’expression considèrent cela comme une menace aux libertés numériques.

La loi oblige les fournisseurs de services Internet à acheminer le trafic international entrant par des points d’échange Internet (IXP) basés en Russie, ce qui permet un fonctionnement centralisé en situation de crise. Elle exige également qu’ils installent des dispositifs spéciaux qui aideraient Roskomnadzor, l’organisme national de surveillance des communications, à bloquer le trafic indésirable. De tels dispositifs enverraient des données à un service central de surveillance capable d’analyser le trafic en temps réel grâce à une inspection approfondie de paquets, une méthode jugée beaucoup plus efficace que le blocage d’adresses IP. La loi prévoit également la création d’un système de noms de domaine (DNS) national (l’équivalent du répertoire téléphonique pour Internet), puisqu’en cas d’une coupure de l’Internet mondial, les fournisseurs de services russes ne seraient plus en mesure de se connecter aux serveurs DNS étrangers.

Le 27 septembre, Roskomnadzor a annoncé que les systèmes seraient testés dans la région du sud de l’Oural, provoquant un certain mécontentement à l’échelle locale. Les résultats n’ont pas été rendus publics.

Anciens employés de Twitter au service du gouvernement saoudien

Le ministère américain de la Justice a inculpé deux anciens employés de Twitter d’espionnage pour le compte de l’Arabie saoudite. Les documents rendus publics le 6 novembre indiquent que les deux individus ont obtenu, sans autorisation de Twitter, des données personnelles et d’autres informations sur des critiques du gouvernement saoudien qui utilisent activement Twitter, puis les ont communiquées aux autorités saoudiennes, en violation des règlements internes de Twitter et du droit américain.

L’un d’eux, Ali Alzabarah, a consulté les données personnelles confidentielles d’environ 6000 comptes, dont celui du militant saoudien Omar Abdulaziz, utilisateur de Twitter de premier plan et connaissance du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi. Omar Abdulaziz a intenté une action en justice contre Twitter et McKinsey, une société de conseil basée aux États-Unis qui a travaillé pour le gouvernement saoudien, affirmant que les deux entreprises ont « porté atteinte à [sa] vie privée […] et exposé, ainsi que sa famille, ses amis et ses alliés politiques, à l’emprisonnement, la torture et même la mort ».

Omar Abdulaziz et Jamal Khashoggi ne constituent que deux exemples des nombreux militants et journalistes saoudiens ciblés par des campagnes de harcèlement coordonnées qui présentent les caractéristiques d’une opération gouvernementale, ainsi qu’à d'autres formes de répression, en ligne ou non.

Coupures d’Internet alors que les protestations se poursuivent en Irak

En Irak, depuis début octobre, des manifestations dénoncent la corruption et exigent une refonte des services publics. Dans ce contexte, les autorités ont imposé un « couvre-feu numérique » et coupé l’accès à Internet en soirée. Le 4 novembre, les Irakiens ont assisté à une coupure massive qui a touché la plupart des régions du pays et duré 41 heures, selon NetBlocks, un groupe de mesure de la censure sur Internet. Reuters a rapporté que celle-ci intervenait après de violents affrontements entre manifestants et « agresseurs non identifiés » à Bagdad qui ont fait au moins six morts.

Coupure régionale de l’Internet mobile au Pakistan pendant une manifestation

Le 22 octobre, les réseaux de données mobiles ont été coupés le 22 octobre dans certaines parties d’Islamabad et de Lahore alors que des partis politiques conservateurs opposés au gouvernement du Premier ministre Imran Khan organisaient une série de manifestations. Les journalistes soupçonnent que les coupures visaient à empêcher les groupes de retransmettre leur action en direct. Le gouvernement n’a publié aucune déclaration officielle à ce sujet.

Media Matters for Democracy, une ONG basée à Islamabad, note que la Haute Cour d’Islamabad a décidé en 2018 que les coupures arbitraires ordonnées par le gouvernement étaient illégales. Toutefois, le gouvernement a contesté la décision et obtenu une ordonnance de suspension provisoire, jusqu'à ce que l’affaire passe en appel.

En Asie du Sud-Est des militants dénoncent les attaques contre la liberté d’expression en ligne

Un groupe de militants de grands organismes de presse et de grandes organisations de défense de la liberté d’expression et des libertés numériques en Asie du Sud-Est s’est réuni pour dénoncer la répression croissante pour des propos tenus en ligne exercée par le gouvernement dans la région. Prenant pour exemple les blogueurs vietnamiens Nguyen Van Hoa et Le Dinh Luong ainsi que le cinéaste numérique birman Min Htin Ko Ko Ko Ko Gyi, emprisonnés, le groupe a mis en lumière les dangers encourus dans leur « région de plus en plus autoritaire ».

« Nous sommes témoins de blogueurs, de manifestants, de défenseurs des droits humains, de journalistes et de simples internautes qui sont harcelés, menacés, battus, poursuivis et emprisonnés pour leur utilisation légitime d’espaces en ligne », ont-ils déclaré dans un communiqué. Parmi les signataires de cette déclaration figurent l’Association for Progressive Communications, Engage Media, Thai Netizen Network et Viet Tan.

Nouvelles études

Freedom on the Net 2019: The Crisis of Social Media – Freedom House

Report on digital welfare and human rights – Philip Alston, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté

On the blocking of pro-choice websites: Women on Waves and Women on Web – Coding Rights, Open Observatory of Network Interference, Women on Waves et Women on Web

 

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Afef Abrougui, Ellery Roberts Biddle, Maxim Edwards, Leila Nachawati et Taisa Sganzerla ont contribué à l’élaboration de ce rapport.

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Des campus d'université à Hong Kong transformés en champ de bataille après trois jours de grèvehttps://fr.globalvoices.org/?p=242069http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191116_091551_Des_campus_d_universite_a_Hong_Kong_transformes_en_champ_de_bataille_apres_trois_jours_de_greveSat, 16 Nov 2019 08:15:51 +0000Bataille la plus acharnée, celle de l'Université chinoise de HK

Photo prise par Vivian Tam, CUHK. Utilisation non-commerciale.

La police de Hong Kong a transformé plusieurs campus universitaires du territoire en champ de bataille alors que la grève de trois jours du 11 au 13 novembre s'envenimait. La bataille la plus acharnée a eu lieu à l'Université chinoise de Hong Kong dans le district de Shatin.

La direction de la police a affirmé que les manifestants de l'université avaient jeté des objets sur la voie ferrée depuis un pont (le pont N° 2) reliant le campus à l'autoroute Tolo. Mais, au lieu de sécuriser le pont, la police anti-émeute est entrée de force sur le campus à 15h15, tirant des lacrymogènes et d'autres projectiles non-létaux pendant 15 minutes sans interruption.

La vidéo virale a montré que des lacrymogènes en grande quantité ont été tirés dans le gymnase de l'université après que la police a forcé son chemin dans le campus :

Respect Université de Hong Kong
Aujourd'hui CUHK Demain toutes les universités de HK
Voilà ce qui arrive dans une université à Hong Kong !!!

Les autorités de police ont justifié leur décision en citant l'Ordonnance sur l'ordre public, affirmant qu'aux termes du texte, les écoles ne sont pas considérées comme “locaux privés” et que les policiers peuvent y pénétrer et procéder à des arrestations sans mandat.

Le président de l'université, Rocky Tuan, a tenté de faire redescendre la tension en allant au contact vers 17h, proposant que les policiers se positionnent à l'autre bout du pont pendant que les agents de la sécurité de l'université se placeraient du côté campus. La négociation a échoué et la police a tiré des gaz lacrymogènes. Le président de l'université a quitté la scène car il n'avait pas d'équipement de protection. Après quoi, les étudiants ont commencé à lancer des cocktails Molotov et des briques sur les policiers.

Pensant plus de cinq heures, voilà à quoi ressemblait la ligne de front du champ de bataille :

#PoliceHKTerroristes #HKEtatPolicier
Sauvez nos étudiants à CUHK

Après que l'information de l'incursion de la police anti-émeute est devenue virale, un grand nombre d'anciens élèves ont afflué sur le campus de l'université avec toutes sortes de fournitures comme des équipements de protection, du matériel médical, etc… Par exemple, l'ancien président de l'université Joseph Sung a rapidement monté un service des urgences dans le gymnase avec une centaine de spécialistes médicaux pour soigner les blessés. La police anti-émeute s'est retirée vers 22h30.

Plus de 100 personnes ont été blessées dont une grièvement après avoir été touchée à la tête par une balle en caoutchouc. La police a reconnu avoir tiré 1567 cartouches de gaz lacrymogènes, 1312 munitions de balles en caoutchouc et 380 ‘bean bags’ dans la seule journée du 12 novembre. Les étudiants de l'Université chinoise ont ramassé 2356 douilles de balles en caoutchouc sur le champ de bataille dans le campus :

2356 cartouches ramassées à l'UCHK aujourd'hui

Le 13 novembre, le président du syndicat des étudiants de l'Université chinoise de Hong Kong (CUHK) a sollicité une injonction provisoire pour interdire à la police de pénétrer sur le campus sans mandat, ainsi que pour interdire l'usage d'armes de contrôle de foule in situ sans l'approbation de l'établissement, injonction rejetée par le magistrat de la Haute cour.

Les affrontements entre les policiers et les activistes étudiants ont débuté au premier jour de la grève générale le 11 novembre quand des manifestants ont tenté de monter des barricades pour entraver la circulation. L'action, qui appelait les étudiants à boycotter les cours, les commerçants à fermer les magasins et les employés à cesser le travail, vise à faire pression sur le gouvernement pour qu'il donne suite aux principales revendications des protestataires : une enquête indépendante sur les violences policières, le retrait de la qualification d'émeute, l'abandon des poursuites contre les protestataires, et la réforme politique.

L'Université chinoise de Hong Kong n'a pas été la seule université envahie par la police. Le campus de l'Université de Hong Kong sur l'Ile, l'Université polytechnique et la City University ont toutes été envahies par la police qui a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Ci-après, quelques tweets sur les affrontements universitaires :

En ce moment à l'Université polytechnique, lacrymogènes et incendies

CityU ce matin

Gaz lacrymogènes autour de la sortie de métro HKU

Les plus récents affrontements ont eu lieu le 13 novembre à l'Université baptiste. Les agents de la police anti-émeute ont envahi le campus après que les manifestants ont coupé Junction Road avec des parapluies et des briques :

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La Croatie n'a pas de problème majeur de fake news, dit une présentatrice d'informations téléviséeshttps://fr.globalvoices.org/?p=242063http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191115_095449_La_Croatie_n_a_pas_de_probleme_majeur_de_fake_news__dit_une_presentatrice_d_informations_televiseesFri, 15 Nov 2019 08:54:49 +0000Mais dit-elle, les médias marginaux déforment parfois les faits

Damira Gregoret. Photo de sa page Facebook officielle.

Cet entretien est initialement paru sur l’agence d'information Meta.mk, opérée par la Fondation Metamorphosis. Une version adaptée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Damira Gregoret est journaliste politique et présentatrice des informations à RTL Croatie. En octobre 2018, elle avait fait la une des médias croates après avoir posé une question au Premier ministre croate Andrej Plenković lors d'une conférence de presse, à laquelle il avait répondu, avec condescendance : “Vous êtes si mignonne, Damira.” Il lui avait ensuite présenté des excuses publiques.

Meta.mk s'est entretenu avec elle sur le climat médiatique et la désinformation en Croatie dans la course à l'élection présidentielle prévue le 20 janvier 2020.

Meta.mk : Le grand public est-il capable de discerner les fausses informations et quelle est leur présence dans les médias croates ?

Damira Gregoret (DG) : Ces derniers cinq ou six ans, nous avons eu des problèmes avec la reconnaissance de la désinformation, de la mésinformation. Même si sais pas avec certitude comment je dois appeler ces informations, c'est-à-dire si toute information dont un journaliste fait part faute de savoir mieux ou par manque de savoir est une fausse nouvelle ou juste de la désinformation. D'un autre côté, il est clair qu'une fausse nouvelle est quelque chose qui est publié intentionnellement.

Meta.mk : Quelle est la principale source de fausses nouvelles ? 

DG : Je dirais qu'ici en Croatie nous n'avons pas de gros problèmes d'informations fausses, au moins pas dans les médias traditionnels, mais il y a une certaine distorsion des faits aux marges de la scène médiatique, que l'on peut caractériser comme fausses nouvelles. C'est quelque chose qui n'est pas devenu un problème majeur, parce que les médias traditionnels en Croatie, heureusement, sont encore dominants, mais certainement, ça doit être détecté et une réaction doit s'ensuivre. La question est : comment ? Je suis inquiète au sujet des données concernant la Serbie, c'est incroyable comment ce pays s'est mis dans la situation où il est à présent. Le problème est peut-être la synergie commune, c'est-à-dire la camaraderie qui n'a pas nécessairement à être interne au cadre d'un seul État. Les journalistes doivent être plus prudents, et au final, informer plus d'institutions y compris la Commission européenne.

Meta.mk : Quel est le sujet usuel des fausses informations en Croatie ? 

DG : Les migrants, mais je dirais là aussi que ça se passe aux marges de la scène médiatique, où le nombre des migrants a été gonflé hors de proportions, et où il y a eu d'autre part des mises en garde que les migrants sont agressifs, ce qui dans certaines circonstances peut arriver. Mais un journaliste doit exercer une discrimination positive, c'est-à-dire ne pas publier chaque information qui peut engendrer par elle-même la haine.

Je me rappelle le texte qui mentionnait que des migrants avaient attaqué et cambriolé plusieurs maisons, et le le lendemain seulement l'information était arrivée de la police que c'était une seule maison et qu'elle n'avait pas été cambriolée par des migrants. De cette façon, la peur des migrants, qui s'est propagée dans toute l'Europe, est présente ici et sert à la création de fausses nouvelles.

Meta.mk : Y a-t-il des réactions de citoyens, de la société, de l'opinion, des institutions ? 

DG : Il m'est difficile d'expliquer en faits et chiffres comment chacun réagit. Je pense que les gens sont enclins à croire ce type de fausses nouvelles, parce que c'est plus simple – les gens se sentent en sécurité à l'intérieur des frontières de leur pays où il n'y a pas d'étrangers qui troublent l'ordre. Mais je crois que c'est de la responsabilité de la part des médias et que ce sont les médias qui doivent se positionner et dissiper ces peurs. Certes, non en n'informant pas, mais seulement en expliquant aux gens que dans la situation en général, il faut toujours agir en être humain. Ils doivent agir humainement.

Meta.mk : Expliquez-nous comment ces questions sont régulées en Croatie – y a-t-il des règlementations spéciales concernant le discours de haine, les fausses informations ? 

DG : Cela a été discuté, même si j'imagine difficilement comment ça serait régulé. Je suis convaincue qu'une voie peut être trouvée. Il y a un codex journalistique qui ne contient aucune sanction. L'Association croate des médias est active dans ce domaine, mais seulement comme assistance. Nous pouvons toujours faire mieux dans la lutte contre les fausses informations et le discours de haine, mais la situation n'est pas alarmante.

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Au Mozambique, la victoire électorale du Frelimo rejetée par l'oppositionhttps://fr.globalvoices.org/?p=242011http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191114_125032_Au_Mozambique__la_victoire_electorale_du_Frelimo_rejetee_par_l_oppositionThu, 14 Nov 2019 11:50:32 +0000La Renamo rejette tous les résultats d'élections depuis 1992

Filipe Nyusi lors de la campagne électorale de 2014. Photo: Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Le 15 octobre, les Mozambicains ont élu un nouveau président, les députés de l'Assemblée nationale, les gouverneurs de province et les députés des assemblées provinciales.

Le président sortant Filipe Nyusi du parti Frelimo [Front de libération du Mozambique] a été réélu [pt] avec 73% des voix, contre 21,88% pour Ossufo Momade du principal parti d'opposition, la Renamo [Résistance nationale mozambicaine]. Le Frelimo a également obtenu 184 des 250 sièges du législatif monocaméral et tous les 10 gouverneurs de province.

Toutes les provinces ont donné une victoire globale au Frelimo, y compris la Zambézie et la Nampula où il avait perdu lors d’autres élections.

Le Conseil constitutionnel du Mozambique n'a pas encore officialisé les résultats.

Le 21 octobre, la Renamo a déclaré qu’elle” n’acceptait ni ne reconnaissait” les résultats des élections, selon la radio Deutsche Welle. Dans un communiqué, son comité politique a déclaré:

Considerando que alguns eleitores traziam consigo boletins de voto já assinalados a favor do partido Frelimo e do seu candidato antes de entrar na sala de votação, o partido Renamo considera que houve fraude semelhante àquela em que estudantes se apresentam na sala de exame com cópias de guias de correcção.

Face a isto, a Renamo distancia-se dos resultados que estão sendo anunciados pelos órgãos de comunicação social, por não corresponderem à vontade do eleitorado

Considérant que certains électeurs ont apporté avec eux des bulletins déjà marqués pour le Frelimo et son candidat avant d'entrer dans la salle de vote, la Renamo juge qu'il y a eu fraude de la même manière que si des étudiants venaient dans la salle d'examen munis de copies des cahiers de corrections.

Dans ces conditions, la Renamo prend ses distances par rapport aux résultats annoncés par les médias, car ils ne reflètent pas la volonté de l'électorat.

Selon un article [pt] de la radio Deutsche Welle, le président de la Renamo a également appelé “tous les Mozambicains à ne pas accepter la grande fraude électorale [et] à exiger la libération immédiate et sans condition de tous les membres de la Renamo arbitrairement détenus au cours du processus électoral”.

Le MDM, un autre parti d'opposition, a également publié une déclaration rejetant les résultats :

O MDM não aceita os resultados que estão sendo publicados, por estes não reflectirem a vontade dos moçambicanos. Nem em sociedades civilizadas se admite este tipo de eleição.

Le MDM n'accepte pas les résultats publiés car ils ne reflètent pas la volonté des Mozambicains. Dans les sociétés civilisées, ce type d'élections n'est pas admis.

Le Président réélu et le Frelimo ont publiquement remercié [pt] les électeurs pour leur participation:

Obrigado a todos pelo apoio!

Este domingo, acompanhamos a divulgação dos resultados das eleições gerais e das Assembleias Provinciais pela Comissão Nacional de Eleições (CNE).

Estivemos atentos em todo o País em escutas colectivas. Eu e milhares de camaradas juntamos-nos na Escola Central do Partido, na cidade de Matola, Província de Maputo.

Vamos continuar a aguardar pela homologação dos resultados pelo Conselho Constitucional para no próximo ciclo continuarmos, com a nossa visão de trabalhar para um Moçambique próspero, equitativo e justo.

Merci à tous pour le soutien !

Ce dimanche, nous avons suivi la publication des résultats des élections générales et des assemblées provinciales par la Commission électorale nationale.

Des milliers de camarades et moi étions ensemble à l'école centrale du parti à Matola, dans la province de Maputo.

Nous continuerons d'attendre que le Conseil constitutionnel ratifie les résultats pour le prochain mandat et poursuivons dans notre vision d'œuvrer pour un Mozambique prospère, équitable et juste.

Le Frelimo dirige le Mozambique depuis la fin de la guerre civile et la mise en place d'une démocratie multipartite en 1992. Depuis lors, la Renamo n'a jamais accepté les résultats des élections. En 2014 et 2015, les tensions ont conduit à un nouveau conflit armé. Trois nouveaux accords [pt] de paix ou de cessez-le-feu ont été signés depuis 1992.

En 2018, Afonso Dhlakama [fr], le chef historique de la Renamo est décédé et le leadership actuel d'Ossufo Momade n'est pas accepté par une faction du parti.

Lire aussi: Afonso Dhlakama, le légendaire politicien et ex-guérillero du Mozambique est mort

Les élections de 2019 se sont déroulées au milieu d'un conflit armé opposant des insurgés islamiques et des militaires dans la province de Cabo Delgado (nord du pays), qui a fait 200 morts depuis 2017. Le climat d'insécurité a empêché environ 5 000 personnes de voter.

La plate-forme pour la transparence électorale, une initiative de suivi des élections menée par cinq organisations de la société civile, a signalé des irrégularités dans certaines procédures. Selon le journal O País :

O grupo de organizações da sociedade civil diz ainda ter detectado situações de enchimento de urnas nalguns pontos, detenções dos delegados de candidatura, mesmo quando estes gozam de imunidade.

A Plataforma de Transparência Eleitoral diz ainda ter encontrado dificuldades na credenciação dos seus observadores, tendo conseguido credenciar apenas 3,200 observadores, dos cerca de 7,000 pedidos para o efeito.

Le groupe d'organisations de la société civile a déclaré avoir détecté des cas de bourrage d'urnes dans certains endroits, des arrestations de surveillants des bureaux de vote, malgré que ceux-ci jouissaient d'immunité.

La plate-forme pour la transparence électorale a également déclaré avoir rencontré des difficultés pour accréditer ses observateurs, n'ayant réussi à en affecter que 3 200 sur les quelque 7 000 demandes d'accréditation.

La Plateforme de transparence électorale, à l'Université Eduardo Mondlane de Maputo. Photo de Dércio Tsandzana, 15 octobre 2019

L'Union africaine (UA), la Communauté des pays de l'Afrique australe (SADC), la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et l'Institut pour une démocratie durable en Afrique (EISA) ont également envoyé des observateurs.

Les missions d'observation ont toutes indiqué [pt] que les élections s'étaient déroulées dans le calme, à l'exception d'incidents violents survenus à Cabo Delgado qui ont empêché les gens de voter.

Les incidents survenus pendant la campagne électorale, notamment l'assassinat de militants et d'observateurs électoraux, ont été considérés comme isolés et n'ont pas porté atteinte à l'intégrité du processus. Selon l'agence de presse Lusa :

A missão da CPLP [Comunidade dos Países de Língua Portuguesa] considera que o ato de votação do passado dia 15 decorreu, na generalidade, em consonância com as práticas internacionais de referência.

A missão [da União Africana] observa que a transparência do processo foi assegurada, os partidos e observadores estavam presentes na votação.

Para a SADC as fases de pré-eleição e de votação foram conduzidas, no geral, de forma pacífica e ordeira.

La mission de la CPLP [Communauté des pays de langue portugaise] a estimé que le processus de vote du 15 avait eu lieu, d'une manière générale, conformément aux pratiques recommandées au niveau international.

La mission [de l'Union africaine] note que la transparence du processus a été assurée, les partis et les observateurs étant présents lors du vote.

Pour la SADC, les phases de pré-élection et de vote se sont généralement déroulées de manière pacifique et ordonnée

Les missions internationales d'observation se préparent avant une conférence de presse. Photo de Dércio Tsandzana, 17 octobre 2019

L'Union européenne (UE) a souligné [pt] que le processus était gravement compromis par la méfiance entre les principaux acteurs, ainsi que par les inégalités des chances dans la compétition électorale ainsi qu'un douteux enregistrement des électeurs :

O processo eleitoral decorreu num ambiente polarizado e complexo, no qual a violência interpartidária foi prevalente, assim como desconfiança entre os principais partidos políticos e falta de confiança de que a administração eleitoral e os órgãos judiciais fossem independentes e livres de influência política.

Le processus électoral s’est déroulé dans un environnement complexe et polarisé, caractérisé par la violence entre militants, la méfiance entre les principaux partis politiques et le manque de confiance dans le fait que l’administration électorale et les organes judiciaires étaient indépendants et libres de toute ingérence politique.

La mission d'observation de l'Union européenne donne une conférence de presse. Photo de Dércio Tsandzana, 17 octobre 2019

Dans une déclaration [pt] du 8 novembre, la mission d'observation de l'UE (MOE UE) a de nouveau cité des irrégularités et a invité cette fois le Conseil constitutionnel à réagir :

A MOE UE recebeu informação credível e observou casos de intimidação de delegados dos partidos políticos. Os observadores da UE tomaram conhecimento de centenas de casos em que presidentes de mesas de votação expulsaram delegados e membros de mesa nomeados pelos partidos da oposição, muitas vezes com a assistência da policia. Muitos membros da oposição, quer delegados dos partidos, quer membros de mesa nomeados pelos partidos da oposição, que reclamavam durante o processo foram considerados pelas autoridades como estando a perturbar o processo eleitoral e foram retirados do local ou expulsos com a assistência da policia. Quando a policia esteve envolvida na expulsão de delegados dos partidos, a situação tornou-se por vezes violenta.

A MOE UE considera que a administração eleitoral deverá assumir a responsabilidade em esclarecer as irregularidades constatadas. A MOE UE está consciente de que os factos constatados constituem um esforço acrescido para o Conselho Constitucional que tem a oportunidade de dar resposta a algumas destas irregularidades durante a validação de resultados.

La MOE UE a reçu des informations crédibles et a observé des cas d'intimidation de délégués de partis. Les observateurs de l'UE ont été informés de centaines de cas où des présidents de bureaux de vote dans tout le pays ont expulsé des agents des partis de l'opposition et des agents électoraux désignés par les partis, souvent avec l'aide de la police.
De nombreux membres de l’opposition, qu’ils soient des agents du scrutin, des agents électoraux nommés par un parti ou des fonctionnaires électoraux nommés par le parti, qui ont soulevé des réclamations ont été considérés par les autorités comme perturbant le processus électoral et la police a été appelée pour les faire expulser ou arrêter. Lorsque la police était impliquée dans l'expulsion d'agents de partis, c'était parfois avec violence.

La MOE UE estime que l'administration électorale devrait se charger de clarifier les irrégularités constatées. La ME UE est consciente que les faits observés requièrent un effort supplémentaire pour le Conseil constitutionnel, qui aura la possibilité de réagir à ces irrégularités lors de la ratification des résultats.

Au cours de la campagne électorale, il y a eu des cas [pt] où des journalistes ont été empêchés d'assister à des réunions.

En ce qui concerne la couverture journalistique, un journaliste qui a diffusé une émission de radio le 15 octobre a été menacé. Zito Ossemane a souligné sur Twitter :

Mon collègue, Tome Balança, a été agressé hier soir par des inconnus jusqu'à présent non identifiés pour son honnêteté et son professionnalisme le soir des élections. La résidence de Balança a été encerclée par ces individus qui l'ont torturé et proféré de nombreuses menaces.

Image: L'information d'un autre journaliste torturé et menacé arrive de Quelimane. Zito Ossumane, directeur de Radio Chuaba FM, une chaîne privée opérant dans cette ville de la province du Zambèzie, vient d’annoncer au correspondant de DW Africa, Sitoi Lutxeque, que des inconnus ont envahi la résidence du journaliste Tome Balança…

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Les manifestations de Beyrouth à l'honneur sur une carte montrant la contestation en processus vivant de ‘fabrique de la ville’https://fr.globalvoices.org/?p=241990http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191114_094144_Les_manifestations_de_Beyrouth_a_l_honneur_sur_une_carte_montrant_la_contestation_en_processus_vivant_de____fabrique_de_la_ville___Thu, 14 Nov 2019 08:41:44 +0000

La carte dessinée par Antoine Atallah montre comment différents groupes de manifestants ont occupé l'espace pour mener différentes sortes d'activités. Reproduite avec autorisation.

Les manifestations qui balaient le Liban depuis le 17 octobre 2019 ont débuté en réaction à l'annonce de nouvelles taxes par le gouvernement. Elles ont évolué depuis en un rejet du modèle économique et politique qui a permis aux élites locales de conserver leur mainmise sur le pays depuis la fin de la guerre civile en 1990. Unis par-dessus les communautés religieuses, les classes sociales et les sexes, les protestataires ont marqué une importante victoire le 29 octobre avec la démission du Premier ministre Saad Hariri.

Depuis, les manifestations sont amplement médiatisées au Moyen-Orient et au-delà dans la presse, en photos et en vidéo. Et maintenant, sur une carte qui sort de l'ordinaire. Tout récent ajout au narratif du mouvement, c'est une représentation cartographique des manifestants par Antoine Atallah, un architecte, urbaniste et militant environnement libanais.

Manifestation à Beyrouth le 19 octobre 2019. Photo de Shahen Araboghlian via Wikipedia, CC BY-SA 4.0

Pourquoi a-t-il choisi cette forme particulière ? Atallah explique :

Maps are important additions to the visual “magma” we're being exposed to because they allow us to summarize, reflect and put things in perspective. An outer, zoomed out, snapshot makes them more obvious”.

“Les cartes sont des ajouts importants au “magma” visuel auquel nous sommes exposés, parce qu'elles nous permettent de synthétiser, réfléchir et mettre les choses en perspective. Un arrêt sur image extérieur, en zoom arrière, les rend plus évidentes.”

Et qu'est-ce qui l'a motivé à faire un tel travail ? Sa réponse :

“It’s the fact that for the first time since the beginning of the civil war and the subsequent Solidere takeover, people were given a chance to claim their right to the city in an area that was taken away from them. It's an extremely inspiring moment, where “city-making” can be observed live. I felt that mapping this process is extremely important since the current occupation is fleeting and precarious, can shift and change or disappear suddenly”.

C'est le fait que pour la première fois depuis le début de la guerre civile et la prise de contrôle subséquente de Solidere, les gens ont reçu une chance de revendiquer leur droit à la ville dans une zone qui leur a été enlevée. C'est un moment extrêmement inspirant, où le “faire-ville” peut être observé en direct. J'ai senti que cartographier ce processus est d'une extrême importance car l'occupation actuelle est fugace et précaire, elle peut changer ou soudain disparaître.”

Atallah fait référence à la société par actions Solidere, étroitement liée au Président de l'époque Rafiq Hariri et qui a commencé en 1994 à reconstruire et embourgeoiser cette partie de la ville à coup de restaurants et boutiques chics à l'intention des riches Libanais et touristes du Golfe.

Après 24 heures à peine de circulation sur les médias sociaux, la carte prend de l'ampleur parce qu'elle illustre les besoins essentiels de nombreux habitants. Atallah commente :

Lebanese people have appropriated the voids of the city center to create the function they need: to discuss, to rest, to eat and have fun for free or for cheap, to dance. This is a lesson to everyone who underestimated people's awareness, maturity and capacity to be space builders, to be creators of function and meaning, to be actors of a collective project” . 

“Les Libanais se sont approprié les vides du centre-ville pour créer les fonctions dont ils ont besoin : discuter, se reposer, manger et s'amuser gratuitement ou à bon marché, danser. Ceci est une leçon pour tous ceux qui ont sous-estimé la conscience, la maturité et la capacité à être des constructeurs d'espace, des créateurs de fonction et de sens, des acteurs d'un projet collectif”.

A propos de ses espoirs pour l'avenir, Atallah conclut :

“The challenge comes from the political system which has imposed itself for 30 years and maintains wide leverage and huge power. In fact, the main challenge comes from asking a parliament which is against us, to compose a government that will be against them. The equation is complex and challenging. But I also trust the collective intelligence that's been displayed in all those weeks of revolution. It will surely prevail and nothing will ever be the same again”.

Le défi provient du système politique qui s'est imposé depuis 30 ans et maintient une large capacité d'influence et une énorme puissance. En fait, le principal défi est celui de demander à un parlement qui est contre nous, de composer un gouvernement qui sera contre eux. L'équation est complexe et provocatrice. Mais je fais aussi confiance à l'intelligence collective déployée dans toutes ces semaines de révolution. Elle l'emportera sûrement et rien ne sera plus jamais pareil.”

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La Haute Cour de Tanzanie confirme la décision de mettre fin au mariage précoce malgré les tentatives gouvernementaleshttps://fr.globalvoices.org/?p=241935http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191113_103827_La_Haute_Cour_de_Tanzanie_confirme_la_decision_de_mettre_fin_au_mariage_precoce_malgre_les_tentatives_gouvernementalesWed, 13 Nov 2019 09:38:27 +0000“C'est la meilleure décision que la cour ait jamais prise”

Des écolières tanzaniennes posent pour une photo le 10 juillet 2007. Photo de Fanny Schertzer, utilisée avec l'autorisation de Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

En octobre 2019, la Haute Cour tanzanienne a confirmé la décision historique de 2016 qui avait porté l'âge minimum au mariage pour les filles et les garçons à 18 ans.

Le gouvernement tanzanien a tenté d'abroger cette décision, affirmant que les filles mûrissaient plus tôt et que le mariage était une forme de protection pour les jeunes filles enceintes et qu'elles devaient donc être autorisées à se marier avant 18 ans.

Mais le 23 octobre 2019, le gouvernement tanzanien a perdu son appel et la décision de la haute cour est maintenue : l'âge au mariage pour les garçons et pour les filles est de 18 ans, ce qui renforce l'interdiction du mariage des enfants en Tanzanie.

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), la Tanzanie connaît l'un des taux de prévalence de mariage précoce parmi les plus élevés du monde.

Les internautes ont rapidement exprimé leur joie devant la décision. Certains ont félicité Rebeca Z. Gyumi, pétitionnaire et défendeure, à l'origine de cette affaire. Gyumi est la fondatrice et directrice exécutive de Msichana Initiative (initiative des jeunes femmes), une organisation non gouvernementale tanzanienne qui autonomise les filles par l'éducation.

Bravo à @RebeccaGyumi @Advocate_Jebra et l'équipe. Je me souviens de votre parcours commencé en 2016, j'ai été témoin de votre première victoire et vous avez continué à vous battre pour mettre fin au mariage précoce

Mohammed Dewji, un homme d'affaires et ancien politicien, a applaudi cette décision comme une victoire pour les filles en Tanzanie :

Quelle victoire pour les filles en Tanzanie ! La cour d'appel de Tanzanie a confirmé la décision historique de la Haute Cour de 2016 fixant l'âge minimum au mariage pour les filles de 14 à 18 ans! Félicitations à toutes les tanzaniennes

L’internaute Lydia Charles l’a qualifiée de “meilleure décision jamais prise”:

C’est la meilleure décision que la cour ait jamais prise. Tant de choses à célébrer. Félicitations à toutes les filles tanzaniennes. Félicitations à @@MsichanaUwezo pour avoir dirigé cette équipe

Le combat pour mettre fin au mariage précoce en Tanzanie

En 2016, Gyumi a contesté la constitutionnalité de la loi de 2002 sur le mariage (LMA), qui permettait aux filles de moins de 18 ans de se marier.

Selon l’enquête démographique et de santé réalisée en Tanzanie (TDHS), 36% des femmes âgées de 25 à 49 ans étaient mariées avant l’âge de 18 ans, contre seulement 5% des hommes du même âge.

La LMA permettait à des filles aussi jeunes que 14 ans de se marier avec le consentement d'un tribunal et à 15 ans avec celui des parents, tandis que l'âge minimum pour les garçons était de 18 ans.

Par l'intermédiaire de ses avocats, Gyumi a fait valoir que les dispositions de la LMA étaient discriminatoires en ce qu'elles accordaient un traitement préférentiel aux garçons pour l'âge au mariage. Elle a en outre fait valoir que les dispositions violaient le droit à l'égalité et qu'elles étaient trop vagues et sujettes à une interprétation arbitraire pour refuser aux enfants de sexe féminin leur droit à l'éducation.

Gyumi a demandé à la Haute Cour de déclarer les dispositions de la LMA nulles et non avenues.

La Haute Cour n'a jamais déclaré nulles et non advenues les dispositions de la LMA. Mais elle a trouvé les dispositions inconstitutionnelles et a donné au gouvernement un an pour corriger les anomalies dans les dispositions relatives au LMA. Par l'intermédiaire du procureur général, le gouvernement avait reçu pour instruction de fixer à 18 ans l'âge légal au mariage, tant pour les garçons que pour les filles.

Cependant, le procureur général de l'époque, George Masaju, s'est senti insatisfait de la décision et a immédiatement présenté un avis d'appel à la Haute Cour :

Je viens donc d’être informé par mon avocat que le bureau du procureur général m’a signifié un avis d’appel à la décision de la HC à propos du mariage des enfants

En septembre 2017, Masaju a officiellement présenté un recours contre le jugement de 2016.

Officiel : On m'a signifié des documents d'appel du gouvernement dans l'affaire du mariage des enfant. Cas numéro 204 de septembre 2017.

Motifs d'appel

En quatre mois de procédure, le gouvernement a demandé à interjeter appel de la décision de 2016 exigeant la révision des dispositions de la LMA autorisant le mariage des filles à l'âge de 15 ans. Le requérant, représenté par ses principaux procureurs, Mark Mulwambo et Alesia Mbuya, ont invoqué des différences biologiques et des lois coutumières et islamiques.

Mme Mbuya a fait valoir que les différences biologiques placent les garçons et les filles dans “des catégories différentes” et que, par conséquent, la loi les traite différemment. Elle a fait valoir que les filles mûrissant plus tôt, la loi devait en tenir compte. Elle a soutenu que le mariage pouvait protéger les filles non mariées qui tombent enceintes très tôt.

En outre, elle a soutenu que le tribunal avait commis une erreur en “assimilant l'âge de l'enfant et l'âge au mariage”, signifiant qu'il devait considérer les enfants de sexe masculin et féminin différemment en ce qui concerne l'âge au mariage.

Les internautes ont rapidement critiqué les motifs invoqués par l'appelant devant le tribunal.

Craignez les gens qui peuvent justifier la stupidité
“Le procureur général de Tanzanie a placé un appel. L'une de ses affirmations était que le mariage pouvait protéger les filles non mariées qui tombent enceintes.”
“Un tribunal tanzanien confirme la loi interdisant le mariage précoce” – CNN

Parité des sexes

La décision de la cour est un pas en avant vers l'élimination des pratiques néfastes et de toutes les formes de discrimination à l'égard des filles en Tanzanie. Selon les Nations Unies, pour parvenir à l'égalité des sexes d'ici 2030, les gouvernements doivent modifier les lois [fr] discriminatoires et adopter celles qui favorisent de manière proactive l'égalité.  

Les données montrent que l'âge au mariage est directement lié aux niveaux d'éducation et de richesse (TDHS 201). En Tanzanie, il existe une différence de six ans entre l'âge au mariage des filles sans éducation et celles avec un enseignement secondaire ou supérieur.

En Tanzanie, il est illégal de féconder ou d'épouser des écolières avec une peine de 30 ans d'emprisonnement à titre de punition. Les écolières enceintes ne sont pas autorisées à retourner à l'école même après avoir accouché.

L'interdiction du mariage précoce protégera toutes les filles, quel que soit leur statut de scolarisation. Le mariage précoce empêche les filles de poursuivre leurs études et mène à l'abandon scolaire, selon les données de la Tanzania National Survey, 2017).

Cette interdiction crée de meilleures conditions pour que les écolières puissent terminer leurs études sans obstacle. Mais même dans ce cas, les écolières enceintes sont toujours confrontées à une décision inconstitutionnelle qui leur interdit de retourner à l’école.

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Musées de l'esprit : Pourquoi il faut préserver les langues en périlhttps://fr.globalvoices.org/?p=241941http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191113_094418_Musees_de_l_esprit___Pourquoi_il_faut_preserver_les_langues_en_perilWed, 13 Nov 2019 08:44:18 +0000

Eranti Dolbera est locutrice d'une langue tribale en voie de disparition appelée Lanjia Sora, parlée à Rapjingtal, en Inde. Photo : Opino Gomango pour Living Tongues Institute for Endangered Languages dans le cadre d'un projet documentaire sur les Sora. Utilisation avec autorisation.

En commémoration de l'année internationale des langues autochtones des Nations Unies (IYIL 2019)

Mme Dora Manchado, dernière locutrice du tehuelche, est décédée le 4 janvier 2019, à l'âge de 86 ans. Elle était connue dans sa communauté natale de Patagonie, et beaucoup l'aimaient. L'anthropologue linguistique Javier Domingo a travaillé avec Mme Manchado pendant les dernières années de sa vie à enregistrer sa parole et est devenu un ami proche. Lors de son décès, il a noté : “Dora Manchado était considérée comme ‘dernier locuteur’ du tehuelche ainsi que l'âme de la reconnaissance et renaissance ethniques des Tehuelche. Elle savait parfaitement que la langue, ce n'est pas seulement l'échange, mais aussi la confiance, […] et le partage avec autrui. Grâce aux enregistrements qu'elle a réalisés, le restant de la communauté a désormais, s'ils le souhaitent, la possibilité d'affirmer leur passé et de reconstruire leur identité”.

Appelé localement aonekko ‘a’ien, l'avenir du tehuelche est maintenant dans les mains de plusieurs dizaines de militants en Patagonie qui tâchent de garder vivante la langue à travers des rencontres locales, des groupes d'apprentissage et des activités culturelles immersives. Mais s'il ne reste plus personne qui parle couramment la langue, le futur du tehuelche reste incertain.

Pourquoi les langues sont importantes ?

Les langues sont une manifestation vivante de la longue histoire de l'humanité sur notre planète.Traversant le temps comme une tapisserie entrelaçant les générations, les langues transmettent des siècles de sagesse accumulée sur l'adaptation et la survie humaines. Elles contiennent une information vitale sur la gestion des terres, les modèles de subsistance, les relations sociales et de parenté, les coutumes locales, la cosmologie et bien plus encore. Chaque langue représente une façon unique d'interpréter et communiquer l'expérience humaine dans un contexte culturel et environnemental particulier. Les langues ne cessent d'évoluer : ce sont des musées partagés de l'esprit. Non qu'elles soient figées ; elles s'adaptent et changent dans le temps, selon les besoins d'expression et le contexte social de leurs locuteurs.

Chaque langue humaine a ses propres règles, son schéma de sonorités et ses moyens particuliers de structurer l'information pour la facilité la compréhension et la communication. Une langue n'est pas seulement un prisme à travers lequel on perçoit le monde, c'est aussi un véhicule qu'on utilise activement pour s'y frayer un chemin. Une langue est un seuil pour accéder à l'imagination humaine. Dictons, poésie, chansons : tout cela est rendu possible par le pouvoir expressif de la langue. Proverbes, locutions et plaisanteries révèlent les subtilités d'une culture à travers rythmes, rimes et chutes. Le potentiel créatif d'une langue dépasse la durée de vie du simple individu. C'est le bruit d'une âme collective qui vit et meurt à l'intérieur de chaque locuteur. Quand une langue est transmise à une génération suivante de locuteurs, son âme continue à vivre. Quand une langue cesse d'être parlée et transmise, son essence disparaît pour de bon. Sans documentation systématique, il ne reste que peu de preuves que cette langue ait même jamais existé.

Tant de langues, si peu de temps

Il y a plus de 3.000 langues menacées dans le monde, dont beaucoup pourraient disparaître d'ici 2100, voire avant. Alors qu'il est dans l'ordre des choses pour les langues d'apparaître et passer avec le temps, nous vivons actuellement une période de déclin abrupt de la diversité linguistique. Les études récentes indiquent qu'une langue meurt tous les 3,5 mois, ce qui signifie que plusieurs fois par an, l'ultime locuteur ou locutrice d'une langue s'éteint, et qu'il n'y en a pas de nouveaux pour prendre le relais. Une fois qu'une langue a disparu, il est très difficile de la faire revenir, même si ce n'est pas impossible. La reconstruction et renaissance d'une langue peut être réalisée par l'accès à des matériaux de patrimoine et à des ressources enregistrées.

Pourquoi les langues meurent-elles ? Le transfert linguistique et la mort des langues sont des processus complexes qui se déroulent différemment en fonction de l'histoire, de la géographie et de la socio-économie d'un lieu. Pour chaque langue et ses dialectes, ça se passe un peu différemment, mais beaucoup de facteurs déterminants se ressemblent.

Les périls pour les langues sont liés à la perte de l'identité ancestrale, résultant des effets à long terme de la colonisation, de l'oppression systématique et de l'assimilation culturelle par les groupes dominants. La survie des langue est donc aussi la survie culturelle et la transmission d'une génération à la suivante. Mais il peut être difficile de surmonter le lourd tribut du joug colonial, la dépossession des terres et modes de vie traditionnels, et d'autres facteurs comme les épidémies et les guerres. Ce qui contribue aussi à l'érosion des langues à travers le temps, ce sont les effets ricochet des politiques racistes et discriminatoires qui visent à éradiquer la diversité culturelle et linguistique au profit d'une identité nationale unifiée sous une langue ou un petit nombre de langues.

Les langues devant l'opinion

Nous vivons une époque cruciale pour la préservation des langues. Avec une action de terrain intensive, un soutien et un financement publics pour l'apprentissage des langues et des programmes d'immersion, une visibilité dans les médias, et une reconnaissance de statut par les gouvernements locaux et fédéraux, les langues en péril peuvent avoir une chance de renverser leur déclin et d'être stabilisées. Soutenir les langues en péril implique de transformer les manières dont sont perçus leurs locuteurs dans leurs communautés, la représentation des langues dans les médias locaux et nationaux, et le traitement de la question par les gouvernements.

Les langues sont un droit fondamental et la clé de voûte de la diversité d'identité culturelle de l'humanité. Parler une langue dominante ne veut pas dire que les communautés doivent renoncer au droit de conserver et développer leur langue ancestrale. Mais pour certaines langues dont les derniers locuteurs la parlant couramment ne sont plus de ce monde, une documentation adéquate est la clé de la revitalisation.

Dans le cas de la langue tehuelche, les enregistrements de Mme Manchado ouvrent désormais une fenêtre sur le passé, mais établissent aussi un cadre pour la future renaissance de la langue tehuelche chez son peuple. Pendant une des dernières soirées que l'anthropologue Javier Domingo a passées à travailler avec elle, Mme Manchado a dit, “Aio t nash ‘a’ieshm ten kot ‘awkko” – peut-être que demain quelqu'un parlera en tehuelche.

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A la rencontre des militants citoyens qui documentent les abus en Criméehttps://fr.globalvoices.org/?p=241627http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191112_213425_A_la_rencontre_des_militants_citoyens_qui_documentent_les_abus_en_CrimeeTue, 12 Nov 2019 20:34:25 +0000Solidarité Crimée rapporte arrestations et détentions des Tatars de Crimée.

Depuis l'annexion de la Crimée en 2014, les autorités russes ont détenu et arrêté des centaines de Tatars de Crimée et autres militants. Illustration de Tom Venner, utilisée avec permission.

[Article d'origine publié le 14 octobre 2019]  Depuis que la Russie a annexé la péninsule de Crimée en 2014, les services de sécurité et les procureurs de Moscou ont travaillé sans relâche. Ils ont davantage ciblé les militants pro-ukrainiens, les dissidents politiques et, par-dessus tout, les membres de la minorité tatare de Crimée.

Les Tatars musulmans majoritaires de Crimée ont eu un passé mouvementé avec la Russie depuis que la péninsule a été annexée pour la première fois par Moscou en 1783. Puis, en 1944, les autorités soviétiques ont accusé les Tatars de trahison et ont déporté l'ensemble de ce peuple [fr] en Asie centrale. Ils sont revenus au pays dans les années 1980 et 1990, dans l'Ukraine nouvellement indépendante, mais le souvenir de cette déportation perdure. Ainsi, lorsque Moscou a une nouvelle fois imposé son contrôle sur leur patrie, les Tatars de Crimée se sont montrés méfiants – et cette méfiance est réciproque.

En 2016, le procureur général local a interdit le Majlis, l'Assemblée des Tatars de Crimée, pour des motifs “d'extrémisme” et de “sabotage”. Aujourd'hui, les autorités russes expliquent également le grand nombre des arrestations et détentions de Tatars de Crimée comme des opérations anti-extrémistes, alléguant qu'elles tentent de réprimer le Hizb-ut-Tahrir [fr], une organisation islamiste interdite en Russie depuis 2003 mais autorisée en Ukraine. Bien qu'il ne soit pas improbable que l'organisation ait une présence sur la péninsule, les forces de l'ordre russes ont lancé un filet beaucoup plus large. Les défenseurs des droits humains suggèrent que c'est délibéré et que les arrestations des hommes tatars de Crimée et de leurs familles s'apparentent à une tentative systématique de réduire au silence les Tatars de Crimée qui élèvent le ton. Un mouvement en particulier, disent-ils, se trouve dans la ligne de mire : Solidarité Crimée.

9 апреля 2016 в Севастополе Крымская контактная группа по правам человека впервые организовала встречу всех семей мусульман, арестованных российскими правоохранителями в Крыму. На встречу также были приглашены и адвокаты обвиняемых. Выступивший тогда на встрече адвокат Эмиль Курбединов сообщил, что этот день стал «днём создания площадки совместных действий семей арестованных в Крыму мусульман».

Позже объединение «Крымская солидарность» стало открытым не только для родственников обвиняемых российскими правоохранительными органами в принадлежности к организации «Хизб ут-Тахрир», но и для семей других политзаключенных Крыму, а также похищенных и пропавших мусульман.

Le 9 avril 2016 à Sébastopol, le groupe de contact de Crimée pour les droits humains a organisé pour la première fois une rencontre des familles de tous les musulmans qui avaient été arrêtés par les forces de l'ordre russes en Crimée. Les avocats des accusés ont également été invités à la réunion. L'avocat Emil Kurbedinov a prononcé un discours dans lequel il a déclaré que cette journée était devenue “la date de fondation d'une plate-forme d'action commune pour les familles des musulmans arrêtés en Crimée”.
Plus tard, l'association Solidarité Crimée a été ouverte non seulement aux parents des personnes accusées par les forces de l'ordre russes d'appartenance à Hizb-ut-Tahrir, mais aussi aux familles d'autres prisonniers politiques en Crimée, ainsi qu'aux musulmans enlevés ou disparus.

— rubrique “À propos” de la page Facebook de Solidarité Crimée

Solidarité Crimée est née de la nécessité de coordonner l'assistance financière et juridique aux familles tatares de Crimée laissées sans mari et sans père après les arrestations. Leurs absences ont laissé les familles dans le besoin d'une assistance financière et juridique. Selon Dilyaver Memetov, coordinateur du groupe, Solidarité Crimée joue également un rôle préventif. Le groupe organise des séminaires pour conseiller les membres des “groupes à risque” (c'est-à-dire les militants, les avocats, les journalistes ou les blogueurs) sur la conduite à tenir lors d'une perquisition ou d'un interrogatoire, a déclaré Memetov à OVD-Info, un site russe surveillant les violations de la liberté de réunion et de parole.

Le mouvement s'est fait connaître par ses flashs mobs en ligne très médiatisés comme le Marathon de Crimée, dans lequel des centaines de Tatars de Crimée s'engagent à donner dix roubles pour payer les lourdes amendes des accusés avec le slogan “единство дороже штрафов” ou “l'unité est plus précieuse que l'argent”. En outre, à la fin de 2018, des centaines de Tatars de Crimée ont téléchargé des photos d'eux-mêmes seuls (afin d'échapper à l'interdiction russe des manifestations de masse), portant des banderoles sur lesquelles étaient inscrit “Les Tatars de Crimée ne sont pas des terroristes” et “nos enfants ne sont pas des terroristes”. En juillet 2019, plusieurs dizaines de Tatars de Crimée se tenaient sur la Place Rouge de Moscou avec des pancartes portant les mots “la lutte contre le terrorisme en Crimée est une lutte contre la dissidence”.

Hors de la Crimée, Solidarité Crimée est mieux connue pour son rôle en tant que projet de journalisme citoyen. Les militants des droits humains et les journalistes disent que sans Solidarité Crimée, ils resteraient dans l'ignorance des nombreuses arrestations et détentions dans la péninsule. On observe fréquemment les bénévoles du groupe en train de documenter et de photographier les arrestations et les affaires judiciaires et même de diffuser en direct les procédures judiciaires sur la populaire page Facebook de Solidarité Crimée.

“Lorsque les perquisitions dans les maisons des Tatars de Crimée ont commencé à s'intensifier en 2016, les habitants se sont mis à diffuser les arrestations et les perquisitions sur leurs téléphones et à les télécharger sur les réseaux sociaux. Une fois que cela s'est su, les autorités sont devenues encore plus répressives et le mouvement a pris de l'ampleur “, explique Tamila Tasheva, co-fondatrice de CrimeaSOS, une ONG qui fournit une aide humanitaire aux personnes déplacées de Crimée. “Depuis 2017, ils sont devenus de plus en plus professionnels dans la couverture de ces procès et arrestations. Ils sont quasiment l'unique source d'information indépendante qui subsiste en permanence dans la péninsule parce qu'il n'y a plus de journalisme indépendant”, explique Tamila Tasheva dans un café à Kiev, la capitale ukrainienne.

“Je dirais qu'au cours des dernières années, depuis qu'ils existent, ils ont développé de vrais talents de blogueurs de façon spectaculaire. Si vous voulez vous renseigner sur les droits humains en Crimée, votre première source d'information est Solidarité Crimée”, a déclaré Tanya Lokshina, directrice associée pour l'Europe et l'Asie centrale à Human Rights Watch. Tanya Lokshina a ajouté qu'après l'occupation en 2014, de nombreuses publications de médias indépendants et les médias locaux tatars de Crimée ont cessé de paraître. “Hormis ces quelques journalistes russes qui se rendent régulièrement en Crimée et qui travaillent naturellement avec eux, Solidarité Crimée est la seule source d'information permanente qui est sans relâche sur le terrain”, a déclaré Tanya Lokshina.

C'est probablement la raison pour laquelle Moscou en a eu assez de Solidarité Crimée.

Les premiers mois de 2019 ont vu l'arrestation de plusieurs éminents journalistes et blogueurs citoyens tatars de Crimée, accusés d'actes de terrorisme. En mars, Remzi Bekirov, Osman Arifmemetov, Rustem Sheikhaliyev et Marlen Mustafayev ont tous été arrêtés – tous ces hommes avaient pris des photos ou diffusé en direct les raids des services de sécurité sur les maisons tatares de Crimée et les audiences dans les tribunaux (Bekirov est également correspondant du site russe indépendant Grani.RU). Le 3 avril, Solidarité Crimée a lancé un appel à l'aide à l'Ukraine et au monde entier, mettant en garde contre un “nettoyage” complet de l'opposition et des médias indépendants en Crimée. “En réponse aux arrestations, aux perquisitions et aux procès incessants, le journalisme citoyen a été créé en Crimée. Cela s'est imposé par la nécessité : les gens ont compris que sans information, il n'y avait pas d'autre moyen de défendre la péninsule contre la répression “, peut-on lire dans le communiqué.

“Ils avaient commencé à cibler Solidarité Crimée en 2017, lorsqu'ils sont devenus trop indépendants et trop visibles “, a expliqué Tamila Tasheva. “Le 27 mars 2019, lorsque des perquisitions massives ont été lancées dans les maisons des Tatars de Crimée, pratiquement toutes les personnes arrêtées à quelques exceptions près étaient des militants de Solidarité Crimée. Et puis, en mars 2018, Nariman Mehmedeminov, un organisateur de Solidarité Crimée, fut arrêté.”

Tanya Lokshina a souligné que les informations fournies par Solidarité Crimée étaient d'une valeur inestimable pour le travail des défenseurs des droits humains. Elle a ajouté que même si les autorités russes ont poursuivi les membres du Hizb-ut-Tahrir à l'étranger, en Crimée, elles ne visent pas nécessairement les Tatars qui sont particulièrement religieux. Au lieu de cela, dit-elle, ils s'en prennent à “ceux qui se trouvent être particulièrement et vigoureusement engagés contre l'occupation. Il n'y a qu'une seule façon de déchiffrer cela, c'est que ces arrestations bidon visaient à faire taire Solidarité Crimée et à intimider les militants en les assujettissant au silence”, a conclu Tanya Lokshina.

Alimdar Belyalov est l'un de ces militants. Depuis qu'il a fui la péninsule il y a deux ans et demies, il n'est pas resté silencieux. Aujourd'hui, établi dans la capitale ukrainienne, Kiev, il affirme qu'il n'a pas pu se rendre en Crimée depuis six mois. Il ajoute que le caractère bénévole et décentralisé de Solidarité Crimée assure sa survie.

Структура нашей организации — идеальна за счёт помощи друг другу. Например, в данный момент 68 политзаключенных. Для каждого политзаключенного в месяц нужно двести долларов на передачу, то есть, это поесть, покушать, одеть. Теперь 180 детей, минимум для каждого ребенка — 100 долларов в месяц. В итоге получаем больше 30000 долларов в месяц. Вот эти деньги собирает народ. Никаких финансовых потоков нет. Народ не оставит своего брата, сестру, друга в обиде. Исходя из этого, структура не распадается и не распадется. Потому что садят одного, выходят десять. Садят десять, выходят сто. Посадят сто, выйдет триста.

La structure de notre organisation est idéale pour une assistance mutuelle. Par exemple, à l'heure actuelle, nous avons 68 prisonniers politiques. Tout prisonnier politique a besoin d'environ 180 euros par mois pour s'habiller et se nourrir. Au total, il y a 180 enfants ; le montant minimum requis pour chaque enfant est de 90 euros par mois. Tout cela représente plus de 27 000 euros par mois. Cet argent est recueilli par les gens. Il n'y a pas de réseau de financement. Les personnes ne laisseront pas leurs frères et leurs sœurs dans le dénuement. Cet exemple est la preuve que l'organisation ne se divise pas et ne se divisera pas. S'ils emprisonnent l'un d'entre nous, dix sortiront [en soutien.] S'ils emprisonnent dix d'entre nous, 100 sortiront. S'ils en emprisonnent 100, 300 sortiront.

Comme l'explique Alimdar Belyalov, c'est précisément le caractère populaire et décentralisé de Solidarité Crimée qui en fait un mouvement citoyen si efficace. Mais ces méthodes ne sont pas nouvelles pour les Tatars de Crimée ; au cours des dernières décennies du régime soviétique, un mouvement dissident tatare de Crimée, dynamique et bruyant, a émergé, exigeant que Moscou reconnaisse leur déportation massive en 1944 comme une injustice et leur permette de retourner dans la péninsule. Le procédé n'est pas neuf et, comme les réfugiés tatars de Crimée l'ont dit à ce journaliste, l'expérience de la répression d'État ne l'est pas non plus. Ce qui est nouveau, ce sont les dispositifs permettant aux Tatars de Crimée de documenter leurs expériences.

У кого есть фотоаппарат, у кого-то айфон. У кого чего-то есть, он снимает на этот аппарат и начинает вкладывать и делиться эту информацию. Но дело в том, что таких людей, стримеры, так скажем, они под большой угрозой. Потому что если ты там, допустем, стримнешь или снимаешь, если очень большая вероятность, что ты всядишь в тюрьму. Любое инакомыслие который не нравится этому государству пресекается. Либо тебя прослушивают и снимают, либо ты сидишь в тюрме. Два пути есть. […] Они волунтеры, готовы сидеть за решеткой за справедливости и за свой народ. Тем больше несправедливости, тем больше этих волунтеров. Я не боюсь предположить, что их за сотню.

Certaines personnes ont un appareil photo, d'autres un iPhone. Peu importe ce que chacun utilise, on filme et on partage ensuite l'information. Mais voilà que ces personnes, les “web diffuseurs”, sont les plus menacées. Parce que, si, disons, vous essayez de filmer ou de photographier là-bas, il y a de grandes chances que vous finissiez en prison. Toute forme de opposition qui déplaît à l'État est réprimée. Soit ils vous espionnent et vous photographient, soit vous finissez en prison. Ces personnes sont des bénévoles prêts à s'asseoir derrière les barreaux au nom de la justice et de leur peuple. Et plus il y a d'injustices, plus il y a de bénévoles. Je n'ai pas peur d'avancer qu’il y en a une centaine aujourd’hui.

Quoi qu'il arrive, Solidarité Crimée sera attentive. Et donc, par extension, puisse le monde entier l'être aussi.

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En Colombie, les révélations sur un bombardement des forces armées entraînent la démission du ministre de la Défensehttps://fr.globalvoices.org/?p=241861http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191112_095411_En_Colombie__les_revelations_sur_un_bombardement_des_forces_armees_entrainent_la_demission_du_ministre_de_la_DefenseTue, 12 Nov 2019 08:54:11 +0000

Affiche partagée par Cristian Hurtado sur Twitter

 

José Rojas, 15 ans. Jhon Pinzón, 17 ans. Wilmer Castro, 17 ans. Abimiller Morales, 17 ans. Diana Medina, 16 ans. Ángela Gaitan, 12 ans. Sandra Vargas, 16 ans. L'armée a assassiné sept enfants dans le bombardement, et les a présenté comme des guerrilleros. BOTERO : DÉMISSION !

Le 6 novembre 2019, des officiers colombiens ont confirmé que huit adolescents avaient été tués au mois d'août lors d'un bombardement dans la région de San Vicente del Caguán, bombardement qui visait des dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) [fr]. Cette information, révélée par le sénateur Roy Barreras, avait été dissimulée par le ministère de la Défense.

Le ministre de la Défense, Guillermo Botero, a démissionné et affiché sa lettre de démission sur le compte Twitter du ministère de la Défense, face aux critiques pour ne pas avoir révélé la mort de ces enfants avant, et pour avoir violé le Droit international humanitaire (DIH) [fr], comme l'explique l'usager et “neabogado” El Vago de los Hilos (L'envers du décor), sur son fil,

Le débat d'hier sur la motion de censure contre le ministère de la Défense a suscité une sorte de discussion dans les réseaux sociaux sur la question de savoir si l'action menée par l'armée lors du bombardement où sont morts 7 adolescents était conforme au Droit international humanitaire. J'ouvre un fil explicatif :

Un “acte symbolique de deuil” a été organisé le 8 novembre à Bogotá pour réfléchir à la manière d'éviter que le gouvernement ne provoque d'autres morts à l'avenir.

Le journal indépendant La Silla Vacía (la chaise vide) qualifie le départ de Botero comme étant “l'un des pires moments jusqu'à présent du gouvernement Duque”.

El peor golpe recibido por el Presidente en sus primeros 15 meses de mandato.

No sólo porque se trata de un funcionario de alto perfil que sale por presión del Congreso y en parte la opinión pública.

Es que, además, hablamos del jefe de la cartera encargada de la seguridad, que es el corazón del partido de Gobierno, el Centro Democrático, y principal bandera del padrino y jefe político de Duque: el expresidente Álvaro Uribe.

C'est le coup le plus rude infligé au Président depuis le début de son mandat. Pas seulement parce qu'il s'agit d'un fonctionnaire très en vue qui part sous la pression du Sénat et en partie de l'opinion publique. Il s'agit, en effet, du responsable du portefeuille chargé de la sécurité, l'essence même du parti au pouvoir, le Centre démocratique, et le symbole principal du parrain et chef politique de Duque : l'ancien président Álvaro Uribe.

À l'occasion d'une rencontre à Barranquilla, le journaliste Jesús Blanquicet du journal El Heraldo a questionné le président Iván Duque sur l'attentat. Duque a répondu : “¿De qué me hablas, viejo?” (“De quoi tu me parles, mon vieux ?”) Blanquicet a raconté plus tard avoir été molesté par les agents de sécurité du président. La Fondation pour la liberté de la presse (FLIP) en Colombie a révélé quelques détails de l'incident :

La FLIP condamne l'agression des agents de sécurité de  @IvanDuque contre le journaliste @JesuB du quotidien @cvelheraldoco survenue hier soir à Barranquilla. Le journaliste s'est approché du président et l'a questionné sur le bombardement à Caquetá qui aurait provoqué la mort de huit mineurs. Le journaliste raconte que juste après ses questions, il a été abordé par les agents de sécurité du président qui lui ont donné un coup dans les reins pour l'agenouiller.

La phrase “De quoi tu me parles, mon vieux ?” est devenue un hashtag #DeQueMeHablasViejo viral répandu par les internautes pour poser d'autres questions au président et y répondre de cette façon.

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Le procureur général de Bulgarie rejette la demande d'un parti d'extrême-droite de fermer une ONG de défense des droits humainshttps://fr.globalvoices.org/?p=241852http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191110_131043_Le_procureur_general_de_Bulgarie_rejette_la_demande_d_un_parti_d_extreme-droite_de_fermer_une_ONG_de_defense_des_droits_humainsSun, 10 Nov 2019 12:10:43 +0000

Le siège du VMRO-BND dans le centre de la capitale bulgare Sofia. Photo par Filip Stojanovski, CC-BY.

Le procureur général de Bulgarie Sotir Tsatsarov a rejeté la requête du parti d'extrême-droite nationaliste VMRO-BND de faire cesser les activités du Comité Helsinki bulgare (BHC), une ONG de défense des droits humains de premier plan dans le pays.

Le 30 septembre, Angel Djambazki, vice-président du VMRO-BND et député européen, et Alexander Sidi, un parlementaire bulgare, ont introduit une demande officielle auprès du procureur en vue de dissoudre le BHC au motif de ses “ingérences dans le pouvoir judiciaire” et de son implication dans des “activités anti-constitutionnelles, illégales, immorales et ouvertement anti-bulgares”, affirmait un communiqué de presse du parti.

Dans une déclaration datée du 8 octobre, 2019, Tsatsarov a répondu que les statuts du BHC ne comportent aucune activité interdite par les lois bulgares. Un reportage de la populaire télévision privée Nova Television indiquait :

Главният прокурор може да поиска заличаване на неправителствена организация, само при данни, че тя е свързана с терористична дейност или финансиране на такава, уточняват от обвинението.

Le procureur général peut ordonner le retrait d'une organisation non-gouvernementale [du registre officiel des ONG] uniquement si les preuves disponibles montrent qu'elle a des liens avec des activités terroristes ou avec le financement d'activités terroristes, ont expliqué ses services.

Les responsables du VMRO-BND ont fait savoir qu'ils allaient engager une procédure judiciaire pour renverser la décision du procureur.

Une bonne centaine d'organisations ont exprimé leur soutien au BHC, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch. Le 7 octobre, Djambazki, un candidat malheureux à la mairie de Sofia aux élections du 27 octobre, affirmait dans un entretien télévisé que “plus d'organisations ont osé parler. Je pense qu'elles devraient toutes être fermées aussi”.

L'affaire Jock Palfreeman

La requête du VMRO de radiation du Comité Helsinki bulgare est intervenue après qu'un tribunal suprême a accordé la liberté conditionnelle à Jock Palfreeman, un citoyen australien de 32 ans qui avait été condamné à 20 ans de prison pour le meurtre d'un étudiant bulgare lors d'une rixe à Sofia en 2007. Le Comité Helsinki bulgare avait fourni une assistance juridique à Palfreeman, qui a purgé 11 ans de sa peine et maintient avoir agi en légitime défense.

L'affaire polarise la Bulgarie depuis son arrestation. Le VMRO-BND prétend que le Comité Helsinki bulgare a influencé l'issue du procès parce que les juges impliqués avaient suivi des ateliers de droits humains organisés par l'ONG. Après l'octroi à Palfreeman de la liberté conditionnelle en septembre, les organisations nationalistes d'extrême-droite ont lancé une série de manifestations de rue en représailles.

Le président du BHC Krasimir Kanev affirme que les activités de l'ONG consistent à défendre les droits humains dans les prisons, ce que les dirigeants du VMRO interprètent de façon abusive comme revenant à mettre les criminels à l'abri de la loi.

Pendant ce temps, tandis que la libération conditionnelle de Palfreeman était assortie d'un ordre d'expulsion vers l'Australie, il est retenu dans un centre de détention de migrants à Sofia depuis sa sortie de prison le 19 septembre. Dans une déclaration datée du 8 octobre, Human Rights Watch a demandé aux autorités bulgares de clarifier les fondements de sa détention :

“Palfreeman was ordered released by a high court in a final decision not subject to appeal. He has his passport and plane ticket. Australia wants him back. Why is he still detained?” said Lydia Gall, senior Eastern Europe and Balkans researcher at Human Rights Watch. “Under the rule of law, you can’t just lock people up or prevent them from leaving just to make a point – there has to be a clear legal basis or it’s unlawful.”

“La remise en liberté de Palfreeman a été ordonnée par une haute cour dans une décision de dernière instance non susceptible d'appel. Il a son passeport et son billet d'avion. L'Australie veut son retour. Pourquoi est-il toujours détenu ?” a demandé Lydia Gall, chercheuse principale Europe de l'Est et Balkans à Human Rights Watch. “Dans un État de droit, on ne peut pas simplement enfermer les gens ou les empêcher de partir juste pour marquer le coup. Il faut une base juridique précise sinon c'est illégal.”

Le VMRO-BND serait un des partis politiques les plus riches de Bulgarie, propriétaire d'un patrimoine immobilier de premier choix acquis grâce à l'aide de l’État dans les années 1990. En 2014, il a rejoint une coalition de partis nationalistes appelée Front patriotique et, en 2017, ladite coalition est entrée au gouvernement bulgare actuel conduit par le Premier ministre de centre-droit Boïko Borissov.

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Zanzibar réfléchit sur l'avenir des arts visuels en Afriquehttps://fr.globalvoices.org/?p=241565http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191109_195110_Zanzibar__reflechit_sur_l_avenir_des_arts_visuels_en_AfriqueSat, 09 Nov 2019 18:51:10 +0000Les arts visuels ne sont pas enseignés à l'école

Hamad Mbarouk Hamad, artiste et directeur du Centre culturel des arts, amène les étudiants à l'exposition “Hapa Hapa Now” arts visuels de Stone Town, Zanzibar, le 25 Octobre 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

La ville historique de Stone Town s'est penchée sur l'avenir des arts visuels en Afrique durant la semaine d'ouverture du Festival d'Arts Visuel de Zanzibar (VAFZ), qui a surpris les visiteurs par son éventail épique d'oeuvres d'artistes de Zanzibar, de Tanzanie continentale, d'Haiti, du Nigeria, du Ghana et du Sénégal, entre autres pays participants.

Sous la bannière “Hapa Hapa Now,” ou “Nous voici,” les organisateurs du VAFZ ont voulu “élargir le débat créatif” à Zanzibar, en mettant en relation les artistes bien connus et les nouveaux, les locaux et les internationaux, durant le festival qui s'est déroulé du 21 au 27 Octobre, 2019.

Bien que Zanzibar ait un marché de l'art solide, les artistes ont souvent tendance à privilégier des formes sûres, prévisibles, établies par des maîtres tanzaniens comme par exemple le légendaire Edward Said Tingatinga. Mais les oeuvres présentées au VAFZ différaient par la forme, le style, le support et le principal thème — un changement majeur pour Zanzibar.

VAFZ a lancé un appel à candidatures aux artistes africains en août et a travaillé d'arrache-pied pour en sélectionner quelques uns, sous la direction de la Fondation Vijana Vipaji, basée à Dar es Salaam, en Tanzanie, et du Centre culturel des arts (CAC), basé à Stone Town, à Zanzibar.

“Toute notre identité est le fruit de notre héritage, des histoires personnelles des hommes et des femmes, mais nous sommes ici aujourd'hui pour créer et bâtir. Le ‘nous’ de notre festival met l'accent sur la collaboration participative avec d'autres festivaliers de Zanzibar et d'Afrique en général lorsque nous invitons … à une conversation sur les arts visuels,” ont déclaré les organisateurs du VAFZ dans leur communiqué de presse.

La cour intérieure d'Hifadhi House/Kukutana Hub, Kiponda, Stone Town, Zanzibar, 25 Octobre 2019. Photo d'Amanda Leigh Lichtenstein, sous autorisation.

Malgré la pluie inhabituelle à cette période, les résidents et les voyageurs se sont rendus à Kukutana Hub d’ Hifadhi Zanzibar, — un édifice historique patrimonial restauré en vue d'évènements socio-culturels polyvalents — pour assister aux représentations multimédia, aux conférences, aux groupes de travail et aux rencontres.

L'édifice patrimonial lui-même était un véritable régal pour les yeux. Mais — de la peinture contemporaine, du dessin et de la photographie en techniques mixtes, en passant par l'artisanat, l'art du temps et la mode — les arts visuels exposés réservaient une surprise à chaque détour.

L'artiste émergente Nayja Suleiman de Zanzibar, pose un vibrant et brillant regard sur la femme dans ses portraits :

Oeuvre de Najya Suleiman, une artiste de Zanzibar, exposée durant le premier festival des arts visuels de Zanzibar, 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

L'artiste primé Lute Mwakisopile, de Tanzanie, dénonce le dur labeur et le rôle des artistes dans la société contemporaine:

Oeuvre d'art de Lute Mwakisopile, un artiste de Tanzanie continentale. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

Et le jeune photographe sénégalais Ouattara Moussa Idriss Mahaman, présente une série émouvante intitulée “Black Culture”:

Photographie de Ouattara Moussa Idriss Mahaman du Sénégal, dans la collection “Black Culture.” Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

Former les futurs artistes

Pendant la semaine du festival, des dizaines d'étudiants zanzibariens, impressionnés et émerveillés, se sont promenés dans l'espace d'exhibition. Pour la quasi-totalité des élèves du primaire et du secondaire qui ont fait la visite, c'était la première fois qu'ils contemplaient de l'art contemporain dans une galerie, a déclaré Hamad Mbarouk Hamad, le directeur du Centre culturel des arts, qui est aussi un artiste professionnel.

“Il n'y a pas de programme d'études pour les arts visuels dans nos écoles,” a dit Hamad. “Une école peut avoir un club d'art, mais c'est tout. Tout ce que les jeunes apprennent dans le domaine des arts visuels, ils l'apprennent par eux-mêmes — et c'est souvent un combat, comme l'a été le mien,” a t-il poursuivi.

Hamad Mbarouk Hamad, artiste et directeur du Centre culturel des arts de Stone Town, Zanzibar, conduit les élèves de l'école secondaire de Kiponda à l'exposition des arts visuels de “Hapa Hapa Now” le 25 Octobre, 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

Hamad et son équipe ont offert des visites guidées et des ateliers artistiques pratiques aux groupes d'étudiants durant le festival, dans l'espoir d'inspirer la prochaine génération d'artistes et de bâtir une communauté plus forte de spécialistes des arts visuels à Zanzibar.

“L'art c'est la vie, c'est tout ce que nous faisons. Votre vie est une oeuvre d'art, même! La vie elle-même est un art. Et c'est une forme d'auto-analyse. L'art exige une grande concentration,” a déclaré Hamad. Le défi consiste à mieux éduquer le grand public sur la valeur intrinsèque de l'art comme forme d'expression personnelle et non sur son potentiel commercial uniquement.

Hamad Mbarouk Hamad explique une sculpture en bois de l'éminent artiste Tanzanien Mwandale Mwanyekwa, appelé “Big Mama,” à un groupe d'élèves de l'Ecole secondaire de Kiponda à Kukutana / Hifadhi House, Stone Town, Zanzibar, le 25 Octobre 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein

Hamad Mbarouk Hamad commente un tableau intitulé “Immigration,” de l'artiste Haji Chilonga, aux élèves de l'Ecole secondaire de Kiponda, Kukutana / Hifadhi House, Stone Town, Zanzibar, le 25 Octobre 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstei.

Farhat Shukran Juma, 23 ans, a toujours su qu'elle s'intéressait aux arts sans réaliser qu'elle pourrait s'y engager sérieusement jusqu'au jour où elle tombe sur le CAC de Stone Town, et y entre. Elle a commencé à étudier les techniques artistiques avec Hamad et aujourd'hui, Juma peint ses propres oeuvres abstraites tout en produisant des savons naturels vendus dans la boutique. Durant le festival, Juma a tenu un atelier sur le papier recyclé à un groupe d'une trentaine d'étudiants.

La voie pour devenir artiste n'a pas été aisée pour elle.

“La majorité des gens ici — parlent beaucoup de vous, surtout lorsqu'ils ne comprennent pas ce que vous faites, ou si ce que vous faites est différent. Ils ne comprennent vraiment pas l'art abstrait,” dit-elle, en montrant une de ses oeuvres. “[Beaucoup] ne sont pas instruits et peuvent penser que le papier recyclé est ‘sale’ et ils s'interrogent sur mon choix de ce matériau. Ils n'ont aucune idée sur les avantages de l'art,” expliqua Juma.

Farhat Shukran Juma, 23 ans (à gauche) est assise avec sa collègue préparant des savons artisanaux faits à la main au Centre culturel des arts de Stone Town, Zanzibar. Juma est une artiste qui a conduit un atelier sur le papier recyclé durant le VAFZ 2019. Photo autorisée d'Amanda Leigh Lichtenstein.

Juma a été soutenue par ses parents dans son choix de carrière dans les arts, mais Evarist Chikawe, un artiste exposant à la Fondation Vijana Vipaji, dit que son père a cherché à décourager son intérêt précoce pour le dessin et la peinture.

“Je crois que je suis né artiste,” raconte Chikawe. “Mon père était fâché contre moi quand il me voyait dessiner sans cesse et il a détruit beaucoup de mes oeuvres, mais ma soeur a vu quelque chose en moi, et a commencé à me donner des matériaux d'[art] et à acheter mes tableaux.”

Les larmes aux yeux, Chikawe se souvient comment sa soeur, maintenant décédée, l'a emmené chez son premier professeur à la fin de son adolescence. “C'est ma soeur qui a fait de moi un artiste,” a déclaré Chikawe, insistant sur le rôle primordial du défenseur de la cause dans la vie d'un artiste.

L'artiste plasticien Evarist Chikawe debout devant son tableau, “Happy Hour,” lors du premier Festival des arts visuels de Zanzibar, 25 Octobre 2019.

Pour Hamad, qui a travaillé sans relâche pour la promotion des arts à Zanzibar, souvent avec très peu de moyens, l'arrivée à l'exposition de visiteurs du Ministère de l'Éducation de Zanzibar et du Baraza la saana la Zanzibar (Conseil des arts de Zanzibar) a laissé entrevoir un avenir prometteur pour les arts visuels dans l'archipel.

Mais pour l'instant, au delà du buzz du festival, Hamad se rend tous les jours au CAC, son “espace de bonheur.”

” Je n'ai pas l'occasion de regarder la télévision ou de prendre du temps à la baraza [place publique]. Ma plus grande joie est de voir mes élèves réussir dans les arts. Cela me procure une raison d'être. Les jeunes ont besoin d'espaces de discussions, d'apprentissages et d'échanges d'idées. Les jeunes ont soif de créativité.”

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Le Bangladesh aura bientôt deux raisons de plus de se plaindre des embouteillageshttps://fr.globalvoices.org/?p=241604http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191109_095241_Le_Bangladesh_aura_bientot_deux_raisons_de_plus_de_se_plaindre_des_embouteillagesSat, 09 Nov 2019 08:52:41 +0000Les embouteillages dus aux travaux de construction bloquent les rues

A Dacca, capitale du Bangladesh, la construction du métro est en cours. Photographie de Sharifuzzaman Aayan. Utilisée sous la licence CC BY-SA 5.1.

[Tous les liens associés renvoient à des pages en anglais, sauf mention contraire.]

Dacca, la capitale du Bangladesh, est connu depuis longtemps pour ses problèmes d'embouteillage. Le projet en cours concernant la construction de la ligne 6 MRT de métro sur 20 km de long devrait résoudre les embouteillages qui bloquent quotidiennement toute la ville. Mais ce projet, qui devait soulager le trafic, a aussi apporté une liste croissante de problèmes de transport.

Les embouteillages dus à la construction ont littéralement mis la ville au point mort. Après l'annonce du gouvernement de construire deux autres lignes de métro avant même que la ligne 6 MRT ne soit finalisée, les citoyens de Dacca se sont exprimés dans les média sociaux pour faire part de leur amère frustration.

Le désastre du métro à Dacca

La construction de la première ligne de métro (Ligne 6 MRT) a commencé en 2016 et sa fin a été repoussée à 2021.

Les chantiers ont aggravé le trafic, diminuant les routes disponibles. A certains endroits, la largeur de la route a été réduite de moitié, amenant le trafic à stagner avec de nombreuses personnes patientant dans leur voiture durant des heures. De plus, la construction en elle-même produit une grande quantité de poussière et crée de la pollution auditive.

Abdul Awal, un lecteur du quotidien Daily Prothom Alo, mentionne ses peines dans la section commentaires d'un article [bn] :

এক মেট্রোরেলের কাজের জন্য জ্যামে বসে থাকতে থাকতে পশ্চাৎদেশ যে পরিমান ঘা হয়েছে তা শুকাতে শুকাতেই আরও কয়েক বছর লাগবে, তার উপর আরও দুইটা!!! এই জীবনে আর ঘা শুকানো হচ্ছে না বস!!!

Le mal de dos dont j'ai souffert en attendant dans l'embouteillage causé par la construction de la première ligne de métro prendra des années à guérir. Et vous parlez de deux lignes en plus!! Je ne guérirai jamais de la vie!!

Sur la page Facebook du quotidien Prothom Alo, un lecteur du nom de Raisa Mallick a écrit [bn]:

জ্যামে জীবন শেষ, বাংলার মানুষ মুক্তি চায়, দয়া করে মেট্রোরেল প্রকল্পের কাজ শেষ করেন, আর নতুন কিছু উদ্ভোদন করেন না, মতিঝিল থেকে মিরপুরে যাওয়া আসা করতে সময় লাগে ৫ থেকে ৬ ঘন্টা, আপনারাতো সিগনাল দিয়ে রাস্তা বন্ধ করে চলেন, সাধারণ মানুষের কি পরিমান কষ্ট হয় বুঝেন না।

Les embouteillages sont très pénibles, les gens veulent la paix, s'il vous plaît terminez le projet de construction du métro, ne commencez rien de nouveau. Il faut 5 à 6 heures pour aller de Motijheel à Mirpur. Vous qui vous déplacez en bloquant les routes par des signalisations particulières, vous ne comprenez pas les difficultés de la population.

En raison de la construction du métro, les embouteillages à Dacca ont augmenté. Photographie de Aktar Ahsan. Tiré de Flickr, publié sous la licence Creative Commons.

La construction de deux lignes de métro en plus augmentera certainement les embouteillages à Dacca. Ayub Rahman a demandé :

মাফ চাই। আর না।
যা শুরু করছেন তা আগে শেষ করেন!
We don't want the quantities,
we want quality

S'il vous plaît ! Assez !
Finissez d'abord ce que vous avez commencé !
Nous ne voulons pas de la quantité,
Nous voulons de la qualité.

Certains ont suggéré une alternative à des lignes de métro en plus, pour réduire les embouteillages à Dacca. Ashfaqul Arefin écrit :

[…] জ্যাম কমাতে হলে কয়েক স্তরের যোগাযোগ ব্যবস্থা চালু করতে হবে: সড়ক, মেট্রোরেল এবং পানিপথ। ঢাকার শহরের ম্যাপ দেখলে বুঝতে পারবেন যে, ঢাকার লেক গুলোকে জায়গায় জায়গায় একটু সংযোগ করে দিতে পারলে ধানমন্ডি থেকে গুলশান পর্যন্ত পানিপথেও যাতায়াত করা যাবে, পথে পড়বে কলাবাগান, কাওরানবাজার, হাতিরপুল, তেজগাঁও, নয়াটোলা, মীরবাগ, রামপুরা, বাড্ডা, মহাখালী ও নিকেতন। ফলে চাপ কমবে সড়ক ও মেট্রোরেলের উপর।

[…] Pour réduire les embouteillages, il faudrait mettre en place différents niveaux d'infrastructures : la voie routière, le métro  et la voie fluviale. En regardant le plan de la ville de Dacca, il est possible de voir qu'en faisant communiquer les lacs de Dacca par certains endroits, on pourrait circuler de Dhanmondi à Gulshan par voie fluviale, en passant par Kolabangan, Kaoranbazar, Hatirpool, Tejgaon, Noatola, Mirbag, Rampura, Badda, Mohakhali et Niketon. Par conséquent, la voie routière et le métro pourraient être soulagés.

La mégapole de Dacca a une population estimée à 19.84 millions d'habitants. Photographie d'Ahnaf Saber. Utilisée sous la licence CC BY-SA 5.1.

De la vie hors de Dacca

Les bureaux, les tribunaux, les commerces, les emplois, l'éducation, les soins médicaux — dans le pays, tout est concentré dans la capitale Dacca. Le manque de développement dans les villes en dehors de Dacca est évident. La population doit forcément se rendre à Dacca, que cela soit pour un emploi décent ou pour de meilleurs services médicaux. Un lecteur du nom d'Akhtaruzzaman témoigne [bn] raconte la perte d'un être cher pour n'avoir pas reçu de traitement médical dans une ville en dehors de Dacca :

সবকিছুই দরকারি, সাস্থ খাতে উন্নয়ন খুব জরুরী হয়ে পড়েছে। আমার চাচা স্ট্রোক করার পর দেখলাম কোন জেলা শহরে চিকিৎসা নাই বাধ্য হয়ে ঢাকায় নিয়ে এসে দেখি তার গোল্ডেন আওয়ার অনেক আগেই শেষ হয়ে গেছে । মেট্রোরেল দরকার তার চাইতে বেশি দরকার প্রত্যেক জেলা শহরে specialized হসপিটাল ।

Nous avons besoin de tout, mais dans le domaine de la santé le besoin de développement est devenu urgent. Quand mon oncle [le petit frère de mon père] a eu un accident vasculaire cérébral, j'ai vu qu'il n'y avait aucun soin possible dans les villes de district [de banlieue]. Nous avons été obligés de venir à Dacca, mais c'était trop tard pour lui. Plus qu'une ligne de métro, nous avons d'abord besoin d'hôpitaux spécialisés dans toutes les villes de districts.

Azhar Alam suggère d'installer des usines dans les districts hors de Dacca :

এতো টাকা ব্যায় মেট্রোরেলে না করে ঢাকার বাইরের জেলা গুলোতে এই টাকা ব্যায় করে শিল্প কারখানা গড়ে তুললে মানুষ ঢাকামূখী কম হবে আর কর্মসংস্থানও বাড়বে।

Au lieu de dépenser autant d'argent pour le métro, si cet argent était dépensé pour la mise en place d'usines dans les districts hors de Dacca, les gens viendraient moins à Dacca et le nombre d'entreprises augmenterait.

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Les réformes du président angolais ont un impact positif sur les médias – mais des limites persistenthttps://fr.globalvoices.org/?p=241513http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191108_124828_Les_reformes_du_president_angolais_ont_un_impact_positif_sur_les_medias_____mais_des_limites_persistentFri, 08 Nov 2019 11:48:28 +0000Les outils juridiques et pratiques pour restreindre les médias restent

Rafael Marques de Morais est un journaliste angolais de premier plan, militant anti-corruption et critique de longue date du gouvernement. Sous le régime du président José Eduardo dos Santos (“JES”), qui a dirigé l'Angola de 1979 à 2017, Marques a été continuellement harcelé par les autorités pour son travail. Dans les années 1990, alors qu’il travaillait pour le journal gouvernemental Jornal de Angola, il a dû faire face à des pressions pour “des commentaires sociaux jugés importuns”.

Lire aussi: Le journaliste et militant angolais Rafael Marques à nouveau devant la justice pour avoir enquêté sur la corruption

Ce n’est que lorsque João Lourenço (“JLO”) a succédé à JES en 2017 que des journalistes comme de Morais ont commencé à constater des réformes politiques qui ont contribué à améliorer l’environnement des médias et la liberté de la presse. Cependant, ces réformes ont principalement porté sur la corruption. Alors que la liberté des médias s'est apparemment améliorée, des limites de l'ancien régime demeurent.

En 2019, Morais a déclaré dans une interview qu'il avait perdu le compte du nombre de fois qu'il avait été arrêté depuis les années 90, entre autres obstacles.

En 1999, il a écrit un article [pt] dénonçant la corruption et la guerre dévastatrice, intitulé “O ‘Bâton’ da Ditadura” [pt] (Le bâton de la dictature”, dans lequel il dénonçait la guerre dévastatrice. Pour cela il fut arrêté [pt] pour diffamation à l'égard du président. Les conditions de détention épouvantables et des abus tels que la privation de sommeil l'avaient poussé à faire une grève de la faim, ce qui lui avait valu le soutien de la communauté internationale. Libéré après 40 jours, il a été condamné à six mois de prison avec sursis et à une amende.

En 2015, Marques a fait l'objet de poursuites pour diffamation pour avoir écrit le livre Diamantes de sangue: Corrupção e Tortura em Angola [pt] (Diamants du sang: corruption et torture en Angola), publié au Portugal en 2011, plus tard publié en ligne. Il documente en détail les violations des droits liés aux opérations minières. Toutes les accusations furent finalement abandonnées.

Il a également été mis sous surveillance. En 2013, il a découvert que son ordinateur avait été mis sur surveillance par des logiciels malveillants “que des experts internationaux avaient associés à une multinationale ayant des liens étroits avec des responsables militaires angolais”. Il a lancé le site Web d'information et de lutte contre la corruption Maka Angola – “Maka“, en langue kimbundu, fait référence à “un problème délicat, complexe ou grave”, à savoir la corruption et la pauvreté. Le site a fait face à de nombreuses cyberattaques, telles que des dénis de service.

Rafael Marques de Morais, co-récipiendaire du prix Allard, lors de la cérémonie 2015, le 1er octobre 2015. Photo de Martin Dee, utilisée via Wikimedia Commons, CC BY 4.0.

Les réformes anti-corruption de JLO

Les réformes comprennent des questions d'une ampleur inattendue, allant de la compagnie pétrolière nationale Sonangol au secteur bancaire. La campagne anti-corruption en cours a renforcé son autorité en renvoyant ou en poursuivant [pt] de nombreuses personnalités, notamment la puissante et jusque-là intouchable famille présidentielle [pt], comme Isabel dos Santos, la fille de JES et des associés comme l'ex-ministre Manuel Rabelais – une initiative populaire.

Aujourd'hui, Marques et d'autres journalistes indépendants peuvent travailler plus librement, grâce à une amélioration de l'environnement politique et de la liberté des médias sous JLO, mais des limites demeurent.

La répression des médias sous l'ancien régime

Durant l'ancien régime de JES, les médias indépendants ont été réprimés, les médias traditionnels étant largement contrôlés par le gouvernement via une propriété directe ou indirecte ou une censure ; Reporters sans frontières (RSF) a déploré [fr] les coûts “exorbitants” [fr] des licences de diffusion et les coûts initiaux qui entravent les nouveaux acteurs des médias. Le faible accès à Internet a exposé les médias traditionnels “à de fortes interférences du gouvernement” et à l'autocensure des journalistes, selon l'organisation non gouvernementale  Freedom House (2018). Les médias privés étaient également contrôlés par des personnalités liées au gouvernement.

Domination du MPLA sous l'ancien régime

Le colonialisme, une guerre d'indépendance et des décennies d'une guerre civile dévastatrice, qui a pris fin en 2002, ont détruit les infrastructures et laissé une économie hautement centralisée tributaire des profits de grande valeur tirés du pétrole et des diamants, bénéficiant à une petite élite politico-militaire issue des mouvements armés, dominée par le Movimento Popular de Libertação de Angola (MPLA) au pouvoir [depuis 1975].

L'ancien président et ses associés ont consolidé leur pouvoir après la guerre [2002]. Ce système opaque et clientéliste en a négligé [pt] beaucoup, a détourné des milliards de dollars et a contrôlé strictement, parfois avec violence, la critique.

Sous JES, l'accès à Internet a progressivement augmenté, même s'il est resté faible – à peine 22,30% de la population y avaient accès en 2019 selon les statistiques mondiales de l'Internet, entravant la portée des espaces en ligne. Cependant, à mesure que l'activisme en ligne et l'information devenaient plus dynamiques, le gouvernement de JES a commencé à réprimer la dissidence.

En 2016, le journaliste Manuel Serrano écrivait que l'Internet devenait une “dernière frontière” en matière de discussion politique, de dissidence et de dénonciation de la corruption, compte tenu des informations et des restrictions imposées.

Sous JES, les poursuites à l'encontre de militants et de journalistes étaient également courantes.

Un cas bien connu concerne le groupe de militants “15 + 2″ qui, en 2015, ont été arrêtés, accusés d'avoir planifié un coup d'État, pour s'être réunis pour discuter du livre “From Dictatorship to Democracy: A Conceptual Framework for Liberation.” (De la dictature à la démocratie: un cadre conceptuel pour la libération). “Le groupe comprenait le militant Luaty Beirão [pt], un musicien influent sur les médias sociaux.

En signe de protestation plusieurs personnes ont fait une grève de la faim attirant l’attention de la communauté internationale – qui a fait écho sur les médias sociaux – et exercé une pression sur les autorités pour qu’elles abandonnent leurs poursuites. Cela a montré la portée potentielle et les limites de l'activisme en ligne et contribué à mettre la pression sur les autorités, mais l'impact s'est vite atténué.

Le régime a également eu recours à des lois restrictives lui permettant de faire taire les critiques et ceux qui contestent le comportement de l'élite dirigeante. La loi sur la sécurité de l'État de 2010 punit de peines de prison les personnes qui insultent le pays ou le président lors de “réunions publiques ou en diffusant” des informations, et la loi de 2006 sur la presse tient les journalistes “pénalement responsables des contenus diffamatoires”.

En 2017, sous JES, de nouvelles lois sur les médias, connues sous le nom de paquet législatif sur la communication sociale, érigeaient la diffamation en infraction pénale et permettaient de réglementer et d'interdire le contenu en ligne, y compris les médias sociaux, ce qui, selon Human Rights Watch violait les obligations internationales de l'Angola en matière de liberté de la presse. Cette année-là, la chercheuse universitaire Joana Fonseca a également abordé le sujet de la surveillance par des “moyens technologiques”, notamment des réseaux d’informateurs utilisant des enregistreurs.

L'adoption de lois restrictives sur la presse, l'usage de technologies de surveillance importées, la pratique des arrestations et des procès, étaient toutes des tactiques déployées par le régime JES pour restreindre la liberté de la presse et des médias.

Réformes limitées

Marques a reconnu [pt] que la liberté d'expression s'était améliorée sous JLO, notant avoir déclaré au Financial Times plus tôt cette année que l'équipement de surveillance chez lui avait disparu. À la mi-2018, Marques et l'éditeur Mariano Brás ont été acquittés de l'accusation d'avoir insulté l'État avec un article [pt] en ligne de 2016 accusant un procureur général de corruption. Le juge a déclaré qu'ils remplissaient leur devoir de journaliste. La chercheuse de Human Rights Watch, Zenaida Machado a qualifié cet acquittement de “grande victoire pour la liberté de la presse”. Dans le classement de l'organisation Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse, l'Angola a gagné [fr] 12 places en 2019 et elle a déclaré que l'accès aux informations détenues par l'État s'était amélioré [fr].

Certains juges ont statué en faveur de manifestants arrêtés par la police [fr], défendant leur droit [pt] constitutionnel de manifester. En outre plusieurs soldats ont récemment été condamnés à une peine de prison pour avoir mortellement tiré sur des manifestants en 2016. Amnesty International a noté que le pouvoir avait “autorisé des manifestations pacifiques”, bien que cette organisation dénonce “de nouveaux cas de violations des droits de l’homme et de recours excessif à la force par les forces de sécurité” ainsi que d’impunité persistante.

L'ONG Frontline Defenders a déclaré que la “culture de la répression [des défenseurs des droits de l'homme] (…) s'est maintenue, même si c'est à un niveau réduit, sous la nouvelle administration”, faisant également référence aux restrictions imposées par les services judiciaires et de sécurité ainsi qu'aux attaques dirigées contre des militants indépendantistes de la province de Cabinda, riche en pétrole.

Entre mi-2017 et mi-2018, l'ONG Freedom House a classé l'internet angolais comme “partiellement gratuit” et a indiqué que “le contenu en ligne restait non censuré et illimité”, bien que des bots informatiques aient exercé une influence sur les médias sociaux, notamment lors des élections de 2017.

Les questions juridiques demeurent [fr] également; Human Rights Watch a déclaré que le nouveau code pénal de 2019 criminalisait de manière vague la “diffamation”, qui pourrait facilement être utilisée contre les critiques.

Les outils pour restreindre la liberté des médias demeurent et ces restrictions ont été exercées à propos de sujets sensibles. Par exemple [fr], des dizaines de personnes liées au mouvement indépendantiste de la province de Cabinda ont été arrêtées [fr], mais les juges ont ensuite ordonné leur libération.

Les récentes manifestations [pt] sur les réseaux sociaux contre le taux élevé de chômage et la pauvreté rappellent les promesses de JLO de créer des emplois lors de sa campagne électorale et sept activistes [pt] ont déposé une plainte contre la police de Luanda, la capitale, pour des abus commis lors d'une manifestation.

JLO a réitéré son intention de poursuivre ses efforts de lutte contre la corruption mais a déclaré que tout le monde ne l'appuyait pas et que des personnes corrompues utilisaient de l'argent détourné pour financer la déstabilisation, évoquant les manifestations en cours [pt]. Le musicien Luaty Beirão a critiqué [pt] la rhétorique “juste comme” celles du passé.

Les réformes politiques de JLO ont assoupli les restrictions, mais n'ont pas fait grand-chose pour promouvoir activement un Internet ouvert en Angola. Des outils juridiques et pratiques pour restreindre les médias sont toujours là. Les citoyens continuent de se heurter à un faible accès à Internet, à une législation [fr] sur la diffamation et à un contenu contrôlé, ainsi qu’à une impunité persistante pour les auteurs de violences passées et actuelles.

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Le kichwa, une langue émancipatricehttps://fr.globalvoices.org/?p=241518http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191107_105947_Le_kichwa__une_langue_emancipatriceThu, 07 Nov 2019 09:59:47 +0000Un grupo de estudiantes aprendiendo quichua, lengua ancestral de Ecuador y varios otros países.

Un groupe d'étudiants apprenant le Kichwa, une langue ancestrale de l'Équateur et de plusieurs autres pays. Image fournie par l'auteure.

J'avais neuf ans et je faisais mes devoirs sur la table de la cuisine chez ma grand-mère après le déjeuner. L'exercice consistait à dessiner ce que le texte racontait : comment les incas enterraient leurs morts. J'ai toujours été très rigoureuse lors des centaines d'activités scolaires que j'ai réalisées depuis cette époque, mais je crois que je ne me suis jamais autant appliquée que cette fois-là. C'était comme si mon dessin devait rendre hommage au personnage que décrivait le texte, et avec lui, à toute la culture qui – comme j'avais cru comprendre – avait elle aussi disparu.

Durant les cours d'histoire qui ont suivi, on m'a parlé de la colonisation et du métissage. On m'a parlé de la naissance de la République de l'Équateur, mon pays d'origine. On m'a fait réciter les noms des présidents et on m'a fait visiter des églises catholiques dans le centre historique de Quito où j'ai grandi. Je ne me souviens d'aucune mention portant sur les peuples autochtones durant ma formation scolaire, à l'exception d'une brève lecture du roman indigéniste Huasipungo [fr], pratiquement à la fin de mes études secondaires.

Cependant, la diversité des tenues vestimentaires, des traditions et des cultures était toujours présente dans ma vie au quotidien. Et en plus, des mots en kichwa, une des langues ancestrales de l'Équateur, se glissaient dans mon vocabulaire, comme dans celui de nombreux équatoriens hispanophones. Aujourd'hui encore, je joue au football sur “la cancha”, quand j'ai froid, je dis “achachay”, et j'appelle ma soeur “ñaña”. Mais jusqu'à récemment, le kichwa était pour moi une langue avec laquelle je vivais, mais que je ne connaissais pas.

“L'enseignement traditionnel occulte totalement les langues, les coutumes, les savoirs, les visions du monde et les philosophies des peuples autochtones. Il nous représente comme quelque chose du passé, mais, malgré des siècles d'exclusion, nous sommes toujours bien présents,” explique Rasu Paza Guanolema, originaire de la culture Puruhá de la communauté Balda Lupaxi dans la province de Chimborazo dans la forêt équatorienne.

Rasu raconte que sa propre relation avec l'éducation a été bonne tant qu'il a vécu dans sa communauté. Mais, quand à l'âge de 12 ans il a déménagé à Quito pour aller au collège, on l'a obligé à abandonner le kichwa, sa langue maternelle, et à adopter la langue, les traditions et les savoirs d'origines européennes.

“Ça a été une expérience terrible. Je me suis senti harcelé par les professeurs et mes camarades de classe parce que je n'étais pas un des leurs. Ils m'ont fait clairement comprendre que je n'avais pas ma place dans leur monde. Ils m'ont fait croire que les cultures millénaires ne valaient rien et que nous n'étions pas capables d'apprendre, et surtout que nos connaissances ne pouvaient rien leur apporter,” commente-t-il. Après deux ans, Rasu est retourné chez lui et a entrepris de travailler. À l'âge de 20 ans il a repris ses études et est entré au collège Chaquiñán, où il a réappris sa langue et les valeurs de sa culture, sa philosophie et sa spiritualité. C'est ainsi qu'il en est tombé amoureux à nouveau.

Partager l'amour de ce qui nous est propre

L'amour de la langue a poussé Rasu à poursuivre des études en littérature espagnole, où il s'est trouvé confronté à des professeurs qui ont tenté de lui faire sentir que sa culture et sa langue n'avaient pas la même valeur. Ensuite, son attachement à ses racines l'a motivé à appliquer ce qu'il avait appris de l'enseignement du kichwa qui appartient à une famille linguistique présente, avec différentes variantes, dans sept pays sud-américains.

En 2008, pour faire progresser le nombre de locuteurs du kichwa dans son pays, Rasu s'est rapproché de Tinkunakuy (un centre spécialisé dans l'apprentissage de la langue et de la philosophie Kichwa). Cette organisation, située à Quito, porte le nom en kichwa du principe relationnel, fondamental dans la philosophie des peuples autochtones de l'Équateur. “De notre point de vue, les gens, la nature et le cosmos sont liés; nous faisons tous partie du même tissu; c'est l'interaction de ces éléments basée sur le respect,” explique-t-il.

C'est dans cette optique que les membres de Tinkunakuy ont enseigné la langue kichwa à plus d'un millier d'étudiants en seulement 15 ans d'existence. De plus, Tinkunakuy défend des principes d'organisation politique, de communication, de spiritualité, d'éducation et d'économie. Rasu, quant à lui, a le projet d'écrire des poésies, des contes et des romans afin de continuer à transmettre sa connaissance des peuples autochtones à partir de leur propre langue. “Mon objectif c'est de faire en sorte que le plus grand nombre de personnes apprennent à aimer la langue, et à travers elle, à apprécier un mode de vie différent de celui que le système actuel nous impose,” commente Rasu.

Avec moi, ça a marché. J'ai toujours aimé les sonorités du kichwa, mais ayant vécu loin de l'Équateur ces huit dernières années, je ne pensais pas pouvoir apprendre la langue, sans retourner un jour dans mon pays. Le projet Reframed Stories de Rising Voices, en collaboration avec différentes communautés, dont quelques communautés indigènes, n'a fait qu'accroitre mon désir d'apprendre cette langue. C'est pourquoi, quand il y a sept mois environ l'annonce des cours de kichwa de Rasu est apparue sur mon Facebook, je n'ai pas hésité un instant à lui demander s'il était possible de les suivre sur internet. A ma grande surprise, il a accepté, et le lundi suivant, j'ai pris ma première leçon. Depuis, nous parlons sur WhatsApp une heure et demie par semaine. Rasu crée un document sur google Doc, et je peux lire ce qu'il écrit en temps réel. Nous utilisons également un livre numérisé avec des exercices que nous révisons ensemble, et moi, je prends des notes à la main sur un cahier.

Cette possibilité d'apprendre le kichwa à distance existe depuis moins d'un an. Rasu raconte qu'au début, il ne maîtrisait pas vraiment la technologie, mais quand il a été invité à enseigner dans un centre de langues, il a appris à utiliser les quelques outils numériques indispensables. Maintenant, il souhaite explorer d'autres possibilités comme créer des fichiers audio pour des exercices de prononciation. En attendant, il me donne de la musique en kichwa que j'écoute en rangeant ma maison ou en me promenant.

“C'est bien de savoir que la distance n'est plus un obstacle, et que tous ceux qui le souhaitent peuvent approcher cette langue depuis n'importe où,” dit Rasu, et je suis d'accord. Moi, j'apprends le kichwa au Canada, et d'autres élèves le font aux États-Unis et en Suède. Il partage avec nous des racines que nous faisons nôtres depuis  l'étranger.

Même si je vis loin et que mes journées se déroulent en anglais, une langue qui n'est pas la mienne, grâce aux cours de Kichwa je me sens plus proche que jamais de mon pays. Et pas seulement proche de l'Équateur urbain où j'ai grandi, mais aussi des savoirs ancestraux auxquels je n'avais pas vraiment accès quand je vivais là-bas.

Une autre élève de Rasu, Catharina Blomquist, a elle aussi abordé un monde nouveau grâce au kichwa. “Je suis Suédoise et ma langue maternelle est le suédois, mais je sens que le kichwa est ma langue, je ne peux pas expliquer pourquoi,” déclare Catharina. Elle se souvient que lors de sa première visite en Équateur en 20117, elle ne savait rien du kichwa, mais dès qu'elle l'a entendu, elle en est tombée amoureuse et elle a su qu'elle devait l'apprendre. Alors, elle a cherché des cours par internet et elle a trouvé ceux de Rasu. “Le kichwa obéit à un autre mode de réflexion, c'est un langage très profond pour moi” ajoute-t-elle.

Il est vrai que cette langue est basée sur une logique qui lui est propre et qui s'incarne dans le langage. Elle change notre façon de comprendre le monde et d'y vivre. C'est ainsi que j'ai appris, par exemple, qu'en kichwa le moi (ñuka) fait partie du nous (ñukanchik) et que l'un ne peut exister sans l'autre. J'ai compris aussi que le temps et l'espace peuvent être aussi inséparables que les deux côtés d'une même page; que l'avenir n'est que la suite du passé, et que le présent nous guide. J'ai compris que la maladie peut être vue comme quelque chose qui nous fait savoir qu'un aspect de notre vie n'est pas en harmonie; et que la mort ne peut être perçue comme une fin mais plutôt comme un éternel retour à la vie.

D'après Rasu, ce n'est que par une compréhension profonde de la langue que nous pouvons réellement aborder ces savoirs ancestraux, avec tout ce qu'ils ont à offrir, sans les vider de leur contenu. C'est la raison pour laquelle il incorpore l'enseignement de ces savoirs aux leçons de grammaire et de vocabulaire, et il trouve gratifiant de voir comment l'apprentissage nous transforme. Inspirés par les cours, certains élèves ont adopté les coutumes, les vêtements et le mode de vie traditionnel qu'ils avaient abandonnés. D'autres se sont engagés à contribuer au développement de la langue et à répondre aux besoins des peuples autochtones depuis leurs propres lieux de vie et leur expérience.

D'autre part, Rasu juge inconcevable d'enseigner cette langue sans aborder des thèmes tels que les cicatrices laissées par la colonisation, toujours très présentes, le racisme, et les droits sur les territoires. Parler de ces problématiques est indispensable pour rectifier l'histoire et remettre en question ce que nous avons appris, et ce que nous n'avons pas appris. Elle nous émancipe.

“Le kichwa nous délivre, nous empêche de répéter les erreurs du passé et de laisser les autres parler pour nous”, dit Rasu. “Il nous donne la possibilité de nous exprimer à partir de nos propres visions et perspectives, de dénoncer les injustices, et de travailler ensemble pour un futur différent qui nous permettrait de vivre dans cet espace-temps-monde-univers en harmonie et respect mutuel entre peuples de langues différentes” ajoute-t-il, et je comprends que le kichwa ferme des blessures laissées ouvertes depuis bien trop longtemps.

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Peindre les peurs en nous : conversation avec l'artiste syrien Rashwan Abdelbakihttps://fr.globalvoices.org/?p=241592http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191107_095114_Peindre_les_peurs_en_nous___conversation_avec_l_artiste_syrien_Rashwan_AbdelbakiThu, 07 Nov 2019 08:51:14 +0000Rashwan Abdelbaki. Title: Number 7. 31.49 x 61.02 inch. Acrylic On Canvas. 2016.

“Numéro 7″, par Rashwan Abdelbaki. 31.49 x 61.02 pouces. Acrylique sur toile 2016.

Alors que le portrait de la Syrie est peint dans les médias avec essentiellement des images de guerre et de destruction, l'artiste syrien Rashwan Abdelbaki cherche des possibilités de déjouer les stéréotypes et perceptions qui méconnaissent ou méprisent un pays qui “a apporté beaucoup pour enrichir la civilisation humaine” et “représente une extraordinaire mosaïque de plus de dix-huit religions.”

Né dans la ville d'As-Suwayda dans le sud de la Syrie et vivant aujourd'hui à New York, Abdelbaki, 35 ans, a commencé à s'intéresser aux arts à l'adolescence. En 2003, il a trouvé sa voie à la faculté des Beaux-Arts de Damas, où il a obtenu une licence en techniques d'estampes.

Ses œuvres explorent les questions les plus urgentes de notre époque : la migration, le racisme, la religion et la politique, avec des couleurs rutilantes et des interactions dynamiques qui créent une conversation permanente et capturent l'imagination de son public.

Last Supper, First Wall. 78.74 x 129.92 inch. Acrylic On Canvas. 2017.

“La Cène”, par Rashwan Abdelbaki. Premier mur. 78.74 x 129.92 pouces. Acrylique sur toile 2017.

En septembre 2016, Abdelbaki a obtenu une bourse d'une année du Fonds de protection des artistes de l'Institut d’Éducation internationale (IIE-APF) qui l'a fait devenir membre associé de l'Académie américaine à Rome. En janvier 2017, une semaine avant que le président Donald Trump inaugure son “interdiction de voyage” restreignant l'entrée aux USA des nationaux de pays principalement à majorité musulmane, Abdelbaki est arrivé à New York pour poursuivre sa bourse de chercheur de l'IIE-APF accueilli par ArteEast et la Elizabeth Foundation for the Arts.

Depuis juillet 2018, Abdelbaki est un membre du programme des artistes en danger de la Westbeth Artists Community, qui assure des espaces de vie et de travail à prix abordable. Le programme a été créé par le New York City Safe Residency Program et est géré par une coalition de mouvements soutenant la liberté d'expression.

Dans un entretien avec Global Voices à New York, Abdelbaki a expliqué utiliser la peinture, l'eau-forte, la gravure, l'art numérique art, l'installation et la vidéo pour exprimer ce qu’il voit comme les “effets négatifs du racisme, de la religion et de la politique qui tous s'évertuent à nous diviser et à détruire notre foi en l'humanité”.

J'ai eu l'opportunité de m'entretenir avec Abdelbaki en août 2019. Extraits.

Omid Memarian : Comment les années de guerre en Syrie ont-elles influencé et affecté les artistes syriens, et vous en particulier ?

Rashwan Abdelbaki : La guerre a eu un impact négatif sur tous, en particulier économiquement et sécuritairement, poussant beaucoup à quitter le pays en quête de nouvelles possibilités. Après mon diplôme universitaire en Syrie, je m'intéressais principalement à la musique, à l'exploration du rapport entre le musicien et son instrument. A l'époque, mon art était empli de musique, de joie, de lumière et de théâtre. Mais en 2011, j'ai commencé à sentir les changements apportés par la guerre à mon pays. Au niveau personnel et comme artiste, la guerre a brouillé beaucoup d'idées en moi, et ma vision des choses a changé. J'ai commencé à penser plus aux dangers qui menacent notre humanité commune. Mon attention s'est déplacée vers les effets négatifs du racisme, de la religion, et de la politique qui tous s'évertuent à nous diviser et à détruire notre foi en l'humanité.

Emptiness, 2016 Acrylic On Canvas 120 x 150 cm

“Vide”, par Rashwan Abdelbaki. Acrylique sur toile. 120 x 150 cm. 2016.

OM : Quelles différences voyez-vous dans l’œuvre que vous créée avant d'émigrer aux États-Unis et après vous y être installé ?

RA : Avant que je vienne aux États-Unis, mes peintures mettaient l'accent sur les environnements humains et les relations entre les différents groupes de gens, parfois [sur] le corps en pied dans des tableaux comme Nuit de noces et Mariage précoce. Le premier tableau que j'ai réalisé à New York était La Cène, premier mur. Ce tableau était une réponse à l'Ordre exécutif N°13769 [l'interdiction de voyage du président Trump] qui limitait ma mobilité et par la suite s'est aggravé en m'imposant de soit quitter soit rester. Jésus nous a demandé de tous agir avec humanité et de respecter l'humanité. Notre réponse a seulement été de continuer à construire des murs entre nous. Puis j'ai commencé à donner plus d'attention au visage, à l’œil ouvert, et aux lignes physiques représentant nos capacités et notre liberté, dans des peintures comme Une ligne, ligne franchie, et ligne de sécurité. Dans ces œuvres, il y a une ligne visible, physique au-dessus de l'être humain qui semble se noyer mais s'accroche encore à l'espoir.

OM : Dans beaucoup de vos peintures, les individus ont un seul œil et, en général, leur visage paraît défiguré. Que disent ces personnages de notre compréhension de la condition humaine et des questions importantes de notre temps ?

RA : Dans les portraits, je parle à la peur en nous qui nous garde éveillés, même quand nous voulons fermer les yeux et dormir paisiblement. Mais à cause de ce à quoi nous assistons aujourd'hui—violence, guerres et racisme—nous avons besoin de garder un œil ouvert pour savoir ce qui se passe autour de nous, être prêts à tout choc, à toute surprise. Je mets un cercle autour de l’œil ouvert dans mes portraits pour attirer l'attention sur l’œil. Ces gens, comme tout le monde, sont aussi prisonniers de leurs propres croyances, alors je les peins en uniformes rayés dans des cellules vides. Ils ne peuvent pas voir au-delà de l'espace de leurs croyances. Tel est l'état actuel de notre monde et de notre humanité aujourd'hui à cause des conflits religieux, des politiciens corrompus et de leur abus du pouvoir, ainsi que de la discrimination.

Rashwan Abdelbaki. Title: Women. Acrylic On Canvas. 150 x 150 cm. 2016.

” Femmes”, par Rashwan Abdelbaki. Acrylique sur toile. 150 x 150 cm. 2016.

OM : Dans beaucoup de vos peintures et dessins, il semble y avoir une curiosité et une recherche de la relation entre les individus et ce qui les entoure. La direction des têtes et des regards, et les rapports avec les autres dans Amour, comme dans La Cène, premier mur et Numéro 7 crée un thème englobant incrusté sous votre usage de couleurs vives. Qu'est-ce qui vous a inspiré la création de ces œuvres ?

RA : C'est vrai, au départ j'essayais plus d'identifier le personnage (un œil ouvert, un œil fermé) au moyen de rapports physiques et d'espaces vides—pour représenter une scène, à un moment et un endroit donnés. On le voit dans La Cène, premier mur et Numéro 7, dans lesquels des groupes de personnes se rassemblent comme pour le Jugement dernier, enclos dans des espaces intérieurs et avec des regards pétrifiés, comme s'ils regardaient au dehors mais vers rien de particulier.

Mais dans le tableau Amour, et dans Ligne de Sécurité, Murmure, et Espoir, il y a quelque chose de spécifique : homme et femme, dans un moment d'amour, avec des lignes et des barrières. Tous deux ont un seul œil ouvert et l'autre fermé, comme tous les personnages dans mes peintures, mais la caractéristique spéciale ici est qu'ensemble ils ont deux yeux ouvert, et toute la scène devient plus limpide, comme s'ils se protégeaient mutuellement.

Les couleurs dans toutes ces peintures sont impressionnistes ou abstraites parfois, comme ce qui se passe dans le monde. Je m'en sers pour faire référence à différents partis politiques ou religions, et ça se voit dans ces personnages et leurs rayures. Mais je les utilise aussi pour créer une vision d'espoir que je cherche et que je veux donner à autrui.

OM : Votre palette de couleurs est séduisante et engageante, mais certains des concepts dont vous traitez sont déconcertants, comme Musique sur papier 4 ou Vide. Quel était votre processus de pensée en créant ces situations ?

RA : Je comprends ce que vous voulez dire par “déconcertant”. Dans les gravures qui viennent d'autres concepts que celui d'où a découlé Vide, il y a une insistance sur la réduction des éléments, ainsi c'est une représentation symbolique de la chose qu'on regarde plutôt que la chose elle-même. Semblablement, dans ces peintures il y a une forte stylisation, une sacralisation d'éléments formels en tropes essentialistes. Il y a toujours une ou deux figures dans une pièce avec une palette de couleurs criardes qui paraît suggérer le confinement et la violence. Je crois ne pas être loin personnellement de tout ceci. Dans de nombreux cas, je donne à voir mon état “déconcerté” venu de ce ressenti que j'avais de ces jours où je travaillais sur la musique, pour élaborer cette sensation de peur que j'ai eue les deux dernières années. Je veux comprendre l'illusion créée par cette peur en moi, et comment la vaincre.

This is My Place. Acrylic On Canvas. 150 x 200 cm. 2016.

“C'est chez moi ici”, par Rashwan Abdelbaki.. Acrylique sur toile. 150 x 200 cm. 2016.

OM : En quoi vivre à New York depuis deux ans vous a changé en tant qu'artiste ? Y a-t-il des choses que vous voyez différemment à présent concernant l'art et les questions d'identité, ainsi que la géopolitique ?

RA : Voyager et vivre à New York m'a aidé à me familiariser avec de nouvelles civilisations, cultures, langues, musique et ainsi de suite. J'étais dans l'incapacité de les connaître dans mon pays natal sauf par l'internet ou les informations. Ici j'ai plus appris sur ma vocation artistique grâce aux contacts avec les gens aux USA et en Europe. Quand ils ont vu le visage avec un œil ouvert et un œil fermé, cela les a touchés, et dans ce qu'il en ont dit j'ai senti leur besoin de sécurité, de paix et d'amour.

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L'une des rares certitudes partagées de la crise chilienne, c'est que le passé continue à nous rattraperhttps://fr.globalvoices.org/?p=241368http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191106_230109_L_une_des_rares_certitudes_partagees_de_la_crise_chilienne__c_est_que_le_passe_continue_a_nous_rattraperWed, 06 Nov 2019 22:01:09 +0000

Manifestation à la place Baquedano à Santiago au Chili en octobre 2019. Photo de Carlos Figueroa via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

[Article d'origine publié le 26 octobre 2019] A milieu de la tourmente que connaît actuellement le Chili avec les manifestations, les incendies criminels et les pillages, les réseaux sociaux ont joué un rôle important en fournissant des informations actualisées sur des événements que les médias traditionnels ne peuvent pas facilement couvrir. Cependant, l'information transmise par ces mêmes réseaux s'est avérée être un obstacle à la progression vers une solution définitive du conflit, car les usagers [des réseaux sociaux] tombent dans un utilitarisme idéologique, et la subjectivité qui en résulte s'est transformée en désinformation.

Les «temps meilleurs», un slogan adopté par le président Sebastián Piñera pendant sa campagne présidentielle qui l'a mené pour une deuxième fois au Palais de la Moneda, ont été loin de se réaliser sur la longue et étroite bande de territoire que les Chiliens connaissent comme leur pays. Depuis que M. Piñera a entamé son second mandat présidentiel (le premier était de 2010 à 2014), les perspectives de sa présidence semblent compliquées ; il y a un climat de pessimisme et une incertitude sur la possibilité de freiner un éventuel scénario négatif face à l'image que la population a de lui, celle d'une icône de la droite chilienne alliée à la dictature de Pinochet qui a exercé le pouvoir pendant 17 ans.

Au milieu de cette chaîne d'événements qui ont débuté avec une campagne de non-paiement du ticket de métro pour protester contre l'augmentation du prix ; Twitter, Whatsapp, Instagram entre autres, sont à la fois devenus des canaux essentiels pour les personnes ayant besoin de divers types d'informations publiques (lignes de bus et métro disponibles, pharmacies et supermarchés ouverts, perturbations de lignes), mais ont aussi créé un climat radical basé sur des informations ambigües, non confirmées par les faits ou les médias officiels ou qui ne sont pas clairement reconnues par certains groupes ou organisations.

Ce dernier point est justement là où la dialectique du bien et du mal atteint son apogée à Santiago du Chili, capitale et ville épicentre des manifestations et des révoltes, ainsi que dans toutes les principales villes du pays qui se trouvent en état d'urgence et sous couvre-feu.

Pour l'extrême droite, ce qui est en train de se passer au Chili est du pur terrorisme orchestré par des agents extérieurs, où certains voient la main invisible du président vénézuélien Nicolas Maduro qui, dans l'ombre, encouragerait les manifestations avec l'aide de quelques partis politiques alliés à son idéologie bolivarienne. D'ailleurs, une vidéo circule où l'on voit Maduro faire référence au Forum de Sao Paulo, un événement auquel certains partis politiques de la gauche chilienne ont assisté en juillet dernier, dans laquelle il déclare que «tout fonctionne selon le plan». Cette théorie du complot a également eu un écho à l'Organisation des États d'Amérique (OEA), et jusqu'aux oreilles de l'épouse du président, Cecilia Morel, qui a envoyé un enregistrement audio sur WhatsApp diffusé dans tout le pays, où elle affirmait l'existence d'intérêts de pays étrangers cherchant à déstabiliser le pays, ou même d'une invasion d'extraterrestres.

Le revers de la médaille a été l'évocation par les gauchistes les plus agressifs des années les plus sombres de la dictature militaire et ses horribles crimes du passés. Selon eux, la simple présence d'une troupe militaire signifie le retour à de tristes souvenirs de la violation des droits humains. Chaque pas foulé par des bottes militaires dans les rues est une atteinte à la dignité et l'humanité des manifestants, un sentiment de répression qui a été alimenté par de nombreux posts multimédias rendant compte de mystérieuses disparitions de civils et de vols perpétrés par la police. La peur de l'action des forces spéciales est si grande, qu'une rumeur s'est propagée au sujet d'un centre de torture installé dans une des principales station de métro de Santiago, la station Baquedano, et qui a été réfutée par le ministère.

Du point de vue de ces deux positions extrêmes, la vérité n'existe que de leur côté et l'existence de preuves contradictoires seraient une illusion. Cependant, malgré les tentatives des deux parties à montrer leurs exigences et leur exclusivité, elles s'accordent sur un point qu'elles ne contestent pas : que ce moment évoque le souvenir des années 70 et des derniers jours du gouvernement de Salvador Allende.

Il y a eu des cris et des proclamations contre ces méthodes d'ordre et de sécurité recyclée, qui datent de l'époque de l'Unité Populaire, la coalition politique dirigée par Allende qui a gouverné le Chili avant le coup d'Etat. Par exemple, une rumeur a été diffusée sur les réseaux sociaux qui s'inspirait de la grève des camionneurs de 1973. À l'époque, les camionneurs appelaient à une grève pour protester contre l'abus des péages sur les autoroutes urbaines et interurbaines. La rumeur a fait couler tellement d'encre que le président de la Confédération nationale des transports de marchandises, Sergio Pérez, a été contraint de faire une déclaration publique sur Twitter pour préciser que la rumeur n'était pas fondée.

El bombardeo de La Moneda (palacio presidencial) el 11 de septiembre de 1973 durante el golde de estado. Imagen del sitio de la Biblioteca de Historia Política del Congreso Nacional Chileno via Wikimedia Commons (CC BY 3.0 cl)

Le bombardement de La Moneda (palais présidentiel), le 11 septembre 1973 pendant le coup d’État. Image de la bibliothèque d'Histoire Politique du Congrès national chilien via Wikimedia Commons (CC BY 3.0 cl).

Quoi qu'il en soit, l'une des rares certitudes de ce mouvement de l'histoire du Chili, c'est que le temps nous rattrape toujours, et que la fin du chemin est encore trop brumeuse pour que l'on puisse apercevoir notre destination afin d'y arriver.

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Au Bangladesh, blocage du site web de l'université d'ingénierie rapportant les abus subis par les étudiantshttps://fr.globalvoices.org/?p=241522http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191105_091800_Au_Bangladesh__blocage_du_site_web_de_l_universite_d_ingenierie_rapportant_les_abus_subis_par_les_etudiantsTue, 05 Nov 2019 08:18:00 +0000Les étudiants cherchaient un espace pour partager leurs histoires d'abus.

Etudiants de l'Université d'Ingénierie et de Technologie manifestant en avril 2018 pour réformer le système de quota dans la fonction publique. Image via Wikipedia de Rahat Chowdhury. CC BY-SA 3.0

[Article d'origine publié le 10 octobre 2019] [Tous les liens associés renvoient à des pages en anglais, sauf mention contraire]

Le Bangladesh est secoué par des manifestations étudiantes dans tout le pays après qu'un élève de premier cycle à la prestigieuse Université d'Ingénierie et de Technologie du Bangladesh (BUET) a été battu à mort au petit matin du 7 octobre par des étudiants appartenant à la branche étudiante du parti au pouvoir, la Ligue Awami [fr]. Le meurtre d’Abrar Fahad, âgé de 21 ans, dans le dortoir du BUET a mis en lumière les violences subies dans tout le pays par les étudiants dans les universités publiques et les tentatives pour cacher les plaintes.

Après ce meurtre, les étudiants du BUET et d'autres institutions ont commencé à raconter les violences qu'ils ont eux-mêmes subies soit dans le cadre du bizutage ou d'intimidations motivées politiquement. Le bizutage est communément décrit comme une “initiation rituelle” traditionnelle pratiquée dans les institutions d'éducation supérieure dans les pays d'Asie du Sud, impliquant des violences sur les nouveaux étudiants par les anciens.

Le mercredi 9 octobre, la Commission de Régulation des Télécommunications du Bangladesh (BTRC) a ordonné le blocage d'une page en ligne du BUET, où plus de 175 plaintes avaient été déposées anonymement par des étudiants actuels ou anciens de cette université, l'une des meilleures du pays et où seulement les étudiants les plus méritants peuvent entrer après un examen d'entrée très compétitif.

Le bâtiment du Génie Civil au BUET. Image via Wikipedia de Raiyan Kamal. CC BY-SA 2.5

Révélant un courriel qui a fuité, le journal Dhaka Tribune informe que le BTRC aurait demandé à tous les opérateurs d'International Internet Gateway (IIG) et à tous les fournisseurs de services internet (ISP) du pays de bloquer la page web sur leurs réseaux immédiatement. Aucune justification n'aurait été fournie dans l'injonction.

Au moins 72 plaintes ont été envoyées sur les deux derniers jours, après le meurtre d'Abrar dans le dortoir !

Cela montre à tous que vous n'avez aucun droit de vous plaindre.

La page bloquée contenait un système de signalement anonyme en ligne sous le site web du département de l'informatique et de l'ingénierie (CSE) du BUET, faisant partie d'un projet de recherche de classe. Après les violences subies par Fahad et son meurtre, les étudiants cherchaient un espace pour partager leurs propres expériences de violences et le nombre de plaintes soumises anonymement par les étudiants actuels et anciens de l'université – la plupart concernant des violences et des abus dans le campus commis par des étudiants plus âgés affiliés à la Ligue Etudiante du Bangladesh (BCL), la branche étudiante du parti au pouvoir. Les internautes ont confirmé qu'ils ne pouvaient plus accéder à la page. Cependant, des copies de sauvegarde des plaintes ont été partagées sur les médias sociaux.

Nous sommes Abrar

Tué pour un commentaire Facebook

Un article du Daily Star mentionne que l'étudiant a probablement été tué pour ses posts sur Facebook. La semaine dernière sur son statut Facebook, qui a été partagé 69.000 fois, Fahad avait critiqué la signature récente d'accords bilatéraux entre le Bangladesh et l'Inde pendant la visite officielle de la Première Ministre Sheikh Hasina en Inde. Il a été rapporté qu'il aurait été appelé par des dirigeants BCL de l'université pour qu'il explique pourquoi il avait posé une déclaration aussi critique contre le gouvernement. Des rapports révèlent que les étudiants aux opinions divergentes sont souvent victimes d'abus physiques.

Le meurtre d'Abrar Fahad est un crime horrible qui doit faire l'objet d'une enquête immédiate. Abrar utilisait seulement son droit pacifique de liberté d'expression sur ses posts Facebook critiquant le gouvernement. #Justice pour Abrar Photo : collectée de Facebook.

L'autopsie a révélé que Fahad a été battu à mort avec des objets contondants sur ses bras, sur ses jambes et sur son dos, et qu'il est décédé en raison d’ “hémorragies internes”.

D'après la BBC, les abus et les harcèlements en raison d'opinions politiques différentes ou de défi à l'ordre des dirigeants est commun dans les universités publiques du Bangladesh.

L'année dernière, Human Rights Watch a mentionné dans un rapport que ceux qui publiaient dans les réseaux sociaux des posts critiquant le gouvernement étaient systématiquement ciblés au Bangladesh, avec souvent l'utilisation de la controversée section 57 de la Loi ICT (ICT Act).

Section 57 of ICT Act authorizes the prosecution of any person who publishes, in electronic form, material that is fake and obscene; defamatory; “tends to deprave and corrupt” its audience; causes, or may cause, “deterioration in law and order;” prejudices the image of the state or a person; or “causes or may cause hurt to religious belief.”

La section 57 de la Loi ICT autorise la poursuite de toute personne qui publie, sous forme électronique, du matériel fallacieux et obscène, diffamatoire, “qui incite à dépraver et corrompre” son audience; qui cause, ou pourrait causer, “la détérioration de l'ordre public”, porter préjudice à l'image de l’État ou d'une personne, ou “qui heurte ou pourrait heurter les convictions religieuses”.

En août 2018, le photographe et activiste Dr. Shahidul Alam a été détenu plus de 100 jours pour ses posts Facebook concernant les manifestations étudiantes dans la capitale Dacca.

Des manifestations étudiantes qui réclament justice

Les étudiants du BUET et d'ailleurs dans le pays sont descendus dans les rues pour protester contre le meurtre.

Les étudiants du BUET manifestent pour la Justice dans le meurtre d'Abrar. Abrar, un étudiant de EEE, assassiné dans sa chambre de résidence universitaire par des cadres du BSL, branche étudiante du parti au pouvoir. #Justice pour Abrar #Bangladesh

Les étudiants et les professeurs de l'université Jahangirnagar ont organisé des manifestation dans leur campus et demandé une sanction exemplaire contre les assassins de l'étudiant du BUET Abrar Fahad. .#JusticePourAbrar#Bangladesh

Après avoir examiné les images de vidéosurveillance du campus universitaire, la police a jusqu'à présent arrêté 13 étudiants, nombreux parmi eux étant affiliés à la Ligue étudiante Chhatra League, en raison du meurtre de Fahad. Le père de Fahad, Barkat Ullah, a déposé une plainte pour meurtre contre 19 personnes.

Images de vidéosurveillance des quelques dirigeants étudiants qui ont tué l'étudiant du BUET nommé #AbrarFahad. Puis jetant son corps dans les escaliers du dortoir. Plainte déposée par le père du défunt.

La Première Ministre Sheikh Hasina a demandé que l'assassin reçoive la plus lourde peine et que personne ne soit épargné, quelles que soient les affiliations politiques. Elle a aussi défendu différentes décisions bilatérales prises par le gouvernement du Bangladesh durant sa dernière visite en Inde, notamment concernant le partage de l'eau et l'exportation de gaz GPL, les sujets qui avaient été critiqués par Fahad.

Les internautes ont aussi mis en question la décision du BUET de garder un tel système sensible de plainte ouvert au public, mettant en péril la sécurité des plaignants. Un administrateur système du BUET pourrait facilement cacher la page sans nécessiter autant de réactions irréfléchies de la part de l'autorité régulatrice. Au moment de l'écriture du post, tout le site web du BUET était inaccessible.

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“Les oligarques sont les principaux pourvoyeurs de désinformation en Bulgarie”, dit une chercheuse bulgarehttps://fr.globalvoices.org/?p=241527http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191104_094146____Les_oligarques_sont_les_principaux_pourvoyeurs_de_desinformation_en_Bulgarie_____dit_une_chercheuse_bulgareMon, 04 Nov 2019 08:41:46 +0000

La Dr. Rumena Filipova. Photo : Center for the Study of Democracy – Sofia, utilisée avec autorisation.

Cet entretien a été initialement publié sur Meta.mk News Agency, opérée par la Metamorphosis Foundation. Une version adaptée est publiée ci-après dans le cadre d'un accord de partage de contenus.

Rumena Filipova est Docteure en Relations internationales de l'Université d'Oxford, après avoir effectué ses études de premier cycle à l'Université de Cambridge. Elle  a enseigné en premier cycle à l'Université d'Oxford, et a été chercheuse invitée au Carnegie Moscow Center, à l'Institut polonais des Affaires étrangères, chez Chatham House et dans d'autres instituts et think tanks internationaux.

Mme Filipova travaille actuellement en Bulgarie comme chercheuse associée au Centre d'étude de la démocratie, un organisme interdisciplinaire qui se consacre à l'étude de la démocratie et de l'économie de marché.

A côté de multiples autres projets et publications, la Dr. Rumena Filipova est co-auteur avec son collègue le Dr. Todor Galev du rapport “L'influence russe dans les médias, pays de la mer Noire : alternatives, narratifs et options politiques pour construire une résilience“, qui examine la désinformation et la mésinformation comme éléments de la stratégie globale de la Russie, ainsi que sa transmission de propagande par la voie des médias dans les pays balkaniques de la mer Noire.

Meta.mk : Vous travaillez depuis longtemps à l'étude de l'influence de la Russie et ses “manipulations” de politique étrangère, et dans le rapport que vous avez co-produit avec votre collègue Galev vous analysez la guerre des médias qu'elle mène. Quelles sont vos principales découvertes sur la propagation du narratif russe dans les pays balkaniques de la mer Noire ?

Rumena Filipova (RF) : L'étude examine la dissémination des narratifs propagandistes de la Russie en Bulgarie, Ukraine, Géorgie, Arménie et Moldavie entre 2015 et 2017, avec une référence particulière aux trois thèmes dominants de la désinformation du Kremlin que sont la guerre en Syrie, les projets énergétiques à grande échelle et l'ingérence dans les élections. La découverte principale qui a émergé, est que les schémas de propriété, de dépendance économique et de liens politiques (in)formels des organes de médias dans les pays objets de l'enquête avec des groupes et intérêts pro-russes se reflètent dans les tendances correspondantes à utiliser des narratifs de propagande originaires de Russie. C'est-à-dire, en règle générale, que plus grand est l'enchevêtrement politico-économique d'un organe de média avec des intérêts russes, plus la correspondance aux narratifs russes y sera conforme et constante, moins il inclura de variations analytiques et de points de vue propres au pays, et plus biaisé sera le style de communication. Bien entendu, les traits distinctifs des paysages médiatiques nationaux dans chacun des cinq pays renforcent ou contraignent davantage la propagande russe, en donnant un cadrage aux discours spécifiques sur les développements en rapport avec la Russie.

Meta.mk : Avez-vous identifié les plus tenaces pourvoyeurs médiatiques du narratif russe ?

RF : Les résultats de l'étude ont montré que les plus tenaces – et donc les plus insidieux – pourvoyeurs qui poussent les narratifs russes sont les oligarques locaux et leurs réseaux, qui sont financièrement et politiquement liés à la Russie. Ces mandataires oligarchiques contrôlent (de façon formelle ou informelle) la politique éditoriale et les structures de propriété des médias nationaux influents. En outre, la constitution d'une communauté plus large de créateurs et pourvoyeurs de contenus loyaux ou inféodés au Kremlin (comme les petites et moyennes plateformes d'information en ligne, des journalistes, blogueurs, faiseurs d'opinions sur les médias sociaux) assure une dissémination renforcée des messages russes. Sans aucun doute, les médias propriété directe du gouvernement russe ou rediffusant ou réimprimant leurs contenus sont les canaux de propagande les plus dévoués.

Meta.mk : Quelle est la situation, d'après vos observations, dans les médias bulgares et en langue bulgare à cet égard ?

RF : Le paysage médiatique général en Bulgarie a connu des transformations significatives, surtout dans les années 2010, caractérisées par le déclin de la presse écrite, l'essor des médias en ligne, l'effondrement des normes journalistiques et la modification des schémas de propriété des médias. Pour cette dernière, les conséquences combinées de la numérisation et de la crise financière et économique de 2008 ont conduit à la sortie des investisseurs étrangers, dont la place a été occupée par les groupes oligarchiques locaux, qui se sont emparés du contrôle de la plupart des sociétés de médias de Bulgarie. Ainsi, la concentration de la propriété des médias, les intérêts oligarchiques et politiques combinés avec la régulation étatique des ressources allouées au secteur des médias et l'emprise sur les régulateurs indépendants ont exercé une influence pernicieuse sur le contenu et la qualité de la production médiatique bulgare. Les indices internationaux ont certes démontré la glissade constante de la Bulgarie dans les classements de la liberté de la presse. Par exemple, Freedom House classe la situation de la liberté de la presse de la Bulgarie en 2017 comme partiellement libre sur la base d'une note de 42 sur 100 points (0 pour la plus libre et 100 pour la moins libre). C'était une détérioration comparé à il y a dix ans. La Russie utilise et perpétue activement ce déclin dans les normes des médias, comme elle soutient implicitement son propre modèle chez elle.

Pourtant, placée dans une perspective comparative, la Bulgarie fait mieux que les quatre autres pays de la région de la mer Noire que nous avons étudiés. En particulier, la présence plus faible d'un impact médiatique officiel russe hérité, avec l'absence de chaînes d'ascendance soviétique, le déclin de la pratique de la langue russe, un nombre très réduit de médias opérant en Bulgarie mais originaires de Russie, tout cela forme un rempart contre une large dissémination et réceptivité des messages russes.

Meta.mk : D'une façon générale, quelles sont les désinformations et mésinformations les plus en vue en Bulgarie ?

RF : Les médias nationaux pro-russes propagent des narratifs qui sont cadrés à l'intérieur du discours conservateur russe vantant les vertus du souverainisme (d'autant qu'il est en rapport avec les décisions sur les projets liés à la Russie ou avec des désaccords sur certaines politiques de l'UE), la famille traditionnelle, l'avènement d'un ordre international multi-polaire ‘démocratique’ et la critique des tendances sociales, économiques et politiques en Occident, comme le libéralisme et le multiculturalisme. Un sujet particulier subissant une pesante propagande est l'énergie. Par exemple, une forte dose de frénésie médiatique s'est concentrée sur l'annulation [du projet] South Stream, décrite – suivant la ligne du Kremlin, comme la faute de la Bulgarie avec sa docilité impuissante devant la Commission européenne contraire aux intérêts économiques supposés véritables du pays. On prétendait que les hommes politiques et responsables économiques russes resteraient fermement opposés aux appels de la Bulgarie à la résurrection de South Stream ou à l'extension de Turkish Stream à travers son territoire comme une forme de punition du manque de fiabilité de Sofia et de sa faiblesse. Pourtant, nous voyons aujourd'hui que Turkish Stream traversera le territoire bulgare en une version rebaptisée Balkan stream.

Meta.mk : Les médias bulgares ou de langue bulgare sont-ils souvent source de désinformation ou mésinformation ou ne sont-ils peut-être que les agents de la classe politique, des puissances étrangères ou des réseaux sociaux ? Quelle catégorie a le rôle moteur à cet égard, les médias traditionnels ou les nouveaux médias en ligne ?

RF : Il y a évidemment des sites web qui ont pour but de faire du profit en attirant le trafic et les recettes publicitaires par leur propre fabrication d'articles à sensation. Cependant, ces sites web n'ont certainement pas eu les mêmes impact et orientation externe que la ferme de trolls à fausses nouvelles de Veles, par exemple. Notre recherche s'est donc centrée sur le phénomène beaucoup plus significatif des oligarques locaux, agents de puissance étrangère, qui contrôlent la politique éditoriale et les structures de propriété d'influents médias en ligne tels que presse écrite et chaînes de télévision. Avec l'obsolescence progressive des médias traditionnels, les Balkans sont désormais officiellement pays de télévision et de médias en ligne.

Meta.mk : Les autorités bulgares ont-elles un plan de lutte contre la désinformation et ses principaux promoteurs ? Qu'est-ce qui a été fait jusqu'à présent dans ce combat contre la désinformation et la mésinformation ?

RF : L'initiative la plus récente au niveau gouvernemental est la création d'un service désinformation au sein du Conseil des ministres dans le cadre du plan d'action contre la désinformation pour des mesures coordonnées de la Commission européenne et du Parlement européen. Mais le fonctionnement de ce service n'a pas eu de résultats tangibles – on ignore combien d'affaires de désinformation ont été transmises à Bruxelles et il n'y a pas eu de déconstruction très médiatisée de fausses informations. La procédure a été vue comme conduite par l'UE et non par la Bulgarie. En réalité, beaucoup dans le pays voient le gouvernement au mieux comme un spectateur, et au pire comme un promoteur actif, du processus d'oligarchisation du paysage médiatique du pays, qui rend effectivement possible les narratifs de propagande de la Russie.

Ce sont surtout les organisations non-gouvernementales qui s'attaquent à la désinformation, par des articles d'analyse, le déploiement d'outils de suivi en ligne (mettant en avant l'origine, la progression et l'impact des activités de désinformation) et des activités de renforcement des compétences pour les journalistes. Il faut pourtant en faire plus avec un engagement civique plus large. Le grand public doit être mieux formé à reconnaître une couverture biaisée et à trouver une information fiable, par des campagnes de sensibilisation et des initiatives d'éducation aux médias.

Meta.mk : Quelle est la présence de la Macédoine du Nord dans les médias bulgares ?

RF : Nous n'avons pas fait de recherches spécifiques sur ce sujet. Mais mon impression est que l'étendue de l'attention que reçoit la Macédoine du Nord dans les médias bulgares est fonction du calendrier politique – c'est-à-dire, des questions qui émergent dans les relations bilatérales. C'est pourquoi le traitement tend à être hautement politisé et sporadique, avec par exemple les déclarations de politiciens sur des personnages ou événements historiques communs, etc.

C'est un bon signe que pour la première fois un week-end de dialogue ait eu lieu cette année à Ohrid, pendant lequel des journalistes bulgares et macédoniens purent discuter des préjugés auxquels cèdent les médias de chacun des deux pays en couvrant les événements et développements dans l'autre. Espérons que de telles initiatives puissent contribuer à une plus grande compréhension des défis qu'affronte chaque pays.

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L'Iran poursuit ses efforts pour bloquer les services internationaux avec l'interdiction de Google Playhttps://fr.globalvoices.org/?p=241451http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191103_091807_L_Iran_poursuit_ses_efforts_pour_bloquer_les_services_internationaux_avec_l_interdiction_de_Google_PlaySun, 03 Nov 2019 08:18:07 +0000Les applications gouvernementales constituent une menace sur la vie privée.

Image de Small Media.

Le 9 octobre, la justice iranienne a adressé une lettre officielle aux fournisseurs de services de télécommunications leur ordonnant de bloquer Google Play, l'App Store officiel sur Google, “dès que possible”.

La lettre a été signée par Javad Javidnia qui est à la fois procureur général adjoint de l'Iran responsable du cyberespace et secrétaire du Comité chargé de déterminer les cas de contenu criminel (CDICC). Cette décision est conforme à la stratégie des autorités visant à pousser les internautes iraniens à utiliser des applications et des services iraniens locaux tout en limitant la disponibilité des services internationaux. 

Depuis la nomination, il y a deux ans, de Mohammad-Javad Azari Jahromi au poste de ministre des TIC, la finalisation du Réseau national d'information du pays (SHOMA) est l'une des grandes priorités du gouvernement. Bien qu'une partie de ce projet implique l'expansion et l'amélioration indispensables de l'infrastructure Internet de l'Iran, un autre élément clé est la localisation rapide – et, en somme, la nationalisation – des contenus et services numériques.

Concrètement, les mesures de Mohammad-Javad Azari Jahromi visent à inciter les internautes iraniens à migrer vers des versions d'applications et de services en ligne produites et hébergées sur le territoire. Le danger est qu'en l'absence d'alternatives, les utilisateurs iraniens sont orientés vers des services locaux qui sont beaucoup plus vulnérables face à la surveillance gouvernementale, à la censure et à la mauvaise gestion des données personnelles que les nombreux services en ligne utilisés dans le monde. La décision de bloquer l'accès à Google Play s'apparente à ce programme.

Iran’s domestic messaging apps 

Soroush, a local messaging and social media app, is owned by the Islamic Republic of Iran Broadcasting (IRIB). Iranians can only register their Soroush accounts to their Iranian SIM cards, This represents a threat to users’ privacy since in Iran all SIM cards in Iran must be registered to a national ID and residential address.

Bisphone is another service with ties to the Iranian government.  Research has shown Bisphone data is stored with the Telecommunication Company of Iran, which is known to be partly owned by Iran's Revolutionary Guards.

Les applications de messagerie locale de l'Iran

Soroush, une application locale de messagerie et de médias sociaux, appartient à la Radio-télévision de la République islamique d’Iran (Islamic Republic of Iran Broadcasting, IRIB). Les Iraniens ne peuvent enregistrer leurs comptes Soroush qu'avec leurs cartes SIM iraniennes, ce qui constitue une menace pour la vie privée de ces utilisateurs puisqu'en Iran, toutes les cartes SIM doivent être déclarées avec une carte d'identité nationale et une adresse de résidence.

Bisphone est un autre service lié au gouvernement iranien. Des recherches ont montré que les données de Bisphone sont stockées auprès de la “Telecommunication Company of Iran”, dont on sait qu'elle appartient en partie aux Gardiens de la Révolution d'Iran.

Malgré les promesses de Mohammad-Javad Azari Jahromi d'introduire des règlements clairs et complets en matière de protection des données afin de combler les insuffisances actuelles, le projet de loi sur la protection des données et de la vie privée, annoncé en juillet 2018, n'a pas encore vu le jour. Le discours de Mohammad-Javad Azari Jahromi sur les droits numériques se distingue des autres discours d'autres élites politiques, ce qui a parfois conduit à des désaccords publics – son ministère, par exemple, a déjà fait des déclarations publiques contre les politiques de filtrage et de localisation des données – mais la pression pour l'utilisation des applications nationales en Iran se poursuit.

Compte tenu de l’amélioration croissante des relations entre Mohammad-Javad Azari Jahromi et le Parlement iranien, de la large complaisance de l'organe gouvernemental face aux nombreuses politiques de violation des droits émanant du Ministère des TIC, il semble possible qu'un consensus se soit également dégagé au sein du corps législatif en faveur du programme de localisation. Il s'agit là d'un développement préoccupant, car en l'absence de processus transparents et responsables pour le filtrage des décisions, les élus n'ont guère la possibilité de contrôler ou d'intervenir dans les importantes décisions. Les députés qui prétendent appuyer les droits des citoyens doivent commencer à s'exprimer publiquement lorsque de tels incidents se produisent et exiger des comptes.

En résumé, la récente décision d'interdire Google Play doit être replacée dans le contexte de la pression agressive exercée par les autorités iraniennes pour inciter les utilisateurs iraniens à se servir des technologies et services nationaux dont les protocoles de protection des données sont quasi inexistants. Les politiques conçues par le Ministère des TIC et le Conseil suprême du cyberespace, et mises en œuvre par le pouvoir judiciaire, portent gravement atteinte à la sécurité et à la vie privée des utilisateurs iraniens en les privant de la possibilité d'utiliser des services mondiaux sécurisés et éprouvés.

Les utilisateurs iraniens doivent avoir le droit de choisir des outils en ligne qui peuvent protéger leurs données. Tant que les utilisateurs sont obligés d'utiliser des solutions de rechange nationales, le droit au respect de leur vie privée est menacé.

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Mettre fin à l'impunité, libérer l'expression!https://fr.globalvoices.org/?p=241550http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191102_131718_Mettre_fin_a_l_impunite__liberer_l_expression_Sat, 02 Nov 2019 12:17:18 +0000Selon l'UNESCO plus de mille journalistes ont été tués depuis 2006.

La Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes est observée le 2 novembre. Image : IFEX.

Crette tribune a été rédigée par by Annie Game, directrice exécutive d'IFEX, le réseau mondial de défense et promotion de la liberté d'expression et d'information. Nous la reproduisons dans le cadre d'un accord de partenariat entre Global Voices et IFEX. La version française que nous reprenons est initialement parue ici.

Imaginez un monde sans impunité, où chacun est libre d'exercer son droit à la liberté d'expression et d'information et est à même d'accéder, de générer et de partager des idées et des informations comme bon lui semble, sans crainte. C’est possible.

En cette Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes contre les journalistes, il est important de reconnaître le lien essentiel qui existe entre le droit à la liberté d’expression et le droit à l’information. Les journalistes sont trop souvent les cibles directes lorsque des attaques surviennent contre l’un ou l’autre droit. Et, en définitive, nous sommes tous des victimes.

Il y a deux semaines, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté en faveur de la proclamation du 28 septembre Journée internationale de l’accès universel à l’information. Une victoire importante après une décennie de plaidoyer soutenu de nombreux groupes de la société civile, y compris de nombreux membres africains du réseau IFEX.

Certaines personnes – mais probablement aucune des personnes impliquées dans la lutte pour la promotion et la défense de la liberté d’expression – auraient pu saluer cette information à propos d’une nouvelle Journée des Nations Unies avec un haussement d’épaules (indifférence). Mais ils devraient réfléchir à nouveau car notre droit à l’information est indissociable de notre droit à l’expression et les deux sont de plus en plus attaqués.

Les menaces qui pèsent sur l’information revêtent de nombreuses formes – allant d’attaques contre des journalistes à la désinformation délibérée, en passant par l’interdiction des journaux – et ses conséquences sont très désastreuses : Priver les populations de l’information dont elles ont besoin pour affronter les problèmes qui les concerne, exacerber la polarisation politique et saper la démocratie.

Prenons un exemple récent et bien connu du pouvoir de l’expression et de sa dépendance à l’accès à l’information.

Le mois dernier, environ 6 millions de personnes sont descendues dans la rue pour faire face à la crise du changement climatique. L’originalité de leurs manifestations a inspiré beaucoup de gens au cours de leur marche: expression en action, stimulée par les faits.

La militante suédoise pour le climat, Greta Thurnberg, nous a exhortés à « écouter les scientifiques » – mais que se passerait-t-il si les voix que nous devons écouter sont réduites au silence, directement ou indirectement?

Les voix peuvent être réduites au silence par la censure ou noyées dans un océan de désinformation. Toutefois, dans un nombre croissant de cas, la tactique de silence utilisée est le meurtre. Meurtre sans conséquences. Meurtre en toute impunité.

Une étude approfondie publiée en août 2019 a révélé que le nombre de meurtres de militants écologistes avait doublé au cours des 15 dernières années. Dans 90% des cas, personne n’a été condamné. Un seuil d’impunité choquant, comparable à celui des journalistes assassinés.

Alors que nous célébrons une nouvelle Journée internationale de la fin de l’impunité pour des crimes contre les journalistes, cette forme de censure meurtrière n’a jamais quitté nos pensées.

La liste de l’UNESCO des journalistes tués dans le monde entier – plus de mille depuis 2006 – est un rappel qui donne à réfléchir. La proportion de femmes armi les victimes a également augmenté, avec les femmes journalistes faisant face à un nombre accru d’attaques spécifiquement sexistes.

Sur les 207 journalistes tués entre janvier 2017 et juin 2019, plus de la moitié couvraient le crime organisé, la politique locale et la corruption.

Leur droit de s’exprimer a pris fin, à jamais, pour les empêcher de partager des informations.

Chaque fois qu’un tel crime reste impuni, il stimule les autres. Ceux qui partageraient des informations dans l’intérêt public se demanderaient à juste titre: est-ce que cela vaut ma vie? Vaut-il la peine de mettre ma famille en danger? Et s’ils décident que ce n’est pas le cas, qui peut les en blâmer? Les répercussions de l’impunité sont interminables.

C’est pourquoi, depuis plus de huit ans, le réseau de l’IFEX mène une campagne pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes et tous ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression.

Ce n’est pas un travail qui se prête à des succès rapides. Comme le dit l’expression, c’est un marathon, pas un sprint. La tâche ne se termine pas avec la découverte des auteurs. Les États doivent être tenus pour responsables d’avoir permis ou encouragé un climat d’impunité dans lequel de tels crimes se développent.

Nous saluons chaque victoire, grande ou petite. La bonne nouvelle est qu’à l’IFEX, nous voyons de nouvelles stratégies innovatrices, collaboratives et puissantes, ainsi que des progrès tangibles.

Au cours des 12 derniers mois, nous avons vu la vérité enfin être découverte en Gambie à propos du meurtre du journaliste Deyda Hydara en 2004 ; une décision historique de la Cour interaméricaine des droits de l’homme, qui a reconnu le gouvernement colombien responsable du meurtre de Nelson Carvajal Carvajal en 1998, et la décision historique de la Commission interaméricaine de porter devant la Cour le cas de l’attaque brutale, en mai 2000, de la journaliste d’investigation Jineth Bedoya Lima qui a failli perdre la vie.

Il y a à peine deux semaines, nous avons salué la décision du Kirghizistan de rouvrir le dossier, vieux de 12 ans, du meurtre du journaliste Alisher Saipov, à la suite des pressions soutenues exercées par IFEX et ses membres locaux, Media Policy Institute et Public Association Journalists.

Imaginez, ces cas représentent un total de 66 ans d’impunité.

Alors laissez les responsables de la violence contre les journalistes, ou ceux qui envisagent de la faire, entendre ceci clairement et à haute voix: longtemps après que l’attention du monde se soit dissipée, vous pouvez penser que vous avez réussi à vous tirer d’affaire d’un assassinat. Non, ceux d’entre nous qui sont engagés dans la lutte contre l’impunité sont déterminés. Nous n’abandonnons pas. Donc, vous ne pouvez jamais rester tranquille.

Pour nous, la culture de l’impunité qui entoure les attaques contre les journalistes représente l’une des plus grandes menaces à la liberté d’expression dans le monde. Les progrès que nous avons accomplis pour mettre fin à l’impunité n’auraient jamais été possibles sans la résilience, la persistance et la ténacité de ceux qui la combattent.

Nous devons utiliser notre liberté d’expression pour la défendre. Nous devons l’utiliser pour dénoncer les crimes contre les journalistes et mettre un terme à l’impunité.

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Une start-up lutte contre les faux médicaments en Tanzanie via une nouvelle plate-forme en lignehttps://fr.globalvoices.org/?p=241445http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191101_121813_Une_start-up_lutte_contre_les_faux_medicaments__en_Tanzanie__via_une_nouvelle_plate-forme_en_ligneFri, 01 Nov 2019 11:18:13 +0000Environ 100 000 décès/an en Afrique sont liés à des médicaments contrefaits

Frank Arabi (à gauche) explique étape par étape comment acheter des produits pharmaceutiques sur PharmLinks. Crédit photo: Goodhope Amani, utilisée avec autorisation.

Le problème des faux médicaments est un cauchemar qui touche tout le monde – y compris la Tanzanie. Bien que le gouvernement ait mis en place une réglementation sur les entreprises médicales, il existe encore des échappatoires permettant aux gens de vendre des faux médicaments en ligne et dans les magasins en raison du manque de vérification avant que les médicaments arrivent sur le marché.

Maintenant, une plate-forme en ligne appelée PharmLinks, fondée en Tanzanie, veut mettre un terme au problème des faux médicaments. La plate-forme met en relation les fournisseurs et les grossistes en produits pharmaceutiques avec les détaillants, leur permettant d'acheter des produits de qualité dans les pharmacies enregistrées, mais aussi de surveiller le marché.

Frank Arabi, étudiant en médecine à l'Université Muhimbili de la santé et des sciences connexes a co-fondé PharmLinks après avoir observé un certain nombre de défis rencontrés par l'industrie pharmaceutique en Tanzanie, notamment le problème de l'approvisionnement, ce qui crée les conditions idéales pour le commerce des faux médicaments.

Frank Arabi, étudiant en médecine et cofondateur de Pharmlinks. Crédit photo: Goodhope Amani, utilisée avec autorisation.

Arabi et son équipe ont conçu un système en ligne pour simplifier les achats de produits pharmaceutiques et lutter contre les faux médicaments en surveillant de près les entreprises tout au long de la chaîne d'approvisionnement.

“Le site Web fournit une liste de différentes pharmacies, produits et prix. Il fournit des analyses commerciales et la gestion des stocks, il offre également une occasion aux utilisateurs finaux de vérifier les médicaments. C'est donc un système complexe avec une gamme de solutions”, a déclaré Arabi dans une interview avec Global Voices.

Lancé en 2018 et toujours en phase pilote, 35 pharmaciens peuvent désormais se connecter librement sur le site Web et rechercher les produits médicaux de leur choix dans leurs magasins. Le système les dirige vers les fournisseurs en gros et les magasins contrôlés pour la sécurité et répertorie les prix de chaque produit. L'acheteur peut ensuite choisir les produits et les payer en ligne, puis les produits sont livrés peu de temps après.

Identifier les faux médicaments

Venance Majula, une habitante de Dar es Salaam,, se souvient du jour où sa sœur a failli utiliser un faux médicament après l'avoir acheté dans une pharmacie. Heureusement, un membre de la famille qui connaissait la médecine a compris que le médicament était faux en vérifiant les numéros de série et les ingrédients.

“La plupart d’entre nous, ne savons pas ce qui est vraiment original et ce qui ne l’est pas, je pense que les responsables, peut-être les pharmaciens, devraient expliquer ce qu’il faut prendre en compte lors de l’achat ou de l’utilisation d’un médicament”, a déclaré Majula.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 100 000 décès [fr] par an en Afrique sont liés à des médicaments frelatés et non conformes aux normes, et ce nombre est en augmentation.
Arabi pense que le problème des faux médicaments est important et nécessite diverses approches pour le combattre. “Le marché mondial des médicaments contrefaits représente environ 200 milliards de dollars par an”, selon l'OMS, a rapporté Reuters.

“Je pense que le problème des médicaments contrefaits est très complexe et vaste et nécessite une approche multidimensionnelle. Aborder tous les aspects de la chaîne d'approvisionnement n'en est qu'un. Nous croyons au pouvoir de la santé numérique pour améliorer la santé des consommateurs. notre peuple”, a déclaré Arabi.

En juin 2019, le gouvernement, par l'intermédiaire de l'Autorité tanzanienne des médicaments et des dispositifs médicaux (TMDA), a lancé une alerte concernant la présence d'un faux médicament en Tanzanie qui ressemblait à la crème Gentrisone, utilisée pour les infections bactériennes. Un journal local, le Daily News, a révélé que 4 118 tubes avaient été trouvés dans six régions différentes de Tanzanie.

Jusqu'à présent, Pharmlinks a noué des liens avec des dizaines de pharmacies à Dar es-Salaam, le centre des affaires de la Tanzanie, et espère pouvoir en connecter des centaines d'autres dans l'année à venir.

L'industrie pharmaceutique tanzanienne fait face à plusieurs défis, dont un marché noir qui permet aux gens d'acheter des médicaments dans la rue sans ordonnance.

Hawa Alex Dagaa, propriétaire d'une pharmacie, avoue que, sur Tandale Street, à 3 km du centre-ville de Dar, certaines personnes achètent des produits pharmaceutiques à des gens qui ne sont pas autorisés à vendre des médicaments, simplement parce qu'ils les vendent à un prix inférieur.

“Certaines personnes achètent des produits pharmaceutiques à des vendeurs juste parce qu'ils sont bon marché, mais il est parfois difficile de garantir leur authenticité.”

Hawa Alex Dagaa dans sa pharmacie de Tandale, Dar es-Salaam, heureuse d'avoir été initiée à un système en ligne permettant de se procurer des médicaments de qualité. Crédit photo: Goodhope Amani, utilisée avec sa autorisation.

Dagaa estime que le nouveau système en ligne permettra non seulement de gagner du temps, pour trouver des magasins vendant des médicaments à des prix abordables, mais aussi de suivre les produits pharmaceutiques distribués sur le marché, réduisant ainsi les risques d’achat de faux médicaments.

“À cause des embouteillages, il faut beaucoup de temps pour trouver … des produits médicaux pour ma pharmacie en ville, mais avec ce système, vous pouvez vous connecter, passer votre commande, payer et ils vous les livrent”, a-t-elle ajouté.

Pharmlinks n'est pas la seule plateforme numérique centrée sur la lutte contre les faux médicaments en Afrique. En 2018, une plateforme basée au Nigeria, medsaf, a été lancée pour empêcher la circulation de faux médicaments dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, tandis qu'au Ghana, FarmaTrus a également été créé.

Pharmlinks travaille en étroite collaboration avec le Tanzania Pharmacy Council, chargé de l’inscription des pharmacies et des pharmaciens, en consultation avec la TMDA, afin de garantir la viabilité de ce système.

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Un fait historique au Pérou. Elle défend sa thèse de doctorat en quechuahttps://fr.globalvoices.org/?p=241414http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191031_191457_Un_fait_historique_au_Perou._Elle_defend_sa_these_de_doctorat_en_quechuaThu, 31 Oct 2019 18:14:57 +0000Et elle obtient la note maximale

Vue de l'Université nationale principale de San Marcos, Lima. Photo tirée du compte Flickr de whirlpics (CC BY-NC 2.0).

Ce mardi 15 octobre 2019, Roxana Quispe Collante a obtenu son doctorat en littérature péruvienne et latino-américaine à l'Université nationale principale de San Marcos de Lima (UNMSM). Sa thèse a été notée 20, la meilleure note du système éducatif péruvien. Mais ce qui rend cette thèse emblématique, c'est qu'elle a été entièrement soutenue en quechua [fr].

Docteur Roxana Quispe Collantes. Photo amplement diffusée sur les réseaux sociaux.

Le quechua est une famille de langues indigènes des Andes centrales, qui s'étendent sur toute la zone occidentale de l'Amérique du sud et traversent sept pays. D'après les données de l'Institut national de statistique et d'informatique [fr], en 2018 au Pérou, 13,9% de la population, un peu moins de quatre millions de personnes, parlaient quechua.

C'était pourtant la première fois qu'une thèse était soutenue dans cette langue.

Le site web de l'université a qualifié l'événement d'historique, et a fourni certaines informations sur la thèse de Roxana Quispe:

Hito histórico para lengua quechua. Por primera vez en el Perú, se sustentó una tesis en dicha lengua para obtener el grado de Doctor en Literatura Peruana y Latinoamericana por la Universidad Nacional Mayor de San Marcos (UNMSM), que Roxana Quispe Collante aprobó con nota de 20 (excelente), en un hecho de gran trascendencia para la reivindicación de las lenguas originarias del país.

Su investigación, titulada “Yawar Para, Kilku Warak’aq, Andrés Alencastre Gutiérrezpa harawin pachapi, Qosqomanta runasimipi harawi t’ikrachisqa, ch’ullanchasqa kayninpi” (“Lluvia de sangre, transfiguración y singularidad en el mundo poético quechua del harawi cusqueño de Andrés Alencastre Gutiérrez, Kilku Warak’aq”), no solo buscó reconocer el valor literario del mencionado poeta andino y reinterpretar su poemario Yawar Para, sino devolver el vigor al quechua para fortalecerlo fuera de todo prejuicio lingüístico y cultural.

Tournant historique pour la langue quechua. Pour la première fois au Pérou, une thèse pour obtenir un doctorat en littérature péruvienne et latino-américaine de l'Université nationale principale de San Marcos (UNMSM) a été présentée en langue quechua par Roxana Quispe Collante, et s'est vue attribuer la note maximale de 20 (excellent), un événement d'une portée considérable pour la revendication [en légitimité] des langues indigènes du pays. Son étude, intitulée “Yawar Para, Kilku Warak’aq, Andrés Alencastre Gutiérrezpa harawin pachapi, Qosqomanta runasimipi harawi t’ikrachisqa, ch’ullanchasqa kayninpi” (“Les larmes de sang, transfiguration et singularité dans le monde poétique quechua du yaraví [fr] de Andrés Alencastre Gutiérrez,[un poète de Cuzco qui écrivait sous le nom de Kilku Warak'aq]”, a servi non seulement à témoigner de la valeur littéraire du poète andin et réinterpréter son recueil de poèmes Yawar Para, mais aussi à redonner de la vigueur au quechua et le rendre plus fort face aux préjugés linguistiques et culturels.

La toute nouvelle docteure Quispe Collantes est originaire de Cuzco [fr], elle est professeure d'université et diplômée d'une maîtrise en linguistique à l'Université pontificale catholique du Pérou. Le blog K@wsay fournit des informations sur son parcours universitaire et professionnel :

[Roxana Quispe] Habla y redacta en quechua e inglés. Además, vive interesada en estudios e investigaciones de literatura, lingüística, educación intercultural bilingüe, antropología, arte y en manifestaciones de la diversidad y el legado de la cultura quechua.

Durante su exposición, Quispe Collantes admitió que tuvo […] que “viajar a las provincias altas de Canas (al sur del Cusco) para lograr la traducción y el significado para toponimias que no encontraba por ningún lado. Les preguntaba a mis papás, a mis abuelos y docentes y no daban (con el significado)”.

[Roxana Quispe] Parle et écrit en quechua et en anglais. Elle s'intéresse également aux études et à la recherche en littérature, en linguistique, en éducation interculturelle bilingue, à l'anthropologie, à l'art et aux manifestations de la diversité et à l'héritage de la culture quechua. Pendant sa présentation, Quispe Collantes a reconnu qu'elle avait dû […] “aller jusque dans la province de Canas [au sud de Cuzco] pour vérifier des traductions et le sens de certains toponymes que je n'aurais trouvés nulle part ailleurs. Je demandais à mes parents, à mes grands-parents, à mes professeurs et ils ne savaient pas”.

Le jury était composé des docteurs Isabel Gálvez, enseignante titulaire de la Chaire de Quechua à l'UNMSM, Gonzalo Espino, vice-doyen à la recherche, aux études de lettres et directeur de thèse, et les professeurs Mauro Mamani, Rómulo Monte Alto et Dorian Espezúa.

Au terme de sa présentation, Roxana Quispe a exprimé sa satisfaction, relayée dans les médias traditionnels et en ligne au Pérou :

Me siento muy emocionada por representar a las mujeres quechuahablantes orgullosas de su cultura. Busca que el Runa Simi no solo se hable en sus comunidades, sino que acceda a la academia.

Je suis très émue de représenter les femmes qui parlent le quechua et qui sont fières de leur culture. Je souhaite que le Runa Simi [la langue des hommes : le quechua] soit non seulement parlé au sein des communautés, mais qu'il soit aussi présent à l'université.

La nouvelle a été abondamment relayée dans la presse internationale, comme El País en Espagne et The Guardian au Royaume-Uni. D'autre part, les usagers de Twitter se sont aussi exprimés à ce sujet :

Au cours des 468 dernières années, personne n'avait écrit de thèse de doctorat dans une des langues autochtones dans notre pays. Roxana Quispe l'a fait cette année. Et elle souhaite continuer à promouvoir le quechua dans le monde universitaire.

 

Ceci est extrêmement important..
Merci beaucoup a Roxana Quispe Collantes pour avoir été la première à écrire et soutenir sa thèse en quechua.

Une étudiante du Pérou entre dans l'histoire en rédigeant sa thèse dans la langue des incas.

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Les deux seuls entraîneurs noirs de la première division brésilienne de football luttent contre le racismehttps://fr.globalvoices.org/?p=241275http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191031_150250_Les_deux_seuls_entraineurs_noirs_de_la_premiere_division_bresilienne_de_football_luttent_contre_le_racismeThu, 31 Oct 2019 14:02:50 +0000

Roger Machado et Marcão, les seuls entraîneurs noirs de la première division brésilienne de football . Photo: l'Observatoire de la discrimination raciale dans le football /Utilisée avec permission

Lorsque le stade Maracanã a été construit pour la Coupe du Monde de football 1950 à Rio de Janeiro au Brésil, il aspirait à devenir un temple du football.Mais ces espoirs se sont écroulés quand le Brésil s’est incliné contre l’Uruguay en finale. Les Brésiliens furieux ont rapidement accusé le gardien Moacir Barbosa d’être le principal responsable de cette défaite. Un homme noir, transformé en bouc émissaire : les experts prétendaient que seuls les joueurs blancs étaient aptes à garder les buts.

Près de 60 ans après ce jour fatidique, le stade a été de nouveau le théâtre d’un moment mémorable pour le football brésilien. Le 12 octobre, avant le match opposant le FC Fluminense au EC Bahia, les entraîneurs des deux équipes, Marcão et Roger Machado, se sont serré la main et ont posé pour des photos tout en portant des t-shirts au logo de l'Observatoire de la discrimination raciale dans le football brésilien, une organisation qui surveille et combat la discrimination dans le sport. Les deux hommes sont les seuls entraîneurs noirs de la première division brésilienne de football, appelée “série A” et qui est composée de 20 clubs.

Le manque d'entraîneurs de football noirs est étonnant, compte tenu de la démographie du pays : plus de 55,8% de la population brésilienne est soit noire (9,3%) ou brune (46,5%).  Le Brésil était le plus grand importateur d'esclaves africains en occident entre les XVIe et XIXe siècles, ainsi que le dernier pays de la région à avoir aboli l'esclavage (en 1888).

Une fois de plus, nous portons le t-shirt de @ObRacialFutebol! Ça ne devrait pas être comme ça, mais le match marque la rencontre des deux seuls entraîneurs noirs de la série A

Lors d’une conférence de presse après le match, Roger Machado, qui avait déjà parlé de la discrimination dans le football, a expliqué comment le racisme structurel au Brésil est perpétué par ceux qui détiennent le pouvoir et les privilèges. Une vidéo de son discours est devenue virale sur les réseaux sociaux. Il a déclaré :

Para mim, essa é a prova que existe preconceito, porque é algo que chama a atenção. À medida que a gente tem mais de 50% da população negra e a proporcionalidade que se representa não é igual. Acho que a gente tem que refletir e se questionar. Se não há preconceito no Brasil, por que os negros têm um nível de escolaridade menor que os dos brancos? Por que a população carcerária, 70% dela é negra? Por que quem mais morre são os jovens negros no Brasil? Por que os menores salários são para os negros? E entre as mulheres brancas e negras, são para as negras? Por que entre as mulheres as que mais morrem são as mulheres negras? Há diversos tipos de preconceito. (…). Negar e silenciar é confirmar o racismo.

Pour moi, c'est la preuve qu'il existe des préjugés, car [cette rencontre] c’est quelque chose qui attire l'attention. Plus de 50% de notre population est noire, mais sa représentation est disproportionnée. Je pense que nous devrions y réfléchir et nous poser la question : s'il n'y a pas de préjugés au Brésil, pourquoi les Noirs ont-ils un niveau de scolarité inférieur à celui des Blancs ? Pourquoi 70% de notre population carcérale est-elle noire ? Pourquoi les jeunes noirs sont ceux qui meurent le plus au Brésil ? Pourquoi les Noirs ont-t’ils les salaires les plus bas ? Pourquoi les femmes noires sont-elles moins bien payées que les femmes blanches ? Pourquoi les femmes noires meurent plus souvent que les femmes blanches ? Il existe plusieurs types de préjugés. (…) Le nier et se taire, c'est confirmer le racisme.

Roger Machado, l'entraîneur de Bahia, a mis les choses au clair concernant le racisme au Brésil et il a déclaré soutenir les actions contre la discrimination raciale avant le match entre @ECBahia x @FluminenseFC

La séance photo a été suggérée par l'Observatoire de la discrimination raciale dans le football brésilien, une organisation créée par Marcelo Carvalho qui s'est entretenu avec Global Voices via WhatsApp :

Bonjour, @ECBahia et @FluminenseFC, nous avons un rêve ! Et si, lors du prochain match, les deux seuls entraîneurs noirs de la série A se rencontraient avec notre t-shirt? Les deux ont déjà abordé la question du racisme et ce sera une excellente occasion de faire avancer le débat. Qu’en pensez-vous ? #AssezDePréjugés

Carvalho a dit qu'il avait eu cette idée après que Fluminense a annoncé l’arrivée de son nouvel entraîneur Marcão le 4 octobre. Selon lui, plusieurs journalistes ont commencé à demander à l'Observatoire des informations sur les entraîneurs noirs des clubs de la première division au cours des cinq dernières années. Marcelo dit que la réponse est quatre, avec deux ou trois travaillant en même temps.

Lors de la Coupe du monde 2018 en Russie, il n'y avait qu'un seul entraîneur noir à la tête d'une équipe nationale: le Sénégalais Aliou Cissé, qui a également donné son avis sur le problème de la discrimination raciale.

Marcelo dit:

Como disse o Roger, chamou a atenção de todo mundo, da mídia esportiva principalmente, a presença dos dois treinadores negros. [Viram que] tem apenas dois e os dois iam se enfrentar. Isso não deveria ser um espanto, deveria ser normal.

Comme Roger l’a dit, le fait qu’il y avait deux entraîneurs noirs a attiré l’attention de tous, surtout des médias sportifs. [Ils ont réalisé] qu'ils n'étaient que deux et qu'ils vont s’affronter. Cela ne devrait pas être surprenant, ça devrait être quelque chose de normal.

L’année dernière, EC Bahia a accueilli le lancement du rapport 2017 de l’Observatoire, qui recensait 43 cas de discrimination cette année-là, soit une augmentation de 72% par rapport à 2016. C’était aussi la première année où Bahia, l’État brésilien qui abrite la plus grande population afro-brésilienne a enregistré un incident.

L'Observatoire a compté 39 cas de discrimination lors de championnats de football au Brésil de janvier à septembre 2019. Marcelo dit que ce qui explique cette augmentation est l'intolérance croissante de la société brésilienne face au racisme, ce qui pousse les clubs et les joueurs à s'exprimer. Il ajoute:

Acredito que o futebol brasileiro já vem prestando atenção na questão racial de uns dois anos para cá. Cada vez que a gente lança um relatório com o crescimento dos números de casos [de racismo], cada vez que a gente ganha mais visibilidade de mídia e consegue denunciar os casos, isso está gerando uma repercussão cada vez maior, entre jornalistas, torcedores e, talvez, jogadores também (estes a gente não tem certeza). Mas vem gerando uma conscientização no mundo do futebol.

Je pense qu'au cours des deux dernières années, le football brésilien a accordé plus d'attention aux problèmes raciaux. Chaque fois que nous publions un nouveau rapport qui montre une augmentation des cas de racisme, cela génère une couverture médiatique importante et sensibilise davantage les journalistes, les fans et peut-être les joueurs (pour les gens nous ne sommes pas si sûrs). Mais cela est en train de sensibiliser le monde du football.

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Un rappeur portugais provoque la polémique pour avoir montré la violence domestique dans un vidéocliphttps://fr.globalvoices.org/?p=241343http://pixellibre.net/streisand-data/autoblog/Globalvoices/index.php?20191031_095623_Un_rappeur_portugais_provoque_la_polemique_pour_avoir_montre_la_violence_domestique_dans_un_videoclipThu, 31 Oct 2019 08:56:23 +0000Valete affirme que ses détracteurs sont des “féministes bourgeoises”.

Le rappeur portugais Valete. Photo : Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Valete, rappeur portugais d'origine santoméenne, vivant à Lisbonne, a fait l'objet de nombreuses critiques après la sortie d'une vidéo qui montre une scène de violence domestique.

Le vidéoclip de “B.F.F.F”, sorti le 30 août, montre un homme armé menaçant violemment sa femme et son amant. Sur la chaîne YouTube de Valete, la vidéo a été visionnée plus d'un million de fois.

Des dizaines d'associations de défense des droits des femmes au Portugal ont signé une