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Enquête ouverte sur une écrivaine malaisienne suite à la publication d'un livre sur sa décision de ne pas porter de hidjab

Tue, 19 Nov 2019 08:24:16 +0000 - (source)

Si elle est reconnue coupable, elle encourt une peine d'emprisonnement

Couverture du livre de Maryam Lee, Unveiling Choice.

L'écrivaine malaisienne Maryam Lee fait l'objet d'une enquête initiée par les autorités religieuses après la publication de son livre “Unveiling Choice” (Dévoiler le choix/Le choix du dévoilement) relatant sa décision d'arrêter de porter le hidjab [fr] ou couvre-chef porté par de nombreuses femmes musulmanes.

Maryam Lee a écrit sur son blog qu'elle a reçu en octobre 2019 une convocation du Jabatan Agama Islam Selangor (JAIS) lui demandant de coopérer à une enquête sur une éventuelle violation de l'article 10 a) de la loi pénale de la Syariah (terme malais pour “Charia” dans l'Etat de Selangor), qui criminalise “toute personne qui par des mots qui peuvent être entendus ou lus ou par des dessins, marques ou autres formes de représentation qui sont visibles ou peuvent être visibles ou de toute autre manière insulte ou méprise la religion de l'Islam”.

Si Maryam Lee est poursuivie et reconnue coupable, elle encourt une amende de RM 5,000.00 (1 060 Euros) ou 3 ans de prison voire les deux à la fois.

Maryam Lee considère que la convocation est liée à son livre, Unveiling Choice, publié au début de l'année et qui explore l'idée du “dehijabbing” (“dé-voilement”). Le lancement du livre a créé une polémique après que le département des Affaires religieuses du Premier ministre a ordonné une enquête sur cette affaire.

La Malaisie a une population majoritairement musulmane et elle est connue pour promouvoir une vision modérée de l'Islam soutenue par des lois guidées par les principes de l'harmonie raciale et religieuse. Mais ces dernières années, certains partisans de la ligne dure ont fait pression en faveur de l'application stricte des enseignements islamiques en matière de gouvernance. Le rétrécissement de l'espace d'expression religieuse se traduit également dans la décision de la Haute Cour d'août 2019 qui a reconnu la compétence de la Cour de la Charia lors de la publication d'une fatwa contre les Sœurs de l'Islam, un groupe de femmes qui milite pour l'égalité des sexes.

Maryam Lee a lancé un appel à la compréhension alors qu'elle fait l'objet d'une enquête :

In situations like this, it is important for us to remind the government that freedom of expression is not a crime and freedom of religious beliefs is not an insult to Islam, and that the protection of these freedoms is essential to uphold human rights for all.

Dans de telles situations, il est important pour nous de rappeler au gouvernement que la liberté d'expression n'est pas un crime et que la liberté de croyance religieuse n'est pas une insulte à l'islam, la protection de ces libertés est cruciale au respect des droits humains pour tous.

Séance de dédicaces pour le livre “Unveiling Choice”. Source : Facebook.

Plusieurs groupes de femmes, militants des droits humains, artistes et universitaires ont réagi à l'appel en délivrant des messages de soutien.

Le Collectif d'action pour l'égalité de genre, une coalition de 13 organisations de défense des droits des femmes en Malaisie, fait valoir que le livre de Maryam Lee prône l'émancipation des femmes :

The book neither promotes nor discourages readers from exemplifying her actions, but in fact, explores the tenets of the decision from one person’s experiences and point of view.

Stories that reflect the varied realities of women are important, as they contribute to the diversity of experiences and discussions around how women are affected by social structures and pressures.

Le livre n'encourage ni ne dissuade les lecteurs de s'inspirer de ses initiatives, mais en réalité, il explore les enseignements d'une décision prise à partir des expériences et du jugement d'une seule personne.

Les témoignages qui reflètent les multiples réalités des femmes sont essentiels, car ils enrichissent la diversité des expériences et des réflexions sur la façon dont les femmes sont victimes des structures et des pressions sociales.

L'Action malaisienne pour la Justice et l'Unité souligne que c'est le JAIS qui insulte l'Islam :

It portrays Islam as being a religion of ‘force’ and not one of choice. Islam is not a religion of force, neither is it a religion that enforces. Islam is a religion of discernment, and permits differences of thinking – which is what makes it the great religion that it is. This action by JAIS demeans and insults the very essence of what Islam is.

Il dépeint l'islam comme une religion de “contrainte” et non une religion de choix. L'islam n'est pas une religion de sujétion, pas plus une religion qui impose. L'islam est une religion de discernement qui autorise des différences de pensée – ce qui fait sa grandeur en tant quu religion. La démarche de JAIS avilit et offense le fondement même de ce qu'est l'Islam.

New Naratif, un site d'information indépendant couvrant l'Asie du Sud-Est, défend le droit de Maryam Lee à la liberté d'expression :

As a movement that stands for democracy, freedom of expression, and freedom of inquiry, New Naratif believes in the need to have space for important discussions, even if they might be sensitive or controversial.

The choice of where or not to don a hijab is a very personal one, and it is important that people have the opportunity to tell their stories, share their experiences, and engage in good-faith conversations, regardless of their ultimate decisions.

En tant que mouvement qui défend la démocratie, la liberté d'expression et la liberté d'enquête, New Naratif croit en la nécessité d'avoir un espace pour des débats essentiels, même s'ils sont sensibles ou polémiques.

L'option de porter ou non un hidjab est un choix très personnel, et il est fondamental que les gens aient l'opportunité de raconter leurs histoires, de partager leurs expériences et de tenir des échanges en toute bonne foi, peu importe leurs choix finaux.

Plusieurs dirigeants de la société civile de la région ont également signé une déposition exprimant leur inquiétude sur les accusations à l'encontre de Maryam Lee :

We view this as an attempt to interfere with women’s choices and their bodily autonomy and specifically their internationally guaranteed right to express themselves. In an increasingly restrictive society, women face numerous challenges and have little space to make decisions for themselves.

The rights to free expression and religious freedoms include the right to express our personal views and the right to make choices about our bodies, which includes deciding whether to wear the hijab or not.

Nous percevons une tentative de s'immiscer dans les choix des femmes et leur autonomie physique et, plus particulièrement, dans leur droit d'exprimer leur opinion, droit internationalement reconnu. Dans une société de plus en plus oppressive, les femmes font face à de nombreux obstacles et ont peu de latitude dans leurs propres prises de décisions. Les droits à la liberté d'expression et les libertés de culte supposent le droit d'exprimer nos opinions personnelles et le droit de faire des choix au sujet de notre corps, ce qui inclut celui de porter ou non le hidjab.

Finalement, cette caricature illustre bien la position de Maryam Lee :

En tant que mère, cela me choque que l'auteure, la musulmane Maryam Lee, soit maintenant ciblée et accusée injustement de propos anti-islamiques simplement pour avoir écrit et partagé sur son choix personnel d'être sans hidjab. Etre sans hidjab ne signifie pas être anti-Islam ! Le hidjab n'est pas un choix, mais une oppression.


De retour d'Arabie Saoudite, les employées de maison bangladaises rapportent de terrifiants récits de sévices

Mon, 18 Nov 2019 08:08:51 +0000 - (source)

“Devons-nous fermer les yeux sur ces maltraitances ?”

Une chaîne humaine à Dacca pour dénoncer la torture des employées de maison bangladaises en Arabie saoudite. Photo par Ekramul Haque, utilisée avec autorisation.

Elles aspiraient à une vie meilleure et la possibilité de mettre leur famille à l'abri de la précarité. Beaucoup se sont rendues en Arabie saoudite en tant que travailleuses domestiques, versant de l'argent à des agents pour réaliser leurs rêves. Mais leurs rêves ont été brisés lorsqu'elles ont été confrontées à diverses formes de violence domestique, notamment le harcèlement sexuel. Dans l'incapacité de travailler, beaucoup de ces travailleuses domestiques ont fui leur employeur et ont été contraintes de rentrer chez elles. Depuis le début de l'année, 900 employées de maison sont rentrées d'Arabie saoudite avant la fin de leur contrat. Et, le nombre de travailleuses domestiques rentrées précipitamment au cours des quatre dernières années dépasse les 6.000.

Ce ne sont pas seulement des cas de violence physique, mentale ou sexuelle. Plus de 100 domestiques bangladaises sont mortes au Moyen-Orient au cours des neuf premiers mois de 2019, 36 d'entre elles se sont suicidées.

Au cours des dernières années, de nombreuses vidéos en ligne ont fait surface racontant des histoires de violence envers ces travailleurs domestiques.

Récemment, une vidéo est devenue virale en Arabie saoudite montrant une domestique bangladaise  implorant qu'on la ramène chez elle, terrée dans les toilettes à l'abri de ses agresseurs.

Sumi Akter, 25 ans, a affirmé avoir été agressée physiquement et sexuellement par ses employeurs, ils lui avaient versé de l'huile chaude sur les bras. Elle avait été maintenue en captivité pendant 15 jours et n'avait presque rien à manger.

De retour au Bangladesh, une autre migrante a déclaré qu'elle avait été traitée comme une esclave :

[…] After arriving in Saudi Arabia, I was first sold to a landlord. I escaped from that house after a lot of domestic abuse. Then they caught me and resold me to a company at 6 lakh Bangladeshi Taka (USD 7,000). I know that there are a few hundred more girls like me out there who are forced to prostitution. I managed to call home to my husband once and told him everything. Then he contacted the Bangladesh Embassy in Saudi Arabia and finally, I was rescued.

(…) Après mon arrivée en Arabie saoudite, j'ai dans un premier temps été vendue à un propriétaire. Je me suis échappée de cette maison à la suite de nombreuses violences domestiques. Puis ils m'ont retrouvée et m'ont revendue à une société à 6 lakhs Takas bangladeshis (6 350 euros). Je sais qu'il y a quelques centaines d'autres filles comme moi qui sont forcées de se prostituer. J'ai réussi à appeler mon mari à la maison une fois et je lui ai tout raconté. Il a ensuite pris contact avec l'ambassade du Bangladesh en Arabie Saoudite et finalement, j'ai pu être secourue.

Le BRAC [fr] est connu comme étant la plus grande organisation non gouvernementale de développement au monde, qui travaille également avec les travailleurs migrants au Bangladesh. Ils ont publié un court métrage sur les travailleuses migrantes bangladaises en Arabie saoudite, qui raconte les abus dont beaucoup sont victimes :

QU'EST-CE QUI FAIT QU'ON VEUILLE SE POIGNARDER ?

Le seul recours contre ces maltraitances est de les dénoncer à la police, ce qui est une gageure en raison de la barrière de la langue. De plus, selon l'ambassadeur du Bangladesh en Arabie saoudite, de nombreuses victimes sont tellement traumatisées qu'elles veulent rentrer rapidement chez elles et beaucoup ne s'attardent pas pour les procédures de justice. Ainsi, le plus souvent, aucune mesure n'est prise à l'encontre de l'agresseur. Selon l'ambassadeur du Bangladesh, le gouvernement saoudien a été informé de ces cas.

Recrutement des employées de maison en Arabie saoudite

Depuis les années 1970, un grand nombre de travailleurs migrants bangladais se sont rendus en Arabie saoudite à la recherche d'un emploi. Toutefois, malgré le fait que les femmes ont toujours été beaucoup moins nombreuses à rejoindre la main-d'œuvre migrante bangladaise, leur nombre est aujourd'hui considérable. Depuis 2015, il y a plus de 200 000 femmes de ménage bangladaises en Arabie saoudite.

Les cas de sévices corporels infligés à des personnes appartenant à une population estimée à 9 millions de travailleurs migrants en Arabie saoudite, ont suscité l‘attention du public au fil des ans. Auparavant, l'Indonésie et les Philippines étaient les principales sources de main-d'œuvre domestique féminine en Arabie saoudite. Mais, en 2015, évoquant des cas de maltraitance et de torture, l'Indonésie a interdit le détachement de travailleuses en Arabie saoudite. Le Sri Lanka et les Philippines ont cessé l'envoi de travailleuses bien avant cette date. Le marché du travail saoudien est fermé au Bangladesh depuis 2008 ; toutefois, en 2015, l'Arabie saoudite a proposé d'embaucher des travailleurs du Bangladesh avec un rapport hommes-femmes de 2 pour 1. Le gouvernement bangladais a accepté la proposition et un salaire de base officiel de 800 riyals saoudiens (193 euros) par mois pour les travailleuses a été fixé – beaucoup moins que ce que les Philippines ou les Indonésiennes percevaient.

Un reportage de la Gazette Saoudienne précisait que les femmes de ménage en provenance du Bangladesh étaient les plus demandées en Arabie saoudite en raison de leur recrutement très avantageux.

Le Bangladesh n'imposera pas d'embargo sur l'envoi de travailleuses en Arabie saoudite

Il y a eu beaucoup de débats dans le pays après l'intensification des retours du nombre de travailleuses au Bangladesh. Le chroniqueur Syed Ishtiaq Reza condamne l'envoi de femmes en Arabie saoudite au nom de la relance économique :

The country's economy is indeed enriched by exporting manpower abroad. The economy of Bangladesh depends heavily on these foreign currency earnings. But the question is, should we continue to turn a blind eye to these abuses for the sake of the adverse impact on our economy it can bring? My question to the nation – What are the legal rights of these abused female workers? What platform they can lean on to defend themselves and their rights and finally get justice?

L'économie du pays est en effet enrichie par l'exportation de main-d'œuvre de l'étranger. L'économie du Bangladesh dépend fortement de ces recettes en devises étrangères. Mais la question est de savoir si nous devons continuer à fermer les yeux sur ces maltraitances, au regard des répercussions négatives qu'elles peuvent avoir sur notre économie. Ma question à la nation – Quels sont les droits légaux de ces travailleuses victimes de violence ? Sur quelle base peuvent-elles s'appuyer pour se défendre et faire valoir leurs droits et, enfin obtenir justice ?

Muntaha Jahan a tweeté :

Le 31 octobre, le corps de Parvin Akter, une employée de maison, a été rapatrié d'Arabie saoudite au Bangladesh. Son acte de décès mentionnait “suicide”. Mais les membres de sa famille n'y croient pas. Ils affirment qu'elle s'est souvent plainte de maltraitance sur son lieu de travail.
J'aimerais qu'il n'y ait plus de femmes qui partent travailler en Arabie Saoudite, plus jamais. 🙏😭

Dr. M R Karim Reza a demandé au gouvernement pourquoi il ne faisait rien pour changer la situation :

Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas des mesures pour cesser d'envoyer des employées de maison dans cette cruelle Arabie saoudite ?

Selon Selim Reza, secrétaire du ministère de la Protection sociale des expatriés, le gouvernement bangladais a ouvert des refuges en Arabie saoudite pour les femmes victimes de violences et a pris des mesures pour mettre à l'index et poursuivre les “mauvais employeurs”.

Au coeur de tout cela, le Bangladesh n'est pas disposé à cesser l'exportation de main-d'œuvre vers l'Arabie saoudite, a déclaré son ministre des Affaires étrangères. Le journaliste Ishrat Jahan Urmi a écrit sur Facebook :

## [..] Today, the Foreign Minister mentioned that thousands of workers are going to Saudi Arabia. He asked – “How many have complained that we should stop the market? What is the percentage?”

## The dead bodies that have returned had death certificates mentioning the cause of death as “suicide” or “heart attack”. The investigation stops there. The Saudi nationals are above law.

## A Saudi landlord has to pay expenses and fees of 170,000 BDT (USD 2,000) to get a Bangladeshi maid. They deem that they have bought a slave and can do anything with her.

## Many sexually abused workers return home only to find that her family doesn't want her back (stigma against raped women). This year the BRAC safe home program helped around 1300 female returnees.

## Above all we have our privileged society. [..] They think that these poor women are greedy and they go abroad for anything. These people are plenty in this society.

Against all these odds, we want that the export of female workers to Saudi Arabia be stopped. I don't know whether this cry would be heard by many. But what more can we do?

## Aujourd'hui, le ministre des Affaires étrangères a indiqué que des milliers de travailleurs se rendent en Arabie saoudite. Il a posé la question – “Combien se sont plaints que nous devrions stopper le marché ? Quel est le pourcentage ?”

## Les dépouilles revenues avaient des certificats de décès mentionnant comme cause du décès “suicide” ou “crise cardiaque”. L'enquête s'arrête là. Les ressortissants saoudiens sont au-dessus de la loi.

## Un propriétaire saoudien doit payer des frais et honoraires de 170 000 BDT (1 815 euros) pour recruter une domestique bangladaise. Ils estiment qu'ils ont acheté une esclave et qu'ils peuvent faire n'importe quoi avec elle.

## Beaucoup de travailleuses victimes de violence sexuelle rentrent chez elles pour réaliser que leur famille ne souhaite pas leur retour (stigmatisation des femmes violées). Cette année, le programme de maisons d'hébergement du BRAC a facilité le retour de 1 300 femmes environ.

## Par-dessus tout, nous avons notre société de privilégiés. (…) Ils estiment que ces pauvres femmes sont cupides et qu'elles partent à l'étranger pour n'importe quoi. Ces gens sont nombreux dans notre société.

Contre vents et marées, nous souhaitons qu'il soit mis fin à “l'exportation” de travailleuses vers l'Arabie saoudite. Je ne sais pas si ce cri du coeur sera entendu par beaucoup. Mais que pouvons-nous faire de plus ?


Netizen Report : l’exploitation des employés de maison dans le Golfe révèle l’incapacité des entreprises technologiques à protéger les droits humains

Sun, 17 Nov 2019 08:24:06 +0000 - (source)

La technologie et les droits de l’homme dans le monde

Image dans le domaine public, sans attribution.

Le Netizen Report de Global Voices offre un aperçu des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de libertés numériques dans le monde. Cette édition traite l’actualité et les événements du 27 octobre au 10 novembre.

Selon une enquête de la BBC, des habitants du Koweït, d’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe utilisent des applications mobiles et des services de médias sociaux grand public pour acheter et vendre des employés de maison sur le marché noir. Les résultats semblent indiquer des violations claires des règles et des conditions de service des développeurs pour les principales plateformes concernées, à savoir Instagram, Google et Apple.

Les travailleurs domestiques du Golfe, souvent originaires d’Afrique ou d’Asie du Sud-Est, sont embauchés selon un système de parrainage appelé kafala : la personne ou la famille qui les embauche se porte garante de leur visa et de leur statut juridique. Ce système est connu pour permettre un traitement inhumain des travailleurs. Ces dernières années, certains ont tiré profit des réseaux sociaux pour exposer leur détresse, mais cela leur a parfois valu des sanctions de la part de leurs employeurs ou même de représentants du gouvernement.

Deux reporters de la BBC se sont fait passer pour un couple intéressé à embaucher un travailleur domestique au Koweït. Sur Instagram et Facebook, et par le biais d’applications comme 4Sale, disponibles sur l’Apple Store et le Play Store, les journalistes ont repéré des personnes qui achetaient et vendaient des travailleurs domestiques. « Les vendeurs préconisaient presque tous de confisquer le passeport des femmes, de les enfermer dans la maison, de leur refuser tout congé et de leur interdire ou donner un accès limité au téléphone, indiquent-ils ». Tout cela constitue une violation flagrante de la législation koweïtienne sur le travail et des normes internationales relatives aux droits de l’homme.

À propos du rôle des plateformes technologiques, Urmila Bhoola, rapporteuse spéciale de l’ONU, a déclaré à la BBC que les entreprises faisaient « la promotion d’un marché aux esclaves en ligne ». « Si Google, Apple, Facebook ou toute autre entreprise héberge des applications de ce type, elle doit rendre des comptes, a-t-elle ajouté. »

Lorsque la BBC s’est adressée aux sociétés du secteur technologique pour leur faire part de ses conclusions, toutes ont exprimé leur préoccupation. 4Sale, qui permet aux utilisateurs de faire de la publicité, de vendre et d’acheter un large éventail de biens, a supprimé la section consacrée aux travailleurs domestiques de sa plateforme. Facebook a interdit le mot-clic #maidsfortransfer d’Instagram, une réponse qui ne résoudra probablement pas le problème. Apple et Google ont déclaré qu’ils chercheraient à éliminer ce type d’activités, qui semblent enfreindre leurs règles d’utilisation. (Google interdit « les applications qui facilitent ou favorisent des activités illégales » et Apple interdit les applications qui pourraient « mettre une personne ou un groupe cible en danger ».) Apple a également pointé du doigt les développeurs d’applications tiers, soutenant qu’il appartient aux développeurs de respecter les conditions de service de l’entreprise.

Depuis la parution de l’article sur le site de la BBC, les autorités policières du Koweït ont commencé à examiner la question et mis en examen au moins deux personnes mentionnées dans l’article.

L’enquête révèle un problème fondamental lié à l’utilisation des plus importants réseaux sociaux et plateformes web qui offrent des services et des fonctionnalités capables de traiter les communications et les transactions commerciales de milliards de personnes chaque jour : aucune des sociétés qui opèrent à cette échelle n’a trouvé le moyen de filtrer efficacement le contenu et les services de tiers pour détecter des preuves de préjudices ou même de violations systématiques des réglementations relatives aux droits de l’homme, comme dans le cas présent.

Entrée en vigueur de la loi russe pour un « Internet souverain »

Le 1er novembre, le projet de loi russe controversé pour un « Internet souverain » est entré en vigueur. La loi stipule que lors d’une « situation de crise » (définie de façon vague), l’Internet russe (ou de certaines régions du pays) sera techniquement coupé de l’Internet mondial. Les partisans de cette mesure soutiennent qu’elle s’avère nécessaire pour protéger la Russie contre les cyberattaques de l’étranger, tandis que les défenseurs des droits de l’homme et de la liberté d’expression considèrent cela comme une menace aux libertés numériques.

La loi oblige les fournisseurs de services Internet à acheminer le trafic international entrant par des points d’échange Internet (IXP) basés en Russie, ce qui permet un fonctionnement centralisé en situation de crise. Elle exige également qu’ils installent des dispositifs spéciaux qui aideraient Roskomnadzor, l’organisme national de surveillance des communications, à bloquer le trafic indésirable. De tels dispositifs enverraient des données à un service central de surveillance capable d’analyser le trafic en temps réel grâce à une inspection approfondie de paquets, une méthode jugée beaucoup plus efficace que le blocage d’adresses IP. La loi prévoit également la création d’un système de noms de domaine (DNS) national (l’équivalent du répertoire téléphonique pour Internet), puisqu’en cas d’une coupure de l’Internet mondial, les fournisseurs de services russes ne seraient plus en mesure de se connecter aux serveurs DNS étrangers.

Le 27 septembre, Roskomnadzor a annoncé que les systèmes seraient testés dans la région du sud de l’Oural, provoquant un certain mécontentement à l’échelle locale. Les résultats n’ont pas été rendus publics.

Anciens employés de Twitter au service du gouvernement saoudien

Le ministère américain de la Justice a inculpé deux anciens employés de Twitter d’espionnage pour le compte de l’Arabie saoudite. Les documents rendus publics le 6 novembre indiquent que les deux individus ont obtenu, sans autorisation de Twitter, des données personnelles et d’autres informations sur des critiques du gouvernement saoudien qui utilisent activement Twitter, puis les ont communiquées aux autorités saoudiennes, en violation des règlements internes de Twitter et du droit américain.

L’un d’eux, Ali Alzabarah, a consulté les données personnelles confidentielles d’environ 6000 comptes, dont celui du militant saoudien Omar Abdulaziz, utilisateur de Twitter de premier plan et connaissance du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi. Omar Abdulaziz a intenté une action en justice contre Twitter et McKinsey, une société de conseil basée aux États-Unis qui a travaillé pour le gouvernement saoudien, affirmant que les deux entreprises ont « porté atteinte à [sa] vie privée […] et exposé, ainsi que sa famille, ses amis et ses alliés politiques, à l’emprisonnement, la torture et même la mort ».

Omar Abdulaziz et Jamal Khashoggi ne constituent que deux exemples des nombreux militants et journalistes saoudiens ciblés par des campagnes de harcèlement coordonnées qui présentent les caractéristiques d’une opération gouvernementale, ainsi qu’à d'autres formes de répression, en ligne ou non.

Coupures d’Internet alors que les protestations se poursuivent en Irak

En Irak, depuis début octobre, des manifestations dénoncent la corruption et exigent une refonte des services publics. Dans ce contexte, les autorités ont imposé un « couvre-feu numérique » et coupé l’accès à Internet en soirée. Le 4 novembre, les Irakiens ont assisté à une coupure massive qui a touché la plupart des régions du pays et duré 41 heures, selon NetBlocks, un groupe de mesure de la censure sur Internet. Reuters a rapporté que celle-ci intervenait après de violents affrontements entre manifestants et « agresseurs non identifiés » à Bagdad qui ont fait au moins six morts.

Coupure régionale de l’Internet mobile au Pakistan pendant une manifestation

Le 22 octobre, les réseaux de données mobiles ont été coupés le 22 octobre dans certaines parties d’Islamabad et de Lahore alors que des partis politiques conservateurs opposés au gouvernement du Premier ministre Imran Khan organisaient une série de manifestations. Les journalistes soupçonnent que les coupures visaient à empêcher les groupes de retransmettre leur action en direct. Le gouvernement n’a publié aucune déclaration officielle à ce sujet.

Media Matters for Democracy, une ONG basée à Islamabad, note que la Haute Cour d’Islamabad a décidé en 2018 que les coupures arbitraires ordonnées par le gouvernement étaient illégales. Toutefois, le gouvernement a contesté la décision et obtenu une ordonnance de suspension provisoire, jusqu'à ce que l’affaire passe en appel.

En Asie du Sud-Est des militants dénoncent les attaques contre la liberté d’expression en ligne

Un groupe de militants de grands organismes de presse et de grandes organisations de défense de la liberté d’expression et des libertés numériques en Asie du Sud-Est s’est réuni pour dénoncer la répression croissante pour des propos tenus en ligne exercée par le gouvernement dans la région. Prenant pour exemple les blogueurs vietnamiens Nguyen Van Hoa et Le Dinh Luong ainsi que le cinéaste numérique birman Min Htin Ko Ko Ko Ko Gyi, emprisonnés, le groupe a mis en lumière les dangers encourus dans leur « région de plus en plus autoritaire ».

« Nous sommes témoins de blogueurs, de manifestants, de défenseurs des droits humains, de journalistes et de simples internautes qui sont harcelés, menacés, battus, poursuivis et emprisonnés pour leur utilisation légitime d’espaces en ligne », ont-ils déclaré dans un communiqué. Parmi les signataires de cette déclaration figurent l’Association for Progressive Communications, Engage Media, Thai Netizen Network et Viet Tan.

Nouvelles études

Freedom on the Net 2019: The Crisis of Social Media – Freedom House

Report on digital welfare and human rights – Philip Alston, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté

On the blocking of pro-choice websites: Women on Waves and Women on Web – Coding Rights, Open Observatory of Network Interference, Women on Waves et Women on Web

 

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Afef Abrougui, Ellery Roberts Biddle, Maxim Edwards, Leila Nachawati et Taisa Sganzerla ont contribué à l’élaboration de ce rapport.


Des campus d'université à Hong Kong transformés en champ de bataille après trois jours de grève

Sat, 16 Nov 2019 08:15:51 +0000 - (source)

Bataille la plus acharnée, celle de l'Université chinoise de HK

Photo prise par Vivian Tam, CUHK. Utilisation non-commerciale.

La police de Hong Kong a transformé plusieurs campus universitaires du territoire en champ de bataille alors que la grève de trois jours du 11 au 13 novembre s'envenimait. La bataille la plus acharnée a eu lieu à l'Université chinoise de Hong Kong dans le district de Shatin.

La direction de la police a affirmé que les manifestants de l'université avaient jeté des objets sur la voie ferrée depuis un pont (le pont N° 2) reliant le campus à l'autoroute Tolo. Mais, au lieu de sécuriser le pont, la police anti-émeute est entrée de force sur le campus à 15h15, tirant des lacrymogènes et d'autres projectiles non-létaux pendant 15 minutes sans interruption.

La vidéo virale a montré que des lacrymogènes en grande quantité ont été tirés dans le gymnase de l'université après que la police a forcé son chemin dans le campus :

Respect Université de Hong Kong
Aujourd'hui CUHK Demain toutes les universités de HK
Voilà ce qui arrive dans une université à Hong Kong !!!

Les autorités de police ont justifié leur décision en citant l'Ordonnance sur l'ordre public, affirmant qu'aux termes du texte, les écoles ne sont pas considérées comme “locaux privés” et que les policiers peuvent y pénétrer et procéder à des arrestations sans mandat.

Le président de l'université, Rocky Tuan, a tenté de faire redescendre la tension en allant au contact vers 17h, proposant que les policiers se positionnent à l'autre bout du pont pendant que les agents de la sécurité de l'université se placeraient du côté campus. La négociation a échoué et la police a tiré des gaz lacrymogènes. Le président de l'université a quitté la scène car il n'avait pas d'équipement de protection. Après quoi, les étudiants ont commencé à lancer des cocktails Molotov et des briques sur les policiers.

Pensant plus de cinq heures, voilà à quoi ressemblait la ligne de front du champ de bataille :

#PoliceHKTerroristes #HKEtatPolicier
Sauvez nos étudiants à CUHK

Après que l'information de l'incursion de la police anti-émeute est devenue virale, un grand nombre d'anciens élèves ont afflué sur le campus de l'université avec toutes sortes de fournitures comme des équipements de protection, du matériel médical, etc… Par exemple, l'ancien président de l'université Joseph Sung a rapidement monté un service des urgences dans le gymnase avec une centaine de spécialistes médicaux pour soigner les blessés. La police anti-émeute s'est retirée vers 22h30.

Plus de 100 personnes ont été blessées dont une grièvement après avoir été touchée à la tête par une balle en caoutchouc. La police a reconnu avoir tiré 1567 cartouches de gaz lacrymogènes, 1312 munitions de balles en caoutchouc et 380 ‘bean bags’ dans la seule journée du 12 novembre. Les étudiants de l'Université chinoise ont ramassé 2356 douilles de balles en caoutchouc sur le champ de bataille dans le campus :

2356 cartouches ramassées à l'UCHK aujourd'hui

Le 13 novembre, le président du syndicat des étudiants de l'Université chinoise de Hong Kong (CUHK) a sollicité une injonction provisoire pour interdire à la police de pénétrer sur le campus sans mandat, ainsi que pour interdire l'usage d'armes de contrôle de foule in situ sans l'approbation de l'établissement, injonction rejetée par le magistrat de la Haute cour.

Les affrontements entre les policiers et les activistes étudiants ont débuté au premier jour de la grève générale le 11 novembre quand des manifestants ont tenté de monter des barricades pour entraver la circulation. L'action, qui appelait les étudiants à boycotter les cours, les commerçants à fermer les magasins et les employés à cesser le travail, vise à faire pression sur le gouvernement pour qu'il donne suite aux principales revendications des protestataires : une enquête indépendante sur les violences policières, le retrait de la qualification d'émeute, l'abandon des poursuites contre les protestataires, et la réforme politique.

L'Université chinoise de Hong Kong n'a pas été la seule université envahie par la police. Le campus de l'Université de Hong Kong sur l'Ile, l'Université polytechnique et la City University ont toutes été envahies par la police qui a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Ci-après, quelques tweets sur les affrontements universitaires :

En ce moment à l'Université polytechnique, lacrymogènes et incendies

CityU ce matin

Gaz lacrymogènes autour de la sortie de métro HKU

Les plus récents affrontements ont eu lieu le 13 novembre à l'Université baptiste. Les agents de la police anti-émeute ont envahi le campus après que les manifestants ont coupé Junction Road avec des parapluies et des briques :


La Croatie n'a pas de problème majeur de fake news, dit une présentatrice d'informations télévisées

Fri, 15 Nov 2019 08:54:49 +0000 - (source)

Mais dit-elle, les médias marginaux déforment parfois les faits

Damira Gregoret. Photo de sa page Facebook officielle.

Cet entretien est initialement paru sur l’agence d'information Meta.mk, opérée par la Fondation Metamorphosis. Une version adaptée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Damira Gregoret est journaliste politique et présentatrice des informations à RTL Croatie. En octobre 2018, elle avait fait la une des médias croates après avoir posé une question au Premier ministre croate Andrej Plenković lors d'une conférence de presse, à laquelle il avait répondu, avec condescendance : “Vous êtes si mignonne, Damira.” Il lui avait ensuite présenté des excuses publiques.

Meta.mk s'est entretenu avec elle sur le climat médiatique et la désinformation en Croatie dans la course à l'élection présidentielle prévue le 20 janvier 2020.

Meta.mk : Le grand public est-il capable de discerner les fausses informations et quelle est leur présence dans les médias croates ?

Damira Gregoret (DG) : Ces derniers cinq ou six ans, nous avons eu des problèmes avec la reconnaissance de la désinformation, de la mésinformation. Même si sais pas avec certitude comment je dois appeler ces informations, c'est-à-dire si toute information dont un journaliste fait part faute de savoir mieux ou par manque de savoir est une fausse nouvelle ou juste de la désinformation. D'un autre côté, il est clair qu'une fausse nouvelle est quelque chose qui est publié intentionnellement.

Meta.mk : Quelle est la principale source de fausses nouvelles ? 

DG : Je dirais qu'ici en Croatie nous n'avons pas de gros problèmes d'informations fausses, au moins pas dans les médias traditionnels, mais il y a une certaine distorsion des faits aux marges de la scène médiatique, que l'on peut caractériser comme fausses nouvelles. C'est quelque chose qui n'est pas devenu un problème majeur, parce que les médias traditionnels en Croatie, heureusement, sont encore dominants, mais certainement, ça doit être détecté et une réaction doit s'ensuivre. La question est : comment ? Je suis inquiète au sujet des données concernant la Serbie, c'est incroyable comment ce pays s'est mis dans la situation où il est à présent. Le problème est peut-être la synergie commune, c'est-à-dire la camaraderie qui n'a pas nécessairement à être interne au cadre d'un seul État. Les journalistes doivent être plus prudents, et au final, informer plus d'institutions y compris la Commission européenne.

Meta.mk : Quel est le sujet usuel des fausses informations en Croatie ? 

DG : Les migrants, mais je dirais là aussi que ça se passe aux marges de la scène médiatique, où le nombre des migrants a été gonflé hors de proportions, et où il y a eu d'autre part des mises en garde que les migrants sont agressifs, ce qui dans certaines circonstances peut arriver. Mais un journaliste doit exercer une discrimination positive, c'est-à-dire ne pas publier chaque information qui peut engendrer par elle-même la haine.

Je me rappelle le texte qui mentionnait que des migrants avaient attaqué et cambriolé plusieurs maisons, et le le lendemain seulement l'information était arrivée de la police que c'était une seule maison et qu'elle n'avait pas été cambriolée par des migrants. De cette façon, la peur des migrants, qui s'est propagée dans toute l'Europe, est présente ici et sert à la création de fausses nouvelles.

Meta.mk : Y a-t-il des réactions de citoyens, de la société, de l'opinion, des institutions ? 

DG : Il m'est difficile d'expliquer en faits et chiffres comment chacun réagit. Je pense que les gens sont enclins à croire ce type de fausses nouvelles, parce que c'est plus simple – les gens se sentent en sécurité à l'intérieur des frontières de leur pays où il n'y a pas d'étrangers qui troublent l'ordre. Mais je crois que c'est de la responsabilité de la part des médias et que ce sont les médias qui doivent se positionner et dissiper ces peurs. Certes, non en n'informant pas, mais seulement en expliquant aux gens que dans la situation en général, il faut toujours agir en être humain. Ils doivent agir humainement.

Meta.mk : Expliquez-nous comment ces questions sont régulées en Croatie – y a-t-il des règlementations spéciales concernant le discours de haine, les fausses informations ? 

DG : Cela a été discuté, même si j'imagine difficilement comment ça serait régulé. Je suis convaincue qu'une voie peut être trouvée. Il y a un codex journalistique qui ne contient aucune sanction. L'Association croate des médias est active dans ce domaine, mais seulement comme assistance. Nous pouvons toujours faire mieux dans la lutte contre les fausses informations et le discours de haine, mais la situation n'est pas alarmante.


Au Mozambique, la victoire électorale du Frelimo rejetée par l'opposition

Thu, 14 Nov 2019 11:50:32 +0000 - (source)

La Renamo rejette tous les résultats d'élections depuis 1992

Filipe Nyusi lors de la campagne électorale de 2014. Photo: Wikimedia Commons CC BY-SA 2.0

Le 15 octobre, les Mozambicains ont élu un nouveau président, les députés de l'Assemblée nationale, les gouverneurs de province et les députés des assemblées provinciales.

Le président sortant Filipe Nyusi du parti Frelimo [Front de libération du Mozambique] a été réélu [pt] avec 73% des voix, contre 21,88% pour Ossufo Momade du principal parti d'opposition, la Renamo [Résistance nationale mozambicaine]. Le Frelimo a également obtenu 184 des 250 sièges du législatif monocaméral et tous les 10 gouverneurs de province.

Toutes les provinces ont donné une victoire globale au Frelimo, y compris la Zambézie et la Nampula où il avait perdu lors d’autres élections.

Le Conseil constitutionnel du Mozambique n'a pas encore officialisé les résultats.

Le 21 octobre, la Renamo a déclaré qu’elle” n’acceptait ni ne reconnaissait” les résultats des élections, selon la radio Deutsche Welle. Dans un communiqué, son comité politique a déclaré:

Considerando que alguns eleitores traziam consigo boletins de voto já assinalados a favor do partido Frelimo e do seu candidato antes de entrar na sala de votação, o partido Renamo considera que houve fraude semelhante àquela em que estudantes se apresentam na sala de exame com cópias de guias de correcção.

Face a isto, a Renamo distancia-se dos resultados que estão sendo anunciados pelos órgãos de comunicação social, por não corresponderem à vontade do eleitorado

Considérant que certains électeurs ont apporté avec eux des bulletins déjà marqués pour le Frelimo et son candidat avant d'entrer dans la salle de vote, la Renamo juge qu'il y a eu fraude de la même manière que si des étudiants venaient dans la salle d'examen munis de copies des cahiers de corrections.

Dans ces conditions, la Renamo prend ses distances par rapport aux résultats annoncés par les médias, car ils ne reflètent pas la volonté de l'électorat.

Selon un article [pt] de la radio Deutsche Welle, le président de la Renamo a également appelé “tous les Mozambicains à ne pas accepter la grande fraude électorale [et] à exiger la libération immédiate et sans condition de tous les membres de la Renamo arbitrairement détenus au cours du processus électoral”.

Le MDM, un autre parti d'opposition, a également publié une déclaration rejetant les résultats :

O MDM não aceita os resultados que estão sendo publicados, por estes não reflectirem a vontade dos moçambicanos. Nem em sociedades civilizadas se admite este tipo de eleição.

Le MDM n'accepte pas les résultats publiés car ils ne reflètent pas la volonté des Mozambicains. Dans les sociétés civilisées, ce type d'élections n'est pas admis.

Le Président réélu et le Frelimo ont publiquement remercié [pt] les électeurs pour leur participation:

Obrigado a todos pelo apoio!

Este domingo, acompanhamos a divulgação dos resultados das eleições gerais e das Assembleias Provinciais pela Comissão Nacional de Eleições (CNE).

Estivemos atentos em todo o País em escutas colectivas. Eu e milhares de camaradas juntamos-nos na Escola Central do Partido, na cidade de Matola, Província de Maputo.

Vamos continuar a aguardar pela homologação dos resultados pelo Conselho Constitucional para no próximo ciclo continuarmos, com a nossa visão de trabalhar para um Moçambique próspero, equitativo e justo.

Merci à tous pour le soutien !

Ce dimanche, nous avons suivi la publication des résultats des élections générales et des assemblées provinciales par la Commission électorale nationale.

Des milliers de camarades et moi étions ensemble à l'école centrale du parti à Matola, dans la province de Maputo.

Nous continuerons d'attendre que le Conseil constitutionnel ratifie les résultats pour le prochain mandat et poursuivons dans notre vision d'œuvrer pour un Mozambique prospère, équitable et juste.

Le Frelimo dirige le Mozambique depuis la fin de la guerre civile et la mise en place d'une démocratie multipartite en 1992. Depuis lors, la Renamo n'a jamais accepté les résultats des élections. En 2014 et 2015, les tensions ont conduit à un nouveau conflit armé. Trois nouveaux accords [pt] de paix ou de cessez-le-feu ont été signés depuis 1992.

En 2018, Afonso Dhlakama [fr], le chef historique de la Renamo est décédé et le leadership actuel d'Ossufo Momade n'est pas accepté par une faction du parti.

Lire aussi: Afonso Dhlakama, le légendaire politicien et ex-guérillero du Mozambique est mort

Les élections de 2019 se sont déroulées au milieu d'un conflit armé opposant des insurgés islamiques et des militaires dans la province de Cabo Delgado (nord du pays), qui a fait 200 morts depuis 2017. Le climat d'insécurité a empêché environ 5 000 personnes de voter.

La plate-forme pour la transparence électorale, une initiative de suivi des élections menée par cinq organisations de la société civile, a signalé des irrégularités dans certaines procédures. Selon le journal O País :

O grupo de organizações da sociedade civil diz ainda ter detectado situações de enchimento de urnas nalguns pontos, detenções dos delegados de candidatura, mesmo quando estes gozam de imunidade.

A Plataforma de Transparência Eleitoral diz ainda ter encontrado dificuldades na credenciação dos seus observadores, tendo conseguido credenciar apenas 3,200 observadores, dos cerca de 7,000 pedidos para o efeito.

Le groupe d'organisations de la société civile a déclaré avoir détecté des cas de bourrage d'urnes dans certains endroits, des arrestations de surveillants des bureaux de vote, malgré que ceux-ci jouissaient d'immunité.

La plate-forme pour la transparence électorale a également déclaré avoir rencontré des difficultés pour accréditer ses observateurs, n'ayant réussi à en affecter que 3 200 sur les quelque 7 000 demandes d'accréditation.

La Plateforme de transparence électorale, à l'Université Eduardo Mondlane de Maputo. Photo de Dércio Tsandzana, 15 octobre 2019

L'Union africaine (UA), la Communauté des pays de l'Afrique australe (SADC), la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et l'Institut pour une démocratie durable en Afrique (EISA) ont également envoyé des observateurs.

Les missions d'observation ont toutes indiqué [pt] que les élections s'étaient déroulées dans le calme, à l'exception d'incidents violents survenus à Cabo Delgado qui ont empêché les gens de voter.

Les incidents survenus pendant la campagne électorale, notamment l'assassinat de militants et d'observateurs électoraux, ont été considérés comme isolés et n'ont pas porté atteinte à l'intégrité du processus. Selon l'agence de presse Lusa :

A missão da CPLP [Comunidade dos Países de Língua Portuguesa] considera que o ato de votação do passado dia 15 decorreu, na generalidade, em consonância com as práticas internacionais de referência.

A missão [da União Africana] observa que a transparência do processo foi assegurada, os partidos e observadores estavam presentes na votação.

Para a SADC as fases de pré-eleição e de votação foram conduzidas, no geral, de forma pacífica e ordeira.

La mission de la CPLP [Communauté des pays de langue portugaise] a estimé que le processus de vote du 15 avait eu lieu, d'une manière générale, conformément aux pratiques recommandées au niveau international.

La mission [de l'Union africaine] note que la transparence du processus a été assurée, les partis et les observateurs étant présents lors du vote.

Pour la SADC, les phases de pré-élection et de vote se sont généralement déroulées de manière pacifique et ordonnée

Les missions internationales d'observation se préparent avant une conférence de presse. Photo de Dércio Tsandzana, 17 octobre 2019

L'Union européenne (UE) a souligné [pt] que le processus était gravement compromis par la méfiance entre les principaux acteurs, ainsi que par les inégalités des chances dans la compétition électorale ainsi qu'un douteux enregistrement des électeurs :

O processo eleitoral decorreu num ambiente polarizado e complexo, no qual a violência interpartidária foi prevalente, assim como desconfiança entre os principais partidos políticos e falta de confiança de que a administração eleitoral e os órgãos judiciais fossem independentes e livres de influência política.

Le processus électoral s’est déroulé dans un environnement complexe et polarisé, caractérisé par la violence entre militants, la méfiance entre les principaux partis politiques et le manque de confiance dans le fait que l’administration électorale et les organes judiciaires étaient indépendants et libres de toute ingérence politique.

La mission d'observation de l'Union européenne donne une conférence de presse. Photo de Dércio Tsandzana, 17 octobre 2019

Dans une déclaration [pt] du 8 novembre, la mission d'observation de l'UE (MOE UE) a de nouveau cité des irrégularités et a invité cette fois le Conseil constitutionnel à réagir :

A MOE UE recebeu informação credível e observou casos de intimidação de delegados dos partidos políticos. Os observadores da UE tomaram conhecimento de centenas de casos em que presidentes de mesas de votação expulsaram delegados e membros de mesa nomeados pelos partidos da oposição, muitas vezes com a assistência da policia. Muitos membros da oposição, quer delegados dos partidos, quer membros de mesa nomeados pelos partidos da oposição, que reclamavam durante o processo foram considerados pelas autoridades como estando a perturbar o processo eleitoral e foram retirados do local ou expulsos com a assistência da policia. Quando a policia esteve envolvida na expulsão de delegados dos partidos, a situação tornou-se por vezes violenta.

A MOE UE considera que a administração eleitoral deverá assumir a responsabilidade em esclarecer as irregularidades constatadas. A MOE UE está consciente de que os factos constatados constituem um esforço acrescido para o Conselho Constitucional que tem a oportunidade de dar resposta a algumas destas irregularidades durante a validação de resultados.

La MOE UE a reçu des informations crédibles et a observé des cas d'intimidation de délégués de partis. Les observateurs de l'UE ont été informés de centaines de cas où des présidents de bureaux de vote dans tout le pays ont expulsé des agents des partis de l'opposition et des agents électoraux désignés par les partis, souvent avec l'aide de la police.
De nombreux membres de l’opposition, qu’ils soient des agents du scrutin, des agents électoraux nommés par un parti ou des fonctionnaires électoraux nommés par le parti, qui ont soulevé des réclamations ont été considérés par les autorités comme perturbant le processus électoral et la police a été appelée pour les faire expulser ou arrêter. Lorsque la police était impliquée dans l'expulsion d'agents de partis, c'était parfois avec violence.

La MOE UE estime que l'administration électorale devrait se charger de clarifier les irrégularités constatées. La ME UE est consciente que les faits observés requièrent un effort supplémentaire pour le Conseil constitutionnel, qui aura la possibilité de réagir à ces irrégularités lors de la ratification des résultats.

Au cours de la campagne électorale, il y a eu des cas [pt] où des journalistes ont été empêchés d'assister à des réunions.

En ce qui concerne la couverture journalistique, un journaliste qui a diffusé une émission de radio le 15 octobre a été menacé. Zito Ossemane a souligné sur Twitter :

Mon collègue, Tome Balança, a été agressé hier soir par des inconnus jusqu'à présent non identifiés pour son honnêteté et son professionnalisme le soir des élections. La résidence de Balança a été encerclée par ces individus qui l'ont torturé et proféré de nombreuses menaces.

Image: L'information d'un autre journaliste torturé et menacé arrive de Quelimane. Zito Ossumane, directeur de Radio Chuaba FM, une chaîne privée opérant dans cette ville de la province du Zambèzie, vient d’annoncer au correspondant de DW Africa, Sitoi Lutxeque, que des inconnus ont envahi la résidence du journaliste Tome Balança…


Les manifestations de Beyrouth à l'honneur sur une carte montrant la contestation en processus vivant de ‘fabrique de la ville’

Thu, 14 Nov 2019 08:41:44 +0000 - (source)

La carte dessinée par Antoine Atallah montre comment différents groupes de manifestants ont occupé l'espace pour mener différentes sortes d'activités. Reproduite avec autorisation.

Les manifestations qui balaient le Liban depuis le 17 octobre 2019 ont débuté en réaction à l'annonce de nouvelles taxes par le gouvernement. Elles ont évolué depuis en un rejet du modèle économique et politique qui a permis aux élites locales de conserver leur mainmise sur le pays depuis la fin de la guerre civile en 1990. Unis par-dessus les communautés religieuses, les classes sociales et les sexes, les protestataires ont marqué une importante victoire le 29 octobre avec la démission du Premier ministre Saad Hariri.

Depuis, les manifestations sont amplement médiatisées au Moyen-Orient et au-delà dans la presse, en photos et en vidéo. Et maintenant, sur une carte qui sort de l'ordinaire. Tout récent ajout au narratif du mouvement, c'est une représentation cartographique des manifestants par Antoine Atallah, un architecte, urbaniste et militant environnement libanais.

Manifestation à Beyrouth le 19 octobre 2019. Photo de Shahen Araboghlian via Wikipedia, CC BY-SA 4.0

Pourquoi a-t-il choisi cette forme particulière ? Atallah explique :

Maps are important additions to the visual “magma” we're being exposed to because they allow us to summarize, reflect and put things in perspective. An outer, zoomed out, snapshot makes them more obvious”.

“Les cartes sont des ajouts importants au “magma” visuel auquel nous sommes exposés, parce qu'elles nous permettent de synthétiser, réfléchir et mettre les choses en perspective. Un arrêt sur image extérieur, en zoom arrière, les rend plus évidentes.”

Et qu'est-ce qui l'a motivé à faire un tel travail ? Sa réponse :

“It’s the fact that for the first time since the beginning of the civil war and the subsequent Solidere takeover, people were given a chance to claim their right to the city in an area that was taken away from them. It's an extremely inspiring moment, where “city-making” can be observed live. I felt that mapping this process is extremely important since the current occupation is fleeting and precarious, can shift and change or disappear suddenly”.

C'est le fait que pour la première fois depuis le début de la guerre civile et la prise de contrôle subséquente de Solidere, les gens ont reçu une chance de revendiquer leur droit à la ville dans une zone qui leur a été enlevée. C'est un moment extrêmement inspirant, où le “faire-ville” peut être observé en direct. J'ai senti que cartographier ce processus est d'une extrême importance car l'occupation actuelle est fugace et précaire, elle peut changer ou soudain disparaître.”

Atallah fait référence à la société par actions Solidere, étroitement liée au Président de l'époque Rafiq Hariri et qui a commencé en 1994 à reconstruire et embourgeoiser cette partie de la ville à coup de restaurants et boutiques chics à l'intention des riches Libanais et touristes du Golfe.

Après 24 heures à peine de circulation sur les médias sociaux, la carte prend de l'ampleur parce qu'elle illustre les besoins essentiels de nombreux habitants. Atallah commente :

Lebanese people have appropriated the voids of the city center to create the function they need: to discuss, to rest, to eat and have fun for free or for cheap, to dance. This is a lesson to everyone who underestimated people's awareness, maturity and capacity to be space builders, to be creators of function and meaning, to be actors of a collective project” . 

“Les Libanais se sont approprié les vides du centre-ville pour créer les fonctions dont ils ont besoin : discuter, se reposer, manger et s'amuser gratuitement ou à bon marché, danser. Ceci est une leçon pour tous ceux qui ont sous-estimé la conscience, la maturité et la capacité à être des constructeurs d'espace, des créateurs de fonction et de sens, des acteurs d'un projet collectif”.

A propos de ses espoirs pour l'avenir, Atallah conclut :

“The challenge comes from the political system which has imposed itself for 30 years and maintains wide leverage and huge power. In fact, the main challenge comes from asking a parliament which is against us, to compose a government that will be against them. The equation is complex and challenging. But I also trust the collective intelligence that's been displayed in all those weeks of revolution. It will surely prevail and nothing will ever be the same again”.

Le défi provient du système politique qui s'est imposé depuis 30 ans et maintient une large capacité d'influence et une énorme puissance. En fait, le principal défi est celui de demander à un parlement qui est contre nous, de composer un gouvernement qui sera contre eux. L'équation est complexe et provocatrice. Mais je fais aussi confiance à l'intelligence collective déployée dans toutes ces semaines de révolution. Elle l'emportera sûrement et rien ne sera plus jamais pareil.”


La Haute Cour de Tanzanie confirme la décision de mettre fin au mariage précoce malgré les tentatives gouvernementales

Wed, 13 Nov 2019 09:38:27 +0000 - (source)

“C'est la meilleure décision que la cour ait jamais prise”

Des écolières tanzaniennes posent pour une photo le 10 juillet 2007. Photo de Fanny Schertzer, utilisée avec l'autorisation de Wikimedia Commons, CC BY 2.0.

En octobre 2019, la Haute Cour tanzanienne a confirmé la décision historique de 2016 qui avait porté l'âge minimum au mariage pour les filles et les garçons à 18 ans.

Le gouvernement tanzanien a tenté d'abroger cette décision, affirmant que les filles mûrissaient plus tôt et que le mariage était une forme de protection pour les jeunes filles enceintes et qu'elles devaient donc être autorisées à se marier avant 18 ans.

Mais le 23 octobre 2019, le gouvernement tanzanien a perdu son appel et la décision de la haute cour est maintenue : l'âge au mariage pour les garçons et pour les filles est de 18 ans, ce qui renforce l'interdiction du mariage des enfants en Tanzanie.

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), la Tanzanie connaît l'un des taux de prévalence de mariage précoce parmi les plus élevés du monde.

Les internautes ont rapidement exprimé leur joie devant la décision. Certains ont félicité Rebeca Z. Gyumi, pétitionnaire et défendeure, à l'origine de cette affaire. Gyumi est la fondatrice et directrice exécutive de Msichana Initiative (initiative des jeunes femmes), une organisation non gouvernementale tanzanienne qui autonomise les filles par l'éducation.

Bravo à @RebeccaGyumi @Advocate_Jebra et l'équipe. Je me souviens de votre parcours commencé en 2016, j'ai été témoin de votre première victoire et vous avez continué à vous battre pour mettre fin au mariage précoce

Mohammed Dewji, un homme d'affaires et ancien politicien, a applaudi cette décision comme une victoire pour les filles en Tanzanie :

Quelle victoire pour les filles en Tanzanie ! La cour d'appel de Tanzanie a confirmé la décision historique de la Haute Cour de 2016 fixant l'âge minimum au mariage pour les filles de 14 à 18 ans! Félicitations à toutes les tanzaniennes

L’internaute Lydia Charles l’a qualifiée de “meilleure décision jamais prise”:

C’est la meilleure décision que la cour ait jamais prise. Tant de choses à célébrer. Félicitations à toutes les filles tanzaniennes. Félicitations à @@MsichanaUwezo pour avoir dirigé cette équipe

Le combat pour mettre fin au mariage précoce en Tanzanie

En 2016, Gyumi a contesté la constitutionnalité de la loi de 2002 sur le mariage (LMA), qui permettait aux filles de moins de 18 ans de se marier.

Selon l’enquête démographique et de santé réalisée en Tanzanie (TDHS), 36% des femmes âgées de 25 à 49 ans étaient mariées avant l’âge de 18 ans, contre seulement 5% des hommes du même âge.

La LMA permettait à des filles aussi jeunes que 14 ans de se marier avec le consentement d'un tribunal et à 15 ans avec celui des parents, tandis que l'âge minimum pour les garçons était de 18 ans.

Par l'intermédiaire de ses avocats, Gyumi a fait valoir que les dispositions de la LMA étaient discriminatoires en ce qu'elles accordaient un traitement préférentiel aux garçons pour l'âge au mariage. Elle a en outre fait valoir que les dispositions violaient le droit à l'égalité et qu'elles étaient trop vagues et sujettes à une interprétation arbitraire pour refuser aux enfants de sexe féminin leur droit à l'éducation.

Gyumi a demandé à la Haute Cour de déclarer les dispositions de la LMA nulles et non avenues.

La Haute Cour n'a jamais déclaré nulles et non advenues les dispositions de la LMA. Mais elle a trouvé les dispositions inconstitutionnelles et a donné au gouvernement un an pour corriger les anomalies dans les dispositions relatives au LMA. Par l'intermédiaire du procureur général, le gouvernement avait reçu pour instruction de fixer à 18 ans l'âge légal au mariage, tant pour les garçons que pour les filles.

Cependant, le procureur général de l'époque, George Masaju, s'est senti insatisfait de la décision et a immédiatement présenté un avis d'appel à la Haute Cour :

Je viens donc d’être informé par mon avocat que le bureau du procureur général m’a signifié un avis d’appel à la décision de la HC à propos du mariage des enfants

En septembre 2017, Masaju a officiellement présenté un recours contre le jugement de 2016.

Officiel : On m'a signifié des documents d'appel du gouvernement dans l'affaire du mariage des enfant. Cas numéro 204 de septembre 2017.

Motifs d'appel

En quatre mois de procédure, le gouvernement a demandé à interjeter appel de la décision de 2016 exigeant la révision des dispositions de la LMA autorisant le mariage des filles à l'âge de 15 ans. Le requérant, représenté par ses principaux procureurs, Mark Mulwambo et Alesia Mbuya, ont invoqué des différences biologiques et des lois coutumières et islamiques.

Mme Mbuya a fait valoir que les différences biologiques placent les garçons et les filles dans “des catégories différentes” et que, par conséquent, la loi les traite différemment. Elle a fait valoir que les filles mûrissant plus tôt, la loi devait en tenir compte. Elle a soutenu que le mariage pouvait protéger les filles non mariées qui tombent enceintes très tôt.

En outre, elle a soutenu que le tribunal avait commis une erreur en “assimilant l'âge de l'enfant et l'âge au mariage”, signifiant qu'il devait considérer les enfants de sexe masculin et féminin différemment en ce qui concerne l'âge au mariage.

Les internautes ont rapidement critiqué les motifs invoqués par l'appelant devant le tribunal.

Craignez les gens qui peuvent justifier la stupidité
“Le procureur général de Tanzanie a placé un appel. L'une de ses affirmations était que le mariage pouvait protéger les filles non mariées qui tombent enceintes.”
“Un tribunal tanzanien confirme la loi interdisant le mariage précoce” – CNN

Parité des sexes

La décision de la cour est un pas en avant vers l'élimination des pratiques néfastes et de toutes les formes de discrimination à l'égard des filles en Tanzanie. Selon les Nations Unies, pour parvenir à l'égalité des sexes d'ici 2030, les gouvernements doivent modifier les lois [fr] discriminatoires et adopter celles qui favorisent de manière proactive l'égalité.  

Les données montrent que l'âge au mariage est directement lié aux niveaux d'éducation et de richesse (TDHS 201). En Tanzanie, il existe une différence de six ans entre l'âge au mariage des filles sans éducation et celles avec un enseignement secondaire ou supérieur.

En Tanzanie, il est illégal de féconder ou d'épouser des écolières avec une peine de 30 ans d'emprisonnement à titre de punition. Les écolières enceintes ne sont pas autorisées à retourner à l'école même après avoir accouché.

L'interdiction du mariage précoce protégera toutes les filles, quel que soit leur statut de scolarisation. Le mariage précoce empêche les filles de poursuivre leurs études et mène à l'abandon scolaire, selon les données de la Tanzania National Survey, 2017).

Cette interdiction crée de meilleures conditions pour que les écolières puissent terminer leurs études sans obstacle. Mais même dans ce cas, les écolières enceintes sont toujours confrontées à une décision inconstitutionnelle qui leur interdit de retourner à l’école.


Musées de l'esprit : Pourquoi il faut préserver les langues en péril

Wed, 13 Nov 2019 08:44:18 +0000 - (source)

Eranti Dolbera est locutrice d'une langue tribale en voie de disparition appelée Lanjia Sora, parlée à Rapjingtal, en Inde. Photo : Opino Gomango pour Living Tongues Institute for Endangered Languages dans le cadre d'un projet documentaire sur les Sora. Utilisation avec autorisation.

En commémoration de l'année internationale des langues autochtones des Nations Unies (IYIL 2019)

Mme Dora Manchado, dernière locutrice du tehuelche, est décédée le 4 janvier 2019, à l'âge de 86 ans. Elle était connue dans sa communauté natale de Patagonie, et beaucoup l'aimaient. L'anthropologue linguistique Javier Domingo a travaillé avec Mme Manchado pendant les dernières années de sa vie à enregistrer sa parole et est devenu un ami proche. Lors de son décès, il a noté : “Dora Manchado était considérée comme ‘dernier locuteur’ du tehuelche ainsi que l'âme de la reconnaissance et renaissance ethniques des Tehuelche. Elle savait parfaitement que la langue, ce n'est pas seulement l'échange, mais aussi la confiance, […] et le partage avec autrui. Grâce aux enregistrements qu'elle a réalisés, le restant de la communauté a désormais, s'ils le souhaitent, la possibilité d'affirmer leur passé et de reconstruire leur identité”.

Appelé localement aonekko ‘a’ien, l'avenir du tehuelche est maintenant dans les mains de plusieurs dizaines de militants en Patagonie qui tâchent de garder vivante la langue à travers des rencontres locales, des groupes d'apprentissage et des activités culturelles immersives. Mais s'il ne reste plus personne qui parle couramment la langue, le futur du tehuelche reste incertain.

Pourquoi les langues sont importantes ?

Les langues sont une manifestation vivante de la longue histoire de l'humanité sur notre planète.Traversant le temps comme une tapisserie entrelaçant les générations, les langues transmettent des siècles de sagesse accumulée sur l'adaptation et la survie humaines. Elles contiennent une information vitale sur la gestion des terres, les modèles de subsistance, les relations sociales et de parenté, les coutumes locales, la cosmologie et bien plus encore. Chaque langue représente une façon unique d'interpréter et communiquer l'expérience humaine dans un contexte culturel et environnemental particulier. Les langues ne cessent d'évoluer : ce sont des musées partagés de l'esprit. Non qu'elles soient figées ; elles s'adaptent et changent dans le temps, selon les besoins d'expression et le contexte social de leurs locuteurs.

Chaque langue humaine a ses propres règles, son schéma de sonorités et ses moyens particuliers de structurer l'information pour la facilité la compréhension et la communication. Une langue n'est pas seulement un prisme à travers lequel on perçoit le monde, c'est aussi un véhicule qu'on utilise activement pour s'y frayer un chemin. Une langue est un seuil pour accéder à l'imagination humaine. Dictons, poésie, chansons : tout cela est rendu possible par le pouvoir expressif de la langue. Proverbes, locutions et plaisanteries révèlent les subtilités d'une culture à travers rythmes, rimes et chutes. Le potentiel créatif d'une langue dépasse la durée de vie du simple individu. C'est le bruit d'une âme collective qui vit et meurt à l'intérieur de chaque locuteur. Quand une langue est transmise à une génération suivante de locuteurs, son âme continue à vivre. Quand une langue cesse d'être parlée et transmise, son essence disparaît pour de bon. Sans documentation systématique, il ne reste que peu de preuves que cette langue ait même jamais existé.

Tant de langues, si peu de temps

Il y a plus de 3.000 langues menacées dans le monde, dont beaucoup pourraient disparaître d'ici 2100, voire avant. Alors qu'il est dans l'ordre des choses pour les langues d'apparaître et passer avec le temps, nous vivons actuellement une période de déclin abrupt de la diversité linguistique. Les études récentes indiquent qu'une langue meurt tous les 3,5 mois, ce qui signifie que plusieurs fois par an, l'ultime locuteur ou locutrice d'une langue s'éteint, et qu'il n'y en a pas de nouveaux pour prendre le relais. Une fois qu'une langue a disparu, il est très difficile de la faire revenir, même si ce n'est pas impossible. La reconstruction et renaissance d'une langue peut être réalisée par l'accès à des matériaux de patrimoine et à des ressources enregistrées.

Pourquoi les langues meurent-elles ? Le transfert linguistique et la mort des langues sont des processus complexes qui se déroulent différemment en fonction de l'histoire, de la géographie et de la socio-économie d'un lieu. Pour chaque langue et ses dialectes, ça se passe un peu différemment, mais beaucoup de facteurs déterminants se ressemblent.

Les périls pour les langues sont liés à la perte de l'identité ancestrale, résultant des effets à long terme de la colonisation, de l'oppression systématique et de l'assimilation culturelle par les groupes dominants. La survie des langue est donc aussi la survie culturelle et la transmission d'une génération à la suivante. Mais il peut être difficile de surmonter le lourd tribut du joug colonial, la dépossession des terres et modes de vie traditionnels, et d'autres facteurs comme les épidémies et les guerres. Ce qui contribue aussi à l'érosion des langues à travers le temps, ce sont les effets ricochet des politiques racistes et discriminatoires qui visent à éradiquer la diversité culturelle et linguistique au profit d'une identité nationale unifiée sous une langue ou un petit nombre de langues.

Les langues devant l'opinion

Nous vivons une époque cruciale pour la préservation des langues. Avec une action de terrain intensive, un soutien et un financement publics pour l'apprentissage des langues et des programmes d'immersion, une visibilité dans les médias, et une reconnaissance de statut par les gouvernements locaux et fédéraux, les langues en péril peuvent avoir une chance de renverser leur déclin et d'être stabilisées. Soutenir les langues en péril implique de transformer les manières dont sont perçus leurs locuteurs dans leurs communautés, la représentation des langues dans les médias locaux et nationaux, et le traitement de la question par les gouvernements.

Les langues sont un droit fondamental et la clé de voûte de la diversité d'identité culturelle de l'humanité. Parler une langue dominante ne veut pas dire que les communautés doivent renoncer au droit de conserver et développer leur langue ancestrale. Mais pour certaines langues dont les derniers locuteurs la parlant couramment ne sont plus de ce monde, une documentation adéquate est la clé de la revitalisation.

Dans le cas de la langue tehuelche, les enregistrements de Mme Manchado ouvrent désormais une fenêtre sur le passé, mais établissent aussi un cadre pour la future renaissance de la langue tehuelche chez son peuple. Pendant une des dernières soirées que l'anthropologue Javier Domingo a passées à travailler avec elle, Mme Manchado a dit, “Aio t nash ‘a’ieshm ten kot ‘awkko” – peut-être que demain quelqu'un parlera en tehuelche.


A la rencontre des militants citoyens qui documentent les abus en Crimée

Tue, 12 Nov 2019 20:34:25 +0000 - (source)

Solidarité Crimée rapporte arrestations et détentions des Tatars de Crimée.

Depuis l'annexion de la Crimée en 2014, les autorités russes ont détenu et arrêté des centaines de Tatars de Crimée et autres militants. Illustration de Tom Venner, utilisée avec permission.

[Article d'origine publié le 14 octobre 2019]  Depuis que la Russie a annexé la péninsule de Crimée en 2014, les services de sécurité et les procureurs de Moscou ont travaillé sans relâche. Ils ont davantage ciblé les militants pro-ukrainiens, les dissidents politiques et, par-dessus tout, les membres de la minorité tatare de Crimée.

Les Tatars musulmans majoritaires de Crimée ont eu un passé mouvementé avec la Russie depuis que la péninsule a été annexée pour la première fois par Moscou en 1783. Puis, en 1944, les autorités soviétiques ont accusé les Tatars de trahison et ont déporté l'ensemble de ce peuple [fr] en Asie centrale. Ils sont revenus au pays dans les années 1980 et 1990, dans l'Ukraine nouvellement indépendante, mais le souvenir de cette déportation perdure. Ainsi, lorsque Moscou a une nouvelle fois imposé son contrôle sur leur patrie, les Tatars de Crimée se sont montrés méfiants – et cette méfiance est réciproque.

En 2016, le procureur général local a interdit le Majlis, l'Assemblée des Tatars de Crimée, pour des motifs “d'extrémisme” et de “sabotage”. Aujourd'hui, les autorités russes expliquent également le grand nombre des arrestations et détentions de Tatars de Crimée comme des opérations anti-extrémistes, alléguant qu'elles tentent de réprimer le Hizb-ut-Tahrir [fr], une organisation islamiste interdite en Russie depuis 2003 mais autorisée en Ukraine. Bien qu'il ne soit pas improbable que l'organisation ait une présence sur la péninsule, les forces de l'ordre russes ont lancé un filet beaucoup plus large. Les défenseurs des droits humains suggèrent que c'est délibéré et que les arrestations des hommes tatars de Crimée et de leurs familles s'apparentent à une tentative systématique de réduire au silence les Tatars de Crimée qui élèvent le ton. Un mouvement en particulier, disent-ils, se trouve dans la ligne de mire : Solidarité Crimée.

9 апреля 2016 в Севастополе Крымская контактная группа по правам человека впервые организовала встречу всех семей мусульман, арестованных российскими правоохранителями в Крыму. На встречу также были приглашены и адвокаты обвиняемых. Выступивший тогда на встрече адвокат Эмиль Курбединов сообщил, что этот день стал «днём создания площадки совместных действий семей арестованных в Крыму мусульман».

Позже объединение «Крымская солидарность» стало открытым не только для родственников обвиняемых российскими правоохранительными органами в принадлежности к организации «Хизб ут-Тахрир», но и для семей других политзаключенных Крыму, а также похищенных и пропавших мусульман.

Le 9 avril 2016 à Sébastopol, le groupe de contact de Crimée pour les droits humains a organisé pour la première fois une rencontre des familles de tous les musulmans qui avaient été arrêtés par les forces de l'ordre russes en Crimée. Les avocats des accusés ont également été invités à la réunion. L'avocat Emil Kurbedinov a prononcé un discours dans lequel il a déclaré que cette journée était devenue “la date de fondation d'une plate-forme d'action commune pour les familles des musulmans arrêtés en Crimée”.
Plus tard, l'association Solidarité Crimée a été ouverte non seulement aux parents des personnes accusées par les forces de l'ordre russes d'appartenance à Hizb-ut-Tahrir, mais aussi aux familles d'autres prisonniers politiques en Crimée, ainsi qu'aux musulmans enlevés ou disparus.

— rubrique “À propos” de la page Facebook de Solidarité Crimée

Solidarité Crimée est née de la nécessité de coordonner l'assistance financière et juridique aux familles tatares de Crimée laissées sans mari et sans père après les arrestations. Leurs absences ont laissé les familles dans le besoin d'une assistance financière et juridique. Selon Dilyaver Memetov, coordinateur du groupe, Solidarité Crimée joue également un rôle préventif. Le groupe organise des séminaires pour conseiller les membres des “groupes à risque” (c'est-à-dire les militants, les avocats, les journalistes ou les blogueurs) sur la conduite à tenir lors d'une perquisition ou d'un interrogatoire, a déclaré Memetov à OVD-Info, un site russe surveillant les violations de la liberté de réunion et de parole.

Le mouvement s'est fait connaître par ses flashs mobs en ligne très médiatisés comme le Marathon de Crimée, dans lequel des centaines de Tatars de Crimée s'engagent à donner dix roubles pour payer les lourdes amendes des accusés avec le slogan “единство дороже штрафов” ou “l'unité est plus précieuse que l'argent”. En outre, à la fin de 2018, des centaines de Tatars de Crimée ont téléchargé des photos d'eux-mêmes seuls (afin d'échapper à l'interdiction russe des manifestations de masse), portant des banderoles sur lesquelles étaient inscrit “Les Tatars de Crimée ne sont pas des terroristes” et “nos enfants ne sont pas des terroristes”. En juillet 2019, plusieurs dizaines de Tatars de Crimée se tenaient sur la Place Rouge de Moscou avec des pancartes portant les mots “la lutte contre le terrorisme en Crimée est une lutte contre la dissidence”.

Hors de la Crimée, Solidarité Crimée est mieux connue pour son rôle en tant que projet de journalisme citoyen. Les militants des droits humains et les journalistes disent que sans Solidarité Crimée, ils resteraient dans l'ignorance des nombreuses arrestations et détentions dans la péninsule. On observe fréquemment les bénévoles du groupe en train de documenter et de photographier les arrestations et les affaires judiciaires et même de diffuser en direct les procédures judiciaires sur la populaire page Facebook de Solidarité Crimée.

“Lorsque les perquisitions dans les maisons des Tatars de Crimée ont commencé à s'intensifier en 2016, les habitants se sont mis à diffuser les arrestations et les perquisitions sur leurs téléphones et à les télécharger sur les réseaux sociaux. Une fois que cela s'est su, les autorités sont devenues encore plus répressives et le mouvement a pris de l'ampleur “, explique Tamila Tasheva, co-fondatrice de CrimeaSOS, une ONG qui fournit une aide humanitaire aux personnes déplacées de Crimée. “Depuis 2017, ils sont devenus de plus en plus professionnels dans la couverture de ces procès et arrestations. Ils sont quasiment l'unique source d'information indépendante qui subsiste en permanence dans la péninsule parce qu'il n'y a plus de journalisme indépendant”, explique Tamila Tasheva dans un café à Kiev, la capitale ukrainienne.

“Je dirais qu'au cours des dernières années, depuis qu'ils existent, ils ont développé de vrais talents de blogueurs de façon spectaculaire. Si vous voulez vous renseigner sur les droits humains en Crimée, votre première source d'information est Solidarité Crimée”, a déclaré Tanya Lokshina, directrice associée pour l'Europe et l'Asie centrale à Human Rights Watch. Tanya Lokshina a ajouté qu'après l'occupation en 2014, de nombreuses publications de médias indépendants et les médias locaux tatars de Crimée ont cessé de paraître. “Hormis ces quelques journalistes russes qui se rendent régulièrement en Crimée et qui travaillent naturellement avec eux, Solidarité Crimée est la seule source d'information permanente qui est sans relâche sur le terrain”, a déclaré Tanya Lokshina.

C'est probablement la raison pour laquelle Moscou en a eu assez de Solidarité Crimée.

Les premiers mois de 2019 ont vu l'arrestation de plusieurs éminents journalistes et blogueurs citoyens tatars de Crimée, accusés d'actes de terrorisme. En mars, Remzi Bekirov, Osman Arifmemetov, Rustem Sheikhaliyev et Marlen Mustafayev ont tous été arrêtés – tous ces hommes avaient pris des photos ou diffusé en direct les raids des services de sécurité sur les maisons tatares de Crimée et les audiences dans les tribunaux (Bekirov est également correspondant du site russe indépendant Grani.RU). Le 3 avril, Solidarité Crimée a lancé un appel à l'aide à l'Ukraine et au monde entier, mettant en garde contre un “nettoyage” complet de l'opposition et des médias indépendants en Crimée. “En réponse aux arrestations, aux perquisitions et aux procès incessants, le journalisme citoyen a été créé en Crimée. Cela s'est imposé par la nécessité : les gens ont compris que sans information, il n'y avait pas d'autre moyen de défendre la péninsule contre la répression “, peut-on lire dans le communiqué.

“Ils avaient commencé à cibler Solidarité Crimée en 2017, lorsqu'ils sont devenus trop indépendants et trop visibles “, a expliqué Tamila Tasheva. “Le 27 mars 2019, lorsque des perquisitions massives ont été lancées dans les maisons des Tatars de Crimée, pratiquement toutes les personnes arrêtées à quelques exceptions près étaient des militants de Solidarité Crimée. Et puis, en mars 2018, Nariman Mehmedeminov, un organisateur de Solidarité Crimée, fut arrêté.”

Tanya Lokshina a souligné que les informations fournies par Solidarité Crimée étaient d'une valeur inestimable pour le travail des défenseurs des droits humains. Elle a ajouté que même si les autorités russes ont poursuivi les membres du Hizb-ut-Tahrir à l'étranger, en Crimée, elles ne visent pas nécessairement les Tatars qui sont particulièrement religieux. Au lieu de cela, dit-elle, ils s'en prennent à “ceux qui se trouvent être particulièrement et vigoureusement engagés contre l'occupation. Il n'y a qu'une seule façon de déchiffrer cela, c'est que ces arrestations bidon visaient à faire taire Solidarité Crimée et à intimider les militants en les assujettissant au silence”, a conclu Tanya Lokshina.

Alimdar Belyalov est l'un de ces militants. Depuis qu'il a fui la péninsule il y a deux ans et demies, il n'est pas resté silencieux. Aujourd'hui, établi dans la capitale ukrainienne, Kiev, il affirme qu'il n'a pas pu se rendre en Crimée depuis six mois. Il ajoute que le caractère bénévole et décentralisé de Solidarité Crimée assure sa survie.

Структура нашей организации — идеальна за счёт помощи друг другу. Например, в данный момент 68 политзаключенных. Для каждого политзаключенного в месяц нужно двести долларов на передачу, то есть, это поесть, покушать, одеть. Теперь 180 детей, минимум для каждого ребенка — 100 долларов в месяц. В итоге получаем больше 30000 долларов в месяц. Вот эти деньги собирает народ. Никаких финансовых потоков нет. Народ не оставит своего брата, сестру, друга в обиде. Исходя из этого, структура не распадается и не распадется. Потому что садят одного, выходят десять. Садят десять, выходят сто. Посадят сто, выйдет триста.

La structure de notre organisation est idéale pour une assistance mutuelle. Par exemple, à l'heure actuelle, nous avons 68 prisonniers politiques. Tout prisonnier politique a besoin d'environ 180 euros par mois pour s'habiller et se nourrir. Au total, il y a 180 enfants ; le montant minimum requis pour chaque enfant est de 90 euros par mois. Tout cela représente plus de 27 000 euros par mois. Cet argent est recueilli par les gens. Il n'y a pas de réseau de financement. Les personnes ne laisseront pas leurs frères et leurs sœurs dans le dénuement. Cet exemple est la preuve que l'organisation ne se divise pas et ne se divisera pas. S'ils emprisonnent l'un d'entre nous, dix sortiront [en soutien.] S'ils emprisonnent dix d'entre nous, 100 sortiront. S'ils en emprisonnent 100, 300 sortiront.

Comme l'explique Alimdar Belyalov, c'est précisément le caractère populaire et décentralisé de Solidarité Crimée qui en fait un mouvement citoyen si efficace. Mais ces méthodes ne sont pas nouvelles pour les Tatars de Crimée ; au cours des dernières décennies du régime soviétique, un mouvement dissident tatare de Crimée, dynamique et bruyant, a émergé, exigeant que Moscou reconnaisse leur déportation massive en 1944 comme une injustice et leur permette de retourner dans la péninsule. Le procédé n'est pas neuf et, comme les réfugiés tatars de Crimée l'ont dit à ce journaliste, l'expérience de la répression d'État ne l'est pas non plus. Ce qui est nouveau, ce sont les dispositifs permettant aux Tatars de Crimée de documenter leurs expériences.

У кого есть фотоаппарат, у кого-то айфон. У кого чего-то есть, он снимает на этот аппарат и начинает вкладывать и делиться эту информацию. Но дело в том, что таких людей, стримеры, так скажем, они под большой угрозой. Потому что если ты там, допустем, стримнешь или снимаешь, если очень большая вероятность, что ты всядишь в тюрьму. Любое инакомыслие который не нравится этому государству пресекается. Либо тебя прослушивают и снимают, либо ты сидишь в тюрме. Два пути есть. […] Они волунтеры, готовы сидеть за решеткой за справедливости и за свой народ. Тем больше несправедливости, тем больше этих волунтеров. Я не боюсь предположить, что их за сотню.

Certaines personnes ont un appareil photo, d'autres un iPhone. Peu importe ce que chacun utilise, on filme et on partage ensuite l'information. Mais voilà que ces personnes, les “web diffuseurs”, sont les plus menacées. Parce que, si, disons, vous essayez de filmer ou de photographier là-bas, il y a de grandes chances que vous finissiez en prison. Toute forme de opposition qui déplaît à l'État est réprimée. Soit ils vous espionnent et vous photographient, soit vous finissez en prison. Ces personnes sont des bénévoles prêts à s'asseoir derrière les barreaux au nom de la justice et de leur peuple. Et plus il y a d'injustices, plus il y a de bénévoles. Je n'ai pas peur d'avancer qu’il y en a une centaine aujourd’hui.

Quoi qu'il arrive, Solidarité Crimée sera attentive. Et donc, par extension, puisse le monde entier l'être aussi.


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