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Je ne grimperai pas l'Everest, un journal de voyage en BD (première partie)

Wed, 17 Jul 2019 20:03:20 +0000 - (source)

(A SUIVRE…)


Dans la banlieue de São Paulo, le droit des femmes à l'accouchement humanisé n'est pas garanti

Wed, 17 Jul 2019 10:34:49 +0000 - (source)

Enceinte de 9 mois, Janaína Normandia a choisi l'accouchement humanisé pour son deuxième bébé après avoir subi des violences obstétricales lors de sa première grossesse. | Photo : Paula Rodrigues/32xSP

Ce texte, de Jéssica Bernardo, Lara Deus et Paula Rodrigues, est publié dans le cadre d'un partenariat entre Global Voices et Agência Mural. 

“Quand tu l'as fait, c'était bon, non ?”. À 23 ans, Janaína Normandia attendait la naissance de son premier enfant quand elle a entendu ces mots de la bouche un médecin d'un grand hôpital privé de São Paulo. Cette phrase n'est qu'un des nombreux souvenirs négatifs de cette journée. 

Après avoir eu un accouchement provoqué, Rafael est né. Elle raconte : “Ils m'ont montré mon bébé et l'ont emmené pour les soins. Je n'ai revu mon bébé que le mardi. Il était né le lundi à 10 h 45”.

Pour que les expériences comme celle de Janaína ne se répètent pas, le Ministère de la Santé a émis, en 2000, l'arrêté nº 569 qui garantit des soins humanisés, dignes et accueillants aux femmes et aux nouveau-nés. 

Cependant, pour ceux qui vivent dans les banlieues de São Paulo, ce genre d'assistance humanisée est rare.

Casa Angela et “la maison des naissances”  

Seize ans après la naissance de Rafael, Janaína est enceinte à nouveau et attend son plus jeune, Benjamin. En faisant des recherches sur internet à propos de l'accouchement humanisé, elle a trouvé la Casa Angela (Maison Angela), un centre d'accouchement humanisé à deux pas de chez elle. 

Située dans le district de Campo Limpo, zone sud de São Paulo, la Maison est un des deux centres d'accouchement gratuit de la ville – avec la Maison d'accouchement de Sapopemba, à l'est. Tous deux sont financés par le SUS (Service unique de santé).

Les deux institutions sont spécialisées dans l'accouchement naturel et humanisé, comme le recommande l'Organisation mondiale de la santé. 

Les maisons sont équipées d'ambulances et d'équipes spécialisées. À la différence de ce qui se produit à l'hôpital, ce n'est pas un médecin qui accompagne les naissances, mais des sages-femmes, ayant un diplôme en obstétrique, formées aux techniques permettant d'agir en faveur du bien-être des parturientes. Elles sont appelées les “accoucheuses professionnelles”. 

Andressa Fontes Guedes, 27 ans, a eu son fils Zion à la Casa Angela, à plus de  30 km de chez elle, au Jardim Apuanã, quartier nord (Paula Rodrigues/32xSP)

La demande des parturientes pour ce genre d'endroit a augmenté ces dernières années. En 2018, 440 accouchements ont eu lieu à la Casa Angela. Ce chiffre est supérieur de 46% à celui de l'année précédente, qui comptabilisait alors 300 naissances. 

Cependant, malgré l'accroissement de la demande, la mairie de São Paulo n'envisage pas d'ouvrir de nouveaux centres dans l'immédiat. 

L'accouchement à la maison

L'accouchement à domicile ne figure pas dans le système public de santé du Brésil, mais le Ministère de la Santé exige que les parturientes respectent certaines règles si elles décident d'accoucher à la maison. Notamment, la femme doit être assistée par une infirmière obstétricienne ou une sage-femme, et doit avoir un accès rapide à une maternité au cas où elle aurait besoin d'être transférée. En l'occurrence, la Casa Angela est à 10 minutes de l'hôpital Campo Limpo, qui est la seule unité publique de référence. 

Letícia Faustino, 23 ans, sait qu'elle est une exception parce qu'elle a pu se le permettre. Décidée à accoucher à la maison, dans le quartier de Parada Inglesa, au nord de la capitale, elle a dépensé 7 000 Réais brésiliens (environ 1 660 euros), payables en plusieurs tranches, pour une équipe comprenant une infirmière, deux sages-femmes et une doula [fr].

La thérapeute spécialisée en humanisation de l'accouchement, Melania Amorim, dit que “du fait qu'il ne figure pas dans la politique publique de santé, [l'accouchement à domicile] n'est accessible qu'à ceux qui peuvent payer. Pour une habitante des banlieues, il n'est pratiquement accessible nulle part”.

L'Organisation mondiale de la santé préconise quelques recommandations pour que l'accouchement soit une expérience positive. En voici quelques-unes : “Être accompagnée pendant le travail de l'accouchement. Autoriser la mère à s'alimenter et à s'hydrater pendant le travail. Permettre à la mère de bouger et de choisir la position la plus confortable possible. Favoriser les contacts mère-bébé juste après la naissance. Favoriser l'allaitement juste après la naissance. Proposer de soulager la douleur à chaque sollicitation. Éviter la manoeuvre de Kristeller, cette pression exercée sur le ventre pour accélérer l'accouchement. Éviter l'épisiotomie, la coupure du vagin, qui n'est nécessaire que dans une minorité des cas. Ne pas accélérer le travail de l'accouchement : surtout avant la dilatation de 5 cm, l'utilisation d'interventions médicales sur parturientes en bonne santé (comme l'administration d'ocytocine ou la césarienne) ne sont pas recommandées.

L'accouchement humanisé à l'hôpital 

“Les bonnes pratiques pour une naissance humanisée se mettent en place progressivement dans nos maternités”, affirme Sonia Raquel Leal, coordinatrice du programme Santé des femmes de la mairie de São Paulo.

Dans la pratique, les professionnels présents dans la majorité des hôpitaux et des unités de base de santé n'ont aucune expérience des pratiques d'humanisation de l'accouchement. Pour Melania Amorim, un des grands défis que doit relever le réseau public pour parvenir à pratiquer des soins à l'accouchement humanisés est la résistance des professionnels de santé à revenir sur ce qui a été appris dans le passé.

“Cela arrive parce que les gens reproduisent à l'infini le modèle de soins à l'accouchement qu'ils ont appris sur les bancs de la faculté de médecine et qu'ils sont habitués à pratiquer des interventions inutiles et potentiellement nuisibles”, complète la spécialiste. 

Si on analyse les taux d'accouchements naturels pratiqués dans les hôpitaux, par exemple, on s'aperçoit que, dans les cinq régions de São Paulo, le nombre de césariennes est supérieur au taux préconisé par l'OMS (Organisation mondiale de la santé), qui est de 90 % à 85 % d'accouchements naturels.  

Le Brésil est le vice-champion du monde des césariennes : elles représentent 55 % des accouchements réalisés dans le pays. À São Paulo, sur les 69 sites ayant pratiqué des accouchements, 34 étaient au-dessus de la moyenne brésilienne de césariennes. 

Le Grand Centre est champion pour la proportion de césariennes de la ville, avec 68,3 % des accouchements. Il est suivi par la zone ouest (57,3 %), la zone est (47,2 %), le nord (47,2 %) et, enfin, la zone sud avec 41,5 % de césariennes.

Parmi les sites dont les taux s'approchent le plus des recommandations de l'OMS, 83 % se trouvent en banlieue (29 hôpitaux ou maisons d'accouchement). Les données proviennent d'un classement publié par le Secrétariat municipal de la santé de la ville de São Paulo concernant tous les hôpitaux et les institutions ayant pratiqué plus de 50 accouchements en 2018. 

Les violences obstétricales

Le Ministère de la Santé s'était opposé à l'utilisation du terme “violence obstétricale” s'agissant des cas de négligence dans les soins apportés par les médecins avant, durant et après l'accouchement. 

L'argument avancé par l'organe fédéral était que “le professionnel de la santé, de même que celui de tout autre secteur, n'est pas destiné à nuire ou à causer du tort de façon intentionnelle”. 

Toutefois, face à la réaction du MPF (Ministère public fédéral), le gouvernement a reculé et a fini par reconnaître la légitimité du terme.

Le même point de vue est adopté au niveau municipal. Pour la coordinatrice du programme de santé des femmes de la mairie de São Paulo, Sonia Raquel Leal, l'équipe médicale n'a pas été formée pour agresser une femme en plein travail. 

“Sommes-nous dans un concept socio-politique ou dans le domaine de la santé ? Je comprends le terme violence en-dehors de la santé”, allègue-t-elle.

De telles accusations sont réfutées aussi bien par des professionnels du droit ou par ceux qui plaident pour les droits des femmes, que par des femmes ayant déjà subi un quelconque mauvais traitement pendant leur travail d'accouchement. 

Interviewée sur le site portal Lunetas, l'avocate Marina Ruzzi trouve que la décision du Ministère de la Santé est inappropriée : “on constate que le souci de l'actuel ministère n'est pas de protéger les femmes ni de préserver leurs droits et leurs garanties en tant que citoyennes, mais plutôt de protéger le corps médical de ce type d'accusations”. 

Les femmes enceintes qui ont subi de mauvais traitements ou un manque de respect ont la possibilité de se plaindre auprès de l'équipe professionnelle ou de déposer plainte via le portail de services 156 de la Ville de São Paulo.


Cette Jamaïcaine s'attaque à la pauvreté menstruelle et à la honte associée aux règles

Tue, 16 Jul 2019 08:00:47 +0000 - (source)

“Cette attitude de messe basse est dangereuse.”

Shelly-Ann Weeks parle de la santé procréative lors d'un événements à l'Institut de la Jamaïque en mars 2019. Photographie fournie avec l'aimable autorisation de la Fondation Her Flow.

Motivée par sa volonté de changer la santé sexuelle et procréative des Jamaïcaines, l'auteure et chroniqueuse Shelly-Ann Weeks, affectueusement connue sous le nom de “Dr. Sexy-Ann” sur Twitter et Facebook, utilise à la fois les médias principaux et les médias numériques pour se concentrer sur des sujets traditionnellement tabous.

Tout d'abord : “la pauvreté menstruelle“. En tant que directrice exécutive de la Fondation Her Flow, une initiative qui s'adresse au stigmate et à la honte associés aux règles, Mme Weeks a organisé la première Journée de sensibilisation aux règles en octobre 2016, puis la Semaine de sensibilisation aux règles en octobre 2017.

En novembre 2018, elle organisait la première Conférence Healthy Pelvis [Bassin sain, NdT] dans la capitale Kingston. Pendant l'année scolaire, elle a organisé des ateliers de sensibilisation dans 27 écoles, touchant ainsi plus de 5.000 élèves, garçons et filles, grâce à un financement de l'ambassade des États-Unis.

Elle a admis depuis longtemps que ce problème est autant causé par des attitudes sociétales ancrées de longue date, des croyances culturelles, que par le statut économique. Le temps de plusieurs tasses de café, nous avons discuté des complexités de ce qui demeure un sujet relativement tabou et des raisons pour lesquelles elle a décidé d'en faire un livre.

Shelly-Ann Weeks montre un paquet de serviettes hygiéniques pendant qu'elle parle des règles à un groupe de jeunes. Photographie fournie avec l'aimable autorisation de la Fondation Her Flow.

Emma Lewis (EL) : Vous étiez déjà une personnalité médiatique populaire dans le domaine des relations et de la santé sexuelles, mais comment avez-vous commencé Her Flow ?

Shelly-Ann Weeks (SW): I started Her Flow in 2016 as part of a project I was doing with WE-Change [a rights-based lesbian, bisexual and transgender advocacy group]. I zoomed in on female reproductive health. I visited three schools to talk to students about puberty, mostly geared towards consent — that it’s OK to say “No.”

One girl told me she was able to make one menstrual pad last five days. I am not often speechless, but that shocked me! I thought, “Okay, I am going to get this girl some pads!” Talking to women while I was writing my first book, I realised so many have problems affording the products they need every month. And for the woman who has daughters, she literally has to choose between buying them pads and feeding them.

I realised that internationally there is a conversation going on around period poverty…the need is much greater than I had thought. I wanted to create a space where women could get access to pads free of cost, no questions asked. Because it’s a dignity issue as well.

Shelly-Ann Weeks (SAW) : J'ai commencé Her Flow en 2016 dans le cadre d'un projet auquel je participais avec WE-Change [un groupe de défense des droits des lesbiennes, transsexuels et transgenres]. Je me suis concentrée sur la santé procréative. Je me suis rendue dans trois écoles pour parler aux élèves de la puberté, essentiellement du consentement, que c'est ok de dire “non”.

Une jeune fille m'y a affirmé pouvoir faire durer une serviette hygiénique pendant cinq jours. Je ne suis pas souvent à court de mots, mais ça m'a choquée ! Je me suis dit “ok, je vais obtenir des serviettes pour cette jeune fille !” Et puis, en parlant avec plusieurs femmes pendant que j'écrivais mon livre, j'ai réalisé qu'il y en avait tellement qui ont des problèmes pour se payer les produits dont elles ont besoin chaque mois.  Et pour la femme qui a des filles, elle doit littéralement choisir entre leur acheter des serviettes hygiéniques et les nourrir.

J'ai réalisé qu'il y a une conversation internationale au sujet de la pauvreté menstruelle… le besoin est bien plus important que je ne le pensais. J'ai voulu créer un espace où les femmes auraient accès à des serviettes gratuitement et sans question. Parce que c'est aussi une question de dignité.

EL : Dans votre lobbying, vous parlez de “briser le silence” sur le sujet. Pouvez-vous expliquer ce que vous voulez dire ?

SW: Pain is a big part of women’s lives. We are not comfortable articulating to a doctor — we can’t even say the word “vagina” — and a lot of us end up suffering in silence. There are many myths and straight-up wrong information about periods. People are very superstitious. It’s really important, I think, for us to first of all, break the silence. This “hush-hush” attitude to female reproductive health is dangerous. If we are able to talk openly, there are a lot of benefits. Your quality of life is improved. The silence stops you from getting help.

SAW : La douleur est une partie importante de la vie des femmes. Nous ne sommes pas à l'aise pour en parler à un médecin (nous ne pouvons même pas dire le mot “vagin”) et beaucoup d'entre nous finissent par souffrir en silence. Il y a beaucoup de mythes et d'informations carrément fausses sur les règles. Les gens sont très superstitieux. C'est vraiment important, je pense, pour nous de commencer par briser le silence. Cette attitude de messe basse envers la santé procréative des femmes est dangereuse. Si nous pouvons parler librement, il y a beaucoup de bénéfices. Votre qualité de vie augmente. Le silence vous empêche de recevoir de l'aide.

EL : Pourquoi pensez-vous que le sujet des règles est tellement tabou ? D'où est-ce que ca vient ?

SW: Oh, it’s clear: the Bible! A lot of Jamaicans’ feelings about female reproductive health — or even the rules about what women are allowed or not allowed to do — come from religion. And in Jamaica, that’s Christianity. If you think about the way the Bible talks about periods, the word ‘unclean’ comes up a lot. Even some Rastafarians in Jamaica actually do believe that a woman should be shut away and not allowed to come out until her period blood has been passed. Girls are taught to wash their underwear as soon as they remove it and not to let anyone know that she’s on her period. She needs to keep it to herself. Men and women are taught this way. But women push it more than men do.

SAW : Oh, c'est clair : c'est la Bible ! La plupart des sentiments des Jamaïcains sur la santé procréative des femmes, ou même sur les règles, édictant ce que les femmes ont le droit ou non de faire, viennent de la religion. Et en Jamaïque, c'est le christianisme. Si vous réfléchissez à la façon dont la Bible parle des règles, le mot “impur” revient souvent. Même des rastafaris de Jamaïque pensent qu'une femme devrait être enfermée et ne pas avoir le droit de sortir tant que ses règles ne sont pas terminées. On apprend aux jeunes filles à laver leurs sous-vêtements aussitôt qu'elles les enlèvent et à ne dire à personne qu'elles ont leurs règles. Elles doivent le garder pour elles. On apprend ça aux hommes et aux femmes. Mais les femmes appuient cela plus que les hommes.

Des militantes de la communauté sont mises à l'honneur pendant un brunch organisé par la Fondation Her Flow. Shelly-Ann Weeks est la sixième femme en partant de la droite. Photographie fournie avec l'aimable autorisation de la Fondation Her Flow.

EL : Et dans les écoles auxquelles vous avez rendu visite, quelles ont été les réactions des professeurs, des élèves et des conseillers d'éducation ?

SW: The teachers and counsellors love the book — there is nothing like it out there. There isn’t really a consistent way of teaching these matters; a lot depends on the personal whims of the teachers. We visited primary schools, where many girls have already started their periods. We insist that boys are a part of the class. If the boys are included, they know what’s going on. They’re exposed to something they never understood before. We invoke empathy in them; we teach them how to be more supportive. Engaging boys can only be a positive thing.

I think it’s important not to talk “at” the girls. We tend to underestimate how much information they can handle. It helps to show them that you know what it’s like.

What I have learned is that the biggest roadblock to all of this is their parents…especially the mothers. They should know that being kept in the dark is not helpful! The person who is hurt the most is the child.

SAW : Les professeurs et les conseillers d'éducation ont adoré le livre : il n'existe rien de semblable. Il n'y a pas vraiment de constante dans la façon d'enseigner ces sujets, ça dépend beaucoup de la personnalité des professeurs. Nous nous sommes rendues dans des écoles primaires où de nombreuses filles avaient déjà eu leurs premières règles. Nous avons insisté pour que les garçons fassent partie de la classe. Si les garçons sont inclus, ils savent ce qu'il s'y passent. Ils sont exposés à quelque chose qu'ils n'avaient jamais compris auparavant. Nous faisons appel à leur empathie, nous leur apprenons à être solidaires. Intéresser les garçons ne peut qu’être positif.

Je pense qu'il est important de ne pas “parler” aux filles. Nous avons tendance à sous-estimer la quantité d'information qu'elles peuvent gérer. Ce qui les aide, c'est de leur montrer que vous savez ce que ça fait.

Ce que j'ai appris, c'est que l'obstacle le plus handicapant dans tout ceci, ce sont les parents, et en particulier les mères. Elle devraient savoir que cacher des choses n'aide en rien ! La personne qui en souffre le plus est l'enfant.

EL : Comment faites-vous passer le message ?

SW: Social media has been a major tool from day one. We ran a social media campaign to donate products to schools and other institutions (the women’s prison, girls’ homes). I have had great support from Jamaicans living abroad, who have sent barrels. The public has really responded positively.

I would like to identify some funding to do some formal research on the extent of period poverty in Jamaica — I would like to see what that looks like. I know the need is there.

SAW : Les médias sociaux ont été un outil majeur dès le tout début. Nous y avons organisé une campagne de dons de produits aux écoles et dans d'autres institutions (des prisons de femmes, les maisons des jeunes filles). J'ai recu un fort soutien des Jamaïcains qui vivent à l'étranger et qui ont envoyé des caisses. Le public a vraiment réagi positivement.

J'aimerais trouver des sources de financement pour procéder à une recherche officielle sur l'étendue de la pauvreté menstruelle en Jamaique. J'aimerais voir à quoi ça ressemble. Je sais que le besoin existe.

EL : Qu'avez-vous accompli en 2019 et quels sont vos projets pour le futur ?

SW: In March, we honoured ten women doing amazing community work at a Celebrate Her brunch and we partnered with Desnoes and Geddes Foundation to fête over 100 students while giving them a period education session. In April, we partnered with young author and activist Marley Dias and the GrassROOTS Community Foundation in New Jersey to donate products to a high school in Montego Bay. We also partnered with Always on an End Period Poverty campaign, donating 13,000 packs of pads to girls in 20 high schools.

In September, in partnership with Jamaica AIDS Support for Life, we are planning a Live Safe college tour of 20 community and teachers’ colleges where we will offer free STD and HIV tests, period education sessions, condom distribution and more.

October is our Period Awareness Month. On Period Awareness Day, October 24, we will seek to spark a national conversation to seriously address the stigma and shame associated with menstruation through public awareness events. Our second Healthy Pelvis Conference on October 27 will address a range of female reproductive health issues.

In November, we are planning a Period Conference to help parents, guardians, and children. Men, especially fathers, will be encouraged to attend and participate.

It’s a full calendar!

SAW : En mars, nous avons rendu hommage à dix femmes qui font un travail incroyable dans leurs communautés pendant le brunch Celebrate Her, et nous nous sommes associés à la Fondation Desnoes and Geddes pour célébrer plus de cent étudiants tout en leur donnant des sessions d'éducation sur les règles. En avril, nous nous sommes associés avec la jeune auteure et militante Marley Dias et la Fondation GrassROOTS Community du New Jersey pour donner des produits à un lycée de Montego Bay. Nous nous sommes aussi associés à Always dans une campagne pour En finir avec la pauvreté menstruelle et avons donné 13.000 paquets de serviettes hygiéniques à des filles dans vingt lycées.

En septembre, en partenariat avec Jamaica AIDS Support for Life, nous prévoyons une tournée appelée Live Safe [Vivez en sécurité, NdT] de 20 écoles supérieures communautaires et d'enseignement où nous offrirons des tests de dépistage des MST et du SIDA gratuits, des sessions d'éducation sur les règles, une distribution de préservatifs et bien d'autres choses encore.

Octobre est notre Mois de la sensibilisation aux règles. Le 24 octobre, Journee de la sensibilisation, nous essayerons de déclencher une conversation nationale pour aborder sérieusement le stigmate et la honte associés aux règles à travers des événements de sensibilisation du public. Notre seconde Conférence Healthy Pelvis, le 27 octobre, touchera à toute une gamme de problemes de santé procréative féminine.

En novembre, nous allons organiser une Conférence des règles pour aider parents, tuteurs et enfants. Nous encouragerons les hommes, et en particulier les pères, à y participer.

Le calendrier est rempli !


Mort d’une combattante : la société yougoslave d’après-guerre dit adieu à la dissidente et dramaturge, Borka Pavićević

Mon, 15 Jul 2019 07:06:26 +0000 - (source)
Borka Pavićević

Borka Pavićević lors de la conférence « Is there a chance for civil society in Macedonia? » (« Quelle possibilité pour une société civile en Macédoine ? ») en mai 2018 à Skopje (République de Macédoine du Nord). Photographie de Vančo Džambaski, CC BY-NC-SA.

Article d'origine publié en anglais le 7 juillet 2019.

Dramaturge serbe influente et militante pacifiste, Borka Pavićević est décédée des suites d’une maladie soudaine, à l’âge de 72 ans, le 30 juin 2019. À travers toute l’ancienne Yougoslavie, des militants de la société civile et des personnalités du monde culturel ont rendu hommage à son héritage exceptionnel.

Borka Pavićević [en]  a fondé et dirigé le Centre pour la Décontamination culturelle (Centre for Cultural Decontamination [CZKD] [sr]), une organisation artistique de Belgrade créée en 1994, dont la mission était de combattre le climat de nationalisme, de xénophobie, de haine et de peur qui faisait rage pendant la dislocation de la Yougoslavie et qui a alimenté le dernier épisode des guerres de Yougoslavie (1999-2001) [fr].

Borka Pavićević [1947-2019], puisse-t-elle reposer en paix. Une amie très chère et vraiment courageuse, présente dans tant de combats civiques dès leur début, fondatrice et directrice du Centre pour la Décontamination culturelle à #Belgrade, et tellement plus encore… Une journée bien triste

Le militantisme de Borka Pavićević a commencé lors des manifestations étudiantes de 1968 [en] à Belgrade. À cette époque, elle étudiait à l'académie du Théâtre, du Film, de la Radio et de la Télévision de Belgrade.

L’écrivain Bora Ćosić se souvient [sr] d’elle à cette époque comme d’« une fille rebelle avec des couettes » et la décrit comme « la Mère courage de la seconde Serbie » dans le titre de son éloge funèbre, par comparaison avec le personnage principal de la pièce pacifiste écrite par Bertolt Brecht Mère Courage et ses enfants.

Un avis de décès [en] publié par le CZKD indique qu’elle a vécu une carrière prolifique dans les années 1970 et 1980, en tant que directrice artistique et dramaturge dans de nombreux théâtres à travers la Yougoslavie, mais également dans les célèbres théâtres de Belgrade, le Atelje 212 [l'Atelier 212] et le Théâtre dramatique de Belgrade. En 1993, elle est licenciée de ce dernier en raison de son opposition au régime de Slobodan Milošević.

Pendant de nombreuses années, Borka Pavićević rédige des rubriques dans les journaux Susret, Vreme et Danas, et publie des essais. Elle a reçu le prix de la Fondation pour la paix et la culture d’Hiroshima en 2004, le prix « Ruts » [« le Sillon »] de la Fondation européenne pour la culture en 2009, le prix « Osvajanje slobode » [la « Conquête de la liberté »] de la Fondation Maja Maršićević Tasić en 2005 et la Légion d’honneur décernée par la République française en 2001.

L’étymologie du prénom féminin Borka est liée aux mots serbes désignant le « combat » et  le « combattant », une connexion qui n’a pas échappé aux nombreuses personnes ayant rendu hommage à Borka Pavićević sur les réseaux sociaux, ces dernières semaines. Ainsi, l’acteur et militant Sergej Trifunović a twitté :

BORKA. On peut la voir de différentes manières et penser d’elle ce que l’on veut, mais une chose est incontestable : Borka Pavićević était une combattante tenace et honnête. Jusqu’à la fin. Et même lorsque je n’étais pas d’accord avec elle, je l’ai toujours respectée. Car j’ai travaillé avec elle et pour elle et chez elle, en tant qu’étudiant et après.
Elle défendait chaque être humain. Toujours.

Quelques utilisateurs de Twitter originaires de Bosnie-Herzégovine ont noté qu’elle a été l’une des rares voix en Serbie à oser dénoncer le génocide de Srebrenica. Ils ont twitté quelques-unes de ces citations comme celle-ci :

“Kad jednom počnete upotrebljavati eufemizme i laži, onda vi i u ostalim dijelovima života to isto činite. Zato je važno da smo precizni i smjeli, da imenujemo i kažemo – genocid” Borka Pavićević

— Arnes Grbesic (@ArnesGrbesic) June 30, 2019

« Une fois que vous avez commencé à utiliser des euphémismes et des mensonges pour désigner quelque chose, vous continuez rapidement à les utiliser pour tous les autres aspects de votre vie. C’est pourquoi il est important de parler avec précision et bravoure de nommer correctement et de dire les choses telles qu’elles sont – génocide. »  Borka Pavićević.

La BBC en Serbie faisait remarquer [sr] que le Centre pour la Décontamination culturelle a été la première institution à amener des artistes kosovars à Belgrade grâce au festival annuel « Mirëdita, dobar dan! [en] », dont le nom est un jeu de mots basé sur les prononciations albanaise et serbe de la salutation « bonne journée ». Son rôle dans le processus de réconciliation a été rappelé par des utilisateurs de Twitter du Kosovo.

Triste nouvelle. Borka Pavićević était à la fois un membre de la véritable scène intellectuelle antifasciste de Belgrade et en même temps, à l'avant-garde de la vraie normalisation des relations entre Albanais et Serbes. Parmi les pionniers des échanges culturels et intellectuels.

Le dramaturge croate Davor Špišić a déclaré [hr] que Borka Pavićević n’était pas qu’un mentor, mais également « une mère » pour les jeunes écrivains et dramaturges débutants qui ont commencé leur carrière à la fin des années 1980 avec le mouvement transnational KPGT (Kazalište, Pozorište, Gledališče, Teatar). Ce nom est une synthèse de tous les mots désignant le « théâtre » dans différentes langues slaves méridionales de l’ancienne Yougoslavie.

Le départ de Borka Pavićević pour une galaxie lointaine laisse un vide en nous, mais nous sommes heureux de l'avoir accueillie dans nos universités. « Le manque de lecture, c’est le manque d’Éros. Et cela se traduit par un manque de liberté », a-t-elle affirmé dans une émission de télévision sur les livres et la lecture [sr]. Adieu, Borca, tu étais notre livre.

Bien que certains Serbes de la droite nationaliste se réjouissent de la disparition de Borca Pavićević, certains ayant lancé un sondage pour savoir si l’on devait autoriser son enterrement en Serbie, ils ont été éclipsés par la vague de souvenirs positifs concernant sa vie, provenant de l’ancienne Yougoslavie et au-delà de ses frontières. Dans le même temps, les acteurs des Balkans se sont engagés à continuer le travail en faveur d’une paix durable, de la tolérance et de la justice dans la région.

La session du #WBSummitPoznan [le festival sur la culture des Balkans de Poznań ] sur la Reconciliation régionale vient de commencer. La réconciliation est l’un des quatre objectifs du Processus de Berlin et aucun progrès n'a été réalisé à ce jour. La séance a commencé avec de longs applaudissements, au lieu d'une minute de silence, en l’honneur de Borka Pavićević.

Les funérailles de Borca Pavićević ont eu lieu le 3 juillet dernier à Belgrade après la crémation de son corps et après que l’ancien hymne yougoslave ait été chanté.


Comment une journaliste a déclenché le mouvement #MeToo arménien

Sun, 14 Jul 2019 08:00:17 +0000 - (source)

“Les voix de la violence” ont provoqué le débat public.

“Les voix de la violence” : le nouveau mot-clic a provoqué un débat public sur la violence sexuelle en Arménie. Image de Tom Venner.

Attention : cet article contient des témoignages d'agressions sexuelles qui pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs.

Le lundi 1er juillet 2019, une journaliste indépendante arménienne du nom de Lucy Kocharyan a commencé à poster des témoignages personnels et anonymes sur les violences sexuelles sur sa page Facebook. Le lendemain, en fin de journée, plus de 200 histoires avaient été partagées et le mot-clic associé, #բռնության_ձայնը [“les voix de la violence”, NdT], est devenu tendance en Arménie.

La campagne s'est développée après qu'une affaire d'agression sexuelle envers une femme tchèque, Eva, a été publiée par le journal d'enquêtes Hetq.am. Eva, qui vit en Arménie depuis un an, était bénévole à Vanadzor, la troisième plus grande ville du pays, où elle a survécu à une agression et tentative de viol. Après avoir échappé à son agresseur, elle a cherché refuge chez ses voisins, mais s'est fait repousser avec les mots : “c'est impossible qu'une telle chose se produise en Arménie.”

L'histoire d’Eva est significative, pas seulement à cause des problèmes sociaux qu'elle met en avant, en particulier le blâme de la victime et sur l'attitude répandue de la négation du problème, mais car Eva a mené l'affaire en justice et que son agresseur a été condamné à trois ans de prison.

Après la publication sur Facebook de l'histoire d'Eva, Lucy Kocharyan a été contactée par des Arméniennes qui voulaient montrer au public que les étrangères vivant en Arménie ne sont pas les seules victimes de la violence sexuelle, mais que les Arméniennes elles-mêmes le sont aussi. Ces femmes voulaient aussi combattre le stéréotype des Arméniennes qui ne s'expriment pas. Elles ont donc commencé à envoyer à L. Kocharyan leurs propres récits d'agressions sexuelles, que la journaliste a publié anonymement sur sa page Facebook. De façon inattendue, les membres du public (pour la plupart des femmes, mais aussi des hommes) accordant leur confiance au crédit journalistique de L. Kocharyan et en sa capacité à garder l'identité de ses sources secrète, ont commencé à lui envoyer leur témoignage en lui demandant de les partager. La vague de partage a pris de l'ampleur, propulsant ainsi le sujet sur le devant de la scène publique arménienne.

Sa campagne a été soutenue publiquement par au moins deux membres du gouvernement : la ministre du Travail et des affaires sociales Zara Batoyan, et le ministre de la Santé Arsen Torosyan. La journaliste a été interviewée à travers de nombreux canaux d'informations, y compris CivilNet, Radio Free Europe/Radio Liberty Azatutyun, et Petros Ghazarian, qui présente une émission populaire de débat politique.

Cependant, certains membres de la société arménienne remettent en question la véracité des histoires partagées; ils trouvent difficile de croire qu'autant d'incidents aient pu se produire en Arménie, surtout ceux où l'agresseur est un membre de la famille de la victime. Par exemple, Sofya Hovsepyan, députée au parlement pour le parti au pouvoir My Step Coalition, a critiqué la campagne sur sa page Facebook pour avoir créé ce qu'elle considère être une représentation assez négative de l'Arménie. Lucy Kocharyan a répondu au scepticisme dans les interviews, expliquant que “les agressions sexuelles arrivent dans toute société, même dans la nôtre; notre défi propre est ce que nous décidons d'en faire par la suite.” Comme le journaliste Samson Martirosyan l'a affirmé sur sa page Facebook, le grand nombre d'histoires qui émerge est difficile à accepter car les gens ignorent réellement l'existence du problème; néanmoins, ils vont devoir en accepter la réalité à un moment donné.

Les plus de 200 histoires racontent toutes sortes d'agressions sexuelles et de harcèlement. Il y a des histoires d'agression par des membres de la famille, des amis, des amants, et des inconnus. La plupart des anecdotes viennent de femmes, mais certains hommes ont aussi partagé les leurs, dans l'espoir que ces expériences montrent que les hommes peuvent aussi être la cible de violence sexuelle.

Lucy Kocharyan a modéré et vérifié toutes les histoires, et dans quelques cas, a contacté les auteurs pour vérifier certains détails. Elle a expliqué qu'elle avait été surprise par la réaction du public, car elle n'avait fait aucune annonce ou aucun appel à contribution. Elle voit le partage comme de la motivation personnelle, et comme un signe que ceux qui la contactent voulaient seulement être entendus.

La campagne peut être considérée comme un #MeToo arménien. Elle a provoqué une remise en question très publique de ce qui se cache sous la surface de la construction idéalisée de la société arménienne, de la façon dont le pouvoir fonctionne dans la société traditionnelle et patriarcale arménienne, des raisons pour lesquelles les gens n'ont pas parlé plus tôt, de l'obligation que la société a envers les victimes, et de ce qu'est le consentement. De plus, elle a souligné l'importance d'une application effective de la loi pour aider les personnes qui souffrent de ces agressions et poursuivre les coupables.

Les réactions en grande majorité positives du public arménien ont peut-être été l'aspect le plus important de cette campagne. Bien que Lucy Kocharyan ait supprimé les commentaires qui ridiculisaient les victimes et en ait bloqué les auteurs, les commentaires des lecteurs étaient plein de compassion et de soutien, ils reconnaissaient l'horreur que les victimes avaient traversées.

À défaut d'autre chose, cette campagne a créé une communauté nouvelle en Arménie : celle de personnes qui croientt et soutiennent les victimes d'agression, et qui n'ignorent ni atténuent ce genre d'incident. Cela a été démontré après le témoignage déchirant d'une femme qui a été abusée enfant par le compagnon de sa mère.

Après avoir décrit l'agression, la femme a écrit : “Dorénavant, j'ai envie de mourir tous les jours, je veux lui demander, pourquoi tu m'as fait ça, pourquoi tu as ruiné la vie d'une petite fille ? Pourquoi tu m'as fait tant de mal ? J'étais une petite fille à la chevelure bouclée, mignonne, courageuse et forte. Pourquoi m'as-tu transformée en une lâche épuisée et peureuse ?”

Le premier commentaire sous ce témoignage demandait :

“Petite fille à la chevelure bouclée, je veux que tu renaisses.”

Voici quatre témoignages à lire ci-dessous, extraits de la page Facebook de Lucy Kocharyan :

Une jeune femme a écrit :

«15 տարեկան էի, շփվում էի ինձնից 2-3 տարի մեծերի հետ:
ընկերներիցս մեկի ծնունդն էր, 18 ամյակը որոշել էր փաբում նշեր, ես էլ ուրախացա որ ինձ մեծի տեղ են դրել կանչել 
գնացի, ծանոթացա իր ընկերների հետ, բարձր երաժշտություն էր, ալկոհոլ, իսկ ես չէի խմում: մի տղա առանձահատուկ ուշադրություն էր ինձ դարձնում, անընդհատ ուզում էր խմեի, իսկ ինձ դա տհաճ էր, որոշեցի որ տուն գնալուս ժամանակնա: 

հատուկ քննադատողների համար, չէ կարճ յուբկայով չէի, խմած չէի, ծխած չէի, տարիքս էլ բոլորը գիտեին: գնացի զուգարան, ինձ հարդարեմ ու գնամ տուն: իմ հետևից նա մտավ, ես սկսեցի վախենալ, իսկ ինքը մոտենում էր ավելի, ու ժպտում: գրկեց ինձ, ես լացում էի, ձեռքերով խփում, փորձում ազատվել: գոռում էի, բայց երաժշտությունն էր բարձր թե ինչ, տենց էլ ոչ ոք չեկավ:
ու վերջում եղավ բռնաբարությունը, իսկ ես կույս էի: նա արյունը տեսավ, վախեցավ: մազերս քաշեց ասեց «մեկը իմացելա կոկորդդ կկտրեմ, հասկացար?»:
ընտանիքս չիմացավ, ոչ ոք չիմացավ: դե որտև մայրս կասեր ես եմ մեղավոր, ինչի եմ գնացել ընդեղ: իսկ ես էդ դեպքից հետո 3 ամիս տանից դուրս չեկա:
փորձեցի ինքնասպան լինեմ, դեղեր խմեցի: արթնացա հիվանդանոցում, իսկ տնեցիք կարծեցին որ ուղղակի հիմար դեռահաս եմ որը որոշելա մեռնել:
անցավ գնաց: բոլորի հետ կապը կտրեցի, տղամարդկանց շրջանցում էի, չէի խոսում հետները: 2 տարի անց սկսեցի աշխատել որ հոգեբանի գնալու փող ունենամ, էլ ապրել չէի ուզում:
փորձում էի գեղեցիկ չհագնվեմ,չշպարվեմ, որ չնկատվեմ:
4 տարի անց, քիչ քիչ հաղթահարեցի վախս տղաների հետ շփվելու: բայց մեկա, շատ շատ լարված եմ, երբ շուրջս քիչ վստահելի տղամարդիկ կան:
շնորհակալ եմ որ հնարավորություն ունեցա թեկուզ 5 տարի անց կիսվելու: էն ինչ դու անում ես էս ամենը բարձրաձայնելով աննկարագրելիա»։

“J'avais 15 ans et j'étais amie avec des gens qui avaient deux ou trois ans de plus que moi. C'était les 18 ans d'une amie, ils fêtaient ça dans un pub. J'étais contente qu'ils me traitent comme si j'avais leur âge et qu'ils m'invitent. J'y suis allée et j'ai rencontré leurs autres amis. La musique était très forte, il y avait de l'alcool, mais je n'ai pas bu. Un garçon semblait être intéressé par moi, il n'arrêtait pas d'insister pour que je boive, mais je n'aimais pas ça, donc j'ai décidé qu'il était l'heure de rentrer chez moi. Pour les gens qui se permettent de juger : non, je ne portais pas une jupe courte, je n'étais pas ivre, je ne fumais pas, et toutes les personnes présentes savaient mon âge. J'ai été aux toilettes pour me rafraîchir puis je suis rentrée.

Le garçon est entré aux toilettes après moi. J'avais peur, et il n'arrêtait pas de se rapprocher de moi et de sourire. Il m'a enlacée, j'étais déjà en train de pleurer et de lui mettre des coups de poings pour me libérer. Je criais, mais je suppose que la musique était trop forte donc personne n'est venu. Il m'a violée. J'étais vierge. Quand il a vu le sang, il a pris peur. Il m'a tiré par les cheveux et a dit “si quelqu'un le découvre, je t'égorge. Compris ?”. Ma famille n'a jamais su, personne n'a jamais su. Parce que ma mère aurait dit que c'était de ma faute : “Pourquoi y es-tu allée ?”

Je n'ai pas quitté la maison pendant trois mois. J'ai essayé de me suicider. J'ai fait une overdose après avoir pris trop de cachets et je me suis réveillée à l'hôpital. Ma famille pensait juste que j'étais une ado stupide et suicidaire. J'ai coupé les ponts avec tout le monde, j'évitais les hommes et je ne leur parlais pas. Deux ans plus tard, j'ai trouvé un travail pour me permettre financièrement de voir un psychologue car je n'avais pas envie de vivre. J'ai essayé de ne pas prendre soin de moi, de ne pas être joyeuse, de passer inaperçue. Cela fait maintenant quatre ans et je surpasse ma peur d’interagir avec des hommes petit à petit. Mais je suis toujours très nerveuse quand il y a des hommes dans lesquels je n'ai pas confiance près de moi. Merci pour l'opportunité de partager mon histoire. Ce que vous faites est incroyable.”

— Lucy Kocharyan, Facebook, July 3, 2019

Une autre femme décrit l'agression dont elle a souffert étant enfant : 

«Ես 8տարեկան էի, մենք վարձակալներ ունեինք մեր բակում,կին ու ամուսին,միշտ իրանց հետ խոսում էի, իրանք էլ իբր ինձ շատ էին սիրում , որովհետև խելոք երեխա էի, դաստիարակված))))

Մի անգամ իրանց տան մոտով անցնում էի ամուսինը ասեց արի քեզ բան եմ ցույց տալիս, գնացի(որովհետև ինձ սովորեցրել էին, որ մեծերին չի կարելի հակաճառել) հարցրեցի բա կինն ուր ա, ասեց հեսա կգա։” Տես մեր առաստաղին ինչքան ճանճեր կան, վերցրու ես շլյոպկան ու ինձ օգնի սատկացնենք” վերցրեցի, ինձ գրկեց, իբր որ բոյս հասնի….գրկել էր տուտուզից, ու սկսեցի զգալ իրա մատերը ոտքերիս արանքում, ու զգում էի որ մի բան են չի ,զզվելի ժպիտով ինձ էր նայում ու ծանր շնչում, ասեցի ուզում եմ իջնեմ,գնամ դասերս չեմ արել, իջեցրեց նստեցրեց իրա գիրկը ու սկսեց վիզս համբուրել,զզվելի ծանր շնչելով ու ասում էր գիտես քեզ ինչքան եմ սիրում, քեզ ինչքան եմ սիրում…,
ես իջա , ու փախա….գնացի տուն, երևի դեմքիս լրիվ գրված էր, մամաս ասեց ուր էիր, ասեցի…”բայց կինը տանը չի…Ինչ գործ ունեիր ամուսնու հետ մենակ…” , “ինձ գրկել էր ու ճանճերին էինք սատկացնում..” , ես ինձ ետ ամենին մասնակից էի զգում, ոնց որ թե ես էի մեղավոր ու ետ տխմար հետ գաղտնի զզվել պակտի մեջ էի….են ինչ ասեց մամաս ինձ վերջնականապես համոզեց նրա մեջ , որ ես էի մեղավոր եղածի մեջ, ասեց “ԼԿՏԻ” ու են հայացքը որով նայեց մամաս, երբեք չեմ մոռանա…երբեք…»։

“J'avais 8 ans, nous avions des locataires dans notre cour, un mari et sa femme… Je leur parlais tout le temps, et ils avaient l'air de beaucoup m'aimer, car j'étais une enfant bien élevée :)

Un jour, je me promenais près de chez eux quand le mari me dit “Viens ici, je veux te montrer quelque chose,” donc j'y suis allée (car j'ai appris à obéir aux adultes). J'ai demandé “où est ta femme ?” Il a dit “Elle arrive à la maison. Tu vois combien de mouches il y a sur le plafond ? Attrape la tapette à mouches et aide moi à les tuer.” J'ai pris la tapette et il m'a soulevée. Il me tenait par les fesses, et j'ai commencé à sentir ses doigts entre mes jambes, et je sentais qu'il y avait quelque chose d'étrange. Il me regardait avec un sourire dégoûtant, sa respiration était forte. J'ai dit que je voulais descendre pour rentrer chez moi et faire mes devoirs. Il m'a déposée, m'a assise sur ses genoux et il a commencé à m'embrasser dans le cou, avec sa respiration forte et dégoûtante, en me disant “tu sais à quel point je t'aime bien…”

Je suis descendue et j'ai couru pour rentrer chez moi. Peut-être que tout pouvait se lire sur mon visage car ma mère m'a demandée où j'étais, et je lui ai dit. Elle a répondu, “Mais sa femme n'est pas à la maison. Qu'est-ce-que tu as été fabriquer toute seule avec cet homme ?” J'ai dit “Il m'a porté et on a tué des mouches.” Je me suis sentie complice dans cet incident, comme si c'était de ma faute et que je faisait parti du secret, un pacte répugnant avec ce crétin. Ce que ma mère a dit m'en a convaincue; que ce qui s'était passé était de ma faute.

Elle a dit “OBSÉDÉE”, et je ne te regarderai plus jamais dans les yeux. Jamais.”

— Lucy Kocharyan, Facebook, July 3, 2019

Cet homme se souvient d'un incident qui lui est arrivé quand il était adolescent :

«Մի անգամ կանգառում սպասում էի, մեքենա մոտեցավ ու մի տղամարդ, հարցրեց ուր եմ գնում, ասեց նստեմ կտանի: Սկզբից մերժեցի, բայց համոզեց հետո, ասեց հարևան մարդ ա, ճանաչում ա ընտանիքիս ու նույն ուղղությամբ ա գնում, խնդիր չկա:
Հիմար երեխա էի, նստեցի: Սկսեց տարբեր բաներ պատմել ու խոսել, հետո գնաց սեռական թեմաներին: Պատուհանին կպած նստել էի, երազում էի արագ հասնենք գնամ: Մեկ էլ ձեռքս տարավ առնանդամին, ասեց «գիտեմ ուզում ես հետը խաղաս»: Մինչ ես քարացած ուշքի էի գալիս, ինքը պատմում էր որ կին ունի ու պետք ա մի օր կազմակերպել, որ երեքով հանդիպենք «լավ ժամանակ անցկացենք»:
Տեղ հասանք, գնացի ու փորձեցի կյաքում չհիշել դա: Էդ մարդուն էլ երբեք չհանդիպեցի մեր բակերում, բայց միշտ սովորություն էր աջ ու ձախ նայել: Մեկ էլ տեսար: Դեռ անչափահաս էի, տարիներ են անցել, ոչ ոքի չեմ պատմել:
Չեմ պատմել մի հրեշավոր պատճառով, անիծյալ պատճառով… Երբ մի հասարակությունում արական սեռի կենդանին մանկուց դաստիարակվում ա ոնց բռնարար ու բռնաբար դառնա, բայց զոհ ա դառնում, պատմի ավելի կթիրախավորվի: Նշանակում ա ինքը այլևս գայլերի ոհմակից չի, իրեն էլ կարելի ա «որսալ»:

“J'étais en train d'attendre à l'arrêt de bus quand une voiture s'est approchée et le conducteur m'a demandé où j'allais; il m'a dit de monter, qu'il allait m'y emmener. Au début j'ai refusé, puis il a fini par me convaincre. Il m'a dit que c'était mon voisin, qu'il connaissait ma famille et qu'il allait dans la direction donc qu'il n'y avait aucun problème. J'étais jeune et bête, donc je suis monté. Il a commencé à parler de tout et de rien puis il a commencé à parler de sexe. J'étais penché sur la fenêtre en priant pour arriver aussi vite que possible pour pouvoir sortir. Ensuite il a pris ma main et l'a mise sur son pénis en disant “je sais que tu veux jouer avec.” Alors que j'étais pétrifié et que j'essayais de reprendre mes esprits, il me disait qu'il avait une femme et qu'un jour, on devrait se voir tous les trois pour “passer du bon temps.” Nous sommes arrivés à destination, je suis parti et j'ai essayé d'oublier ce qui s'était passé. Je n'ai jamais vu cet homme près de notre bâtiment, j'avais l'habitude de regarder à gauche et à droite. Je ne savais pas si je le reverrais. J'étais encore un enfant, ça s'est passé il y a des années mais je ne l'ai dit à personne. Je ne l'ai dit à personne, pour une raison grotesque et écoeurante. Quand un homme grandit dans une société qui lui a appris dès son plus jeune âge à être violent, à être un violeur, mais qu'il devient lui même la victime, s'il en parle, il sera encore plus une cible. Cela veut dire qu'il n'est plus membre de la meute. Cela veut dire qu'il peut aussi être “chassé”.

— Lucy Kocharyan, Facebook, July 2, 2019

Un homme raconte l'histoire d'un ami qui a été agressé dans l'armée :

«Դե լավ։ Որ հերթը հասավ տղաներին, ես էլ պատմեմ։
Ընկերոջս բանակ էին ճանապարհում, շատ պաթոսի հետևից չընկնեմ՝ օտպուսկ եկավ, շատ դեպրեսված էր, ես իրան ընդհանրապես էդ ձև չէի ճանաչում, ոնց որ մի տարի կուբախտում անցկարած լիներ։ Ինչ անում էի, մի բառ հետս չէր խոսում թե ինչի համար ա էդ վիճակում։ 2 տարի անցավ, ետ եկավ։ Գալու օրը լաաավ հարբել էր, ուզում էր իրան վնաս տար, ինքնասպան լիներ։ Մի ձև բրիտվեն ձեռքից վեկալեցի։ Հանգստացավ սկսեց խոսալ, ընկերոջս բանակում 3 հոգով բռնաբարել էին, որտեղից որ հնարավոր է։ ստիպել էին, որ կոշիկները լիզեր, անդամները 2 հոգով միանգամից մցրել էին հետանցքը ու բերանը։ Ահավոր ա հիմա որ հիշում եմ ինչ վիճակ էր իրա մոտ։ 5 տարի ա անցել, հիմա ուրիշ երկրոմ է։ Հետը շատ չեմ շփվում, բայց երևում է որ անդառնալի հետքեր չեն թողել, կամ էլ թողել են ես չեմ նկատում
Ինքը գյուղից էր, ոստիկանության մասին խոսք էլ չէր կարող լիներ։ Ավելի ուշ էլ իմացա, որ եռյակից 2ը դատվել են նույն բռնաբարության հոդվածով։ Էս անգամ զոհը չէր լռել։
Իմ սուբյեկտիվ կարծիքով, սենց դեպքեր ահռելի շատ են։
Անանուն, խնդրում եմ։ Չեմ ուզում ընկերս տեսնի, հասկանա որ իր մասին է խոսքը»։

“Maintenant que c'est le tour des hommes, je veux aussi raconter une histoire. Mon ami s'est engagé dans l'armée, et un peu plus tard, quand il est revenu en permission, il était vraiment déprimé. Je ne le connaissais pas si bien, mais c'était comme s'il venait de sortir de prison. Il ne m'a pas dit un mot au sujet de sa déprime, peu importe ce que je pouvais faire. Après deux ans, il est revenu. Le jour de son retour, il a vraiment beaucoup bu et il a essayé de se suicider. D'une façon ou d'une autre, j'ai réussi à lui enlever le rasoir des mains. Il s'est calmé et a commencé à parler. Trois hommes l'ont violé, de toutes les façons que vous pouvez imaginer. Ils lui ont fait lécher leurs chaussures. Deux d'entre eux le violaient en même temps, de derrière et par la bouche. C'est horrible de se souvenir de l'état dans lequel il était. Cinq ans après, il est maintenant dans un autre pays. Je ne lui parle pas très souvent, mais il semble que rien d'irréversible ne lui a été fait, ou peut-être que je ne sais pas vraiment. Il venait d'un village. Aller voir la police n'était pas une option. J'ai découvert plus tard qu'un des trois hommes avait été condamné pour viol dans une autre affaire. Seulement cette fois, le survivant n'est pas resté silencieux. De mon point de vue, ces incidents sont très nombreux. Laissez ça anonyme, s'il vous plaît. Je ne veux pas que mon ami voit ça et se rende compte que ça parle de lui.”

— Lucy Kocharyan, Facebook, 2 juillet 2019


@NativeLangsTech : Mei Jeanne Wagner et la transmission de la langue hawaïenne, du 11 au 17 juillet 2019

Sat, 13 Jul 2019 17:00:26 +0000 - (source)

Photographie fournie par Mei Jeanne Wagner.

En 2019, dans le cadre d'une campagne de célébration de la diversité linguistique sur les réseaux sociaux, nous avons décidé d'inviter des militants linguistiques amérindiens et des Premières Nations à piloter le compte Twitter @NativeLangsTech et à partager leur expérience sur la revitalisation et la promotion de leurs langues. Mei Jeanne Wagner (@aloha_aina) nous explique ce qu'elle a l'intention de discuter pendant sa semaine.

Rising Voices (RV) : Pouvez-vous nous parler de vous ?

‘O Kealohapoina‘ole ke kāne no Nu‘uanu
‘O Caroline ka wahine no Hilo
Noho pū lāua ua hānau ‘ia ‘o Edward, he kāne

When Hawaiians are asked about themselves, they often start their answer with their mo‘okū‘auhau (genealogy). The thought being that to understand someone, it’s helpful to know where they come from. Above is a snippet of my mo‘okū‘auhau. In it you meet my grandparents Kealohapoina‘ole and Caroline. Their very names are illustrative of one of the struggles kānaka maoli (Native Hawaiians) faced in the early 20th century. At a time when teaching the Hawaiian language was outlawed and speaking it was actively punished, their parents had to decide whether to surrender their language or stand firm and meet retaliation.

Both my grandparents could ‘ōlelo (speak Hawaiian), but were beaten in school for speaking it. Like many, they carried this trauma into adulthood. Therefore, their son – my father – grew up hearing Hawaiian as a secret, whispered language. It wasn’t until the Hawaiian Renaissance in the late 1970s that they were able to take pride in their language. During this era, many became activists for ‘Ōlelo Hawai‘i and began immersively teaching it to their keiki (children). Thankfully, I am a beneficiary of this time. With their experience and tenacity as a backdrop, I have come to cherish the treasure our kūpuna (elders) saved for us – Ka ‘Ōlelo Hawai‘i.

‘O Kealohapoina‘ole ke kāne no Nu‘uanu
‘O Caroline ka wahine no Hilo
Noho pū lāua ua hānau ‘ia ‘o Edward, he kāne

Quand on demande aux Hawaïens de parler d'eux, ils commencent souvent par vous parler de leur mo‘okū‘auhau (généalogie), l'idée étant que pour comprendre quelqu'un, il est utile de savoir d’où il ou elle vient. J'ai mis ci-dessus un petit bout de mon mo‘okū‘auhau. Vous y rencontrez mes grands-parents Kealohapoina‘ole et Caroline. Leurs noms eux-mêmes illustrent l'une des difficultés auxquelles les kānaka maoli (les Hawaïens natifs) ont fait face au début du XXe siècle. À l'époque où l'enseignement de la langue hawaïenne était interdit et où la parler était activement puni, les parents devaient décider s'ils allaient abandonner leur langue ou tenir bon et en subir les conséquences.

Mes deux grands-parents pouvaient ‘ōlelo (parler hawaïen), mais ils ont été battus à l'école à cause de ça. Comme beaucoup, ils en ont été traumatisés jusqu'à l'âge adulte. C'est la raison pour laquelle mon père a grandi en entendant le hawaïen chuchoté, parlé comme une langue secrète. Ce n'est que pendant la Renaissance hawaïenne, à la fin des années 70, qu'ils ont pu à nouveau s'enorgueillir de leur langue. Beaucoup d'entre eux sont devenus des militants pour ‘Ōlelo Hawai‘i pendant cette période et se sont mis à l'enseigner de façon immersive à leurs keiki (enfants). Heureusement, je suis une bénéficiaire de cette époque. Avec leur expérience et leur tenacité en toile de fonds, j'en suis venue à chérir le trésor que nos kūpuna (aieuls) ont sauvegardé pour nous, Ka ‘Ōlelo Hawai‘i.

RV : Quel est l'état actuel de votre langue sur et en dehors d'Internet ?

‘Ōlelo Hawai‘i is still a language at risk. After three decades of Hawaiian immersion education, we have only begun preparing the ground on which to build our language foundation. The pillars of our language revitalization efforts ‘Aha Pūnana Leo and Kula Kaiapuni are experiencing growing pains that necessitate us taking a hard look at what we’re teaching, how weʻre teaching it and the quality of that instruction.

As our kūpuna, we are also working to ensure that language learners embrace the invaluable knowledge of the mānaleo (native speakers) – not only the words and grammar of ‘Ōlelo Hawai‘i, but also the culture and thought pattern that are imbued in it.

Luckily, we have a new generation of language learners who are lifting their kūpuna on their shoulders as well as drawing upon their own digital skills to create innovative teaching tools. While in some ways, we are still in our digital infancy, new sites and tools are emerging to meet students where they are and providing support for a variety of learning styles.

‘Ōlelo Hawai‘i est encore une langue en situation critique. Après trois décennies d'éducation immersive en hawaïen, nous avons seulement préparé le terrain sur lequel nous construisons les fondations de notre langue. Les piliers de nos efforts de revitalisation linguistique, ‘Aha Pūnana Leo et Kula Kaiapuni, traversent une crise de croissance qui nécessitent que nous examinions de près ce que nous enseignons, comment nous l'enseignons et la qualité de cette éducation.

Comme nos kūpuna, nous travaillons à nous assurer que les apprenants adoptent le savoir inestimable des mānaleo (locuteurs natifs) : pas seulement les mots et la grammaire de ‘Ōlelo Hawai‘i, mais aussi la culture et la façon de penser qui imprègnent la langue.

Heureusement, nous avons une nouvelle génération d'apprenants qui portent leur kūpuna sur leurs épaules et qui utilisent aussi au mieux leurs compétences technologiques pour créer des outils d'enseignement innovants. Si d'une certaine façon, nous nous trouvons encore dans notre enfance numérique, de nouveaux sites et de nouveaux outils voient le jour pour aller là où se trouvent les étudiants et pour soutenir différents styles d'apprentissage.

RV : Sur quels sujets allez-vous communiquer sur le compte @NativeLangsTech ?

Because my language skills are still rudimentary, I would like to use this week to highlight the wisdom of our kūpuna and the kumu (teachers) who are actively working to ensure that the Hawaiian language thrives.

Comme mes compétences linguistiques sont encore rudimentaires, je voudrais mettre cette semaine à profit pour souligner la sagesse de nos kūpuna et kumu (enseignants), qui oeuvrent activement pour que la langue hawaïenne prospère.

RV : Qu'est-ce qui motive votre militantisme linguistique pour le ‘Ōlelo Hawai‘i ? Qu'espérez-vous pour votre langue ?

Initially my motivation for helping the digital ‘Ōlelo Hawai‘i community grow was selfish. The more speakers and tools available, the more I can learn. However, as the digital community matures, Iʻm also seeing the vibrancy of the greater community grow. It is my hope that ‘Ōlelo Hawai‘i once again becomes a thriving daily-use language for the majority of kānaka maoli and that it is used as a vessel for our cultural past as well as our future as a native people.

Au début, ma motivation à faire croître la communauté numérique de ‘Ōlelo Hawai‘i était égoïste. Plus il y avait de locuteurs et d'outils, plus je pouvais apprendre. Cependant, maintenant que la communauté devient mature, je vois aussi la vitalité de sa croissance au sens large. Mon espoir est que ‘Ōlelo Hawai‘i redevienne un jour une langue prospère, utilisée dans la vie quotidienne par la majorité des kānaka maoli et en tant que vaisseau chargé de notre passé culturel tout autant que de notre futur de population autochtone.


‘No Visa Mix’ : Visa d'entrée aux USA refusé à deux stars tanzaniennes de la musique singeli 

Sat, 13 Jul 2019 09:42:32 +0000 - (source)

“La culture est écrasée quand les politiciens basculent à droite”

MCZO (à gauche) et DJ Duke (à droite) sont des artistes singel émergents originaires de Dar es Salaam, en Tanzanie. Ils se sont vu refuser un visa pour se produire au Red Bull Music Festival à New York, aux États-Unis. Photo de Kasia Zacharko, utilisée avec la permission de On the Sly Productions.

DJ Duke et MCZO, deux stars montantes tanzaniennes du genre musical singeli, ont vu leur demande de visa pour les États-Unis rejetée en mai, après une longue procédure de plusieurs mois.

Les deux musiciens devaient se produire au Red Bull Music Festival à New York, aux États-Unis, en mai 2019. L'ambassade des États-Unis de Dar es Salaam leur a refusé les visas après une procédure de demande dont ils affirment qu'elle leur a coûté plus d'argent que “nos familles réunies pouvaient gagner en un an”.

Duke et MCZO de Nyege Nyege Tapes ont vu leur demande de visa d'entrée aux États-Unis rejetée

Selon Tamizdat, une organisation travaillant sur les questions de visas et de mobilité des artistes, les États-Unis délivrent deux types de visas pour les artistes interprètes : les visas de catégorie “O” pour ceux qui peuvent démontrer une “capacité extraordinaire” et les visas de catégorie “P” pour les membres de “groupes de divertissement reconnus” ou “programmes uniques sur le plan culturel”.

L'ambassade des États-Unis a refusé les visas de MCZO et DJ Duke au motif que :

The applicants in this case were refused 214(b) because they have not overcome the presumption that they are intending immigrants…

Les requérants dans ce cas se sont vus refuser 214(b) parce qu'ils n'avaient pas surmonté la présomption selon laquelle ils étaient des immigrés…

DJ Duke et MCZO ont signé un contrat avec le label ougandais Nyege Nyege Tapes, dont le site internet les décrit comme des artistes “punk et rapides (même selon les standards du singeli)” qui “font passer les choses à un niveau supérieur si cela était possible avec la musique singeli.”

Mfaume Mwafyaga, alias MCZO, et Nassoro Rajabu Ally, alias DJ Duke, tous deux âgés d'une vingtaine d'années, sont originaires du quartier de Mburahati de Dar es Salaam, la capitale culturelle de la Tanzanie, où DJ Duke dirige Pamoja Records. Les deux font partie d'un groupe singeli underground qui transforme des sons ancienss en une nouvelle musique à une vitesse record.

Les deux stars avaient espéré pouvoir se produire à New York jusqu'à la dernière minute. Lorsqu'il était clair qu'ils n'auraient pas de visas pour y aller, ils ont publié une déclaration et une chanson qu'ils ont intitulée le “Morceau sans visa” (No Visa Mix).

…In the end, NOTHING could prove that we did not intend to run away illegally once checked in at our Holiday Inn. As two … Tanzanian boys with no secondary school education, not a single property in our name, not a shilling in our pocket, and no family in America, the consular authorithies seemed to sincerely think that there was a ‘better life’ available for us there that we would not resist to chase. 

But the current situation in America does not indicate any sign that we would find more freedom, happiness and success there, or does it?

… À la fin, RIEN ne pouvait prouver que nous n'avions pas l'intention de nous enfuir illégalement une fois enregistrés au Holiday Inn. En tant que… garçons tanzaniens sans éducation secondaire, pas une seule propriété en notre nom, pas un sou dans nos poches et aucune famille en Amérique, les autorités consulaires semblaient penser sincèrement qu'il y avait une “vie meilleure” possible pour nous là-bas et que nous n'aurions pas résisté à la choisir.

Mais la situation actuelle en Amérique ne donne aucun signe que nous y trouverions plus de liberté, de bonheur et de succès, ou bien on se trompe ?

Les deux stars montantes disent qu'elles peuvent “remplir les stades de Dar es Salaam” avec un nombre grandissant de fans avides de rythmes frénétiques du singeli, récemment apparus sur le nouvel album de Duke “Uingizaji Hewa“.

“Singeli est le son enthousiaste souterrain qui bouillonne dans la ville la plus peuplée de Tanzanie.” The Boiler Room

Comment les banlieues ouvrières de Tanzanie apportent leur son à un public mondial.

Ils ont joué dans le monde entier remportant des critiques élogieuses et ont été présentés dans le quotidien The Guardian et Pitchfork, qui a écrit :

Often overlaid with raspy, sped-up rapping, [DJ] Duke’s drums move so fast that they compress entire bars into the space of a single beat. … And when he really goes all out, it sounds like punk, basically, just arrived at by different means, but still fundamentally fast, cheap, and thrillingly out of control.

Souvent avec des frappes rapides et rauques, les percussions de [DJ] Duke bougent si vite qu'elles compressent des mesures entières en l'espace d'un temps. … Et quand il pousse à fond, cela ressemble à du punk, auquel il est en quelque sorte arrivé par des moyens différents, mais reste fondamentalement rapide, bon marché avec une excitation incontrôlable.

Mais l'ambassade américaine “pense toujours que nous allions nous enfuir et nous cacher illégalement en Amérique, bien que nous soyons deux garçons tanzaniens non éduqués et ne parlant pas anglais”, ont-ils écrit dans leur déclaration, publiée sur Facebook et Soundcloud.

Le 3 juillet, The Guardian a classé “No Visa Mix” parmi ses cinq meilleurs morceaux de musique du mois:

Le quotidien britannique The Guardian propose cinq morceaux, dont le très intéressant NO VISA du duo DJ DUKE & MCZO de Dar es Salaam, ambassadeurs du son SINGELI est-africain.

Le nombre de refus de visas en hausse

Les artistes et intellectuels africains souffrent depuis longtemps de discriminations sous la forme de refus de visa, dans un contexte de montée de la xénophobie et des politiques anti-immigration en Europe et en Amérique du Nord.

L'organisation Tamizdat, basée aux États-Unis, collecte et analyse des données concernant les problèmes de visas rencontrés par les artistes internationaux. Dans son livre blanc de 2018, elle décrit plusieurs problèmes liés au traitement des demandes de visas de la part des artistes, notamment des retards considérables dans la la prise de décision, des termes vagues, des informations inexactes, des réglementations confuses, des définitions étroites du sens artistique, le rejet des petites erreurs d'écriture et l'annonce soudaine de nouvelles politiques ou de nouvelles interprétations de politiques existantes.

Une situation similaire prévaut au Royaume-Uni. “Obtenir des visas pour des artistes non européens venant en Grande-Bretagne a longtemps été un cauchemar, même pour des stars de renommée mondiale”, écrit Ian Birrell dans The Guardian.

En 2018, les autorités britanniques en matière d'immigration ont imposé aux artistes africains un processus de demande de visa extrêmement difficile pour assister au légendaire festival d'arts et de musique WOMAD, pour lequel beaucoup ont fini par décliner l'invitation.

“La culture est en train de s'effondrer alors que les politiciens basculent à droite”, a déclaré Chris Smith, directeur de WOMAD, à Radio Times. “Je crains que la situation ne fasse qu'empirer”.

En 2019, le ministère de l'Intérieur du Royaume-Uni a refusé des visas à des chercheurs universitaires de la Sierra Leone qui avaient été invités par une organisation britannique à suivre une formation sur la prévention du virus Ebola. On dénonce une position de plus en plus hostile à l'égard de l'immigration de la part du ministère, dont l'un des organisateurs de la réunion a décrit les négations de visas comme “insultantes” et “arbitraires”.

En 2017, le Sommet africain sur l'économie et le développement dans le monde s'est tenu en Californie, mais aucun Africain ne pouvait y participer car ils ne pouvaient obtenir de visa. Dans le passé, près de 40 % des demandes de visa de la part des invités ont été refusés, mais en 2017, les États-Unis ont empêché 100 % des demandeurs de visas africains d'assister à un événement consacré à l'Afrique.

Une réunion annuelle sur le commerce en Afrique a eu lieu sans Africains. Les demandes de visa de la part des 100 délégués africains ont été refusées par les États-Unis.

Le 4 juillet, l’artiste ougandaise Charity Atukunda a relaté son expérience personnelle avec le refus de visa et la mobilité restreinte dans cette puissante série l illustrée. Elle écrit :

My first experience of visa processing centers and the money-making machines they are was when I applied for a visa to South Africa in 2016. The system is designed in such a way that your whole life, your entire narrative on paper, has to make perfect sense to a stranger.

Ma première expérience des centres de traitement des visas et de leurs machines à sous a été de faire une demande de visa pour l'Afrique du Sud en 2016. Le système est conçu de telle sorte que vous devez étaler devant un parfait étranger toute votre vie, tous vos récits sur papier.

“Nous avons enregistré un morceau pour vous”

DJ Duke et MCZO ont exprimé leur déception pour le refus du visa dans leur déclaration, remerciant les personnes qui ont tenté de réduire les formalités administratives en leur nom, notamment les représentants de Red Bull, On the Sly Productions, le cabinet Covey Law et les représentants de Nyege Nyege. Ils ont même remercié la candidate à la présidence et sénatrice new-yorkaise Kirsten Gillibrand.

Dans un geste de bonne volonté, ils ont sorti leur mixtape singeli avec un message spécial :

We recorded a mix for you, make sure you listen with full, full volume and in clothes you can comfortably dance in…

Nous avons enregistré une chanson pour vous, assurez-vous d'écouter à plein volume et dans des vêtements avec lesquels vous pourrez danser confortablement…

Ils ont également écrit qu'ils seraient heureux de partager leur culture et d'inviter des fans en Tanzanie, où “nous vous accorderons un visa à votre arrivée, peu importe qui vous êtes, et espérons que vous ne serez pas déçus”.

Les deux musiciens ont invité leurs fans à assister à leurs performances, visiter leurs studios et participer au festival Nyege en septembre en Ouganda. 

“Soyez les bienvenus! Nous vous aimons et nous vous respectons !”

Mais la déclaration est accompagnée d'une demande sobre :

“For those of you who still think of artists escaping to America, think about it again. It doesn’t make sense and you’ll lose the chance to see amazing performances.”

“Pour ceux d'entre vous qui pensent encore aux artistes qui fuient en Amérique, pensez-y à nouveau. Cela n'a aucun sens et vous perdrez la chance de voir des performances incroyables.”


@DigiAfricanLang : Bonface Witaba, pour une gouvernance d'Internet multilingue et inclusive, du 10 au 16 juillet 2019

Fri, 12 Jul 2019 06:42:05 +0000 - (source)

Photographie fournie par Bonface Witaba.

En 2019, dans le cadre d'une campagne de célébration de la diversité linguistique sur les réseaux sociaux, nous avons décidé d'inviter des militants linguistiques africains à piloter le compte Twitter @DigiAfricanLang et à partager leur expérience sur la revitalisation et la promotion des langues africaines. Bonface Witaba (@bswitaba) nous explique ce qu'il a l'intention de discuter pendant sa semaine.

Rising Voices (RV) : Pouvez-vous nous parler de vous ?

I am a writer, local content developer and advocate, trainer, researcher, and consultant in Internet Governance and policy matters.

I am the pioneer of ICANNWiki Swahili, an encyclopedic website whose mission is to develop, translate, and localize 10,000 Internet Governance articles and glossary into Swahili for the 150 million Swahili speakers by 2020.

Additionally, I run a Youth Internet governance capacity building initiative aimed at mentoring students, academics, as well as individuals working in the private sector and; or government, through professional courses on the topic of Internet Governance, in efforts to help them understand its ecosystem.

Je suis écrivain, développeur de contenu et militant local, formateur, chercheur et consultant en gouvernance et politiques de l'Internet.

Je suis le pionnier de ICANNWiki Swahili, un site internet encyclopédique dont la mission est de développer, traduire et localiser 10.000 articles de gouvernance d'Internet et un glossaire en swahili pour les 150 millions de locuteurs, d'ici à 2020.

En plus de cela, je dirige une initiative de renforcement des capacités à la gouvernance d'Internet par les jeunes, qui encadre et conseille des étudiants, des chercheurs comme des individus qui travaillent dans le secteur privé, ou le gouvernement à travers des formations professionnelles sur le sujet de la gouvernance d'Internet, pour les aider à en comprendre l'écosystème.

RV : Quel est l'état actuel du swahili sur et en dehors d'Internet ?

According to Google statistics, Swahili content online is merely 0.08% as compared to English and other languages. With the world looking at connecting the next 1 billion internet users, it is believed that 17 million of them will come online using primarily their local language to access the Internet. The lack of sufficient local language content is thus likely to have adverse effects with regards to digital inclusion of these millions.

D’après les statistiques de Google, seuls 0.8% du contenu en ligne est en swahili, comparé à l'anglais et aux autres langues. À une époque où le monde contemple la connexion du prochain milliard d'utilisateurs, il est prévu qu'environ 17 millions d'entre eux accéderont à Internet tout d'abord dans leur langue locale. Le manque de contenu dans ces langues va donc très probablement avoir un impact négatif sur l'inclusion de ces millions [de personnes].

RV : Sur quels sujets allez-vous communiquer sur le compte @DigiAfricanLang ?

I’ll focus on Internet Governance/Policy, and Sustainable Development.

Je vais me concentrer sur les politiques / la gouvernance, ainsi que sur le développement durable.

RV : Qu'est-ce qui motive votre militantisme linguistique pour le swahili ? Qu'espérez-vous pour votre langue ?

My hope is that with time, we will have sizeable Swahili content online and put the language at par with other global languages, and perhaps eventually have the United Nations adopt Swahili as a UN official language.

Over the years, I have ardently taken part in translating Facebook into Swahili. It is now possible to access Facebook entirely in Swahili.

The fact that language is considered as a key to bringing people online, I am inspired more than ever to advocate for localization of online content, in efforts to remove the aspect of imbalance of local languages and content on the Internet.

J’espère qu'avec du temps, nous aurons un contenu en ligne en swahili appréciable et que nous mettrons notre langue sur un pied d'égalité avec les autres langues du monde, et que peut-être, un jour, les Nations Unies adopteront le swahili comme une langue officielle.

Au fil des ans, j'ai participé avec enthousiasme à la traduction de Facebook en swahili. On peut maintenant accéder à Facebook entièrement en swahili.

Le fait que la langue soit considérée comme un facteur-clé pour amener les gens sur Internet m'inspire plus que jamais à militer pour la localisation du contenu en ligne et à participer aux efforts pour dissiper ce déséquilibre entre les langues locales et le contenu sur Internet.


Regard sur la présence des femmes amérindiennes dans le cinéma mexicain

Thu, 11 Jul 2019 18:36:56 +0000 - (source)

Yalitza Aparicio (“Roma”, 2018) n'est pas la seule à briller

At’ Anii’ (Ton amant). Une oeuvre cinématographique entièrement jouée en langue indigène teneek. Photo partagée sur le compte Instagram du film.

La femme mexicaine – ou plus précisément, la femme mexicaine d'origine amérindienne – s'empare peu à peu du rôle majeur qui lui correspond dans le cinéma de son pays et qui transcende les frontières. Nous prendrons trois exemples caractéristiques.

Mais tout d'abord, que pouvons-nous dire des mexicains et de leur rayonnement sur le cinéma international de ces dernières années ? Beaucoup de choses ! D'autant que — sur un plan strictement commercial— les oeuvres des mexicains leur ont valu une renommée croissante au cours de la dernière décennie. On peut évoquer les scénaristes et réalisateurs Alfonso Cuarón [fr] [es] (Gravity, 2013; Roma, 2018), Alejandro González Iñárritu [fr] [es] (Birdman, 2014; The Revenant, 2015) et Guillermo del Toro [fr] [es] (La forme de l'eau, 2017), dont les oeuvres ont été récompensées à Hollywood, en Europe et partout où elles ont été présentées. Le directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki [fr], nominé et récompensé pour presque toutes les oeuvres auxquelles il a participé depuis 2005, mérite une mention spéciale. 

Un tournant important pour le cinéma mexicain

Dans ce contexte tout en réussite de ces mexicains du “septième art”, on a peu parlé de la participation des femmes… jusqu'à présent. Carmen Martínez a joué le rôle principal du film At’ Anni’ (2019), premier film entièrement tourné en teenek, une langue autochtone (également connue sous le nom de huaxtèque [fr], employée dans quelques sites isolés de San Luis Potosí, Veracruz et Tamaulipas, à l'est du Mexique).

Carmen Martínez a été choisie pour le rôle bien qu'elle exerce une toute autre profession : elle est avocate. Le site Wipy la décrit ainsi :

¿Quién es Carmen? Una abogada y madre originaria de la comunidad de Huehuetlán, ubicada en la Huasteca Potosina. Su lengua materna es el Tének y aprendió el español conforme fue creciendo.

Carmen acudió al casting cuando tenía 22 años. El director de la película, Antonino [Isordia], en una declaración para la revista Vogue mencionó que, la cultura Tének es muy sensual y que cuando la vieron llegar para audicionar pensaron que era perfecta para el papel.

Qui est Carmen ? Une avocate et mère de famille originaire de la communauté de  Huehuetlán, située dans la Huasteca de Potosi [fr]. Sa langue maternelle est le tének et elle a appris l'espagnol en grandissant. Carmen avait 22 ans quand elle s'est présentée au casting. Le réalisateur du film, Antonino [Isordia], a déclaré lors d'un entretien pour le magazine Vogue, que la culture tének est très sensuelle, et qu'en voyant arriver Carmen sur le plateau pour son audition, ils ont pensé qu'elle était parfaite pour le rôle.

Bien que At’ Anni’ (L'amant ou ton amant en français) ne soit pas encore sorti dans les salles commerciales, il s'est produit dans des festivals (comme le Festival international du film de Guadalajara [fr]) et attire déjà l'attention du public international. En effet, l'édition régionale magazine Vogue a publié en juin 2019 un entretien et des photos de Carmen Martínez.

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Recordando nuestra presentación en San Antonio. Muy agradecidos con la Presidencia Municipal representada por el Lic. Edyuenary Gregorio Castillo Hernandez, y toda su gente que nos apoyó para que fuera todo un éxito la proyección de AtAnii. ¡Hasta pronto San Antonio!

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Souvenir de notre projection à San Antonio. Nous sommes très reconnaissants à la Présidence Municipale représentée par M. Edyuenary Gregorio Castillo Hernandez, et à tous ses collaborateurs qui nous ont soutenus pour que la projection d'AtAnii soit un succès complet, à bientôt à San Antonio !

Au delà du jeu

Arcángel (l'archange)(2018) est un court-métrage réalisé par une femme, Ángeles Cruz, originaire de la Mixteca [fr], qui se situe au sud est de Mexico. Voilà comment le site Sopitas présente Ángeles (qui est aussi actrice) :

Ángeles Cruz lleva años dentro de la industria del teatro, televisión y cine en México. Estudió la licenciatura en actuación en la Escuela de Arte Teatral del Instituto Nacional de Bellas Artes. En 1994, fue nominada por la Academia Sueca como mejor actriz en 2014 y recibió en 2013 la Diosa de Plata y un Ariel por su primer trabajo como directora.

Ángeles Cruz travaille depuis des années dans l'industrie du théâtre, de la télévision et du cinéma au Mexique. En 1994, elle obtient une licence d'art dramatique à l'École d'art de l'Institut national des Beaux-Arts. En 2014, elle est nominée meilleure actrice par l'Académie suédoise et en 2013, elle reçoit le prix Diosa de Plata (Déesse d'argent, un prix décerné par les critiques de cinémamexicain) et un Ariel [fr] pour son premier film comme réalisatrice.

A propos de la notoriété méritée du court-métrage de Ángeles Cruz, voici ce qu'en dit le site Proceso :

Arcángel ya cuenta con el Coral del Festival de La Habana, Cuba; Mejor Película Narrativa Corta en Cinequest Film & Creativity Festival, San José, California; Prix Revelation en el Festival de Cine Latinoamericano de Toulouse, Francia; Mejor Cortometraje en el Ismailia Film Festival, Egipto, y Mejor Cortometraje de Ficción, con Patrocinia Aparicio y Noé Hernández como Mejor Actriz y Actor, en Enfoque Film Fest de Puerto Rico. Además, alcanzó la presea a Mejor Cortometraje Mexicano en el Festival Internacional de Cine de Hermosillo, Sonora.

Arcángel a déjà obtenu un “Corail” au Festival de La Havane [fr] à Cuba, le prix du meilleur court métrage de fiction au Cinequest Film & Creativity Festival de San José en Californie, le prix Révélation au Cinélatino, Festival de cinéma d'Amérique latine de Toulouse en France; il a reçu le prix du Meilleur court-métrage au Festival international du film d'Ismailia en Egypte, et du meilleur court métrage de fiction, avec Patrocinia Aparicio, meilleure actrice  et Noé Hernández, meilleur acteur, au Festival international  du film à Puerto Rico. De plus, il a remporté le prix du meilleur court métrage mexicain au Festival international du film à Hermosillo, Sonora.

Cette oeuvre, réalisée avec talent par Ángeles Cruz, aborde le thème de la vulnérabilité dans laquelle se retrouvent les personnes touchées par la sénescence, comme le rapporte le journal local El Imparcial.

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Gracias al @fichermosillo Mi amor y agradecimiento por siempre a Patrocinia, @noehernandez7519 y a todo el crew que con su talento, profesionalismo y entrega lo hicieron posible. @lola_ovando @carbscorrea @yaaviko @feliphotograf @filomarino @llogurt @acelo_ruiz @alendrey @tatismaganda @_cascas @jennymendozagarcia @imcine #myriambravo @pablo_marquez79 @kokoxuxp César Palafox, Chili y a much@s más. Gracias 🙏🏾

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Grâce au @fichermosillo tout mon amour et mes remerciements éternels à @noehernandez7519 et à toute l'équipe du tournage qui, avec son talent, son professionnalisme et son dévouement a rendu la chose possible. @lola_ovando @carbscorrea@yaaviko @feliphotograf @filomarino@llogurt @acelo_ruiz @alendrey@tatismaganda @_cascas@jennymendozagarcia @imcine#myriambravo @pablo_marquez79@kokoxuxp César Palafox, Chili et beaucoup d'autres. Merci 🙏🏾

Un succès qui pose problème

Certains médias sous-entendent que l'attention s'est beaucoup portée sur d'autres représentantes du cinéma mexicain, et particulièrement sur Yalitza Aparicio [fr]. Ne serait-ce pas plutôt l'attention accordée à Yalitza qui a servi à en apprendre davantage sur les femmes amérindiennes qui font du cinéma ? Ce sera aux critiques et aux analystes d'en décider. 

Le fait est que, depuis que le film Roma [fr] (2018), primé à de nombreuses reprises, est sorti sur Netflix, la performance de Yalitza Aparicio, elle aussi originaire de Oaxaca [fr], a fait couler beaucoup d'encre et a été abondamment commentée. On a critiqué les retouches numériques de ses photos (qui selon certains, lui donnent un teint plus clair), ainsi que la pertinence de ses apparitions dans des événements glamours comme les aime le cinéma, “tapis rouges” et cérémonies de remises de prix. 

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Toute cette agitation colle parfaitement avec la thématique du film qui traite de la discrimination fondée sur la classe sociale et le rôle des employées de maison dans la société mexicaine, entre autres.

Concernant les reproches, on peut lire sur SDPNoticias :

Desafortunadamente para la actriz, las fuertes críticas peyorativas en redes sociales no han cesado desde que la película del director mexicano empezó a acaparar los reflectores de los principales festivales de cine en el mundo. Ahí está el caso del actor Sergio Goyri, quien hace unos días fue grabado en video refiriéndose a la actriz como “pinche india” por su actuación en la película. ¿Envidia?

Malheureusement pour l'actrice, les critiques péjoratives formulées sur les réseaux sociaux se sont multipliées depuis que le film du réalisateur mexicain a monopolisé les projecteurs des principaux festivals du film à travers le monde. C'est le cas de l'acteur Sergio Goyri, qui a été filmé il y a quelques jours, en parlant de l'actrice comme d'une “putain d'indienne” pour sa prestation dans le film. De la jalousie ?

Les réactions que provoque le succès de ces femmes dans le cinéma vu au-delà de nos frontières sont variées et complexes. Pourquoi est-ce qu'elles sont reconnues maintenant et pas avant ? Pourquoi ne parle-t-on que de celles qui accèdent au niveau international et pas de celles qui travaillent tous les jours au sein de leurs communautés . Etc.. Ce qui est sûr, c'est que nous avons ici trois exemples de femmes d'origine amérindienne qui ont travaillé pour réussir dans un milieu où beaucoup échouent, de sorte que leurs histoires, et leurs efforts, ne passent pas inaperçu chez Global Voices. 


Le plus jeune député du Nigéria agresse une femme dans un sex shop

Thu, 11 Jul 2019 08:20:03 +0000 - (source)

“Attaquer une femme désarmée est honteux”

Capture d'écran du sénateur nigérian Elisha Abbo, dans une vidéo de ChannelsTV sur YouTube, intitulée « Elisha Abbo réagit à la vidéo de l'agression présumée ».

Le 11 mai, le député nigérian Ishaku Elisha Cliff Abbo a été filmé par une caméra de sécurité pendant qu’il agressait physiquement une femme dans une boutique pour adultes d'Abuja, la capitale du Nigéria.

Le journal quotidien nigérian en ligne Premium Times a informé en exclusivité que M. Abbo était entré dans la boutique en compagnie de trois jeunes femmes. Peu après son arrivée, l’une des jeunes femmes a commencé à vomir et M. Abbo a accusé la propriétaire « d’empoisonner l’air conditionné du magasin », à la suite de quoi « les deux ont commencés à se disputer ».

Dans la vidéo, le député appelle alors la police et un agent arrive peu après. M. Abbo lui ordonne d’arrêter la propriétaire. Celle-ci tente d’appeler son père pour qu’il lui vienne en aide, mais M.Abbo essaye de la retenir. Quand un témoin, une amie de la gérante de la boutique, tente d’intervenir, M. Abbo la qualifie de « vraiment stupide » et la gifle à plusieurs reprises y compris au niveau des yeux, tout cela devant l’officier de police. L’agent retient quelque peu le député avant d’arrêter les deux femmes.

Sous les yeux d’un officier de police, le député nigérian Elisha Abbo, représentant de la circonscription sénatoriale du nord d’Adamawa, agresse une vendeuse dans une boutique pour adultes d'Abuja.

La police a relâché les deux femmes sans les inculper et celle qui a été agressée par M. Abbo a été admise à l’hôpital pour soigner ses blessures. Elle a contacté un avocat et a exigé des excuses, qu'elle n'a jamais obtenues, de la part du député.

Le 14 mai, l'avocat a signalé l'affaire à la police, mis aucune mesure n'ait été prise depuis.

A 41 ans, Elisha Abbo est le plus jeune député  du Nigéria. Il représente la circonscription sénatoriale du nord d’Adamawa au sénat, la chambre législative supérieure du pays.

Nouveau en politique, il appartient du Parti démocratique populaire et a obtenu son siège en gagnant les élections législatives qui se sont tenues début 2019 contre la députée sortante et unique femme qui se présentait dans la zone nord du Nigéria, Binta Garba, du parti du gouvernement actuel, le Congrès progressiste.

À lire aussi : “Nigeria Decide 2019″: Tout ce qu'il faut savoir sur les élections générales de cette année [en anglais]

M.Abbo a déclaré au journal The Punch qu'il est en train de « réunir une équipe » qui répondra aux accusations.

Les Nigérians sont indignés : la vidéo du sénateur est devenue virale en 24 heures et le hashtag #SenatorElishaAbbo [Député Elisha Abbo] est devenu populaire sur Twitter.

Amnesty International a demandé à la police nigériane d'enquêter sur les allégations :

Amnesty International fait appel à la police nigériane pour enquêter sur le sénateur Elisha Abbo (du nord d'Adamawa) pour agression présumée contre le personnel d'un magasin pour adultes qu'il fréquente à Abuja. La vidéo du sénateur agressant la femme est disponible pour l'action policière.

Farroq Kperogi, intellectuel nigérian, a demandé au Sénat de suspendre E. Abbo :

C'est le visage de la bête sénatoriale du nom d'Elisha Abbo, qui a agressé physiquement une mère allaitante juste parce qu'elle lui avait demandé de « se calmer ». Cet idiot médiéval n'a pas sa place au Sénat nigérian. Le Sénat doit le suspendre, et ses électeurs doivent le démettre de ses fonctions.

D'autres internautes ont exprimé leur indignation :

Kate Henshaw en finit avec le Sénateur qui a frappé une vendeuse.

Le sénateur Elisha Cliff Abbo est un être humain répugnant. Une personne vraiment méprisable et un exemple à ne pas suivre. Il est honteux, indigne et impropre de la part d'un sénateur de la République fédérale du Nigéria d'agresser une femme désarmée à plusieurs reprises et de manière aussi inhumaine.

Certains ont profité de l'occasion pour appeler à une tolérance zéro à l'égard de la violence sexiste :

[Premier tweet] EXCLUSIF: Un sénateur nigérian est capturé sur vidéo lorsqu'il attaque une femme dans un magasin de sex toys.

[Deuxième tweet] Nous devons avoir le droit de pouvoir exercer notre pouvoir en tant que citoyens, et ne pas tolérer ce genre de personne dans des positions de pouvoir. La Constitution permet de destituer des politiques élus tel qu'Elisha Abbo, nous devons faire appel à ces droits et ne pas tolérer la violence sexiste.

D'autres en ont profité pour critiquer la réponse de la police nigériane dans cette affaire :

[Premier tweet] EXCLUSIF: Un sénateur nigérian est capturé sur vidéo lorsqu'il attaque une femme dans un magasin de sex toys.

[Deuxième tweet] La facilité de la violence, l'abus de pouvoir flagrant et la connivence de la police du Nigéria face au déni de justice envers ces femmes est répugnante. Cela fait combien de minutes que cet homme est député ?

Pour les avocats qui me lient, quelles sont les options possibles pour dédommager la victime ?

Le 3 juillet, les Nigérians ont manifesté contre l'agression de M.Abbo devant le quartier général de la police nigériane à Abuja.

Aisha Yesufu, coordinatrice du mouvement #BringBackOurGirls, a demandé à ce que l'officier de police qui se trouvait présent lorsque M. Abbo a agressé la vendeuse soit « destitué de son uniforme parce qu'il a violé la Constitution ». En tant qu'agent de la loi, il devrait protéger les plus vulnérables et ne pas être un outil d'oppression manipulé par les politiciens.

Si je vois un officier de police, je devrais me sentir protégée en tant que citoyenne, son devoir n'est pas de protéger son travail.


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