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Que signifie la fin du Statut de protection temporaire aux États-Unis pour les Haïtiens ?

Thu, 30 Jul 2026 14:20:47 +0000 - (source)

« La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie »

Initialement publié le Global Voices en Français

Collage of the U.S. Supreme Court building, Lady Justice and the Haitian flag, created using Canva Pro elements

 Image créée en utilisant des éléments de Canva Pro.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.] 

Ce billet fait partie de la série Spotlight de juillet 2026 de Global Voices « Apatride ». Cette série présente la notion d'apatridie et comment cela nuit à la liberté de mouvement des personnes, à leurs opportunités d'accès à l'éducation, à leurs possibilités de participation à la vie politique et à bien d'autres aspects. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.

La Cour suprême des États-Unis a ordonné la fin du Statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, menaçant ainsi environ 350 000 Haïtiens d'expulsion.

En juin 2024, le gouvernement de Biden a prolongé le TPS pour les Haïtiens de 18 mois, reportant ainsi la date de fin au 3 août 2025. Quand le président Donald Trump a commencé son deuxième mandat, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem a décidé d'arrêter le programme déclarant que le pays « n'était plus éligible » pour le TPS.

Le programme devait se terminer le 3 février 2026 mais, deux jours avant, la juge Ana Reyes de la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia [fr] a émis une ordonnance bloquant son annulation. Plusieurs associations de défense des droits des immigrés ont engagé des poursuites judiciaires à l'encontre du gouvernement pour protéger le programme. La Cour de Washington a ordonné la suspension temporaire de l'annulation et a ainsi apporté du soulagement à la communauté haïtienne, repoussant la date de fin au 1er juillet 2026.

Cependant, le 25 juin 2026, la Cour suprême a voté à 6 voix contre 3 en faveur du gouvernement des États-Unis, validant finalement l'accord définitif d'arrêter le programme TPS haïtien comme annoncé. Cette décision s'applique aussi aux ressortissants syriens qui vivent actuellement aux États-Unis bénéficiant de cette protection temporaire.

D'après l’Haitian Bridge Alliance, une association de défense des droits des migrants basée en Californie, Josiane, une Haïtienne qui est arrivé aux États-Unis en 2021, a déclaré qu'elle avait dû quitter son pays après que des gangs l'ont prise pour cible à cause des activités politiques de son mari. Son mari, lui, s'est enfui en République dominicaine, cependant les gangs ont quand même incendié leur maison, la forçant à fuir pour assurer sa sécurité. Le programme TPS états-unien, auquel Josiane a adhéré en 2022, lui a permis de travailler légalement, de soutenir sa famille et de payer ses factures et impôts. « La fin du TPS signifie aussi la fin de ma vie », a-t-elle déclaré.
« À chaque fois que j'entends les gens parler d'expulsion, mon cœur palpite à cause de mon extrême désespoir. »

Pierre (personne anonyme), un autre haïtien bénéficiaire du TPS, vit aux États-Unis depuis plus de 20 ans. Il a déclaré à Global Voices par WhatsApp que la décision de la Cour suprême l'avait anéanti :

Depi lè mwen aprann desizyon Kou Siprèm nan, mwen santi yon veritab dezolasyon. Mwen pa gen enèji pou mwen fè anyen ankò. Anplis, mwen gen pitit ki fèt nan peyi a. Mwen poze tèt mwen anpil kesyon: kisa mwen pral fè, epi kijan yo pral viv si mwen pa avèk yo? Tout bagay sa yo ap toumante lespri mwen. Epi sa mwen pral fè lè kat travay mwen koupe? Kijan mwen pral peye bòdwo mwen epi pran swen fanmi mwen? Sa ki pi grav la, mwen gen anpil fanmi ann Ayiti ki sou kont mwen. Se mwen kap ede yo.

Je suis complètement anéanti. Je n'ai plus l'énergie de faire quoi que ce soit maintenant. J'ai aussi des enfants qui sont nés dans ce pays. Je n'arrête pas de me poser des questions : qu'est ce que je vais faire, et comment vont-ils vivre si je ne suis pas là ? Toutes ces choses me préoccupent. Et qu'est ce que je vais faire quand mon visa de travail arrivera à son terme ? Comment je vais payer mes factures et prendre soin de ma famille ? Ce qui rend la situation encore plus difficile, c'est que j'ai de nombreux membres de ma famille en Haïti qui dépendent de moi. Je suis le seul qui les aide.

Le 25 juin 2026, le directeur général de l'Haitian Bridge Alliance, Guerline Jozef, a souligné que « la décision de la Cour suprême à 6 voix contre 3 dans l'affaire Mullin c. Doe […] est une preuve accablante de la cruauté cautionnée par l'État. Alors qu'Haïti reste en état d'alerte face aux violences armées, à l'instabilité politique, aux mouvements de population et à une grave crise humanitaire, la Cour suprême a donné son feu vert au gouvernement pour qu'il traite des centaines de milliers de familles haïtiennes comme si elles étaient inutiles ».

Le maire de North Miami, le Dr Alix Desulme, a lui aussi fait part de sa profonde inquiétude, soulignant que cette décision plonge des centaines de milliers d'Haïtiens dans une grande incertitude concernant leur avenir, alors même que leur pays continue à faire face à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Il a promis qu'il continuerait de soutenir la communauté haïtienne pendant cette période difficile et qu'il encourageait les familles touchées à contacter des avocats et des associations de défense des droits des immigrés renommées afin de déterminer les recours juridiques possibles pour eux.

Le gouvernement de Trump a mis tout en haut de sa liste des priorités la lutte contre l'immigration illégale, annulant diverses mesures que son prédécesseur avait mises en place, incluant l'application du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis CBP One, mais aussi le Programme de libération conditionnelle à des fins humanitaires qui avait été instauré en janvier 2023 et qui autorisait les Haïtiens, les Cubains, les Vénézuéliens et les Nicaraguayens à entrer légalement aux États-Unis pendant 2 ans.

La communauté haïtienne migrante n'a pas été très bien traitée par le gouvernement actuel. Pendant sa campagne présidentielle, Trump a mis en avant une allégation infondée les accusant de manger des animaux domestiques, une allégation que beaucoup de ses partisans, dont son partenaire de campagne et maintenant vice-président J.D. Vance, ont répétée sur plusieurs plateformes. Le milliardaire Elon Musk [fr], qui possède le réseau social X et qui a occupé le poste de dirigeant de fait du Département de l'Efficacité gouvernementale (DOGE) [fr], a partagé avec ses millions d'abonnés sur X des publications contenant des images générées par IA, amplifiant ainsi la désinformation et semant une panique considérable dans la communauté haïtienne de Springfield dans l'Ohio, sujet des premières allégations. Celle-ci a qualifié la décision de la Cour suprême sur le TPS de « totalement injuste ».

Parallèlement, l'ancienne présentatrice de Fox News Megyn Kelly est devenue virale  suite à « une vidéo dénigrant les immigrés bénéficiant du Statut de protection temporaire qui affaibliraient l'éthique de travail américaine ». Le journaliste, réalisateur et militant pour les droits des immigrés Jose Antonio Vargas a publié sur son compte Facebook « qu'environ 830.000 bénéficiaires du TPS travaillent aux États-Unis. D'après le Conseil américain pour l'immigration, 94,6 % des bénéficiaires du TPS sont employés et les taux d'activité des bénéficiaires de longue date sont nettement supérieurs à ceux de toute la main-d'œuvre américaine. Les bénéficiaires du TPS contribuent à hauteur de 29 milliards de dollars à l'économie des États-Unis et payent 7,8 milliards de dollars d'impôts. Sans parler de l'inhumanité, l'expulsion des bénéficiaires du TPS dans des régions en crise perturberait inutilement des secteurs essentiels tels que la santé, l'alimentation, le bâtiment et l'industrie manufacturière ».

Cette mesure aura également un impact considérable sur la population haïtienne, qui vit principalement de l'argent envoyé par la diaspora. La situation sur l'île est très délicate en raison de l'insécurité et de la violence des gangs. Une grande partie du pays est contrôlée par les gangs, qui sont responsables de l'augmentation du nombre d'incidents d'enlevements, de viols, d'extortions, d'assassinats et de bien d'autres crimes. Plus d'1,5 millions d'haïtiens vivent dans des camps de réfugiés dans des conditions délicates, et plus de 5 millions font face à la crise alimentaire.
Dans la situation actuelle d'instabilité politique et de crise socio-économique persistante que traverse le pays, l'éventuelle expulsion massive des haïtiens pourrait bien être la goutte d'eau qui fera déborder le vase.


La mise en scène nationaliste contre les traditions du Bushido : les débats autour des nettoyages de stade pendant la Coupe du monde 2026

Thu, 30 Jul 2026 13:56:49 +0000 - (source)

Certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers

Initialement publié le Global Voices en Français

Japan trash bag

Les sacs poubelles utilisés par les fans japonais pendant la Coupe du monde 2026. Capture d'écran tirée de la chaîne YouTube de @taiyojr.10. Utilisée avec permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais ou en japonais.]

Pendant la Coupe du monde 2026 de la FIFA, les images des supporters Japonais nettoyant les tribunes après les matchs sont encore une fois devenues virales, entraînant l'admiration du monde entier pour ce que certains considèrent comme une expression propre du « respect japonais ».

Mais cette adulation internationale rencontre une réaction absolument différente au Japon : certains voient ce nettoyage comme une performance hypocrite pour gagner l'approbation des étrangers tout en faisant l'impasse sur les problèmes sociaux présents dans la société japonaise, comme la répartition des tâches entre les genres et la hiérarchie générationnelle.

Cette confrontation entre le regard du monde et le cynisme national dévoile une profonde frustration sur la façon dont le Japon représente ses valeurs au monde.

Le 16 juin, @shisou_ a publié sur X une caricature représentant un supporter japonais attendant avec impatience le coup de sifflet final, non pas pour célébrer la victoire, mais pour afficher leur « politesse » aux caméras du monde entier.

On peut lire sur l'image :

日本代表の試合の終盤ソワソワするんです あと少しで日本の礼儀正しさを世界にアピールできるぞ…‼︎って

Je commence à m'agiter vers la fin des matchs. J'arrête pas de me répéter :
« Encore un peu, et on pourra montrer la politesse japonaise au monde … !! »

Une illustration similaire a été postée par @atsukotamada le même jour, soulignant l'hypocrisie de l'action. On peut lire sur l'illustration : « Veuillez reproduire ça à la maison ».  

Il semble que le ramassage des déchets par les hommes japonais dans les stades attire l'attention ; pourtant, le temps qu'ils consacrent aux tâches ménagères est extrêmement faible par rapport aux normes internationales. J'espère qu'ils pourront en faire une priorité une fois rentrés chez eux.

Ce sentiment s'est aggravé avec l'apparition de sacs poubelle marqués d'un « Japan Pride », qui a conduit de nombreuses personnes à considérer cette action non pas comme un geste spontané, mais comme une initiative organisée destinée à renforcer l'image stéréotypée des Japonais.

Aux yeux des détracteurs, cela réduit une vertu culturelle traditionnelle à un simple coup de pub nationaliste soigneusement orchestré pour la communauté internationale comme l'a écrit dans sa publication @awadkend_citizen : 

C'est tout à fait normal d'être patriotique ou d'avoir de la fierté pour son pays. Mais ça ne serait pas quelque chose qu'on devrait garder pour soi ?

Y a-t-il vraiment besoin de l'écrire en gros, de le faire tenir par des milliers de personnes, de les filmer en train de ramasser des déchets et de se réjouir quand les médias étrangers en font l'éloge ?

C'est vraiment ça la fierté japonaise ?

Je suis peut être d'une vieille époque, mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de louche.

Le débat reflète également un conflit entre deux principes traditionnels de l'esthétique japonaise : l'éthique de principe et l'éthique contextuelle.

L'origine du nettoyage d'après match

Culturellement, « laisser les lieux plus propres qu'avant » (来た時よりも美しく) ne représente pas que le simple geste de nettoyer, mais c'est aussi une expression de respect pour l'« espace » (場), un concept profondément ancré dans les arts martiaux japonais (le budo), dans lequel le respect de l'adversaire et de l'environnement font partie intégrante de la discipline de soi.

Ce sentiment de respect est une chose profondément ancrée. Par exemple, il y a une tradition que tous les joueurs lycéens de baseball font après une défaite, elle consiste à récupérer et ramener chez soi un morceau de terre du stade Hanshin Koshien, c'est un rituel extrêmement chargé en émotion. Ce morceau de terre sert de souvenir, un symbole de leur quête de l'excellence mais aussi une promesse de revenir sur les lieux. Ni la balle, ni la batte, mais bien ce morceau de terrain qui devient un souvenir et un symbole de lieu mythique pour les joueurs lycéens de baseball japonais.

Plus encore, les arts martiaux japonais sont caractérisés par une approche unique concernant la compétition. Un pratiquant de Kendo et passionné de football a déclaré à Global Voices que l'origine de cet acte de nettoyage est profondément ancrée dans les valeurs des arts martiaux japonais, ce qu'on est appelle le bushido :

Contrairement à un simple divertissement, les arts martiaux accordent une grande importance au perfectionnement personnel et au respect de l'adversaire. Il y a une phrase bien connue qui résume cet état d'esprit :
« Gagner avec humilité, perdre avec dignité ».

Le président de la Fédération de rugby, Masato Tsuchida, a déclaré que l'état d'esprit japonais du bushido, qui accorde plus d'importance à la discipline mentale qu'à la physique pure, a permis au « fair-play » propre au rugby de s'intégrer à la culture sportive japonaise.

On a pu le voir dans la tradition de saluer en s'inclinant en signe de respect envers son adversaire sur le terrain, un geste qui est devenu viral en 2019 et qui a été reproduit par les All Blacks et autres équipes internationales.

L'éthique de principe vs l'éthique contextuelle

La polémique actuelle reflète un conflit entre deux éthiques traditionnelles japonaises :
l'éthique du makoto (de la sincérité /de principe) et celle du hare et ke (contextuelle).

Les traditions du Bushido mettent l'accent sur la pureté et la sincérité de sa motivation (makoto), ce qui implique de faire le bien sans rechercher les encouragements du public. Le désir d'être reconnu est vu comme quelque chose de superficiel, voire même vulgaire. La culture japonaise comporte également une tradition historique du « Hare (la sphère formelle et publique) » et du « Ke ( la sphère du quotidien et privée) »  qui réglemente le comportement d'un individu selon les différents contextes. Par exemple, une personne doit maintenir une attitude disciplinée au travail mais peut adopter une attitude plus détendue en privé.

Les détracteurs demandent de suivre les principes, mais les défenseurs soutiennent que les gens manquent de compréhension de la mentalité japonaise, insistant sur le fait que de telles actions, même purement démonstratives, sont mieux que de ne rien faire (やらない善よりやる偽善).

Les défenseurs de l'acte de nettoyage suggèrent aussi qu'il faut séparer les supporters avec de bonnes intentions de ceux du coup de pub nationaliste. Sur X, @redblue708 explique dans une publication que les gens ne devraient pas supposer que les supporters de football agissaient dans le but d'attirer l'attention des médias : 

Les gens qui cherchent la moindre chose pour rendre négatif le ramassage des ordures à une simple mise en scène.

Je veux que vous vous excusiez auprès des supporters qui le font à chaque match sans avoir été une seule fois pris en photo.

Ce n'est pas comme s'ils ne ramassaient les déchets que tous les quatre ans.

C'est juste que vous le remarquez que tous les quatre ans.

Le problème majeur n'est pas l'intention des supporters, mais la transformation problématique d'une valeur spirituelle silencieuse en une campagne de publicité nationale ouverte sur le monde. Quand une coutume centrée sur le respect est mise en scène devant les caméras du monde entier, c'est un risque de transformer une valeur culturelle interne en représentation ostentatoire. Le cynisme national sert de rappel fondamental que la véritable dignité nationale ne peut être fabriquée dans le but d'attirer les éloges de la communauté internationale.


Kazakhstan : relance du débat sur la sécurité publique et les politiques en matière de bien-être animal à la suite de réformes relatives à la gestion des animaux errants

Thu, 30 Jul 2026 13:27:53 +0000 - (source)

Le projet de loi controversé a divisé le pays en deux camps opposés et suscité un engagement civique sans précédent.

Initialement publié le Global Voices en Français

Stray dogs at an animal shelter in Kazakhstan.

Chiens errants dans un refuge pour animaux au Kazakhstan. Capture d'écran de la vidéo intitulée “Euthanasia of cats and dogs in Kazakhstan” publiée sur la chaîne YouTube  Khabar News. Utilisation équitable.

Le 19 mai dernier, Kassym-Jomart Tokayev, président du Kazakhstan, signe une nouvelle loi qui modifie les réglementations relatives au bien-être des animaux, marquant ainsi le passage à une approche de « capture sans remise en liberté » selon laquelle les animaux sont placés temporairement dans des refuges et euthanasiés s’ils ne sont pas réclamés ou bien adoptés après une période de détention minimale.

Avant que l’euthanasie ne soit autorisée, les chiens errants sans propriétaire identifié sont gardés pendant un minimum de cinq jours, tandis que ceux ayant un propriétaire potentiel peuvent être détenus jusqu’à 60 jours.

Par ailleurs, la loi renforce les responsabilités des propriétaires d’animaux, qui doivent à présent prendre toutes les précautions nécessaires afin d’empêcher leurs animaux de nuire aux personnes et aux biens, et payer des dommages-intérêts en cas de blessures.

La nouvelle loi a créé une polémique et une réaction négative de la part du public, et relancé les débats sur la sécurité publique, la protection des animaux, et la responsabilité de l’État.

Les législateurs face aux protecteurs des animaux

Autorités et législateurs ont défendu les nouveaux amendements les jugeant nécessaires afin de protéger le pays du problème croissant des chiens errants. Ils estiment que leur population a augmenté malgré tous les efforts déployés par le passé.

Ainsi, selon des législateurs, le nombre de chiens errants capturés a augmenté d’environ 243 574 à 2022 à 276 282 au début de 2026. Dans le même temps, des chiffres officiels montrent qu’en 2025 plus de 41 000 personnes ont été soignées pour des morsures de chiens, contre 38 800 en 2024.

Les détracteurs des amendements soutiennent que le véritable problème réside dans la loi de 2021 relative au « traitement responsable » des animaux, laquelle visait à renforcer les mesures contre la cruauté, mais qui n’a jamais été pleinement appliquée.

Dans cette vidéo sur YouTube, des experts débattent de la nouvelle loi :

Des groupes de défense des animaux (tels que la fondation KARE), soutiennent que la loi « n’avait pas échoué, elle n’avait tout simplement jamais été appliquée » sur le terrain. Citant des chiffres officiels, les programmes de stérilisation de masse ne se seraient jamais matérialisés et l’euthanasie de masse était toujours pratiquée.

Par exemple, en 2022, seuls 58 chiens ont été stérilisés dans tout le pays contre 80 000 cas d’euthanasie. En 2025, seulement 13 % des 276 000 chiens capturés ont été stérilisés et près de 85 % euthanasiés.

Les activistes expliquent qu’en réalité les animaux capturés étaient très vite exterminés à cause de refuges surpeuplés ou sous-financés, au lieu d’être proposés à l’adoption comme ce devrait être le cas.

Des informations recueillies à Almaty, la plus grande ville et ancienne capitale du Kazakhstan, confirment ces craintes. En 2025, les services vétérinaires municipaux ont signalé 6 169 cas de morsures d’animaux dont seulement 652 infligées par des chiens errants.

Pour être plus précis, environ 10 % des morsures ont été causées par des chiens vagabonds, tandis que la majorité provenait d’animaux de compagnie laissés en liberté ou non confinés.

D'après les activistes, ces données démontrent le besoin de responsabiliser davantage les propriétaires d’animaux et d’augmenter la capacité des refuges, au lieu de recourir à l’euthanasie.

L’un des arguments fondamentaux de la campagne précise que l’euthanasie ne peut pas résoudre un problème systémique, car « lorsque la cruauté est inscrite dans la loi, le silence équivaut à la complicité. »

Données contradictoires

Le débat sur les amendements s’est articulé autour de ces contradictions. Les partisans de la loi ont attiré l’attention sur le nombre toujours élevé d’animaux errants et sur le signalement épisodique par les médias de graves attaques de chiens envers la population.

Ainsi, au mois de juin 2025, un garçon âgé de 10 ans a été impliqué dans un incident largement médiatisé, durant lequel il fût gravement blessé par deux chiens dans le village de Zhalpaksay, situé au sud d’Almaty. Un passant les a ensuite abattus afin de sauver l’enfant.

Selon les législateurs, de tels cas (et le nombre élevé de morsures à travers le pays) montrent que la politique en vigueur « n’a pas atteint son objectif de renforcer la sécurité publique ».

Les défenseurs des droits des animaux ont rétorqué que la plupart des attaques signalées ont été commises par des chiens appartenant à des particuliers, ou ont eu lieu là où les programmes de stérilisation étaient inexistants.  Pour eux, l'audit des données montre que seul un faible pourcentage de chiens a été stérilisé à travers tout le pays.

Leur étude atteste que la stérilisation n’a jamais atteint le taux de couverture nécessaire de 70 %, et que par conséquent aucune baisse de la population n’a été constatée.

Au contraire, l’audit montre que la loi précédente a entraîné une augmentation du nombre de chiens euthanasiés et non une baisse. Selon les activistes, le problème réside dans « l’irresponsabilité des propriétaires » et dans un manque de suivi de la part des municipalités. Ils font référence aux chiffres relatifs aux incidents de morsures survenus à Almaty pour prouver que le simple abattage des chiens errants ne résoudra pas le problème de la sécurité publique.

Selon eux, les autorités devraient plutôt financer convenablement les refuges, les programmes d’adoption et de familles d’accueil, et le fichier national d’identification des chiens afin d’assurer le suivi des animaux domestiques.

Et maintenant ?

Les amendements ayant été ratifiés, la question maintenant est de savoir comment ils seront mis en œuvre. La loi confie explicitement la responsabilité du contrôle de la population animale aux maslikhats et akimats (collectivités locales). Par ailleurs, elle précise que toute décision d’euthanasier un chien doit être accompagnée d’un certificat vétérinaire.

Concrètement, les nouvelles mesures dépendront de la manière dont chaque région décide de les appliquer. De nombreuses associations de défense des animaux insistent sur le besoin de transparence. Selon un organisme de surveillance de la société civile, un contrôle public rigoureux sera primordial car « le renforcement des pratiques d’euthanasie relèvera désormais essentiellement de la compétence des autorités locales ».

Le débat public a révélé de profondes divisions. D’après un journaliste, l’adoption de la loi a provoqué de vives réactions de la part de la population ; au mois de mai 2026, 115 000 personnes se sont publiquement opposées aux amendements.

Des organisations de protection des animaux ont mis en garde contre les nouvelles règles « susceptibles d’entraîner un essor du nombre d’euthanasies », non seulement en ce qui concerne les animaux errants mais aussi les animaux de compagnie qui ne sont pas réclamés par leurs propriétaires. Elles ont présenté des informations montrant que la précédente loi de protection des animaux a été en grande partie ignorée par les autorités régionales.

Cette vidéo sur YouTube débat des implications de la nouvelle loi :

Les partisans de la nouvelle loi rétorquent que sans de telles réformes, la population des chiens errants ne fera qu’augmenter.

Dans tous les cas, de nombreux observateurs considèrent cet incident comme la preuve d’un engagement civique croissant au Kazakhstan, les campagnes menées sur les réseaux sociaux ayant obligé les législateurs à fournir des explications détaillées concernant leurs politiques.

Le président Tokayev quant à lui a adopté une position mesurée. Selon son cabinet, bien que la loi vise à améliorer la santé publique, elle n’approuve pas la cruauté envers les animaux. Tokayev a appelé publiquement les citoyens à « traiter les animaux avec humanité » et a promis d’appliquer une « tolérance zéro » envers la maltraitance.

L'efficacité de ces modifications officielles, qu'il s'agisse de renforcer la sécurité ou simplement de codifier les pratiques d’abattage existantes, dépendra de la rigueur avec laquelle les nouvelles règles seront appliquées. Lorsqu’elles prendront effet, les vétérinaires, bénévoles, et propriétaires d’animaux suivront de près leur progression.


Forteresse Europe : le nouveau pacte sur la migration et l'asile réduira encore davantage les chances des réfugiés LGBTQ+

Mon, 27 Jul 2026 01:18:16 +0000 - (source)

Même avant la nouvelle série de lois, le taux d'acceptation était très faible

Initialement publié le Global Voices en Français

L'image est libre d'utilisation sous la licence Unsplash. Photo prise par Quilia sur Unsplash.

Il n'y a pas de statistiques précises sur les réfugiés LGBTQ+ russes demandant l'asile dans l'Union européenne. Cependant, même avant l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne sur la migration et l'asile en juin 2026, le taux d'acceptation était très faible. Selon Novaya Gazeta Europe, sur les 8 000 demandes d'asile déposées par des réfugiés russes en 2024, l'Office fédéral pour la migration et les réfugiés en Allemagne (BAMF) n'en a accordé que 414, en a rejeté 3 652 et en a mis 4 000 en attente d'informations complémentaires, soit une baisse de 19 % par rapport à 2023.

La Russie a adopté trois lois visant à restreindre les droits des personnes queers. En 2022, elle a étendu la loi de 2013 interdisant la « propagande LGBT » ; parler publiquement des personnes queers est devenu illégal (la première version de la loi mentionnait l'interdiction de la propagande LGBTQ+ auprès des enfants). L'année suivante, les législateurs russes ont interdit la transition de genre, privant ainsi les personnes trans d'accès aux soins médicaux. À l'époque, des experts avaient prévenu que cette loi entraînerait une hausse des suicides ; les associations de soutien ont constaté une forte augmentation des demandes d'aide psychologique, juridique et pratique.

Enfin, début 2024, l'inexistant « mouvement international LGBT » a été reconnu comme organisation extrémiste en Russie, rendant la vie dans le pays plus dangereuse pour les personnes ouvertement queers. Cette mesure expose la défense des droits des personnes LGBTQ+ à des poursuites pénales. Le premier procès pour « extrémisme LGBT » est actuellement en cours à Orenbourg : plusieurs personnes risquent jusqu'à dix ans de prison pour avoir simplement travaillé dans un club gay local. De nombreux militants ont été contraints de quitter la Russie, craignant des poursuites passibles de lourdes peines d'emprisonnement.

Désormais, le nouveau Pacte sur la migration et l'asile, un ensemble de réglementations modifiant les règles applicables aux demandeurs d'asile en Europe, vise à garantir un traitement plus rapide des dossiers aux frontières extérieures et dans les aéroports, avant l'admission des personnes sur le territoire de l'UE. Il permettra des rejets et des renvois plus rapides, et renforcera les contrôles de la circulation au sein de l'Union européenne. Pour les défenseurs des droits humains, cela signifie que protéger les personnes va devenir beaucoup plus compliqué, puisque les demandeurs d'asile sont confinés aux zones frontalières.

Par ailleurs, le règlement introduit la notion de soi-disant « pays tiers sûrs », c'est-à-dire des États hors de l'UE par lesquels un demandeur d'asile est entré dans l'Union et où il aurait pu solliciter une protection internationale. En d'autres termes, si un migrant aurait pu demander l'asile dans un tel pays, les États membres de l'UE peuvent refuser d'examiner sa demande et le renvoyer dans ce pays. Cette liste de pays d'origine soi-disant « sûrs », qui inclut le Bangladesh, la Colombie, l'Égypte, l'Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, a déjà été approuvée par le Parlement. Les pays candidats à l'adhésion à l'UE, tels que l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie et l'Ukraine, y sont généralement inclus, sous réserve de certaines exceptions (par exemple en cas de conflit armé).

Cependant, il y a aussi une disposition permettant aux États membres de l'UE d'établir des listes de pays tiers sûrs en tenant compte d'autres critères, comme les accords bilatéraux. De tels accords existent actuellement avec la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Un avocat travaillant avec l'ONG SK SOS, qui aide les personnes LGBTQ+ à fuir les pays de la Ciscaucasie, affirme que le risque principal de la législation réside dans cette liste encore non publiée des « pays tiers sûrs ». Si des citoyens russes transitent par ces pays, ils pourraient être soumis à une procédure d'examen accélérée et se voir refuser le statut de réfugié.

Il deviendra donc plus difficile pour les demandeurs d'asile d'entrer dans les pays de l'UE et d'y solliciter une protection internationale. L'accélération des délais d'examen implique également des refus plus rapides et plus fréquents dès le début de la procédure. Ce même avocat conseille vivement aux demandeurs d'asile de fournir des preuves solides de persécution dans leur pays d'origine et une explication claire des raisons pour lesquelles les « pays tiers » par lequels ils sont entrés ne peuvent pas être considérés comme sûr.

Stephen Phillips, chercheur postdoctoral à l'Institut des droits de l'homme de l'Université Åbo Akademi en Finlande, a confié à Global Voices dans une interview par mail, que puisque la Russie ne figure pas sur la liste des pays d'origine sûrs de l'UE, les demandeurs d'asile russes continuent de faire l'objet d'une évaluation individuelle. Cependant, la Russie est désormais soumise à la nouvelle règle autorisant des procédures accélérées pour les demandes d'asile émanant de pays où le taux de reconnaissance de la protection européenne est inférieur ou égal à 20 %.

« Des procédures de traitement et de passage des frontières plus rapides peuvent compliquer la préparation d'un dossier », explique-t-il, « mais cela n'entraîne pas un refus automatique. Le risque majeur est que les demandeurs vulnérables aient plus de difficultés à présenter des arguments complexes. Ils pourraient ne pas avoir la possibilité de fournir des arguments et des preuves supplémentaires, et la qualité de la prise de décision pourrait s'en trouver affectée par des procédures d'asile plus rapides. » Phillips ajoute qu'il est important de noter que le droit de l'UE en matière d'asile reconnaît depuis de nombreuses années la persécution fondée sur l'orientation sexuelle, l'identité de genre et l'appartenance à un certain groupe social. La Russie a fait l'objet d'une documentation approfondie concernant sa législation et les persécutions anti-LGBTQ+ qui, selon lui, « restent très pertinentes pour l'évaluation d'une demande d'asile individuelle ».

Bien que le fondement juridique permettant aux citoyens russes LGBTQ+ d'obtenir l'asile reste inchangé, Phillips souligne que « la qualité des preuves, la représentation juridique et la capacité à présenter efficacement sa demande pourraient devenir encore plus importantes dans le cadre des procédures accélérées ».

Même si certains pays figurent sur la soi-disant liste des « pays tiers sûrs », les réfugiés LGBTQ+ peuvent ne pas les considérer comme tels. Le Kazakhstan, par exemple, a adopté des lois contre la « propagande » LGBTQ+ en 2025 ; en Ouzbékistan, l'article 120 du Code pénal criminalise les relations sexuelles entre hommes. En Géorgie, une loi de 2024 restreint l'expression, la liberté d'union, la reconnaissance des familles, les soins d'affirmation de genre et les représentations publiques des personnes LGBTQ+ ; en Arménie, on y signale des cas de harcèlement, de menaces de pressions familiales, de diffusion de vidéos intimes et d'hostilité institutionnelle.


Brésil : Un avertissement sur la façon dont l'IA et les deepfakes peuvent devenir un « risque excessif » pour les femmes et les filles

Mon, 27 Jul 2026 01:11:02 +0000 - (source)

Une organisation attire l'attention sur la nécessité d'une réglementation face aux cas de violence sexiste

Initialement publié le Global Voices en Français

Image shows a person's silhouette and several avatars coming out of an algorithm type of sphere

Image créée sur Canva par Global Voices.

Cet article fait partie de la série «Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

En novembre 2023, un groupe de parents d'élèves d'une école à Rio de Janeiro a signalé à la police que des adolescents créaient et partageaient des images de nus générées par intelligence artificielle (IA) mettant en scène d'autres élèves. Moins d'un an plus tard, en septembre 2024, dans l’État de Bahia, un autre groupe d'adolescents a également été soupçonné d'utiliser l'IA pour créer des images pornographiques d'autres élèves, tandis que dans l'État du Mato Grosso, des élèves ont été exclus après avoir partagé dans des communautés pornographiques sur les réseaux sociaux des images IA représentant un professeur et d'autres élèves.

Ce ne sont là que quelques exemples de cas récents rapportés par les médias brésiliens et mentionnés dans une note technique publiée début avril 2026 par le centre de recherche indépendant Internetlab. Ce document vise à discuter des « moyens de lutter contre la violence en ligne à l'encontre des filles et des femmes au Brésil » et à recommander des discussions réglementaires adaptées au contexte national.

Selon le Forum brésilien de sécurité publique, rien qu'en 2025, le Brésil a enregistré 1 568 féminicides, soit une augmentation de 4,7 % par rapport à l'année précédente et le chiffre le plus élevé depuis la signature de la loi criminalisant ce type de crime, dix ans auparavant. La recrudescence des violences sexistes relayée par les médias a provoqué des manifestations fin 2025. Par ailleurs, la multiplication des contenus misogynes en ligne « alimente ces violences », rapporte Deutsche Welle.

Pour Clarice Tavares, directrice de recherche chez Internetlab et co-auteure de la note technique, interrogée par Global Voices, les violences sexistes, en ligne comme hors ligne, s'inscrivent dans une même structure misogyne : elles coexistent et son interdépendantes. « Nous traversons une période complexe de recrudescence des violences faites aux femmes, et les politiques publiques doivent prendre en compte ces contextes spécifiques », analyse-t-elle.

Abordant la question de l'intelligence artificielle et des questions de genre, Tavares souligne que les bases de données utilisées par les plateformes peuvent être biaisées et, par conséquent, influencer leurs résultats. Internetlab a choisi d'examiner la violence liée à l'IA dans sa note technique, explique-t-elle, en raison de son impact plus large et de la possibilité de la combattre par une réglementation appropriée.

Entre autres choses, le document d'Internetlab souligne les risques associés aux « deepfakes à contenu sexuel non consensuel » et plaide pour que cette possibilité soit classée comme « risque excessif », notant que « ces technologies affectent les femmes et les filles de manière disproportionnée ».

Uma pesquisa conduzida pela Security Hero demonstrou que deepfakes sexualmente explícitas representam 98% de todos os vídeos de deepfake online, e que 99% das pessoas alvo desses conteúdos eram mulheres. A pesquisa também indicou um aumento de 464% do número de deepfakes sexuais entre 2022 e 2023.

Une étude menée par Security Hero a révélé que les deepfakes à caractère sexuel explicite représentent 98 % de toutes les vidéos deepfake en ligne, et que 99 % des personnes ciblées par ce type de contenu sont des femmes. L'étude a également indiqué une augmentation de 464 des deepfakes à caractère sexuel entre 2022 et 2023.

Bien que Tavares affirme que le problème ne se limite pas à une seule plateforme, elle cite Grok, l'IA intégrée à X, comme la partie émergée de l'iceberg, exposant un problème plus vaste déjà répandu en ligne.

Je pense que cette affaire mérite toute notre attention, car l'IA qui a permis la création de ce type de contenu était déjà intégrée à son propre réseau social, ce qui a contribué à amplifier sa portée. C'était très flagrant. Je pense qu'il s'agit d'un problème systémique, mais le cas de Grok a rendu impossible de l'ignorer et de s'inquiéter de la situation actuelle. Il était évident que plusieurs failles existaient dans les outils et les plateformes qui ont permis à ces phénomènes de se produire à une telle échelle.

Que dit la loi au Brésil ?

Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu des avancées législatives concernant les droits en ligne. L'année dernière, 11 ans après que Marco Civil da Internet — une loi qui constitue le cadre juridique brésilien des droits civiques sur Internet — a été signée, la Cour suprême fédérale (STF) a voté pour considérer l'un de ses articles partiellement inconstitutionnel. L'article 19 portait sur la responsabilité civile des plateformes quant aux contenus publiés par des tiers (utilisateurs). La majorité des juges a estimé que, dans le contexte actuel, cette norme était insuffisante pour protéger les droits fondamentaux et la démocratie.

« Il nous reste encore beaucoup à faire pour comprendre comment cette décision sera mise en œuvre. Un nouveau régime relatif à la responsabilité des plateformes a établi des règles de fonctionnement en attendant l'adoption d'une réglementation plus solide. Les plateformes ont désormais davantage d'obligations en matière de modération des contenus, la décision nous invite donc à repenser leur responsabilité et leurs obligations », explique Tavares.

Dans le contexte des violences sexistes en ligne, elle souligne également l'importance d'avoir une définition juridique de la misogynie pour mettre en œuvre la décision de la Cour suprême. « Nous souhaitons adapter cette décision aux politiques publiques et à la législation existantes en matière de violences sexistes, afin de les adapter à ce nouveau contexte de violence numérique » explique-t-elle.

L'analyse d'Internetlab mentionne une augmentation des projets de loi visant à criminaliser les comportements misogynes, le mouvement dit de la « pilule rouge » et la « manosphère », mais note que, bien qu'il s'agisse d'une étape importante pour lutter contre ce problème, le choix de la criminalisation comme la seule et unique solution pourrait limiter l'efficacité des stratégies de prévention et de réparation pour les victimes.

Leur recommandation concernant l'IA inclut, par exemple, la création de programmes d'enseignement sur la culture numérique afin de développer une analyse critique du fonctionnement des algorithmes, des plateformes, des outils d'intelligence artificielle et des autres éléments de l'écosystème numérique.

Quant aux plateformes, la note recommande l'adoption de mesures de sécurité dès la conception de leurs projets (sécurité intégrée), « afin de prévenir la création et la diffusion de ce type de contenu » qui cible principalement les femmes et les enfants. Les deepfakes à caractère sexuel non consensuel devraient être considérés comme un « risque excessif », leur utilisation et leur application devant être interdites, et des règles concernant la responsabilité et les obligations des plateformes numériques et des agents d'IA devraient être établies.

La Fondation Movember, une organisation de santé masculine, estime que deux tiers des jeunes hommes interagissent régulièrement avec des influenceurs prônant la masculinité en ligne. Un article publié par ONU Femmes indique que « les experts constatent que la popularité d'un discours extrémiste dans la sphère masculine non seulement normalise la violence à l'égard des femmes et des filles, mais est de plus en plus liée à la radicalisation et aux idéologies extrémistes ».

À l'approche des élections au Brésil, alors que des cas de vidéos générées par IA montrant des violences contre des électrices sont signalés, Tavares estime que de nouvelles dimensions de la violence politique sexiste doivent être prises en compte. « Avec la production de vidéos ou même les chatbots comme Gemini, ChatGPT, ou Claude, nous constatons que l'IA sera probablement utilisée comme un outil d'accès à l'information, et qu'elle pourrait engendrer des biais sexistes, reproduisant ainsi les violences sexistes et politiques. Nous cherchons encore à évaluer l'impact qu'elle peut et va avoir à l'avenir. »


Le numéro 24 du Brésil sera porté pendant la Coupe du monde 2026. Et il contient un message.

Mon, 27 Jul 2026 01:01:49 +0000 - (source)

Ancrés dans la tradition, les numéros sont souvent associés à l'homophobie dans le pays

Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration with a man turned back wearing Brazil's yellow jersey with the number 24 in a stadium

Image créée par Global Voices sur Canva Pro

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en portugais.]

Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de juin 2026, « Diversité des genres ». Cette série présentera une perspective interne sur la diversité des genres, sur les persécutions rencontrées, les solutions de défense et les mesures de soutien qui existent à travers le monde. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.

La sélection nationale du Brésil va officiellement enregistrer un joueur qui portera un maillot avec le numéro 24 pendant la Coupe du monde de football de 2026 [fr].
La première apparition de l’iconique maillot jaune et vert [fr] avec le numéro 24 était il y a environ 4 ans pendant la Coupe du monde au Qatar.

Avant 2022, le règlement de la FIFA n'autorisait aux sélections que 23 joueurs pour leurs tournois officiels. Mais même quand un joueur supplémentaire était autorisé, et même en dehors des tournois officiels, le Brésil n'utilisait jamais le numéro 24.

Cette raison est expliquée par un contexte culturel venant d'un jeu de hasard illégal créé à Rio de Janeiro à la fin du 19ème siècle, le « Jogo do bicho (Jeu de l'animal) » [fr]. C'est un jeu de type loterie, qui a été interdit en 1946, et dont les fondateurs étaient liés à des organisations criminelles, et qui reste très répandu à travers le pays.
Les participants misent sur des numéros associés à des animaux et les gagnants sont tirés aléatoirement. Le numéro 24 correspond à « veado (le cerf) », qui au Brésil, renvoie à un terme insultant envers la communauté homosexuelle.

Il y a différentes histoires qui expliqueraient pourquoi « veado » aurait cette signification au Brésil. Dans un article publié par le journal UOL, il est dit que son origine pourrait venir de l'époque où le mot « desviado (détourné) » était utilisé pour parler de la communauté queer, ou du film d'animation de Disney « Bambi » [fr] sorti en 1942. La communauté LGBTQ+ s'est réappropriée le terme anciennement dénigrant au fil des années.

Durant la Copa America de 2021, ce contexte traditionnel est devenu un sujet de controverse. La sélection brésilienne était la seule des 10 équipes sud-américaines à ne pas avoir de numéro 24, et ce même en ayant 24 joueurs sélectionnés. Le groupe d'activistes Arco-Íris, signifiant « Arc-en-ciel » en portugais, a poursuivi en justice la Confédération brésilienne de football (CBF) en raison de l'absence du numéro 24, demandant qu'il soit porté pendant la finale, affirmant que ça enfreignait les règles anti-discrimination de la FIFA. Ils avaient déclaré :

O fato da numeração da seleção brasileira pular o número 24, considerando a conotação histórico-cultural que envolta esse número de associação aos gays, deve ser entendido como uma clara ofensa à comunidade LGBTI+ e como uma atitude homofóbica.

Le fait que cette liste des numéros de maillot de la sélection nationale brésilienne omet le 24, en considérant sa connotation historico-culturelle, et son association avec la communauté homosexuelle, doit être vu comme une offense évidente et homophobe envers la communauté LGBTI+.

La CBF a répondu qu'il n'était plus possible de changer les numéros déjà attribués aux joueurs durant cette compétition en raison du règlement mis en place par la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL [fr]), et aussi que la poursuite était classée. Une étude du journaliste Folha de S.Paulo, qui compare le Brésil avec 11 autres pays, démontre que le numéro 24 est utilisé 4 fois plus souvent à l'étranger que dans les championnats de football brésiliens.

Un peu plus d'un an après, lors de la Coupe du monde de 2022 au Qatar, la première compétition ayant été autorisée à avoir 26 joueurs sélectionnées par la FIFA, la sélection brésilienne a enfin attribué le numéro 24 à un de ses joueurs pour la première fois dans une compétition officielle, c'est le défenseur Gleison Bremer jouant pour la Juventus en première division d'Italie, qui se l'est vu attribué. Il a été questionné sur ce que pour lui ce numéro signifiait, et il a répondu : « C'est un numéro de maillot comme les autres. Le plus important est d'être à la Coupe du monde ».

Le 24ème joueur

Cette fois-ci, le numéro sera porté par Roger Ibañez, défenseur de 27 ans qui joue pour le club de Al-Ahli en première division d'Arabie-Saoudite.

Je ne me souviens même pas qui a porté le numéro 24 du Brésil avant Ibañez.
En plus la police n'aide pas, on dirait qu'il porte le numéro Z4.
pic.twitter.com/qGOCb18LNO

- Pedro Sobreiro (@pedro_sobreiro) 1 avril 2026

Étant un « gaúcho », quelqu'un né dans l'État du Rio Grande Do Sul, celui le plus au sud du Brésil, Ibañez est un supporter du Grêmio FBPA, club fondé [fr] dans la capitale de l'État Porto Alegre en 1903. Dans les années 70, ce club est devenu l'un des premiers à avoir un groupe de supporters LGBTQ+, le Coligay. Le nom est un mélange du nom d'un night-club qui appartient à un supporter du Grêmio, le Coliseu, où le groupe se retrouve, et de leur orientation sexuelle. L'idée vient de Volmar Santos, le propriétaire du night-club et d'un ultra « gremista » qui a toujours été voir les matchs au Stade Olímpico, même quand les autres supporters semblaient être démotivés par la longue série de mauvais résultats de l'équipe. C'était en 1977, quand le Brésil était sous dictature militaire (1964 à 1984) [fr], qui oppressait aussi la communauté LGBTQ+.

Une fois que le groupe de supporters Coligay est arrivé au stade, les gradins se sont transformés en une vraie fête, au rythme de la musique, avec des costumes aux trois couleurs du club et des chants continus. Santos a pu raconter plusieurs fois, qu'au début du groupe Coligay, ils ont dû faire face à des insultes et à des agressions physiques. Il a même été forcé à un moment d'engager des agents de sécurité et de faire enseigner le karaté aux membres pour se défendre. Mais une fois que le club a recommencé à gagner des matchs et des titres, ils ont été intégrés en tant qu'élément important de la communauté des supporters. Santos est décédé en janvier dernier.

Il y a maintenant de nombreux collectifs LGBTQ+ au sein des groupes de supporters dans beaucoup de clubs au Brésil, mais depuis, aucun n'a été un aussi grand phénomène que le Coligay. Grêmio et son rival historique, le Sport Club Internacional, font partie des clubs qui n'ont pas de collectif queer organisé.

En 2020, un collectif national formé par les groupes de supporters LGBTQ+ de plusieurs clubs brésiliens, le Coletivo de Torcidas Canarinhos LGBTQ+, a créé l'Observatoire de la LGBTphobie dans le football pour relever les cas de discrimination.

Leur dernier rapport examine combien d'équipes ont eu un joueur qui a porté le numéro 24 pendant la Copinha, une compétition ouverte aux équipes de moins de 18 ans qui s'est déroulée à São Paulo en 2025. Seulement 32 équipes sur 128 participantes en avaient un. D'après l'Observatoire, ce nombre a été réduit de 6 équipes comparé aux années précédentes. Le journaliste et fondateur des Canarinhos, Onã Rudá, affirme que l'étude qui a été menée pendant la Copinha a été faite pour montrer que ce préjugé est transmis aux enfants dès leur plus jeune âge :

Por que pular o número 24? Esse é o ponto. Pula-se por causa da cultura homofóbica. A ausência dele denuncia um tipo de homofobia que está estruturada nas instituições, na cultura, na semiótica, na estética do futebol. Quando o clube passa a ter alguém que usa esse número, não significa que seja menos homofóbico, mas a ausência dele é um problema porque ela é a negação de uma identidade.

Pourquoi ils n'utilisent pas le numéro 24 ? C'est ça la vraie question.
Ils l'omettent à cause de cette culture homophobe. L'absence de ce numéro démontre une forme d'homophobie ancrée dans les institutions, la culture, la sémiotique et la pensée même du football. Quand un club fait porter son numéro 24, cela ne veut pas dire que tout est soudainement moins homophobe, mais son absence est un problème car elle représente un refus identitaire.

Rudá dit que le football est l'une des activités sociales les plus importantes du pays et qu'il fait partie de son identité nationale. C'est un point commun pour la population, du Nord au Sud malgré des différences culturelles régionales sur un territoire aux dimensions continentales, comme il l'a déclaré à GV :

O futebol tem responsabilidade social. É engraçado ouvir quem diz que futebol e política não se misturam, pessoas que assistiram a regimes como a ditadura militar, utilizarem o futebol para se promover. Então, o futebol tem uma relação com as mais variadas atividades sociais do povo brasileiro e tem um papel a cumprir: ele pode ser uma válvula provocadora de grandes mudanças — como contra LGBTfobia, questões de violência de gênero, entre outros.

Le football porte une responsabilité sociale. C'est marrant d'entendre des gens dire que le football et la politique ne peuvent pas être mélangés. Les mêmes qui ont regardé la dictature militaire se servir du football pour se mettre en avant. Le football est donc bien lié à diverses activités sociales du peuple brésilien et a un rôle à jouer. Il peut être l'élément déclencheur qui peut mener à de grands changements, notamment contre la LGBTphobie, les violences sexistes et bien plus.


Avant que l'algorithme ne décide : le récit queer comme forme de résistance au Nigéria

Mon, 27 Jul 2026 00:52:14 +0000 - (source)

Ce qui manque aux données manque aussi au récit. 

Initialement publié le Global Voices en Français

Two women embracing. Still from the film “ìfé,” used with permission.

Cliché du film ‘ìfé,’ utilisé avec permission.

Par Pamela Adie

Cet article fait partie de la série « Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

En 2020, peu après la sortie de mon film « ìfé, » sur l'histoire d'amour entre deux femmes, le directeur de la Commission nationale de censure cinématographique et vidéo du Nigéria est passé sur les chaînes d'information internationales et a dit que mon équipe et moi-même risquions d'être arrêtées.

Ce n'était pas un avertissement vague. C'était direct et public, délivré sur CNN. Pour de nombreux cinéastes queer au Nigéria, cela a confirmé ce que nous savions déjà : raconter nos histoires peut avoir de graves conséquences.

Mais il existe une autre conséquence qui est moins visible. Au-delà de la censure et des risques, se pose la question de ce qui arrive lorsque ces histoires ne sont jamais intégrées aux systèmes qui façonnent de plus en plus la production du savoir.

Avec l'intégration croissante de l'intelligence artificielle (IA) dans l'organisation et la recherche d'informations, la visibilité ne se limite plus au public ; elle concerne aussi les données. Les histoires accessibles au public et largement diffusées sont celles qui ont le plus de chances d'être intégrées aux bases de données servant à entraîner les systèmes d'IA. Ce qui reste caché ou fragmenté a beaucoup moins de chances d'y figurer.

Dans des contextes comme celui du Nigéria, où les récits queer sont déjà soumis à des contraintes, cela crée une nouvelle forme d'exclusion. Ces histoires sont non seulement difficiles à raconter ; elles ont aussi moins de chances d'être reflétées dans les systèmes qui façonneront la compréhension de la vie queer à l'avenir.

Les systèmes d'IA ne font pas la distinction entre ce qui est absent et ce qui a été activement supprimé. Ils apprennent à partir des données disponibles et reproduisent ces schémas à grande échelle. Lorsque les récits queer sont absents ou sous-représentés, cette absence s'inscrit dans l'histoire.

La question ne porte donc plus seulement sur la visibilité dans le présent. Il s'agit de savoir si ces histoires seront lisibles par les technologies qui façonnent déjà la mémoire culturelle.

Parfois, les risques sont immédiats. À Lagos, la police a perquisitionné l'espace de travail d'Oluwatimileyin Kayode, l'organisateur de la Marche des Fiertés de Lagos, suite à une plainte. Peu après, il a perdu cet espace ; le propriétaire a jugé le risque trop important. La disparition de ces lieux entraîne celle des traces qu'ils auraient pu produire — des traces qui contribueraient à documenter la vie queer et, de plus en plus, d'alimenter les systèmes d'apprentissage automatique.

Une grande partie de ce travail ne passe pas par les circuits de distribution officiels. Il circule lors de projections privées, via des liens protégés par mot de passe, dans les festivals de cinéma et par le bouche-à-oreille. Certains films ne sont projetés qu'une seule fois et ne sont jamais diffusés publiquement. D'autres restent inachevés faute de financement ou sont volontairement limités pour éviter d'attirer l'attention.

Ce sont des stratégies de survie indispensables. Mais elles signifient aussi que ces œuvres restent largement invisibles pour les infrastructures de données qui alimentent les systèmes d'IA.

La distribution elle-même devient une négociation. La réalisatrice Chinazaekpere Chukwu a opté pour une approche stratégique avec son film « Ti E Nbo », en commençant par les festivals internationaux. Après sa projection au Festival international du film africain en 2023, le film fut refusé par d'autres festivals nigérians. Il trouva ensuite sa place auprès du public grâce à un partenariat de diffusion en ligne au Ghana et acquit une reconnaissance internationale. Ce n'est qu'à ce moment-là que les festivals nigérians commencèrent à s'y intéresser.

Son expérience reflète une tendance plus générale : les programmateurs locaux sont souvent sensibles à la validation internationale avant d'accorder une visibilité au cinéma national. Pour les cinéastes dont les œuvres ne sont pas diffusées à l'international, le chemin se rétrécit encore davantage, aussi importantes que soient leurs histoires.

Parfois, les interventions les plus efficaces sont discrètes. Le film « ìfé » dépeignait l'amour entre deux Nigérianes de façon ordinaire, au quotidien — sans enjolivement ou explication. Il ne plaidait pas pour l'acceptation ; il existait, tout simplement. Le public a réagi avec une reconnaissance rarement observée dans les médias locaux. Le film a suscité un vif intérêt en ligne et dans la presse, offrant un rare moment où l'amour queer était présenté comme faisant partie de la vie de tous les jours.

Dans le cadre de mon travail avec The Equality Hub, nous avons tenté de développer cette approche à travers EhTv Network, une plateforme de streaming dédiée aux histoires queer africaines, indépendante de tout contrôle étatique. Sa durée de vie fut éphémère, faute de financement, mais elle a mis en lumière l'urgence et la difficulté de créer des plateformes indépendantes pour ces récits. Nous la réinventons aujourd'hui comme une plateforme d'archives et de découverte.

Ce type de travail est important car les systèmes d'IA sont entraînés sur de vastes volumes de contenus numérisés et accessibles au public. En théorie, cela crée une représentation générale du monde. En pratique, cela reflète les inégalités existantes quant à ce qui est vu et préservé.

Pour les personnes queer qui racontent des histoires au Nigéria, beaucoup de leurs récits n'atteignent jamais une telle visibilité. Ils demeurent confinés dans des archives privées, des projections limitées ou des formes fragmentaires. Ce qui parvient au public ne représente souvent qu'une infime partie de l'ensemble.

Lorsque les systèmes d'IA sont entraînés sur des données incomplètes, ils ne se contentent pas de refléter ces lacunes — ils les renforcent. Un utilisateur qui s'informera sur la vie queer au Nigéria risque de tomber sur une version partielle de la réalité ou dépourvue de perspectives essentielles, non pas parce que ces histoires n'existent pas, mais parce qu'elles n'ont jamais été largement recueillies. Ainsi, les formes existantes de marginalisation se perpétuent dans les nouveaux systèmes. Ce qui manque aux données manque aussi au récit.

Le récit prend alors une importance nouvelle. Au Nigéria, il a longtemps été un moyen de résister à l'invisibilisation sociale. Dans le contexte de l'IA, il devient également un moyen de garantir que ces histoires soient documentées et accessibles, de manière à façonner les connaissances futures.

Vu de cette façon, le récit queer n'est pas seulement un travail créatif — il est aussi fondamental. Chaque récit contribue à ce qui peut être connu, par qui et, de plus en plus, par quels systèmes. Le défi consiste non seulement à raconter ces histoires, mais aussi à veiller à ce qu'elles soient préservées et rendues visibles de manière à résister à l'invisibilisation sociale et algorithmique.

L'IA ne fera pas la différence entre le silence et la répression. Elle n'apprendra que de ce qui est accessible.

Et dans un monde où tant de choses sont filtrées, ce qui reste invisible aujourd'hui risque de devenir ce dont on se souviendra demain.  La question n'est donc pas de savoir si ces histoires ont de l'importance.

Il s'agit de savoir si elles seront suffisamment visibles pour influencer la mémoire collective.


Les nations mélanésiennes s'engagent à relier et étendre leurs zones marines protégées

Fri, 24 Jul 2026 20:56:26 +0000 - (source)

Ce qui fera du projet la plus grande zone marine protégée transfrontalière au monde

Initialement publié le Global Voices en Français

Coral reefs in Papua New Guinea.

Des récifs coralliens en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo prise par Brocken Inaglory. Disponible sur Wikimedia Commons. CC BY-SA 3.0

[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet redirigent vers des pages en anglais.]

Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de mai 2026, « Une crise mondiale, des solutions locales ». Cette série présentera des histoires de lutte et d'actions pour le climat réussies, un regard sur la façon dont les communautés de l'hémisphère sud font face à la crise, des analyses sur l'impact potentiel de cette situation sur les générations futures, et bien plus. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji et le Vanuatu ont trouvé un accord pour étendre et relier leurs zones marines protégées, confirmant leur engagement d'accorder la priorité à la santé des océans et à l'environnement.

Cette initiative a été annoncée lors du tout premier Sommet océanique Mélanésien en mai 2026, qui a eu lieu à Port Moresby, capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
La Mélanésie est une région du Pacifique.

Ce réseau de réserves marines est appelé le Corridor océanique mélanésien des réserves (Melanesian Ocean Corridor of Reserves ou MOCOR ), qui a été créé par les trois États du Pacifique « afin de former un front mélanésien uni en ce qui concerne la gouvernance des océans, qui se concentre sur la protection intégrale de nos écosystèmes marins fragiles tout en renforçant les conditions de vie culturelles et économiques de nos communautés côtières. »

Le MOCOR est le dernier exemple en date mis en place par les pays du Pacifique pour lutter contre les graves conséquences du changement climatique. La région a historiquement toujours généré peu d'émissions de carbone. Pourtant, c'est elle qui subit le plus de conséquences extrêmes du changement climatique, et beaucoup de ses communautés insulaires sont confrontées à la menace de la montée des eaux et à la destruction des récifs coralliens.

Ces réserves marines interconnectées couvriront pas moins de six millions de kilomètres carrés, ce qui fera du projet la plus grande zone marine protégée transfrontalière au monde.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la zone marine protégée Western Manus pourrait couvrir plus de 214 000 kilomètres carrés dans la Mer de Bismarck, ce que le gouvernement estime que cette zone fera presque la taille du Royaume-Uni. Cela représente 9% de la zone économique exclusive du pays.

Le Vanuatu a annoncé attribuer à l'initiative du MOCOR 70 000 kilomètres carrés de la zone marine protégée nationale de Torba, soit une zone de la taille de l'Irlande. Cela représente 10% de sa zone économique exclusive.

Les Fidji se sont engagées à attribuer 15 % de leurs eaux dans l'initiative du MOCOR cette année et à étendre celle-ci au fil des cinq prochaines années.

Jotham Napat, Premier ministre de Vanuatu, a souligné l'importance de protéger l'océan. Il a déclaré : « Nous ne sacrifions pas notre océan pour le sauver. Nous choisissons de le protéger au lieu de l'exploiter, de préserver l'héritage de nos ancêtres aux intérêts à court terme des autres. »

Le Premier ministre des Fidji, Sitiveni Rabuka, a lui rappelé à ses homologues du Pacifique que la responsabilité de protéger des milieux marins n'est pas quelque chose limitée par les frontières.

This initiative represents a bold and timely step forward, recognizing that our oceans do not end at national boundaries, and that our stewardship responsibilities must therefore extend across them.

MOCOR is more than a conservation initiative. It is a platform for Melanesian integration.

Cette initiative représente une avancée audacieuse et opportune, en reconnaissant que nos milieux marins ne s'arrêtent pas aux frontières nationales, et que les responsabilités de leur gestion sur le long terme doivent s'étendre au-delà de celles-ci.

Le MOCOR est plus qu'une initiative de conservation. C'est un tremplin pour l'intégration mélanésienne.

Enric Sala, explorateur en résidence pour National Geographic a salué l'annonce de l'initiative MOCOR. Il a déclaré : « Cette avancée audacieuse représente un engagement des dirigeants de la Mélanésie à protéger 30 % d'un des milieux marins les plus riches en biodiversité de la planète. »

De plus, le Réseau du Pacifique sur la mondialisation a accueilli favorablement l'initiative MOCOR et a incité les dirigeants à rendre les engagements régionaux exécutoires au niveau national en envisageant un moratoire régional sur l'exploitation minière en eaux profondes. Un sujet qui divise la communauté du Pacifique depuis que certains gouvernements ont indiqué qu'ils autorisaient l'exploration et l’extraction [fr] de minéraux en eaux profondes, et cela malgré ses conséquences environnementales désastreuses potentielles.

Un autre moment marquant du Sommet océanique Mélanésien a été le lancement symbolique d'une « bouteille à la mer » contenant la déclaration d'engagement des peuples du Pacifique. En voici un extrait.

To the technocrats out there, to those of you who in haste for profit of today’s generation, squandering the prospect of young Moana’s generation.

Together, we stand not just as nations but as guardians.

Guardians of a shared ocean that feeds our people, carries our stories, and connects every island across our Pacific Ocean.

The ocean does not belong to us. We belong to the ocean.

One people. One ocean. One future. Wansolwara.

À vous, technocrates, à vous qui, dans votre quête effrénée de profit pour la génération d'aujourd'hui, gaspillez l'avenir de celle de la jeune Moana.

Ensemble, nous ne sommes pas seulement des nations, mais aussi des gardiens.

Des gardiens d'un océan commun qui nourrit nos peuples, raconte nos histoires et relie toutes les îles de notre océan Pacifique.

Il ne nous appartient pas. Nous appartenons à l'océan.

Un peuple. Un océan. Un avenir. Wansolwara.

Les nations mélanésiennes ont accepté de se réunir à nouveau dans deux ans lors d'un nouveau sommet pour faire le point et renforcer leurs engagements pour la protection de l'océan.


Les communautés LGBTQ+ de Hong Kong luttent pour leur survie dans un contexte de réduction de l'espace civique

Fri, 24 Jul 2026 20:42:55 +0000 - (source)

Les autorités de Hong Kong tolèrent les LGBTQ+, mais préféreraient qu'ils ne se montrent pas publiquement

Initialement publié le Global Voices en Français

HK pride

Les activités du mois des fiertés de Hong Kong se déroulent ce mois-ci à l'hôtel Eaton. Photo de gauche prise par Alex Huda et publiée dans la brochure d’Eaton Pride 2026. Usage loyal.

Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

Depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale (LSN) en 2020, la société civile de Hong Kong est confrontée à des défis croissants ces dernières années, comme des arrestations et des poursuites politiques, la dissolution d'ONG, la diminution des sources de financement et l'érosion du droit de manifester et de se réunir.

Le militantisme LGBTQ+ a également subi des répercussions négatives. Depuis 2023, la marche des fiertés de la ville a dû se tenir en intérieur, les organisateurs ne parvenant pas à trouver de lieux publics leur permettant de célébrer librement l'événement. Cette difficulté d'accès aux lieux a aussi contraint les organisateurs des Gay Games 2023 à réduire leurs activités et ceux du carnaval Pink Dot à déplacer l'événement en intérieur. Les groupes de défense des droits LGBTQ+ ont vu leurs financements provenant du gouvernement ou d'organismes caritatifs chuter drastiquement.

Pour comprendre comment les communautés LGBTQ+ de la ville sont affectées par le climat politique post-LSN, Global Voices a interviewé en face à face Peregrine (pseudonyme), un·e militant·e non-binaire qui a évoqué les défis qu'il a rencontrés, ses stratégies de survie et ses espoirs pour l'avenir.

GV: Comment expliquez-vous la répression des droits LGBTQ+ ces dernières années, en particulier depuis la promulgation de la LSN en 2020 ?

Peregrine : Les [personnes] LGBTQ+ faisaient partie intégrante du mouvement pour la démocratie à Hong Kong, les premières campagnes de la communauté se sont en effet déroulées sur le plan juridique et judiciaire, incluant notamment l'adoption de la Déclaration des droits, la dépénalisation des actes homosexuels entre adultes consentants en 1991, ainsi que des recours en justice contre les politiques discriminatoires du gouvernement à l'égard des couples de même sexe légalement mariés.

De nombreux avocats spécialisés dans les droits humains, qui agissaient pour le compte de la communauté LGBTQ+, étaient affiliés au mouvement démocrate, les deux mouvements allaient donc souvent de pair.

Avant l'introduction de la loi sur la sécurité nationale en 2020, certains groupes favorables au pouvoir en place, même la Fédération nationale des syndicats de Chine, avaient exprimé leur soutien aux droits LGBTQ+. Cependant, après l'adoption de cette loi et les arrestations massives de 47 militants pro-démocratie qui ont suivi, l'attitude [de ces groupes] a changé.

Ainsi, je considère que la répression des droits LGBTQ+ s'inscrit dans le cadre plus large de la répression visant le secteur pro-démocratie. Je ne pense pas que beaucoup de personnalités proches du pouvoir perçoivent les activités LGBTQ+, comme les Gay Games 2023 ou la marche des fiertés, comme une menace ; elles s'abstiennent simplement d'exprimer leur soutien parce que les droits LGBTQ+ étaient historiquement associés à l'agenda pro-démocratie. Je soupçonne également nombre d'entre elles de vouloir s'aligner sur la position de Pékin et de ne pas oser exprimer leur opinion par peur de commettre une erreur politique. Résultat, ce sont quelques voix ultra-conservatrices qui finissent par représenter l'ensemble de l'ordre établi.

Un autre problème réside dans le fait que les forces de l'ordre s'opposent désormais aux rassemblements publics liés à des revendications sociales ou politiques. La société civile tout entière est réduite au silence, et les [organisations] LGBTQ+ ne peuvent échapper à ce climat d'intimidation.

GV: Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont le nouvel ordre politique affecte la dynamique interne de la communauté LGBTQ+ ?

Peregrine : Comme personne ne sait où se situe la « ligne rouge », nos opinions sont plus partagées. Prenons l'exemple de la campagne pour le droit au mariage : alors qu'il était encore en détention dans le cadre de l'affaire des 47 militants, Jimmy Sham a dû faire face à des pressions internes émanant de quelques voix conservatrices accusant sa démarche de recours judiciaire visant à obtenir l'égalité en matière de mariage d'être trop aggressive. Par la suite, lorsque la Cour d'appel finale a rendu une décision favorable à la mise en place d'un cadre juridique pour les unions de même sexe, certains étaient satisfaits de ce résultat, tandis que d'autres ont insisté pour continuer à revendiquer le droit au mariage à part entière. C'est la raison pour laquelle nous n'avons organisé aucune célébration publique le jour J.

L'ironie de la situation est qu'après tous les efforts juridiques déployés pour inciter le gouvernement à instaurer un dispositif d'enregistrement des unions de même sexe, le Conseil législatif a rejeté le projet de loi gouvernemental en septembre 2025.

GV: Comment gérez-vous les  « lignes rouges » ?

Peregrine : Il est très difficile de naviguer entre ces lignes rouges dans le climat politique actuel. Même les partisans de l'ordre établi ne savent pas où elles se situent. Comme par exemple les Gay Games 2023. L'événement avait reçu le soutien de l'Office du tourisme de Hong Kong afin de promouvoir la ville comme une société ouverte et diversifiée. Cependant, les Jeux ont finalement bénéficié de peu de soutien gouvernemental et ont dû s'appuyer sur des infrastructures scolaires pour accueillir de nombreuses compétitions sportives. Un autre exemple est le carnaval en plein air annuel « Pink Dot », qui est considéré comme trop commercial par certains membres de la communauté LGBTQ+. Pourtant, même un événement aussi modéré a vu ses réservations de lieux annulées brutalement au cours des deux dernières années.

Après le 10e anniversaire du carnaval en septembre 2024, Pink Dot s'est vu brusquement refuser l'autorisation d'organiser l'événement en plein air par l'Autorité du district culturel de West Kowloon en 2025, puis par Link REIT en 2026, obligeant le carnaval à se tenir respectivement en ligne et en intérieur.

Peregrine : Nous sommes désormais aussi confrontés à une réaction de rejet mondiale à l'encontre des personnes LGBTQ+. Par exemple, l'année dernière au Kazakhstan, une loi interdisant la soi-disant « propagande LGBTQ+ » a été adoptée, considérant toute représentation positive d'une orientation sexuelle sortant de la norme comme de la « propagande ».

Quant aux autorités de Hong Kong, elles se contentent de respecter les normes minimales en matière de droits humains fixées par les Nations Unies, ce qui signifie qu'elles autorisent l'existence de la communauté, mais préfèrent que ses membres ne s'affichent pas publiquement. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas pu trouver de lieux publics pour nos activités.

La journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOT) est restée une activité LGBTQ+ visible publiquement, puisque des ONG de défense des droits LGBTQ+ installent des stands dans le quartier de Causeway Bay pour revendiquer l'égalité des droits des minorités sexuelles, grâce au soutien des consulats de pays européens.

GV: Quel impact la question des lieux de rassemblement a-t-elle sur le mouvement LGBTQ+ de Hong Kong ?

Peregrine : Une facette importante du mouvement LGBTQ+ consiste à encourager la communauté à faire son coming out avec fierté lors de défilés et de rassemblements, ce qui nous permet également de nous rencontrer en personne, de discuter de problèmes importants et d'établir un consensus. Ceux qui ne sont pas encore en paix avec leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ont besoin de se voir pour résoudre leurs conflits intérieurs. De plus, faire notre coming out en tenues sexy ou en drag-queens peut inciter le grand public à adopter une démarche inclusive. Mais nous n'avons plus l'espace pour le faire maintenant.

En 2023, le diffuseur de radio et de télévision financé par le gouvernement a également supprimé son émission « We are Family », lancée en 2006 pour sensibiliser les citoyens à la diversité sexuelle.

GV: De nombreux médias rapportent que les ONG LGBTQ+ subissent des coupes budgétaires. Avez-vous un point de vue d'initié sur la situation ?

Peregrine : Par le passé, outre les financements directs d'institutions publiques comme la Commission pour l'égalité des chances, les ressources destinées à renforcer la communauté LGBTQ+ provenaient aussi des activités de plaidoyer de grandes ONG et d'associations caritatives, celles-ci réaffectaient des subventions allouées à la santé et aux services sociaux à des actions de défense des droits, comme l'autonomisation de la communauté. Ces dernières années, la plupart de ces institutions ont réduit leurs activités de plaidoyer par crainte de perdre le soutien du gouvernement pour leurs autres missions. 

GV: Quels espaces restent-ils pour le militantisme LGBTQ+ ?

Peregrine : Je m'attends à ce que le militantisme LGBTQ+ devienne très individualisé. En fait, sur les réseaux sociaux, en particulier sur Threads, les contenus LGBTQ+ positifs ne manquent pas, et lorsque les discussions ont lieu, on voit apparaître des groupes de personnes partageant les mêmes idées sur les réseaux. J'appellerais ces groupes des « espaces queers ». Néanmoins, en raison des algorithmes, ils restent peu visibles pour ceux qui n'appartiennent pas à ce cercle.

On peut dire que nous sommes contraints d'évoluer dans une semi-clandestinité, et nous devons continuer à élargir ces espaces souterrains en creusant nos propres « terriers de lapin » virtuels et physiques, afin de bâtir une tribu urbaine fondée sur l'entraide, à l'image de la culture ball new-yorkaise des XIXe et XXe siècles.

GV: Avez-vous des espoirs pour l'avenir du mouvement LGBTQ+ à Hong Kong ?

Peregrine : Bien avant la dépénalisation de l'homosexualité à Hong Kong dans les années 1990, la communauté LGBTQ+ avait déjà trouvé des moyens de survivre. Actuellement, l'acceptation de la diversité sexuelle par le public reste élevée, et il existe toujours des lieux privés où nous pouvons organiser des activités à plus petite échelle, comme des festivals de films LGBTQ+. Ce dont nous avons besoin, c'est que chaque individu prenne la responsabilité de défendre cet espace en participant aux événements LGBTQ+ et en faisant des dons aux groupes de défense des droits. Nous ne pouvons plus nous contenter d'être bénéficiaires sans contrepartie.

Bien que les autorités cherchent à marginaliser davantage la communauté LGBTQ+, elles ne peuvent nier notre existence. Même en Chine, malgré la répression sévère visant la communauté LGBTQ+, le pays a inauguré sa première clinique dédiée aux transgenres en 2024, a autorisé la Semaine de la diversité à Pékin pour marquer la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOT) en 2025, et a permis aux femmes célibataires d'accéder à l'insémination artificielle. Si Hong Kong souhaite demeurer une ville internationale, elle doit faire bien mieux que cela.


Le gouvernement malaisien remplace le terme « LGBT » par « culture déviante »

Fri, 24 Jul 2026 20:27:37 +0000 - (source)

Les autorités ont déclaré vouloir empêcher la « normalisation » de la culture LGBTQ+

Initialement publié le Global Voices en Français

Malaysia march with Pride flag

Un participant à une marche publique brandissant un drapeau de la Fierté en Malaisie. Photo : ARTICLE 19, CC BY-NC-SA 2.5

Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.

Un responsable malaisien a annoncé que le gouvernement cesserait d'utiliser le terme « LGBT » pour le remplacer par « budaya songsang », qui signifie « culture déviante » en malais, reflétant ainsi l'intensification de la discrimination que subissent les personnes LGBTQ+ dans le pays.

Lors d'une session parlementaire en février, Marhamah Rosli, vice-ministre auprès du Premier ministre (chargée des affaires religieuses), a déclaré que l'abandon de ce terme influencerait les algorithmes en ligne et empêcherait ainsi la « normalisation » de la culture LGBTQ+.

« Plus nous le prononçons, l'écrivons ou l'évoquons [le terme LGBT], plus les contenus qui y sont liés surgissent. Sans nous en rendre compte, nous en faisons la promotion », a-t-elle affirmé.

Bien que sa population soit majoritairement musulmane, la Malaisie est réputée pour son approche modérée dans l'application des lois islamiques. Cependant, ces dernières années, des musulmans radicaux ont fait pression avec insistance pour une application stricte et une intégration des enseignements islamiques dans la gouvernance.

Cette situation a entraîné de fréquentes attaques visant la communauté LGBTQ+. Justice for Sisters a rapporté qu'en 2025 seulement, environ 307 personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en vertu de lois fédérales et étatiques. Un rapport d'Amnesty International a révélé qu'entre 2020 et mai 2025, 13 publications abordant des thèmes ou des contenus LGBTQ+ avaient été interdites. Le rapport souligne également que près de 48 % des personnes LGBTQ+ interrogées avaient déclaré devoir modérer leurs propos ou s'autocensurer par crainte pour leur sécurité.

Un programme de bien-être destiné aux personnes LGBTQ+ a été contraint d'annuler une activité en janvier après avoir été signalé à la police et aux autorités pour une prétendue promotion de « comportements sexuels déviants ». Le même mois, le sultan de Selangor a banni toutes les « activités LGBTQ+ ».

Dans un communiqué, Justice for Sisters a critiqué la décision de remplacer le terme LGBTQ+, la qualifiant d'« escalade dangereuse de désinformation et d'hostilité sponsorisées par l'État à l'encontre des personnes LGBT ».

Le terme budaya songsang déshumanise les personnes LGBT, alimente la désinformation et renforce la croyance dangereuse selon laquelle des personnes devraient être « corrigées ». Il contribue directement à la violence, à la discrimination ainsi qu'aux atteintes à la dignité et à l'égalité, en violation des articles 5 et 8 de la Constitution fédérale.

Qistina Johari, militante au sein d'Amnesty International Malaisie, a averti que ce nouveau terme risquait de légitimer et d'amplifier la haine et la discrimination à l'encontre de la communauté LGBTQ+.

Nous condamnons fermement cette décision consternante du gouvernement. Lorsque des représentants de l'État qualifient les personnes LGBTI de « déviantes », ils ne défendent pas la moralité — ils légitiment la haine et la discrimination envers un groupe extrêmement vulnérable. Les paroles des dirigeants ont du poids et des conséquences bien réelles.

Dans un article rédigé pour l'East Asia Forum, Vilashini Somiah, maître de conférences au programme d'études sur le genre de l'université de Malaya, a souligné que le Premier ministre Anwar Ibrahim cherchait peut-être à « apaiser ses partenaires de coalition islamistes conservateurs en amont des élections législatives ».

Son gouvernement évolue dans un environnement complexe où la consolidation de sa base politique peut primer sur les engagements en matière de droits humains. Les pressions ethno-religieuses ont détourné sa fragile coalition de la voie des réformes, et ont fait de la communauté queer un bouc émissaire à faible coût électoral, qui sert de diversion ou de démonstration d'autorité morale.

Anwar, ancien chef de l'opposition, a accédé au pouvoir en proposant un programme de réformes, mais ses détracteurs ont exprimé leur déception face à son incapacité à tenir ses promesses électorales.

Sur le réseau social X, l'utilisatrice Elsie Low a souligné l'attention disproportionnée portée au contrôle des identités plutôt qu'à la lutte contre la corruption au sein de l'administration.

Ainsi, la Malaisie remplace officiellement le terme « LGBT » par « culture déviante » pour « empêcher la normalisation ». Bizarre que cette même énergie ne soit pas déployée contre la corruption. Depuis quand la corruption fait-elle partie de notre culture «normale » alors que l'identité est qualifiée de « déviante » ?

Channel News Asia a interviewé Mitch Yusof, membre de SEED, une organisation dédiée à la communauté transgenre, sur la manière dont ils s'adaptent à la surveillance accrue et aux menaces émanant du gouvernement et de ses partisans conservateurs.

Nous réfléchissons davantage à notre façon de dire les choses… qu'il s'agisse de la façon dont nous présentons publiquement les programmes, du langage que nous utilisons sur les réseaux sociaux ou de la manière dont nous partageons des informations sensibles.

Cela nous permet de garder le contrôle et d'éviter les risques inutiles. Nous mettons plus l'accent sur la sensibilisation aux risques auprès du personnel et des membres de la communauté, afin que chacun comprenne le contexte dans lequel nous évoluons.

Malgré les inquiétudes soulevées par les organisations de défense des droits humains, les autorités ont continué de mener des raids ciblant la communauté LGBTQ+. En mai, la police a interpellé 51 hommes lors d'un raid dans un hôtel de Kuala Lumpur, les soupçonnant d'avoir participé à une « soirée gay alimentée par la drogue ».


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