
Même avant la nouvelle série de lois, le taux d'acceptation était très faible
Initialement publié le Global Voices en Français
Il n'y a pas de statistiques précises sur les réfugiés LGBTQ+ russes demandant l'asile dans l'Union européenne. Cependant, même avant l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne sur la migration et l'asile en juin 2026, le taux d'acceptation était très faible. Selon Novaya Gazeta Europe, sur les 8 000 demandes d'asile déposées par des réfugiés russes en 2024, l'Office fédéral pour la migration et les réfugiés en Allemagne (BAMF) n'en a accordé que 414, en a rejeté 3 652 et en a mis 4 000 en attente d'informations complémentaires, soit une baisse de 19 % par rapport à 2023.
La Russie a adopté trois lois visant à restreindre les droits des personnes queers. En 2022, elle a étendu la loi de 2013 interdisant la « propagande LGBT » ; parler publiquement des personnes queers est devenu illégal (la première version de la loi mentionnait l'interdiction de la propagande LGBTQ+ auprès des enfants). L'année suivante, les législateurs russes ont interdit la transition de genre, privant ainsi les personnes trans d'accès aux soins médicaux. À l'époque, des experts avaient prévenu que cette loi entraînerait une hausse des suicides ; les associations de soutien ont constaté une forte augmentation des demandes d'aide psychologique, juridique et pratique.
Enfin, début 2024, l'inexistant « mouvement international LGBT » a été reconnu comme organisation extrémiste en Russie, rendant la vie dans le pays plus dangereuse pour les personnes ouvertement queers. Cette mesure expose la défense des droits des personnes LGBTQ+ à des poursuites pénales. Le premier procès pour « extrémisme LGBT » est actuellement en cours à Orenbourg : plusieurs personnes risquent jusqu'à dix ans de prison pour avoir simplement travaillé dans un club gay local. De nombreux militants ont été contraints de quitter la Russie, craignant des poursuites passibles de lourdes peines d'emprisonnement.
Désormais, le nouveau Pacte sur la migration et l'asile, un ensemble de réglementations modifiant les règles applicables aux demandeurs d'asile en Europe, vise à garantir un traitement plus rapide des dossiers aux frontières extérieures et dans les aéroports, avant l'admission des personnes sur le territoire de l'UE. Il permettra des rejets et des renvois plus rapides, et renforcera les contrôles de la circulation au sein de l'Union européenne. Pour les défenseurs des droits humains, cela signifie que protéger les personnes va devenir beaucoup plus compliqué, puisque les demandeurs d'asile sont confinés aux zones frontalières.
Par ailleurs, le règlement introduit la notion de soi-disant « pays tiers sûrs », c'est-à-dire des États hors de l'UE par lesquels un demandeur d'asile est entré dans l'Union et où il aurait pu solliciter une protection internationale. En d'autres termes, si un migrant aurait pu demander l'asile dans un tel pays, les États membres de l'UE peuvent refuser d'examiner sa demande et le renvoyer dans ce pays. Cette liste de pays d'origine soi-disant « sûrs », qui inclut le Bangladesh, la Colombie, l'Égypte, l'Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, a déjà été approuvée par le Parlement. Les pays candidats à l'adhésion à l'UE, tels que l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie, la Moldavie, le Monténégro, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Turquie et l'Ukraine, y sont généralement inclus, sous réserve de certaines exceptions (par exemple en cas de conflit armé).
Cependant, il y a aussi une disposition permettant aux États membres de l'UE d'établir des listes de pays tiers sûrs en tenant compte d'autres critères, comme les accords bilatéraux. De tels accords existent actuellement avec la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Un avocat travaillant avec l'ONG SK SOS, qui aide les personnes LGBTQ+ à fuir les pays de la Ciscaucasie, affirme que le risque principal de la législation réside dans cette liste encore non publiée des « pays tiers sûrs ». Si des citoyens russes transitent par ces pays, ils pourraient être soumis à une procédure d'examen accélérée et se voir refuser le statut de réfugié.
Il deviendra donc plus difficile pour les demandeurs d'asile d'entrer dans les pays de l'UE et d'y solliciter une protection internationale. L'accélération des délais d'examen implique également des refus plus rapides et plus fréquents dès le début de la procédure. Ce même avocat conseille vivement aux demandeurs d'asile de fournir des preuves solides de persécution dans leur pays d'origine et une explication claire des raisons pour lesquelles les « pays tiers » par lequels ils sont entrés ne peuvent pas être considérés comme sûr.
Stephen Phillips, chercheur postdoctoral à l'Institut des droits de l'homme de l'Université Åbo Akademi en Finlande, a confié à Global Voices dans une interview par mail, que puisque la Russie ne figure pas sur la liste des pays d'origine sûrs de l'UE, les demandeurs d'asile russes continuent de faire l'objet d'une évaluation individuelle. Cependant, la Russie est désormais soumise à la nouvelle règle autorisant des procédures accélérées pour les demandes d'asile émanant de pays où le taux de reconnaissance de la protection européenne est inférieur ou égal à 20 %.
« Des procédures de traitement et de passage des frontières plus rapides peuvent compliquer la préparation d'un dossier », explique-t-il, « mais cela n'entraîne pas un refus automatique. Le risque majeur est que les demandeurs vulnérables aient plus de difficultés à présenter des arguments complexes. Ils pourraient ne pas avoir la possibilité de fournir des arguments et des preuves supplémentaires, et la qualité de la prise de décision pourrait s'en trouver affectée par des procédures d'asile plus rapides. » Phillips ajoute qu'il est important de noter que le droit de l'UE en matière d'asile reconnaît depuis de nombreuses années la persécution fondée sur l'orientation sexuelle, l'identité de genre et l'appartenance à un certain groupe social. La Russie a fait l'objet d'une documentation approfondie concernant sa législation et les persécutions anti-LGBTQ+ qui, selon lui, « restent très pertinentes pour l'évaluation d'une demande d'asile individuelle ».
Bien que le fondement juridique permettant aux citoyens russes LGBTQ+ d'obtenir l'asile reste inchangé, Phillips souligne que « la qualité des preuves, la représentation juridique et la capacité à présenter efficacement sa demande pourraient devenir encore plus importantes dans le cadre des procédures accélérées ».
Même si certains pays figurent sur la soi-disant liste des « pays tiers sûrs », les réfugiés LGBTQ+ peuvent ne pas les considérer comme tels. Le Kazakhstan, par exemple, a adopté des lois contre la « propagande » LGBTQ+ en 2025 ; en Ouzbékistan, l'article 120 du Code pénal criminalise les relations sexuelles entre hommes. En Géorgie, une loi de 2024 restreint l'expression, la liberté d'union, la reconnaissance des familles, les soins d'affirmation de genre et les représentations publiques des personnes LGBTQ+ ; en Arménie, on y signale des cas de harcèlement, de menaces de pressions familiales, de diffusion de vidéos intimes et d'hostilité institutionnelle.
Une organisation attire l'attention sur la nécessité d'une réglementation face aux cas de violence sexiste
Initialement publié le Global Voices en Français

Image créée sur Canva par Global Voices.
Cet article fait partie de la série «Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En novembre 2023, un groupe de parents d'élèves d'une école à Rio de Janeiro a signalé à la police que des adolescents créaient et partageaient des images de nus générées par intelligence artificielle (IA) mettant en scène d'autres élèves. Moins d'un an plus tard, en septembre 2024, dans l’État de Bahia, un autre groupe d'adolescents a également été soupçonné d'utiliser l'IA pour créer des images pornographiques d'autres élèves, tandis que dans l'État du Mato Grosso, des élèves ont été exclus après avoir partagé dans des communautés pornographiques sur les réseaux sociaux des images IA représentant un professeur et d'autres élèves.
Ce ne sont là que quelques exemples de cas récents rapportés par les médias brésiliens et mentionnés dans une note technique publiée début avril 2026 par le centre de recherche indépendant Internetlab. Ce document vise à discuter des « moyens de lutter contre la violence en ligne à l'encontre des filles et des femmes au Brésil » et à recommander des discussions réglementaires adaptées au contexte national.
Selon le Forum brésilien de sécurité publique, rien qu'en 2025, le Brésil a enregistré 1 568 féminicides, soit une augmentation de 4,7 % par rapport à l'année précédente et le chiffre le plus élevé depuis la signature de la loi criminalisant ce type de crime, dix ans auparavant. La recrudescence des violences sexistes relayée par les médias a provoqué des manifestations fin 2025. Par ailleurs, la multiplication des contenus misogynes en ligne « alimente ces violences », rapporte Deutsche Welle.
Pour Clarice Tavares, directrice de recherche chez Internetlab et co-auteure de la note technique, interrogée par Global Voices, les violences sexistes, en ligne comme hors ligne, s'inscrivent dans une même structure misogyne : elles coexistent et son interdépendantes. « Nous traversons une période complexe de recrudescence des violences faites aux femmes, et les politiques publiques doivent prendre en compte ces contextes spécifiques », analyse-t-elle.
Abordant la question de l'intelligence artificielle et des questions de genre, Tavares souligne que les bases de données utilisées par les plateformes peuvent être biaisées et, par conséquent, influencer leurs résultats. Internetlab a choisi d'examiner la violence liée à l'IA dans sa note technique, explique-t-elle, en raison de son impact plus large et de la possibilité de la combattre par une réglementation appropriée.
Entre autres choses, le document d'Internetlab souligne les risques associés aux « deepfakes à contenu sexuel non consensuel » et plaide pour que cette possibilité soit classée comme « risque excessif », notant que « ces technologies affectent les femmes et les filles de manière disproportionnée ».
Uma pesquisa conduzida pela Security Hero demonstrou que deepfakes sexualmente explícitas representam 98% de todos os vídeos de deepfake online, e que 99% das pessoas alvo desses conteúdos eram mulheres. A pesquisa também indicou um aumento de 464% do número de deepfakes sexuais entre 2022 e 2023.
Une étude menée par Security Hero a révélé que les deepfakes à caractère sexuel explicite représentent 98 % de toutes les vidéos deepfake en ligne, et que 99 % des personnes ciblées par ce type de contenu sont des femmes. L'étude a également indiqué une augmentation de 464 des deepfakes à caractère sexuel entre 2022 et 2023.
Bien que Tavares affirme que le problème ne se limite pas à une seule plateforme, elle cite Grok, l'IA intégrée à X, comme la partie émergée de l'iceberg, exposant un problème plus vaste déjà répandu en ligne.
Je pense que cette affaire mérite toute notre attention, car l'IA qui a permis la création de ce type de contenu était déjà intégrée à son propre réseau social, ce qui a contribué à amplifier sa portée. C'était très flagrant. Je pense qu'il s'agit d'un problème systémique, mais le cas de Grok a rendu impossible de l'ignorer et de s'inquiéter de la situation actuelle. Il était évident que plusieurs failles existaient dans les outils et les plateformes qui ont permis à ces phénomènes de se produire à une telle échelle.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu des avancées législatives concernant les droits en ligne. L'année dernière, 11 ans après que Marco Civil da Internet — une loi qui constitue le cadre juridique brésilien des droits civiques sur Internet — a été signée, la Cour suprême fédérale (STF) a voté pour considérer l'un de ses articles partiellement inconstitutionnel. L'article 19 portait sur la responsabilité civile des plateformes quant aux contenus publiés par des tiers (utilisateurs). La majorité des juges a estimé que, dans le contexte actuel, cette norme était insuffisante pour protéger les droits fondamentaux et la démocratie.
« Il nous reste encore beaucoup à faire pour comprendre comment cette décision sera mise en œuvre. Un nouveau régime relatif à la responsabilité des plateformes a établi des règles de fonctionnement en attendant l'adoption d'une réglementation plus solide. Les plateformes ont désormais davantage d'obligations en matière de modération des contenus, la décision nous invite donc à repenser leur responsabilité et leurs obligations », explique Tavares.
Dans le contexte des violences sexistes en ligne, elle souligne également l'importance d'avoir une définition juridique de la misogynie pour mettre en œuvre la décision de la Cour suprême. « Nous souhaitons adapter cette décision aux politiques publiques et à la législation existantes en matière de violences sexistes, afin de les adapter à ce nouveau contexte de violence numérique » explique-t-elle.
L'analyse d'Internetlab mentionne une augmentation des projets de loi visant à criminaliser les comportements misogynes, le mouvement dit de la « pilule rouge » et la « manosphère », mais note que, bien qu'il s'agisse d'une étape importante pour lutter contre ce problème, le choix de la criminalisation comme la seule et unique solution pourrait limiter l'efficacité des stratégies de prévention et de réparation pour les victimes.
Leur recommandation concernant l'IA inclut, par exemple, la création de programmes d'enseignement sur la culture numérique afin de développer une analyse critique du fonctionnement des algorithmes, des plateformes, des outils d'intelligence artificielle et des autres éléments de l'écosystème numérique.
Quant aux plateformes, la note recommande l'adoption de mesures de sécurité dès la conception de leurs projets (sécurité intégrée), « afin de prévenir la création et la diffusion de ce type de contenu » qui cible principalement les femmes et les enfants. Les deepfakes à caractère sexuel non consensuel devraient être considérés comme un « risque excessif », leur utilisation et leur application devant être interdites, et des règles concernant la responsabilité et les obligations des plateformes numériques et des agents d'IA devraient être établies.
La Fondation Movember, une organisation de santé masculine, estime que deux tiers des jeunes hommes interagissent régulièrement avec des influenceurs prônant la masculinité en ligne. Un article publié par ONU Femmes indique que « les experts constatent que la popularité d'un discours extrémiste dans la sphère masculine non seulement normalise la violence à l'égard des femmes et des filles, mais est de plus en plus liée à la radicalisation et aux idéologies extrémistes ».
À l'approche des élections au Brésil, alors que des cas de vidéos générées par IA montrant des violences contre des électrices sont signalés, Tavares estime que de nouvelles dimensions de la violence politique sexiste doivent être prises en compte. « Avec la production de vidéos ou même les chatbots comme Gemini, ChatGPT, ou Claude, nous constatons que l'IA sera probablement utilisée comme un outil d'accès à l'information, et qu'elle pourrait engendrer des biais sexistes, reproduisant ainsi les violences sexistes et politiques. Nous cherchons encore à évaluer l'impact qu'elle peut et va avoir à l'avenir. »
Ancrés dans la tradition, les numéros sont souvent associés à l'homophobie dans le pays
Initialement publié le Global Voices en Français

Image créée par Global Voices sur Canva Pro
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en portugais.]
Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de juin 2026, « Diversité des genres ». Cette série présentera une perspective interne sur la diversité des genres, sur les persécutions rencontrées, les solutions de défense et les mesures de soutien qui existent à travers le monde. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.
La sélection nationale du Brésil va officiellement enregistrer un joueur qui portera un maillot avec le numéro 24 pendant la Coupe du monde de football de 2026 [fr].
La première apparition de l’iconique maillot jaune et vert [fr] avec le numéro 24 était il y a environ 4 ans pendant la Coupe du monde au Qatar.
Avant 2022, le règlement de la FIFA n'autorisait aux sélections que 23 joueurs pour leurs tournois officiels. Mais même quand un joueur supplémentaire était autorisé, et même en dehors des tournois officiels, le Brésil n'utilisait jamais le numéro 24.
Cette raison est expliquée par un contexte culturel venant d'un jeu de hasard illégal créé à Rio de Janeiro à la fin du 19ème siècle, le « Jogo do bicho (Jeu de l'animal) » [fr]. C'est un jeu de type loterie, qui a été interdit en 1946, et dont les fondateurs étaient liés à des organisations criminelles, et qui reste très répandu à travers le pays.
Les participants misent sur des numéros associés à des animaux et les gagnants sont tirés aléatoirement. Le numéro 24 correspond à « veado (le cerf) », qui au Brésil, renvoie à un terme insultant envers la communauté homosexuelle.
Il y a différentes histoires qui expliqueraient pourquoi « veado » aurait cette signification au Brésil. Dans un article publié par le journal UOL, il est dit que son origine pourrait venir de l'époque où le mot « desviado (détourné) » était utilisé pour parler de la communauté queer, ou du film d'animation de Disney « Bambi » [fr] sorti en 1942. La communauté LGBTQ+ s'est réappropriée le terme anciennement dénigrant au fil des années.
Durant la Copa America de 2021, ce contexte traditionnel est devenu un sujet de controverse. La sélection brésilienne était la seule des 10 équipes sud-américaines à ne pas avoir de numéro 24, et ce même en ayant 24 joueurs sélectionnés. Le groupe d'activistes Arco-Íris, signifiant « Arc-en-ciel » en portugais, a poursuivi en justice la Confédération brésilienne de football (CBF) en raison de l'absence du numéro 24, demandant qu'il soit porté pendant la finale, affirmant que ça enfreignait les règles anti-discrimination de la FIFA. Ils avaient déclaré :
O fato da numeração da seleção brasileira pular o número 24, considerando a conotação histórico-cultural que envolta esse número de associação aos gays, deve ser entendido como uma clara ofensa à comunidade LGBTI+ e como uma atitude homofóbica.
Le fait que cette liste des numéros de maillot de la sélection nationale brésilienne omet le 24, en considérant sa connotation historico-culturelle, et son association avec la communauté homosexuelle, doit être vu comme une offense évidente et homophobe envers la communauté LGBTI+.
La CBF a répondu qu'il n'était plus possible de changer les numéros déjà attribués aux joueurs durant cette compétition en raison du règlement mis en place par la Confédération sud-américaine de football (CONMEBOL [fr]), et aussi que la poursuite était classée. Une étude du journaliste Folha de S.Paulo, qui compare le Brésil avec 11 autres pays, démontre que le numéro 24 est utilisé 4 fois plus souvent à l'étranger que dans les championnats de football brésiliens.
Un peu plus d'un an après, lors de la Coupe du monde de 2022 au Qatar, la première compétition ayant été autorisée à avoir 26 joueurs sélectionnées par la FIFA, la sélection brésilienne a enfin attribué le numéro 24 à un de ses joueurs pour la première fois dans une compétition officielle, c'est le défenseur Gleison Bremer jouant pour la Juventus en première division d'Italie, qui se l'est vu attribué. Il a été questionné sur ce que pour lui ce numéro signifiait, et il a répondu : « C'est un numéro de maillot comme les autres. Le plus important est d'être à la Coupe du monde ».
Cette fois-ci, le numéro sera porté par Roger Ibañez, défenseur de 27 ans qui joue pour le club de Al-Ahli en première division d'Arabie-Saoudite.
Eu nem lembro quem foi o último camisa 24 do Brasil antes do Ibañez.
Só a fonte que não ajudou, parece que ele é o camisa Z4. pic.twitter.com/qGOCb18LNO
— Pedro Sobreiro (@pedro_sobreiro) April 1, 2026
Je ne me souviens même pas qui a porté le numéro 24 du Brésil avant Ibañez.
En plus la police n'aide pas, on dirait qu'il porte le numéro Z4.
pic.twitter.com/qGOCb18LNO
- Pedro Sobreiro (@pedro_sobreiro) 1 avril 2026
Étant un « gaúcho », quelqu'un né dans l'État du Rio Grande Do Sul, celui le plus au sud du Brésil, Ibañez est un supporter du Grêmio FBPA, club fondé [fr] dans la capitale de l'État Porto Alegre en 1903. Dans les années 70, ce club est devenu l'un des premiers à avoir un groupe de supporters LGBTQ+, le Coligay. Le nom est un mélange du nom d'un night-club qui appartient à un supporter du Grêmio, le Coliseu, où le groupe se retrouve, et de leur orientation sexuelle. L'idée vient de Volmar Santos, le propriétaire du night-club et d'un ultra « gremista » qui a toujours été voir les matchs au Stade Olímpico, même quand les autres supporters semblaient être démotivés par la longue série de mauvais résultats de l'équipe. C'était en 1977, quand le Brésil était sous dictature militaire (1964 à 1984) [fr], qui oppressait aussi la communauté LGBTQ+.
Une fois que le groupe de supporters Coligay est arrivé au stade, les gradins se sont transformés en une vraie fête, au rythme de la musique, avec des costumes aux trois couleurs du club et des chants continus. Santos a pu raconter plusieurs fois, qu'au début du groupe Coligay, ils ont dû faire face à des insultes et à des agressions physiques. Il a même été forcé à un moment d'engager des agents de sécurité et de faire enseigner le karaté aux membres pour se défendre. Mais une fois que le club a recommencé à gagner des matchs et des titres, ils ont été intégrés en tant qu'élément important de la communauté des supporters. Santos est décédé en janvier dernier.
Il y a maintenant de nombreux collectifs LGBTQ+ au sein des groupes de supporters dans beaucoup de clubs au Brésil, mais depuis, aucun n'a été un aussi grand phénomène que le Coligay. Grêmio et son rival historique, le Sport Club Internacional, font partie des clubs qui n'ont pas de collectif queer organisé.
En 2020, un collectif national formé par les groupes de supporters LGBTQ+ de plusieurs clubs brésiliens, le Coletivo de Torcidas Canarinhos LGBTQ+, a créé l'Observatoire de la LGBTphobie dans le football pour relever les cas de discrimination.
Leur dernier rapport examine combien d'équipes ont eu un joueur qui a porté le numéro 24 pendant la Copinha, une compétition ouverte aux équipes de moins de 18 ans qui s'est déroulée à São Paulo en 2025. Seulement 32 équipes sur 128 participantes en avaient un. D'après l'Observatoire, ce nombre a été réduit de 6 équipes comparé aux années précédentes. Le journaliste et fondateur des Canarinhos, Onã Rudá, affirme que l'étude qui a été menée pendant la Copinha a été faite pour montrer que ce préjugé est transmis aux enfants dès leur plus jeune âge :
Por que pular o número 24? Esse é o ponto. Pula-se por causa da cultura homofóbica. A ausência dele denuncia um tipo de homofobia que está estruturada nas instituições, na cultura, na semiótica, na estética do futebol. Quando o clube passa a ter alguém que usa esse número, não significa que seja menos homofóbico, mas a ausência dele é um problema porque ela é a negação de uma identidade.
Pourquoi ils n'utilisent pas le numéro 24 ? C'est ça la vraie question.
Ils l'omettent à cause de cette culture homophobe. L'absence de ce numéro démontre une forme d'homophobie ancrée dans les institutions, la culture, la sémiotique et la pensée même du football. Quand un club fait porter son numéro 24, cela ne veut pas dire que tout est soudainement moins homophobe, mais son absence est un problème car elle représente un refus identitaire.
Rudá dit que le football est l'une des activités sociales les plus importantes du pays et qu'il fait partie de son identité nationale. C'est un point commun pour la population, du Nord au Sud malgré des différences culturelles régionales sur un territoire aux dimensions continentales, comme il l'a déclaré à GV :
O futebol tem responsabilidade social. É engraçado ouvir quem diz que futebol e política não se misturam, pessoas que assistiram a regimes como a ditadura militar, utilizarem o futebol para se promover. Então, o futebol tem uma relação com as mais variadas atividades sociais do povo brasileiro e tem um papel a cumprir: ele pode ser uma válvula provocadora de grandes mudanças — como contra LGBTfobia, questões de violência de gênero, entre outros.
Le football porte une responsabilité sociale. C'est marrant d'entendre des gens dire que le football et la politique ne peuvent pas être mélangés. Les mêmes qui ont regardé la dictature militaire se servir du football pour se mettre en avant. Le football est donc bien lié à diverses activités sociales du peuple brésilien et a un rôle à jouer. Il peut être l'élément déclencheur qui peut mener à de grands changements, notamment contre la LGBTphobie, les violences sexistes et bien plus.
Ce qui manque aux données manque aussi au récit.
Initialement publié le Global Voices en Français

Cliché du film ‘ìfé,’ utilisé avec permission.
Par Pamela Adie
Cet article fait partie de la série « Perspectives humaines sur l'IA » d'avril 2026, publiée par Global Voices. Cette série vise à explorer l'utilisation de l'IA dans les pays de la majorité mondiale, comment son utilisation et son exécution affectent des communautés individuelles, ce que cette expérience implique pour les générations futures, et bien plus encore. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En 2020, peu après la sortie de mon film « ìfé, » sur l'histoire d'amour entre deux femmes, le directeur de la Commission nationale de censure cinématographique et vidéo du Nigéria est passé sur les chaînes d'information internationales et a dit que mon équipe et moi-même risquions d'être arrêtées.
Ce n'était pas un avertissement vague. C'était direct et public, délivré sur CNN. Pour de nombreux cinéastes queer au Nigéria, cela a confirmé ce que nous savions déjà : raconter nos histoires peut avoir de graves conséquences.
Mais il existe une autre conséquence qui est moins visible. Au-delà de la censure et des risques, se pose la question de ce qui arrive lorsque ces histoires ne sont jamais intégrées aux systèmes qui façonnent de plus en plus la production du savoir.
Avec l'intégration croissante de l'intelligence artificielle (IA) dans l'organisation et la recherche d'informations, la visibilité ne se limite plus au public ; elle concerne aussi les données. Les histoires accessibles au public et largement diffusées sont celles qui ont le plus de chances d'être intégrées aux bases de données servant à entraîner les systèmes d'IA. Ce qui reste caché ou fragmenté a beaucoup moins de chances d'y figurer.
Dans des contextes comme celui du Nigéria, où les récits queer sont déjà soumis à des contraintes, cela crée une nouvelle forme d'exclusion. Ces histoires sont non seulement difficiles à raconter ; elles ont aussi moins de chances d'être reflétées dans les systèmes qui façonneront la compréhension de la vie queer à l'avenir.
Les systèmes d'IA ne font pas la distinction entre ce qui est absent et ce qui a été activement supprimé. Ils apprennent à partir des données disponibles et reproduisent ces schémas à grande échelle. Lorsque les récits queer sont absents ou sous-représentés, cette absence s'inscrit dans l'histoire.
La question ne porte donc plus seulement sur la visibilité dans le présent. Il s'agit de savoir si ces histoires seront lisibles par les technologies qui façonnent déjà la mémoire culturelle.
Parfois, les risques sont immédiats. À Lagos, la police a perquisitionné l'espace de travail d'Oluwatimileyin Kayode, l'organisateur de la Marche des Fiertés de Lagos, suite à une plainte. Peu après, il a perdu cet espace ; le propriétaire a jugé le risque trop important. La disparition de ces lieux entraîne celle des traces qu'ils auraient pu produire — des traces qui contribueraient à documenter la vie queer et, de plus en plus, d'alimenter les systèmes d'apprentissage automatique.
Une grande partie de ce travail ne passe pas par les circuits de distribution officiels. Il circule lors de projections privées, via des liens protégés par mot de passe, dans les festivals de cinéma et par le bouche-à-oreille. Certains films ne sont projetés qu'une seule fois et ne sont jamais diffusés publiquement. D'autres restent inachevés faute de financement ou sont volontairement limités pour éviter d'attirer l'attention.
Ce sont des stratégies de survie indispensables. Mais elles signifient aussi que ces œuvres restent largement invisibles pour les infrastructures de données qui alimentent les systèmes d'IA.
La distribution elle-même devient une négociation. La réalisatrice Chinazaekpere Chukwu a opté pour une approche stratégique avec son film « Ti E Nbo », en commençant par les festivals internationaux. Après sa projection au Festival international du film africain en 2023, le film fut refusé par d'autres festivals nigérians. Il trouva ensuite sa place auprès du public grâce à un partenariat de diffusion en ligne au Ghana et acquit une reconnaissance internationale. Ce n'est qu'à ce moment-là que les festivals nigérians commencèrent à s'y intéresser.
Son expérience reflète une tendance plus générale : les programmateurs locaux sont souvent sensibles à la validation internationale avant d'accorder une visibilité au cinéma national. Pour les cinéastes dont les œuvres ne sont pas diffusées à l'international, le chemin se rétrécit encore davantage, aussi importantes que soient leurs histoires.
Parfois, les interventions les plus efficaces sont discrètes. Le film « ìfé » dépeignait l'amour entre deux Nigérianes de façon ordinaire, au quotidien — sans enjolivement ou explication. Il ne plaidait pas pour l'acceptation ; il existait, tout simplement. Le public a réagi avec une reconnaissance rarement observée dans les médias locaux. Le film a suscité un vif intérêt en ligne et dans la presse, offrant un rare moment où l'amour queer était présenté comme faisant partie de la vie de tous les jours.
Dans le cadre de mon travail avec The Equality Hub, nous avons tenté de développer cette approche à travers EhTv Network, une plateforme de streaming dédiée aux histoires queer africaines, indépendante de tout contrôle étatique. Sa durée de vie fut éphémère, faute de financement, mais elle a mis en lumière l'urgence et la difficulté de créer des plateformes indépendantes pour ces récits. Nous la réinventons aujourd'hui comme une plateforme d'archives et de découverte.
Ce type de travail est important car les systèmes d'IA sont entraînés sur de vastes volumes de contenus numérisés et accessibles au public. En théorie, cela crée une représentation générale du monde. En pratique, cela reflète les inégalités existantes quant à ce qui est vu et préservé.
Pour les personnes queer qui racontent des histoires au Nigéria, beaucoup de leurs récits n'atteignent jamais une telle visibilité. Ils demeurent confinés dans des archives privées, des projections limitées ou des formes fragmentaires. Ce qui parvient au public ne représente souvent qu'une infime partie de l'ensemble.
Lorsque les systèmes d'IA sont entraînés sur des données incomplètes, ils ne se contentent pas de refléter ces lacunes — ils les renforcent. Un utilisateur qui s'informera sur la vie queer au Nigéria risque de tomber sur une version partielle de la réalité ou dépourvue de perspectives essentielles, non pas parce que ces histoires n'existent pas, mais parce qu'elles n'ont jamais été largement recueillies. Ainsi, les formes existantes de marginalisation se perpétuent dans les nouveaux systèmes. Ce qui manque aux données manque aussi au récit.
Le récit prend alors une importance nouvelle. Au Nigéria, il a longtemps été un moyen de résister à l'invisibilisation sociale. Dans le contexte de l'IA, il devient également un moyen de garantir que ces histoires soient documentées et accessibles, de manière à façonner les connaissances futures.
Vu de cette façon, le récit queer n'est pas seulement un travail créatif — il est aussi fondamental. Chaque récit contribue à ce qui peut être connu, par qui et, de plus en plus, par quels systèmes. Le défi consiste non seulement à raconter ces histoires, mais aussi à veiller à ce qu'elles soient préservées et rendues visibles de manière à résister à l'invisibilisation sociale et algorithmique.
L'IA ne fera pas la différence entre le silence et la répression. Elle n'apprendra que de ce qui est accessible.
Et dans un monde où tant de choses sont filtrées, ce qui reste invisible aujourd'hui risque de devenir ce dont on se souviendra demain. La question n'est donc pas de savoir si ces histoires ont de l'importance.
Il s'agit de savoir si elles seront suffisamment visibles pour influencer la mémoire collective.
Ce qui fera du projet la plus grande zone marine protégée transfrontalière au monde
Initialement publié le Global Voices en Français

Des récifs coralliens en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo prise par Brocken Inaglory. Disponible sur Wikimedia Commons. CC BY-SA 3.0
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet redirigent vers des pages en anglais.]
Ce billet fait partie de la série Spotlight de Global Voices de mai 2026, « Une crise mondiale, des solutions locales ». Cette série présentera des histoires de lutte et d'actions pour le climat réussies, un regard sur la façon dont les communautés de l'hémisphère sud font face à la crise, des analyses sur l'impact potentiel de cette situation sur les générations futures, et bien plus. Vous pouvez soutenir ces reportages en faisant une donation ici.
La Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Fidji et le Vanuatu ont trouvé un accord pour étendre et relier leurs zones marines protégées, confirmant leur engagement d'accorder la priorité à la santé des océans et à l'environnement.
Cette initiative a été annoncée lors du tout premier Sommet océanique Mélanésien en mai 2026, qui a eu lieu à Port Moresby, capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
La Mélanésie est une région du Pacifique.
Ce réseau de réserves marines est appelé le Corridor océanique mélanésien des réserves (Melanesian Ocean Corridor of Reserves ou MOCOR ), qui a été créé par les trois États du Pacifique « afin de former un front mélanésien uni en ce qui concerne la gouvernance des océans, qui se concentre sur la protection intégrale de nos écosystèmes marins fragiles tout en renforçant les conditions de vie culturelles et économiques de nos communautés côtières. »
Le MOCOR est le dernier exemple en date mis en place par les pays du Pacifique pour lutter contre les graves conséquences du changement climatique. La région a historiquement toujours généré peu d'émissions de carbone. Pourtant, c'est elle qui subit le plus de conséquences extrêmes du changement climatique, et beaucoup de ses communautés insulaires sont confrontées à la menace de la montée des eaux et à la destruction des récifs coralliens.
Ces réserves marines interconnectées couvriront pas moins de six millions de kilomètres carrés, ce qui fera du projet la plus grande zone marine protégée transfrontalière au monde.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, la zone marine protégée Western Manus pourrait couvrir plus de 214 000 kilomètres carrés dans la Mer de Bismarck, ce que le gouvernement estime que cette zone fera presque la taille du Royaume-Uni. Cela représente 9% de la zone économique exclusive du pays.
Le Vanuatu a annoncé attribuer à l'initiative du MOCOR 70 000 kilomètres carrés de la zone marine protégée nationale de Torba, soit une zone de la taille de l'Irlande. Cela représente 10% de sa zone économique exclusive.
Les Fidji se sont engagées à attribuer 15 % de leurs eaux dans l'initiative du MOCOR cette année et à étendre celle-ci au fil des cinq prochaines années.
Jotham Napat, Premier ministre de Vanuatu, a souligné l'importance de protéger l'océan. Il a déclaré : « Nous ne sacrifions pas notre océan pour le sauver. Nous choisissons de le protéger au lieu de l'exploiter, de préserver l'héritage de nos ancêtres aux intérêts à court terme des autres. »
Le Premier ministre des Fidji, Sitiveni Rabuka, a lui rappelé à ses homologues du Pacifique que la responsabilité de protéger des milieux marins n'est pas quelque chose limitée par les frontières.
This initiative represents a bold and timely step forward, recognizing that our oceans do not end at national boundaries, and that our stewardship responsibilities must therefore extend across them.
MOCOR is more than a conservation initiative. It is a platform for Melanesian integration.
Cette initiative représente une avancée audacieuse et opportune, en reconnaissant que nos milieux marins ne s'arrêtent pas aux frontières nationales, et que les responsabilités de leur gestion sur le long terme doivent s'étendre au-delà de celles-ci.
Le MOCOR est plus qu'une initiative de conservation. C'est un tremplin pour l'intégration mélanésienne.
Enric Sala, explorateur en résidence pour National Geographic a salué l'annonce de l'initiative MOCOR. Il a déclaré : « Cette avancée audacieuse représente un engagement des dirigeants de la Mélanésie à protéger 30 % d'un des milieux marins les plus riches en biodiversité de la planète. »
De plus, le Réseau du Pacifique sur la mondialisation a accueilli favorablement l'initiative MOCOR et a incité les dirigeants à rendre les engagements régionaux exécutoires au niveau national en envisageant un moratoire régional sur l'exploitation minière en eaux profondes. Un sujet qui divise la communauté du Pacifique depuis que certains gouvernements ont indiqué qu'ils autorisaient l'exploration et l’extraction [fr] de minéraux en eaux profondes, et cela malgré ses conséquences environnementales désastreuses potentielles.
Un autre moment marquant du Sommet océanique Mélanésien a été le lancement symbolique d'une « bouteille à la mer » contenant la déclaration d'engagement des peuples du Pacifique. En voici un extrait.
To the technocrats out there, to those of you who in haste for profit of today’s generation, squandering the prospect of young Moana’s generation.
Together, we stand not just as nations but as guardians.
Guardians of a shared ocean that feeds our people, carries our stories, and connects every island across our Pacific Ocean.
The ocean does not belong to us. We belong to the ocean.
One people. One ocean. One future. Wansolwara.
À vous, technocrates, à vous qui, dans votre quête effrénée de profit pour la génération d'aujourd'hui, gaspillez l'avenir de celle de la jeune Moana.
Ensemble, nous ne sommes pas seulement des nations, mais aussi des gardiens.
Des gardiens d'un océan commun qui nourrit nos peuples, raconte nos histoires et relie toutes les îles de notre océan Pacifique.
Il ne nous appartient pas. Nous appartenons à l'océan.
Un peuple. Un océan. Un avenir. Wansolwara.
Les nations mélanésiennes ont accepté de se réunir à nouveau dans deux ans lors d'un nouveau sommet pour faire le point et renforcer leurs engagements pour la protection de l'océan.
Les autorités de Hong Kong tolèrent les LGBTQ+, mais préféreraient qu'ils ne se montrent pas publiquement
Initialement publié le Global Voices en Français

Les activités du mois des fiertés de Hong Kong se déroulent ce mois-ci à l'hôtel Eaton. Photo de gauche prise par Alex Huda et publiée dans la brochure d’Eaton Pride 2026. Usage loyal.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Depuis la promulgation de la loi sur la sécurité nationale (LSN) en 2020, la société civile de Hong Kong est confrontée à des défis croissants ces dernières années, comme des arrestations et des poursuites politiques, la dissolution d'ONG, la diminution des sources de financement et l'érosion du droit de manifester et de se réunir.
Le militantisme LGBTQ+ a également subi des répercussions négatives. Depuis 2023, la marche des fiertés de la ville a dû se tenir en intérieur, les organisateurs ne parvenant pas à trouver de lieux publics leur permettant de célébrer librement l'événement. Cette difficulté d'accès aux lieux a aussi contraint les organisateurs des Gay Games 2023 à réduire leurs activités et ceux du carnaval Pink Dot à déplacer l'événement en intérieur. Les groupes de défense des droits LGBTQ+ ont vu leurs financements provenant du gouvernement ou d'organismes caritatifs chuter drastiquement.
Pour comprendre comment les communautés LGBTQ+ de la ville sont affectées par le climat politique post-LSN, Global Voices a interviewé en face à face Peregrine (pseudonyme), un·e militant·e non-binaire qui a évoqué les défis qu'il a rencontrés, ses stratégies de survie et ses espoirs pour l'avenir.
GV: Comment expliquez-vous la répression des droits LGBTQ+ ces dernières années, en particulier depuis la promulgation de la LSN en 2020 ?
Peregrine : Les [personnes] LGBTQ+ faisaient partie intégrante du mouvement pour la démocratie à Hong Kong, les premières campagnes de la communauté se sont en effet déroulées sur le plan juridique et judiciaire, incluant notamment l'adoption de la Déclaration des droits, la dépénalisation des actes homosexuels entre adultes consentants en 1991, ainsi que des recours en justice contre les politiques discriminatoires du gouvernement à l'égard des couples de même sexe légalement mariés.
De nombreux avocats spécialisés dans les droits humains, qui agissaient pour le compte de la communauté LGBTQ+, étaient affiliés au mouvement démocrate, les deux mouvements allaient donc souvent de pair.
Avant l'introduction de la loi sur la sécurité nationale en 2020, certains groupes favorables au pouvoir en place, même la Fédération nationale des syndicats de Chine, avaient exprimé leur soutien aux droits LGBTQ+. Cependant, après l'adoption de cette loi et les arrestations massives de 47 militants pro-démocratie qui ont suivi, l'attitude [de ces groupes] a changé.
Ainsi, je considère que la répression des droits LGBTQ+ s'inscrit dans le cadre plus large de la répression visant le secteur pro-démocratie. Je ne pense pas que beaucoup de personnalités proches du pouvoir perçoivent les activités LGBTQ+, comme les Gay Games 2023 ou la marche des fiertés, comme une menace ; elles s'abstiennent simplement d'exprimer leur soutien parce que les droits LGBTQ+ étaient historiquement associés à l'agenda pro-démocratie. Je soupçonne également nombre d'entre elles de vouloir s'aligner sur la position de Pékin et de ne pas oser exprimer leur opinion par peur de commettre une erreur politique. Résultat, ce sont quelques voix ultra-conservatrices qui finissent par représenter l'ensemble de l'ordre établi.
Un autre problème réside dans le fait que les forces de l'ordre s'opposent désormais aux rassemblements publics liés à des revendications sociales ou politiques. La société civile tout entière est réduite au silence, et les [organisations] LGBTQ+ ne peuvent échapper à ce climat d'intimidation.
GV: Pourriez-vous nous en dire plus sur la manière dont le nouvel ordre politique affecte la dynamique interne de la communauté LGBTQ+ ?
Peregrine : Comme personne ne sait où se situe la « ligne rouge », nos opinions sont plus partagées. Prenons l'exemple de la campagne pour le droit au mariage : alors qu'il était encore en détention dans le cadre de l'affaire des 47 militants, Jimmy Sham a dû faire face à des pressions internes émanant de quelques voix conservatrices accusant sa démarche de recours judiciaire visant à obtenir l'égalité en matière de mariage d'être trop aggressive. Par la suite, lorsque la Cour d'appel finale a rendu une décision favorable à la mise en place d'un cadre juridique pour les unions de même sexe, certains étaient satisfaits de ce résultat, tandis que d'autres ont insisté pour continuer à revendiquer le droit au mariage à part entière. C'est la raison pour laquelle nous n'avons organisé aucune célébration publique le jour J.
L'ironie de la situation est qu'après tous les efforts juridiques déployés pour inciter le gouvernement à instaurer un dispositif d'enregistrement des unions de même sexe, le Conseil législatif a rejeté le projet de loi gouvernemental en septembre 2025.
GV: Comment gérez-vous les « lignes rouges » ?
Peregrine : Il est très difficile de naviguer entre ces lignes rouges dans le climat politique actuel. Même les partisans de l'ordre établi ne savent pas où elles se situent. Comme par exemple les Gay Games 2023. L'événement avait reçu le soutien de l'Office du tourisme de Hong Kong afin de promouvoir la ville comme une société ouverte et diversifiée. Cependant, les Jeux ont finalement bénéficié de peu de soutien gouvernemental et ont dû s'appuyer sur des infrastructures scolaires pour accueillir de nombreuses compétitions sportives. Un autre exemple est le carnaval en plein air annuel « Pink Dot », qui est considéré comme trop commercial par certains membres de la communauté LGBTQ+. Pourtant, même un événement aussi modéré a vu ses réservations de lieux annulées brutalement au cours des deux dernières années.
Après le 10e anniversaire du carnaval en septembre 2024, Pink Dot s'est vu brusquement refuser l'autorisation d'organiser l'événement en plein air par l'Autorité du district culturel de West Kowloon en 2025, puis par Link REIT en 2026, obligeant le carnaval à se tenir respectivement en ligne et en intérieur.
Peregrine : Nous sommes désormais aussi confrontés à une réaction de rejet mondiale à l'encontre des personnes LGBTQ+. Par exemple, l'année dernière au Kazakhstan, une loi interdisant la soi-disant « propagande LGBTQ+ » a été adoptée, considérant toute représentation positive d'une orientation sexuelle sortant de la norme comme de la « propagande ».
Quant aux autorités de Hong Kong, elles se contentent de respecter les normes minimales en matière de droits humains fixées par les Nations Unies, ce qui signifie qu'elles autorisent l'existence de la communauté, mais préfèrent que ses membres ne s'affichent pas publiquement. C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas pu trouver de lieux publics pour nos activités.
La journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOT) est restée une activité LGBTQ+ visible publiquement, puisque des ONG de défense des droits LGBTQ+ installent des stands dans le quartier de Causeway Bay pour revendiquer l'égalité des droits des minorités sexuelles, grâce au soutien des consulats de pays européens.
GV: Quel impact la question des lieux de rassemblement a-t-elle sur le mouvement LGBTQ+ de Hong Kong ?
Peregrine : Une facette importante du mouvement LGBTQ+ consiste à encourager la communauté à faire son coming out avec fierté lors de défilés et de rassemblements, ce qui nous permet également de nous rencontrer en personne, de discuter de problèmes importants et d'établir un consensus. Ceux qui ne sont pas encore en paix avec leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ont besoin de se voir pour résoudre leurs conflits intérieurs. De plus, faire notre coming out en tenues sexy ou en drag-queens peut inciter le grand public à adopter une démarche inclusive. Mais nous n'avons plus l'espace pour le faire maintenant.
En 2023, le diffuseur de radio et de télévision financé par le gouvernement a également supprimé son émission « We are Family », lancée en 2006 pour sensibiliser les citoyens à la diversité sexuelle.
GV: De nombreux médias rapportent que les ONG LGBTQ+ subissent des coupes budgétaires. Avez-vous un point de vue d'initié sur la situation ?
Peregrine : Par le passé, outre les financements directs d'institutions publiques comme la Commission pour l'égalité des chances, les ressources destinées à renforcer la communauté LGBTQ+ provenaient aussi des activités de plaidoyer de grandes ONG et d'associations caritatives, celles-ci réaffectaient des subventions allouées à la santé et aux services sociaux à des actions de défense des droits, comme l'autonomisation de la communauté. Ces dernières années, la plupart de ces institutions ont réduit leurs activités de plaidoyer par crainte de perdre le soutien du gouvernement pour leurs autres missions.
GV: Quels espaces restent-ils pour le militantisme LGBTQ+ ?
Peregrine : Je m'attends à ce que le militantisme LGBTQ+ devienne très individualisé. En fait, sur les réseaux sociaux, en particulier sur Threads, les contenus LGBTQ+ positifs ne manquent pas, et lorsque les discussions ont lieu, on voit apparaître des groupes de personnes partageant les mêmes idées sur les réseaux. J'appellerais ces groupes des « espaces queers ». Néanmoins, en raison des algorithmes, ils restent peu visibles pour ceux qui n'appartiennent pas à ce cercle.
On peut dire que nous sommes contraints d'évoluer dans une semi-clandestinité, et nous devons continuer à élargir ces espaces souterrains en creusant nos propres « terriers de lapin » virtuels et physiques, afin de bâtir une tribu urbaine fondée sur l'entraide, à l'image de la culture ball new-yorkaise des XIXe et XXe siècles.
GV: Avez-vous des espoirs pour l'avenir du mouvement LGBTQ+ à Hong Kong ?
Peregrine : Bien avant la dépénalisation de l'homosexualité à Hong Kong dans les années 1990, la communauté LGBTQ+ avait déjà trouvé des moyens de survivre. Actuellement, l'acceptation de la diversité sexuelle par le public reste élevée, et il existe toujours des lieux privés où nous pouvons organiser des activités à plus petite échelle, comme des festivals de films LGBTQ+. Ce dont nous avons besoin, c'est que chaque individu prenne la responsabilité de défendre cet espace en participant aux événements LGBTQ+ et en faisant des dons aux groupes de défense des droits. Nous ne pouvons plus nous contenter d'être bénéficiaires sans contrepartie.
Bien que les autorités cherchent à marginaliser davantage la communauté LGBTQ+, elles ne peuvent nier notre existence. Même en Chine, malgré la répression sévère visant la communauté LGBTQ+, le pays a inauguré sa première clinique dédiée aux transgenres en 2024, a autorisé la Semaine de la diversité à Pékin pour marquer la Journée internationale contre l'homophobie, la biphobie et la transphobie (IDAHOT) en 2025, et a permis aux femmes célibataires d'accéder à l'insémination artificielle. Si Hong Kong souhaite demeurer une ville internationale, elle doit faire bien mieux que cela.
Les autorités ont déclaré vouloir empêcher la « normalisation » de la culture LGBTQ+
Initialement publié le Global Voices en Français

Un participant à une marche publique brandissant un drapeau de la Fierté en Malaisie. Photo : ARTICLE 19, CC BY-NC-SA 2.5
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre » publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
Un responsable malaisien a annoncé que le gouvernement cesserait d'utiliser le terme « LGBT » pour le remplacer par « budaya songsang », qui signifie « culture déviante » en malais, reflétant ainsi l'intensification de la discrimination que subissent les personnes LGBTQ+ dans le pays.
Lors d'une session parlementaire en février, Marhamah Rosli, vice-ministre auprès du Premier ministre (chargée des affaires religieuses), a déclaré que l'abandon de ce terme influencerait les algorithmes en ligne et empêcherait ainsi la « normalisation » de la culture LGBTQ+.
« Plus nous le prononçons, l'écrivons ou l'évoquons [le terme LGBT], plus les contenus qui y sont liés surgissent. Sans nous en rendre compte, nous en faisons la promotion », a-t-elle affirmé.
Bien que sa population soit majoritairement musulmane, la Malaisie est réputée pour son approche modérée dans l'application des lois islamiques. Cependant, ces dernières années, des musulmans radicaux ont fait pression avec insistance pour une application stricte et une intégration des enseignements islamiques dans la gouvernance.
Cette situation a entraîné de fréquentes attaques visant la communauté LGBTQ+. Justice for Sisters a rapporté qu'en 2025 seulement, environ 307 personnes LGBTQ+ ont été arrêtées en vertu de lois fédérales et étatiques. Un rapport d'Amnesty International a révélé qu'entre 2020 et mai 2025, 13 publications abordant des thèmes ou des contenus LGBTQ+ avaient été interdites. Le rapport souligne également que près de 48 % des personnes LGBTQ+ interrogées avaient déclaré devoir modérer leurs propos ou s'autocensurer par crainte pour leur sécurité.
Un programme de bien-être destiné aux personnes LGBTQ+ a été contraint d'annuler une activité en janvier après avoir été signalé à la police et aux autorités pour une prétendue promotion de « comportements sexuels déviants ». Le même mois, le sultan de Selangor a banni toutes les « activités LGBTQ+ ».
Dans un communiqué, Justice for Sisters a critiqué la décision de remplacer le terme LGBTQ+, la qualifiant d'« escalade dangereuse de désinformation et d'hostilité sponsorisées par l'État à l'encontre des personnes LGBT ».
Le terme budaya songsang déshumanise les personnes LGBT, alimente la désinformation et renforce la croyance dangereuse selon laquelle des personnes devraient être « corrigées ». Il contribue directement à la violence, à la discrimination ainsi qu'aux atteintes à la dignité et à l'égalité, en violation des articles 5 et 8 de la Constitution fédérale.
Qistina Johari, militante au sein d'Amnesty International Malaisie, a averti que ce nouveau terme risquait de légitimer et d'amplifier la haine et la discrimination à l'encontre de la communauté LGBTQ+.
Nous condamnons fermement cette décision consternante du gouvernement. Lorsque des représentants de l'État qualifient les personnes LGBTI de « déviantes », ils ne défendent pas la moralité — ils légitiment la haine et la discrimination envers un groupe extrêmement vulnérable. Les paroles des dirigeants ont du poids et des conséquences bien réelles.
Dans un article rédigé pour l'East Asia Forum, Vilashini Somiah, maître de conférences au programme d'études sur le genre de l'université de Malaya, a souligné que le Premier ministre Anwar Ibrahim cherchait peut-être à « apaiser ses partenaires de coalition islamistes conservateurs en amont des élections législatives ».
Son gouvernement évolue dans un environnement complexe où la consolidation de sa base politique peut primer sur les engagements en matière de droits humains. Les pressions ethno-religieuses ont détourné sa fragile coalition de la voie des réformes, et ont fait de la communauté queer un bouc émissaire à faible coût électoral, qui sert de diversion ou de démonstration d'autorité morale.
Anwar, ancien chef de l'opposition, a accédé au pouvoir en proposant un programme de réformes, mais ses détracteurs ont exprimé leur déception face à son incapacité à tenir ses promesses électorales.
Sur le réseau social X, l'utilisatrice Elsie Low a souligné l'attention disproportionnée portée au contrôle des identités plutôt qu'à la lutte contre la corruption au sein de l'administration.
Ainsi, la Malaisie remplace officiellement le terme « LGBT » par « culture déviante » pour « empêcher la normalisation ». Bizarre que cette même énergie ne soit pas déployée contre la corruption. Depuis quand la corruption fait-elle partie de notre culture «normale » alors que l'identité est qualifiée de « déviante » ?
Channel News Asia a interviewé Mitch Yusof, membre de SEED, une organisation dédiée à la communauté transgenre, sur la manière dont ils s'adaptent à la surveillance accrue et aux menaces émanant du gouvernement et de ses partisans conservateurs.
Nous réfléchissons davantage à notre façon de dire les choses… qu'il s'agisse de la façon dont nous présentons publiquement les programmes, du langage que nous utilisons sur les réseaux sociaux ou de la manière dont nous partageons des informations sensibles.
Cela nous permet de garder le contrôle et d'éviter les risques inutiles. Nous mettons plus l'accent sur la sensibilisation aux risques auprès du personnel et des membres de la communauté, afin que chacun comprenne le contexte dans lequel nous évoluons.
Malgré les inquiétudes soulevées par les organisations de défense des droits humains, les autorités ont continué de mener des raids ciblant la communauté LGBTQ+. En mai, la police a interpellé 51 hommes lors d'un raid dans un hôtel de Kuala Lumpur, les soupçonnant d'avoir participé à une « soirée gay alimentée par la drogue ».
L'éducation non formelle aide les jeunes à comprendre la complexité du passé et l'importance d'une collaboration aujourd'hui
Initialement publié le Global Voices en Français

Des jeunes venant de Croatie, de Serbie et de Bosnie-Herzégovine. Photo provenant des archives du PCRC, utilisée avec permission.
[Sauf mention contraire, tous les liens de ce billet renvoient vers des pages en anglais.]
Cet article écrit par Iris Knežević est apparu dans le Balkan Diskurs le 10 mars 2026. Une version éditée est republiée sur GlobalVoices dans le cadre d'un partenariat avec le Centre de recherche post-conflit (PCRC).
Pendant que les politiciens régionaux adhèrent de plus en plus à la rhétorique nationaliste aggravant les divisions, des jeunes venant de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et de Serbie adoptent une approche différente, basée sur une collaboration quotidienne, et sur l'apprentissage.
Pour eux, cette coopération régionale n'est pas un slogan politique mais une vraie expérience acquise à travers une éducation non formelle, de la formation et des initiatives de la société.
Cette collaboration est mise en place hors du système d'éducation traditionnel à travers des ateliers à Sarajevo, des voyages d'étude à Zagreb et des projets collaboratifs à Belgrade. Pendant ces moments, ces jeunes discutent de responsabilité, du rapport à la mémoire collective et de l'héritage des guerres des années 90, développant ainsi leur esprit critique et abordant des questions souvent sans réponse au cours des formations traditionnelles.
Contrairement à une éducation traditionnelle, qui est souvent marquée par des récits nationalistes et des interprétations sélectives du passé, l'éducation non formelle fournit un espace permettant la réflexion critique et le dialogue ouvert. Les formations régionales, les échanges de jeunes et les ateliers sociétaux aident les jeunes à comprendre la complexité du passé et l'importance d'une coopération aujourd'hui.
Vid Radičević, un jeune de 22 ans venant de Zemun en Serbie, estime que cette coopération régionale est une opportunité pour rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles mentalités, de nouveaux lieux, de nouvelles coutumes, et aussi de « comprendre tout le monde sans avoir besoin de traduction, peu importe les langues indiquées dans les livres ». Il ajoute que « c'est important de comprendre et de connaître d'autres réalités que la sienne pour mieux comprendre qui nous sommes, à quoi nous aimerions que notre environnement ressemble, ce que nous pouvons faire dans nos propres communautés pour les rendre plus ouvertes, et de ne pas être distrait de ce qu'on veut en tirer ».

Vid Radičević pendant une manifestation à Novi Pazar. Photo issue des archives privées de Vid Radičević, utilisée avec permission.
Les organisations de la société civile font découvrir aux jeunes les thèmes de la justice transitionnelle, des droits humains et de solidarité régionale depuis maintenant presque trois décennies. Les voyages d'études, les visites de lieux commémoratifs et les débats publics montrent que faire face au passé n'est pas trahir son pays, mais un acte de responsabilité sociale
Durant les périodes de formation, les jeunes entendent souvent pour la première fois le point de vue de ceux qui se trouvent « de l'autre côté ». C'est souvent leur chance de discuter sans la rhétorique politique dominante et beaucoup sont surpris par la similitude de leurs expériences, étant donné les contextes politiques exclusifs dans lesquels ils vivent à Zagreb, Sarajevo et Belgrade.
Parmi les fréquentes tensions politiques en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, la coopération régionale des jeunes ressort comme une forme de résistance. Les jeunes refusent d'accepter la logique de culpabilité collective et d'intolérance permanente, choisissant ainsi la solidarité.
Enis Mlivić, jeune de 24 ans venant de Breza en Bosnie-Herzégovine, a déclaré que cette coopération régionale est vivifiante car elle permet de sortir du sentiment d'isolement. Il a expliqué que : « quand tu sais qu'il y a des gens à Belgrade, à Zagreb, à Podgorica ou encore à Pristina qui se battent pour des valeurs similaires dans le domaine des droits humains, de responsabilité et de la culture de la mémoire, tu te rends compte que tu n'es pas tout seul. Ça donne de la légitimité et de la force. Ça permet de rassembler les ressources, les connaissances et les expériences, et plus important, ça rassemble les gens. »

Enis Mlivić au Peace Festival organisé par le Centre de recherche post-conflit. Photo issue des archives PCRC , utilisée avec permission.
La solidarité des jeunes de la région se manifeste dans les campagnes communes contre les propos haineux, par le soutien aux militants et aux manifestations, par des actions et autres activités, mais aussi par de simples gestes comme participer à des commémorations dans les pays voisins.
Sans la création d'un espace de dialogue et de compréhension mutuelle, une coopération régionale n'est pas durable, c'est la leçon dont les jeunes militants font l'expérience.
Le déni des crimes de guerre, la relativisation des décisions de justice et l'instrumentalisation des guerres aggravent la méfiance et empêchent les possibilités de dialogue.
C'est une des raisons pour lesquelles ces initiatives régionales qui rassemblent les jeunes sont extrêmement importantes, elles créent un réseau de confiance qui dépasse les frontières et les politiques au quotidien. Quand les jeunes analysent les jugements des tribunaux internationaux ensemble, visitent des lieux commémoratifs ou encore travaillent sur des recherches en commun, ils développent une culture de responsabilité, qui est un des prérequis pour une paix durable.
Tena Vizinger, une jeune de 21 ans originaire de Zagreb, pense que cette coopération régionale pour surmonter le passé est cruciale pour l'avenir. Elle précise qu'elle fait notamment référence à l'adhésion à l'Union Européenne et à la nécessité de surmonter les obstacles mutuels : « Je pense que faire face au passé ensemble est possible, et que tout ça peut être plus facile en faisant des changements structurels, notamment par exemple, dans le domaine de l'éducation. La Croatie et d'autres pays ont déjà des enseignants très compétents et de grande qualité qui mettent en avant l'idée d'un dialogue mutuel, et j'espère que, dans le futur, cela se concrétisera en une coopération entre les pays pour faire face au passé ».
Malgré des obstacles allant des ressources limitées de la société aux pressions politiques, le militantisme des jeunes de la région ne cesse d'augmenter. Les jeunes travaillent ensemble dans le cadre de formations, d'ateliers et de projets collaboratifs, démontrant que l'initiative et la solidarité permettent de surmonter les obstacles institutionnels. Même s'ils n'ont pas participé aux guerres pendant les années 90, ils sont conscients que les séquelles des conflits continuent de conditionner les relations sociales.
Grâce à ces initiatives, les jeunes montrent que cette coopération n'est pas qu'un idéal mais une réalité concrète. Les formations en commun, les visites de lieux commémoratifs comme les anciens camps de concentration, les monuments en hommage et d'autres lieux connus pour avoir été le théâtre de violences pendant les guerres et les projets de société aident à dépasser les stéréotypes, à créer un espace de dialogue et à établir les fondations pour une action collective concrète, suggérant que l'avenir de la région peut être défini non pas par la division, mais par la collaboration et des efforts communs.
L'accès à Internet est souvent utilisé comme un outil de contrôle des médias pendant les conflits.
Initialement publié le Global Voices en Français

Image fournie par iMEdD, utilisée avec autorisation.
Cet article d'Elli Kostika, Katerina Voutsina, et Kelly Kiki est un extrait d'un texte plus long, initialement publié le 18 mars 2026 par l'organisation journalistique à but non lucratif Incubator for Media Education and Development (iMEdD). Cet extrait est publié sur Global Voices, avec autorisation. Il est republié sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial 4.0 International. Toute autre utilisation d'images ou de graphiques par des tiers nécessite une autorisation.
Le 8 janvier 2026, l'Iran s'est retrouvé plongé dans le noir. Alors que des manifestations se propageaient à travers le pays, le gouvernement a imposé une coupure quasi totale d'Internet, isolant des millions de personnes du reste du monde. Cette mesure faisait suite aux plus importantes manifestations qu'ait connues le pays depuis la révolution de 1979. Durant ces manifestations, qui ont débuté fin décembre 2025 et duré près d'un mois, les forces de sécurité iraniennes ont mené une répression brutale, faisant des milliers de morts parmi les manifestants, un nombre pouvant aller de 3 000 selon le bilan officiel iranien, à 30 000, d'après plusieurs rapports.
L'accès à Internet a été partiellement rétabli fin janvier, mais les journalistes avaient toujours du mal à rester connectés. Puis, quelques heures après les premières frappes américano-israéliennes ayant touché l'Iran le 28 février, les autorités ont imposé une nouvelle coupure d'Internet.
Le 11 mars 2026, Access Now, une organisation à but non lucratif qui protège les droits numériques des communautés vulnérables, a lancé un appel urgent aux autorités iraniennes pour qu'elles rétablissent l'accès complet à Internet et cessent toute nouvelle interruption. L'organisation a réaffirmé que « les coupures d'Internet dans les zones de conflit ont des conséquences vitales. Elles exposent les civils à des risques de mort, de blessures et de maladies, provoquent des traumatismes psychologiques et une détresse mentale, perturbent les moyens de subsistance et empêchent l'accès aux biens essentiels à la survie, comme la nourriture et les médicaments. Elles bloquent également les journalistes et les défenseurs des droits humains, fragilisent la cohésion sociale et engendrent des dommages socio-économiques durables, même après le rétablissement de la connectivité. »
Les coupures d'Internet ne sont pas un phénomène nouveau. Access Now les définit comme « une interruption intentionnelle de l'accès à Internet ou des communications électroniques. » pour une population ou un lieu spécifique.
Dans sa base de données STOP, l'organisation a recensé près de 2 000 coupures d'Internet entre 2016 et 2024, un nombre en constante augmentation depuis 2020. L'équipe s'appuie sur une méthodologie contextuelle, vérifiant manuellement chaque événement auprès des médias locaux, des contacts aux Nations Unies et des partenaires régionaux afin d'en déterminer la cause principale. Ces perturbations sont souvent « annonciatrices d'atrocités et de violences contre les civils », explique Zach Rosson, responsable mondial des données et de la recherche pour #KeepItOn chez Access Now, dans un entretien avec iMEdD, ajoutant que le « throttling » est une autre forme de coupure d'Internet, où la vitesse est intentionnellement réduite à un niveau équivalent à la 2G voire inférieur, la rendant inutilisable.
Couvrir l'actualité, vérifier les informations, rédiger des articles, et même payer ses factures ou commander des repas dépendent souvent d'une connexion stable. Pourtant, les gouvernements coupent de plus en plus souvent l'Internet, les réseaux mobiles, ou bloquent les applis, imposant ce que les experts décrivent comme « couvre-feux numériques » ou « boutons d'arrêt d'urgence. » Souvent déployées lors des conflits ou de troubles, ces coupures interrompent la libre circulation de l'information, laissant les journalistes en difficulté pour rester connectés, tandis que rumeurs et désinformation se propagent.
Mehdi Mahmoudian, militant politique et des droits humains iranien et ancien journaliste, qui réside actuellement en Iran, a confié à iMEdD via WhatsApp début mars que les coupures d'Internet rendent difficile la vérification et la publication d'informations. « En tant que personne engagée dans la documentation des violations des droits humains et collaborant avec des journalistes et des réseaux de la société civile, la perte d'accès à Internet m'a de fait empêché de vérifier les informations, de partager des témoignages ou de rendre compte de ce qu'il s'est passé », a déclaré Mahmoudian, co-scénariste du film « It Was Just an Accident » nommé aux Oscars en 2026. Au cours des 16 dernières années, il a été arrêté 13 fois et a passé neuf ans en prison en raison de son travail journalistique et militant.
Son arrestation la plus récente date du 31 janvier 2026, après avoir signé une déclaration avec d'autres journalistes et militants iraniens exprimant leur soutien aux manifestations de masse en Iran ; il a été libéré le 17 février. « Les communications de base avec les collègues, les amis et la famille étaient également perturbées. Dans de telles situations, on peut se sentir coupé non seulement d'Internet, mais aussi, dans une certaine mesure, de sa propre société », nous a-t-il confié quelques semaines plus tard.
L'Iran n'est pas un cas isolé. Entre 2019 et 2021, l'Inde a imposé une coupure d'Internet de 552 jours au Jammu-et-Cachemire, privant ainsi quelque 12 millions d'habitants d'un accès fiable à Internet, au nom de la sécurité nationale.
Cette carte mentale, issue de la base de données STOP d'Access Now, illustre la fréquence des coupures d'Internet dans différents pays.
Depuis 2017, la loi encadrait les circonstances dans lesquelles le gouvernement pouvait couper les connexions internet. Ces règles ont été remplacées par le Règlement de 2024 sur la suspension temporaire des services de télécommunications, entrée en vigueur le 22 novembre 2024. Cependant, les analystes qui étudient les coupures d'Internet dans le pays affirment que le gouvernement procède fréquemment à des coupures généralisées qui dépassent les limites légales.
« Le gouvernement est parfaitement conscient du pouvoir d'Internet et de son influence sur le débat public, de sa potentielle exploitation politique et des circonstances dans lesquelles son utilisation peut être restreinte. Les coupures d'Internet en Inde sont antérieures à l'administration actuelle, mais leur usage s'est considérablement intensifié ces dernières années », explique Sadhika Tiwari, une journaliste indépendante et présentatrice de l'émission Eco India sur Deutsche Welle.
De même, en Éthiopie, l'accès à Internet a également été utilisé comme outil de contrôle lors de conflit. Dans le nord de l'Éthiopie, la région du Tigré a été largement coupée d'Internet pendant près de deux ans, de novembre 2020 à février 2023, après que le gouvernement a imposé une coupure d'Internet suite aux affrontements entre les forces fédérales éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT).
« L'une des choses les plus évidentes est que nous ne sommes pas en mesure d'obtenir des photos ou des vidéos. C'est le plus gros inconvénient, » a déclaré Maya Misikir, journaliste indépendante éthiopienne, à iMEdD. Ne pas pouvoir consulter les publications des autres médias en ligne constituait un autre défi pour elle.
Lorsque le conflit amhara s'est intensifié durant l'été 2023, Misikir a pu contacter ses sources uniquement par téléphone. « Parfois, la connexion était très mauvaise, il fallait donc prendre rendez-vous. […] Les projets n'ont pas toujours abouti et les articles ont été retardés. Parfois, ils n'ont même pas été publiés. Cela a simplement pris plus de temps », a-t-elle ajouté.
Lors de ses reportages en Turquie, Metin Cihan, militant turc et journaliste spécialisé dans les réseaux sociaux, aujourd'hui exilé en Allemagne, s'est heurté à une contrainte d'un autre ordre : la censure des réseaux sociaux.
Cihan, qui fait désormais partie du programme de journalistes en résidence de l'ECPMF, a décidé de fuir la Turquie en 2019 après avoir été victime de harcèlement en ligne lié à son enquête sur la mort suspecte de Rabia Naz, âgée de 11 ans, dans le nord du pays.
En 2025, son compte X (anciennement Twitter), qui compte aujourd'hui plus d'un demi-million d'abonnés, a été bloqué, a-t-il indiqué. « Internet ou les réseaux sociaux, du moins en Turquie, sont des outils que l'on peut utiliser tant que cela ne devient pas trop gênant pour le gouvernement. À partir de ce moment-là, ils coupent tout simplement le contact », a-t-il déclaré à iMEdD.
Depuis plus de dix ans, l’Open Observatory of Network Interference (OONI), collabore avec des organisations de défense des droits numériques du monde entier pour mettre en lumière la censure ciblée, qui consiste à bloquer certains sites web ou applications.
« Nous avons constaté une nette augmentation du blocage des réseaux sociaux et des sites de VPN ces dernières années, notamment lors d'événements politiques », explique Maria Xynou, responsable du programme de recherche de l'organisation. Comme elle le précise, la censure ciblée se produit lors de manifestations, d'élections, de conflits ou de guerres, quand la motivation politique à censurer l'information pour contrôler le discours public est plus forte.
OONI étudie la censure grâce à son application gratuite OONI Probe, qui collecte des données par le biais du crowdsourcing (production participative). Des volontaires du monde entier l'installent sur leurs téléphones et ordinateurs pour effectuer des tests sur leurs réseaux locaux. Les résultats sont ensuite publiés en temps réel sous forme de données ouvertes afin d'accroître la transparence. Cependant, sans accès à Internet, les utilisateurs ne peuvent pas effectuer les tests et aucune donnée ne peut être collectée.
Vous pouvez lire la suite de cet article sur le site web d'iMEdD.
Les discours ciblant les personnes trans sont un outil efficace pour la droite sur les réseaux
Initialement publié le Global Voices en Français

Illustration créée avec Noor. Utilisée avec permission.
Cet article fait partie de la série phare de juin 2026 « Diversité de genre », publiée sur Global Voices. Cette série explore la diversité de genre et la manière dont elle est menacée, protégée et préservée à travers le monde. Vous pouvez soutenir ce reportage en faisant un don ici.
En juillet 2022, Kim Flores s'est vu refuser une épilation à la cire à São Paulo en raison de son identité transgenre. Bien qu'elle ait pris rendez-vous, quand Flores est arrivée sur place, on l'a informée que l'établissement ne proposait ses services d'épilation à la cire qu'à celles qui sont « biologiquement femmes ». Flores, graphiste et créatrice de contenu vidéo pour les réseaux sociaux, a partagé son histoire (la vidéo originale a depuis été supprimée). Elle a laissé un avis sur Google décrivant l'incident et a publié des vidéos à ce sujet pour ses 10 000 abonnés sur TikTok.
Dans les jours qui ont suivi, les vidéos et l'avis publiés par Kim Flores ont été retournés contre elle. Ils ont été utilisés par des personnalités politiques et des influenceurs d'extrême droite pour semer la panique et discréditer la présence des femmes transgenres dans les espaces réservés aux femmes. Nikolas Ferreira, alors conseiller municipal de Belo Horizonte dans l'État du Minas Gerais, a republié la vidéo de Flores sur Instagram, ajoutant que Flores « s'identifie comme une femme, mais est un homme ».
Ferreira a été élu pour la première fois en 2020. Durant son mandat, il s'était déjà fait remarquer en s'adressant à une collègue transgenre, Duda Salabert, en utilisant des pronoms masculins et en réaffirmant qu'il ne reconnaissait pas son identité de genre. Il a par la suite été condamné pour transphobie suite à ses propos publics concernant Salabert. Il a également été poursuivi pour avoir publié une vidéo exposant une jeune fille transgenre mineure dans les toilettes d'une école, vidéo qu’il prétendait avoir été filmée par sa propre sœur.
« Il est très commode pour [Ferreira] de continuer à diffuser des discours haineux contre les personnes transgenres et le militantisme transgenre, car ils prétendent protéger les femmes et les enfants », a déclaré Flores à Global Voices lors d'un entretien téléphonique. « Comme si les personnes trans représentaient une menace pour les femmes et les enfants. Elles servent de boucs émissaires. »
Ferreira, député de 29 ans, conservateur et religieux, est bien connu dans le paysage politique brésilien pour faire le buzz sur les réseaux sociaux afin d'accroître sa visibilité auprès de l'électorat. Selon une étude publiée en janvier par Zeeng, une société spécialisée dans les stratégies de marketing en ligne, il était le politicien le plus influent du Brésil au premier semestre 2025, avec une moyenne de 1 591 156 interactions par publication Instagram. Avec 22 millions d'abonnés sur la plateforme Meta, il est le deuxième politicien le plus suivi du Brésil, juste derrière l'ancien président Jair Bolsonaro, son allié. Il y a près de quatre ans, il comptait 3,5 millions d'abonnés.
Au cours de la dernière décennie au Brésil, la transphobie est devenue l'un des principaux outils de désinformation, selon Caê Vatiero, journaliste trans et chercheur en médias. « C'est une stratégie qui consiste à désigner un bouc émissaire pour gagner des voix », a déclaré Vatiero à Global Voices. « Les personnes trans sont instrumentalisées pour susciter une panique morale, permettant ainsi aux politiciens de droite de dire : “Voilà ce que nous combattons.” »
Quelques mois après avoir lancé ses attaques contre Flores, Ferreira a été élu à la Chambre des députés, obtenant 1,47 million de voix, le meilleur score du pays en 2022. Tout comme Bolsonaro, Ferreira doit sa notoriété en ligne à des discours qui exploitent les préjugés préexistants au sein de la société brésilienne, selon Caia Maria, militante trans et directrice de programme chez Intersexo Brasil.
« La droite ne se fait pas élire en trompant l'électorat », a déclaré Maria à Global Voices lors d'un entretien téléphonique. « Cela rejoint le désir de ces électeurs de revenir à une société qui a exclu les personnes trans de la vie publique. [Ils veulent] un retour à une époque où les femmes transgenres avaient peur d'aller au supermarché, d'accomplir les gestes les plus banals de leur quotidien, comme c'était le cas jusqu'à la fin du XXe siècle. »
Outre la vidéo de Ferreira, Flores a également été prise pour cible par d'autres influenceurs et personnalités politiques d'extrême droite, qui ont profité de l'occasion pour accroître leur présence sur les réseaux sociaux. Elle a porté plainte contre la plupart de ses détracteurs pour diffamation, et contre Ferreira pour « transphobie, discours de haine et atteinte à la dignité humaine », selon des documents judiciaires consultés par GV. En novembre 2025, Ferreira a été condamné à verser 40 000 BRL (environ 6 800 EUR) de dommages et intérêts à Flores. Il peut encore faire appel de cette décision.
Après la décision, Ferreira a commenté sur X (anciennement Twitter) que c'était désormais « un crime d'appeler un homme un homme » et qu'il était « puni pour avoir dit la vérité ». Sa publication a été vue plus de 1,3 million de fois.
« Il finit par devenir un martyr », a déclaré Flores. « C'est moins coûteux qu'une campagne [politique] car, au final, il se présentera comme un opposant au système, un défenseur de la liberté d'expression et de la famille traditionnelle. »
En fin de compte, les personnes trans subissent encore les conséquences de ces propos au quotidien. « Cela affecte tous les aspects sociaux. Par exemple, les personnes trans ne peuvent pas louer de logement. Nous sommes de plus en plus marginalisées », a déclaré Vatiero.
L'auteure a contacté Ferreira pour l'interroger sur son utilisation de la transphobie en ligne comme stratégie pour accroître son engagement sur les réseaux sociaux, mais n'a reçu aucune réponse avant publication.
Les études sur l'utilisation de la transphobie comme tactique pour gagner en visibilité en ligne au Brésil sont peu nombreuses, mais Caia Maria, d'Intersexo Brasil, identifie le rejet public de tout mode de vie LGBTQ+ comme un outil ancien pour séduire l'électorat dans la sphère politique, notamment en période électorale. Citant la première marche pro-dictature de 1964, avant que l'armée brésilienne ne prenne le pouvoir pendant 21 ans, la « Marche de la Famille avec Dieu pour la Liberté », Maria affirme que les discours à forte connotation morale prononcés devant les masses sont généralement suivis d'attaques contre la démocratie.
Ajouter l'internet à l'équation accroît le potentiel de propagation des discours haineux. « Il est important d'aborder la manière dont les structures des géants de la tech reposent sur le racisme et la transphobie », a déclaré Vatiero. « Leur modèle économique permet à certains de s'enrichir grâce à la diffusion de la transphobie. Et aujourd'hui, on comprend que c'est extrêmement lucratif. »
Malgré la recrudescence des attaques, les élections de 2022 ont marqué un tournant pour les femmes trans en politique. Selon l’Association nationales des personnes transsexuelles et travesties (Antra), il y a eu 79 candidats trans cette année-là, soit une augmentation de 49% par rapport aux élections nationale de 2018, au cours desquelles Bolsonaro avait été élu président. Au total, quatre femmes trans ont été élues en 2022 : Erika Hilton et Duda Salabert au Congrès national, et Linda Brasil et Dani Balbi aux parlements de leurs États respectifs, Sergipe et Rio de Janeiro.
Les victoires historiques de Hilton et Salabert ont suscité des réactions hostiles. Une étude menée par Vatiero et Victória Ribeiro Carvalho à l'Université d'État de São Paulo (UNESP) a mis en évidence une série d'attaques transphobes à l'encontre des deux candidates. Entre août et novembre 2022, ils ont recensé 665 publications transphobes visant les femmes politiques, remettant en question leur genre ou utilisant des pronoms masculins pour les désigner. En tant que parlementaires élues, elles restent la cible d'attaques.
Natasha Ferreira, conseillère municipale élue à Porto Alegre en 2024, décrit cette augmentation des candidatures trans comme une réorganisation du mouvement LGBTQ+ visant à « contester des espaces et des secteurs que nous ne pouvions pas contester auparavant » en réponse au programme politique d'extrême droite et ouvertement anti-LGBTQ+ de Bolsonaro.

Conseillère municipale Natasha Ferreira. Photo prise par Lucas Orso/CMPA. Utilisation loyale.
Natasha riposte à ces attaques par un programme qu'elle qualifie de « transparent », « favorable aux droits humains, avec un accent particulier sur les personnes LGBTQ+ » et « guidé par le féminisme comme outil d'émancipation ». La conseillère municipale estime que cette approche globale lui permet de lutter contre le harcèlement, voire de l'atténuer.
« Durant mon mandat, j'ai refusé d'être cataloguée ou réduite aux seules problématiques de la communauté LGBT », a déclaré Natasha. « Car je crois que nous, les personnes LGBTQI+, prenons les transports en commun, payons notre loyer et allons au marché. Ma position politique est plus large : il s'agit de siéger à la table des décisions et de dire : ma communauté n'est pas représentée ici, et je refuse de siéger à une table [exclusivement] réservée aux personnes LGBTQI+ car je ne suis pas isolée du reste de la ville. »
