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La culture populaire japonaise contient beaucoup de contenu sexuel, alors que l’éducation sexuelle reste insuffisante.

Tue, 31 Mar 2026 15:24:19 +0000 - (source)

Alors que les images sexuelles sont partout, les écoles japonaises considèrent toujours le sexe comme un problème de reproduction biologique

Initialement publié le Global Voices en Français

Adult magazines are displayed outside a bookstore in Tokyo, Japan. Photo taken by Jo Carter. Used with permission.

Des magazines pour adultes sont exposés à l’extérieur d’une librairie à Tokyo, au Japon. Photo prise par Jo Carter. Utilisée avec permission.

Des images sexualisées mettant en scène des corps féminins saturent les espaces publics au Japon, des couvertures de magazines dans les supérettes aux panneaux publicitaires dans les rues et sont devenues largement banalisées.

En octobre 2025, une pétition sur Change.org intitulée « Protégeons l’avenir de nos enfants — Dites non aux magazines sexuellement explicites dans les supérettes » a recueilli plus de 5 000 signatures, appelant les magasins à retirer ces magazines pour adultes afin de protéger les mineurs. Elle soutient que ce contenu explicite constitue une forme de harcèlement sexuel et aura un impact négatif sur les enfants dans la construction de leur identité.

À peu près à la même époque, l’écrivaine Emi S. a partagé ses réflexions sur son blog Medium :

When I was a child, I remember seeing billboards with women’s faces and prices displayed beside them. And yet, I don’t recall feeling any discomfort at the time. Because it was simply there — treated as something normal.

Quand j’étais enfant, je me souviens avoir vu des panneaux publicitaires avec des visages de femmes et des prix affichés à côté. Et pourtant, je ne me rappelle pas avoir été gênée à l’époque. Parce que c’était simplement là — considéré comme quelque chose de normal.

Emi S. a souligné un point important concernant la normalisation de l’objectivation des femmes dans la culture populaire japonaise. Beaucoup de femmes acceptent les images sexualisées comme si elles étaient normales, au point de ne pas remettre en question cette norme, et lorsque certaines expriment leur malaise, leurs voix sont écartées comme étant une exagération.

Images sexualisées et culture populaire japonaise

Mais d’où vient cette norme ? Après la guerre, l’essor des médias et de la culture populaire au Japon a favorisé le développement d’un environnement visuel dominé par les mangas, les animés et la presse écrite. Par ailleurs, l’expansion des supérettes dans les années 1980 et 1990 a facilité l’accès aux magazines, y compris aux publications à caractère pornographique, dans la vie quotidienne.

Selon une enquête de 1989 citée par Nippon.com, 92,3 % des supérettes vendaient des magazines pornographiques. Par la suite, l’essor de l’esthétique moe dans les animés et les mangas a davantage perturbé la frontière entre divertissement et érotisme. Cela se manifeste notamment dans le développement du contenu « lolicon », où des personnages féminins jeunes ou d’apparence enfantine sont sexualisés.

Le profit a été le principal moteur du marché de l’érotisme, les magazines pour adultes assurant des revenus réguliers à de nombreux magasins. Cependant, avant les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020, les grandes chaînes de supérettes japonaises — 7-Eleven, Lawson et FamilyMart — ont annoncé l’arrêt de la vente de ces magazines dans tout le pays. Cette décision, visant à rendre les magasins plus accueillants pour les femmes et les enfants et à préserver l’image du Japon auprès des touristes, a marqué un changement symbolique important.

Cette décision a suscité des réactions partagées en ligne. Les partisans y ont vu un progrès attendu depuis longtemps vers une meilleure prise en compte de la sensibilité de genre dans l’espace public. Les critiques, en revanche, l’ont jugée symbolique, estimant que le Japon n’avait agi que sous la pression d'un examen étranger. Un utilisateur, @asitafukukazen, a écrit sur X en réaction à ce changement en 2019 :

今まで散々女性が苦言を呈しても動かなかったのに、客が来れば国主導でホイホイ動く。女性軽視の社会なのは歴然。

Women have been complaining for years, but nothing changed until the Olympics. That shows how little this country values women’s voices.

Depuis des années, les femmes se plaignent, mais rien n'a changé avant les Jeux olympiques. Cela montre à quel point ce pays accorde peu d'importance à la parole des femmes.

Bien que les images sexuelles soient devenues moins visibles dans les principales supérettes, elles restent des éléments importants de la culture populaire et des espaces publics au Japon. Ces dernières années, des inquiétudes ont également été soulevées concernant la présence de publicités à caractère suggestif sur des sites non destinés aux adultes, ainsi que l’exposition des enfants à des contenus sexualisés dans les jeux, les mangas et d’autres médias communautaires.

Cependant, les appels ont davantage des restrictions comme la mise en place de zones dédiées ou le contrôle de l’âge pour l’accès aux contenus sexuels, en ligne comme hors ligne ont souvent suscité des réactions négatives, certains critiques estimant que ces mesures relèvent de la censure.

Le sexe reste un tabou à l'école et dans la Société

Le débat sur la liberté d’expression et le droit de ne pas être déshumanisé, autour de l’exposition publique d’images érotiques et sexuelles, se poursuit depuis des années sans parvenir à une entente.

Pourtant, même si la sexualisation reste courante, les discussions éducatives sur la sexualité et le consentement sont insuffisantes dans le système scolaire japonais. Aujourd’hui, les cours considèrent encore le sexe principalement comme un phénomène biologique lié à la reproduction. Les cours d’éducation sexuelle sont souvent séparés par genre : les filles étudient la menstruation, tandis que les garçons assistent à des cours de santé générale ou de sport. Les sujets tels que le consentement, les pratiques sexuelles sûres, les relations saines ou les orientations sexuelles sont très peu abordés.

Le programme éducatif séparé par genre renforce l’idée que le savoir sur la sexualité est quelque chose de genré, privé, honteux, voire inutile. Comme l’explique le blogueur Musashi sur Medium :

Japanese sexual education tends to reinforce old norms and stereotypes regarding gender roles. […] The narrative often emphasizes the differences between genders and underscores that men and women are to fulfill distinct roles.

L’éducation sexuelle au Japon tend à renforcer les anciens normes et stéréotypes liés aux rôles de genre. […] Le discours met souvent en avant les différences entre les sexes et souligne que les hommes et les femmes doivent remplir des rôles distincts.

En conséquence, encore aujourd’hui, certaines personnes au Japon considèrent les menstruations comme privé et embarrassant plutôt que comme un enjeu de santé publique, comme l’a souligné la députée Ayaka Yoshida.

Le 1er septembre 2025, une pétition nationale intitulée « Abolir les directives restrictives du ministère de l’Éducation sur l’éducation sexuelle : pour une éducation sexuelle réaliste et inclusive au Japon » a été lancée sur Change.org. Elle appelle à supprimer ces directives, connues sous le nom de « Clause Hadome » (はどめ規定), qui suggèrent que les cours en classe sur la sexualité n’ont pas à aborder « le processus menant à la fécondation » ni « le déroulement de la grossesse ».

Les autorités affirment toutefois que ces directives laissent aux établissements scolaires une certaine liberté pour décider de la profondeur à donner à leurs cours d’éducation sexuelle.

En effet, dans une société où les images à caractère sexuel font désormais partie du quotidien, une éducation sexuelle plus complète s’impose afin de limiter les stéréotypes liés au genre et à la sexualité. Comme le suggèrent les études en psychologie des médias, l'exposition répétée à des contenus sexuellement objectivants peut façonner la vision qu'ont les spectateurs des rôles de genre et des relations.

Au Japon, les blagues sexuelles mal placées, les commentaires sur l'apparence et les préjugés sur le comportement des femmes sont fréquents sur les lieux de travail et dans les écoles. Chez les adolescents, l’exposition répétée à des contenus érotisés dans l’espace public peut atténuer leur sensibilité à ce qui relève d’un comportement respectueux ou inapproprié. Cela contribue à renforcer les stéréotypes et peut même banaliser, dès le plus jeune âge, le harcèlement sexuel et la stigmatisation liée au corps.

Ces agissements sont fréquents. Par exemple, une jeune fille de 14 ans s'est plainte sur un forum en ligne pour adolescents que les garçons commentaient souvent sa poitrine, lui demandant : « Tu n'as pas honte de ta forte poitrine? » et que même les professeurs semblaient regarder sa poitrine avant son visage. Ses messages ont eu largement des conséquences de la part de ses camarades, mais ont également suscité plusieurs blagues sexistes surtout de la part des garçons.

Dans un tel environnement, les femmes sont plus susceptibles de se considérer comme un objet en considérant l’attractivité sexuelle comme un critère principal de leur valeur.

Le défi pour le Japon est de concilier le désir de préserver la liberté d’expression créative et érotique avec la nécessité de garantir que les espaces publics respectent la diversité des individus. Une première étape pourrait consister à introduire un programme d’éducation sexuelle plus ouvert, plus complet et plus inclusif.


« Les réfugiés sont-ils échangés? » L'ONU s'interroge sur l'accord d'échange d'asile entre le Royaume-Uni et la France

Fri, 27 Mar 2026 15:21:03 +0000 - (source)

Les experts mettent en garde contre le fait que cet échange bilatéral pourrait compromettre la protection des réfugiés

Initialement publié le Global Voices en Français

Screenshot showing refugee men — from video ‘British Parliament debates 'illegal migration' bill’ uploaded to YouTube by Al Jazeera English. Fair use

Capture d'écran de la video ‘Le Parlement britannique débat du projet de loi sur l’immigration illégale‘ mise en ligne sur YouTube par Al Jazeera English. Utilisée avec permission.

Un accord controversé de type « un qui entre, un qui sort » entre le Royaume-Uni et la France, liant les renvois forcés de personnes arrivant par petites embarcations à des admissions légales équivalentes, a suscité de vives critiques de la part d'experts des droits humains. Dans une lettre publiée début février 2026, les experts ont mis en lumière des cas documentés dans lesquels des personnes ayant fui la guerre, la torture et la traite des êtres humains (notamment depuis le Soudan and Gaza) ont été placées en détention et soumises à l'usage de la force avant d'être renvoyées en France en vertu de cet accord.

Les défenseurs des droits humains affirment que le projet pilote, destiné a réduire l'immigration clandestine à travers la Manche, traite  les demandeurs d'asile « comme des paquets et non comme des personnes » et risque de transformer un droit humain individuel en une marchandise échangée entre États pour des raisons de convenance politique.

Un accord fondé sur l'échange, et non sur la protection

Dans le cadre du dispositif « un qui entre, un qui sort » entre le Royaume-Uni et la France, les personnes qui arrivent sur le territoire britannique par petites embarcations et qui sont sélectionnées pour un renvoi peuvent être renvoyées en France. En contre-partie, le Royaume-Uni accepte d'accueillir un nombre équivalent de personnes venant de France par des voies sûres désignées.

Le droit international des réfugiés reconnaît le droit de demander l'asile comme un droit individuel fondé sur le risque personnel et la persécution, et non pas comme quota négociable ou un exercice comptable. Les critiques affirment qu'en liant chaque admission légale à une expulsion, cet accord transforme les personnes en quête de protection en simple marchandise. 

Les préoccupations formulées par écrit par les neuf experts des droits humains de l'ONU — dont des rapporteurs spéciaux — décrivent des cas où des personnes en attente d'être renvoyées ont été placées en détention avant d'être expulsées et soulèvent des questions quant aux critères de sélection arbitraires et aux conditions d'éligibilité. Cette lettre met en garde contre le fait que ce processus peut en soit constituer un traitement cruel, inhumain and dégradant.”

Allégations de recours à la force lors des expulsions

Des organisations de défenses des droits humains ont également documenté des traitements éprouvants lors de la détention et des expulsions. Une déclaration conjointe de groupes de soutien de réfugiés souligne que des personnes ayant été victimes de torture, de traite ou de violences graves ont été détenues dans des centres semblables à des prisons, soumises à des contraintes, à l'isolement et à l'usage de la force lors de leur préparation à l'expulsion. Pour les survivants de traumatismes, de telles pratiques risquent de provoquer une retraumatisation et d'aggraver leurs troubles de santé mentale.

Un rapport publié par l'une de ces organisations fait état de cas où des victimes de torture et de violences extrêmes ont été soumises à des procédures d'expulsion sans aucune protection appropriée. Parmi elles des personnes originaires de zones de conflit comme le Soudan et la bande de Gaza, où la guerre et le génocide ont contraint des millions de personnes à fuir.

Appel de la société civile

Des organisations de la société civile au Royaume-Uni et en France ont exhorté les compagnies aériennes et les entreprises participant aux vols d'expulsion à reconsidérer leur rôle dans ce dispositif. Dans des lettres coordonnées, 28 ONG ont appelé les transporteurs à ne plus coopérer aux expulsions, qu'elles qualifient de « cruelles et forcées » soulignant que des victimes de la traite des êtres humains et de l'esclavage moderne figurent parmi les personnes concernées.

Un porte-parole d'une coalition de défense des droits a déclaré que cette politique « est une manière déshumanisante de traiter des personnes venues chercher refuge contre la guerre et les persécutions, » affirmant que ce système revient en fait à échanger des individus afin d'atteindre des objectifs politiques plutôt que de protéger leurs droits.  

Questions juridiques et éthiques

Les gouvernements ayant adopté cet accord affirment qu'il est conforme au droit national et international et qu'il peut contribuer à réduire les traversées maritimes dangereuses. Cependant, des défenseurs des droits humains s'interrogent sur le respect des garanties essentielles, ainsi que sur l'existence d'une évaluation adéquate des besoins de protection avant les expulsions.

Des experts de l'ONU ont posé aux deux gouvernements des questions détaillées sur des aspects non rendus publics du projet pilot, notamment sur la manière dont est décidé qui est renvoyé et sur les garanties mises en place pour prévenir le refoulement en chaîne — c'est-à-dire le renvoi de personnes vers un lieu où elles pourraient être exposées à un danger.

Ce que cela signifie pour les droits universels

Quand les politiques d'asile sont construites autour d'un échange bilatéral plutôt que sur les besoins de protection individuels, le concept même des droits humains universels en est affaiblit, affirment les critiques. Les mises en garde des experts de l'ONU et les réactions de la société civile soulèvent un débat plus large, quant à savoir si de tels projets pilots respectent l'esprit de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et les obligations en matière de droits humains qui y sont associées.

Alors que cet accord entre le Royaume-Uni et la France perdure, il reste à savoir jusqu'où les États peuvent concilier contrôle des migrations et protection de la dignité et des droits des personnes en quête de refuge. Si la protection venait à dépendre d'échanges politiques, le droit à l'asile pourrait être réduit à une simple opération comptable plutôt qu'à un droit individuel inviolable.


L'IA, l'impunité et le « contrôle autoritaire des médias » en Asie du Sud-Est

Fri, 27 Mar 2026 15:03:18 +0000 - (source)

Aperçu de la situation de la liberté de la presse au Cambodge, Malaisie, Philippines et Indonésie

Initialement publié le Global Voices en Français

WPFD2025 Manila

Les journalistes philippins de Manille ont organisé une cérémonie d'allumage de bougies pour dénoncer les assassinats de journalistes et autres attaques contre la presse. Photo tirée du post Facebook de Lito Ocampo. Utilisée avec permission.

Les groupes de presse et les défenseurs des droits humains de toute l'Asie du Sud-Est ont célébré la Journée mondiale de la liberté de la presse (JMLP) en mettant en lumière les menaces qui pèsent sur la liberté d'expression dans leurs pays respectifs.

Le thème de la JMLP 2025, « Reportage dans le meilleur des mondes – L'impact de l'intelligence artificielle sur la liberté de la presse et les médias, » a mis en lumière les opportunités et les défis posés par les nouvelles technologies numériques sur la manière dont les journalistes accomplissent leur travail dans un paysage médiatique en pleine mutation.

Protéger les médias indépendants du Cambodge

Au Cambodge, plus de 10 organisations de la société civile (OSC) et réseaux ont rassemblé une centaine de participants dans le cadre d'un forum où diverses parties prenantes ont discuté de la situation de la liberté de la presse dans le pays.

Ils ont notamment cité le rapport de  2024 de l’Association de l'Alliance des Journalistes cambodgiens qui a documenté 41 cas de harcèlement impliquant au moins 64 journalistes. Le rapport indique également que trois licences médiatiques ont été révoquées au cours de l'année écoulée.

Dans une déclaration commune, les OSC ont averti que « l'érosion continue de la liberté de la presse étouffe non seulement nos voix et celles du peuple cambodgien, mais porte également atteinte à l'essence même de notre démocratie ». Ils ont publié une liste de recommandations, incluant notamment la protection des médias indépendants. Leur déclaration disait :

Garantir un environnement libre, sur et sécurisé — tant en ligne que hors ligne — afin que les journalistes et les médias puissent exercer leur métier sans restriction ni crainte.

Mettre fin à toutes les formes de harcèlement contre les journalistes et les médias qui traitent des questions d'intérêts publics — telles que les droits fonciers, l'accès aux ressources naturelles et la responsabilité du gouvernement — qui sont souvent injustement qualifiées de « sensibles ».

Le Centre cambodgien pour les droits de l'homme a mis en ligne une vidéo mettant en scène le journaliste Sam Oudom, qui exhorte les autorités à cesser de harceler les journalistes indépendants et à écouter la voix des citoyens ordinaires.

Malaisie : IA et le « contrôle autoritaire des médias »

En Malaisie, le Centre pour le Journalisme Indépendant (CJI) s'est penché sur l'impact de l'IA sur les médias locaux, mais a également souligné l'héritage dangereux du « contrôle autoritaire des médias ».

Lorsque des considérations économiques conduisent à utiliser l'IA comme un substitut plutôt que comme un soutien au journalisme humain, le public subit la perte d'un reportage contextuel et de terrain essentiel à la démocratie participative.

Néanmoins, l'IA n'est pas l'unique cause des problèmes qui affligent le paysage médiatique malaisien. Ceux-ci trouvent leur origine dans des décennies de contrôle autoritaire des médias, des structures de propriété opaques, ainsi que des harcèlements et intimidations juridiques.

Le CIJ a insisté pour que soient révisées et réformées les lois souvent utilisées comme armes contre les détracteurs et les journalistes critiques, telles que la loi de 1948 sur la sédition, l'article 233 de la loi modifiée de 1998 sur les communications et le multimédia, et la loi récemment adoptée de 2024 sur la sécurité en ligne.

La CIJ a exprimé de l'espoir que l'adoption du projet de loi sur le Conseil Malaisien des Médias (MMC) « marque un potentiel tournant » dans l'amélioration de la situation des médias.

La Journée mondiale de la liberté de la presse 2025 est un appel à l'action. La Malaisie doit aller au-delà des améliorations symboliques et investir dans un changement structurel réel. L'intelligence artificielle doit être exploitée de manière éthique, non pas comme un substitut permettant de réduire les coûts, mais comme un outil qui complète et valorise le journalisme d'intérêt public. Le Conseil Malaisien des Médias doit être habilité à protéger la liberté des médias, et les journalistes doivent être soutenus, et non réduits au silence.

Dans une déclaration, Vilasini Vijandran, directrice exécutive par intérim d'Amnesty International Malaisie, a critiqué le gouvernement Madani en place pour avoir renié sa promesse de mettre fin à la censure des artistes et des journalistes.

Philippines : une « culture de l’impunité qui perdure »

Aux Philippines, le nombre d’assassinats de professionnels des médias a diminué, mais les agressions contre les journalistes se sont aggravées selon les observations du Centre pour la liberté et la responsabilité des médias (CMFR) et de l’Union nationale des Journalistes des Philippines (UNJP). Dans un rapport récent, ils ont enregistré 184 incidents liés à la liberté de la presse au cours des trois premières années du mandat de l’actuel gouvernement Marcos. Cela représente une augmentation par rapport aux 128 cas enregistrés au cours de la première moitié du mandat du gouvernement précédent.

Le CMFR a affirmé que « la liberté de la presse et son plein exercice doivent pouvoir s’exercer dans un environnement exempt de toute crainte de représailles ». En ce qui concerne la baisse du nombre d’assassinats de journalistes sous la présidence de Marcos, le rapport indique que le faible taux de condamnation et le nombre restreints d’affaires portées devant les tribunaux « sont des signes évidents d’une culture de l’impunité qui perdure ».

L’assassinat récent d’un journaliste et éditeur âgé de 89 ans a été signalé comme sujet de préoccupation par des organismes de surveillance des médias, notamment le Comité pour la protection des journalistes.

Le meurtre par balle de Juan Dayang, l’un des éditeurs de presse les plus en vue des Philippines, montre que le gouvernement du Président Ferdinand Marcos Jr. n’a pas pris les mesures nécessaires pour mettre fin aux meurtres de journalistes. Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour identifier ses assassines, découvrir leurs motivations et les traduire en justice.

L’UNJP a ajouté que « les incidents récents montrent que notre combat pour la liberté de la presse, la sécurité des médias ainsi que la sécurité de l’emploi et les droits économiques de notre secteur se poursuit. ». La déclaration du CMFR résume ainsi le rôle des médias dans la société : « Sans une presse libre et sans crainte, la démocratie meurt en silence. »

Indonésie : Attaques contre la presse étudiante

En Indonésie, l'Alliance des journalistes indépendants (AJI) a recensé 38 cas de violences à l'encontre de journalistes au cours des cinq premiers mois de l'année, soit plus de la moitié des 73 incidents signalés en 2024.

Dans une interview accordée au Jakarta Post, Bayu Wardhana, secrétaire général de l'AJI, a évoqué les difficultés auxquelles les journalistes sont souvent confrontés dans le cadre de leur travail en Indonésie.

Les médias se heurtent souvent à des obstacles lorsqu’ils cherchent à obtenir des informations ; on leur impose de ne couvrir que ce que souhaitent les dirigeants ; on leur interdit de rendre compte des actes de violence commis par les forces de l’ordre lors de la dispersion des manifestants ; et on les pousse à servir d’outil de relations publiques pour le gouvernement.

Par ailleurs, l’Association indonésienne de la presse étudiante (PPMI) a révélé qu’entre 2013 et 2021, 331 cas de violences contre la presse étudiante avaient été commis par les autorités universitaires et locales.

La présidente de l’AJI, Nani Afrida, a déclaré lors d’un séminaire organisé par la PPMI que, contrairement au rapport du Conseil de la presse, « la réalité sur le terrain dresse un tableau bien plus sombre ». Elle a ajouté que la presse estudiantine était également la cible d’attaques constantes.

Les défis à venir gagnent en complexité. D'une part, nous sommes confrontés à des contenus préjudiciables, à des canulars, à la désinformation, à la mésinformation, aux discours de haine et à bien d'autres phénomènes ; d'autre part, la presse étudiante est également la cible de la censure, de pressions institutionnelles et même d'attaques informatiques.


Un jour dans la vie d'une tortue de Horsfield

Fri, 27 Mar 2026 14:11:01 +0000 - (source)

Le nouveau documentaire TASBAQA nous plonge dans l'écosystème centenaire du plateau d'Oust-Ourt.

Initialement publié le Global Voices en Français

A Central Asian tortoise.

Une tortue de Horsfield. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.

Un article écrit par Albert Otkjaer pour Vlast.kz ; publié le 19 août 2025. Une version éditée de l'article est diffusée sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat médiatique. 

Le vaste plateau d'Oust-Ourt ; un désert transfrontalier au sol argileux qui s'étend sur le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan occidental ; abrite la tortue de Horsfield, connue sous le nom de Tasbaqa en kazakh.

Dans cette région, l'activité humaine représente la principale menace pour cette espèce ainsi que pour d’autres. Les tortues sont vendues, accidentellement tuées ou encore piégées dans les fosses à bétail.

The Ustyurt Plateau in western Kazakhstan.

Le plateau D’Oust-Ourt au Kazakhstan occidental. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.

Le réalisateur britannique Saxon Bosworth a récemment achevé son dernier film, TASBAQA, un court métrage documentaire sur la vie de la tortue de Horsfield, une espèce menacée.

Yuliya Zaugg, directrice du Fonds Tasbaqa ; une association de protection de l'environnement consacrée aux tortues de Horsfield ; estime que le film donne une voix aux tortues.

A Central Asian tortoise.

Une tortue de Horsfield. Photographie de Saxon Bosworth. Utilisée avec permission.

« Le film de Saxon montre comment est censée être la vie d’une tortue, un mode de vie menacé par l'activité humaine dans son écosystème » a déclaré Zaugg à Vlast.

En juillet, Bosworth a présenté TASBAQA à la Royal Geographical Society de Londres. Vlast a interviewé Bosworth au sujet du film et de son importance.

Albert Otkjaer (AO) : Qu'est-ce qui vous a poussé à réaliser ce film ?

Saxon Bosworth (SB) : Il y a peu de films ou de médias qui ont pour sujet la biodiversité du plateau. Je n'ai découvert le plateau d'Oust-Ourt qu’en 2020 lors d’un voyage. Je me trouvais au Karakalpakstan, conduisant le long des crêtes escarpées qui mènent à la mer d'Aral pour documenter la dernière espèce vivante de la Grande Aral, l’artémie.

J'ai été époustouflé par les couches de roche vieilles de 21 à 23 millions d'années qui composent les « chinks » (falaises) et les « sors » (vallées) du majestueux Oust-Ourt. Quelques années plus tard, j'ai commencé à imaginer un projet d’étude de la biodiversité du plateau. Suite à de longs échanges avec des chercheurs locaux, j'ai découvert la tortue de Horsfield sauvage et j’ai fait de son histoire unique mon sujet principal.

AO : De quoi parle le film ?

SB : Le spectateur suit une journée dans la vie de la tortue, cette journée est représentative des deux à trois mois d’activité annuels d’une tortue de l’Oust-Ourt. Elle s’éveille fin mars, s'accouple et se nourrit, puis retourne à un stade d’hibernation en mai. Je voulais montrer la tortue de Horsfield vivant sa vie téméraire, sauvage et réelle ; parce que c'est quelque chose qui n'est pas communément compris, ou peut-être difficile à imaginer pour tout le monde, moi compris. À quoi ressemble le quotidien dans la vie d'une tortue sauvage ?  Comment ont-elles adapté leur mode de vie à un milieu si extrême et vaste que le plateau d'Oust-Ourt ?

Il y a là une relation ancestrale entre les espèces et l'écosystème. C'est un thème que je trouve vraiment envoûtant. Le sujet du film est cette symbiose entre le plateau et la tortue, une relation vieille de plus d'un million d'années. C’est pour moi le sujet principal de ce film. Nous savons que les tortues hibernent sur de longues périodes, mais la Tasbaqa de l'Oust-Ourt dort jusqu'à 10 mois. Sa capacité d’adaptation est exceptionnelle.

AO : Comment s’intègre la dombra, instrument de musique national du Kazakhstan, dans ce projet ?

SB : J’ai toujours voulu une bande originale composée de musique Kazakhe pour ce film. Des amis m’ont fait découvrir Kosaman Saparbayev et Ali Akyltai, le reste a suivi tout naturellement.

La dombra a une profondeur émotionnelle immense. Bien qu’elle ait une apparence simple avec seulement deux cordes, c’est un instrument puissant grâce à une combinaison de technique, d’intelligence émotionnelle et de profondeur. Cet album est réalisé par deux virtuoses de la dombra ; Kosaman de Janaozen dans la région du Mangystau à l’ouest et Ali de Almaty à l’est ; je n’en suis que le curateur. Ces deux artistes apportent leur style régional de dombra à l’album.

Kosaman joue du Tokpe kuy et Ali joue du Shertpe kuy. Ces deux styles différents se complètent à merveille. Dans le film, les scènes douces comme celle de la tortue qui s’éveille et vit sa vie sont accompagnées par la dombra d’Ali et les scènes dramatiques, comme la scène de combat, sont accompagnées par la musique épique de Kosaman. L'union de leurs forces et de leurs styles couvre le paysage émotionnel du court métrage.

AO : Qu'espérez-vous que les gens retiennent du film ?

SB : J'aime l'idée qu'un spectateur puisse se faire sa propre opinion lors du visionnage, qu'il puisse voir et comprendre des éléments que même moi, en tant que créateur, je ne peux peut-être pas voir.

Yuliya, du Fonds Tasbaqa, a déclaré : « Ces humbles tortues n'ont pas la parole dans le monde que nous sommes en train de construire. Mais grâce à ce film, elles gagnent en visibilité pendant un instant, pas seulement pour leur espèce, mais pour d’autres également. »

Je serais ravie que ce film puisse donner la parole à des créatures sans voix. Je recommande aux gens de s’informer sur le Fonds Tasbaqa dont l’un des objectifs principaux est de faire connaître cette tortue. Le film réalise un savant mélange entre narration et effort de conservation en faisant découvrir le mode de vie téméraire d’une tortue de Horsfield.

J’espère sincèrement que ce film et sa campagne permettront à la tortue et au Fonds Tasbaqa de rallier des alliés et des amis à leur cause pour les soutenir et les défendre dans les années à venir.

La bande originale du documentaire est disponible sur les plateformes de streaming (live performance, Spotify, Apple Music, YouTube).


Quand le changement climatique met à mal les ruches d’abeilles en RDC

Fri, 27 Mar 2026 10:44:16 +0000 - (source)

Le litre de miel se vend entre 10 à 12 dollars américains en 2026 contre 7 dollars américains en 2025.

Initialement publié le Global Voices en Français

Des apiculteurs auprès d'une ruche d'aabeille ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de Groupe Academia RD Congo

Cet article est repris sur Global Voices dans le cadre d'un partenariat avec www.icicongo.net. L'article original, écrit par Elisha Kindy, est à retrouver sur le site Icicongo.

Le changement climatique impacte négativement les espèces humaine, animale et végétale partout dans le monde: c'est le cas en République Démocratique du Congo (RDC) où les ruches d’abeilles sont mises à sec; alors qu'elles jouent un rôle vital pour la sécurité alimentaire non seulemnt dans ce pays mais aussi sur le continent.

Lire : En RDC, le dérèglement climatique impose des changements dans les pratiques agricoles du Nord-Kivu

Au Nord-Kivu, région située à l'est de la RDC, dans la ville de Butembo, le dérèglement climatique affecte directement le secteur de l’apiculture: les ruches ne produisent presque plus et la production de miel s’effondre. De plus, les arbres ne fleurissent pas. Cette situation place les apiculteurs dans une précarité inquiétante.

À Ndando, à une dizaine de kilomètres au sud de Butembo, aucun bruit ne provient plus des ruches. Vêtu d'une combinaison qui le couvre de la tête aux pieds, machette et seau d’un côté, fumoir de l’autre, Mwanzi Zephanie, apiculteur reconnu dans la région, offre une visite guidée de ses ruches. Mais la première est vide, tout comme la deuxième et les autres. L'apiculteur est amer:

C’est la première année que cela se produit, à cause du dérèglement climatique. Avant, le miel était abondant, surtout à partir du quatrième mois de l’année jusqu’au mois de juillet. Mais cette année, tout a changé. Des insectes inconnus attaquent les ruches et certaines abeilles finissent par s’en aller. Conséquences : le miel devient de plus en plus rare.

Depuis plus de trois décennies, Mwanzi Zephanie entretient une dizaine de ruches. Il vit de ce métier, qui fait sa fierté, et son identité. Mais maintenant, il n'y a rien pour encourager les colonies d’abeilles: ni fleurs, ni nectar – seulement les séquelles visibles de pluies irrégulières, de sécheresses prolongées et d’un climat devenu imprévisible.

L’apiculture en danger

La chute de la production du miel a des répercussions directes sur les marchés des environs de  Butembo. Le litre de miel qui se vendait à sept dollars américains au premier semestre de l’année 2025, se négocie ce premier semestre de 2026 entre 10 à 12 dollars américains selon les revendeurs. Cette inflation fragilise les consommateurs: le miel, apprécié pour ses vertus nutritives et thérapeutiques, devient un produit de luxe.

Vutsapu Michaël, président du conseil d’administration de l’ONG Academia Group, une organisation qui intervient dans la promotion de l’apiculture et la protection de l’environnement dans la région se plaint :

Le climat ne nous laisse plus le choix.

Lire sur IciCongo: Les télécoms et l’insécurité brouillent les abeilles à l’Est de la RDC

Inquiet, il suggère un changement urgent :

Nous assistons à la disparition progressive des fleurs mellifères. Si rien n’est fait, l’apiculture va disparaître. Il est urgent de repenser nos pratiques et de préparer les producteurs aux exigences du climat actuel.

Selon lui, les organisations et ONG qui pourraient intervenir peinent à accompagner les communautés. Il explique :

Aujourd’hui les pépinières forestières sont aussi affectées. Mais les formations sur le changement climatique coûtent de plus en plus cher, et les sensibilisations sur cette question demeurent insuffisantes.

Se conformer aux cycles climatiques

Malgré cette crise, Vustapu Michaël conseille le reboisement ciblé en arbres mellifères, notamment le calliandra, le grevillea et l’eucalyptus mellifère. Selon lui:

Ces arbres résistent mieux aux variations climatiques et fournissent un nectar régulier.

Cet environnementaliste encourage ainsi les apiculteurs locaux à suivre une formation en apiculture moderne et soutient que les ruches traditionnelles sont moins résistantes aux perturbations du climat:

Les ruches modernes protègent mieux les colonies d’abeilles et améliorent la production. Les apiculteurs doivent se conformer aux cycles climatiques plutôt qu’aux saisons habituelles, afin d’éviter des pertes inutiles.

Ainsi, il propose de freiner la déforestation, de limiter la culture sur brûlis, et restaurer les zones humides et protéger les essences locales.

Lire également sur IciCongo : Quand le miel donne du bourdon à l’Est de la RDC

Or pour répondre aux besoins en bois de chauffe, bois d’œuvre et en matériaux de construction, les plantations d’eucalyptus, très répandues dans la région, sont de plus en plus abattues.

L’aménagiste Gloire Mulondi, enseignant à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université Catholique du Graben à Butembo (Nord-Kivu), déplore :

Cette coupe massive prive également les abeilles d’une ressource essentielle : le nectar.

Outre les effets du dérèglement climatique, les conflits armés dans le Nord-Kivu ont occasionné une insécurité grandissante dans les zones de production de miel et favorisé des déplacements massifs de populations. Ceci constitue également un facteur déterminant, note un producteur: la poursuite des hostilités empêche les producteurs, qui craignent pour leur sécurité, à accéder librement aux zones de production.

Lire notre cahier spécial : 


Les riziculteurs camerounais entre ambition nationale et réalités du terrain

Wed, 18 Mar 2026 07:31:47 +0000 - (source)

Le riz représente plus de la moitié des approvisionnements extérieurs en céréales du Cameroun.

Initialement publié le Global Voices en Français

Des paysans en train de récolter les riz dans une rizière au Cameroun ; capture d'écran de la chaîne YouTube de My Agric Pro

Le gouvernement camerounais annonce en janvier 2023 une politique d'autosuffisance en riz, un aliment de base de la population. Dans la région du Nord-Ouest du pays, les riziculteurs allient courage et détermination pour concrétiser ces promesses nationales.

Au Cameroun, dans les villes comme dans les campagnes, le riz est l'un des aliments les plus consommés, comme en témoigne la demande nationale dans ce pays de plus de 30 millions d'habitants. En 2023, la consommation du riz au Cameroun est de 25 kg par habitant tandis que la demande nationale est estimé à plus de 600 000 tonnes par an.

Alors que les chiffres de consommation sont en nette progression, la production nationale reste largement insuffisante: durant les dix premiers mois de l'année 2022, le pays a importé plus de 650 000 tonnes de riz pour un montant de 162,5 milliards de FCFA ( 282 millions de dollars américains), contre 580 000 tonnes importés en 2021.

Une dépendance coûteuse que l'État veut briser

Dans ce contexte, le riz représente plus de la moitié des approvisionnements extérieurs en céréales, venant essentiellement de l’Inde et de Thaïlande. En mai 2023, le gouvernement adopte donc la stratégie d'autosuffisance en riz avec un but précis: rehausser le taux de production à l ‘aide d'un budget de 385 milliards de FCFA (677 millions de dollars américains). L'objectif est ambitieux : tripler la production nationale pour atteindre 460 000 tonnes d'ici 2027, puis 750 000 tonnes d'ici 2030. Selon les projections, ce volume devrait permettre d'atteindre un taux d'autosuffisance de 97 %.

Ces objectifs ambitieux sont accueillis avec un sentiment mitigé par les riziculteurs qui font face à un quotidien de routes défoncées, de semences insuffisantes, et de marchés désorganisés. Felix Mangwa, Ayong Odette et Tanchia Ngwendoline sont des cultivateurs de riz et propriétaire de vastes espaces rizicoles. Interviewés par Global Voices, ils partagent leurs espoirs et leurs difficultés pour atteindre la sécurité alimentaire de leur pays.

La réforme comme point de bascule

Dans les plaines humides du Nord-Ouest camerounais, la saison des pluies – qui a lieu de mars/avril à octobre et qui est toutefois sous l'influence du changement climatique – rythme les existences. Les cultures, principalment – le café, la pomme de terre, le maïs, le haricot, l'igname, le taro, le riz et l'huile de palme – suivent le rythme de la saison des pluies. Depuis l'annonce de la politique nationale d'autosuffisance en riz, un changement notoire s’est opéré dans le quotidien des exploitations de la région. Félix Mangwa explique que la riziculture est devenue sa priorité absolue :

Depuis la mise en place de cette politique, la riziculture est devenue l'activité principale de mes journées, avant toute autre tâche agricole. Davantage de membres de ma famille y participent désormais, ce qui allège la charge de travail.

Ce dynamisme familial autour du riz illustre une transformation plus profonde. Pour Ayong Odette, cultivatrice de profession de très longue durée, cela représente une validation de son choix de vie, car elle s’est engagée dans la culture du riz bien avant l'annonce gouvernementale. Elle explique :

La politique a eu un effet positif sur mes activités. Elle m'a encouragée à continuer de miser sur la riziculture comme source de revenus durable.

Pour Tanchia Ngwendoline, une autre rizicultrice, la mesure la plus concrète se lit directement dans le porte-monnaie familial. L'amélioration modeste mais réelle de ses revenus a eu des répercussions tangibles:

Cette politique a amélioré mes revenus, ce qui a contribué à améliorer les conditions de vie de ma famille.

Un quotidien entre pénuries et routes impraticables

Mais derrière cet enthousiasme, les trois agriculteurs décrivent un environnement de production semé d'embûches. Les défis sont à la fois techniques, logistiques et économiques, et se recoupent de manière frappante d'une exploitation à l'autre.

Felix Mangwa dresse un tableau détaillé des obstacles. Le prix du paddy trop bas pour maintenir la motivation, un accès insuffisant aux semences certifiées et aux tracteurs, une gestion de l'eau défaillante faute de parcelles aménagées. L’état des routes est ce qui l'inquiète le plus:

En saison des pluies, les routes qui relient nos champs aux marchés deviennent impraticables. Transporter la récolte relève alors du défi. Et quand on finit par trouver une décortiqueuse (machine utilisée pour enlever les enveloppes des grains de riz paddy), la qualité du riz blanc obtenu est souvent médiocre, loin des standards du riz importé.

Ayong Odette, de son côté, souligne deux problèmes fondamentaux:

La pénurie d'eau affecte la production. Et il n'existe pratiquement aucun système de commercialisation organisé, ce qui rend très difficile la vente du riz à un prix juste et stable.

La main-d'œuvre est un autre casse-tête. Ssans mécanisation, la production reste prisonnière du travail manuel. Les pertes post-récolte, aggravées par une infrastructure de stockage défaillante, engloutissent une partie significative des efforts consentis. Tanchia Ngwendoline résume ainsi les défis :

L'accès limité aux intrants agricoles améliorés (engrais ou produits phytosanitaires), une infrastructure médiocre qui entraîne d'importantes pertes après récolte, la dépendance à la main-d'œuvre manuelle et l'état dégradé des routes.

Présence d’un appui institutionnel encore insuffisant

Depuis l'annonce de la nouvelle politique du riz, les riziculteurs camerounais bénéficient d'un soutien via des programmes d'associations et d'organisations non gouvernementales qui opèrent dans le domaine agricole. Si cette initiative est à saluer, l'accompagnement reste partiel. La Société de développement de la haute vallée du Noun (UNVDA) qui fournit des semences certifiées aux agriculteurs de cette région Nord-Ouest et le Projet d'appui au développement des filières agricoles (PADFA II) qui offre des accompagnements techniques et dispense régulièrement des formations.

Au-delà de ces appuis, les questions environnementales liées à l'utilisation de l'eau et des terres sont de tailles. En effet, la riziculture hydrovore alors que dans le Nord-Ouest camerounais, la gestion de l'eau constitue un enjeu quotidien qui mobilise les agriculteurs bien au-delà de leurs parcelles individuelles. Une stratégie préventive s’impose alors à ces exploitants agricoles dans le but de gérer les questions environnementales, et d’assurer par-dessus tout une bonne culture. Félix Mangwa explique :

Je commence les cultures tôt afin de réduire les problèmes liés à l'eau. Je participe également aux activités locales d'entretien des ressources en eau organisées par le comité de gestion agricole et la coopérative rizicole. De plus, nous renforçons les berges des champs avec de l’herbe à éléphant afin de prévenir l'érosion.

Tanchia Ngwendoline adopte une vision plus prospective, tournée vers la résilience climatique. Elle plaide pour la construction de canaux d'irrigation formels, la diffusion de variétés résistantes comme le Nerica L56 (une variété de riz hybride interspécifique, spécifiquement développée pour les bas-fonds pluviaux et irrigués en Afrique).

Ce qu’il faut pour que la politique tienne ses promesses

Interrogés sur les mesures concrètes qui pourraient transformer durablement leur situation, les trois riziculteurs formulent des propositions qui s’inscrivent dans une vision similaire. Felix Mangwa appelle à un investissement dans les infrastructures de base : développement de nouvelles parcelles rizicoles, subvention des intrants, construction d'entrepôts de stockage, bitumage des routes rurales. Il insiste particulièrement sur la nécessité d'un marché structuré et de prix planchers protecteurs, ainsi que sur la modernisation des unités de transformation.

Ayong Odette met l'accent sur la commercialisation. Elle plaide pour des marchés plus accessibles, et des circuits de vente structurés pour une viabilité économique à long terme de la filière.

Pour Tanchia Ngwendoline, l'autosuffisance ne se décrète pas, elle se construit:

Le gouvernement doit prendre des mesures fortes pour réduire les importations de riz et encourager la consommation du riz local. Il faut aussi promouvoir la mécanisation pour améliorer la productivité. Pour moi, la durabilité, c'est garantir de la nourriture en permanence et créer des emplois.

Les témoignages de ces riculteurs dessinent les contours d'une filière rizicole camerounaise en mouvement, portée par une volonté politique mais encore fragilisée par des décennies de sous-investissement dans les infrastructures rurales.


L’art soumis à l’idéologie : comment les talibans ont muselé le cinéma afghan

Tue, 17 Mar 2026 15:33:53 +0000 - (source)

La dimension artistique du cinéma a été effacée au profit d’une idéologie politique

Initialement publié le Global Voices en Français

La salle vide du Park Cinema, aujourd’hui détruit, à Kaboul.

La salle vide du Park Cinema, aujourd’hui détruit, à Kaboul. Capture d’écran issue de la vidéo “Park Cinema 🎥 Kabul | Destruction of Park Cinema Kabul Afghanistan” publiée sur la chaîne Youtube Pathan Film. Usage équitable.

Cet article a été écrit par Elina Qalam pour Hasht-e Subh Daily et publié le 29 octobre 2025. Une version éditée est parue sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu.

Au cours des cinq dernières années, les autorités talibanes ont interdit les activités cinématographiques en Afghanistan et démoli une salle de cinéma dans la capitale, Kaboul. Depuis leur prise de pouvoir en août 2021, elles ont progressivement supprimé films et séries télévisées des chaînes nationales, avant de fermer l’ensemble des salles de cinéma au public. En utilisant des politiques systématiques, ils ont exclu les femmes des productions cinématographiques.

Cet article repose sur une enquête menée par Hasht-e Subh Daily ainsi que sur des entretiens avec plusieurs cinéastes et anciens employés d’Afghan Film, en Afghanistan et à l’étranger. Les talibans ont dissous Afghan Film, unique institution publique dédiée à la production, au soutien et à la conservation du cinéma afghan. En exil, plusieurs professionnels du secteur redoutent désormais la disparition définitive des archives d’Afghan Film.

L’importance d’Afghan Film dépasse largement le cadre des arts et du cinéma : l’institution constituait également le dépôt majeur de l’histoire visuelle de l’Afghanistan. Ses archives conservent des films documentaires datant du début du XXᵉ siècle, retraçant les grands événements politiques de l’histoire moderne du pays.

La disparition du cinéma afghan

Avec le retour au pouvoir des talibans, le champ culturel et artistique afghan a été soumis à des restrictions d’une ampleur inédite. Dès les premiers jours de leur prise de contrôle de Kaboul, les talibans ont progressivement étouffé l’expression artistique, notamment le cinéma.

Le 21 novembre 2021, le ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice a publié une directive en huit articles, entraînant l’exclusion généralisée des femmes des médias.

Le 22 mars 2023, la municipalité de Kaboul administrée par les talibans a annoncé la démolition du cinéma historique de Khairkhana afin de permettre la construction d’un marché commercial, d’une mosquée et d’immeubles d’habitation. Ce cinéma figurait parmi les plus anciens et les plus emblématiques de la capitale.

Le 26 septembre 2023, les autorités talibanes ont décidé de louer le bâtiment du cinéma historique Aryub. Bien qu’il ait été reconverti en parking, ce lieu restait un symbole important du cinéma afghan en raison de son architecture caractéristique.

Enfin, le 13 mai 2025, les talibans ont officiellement dissous Afghan Film, seule institution cinématographique publique du pays. Cette dissolution a définitivement mis fin aux espoirs de renaissance du cinéma institutionnel en Afghanistan, reléguant l’une des principales structures de l’industrie cinématographique nationale au rang de vestige du passé.

La vidéo ci-dessous documente la démolition de la salle du cinéma Ariana à Kaboul.

Les contradictions de la politique culturelle des talibans

Les talibans cherchent à se présenter comme des promoteurs de la culture et de l’art, notamment par l’organisation du festival de cinéma Did-e Naw. Des spécialistes du cinéma estiment toutefois que ces initiatives servent principalement des objectifs de propagande et ne traduisent aucun changement réel dans la vision culturelle du régime.

Depuis quatre ans, le régime a produit neuf films et une série télévisée, tous dépourvus de personnages féminins. Le contenu de ces œuvres promeut l’idéologie talibane, dénigre l’ancien gouvernement, condamne les valeurs démocratiques et glorifie les attentats-suicides ainsi que les combats du régime.

Selon les enquêtes de Hasht-e Subh Daily, des films tels que Bagram Prison, Pul-e Company, Kabul Retaining Walls, State Gardener, A Working Day of a Police Commander et Ninth of Sunbula ne constituent qu’une fraction des œuvres produites avec des fonds publics.

Ces productions visent à légitimer le régime taliban et à mettre en avant les défaillances du gouvernement précédent. Elles relèvent davantage de la propagande que d’une démarche artistique et ont été largement réalisées par des cinéastes peu expérimentés ou des étudiants novices.

Sayed Ahmad Shekab Mousavi, professeur au département de cinéma de la faculté des Beaux-Arts de l’université de Kaboul et actuellement chercheur invité à l’université Columbia à New York, souligne :

Sous leur premier régime [1996–2001], les talibans brûlaient films et séries, excluaient les actrices, interdisaient la musique et n’autorisaient que les chants religieux. Aujourd’hui, la même politique perdure, mais sous une autre forme. Une chose est certaine : les talibans sont désormais en train de façonner leur propre histoire visuelle, une histoire marquée par la censure, l’exclusion et la déformation, mais appelée à devenir leur héritage.

Réaliser un film en exil

Bien que des cinéastes afghans en exil qualifient le cinéma de « meilleure forme de revanche » contre les talibans, ils soulignent également les nombreux obstacles auxquels ils se heurtent dans leurs pays d’accueil.

Les contraintes financières, l’accès limité aux équipements techniques, les difficultés liées au statut de résidence et le manque d’opportunités professionnelles compromettent la production de leurs œuvres.

La migration forcée a rompu leur lien avec le public national, rendant l’espace culturel du pays hors de portée. Ahmad Aryubi, ancien directeur du cinéma Aryub, déclare :

Lorsque la jeune génération n’a accès qu’à ces films pauvres et limités [produits par les talibans], elle en retire l’image d’un pays arriéré, incapable de produire des œuvres cinématographiques ou de s’inscrire sur la scène mondiale.

Marinan, cinéaste afghan résidant en France, ajoute :

La vie en exil est un défi majeur. Certains parviennent à s’imposer par leur travail, mais pour beaucoup, c’est une lutte permanente. Je connais des personnes talentueuses qui, tout en vivant en Europe, n’ont aucune place dans le cinéma afghan.

Le quotidien éprouvant des cinéastes en Afghanistan

Selon les conclusions de Hasht-e Subh Daily, la situation des cinéastes et des salles de cinéma en Afghanistan sous le régime taliban s’est considérablement détériorée. La censure, les contraintes idéologiques et l’interdiction pure et simple du cinéma ont rendu toute création cinématographique impossible.

Sabera Sadat, actrice, décrit la dureté de sa situation :

Après l’instauration des restrictions et la perte de mon emploi à la direction du théâtre, où j’exerçais comme actrice, mes conditions de vie sont devenues extrêmement difficiles. Étant le principal soutien financier de ma famille, cette situation a eu un impact négatif sur mon moral et sur mon identité artistique. Je n’ai pas pu quitter l’Afghanistan à cause de mes enfants, car ma vie dépend d’eux.

Mme Sadat livre une perspective sombre : « La situation est très grave. Dans les circonstances actuelles, il n’y a aucun espoir que le cinéma renaisse. »

Selon Hasht-e Subh Daily, les talibans n’autorisent les cinéastes à travailler que sous des conditions extrêmement strictes. La première exigence consiste à soumettre le scénario du film aux talibans avant toute production, puis à faire réexaminer l’œuvre une fois terminée.

L’autorisation de diffusion n’est accordée que si le film est entièrement conforme aux exigences du régime. Toute participation féminine y est formellement interdite.

Dans ces conditions, l’industrie cinématographique afghane est totalement paralysée, sans perspective de reprise ni de retour à une activité artistique libre. De nombreux cinéastes ont quitté l’Afghanistan, et ceux qui y demeurent vivent dans l’ombre de la pauvreté et du désespoir.


Coopération nucléaire Sino-kazakhstanaise : de gros risques pour des petits prix

Tue, 17 Mar 2026 14:23:17 +0000 - (source)

La Chine cherche à ‘globaliser’ son industrie nucléaire

Initialement publié le Global Voices en Français

A nuclear power plant in Tennessee, USA.

La centrale nucléaire Sequoyah dans l'État de Tennessee aux États-Unis. Image de Wikimedia Commons. CC BY-SA 3.0.

Cet article a été retenu dans le cadre du Programme Global Voices Climate Justice fellowship, qui met en relation des journalistes de pays sinophones et ceux d'autres pays de la sphère mondiale pour étudier les impacts des projets de développement chinois à l'étranger. Découvrez d'autres articles ici. 

Le Kazakhstan prévoit de former un partenariat avec la Chine pour la construction de ses deuxième et troisième centrales nucléaires, qui sont estimées de produire 2.4GW d'électricité afin de répondre au déficit énergétique croissant. Pourtant, les impacts de cette coopération s'étalent au-delà de l'énergétique et mènent des influences sur la situation environnementale ainsi que le paysage politique kazakhstanais sur le long terme.

La construction de ces centrales par la Chine sert aussi à contrebalancer l'influence de la Russie, qui construira la première centrale nucléaire au Kazakhstan et qui maintient un rôle important dans le secteur énergétique du Pays. Sur le plan environnemental, des centrales nucléaires peuvent accélérer la transition vers l'énergie propre et peuvent aussi aider le pays à aborder son problème national de la pollution de l'air ainsi que les issues de santé que cela provoque. Pourtant, les traumatismes passés liés aux essais nucléaires et des inquiétudes par rapport à la possibilité d'un désastre nucléaire sont aussi des considérations importantes.

Pour la Chine, cette coopération marque le début des projets nucléaires en Asie centrale ainsi qu'une autre étape historique dans la coopération avec le Kazakhstan et la région élargie. Il symbolise l'engagement de la Chine à la fois d'étendre et diversifier sa présence régionale et de renforcer sa relation avec le Kazakhstan au travers de nouvelles formes de coopération technologiques et énergétiques. Le processus de la construction, l'opération et le démantèlement de ces centrales peut facilement durer plus que 60 ans, ce qui souligne que cet engagement bilatéral est à long terme.

Le développement nucléaire conduit par un déficit énergétique et la pollution de l'air

Même après une expansion des capacités, la production énergétique n'arrive toujours pas à couvrir la demande augmentée par une croissance de la population et l'industrialisation, qui motivent en partie les ambitions nucléaires au Kazakhstan. Durant les mois les plus élevés, la demande énergétique a atteint 17,2 GW, qui dépassent la capacité de génération maximale de 16,6 GW. Alors le pays a dû importer ces 0,6 GW restants des États voisins. Par 2030, ce déficit pourrait atteindre 6,2 GW qui poussent les autorités à élargir les capacités et à moderniser les infrastructures.

La production d'énergie propre par les centrales nucléaires est particulièrement importante pour le Kazakhstan où la source primaire d'énergie est le charbon, qui est polluant. En 2024, la production d'électricité par le charbon était responsable de 66% de l'électricité du pays. Par conséquent, selon le Service national d'hydrométéorologie du Kazakhstan, 35 villes à travers le pays sont confrontées à un niveau de pollution de l'air majeur.

Selon le médecin kazakhstanais Denis Vinnikov qui recherche les impacts de la pollution de l'air sur la santé, être exposé à l'air pollué pendant une longue période augmente les risques de développer des maladies cardiovasculaires ou respiratoires, comme la Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Almaty, qui est une des villes les plus polluées au Kazakhstan, est aussi une des villes avec le plus de cas de BPCO.

Une histoire nucléaire tragique et des peurs d'un nouveau désastre

The Inkai Uranium Mine in Kazakhstan.

La mine d'uranium Inkai au Kazakhstan. Image de Wikimedia Commons. Licence CC BY-SA 4.0.

En tant que le plus grand producteur d'uranium, le Kazakhstan est bien parti pour avoir lui-même des centrales nucléaires. Une des raisons pour lesquelles il n'a toujours pas exploité son potentiel d'énergie nucléaire est due à la sensitivité publique liée à son histoire tragique d'essais nucléaires.

Jusqu'à 1991, le Kazakhstan faisait partie de l'Union soviétique. Entre 1949 et 1989 cette dernière a exploité le Polygone nucléaire de Semipalatinsk au nord du pays, pour effectuer 456 essais nucléaires, ce qui a exposé plus que 1,5 million de personnes à des rayonnements nocifs et qui a pollué l'environnement. Pour recentrer le débat, ces essais représentent 25 pourcent de toutes les explosions nucléaires dans le monde durant cette même période.

En octobre 2024, pour dépasser cette sensitivité, le gouvernement a mené un référendum nucléaire dans lequel 72 pourcent de la population a voté en faveur de la construction d'une centrale. Pourtant, dès le début, le Gouvernement a penché en faveur du « oui » et a essayé de limiter l'influence de l'opposition, qui constate que les points négatifs surpassent les points positifs et que les désastres potentiels pourraient avoir un impact dévastateur sur des millions de personnes et sur l'environnement.

L'entreprise du nucléaire russe, Rosatom, a gagné la compétition pour construire la première centrale nucléaire au Kazakhstan, contre des concurrents Chinois, Coréens et Français. La construction a déjà commencé au village d'Ulken, qui se trouve au bord du lac Balkhash dans la province d'Almaty, qui se trouve au sud du pays. La centrale de Rosatom a un coût estimé à 15 milliards de dollars américains. Elle prévoit générer 2,4 GW d'énergie quand elle sera achevée en 2035.

Le 14 juin, quand Rosatom fut désigné gagnant de la compétition pour construire la première centrale, les autorités kazakhstanaises ont aussi annoncé que ce sera la Compagnie nationale nucléaire chinoise (CNNC) qui construira la deuxième centrale. Le 31 juillet, le Vice-premier Ministre, Roman Skylar, a déclaré que la CNNC construira en plus la troisième centrale nucléaire. Les localisations exactes de la deuxième et troisième centrales n'ont pas encore été révélées.

CNNC a déclaré qu'elle peut construire deux réacteurs de type Hualong-1, aussi appelé HPR-1000, capables de générer ensemble 2,4 GW. Comme celles-ci coûteraient 5,5 milliards de dollars américains et seraient prétendument construites en cinq ans, le coût et le délai de construction estimés sont nettement moins chers et plus rapides que les estimations des compagnies russes, françaises et sud-coréennes,

Coopération multilatérale nucléaire

Kazatomprom’s Ulba Metallurgical Plant (UMP), the national operator for nuclear industry in Kazakhstan.

L'Usine métallurgique d'Oulba de Kazatomprom est l'opérateur national pour l'industrie nucléaire au Kazakhstan. Capture d'écran de YouTube.

La coopération nucléaire entre le Kazakhstan et la Chine sert à témoigner que les liens d'investissement et d'échange entre les deux pays sont toujours en croissance. Cette coopération bilatérale comprend l'énergie traditionnelle et renouvelable, l'agriculture, la machinerie, l'exploitation minière, parmi d'autres secteurs. La Chine est désormais un des partenaires d'échange et d'investissement les plus importants pour le Kazakhstan.

En 2022, les deux pays ont signé un partenariat stratégique global et permanent. Entre 2005 et 2023, la Chine a investi plus que 25 milliards au Kazakhstan. Les deux pays tissent des relations proches lors de l'initiative la Nouvelle route de la soie, un projet d'infrastructure de connexion internationale proposé par la Chine, qui focalisera sur l'énergie, l'échange et le transport dans les pays de la majorité mondiale.

De son côté, la Chine formule sa coopération avec le Kazakhstan comme une « coopération stratégique » qui combine la Nouvelle route de la soie avec le programme de relance économique « Nurly Jol (Chemin lumineux) » dans la vision que les deux pays sont des « communautés qui partagent un destin ». Dans les médias chinois qui sont sous les mains de l'État, les politiciens kazakhstanais, comme le Président Kassym-Jomart Tokaïev, sont présentés en faisant l'éloge à la prouesse technologique chinoise grâce à sa sophistication.

Le développement nucléaire de la Chine au Kazakhstan se passe en parallèle avec un renforcement massif de son industrie nucléaire, avec 19 centrales qui sont sous construction et 150 de plus qui prévues d'ici 2035. Au Kazakhstan la qualité « verte » de l'énergie nucléaire est utilisée pour promouvoir les projets. Pareil pour la Chine, le message autour de l'énergie nucléaire focalise sur la baisse de dépendance sur le charbon qui est un polluant.

L'entrée de la Chine dans l'industrie nucléaire kazakhstanaise a pour but de concurrencer la Russie, sachant que l'entreprise de ressources d'uranium kazakhstanais, Kazatomprom, vend ses ressources aux entreprises chinoises depuis la fin de 2024 alors que par le passé, ces ressources étaient développées en coopération avec Rosatom. Selon certaines sources, la vente a eu lieu à cause de la pression mise par le capital Astana. En même temps, le fait que le Kazakhstan maintienne que sa première centrale nucléaire serait construite par la Russie montre que le pays essaie de garder un équilibre sur ses partenariats avec la Russie et la Chine.

« Seulement la Russie et la Chine peuvent offrir de façon indépendante une gamme complète de services : du financement à la localisation des conversions du cycle du combustible nucléaire, avec l'entraînement d'effectifs, le design, la construction, la gestion et traitement de combustible nucléaire usagé tout compris » a déclaré l'agence nucléaire kazakhstanaise.

Bien que la Chine représente généralement ses efforts dans l'industrie nucléaire dans le cadre de la réduction de la pollution de l'air qui est provoquée par d'autres sources d'énergie, ce cadre est aussi compris avec la globalisation de son industrie nucléaire. Comme le Kazakhstan est « le berceau de la Nouvelle route de la soie » et également un pays avec de larges réserves d'hydrocarbures et du gaz naturel parmi ses autres ressources naturelles, il est souvent placé comme un partenaire dans ces initiatives. Ce qui inscrit un « nouveau chapitre dans une amitié qui dure depuis deux millénaires » et ce qui peut apporter « la technologie et la sagesse chinoises à l'Asie centrale ».

La participation chinoise dans le développement de l'industrie nucléaire kazakhstanaise est un autre jalon dans la coopération universelle et croissante entre les deux pays. C'est une situation avantageuse pour les deux, pourtant, pour le pays hôte de ces centrales, à cause de la possibilité de désastres et la dépendance technologique d'un secteur nucléaire émergent et critique, le Kazakhstan se voit confronté à des risques économiques et politiques plus importants.


La professeure bosniaque Nejra Turčinović retourne à sa passion d'antan : illustrer les livres comiques pour enfants

Tue, 17 Mar 2026 12:27:44 +0000 - (source)

Les bandes dessinées et illustrations sont une forme d'expression artistique alliant humour, critique culturelle et imagination.

Initialement publié le Global Voices en Français

« Maintenant, je vais te dessiner! » — un auto portrait . Photo prise par Art of Nejra Turcinovic sur Facebook avec l'accord de l'auteur.

Cet article d'Elma Hasanspahić a été publié pour la première fois sur Balkan Diskurs le 13 février 2026. Une nouvelle version est rééditée sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partenariat de contenu avec le Post-Conflict Research Center (PCRC).

La flamme de la professeure bosniaque Nejra Turčinović pour le dessin remonte à sa jeunesse. Elle s'est depuis tournée vers la bande dessinée et les illustrations comme mode d'expression artistique, associant humour, critique culturelle et imaginaire pour convoyer ses messages vers son public cible préféré — les enfants. Ayant illustré plus d'une vingtaine de livres pour enfants pour le marché local et international, son style unique d'illustration est devenu si populaire qu'il est maintenant immédiatement reconnaissable.

Durant son enfance, Turčinović lisait tous les livres illustrés lui tombant sur la main. Ses préférés étaient ceux des collections Bambi et Vjeverica — des marques sous lesquelles certaines séries de livres illustrés étaient publiés dans l'ancienne Yougoslavie — et qu'elle collectionne encore aujourd'hui.

Couverture de plusieurs livres pour enfants de la collection the « Biblioteka Bambi », par Oslobođenje de Sarajevo (la rangée supérieure présente des ouvrages de O. Župančić, D. Maksimović, A. Stevenson, D. Šćekić), et de la collection « Biblioteka Vjerverica » , par Mladost de Zagreb (la basse rangée présente de V. Colin, M. Aymé, H. Lofting, M. Lovrak), publiée en Yougoslavie des années 1950 aux années 1990. Collage par Global Voices à partir des photos du domaine public, usage équitable.

« Je pense que nous devrions offrir aux enfants autant d'illustrations que possible, y compris des dessins neufs faits à la main, leur montrant ainsi des perspectives différentes sur les contes de fées et les histoires susceptibles de les motiver à dessiner et réussir, » disait Turčinović.

Caricature et illustration

Les premières caricatures sont apparues au 16e siècle en Italie et elles sont devenues populaires en France et en Angleterre. Elles étaient souvent insérées dans la presse écrite , où elles servaient de moyens d'expression politique, de satire, et de divertissement. À travers des portraits déformés et des scènes humoristiques, les dessinateurs pouvaient critiquer les dirigeants politiques, les autorités et les normes sociales. À cette époque, les dessinateurs risquaient souvent d'être persécutés pour leurs créations controversées.

L’illustration est une forme d'art encore plus ancienne, utilisée pour raconter des histoires visuelles dans des livres, des articles, des publicités et d'autres médias. Le rôle clé qu’elle joue dans l'enrichissement des textes, nous aide à mieux comprendre les personnages, les événements et les décors des histoires.

Dans les livres pour enfants, les illustrations constituent souvent le principal vecteur narratif, créant un lien entre le texte et les jeunes lecteurs. Les illustrations peuvent créer un lien émotionnel avec le public, en facilitant la transmission d’ informations complexes et en enrichissant l'expérience visuelle , quand elles sont utilisées dans d'autres médias, notamment les bandes dessinées, les romans graphiques et les publicités.

Illustrations humoristiques et informatives

Titulaire d'une maîtrise en génie civil et travaillant comme enseignante au lycée et assistante à l'université, Turčinović se consacre aussi avec passion à ses loisirs. Elle collectionne les illustrations, mais son plus grand plaisir est de dessiner elle-même, dans des carnets de croquis, sur du papier et du carton.

En plus des livres pour enfants, elle crée des illustrations sur de petites cartes de vœux , qu'elle décrit comme « des illustrations principalement humoristiques contenant des messages subtils ». Elle conçoit aussi des réalisations personnalisées dans son « style bande dessinée »

« Qui est cette vedette » — une phrase tirée d'une chanson célèbre de Zdravko Čolić, avec caricature. Photo prise par Art of Nejra Turcinovic sur Facebook, avec l'accord de l'auteur.

« Je recommanderais sans hésiter aux gens d'éviter de se consacrer à une seule chose, » expliqua Turčinović. « La situation dans le pays n'est pas un conte de fées et nécessite de naviguer entre plusieurs champs de bataille différents ». N'abandonnez surtout pas vos rêves et essayez de ne jamais vous laisser aller au désespoir, car je crois que lorsqu'une personne n'est plus motivée, tout perd son sens.

Durant ses études, Turčinović n'accordait pas au dessin autant d'importance que maintenant . Cependant, après avoir assisté à une rencontre avec les artistes renommés Sabina et Cvjetković, Zdravko Cvjetković, elle a pris conscience du potentiel inhérent aux illustrations, les considérant comme « de la matière première pour de grandes réalisations ». Cette expérience a réveillé sa passion latente pour le dessin, après quoi elle a déclaré : « Il n'a pas été difficile de renouer avec mon ancien amour.»

Aujourd'hui, elle dessine pratiquement tous les jours. « En tant que professeure de lycée et assistante universitaire, le dessin est ma source de relaxation », explique Turčinović. « C'est une forme de médiation thérapeutique me permettant d’échapper à la réalité. C'est mon univers à moi, où je peux être seule et vivre une catharsis et atteindre le nirvana, où je trouve des idées et des solutions à mes questions et dilemmes personnels.

Caricatures autoportraits de Nejra Turčinović. En bas, on peut lire, « J'ai perdu un demi-point et Délais, délais, délais ». Photo tirée de la page Facebook de Art of Nejra Turcinovic avec son autorisation.

« C'est mon rêve, et je suis déjà devenue assez connue pour mon style », a confié Turčinović. « Je peux affirmer que c'est le désir et l'objectif de tout illustrateur et dessinateur : être reconnu par ses œuvres.»


Homebound : Un retour à la maison et aux fantômes qui nous hantent

Tue, 10 Mar 2026 13:52:12 +0000 - (source)

Une histoire tendre et bouleversante sur l'amitié, la marginalisation et les rêves fragiles façonnés par un système immuable.

Initialement publié le Global Voices en Français

'HOMEBOUND' Official movie poster. Fair use

Affiche officielle du film « Homebound ».

Dans la modernité urbaine du 21e siècle, dont les conversations tournent essentiellement autour de l'égalité, la santé mentale, la liberté personnelle et une société sans discrimination, quelle partie de la vie des marginalisés reste-t-il au monde moderne? Certains films parlent de cette question et résonnent comme une gifle en plein visage. « Homebound » (retour à la maison) est un de ces films, dans lequel la promesse de l'Inde moderne entre en collision frontale avec les vies de ceux qu'on ignore en général.

L'histoire commence en pleine nuit, avec deux jeunes qui voyagent en camion pour se présenter à un examen, poursuivant le modeste mais lumineux rêve de devenir policiers. Un rêve qui leur apporterait un peu de dignité, un peu de stabilité, leur propre toit, et peut-être de quoi s'élever au dessus des lignes invisibles de pauvreté qui marque leurs vies.

« Homebound » aurait pu être une histoire familiale sur l'amitié, mais sous la vision émouvante du réalisateur Neeraj Ghaywan cela s'est transformé en portrait d'une génération piégée entre la survie, la trahison et l'espérance. Ghaywan, connu pour son cinéma de conscience sociale et pour son premier succès « Masaan » (2006), 

a créé une oeuvre distincte au cinéma et la transmission à long terme, qui souvent centre ses histoires sur le caste, la classe, le genre et l'identité. Le film s ebase sur un reportage du journaliste Basharat Peer publié dans le  New York Times et intitulé « Une amitié, une pandémie et un décés ensemble près de l'autoroute », qui racontait une histoire déchirante d'amitié et qui a été publié en 2020, durant l'apogée de la pandémie de COVID-19.

Ce qui distingue « Homebound » des autres histoires sur la transition vers l'âge adulte est son refus d'assouplir les limites de la discrimination religieuse et motivée par la différence de castes. Bien que la constitution de l'Inde garantisse l'égalité, le système de castes continue d'exister comme une structure sociale profondémment enracinée qui détermine l'accès aux opportunités et à la justice. En Inde, la violence pour le caste est une des manifestations la plus brutale de la stratification sociale, qui adopte plusieurs formes, parfois appelés abus qui comprennent un discours influencé par le caste, des boycotts économiques et, dans certains cas, la violation systématique, des linchages et des atrocités massives.

Le film montre de façon brillante la nature profondemment liée de comment le caste, la religion et la classe sociale façonnent la vie et le destin d'une personne, et comment ces forces définissent les limites de ce que ces jeunes peuvent imaginer. Il recueille le poids de générations écrasées par la discrimination, lesquelles se murmurent à elles-mêmes : « Demain sera un jour meilleur », bien que la réalité trace un chemin plus compliqué, révélé avec une clarté devastatrice dans les moments finaux du film.

L'histoire se déroule dans un village indien isolé, et suit Chandan et Shoaib, deux amis d'enfance unis par l'affect, les difficultés partagées et un accord tacite des hiérarchies sociales qui assombrissent leurs vies.

Chandan et Shoaib sont nés dans un monde dans lequel les mérites comptent peu et dans lequel le caste et la foi définissent la valeur d'une personne.

Qui appartient à la « caste supérieure » ? Qui est paria (la caste inférieure) ? Qui est musulman ? Et, plus important encore, pourquoi le fait d'être musulman suscite-t-il automatiquement la méfiance ? Chaque fois que le destin semble tourner en sa faveur, une nouvelle épreuve surgit, silencieuse, impitoyable, inévitable. Chandan, qui est paria, réussit l'examen de la police. Shoaib, musulman, échoue. La divergence n'est ni dramatique ni exagérée ; elle se présente avec la cruauté objective que connaît quiconque a vécu ce type d'inégalités systémiques.

Lorsque Shoaib accepte un emploi comme vendeur de filtres à eau, les humiliations sont silencieuses et persistantes : les clients refusent l'eau qu'il a touchée, ses collègues font des blagues lassantes sur le Pakistan. Rien de tout cela n'est présenté comme exceptionnel. C'est monnaie courante. C'est là tout le problème. Chandan est confronté à un fardeau différent : son propre refus d'accepter la caste qui lui a été attribuée et sa décision de concourir dans la catégorie générale dans une tentative douloureuse de se distancier d'un stigmate qu'il n'a jamais souhaité. Mais le film montre clairement que dépasser la caste est rarement une option pour ceux qui sont nés dans les échelons les plus bas.

Alors que le spectateur est submergé par le poids de leur souffrance, une brève scène provoque un nouveau choc : la sœur de Chandan, brillante élève désireuse de poursuivre ses études, se voit refuser l'accès à l'université parce que la famille doit donner la priorité à l'avenir du garçon. La discrimination sexuelle, suggère le film, prospère même dans les foyers fracturés par d'autres formes d'injustice.

Les talons fissurés de la mère de Chandan deviennent un motif inquiétant de l'héritage générationnel des épreuves. Pendant ce temps, Shoaib porte le poids de la jambe estropiée de son père et rêve du jour où il pourra se permettre de le soigner. Leurs aspirations brûlent comme de petites flammes obstinées : une maison à eux, un uniforme qui inspire le respect, une vie qui leur permette de se tenir debout. Au milieu de ces tempêtes, un amour calme et tendre fleurit dans le cœur de Chandan, doux comme un secret, fragile comme l'espoir.

Ghaywan complète ces ruptures intimes par des paysages visuels dépouillés de tout artifice. Trains locaux, quartiers ouvriers surpeuplés, travailleurs trempés de sueur… rien n'est embelli ni exagéré pour donner un attrait cinématographique. La pandémie de COVID-19, représentée avec modération, entre dans l'histoire non pas comme un mélodrame, mais comme un contexte sombre, capturant le déplacement massif des travailleurs migrants et la précarité de la vie parmi les pauvres du pays.

« Homebound » parle d'espoir, mais rejette toute consolation facile. Il reste fidèle aux dures réalités du temps, du désespoir et des systèmes défaillants. Cependant, même dans cette obscurité, le réalisateur laisse une lueur d'espoir chez Shoaib. Le rêve que Chandan n'a pas pu réaliser devient le flambeau de Shoaib. Les interprétations ancrent le registre émotionnel du film. Vishal Jethwa est profondément convaincant dans le rôle de Chandan, transmettant l'ambition et la vulnérabilité avec une précision silencieuse. Ishaan Khatter apporte une douceur palpable à Shoaib, un jeune homme dont la résilience ne se transforme jamais en amertume. La distribution secondaire est uniformément solide, même si Jahnvi Kapoor, dans le rôle de Sudha Bharti, semble légèrement décalée par rapport à la palette naturaliste du film. Son raffinement inhérent, même lorsqu'elle se déshabille, est difficile à camoufler.

Le film a été présélectionné pour les Oscars (2026), mais son importance dépasse largement la saison des récompenses. « Homebound » est une réussite, non pas parce qu'il tente de parler au nom des opprimés, mais parce qu'il écoute les silences, les concessions et les négociations privées qui façonnent la survie quotidienne. Le film s'intéresse moins au triomphe qu'à la persévérance silencieuse nécessaire pour simplement survivre, pour garder espoir, pour rentrer chez soi. En fin de compte, tout le monde cherche un chemin vers chez soi, quelle que soit sa définition. « Homebound » comprend ce désir. Le film n'offre pas de conclusion définitive, seulement une reconnaissance. Et parfois, c'est le choix le plus honnête.

Dans ses derniers instants, le film revient à Shoaib, qui s'accroche au rêve que Chandan n'a pas pu réaliser. Le rêve de Chandan devient l'héritage de Shoaib, un témoignage de la façon dont les rêves se transmettent, se partagent et, parfois, se sauvent.

Certains films arrivent en fanfare, avec un spectacle et une campagne publicitaire tonitruante. D'autres se glissent doucement, comme une brise à travers une fenêtre entrouverte, et laissent une empreinte qui perdure longtemps après. Après avoir vu « Homebound », une phrase du célèbre poète bangladais Daud Haider ne cessait de résonner dans mon esprit : « Ma propre naissance est mon péché éternel ». Peu de phrases capturent avec plus de concision le terrain émotionnel du film.

Cet article est une traduction en anglais d'une critique cinématographique en bengali de Shakila Zerin, initialement publiée dans Bonik Barta, l'un des journaux nationaux les plus respectés du Bangladesh, le 5 décembre 2025. Shakila Zerin occupe actuellement le poste de rédactrice en chef adjointe de cette publication.

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