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Sir Garfield Sobers, star du cricket originaire de la Barbade, est décédé à l'âge de 89 ans

Wed, 28 Oct 2026 15:24:05 +0000 - (source)

Il fût « peut-être le meilleur joueur de l'histoire de ce sport ».

Initialement publié le Global Voices en Français

Fisheye shot of the statue of Sir Garfield Sobers, cricket legend and national hero, at Barbados’ Kensington Oval.

Statue de Sir Garfield Sobers sur l'ovale de Kensington, à la Barbade. Photo de Winton Edghill sur Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

Un décompte exceptionnel touche à sa fin. Sir Garfield Sobers, Garry, largement considéré comme le joueur le plus polyvalent que le cricket ait produit, est décédé le 17 juillet 2026, à peine 11 jours avant de fêter ses 90 ans.

A l'annonce de sa mort, la Première ministre des Barbades, Mia Mottley, a qualifié le moment d'une « heure solennelle pour notre pays » et a déclaré une journée de deuil pour « un de nos plus grands enfants » :

C’est avec une profonde tristesse que je m’associe à la Barbade, aux Caraïbes et au monde du cricket pour déplorer le décès de Son Excellence Sir Garfield Sobers, notre Sir Garry.

De Bay Land à Kensington, puis sur la scène internationale, il a représenté la Barbade et les Antilles avec … pic.twitter.com/Sj6lFG7gfh

— Mia Amor Mottley (@miaamormottley) 17 juillet 2026

 

Les drapeaux ont été mis en berne dans tout le pays, et ce héros national tant aimé a eu droit à des funérailles nationales.

Mais l’influence de Sobers s’est étendue bien au-delà des côtes de la Barbade. Il a joué pour les Antilles pendant plus de 20 ans, entre 1954 et 1974, période durant laquelle il s’est illustré en tant que batteur talentueux, lanceur hors pair et défenseur tenace : trois spécialités (voire cinq, selon certains) réunies en un seul joueur d’exception, ce qui lui a valu le respect international en tant que l’un des plus grands joueurs de cricket de tous les temps.

 Les forces qui l'ont façonné

Sobers est né le 28 juillet 1936, fils de Shamont et Thelma Sobers, dans leur maison de l'avenue Walcott, à Bridgetown, capitale de la Barbade, et était le cinquième d'une fratrie de six enfants. Il est né avec six doigts à chaque main. Certaines sources laissent entendre que, enfant, il aurait décidé de s'amputer lui-même ces doigts supplémentaires à l'aide de fil de suture et d'un couteau bien aiguisé. Sur X, un fan de cricket affirme que « les médecins lui ont retiré ces doigts supplémentaires lorsqu'il était enfant, mais qu'il a disputé ses premiers matchs de cricket sérieux avec onze doigts ». Quoi qu'il en soit, cela prouverait que ce n'était pas là son plus grand obstacle.

Sobers n’avait que cinq ans en janvier 1942, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, lorsque son père, marin marchand, trouva la mort après que son navire eut été torpillé par un bateau allemand. Le cricket lui a offert une échappatoire bien nécessaire ; Gordon Bell, auteur de la biographie « Sir Garfield Sobers » publiée en 1978, a souligné que Garfield et son frère Gerald avaient aidé l'équipe de leur école de garçons, Bay Street, à remporter le championnat interscolaire de cricket des écoles primaires trois années consécutives.

À l'âge de 13 ans, les talents de Sobers au cricket attiraient déjà l'attention à l'échelle nationale. Il a été recruté par deux clubs : le Kent, qui faisait partie de la Ligue de cricket de la Barbade, et les Wanderers, membres de l'Association de cricket de la Barbade, où il a perfectionné ses compétences, notamment en tant que lanceur gaucher.

C'est à ce moment-là que l'inspecteur Wilfred Farmer, ancien joueur des Wanderers qui avait été capitaine de l'équipe de cricket de la police avant de devenir commissaire de police de la Barbade, vit Sobers en action et lui proposa un poste au sein de la police. À 16 ans, après avoir fait ses preuves au sein de l'équipe de première division de la police, Sobers fut convoqué aux sélections de la Barbade en vue de la tournée des Indes occidentales en Inde de 1952-1953, et intégra l'équipe en tant que douzième membre. Ce fut un exploit remarquable pour un jeune homme qui n’en était encore qu’à sa première saison de cricket de première classe, et il eut l’occasion de jouer après que le lanceur titulaire Frank King eut dû déclarer forfait pour cause de blessure.

Il s'est forgé une place

Sobers a fait ses débuts le 31 janvier 1953, où il a marqué sept points en tant que neuvième batteur. Il a également fait forte impression en tant que lanceur. Sa deuxième apparition à ce niveau a eu lieu en mars 1954 en Jamaïque. À tout juste 17 ans, Sobers a pris part à la finale opposant les Antilles à l'équipe anglaise, qui jouait à l'extérieur. Ses performances exceptionnelles lors de ces deux matchs lui ont valu une sélection bien méritée au sein de l'équipe des Antilles, pour sa troisième participation à un match de première classe marquant ses débuts en test-match :

Ce jour-là, en 1954 (le 30 mars), à l'âge de 17 ans, Sir Garfield Sobers a fait ses débuts avec les Antilles. Le reste appartient à l'histoire… #MagicMonday #ItsOurGame pic.twitter.com/GeaiDcaQIo

— Windies Cricket (@windiescricket) 30 mars 2020

Entre 1954 et 1955, l'Australie s'est rendue aux Antilles, mais Sobers n'a pas été sélectionné pour ce premier match test, que son équipe a perdu. Il a disputé le deuxième test-match à Trinidad, qui s'est soldé par un match nul. Lors du troisième test-match en Guyane, Sobers a marqué trois points dès les premières manches de l'équipe australienne. Lors du quatrième test-match à la Barbade, le capitaine antillais et premier batteur Jeffrey Stollmeyer a dû se retirer pour cause de blessure, ce qui a soulevé la question de savoir qui prendrait sa place. Sobers a obtenu le poste et a frappé les trois premiers lancers pour marquer quatre points. Lors du deuxième, il a ajouté trois autres quatre, jusqu’à ce qu’il soit finalement éliminé avec 43 points, après un partenariat de 52 points pour le premier score.

L'Australie a remporté la série, mais cette expérience s'est avérée inestimable pour Sobers, qui a entamé sa première saison en 1956, lors de la tournée de l'équipe des Antilles en Nouvelle-Zélande. Sobers n'était pas habitué aux terrains en gazon ; il a connu des difficultés et a été renvoyé plus tôt que prévu pour disputer un match test non officiel contre l'Angleterre. Il s'est bien débrouillé et a été sélectionné pour la tournée des Antilles de 1957 en Angleterre.

Une carrière légendaire qui a marqué l'histoire de ce sport⭐

Sir Garfield Sobers laisse derrière lui un héritage qui perdurera pendant des générations.👏 pic.twitter.com/mo9GyIsuhb

— ICC (@ICC) 17 juillet 2026

Au cours des trois années suivantes, en 24 matchs test, Sobers a marqué 2 250 runs avec une moyenne impressionnante de 93,75. En 1958, il a réalisé son premier century lors d’un test-match contre le Pakistan à Kingston, et a porté son total à 365. Ce record est resté invaincu pendant 36 ans, jusqu’à ce que le joueur de cricket trinidadien Brian Lara le dépasse de dix runs. Sobers se trouvait dans les tribunes du terrain de loisirs d’Antigua, ce qui a rendu ce moment encore plus spécial :

Je repense à l'époque où Brian Lara a battu le record vieux de 36 ans de Sir Garfield Sobers, qui détenait le meilleur score jamais réalisé lors d'un test-match, en marquant 375 points contre l'Angleterre en 1994… Sir Gary avait toujours autant de classe. ❤

pic.twitter.com/P8k0B0z3Gy

— Sky Sports Cricket (@SkyCricket) 17 juillet 2026

L'année suivant la première centaine de Sobers, la tragédie frappa à nouveau sa vie. Le matin du 7 septembre 1959, alors qu'il conduisait ses coéquipiers des Antilles, Tom Dewdney et Collie Smith, à Londres pour un match de bienfaisance, il entra en collision avec un camion de bétail de dix tonnes. Smith, qui s'était endormi sur la banquette arrière, fut projeté vers l'avant. Il a subi une lésion de la colonne vertébrale et est tombé dans le coma. Il est décédé trois jours plus tard. Sobers a été reconnu coupable de conduite imprudente, mais il a affirmé avoir été ébloui par les phares de l’autre véhicule. Un message publié sur les réseaux sociaux suggérait que Sobers ne s’était jamais remis de cette perte et que « ceux qui l’ont connu avaient le sentiment qu’il disputait chaque match en portant en lui une partie du rêve de son ami, au même titre que le sien ».

Sobers est devenu capitaine de l’équipe des Indes entre 1965 et 1974. Un autre moment fort de sa carrière remonte à 1968, alors qu’il jouait pour le Nottinghamshire. Sobers est entré dans l’histoire en devenant le premier joueur à réaliser six runs d’un seul coup, ce qui signifie qu’il a marqué sur toutes les balles qu’il a envoyées au-delà des barrières, pour totaliser le nombre maximal de runs possible :

Cette semaine-là, il y a 57 ans — le 31 août 1968 —, Sir Garfield Sobers est entré dans l'histoire à Swansea en devenant le premier joueur à réaliser six runs d'un seul coup, face à Malcolm Nash lors du championnat du comté. pic.twitter.com/YgRqO6dqe8

— John Pitchford🌹💙 (@Johnnypapa64) 16 août 2025

Il a affiché des statistiques impressionnantes tout au long de sa carrière fulgurante : 92 matchs internationaux, 8 032 runs, 26 centuries, 50 half-centuries, et bien plus encore. Au final, il est devenu « probablement le meilleur joueur », ou, pour reprendre les mots de la Première ministre Mottley, « la référence à laquelle la grandeur sera à jamais mesurée » :

Sir Garfield Sobers.

Le plus grand joueur de cricket que le monde ait jamais connu. L'homme joyeux de la Barbade. Paroles d'Emile Straker, enregistrées en 1973@shamyad @cinemawaleghosh @madversity @sachinchatte #GarrySobers #RestinMemories pic.twitter.com/5emI6Aa4j0

— Pavan Jha (@p1j) 17 juillet 2026

Il a également fait l'objet de controverses. En 1969, selon Cricinfo, Sobers « a enfreint la règle tacite de l'époque et a joué au cricket en Rhodésie, dont le gouvernement blanc avait été, en 1965, le premier pays à faire l'objet de sanctions de la part des Nations Unies ». L'année suivante, il a joué dans l'équipe du « Reste du monde » lors d'une série de cinq matchs en Angleterre, dans le cadre de la tournée prévue par l'Afrique du Sud, dont les joueurs étaient interdits de cricket international en raison de la politique d'apartheid menée par ce pays.

Des hommages partout

Lorsque la nouvelle du décès de Sobers a été annoncée, les chefs d'État et des personnalités des médias ainsi que des joueurs de cricket, et les amateurs de sport du monde entier lui ont rendu hommage. Bien que ses capacités techniques ont été mises en avant, la véritable dimension du joueur s'est révélée lorsque, les supporters les uns après les autres, ont constaté que Sobers était aussi un être humain intègre, un véritable gentleman.

La Première ministre de Trinité-et-Tobago, Kamla Persad-Bissessar, a souligné que « sa carrière s’est déroulée au cours de l’une des périodes de plus grande transformation de l’histoire de notre région », et a ajouté que « Sir Garry faisait partie de ces personnalités exceptionnelles qui n’ont pas seulement redéfini le cricket, mais qui ont également contribué à façonner la façon dont les Caraïbes se perçoivent elles-mêmes et dont le monde en est venu à les percevoir ».

Michael Holding, joueur de cricket originaire des Antilles occidentales et commentateur chez Sky Sports, a qualifié Sobers de « pionnier » et a laissé entendre que sa grandeur pouvait se mesurer à l’aune de ce que ses adversaires pensaient de lui. Holding a également salué son humilité et son attitude positive, et a fait remarquer qu’il ne parlait jamais de lui-même.

Il existe deux catégories de joueurs de cricket :

1 Sir Garfield Sobers

2 Tous les autres

Repose en paix https://t.co/gLp6yTCCZA

— Brendan Gallagher (@gallagherbren58) 17 juillet 2026

Kishore Shallow, président de l’Association de cricket des Antilles occidentales, a évoqué la « maîtrise inégalée de Sobers à la batte, au lancer et en défense », mais estimait que sa « véritable importance dépassait les limites du terrain […]. Sir Garfield Sobers est devenu bien plus qu’une icône du sport. Il est devenu un symbole de l’excellence, de la résilience et du potentiel des Caraïbes ».

De son côté, le Jamaïcain Wayne Chen a qualifié Sobers de « dernier colosse » et a déclaré que « la portée de Sobers, telle que l’avait comprise C.L.R. James dans *Au-delà des barrières*, n’a jamais tenu dans un bulletin scolaire ». La grande contribution de James a été de montrer que le cricket dans les Caraïbes ne pouvait être dissocié de la politique du colonialisme, de la race et de l’autonomie ; une limite tracée au Kensington Oval constituait également, de manière irréfutable, une déclaration sur la place de chacun dans les hiérarchies du monde […]. Sobers est devenu, sur le terrain, ce que James a qualifié d’exemple de la revendication des Antilles de la « liberté de la ville » ; une participation à part entière, au mérite, dans un monde qui avait depuis longtemps admis que cette maîtrise était l’apanage du colonisateur. Il laisse des traces, mais aussi la preuve que la grandeur ne connaît pas de frontières impériales ».

La reine Élisabeth II a fait chevalier Sobers en 1975, un an après sa retraite, et il s'est vu décerner la plus haute distinction de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) en 1998, année où il a également été nommé héros national de la Barbade.

Sir Garfield Sobers laisse derrière lui ses enfants Matthew, Daniel et Geneviève, ainsi que son ex-épouse Prudence ; ses beaux-enfants Stuart et Trisha (son épouse Jackie White est décédée avant lui) ; ses petits-enfants, dont l'un, Gabriel, vivait avec lui, et son frère cadet Cecil.


Australie : vaccination de milliers de manchots pygmées contre la grippe aviaire

Wed, 28 Oct 2026 14:59:55 +0000 - (source)

En Australie, la rapide propagation du virus H5N1 menace les oiseaux côtiers et autres espèces sauvages.

Initialement publié le Global Voices en Français

Little penguins vaccinations

Des milliers de manchots pygmées de Phillip Island vont être vaccinée contre la grippe aviaire. Capture d'écran d'une vidéo de ABC News.

L'apparition de la grippe aviaire H5N1 en Australie pose de sérieux défis, notamment pour la faune. Alors que le virus sévit depuis des années dans le reste du monde, l'Australie n'avait encore enregistré aucun cas, jusqu'au 20 juin dernier.

Suite à la mort de nombreux oiseaux sauvages après avoir contracté le virus, les autorités ont lancé une campagne de vaccination, avec en tête de liste les colonies de manchots pygmées de St Kilda et Phillip Island, dans l'État de Victoria.

Julie Old, professeure agrégée en biologie, zoologie et sciences animales à l'université de Sydney, nous explique le processus de vaccination dans un article pour The Conversation :

Capturing wildlife to vaccinate them is difficult, particularly because the bird flu vaccination requires they be caught twice, for two doses. However, little penguins are flightless, live in colonies and return at night to the same burrow, making them easier to capture and vaccinate.

Capturer des animaux sauvages pour les vacciner est presque impossible, notamment dans le cas de la vaccination contre la grippe aviaire qui nécessite l'administration de deux doses espacées. Néanmoins, les manchots pygmées sont incapables de voler, vivent en colonies et la nuit reviennent dans leur terrier rendant leur capture et vaccination plus faciles.

La plupart des habitants de l'État de Victoria semblaient satisfaits de cette nouvelle. Cependant, il n'a pas fallu longtemps pour que les antivax commencent à s'exprimer sur les réseaux sociaux.

Josh Burns, qui représente la circonscription de McNamara (dont font partie les manchots de St Kilda) à la Chambre des représentants, a publié sur Instagram :

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Bonnes nouvelles concernant notre colonie de manchots pygmées.

Je comprends que de nombreux membres de notre communauté soient inquiets concernant l'épidémie de grippe aviaire et son impact sur nos manchots pygmées.

Avec l'aide de @ninataylormp et du gouvernement de Victoria, 5 000 manchots seront bientôt vaccinés à St Kilda et sur Phillip Island. Considérée comme la plus grande campagne de vaccination d'oiseaux sauvages jamais menée dans le monde, les premières doses sont déjà en cours de distribution.

Jusqu'à présent, aucun cas de grippe aviaire n'a été détecté chez les manchots. Et ce programme vise à maintenir ce statu quo.

Les manchots contribuent à rendre notre communauté si unique. Nous avons la chance de partager notre habitat avec eux et nous allons tout faire pour les protéger.

La publication croisée du contenu sur Facebook a obtenu près de 3 000 likes et suscité près de 2 000 commentaires. Sans surprise, beaucoup d'entre eux s'en sont pris à l'homme politique et ont exprimé leur hostilité envers le programme de vaccination.

Un internaute partage :

Well that'll be the end of those little penguins then

Eh bien, ç'est la fin des manchots pygmées !

Autre poste :

When the human population wake up. They just move on to wildlife to keep the money flowing.

Maintenant que les humains se sont réveillés, ils se tournent vers les animaux sauvages pour continuer à se faire de l'argent.

Pour Mark Andrew, cette attitude négative n'a rien de surprenant :

ohhh my god, the cookers will be out in force

Oh mon dieu, les « cookers » vont se mobiliser en masse

Cookerpedia, un site internet australien, avait été créé durant la pandémie de COVID-19. Il documentait « les activités d'Australiens qui se disaient « cookers », une expression familière australienne désignant des personnes croyant à toutes sortes de théories de complot, qu'elles soient dominantes ou non-conformistes. Mark Gwynn, éditeur du Australian National Dictionary Center (Centre national australien de lexicologie), nous explique lors d'un entretien avec Global Voices comment ce terme est devenu un australianisme :

We’ve drafted up an entry for the Australian National Dictionary, so at this stage we consider this sense to have originated here and to only be used here. Our earliest evidence so far is from 2021 in the context of the COVID pandemic where it was used as a derogatory term for people protesting the vaccine mandates and lockdowns. It has since grown to include people protesting a range of issues and as you say can be synonymous with ‘conspiracy theorist.’

It’s a relatively recent term so we’re still monitoring it but it has certainly found its way into popular discourse including parliamentary debate.

Nous avons rédigé un projet de son entrée au Dictionnaire National Australien, donc à ce stade nous pensons que le sens de ce terme vient de là et ne peut être utilisé qu'ici. Jusqu'à maintenant, ces premières traces remontent à 2021, dans le contexte de l'épidémie de la COVID, où il était utilisé de manière péjorative pour qualifier les personnes qui étaient contre la vaccination obligatoire et les confinements. Son sens s'est depuis élargi et inclut les personnes qui manifestent à propos de toute sorte de sujets, et peut être considéré comme un synonyme de « conspirationniste ».

C'est un terme très récent et par conséquent nous continuons à le surveiller, même s'il s'est déjà frayé un chemin dans le langage courant, y compris les débats parlementaires.

The satirical website, the Betoota Advocate, posted two stories about bird vaccinations. The first clearly targeted the cookers:

Le site satirique Betoota Advocate, a publié deux postes concernant les vaccinations. Le premier vise clairement les cookers :

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Cette semaine, après avoir mené sa propre enquête, un cacatoès de la région a refusé de suivre le conseil du gouvernement fédéral et de se faire vacciner.

Le monde fait face à un phénomène de grippe aviaire sans précédent et le gouvernement albanais a déclaré aux oiseaux de tout le pays qu'il avait l'intention d'agir de manière proactive et de protéger un maximum d'entre eux.

Les oiseaux en captivité, les espèces indigènes gravement menacées et celles populaires comme les martin-chasseurs, aigles d'Australie, cygnes et autres charmantes oies caractérielles figurent en tête des priorités.

« Gunt », le cacatoès, est classé comme « oiseau en captivité » car il appartient à un lycéen du coin.

Gunt fait partie des « oiseaux populaires » et aussi des « espèces indigènes ».

Tout ça est sans importance pour Gunt qui a déclaré au journal The Advocate, grâce aux pouvoirs télépathiques du jeune reporter Wendell Hussey (des capacités lui permettant d'être couvert par le Régime national d'assurance invalidité), qu'il n'était pas un pigeon.

« Ce vaccin est une vraie cochonnerie », a-t-il déclaré à Wendell.

« Renseignez-vous. C'est du travail bâclé. Il n'a pas été testé et a tué une bande de pigeons. Je me fiche que ce soit le vaccin de Pfizer. Ils peuvent se le mettre où je pense. »

Le gouvernement fédéral a assuré aux oiseaux que le vaccin était sans danger et qu'il ne fallait pas s'inquiéter, jusqu'au moment où il y aura un problème.

À suivre.

Le caricaturiste Pat Hudson partage son avis sur Instagram :

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Quelque part, la nuit

Au fur et à mesure que la situation évoluait, Peter Malinauskas, le Premier ministre d'Australie-Méridionale, a annoncé une « nette augmentation des cas de grippe aviaire H5 dans l'état, suite à la découverte de trois épisodes de mortalité massive impliquant plus de 1 000 sternes huppées :

Malinauskas said the cause of the deaths was presumed to be H5 bird flu.

State authorities were also investigating a suspected case in a little penguin found on Kangaroo Island, with the premier telling the state parliament the development was ‘of particular concern.’

Separately, the Tasmanian government said it was investigating 28 little penguin deaths on King Island with testing under way to determine whether the birds died of H5 bird flu.

Selon Peter Malinauskas, la grippe aviaire H5N1 serait la cause des décès.

Les autorités publiques enquêtaient aussi sur le cas suspect d'un manchot pygmée de l'île Kangourou, le Premier ministre expliquant au parlement de l'État que la situation était « particulièrement préoccupante ».

Parallèlement, le gouvernement de Tasmanie a lui déclaré examiner le décès de 28 manchots pygmées sur l'île King par le biais de tests afin de déterminer si leur mort était liée à la grippe aviaire.

Par ailleurs, un cas de grippe aviaire a été détecté chez un phoque dans le sud de l'Australie, le premier de ce type répertorié aux antipodes chez un mammifère.

Jusqu'à présent, 1 000 pingouins ont été vaccinés. Heureusement, aucun cas n'a encore été confirmé chez les animaux domestiques comme la volaille.


Voter tôt mais gouverner bien plus tard, la jeunesse ouest-africaine aux portes du pouvoir

Sat, 24 Oct 2026 05:45:38 +0000 - (source)

On vote à 18 ans, mais l’accès à la présidence se négocie à des âges très différents.

Initialement publié le Global Voices en Français

Des jeunes mobilisés en Afrique ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de DW Afrique

Des jeunes mobilisés en Afrique ; Capture d'écran de la chaîne YouTube de DW Afrique

À 18 ans, un jeune en Afrique de l’Ouest choisit son président. À 25 ans, parfois, il peut siéger au Parlement. Pour prétendre à la magistrature suprême, il lui faudra attendre 35, 40, voire 50 ans selon les pays. En 2026, ces seuils commencent à bouger, mais les vrais verrous se trouvent souvent ailleurs.

La jeunesse est jugée assez mûre pour désigner ses dirigeants, mais pas pour prétendre elle-même à les remplacer. Elle est au cœur des mouvements politiques: vote, milite, fait campagne, descend dans la rue. Mais au moment de demander à son tour le suffrage de ses concitoyens, elle se heurte à une porte close. Peut-on qualifier d’inclusive une démocratie qui lui donne le droit de choisir, mais limite sa capacité de se faire choisir ?

L’âge, une barrière à géométrie variable

Partout, on vote à 18 ans, mais l’accès à la présidence se négocie à des âges très différents : 30 ans en Gambie, 35 ans au Sénégal, au Nigeria et en Côte d’Ivoire, 40 ans au Bénin, au Ghana et en Guinée. Pour les assemblées, la barre est plus basse : 25 ans au Togo, au Bénin, au Sénégal et à la Chambre des représentants nigériane, 21 ans au Ghana.

Le cas togolais exige une lecture attentive. La Constitution de 2024 fixe à 50 ans l’âge du président de la République, mais celui-ci est désormais élu par le Parlement et n’exerce que des pouvoirs limités. Le pouvoir réel revient au président du Conseil, pour lequel 40 ans suffisent et qui n’est pas élu au scrutin présidentiel. Faure Gnassingbé l’occupe depuis le 3 mai 2025 ; le Parlement a élu le même jour Jean-Lucien Savi de Tové, 86 ans, président de la République, le plus âgé de l’histoire du pays à accéder à cette fonction. L’âge légal n’a d’ailleurs rien d’intangible. En 2002, le seuil de la présidence avait été ramené de 45 à 35 ans, une réforme que l’opposition y avait vue comme taillée pour Faure Gnassingbé..

Le cas le plus récent vient d’Accra. Le 30 juillet 2026, le gouvernement ghanéen a accepté de ramener de 40 à 35 ans l’âge minimal pour briguer la présidence, alors que le comité de révision constitutionnelle proposait 30 ans. Le texte doit passer par un référendum exigeant 40 % de participation et 75 % de votes favorables. Le précédent régional reste celui du Nigeria, où la loi Not Too Young To Run a abaissé en 2018 l’âge de la présidence de 40 à 35 ans et celui de la Chambre des représentants de 30 à 25 ans, sous la pression d’une campagne menée par des jeunes.

Les données compilées par l’Union interparlementaire montrent que l’abaissement de l’âge minimal pour se présenter conduit à des parlements plus jeunes. La Côte d’Ivoire rappelle l’envers du décor en 2025 où le président sortant, Alassane Ouattara, 83 ans, était candidat à un nouveau mandat alors que le plafond d’âge de 75 ans a été supprimé en 2016. La loi protège rarement les générations montantes.

Une jeunesse active, mais surtout dans la rue

La jeunesse africaine n’est pourtant pas massivement engagée dans tous les registres. Selon Afrobarometer (août 2025, 39 pays), les 18-35 ans sont moins présents que leurs aînés dans presque toutes les formes classiques de participation, avec un retard de dix-huit points pour le vote et un écart record de vingt-neuf points au Sénégal. La protestation fait figure d’exception.

Au Togo, le Mouvement du 6 juin, né de l’arrestation du rappeur Aamron, a fait descendre des milliers de personnes dans les rues de Lomé en juin 2025. La répression a fait sept morts selon la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest, et la FIDH a mis en cause des miliciens. À Madagascar, la contestation de septembre 2025 a fait tomber le gouvernement avant de déboucher sur une prise de pouvoir militaire. Le Center for Strategic and International Studies (CSIS) relève que le président renversé était lui-même arrivé au pouvoir à 34 ans, à la faveur d’une contestation. Au Kenya, la rue a fait retirer une partie de la loi de finances de 2024 ; au Maroc, la mobilisation de fin 2025 a conduit les autorités à annoncer des incitations aux candidatures de jeunes, tout en poursuivant certains meneurs. Ces mouvements sans chef obtiennent des concessions mais peinent à durer sans partis ni syndicats pour les prolonger.

C’est ce passage de la contestation au pouvoir que la CEDEAO a mis à l’agenda de sa première conférence régionale sur la jeunesse et la démocratie, tenue à Dakar en septembre 2026 sous le thème « de l’activisme à la prise du pouvoir ». Les participants y ont rappelé que les jeunes représentent environ 70 % de la population de la région, selon le communiqué final.

Entre participation et représentation : le plafond de verre

Le rapport 2025 de l’Union interparlementaire, publié le 9 avril 2026, dresse un constat selon lequel les élus de 30 ans ou moins représentent 2,8 % des parlementaires dans le monde, sans progrès depuis 2023, une première depuis 2014. Plus d’un tiers des chambres (37,1 %) n’en comptent aucun.

Au Ghana, selon les données de l’UIP, aucun député n’avait 30 ans ou moins au début de la législature de 2025, et les 31-40 ans occupent 46 sièges sur 269, soit 17,1 %, alors que la loi autorise à siéger dès 21 ans. Au Sénégal, l’Assemblée issue des législatives de 2024 compte cinq élus de moins de 30 ans, soit 3 %, pour une moyenne d’âge de 47 ans, alors que près de 38 % des inscrits ont entre 18 et 35 ans. Bassirou Diomaye Faye, élu à 44 ans, est le plus jeune président de l’histoire du pays, mais sa candidature s’est imposée après l’empêchement de son mentor, Ousmane Sonko. Au Nigeria, selon International IDEA, la Chambre comptait trois jeunes élus sur 360 en 2015 et quatorze en 2019 : un progrès réel, mais modeste. À Dakar, la responsable de Yiaga Africa, l’organisation à l’origine de la campagne, a résumé la situation en disant que l’espace politique est plus ouvert sur le papier que dans les faits.

Afrobarometer révèle toutefois un paradoxe. Si les jeunes votent moins que leurs aînés, ils sont à la fois tenus à distance des lieux de pouvoir et éloignés des urnes. Le déficit de représentation n’est pas seulement subi, il nourrit lui-même le désengagement. L’UIP avertit que l’absence des jeunes dans les assemblées fragilise la légitimité des institutions et la confiance dans la démocratie. Le Sénégal, que le rapport de l’UIP 2026 cite parmi les pays où le parlement a le plus rajeuni après les dernières élections, montre pourtant qu’un renouvellement est possible quand un projet politique porte une génération.

Un pacte à réinventer : l’argent, les partis, les verrous

Les défenseurs de seuils élevés invoquent l’expérience. Dans 34 pays, les citoyens interrogés par Afrobarometer souhaitent en moyenne un âge minimal de 39 ans pour diriger. Ceux qui plaident pour l’abaissement misent sur le renouvellement et sur des leviers que l’UIP juge éprouvés notamment la réduction de l’âge d’éligibilité, le quotas, les forums de jeunes parlementaires. Mais l’exemple nigérian montre que l’obstacle principal est financier.

Pour 2027, le parti au pouvoir, l’APC, a fixé à 100 millions de nairas (environ 75 000 dollars, selon Global Voices) le prix de son formulaire présidentiel, dont 30 millions de déclaration d’intérêt et 70 millions de candidature. Le Sénat coûte 20 millions et la Chambre des représentants 10. Les jeunes obtiennent une réduction de moitié sur la seule part « candidature », ce qui laisse la facture présidentielle à 65 millions. Un groupe citoyen a calculé qu’un salarié au salaire minimum, 70 000 nairas par mois, devrait travailler plus d’un siècle pour s’offrir certains de ces formulaires. La loi électorale de 2026, signée le 18 février, a en outre doublé le plafond de dépenses de campagne présidentielle, à 10 milliards de nairas, et triplé celui des gouverneurs, à 3 milliards.

Réunis à Dakar du 8 au 10 septembre, à l’initiative de la CEDEAO et de l’organisation Legis360, des délégués de douze pays ont placé ces freins au premier rang. Leur communiqué réclame des quotas de jeunes, des frais de candidature réduits et des plafonds de dépenses, et lance un réseau d’observateurs, le WAYON. La CEDEAO a annoncé qu’elle déploierait des observateurs exclusivement jeunes pour la présidentielle nigériane, prévue le 16 janvier 2027.

D’autres pays montrent que la loi peut agir directement sur les investitures. L’Équateur, cité par l’UIP, doit une grande part de sa progression à une loi de 2022 qui impose que 25 % des candidats soient de jeunes adultes, et les pays dotés de limites de mandats comptent nettement plus de jeunes parlementaires que la moyenne mondiale. L’UIP pointait déjà en 2023 le manque de financement des jeunes et l’absence de plafonds de dépenses comme causes du vieillissement des assemblées.

Ailleurs, les verrous sont politiques. Au Bénin, Romuald Wadagni a remporté la présidentielle du 12 avril avec 94,27 % des voix, face à un seul adversaire, après l’éviction du principal candidat de l’opposition ; une révision constitutionnelle a porté les mandats à sept ans et relevé le seuil requis pour obtenir des sièges à l’Assemblée de 10 à 20 %, une règle qui pèse bien plus qu’une date de naissance sur un candidat sans appareil. Au Burkina Faso, la junte a dissous tous les partis en janvier 2026. En Gambie, la présidentielle du 5 décembre verra le président Barrow briguer un troisième mandat.

Inclusif sur le suffrage, incomplet sur la représentation

Un système qui donne aux jeunes le droit de choisir leurs dirigeants mais entrave leur capacité à le devenir est-il pleinement inclusif ? Les constats en disent long et pas pour la seule raison de l’âge. Les seuils reculent : le Nigeria l’a fait, le Ghana s’y engage. Mais ils sont davantage un symptôme qu’une cause, et les abaisser sans toucher au coût des candidatures, aux règles des partis et à l’ouverture du jeu politique reviendrait à ouvrir une porte donnant sur un escalier trop cher. Ce qui sépare les jeunes des lieux de décision, ce sont des investitures coûteuses et verrouillées, des candidatures écartées et, parfois, l’absence même de partis.

Tant que la rue n’aura pas de relais institutionnels crédibles, elle arrachera des concessions ou cédera la place, comme à Madagascar, à d’autres pouvoirs que ceux qu’elle espérait. Le véritable chantier du pacte démocratique ouest-africain est de faire de la jeunesse non seulement l’avenir promis de la politique, mais une composante présente et effective de sa représentation.


Anthropic a révélé une opération d'IA dont les journalistes de la RDC n'avaient jamais eu connaissance

Mon, 19 Oct 2026 15:36:15 +0000 - (source)

La désinformation autour des relations RDC-Rwanda a fragilisé la position diplomatique et publique des deux pays.

Initialement publié le Global Voices en Français

Image de la une des médias de la RDC, réalisé avec des captures d'écran de la chaîne YouTube de ACP

En septembre 2026, une enquête d'Anthropic a mis en lumière un réseau de faux sites d’information ciblant la République démocratique du Congo. Cette découverte confirme une réalité plus profonde qui échappe peut-être aux journalistes locaux. Les campagnes de désinformation à grande échelle, alimentées par l’IA, sont arrivées dans un conflit où la confiance dans l’information est déjà fragmentée et les ressources manquent cruellement.

Cette révélation devrait alarmer tout observateur des médias africains.  Le réseau a coordonné environ 70 faux sites d'information, alimenté par l'intelligence artificielle, ayant produit au moins 318 articles consacrés au conflit dans l'est du pays, aux relations avec le Rwanda et aux ressources minières contestées. Il s’agissait d’une opération très solide.

Alors que les sites imitaient les médias légitimes, des comptes coordonnés sur X amplifiaient les contenus. L'IA générait des articles ensuite réécrits pour s'adapter à différents publics. Derrière tout cela se tenait, selon le rapport, LKM Company, une agence de publicité française travaillant pour des clients aux intérêts manifestes dans le conflit RDC-Rwanda, bien qu'Anthropic n'ait trouvé aucune preuve d'implication gouvernementale directe.

Contacté par Global Voices, Hobab Watukalusu, journaliste  vérificateur des faits, éditeur et responsable du département formation et recherche à Soma Média Lab à Kinshasa ne se montre pas très étonné par cette révélation. Il explique :

Nous n’avions pas identifié cette opération dans toute son ampleur avant sa révélation. Cela montre les limites auxquelles nous sommes confrontés face à des campagnes capables de produire, à très grande échelle et dans des délais très courts, des contenus qui peuvent paraître crédibles et s’insérer rapidement dans l’écosystème informationnel.

Cette affirmation explique clairement sa prise de conscience du au fait que seule une grande entreprise technologique qui dispose des ressources pour détecter ce que les journalistes locaux qui sont les plus proches de la crise ne pouvaient pas voir venir.

Des entraves à la vérification

Les obstacles auxquels font face les vérificateurs de faits congolais révèlent comment la désinformation opère différemment selon les géographies. Hobab identifie les contraintes fondamentales :

L'accès encore difficile à l'électricité, à une connexion Internet stable et abordable, ainsi que le coût élevé de la vie constituent des contraintes réelles pour les professionnels de l'information.

En RDC où les journalistes sont déjà submergés par la couverture d'un conflit militaire actif, analyser du contenu potentiellement généré par l'IA à l'échelle industrielle devient pratiquement impossible.

Joël Kaseso, un autre journaliste suivant les récits de désinformation explique à Global Voices :

Des ressources existent, mais la plupart sont payantes. Ce qui limite notre capacité à tout analyser dans ce contexte tendu où les relations diplomatiques et sécuritaires avec les pays voisins, notamment le Rwanda, ne sont plus au bon fixe.

Face à cette situation, M. Kaseso  identifie une méthode simple mais critique que la plupart des journalistes utilisent. Il s’agit d’étudier l'intention de l'auteur, le profil de l'émetteur (comptes anonymes versus influenceurs identifiables) et les schémas d'amplification. Mais cela exige du temps et des outils que beaucoup de rédactions n'ont pas.

Le défi s'étend au-delà de la détection. Hobab explique :

Détecter qu'un contenu a été généré ou manipulé à l'aide de l'intelligence artificielle ne constitue que la première étape. Il faut ensuite déterminer si ce contenu est trompeur, identifier sa source, comprendre comment il se diffuse et, surtout, établir dans quel objectif il a été produit. C'est cette chaîne complète de vérification qui demande du temps, des compétences et des ressources.

Cet écart de ressources est crucial car il façonne qui contrôle le récit pendant les crises. Pendant qu'une opération alimentée par l'IA peut générer 318 articles ciblés en quelques jours, une véritable rédaction doit vérifier les sources, contacter les personnes impliquées, confirmer les images et fournir du contexte. Ce qui peut prendre plusieurs semaines.

Quand la désinformation devient une arme officielle

Le rapport d'Anthropic révèle un autre danger non moindre qui met en péril le travail d’investigation des journalistes en RDC. Les accusations de désinformation peuvent elles-mêmes devenir des armes de censure. Hobab pointe un précédent troublant:

Il existe malheureusement des cas où les accusations de désinformation ou de diffusion de fausses informations ont été utilisées dans des procédures visant des journalistes. Le cas de Stanis Bujakera est particulièrement révélateur de cette tension.

Stanis Bujakera, arrêté en septembre 2023 puis condamné en mars 2024 pour des charges liées à la diffusion de fausses informations. Son affaire qui a suscité de vives inquiétudes parmi  les organisations de défense de la liberté de la presse.

Cet état de fait rend perplexe le travail des vérificateurs des faits et crée un dilemme qui noie les efforts des journalistes.  Comment lutter contre la véritable désinformation sans donner aux gouvernements un nouvel outil pour faire taire les critiques. Hobab estime que :

Pour éviter que les politiques de lutte contre la désinformation ne deviennent elles-mêmes des instruments de répression, il faut mettre en place des mécanismes de régulation réellement indépendants et transparents. Le risque est de transformer une réponse à un problème informationnel en un nouveau problème pour la liberté de la presse.

Impact diplomatique

Cherchant à savoir si ces 318 articles générés par l'IA ont-ils vraiment changé quelque chose, Joël Kaseso est direct :

Oui, la désinformation autour des relations RDC-Rwanda a beaucoup fragilisé la position diplomatique et publique congolaise. Cela a alimenté une haine envers les Rwandais et renforcé des faux récits sur le Rwanda.

Hobab reste prudent quant à l'affirmation de causalité directe, mais il note l'impact observable. Une forte exposition à des « récits biaisés, manipulés, fortement émotionnels » qui finissent par être « assimilés à du vrai patriotisme », ce qui rend plus difficile la distinction entre l'information vérifiée et la propagande. Il pointe des conséquences politiques concrètes : des mesures affectant les universités dans les zones contrôlées par l'AFC/M23, des restrictions annoncées par le Burundi contre l'entrée en provenance de zones contrôlées par le M23.

Ces décisions illustrent à quel point le contexte sécuritaire et informationnel régional peut avoir des répercussions concrètes sur la vie des populations.

Au Rwanda, la lecture semble être la même. Manzi [nom d’emprunt], journaliste rwandais explique:

Au Rwanda, nous constatons que la désinformation pro-RDC circule largement. Les citoyens rwandais sont exposés à des récits qui dépeignent le Rwanda comme occupant militaire, ce qui renforce les divisions. Mais un défi demeure. Ici, distinguer entre désinformation malveillante et critique légitime devient politiquement chargé.

Les initiatives encourageantes

Malgré les défis, les journalistes congolais ont construit une véritable résistance. Hobab pointe Kinshasa News Lab, un espace nouvellement formé où les vérificateurs de faits, les professionnels des médias et les formateurs en éducation aux médias se rencontrent pour discuter ouvertement des causes de la désinformation et des solutions possibles. Joël Kaseso souligne les partenariats qui produisent des résultats mesurables:

Les collaborations avec l'IFCN et Meta nous ont beaucoup aidés à combattre les faux récits autour des relations RDC-Rwanda. Le signalement des comptes propagandistes et des trolls a vraiment fait diminuer la désinformation.

Il énumère aussi des outils accessibles qui ne nécessitent aucune licence coûteuse : InVID We Verify, Google Image Search, Yandex, Hive Moderation et Zero GPT pour détecter les contenus générés par l'IA.

La formation des journalistes au fact-checking leur a permis d'analyser de manière critique les contenus en ligne, en séparant la réalité de la fiction. Mais cette formation reste insuffisante pour Hobab qui met en garde :

Le défi n'est plus seulement d'apprendre aux journalistes à vérifier l'information classique. Il faut désormais les préparer à comprendre les mécanismes de l'IA générative, les réseaux de diffusion, les campagnes coordonnées et les nouvelles formes de manipulation.

Il existe un autre risque : l'instrumentalisation du fact-checking lui-même. Le fact-checking est censé constituer l'un des derniers recours pour rétablir une information vérifiée. S'il devient à son tour un instrument au service d'un camp politique, économique ou institutionnel, il perd une grande partie de sa crédibilité.


Soutenez la campagne de levée de fonds de 250 000 USD de Global Voices.

Tue, 13 Oct 2026 11:48:59 +0000 - (source)

Global Voices lance cette campagne de levée de fonds pour pérenniser ses services d'information et de traductions.

Initialement publié le Global Voices en Français

 Les membres de la communauté de Global Voices au sommet de GV à Kathmandu, au Nepal en Décembre 2024.

Les membres de la communauté de Global Voices au sommet de Global Voices à Kathmandu, au Népal, en Décembre 2024. Photoraphie de Jer Clarke reproduite avec son autorisation.

Aujourd'hui, pour pérenniser ses sites d'informations et de traductions, Global Voices cherche à obtenir 250 000 dollars américains à travers une campagne de levée de fonds . 

Jusqu’ à présent, Global Voices a été soutenu financièrement par des fondations et des entités offrant des subventions, et nous sommes reconnaissants à leur égard pour cet appui. Mais les coupes d'aides internationales drastiques opérées par plusieurs gouvernements ont restreint les fonds destinés aux associations à bon non lucratif, et les organisations de défense des droits numériques comme la nôtre sont particulièrement affectées.

Les médias et les agences de traduction traversent actuellement une période difficile, les nouvelles technologies utilisées réduisant leurs effectifs et la désinformation produite en masse prenant le pas sur l'information de qualité. Bien que les temps soient durs, nous observons une hausse progressive de la production et du nombre de lecteurs de Global Voices ; toutefois, étant engagés à ne pas mettre en place de système d’accès payant ni à diffuser de publicités, un accroissement des donations de nos lecteurs est l'un des meilleurs moyens de couverture de nos frais de fonctionnement.

N’ayant ni bureaux, ni loyer à payer et très peu d’équipements, Global Voices est une organisation au coût de fonctionnement relativement bas. Outre la prise en charge des frais d’ hébergement des serveurs de notre site, de même que quelques autres frais administratifs, la rémunération de notre personnel constitue la plus importante partie de nos dépenses. Beaucoup d’organismes subventionnaires ne souhaitent financer qu'une infime portion des frais de personnel, en préférant financer directement les activités ; or, ces frais de personnel sont incompressibles pour toutes nos activités.La recherche , la rédaction et la révision d’articles, les traductions et le plaidoyer_ et parfois la conception graphique et le choix des photos , la promotion sur les réseaux sociaux constituent l’ensemble des tâches de notre équipe et de nos bénévoles. Ce sont précisément ces personnes que nous souhaitons soutenir grâce aux fonds récoltés dans le cadre de cette campagne : notre communauté de traducteurs, de rédactrices et rédacteurs d’ articles et d’essais, de rapports de recherche et de producteurs de podcasts à retrouver sur notre site.

Si chaque page consultée par un internaute sur le site rapportait un dollar, nous n’aurions pas besoin de lancer une campagne ! Et si chacun de ces dollars correspondait à un engagement mensuel, nous pourrions planifier des activités à plus long terme dans une atmosphère globalement plus sereine. Mais sachant que tous les lecteurs ne pourront pas contribuer, pour toutes sortes de raisons ; nous envisageons donc les choses ainsi : cinq dollars provenant d’un cinquième des visites mensuelles sur le site, ou dix dollars provenant d’un dixième, et peut-être qu’une personne qui n’a rien lu ce mois-ci mais qui croit en ce que nous faisons versera vingt-cinq dollars, et qu’une autre, passionnée par les traductions, en enverra quinze de plus, etc vous comprenez l’idée.

Nous espérons vous compter parmi ces contributeurs, et si vous êtes actuellement dans l’impossibilité de le faire , nous vous invitons tout de même à passer du temps sur notre site, et à le recommander à votre entourage. Global Voices est d’abord une communauté, avant d’être un site d’actualités et nous aimerions que vous en fassiez partie. Des informations sur la campagne et sur Global Voices seront publiées sur les réseaux sociaux ; n'hésitez donc pas à les partager afin que davantage de personnes puissent nous découvrir pour pouvoir s'impliquer. Merci pour votre soutien !

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Adieu, Birdie : le « roi du calypso » s'est éteint à l'âge de 91 ans

Tue, 13 Oct 2026 11:35:24 +0000 - (source)

Il est devenu un maître du genre et l'incarnation même de l'homme des Caraïbes.

Initialement publié le Global Voices en Français

Photo of Slinger Francisco, the Mighty Sparrow, Calypso King of the World, by Maria Nunes, used with permission.

Slinger Francisco, Mighty Sparrow, le roi du calypso. Photo de Maria Nunes, utilisée avec autorisation.

Le dimanche 27 septembre, vers 16 h heure de Trinidad-et-Tobago, l'annonce que la légende du calypso Mighty Sparrow avait prédite en chanson pendant des décennies, est enfin tombée. Dans une publication sur les réseaux sociaux, sa fille Karen a annoncé que l'incontestable Roi du calypso (de son vrai nom Slinger Francisco) s'est éteint paisiblement à New York après une brève maladie, à l'âge de 91 ans.

« C'était une figure incontournable du monde du spectacle », a-t-elle poursuivi, « très admiré pour son talent et son raffinement en tant que chanteur, auteur-compositeur et mentor ; il était aimé de tous. C'était aussi un mari, un père, un grand-père, un arrière-grand-père, un compagnon de vie et un ami. »

Sparrow était sans aucun doute tout cela, mais au fond de lui, c'était avant tout un « calypsonien » — et certainement l'un des meilleurs. Feu le Professeur Gordon Rohlehr, dont les travaux portaient sur le calypso en général et sur Sparrow en particulier, a avancé que le talent lyrique de Birdie avait joué un rôle essentiel dans la transformation de ce genre en une forme sophistiquée de narration oralera, à l'instar de la poésie.

Dans « My Whole Life is Calypso » (le calypso est toute ma vie), recueil d’essais de Rohlehr sur Sparrow au titre bien choisi, il s’est également penché sur la psychologie de sa prestation scénique et de son identité d’artiste. « Pour Sparrow », a-t-il suggéré, « le caractère, le talent et la réputation sont devenus des composantes interchangeables d’une même personnalité », liées à un désir de s’envoler loin de la société trinidadienne, tout en ayant besoin d’être reconnu par celle-ci.

« Trinidadien de bateau »

Né le 9 juillet 1935 dans un village de pêcheurs de la Grenade, Francisco n’était encore qu’un nourrisson lorsque sa famille a émigré à Trinidad, la capitale du calypso, pour y trouver du travail. « Grenadien de naissance et Trinidadien de bateau », comme il aimait à le dire, il a grandi à Laventille, un quartier situé à la périphérie de Port-d'Espagne qui a vu naître de nombreuses icônes culturelles — notamment les inventeurs du  steelpan (tambour d'acier) — et s’est rapidement passionné pour le rythme et le lyrisme de la musique calypso, allant même jusqu’à rejoindre un groupe de pan de quartier.

Lorsqu’il a commencé à se produire sur scène, au milieu des années 1950, les calypsoniens confirmés, comme le veut la coutume, lui ont donné un surnom. «Pourquoi ne te contentes-tu pas de chanter ? » lui ont-ils demandé, « au lieu de voleter comme un petit moineau ? » — mais il n’a pas fallu longtemps pour que la combinaison imbattable de sa voix veloutée, de son talent d’auteur-compositeur, de ses prestations scéniques divertissantes et de son éthique de travail acharné commence à faire sensation, faisant finalement de lui l’un des artistes de calypso les plus célèbres et les plus influents de tous les temps.

Dans sa nécrologie, le New York Times, a décrit Sparrow comme un Janus aux deux visages, qui préservait la tradition du calypso tout en le réinventant. Au tournant du XXe au XXIe siècle, il a continué à émerveiller le public avec des paroles pleines d’esprit et d’actualité, ainsi que des arrangements qui incitaient irrésistiblement les auditeurs à danser. »

Un créateur caméléon

Si Sparrow était un maître espiègle du double sens, cette marque de fabrique du calypso, et s’il a su — pendant sept décennies — créer une musique qui reste d’actualité, la comparaison avec Janus témoigne de sa vie d’artiste aux multiples facettes. Il savait chanter d’une voix de crooner aussi convaincante que celle de Frank Sinatra ou produire à la chaîne des morceaux festifs qui ont fait monter en flèche sa popularité, mais la plupart des meilleures œuvres de Sparrow foisonnent de commentaires sociaux et politiques, abordant souvent des thèmes tels que le racisme, la pauvreté et la corruption d’une manière originale, intelligente et pleine d’humour.

La discographie de Sparrow permet pratiquement de retracer l’évolution de la région. Pour reprendre les mots de la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, « depuis soixante-dix ans, Mighty Sparrow fait partie intégrante de notre civilisation caribéenne. Écoutez ses compositions et vous entendrez notre histoire. »

Entre 1956, année où il a marqué la saison du carnaval avec son premier tube « Jean and Dinah », une chanson abordant les nuances de classe sociale, de genre et de sexualité dans la Trinité d’après-guerre, et 1984, année de « Doh Back Back », il a remporté huit fois la « Road March » du carnaval de Trinité-et-Tobago, et a réalisé le même exploit en décrochant huit titres lors de la très disputée « Calypso Monarch competition ».

Selon le Caribbean National Weekly, « Jean and Dinah » a permis à Sparrow de se faire remarquer à une époque où la musique calypso suscitait un intérêt international. Il a su tirer parti de cette opportunité en enregistrant pour RCA Victor à New York, tout en poursuivant le développement de sa carrière entre Trinidad and l'ensemble des Caraïbes, les États-Unis et d'autres marchés internationaux.

Pour reprendre les mots du musicien américain emblématique Bob Dylan : « En matière de concept, d’intelligence et de joutes verbales, Mighty Sparrow était, et est sans doute toujours, le roi […] Ses concerts sont comme des combats de boxe et il en sort toujours vainqueur, le tout accompagné d’un groupe de quinze ou vingt musiciens qui jouent à fond […] Il est fantastique. »

Des trésors de morceaux

Si vous demandez à un habitant des Caraïbes quelle est sa chanson préférée de Sparrow, vous obtiendrez sans doute des réponses très variées. Certains choisiront peut-être les morceaux osés, pleins d’allusions sexuelles, comme « The Lizard », « Saltfish », « Sa Sa Ye », « Mae Mae », et « Congo Man » — que la BBC a interdit pendant 23 ans. D’autres préféreront peut-être les commentaires sociopolitiques de «Federation », « Capitalism Gone Mad », et « Human Rights » ou encore des tubes humoristiques comme les intelligents « Lying Excuses », « Obeah Wedding », et « Phillip my Dear ».

On retrouve également des classiques comme « Dan is the Man in the Van », qui lance une série de piques sur l’impact du colonialisme sur l’éducation, et « The Slave», la complainte déchirante de Sparrow sur les souffrances des Africains réduits en esclavage, qui a fait prendre conscience à  Bob Marley de « ce qu’[il] voulait faire avec [sa propre] musique », et que Sparrow interprétera en 1990 au Yankee Stadium pour Nelson Mandela, qui venait d’être libéré de prison.

Au-delà des préférences personnelles, il ne fait aucun doute que Sparrow était une figure audacieuse du calypso, qui n’hésitait pas à remettre en cause les barrières sociales et à interpeller les puissants. En consacrant sa vie au calypso, il est devenu non seulement un maître du genre, mais également l’incarnation même de l’homme des Caraïbes. Les nombreuses façons dont le style et le son de Sparrow ont marqué de leur empreinte unique la musique et la culture caribéennes témoignent du fait que, plus de 70 ans après que sa musique a touché pour la première fois le public de la région et d'ailleurs, il reste la référence absolue.

Défenseur du genre

Il existe de nombreuses anecdotes illustrant son engagement sa manière de travailler, son processus de création et la façon dont sa musique repoussait les limites. Ainsi, lorsde sa première victoire à la « Calypso Monarch » de 1956, son prix en argent s’est avéré dérisoire par rapport à la récompense décernée à la gagnante du concours de beauté « Carnival Queen », il a écrit la chanson « Carnival Boycott » et a rallié certains de ses pairs à sa cause pour boycotter l’événement.

Il a continué à boycotter le concours pendant encore trois années. En menant la lutte pour l'amélioration des conditions de travail, Sparrow a également contribué à changer la façon dont les artistes du carnaval étaient perçus et valorisés.

L'influence de Sparrow sur la musique et la culture des Caraïbes a été saluée par d'innombrables distinctions, notamment deux prix nationaux à Trinité-et-Tobago, l'Ordre de la Communauté des Caraïbes — la plus haute distinction de la région — et l'Ordre de l'Empire britannique pour sa ccontribution à la culture. Son amour pour le calypso était tel qu'il a continué, même à un âge avancé, alors qu'il souffrait de problèmes de santé et de mobilité, à partir en tournée et à se produire sur scène.

Les hommages affluent

Kamla Persad-Bissessar, Première ministre de Trinité-et-Tobago, s'est exprimée sur les réseaux sociaux pour rendre hommage au « plus grand », déclarant : « Grâce à sa musique, à son esprit et à sa contribution inégalée à la culture, il a fait rayonner l'esprit et les histoires de notre peuple à travers le monde […] Sa musique nous a fait rire, nous a fait réfléchir et nous a rendus fiers de qui nous sommes ».

De nombreuses autres personnalités et organisations régionales se sont fait l'écho de ses sentiments, notamment des collègues politiques, l'icône du cricket Brian Lara et la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Les internautes ont également rendu hommage à Sparrow, le remerciant pour son talent et ses « chansons joyeuses ».

Attillah Springer, militante culturelle trinbagonienne, a partagé un « extrait d’un texte rédigé pour [une] exposition consacrée à Sparrow en 2018 », soulignant que « devenir le roi mondial du calypso aurait été une aspiration absurde une génération avant que Sparrow ne commence à remettre en question ces idées ».

Elle a poursuivi : “« Que signifie être roi dans un pays où l’on voue parfois un culte à rien et parfois à tout ? Cela signifie qu’on ose être soi-même. On y parvient en comprenant les gens mieux qu’ils ne se comprennent eux-mêmes. Il s’est imposé comme le roi dont nous ne savions même pas que nous avions besoin […] Sparrow savait qu’il était roi même lorsque nous le méprisions. Nous dansions sur ses chansons sans croire qu’il méritait d’être rémunéré pour son talent. Nous lui posions cette question typiquement trinidadienne : « Pour qui se prend-il ? », à laquelle il répondait: « Embrasse mon cul de Grenadien noir ».

Posant un regard critique sur le passé, Springer a estimé que « s’il existait un manuel sur la virilité caribéenne, Sparrow en serait la couverture, la préface, le premier chapitre, la moitié du glossaire […] Ce n’est pas seulement une question de voix. C’est le sourire, l’étincelle coquine dans le regard, la bouche effrontée aux coins relevés dans une espièglerie perpétuelle, ce rire grave, imprégné de rhum, qui vient du plus profond de lui et l’enracine dans ce lieu où il n’est pas né. Il se délecte d’être le roi autant qu’il se déchaîne pour cela. Il se déchaîne à la fois pour le plaisir et par défi ».


Le coût humain lié à l’essor des centres de données en Amérique latine

Tue, 13 Oct 2026 11:29:22 +0000 - (source)

Alors que des gouvernements courtisent les géants de la tech, les populations en subissent les conséquences

Initialement publié le Global Voices en Français

A data center. Image via Canva.

A data center. Image via Canva.

Cet article fait partie du dossier spécial d'avril 2026 de Global Voices sur les « Perspectives humaines sur l'IA », qui a apporté un éclairage sur la manière dont l'IA est utilisée dans les pays de la majorité mondiale. Le dossier a notamment examiné l'impact de l'utilisation de l'IA et de sa mise en œuvre sur les différentes communautés, ce que cette expérience en matière d'IA pourrait signifier pour les générations futures, et bien plus encore. Pour soutenir ce projet, vous pouvez faire un don ici.

Les centres de données sont des géants essentiellement invisibles qui font fonctionner l’ère numérique actuelle. Ces installations se composent d’immenses entrepôts abritant les serveurs et autres infrastructures informatiques nécessaires au traitement de ce que l’on appelle le « nouveau pétrole » : les données. Avec l’essor actuel de l’intelligence artificielle (IA) générative, la demande en centres de données devrait augmenter de manière exponentielle, d’environ 20 % par an, jusqu’en 2030, selon le PNUD.

Cette demande immédiate de centres de données est alimentée par les entreprises d’IA et de technologie, qui mènent un lobbying agressif auprès de différents gouvernements, et prônent l’idée que cette technologie sera le moteur de la croissance économique et du progrès. En conséquence, des centres de données voient le jour dans des régions où ils n’étaient jusqu’alors pas une priorité, en particulier dans les pays du Sud. Comme le mentionne le PNUD, en Amérique latine et dans les Caraïbes, par exemple, les infrastructures numériques sont concentrées dans une poignée de pays seulement, et sont pour la plupart détenues par le secteur privé et soutenues par des groupes d’investissement américains. 

Chercheur en ethnographie spécialisé dans les infrastructures cloud et auteur de l’ouvrage « Cloud Ecologies », Steven Gonzalez Monserrate qualifie ce processus de « terraformation », c’est-à-dire la transformation de la Terre et du mode de vie spécifique des humains pour s’adapter aux ordinateurs. Il explique : 

Nous assistons une nouvelle fois à l’afflux des ressources que ces centres de données génèrent vers les pays du Nord, par l’intermédiaire d’entreprises occidentales. Ce faisant, ces entreprises renforcent les inégalités et instaurent un nouveau colonialisme. Elles s’approprient des terres. Elles s’approprient des ressources naturelles. Ce ne sont peut-être pas des pays à proprement parler, mais elles se comportent comme tels. Google et Amazon se comportent de plus en plus comme des États. Ils dépensent des sommes considérables pour influencer les responsables politiques. Ils investissent massivement dans la construction d’infrastructures pour leurs employés et créent ainsi de petites enclaves au sein même des pays pour leur personnel.

En effet, une enquête sur « La main invisible des géants de la tech », menée par le « Centre latino-américain de recherche journalistique » (CLIP) en collaboration avec Agência Pública et 15 médias partenaires, a révélé que les dirigeants du secteur technologique avaient tenu des milliers de réunions avec des responsables gouvernementaux du monde entier entre 2012 et 2025. Parmi les sujets abordés, l’IA, les centres de données, les infrastructures technologiques, l’énergie, la fiscalité et la réglementation gouvernementale ont occupé le devant de la scène, en particulier dans des pays d’Amérique latine tels que le Brésil, le Chili, le Mexique et l’Argentine.

A resident in Uruguay grapples with the ongoing drought

Un habitant de l'Uruguay fait face à la sécheresse qui sévit actuellement. Capture d'écran tirée de YouTube.

Les centres de données ont presque toujours un impact sur les communautés voisines, et cet impact est rarement positif. En effet, ce type d’installations nécessite généralement d’importantes ressources en énergie, en terres et en eau, et celles construites spécifiquement pour faire fonctionner l’IA générative encore davantage. Ces besoins colossaux ont déjà submergé les pays du Nord. Qu’en est-il alors des pays du Sud ? En particulier ceux dont le PIB est plus faible, lesquels sont déjà confrontés à des défis en matière d’infrastructures, à des pénuries d’eau et à des difficultés de gestion du réseau électrique.

Dans cet article collaboratif international, Global Voices partage des témoignages provenant de plusieurs pays d’Amérique latine où des communautés s’opposent au développement de centres de données axé sur l’IA. Découvrez ici notre article collaboratif sur les répercussions du développement de l’IA sur les communautés en Asie.

Le coût des centres de données

D’après la carte des centres de données, le Brésil compte 206 centres de données répartis sur 34 marchés, ce qui le place en tête du classement latino-américain. Le gouvernement fédéral a mis en place une politique nationale en matière de centres de données et prévoit 3 000 milliards de dollars d’investissements dans ce secteur au cours des cinq prochaines années. Les autorités ont également instauré un régime fiscal spécial visant à inciter les nouvelles entreprises à investir dans ces centres.

« Le Brésil a besoin d’une politique claire pour attirer les centres de données », a déclaré Márcio Elias Rosa, ministre du Développement, de l’Industrie et du Commerce, dans une interview accordée à l’EBC, un groupe de presse brésilien public, en avril. « Nous devons faire preuve de prudence lorsque nous élaborons une politique visant à encourager l’implantation de centres de données, et veiller à ce que cette politique soit compatible avec les enjeux environnementaux. En effet, un centre de données consomme beaucoup d’énergie et de ressources hydriques, notamment de l’eau pour la réfrigération. »

L’un des exemples les plus frappants illustrant combien ces mesures incitatives peuvent porter préjudice aux communautés environnantes est le projet « AI City », qui sera lancé à Eldorado do Sul, au Brésil, par Scala, une entreprise qui exploite déjà des centres de données au Brésil, au Chili et au Mexique. Située dans l’État de Rio Grande do Sul, Eldorado a été l’une des villes dévastées par une inondation historique en 2024, dans l’État le plus au sud du Brésil. Ces inondations sont considérées comme la pire catastrophe climatique jamais enregistrée dans cet État, avec environ 90 % de son territoire submergé pendant plusieurs jours. Les habitants restent terrifiés à l’idée que cette catastrophe puisse se reproduire, car les inondations sont chaque année une réalité dans la région, même lors des années moins marquées.

Le projet a été annoncé pour la première fois en 2024. Une fois achevé, le projet de Scala constituera le plus grand centre de données d’Amérique latine. Cette structure devrait occuper une superficie de 7 millions de mètres carrés et coûter au moins 50 milliards de dollars américains. 

Ambiental Media a publié en mars 2026 un article exclusif indiquant que le gouvernement régional avait accepté de simplifier la procédure d’octroi des autorisations environnementales afin de faire aboutir les permis de projet « dans les plus brefs délais ». Le média a également indiqué que, grâce à cette simplification, « l’entreprise n’est pas tenue de réaliser une étude d’impact (EIA en anglais), ni d’organiser des audiences publiques ». Le ministère des Mines et de l’Énergie a autorisé l’accès à 1,8 gigawatt d’électricité, ce qui équivaut à la consommation énergétique d’une ville de 6 millions d’habitants.

Des représentants du secteur de l’énergie et des entreprises technologiques font pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il mette en place davantage de mesures incitatives. Une étude de l’IDEC (« Institut de défense des consommateurs »), intitulée « Nous ne sommes pas l’arrière-cour des centres de données », a analysé plusieurs cas en Amérique latine afin de dresser un tableau des « communautés privées d’eau, des factures d’électricité élevées et des projets approuvés sans consultation de la population ». Le document souligne la nécessité de politiques de réglementation efficaces et claires afin de limiter l’expansion de projets susceptibles d’engendrer des menaces sociales et environnementales :



A ausência de diretrizes robustas pode contribuir para a reprodução de modelos de desenvolvimento que geram impactos socioambientais significativos, os quais, conforme apontado por diferentes levantamentos e estudos recentes, tendem a se concentrar em países do Sul Global, como o Brasil, em razão de marcos regulatórios menos restritivos.



L’absence de lignes directrices solides pourrait contribuer à reproduire des modèles de développement ayant des impacts socio-environnementaux importants qui, comme l’ont récemment souligné de nombreux rapports et études, ont tendance à se concentrer dans les pays du Sud, tels que le Brésil, en raison du cadre réglementaire moins contraignant. 

Progrès au Chili, en Uruguay et en Argentine

En 2017, on comptait six projets de centres de données au Chili. En 2026, il y en aura 66. En Argentine, on dénombre actuellement 42 centres de données, et en Uruguay, 10. Qu’il s’agisse de Microsoft, Amazon, Google et, même dans une certaine mesure, Oracle, les géants de la technologie engagés dans la course à l’IA investissent tous dans des centres de données en Amérique latine.

Steven Gonzalez Monserrate, qui mène des recherches sur l’impact environnemental et politique des centres de données, a expliqué, dans une interview accordée à Global Voices, que lorsque les entreprises technologiques approchent les responsables politiques, elles font souvent des promesses alléchantes aux autorités locales et aux communautés concernant la création d’emplois, les retombées économiques et les avancées technologiques. Comme l’explique Monserrate :

Ils voient les centres de données comme l’avenir. Les ordinateurs et l’intelligence artificielle. C’est ça, l’avenir. Et donc pourquoi voudrait-on freiner l’avenir ? Voilà en quelque sorte le discours qui est tenu. Cependant, très peu de gens comprennent réellement comment cela fonctionne. Et les maires ne comprennent pas non plus comment fonctionne un centre de données. Ils ne voient que des dollars, ça les fait rêver, et ils veulent profiter de ces opportunités économiques.

Mais en réalité, les centres de données dédiés à l’IA n’apportent pas tant que ça aux économies locales. Une fois construits, ils ne nécessitent pour la plupart qu’une douzaine, voire quelques dizaines de personnes pour fonctionner, et non les milliers que les politiciens imaginent.

A worker in a Google data center.

Un employé dans un centre de données de Google. Capture d'écran tirée de la vidéo de Google Sustainability sur YouTube.

Les centres de données consomment également d’énormes quantités de ressources, qu’il s’agisse d’énergie, d’eau ou de terres. Cela met à rude épreuve les infrastructures locales, fait grimper les prix de l’électricité et peut même entraîner des pénuries, en particulier en période difficile, comme celle provoquée par les coupures d’approvisionnement en pétrole liées à la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran. De plus, puisque ces centres doivent fonctionner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an, les exploitants ont désormais recours à des générateurs de secours fonctionnant au diesel ou au gaz, ce qui génère de la pollution atmosphérique. Enfin, ces centres constituent une source de pollution sonore susceptible de perturber les communautés, et d’entraîner des troubles physiques et psychologiques chez les riverains. Gonzales précise :

La plupart des centres de données sont équipés de groupes frigorifiques installés sur le toit du bâtiment. Or, ces groupes frigorifiques émettent un bruit important, à mi-chemin entre le cliquetis et le bourdonnement. Et comme les centres de données fonctionnent sans interruption, ce bruit est constant. De nombreuses études très sérieuses ont d’ailleurs été menées sur les effets à long terme de la pollution sonore sur le corps humain.

Certains de ces effets sont certes d’ordre psychologique, mais ils affectent aussi le bien-être, sous forme notamment d’anxiété, d’hypertension artérielle et de stress.

Les communautés ont raison de s’inquiéter de l’implantation de nouveaux centres de données. Une enquête menée par Amenaza Roboto, en partenariat avec l’AI Accountability Network du Pulitzer Center, a révélé que les répercussions environnementales vont bien au-delà de la consommation d’eau et d’électricité. En s’appuyant sur 25 ans de données satellitaires de la NASA, les journalistes ont découvert, par exemple, qu’un centre de données exploité par Antel, l’opérateur public de télécommunications uruguayen, génère un « îlot de chaleur » visible sur les images satellites, qui fait grimper les températures de manière significative par rapport à la zone environnante. Google construit actuellement un centre de données à seulement 11 kilomètres de là, qui sera cinq fois plus grand que celui d’Antel, mais l’étude d’impact environnemental n’a fait aucune mention de l’effet d’îlot de chaleur.

Résistance des communautés

Au Chili et en Uruguay, des communautés locales ont réussi à empêcher Google de construire deux centres de données, du moins temporairement. 

En février 2024, des habitants et des militants de la ville de Cerrillos, située dans la banlieue de Santiago, la capitale chilienne, ont empêché Google de construire un centre de données, lui interdisant ainsi d’utiliser l’eau pour refroidir ses serveurs. Ils ont porté l’affaire devant le tribunal environnemental, qui a partiellement suspendu le permis de Google (délivré en 2020), ce qui l’a empêché de construire un centre de données dans la ville. Le tribunal a exhorté le géant de la technologie à revoir son projet et à prendre en compte son impact environnemental.

The cooling system at a Google data center.

The cooling system at a Google data center. Screenshot from Google Sustainability YouTube.

Google avait annoncé qu’il modifierait le système de refroidissement afin de consommer moins que les 169 litres d’eau par seconde initialement prévus. Toutefois, à la suite de la décision de justice, l’entreprise a suspendu le projet ainsi qu’un investissement de 40 millions de dollars destiné à ce qui serait devenu le second centre de données du pays. L’autre, construit en 2015 et toujours en activité, est situé à Quilicura, dans la banlieue de Santiago. Au moment de la rédaction de cet article, aucune information n’était disponible quant à une éventuelle reprise des travaux par Google.

Il est important de souligner que des sécheresses ont touché diverses régions du Chili sur une période de 40 ans, de 1979 à 2019. De plus, le nord du Chili est l’une des régions les plus arides au monde, et la région centrale, où vit 70 % de la population nationale, connaît en effet un déficit hydrique permanent depuis 2010. 

En 2023, alors que l’Uruguay traversait sa pire sécheresse depuis 74 ans, Google a acheté 29 hectares (72 acres) de terrain pour construire un centre de données dans le département de Canelones, dans le sud de l’Uruguay, a rapporté The Guardian. Ce centre de données aurait consommé 7,6 millions de litres d’eau par jour pour refroidir ses serveurs, soit l’équivalent de la consommation domestique quotidienne de 55 000 personnes. L’eau aurait été prélevée directement sur le réseau public d’eau potable. La colère de l’opinion publique a vite gagné du terrain. Les citoyens imputaient la responsabilité à la politique économique du pays, soulignant que plus de 80 % de l’eau était destinée à l’industrie.

A Google data center under construction.

Un centre de données Google en cours de construction. Capture d'écran tirée de la chaîne YouTube « Google Sustainability ».

Google a suspendu la construction peu après son lancement en 2023 ; néanmoins, le projet figure toujours comme « en cours de construction » sur la page web consacrée aux centres de données de Google. En outre, la construction a été approuvée après que Google a accepté de remplacer le système de refroidissement à base d’eau par un système basé sur la climatisation. « Les protestations de la société civile ont permis d’obtenir des changements importants dans le projet de Google, qui devait initialement utiliser de grandes quantités d’eau. » Toutefois, le nouveau projet « a été approuvé dans l’urgence, ce qui rend difficile l’évaluation de ses impacts », a ajouté Ana Filippini, du Mouvement pour un Uruguay durable (MOVUS). 

L’Argentine est confrontée à ses propres difficultés en matière de centres de données. En effet, elle peine à trouver un équilibre entre la préservation de l’environnement et la crainte de se faire distancer dans la course à l’intelligence artificielle. En octobre 2025, par exemple, le projet Stargate Argentina a été annoncé comme un tournant historique par le PDG d’OpenAI, Sam Altman (par visioconférence), et le président argentin, Javier Milei.

En effet, bien qu’OpenAI ne construise ni n’exploite elle-même le centre de données prévu, le géant technologique a promis d’investir, ou plutôt, comme le souligne le Buenos Aires Times, s’est engagé à acheter la totalité de la production de ce centre de données construit par une entreprise locale. 

Cependant, les experts soulignent que l’Argentine ne dispose pas encore d’un cadre réglementaire adapté à l’installation et à l’exploitation de centres de données à grande échelle. Dans la pratique, la seule réglementation applicable est le Régime d’incitation aux grands investissements (RIGI), qui offre des avantages fiscaux, douaniers et financiers afin d’attirer les capitaux. Si ce régime est susceptible d’attirer des investissements, il ne traite pas des questions essentielles telles que les mesures de protection de l’environnement, l’utilisation de l’eau, la consommation d’énergie, ou encore la planification à long terme. 

Patagonia, Chile.

Patagonie, Chili. Image tirée de Wikimedia Commons. Licence CC BY 2.0.

La Patagonie est considérée comme un site attractif en raison de ses ressources énergétiques, notamment le gaz naturel et les énergies renouvelables telles que l’hydroélectricité et l’énergie éolienne. Cela dit, de nombreuses préoccupations environnementales subsistent. Dans l’ensemble, la province de Neuquén semble figurer parmi les sites les plus propices à un déploiement initial, compte tenu du développement de son industrie du gaz de schiste et de ses atouts en matière d’énergies propres. Or, les centres de données nécessitent d’importantes quantités d’eau, notamment pour les systèmes de refroidissement. Dans des régions comme Neuquén, la pénurie d’eau est déjà un problème et devrait s’aggraver avec le changement climatique. 

Les communautés de la région ont tiré la sonnette d’alarme quant aux impacts environnementaux cumulés. Elles soulignent les problèmes existants liés à l’extraction du pétrole et du gaz, tels que les déversements, la contamination et l’insuffisance des infrastructures. 

Cet article a été coécrit par Daria Dergacheva, rédactrice en chef de Global Voices pour l'Europe centrale et orientale, Fernanda Canofre, rédactrice en chef pour le Brésil et le Cône Sud, et Sydney Allen, rédactrice en chef adjointe et responsable de la rubrique « Justice climatique ».


Qui parle d'intelligence artificielle en Équateur ?

Mon, 28 Sep 2026 16:12:00 +0000 - (source)

L’IA progresse, tandis que la réglementation, les droits et la société civile tentent de la suivre sans réel consensus.

Initialement publié le Global Voices en Français

Encuentro Inteligencia Artificial y Derechos Digitales: diferentes perspectivas por el bien común en Ecuador. Foto de OpenLab Ecuador. Usada con permiso.

De gauche à droite : Mónica Reinoso (Defensoría del Pueblo), Susana Cadena (Datalat), Carlos E. Flores (Openlab), Marco Insuasti (Mintel) et Rafael Bonifaz (Derechos Digitales). Photo : Openlab Équateur, utilisée avec autorisation.

Cet article fait partie du dossier spécial d'avril 2026 de Global Voices sur les « Perspectives humaines sur l'IA », qui a apporté un éclairage sur la manière dont l'IA est utilisée dans les pays de la majorité mondiale. Le dossier a notamment examiné l'impact de l'utilisation de l'IA et de sa mise en œuvre sur les différentes communautés, ce que cette expérience en matière d'IA pourrait signifier pour les générations futures, et bien plus encore. Pour soutenir ce projet, vous pouvez faire un don ici.

Une personne consulte son téléphone, tape une question et obtient une réponse en quelques secondes. Elle ne sait pas comment ça fonctionne, quelles données elle a divulgué, ni qui se cache derrière cette réponse. Pourtant, elle continue à l’utiliser.

L’intelligence artificielle intervient déjà dans les devoirs scolaires, les décisions professionnelles, et les processus qui nécessitaient auparavant des heures. Elle donne des résultats. Elle s’intègre. Elle progresse. En Équateur, il n’existe pas de politique coordonnée en matière d’IA ; les initiatives avancent plutôt de manière isolée. Les ministères, l’Assemblée nationale (le Congrès), les organismes de régulation et le monde universitaire font chacun valoir leurs propres propositions, avec des priorités et des calendriers divergents. Ainsi, il en résulte des lois, des stratégies et des réglementations qui ne s’articulent pas les unes avec les autres, voire se superposent, sans ligne directrice commune.

Alors que les technologies d’IA sont de plus en plus présentes dans la vie quotidienne, les décisions concernant leur utilisation, leurs limites et leurs conséquences restent très éloignées des personnes qui les utilisent.

Dans ce contexte, fin 2025, plus de 60 personnes se sont réunies à la FLACSO Équateur autour du thème « Intelligence artificielle et droits numériques : différentes perspectives au service du bien commun », dans le but d’ouvrir un débat qui, jusque-là, se limitait à des cercles restreints.

Cette rencontre a été organisée par Openlab, en coordination avec Futuroscon.IA et le CTS Lab de la FLACSO Équateur, et avec le soutien d’un projet financé par Probox. Cette initiative a permis de réunir au sein d’un même espace des organisations sociales, des universitaires et des institutions publiques, ainsi que divers acteurs impliqués dans le débat sur l’intelligence artificielle et les droits numériques. La table ronde principale réunissait la Defensoría del Pueblo (l’institution nationale des droits humains du pays), Derechos Digitales, Datalat et le ministère des Télécommunications (MINTEL).

En plus de cette table ronde, la journée a également été marquée par des conférences visant à élargir le débat en l’abordant sous d’autres angles. Jonathan Finlay, de l’organisation LaLibre, a par exemple ancré la discussion dans le présent : l’intelligence artificielle influence déjà les décisions, sans que l’on ait encore une compréhension claire de ses effets. Pour sa part, Martha Tudón, de Artículo 19, a orienté la discussion vers la surveillance, l’utilisation des données, et les risques pour les droits dans des contextes dépourvus de mécanismes de contrôles clairs.

Au CTS Lab de la FLACSO, la question a pu être envisagée d’une autre manière grâce à l’outil RAM, développé par l’UNESCO. Il ne s’agissait plus de savoir ce que l’intelligence artificielle est capable de faire, mais si le pays est prêt à la porter et à l’encadrer. Cet outil évalue la législation, les capacités institutionnelles, la protection des droits et le niveau de compréhension du public d’un pays, afin de déterminer si ces technologies d’IA peuvent être utilisées à plus grande échelle sans que l’on perde le contrôle sur leurs effets.

Au cours du Forum ouvert, format collaboratif dans lequel les participants et participantes définissent collectivement les thèmes de discussion, cette question s’est traduite par des cas concrets. À la table consacrée à la vie privée, les participants ont par exemple évoqué le cas d’un employé d’un hôpital public qui, pour pouvoir organiser son travail, faute d’outils institutionnels, avait saisi des données médicales sensibles sur des plateformes d’intelligence artificielle à partir d’un compte personnel. À l’heure actuelle, il n’existe aucune directive claire concernant ce type d’utilisation, ni de système de contrôle efficace sur la manière dont ces informations sont traitées ou protégées.

Dans le secteur de l’éducation, le problème se manifeste différemment. En effet, les étudiants ont désormais recours à des outils d’intelligence artificielle pour réaliser leurs travaux, rédiger leurs dissertations, ou même se forger des opinions sans s’imprégner pleinement du contenu. Des pratiques qui nuisent au développement d’un jugement indépendant et critique. Parallèlement, en l’absence d’outils clairs pour intégrer ces technologies dans le processus d’apprentissage ou pour encourager une utilisation plus réfléchie et responsable, une partie de la communauté pédagogique hésite entre l’interdiction pure et simple, et une approche axée sur la lutte contre le plagiat.

En matière d’inclusion et d’égalité des genres, les discussions ont porté sur le fait que les systèmes sont actuellement entraînés à partir de données qui excluent les savoirs des peuples autochtones, des personnes d’ascendance africaine et des communautés locales. Cela a non seulement pour effet de reproduire ces absences dans les processus décisionnels, mais aussi de renforcer une forme dominante de savoir, centrée sur les perspectives occidentales et scientifiques, qui finit par supplanter les autres façons de comprendre et de vivre la réalité.

Du point de vue de la gouvernance, les conversations ont mis en évidence un problème fondamental : l’aspect de l’intelligence artificielle que l’on souhaite réglementer n’est pas encore clair. Vaut-il mieux s’intéresser à son utilisation, à son développement, aux investissements ou aux décisions automatisées ? À ce manque de clarté s’ajoutent le fait d’adopter des modèles externes sans tenir compte du contexte local, et le risque d’évoluer vers des mesures de contrôle s’avérant excessives pour un écosystème encore en formation. Dans ce contexte, la réglementation risquerait de devenir trop vaste, peu opérationnelle et difficile à mettre en œuvre dans la pratique.

Outre les tables rondes, ce débat commençait déjà à prendre forme à l’Assemblée nationale. Néanmoins, bien que des espaces de discussion aient été ouverts, ceux-ci n’ont pas nécessairement réussi à susciter une participation plus large. Tout au long de l’année 2024, l’Assemblée nationale a reçu trois projets de loi qui se concentraient chacun sur des aspects différents, de la recherche à la commercialisation des systèmes d’intelligence artificielle à travers des thèmes tels que la protection des données, la transparence, ou encore les droits d’auteur, en passant par la protection des enfants et des adolescents face à l’utilisation de ces technologies.

Toutefois, depuis la fusion de ces projets de loi sur l’intelligence artificielle, le débat n’a pas connu d’avancées visibles ces derniers mois. Dans divers cercles, on commence à évoquer la possibilité de voir cette initiative classée sans suite, sans qu’il y ait pour l’instant de perspective claire quant à son avenir.

Alors que le débat réglementaire reste au point mort, des acteurs ayant une réelle capacité à influencer le développement et l’utilisation de ces technologies commencent à gagner du terrain. Lors du Forum économique mondial de Davos, le président équatorien Daniel Noboa a rencontré Alex Karp, PDG de Palantir, l’une des entreprises les plus influentes au monde dans le domaine de l’analyse de données à grande échelle. Ayant notamment collaboré avec des agences telles que la CIA, le FBI ou les services d’immigration américains, cette entreprise a développé son expertise dans l’intégration de vastes volumes d’informations à des fins de sécurité et de renseignement.

Avec l’annonce de l’ouverture d’un bureau en Équateur, l’éventuelle implantation de Palantir dans le pays intervient à un moment où les règles ne sont pas encore clairement définies, et ce, dans un domaine où une même technologie est tout aussi capable d’optimiser les services que de développer des formes de surveillance difficiles à contrôler.

Par ailleurs, le 10 mars 2026, le gouvernement équatorien a présenté la « Stratégie pour la promotion du développement et de l’utilisation éthique et responsable de l’intelligence artificielle en Équateur » (EFIA-EC), promue par le ministère des Télécommunications et de la Société de l’information du pays avec le soutien de la BID et de l’UNESCO. Cette proposition présente une feuille de route sur quatre ans, articulée autour de trois axes : gouvernance, capacités humaines et technologiques,  adoption et développement. Son objectif est explicite : faire en sorte que l’intelligence artificielle ne soit pas l’apanage d’une minorité, mais un outil au service des citoyens, de l’État et du développement productif.

Dans ce contexte, les résultats des travaux de la réunion d’octobre, consignés dans un compte-rendu élaboré à partir de ces tables rondes thématiques, ont commencé à circuler parmi les participants, et ont été transmis au ministère des Télécommunications, organe directeur, ainsi qu’à la Defensoría del Pueblo, à un moment où ces technologies s’inscrivent de plus en plus dans les débats sur les droits numériques et la protection des droits humains.

Entre stratégie, réglementation en suspens et adoption croissante de ces technologies, le pays évolue dans un contexte encore instable, où le développement avance plus vite que la définition de ses limites.


Malaisie : de nouveaux retards freinent la réforme de la loi « draconienne » sur les rassemblements pacifiques.

Mon, 14 Sep 2026 16:53:32 +0000 - (source)

La société civile réclame un calendrier clair pour une réforme publique de cette loi restrictive.

Initialement publié le Global Voices en Français

Bersih protest

Des manifestants lors de la mobilisation Bersih (« changement ») à Kuala Lumpur, en 2011. Photo de Hafiz Noor Shams, téléversée sur Wikipédia, sous licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposée.

Cet article s’inscrit dans la série « La protestation en démocratie » du Spotlight de Global Voices de septembre 2026. À travers ce Spotlight, nous explorons les multiples formes de protestation, les tactiques employées par les États pour les rendre illégitimes et les réprimer, ainsi que la relation complexe entre protestation et démocratie. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

Des défenseurs des droits humains appellent le gouvernement malaisien à modifier la loi sur les rassemblements pacifiques, dont plusieurs dispositions permettent à la police et aux autorités locales d’entraver, de perturber, voire de criminaliser les manifestations et les rassemblements publics. Malgré des mois de promesses d'amendement de cette loi controversée, le gouvernement ne cesse de repousser les réformes.

Adoptée en 2012, cette loi a été instrumentalisée par les gouvernements successifs pour engager des poursuites pour harcèlement contre les organisateurs de manifestations et les responsables de groupes de la société civile.

Après des années de dénonciation de cette loi, les organisations de la société civile ont remporté une victoire majeure en 2025, lorsque le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim s’est engagé à modifier les dispositions les plus extrêmes, notamment l’article 11, qui impose d’obtenir l’accord du propriétaire avant d’organiser un rassemblement ou une manifestation dans un lieu donné.

Cette avancée a été suivie, en juillet 2025, d’une décision favorable de la Cour fédérale, qui a déclaré l’article 9(5) de la loi sur les rassemblements pacifiques inconstitutionnel et invalide. Cet article exige que les organisateurs d’une manifestation ou d’un rassemblement en informent la police au moins cinq jours à l’avance. Le non-respect de cette obligation constitue une infraction, souvent invoquée par les autorités pour menacer les militants. La Cour a qualifié cette disposition d’« intervention disproportionnée », estimant qu’elle équivalait à une interdiction plutôt qu’à une restriction des droits garantis.

Le gouvernement a d’abord cherché à faire réexaminer cette décision, avant d’y renoncer à la suite d’une réunion du Cabinet en janvier 2026. La décision de la Cour demeure donc en vigueur.

Malgré cette décision judiciaire historique et les engagements affichés par le gouvernement, la réforme de la loi est au point mort au Parlement depuis un an.

La police a violemment dispersé une manifestation en juillet 2025 près du Parlement, alors que les participants réclamaient une réforme de cette « législation draconienne ». Elle a également tenté d’empêcher les manifestants de remettre aux parlementaires un mémorandum dénonçant cette « loi oppressive ».

Nalini Elumalai, responsable principale du programme Malaisie d’ARTICLE 19, une organisation internationale de défense des droits humains, a condamné l’action de la police dans une déclaration :

Les rassemblements pacifiques sont essentiels pour mettre en lumière des questions d’intérêt public légitimes. Pourtant, celles et ceux qui demandent des comptes, notamment la réforme de lois archaïques non conformes aux normes internationales, sont souvent réprimés ou réduits au silence.

Les autorités ont continué d’invoquer cette loi pour menacer les organisateurs de manifestations, ce qui a conduit la Commission malaisienne des droits humains (SUHAKAM) à rappeler aux forces de l’ordre leurs obligations, en février 2026.

La SUHAKAM souligne que la loi sur les rassemblements pacifiques de 2012 (PAA) impose aux autorités, y compris à la police, de gérer les rassemblements de manière légale, proportionnée et facilitatrice. Toute mesure coercitive doit reposer sur une base légale claire, respecter les garanties d’une procédure régulière et être adaptée aux circonstances.

En avril 2026, Amnesty International Malaysia s’est déclarée consternée par l’absence de mesures concrètes pour modifier cette loi.

Plus d’un an plus tard, aucune réforme substantielle de cette loi n’a été engagée. Au contraire, les autorités continuent de s’appuyer sur ses dispositions répressives, ainsi que sur le Code pénal et la loi sur les infractions mineures, pour enquêter sur les manifestants et les intimider.

Les seules annonces de réforme ne suffisent pas, alors que des personnes continuent d’être arrêtées, visées par des enquêtes et intimidées pour avoir pris la parole. Le gouvernement doit modifier sans délai la loi sur les rassemblements pacifiques, comme il s’y est engagé, afin de la rendre conforme au droit international des droits humains.

Divya Shesshsan Balakrishnan, porte-parole d’Amnesty International Malaysia, a souligné que des militants anticorruption et des étudiants continuent d’être inculpés pour avoir organisé des manifestations. Selon elle, la position internationale de la Malaisie en matière de droits humains est souvent en décalage avec ses pratiques sur le plan national. Elle a notamment relevé que, tout en condamnant les attaques d’Israël contre le peuple palestinien, le gouvernement malaisien avait ordonné l’arrestation de personnes ayant manifesté contre l’interception par Israël de la flottille mondiale Sumud.

En août 2026, des organisations de la société civile ont appelé le Parlement malaisien à présenter un calendrier clair pour la réforme de la loi sur les rassemblements pacifiques. Lors d’une conférence de presse, Anas Nor’azim, responsable du plaidoyer de Bersih, a résumé le sentiment des défenseurs des droits humains : « La même promesse continue d’être répétée, mais la réforme tant attendue reste bloquée au stade de l’étude. »


Que nous dit le folklore ? Il révèle des facettes méconnues des récits autochtones, négligées depuis des générations.

Mon, 07 Sep 2026 18:54:21 +0000 - (source)

Quelques récits fascinants découverts en documentant le folklore autochtone tharu

Initialement publié le Global Voices en Français

A Tharu woman with tattoos on her legs.

Une femme tharu du district de Kailali, dans l’ouest du Népal, avec des tatouages sur les jambes. Photo d’Indu Tharu, utilisée avec autorisation.

Cet article s’inscrit dans la série « Droits des peuples autochtones » du Spotlight de Global Voices d’août 2026. Cette série donne un aperçu de la vie et des expériences des peuples autochtones afin de créer des liens entre les régions, de placer leurs vécus au cœur du récit et de partager les histoires de dirigeants, de militants, de membres des communautés et bien d’autres encore. Vous pouvez soutenir cette couverture en faisant un don ici.

Enfant, je m’asseyais avec ma grand-mère près d’un borais (un petit pot en terre servant à faire du feu) durant les rudes journées d’hiver. J’écoutais ses récits de personnages bienveillants ou maléfiques — djinns, esprits, fantômes, sorcières et sorciers, arbres, oiseaux et animaux — qui revêtaient une importance particulière dans la culture et la tradition tharu. Elle chantait des chants populaires avant de m’en expliquer le sens.

Je n’avais jamais envisagé de documenter le folklore autochtone tharu avant le départ de ma grand-mère. Maintenant qu’elle n’est plus parmi nous, ses précieuses paroles de sagesse me manquent profondément. Heureusement, j’ai eu l’occasion de collaborer avec Amrit Sufi et Subhasish Panigrahi, qui non seulement documentent la culture orale en Inde, mais ont aussi inspiré et aidé de nombreuses personnes passionnées de culture et de traditions à documenter leurs propres cultures.

Documenter le folklore autochtone demande du temps. Il faut d’abord passer du temps auprès des communautés pour qu’elles se sentent suffisamment en confiance pour partager leurs contes, leurs chansons, leurs expressions et leurs idiomes, sans oublier leurs expériences personnelles.

En documentant la culture orale tharu dans l’est du Népal, j’ai découvert de nombreux éléments fascinants qui, s’ils étaient étudiés plus en profondeur, révéleraient des facettes méconnues des récits autochtones.

A fish tattoo on the hands of a woman

Un tatouage raconte de nombreuses histoires. Un tatouage de poisson sur la main de Bhuti Devi, originaire du district de Sunsari, au Népal. Photo de Sanjib Chaudhary, utilisée avec autorisation.

Morangsair : un chant de migration saisonnière

En enregistrant un chant populaire appelé « Morangsair » ou « Morangesari », encore chanté dans l’est des plaines du sud du Népal, j’ai découvert la migration saisonnière de jeunes hommes quittant le district de Saptari, à l’extrême est de la province de Madhesh, pour se rendre dans le district de Morang, dans la province de Koshi, à l’est du Népal, une région plus fertile qui offrait du travail à ceux qui souhaitaient gagner un peu plus d’argent.

Le district de Sunsari, nommé d’après la rivière Sursair — aujourd’hui appelée « rivière Sunsari » — faisait partie du district de Morang avant 1962. Aujourd’hui, pour rejoindre Sunsari, autrefois rattaché à Morang, depuis Saptari, il faut traverser deux rivières : la rivière Koshi et la rivière Sunsari. À cette époque, avant la construction des ponts, le trajet était bien plus difficile.

Ce chant populaire est la plainte d’une jeune femme qui supplie son mari de ne pas partir à Morang. Elle évoque la forêt dense, le climat chaud et la rivière Sursair, qu’il devrait traverser pour s’y rendre. Pourtant, le chant ne mentionne pas la rivière Koshi, la plus grande du Népal, qui se trouve avant la rivière Sunsari sur le chemin menant à Morang.

Dans la vidéo ci-dessous, Chandrakala Chaudhary, originaire d’Itahari dans le district de Sunsari, interprète « Morangsair », également appelé « Morangesari » :

En approfondissant mes recherches, j’ai appris que le cours actuel de la rivière Koshi se situait autrefois plusieurs kilomètres plus à l’est. Dans sa partie indienne, la rivière a déplacé son cours de près de 100 kilomètres vers l’ouest. Le Gange est également appelé « Sursuri » ou « Sursari » dans le Guru Granth Sahib, un texte sacré hindou. Les rivières Sursair et Koshi finissent toutes deux par rejoindre le Gange.

Biyahi : quand une rivière porte le nom d’une femme mariée

En discutant avec Mahabir Chaudhary, un aîné tharu du district de Saptari, au Népal, j’ai découvert un fait intéressant : une rivière et l’un de ses affluents portent des noms issus de mots tharu désignant une femme mariée.

La rivière a été rebaptisée « Behai » par des administrateurs népalophones. Pourtant, selon des aînés tharus, son nom d’origine est « Biyahi », qui signifie « première épouse » en tharu kochila, ou tharu oriental. Un affluent nommé « Samdahi » alimente cette rivière. « Samdahi » signifie « deuxième épouse » en tharu oriental. Après leur confluence, les rivières Samdahi et Biyahi poursuivent leur cours sous le nom de Biyahi.

Sabudana ke gachhi : le motif de tatouage qui raconte l’histoire des perles de sagou

A woman with tattoos on her lower arms

Kashia Chaudhary, originaire du district de Sunsari, au Népal, porte des tatouages de palmier sagoutier et de souci sur les avant-bras. Photo de Sanjib Chaudhary, utilisée avec autorisation.

De nos jours, le sabudana, ou sagou, vendu sur les marchés est principalement fabriqué à partir de l’amidon de racine de manioc. Pourtant, autrefois, les perles de sagou étaient aussi préparées à partir de la moelle des palmiers sagoutiers. J’ai découvert ce procédé lors d’un entretien avec des femmes âgées parlant le tharu oriental. L’une d’elles m’a montré un tatouage ressemblant à un palmier et m’a expliqué qu’il s’agissait du sabudana ke gachhi. « Gachhi » est le mot tharu pour « arbre ». Elle m’a également confié que le sabudana était autrefois fabriqué à partir d’un palmier.

J’ai ensuite approfondi mes recherches et découvert qu’autrefois, on abattait les palmiers, en extrayait la moelle riche en amidon du tronc, puis on la transformait pour fabriquer des perles de sagou. Cette tradition perdure encore dans certains pays d’Asie du Sud-Est.

En documentant la culture orale tharu, j’ai recueilli bien d’autres récits qui méritent d’être portés à la connaissance d’un public plus large.

Mais je cherche encore à me remémorer les histoires que me racontait ma grand-mère, lorsque nous étions assises près du feu pendant les froides journées d’hiver.


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