Empowerment : pédagogie, informatique et hackers.



Depuis toujours, une chose me tient à cœur : l’éducation dans le monde de l’informatique. Certains appellent ça l’empowerment : le fait d’expliquer comment une chose fonctionne afin de contrôler ladite chose, et pas que ladite chose vous contrôle.

Par exemple, l’empowerment est utilisé pour parler de nos machines ou des sites que nous connaissons et visitons quasi tous. Il insiste sur la nécessité de reprendre le contrôle de nos machines et d’arrêter de laisser ces machines décider à notre place, qu’elles cessent de faire d’obscures choses sans notre accord.

C’est un peu comme une voiture dernière génération, vous savez qu’elle roule, vous savez qu’elle a besoin d’essence, de diesel, de GPL… mais vous ne savez pas « comment » ça fonctionne. Si c’était le cas avant l’arrivée de l’informatique dans vos voitures, ça ne l’est plus maintenant. Le moteur est caché, un cerveau gère la partie informatique de votre voiture et vous ne savez donc pas ce qu’il se passe, même si vous savez à quoi ça sert.

L’empowerment, c’est donc comprendre le comment, le programme qui fait que tout fonctionne, au lieu de rester sur la fonctionnalité « la voiture sert à voyager ».

Beaucoup se disent que ce n’est pas utile. A quoi ça sert de savoir comment un programme informatique fonctionne, le principe c’est qu’il fonctionne, non ?

Je ne veux pas savoir comment mon navigateur, ma box ou Facebook fonctionnent, je veux pouvoir naviguer, me servir d’Internet ou pouvoir parler à mes « amis ».

Je ne suis pas satisfait du constat mais il est bel et bien là, les gens ne s’intéressent pas au code, au cœur de tel ou tel produit, tant qu’il marche, c’est tout ce qui compte.

Pourtant, à l’heure ou l’informatique occupe une place de plus en plus importante dans nos vies, l’empowerment est important et il deviendra sans doute une nécessité dans l’avenir.

Pourquoi ?

Parce qu’à mon sens, la maitrise de l’outil informatique ne peut pas aller sans cet empowerment, sans cette montée en compétence. Il est garant d’un ensemble de choses incroyablement nombreuses et je vais citer trois points : liberté, égalité, fraternité. Les trois d’un coup, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre

Liberté car une chose libre et open source sont des garanties de la liberté, de nos libertés individuelles, de la liberté d’expression : nous pouvons savoir comment le programme fonctionne et ainsi voir le « comment » de ce à quoi il est destiné.

Cela réduit ou élimine le risque d’une application malveillante qui va vous espionner ou bloquer vos communications.

Vous savez que votre stylo ne vous espionne pas car vous pouvez le démonter, observer qu’il est généralement composé de plastique, d’un ressort et de la partie qui contient l’encre pour écrire. Le logiciel libre, c’est pareil, à la différence que la matière est remplacée par du code.

La liberté permet d’égalité car le logiciel libre et open source est généralement gratuit, il peut dont être diffusé de façon massive, en France et ailleurs, à destination des personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter un produit payant.

La fraternité dans tout ça ce sont les tiers de confiance, celles et ceux qui peuvent vous aider, la communauté d’un logiciel libre, ceux pour qui le code c’est un art, et qui le maitrisent ou au moins le comprennent un peu.

Si je plante le décor, nous avons donc des logiciels gratuits, libres et dont le code peut être observé, nous avons l’égalité d’accès à ces logiciels, à l’éducation, la culture et enfin, nous avons des gens présents pour aider celles et ceux qui en ont besoin.

C’est un joli monde, presque utopique, dommage qu’il soit quasiment fermé aux profanes.

La vie vraie

Dans la vie vraie, le tableau est un peu plus sombre, un peu plus triste et beaucoup moins idyllique. Un très faible pourcentage de la population est intéressé par tout ceci, une très faible partie de ce pourcentage comprend le code et une infime partie de ces gens qui comprennent le code est capable de l’expliquer à tout le monde.

Le constat est le même ailleurs, de la protection de l’intimité sur Internet à votre nouvelle voiture avec de l’informatique embarquée.

Pourquoi ?

Il y a deux raisons à tout ceci, la première c’est que Skype, Windows, Apple et d’autres savent parler aux personnes. Certes, ils ont énormément d’argent, ce qui leur donne les moyens pour communiquer massivement, concevoir des contenus adaptés, cibler des besoins via de la publicité.

Face à cela, le monde du libre n’a pas la même force de frappe, entre autre parce que ce n’est pas le but mais également parce qu’il n’a pas les mêmes moyens. De facto, le logiciel libre est moins connu.

Pourtant, même lorsqu’on le présente, le monde du libre n’attire pas, ou très peu.

Pourquoi ?

C’est là que le bât blesse car la raison de ce manque d’intérêt, c’est peut-être « nous ».

« Mais si tu vas voir c’est super simple, il suffit de faire un sudo aptitude install hotot, puis si ça fonctionne pas, tu « wget » la dernière version depuis le git, ou tu « clone », ensuite t’as plus qu’à compiler, make install et le tour est joué »

Vous avez compris le problème je pense, non ? Vraiment pas ?

La réponse est simple : nos évidences ne sont pas celles de nos proches, parents, amis, clients, des autres tout simplement.

A cette étape, deux solutions semblent envisageables

  • La personne ne sait pas le faire, vous le faites à sa place. Le problème est résolu, mais la personne ne sait toujours pas le faire et vous demandera de l’aide à chaque fois que ça ne fonctionnera plus. Cette personne est donc partiellement ou totalement dépendante de vous.

  • Vous expliquez :

    • Ce qu’est sudo et donc le super user

    • Ce qu’est aptitude, ou apt

    • Ce qu’est hotot

    • Ce que c’est qu’un wget et donc, comment fonctionne une requête

    • Ce que compiler veut dire

    • Ce que make ou make install veut dire

Certes, vous allez passer beaucoup de temps à expliquer, il faudra vous adapter car non, « aptitude c’est un gestionnaire de paquets », ce n’est pas une bonne réponse mais au final… la personne comprendra, aura progressé, sera à même de comprendre et qui sait, peut-être même capable à terme d’expliquer à son tour.

La pédagogie c’est, selon moi, une clé qu’il manque dans ce monde pourtant tellement ouvert et passionnant.

« Aptitude, c’est le nom d’un « programme » qui permet d’installer d’autres programmes, ces programmes sont appelés paquets et pour s’en servir il faut taper « aptitude quelque-chose », comme install pour installer, ou remove pour retirer un paquet en partie.

« Aptitude c’est donc un paquet qui permet de gérer d’autres paquets, c’est donc une gestionnaire de paquets. »

Oui, c’est long. Oui, c’est parfois compliqué. Oui, c’est même chiant de temps à autres, mais le bonheur de faire monter quelqu’un en compétences n’a aucun prix, au moins pour moi.

On pourra me répondre que l’effort ne doit pas venir de nous, de cette communauté, que ce sont les gens qui doivent faire un effort de compréhension, d’adaptation… c’est votre avis, pas le mien.

L’école et de façon générale, l’éducation nationale, pensent comme vous. C’est à l’élève de s’adapter aux contenus, programmes, il n’est qu’un élève parmi tant d’autres et… ça ne fonctionne pas, ou très peu.

Nous critiquons fermement le système de l’éducation nationale alors que nous faisons plus ou moins la même chose en pensant que l’effort ne doit pas venir de nous, c’est un peu paradoxal.

La pédagogie est une clé fondamentale selon moi, aller vers les gens, s’adapter pour qu’ils comprennent est bénéfique et nous devrions tous et toutes faire l’effort nécessaire, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’effort à produire car la personne a acquis les bases et comprend maintenant ce langage fait de mots compliqués non accessibles au commun des mortels.

C’est à nous de faire l’effort, et le nous inclut également les grands noms de ce monde.

Si Richard Matthew Stallman est une légende vivante, un créateur de génie, un fervent défenseur du logiciel libre, il n’en reste pas moins qu’il ne fait aucun effort pour expliquer aux profanes.

Pour moi, Stallman est la manifestation vivante du fossé qui sépare ceux qui comprennent de ceux comprennent et veulent diffuser l’information.

Il est sans doute très compétent mais il n’est pas pédagogue. Déclarer à une néophyte « vous êtes stupide » parce que la personne ne comprend pas le logiciel libre, c’est absurde, inutile et contreproductif, ça conforte la personne dans son monde de logiciels privés et, plus grave encore, ça ne donne pas envie à la personne de comprendre.

Personne ne cherche à comprendre quelque chose lorsque l’on est rabaissé, presque humilié, la réaction la plus courante après un épisode comme ça, c’est le rejet.

Reste donc cette question du partage des savoirs.

Que voulons-nous ?

Si nous voulons rester dans notre monde, entre nous dans cette bulle hermétique, avec les « gens qui savent », alors ne changeons rien. Le monde continuera ainsi, le logiciel libre ne progressera pas, ni l’empowerment et nous seront quelques personnes à comprendre.

Ce n’est peut-être pas volontaire, pas conscient, mais faire ainsi revient à restreindre l’information, à la réserver à quelques personnes, c’est la même philosophie que les moines copistes d’un autre temps, qui refusaient que la culture soit diffusée par le biais de l’imprimerie, apeurés de devenir inutiles.

Mais, si nous voulons faire changer les choses alors il faut avancer, s’adapter, accepter que nous ne sommes pas forcément bons et essayer de comprendre pourquoi dans le but de corriger ceci. Après tout, n’est-ce pas un des principes du hacking que de diffuser l’information ?

Personnellement, mon choix est fait. Et vous ?

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15 commentaires to “Empowerment : pédagogie, informatique et hackers.”

  1. avatar

    Pour faire partie des deux côtés, autrement dit des utilisateurs éclairés mais pas codeurs forcenés, j’adhère. 🙂

    Ce n’est pas simple de toujours comprendre, et je n’irai pas forcément « mettre les mains dans le cambouis » pour savoir comment un logiciel fonctionne. Bon, si c’est en php à la limite je jette un coup d’oeil… Mais Python, Perl, Ruby, etc ça reste du chinois. Et je me vois mal les apprendre tous pour garder le contrôle.

    Maintenant, j’ai appris à faire du béton, à monter un meuble, à monter/démonter un PC, je pourrais prendre le temps de, mais ça reste compliqué. Et le temps n’est pas extensible.

    Ce n’est pas toujours simple à faire comprendre non plus (même si mes parents ont fini par se mettre au libre alors qu’ils sont aussi doués en informatique que je parle Javanais, autrement dit, pas du tout).
    D’abord parce que certains auront toujours une paresse intellectuelle entêtée et refuseront de comprendre. J’ai eu le cas au travail, ils ne veulent pas comprendre d’où vient le problème (de l’interface clavier-chaise dans 90% des cas), ils veulent qu’il n’y ait pas de problème, point. Rien que CTRL+C, CTRL+V, c’est magique.
    Ensuite parce que, comme tous les « spécialistes en », les gens qui savent ne s’adaptent jamais à leur interlocuteur. On reprochera par exemple aux médecins d’avoir un vocabulaire inaccessible à leurs patients. Ne nous leurrons pas, on fait pareil.

    De même que les performances d’un PC sont subordonnées à son périphérique le plus lent, toute la pédagogie repose sur l’adaptation du discours de façon à rendre l’enseignement accessible au plus grand nombre. Ce n’est pas simple, cela suppose un effort de la part des enseignants, mais c’est absolument nécessaire.

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      super blog decouvert grace a korben
      je partage entierement le point de vue de l’article.
      je pense que nous avons des habitudes, des automatismes forgés annee apres annee a force d’utiliser ce qui etait a notre portee et qui nous etait offert sur un plateau (je parle de windows installe sur toutes les machines des l’achat, ou google…) la pression mediatique joue un grand role, twitter, facebook… sont quasi incontournables, on en parle a la tv la radio… (si tu veux nous suivre viens sur facebook, ou sur twitter pour participer au jeu….)bref, une omnipresence continue mais douce partout dans tous les medias et qui passe inappercu.
      il existe des moyens simples de protester contre cet espionnage de masse; d’abord avoir du courrage (c’est pas donné a tout le monde)une maniere radicale, la desinscrption des reseaux sociaux (ils fonctionnent grace a nous mais collectent des infos a notre insus depuis des annees et dieu sait quoi qu’on ne sait pas encore pour le moment.
      Le changement de nos habitudes passer a linux (je suis en train de le faire); proteger les documents persos par le chiffrement, eviter le cloud ou chiffrer les docs dessus, chiffrer les mails (là mon soucis c’est que mes contacts n’envoient pas l’interret… ca va etre long et dur à faire changer comme habitude)
      -chnager de moteur de recherche (google n’est plus par defaut sur ma page d’accueil, duckduckgo.com apparait maintenant automatiquement)
      je veux qu’on respecte ma vie privee, et pas qu’on la pietine

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        Bonjour, bienvenue ici alors (faudra que je paye une bière à Korben du coup :p)

        Je suis parfaitement d’accord avec toi sur la première partie de ton commentaire, nous sommes dans un tout qui facilite ou force l’accès à Windows, Facebook & Co, parce que c’est l’OS par défaut, ou parce que même les marques se servent de ces outils là pour des campagnes de comm’ ou des concours…

        En revanche, je ne suis que partiellement d’accord avec toi sur la fin : tu as raison, il existe des outils, il faut bouger, changer ses habitudes et pourquoi pas tout chiffrer, du mail au sms & co, mais ça ne changera pas le problème, ça le contourne.

        La prise de conscience sur la protection de notre intimité est une chose importante pour moi dans son ensemble, ainsi, contourner le problème revient à ne pas trouver de réelle solution 🙁

        Les solutions que je peux voir ne se limitent pas qu’au chiffrement, elles portent aussi sur le hack de la loi, la prise de conscience des politiques sur la protection de la vie privée généralement mise au second plan dans les différents projets de loi, sur l’éducation des enfants pour simplement leur expliquer ce qu’ils font et ce que ça entraine, leur faire prendre conscience des données qu’ils peuvent laisser sur Internet et des liens qui peuvent être tissés entre ces dernières

  2. avatar

    Très bon article 🙂

    Y a quand même un point dans le sens duquel je n’abonde pas totalement, c’est concernant RMS. À mon avis, il fait de la très bonne propagande, c’est juste qu’il ne la fait pas à destination de tout le monde, seulement à ceux qui sont dans la technique sans être forcément convaincu. Mais ce genre de pédagogue est utile aussi, parce qu’il faut diffuser les idées théoriques du libre aux « techniciens » pour qu’ensuite ceux-ci aillent expliquer gentiment à leurs proches comment ça marche et pourquoi c’est mieux.

    Bref je ne pense pas qu’il soit pédagogiquement inutile.

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      Nouph, merci d’abord pour le retour 🙂

      Ensuite, sur RMS je crois que tu as raison, il fait de la propagande, mais il parle à des convaincus et dans tous les cas, le fait de faire ceci ne lui permet pas le manque de respect. Le « vous êtes stupide » est une vraie réponse qu’il a donné à la personne dont la mère ne comprend pas le logiciel libre, c’est hautement improductif, en plus du manque manifeste de respect.

      Il est très utile oui, ça permet de faire descendre l’information, mais s’il pouvait faire preuve d’un peu plus de tolérance face à celles et ceux qui ne comprennent pas, il le serait d’autant plus.

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        Ah oui ok je viens de voir le début de la conf « Ma mère et les hackers » (par là-bas, si je suis lu par quelqu’un que ça intéresse : http://lacantine.ubicast.eu/videos/23-06-2013-175423/), et je viens de comprendre pourquoi tu parlais de Stallman.

        Sinon j’ai aussi lu les commentaires de ta conf sur Korben.info et je compatis, y a franchement des gens qui suintent la bêtise en faisant tout pour sembler plus malins que les autres…

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          Voila, c’est cette raison (et d’autres, mais particulièrement celle là) qui m’ont donné envie de parler de Stallman de cette façon (le reste c’est ce que j’ai déjà pu observer du personnage).

          Pour les commentaires, c’est normal, première fois que je me fais basher, sans doute pas la dernière mais qu’importe, je vais faire avec 🙂

          Ce qui m’agace en soi, ce ne sont pas les commentaires, mais les critiques sans argumentation. On pourra toujours me dire « t’es un con, parce que … » et ce genre de remarques là ne me posera jamais un problème, mais déclarer « c’est nul » ou me faire comprendre que je suis un abruti, voir un facho… sans argumenter, j’ai du mal.

          Mais on me signale que le principe du troll c’est de ne pas argumenter, alors je laisse faire 🙂

  3. avatar

    Nan mais RMS j’ai fortement l’impression (véridique apparemment) que tu dis ça uniquement à propos du « Votre mère est stupide » de rms sur la maman de Sabine Blanc. C’est un peus rapide comme jugement de rms ? Qui fait de l’assez bonne propagande quand même ^^.
    Puis non seulement il ne l’a pas dit à sa mère mais à la fille (en justification de pourquoi elle ne comprenait toujours pas) et puis il a quand même raison mais utilise le mauvais mot : je ne dirais pas stupide mais têtue. Croire que l’on ne peut pas croire autrement et s’en servir comme excuse pour justifier son incapacité à apprendre, c’est vraiment être têtu, qui plus est de la part d’une prof (donc là c’est vraiment les trois camps qui sont en tort : les hackers, l’Éducation nationale et le grand public). Que rms aie tenté de lui expliquer et que — ne réussissant pas — il abandonne en se servant de la « stupiditée » de sa mère comme excuse me semble plus probable (pas plus honorable hein).

    Selon moi la « stupidité » n’existe pas, c’est comme l’« intelligence », c’est un mot fourre-tout pour tout ce qui est considéré comme bon ou mauvais dans le fonctionnement de l’esprit humain ; ça n’existe pas individuellement, c’est une excuse et c’est dangereux à utiliser comme mot. Je préfère utiliser le mot « intelligence » comme « capacité analytique à établir des liens entre les choses » et « stupidité » comme « tendance fréquente à la stupeur » (et c’est pas péjoratif pour moi), mais personne ne l’entend jamais comme ça.

    Puis bon je pense aussi que le grand public se cabre comme la maman de Sabine Blanc à l’apprentissage, pas à cause d’une prétendue « stupidité », mais à cause d’une mauvaise éducation (cf. la conférence « Hackons l’Éducation » du même PSES) : déjà que l’Éducation nationale arrive à dégoûter une grande partie de la population de la connaissance et de toute culture, en supprimant leur curiosité naturelle, mais en plus certains imaginaires diffusés par le marketing et la TV exagèrent la complexité de pas mal de trucs (cf. la conférence « La ligne de commande : une esthétique de l’éfficacité ? » du même PSES).
    Après qu’il y aie un problème dans touts les camps n’est pas une raison pour attendre que les autres s’améliorent tout seuls sans aide pour les tirer dehors : il faut agir tout de suite, sans attendre, et instruire sans attendre qu’on le demande, et sans rien attendre en retour (du moins à court terme, à long terme ça viendra tout seul)

    Ah aussi, parfois il faut savoir admettre que quelque chose est complexe, ou difficile, en particulier pour rendre plus évidente qu’« on est un être humain » : en effet il faut faire comprendre à celui à qui on explique que nous aussi on met du temps à comprendre, que des fois on a besoin d’aide, que tout n’est pas toujours facile, et que l’on se retrouve souvent face à des problèmes. Il ne faut pas le cacher, il faut y habituer les autres, pour qu’ils réussissent à s’y identifier et à comprendre qu’il peuvent, sans sacrifier grand chose, eux aussi comprendre, en qualité d’être humain pensant.
    Au fond, quelque chose que le libre a de plus que le privateur, n’est-il pas la capacité à admettre ses imperfections, et même à s’en occuper en les mettant au cœur même de la motivation de l’esprit du hacking ? …ce « le monde est plein de problèmes… quelle joie de pouvoir s’amuser à les résoudre ! » (ça rend très mal en français je trouve…).

    • avatar

      Avec tout le respect que j’ai pour RMS, non. Ce n’est pas uniquement suite à ses déclarations mais suite à un ensemble de choses que j’ai pu lire et voir à travers un écran ou de mes yeux.

      Il fait de l’excellente propagande mais tout de même.

      Cependant, je n’avais pas imaginé les choses sous l’angle que tu présentes, ça n’est toujours pas une jolie chose mais j’arrive à comprendre le raisonnement.

      Je rejoins ton analyse des deux conférences de PSES, tant pour le problème de l’éducation que pour tout le « background » lié à la ligne de commande dans les films (compliqué, truc de pirate, çà fait peur, tout ça)

      Enfin, je suis à nouveau d’accord sur le dernier point de ton commentaire, que j’apprécie beaucoup. Il faut réussir à expliquer aux gens qu’apprendre, c’est long, c’est compliqué et que celles et ceux qui comprennent tel ou tel point n’ont pas tout compris dès le départ mais là aussi, il y a beaucoup de travail.

      Beaucoup de personnes partent du principe que c’est trop compliqué, qu’ils ne peuvent pas comprendre et que c’est presque magique tout ce qui se passe dans ce monde rempli de chats (et c’est aussi valable ailleurs), cette façon de voir n’est pas facile à changer et ce changement ne s’opère pas du jour au lendemain mais… hacker vaillant rien d’impossible 🙂

      Les problèmes sont partout et liés à plein de choses, alors si on peut les réparer en partie ou totalement, le tout en s’amusant, c’est parfait 🙂

  4. avatar

    Pour ce qui est des alléguations sur rms, si ça vient de cet article (http://owni.fr/2012/10/02/monopole-sur-les-idees-brevet-logiciel-interview-richard-stallman/) alors ce que disait rms est moins direct (il ne dit pas directement que ça mère est stupide) mais que ce soit de là que ça vient où non, je pense que là il juge trop rapidement… Il fait la même erreur que Socrate faisait et que j’ai tendance à faire : Socrate disait qu’un homme ne peut vouloir que le bien, sauf s’il ignore ce qui est bien ; et donc il suffit de répandre la connaissance pour qu’ils fassent le bien autour d’eux. Plusieurs philosophes après lui ont fait une remarque intéressante : il y a un autre facteur que la connaissance, et c’est la volonté. En effet on oublie souvent ça en argumentant pour le libre : ce n’est pas seulement une question de savoir si ce sera bon ou mauvais à long terme, mais surtout de volonté, de motivation. rms fait cette erreur en refusant de présupposer que sa mère « est bête » (j’aime bien le terme car il fait penser à la prédominance des envies « physiques »/« reptiliennes » par rapport aux envies « intellectuelles »/« rationnelles ») — qu’elle manque de la volonté nécessaire pour aller vers ce qui est bien — mais c’est pourtant quelque chose que l’on rencontre souvent dans l’humain : la sainte-flemme, la pas-envie-d’agir. Enseigner ne suffit pas, il faut motiver.

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    Salut Numendil, et salut aux autres terroristes en puissance qui liront peux-être ce post!
    Je fais aussi partie de ceux qui ont découvert ton site via la vidéo postée sur Korben, donc je pense que ce ne n’est pas qu’une bière que tu lui offriras à l’occas’, mais carrément une murge monumentale :).
    Je prends le temps d’écrire un commentaire ici pour te faire part de ma propre expérience « d’informaticien » en herbe. Niveau Hardware, je sais globalement comment fonctionne une machine, et à quoi servent les différents éléments la composant. Niveau Software, j’ai touché au shell windows, et ai joué avec les processus et services win pour essayer de le rendre le plus léger possible (je me souviens plus du record sur Xp, mais ça m’aura quand même valu un bon nombre de formatage en règle). Bref, je peux savoir d’où vient un problème, je peux lire une suite logique, mais ne me demande surtout pas de coder. Tout cela me fait passer pour « l’informaticien » dans une partie de mon cercle social. J’ai par exemple entrepris une formation (en soins infirmiers, ce qui n’a rien à voir) il y a trois ans, et à chaque fois qu’il y avait un souci informatique, on venait me voir. Il y avait environ 60 personnes dans ma promo, plus les formateurs et intervenants. Le niveau était quand même très faible, « il fallait que ça marche », point barre. J’entends le machiste au fond de la salle gueuler « c’est parce que c’était que des nanas, et que les nanas ça comprend rien aux PC ». Mwais. Les mecs n’étaient pas mieux. Ils me disaient d’eux-même, « j’y comprends rien, ça ne m’intéresse même pas ». Bon ok. Comme le disait nounou plus haut, Ctrl+C, c’est magique. Ctrl+A, n’en parlons pas… Bref, au début, je faisais les choses sans les expliquer, de toute façon au bout de deux phrases, je voyais déjà les têtes tourner. Pourtant, c’était du windows, avec des termes, disons le, courants. Et un jour, une de ma promo me sort « ah, j’ai encore un souci, alala, j’y comprends rien, c’est les mystères de l’informatique ». Et là, j’ai tilté, et je lui ai répondu que non, justement, en informatique, y a pas de mystères. Et c’est à partir de là que j’ai essayé à ma manière d’éduquer sur l’informatique, et y en a quelques uns qui venaient me voir en disant qu’ils aimeraient comprendre. Mais que c’est long..

    Et là, j’en arrive à la partie Unix. J’ai essayé y a quatre ans déjà, et j’ai rapidement laissé tomber. Je me suis complètement reconnu dans ta phrase « « Mais si tu vas voir c’est super simple, il suffit de faire un sudo aptitude install hotot, puis si ça fonctionne pas, tu « wget » la dernière version depuis le git, ou tu « clone », ensuite t’as plus qu’à compiler, make install et le tour est joué » ». Pfoua.. Je l’ai formaté et reformaté mon disque à cause de ça. J’ai passé un été à vouloir que ça marche « comme sur windows ». Sans succès, forcément.. Et puis là, les évènements m’y ont fait revenir. J’ai tâtonné sur ubuntu, avant de voir qu’il y avait un lien amazon.. Hum, c’est étrange quand même non ? Quelques recherches plus tard, ah d’accord… Bref, quelques changements de distri plus tard, saupoudrés de Gparted et formatage bien évidemment, je pense avoir trouvé un rythme. bien que l’idée me trottait depuis quelques temps, ça fait bientôt un mois que j’ai vraiment franchi le pas. Bien sur tout ne se fera pas du jour au lendemain avant de devenir un extrémiste libriste barbu convaincu ( surtout que je ne suis pas imberbe, mais presque…). Mon objectif étant de pouvoir être responsable complètement des traces que je laisse. De ne pas être le produit.

    Pourquoi je te raconte tout ça ? Ca va paraitre pessimiste dans un premier temps, mais je me suis dit que j’ai réussi à passer le cap,
    parce que j’avais déjà à la base une intention de changer (ce qui n’est pas forcément le cas de madame Michu),
    parce que j’avais déjà des connaissances pratiques ( ce qui n’est pas le cas de madame Michu),
    parce que quand je trouvais pas les réponses sur un forum français, j’allais sur un anglais, parce que j’ai quelques rudiments en anglais (ce qui n’est pas le cas de madame Michu),
    parce que je suis au chômage et que j’ai le temps de le faire (ce qui n’est pas le cas de madame Michu), etc etc…
    Tellement pessimiste, que j’en suis venu à me dire que si je ne voulais pas devenir leur produit, fallait que je coupe complètement internet, parce que même si j’utilisais Tor, ça se verrait que j’utilise ce moyen, et que je suis donc un ennemi potentiel. Ou alors, que je devienne un produit à 100%. (j’ai déjà le côté extrémiste, c’est bien, t’as vu ? 🙂 ).

    Et puis après, je tombe sur des posts comme les tiens, et là je me dis que finalement, y a quand même une communauté. Et que le plus important c’est de résister, et de continuer à promouvoir. Et dans cet élan d’optimisme, j’en suis venu à comparer l’informatique à la bouffe.
    Madame Michu, elle se nourrit de . Elle ne sait pas ce qu’il y a dans ses aliments, mais elle ingère quand même, parce qu’elle en a besoin.
    De la même manière, elle se sert d’internet. Elle sait pas trop comment ça fonctionne, mais elle ne peut plus s’en passer.
    Et puis un jour, madame Michu regarde l’étiquette des emballages et se rend compte qu’elle ne connait pas la moitié des produits qu’elle ingère. Elle fait des recherches et découvre qu’elle ingère des produits néfastes pour elle. Au même titre pour l’informatique, elle se rendra compte qu’elle utilise des logiciels dont on ne lui dit même pas comment la moitié est conçue.. Et si, il y avait des choses néfastes là dedans aussi ???
    Si Madame Michu en arrive à vouloir une alimentation saine qu’elle prépare elle-même, pourquoi en serait-il différemment pour l’informatique? Peux-être est-ce moins naturelle, mais peut-elle pour autant se passer de ses outils de communication ? Rien n’est moins sur.

    • avatar

      J’aime beaucoup le parallèle avec la bouffe : c’est une analogie sur-usitée, mais pas pour rien : la bouffe, de nos jours, à atteint une complexité de conception hors-de-portée, pour pouvoir devenir « pré-préparé » et pour rendre dépendant le consommateur, donner envie de manger toujours plus, même si c’est plus que raison…
      Avec l’histoire des lasagnes au cheval, et toute le contrôle qui commence à s’épaissir en réponse, je pense que l’analogie devient encore plus efficace : « utiliser un logiciel propriétaire, c’est comme bouffer un truc duquel on t’interdit d’en connaître le moindre ingrédient : dedans il pourrait y avoir de la nicotine, du cheval, de l’ebola… t’en sais rien, tu sais juste que c’est là pour te faire sortir ton fric. Puis t’as aussi l’histoire des brevets, qui t’interdit d’utiliser un tas d’ingrédients sans payer une fortune pour une autorisation qu’on risque pas de t’accorder. ». Mais ya cet aspect de « l’informatique compliquée » qui fait que les gens sont loin de s’y intéresser autant qu’à la nutrition.

      Pour ce qui est du « pessimisme » initial, je pense que tu ne fais que refléter ce que je disais : la composante de volonté est très importante, pour ne pas dire primordiale. On ne fait pas quelque chose qu’on avait pas envie de faire au départ. Les libristes ont déjà une envie de changement au départ, ou ont un brin d’anticonformisme. Il faut motiver les gens. Se servir d’analogies non seulement pour montrer le « comment », le « pourquoi » mais surtout le « pour quoi » (« pour ne plus […] » n’est pas acceptable).

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        Effectivement le parallèle est utilisé, je lisais le guide d’autodéfense numérique cet après-midi, et ils en parlent. Quand tu parles des brevets, ça me fait aussi penser aux différentes lois concernant l’utilisation des semences, ratifiées en mai 2013, qui oblige ( si j’ai bien compris) de faire tester et valider les semences végétales par une agence européenne. De là à dire que d’ici quelques temps, il faudra faire ratifier je ne sais quel logiciel ou OS par un organisme (indépendant bien évidemment..), il n’y a qu’un pas..

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    bonjour à toi 🙂 encore un article ou tu nous fait part de tes connaissances et bien résumé et explicatif pour que tout le monde comprennent; je voulais te remercier car grâce à ce que j’ai pu apprendre avec toi j’ai pu trouver ma nouvelle voie et m’adapter plus facilement et rapidement à mon nouveau poste (en alternance) dans ma nouvelle société. A bientôt peut être j’espère que d’ici la tu feras ce que tu veux !

    [Edit – Numendil – Trop d’informations à caractère privé là :)]

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      Bonjour Anthony, que dire si ce n’est merci, pour ce commentaire, pour les remerciements et pour le reste, voir que tout va bien pour quelqu’un et savoir que j’y ai contribué (même juste un peu) c’est un beau cadeau 🙂

      J’ai édité ton commentaire, il citait des éléments qui ne sont pas connus et n’ont pas à être connus ici puisqu’ils sont dans la sphère professionnelle, mais très heureux d’avoir appris tout ça !